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Politique étrangère chinoise, entre amitié pragmatique, intérêts géostratégiques et consolidation nationale

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par Patty Bart
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L'impérialisme de l'Empire du Milieu

Cet aspect souvent tendu voir négatif de la diplomatie chinoise est due au fait que l'unité nationale est loin d'être totalement restaurée. C'est alors un point souvent ignoré mais qui influence énormément la conduite chinoise. La classe dirigeante n'hésite donc pas à exacerber la victimisation historique des chinois, peuple maltraité par la guerre de l'Opium, les concessions étrangères et l'invasion japonaise, afin de mieux attiser un sentiment nationaliste au sein des masses populaires. Après tout, le dépeçage qu'a subit le territoire du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle a marqué à jamais les esprits comme le signe suprême de l'humiliation nationale. Le maintien de l'intégralité du territoire est donc devenu le symbole du respect internationalement retrouvé.

Un grand pas vers l'unification du pays a été effectué avec la rétrocession de Hong Kong en juillet 1997 et de celle de Macao en décembre 1999. Non seulement ces deux Nouveaux Territoires20 symbolisaient l'ancienne soumission de la Chine face aux puissances coloniales occidentales, non seulement l'insolent développement économique de la colonie britannique ne cessait de souligner le honteux et éternel retard économique de la mère patrie21, mais plus que tout, ces deux enclaves avaient le défaut d'être situées dans le territoire même d'une « seule Chine22 ». L'énergie furieuse étalée par Beijing à vouloir effacer toutes traces de démocratie à Hong Kong n'est pas seulement le résultat de la nature autoritaire du régime chinois, mais est aussi et surtout le résultat de sa volonté à vouloir y revendiquer là son entière et pleine souveraineté. Après tout, Hong Kong est présenté par le gouvernement de Beijing comme le cheval de Troie de la démocratie qui risquerait d'animer un effet de contagion politique dans l'ensemble du monde chinois. Cependant, tout en représentant une certaine menace idéologique, l'internationalisation croissante de la RPC tend à marginaliser Hong Kong, accélérant ainsi la captation par Pékin de ses institutions et de la dilution sur place du mouvement démocratique. La marche de manoeuvre de l'ancienne colonie britannique est donc très limitée car le régime communiste est toute disposé à assimiler toute volonté de

20 Cédés à bail pour 99 ans à la Grande-Bretagne en 1898, les Nouveaux Territoires étaient à l'origine de vastes terres agricoles situées essentiellement sur le continent et sur l'île de Lantau.

21 Hong Kong est de loin la ville la plus riche de la Chine continentale avec un PIB par habitant de 310 021 yuans, contre 46 586 yuans à Shanghai. En termes de parité de pouvoir d'achat, il était de 37 300$ en 2006 contre 31 200$ en France et 43 800$ aux Etats-Unis. Voir CIA, World Factbook, consulté le 7 janvier 2008.

22 La politique d'une seule Chine (\u19968àêcents'†ç) est la position politique chinoise selon laquelle la Chine est Une et Unie, ce qui signifie que Hong Kong, Macao, Taiwan, Tibet et Xinjiang feraient tous partie d'une Chine unifiée. La Chine refuse tous échanges commerciaux et diplomatiques avec les pays opposés au principe d'une seule Chine.

démocratisation non initiée par lui-même à un mouvement indépendantiste similaire à celui existant à Taiwan. La souveraineté n'est certes pas remise en question à Hong Kong mais le clivage social tend à se focaliser sur le changement politique en cours.

Le problème de l'unité nationale est aussi posé par la crise lancinante du Tibet. La Chine impériale n'était pas seulement un empire au sens politique du terme mais l'était également au sens colonial. L'objectif est de transformer l'ancienne suzeraineté de la région en une pure et simple souveraineté. La crise est inévitable comme la tendance actuelle n'est plus à la colonisation mais à la décolonisation. Certes, même si en droit international, les Nations unies reconnaissent la Chine dans ses frontières actuelles - le Tibet n'a jamais été répertorié comme pays à décoloniser - une résolution de 1961 donne aux Tibétains le droit d'être consultés sur leur avenir. De plus, la difficulté première ne réside pas seulement dans la présence coloniale de la Chine au Tibet, mais aussi dans la tentation que pourrait ressentir les puissances occidentales à vouloir exploiter cette situation afin de mieux mettre la pression sur un régime communiste qui leur semble dorénavant vain et parfaitement anachronique.

Quant à Taiwan, l'unification de l'île avec la mère-patrie demeure l'objectif fondamental de la politique étrangère chinoise. Même s'il est de notoriété publique que si les relations politiques entre la République mère et la République de Taiwan sont particulièrement houleuses, les échanges commerciaux entre les deux entités rivales sont importants, et crées même une situation d'interdépendance entre les deux économies. Cette interdépendance aurait pour avantage de rendre d'autant plus hypothétique une confrontation ouverte avec l'île que celle-ci est aurait des répercussions catastrophiques de part et d'autre du détroit. Depuis 2001, la Chine est devenue le premier client de Taiwan mais également un de ses premiers fournisseurs ; la RPC représente 5,6% des exportations de Taiwan et 8,6% de ses importations23 ; l'île investirait également chaque année jusqu'à 3 milliards de dollars sur le continent et le montant des échanges commerciaux atteindrait 79 milliards de dollars24. La Chine a donc besoin de l'économie taïwanaise pour soutenir sa croissance, rattraper son retard, acquérir les technologies et les capitaux dont elle a besoin pour atteindre ses objectifs de croissance, tandis que Taipei dépend du continent pour soutenir la sienne. Taiwan détient donc bien un rôle décisif dans le miracle économique chinois, ce que Pékin a parfaitement saisi en s'efforçant d'attirer les investisseurs et les capitaux taïwanais. Au-delà des apports directs que représentent ces investissements, ils sont également pour la capitale le moyen

23 Source: COMTRADE, http://www.interex.fr/ATLAS/interex2/economie49.htlm

24 Voir The Business Times, in Courrier international n°749 du 10 mars 2005. Ces chiffres sont corroborés par ceux de l'OMC qui donnent un total de 78,3 milliards de dollars, répartis en 13,54 milliards d'exportations chinoises vers Taiwan et 64,76 milliards d'importations en provenance de l'île.

d'affaiblir son adversaire en le rendant dépendant de ses marchés. En effet, l'économie taïwanaise, en investissant massivement sur le continent se lie de plus en plus les mains, perdant ainsi sa marche de manoeuvre et son indépendance par rapport à un pays dont le but ultime n'est autre que sa perte. L'interdépendance devient donc pour les autorités chinoises une arme qu'elles entendent bien utiliser à leur profit. Pékin joue donc, dans ce domaine, un double jeu qui lui permet à la fois de prospérer en attirant les entreprises du pays, tout en poursuivant son but ultime d'unification en faisant des investisseurs et des taïwanais installés sur le continent un élément modérateur de la volonté indépendantiste du gouvernement de Taiwan. L'île joue également un rôle majeur du fait de sa position stratégique essentiel au contrôle des détroits, et par là celui des routes maritimes dont la Chine dépend pour s'approvisionner en matière première et en pétrole nécessaires pour soutenir sa croissance économique. Dans le cadre d'un monde globalisé où le commerce maritime tient une place prépondérante et ne cesse de croître25, le contrôle des routes maritimes est au coeur des préoccupations et constitue un enjeu majeur, tant sur le plan économique que militaire car il permet à la fois de contrôler les flux tout en donnant l'accès à des zones d'intérêts souvent éloignées. De plus, Taiwan représente surtout un point d'encrage du « nationalisme chinois », outils dont use et abuse volontiers le tout puissant Parti Communiste afin de détourner l'attention des masses populaires des conséquences sociales engendrées par la croissance. Certain pensent que l'intensification de cette interdépendance économique entre l'île et le continent amènerait éventuellement à la résolution de la crise. Pour le moment, les dirigeants de Pékin, nolens volens, doivent s'habituer à l'idée qu'ils devront prendre en compte le protectorat américain sur l'île pour éventuellement mieux le réduire par la suite. Mais la perspective de voir ce protectorat être légitimé, sinon renforcé, serait insupportable pour la Chine ; néanmoins, la diplomatie chinoise - qui est surtout basée sur la nécessité absolue de conserver un point d'accès aux marchés et à la technologie états-unienne - saura réagir à chaque affront avec calme et pragmatisme. Les leaders actuels du gouvernement chinois sont obsédés par leurs moyens d'action. Ils ont compris qu'il n'y a de grands pouvoirs sans grande politique. Mais ils ont surtout compris à quel point le destin du régime communiste est solidement lié à sa capacité à maintenir une croissance économique forte et rapide, en l'absence de laquelle des conflits sociaux augmenteront et le système s'effondrerait.

25 Les flux maritimes ont augmenté de 2,3% entre 1970 et 2001 pour représenter environs 75% du commerce mondial. Lire Lassere Frederic, « les détroits maritimes des enjeux stratégiques majeurs ».

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