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"patrimoine et musées; opportunités politiques, culturelles, économiques et touristiques au service des villes? Metz et l'arrivée du Centre Pompidou".

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par Mathilde Jannot
Paris Diderot-Paris 7 - Master 2 politiques culturelles 2011
  

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Mathilde Jannot
Université Paris Diderot-Paris 7
Département de Sciences Humaines et Sociales
M2 « Politiques culturelles »
Année 2010-2011

Mémoire
Sous la direction de M. Jean-Cédric Delvainquière
Jury composé de Messieurs Jean-Cédric Delvainquière et Laurent Fleury

Patrimoine et musées ; opportunités

politiques, culturelles, économiques et

touristiques au service des villes ?

Metz et l'arrivée du Centre Pompidou.

Remerciements

Je souhaite exprimer mes plus vifs remerciements ;

A mon directeur de mémoire, M. Jean-Cédric Delvainquière, qui m'a assuré de son soutien et de ses conseils précieux pour ce mémoire de fin d'étude en jouant le contre la montre ;

A M. Laurent Le Bon -Directeur du Centre Pompidou-Metz-, M. Jean-Marie Rausch - Maire de Metz de 1971 à 2008- et M. Antoine Fonté - Adjoint au Maire de Metz, chargé de la culture - qui m'ont fait l'honneur de me recevoir pour répondre à mes questions malgré leurs emplois du temps respectifs plus que chargés ;

A Lauriane pour sa relecture avisée et à tous ceux et celles qui ont porté un intérêt à ce mémoire ;

Enfin, je souhaite, par ce dernier travail universitaire, afficher ma plus profonde reconnaissance à tous les professeurs qui, par leurs enseignements m'ont transmis leurs savoirs, m'ont encouragée, conseillée, soutenue et fait confiance tout au long de ma scolarité. Ils me lèguent ainsi, je le crois, une belle propédeutique professionnelle. Que tous ceux et celles, parents, amis et collègues, qui ont contribué, de près ou de loin, à cet enrichissement intellectuel soient également gratifiés.

Résumé

En s'appuyant sur l'arrivée d'une institution soeur du Centre Georges Pompidou à Metz, on s'interroge sur la nouvelle politique culturelle que Metz s'est donnée.

On tente tout d'abord, en revenant sur la genèse du projet, de savoir quelles ont été les motivations de cette implantation. On s'intéresse aux finalités des collectivités territoriales avec une institution nationale, grace à la mise en place d'une gouvernance, rendue possible par le statut d'EPCC. Grace à la création d'un nouveau bâtiment --et par conséquent d'un patrimoine nouveau- on se questionne sur son architecture en examinant les bienfaits escomptés du geste architectural.

On s'interroge ensuite sur une certaine forme d'instrumentalisation de la culture, en cherchant au - delà du consensus politique opéré, si le politique s'insère dans le contenu scientifique. On analyse après le travail des professionnels. Il s'agit de savoir comment perpétuer en région l'idée de l'institution nationale-soeur. On s'enquiert ensuite de voir pourquoi l'exposition inaugurale a été si importante, en se donnant pour objectif de marquer les esprits. On recherche ensuite les préoccupations professionnelles menées à destination des visiteurs.

Enfin, on consulte les résultats et retombées provoqués par ce nouveau lieu. On revient en amont sur les moyens médiatiques et technologiques mis en place pour obtenir d'une part une fréquentation importante rendant possible d'autre part des retombées économiques indirectes. Finalement, on observe à court terme des suites symboliques positives en termes d'image.

Sommaire

I. Créer un patrimoine nouveau 13

A. Naissance d'un projet 13

B. La rencontre de deux ambitions 21

C. Une architecture porte-drapeau ' 27

II. Instrumentaliser la culture ' 36

A. Un consensus politique 36

B. Les scientifiques à l'ouvrage 40

 

1. Un musée sans collections ? ou comment perpétuer l'idée du Centre Georges

Pompidou. 40

 

2. Rester conventionnel avec Chefs-d'oeuvre ? '

 
 

47

 

3. La difficile question des publics

 
 

52

 

III.

Les résultats

 
 

58

A.

Médiatiser l'événement

 
 

58

 

1. Une campagne électorale pour un lieu culturel '

 
 

58

 

2. L'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information

et

de

la

 
 

Communication (NTIC)

 
 

62

B.

Des retombées économiques directes et indirectes

 
 

64

 

1. Une fréquentation phénoménale

 
 

64

 

2. Une économie indirecte

 
 

67

 

C.

La ville carte-postale, effacer les stéréotypes pour en recréer d'autres

 
 

73

 
 
 
 

4

Introduction

Lors de notre recherche en Master 11, nous avions effectué un travail de longue haleine cherchant à savoir au travers de l'exemple de Nancy et de ses grands rendez-vous, si la culture (dans un sens assez élargi)2 pouvait être un biais intéressant pour une collectivité territoriale aussi importante qu'une municipalité. On en retirait l'idée que la culture jouait un rôle au sein d'une politique globale. En s'insérant dans une politique événementielle, Nancy a su, grâce à la culture, instaurer un consensus autour du phénomène culturel, en créant du lien social, grâce à une dynamique touristique impliquant des flux économiques. Le patrimoine possédait une certaine aura créant une dynamique sociale. Les retombées économiques étaient envisagées sur du court terme mais des incidences symboliques s'avéraient plus pérennes. L'événement, émanant souvent du politique mais toujours établi par des professionnels, devenait un temps fort pour le musée s'inscrivant dans sa logique d'imprescriptibilité. Il nous semble intéressant, de reprendre ces éléments et de poursuivre cette entreprise avec Metz, qui se trouve dans une aire géographiquement proche (47 km). Cette ville, vient d'accueillir l'arrivée du Centre Pompidou-Metz, inauguré publiquement le 11 mai 2010. Notre sujet cette année est plus spécifique, car il se restreint au patrimoine et aux musées. Il s'agit en effet des éléments culturels qui avaient été étudiés en grande partie dans notre travail de l'an passé, que nous avions généralisé sous le terme de « culture ». Nous aurions souhaité en premier lieu, mener une étude comparative, qui nous a finalement paru trop colossale pour être menée.

Dans un contexte de concurrence de plus en plus âpre entre les villes, chacune d'entre elles cherche à véhiculer une image positive pour attirer des investisseurs et des nouveaux habitants. C'est dans cette optique que nous nous inscrivons en cherchant à trouver les objectifs qui ont poussé Metz à faire un tel pari avec le Centre Georges Pompidou.

1 La culture ; opportunité politique, économique, touristique et sociale au service des villes ? Exemple de la ville de Nancy et ses grands rendez-vous.

2 Nous avions retenu la définition adoptée par l'UNESCO à Mexico en 1982 : « l'ensemble des traits distinctifs spirituel et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

On souhaite présenter en préambule un bref condensé de l'histoire messine, afin de remettre en contexte l'arrivée du Centre Pompidou-Metz. Aucun territoire n'étant neutre, iinous paraît judicieux d'avoir un premier recul historique.

Les premières installations humaines sur le site de Metz sont attestées vers 3500 avant J.C. La période romaine favorise un essor fondé sur le commerce mais aussi sur des fonctions administratives et cultuelles. La prospérité est, notamment, soulignée par la construction de thermes et d'un des plus grands amphithéâtres de l'Empire. Metz devient en 561 la résidence des rois d'Austrasie. La cité est une capitale artistique, avec des ateliers de calligraphie et d'enluminure, des écoles de chant, mais aussi un important foyer de vie spirituelle. Après l'éclatement de l'empire de Charlemagne, la cité dépend théoriquement du Saint Empire Romain Germanique. Elle est gouvernée par des évêques qui exercent des droits souverains. En fait, Metz bénéficie d'une véritable indépendance tout au long du Moyen-age. En 1234, les bourgeois s'émancipent de la tutelle de l'évêque. Metz se constitue en ville libre avec à sa tête un maître échevin choisi parmi les Paraiges, association des familles patriciennes si puissantes et si riches qu'elles prêtent couramment aux ducs de Lorraine (localisés à Nancy), et même aux rois de France ou à l'Empereur. Peuplée d'environ 30 000 habitants, Metz n'a que très peu de villes concurrentes proches. Elle vit de ses activités de tannerie et de draperie, du commerce du vin et du sel, de l'élevage de chevaux, de l'échange d'objets luxueux (tissus précieux, épices) et de la vente d'armures. Changeurs et banquiers toscans ou lombards investissent les rues pour en faire une place financière européenne. Metz devient une ville française mais son rattachement n'est officiellement reconnu qu'au traité de Westphalie (1648). Metz renforce alors sa fonction militaire avec l'établissement d'une vaste citadelle à partir de 1561. La fonction militaire et administrative semble s'imposer dans la vie de la cité. A l'issue de plusieurs batailles en 1870, Metz est livrée au Reich. L'annexion provoque le départ de nombreux habitants. Metz conserve cependant un rôle militaire essentiel avec une garnison d'environ 20 000 hommes, ce qui nécessite la construction de 22 casernes. Elle redevient française en 1918. Metz est de nouveau annexée et libérée pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, Metz retrouve sa tradition commerçante avec un centre-ville dynamique. Dans les années 1970, elle devient capitale de Région. Parallèlement, la municipalité décide de ré-urbaniser le centre et de créer de nombreux espaces verts, sous l'impulsion de Jean-Marie Pelt. Elle se dote de nouveaux services tant avec le technopôle qu'avec son

université et les grandes écoles (ENIM, SUPELEC...). Elle bénéficie de la construction européenne avec des relations franco-allemandes et franco-luxembourgeoises privilégiées. Metz compte aujourd'hui 125 000 habitants 3et son agglomération 230 000.4 Metz, on le constate est historiquement, une ville à l'âme commerçante et prospère plus qu'une ville de tradition culturelle. Sans renforcer la querelle « Nancy-Metz », éloignant les deux villes depuis l'après-guerre pour de multiples raisons, il n'est pas vain d'admettre que Nancy se revendique comme la capitale artistique et culturelle de la Lorraine, par antériorité, grâce à la présence au Moyen-âge des Ducs de Lorraine.

Nous souhaitons poser quelques jalons en revenant sur une chronologie linéaire5 , objective car factuelle, de la décision d'implantation du Centre Georges Pompidou à Metz. Au fil de notre étude, nous y reviendrons. Il s'agira ici de trouver des repères importants, que nous jugeons nécessaires d'avoir à l'esprit et qui pourront servir de vade-mecum.

9 janvier 2003 : Annonce par le Centre Pompidou et la Ville de Metz, en accord avec le ministère de la Culture et de la Communication, de la première décentralisation d'une institution culturelle nationale en France : le Centre Pompidou-Metz, institution soeur du Centre Pompidou, réalisée en partenariat avec les collectivités territoriales.

Mars 2003 : Lancement du concours international d'architecture.

15 décembre 2003 : Shigeru Ban (Tokyo), Jean de Gastines (Paris) et Philip Gumuchdjian (Londres) sont lauréats du concours international d'architecture.

Septembre 2005 : Obtention du permis de construire. 2006-2009 : Chantier de construction.


· Juin 2006
: Ouverture de la Maison du Projet, structure temporaire située aux abords du chantier, conçue par les architectes du Centre Pompidou-Metz, Shigeru

3 http://www.insee.fr/fr/ppp/basesdedonnees/recensement/populationslegales/commune.asp?annee=2008&dep com=57463 , Recensement de la population 2008.

4 http://www.metzmetropole.fr/site/institution_intercomm01.php

5 http://www.centrepompidou-metz.fr/les-grandes-etapes A ce titre, nous nous excusons auprès du lecteur de faire un récapitulatif événementiel un peu rébarbatif, au sens où - comme le définissent Louis-Marie Morfaux et Jean Lefranc- « la conception de l'histoire se réduit à un simple récit des faits dans leur filiation sérielle en s'interdisant toute recherche des causes ou toute interprétation d'ensemble.

Ban et Jean de Gastines. Elle informera le public sur le projet culturel et architectural du Centre Pompidou-Metz jusqu'en octobre 2009.

· 7 novembre 2006 : Pose de la première pierre du Centre Pompidou-Metz.

· 28 décembre 2007 : Signature de la convention préparatoire d'association entre le Centre Pompidou et le Centre Pompidou-Metz, avec la Communauté d'agglomération de Metz-Métropole.

· 15 mai-4 octobre 2009 : Constellation, manifestation de préfiguration du Centre Pompidou-Metz : plus de 300 000 visites en cinq mois sur dix-neuf lieux d'exposition, à Metz et en Lorraine.

10 novembre 2009 : Signature du protocole d'accord par Bernard Niquet, Préfet de la Région Lorraine et de la Moselle et Alain Seban, président du Centre Pompidou ; Jean-Pierre Masseret, président de la Région Lorraine, Philippe Leroy, président du Conseil Général de Moselle, Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole, Dominique Gros, Maire de Metz. Le protocole d'accord détermine les aspects statutaires, budgétaires et de gouvernance du Centre Pompidou-Metz, constitué en Établissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) dont les membres sont Metz Métropole (40 communes), la Région Lorraine, la Ville de Metz, le Centre Georges Pompidou et l'État.

11 mai 2010 : Inauguration officielle du Centre Pompidou-Metz, par le président de la République.

12-16 mai 2010 : Ouverture au public en offrant cinq jours d'accès gratuit et de festivités. Le Centre Pompidou-Metz comprend :

- 5 020m2 de surface d'exposition, dont 3 galeries de 1150m2 d'exposition chacune, - Une grande nef de 1200 m2,

- Un auditorium de 144 places,

- Un studio de création de 196 places,

- Un café « Le 333 »6,

- Un restaurant « La voile blanche »,

6 Rappelant ainsi la distance kilométrique qui sépare Metz de Paris.

- Une librairie-boutique.7

Administrativement, les collectivités territoriales ont fait le choix du statut d'Etablissement Public de Coopération Culturelle. Ce statut8 permet de garantir à la fois l'autonomie des choix scientifiques et culturels de la nouvelle institution, l'engagement et le contrôle des collectivités territoriales, qui en assument le financement et la proximité avec le Centre Pompidou vis-à-vis de quoi le Centre Pompidou-Metz aura le statut d'organisme associé. Le Centre Pompidou et l'État détiennent ensemble le tiers des sièges au conseil d'administration du Centre Pompidou-Metz. Les autres sièges sont répartis entre Metz Métropole, la Région Lorraine et la Ville de Metz. Le président du Conseil Général de la Moselle participe au conseil d'administration en tant que personnalité qualifiée.

Le conseil d'administration est présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou. Le président de Metz Métropole, Jean-Luc Bohl, en est le vice-président.

Le directeur du Centre Pompidou-Metz est Laurent Le Bon, conservateur en chef au Musée national d'art moderne. Le directeur du Centre Pompidou-Metz jouit, conformément aux règles régissant le fonctionnement des EPCC, d'une large autonomie en matière culturelle et scientifique. Conformément au Code général des collectivités territoriales, il est nommé par le président de l'EPCC sur proposition du conseil d'administration statuant à la majorité des deux-tiers.

Le conseil d'administration de l'EPCC est composé de 26 membres, répartis comme-suit :

- Etat et Centre Georges Pompidou : 8 sièges ;

- Personnalité qualifiée désignée par le président du Centre Pompidou : 1 siège ; - Metz Métropole : 7 sièges ;

- Région Lorraine : 5 sièges ;

- Ville de Metz : 1 siège ;

- M. le Maire de Metz : 1 siège ;

- Représentants du personnel : 1 siège.

7 Alimenté par la librairie Flammarion.

8 http://www.centrepompidou-metz.fr/leppc

Il est à noter que l'association de préfiguration du Centre Pompidou-Metz était constituée en association de droit mosellan.9

Par ce statut, les collectivités partenaires prennent en charge intégralement le budget de fonctionnement du Centre Pompidou-Metz évalué pour la première année à 10 millions d'euros en dépenses, dont :

- 4,6 millions d'euros versés par Metz Métropole,

- 4 millions d'euros par la Région Lorraine,

- 400 000 euros par la Ville de Metz

- 1 million d'euros d'autofinancement,

- Le Conseil Général de la Moselle s'engage à étudier annuellement une convention de partenariat avec le Centre Pompidou-Metz.

Enfin, le projet culturel du Centre Pompidou-Metz repose sur quatre priorités10 :

- Faire découvrir la création artistique sous toutes ses formes,

- Donner des clés de lecture de l'histoire de l'art depuis 1905,

- Emouvoir et inviter le spectateur à appréhender le monde par le biais artistique, - Elargir la fréquentation à de nouveaux publics.

On essaiera de savoir, au fil de notre recherche, si, au travers de l'exemple messin, le patrimoine et les musées peuvent servir d'opportunités politiques, culturelles, économiques, touristiques aux villes ?

C'est dans ces circonstances que l'on cherchera à comprendre pourquoi une ville investit (et quel est l'intérêt d'investir) dans un patrimoine nouveau, porté par une architecture innovante et peu conventionnelle. On se demandera si la ville ne cherche pas à faire fi de son passé militaire et sidérurgique en se créant une nouvelle identité. Par cet aspect assimilable à une marque ou à un label culturel, que valorise-t-on ? Une collection nationale ou la rénovation et la régénération d'une ville ? Prête-t-on attention au patrimoine déjà existant ? Il s'agit également de penser la question de la décentralisation.

9 En effet, la Moselle bénéficie encore d'un régime juridique particulier suite à l'annexion allemande de 1870.

10 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-vocation-du-cpm

En outre, il nous semble pertinent de savoir les moyens que la ville de Metz s'est donné. S'agit-il d'une volonté politique à visée électorale pour les élus en donnant à Metz une image attractive ? Peut-on parler d'opportunité, au sens positif du terme11, politique ? Dans quelle mesure le projet d'implantation d'un nouveau musée à Metz12, alors que la ville a déjà un « potentiel » patrimonial, implique les collectivités territoriales ? Comment y parvient-on ? De quelle aura médiatique, Metz a-t-elle bénéficié ? Dans quelle mesure le numérique est utilisé pour conforter la présence du Centre Pompidou-Metz ? S'il est questions des moyens, il est également question de fins en s'interrogeant sur les retombées tant sur le plan économique que symbolique. L'arrivée d'un établissement culturel en région est-elle un moyen d'attraction économique et touristique ? On veillera toutefois à ne pas se méprendre avec des chiffres trop flous, tout en sachant qu'il s'agit de la première année d'ouverture du Centre Pompidou-Metz.

Enfin, on cherchera à comprendre comment une volonté politique affirmée parvient à un consensus, outrepassant les partis politiques et s'il est fait mention d'une liberté quelconque vis-à-vis des scientifiques du musée. Quels regards portent les scientifiques en s'interrogeant sur cette forme hybride revitalisée d'un musée ? Comment les professionnels envisagent-ils la présentation de l'art contemporain ? Comment est prise en compte la question des publics ?

Au cours de notre recherche, on s'est essentiellement appuyés sur des entretiens avec des acteurs importants du projet. Nous avons rencontré, le directeur du Centre Pompidou-Metz, Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz dont la vie du Centre dépend à présent ; l'ancien maire de Metz, à l'initiative de la décision d'implantation du Centre Pompidou à Metz. Nous voulions interroger le maire actuel de Metz, Dominique Gros, dont l'emploi du temps ne nous permettait pas de nous recevoir mais qui nous a fait la grâce de faire rencontrer son adjoint à la culture, Antoine Fonté. Rencontrer ces acteurs était pour nous une façon importante d'aborder notre sujet, beaucoup plus pertinente nous semble t'il, que de rester sur des paroles et récits rapportés. Notre analyse dépend en effet, de cette matière riche.

11 On définit ainsi l'opportunité par une occasion ou circonstance favorable, qui convient à la situation du moment. Par opportunisme, on entend, le comportement d'une personne qui agit en fonction des circonstances et sait favorablement exploiter les occasions.

12 Les musées de la Cour d'or (qui regroupent en fait, trois types de musées : musée d'archéologie, musée de beaux-arts et le musée d'architecture) existent depuis 1839.

Pour commencer, on s'interrogera sur la volonté de création d'un patrimoine nouveau. On reviendra tout d'abord sur les prémices du projet avec une mise en perspective des acteurs qui ont été parties prenantes. On analysera ensuite la rencontre des collectivités territoriales opérées avec un établissement national avant d'étudier l'opération architecturale, créatrice de ce nouveau patrimoine.

En poursuivant, on cherchera à savoir si la culture sert de prétexte. On observera d'emblée l'accord politique qui s'est produit avant de s'intéresser au travail scientifique des professionnels. On souhaite sonder le concept de musée pour savoir s'il s'agit à Metz d'une coquille vide et comment il est procédé au prolongement de l'idée du Centre Georges Pompidou. Après avoir cherché le fonctionnement de ce nouvel « objet » culturel, on analysera l'exposition inaugurale avant de se concentrer sur la question des publics.

En dernier lieu, on examinera les résultats et leurs causalités. On étudiera la médiatisation de l'événement obtenue grâce aux médias et aux nouveaux outils qui l'encouragent. On portera un intérét aux retombées économique, en s'attachant à la fréquentation du lieu et aux faits qu'il induit. Enfin, on observera les effets en termes d'image.

Toutes ces questions, nous souhaitons les poser dans un état d'esprit critique face à l'effervescence et l'engouement qu'ont généré le projet, puis l'ouverture du Centre Pompidou-Metz, en veillant à rester le plus partiale possible au regard de l'euphorie politique et journalistique qui ont été rendus. Nous gardons à l'esprit la formule d'Italo Calvino13 :

« Personne ne sait mieux que toi, sage Kublai, qu'il ne faut jamais confondre la ville avec le discours qui la décrit. »

et tenterons de faire au mieux pour garder un certain esprit critique.

Cette interrogation nous apparaît importante quant à notre avenir professionnel, que nous souhaitons effectuer dans ce domaine. Il nous semble légitime qu'à l'avenir nous soyons capables de distancier le théorique face aux réalités du terrain tout en restant dans un juste équilibre.

13 Italo Calvino, Les villes invisibles, Points, 1984, p.75.

I. Créer un patrimoine nouveau

A. Naissance d'un projet

Au Moyen-âge, on bâtissait des cathédrales à la gloire de Dieu. A Metz, pour filer la métaphore, on décide de célébrer l'éclat de la ville. Il est nécessaire pour cela de revenir également sur l'histoire d'un homme, l'ancien Maire de Metz, Jean-Marie Rausch.14 Elu en 1971, il ne peut s'empêcher de constater que la ville est desservie par une mauvaise image. Plusieurs raisons à cette observation : Les hommes mobilisés pendant la guerre à Metz ont vécu un des hivers le plus froid. On conserve le cliché de Metz comme étant une ville de caserne, proche de la sidérurgie dont on connait les désagréments. Enfin, si la guerre a fait peu de démolitions, Metz subit les conséquences du baby-boom et est confrontée à un manque de logements. Avant l'arrivée de Jean-Marie Rausch, on avait commencé pour cette raison à entamer de nombreuses démolitions dans la ville pour y faire des logements. Autant que faire se peut, le maire et son adjoint, Jean-Marie Pelt tentent de stopper les travaux de démolition à la faveur d'une restauration du patrimoine. Suite à son élection, la journaliste Catherine Ney était venue interviewer Jean-Marie Rausch et lui avait confié qu'elle avait fait le déplacement uniquement pour l'interview mais que Metz n'était pas une belle ville et qu'elle n'était pas préte d'y revenir. Quelque peu offensé par la réaction de la journaliste, le maire fait alors appel à Georges Chétochine, grand communiquant parisien à l'heure où les villes n'étaient pas encore très aux faits de la communication. Il vient à Metz et rend son avis en établissant le problème : La ville bénéficie d'un mauvais stéréotype. Pour lui :

« On ne lutte pas contre un stéréotype de face en essayant de le nier, il faut lui substituer un autre stéréotype mais c'est une opération de très longue durée ».

Jean-Marie Rausch prend note de ces paroles. Cependant il sait qu'un temps long sera
nécessaire pour parer à cette image. Avec les conseils de Jean-Marie Pelt, il fait nettoyer
les façades, augmente la surface des espaces verts et fait réaménager les bords de la

14 Entretien réalisé avec M. Jean-Marie Rausch, le 16 février 2011 à Metz.

Moselle. Deux mandats sont passés, des améliorations ont été apportées, il y a un réel embellissement de la ville mais cela ne se sait pas encore. Une solution peut être apportée en attirant des services, des sociétés et des capitaux. A ce titre, il nous parait juste de rappeler que:

" La notion d'attraction s'est confortée à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle par l'analogie scientifique que l'on établit entre les établissements humains et la science physique qu'il s'agisse d'astronomie ou d'aimantation. La science physique se croise avec un autre sens donné au XVIIème siècle au mot attrait qui signifie séduction exercée par une personne ou un paysage. »15

Avec l'émergence des nouvelles technologies, l'idée de créer un technopôle apparaît nécessaire. Elle est concrétisée en 1982 avec Georgia Tech, en s'inspirant des modèles américains et du modèle français de Sofia-Antipolis avec un parc d'activités de 200 ha spécialisé dans la télématique et les systèmes de communication. A ce moment-là, Jean-Marie Rausch s'aperçoit que pour attirer la venue de cadres, d'industries et de services, il faut impérativement que le niveau d'équipements culturels et la vie culturelle s'enrichissent. Ce dont Thierry Jean, président de la commission économique d'intérêt communautaire de Metz Métropole16 convient en souriant:

" Quand on veut faire venir un cadre, il faut d'abord convaincre sa femme ! Pour linstant, c'est plus facile à Montpellier ou à Nantes qu'à Metz. Mais petit à petit, le Centre Pompidou-Metz pourrait changer linconscient collectif. »17

L'état des lieux culturels de la ville de Metz est fait assez rapidement, en accordant qu'il y a un musée, mais celui-ci est ancien et ne possède que très peu d'art contemporain. Il y a peu de musique. Grâce à la récupération de l'orchestre de Strasbourg, il est possible d'avoir des concerts de qualité. Ce qui nécessite l'ouverture d'une salle dédiée. Jean-Marie Rausch décide alors de réhabiliter l'ancien arsenal, construit entre 1860 et 1864, pour en

15 Roncayolo Marcel, « Réflexions autour de la notion d'attractivité », L'attractivité des territoires : regards croisés, p.43.

16 Thierry Jean est adjoint au Maire de Metz actuel : Dominique Gros (PS): au développement économique, au commerce, à l'artisanat, aux foires et aux marchés, et au tourisme.

17 Nicolas Bastuck et Claire Guillot, « Le Centre sera-t-il une manne pour la région ? », Le Monde Spécial, mardi, 11 mai 2010, p. 4 Spécial Centre Pompidou-Metz.

faire une salle de concerts entre 1984 et 1989. La rénovation est confiée à Riccardo Bofill et désormais, musique, danse et création contemporaine trouvent leur expression à Metz. Il est éventuellement question d'accueillir à Metz le legs universel de Bernard Buffet si un musée peut l'accueillir mais au dernier moment, les héritiers se rétractent. En 1998, la Ministre de la Culture, Catherine Trautmann manifeste la volonté de fêter le passage au XXIe siècle. La commission est présidée par Jean-Jacques Aillagon (alors président du Centre Georges Pompidou) à laquelle Christine Raffin, adjointe à la culture de M. Rausch, participe. En 1999, Catherine Tasca remplace Catherine Trautmann, mais la moitié des projets de ville passant à l'an 2000 est éliminée pour des raisons budgétaires. Jean-Jacques Aillagon annonce à Mme Raffin que Metz n'est plus retenue.

Depuis qu'il assure la direction du Centre Georges Pompidou en 1996, d'importants travaux ont impliqué une longue fermeture du Centre. Néanmoins le Centre manifeste le souhait d'exposer les collections nationales, malgré les travaux. Cela entraîne la création d'un programme « hors les murs », qui permet avec l'aide de grands musées en région, de présenter sur tout le territoire français mais également à l'étranger, une trentaine d'expositions. Le succès de cette politique offre alors un nouvel horizon au Centre Pompidou, celui de créer un autre Centre Pompidou en région. Au fil de la conversation, il lui fait part de son intention de décentraliser le Centre Georges Pompidou. Il fait état du projet et de l'avancement de la proposition faite à d'autres villes. En l'espèce, il est mentionné que l'engagement ne pourra être fait par l'Etat mais uniquement par les collectivités territoriales. Refus de la part de Martine Aubry à Lille, du maire de Caen qui n'a pas voulu laisser un chantier à son successeur. A Montpellier, Georges Frêche était d'accord à la condition que l'Etat paie. Il avait été question de Villeneuve d'Ascq également. André Rossinot, maire de Nancy, n'avait pas les moyens pour réaliser le projet. Christine Raffin propose à Jean-Jacques Aillagon de rencontrer le maire de Metz. Ayant passé une infime partie de son enfance à Metz, il connait la Lorraine et les lieux communs qui obstruent son avenir, il est assez peu séduit par l'idée. Néanmoins Jean-Jacques Aillagon accepte un déjeuner à Metz en compagnie du Maire et de Mme Raffin.

Conquis par l'idée d'une décentralisation du Centre Georges Pompidou à Metz, M. Rausch ne fait pas la sourde oreille et en demande le prix. M. Aillagon répond alors qu'il en irait de vingt-cinq millions d'euros. Lors de notre interview, Jean-Marie Rausch nous

apostrophe en nous rappelant qu'il a été ministre de François Mitterrand pendant quatre ans18 , qui, au cours d'un entretien lui parlait des grands travaux en le prévenant que : « quand on vous annonce un chiffre, multipliez le toujours par deux ou par trois, pour avoir une estimation à peu près fiable ». En se souvenant de ce dialogue, Jean-Marie Rausch sur un ton interrogateur dit à Jean-Jacques Aillagon : « Donc ça fait soixante millions d'euros ? ». Ce, à quoi, Jean-Jacques Aillagon, interloqué demande s'il se rétracte. Jean-Marie Rausch a alors répondu : « Si, je prends parce que moi j'ai les moyens. ». D'un air assuré, l'ancien maire nous annonce qu'il avait géré la ville en bon père de famille, qu'il était économe et que par voie de conséquence, il était possible de réaliser un tel projet. Stupéfait de voir un projet, qu'il pensait avorté, Jean-Jacques Aillagon s'étonne de la certitude de la réponse, de la rapidité tout en n'omettant pas l'éventualité d'un refus en conseil municipal. Paroles sur lesquelles, M. Rausch affirme la certitude qu'il aurait à convaincre son conseil en demandant à M. Aillagon de ne pas proposer le projet ailleurs. De fil en aiguille, le maire en parle à ses adjoints qui étaient tous d'accord. Aucun ne s'est d'ailleurs posé la question de savoir s'il avait les moyens, " s'il le proposait, c'était parce qu'il était slir d'avoir les crédits pour » comme le relate Thierry Jean dans l'émission Sur les docks. 19 En conseil municipal, Jean-Marie Rausch réussit à obtenir l'unanimité, y compris de son opposition de gauche. Schéma presque similaire à la Communauté d'agglomération de Metz Métropole20 avec 150 voix pour, sur 200.

Metz avait donc plusieurs éléments à sa faveur comme le résume Patrick Thull21 : une position géographique intéressante avec la proximité relative de l'Allemagne, du Luxembourg, de la Suisse, de la Belgique et des Pays-Bas ; l'arrivée du Tgv Est en 2007 ; des finances saines et la volonté d'un maire prompt. L'auteur assure qu'outre la fermeté du prix : " S'il est un autre sujet sur lequel Jean-Marie Rausch sera intransigeant,

18 Ministre du commerce extérieur de juin 1988 à mai 1991, Ministre délégué aux postes et aux télécommunications de mai 1991 à avril 1992 et Ministre délégué au commerce et à l'artisanat d'avril 1992 à octobre 1992.

19 « Jean-Marie Rausch et moi : la conquête du pouvoir »,

20 Il s'agit de l'ancien nom de la communauté d'agglomération, abrégée par le sigle CA2M. Par convenance, on utilisera désormais dans nos références à celles-ci, le nom actuel, Metz Métropole.

21 Jean- Marie Rausch, la passion de Metz, Chapitre XVIII « Le père du Centre Pompidou-Metz », pp.269- 277.

c'est bien sur la date d'ouverture du musée. En forme de boutade, il menace de se représenter en 2007 si les délais ne sont pas tenus... »22

En outre, la municipalité disposait d'un terrain central proche de la gare disponible et d'un quartier : le quartier de l'Amphithéâtre, à urbaniser. En l'occurrence, ce terrain était une friche de cinquante hectares qui avait servi d'ancienne foire d'expositions, de gare de marchandises et de terrain pour les militaires. Il a été classé comme Zone d'Aménagement Concerté (ZAC) depuis février 2000. En 2002, les Arènes23, nouveau palais omnisport de Metz avaient été inaugurées et quelques mois plus tard, c'était au tour du parc de la Seille24, dans ce même quartier. Par ailleurs, une demande forte de bureaux se faisait sentir tandis que la ville voulait montrer sa volonté de rechercher une certaine mixité entre commerces, bureaux et logements. Des engagements fermes auraient été pris pour neuf hectares. « Les premiers permis de construire ont été déposés; pour le reste, les négociations sont très avancées », assure Richard Lioger25, premier adjoint26 chargé de l'urbanisme. D'importants promoteurs sont en lice: Nexity, Nacara, Lazard, Bouygues... Des entreprises telles Batigère, la Foncière des régions 27souhaitent installer leur siège sur le site, où un hôtel, une crèche, une halle commerciale et un centre des congrès devraient voir le jour. Un premier îlot est censé sortir de terre au printemps 2012. On le voit, il s'agissait d'insérer le Centre Pompidou-Metz dans un espace global, repensé et réaménagé. D'une manière plus générale, on peut remarquer que la vie culturelle est devenue un indicateur de la qualité de vie qu'offre une ville, la création de nouveaux équipements culturels vise à la doter d'une infrastructure de prestige autour de laquelle s'articule l'ensemble d'un projet urbain. Ces équipements sont conçus comme des outils de la restructuration urbaine en créant de nouvelles centralités et de nouveaux flux, participant à la revalorisation foncière et à une requalification symbolique de la ville. Ainsi, dans un contexte concurrentiel, les villes touchées par la crise industrielle ont mis en place des actions destinées à rendre leur territoire attractif. Créer une atmosphère créative permettrait

22 Ibid., p. 275

23 http://www.metz.fr/metz2/sortir/arenes/index.php

24 http://www.metz.fr/metz2/decouvrir/jardin/parc_seille.php

25Nicolas Bastuck, « Spécial Metz La Bilbao de l'Est s'expose », Le Point, no. 1963, Villes, jeudi 29 avril 2010, p. 163-167.

26 De Dominique Gros, élu en 2008.

27 http://www.mairie-metz.fr/metz2/actions/projets_urbains/amphitheatre/index.php

d'attirer des talents et des entreprises. Le dynamisme des villes se mesurerait alors à l'attractivité culturelle, qui pourrait potentiellement attirer des capitaux économiques.

On peut penser comme Elsa Vivant que :

" La culture est ainsi utilisée dans le cadre des politiques urbaines en tant qu'outil de valorisation de l'espace. (...) La ville créative serait cela : un activisme culturel des élus municipaux destiné à susciter le retour en ville de la population aisée et cultivée. »28

En effet, méme si le choix des entreprises n'a pas été entièrement décidé par la municipalité Rausch, on peut considérer qu'il s'agissait d'un tout. Le Centre Pompidou-Metz sortirait ainsi du lot, comme au coeur d'un écrin. Sauf que les travaux et le chantier d'aménagement ne se sont pas déroulés aussi rapidement que prévu. Dans notre entretien, Jean-Marie Rausch estimait que s'il y avait un « loupé »29, c'était celui de ne pas avoir mené de front, la construction du palais des congrès ainsi que des logements, ce que la municipalité entrante n'a pas poursuivi. D'un autre côté, en lisant la seule description du projet du quartier de l'Amphithéâtre, on découvre que chacun essaie se s'attirer la rançon de la gloire :

" Le projet d'aménagement du Quartier de l'Amphithéâtre est reparti sur des bases saines et attire à nouveau [nous soulignons] les promoteurs. La sortie de terre de ce quartier se fera îlots par îlots dans une logique de mixité des fonctions, de qualités environnementales et d'attraction du site grâce au Centre Pompidou-Metz. » 30

De fait, le Centre Pompidou-Metz ouvre une de ses galeries face à un « no man's land » urbanistique, avant on l'espère d'avoir un nouveau panorama, d'ici 201831orienté vers un point de vue choisi, comme le sont déjà les galeries 2 et 3 exposées respectivement vers la gare et la cathédrale.

28 Elsa Vivant, p.12

29 Interview Jean-Marie Rausch, le 16 février 2011, réalisée à Metz.

30 http://www.mairie-metz.fr/metz2/actions/projets_urbains/amphitheatre/index.php

31 Si les travaux sont menés à terme en temps et en heure. http://www.centrepompidou-metz.fr/le-quartieramphi

Pour autant, l'ancien maire n'hésite pas à mener un parallèle avec Bilbao qui avait fait son palais des congrès et ses bureaux en même temps : " L'idée était la même du point de vue urbanistique. Ici, ça viendra, je n'ai aucune crainte. »32 Pour lui, une chose est sûre : " Le Centre Pompidou-Metz va générer un retour plus important que ce qui a été engagé. »33

On peut alors se demander s'il s'agit d'opportunisme politique de la part de l'ancien maire. Selon Thierry Jean34, " ce n'est pas un stratège, il fonctionne à l'instinct, ce n'est pas un opportuniste au sens de Dutronc35». Toutefois, on constate que malgré tout, M. Rausch envisageait de refaire un mandat en 2008. Il concède qu'il a été battu et qu'il a pris conscience que ce ne serait pas possible. Magnanime, il affirme ensuite qu'il n'y a aucun regret à avoir et que son successeur, Dominique Gros, a encore de beaux jours devant lui, car il n'a aucun dauphin.36 On remarque alors que Jean-Marie Rausch nourrit, comme l'indique le titre du livre de Patrick Thull, un réel amour pour Metz et était quelque peu visionnaire, puisque lorsqu'il détaille l'histoire du Centre Pompidou-Metz, il remonte à l'aune de son premier mandat. Le point de vue de Georges Chétochine, ne lui a pas été indifférent. Il accorde qu'il n'est pas " un fana de l'art contemporain. Je suis un fana des nouvelles technologies. J'ai pris l'art, je l'avoue, je reconnais, parce que je savais que c'était indispensable pour attirer même des gens des nouvelles technologies. » On est en droit de dire que le maire était pour le moins précurseur. Il affirme d'ailleurs que si beaucoup l'ont critiqué ou ont douté de lui pour le technopôle, que peu de gens lui ont fait la même remarque pour le Centre Pompidou-Metz.37 Ainsi, apparaîtra-t-il pour la postérité. Car tout le monde reconnaît sa paternité pour ce projet :

" Un grand maire laisse toujours une trace derrière lui.38 Je pense que la trace que je laisserais ce sera Pompidou, et curieusement ce sera la culture. (...). Alors que je ne suis pas un homme de l'art. »39

32 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

33 Ibid.

34 http://www.franceculture.com/emission-sur-les-docks-%%AB-jean-marie-rausch-et-moi-22-la-perte-dupouvoir%%BB-2011-05-25.html

35 Le refrain de la chanson dit : « Il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent. Moi je ne fais qu'un seul geste, je retourne ma veste. Je retourne ma veste toujours du bon côté. »

36 Interview Jean-Marie Rausch, le 16 février 2011, réalisée à Metz.

37 Ibid.

38 Jean-Marie Rausch a été maire de Metz pendant 37 ans.

39 Interview Jean-Marie Rausch, le 16 février 2011, réalisée à Metz.

Si l'on condense notre pensée, celle de Bruno Racine, alors président du Centre Georges Pompidou, la synthétise ici :

« Le choix de Metz résulte d'une double volonté : d'un côté, la yille et son maire, Jean-Marie Rausch, ont fait le pari d'un ambitieux projet culturel comme vecteur d'une image renouvelée de la cité, aussi bien que d'une mobilisation des habitants autour d'une vaste question d'urbanisme, de l'autre côté, le Centre Georges Pompidou, encouragé par l'Etat, entendait démontrer en acte que les grandes institutions parisiennes étaient au service de tous et n'avaient rien perdu de l'élan originel. »40

Nous avons vu que le Centre Pompidou-Metz émanait sur la volonté et le rôle déterminant d'un homme, Jean-Marie Rausch. Pour nous, il est incontestable que sa seule ténacité, inscrite dans une temporalité particulière, qui a fait se repenser le modèle culturel du Centre Georges Pompidou, a été déterminante. Dans ce mouvement de déconcentration, Rausch a joué un rôle important. Il a été convaincu pour sa ville de l'aubaine du projet. Aussi, cette force a réussi à lui permettre de mobiliser toutes les équipes dont il avait besoin pour faire aboutir ce projet.

Il nous faut maintenant nous questionner sur la rencontre entre le Centre Georges Pompidou et les collectivités territoriales. D'emblée, cette solution a été envisagée par le Centre Georges Pompidou, c'est pourquoi il est nécessaire de s'interroger sur la façon dont la déconcentration s'est opérée. On cherchera à connaître les financements de ce nouvel établissement, en région et la façon dont le projet a été mené entre les collectivités territoriales.

40 Bruno Racine, président du Centre Georges Pompidou, avant propos Concours du Centre Pompidou-Metz, p.6-7.

B. La rencontre de deux ambitions41

" Découvrir un lieu inconnu financé par le contribuable, vide, dans une ville méconnue. Montrer ce qui est caché derrière le voile de PTFE. Réunir des partenaires que rien ne devrait réunir. »42

Pour une bonne configuration d'un projet culturel, il est essentiel que les acteurs de la gestion politique s'entendent sur le rôle qu'ils ont à jouer afin d'assurer la qualité de la manifestation. Il s'agit d'avoir un conseil d'administration cohérent, qui respecte la loi par sa mission de service public, administré par des personnes ayant des compétences complémentaires. Selon Johanne Turbide, professeur à HEC-Montréal :

le" casting idéal » pour une bonne gouvernance et le fonctionnement optimal d'un organisme culturel est composé : " d'individus qui adhèrent à la mission et qui en comprennent le processus de création, d'individus plus près de la gestion interne, qui peuvent aider les gestionnaires à mieux surveiller les enjeux financiers et administratifs, d'individus qui peuvent « ouvrir des portes » à l'organisation c'est à dire des gens qui possèdent un réseau de contacts utile aux aspirations de l'entité ».43

Les collectivités territoriales ont la possibilité depuis 2002 de se regrouper en Etablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC), ce qui vient palier à des lacunes législatives.

Le statut d'EPCC institutionnalise une coopération entre différentes personnes publiques et
permet d'avoir une juridiction adaptée pour les grandes institutions culturelles d'intérêt à

41 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-rencontre-de-deux-ambitions

42 Laurent Le Bon, « Apostille ? » in Chefs-d'oeuvre ?, Editions du Centre Pompidou-Metz, Metz, 2010, p.533.

43 Cf. J.Turbide, « L'enjeu de la gouvernance : prévenir plutôt que guérir », Espaces, n°268, mars 2009, p.26.

la fois local et national. Il permet l'organisation d'un partenariat équilibré entre des collectivités territoriales et l'Etat ou entre des collectivités territoriales seules. Les différentes collectivités ayant participé à l'édification du projet sont l'Etat, le Centre Pompidou, la région Lorraine, Metz Métropole et la ville de Metz.

Aussi, le statut d'EPCC, permet aux collectivités territoriales d'avoir un rôle à jouer, précisément défini. Comme l'indique Laurent Le Bon dans son apostille au catalogue d'exposition Chefs d'oeuvres ? : « Découvrir un lieu inconnu financé par le contribuable, vide, dans une ville méconnue. (...) Réunir des partenaires que rien ne devrait réunir. »44 De la méme façon qu'il utilise le terme de chimère pour désigner un lieu qui n'est ni un musée, ni un centre d'art, nous le réutilisons pour désigner la façon dont le lieu réunit les collectivités territoriales. C'est une formule nouvelle proposée pour un équipement culturel. Il s'agit de proposer un musée dans le musée. Grace à un nouveau lieu, une collection peut se déployer sur une surface plus importante, permettant d'en montrer plus. C'est une nouvelle forme d'exposition, sans qu'il y ait véritablement création de musée. Au sens où l'entend la loi, un musée reste attaché à une collection45. Ce n'est ni une collection appartenant aux collectivités territoriales, ni un lieu financé par l'Etat. Les collectivités ont la possibilité de puiser dans une collection nationale. Il s'agit d'un phénix qui renait de ses cendres, en réinventant sa propre actualité. Les collectivités ont fait le pari que le développement d'un territoire passait entre autre par son attractivité culturelle. Le Centre Pompidou porte en région son modèle et met à disposition son savoir-faire et ses collections, dans un partenariat original avec les collectivités territoriales qui apportent le financement tout en garantissant l'autonomie des choix scientifiques et culturels. Aucun coüt, excepté, celui, induit, d'entretien des collections et de régie des oeuvres n'importent à l'Etat. Toutefois, il est étonnant que l'Etat dispose d'un nombre de sièges conséquents au conseil d'administration alors qu'il n'engage aucun centime. Neuf sièges se répartissent entre l'Etat et le Centre Georges Pompidou (huit plus la personnalité qualifiée désignée par le président du Centre Pompidou), alors que Metz Métropole est le plus gros investisseur dans le projet, il compte moins de sièges que le Centre Georges Pompidou et l'Etat

44 Laurent Le Bon, « Apostille ? » in Chefs-d'oeuvre ?, Editions du Centre Pompidou-Metz, Metz, 2010, p.533.

45 Code du patrimoine, Livre IV, Titre 1, article L-410-1 « Est considérée comme musée, au sens du présent livre, toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l'éducation et du plaisir du public. »

confondus. Certes, le Centre Pompidou et l'Etat respectent la loi avec un nombre de représentants inférieur à la moitié du nombre des représentants des collectivités territoriales, néanmoins cela semble être, une tutelle qui semble garder un fort impact. En outre, le Conseil Général possède un siège alors qu'il n'engage qu'une convention de partenariat annuelle, renouvelable mais il n'est point de tacite reconduction mentionnée. Méme si l'on peut supposer qu'il ne se désengagera pas.

Les collectivités territoriales ont pris en charge la totalité des coûts du bâtiment : le coût final du bâtiment aura été de 69 330 000 € HT dont un montant des travaux porté à 51 660 000€ HT; les 17 670 000€ HT correspondant aux équipements mobiliers et aux honoraires pour les aménagements intérieurs et extérieurs.

La Communauté d'Agglomération de Metz Métropole finance majoritairement le projet à hauteur de 43,33 M€. Les autres financements proviennent de l'État (4 M€), de l'Union européenne - Feder (2 M€), de la Région Lorraine (10 M€) et du Département de la Moselle (10 M€).46 Comparativement, le Louvre- Lens dont la Région Nord-Pas de Calais et l'Europe sont les principaux financeurs a un plan de financement de 150 M€47.

Le budget de fonctionnement pour 2011, nous l'avons indiqué en introduction, s'élève à dix millions d'euros dont 4, 6 millions d'euros pris en charge par Metz Métropole, quatre par la région Lorraine, 400 000€ par la ville de Metz, et un million en ressources propres.48 A titre de comparaison, le budget de fonctionnement de la ville de Metz est d'environ 10 millions d'euros.49 Pour d'autres établissements déconcentrés, le budget du Louvre-Lens sera de 15 millions d'euros50 et celui du musée des confluences à Lyon est évalué entre 13 et 15 millions d'euros.

46 http://www.metzmetropole.fr/site/projets_CPM_01.php

47 http://www.louvrelens.fr/fr/pourquoi-louvre/chiffres.html

48 Centre Pompidou- Metz, l'architecture du musée- Chefs-d'oeuvre du XXe siècle, Beaux arts éditions, mai 2010.

49 http://www.metz.fr/metz2/articles/2010/100119_budget03.php

50 http://www.louvrelens.fr/fr/pourquoi-louvre/chiffres.html

Pour la première année, l'autofinancement s'est d'ailleurs élevé à 5 millions ! Selon Laurent Le Bon : " Ces ressources propres ont servi à boucler le budget, puisqu'il y a eu plus de dépenses à cause d'un nombre plus conséquent de visiteurs.»51

Lorsque l'on demande à M. Fonté52, adjoint à la culture de M. Dominique Gros s'il croit au pouvoir des collectivités territoriales pour la culture, en écho à Renaud Donnedieu de Vabres53 pour qui le chef-d'oeuvre ultime était celui du Centre Pompidou-Metz qui " fai[t] en sorte que la culture rayonne sur tout le territoire national, c'est en soi une oeuvre d'art. », il nous répond que oui :

" Non seulement j'y crois mais aujourd'hui dans ce pays, 75% des financements de la culture ce sont les collectivités locales, ce n'est pas l'Etat. L'Etat, le budget du Ministère de la Culture et de la Communication est concentré à 80% sur Paris et 20% en province. Pour la ville de Metz, entre Pompidou, l'Arsenal54, la future SMAC55, les éléments culturels : le budget culture est de dix millions d'euros. L'Etat c'est à peine 1,5 million de subventions. Donc on a la réponse, non seulement on y croit mais on paye pour y croire ! »

Sur son site Internet, l'administration du Centre Pompidou-Metz, reconnaît d'ailleurs que les collectivités territoriales sont ses principaux fondateurs et que sans leur soutien, le Centre n'aurait pas vu le jour56. Si les sites Internet des institutions culturelles sont en quelque sorte la partie visible de l'iceberg et ne trahissent pas tous les embarras, on peut au moins admettre que l'administration, par l'intermédiaire du webmestre, a la délicatesse de rendre compte de la part - non négligeable- d'investissement pour les collectivités territoriales que représente le financement de la construction, puis du fonctionnement du Centre Pompidou-Metz.

La gouvernance du Centre Pompidou ne s'est pas faite uniquement grâce aux collectivités territoriales.

51 Interview de Laurent Le Bon, réalisée à Metz, le 16 février 2011.

52 Interview d'Antoine Fonté, réalisée à Metz, le 16 février 2011.

53 Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet.

54 http://www.arsenal-metz.fr/

55 http://www.bam-metz.fr/

56 http://www.centrepompidou-metz.fr/collectivites

Le groupe Wendel s'engage effectivement comme mécène fondateur du Centre Pompidou-Metz pour une durée de cinq ans. Il soutient un projet phare pour la Lorraine, berceau du groupe et de ses familles57. Il est vrai que la famille Wendel a été une dynastie industrielle de maître de forges, possédant les aciéries lorraines dès 1704. Ainsi, par cet engagement, on peut y voir un rappel du passé sidérurgique tout en se dédouanant de la défaite de ce dernier, par un geste bienfaiteur. Ernest-Antoine Seillière, descendant de la lignée, est d'ailleurs le Vice-président des Amis du Centre Pompidou-Metz.58

L'usine d'électricité de Metz (Uem) 59s'est associée pour trois années au Centre Pompidou-Metz en mécénant les ateliers jeunes publics, la caisse d'Epargne de Lorraine s'est intéressée aux ateliers pour adolescents pour la même durée. Quelques entreprises de renom sont venues s'ajouter à la liste telles PSA et Pommery Vranken.

D'autres firmes sont devenues partenaires du Centre Pompidou-Metz : Anamnesia/Advisa soutient le dispositif de médiation. La Fnac.com et Samsung assurent également le Centre de leur coopération. La SNCF s'est engagée comme grand partenaire de l'inauguration.

A ce titre, nous rappelons le distinguo entre mécénat et parrainage. Le mécénat60est un don, en numéraire, en nature ou en compétence pour soutenir une oeuvre d'intérêt général et peut conduire à une déductibilité d'impôt. Le parrainage est destiné à promouvoir l'image de l'entreprise, c'est une opération commerciale et est déductible uniquement au titre des charges d'exploitation.

En outre, la création de l'association des Amis du Centre Pompidou-Metz en novembre 2010 peut contribuer à terme à épauler le financement de fonctionnement du Centre Pompidou-Metz. Les missions qu'elle s'est donnée sont, entre autres :

- L'accompagnement de l'institution dans ses projets, notamment en prenant une part active à la recherche de financements extérieurs, publics ou privés, et en accompagnant les actions de promotion et de diffusion de l'art moderne et contemporain menées par le Centre Pompidou-Metz ;

57 Centre Pompidou- Metz, l'architecture du musée- Chefs d'oeuvre du XXe siècle, Beaux arts éditions, mai 2010

58 http://www.centrepompidou-metz.fr/soutenir/particuliers

59 Edf n'est pas présent à Metz, c'est UEM qui la remplace, par délégation de service public, depuis 1925.

60 Loi n°2003-709 du 1er août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations.

- Le développement de la connaissance du Centre Pompidou-Metz et de ses activités tout particulièrement auprès du monde de l'entreprise en favorisant par tous les moyens son engagement dans le développement de l'établissement, de ses activités et de ses projets.61

Ainsi, les collectivités territoriales sont les initiatrices du projet, suivies par les entreprises privées qui s'associent au Centre Pompidou-Metz dont le geste architectural et la nouveauté peuvent séduire.

Attachons nous dès à présent à l'une des motivations qui a pu porter l'engagement des collectivités territoriales : l'architecture.

61 http://www.centrepompidou-metz.fr/soutenir/particuliers

C. Une architecture porte-drapeau ?

Selon Télérama, les Messins avaient surnommé le chantier du Centre Pompidou-Metz « le chantier invisible », tant il s'était fait attendre. Sept ans se sont en effet écoulés entre la décision (annoncée officiellement le 9 janvier 2003) d'implanter une antenne de Beaubourg en région et l'inauguration officielle, le 11 mai 2010, du nouveau Centre Pompidou-Metz. Ce qui n'est pas si long, comparativement à d'autres grands projets de musées décentralisés, retardés pour cause d'aléas financiers ou techniques : le Louvre à Lens, prévu pour 2012, le Mucem à Marseille (2013) et Confluences à Lyon (premier trimestre 2014).62 Il y avait là une réelle détermination de la part des élus, d'aller vite. Initialement, le Centre Pompidou-Metz devait ouvrir trente ans après son grand frère en 2007, ce qui aurait également concordé avec l'arrivée du TGV en Lorraine, ainsi qu'avec la capitale européenne culturelle « Luxembourg et Grande Région, 2007 »63. On sait généralement quand les travaux commencent, il est toujours difficile de savoir quand ils se termineront. D'autant plus, pour un chantier de cette envergure qui n'avait pas été testé, l'ancien maire n'ignorait pas que les délais ne seraient pas respectés. Aussi, en hommage à 1977, l'année d'ouverture du Centre Pompidou-Paris, reste la flèche centrale qui domine avec 77 mètres de haut. Sans vouloir paraître hagiographique, l'ouvrage comprend des éléments architecturaux innovants 64:

· La toiture est autoportante, car elle repose seulement sur quelques appuis. Elle est constituée d'une série d'éléments modulaires hexagonaux dont le maillage en bois lamellé-collé permet de franchir des portées importantes de 40 mètres.

· L'ensemble de la structure en bois- inspiré d'un chapeau chinois- est recouvert d'une membrane blanche en fibre de verre et téflon (PTFE). Celle-ci assure une étanchéité65 à l'eau et crée un environnement tempéré.

62 Sophie Cachon; Luc Desbenoit; Luc Le Chatelier; Xavier de Jarcy, « La tentation de Bilbao Chefsd'oeuvre » Télérama, no. 3148, samedi, 15 mai 2010, p. 54.

63 http://www.gouvernement.lu/dossiers/culture_tourisme_lang/capitale_culture_2007/index.html

64 http://www.metzmetropole.fr/site/projets_CPM_02.php On invite également le lecteur à se référer à l'annexe 1.

65 Malgré l'incident de parcours causé par la neige lors du premier hiver, dont les journalistes ont fait tant de bruit.


· Grâce à une technologie similaire à celle utilisée pour construire les ponts, les trois galeries d'exposition sont dégagées de tout point porteur. D'une longueur de 80 mètres chacun, ces trois tubes parallélépipédiques offrent à chaque extrémité un point de vue différent sur la ville.


· Les espaces intérieurs conçus comme un prolongement de l'extérieur sont des façades aux parois vitrées. A ce titre, Jean De Gastines, l'architecte français, précise dans une interview que l'architecture au service des oeuvres d'art était une priorité dans le cahier des charges :

« il faut que les oeuvres soient bien exposables, que les visiteurs entrent facilement
dans le musée, que la circulation soit fluide, et ensuite on peut s'occuper de

l'architecture d'un point de vue image urbaine, d'où l'idée d'avoir ces galeries quisont orientées vers la ville ancienne, la cathédrale gothique, la gare de la période impériale donc des liens visuels importants. » 66

L'ancien Maire de Metz a souhaité faire sortir Metz de l'anonymat, en utilisant une architecture nouvelle. Dès l'annonce du choix de Metz, il s'est rendu avec une délégation à Bilbao pour visiter le Guggenheim de Franck Gehry. Immédiatement, Bilbao est devenu un modèle pour Jean-Marie Rausch. Il convient ici, de faire un aparté, sur le modèle de Bilbao que beaucoup prennent en exemple. En 199167, un musée s'exporte pour la première fois. Après la période franquiste, la production d'acier, de fer et la construction navale tombent peu à peu en désuétude. La région, à cause de la reconversion de l'industrie lourde, était plongée dans une crise sociale. Le gouvernement basque a voulu parier sur un projet phare pour relancer la région. Il a contacté la fondation Guggenheim afin qu'elle participe à la reconversion de Bilbao. Si pour tous les élus, le modèle Guggenheim ne faisait pas consensus, incarnant pour certains l'invasion du modèle culturel américain, l'idée d'utiliser la culture comme moteur pour le développement économique n'a en revanche pas fait débat. Guggenheim-New York se trouvait dans une impasse financière et projetait, de s'étendre grace à un réseau coordonné d'antennes. Le bâtiment de Franck Gehry, édifice aux formes curvilignes et ondulées recouvert de titane, a provoqué ce que l'on appelle désormais l' « effet Bilbao ». Au milieu d'une friche industrielle, dont on

66 Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet

67 Le business des musées, Sylvain Bergère, Stéphane Osmont.+ www.guggenheim-bilbao.es/

pouvait encore voir les entrepôts en ruine et les usines vétustes, dans laquelle vivaient squatters et drogués, s'est établi un symbole culturel, inauguré en 1997. Le gouvernement basque a pris à sa charge la totalité des frais de construction du bâtiment pour la somme de 150 millions d'euros. Dès l'ouverture, de nombreux autres architectes renommés ont été engagés pour aménager les espaces autour du nouveau musée. L'effort financier est de nouveau considérable : 735 millions d'euros ! Outre l'environnement du musée, elle comprend également tous les réaménagements urbains nécessaires : métro, tours de bureaux... Si le lieu a été entièrement financé par le gouvernement basque ; le musée reste géré par la Fondation Guggenheim. Pour Bilbao, le musée est venu couronner un tout. L'opération de réaménagement urbain n'a pas attendu. A Metz, si l'on note des ressemblances avec Bilbao comme la volonté affirmée d'un geste architectural, une perception négative de la ville ainsi que des problèmes de reconversion sidérurgique, on peut contester sur deux points au moins, la similitude, avec Bilbao. Au départ, les travaux de réaménagement urbanistique devaient conforter l'arrivée du Centre Pompidou-Metz. La crise économique de 2009 passant par là, de nombreux projets ont avorté, faute de moyens. La ville de Metz ne pouvait pas arrêter un chantier d'une telle ampleur, malgré des restrictions budgétaires. Aussi, le Centre Pompidou-Metz a été achevé sans aménagement périphérique. Les travaux commencent seulement, depuis l'ouverture du Centre Pompidou-Metz. Si le Centre Pompidou-Metz se devait d'être un diamant au beau milieu d'un écrin, il devient plutôt l'élément moteur qui impulse son propre aménagement périphérique. D'autre part, là où Bilbao travaille en synergie avec New York qui produit toutes les expositions avec la collection de New York ; le Centre Pompidou-Metz produit les expositions en concertation avec Paris pour le prêt des oeuvres mais reste libre dans ses choix artistiques et dans programmation.

Parenthèse à part, après le voyage à Bilbao, Jean-Marie Rausch affirmait :

« Il faut qu'on fasse un musée qui déjante aussi, c'est à dire dont la forme soit révolutionnaire. » Je suis parti d'une idée qui ne plaisait pas du tout au Centre Georges Pompidou pour leur dire68 : « L'extérieur a autant d'importance que l'intérieur. Si l'extérieur est révolutionnaire, on arrivera à attirer pas mal de gens qui viendront voir que l'extérieur mais qui rentreront

68 Interview Jean-Marie Rausch, le 16 février 2011, réalisée à Metz.

dedans après. Donc il faut absolument que ce ne soit pas un bâtiment classique. »

Un concours d'architectes a été lancé69. Anecdote parallèle ; ce fut le moment où Laurent Hénart, adjoint au Maire de Nancy, délégué à la Culture s'est inquiété pour sa ville. Par sa fonction de député, il a mené quelques interventions à l'Assemblée Nationale qui n'ont pas abouties et est même allé jusqu'au président de la République70 qui n'a pas tranché entre les deux villes concurrentes. Pour Aillagon, ministre de la Culture, il n'y avait pas trop d'autres choix, car seule Metz avait manifesté son intention de financement.

Lors du jury de sélection, en décembre 2003, Jean-Marie Rausch était toujours déterminé à avoir une architecture novatrice, prêt à abandonner si aucun projet ne s'avérait inédit. Six projets ont été retenus avant d'en sélectionner un seul. Deux restaient en lice, aussi intéressant l'un que l'autre : Maupin (32 millions d'euros) et Shigeru Ban (37 millions d'euros). Architecturalement parlant, l'idée de galerie tournée vers l'extérieur se rejoignait.71 Celui de Maupin plaisait à Rausch car il était moins cher, mais les deux projets restaient difficiles à départager. Le préfet de région a demandé au maire ce qu'il choisirait s'il n'y avait pas la question du budget et de toute évidence, c'était le projet de Ban. Il a fait le nécessaire pour trouver six millions d'euros (Communauté européenne+ Etat).

Un choc du raisonnement s'est établi entre l'équipe de préfiguration et M. Rausch : " Pour eux seules les oeuvres pouvaient faire venir les visiteurs. »72 Sur le ton de la plaisanterie, Jean-Marie Rausch73 compare le bâtiment à celui de la Tour Eiffel, " Même si on n'y monte pas, on veut quand même la voir ! », " Peu de gens sont passionnés par les musées mais beaucoup de gens sont passionnés par les monuments modernes d'architecture et des bâtiments qui sortent de l'ordinaire ».74 Jean-Jacques Aillagon conteste quant à lui « l'effet Bilbao » :

" Les élus ont en tête Bilbao, qui a explosé grâce à son musée Guggenheim.
Des effets analogues sont possibles à Metz, mais ils ne seront pas

69 Mars 2003.

70 Jacques Chirac.

71 Cf. photos en annexe 2.

72 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

73 Ibid.

74 Centre Pompidou : le grand mécano, Jean-Pierre Fargier et Stéphane Manchematin.

automatiques, dautant que le contexte général n'est pas des plus toniques. (...)La culture est un élément d'attractivité très fort, mais l'offre universitaire et médicale, la qualité de l'environnement sont également des éléments déterminants. »75

Jean-Jacques Aillagon utilise un mot important : l'attractivité. Ce substantif peut désigner un objet d'intérêt ou de curiosité.76

Cela « semble être désormais une notion omniprésente dans les politiques urbaines actuelles. Le pouvoir d'attraction d'une ville se joue sur sa capacité à attirer l'attention, à faire rêver et, à terme, faire venir ; l'objectif est avant tout de se démarquer et de pouvoir se positionner dans un système interurbain afin d'en dégager le plus de bénéfices possibles. Mis en concurrence, les territoires doivent agir comme des aimants pour assurer leur développement, concentrer des flux globaux et correspondre aux attentes. Les politiques urbaines se dirigent donc de plus en plus vers des actions stratégiques pour positionner la ville dans un marché international et pour surligner son caractère distinctif qui peut être un facteur d'attractivité dans la dynamique concurrentielle actuelle. » 77

Le Centre Pompidou-Metz devient ainsi une architecture porte-drapeau ou un flagship.

« Initialement, le flagship était le vaisseau amiral d'une flotte, d'où les ordres étaient donnés. Désormais, cette notion est devenue un adjectif économique qui décrit le produit ou le service phare d'une compagnie dont le seul succès serait bien plus efficace que n'importe quelle campagne de promotion. Un flagship doit avoir suffisamment de visibilité pour pouvoir marquer tous les esprits. (...)Ainsi cette médiatisation de l'architecture par les médias a donné un gout grandissant pour les icônes architecturales auprès du public. Correctement fait, il peut donc y avoir un engouement populaire en retour qui érige ces édifices en icônes. Ils sont perçus comme des objets que l'on doit glorifier en

75 Nicolas Bastuck, Le Point, no. 1963Villes, Spécial Metz La Bilbao de l'Est s'expose, jeudi, 29 avril 2010, p. 163-167.

76 Définition Larousse 2001, p.97.

77 GENAILLE Nicolas, « Le concept de flaghsip, un projet d'image en direction de l'attractivité », L'attractivité des territoires : regards croisés, Actes des séminaires, février-juillet 2007 p.p. 111-115

place des édifices religieux. Leur apparition est des plus logiques, à une époque où la majeure partie de la population a perdu fois en dieu, cette croyance s'est donc déplacée ailleurs. (...) En tant qu'emblème, vitrine du renouveau du territoire, ce flagship revêt une spécificité qui est donc « plus relative à l'effet de l'édifice qu'à son objet ou sa destination » (Choay, L'allégorie du patrimoine, 1999). Utiliser une telle tactique peut se voir comme la création délibérée d'un monument, dans la mesure où ce dernier est un artefact bâti qui a la capacité de mobiliser affectivement une mémoire vivante. Désormais le monument porte aussi des valeurs esthétiques et doit susciter la provocation d'un sentiment de surprise et d'émerveillement face au tour de force architectural et au concept moderne de colossal. » 78

Elsa Vivant explique que :

« Le recours à une architecture spectaculaire, conçue par un architecte de renom, produit ainsi une nouvelle image de la ville : le bâtiment en question devient le symbole de la reconversion postindustrielle de la ville et de sa capacité à mettre en oeuvre des projets de grande envergure. »79

Nous verrons, plus tard, que c'est une véritable renaissance qui se joue à Metz, se dégageant ainsi des aspects ternes du passé sidérurgique et/ ou de ville de garnison. Cependant, Jean-Marie Rausch n'a pas souhaité un architecte révolutionnaire, mais un bâtiment révolutionnaire. Il compare80 ainsi Metz à son voisin luxembourgeois qui a décidé en 1999 d'édifier un bâtiment pour une collection, celle du MUDAM81. La construction du musée par l'architecte Pei a coüté cinq fois plus cher que le Centre Pompidou-Metz. Et la collection est beaucoup plus modeste82, sans cependant être inintéressante, que celle du Centre Georges Pompidou ! Jean-Marie Rausch estime avoir fait un choix plus avantageux, avec une collection des plus importantes en Europe, qui permet une certaine rotation des oeuvres. Chose que le MUDAM peut, selon lui83, moins se permettre. Cependant, si

78 Ibid., p.112

79 Elsa Vivant, La ville créative, p.67

80 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

81 http://www.mudam.lu/fr/le-musee/

82 Elle compte en janvier 2010, plus de 400 oeuvres ( http://www.mudam.lu/fr/le-musee/la-collection/)

83 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

Shigeru Ban84 et Jean De Gastines, associés depuis 1999 étaient peu connus du grand public, l'architecte japonais tout au moins, s'est fait un nom en France. Il dirige actuellement le réaménagement du centre d'art contemporain du Consortium85 à Dijon. Jean De Gastines a pu réaliser les « cottages » de Center Parcs-Bois des Archolins86. Ensemble, ils ont également construit l'agence temporaire du projet du Centre Pompidou-Metz en 200487 au Centre Georges Pompidou, la maison du projet du Centre Pompidou-Metz en 200688 ainsi que l'agencement de la boutique du musée du Luxembourg à Paris en 2011.89

En tous les cas, comme le pense Jean-François Lanier90, cette architecture :

« constituera, [on l'espère] en tout cas, un contraste intéressant avec l'architecture classique française et les constructions régionalistes allemandes, et aidera peut être Metz à se défaire de son image de ville de garnison. »

Ce qui est sür, c'est que le musée répond déjà à la demande de Frédéric Mitterrand de « briser le plafond de cristal de l'intimidation sociale. »91 Laurent Le Bon92, pour qui l'architecture spectaculaire n'était pas forcément voulue, a souhaité, avec son équipe de préfiguration, que l'architecture ne soit pas contre les oeuvres d'art. Pour lui, la toiture et l'illumination nocturne prouvent que c'est un établissement qui vit la nuit, comme son grand frère parisien qui avait le premier, fait des ouvertures tardives.93 Il concédait que sans faire de travail, l'architecture est très ouverte pour un musée. Il n'y a pas d'escalier ou de mur de béton qui bloquerait l'accès des visiteurs. Le lieu s'est voulu ouvert.

84 Shigeru Ban est surtout connu pour ses travaux, réalisés au Japon, suite à des catastrophes naturelles, pour construire des logements d'urgence, grace à des tubes (paper tube structure), notamment lors du tremblement de terre de Kobé en 1995.

85 http://leconsortium.fr/ + cf. http://www.shigerubanarchitects.com/SBA_WORKS/SBA_PROJECTS/SBA_PROJECTS_17/SBA_Proje cts_17.html

86 http://www.jdg-architectes.com/batiment-tourisme-moselle-architectes.html

87 http://www.jdg-architectes.com/sba-pts.html

88 http://www.jdg-architectes.com/sba-la-maison-du-projet.html 89 http://www.shigerubanarchitects.com/SBA_WORKS/SBA_OTHERS/SBA_OTHERS_31/SBA_others_31. html

90 Lasnier, Jean- François. « Centre Pompidou-Metz: le Cadeau d'un Ministre Candidat? », Beaux Arts Magazine no. 239 (Avril 2004) p. 16-17.

91 Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet.

92 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

93 Nous vous invitons également à regarder en annexe 1 les photos de nuit, afin d'observer le contraste.

Shigeru Ban reconnaît avoir créé des

« portes vitrées coulissantes pour qu'espaces intérieurs et extérieurs soient connectés. Les musées, et en général les bâtiments sont des boîtes fermées. Il faut avoir une raison bien précise pour y entrer mais si le bâtiment est conçu comme un espace ouvert vers l'extérieur, il incite le public à y entrer et pas seulement ceux qui s'intéressent aux oeuvres d'art. » 94

De fait, le pari d'attirer par l'architecture, qui se présente comme un porte-drapeau est plutôt réussi. N'en déplaise à certains :

« Les musées ne ressemblent plus à rien. La silhouette du nouveau musée d'art contemporain de Metz rappelle à la fois les Buffalo Grill qu'on voit le long des autoroutes, un chapeau chinois et la maison des Schtroumpfs ». 95

Le lieu est ouvert, avec le café et le restaurant, certaines personnes se rendent uniquement au Centre Pompidou-Metz pour aller boire un café ou déjeuner. Certes le parvis, n'est pas aussi «dynamique » qu'à Paris, où l'on voit s'improviser des petits concerts, des pièces de théâtre, des tours de magie, des cracheurs de feu... Celui-ci reste investi par le Centre Pompidou-Metz qui fait lui-même ses propositions. Ce fut le cas, lors de l'ouverture avec la Nuit des Musées avec la performance participative Eclats96 de Maider Lopez ou cet été avec Extra large ! le 23 juillet. Comme à Paris, le Centre Pompidou-Metz est un lieu vivant, ouvert à tous. Cependant, il faut veiller à ne pas se reposer sur ses acquis en pensant que le lieu se suffit à lui-même. Comme le pense André Gob :

« Une architecture d'exception peut aider, mais si on veut que le succès dure et que les visiteurs reviennent ; il faut que le musée lui-même génère de la connaissance. Collection et expositions constituent la matière même du musée. »97

Nous allons y revenir. On a vu que différents rôles étaient attendu grâce au geste
architectural. Celui-ci se devait d'être un écrin. Cependant, on a vu que le fond et la forme
ne devaient pas se distinguer. Le « contenant » joue un rôle presque naturel de

94 Centre Pompidou : le grand mécano, Jean-Pierre Fargier et Stéphane Manchematin.

95 Jean Clair, L'hiver de la culture, p.18.

96 Cf. annexe 1.

97 GOB André, Le musée, une institution dépassée ? , Eléments de réponse, Armand Colin, 2010, p.94

démocratisation de l'accès à la culture, avec une forme volontairement ouverte sur l'extérieur pour inciter à entrer. Mais le musée se doit de générer de la connaissance et ne doit pas simplement se contenter de sa force d'attraction. Nous souhaitons avant cela, reprendre la décision politique d'implanter le Centre Pompidou à Metz. Quelles sont les arrière-pensées politiques ? Il nous semble que trop souvent des élus restent des décideurs, sans nécessairement prendre en compte les attentes des professionnels. On verra de quoi il en retourne pour Metz. On cherchera à savoir comment on est parvenu à un arrangement qui dépasse les partis. Nous nous intéresserons ensuite au travail des professionnels vis-à-vis du politique, et d'une façon plus générale, aux questionnements qui affèrent au musée. On analysera le prolongement et la régénération de l'idée trentenaire du Centre Georges Pompidou, pour s'intéresser ensuite à l'exposition inaugurale, avant que de reprendre la question du public.

II. Instrumentaliser la culture ?

A. Un consensus politique

Il semble qu'un choix émanant d'une logique des idées de la part des élus, qui répondent à leurs propres exigences, où la culture est envisagée comme une fin en soi pour la ville, puisse être contestable dans la mesure où ce choix peut s'apparenter à une instrumentalisation de la culture.

Si l'on en croit Alain Faure98,

« Chaque collectivité souhaite, (...), acquérir sur le plan culturel des lettres de noblesse (rayonnement artistique, renommée sportive, patrimoine architectural) afin de promouvoir conjointement les atouts de l'identité géographique et les impératifs de la vitalité socio-économique. ».

Nous l'avons vu précédemment, l'arrivée du Centre Pompidou à Metz marque la volonté et la détermination d'un seul homme, celle de Jean-Marie Rausch. Même si la proposition, appuyée par Mme Claude Pompidou, venait au départ de Jean-Jacques Aillagon. Ce qu'a d'ailleurs reconnu le président de la République dans son discours inaugural :

« Je veux, car je crois que c'est juste, rendre hommage à M. Aillagon et à M.

Rausch qui ont porté cette idée. Vous savez, on ne s'abaisse jamais en rendant

à César ce qui est à César. » 99

On peut toujours reprocher à un élu ses intentions électoralistes. Dès lors, on peut le taxer d'opportunisme, avec une acception négative, au sens de profiteur voire d'arriviste. Cela peut en tout cas apparaître comme tel aux yeux d'un néophyte.

Cependant, lors de notre entretien, à aucun moment, nous n'avons perçu de volonté de
masquer les réalités, il y avait toujours un fond d'honnêteté dans le discours. Jean-Marie

98Cf. A. Faure, « Les élus locaux à l'épreuve de la décentralisation », Revue française de science politique, 44 (3), 1994, pp.462-479.

99 Discours inaugural du Centre Pompidou-Metz, allocution du Président de la République en date du mardi 11 mai 2010.

Rausch reconnaît qu'il n'est pas un homme de culture, qu'il a fait le choix du Centre Pompidou-Metz pour la ville et dans une action de continuité, une sorte de suite logique à tous les éléments qu'il a mis en place dans sa ville dès son premier mandat. Il ne nie pas qu'il ait souhaité briguer un mandat en 2008 et reconnaît qu'il s'est fait battre. Le maire actuel, Dominique Gros, dans l'opposition au moment du choix d'implantation de Pompidou à Metz, a concédé que : " Jean-Marie Rausch a osé porter ce projet que d'autres auraient cru fou. »100. Jean-Marie Rausch confesse que même ses successeurs politiques reconnaissent que

" C'est un instrument de promotion extraordinaire de Metz. Qui plus est, les journaux du monde entier en ont parlé. C'est donc que la mayonnaise a prise. »101

Anne Picq, dans Beaux Arts Magazine102 relate que Jean-Luc Bohl103 , se souvient de l'accueil unanime réservé à " une opportunité unique à ne pas rater. (...) En tant qu'élu, j'y vois la promesse d'un développement et d'une capacité d'attractivité de notre territoire. Ce peut être un souffle nouveau pour la région. »

Ce qui reste étourdissant, c'est une sorte de compromis collectif apporté par le projet, malgré les divisions politiques, on ressent un réel engouement pour le projet toutes tendances confondues.

Antoine Fonté 104convient qu' " Un projet tel que celui là entre guillemets se désincarne de la politique. On est là devant quelque chose, d'une part parce qu'on l'a approuvé ensuite c'est un objet culturel de haute portée, d'excellence, donc on ne peut pas être contre. A partir de là, la reprise du projet derrière s'est faite de manière naturelle. D'autant plus naturelle, qu'on l'a sorti un petit peu d'une situation de blocage, il y a eu des problèmes sur le chantier, le chantier a été arrêté pendant 3 mois. Il a fallu raccorder tout le monde, remettre tout le monde à pied d'oeuvre et relancer le chantier. (...). Sur le plan de la continuité, ce n'était pas compliqué parce que ce sont des types de dossiers qui transcendent le politique. (...)»

100 Dominique Gros in La Semaine, 16 octobre 2008.

101 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

102 Picq, Anne. « Le centre Pompidou-Metz: Une chimère entre musée et centre d'art- Le tour du monde des nouveaux musées». Beaux Arts Magazine, no. 311, mai 2010, p. 46-9

103 Divers droite, Maire de Montigny les Metz, Président de Metz Métropole.

104 Interview Antoine Fonté, réalisée le 16 février, à Metz.

Finalement, comme l'affirme Michel Thiollière105 :

« La dynamique de l'événement106 compte davantage que l'événement luimême. La dynamique, c'est la ville en train d'assurer sa mue, de fédérer les énergies, d'emmener tous les habitants dans un même élan sans en laisser sur le bord de la route. »

Derrière le Centre Pompidou-Metz, qui a réussi à faire l'unanimité --ou presque - politique, c'est l'ensemble de la ville qui semble, par ailleurs, être mis en avant. Laurent Le Bon107 affirme que s'il y a eu quelques débats, globalement il y a eu grande continuité. Selon lui, toutes les grandes décisions ont été pratiquement toujours votées à l'unanimité. Il se souvient que le Maire 108 a dès le départ, exprimé son souhait que « ça se passe bien. »

Bien qu'il y ait un commun accord, on pourrait croire qu'il y a une volonté des politiques d'ingérence sur le contenu scientifique, à ne vouloir faire que du « blockbuster » ou en s'immisçant pour choisir la thématique des expositions. Antoine Fonté109 reconnaît que ce n'est pas son travail :

« Le contenu s'est négocié avec Pompidou Paris puisque ce sont eux qui mettent les oeuvres à disposition. Le projet artistique est porté par le conservateur en chef qui est directeur, Laurent Le Bon. Là-dessus, on est des politiques ce n'est pas nous qui allons lui dire : il faut faire telle expo et choisir telle oeuvre. »

Lorsqu'on interroge l'élu sur la pertinence de reproduire l'exposition Vides110 au Centre Pompidou-Metz, qui en soit peut déranger le public non averti, il l'aurait accepté.

105 Thiollière Michel, Quelle ville voulons-nous ?, collection « Acteurs de la société », Editions Autrement, 2007, p.60.

106 On entend événement, au sens où il est défini par Louis-Marie Morfaux et Jean Lefranc comme « un fait notable ayant de l'importance pour un groupe humain ou dans le déroulement de l'histoire. »

107 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

108 Dominique Gros

109 Interview Antoine Fonté, réalisée le 16 février, à Metz.

110 L'exposition Vides a eu lieu au Centre Georges Pompidou du 25 février au 23 mars 2009. Elle se voulait une rétrospective des expositions vides depuis Yves Klein en 1958. Nous vous invitons pour plus d'informations à consulter le catalogue d'exposition sous la direction de Mathieu Copland, John Armleder et Laurent Le Bon.

Il affirme que les politiques ont un droit de regard sur le Centre Pompidou-Metz puisque il possède le statut d'EPCC :

« C'est un droit de regard sur la bonne marche du lieu, sur le budget et sur les orientations pour qu'elles restent toujours à niveau pour que ce lieu soit le plus fréquenté possible en continu, parce que le risque c'est d'avoir un bon démarrage et puis ensuite de plonger. »

S'il n'y a pas immixtion de la part les élus, quelle que soit leur tendance politique tout comme leur statut (région, département, communauté d'agglomération ou ville) sur les thématiques choisies par les conservateurs du Centre Pompidou-Metz pour présenter leurs expositions, ils peuvent toutefois se porter garants de la bonne utilisation des deniers publics. On perçoit tout de méme la volonté d'avoir une fréquentation continue, d'une certaine façon, pour amortir l'investissement. Dans tous les cas, un projet d'exposition, s'il est décidé par l'institution programmatrice, ne peut être validé sans l'aval de sa tutelle administrative et financière. Le statut d'EPCC veut «garantir à la fois l'autonomie des choix scientifiques et culturels, l'engagement et le contrôle des collectivités territoriales, qui en assument le financement (...) »111 et s'avère être ainsi le plus avantageux pour les deux parties.

111 http://www.centrepompidou-metz.fr/leppc

B. Les scientifiques à l'ouvrage

On l'a vu le statut d'EPCC permet au directeur du Centre Pompidou-Metz de bénéficier d'une large autonomie en matière culturelle et scientifique. Le directeur assure la direction de l'établissement. Le législateur a veillé à ce que les règles générales d'organisation des EPCC permettent de garantir l'indépendance de leurs directeurs dans les choix artistiques ou culturels. Ainsi, le directeur élabore et met en oeuvre le projet artistique et scientifique tout en assurant la programmation, il ordonne des recettes et dépenses, prépare le budget, et assure la direction des services. On verra donc que Laurent Le Bon bénéficie d'une certaine indépendance.

1. Un musée sans collections ? ou comment perpétuer l'idée du Centre

Georges Pompidou.

Le Centre Pompidou-Metz ne bénéficie d'aucune collection en propre. On peut rapprocher le projet de l'Allemagne ou de la Suisse avec les Kunsthallen qui sont des lieux d'exposition sans collection. A la différence, que le Centre Pompidou-Metz possède la capacité de puiser dans les collections du Centre National d'Art Contemporain. Les archétypes « Tate " et « Guggenheim " restent différents également. La Tate est nous le rappelons, une « famille de quatre entités " cherchant à irriguer le territoire britannique en étant responsable de la collection nationale d'art britannique et international depuis 1900. La Tate a voulu fournir une programmation de qualité à l'extérieur de Londres, entamant son entreprise de transformation avec la Tate St Ives en 1993, Tate Liverpool en 1998 et l'ouverture de la Tate Modern en 2000112.La Tate ne dépend pas du gouvernement britannique et s'autogère indépendamment, bien qu'il soit parrainé par le département gouvernemental pour la culture, les médias et les sports. Le Guggenheim Bilbao, on l'a vu, est désormais formé en un réseau de musées dont chacun113 possède en propre une collection permanente, chacune se complétant mutuellement, formant dans leur ensemble la collection permanente des musées Guggenheim. Des sélections opérées dans cette

112112 http://www.tate.org.uk/about/ourpriorities/ 113 New York, Venise, Berlin, Abu Dhabi.

collection permanente sont présentées au public grace à un système d'exposition « rotatif et dynamique ».114 Ainsi, à la question : Le modèle " Tate », le modèle " Guggenheim », qui pratiquent aussi la délocalisation muséale vous ont-ils inspiré ?115, Laurent Le Bon répond que la politique du Centre Pompidou-Metz est :

" D'être autonome, même si c'est « l'indépendance dans l'interdépendance ». L'indépendance À aucune exposition du Centre Pompidou-Metz n'ira à Paris - et la politique culturelle mise en place se destine avant tout aux Messins et aux Lorrains. »

Lors de notre entretien116, nous nous demandions si l'on pouvait parler du Centre Pompidou-Metz en tant que marque. Ce que Laurent Le Bon réfutait en assurant que :

" Le Centre Georges Pompidou est une marque plutôt que le Centre Pompidou-Metz. Le Centre Georges Pompidou est plutôt un esprit avec le CNAC117 l'IRCAM118, la BPI119 et désormais le Centre Pompidou-Metz et le Centre Pompidou Mobile120. Ce n'est ni une annexe ni une succursale, ni une filiale. Nous avons tenté de bannir les termes d'antennes, succursales et les connotations péjoratives, induites par ces substantifs. Notre différence avec le Guggenheim : c'est que New York entretient un rapport contractuel avec des flux financiers envers ses antennes121. La différence avec la Tate : c'est que c'est un réseau, tous les établissements122 sont ensemble dans une même structure. (...)A Metz, c'est une formule un peu hybride. C'est une chimère. Ce n'est pas un musée, ce n'est pas un centre d'art, parce que il n'y a pas de

114 http://www.guggenheim-bilbao.es/secciones/el_museo/red_guggenheim.php?idioma=fr

115 Ardenne, Paul, « Centre Pompidou-Metz: le Musée national décentralisé », Art Press no. 367, Mai 2010, p. 14-17.

116 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

117 Le Centre National d'Art Contemporain.

118 L'Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/ Musique.

119 La Bibliothèque Publique d'Information.

120 Le 18 mai 2011, Frédéric Mitterrand a annoncé le lancement du Centre Pompidou Mobile, musée itinérant conçu pour offrir à tous les publics, et notamment aux personnes les plus éloignées de la vie culturelle, la possibilité d'une rencontre avec les chefs-d'oeuvre de l'art moderne et contemporain. Pour plus d'informations, on recommande la lecture du communiqué de presse sur http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Un-Centre-Pompidou-mobile

121 Abu Dhabi, Berlin, Bilbao, Venise.

122 Tate Liverpool, Tate St Ives, Tate Britain et Tate Modern à Londres.

collection permanente mais on a quand même la possibilité de puiser dans une collection permanente. »

L'idée d'un Centre Pompidou est venue en 1997, comme le rappelle Laurent Le Bon dans une interview au Parisien :

" L'idée d'un autre Centre Pompidou est née en 1997, quand on a fermé Beaubourg pour travaux jusqu'en 2000. On a alors fait circuler les collections dans toutes les régions avec un énorme succès »123.

Comme l'affirmait Bruno Racine - alors président du Centre Georges Pompidou- :

" Le but est aussi de manifester que la collection appartient à la nation et pas seulement à la capitale. » 124

Cette formule est tout autant valable pour la période de fermeture du Centre Georges Pompidou que pour le Centre Pompidou-Metz et le Centre Pompidou Mobile. Comme cela est mentionné dans Art Press, le Centre Pompidou-Metz est :

" Issu de la politique de diffusion extérieure des collection du Centre Pompidou, le projet devait répondre à plusieurs axes : poursuivre l'action du Centre " en inventant une nouvelle génération d'équipement culturel » tandis qu'à travers sa matérialisation, il s'agissait de « créer un événement architectural comparable à celui que constitua l'oeuvre de Piano et Rogers en son temps ». 125

Le dessein d'une déconcentration était alors bel et bien de faire connaître les 65 000 oeuvres du Centre Georges Pompidou dont seulement 2000 peuvent être exposés à Paris et 5000 font l'objet de dépôts126 ou de préts (en France comme à l'étranger).

123 Yves Jaéglé, « Pour le Centre Pompidou », Le parisien, 11 mai 2010, p.11.

124 Ardenne, Paul. « Centre Pompidou: c'est reparti », Interview de Bruno Racine, Art Press no. 331, Février 2007), p. 26-31.

125 Treclat, S., « Concours international d'architecture du centre Pompidou-Metz: Centre Pompidou ». Art Press, no. 305, Octobre 2004, p. 84-85.

126 La loi « musées » du 4 janvier 2002 autorise à l'article L451-11, les musées à recevoir des dépôts, à des fins d'exposition au public.

Pour Laurent Le Bon, lorsqu'il relate la genèse du projet127, il a choisi un projet et non un lieu. Une fois Metz et la Lorraine choisies, il interroge ses collègues - car il était presque l'un des seuls à avoir répondu présent au projet- car il n'était pas :

" Le plus âgé, ni le plus expérimenté des conservateurs. Ils m'ont dit cette

phrase que je vous laisse méditer : " c'est au-delà du périphérique ».

On peut constater qu'il existe toujours en France un souci de la centralité parisienne. En dehors des conservateurs, " le problème a été identique pour les candidatures à Metz, personne ne voulait venir de Paris » 128

Pour Laurent Le Bon, le terme de décentralisation reste ambigu car il le définit comme un transfert de pouvoir du sommet de la nation aux collectivités territoriales. Pour lui, le Centre Pompidou-Metz s'inscrit dans un " rapport constructif entre une institution nationale parisienne, les collectivités territoriales et l'Etat. »129

Ce cheminement du directeur du Centre Pompidou-Metz se prolonge dans le catalogue de l'exposition inaugurale :

" Ouvrir un centre d'art de plus de 10 000 mètres carrés [soit 40% de surface supplémentaire130] à plus de 300 kilomètres de la capitale (si loin, si proche) et se poser la question de la démocratisation culturelle et de la déconcentration des pouvoirs pour surtout ne pas apporter de réponses définitives. »131

Le président de la République marquait également cette préoccupation pour la déconcentration :

" (...) c'est aussi bon pour les dizaines de milliers de jeunes Lorrains qui
viendront ici recueillir leurs premières émotions culturelles ! On n'est pas
obligé, dans un pays de 65 millions d'habitants, de considérer que pour avoir

127 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

128 Ibid.

129 Ibid.

130 Thull Patrick, Jean- Marie Rausch, la passion de Metz, Editions Serpenoise, Metz, 2004.

131 Laurent Le Bon, « Apostille ? » in Chefs-d'oeuvre ?, Editions du Centre Pompidou-Metz, Metz, 2010,

p.533.

une émotion culturelle, on doit prendre le train pour venir à Paris - même si maintenant, le TGV cela marche132. »133

Sur son site Internet, le Centre Pompidou-Metz se définit dans le prolongement de son frère parisien :

« Le Centre Pompidou porte en région son modèle et met à disposition son savoir-faire et ses collections, dans un partenariat inédit avec les collectivités territoriales. (...) le Centre Pompidou-Metz illustre, par sa dimension tant sociétale que culturelle, le renouvellement de la stratégie du Centre Pompidou qui se recentre sur sa vocation primordiale : être une plateforme d'échanges entre la société française et la création. (...) Parallèlement aux expositions, est bâtie une programmation culturelle (spectacles vivants, cinéma, conférences) selon une approche pluridisciplinaire, dans l'esprit du modèle du Centre Pompidou. Elle porte sur tous les champs de la création et se déploie essentiellement autour des thématiques des expositions afin d'en proposer des prolongements ».134

L'idée est de repartir sur la méme base. En fait, il n'y aura pas de distinction entre le temporaire et le permanent, puisque ce dernier ne l'est jamais vraiment. D'autre part, ce nouveau musée « nouvelle génération » n'ayant pas de collection permanente, ne peut que proposer, des expositions temporaires.

« Le Centre Georges Pompidou dès 1977, a été une des premières collections nationales à être sur une logique d'exposition temporaire des collections permanentes. Les plateaux ont été pensés pour une rotation des collections afin de présenter la création artistique contemporaine. La création ne s'arrête pas une date D. »135

Le Centre Pompidou-Metz maintient les propositions du Centre Georges Pompidou avec
des coopérations inter-muséales. Si le Centre Pompidou-Metz ne peut se permettre de
prêter, puisque la collection est nationale et ne lui appartient pas ; des échanges ont

132 On rappelle à ce titre que le TGV-Est est en fonction depuis 2007.

133 Discours inaugural.

134 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-vocation-du-cpm

135 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février à Metz.

toutefois eu lieu avec le musée d'Epinal, les musées de Nancy, la synagogue de Delme, le musée de Sarrebruck, le Mudam du Luxembourg, le Frac Lorraine et des projets communs, comme par exemple celui de Jean-Luc Tartarin aux musées de la Cour d'or. Ces musées ont également prétés des oeuvres pour l'exposition Chefs-d'oeuvre ?

Cependant, le Centre Pompidou-Metz n'a pas les mémes prérogatives qu'un musée. Comme l'indique Laurent Le Bon :

«J'espère avoir les mêmes missions avec cette idée d'éducation, de pédagogie, une mission de service public et de plaisir. Bon évidemment, on est au coeur de ce projet, mais nous comme on n'a pas de collection permanente, or la collection permanente, c'est le coeur d'un musée. Evidemment, on s'inscrit un peu en biais. »

Selon la loi « Musées » du 4 janvier 2002, inscrite au Code du Patrimoine136 depuis 2004 :

« Les musées de France ont pour missions permanentes de :

a) Conserver, restaurer, étudier et enrichir leurs collections ;

b) Rendre leurs collections accessibles au public le plus large ;

c) Concevoir et mettre en oeuvre des actions d'éducation et de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture ;

d) Contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu'à leur diffusion. »

On constate en effet, que tout n'est pas applicable « au pied de la lettre ». Le Centre Pompidou-Metz ne peut conserver ni restaurer les oeuvres dans la mesure où le Centre Georges Pompidou en a la charge, d'autant que le Centre Pompidou-Metz prône une certaine rotation des collections :

« Tout sera mis en oeuvre pour provoquer la surprise, l'émerveillement, le
plaisir et pour stimuler et renouveler sans cesse l'intérêt des publics pour
l'art contemporain. »,
comme le rappelle Laurent Le Bon sur le site

136 Article L.441-2, Livre IV, titre IV, Code du patrimoine.

Internet.137

En revanche, il est effectivement procédé à une étude des collections. Celle-ci est réalisée dans la mesure où l'on cherche à donner des clés de lecture de l'histoire de l'art tout en laissant, comme il se devrait, la possibilité à chacun d'interpréter de différentes façons l'art contemporain sans avoir de jugement préétabli. Bien qu'il n'y ait pas d'acquisition à proprement parler puisque les décisions relèvent de Paris, il y a toutefois une politique de production d'oeuvres et de soutien aux artistes, avec la commande publique. Il y a eu des commandes photographiques pour le chantier du bâtiment138, ainsi que la réalisation d'oeuvres pérennes à l'intérieur du Centre messin comme, par exemple, la Salle des pendus de Jean-Christophe Massinon.

Dans son « Apostille ? » au catalogue Chefs-d'oeuvre ? 139, Laurent Le Bon en fait part :

" En l'absence de toute collection, privilégier la surprise des prêts et des commandes plutôt que la tentation du vide. Mêler des artistes consacrés et des inconnus en oubliant le jeunisme, l'esthétiquement correct et les quotas. Leur attribuer un espace. (...)Se battre contre la médiocrité. Inviter d'autres collections nationales. Montrer une oeuvre jamais exposée. Se réjouir de travailler des artistes vivants et des émotions, des échecs et des surprises qui en résultent. »

Par ailleurs, lors de ces expositions temporaires, l'occasion est donnée d'augmenter les connaissances sur un sujet donné (ce que Nathalie Heinich nomme la " fonction documentaire de l'exposition »)140. Les expositions temporaires sont aussi un moyen d'envisager un nouvel angle d'approche. Les catalogues d'expositions procurent souvent lors de ces événements, un apport documentaire conséquent contribuant ainsi " aux progrès de la recherche et de la connaissance ainsi qu'à leur diffusion ». En effet, le Centre Pompidou-Metz dispose d'une édition qui lui est dédiée.

Nous reviendrons ultérieurement sur les missions d'accessibilité, de démocratisation et
d'accès égal de tous à la culture. Avant cela, nous souhaitons nous questionner sur
l'exposition inaugurale. Il est important de réfléchir au contenu de la première exposition

137 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-vocation-du-cpm

138 Cf. supra avec la commande à Nicolas Pinier.

139 P.533

140 Article « exposition » in Encyclopedia Universaelis.

puisque celle-ci se donne pour ambition de marquer l'histoire de son ouverture. Il s'agissait d'une part de « prêcher les convaincus », d'obtenir leur assentiment, mais surtout de convaincre les sceptiques. L'acte est symbolique d'autant que chaque fois qu'est montée, une exposition " particulièrement spectaculaire, la presse et les pontes s'accorderont à prédire qu'on ne reverra plus jamais rien de tel. » 141

2. Rester conventionnel avec Chefs-d'f uvre ? ?

Toute exposition, qu'elle soit d'ailleurs permanente ou temporaire, nécessite de faire des choix, comme l'évoque Laurent Le Bon :

" Le problème du choix est au coeur du métier de conservateur : exposition, acquisition... (...) Eviter le piège l'exposition blockbuster, graal introuvable. »142

Pour Metz, il fallait pour l'ouverture, convaincre, autant les Lorrains que les Français et les pays limitrophes. Comme l'indique Coline Garre143, de nombreux Lorrains étaient sceptiques quant à l'arrivée du Centre Pompidou à Metz, dans la mesure où ils craignaient qu'il

" n'accueille que les « fonds de tiroir » des réserves de sa grande soeur parisienne, l'exposition d'ouverture, Chefs-d'oeuvre ? propose une réflexion sur la pertinence de cette notion ».

L'idée de se réinterroger sur la notion, son histoire et son actualité en proposant dans les quatre galeries un point de vue à adopter peut paraître judicieuse. Ainsi la Grande Nef présentait les « chefs-d'oeuvre dans l'histoire " en retraçant la nation à travers les siècles, la galerie 1 s'intitulait « histoires de chefs-d'oeuvre " en présentant ceux-ci à travers des histoires convergentes ; la galerie 2 dénommée « rêves de chefs-d'oeuvre " proposait de mettre en regard les musées et les oeuvres, enfin la galerie 3 questionne le chef d'oeuvre, à

141 HASKELL Francis, Le musée éphémère, Les maîtres anciens et l'essor des expositions, Paris, Nrf, Gallimard, 2002, p.188.

142 Laurent Le Bon, " Apostille ? " In Chefs-d'oeuvre ?, Editions du Centre Pompidou-Metz, Metz, 2010. p.533.

143 GARRE Coline, « Pour l'ouverture, la question des chefs-d'oeuvre ", La croix, 11 mai 2010, p.18

l'ère de la reproductibilité des images avec « chefs-d'oeuvre à l'infini ». L'exposition , si elle a d'abord bénéficié des préts du Centre Georges Pompidou avec 800 oeuvres144, constituant ainsi la plus grande opération de préts de l'histoire du Centre Pompidou, elle a pu disposer de nombreux prêts de musées régionaux et nationaux essentiellement et quelques-uns provenaient de l'étranger (Louvre-Abu Dhabi, MOMA de New York, Mudam Luxembourg et Fondation Gilles Caron en Suisse). Une vraie proximité avec les oeuvres, encouragée par la scénographie unique de chacune des galeries a été prônée. Laurent Wolf s'interroge avec justesse sur l'opportunité de l'exposition. 145

« Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre? Le nouveau Centre Pompidou-Metz invite à réfléchir à cette notion à travers une exposition passionnante, mais pas totalement convaincante. Décrire l'histoire de l'art telle qu'elle se raconte à un moment donné? Adopter le point de vue des spécialistes qui voudraient entrer dans les détails ou celui de la plupart des amateurs qui souhaitent voir en vrai les peintures ou les sculptures les plus célèbres? Le Centre Pompidou-Metz a choisi de jouer cartes sur table avec le public et de le mettre face à ses propres inclinations. »

Un thème connu, reconnu facilement par le grand public, évoque déjà certaines images mentales.146 D'où peut-être une facilité du choix du thème que l'on pourrait reprocher aux organisateurs de l'exposition. S'agit-il d'une stratégie d'exposition que de redécouvrir un thème pour obtenir l'appui du public ? Peut on penser comme Laurent Wolf qu'il « s'agit d'amener le plus grand nombre de gens à la porte du musée et de leur signifier avant qu'ils ne la franchissent : vous avez raison d'aimer (...) » ? 147. Cela plaît d'autant plus aux visiteurs que la durée en est limitée - pour Chefs -d'oeuvre ?, l'exposition « 4 en 1 » était exceptionnellement et volontairement longue148- et qu'il « faut l'avoir vu » ou pouvoir dire « j'y étais ». Tout pousse ainsi les musées à investir pour des événements temporaires mais susceptibles d'exalter les foules.

144 Chefs d'oeuvres ?, dossier de presse, p.3

145 L.Wolf, « Chefs-d'oeuvre en stock », Le Temps, Samedi 15 mai 2010.

146 Cf. N.Drouguet, « Succès et revers des expositions-spectacles », Culture et musées n°5, juin 2005, pp.65- 88.

147 Cf. L. Wolf, « La vérité des grandes expositions. Critique et soumission à l'autorité », Etudes, 2003/2, tome 398, pp.229. Dans cet article Laurent Wolf fait référence à l'exposition Modigliani de 2003 au Musée du Luxembourg.

148 Presque un an et demi, de l'ouverture inaugurale le 10 mai 2010 à la fermeture de la galerie 2 le 12 septembre 2011 !

Laurent Le Bon s'interroge au fil de notre conversation :

" (...) il n'y a pas de collection permanente mais on a quand même la possibilité de puiser dans une collection permanente, je crois que c'est une formule qu'il ne faut pas jeter. Le rêve idéal serait d'avoir des visiteurs intéressés par les collections permanentes et que les musées soient pleins. L'époque fait que les gens préfèrent aller voir une oeuvre quand elle est dans une exposition temporaire que quand elle est à côté de chez soi, moi, je ne fais pas partie de ceux qui s'en plaignent ; je pense qu'il faut en tirer les conséquences pour faire des projets scientifiquement fiables et aller de l'avant. Ce qu'il faut, c'est être honnête et aller au bout de sa passion.»149

Contrairement aux années 1970 où parfois on profitait du public avec peu d'oeuvres et à la folie des expositions temporaires qui s'en est suivie, Laurent Le Bon établit un parallèle avec le cinéma, il y a des surprises : " Parfois il y a des expositions nulles avec un succès immense et des expositions géniales qui n'en ont pas. Une bonne exposition satisfait le public. Les gens ont été plutôt contents de Chefs-d'oeuvre ? »150

Le public a parfois été surpris de voir des chefs-d'oeuvre, proches de son lieu de vie, dont il ignorait l'existence ou qu'il ne pensait pas voir prétés au Centre Pompidou-Metz. Il fallait surprendre, ce qui a été fait, en montrant aussi de l'art ancien, exposé dans un lieu d'art contemporain. Une certaine façon de renverser la tendance actuelle avec l'art contemporain exhibé dans des lieux dits historiques ou anciens.

Selon Francis Haskell :

" L'impermanence de l'exposition suscite une excitation particulière, qui tient dans la conviction qu'il ne sera sans doute plus jamais possible de revoir ce qu'elle offre aux regards : une pièce venue des antipodes, une oeuvre d'une impénétrable collection privée, une comparaison entre tableaux ou la réunion

149 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février à Metz.

150 Ibid.

de diverses oeuvres. Peut-être est ce la dernière chance, qu'il n'est pas question de laisser échapper. »151

L'avant-propos du dossier de presse de l'exposition le manifeste très clairement :

« Chefs-d'oeuvre ?, en rassemblant une sélection rare et exceptionnelle d'oeuvres majeures, certaines très rarement prêtées, donne à voir le meilleur de cette extraordinaire collection. »152

Par ailleurs, on connaît l'enjeu de mise en oeuvre d'expositions. Elles ont un coüt de réalisation élevé de par la sécurité et les frais d'assurance nécessaires. De fait, il est préférable pour les institutions organisatrices de bénéficier d'un retour sur investissement, tout au moins de couvrir les frais engagés153. Cette stratégie peut infléchir sur les décisions politiques, budgétaires notamment en choisissant d'abord des thèmes classiques. D'où le phénomène d'expositions « blockbusters » évoqué, expositions aux titres suggestifs, faisant référence aux ages d'or et aux trésors qui vont capter l'attention du public, comme des financeurs qui veulent investir dans des valeurs sûres. Le déplacement exceptionnel d'une oeuvre constitue parfois à lui seul l'événement. 154 Pour Chefs-d'oeuvre ?, plusieurs oeuvres « valaient le déplacement » comme le Magasin de Ben, les décorations de Delaunay155 pour l'exposition internationale de 1937, La tristesse du roi de Matisse, Precious Liquids de Louise Bourgeois... par leurs dimensions, leurs formes, leur importance dans l'histoire du gout et de l'esthétique ; méme si l'on comptait plusieurs centaines de chefs d'oeuvres. En 2012, le Rideau pour le ballet « Parade » de Picasso datant de 1917156 ouvrira le bal et fera à lui seul l'événement, car il pourra contribuer à l'attraction de visiteurs. On peut en effet penser qu'il y a de la part de l'équipe un certain contentement en présentant des oeuvres de manière événementielle, au sens où nous l'avons défini plus haut.

151 HASKELL Francis, Le musée éphémère, Les maîtres anciens et l'essor des expositions, Paris, Nrf, Gallimard, 2002, p.212

152 Dossier de presse, Chefs-d'oeuvre ? , p.3

153 Cf. V. Patin, Tourisme et patrimoine, p.44.

154 Cf. R. Rapetti « L'exposition-événement », pp.55-65, GALARD Jean (dir.), L'avenir des musées, Editions de la RMN, Paris, 2001.

155 On invite le lecteur à regarder l'annexe 3, la photo 10 reflète les décorations de Delaunay.

156 Ce rideau de scène, oeuvre majeure de Pablo Picasso, n'a été exposé que dix fois ces cinquante dernières années. La toile monumentale, de 10,50 mètres sur 16,50 mètres, d'un poids de 45 kilos, fut peinte pour le Ballet Russe Parade, présenté au Théâtre du Châtelet en 1917.

Ainsi, d'une façon virulente, Alex Coles157, dénonce la facilité de l'exposition Chefsd'oeuvre ?

" In other words, the inaugural exhibition in the new Pompidou is nothing more than a redisplay of all the recognized masterpieces in their collection, with a few additions. (...) After all, it is a fantastically rich collection and the museum needs to attract visitors to put its new building on the map, but the present display does it a complete disservice. »158

On peut tout aussi bien penser qu'il s'agit de se ranger dans la lignée du grand frère parisien avec une volonté prospective de marquer les esprits, de faire date, comme l'indique l'avant propos du dossier de presse de l'exposition :

" Notre voeu le plus cher est que cette première exposition fasse date, dans l'histoire du Centre Pompidou-Metz, comme l'exposition Paris - New York marqua l'année d'ouverture du Centre Pompidou en 1977, mais aussi la vie de tout un territoire en offrant à une population transfrontalière une manifestation culturelle de la plus haute qualité. »159

Il nous semble intéressant, de nous pencher désormais sur les visiteurs du Centre Pompidou-Metz. En effet, ceux-ci sont dûment mentionnés à de nombreuses reprises dans la loi pour apparaître au coeur du dispositif muséal: "Lorsque la conservation et la présentation au public des collections cessent de revêtir un intérêt public, l'appellation "musée de France" peut être retirée par décision de l'autorité administrative, après avis conforme du Haut Conseil des musées de France. »160 En outre, un sous-titre est réservé, exclusivement à l'accueil des publics. 161

157 Alex Coles, Centre Pompidou-Metz, Art monthly, juin 2010, p.35.

158 Traduction personnelle proposée : « En d'autres termes, l'exposition inaugurale du nouveau Pompidou n'est ni plus ni moins qu'un réaccrochage des chefs d'oeuvre reconnus de sa collection, avec quelques additions. Après tout, c'est une collection exceptionnellement riche et le musée a besoin d'attirer des visiteurs pour inscrire son nouveau bâtiment sur la carte, mais l'accrochage actuel la dessert complètement. »

159 Dossier de presse de Chefs- d'oeuvre ?, p.3.

160 Code du patrimoine, Titre IV, Chapitre 2, article L.442-3.

161 Code du patrimoine, Titre IV, Chapitre 2, Section 3, sous-section 1, article L.442-6 et L.442-7.

3. La difficile question des publics

Le Centre Pompidou-Metz propose de s'engager dans une " politique des publics généreuse et accessible ».162 Cela tend à répondre, d'une certaine façon, à la loi « Musées » avec la volonté de " rendre les collections accessibles au public le plus large » ainsi qu'en " concevant et en mettant en oeuvre des actions de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture ». La politique des publics comprend deux orientations :

- « diversifier les publics en s'intéressant à toutes les catégories socioprofessionnelles (public individuel, familial, scolaire, touristique, senior, groupes, personnes handicapées, publics défavorisés, réseaux associatifs, entreprises...). Le parti pris de l'institution est résolument pédagogique, pour rendre accessible à tous la création artistique moderne et contemporaine, et permettre ainsi la conquête de nouveaux publics ;

- fidéliser les publics et permettre l'appropriation du lieu par les visiteurs grace à une fréquentation régulière du Centre Pompidou-Metz. A cet effet, la médiation est une priorité de l'institution et des dispositifs d'information clairs et variés sont mis en place pour une lisibilité optimale des propositions artistiques. »163

En ce sens, le Centre Pompidou-Metz a su attirer des primo-visiteurs, d'après des enquêtes de public menées par le Centre, de 10 à 15 % des visiteurs sont entrés pour la première fois dans un musée, dont beaucoup de jeunes.164 Ce qui est en soi, assez remarquable. On sait, en effet, qu'il est difficile de travailler pour tous les types de publics et faire venir des « non-initiés », le musée restant toujours perçu comme un lieu trop élitiste. Des actions de terrain et de partenariat ont été entreprises avec le rectorat, l'université de Metz et les équipes des quartiers populaires de la ville. Ce qu'Antoine Fonté cherche à valoriser :

" On a trois niveaux d'intervention, si on prend Metz, c'est le financement aux
structures installées (Pompidou, l'Arsenal, l'Opéra-Théâtre, les Trinitaires) ;

162 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-politique-des-publics

163 http://www.centrepompidou-metz.fr/la-politique-des-publics

164Elise Descamps, « Le Centre Pompidou-Metz dépasse tous les espoirs », La Croix, no. 38859, lundi, 3 janvier 2011.

les événements comme l'été du Livre, Nuit Blanche, Metz en fête, le troisième niveau, c'est comment on va vers le public le plus éloigné de la culture. Nous avons mis en place des résidences d'artistes dans les quartiers, dans les écoles primaires, dans les maisons de retraite dans toutes les disciplines, on conforte et on aide les associations qui irriguent toute la ville et toutes les disciplines. Et ça c'est important, c'est aussi important que financer l'Arsenal car si on n'a pas ces relais-là, on perd des publics d'année en année. »165

Ainsi Laurent Le Bon et son équipe sont :

" touchés d'entendre un visiteur [les] remercier parce qu'il voyait un Picasso en vrai pour la première fois. Pour cette exposition d'ouverture, je crois qu'on a réussi le grand écart impossible entre le grand public insaisissable et le fameux expert, toujours apte à critiquer ce que vous faites. » 166

Confortant ainsi le directeur du Centre Pompidou-Metz dans son idée que " le chef - d'oeuvre, c'est le visiteur. »167 Il l'explicite déjà lors de l'exposition Chefs-d'oeuvre?168où grâce à la scénographie, des miroirs sont accrochés au dessus des visiteurs proposant un autre regard sur l'oeuvre, affirmant ainsi que c'est le visiteur qui fait le chef-d'oeuvre en donnant et en apposant à l'oeuvre, cette reconnaissance. En outre, Laurent Le Bon s'inscrit dans une certitude de réussir, en tirant le constat, que sans le visiteur l'exposition ne serait pas une réussite.

Les visiteurs ne sont pas livrés à eux-mêmes, puisque la médiation169 est une action particulièrement valorisée par le Centre. Cependant, si les médiateurs contribuent à la « médiation directe »170, faite sur le vif ; ils sont encore beaucoup trop sous-estimés par les publics, qui n'opèrent pas de réelle distinction avec la fonction d'agent de surveillance. Les médiateurs du Centre Pompidou-Metz ont la particularité d'avoir cette double vocation.

165 Interview Antoine Fonté, réalisée le 16 février, à Metz.

166 Gilles Bechet, « On ne fait plus d'expositions comme il y a quarante ans », Le Soir, samedi, 9 octobre 2010.

167 Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet.

168 Cf. Annexe 3

169 La médiation culturelle selon J.Beillerot (« Médiation » dans Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation, Nathan, Paris, 2000.) « regroupe l'ensemble des actions qui visent à réduire l'écart entre l'oeuvre, l'objet d'art ou de culture, les publics et les populations ».

170 Terme utilisé par Anne Fauche dans « La médiation présence au Musée d'histoire des sciences, enjeux, objectifs, pratiques, réflexions », in La lettre de l'OCIM n° 83, 2002.

Pourtant, malgré toutes les médiations indirectes171 existantes, comme les cartels, les panneaux explicatifs, les interviews d'artiste et la scénographie172, la médiation directe est une chance à saisir pour le visiteur dont il ne sait que trop peu qu'il peut l'utiliser. C'est au visiteur de faire la démarche, ce qui reste paradoxal, puisqu'aucune indication ne lui donne la possibilité de le savoir. La direction se refuse à afficher une quelconque note pour le mentionner.173 D'emblée, pour le primo-visiteur, il paraît hautement improbable qu'il sache utiliser correctement l'outil de médiation, qui malgré tout, bénéficie à tous les visiteurs du musée.

En outre, malgré les 800 000 visiteurs de la première année, ce qui fait du Centre Pompidou-Metz, une des institutions provinciales les plus fréquentées, on peut rester sceptiques sur la rotation des collections. En effet, s'il est mentionné sur le site Internet ou annoncé à la presse, qu'il y aura environ 3 à 4 expositions par an, on peut avancer que Chefs-d'oeuvre ? a été victime de son succès. Oserait-on avancer que le rétro planning de fermeture de l'exposition a été mal orchestré ? Il apparaît en effet que de nombreux visiteurs depuis la fermeture de la grande nef et de la galerie 1 174 et malgré l'ouverture de

l' « exposition »175 Buren en galerie 3 ainsi que l'exposition L'art contemporain expliqué aux enfants176 dans le studio sont assez déçus de ce qu'ils peuvent voir au Centre Pompidou-Metz. En effet, en galerie 2, une dizaine d'oeuvres sont exposées ainsi qu'une rétrospective en maquette - environ une trentaine- de l'histoire des lieux d'exposition d'art moderne et contemporain. Pour les visiteurs qui font le déplacement, ils estiment le prix un peu trop élevé pour voir une quarantaine d'oeuvres. D'autant que s'ils ne possèdent --ou ne consultent- pas Internet, ils apprennent que plusieurs niveaux sont fermés dès qu'ils ont pris possessions de leur billets. On peut escompter dès septembre, une meilleure rotation des collections avec l'exposition Erre qui occupera deux niveaux dès septembre puis l'exposition des frères Bouroullec dès le mois de novembre. La « saison » 2011-2012 semble avoir été mieux préparée avec comme point culminant l'exposition 1917.

171 Tous les supports potentiels de médiation : cartels, panneaux explicatifs, maquettes, moulages, reconstitutions, dispositifs audiovisuels, outils multimédia, audioguides...

172 On pense notamment à la scénographie de la galerie n°2 de l'exposition Chefs-d'oeuvre ?

173 Source inédite.

174 Depuis le 12 mai jusqu'au 11 septembre 2011.

175 Peut-on parler d'exposition lorsqu'il s'agit de deux installations in situ ?

176 Exposition de Gianni Colosimo proposé du 2 juillet au 4 septembre 2011.

On peut penser qu'à cause de l'effet d'annonce et l'effet d'ouverture, l'équipe du Centre Pompidou-Metz a eu tendance à se « reposer sur ses lauriers », le succès et la fréquentation se faisant grâce à la communication et au bouche à oreille. Laurent Le Bon le concède :

« Nous avons reçu tellement de visiteurs que nous n'avons pas eu le temps de nous poser trop de questions. »177

Il est vrai que le centre, victime de son succès, a du mal parfois à répondre à toutes les demandes. Le standard explose parfois, avec 500 appels certains jours178 et des réservations de visites guidées qu'il fallait prendre au minimum trois mois en avance, ce qui reste exceptionnel en province, car les fréquentations lorraines, tout au moins, n'avaient jamais atteint ce genre de record.

Le Centre Pompidou-Metz a su afficher une politique tarifaire adaptée avec un billet à sept euros et un accès libre pour les jeunes de moins de 26 ans. L'accès libre durant la semaine d'inauguration du musée a sans doute contribué à attirer les foules. En février, lorsque nous rencontrions Laurent Le Bon, 17000 pass avaient été vendus, ce qui restait au-delà des espérances, au point que M. Le Bon nous confiait : « Je ne sais pas si ça continuera mais c'est phénoménal. C'est pratiquement un club de foot. »179 Les pass sont matières à fidéliser les publics, d'autant qu'ils sont peu chers, en comparaison ne serait-ce qu'avec le Centre parisien. Les pass pour deux personnes coütent 30€. Il apparaît que les possesseurs d'un pass sont revenus en moyenne 4 fois dans l'année. 180 Cependant, il ne faudrait pas se méprendre, beaucoup ont opté pour le pass lors des premiers mois d'affluence pour échapper aux longues files d'attente. En outre, celui-ci, méme s'il est renouvelable annuellement, n'a servi qu'une année et donc, pour voir la seule exposition Chefs - d'oeuvre ? Nous n'avons pas de projections pour les années à venir, il faut cependant rester prudent sur ce chiffre qui fléchira très probablement en année deux.

Parallèlement, il est des actions qui sont intéressantes, les dépliants et les audioguides ont
été traduits en deux langues (anglais et allemand), qui peuvent être suffisants pour le
moment. Nous le verrons ultérieurement, mais dans la mesure où les pays n'appartenant

177 Laurent Le Bon interviewé par Marion Weber, « Centre Pompidou-Metz, un an déjà... », La plume culturelle, mardi 21 juin.

178Elise Descamps, « Le Centre Pompidou-Metz dépasse tous les espoirs ». La Croix, no. 38859Culture, lundi, 3 janvier 2011.

179 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

180 Martine Robert, «Fort de son succès populaire, le Centre Pompidou-Metz espère des mécènes », Les échos, mardi 10 mai 2011.

pas à l'Union Européenne restent minoritaires, il paraîtrait disproportionné financièrement d'engager des moyens dont l'utilité restera faible ; bien que ces outils contribuent à la démocratisation culturelle. En revanche, les actions de médiation à destination des publics handicapés, semblent avoir été mises en places, de façon tardive :

« A partir de septembre, le musée organisera, durant les heures d'ouverture, des visites adaptées aux handicapés moteurs et mentaux, aux malvoyants et aux malentendants. »181

Il est en effet plus simple de mettre ces actions en place dès l'ouverture d'un nouveau bâtiment, plutôt que de les réintégrer a posteriori. D'autant plus quand on est « tributaire » d'un lieu. Il reste beaucoup à faire à ce niveau, méme si les actions de première nécessité comme l'accès aux toilettes pour personnes à mobilité réduite dès le rez-de-chaussée ou les ascenseurs ont été prises en compte dans la réalisation du bâtiment. Le lieu expose aussi de façon temporaire une collection permanente, il reste difficile de créer des outils et/ ou des supports malheureusement encore chers à produire alors que ceux-ci sont destinés à être utilisés de façon provisoire. Cependant, on aurait pu penser qu'une collaboration avec Paris aurait été mise en place pour ce genre de questions.

Par ailleurs, dans les actions ayant pour fin de fidéliser les publics, il en est certaines qui fonctionnent déjà correctement. Plus de 15 000 scolaires et centres de loisirs ont fréquenté les ateliers jeunes publics entre mai 2010 et janvier 2011. Ces ateliers sont conçus par un artiste. Si en soit, ce type de dispositif avec un groupe visitant l'exposition et l'autre participant à l'atelier, n'est pas nouveau, il reste un pensum. Comme son grand frère parisien, le Centre Pompidou-Metz innove en s'adressant à un public adolescent, « qui [est] à l'âge où se créent les habitudes culturelles »182 Ces ateliers ne sont pas forcément réservés au groupe, car le week-end ils sont ouverts aux individuels.

Pour Laurent Le Bon183, il reste de nombreuses et belles pistes à définir encore à
destination des publics comme un travail plus poussé avec les associations de quartier, les
prisons, et les personnes à mobilité réduite. Cependant, c'est un travail de terrain et qui

181 Aurélie Dablanc, responsable du pôle des Publics interrogée par Christine Rigollet in « Spécial Metz Musée, mode d'emploi », Le Point, no. 1963, jeudi, 29 avril 2010.

182 Aurélie Dablanc, responsable du pôle des Publics interrogée par Christine Rigollet in « Spécial Metz

Musée, mode d'emploi », Le Point, no. 1963, jeudi, 29 avril 2010.

183 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

nécessite d'être mené au quotidien. On peut penser que par la suite, cela se mettra en place naturellement. Comme le dit la maxime : « Paris ne s'est pas faite en un jour ».

Il nous reste à présent à examiner et approfondir les résultats obtenus par et grâce au Centre Pompidou-Metz.

III. Les résultats

A. Médiatiser l'événement

Pour réussir à faire venir du monde, rien ne se fait désormais sans communication. Frédéric Mitterrand rappelait dans l'émission de Laurence Piquet184 , que la communication était importante :

« Le problème, c'est d'arriver à faire rentrer ceux qui n'osent pas rentrer. Pour les faire rentrer, je crois que la communication est très importante, ce que nous sommes en train de faire. »

Si l'idée d'éducation a longtemps été présente dans l'esprit des visiteurs et des professionnels, on constate que depuis quelques années, la communication est devenue primordiale et tend peut être à la remplacer.

1. Une campagne électorale pour un lieu culturel ?

Désormais lorsqu'un nouveau lieu culturel ouvre, il se trouve en quelque sorte sur un marché concurrentiel, puisqu'il n'est pas unique en son genre. Il faut éviter une certaine logique du clonage comme pour les centres commerciaux qui demeurent indifférents à leur environnement.

Patrizia Ingallina considère que :

« Les villes qui autrefois cherchaient à se vendre en tant que lieux de production se vendent maintenant comme lieux de consommation. Désormais une grande richesse économique est générée à partir des industries culturelles, des activités ludiques, artistiques et de loisirs (gastronomie comprise). »185

On peut assimiler quelque peu cette pensée à Metz. En effet, avant l'arrivée du Centre
Pompidou-Metz, les collectivités territoriales (ville, communauté d'agglomération et Metz

184 Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet.

185 Patrizia Ingallina, «L'attractivité des territoires, p.9-18 » in L'attractivité des territoires : regards croisés, Actes des séminaires, février-juillet 2007, p.13

Métropole développement) ont financé une campagne de communication annonçant l'arrivée du Centre Pompidou-Metz. Cette campagne d'affichage de 3000 panneaux diffusés dans toute la France a été lancée trois semaines avant l'ouverture du Centre. Elle déclinait trois peintres (Picasso, Dali et Warhol) qui déclaraient : « Je m'installe à Metz »186. Les affiches étaient exposées à différents endroits mais aussi à Metz. D'aucuns pensent qu'il y en a eu trop à Metz et que la campagne était pensée à destination des autres villes que Metz. 187 Or, comme l'indiquait Laurent Le Bon, lors de notre entretien :188

" On a essayé de se mettre 3-4 ans en amont dans une logique un peu comme une campagne électorale, ne pas dire qu'on allait être un OVNI coupé de tout, mais qu'on allait être une étoile parmi d'autres, notamment avec Constellation189 qui a été importante . On a fait des conférences, des interventions, on a battu le terrain, rencontré des gens des associations pour leur dire : " voilà, c'est l'argent du contribuable mais voici ce qu'on va faire avec ».

Le lieu n'est pas arrivé seul, le terrain a été préparé. D'autant qu'il est nécessaire de prévenir aussi la population locale, dans la mesure où elle est la première concernée. Car si les néophytes avaient pu être avisés de l'ouverture du Centre par voie de presse ou par le bouche-à-oreille, tous les Messins ne se sont pas encore forcément rendus au Centre Pompidou-Metz et certains ignorent encore son existence.

La campagne était complétée par une dernière affiche : « Centre Pompidou-Metz ; c'est bientôt ». Sur cette dernière, il est fait mention des distances kilométriques avec Luxembourg ; Paris, la Belgique et l'Allemagne. Cette campagne a remporté un franc succès. D'autant qu'elle a reçu le prix de la meilleure campagne publicitaire des collectivités territoriales. Selon Laurent Le Bon, il était paradoxal qu'on ne voit pas la ville.190 Le problème persistant reste que cette communication a un prix et que le Centre Pompidou-Metz ou les collectivités territoriales ne peuvent pas se permettre pour chaque

186 Cf. annexe 4.

187 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

188 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

189 On rappelle que Constellation était la manifestation de préfiguration du Centre Pompidou-Metz, du 15

mai au 4 octobre 2010 à Metz et dans différents lieux culturels lorrains.

190 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

exposition une campagne aussi importante. Antoine Fonté191 nous expliquait que la campagne avait couté 1,2 million d'euros. Pour lui, le public vient d'autant plus en ville après sa visite grâce à la 3e galerie orientée vers la cathédral192e, presque comme une carte postale. Selon lui,

« Ça vaut toutes les campagnes de communication et d'affichage ».

Une seconde campagne intitulée « Je veux Metz » a été lancée du 21 octobre au 31 décembre 2010 par Metz Métropole Développement 193 afin « de positionner Metz Métropole comme destination attractive, dynamique et moderne auprès des cadres, entrepreneurs et décideurs économiques français et européens. »194

Elle joue avec un humour décalé avec des personnages qui ont fait le choix de ne pas s'installer à Metz et qui le regrettent, afin de « casser » l'image négative de Metz.

La campagne «JE VEUX METZ« est financée en majeure partie dans le cadre du Contrat de Redynamisation des Sites de Défense et bénéficie par là -même du soutien de l'Etat et de l'Europe. Antoine Fonté relate que cette opération a coûté moins cher à la ville : 195 entre 300 et 400 000 euros. La campagne avait un plus fort impact en termes de quantité : - avec la diffusion des spots publicitaires sur LCI et BFM ainsi qu'en catch up TV sur TF1/LCI, Canal Plus et BFM TV ;

- une mise en place d'un dispositif sur Facebook (campagne Facebook, page «JE VEUX METZ») ;

- une convergence sur le site « WWW.JEVEUXMETZ.COM» qui reprend les vidéos, teasers et making-of des spots ;

- un dispositif d'affichage dans le Métro parisien, les Gares TGV parisiennes et de grandes villes françaises, les aéroports de Bruxelles, Francfort, Luxembourg et Paris Charles de Gaulle, et bien sûr à Metz ;

- des achats d'espaces dans la presse messine, nationale et internationale ;

- un dispositif de bannières web ciblé.

191 Interview Antoine Fonté, réalisée le 16 février, à Metz.

192 On invite le lecteur à regarder l'annexe 3. L'exposition Buren a également tenté de revisiter cette idée de carte-postale, en affichant sa fameuse rayure autour de miroirs reflétant la cathédrale.

193 Metz Métropole Développement est l'agence de développement économique de la ville de Metz ainsi que de Metz Métropole.

194 Dossier de presse « Je veux Metz ».

195 Ibid.

La stratégie repose plus sur des valeurs de marketing, afin d'attirer des nouveaux commerces essentiellement dans le quartier de l'Amphithéâtre. Paradoxalement, les affiches196 ainsi que le spot publicitaire ne mentionnent pas le Centre Pompidou-Metz, à première vue. C'est seulement si l'on va plus loin que l'on obtient quelques informations. On a des mentions pratiques concernant l'économie, les réseaux professionnels performants et la proximité frontalière. On peut déplorer le côté anachronique de la campagne, qui s'emploie uniquement à insister sur l'économie197 sans traduire l'importance du cadre de vie messin, ce qui est regrettable. La communication veut se distinguer d'une campagne de communication traditionnelle. L'idée est de jouer volontairement sur les clichés qui sont donnés à la ville de Metz comme l'affirme Thierry Jean dans le dossier de presse :

«Nous avons souhaité une campagne en décalage avec les codes du marketing territorial classique car Metz Métropole est consciente qu'elle est l'objet d'une perception plutôt négative. Il fallait donc un message fort et décalé pour créer une rupture d'image et cela, juste après l'inauguration du Centre Pompidou-Metz, symbole de modernité et d'innovation».

Il est dommage de ne pas profiter d'autres éléments culturels dont la ville dispose en dehors du cadre économique. Car on a l'impression que la ville s'auto fustige en retombant dans les poncifs qu'elle a souhaité combattre.

Par ailleurs, outre les services institutionnels qui communiquent l'information, la presse et les médias ont plutôt bien relayé l'ouverture du Centre Pompidou-Metz. En dehors de la presse locale qui se fait désormais le relais des expositions, désormais ce sont quelques articles sporadiques dans la presse nationale et à la télévision. Comparativement à des premiers mois où celle-ci était omniprésente.

On constate avec regret, que le site internet institutionnel de la ville ne communique que très peu sur le Centre Pompidou-Metz. Il faut vraiment chercher pour trouver l'information, car plusieurs onglets sont nécessaires. Metz métropole quant à elle a un onglet spécialement dédié au Centre Pompidou-Metz. Elle montre aussi les autres grands

196 Cf. annexe 5.

197 Même s'il s'agit d'un élément recherché puisque Metz Métropole Développement est une agence de développement économique.

projets pour prouver qu'il existe d'autres structures culturelles qu'elle finance, qui ont la même hiérarchie visuelle.

En dehors des biais classiques, le Centre Pompidou-Metz a su innover avec l'usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

2. L'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la

Communication (NTIC)

Les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) parsèment de plus en plus le paysage quotidien. D'aucuns ont senti un nouveau tournant de celles-ci pour un usage touristique et commercial. Si les NTIC ne concernent pas tout le monde, certains demeurant encore sceptiques quant à leurs utilisations, d'autres les intègrent pleinement dans la vie de tous les jours. Etre innovant lors d'un événement par le biais des NTIC peut aussi contribuer à accroître la notoriété d'une entité, dans la mesure où celle-ci a su se moderniser et démultiplier ses offres. L'usage de ces nouvelles technologies est éventuellement médiatisable, par voie de presse notamment, d'autant plus si leur aspect innovant est encore peu utilisé. Les NTIC permettent également de démultiplier les possibilités d'information des publics : pour les enfants, les clientèles étrangères, les handicapés... en adaptant le contenu spécifique sur le support voulu, en le rendant plus ludique pour les enfants par exemple, en le traduisant ou en l'adaptant à des besoins spécifiques qui concernent les handicapés (écran avec une personne qui s'adresse en langage des signes à une personne malentendante...).

Le Centre Pompidou-Metz a, avant même son ouverture, préparé tous les moyens pour être sur la même lignée que les musées parisiens. Il possède une communauté sur le réseau social facebook assez importante pour un musée de province (environ 23 000 « j'aime »198). En outre, il utilise des moyens similaires avec des sites de référencement comme le site exponaute par exemple199. Si la billetterie et la réservation en ligne ou dans des espaces partenaires est un classique des musées parisiens, cela reste une certaine forme

198 23 000 à l'heure où nous finissons notre mémoire, le 1er septembre.

199 www.exponaute.com

de nouveauté pour les Lorrains.200 Il a su proposer des visites audioguidées sur I-pod pour l'exposition Chefs-d'oeuvre?

L'équipe perçoit ses outils comme des complémentarités par rapport à la médiation. La médiation-présence reste la forme la plus recherchée par le Centre Pompidou-Metz.

Les visites numériques sont toutefois intégrées dans les statistiques. Mais, comme l'annonce Laurent Le Bon 201 : « Un projet comme le Centre Pompidou-Metz, sa pertinence est fondée sur la réalité. Sinon, l'expérience n'a pas de sens. » De façon générale, les statistiques montrent que les fréquentations fortes sur le site Internet ont une incidence sur la visite avec une hausse de fréquentation.

Attachons nous à présent aux retombées économiques opérées grâce au Centre Pompidou-Metz tant pour lui même que pour la ville. Le Centre Pompidou-Metz a généré une fréquentation sans précédent. Il semble en effet qu'un processus multiplicateur202 selon lequel les dépenses entrées sur un territoire génèrent en cascade des dépenses dans d'autres secteurs d'activité, soit mis en place.

200 On peut noter, car c'est assez rare, que le prix de l'exposition est le même que celui proposé à Pompidou chez les revendeurs.

201 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

202 Cours de M. Vann Nicolas, Eléments de politique culturelle, Université Paris Diderot 2010-2011.

B. Des retombées économiques directes203 et indirectes

1. Une fréquentation phénoménale

« Le succès d'un musée ne se mesure pas au nombre de visiteurs qu'il reçoit, mais

au nombre de visiteurs auxquels il a enseignéquelque chose. Il ne se mesure pas au nombre

d'objets qui ont pu être perçus par les visiteurs
dans leur environnement humain. Il ne se

mesure pas à son étendue mais à la quantitéd'espace que le public aura pu

raisonnablement parcourir pour en tirer un véritable profit. C'est cela le musée. Sinon, ce n'est qu'un espèce « d'abattoir culturel ».

Jean Clair, L'hiver de la culture, citant Georges-Henri Rivière au début des années 1970 p. 59-60 :

Le Centre Pompidou-Metz est désormais un des musées de province les mieux classés, créant la surprise auprès de ses confrères qui existent depuis bien plus longtemps. L'exposition Chefs-d'oeuvre ? a accueilli plus de 800 000 visiteurs depuis son ouverture. 800 000 étant le chiffre annoncé lors des remerciements pour la première année proposant ainsi une opération de gratuité pour les soirées d'anniversaire. En 7 mois, l'exposition avait reçu 600 000 visiteurs.

203 Cours de M. Yann Nicolas : les effets directs constituent la première partie les effets de dépenses effectuées en premier lieu par les visiteurs non locaux, les effets indirects constituent la réutilisation des effets directs par les entreprises locales. Les effets induits sont les répercussions des effets directs et indirects, produits ultérieurement.

Dans une interview au Point204, Laurent Le Bon annonce qu'il

" n'a[vons] vraiment pas à rougir de ses[nos] chiffres. Quand la grande exposition " Monet » à Paris, considérée comme l'un des grands succès de l'année, a attiré 900 000 visiteurs205, nous nous en avons reçu 600 000. »

Il ne s'en plaint d'ailleurs pas, allant méme jusqu'à se féliciter, en faisant référence aux records de cinq heures de file d'attente enregistrées lorsque le musée atteignait la limite de ses capacités (1 200 visiteurs en même temps), car :

" Certains jours d'été, nous avons fait plus que Pompidou-Paris ! »206 Le secrétaire général du musée, Emmanuel Martinez déclare quant à lui207 :

" Il ne faut pas croire qu'on a voulu faire un one-shoot pour l'ouverture. C'est un projet culturel qui s'inscrit dans la durée. Nous sommes déjà en train de travailler pour 2013-2014. Pour les quatre prochaines années, l'objectif affiché reste de 250 000 visiteurs par an en moyenne. »

Il est vrai que cet objectif était plutôt bas et que l'ouverture a bénéficié d'une très forte médiatisation, alimentée par la curiosité de l'architecture audacieuse ainsi que du contenu. Réalité ou fausse pudeur de la part des organisateurs? M. Rausch208 se targue d'avoir annoncé qu'il y aurait 700 000 visiteurs pour les premiers mois, ce qui pour beaucoup semblait inimaginable à Metz. Laurent Le Bon répondait quant à lui qu'il :

" J'avais avancé le chiffre de 200 000 entrées, mais je pensais à 2011. J'ai toujours dit que l'année de l'inauguration allait être atypique, en raison du retentissement médiatique. Je m'en tiens donc à cet objectif, qui constitue déjà un très bon chiffre, si l'on prend en compte le phénomène d'étiolement propre aux institutions culturelles »209

204 Cordelier Jérôme, « Pompidou, acte II », Le Point, Villes, jeudi 10 février 2011, p.193-195.

205 Pour rappel, l'exposition du grand palais a duré 4 mois, du 22 septembre 2010 au 24 janvier 2011.

206 Descamps Elise, « Le Centre Pompidou-Metz dépasse tous les espoirs », La Croix, no. 38859, lundi 3 janvier 2011.

207 Cordelier Jérôme, op.cit.

208 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

209 Descamps Elise, op.cit.

Antoine Fonté avoue qu'il « sait pertinemment qu'en année 2, normalement ça doit fléchir. Et si on reste aux alentours de 300 000 à l'année, c'est exceptionnel ! » 210

Jean-Marie Rausch211 annonce que s'il y a maintien d'expositions prestigieuses, telles qu'a pu l'être Chefs-d'oeuvre ? , une densité élevée pourra être maintenue. Pour lui, Pompidou est tellement riche en oeuvres qu'il y a toujours la possibilité d'avoir du nouveau. Ce qui selon nous, se mesure également au brio des conservateurs et de leurs équipes qui, s'ils savent s'efforcer de ne pas choisir uniquement la facilité avec des thèmes accrocheurs, peuvent impressionner en déployant des thématiques in envisagées jusque là. Pour 1917,

M. Rausch n'exclue pas la potentialité d'attraction de visiteurs Allemands dont certains maîtres du XXe siècle ont transformé la vision de l'histoire de l'art avec des mouvements comme le Bauhaus, Der Blaue Reiter... . En outre, quelque soit l'exposition, il n'exclue pas la visite de néerlandais dont la route pour gagner le Sud, passe de façon quasiobligatoire par la Lorraine.

On peut de manière générale, comme le suggère Noémie Drouguet, regretter que les chiffres de fréquentation apparaissent souvent comme le seul bilan et que seuls les retours dans la presse ou l'efficacité d'une campagne de promotion soient mesurés.212 Si l'intention de Georges-Henri Rivière était intelligente, peu d'instruments statistiques et sociologiques existent vraiment pour mesurer des perceptions sensorielles ressenties au musée.

Toutefois, il nous semble, que la présence répétée d'un musée dans la presse, dans les médias, plus on fait parler de soi, garantisse la venue du public. Puisqu'il est vrai, aujourd'hui la communication sur l'exposition est devenue aussi importante que le contenu213. En revanche, on peut noter que certains efforts ont été fait de la part de la

210 Interview Antoine Fonté, réalisée le 16 février, à Metz.

211 Interview Jean-Marie Rausch, réalisée le 16 février, à Metz.

212Cf. N.Drouguet, op.cit.

213 Parenthèse à part, on peut se féliciter pour l'instant que le Centre Pompidou-Metz ne soit pas un de ces lieux où l'on fait, pour reprendre le titre de Noémie Drouguet, des expositions spectacles et où la communication est devenue plus importante que le contenu. A l'exception des premières semaines de Chefsd'oeuvre? A ce titre, il existe pour nous, de nombreux musées ou lieux qui se qualifient comme tels qui pratiquent ce genre de communication outrancière où tout doit s'acheter. On ne bénéficie plus que du seul cartel et de presque aucune explication sur un panneau, car il est préférable de louer l'audioguide voire même d'acheter un podcast. On rentabilise des espaces fort mal appropriés en ayant une rotation assez impressionnante de visites guidées ne permettant presque plus de voir les oeuvres. Les thématiques sont lucratives et il est quasi-obligatoire de passer par un revendeur (avec une majoration du prix d'entrée) pour obtenir son billet coupe-file afin d'éviter la queue qui serait aussi longue que la durée de la visite de

mairie ou d'éditeurs, afin de rééditer des guides, cartes-postales, plan de la ville mentionnant le Centre Pompidou. De même, il est fort heureux, que deux mois après son ouverture, le Centre Pompidou-Metz ait pu bénéficier de son panneau à fond marron symbolisant les sites touristiques sur l'autoroute A31. A court terme, on le voit, le succès attire les médias qui se mobilisent à la suite d'un succès. Il nous faut désormais nous intéresser aux retombées économiques indirectes qui découlent de cette fréquentation.

2. Une économie indirecte

La valorisation touristique du patrimoine favorise la croissance économique en développant des activités touristiques génératrices de recettes financières et d'emplois directs, indirects et induits.

Anne Picq214 relatait en mai 2010 qu'il y avait :

(...) D'ores et déjà, en plus des 60 personnes employées par le Centre Pompidou-Metz, les concessions et externalisations nécessaires au fonctionnement du musée pourraient créer à elles seules 200 à 300 emplois. »

Aujourd'hui, ce sont véritablement 60 personnes qui y travaillent215 et qui sont donc des emplois directs. En revanche, les emplois directs qui sont externalisés sont souvent précaires. Ainsi, Phone Régie, société employant les médiateurs ainsi que le personnel d'accueil procède quasiment uniquement par contrats à durée déterminée.216

Peut-on parler d'une classe créative 217 ou de cluster218 grâce à laquelle la force de la ville
découlerait de son dynamisme culturel et artistique, lequel deviendrait le moteur de son

l'exposition ! Enfin, il faut penser également aux boutiques, où l'on se retrouve parfois comme à Disneyland, obligé de passer par l'espace boutique soit en entrant soit en sortant. A titre d'exemple, on pense au Musée Jacquemart-André, possédant au demeurant un magnifique hôtel particulier ; à la Pinacothèque de la Madeleine qui annonce des collections permanentes qu'elle emprunte pour une durée déterminée ; au Musée Maillol qui devient un lieu d'exposition temporaire n'exposant quasi plus d'oeuvres de Maillol et jusqu'à sa réouverture le Musée du Luxembourg.

214 Cf. A. Picq, op. cit., p.46-49.

215 Cf. organigramme in Zoom n°4, l'agenda de septembre à décembre 2011.

216 Source inédite.

217 Conceptualisée par Richard Florida, The rise of the creative class : and how it's transforming work, leisure, community and everyday life, New York, Harper business, 2002.

218 On reprend la définition donnée par Fabrice Hatem in « Le rôle des clusters dans les politiques d'attractivité », L'attractivité des territoires : regards croisés, Actes des séminaires, février-juillet 2007, pp19-21 où le cluster est conçu comme « la présence, sur un même espace géographique de taille relativement limitée, de firmes, centres de recherche-développement, universités, organismes financiers très

développement économique ? En 2002, dans The Rise of the Creative Class, Richard Florida affirme que les dimensions économiques et sociales d'un territoire sont liées à la présence d'artistes (écrivains, acteurs, designers, architectes) et de scientifiques (ingénieurs et intellectuels). Par conséquent, les villes doivent se doter d'équipements et d'infrastructures permettant d'attirer des travailleurs ayant ces compétences. Peu à peu, d'autres ménages sont attirés par la présence des artistes et l'image bohème qu'ils confèrent au quartier. On parle alors de gentrification ou d'embourgeoisement d'un quartier lorsque celui se métamorphose socialement et sociologiquement. Dans cette phase d'embourgeoisement, on voit généralement se développer des cafés et restaurants branchés, des boutiques de designers locaux, des librairies spécialisées, des galeries. Pour Metz, il semble encore difficile d'évoquer un réel embourgeoisement d'un quartier spécifique. D'une façon générale, on a vu des galeries s'ouvrir récemment comme Toutouchic219 en septembre 2010, La Conserverie220 en janvier 2011, Modulab'221 en mars 2011, même si certaines existaient déjà comme Faux mouvement222 présente depuis 1983 ou encore Octave Cowbell223 depuis 2002. Quelques librairies spécialisées ont ouvert comme La cour des grands224 en 2006 ou Le carré des bulles225 en 2007. On peut aussi remarquer que dans l'une des principales rues commerçantes de Metz, de nouvelles boutiques plutôt haut de gamme ont ouvert leurs portes. On peut supposer que la construction du quartier de l'amphithéâtre permettra une revalorisation immobilière du quartier, puis l'installation de ménages plus aisés. Le président de la République a souhaité annoncer que :

« ~ » Ce qui se joue ici, avec l'inauguration de ce musée, ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle renaissance lorraine.226 (...)La Lorraine a beaucoup souffert toutes ces dernières décennies des restructurations, des mutations, des changements, le textile, la sidérurgie, les mines, le militaire. Metz, Monsieur le Maire, on en parlait, une ville de garnison. C'était certainement un élément de

compétitifs appartenant au même domaine de spécialisation et organisés au sein de réseaux de collaboration à la dynamique autonome, caractérisés par une innovation continue et des transferts d'innovation aisés » 219www.letoutouchic.com/

220 www.cetaitoucetaitquand.fr/

221 http://modulab.fr/

222 www.faux-mouvement.com

223 www.octavecowbell.fr

224 http://lacourdesgrands.over-blog.fr/

225 www.aucarredesbulles.fr

226 Discours inaugural du président de la république.

fierté mais qui peut penser que dans un monde qui bouge comme le nôtre, nous pouvions garder la même organisation militaire. Il a fallu faire des choix. Des choix qui ont été douloureux pour votre département et pour votre ville, puisque c'est presque un tiers des effectifs, si mon souvenir est exact, qui seront transférés. Je dois dire que je veux rendre hommage aux élus, toute tendance confondue, et à la population. On a essayé de bâtir une réponse à cette restructuration. Cest tout à fait lié à ce que nous sommes en train d'inaugurer, parce que ce musée qui est un acte culturel fort, est en même temps un élément d'une politique stratégique de développement. »

Cependant, comme le préconise Fabrice Hatem227 :

« Il faut se garder, cependant, de l'illusion consistant à voir dans les clusters la solution définitive aux problèmes actuels de reconversion, de développement et d'attractivité des pays industrialisés. La croissance de l'économie ne se réduit pas à celle des activités à haute valeur ajoutée. Celles-ci ne sont pas toutes fondées sur l'innovation. Il existe des cas nombreux où cette innovation n'est pas réalisée au sein de réseaux de coopération, mais par une entreprise totalement isolée. Ces réseaux de partenariats peuvent relier des entreprises qui ne sont pas nécessairement proches géographiquement. A l'inverse, la proximité géographique, même au sein d'un cluster dynamique, ne garantit pas nécessairement le développement de relations de coopération étroites entre firmes. Toutes ces raisons expliquent sans doute pourquoi tant de clusters autoproclamés par les autorités de développement territorial, et soutenus par d'importants budgets publics, n'ont finalement pas fait preuve dynamisme escompté. »

Par ailleurs, il existe des retombées beaucoup plus importantes que les recettes directes de l'exploitation du musée. Elles concernent les recettes des dépenses effectuées à proximité de ce dernier, « la valeur d'usage directe »228du musée. Ces dépenses s'appliquent entre autre à l'hébergement, la restauration, aux commerces - excepté les ventes associées aux droits d'entrée - aux activités de loisirs, aux transports et aux services. Ce sont des retombées économiques induites par l'événement.

227 Fabrice Hatem, op.cit. p.21.

228 Cf. V. Patin, op.cit, p.135.

Sans oublier toutefois les répercussions économiques pour les finances locales de cette fréquentation touristique, à savoir les parkings, les taxes prélevées sur les opérateurs touristiques et les commerces (taxes de séjour, taxes professionnelles) dont les collectivités locales sont bénéficiaires. Il est évident que si la ville impulse un événement culturel générateur de recettes importantes pour l'économie locale, elle entend que commerçants et opérateurs du tourisme y participent. Ces derniers ont tout intérét à s'allier à la ville pour permettre ces chiffres d'affaires, dans leurs avantages propres et pour la ville, par effet dérivé.

L'importance des consommations connexes et des bénéfices indirects sur la ville croît d'autant plus si l'offre locale est adaptée à l'offre culturelle.229

D'où la nécessité pour les acteurs économiques de la ville de travailler en collaboration avec l'office de tourisme qui reste, souvent, le premier interlocuteur avec le touriste en lui fournissant à la fois la documentation sur les offres culturelles et les possibilités d'hébergement et de restauration.

Pour Alain Steinhoff, président de la fédération des commerçants de Metz, l'enjeu est d'inciter ceux qui iront visiter le Centre Pompidou à s'aventurer ensuite au centre-ville.230

Pour cela, la chambre de commerce et d'industrie de la Moselle a organisé des stages de langues pour les commerçants, des ateliers de traduction des menus pour les restaurateurs et lancé la création de guides et de répertoires touristiques. Cependant, on note toujours une difficulté des Français à parler une langue étrangère, qu'elle qu'elle soit. Globalement, ce sont assez peu de cartes qui sont à minima en 2 langues. Trop peu de serveurs font encore l'effort de parler dans la langue de leurs interlocuteurs. La ville compte beaucoup, il faut le dire, sur le tourisme pour redorer son image. En 2010, Thierry Dufossé, patron de l'Hôtel de la Citadelle (seul quatre-étoiles de la ville), estimait que le Centre allait lui permettre de « capter une nouvelle clientèle internationale». 231

Avec une surface d'exposition aussi importante et une proximité forte de l'euro-région, on
espère beaucoup de visiteurs étrangers. Metz- Francfort se fait désormais en 2h30 en

229 Cf. J.M Tobelem, Musées: gérer autrement. Un regard international, p.139.

230 Nicolas Bastuck et Claire Guillot « Le Centre sera-t-il une manne pour la région ? Les acteurs
économiques de Metz, et aussi les musées et les lieux de création de la grande région, espèrent profiter de l'arrivée de l'espace culturel », Le Monde Spécial Centre Pompidou-Metz, mardi, 11 mai 2010.

231 Ibid.

voiture, entre trois et quatre heures en train ; Metz- Sarrebruck nécessite environ une heure de trajet, la liaison ter liaison est régulière, de même que pour Metz - Luxembourg que l'on peut réaliser en quarante minutes. Bruxelles est à 2h30 de route. Comme le dit Laurent Le Bon, non sans humour,

« Metz n'est pas la Sibérie. Il faut seulement 84 min de Paris en TGV. D'ailleurs le reproche inverse peut être fait, d'être trop bien placé car trop proche de la gare et finalement l'aller-retour se fait dans la journée et les visiteurs n'iraient pas voir la ville de Metz. On a là un cas assez rare en Europe d'une institution aussi proche de la gare. Une des raisons de ce succès est la chance d'avoir cette disponibilité. »232

D'ailleurs, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, 61% des visiteurs en provenance de la région parisienne passent une nuit à Metz et 55% de la totalité des visiteurs du Centre Pompidou-Metz se rendent en centre-ville pour consommer. 233 En outre, si les attentes des politiques et des conservateurs ambitionnaient d'accueillir des touristes étrangers, on peut s'étonner, car la fréquentation est française à 85%234,15% de visiteurs sont étrangers dont 32% viennent du Luxembourg, 21% de la Belgique et 20% d'Allemagne235.

Par nos observations physiques au cours de notre stage pour préparer la Nuit Blanche à Metz, on constate la présence, certes minoritaire, de quelques asiatiques et de quelques russes. En écoutant les gens parler, si l'on est peu étonné d'entendre parler l'allemand qui a toujours été une seconde langue avec le luxembourgeois à Metz, on peut noter la présence de plus en plus d'anglophones.

L'office de tourisme enregistre une progression des demandes de 62%, une hausse des visites guidées de 25%, La hausse de consultation du site web de l'office de tourisme s'élève à 72% et les produits de séjour (excursions, weekend) se sont vus multiplier par deux. 236 Le chiffre d'affaire des restaurants de la ville augmente de 5 à 30%. Comme l'annonce le site de la Chambre de Commerce et d'Industrie, il faut rester prudent car la restauration bénéficie plus que l'hôtellerie de l' « effet Pompidou ».

232 Interview Laurent Le Bon , réalisée le 16 février 2011, à Metz.

233 Centre Pompidou-Metz, Première bougie et nouveau souffle, Le journal des entreprises, vendredi 6 mai 2011.

234 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

235 Marion Weber, « Centre Pompidou-Metz, un an déjà... »La plume culturelle, mardi 21 juin 2011.

236 Philippe Marque, « Metz tient son effet Pompidou », mercredi 11 mai 2011.

Le directeur de Novotel se dit par exemple satisfait :

« Nous avons ici une clientèle d'affaires très importante en semaine, mais depuis un an on voit une clientèle « loisirs » arriver dès le mercredi. »

Il constate également une hausse de rassemblements annuels de grandes sociétés. 237 Certains, estiment que tout le monde doit en faire plus :

« Quand Laurent Le Bon annonce 250 000 visiteurs pour la deuxième année, je trouve que ce n'est pas assez ambitieux par rapport aux 800 000 de la première année. Nous devons tous nous donner les moyens d'y croire pour que Metz soit à la fois une ville touristique et une ville d'affaires. »238

Metz pourra, à terme, devenir une ville d'affaires lorsque la construction de son palais des congrès sera achevée. Nous pouvons après ces considérations, tirer quelques conséquences en termes de symboles pour la ville.

237 Pascal Chauveau, directeur de l'hôtel Novotel interrogé par La Semaine, jeudi 19 mai 2011.

238 Christophe Duffosé, chef du restaurant Le Magasin aux vivres interrogé par La Semaine, jeudi 19 mai 2011.

C. La ville carte-postale, effacer les stéréotypes pour en recréer
d'autres

Le patrimoine et les musées ont une valeur de contemporanéité239 (Gegenwartswerte) qui correspond au présent, aux valeurs d'usage et artistiques qui en sont faites. Un monument constitue l'emblème, ou l'un des emblèmes, de l'identité locale, l'image dominante dans la représentation de la destination. Si la cathédrale St Etienne de Metz était déjà l'un de ceux-ci, le Centre Pompidou-Metz en devient un. Mais le Centre Pompidou-Metz met également le riche patrimoine de la ville en avant. C'est un élément investi par la population qui lui procure un « sentiment d'appartenance "240, qui fait qu'elle se reconnaît comme telle, au travers de ce patrimoine identitaire. L'équipe du Centre Pompidou-Metz a d'ailleurs bien compris cette nécessité d'appropriation du patrimoine en venant faire chercher aux habitants une flèche « Centre Pompidou-Metz, c'est par là " et aux commerçants des autocollants : « Bienvenue au Centre Pompidou-Metz ". A ce titre Jean-Christophe Castelain en faisait état avant méme l'ouverture du site :

« Sur place, on se rend compte à quel point un tel équipement culturel peut avoir un effet d'entrainement sur l'image de la ville et, en retour, sur la fierté des Messins. Déjà ces derniers viennent le dimanche en famille observer l'architecture, très identifiable, sans être révolutionnaire, du bâtiment. »241

Certains habitants ont attribué des sobriquets au Centre Pompidou-Metz, le plus célèbre restant celui de la maison des Schtroumpfs. Ce n'est pas forcément mauvais signe, souvent les surnoms sont le premier signe d'adoption par les habitants.

On peut percevoir une certaine conscience du phénomène pour l'équipe du Centre
Pompidou-Metz qui, dans le cadre de Constellation, a fait des commandes
photographiques. La photo du « touriste " de Nicolas Pinier 242 illustre bel et bien

239 A.Riegl, Le culte moderne des monuments, Le Seuil, 1984.

240 Cf. M. Gellereau, « Mutations et stratégies de valorisation patrimoniale : les identités multiples des territoires ", p.26.

241 CASTELAIN, Jean-Christophe, « Centre Pompidou-Metz: Mise en bouche avant ouverture. ", L'OEil no. 616, Septembre 2009.

242 Cf. annexe 6.

l'appropriation préalable des habitants ainsi que la réussite touristique quasi assurée avant l'heure.

Ce patrimoine est constitué par sa valeur d'existence, c'est-à-dire la valeur symbolique que lui attribue la population (en termes d'identité, d'embellissement des lieux et de sens de l'histoire) 243. Une des caractéristiques du monument est qu'il a une action sur la mémoire. Cette mémoire est collective. La mémoire a besoin de repères spatiaux pour nous rattacher aux autres et par la même, retrouver des éléments du passé. Cette mémoire est aussi créatrice :

« [Elle] ne conserve pas le passé, mais elle le reconstruit à l'aide des traces matérielles, des rites, des traditions qu'il a laissés, et aussi à l'aide des données psychologiques et sociales récentes, c'est-à-dire avec le présent ».244

Il y a une « valeur de non-usage " attribuée au patrimoine à savoir la transmission du bien aux générations futures.245 Ce qu'Henri-Pierre Jeudy246 déplore car, on ne rêverait plus à l'époque suivante qu'en s'obsédant à lui léguer un patrimoine

La rentabilité d'un monument est objectivement mesurable par les chiffres, mais aussi par des retombées plus immatérielles, difficilement quantifiables. Il existe des « bénéfices non financiers " à savoir les bénéfices en termes d'image. 247 L'image est à la fois véhiculée par les médias mais aussi grâce au tourisme. Les hebdomadaires et les magazines de loisirs peuvent également être profitables à ce genre d'événements dans la mesure où ils peuvent, par une rubrique ou un supplément « voyage " inciter à des séjours autour des expositions.248 Désormais même Elle, Marie-France mais aussi des journaux plus sérieux parlent de Metz avec des articles comportant « 5 bonnes raisons d'aller à Metz ".

Par les flux qu'il va entraîner, l'arrivée de ce nouveau bâtiment va nécessairement avoir un impact sur les habitants. Outre leur participation endogène à l'événement que

243 Cf. V .Patin, op.cit, p.135.

244 Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Félix Alcan, 1925. Collection Les Travaux de l'Année sociologique. P.160

245 Cf. V. Patin, op.cit, p.135.

246 Cf. La machine patrimoniale.

247 Cf. C. Origet Du Cluzeau, « Le patrimoine comme détonateur du développement local ", p.20-22

248 Cf. J.M Tobelem, Musées: gérer autrement. Un regard international, p. 138.

constitue l'ouverture qui peut leur conférer une certaine fierté confortée par un sentiment identitaire qui les fédère ; le métissage et les échanges résultant du tourisme peut leur donner (ou redonner) un regard neuf sur la ville et sur eux-mêmes. Ni le regard des touristes, ni celui des habitants ne sont neutres. Pourtant, là où le touriste découvre un élément spécial auquel il appose une valeur249, l'habitant y voit un élément anodin de son quotidien. Le touriste arrive chargé d'un imaginaire250 qui le conditionne par des représentations collectives - souvent idéalisées - ou personnelles du lieu. On pense ainsi à ce passage des villes invisibles, d'Italo Calvino :

« Pour ne pas décevoir les habitants, il convient de faire l'éloge de la ville telle qu'elle est sur les cartes postales et de la préférer à celle d'à présent, mais en ayant soin de contenir son regret des changements dans des limites précises : le voyageur doit reconnaître la magnificence et la prospérité de Maurillia251 maintenant qu'elle est devenue une métropole, si on les compare à ce qu'était la vieille Maurillia provinciale, ne compensent pas une certaine grâce perdue, laquelle cependant ne peut se goliter qu'à présent sur les vieilles cartes postales, tandis qu'auparavant, avec sous les yeux la Maurillia provinciale, on ne voyait qu'à vrai dire rien de cette grace, et on en verrait aujourd'hui moins que rien, si Maurillia était restée telle quelle, et en tout état de cause la métropole a cet attrait supplémentaire qu'au travers de ce qu'elle est devenue on peut repenser avec nostalgie à ce qu'elle était. »

En tout cas, une chose est sûre :

« Aujourd'hui, le Parisien sait que Metz existe, autrement que par son club de football. Dans cinq ans, il prononcera correctement le nom de la ville. Et dans dix ans, il l'aura visitée. »252

249 Ce que Nathalie Heinich (article « exposition dans Encyclopédie Universaelis) dénomme pour les expositions, la fonction esthétique.

250 Cf. J-Paul Seloudre, « Les fonctions du regard touristique. Peut-on parler d'une « médiation touristique » ? » pp.67-82

251 Calvino Italo, Les villes invisibles, Points, 1984, p.39.

252 Marion Weber, « Centre Pompidou-Metz, un an déjà... »La plume culturelle, mardi 21 juin.

Conclusion

On a tenté de montrer au cours de ce mémoire, au travers de l'étude de cas du Centre Pompidou-Metz, dans quelle mesure la culture peut s'insérer dans une politique globale.

A la différence de notre mémoire sur Nancy, nous percevons un réel écart entre une politique plus événementielle à Nancy sans être si électoraliste que la décision d'implantation d'un nouveau musée à Metz. On peut avancer que Nancy a fait des expositions temporaires grace à des collections permanentes, alors qu'à Metz, on crée un nouvel élément permanent pour accueillir du temporaire. Nous avons beaucoup moins intégré la dimension sociale au cours de ce nouveau mémoire. Cependant, on constate que les enjeux d'attractivité restent similaires pour chacune des deux villes. Les moyens mis à disposition à Metz sont plus importants. Dans les deux villes, la culture a un rôle prescrit au sein d'une politique globale.

Le Centre Pompidou-Metz a vu le jour grace à l'ancien Maire de la ville de Metz, dont le rôle a été capital au sein d'une temporalité spécifique, celle de faire un Centre Georges Pompidou déconcentré, proposé par Jean-Jacques Aillagon. Il s'agissait en effet de la rencontre de deux ambitions qui ont trouvé un terrain d'entente, profitable à toutes les deux.

On peut déceler une opportunité politique dans la mesure où celle-ci s'annonçait électoraliste. Cependant, cette décision s'insérait dans une logique des idées cohérente et mûrement réfléchie. A Metz, grâce à une architecture porte-drapeau, on impulse une régénération urbaine et urbanistique intéressante dans la mesure où à long terme, elle permettra la création de nouveaux emplois. Un consensus politique s'est opéré dans l'intérêt commun, outrepassant les partis.

Outre l'opportunité politique et urbanistique, le Centre Pompidou-Metz annonce une évolution en matière de politique culturelle pour la ville de Metz. Il contribue à apporter de nouveaux éléments dans son orbite en engendrant la création de nouvelles structures artistiques et créatives. Une cohésion s'effectue au sein de la région et de l'euro-région qui

se trouve désormais mieux irriguée en matière d'art contemporain, ce qu'Alain Seban souhaitait :

« (...). Et puis, naturellement, l'implantation à Metz nous permet de nous positionner idéalement au coeur d'un arc nord-est européen ouvert sur le Benelux, l'Allemagne, la Suisse, des pays très dynamiques sur le plan de l'art contemporain. »253

D'un point de vue culturel national, on peut trouver le pari moins ambitieux dès lors qu'on s'installe dans une région où le potentiel est déjà existant. Culturellement, le Centre Pompidou-Metz constitue un plus, au milieu de ses « confrères » luxembourgeois et allemands. Cependant, il n'arrive pas au milieu d'un désert culturel. Le territoire n'est pas enclavé non plus : l'arrivée du TGV-Est sert le Centre Pompidou-Metz, tout autant que l'autoroute, enfin Metz reste tout de même au coeur d'une région transfrontalière, qui permettait de savoir que le « pari » du Centre Pompidou-Metz pouvait fonctionner, même s'il n'était pas visité par les autochtones. Ainsi, on peut s'inquiéter d'une volonté expansive de l'Etat dans ce genre d'opérations visibles, parce que médiatisées, en lui reprochant de ne pas suffisamment se préoccuper de l'existant et de sa rénovation avant que d'entamer de nouveaux chantiers. Ce que reprochait Sophie Flouquet lors de l'ouverture du Centre Pompidou-Metz :

«Pendant ce temps, d'autres sites, situés à l'écart des flux touristiques ou dotés de collections plus pointues, attendent une rénovation qui ne vient pas, au risque d'une menace pour leur existence... Ainsi se dessine le paysage muséal, fondé sur une dichotomie entre établissements spectaculaires et musées perpétuant une tradition que d'aucuns jugeraient obsolète. »254

Si une nouvelle forme de musée se réalise, le Centre Pompidou-Metz n'apporte pas une réponse toute-faite à la différence entre exposition temporaire et exposition permanente, puisqu'il réitère le modèle de rotation des collections de son frère parisien, dans une durée plus courte cependant. Le Centre Pompidou-Metz pose d'une certaine façon la question de

253 Alain Seban, Avant-propos, Centre Pompidou- Metz, l'architecture du musée- Chefs d'oeuvre du XXe siècle, p.5.

254 COSTE Christine, FLOUQUET Sophie, « La nouvelle vague des musées, p.25.

l'inaliénabilité des collections, de la conservation et des réserves en se demandant comment tout exposer.

Même si le Centre Pompidou-Metz n'est pas un musée au sens législatif (il n'a pas de collection), il se pose beaucoup de questions similaires à celles des musées. Mais si les conservateurs savent s'appliquer dans les années à venir, le Centre Pompidou-Metz ne restera pas une coquille vide.

Grâce à plusieurs médias, le Centre Pompidou-Metz a connu une fréquentation importante pour l'histoire des musées de province. Celle-ci est pour l'instant bénéfique à l'institution autant qu'à la ville qui l'accueille. Le Centre Pompidou-Metz permet à ses habitants de bénéficier d'un nouvel emblème qui leur redonne une image positive.

Enfin, nous nous inscrivons dans ce travail, dans un temps d'étude et de recul, assez court, il reste, dans les années à venir, à se reposer quelques questions que nous nous sommes posés. Comment va s'achever l'urbanisation environnante du Centre Pompidou-Metz ? L'effet d'annonce passé, la qualité des expositions restera t'elle semblable ? Comment va évoluer la fréquentation du site et de la ville ? Restera-t-on attaché à offrir aux visiteurs la connaissance et le plaisir ? Metz continuera t'elle à faire parler d'elle ?

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Centre Pompidou-Metz, Une nuit au musée, France 5, Emission présentée par Laurence Piquet, réalisée par Catherine Aventurier, 1ère diffusion : samedi 15 mai 2010, 21h30. (Durée : 3h10).

Centre Pompidou-Metz, le grand meccano, Arte, Documentaire réalisé par Jean-Paul Fargier et Stéphane Manchematin, 1ère diffusion : vendredi 21 mai 2010. (Durée : 26'10.)

« Jean-Marie Rausch et moi : la conquête du pouvoir », un documentaire de Stéphane Manchematin et Jean-Philippe Navarre, émission Sur les docks, présentée par Irène Omélianenko, 1ère diffusion : mardi 24 mai 2011, 17h (Durée : 55'). http://www.franceculture.com/emission-sur-les-docks-%%AB-jean-marie-rausch-et-

moi-12-la-conquete-du-pouvoir-%%BB-2011-05-24.html

« Jean-Marie Rausch et moi : la perte du pouvoir », un documentaire de Stéphane Manchematin et Jean-Philippe Navarre, émission Sur les docks, présentée par Irène Omélianenko, 1ère diffusion : mercredi 25 mai 2011, 17h (Durée : 55').
http://www.franceculture.com/emission-sur-les-docks-%%AB-jean-marie-rausch-et-

moi-22-la-perte-du-pouvoir%%BB-2011-05-25.html

« Le business des musées », un documentaire de Sylvain Bergère et Stéphane Osmont, 1ère diffusion : 15 mai 2010, 10h55 (Durée : 53').

5. Webographie

http://www.centrepompidou.fr/

http://www.centrepompidou-metz.fr/ http://www.elysee.fr/president/les-dossiers/culture/centre-pompidou-metz/inauguration-ducentre-pompidou-de-metz.8854.html > Discours inaugural du Centre Pompidou-Metz, allocution du président de la République en date du mardi 11 mai 2010






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