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Cosmologie de l'émergence et pensée du chaos : au-delà  de la science classique..

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par Bernard Coly
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maà®trise 2005
  

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II

La cosmologie

moderne :

la découverte du

temps perdu

L'histoire de la cosmologie a été marquée par le développement de deux images du monde qui, au delà de leur aspect contradictoire, ont servi de fondement aux observations astronomiques. En effet, depuis son origine grecque jusqu'au XIX ème siècle, la cosmologie était régie par la conception de l'immuabilité et de l'éternité de l'univers. Aristote croyait que l'univers était un tout organisé, fini et hiérarchisé, d'où le vocable même de cosmos, qui signifie en grec la totalité de l'être en tant que celui-ci est pris dans son unité organique. Cette inférence philosophique, a en fait poussé Aristote à établir dans son étude du Cosmos, un système astronomique, guidé dans son ensemble par les critères d'ordre, de finitude et d'hiérarchisation. C'est grâce à ces principes qu'Aristote a construit le modèle géocentrique, dont on lui reconnaît la paternité.

Ce modèle développé par Aristote a, pendant près de deux millénaires, servi de base à toutes les études scientifiques et astronomiques à travers l'Europe ; même si l'on sait que Aristote a été soutenu en cela par l'Eglise chrétienne qui, pour des raisons théologiques, voyait en la cosmologie d'Aristote une thèse en faveur de la création anthropocentrique. Toutefois le modèle d'Aristote va subir à partir du XVI ème siècle un véritable coup de revers qui, en s'aggravant de décennie en décennie, va finalement s'ébranler avec la décentralisation de la Terre faite par Copernic. Sans nous attarder outre mesure sur ce vaste mouvement de révolution dirigé contre la cosmologie d'Aristote, nous retiendrons que tous, à savoir Aristote et ceux qui viendront après lui, croyaient à l'idée, que l'Univers est une totalité structurée, et qu'il n'est pas soumis au devenir.

En effet, même Giordano Bruno, celui-là même qui a été condamné par le Vatican à mourir sur le bûcher pour avoir soutenu l'infinité de l'univers, défendait l'idée que l'univers est immuable. Selon lui, le devenir en tant que signe de l'imperfection, ne peut en aucune manière être un caractère de l'univers, d'où affirmer l'immuabilité de l'univers était pour lui une nouvelle manière de reconnaître et de préserver la « perfection infinie » de Dieu. Dans un extrait intitulé « De la causa », ce martyr de la science écrivait dans le Cinquième Dialogue, « L'univers est donc un infini et immobile...Il ne se meut pas d'un mouvement local, parce que rien n'existe hors lui vers quoi il puisse se porter, étant entendu qu'il est tout. Il ne génère pas lui-même, parce qu'il n'y a aucune autre chose qu'il puisse désirer ou rechercher, étant entendu qu'il contient tous les êtres. Il n'est pas corruptible, puisque rien n'existe hors lui en quoi il puisse se changer, étant entendu qu'il est toute chose. Il ne peut diminuer ni

s'accroître étant entendu qu'il est infini. [...] Il ne peut être altéré en aucune façon, puisqu'il n'a rien d'extérieur par quoi il puisse pâtir et dont il pourrait être affecté. »20.

On voit donc par là comment la cosmologie à ses débuts, considérait l'univers. Pour la science classique, le critère de l'homogénéité était une caractéristique primordiale, car si l'univers devait souffrir du devenir, cela voudrait dire que Dieu en créant l'univers n'avait pas parfaitement maîtrisé son art. A ce propos, lorsqu'on lit une partie de sa correspondance, on pourrait être amené à dire que Newton aurait accepté l'idée d'un univers temporel et évolutif, puisque c'est Newton lui-même qui écrivait, que pour comprendre la permanence du système planétaire, il fallait que de temps à autre Dieu, ou un autre agent, vînt le réparer. C'est dire que Newton était conscient du fait que le système planétaire était instable. Mais comme l'instabilité lui paraissait inconciliable avec la sagesse du créateur, ce dernier fit appel à Dieu pour maintenir la stabilité du système.

A l'inverse de Newton, Leibniz trouvait inconcevable de penser que Dieu revenait réparer son univers, car si tel est le cas, cela signifiait aux yeux de Leibniz que Dieu aurait commis des erreurs dans la création. Pour Leibniz donc, l'univers est le meilleur possible. A partir de ce point de vue, il défend que l'univers est déterministe et réversible dans le temps. Cette attitude est en réalité due « ...à la tendance humaine à croire à des vérités éternelles, aussi bien qu'au réconfort que l'homme trouvait à penser que, malgré le fait que les années s'envolaient et qu'il mourrait, l'univers, lui, restait éternel et identique à lui-même. » 21

C'est cette conception qui va, jusqu'au XIX ème siècle, soutenir l'étude de la cosmologie. Pendant toute la période de la science classique, jamais on a imaginé que l'univers pouvait être en expansion. On admettait généralement que, ou bien l'univers existait depuis toujours dans un état identique, ou bien qu'il a été créer à un moment précis du passé, plus ou moins semblable à celui que l'on observe aujourd'hui. Il faut attendre le début du XX ème siècle, pour voir se développer les germes de la rupture avec cette ancienne conception de l'univers. C'est en effet avec la grande révolution technologique, entreprise dans le domaine de l'astronomie avec la construction des grands télescopes, que la science moderne va petit à petit se séparer d'avec l'image statique de l'univers.

Avec l'utilisation des télescopes à grande portée, l'homme va étendre sa connaissance de l'univers à des limites inimaginables. On apprend à ce moment que l'univers est illimité et a

20 G. Brunon cité par Prigogine et Stengers in Entre le temps et l'éternité, Flammarion, 1992, p 36

21 S. Hawking, Une brève histoire du temps : du big bang aux trous noirs, Flammarion, 1989, p 23

un espace infini qui aurait donné à Giordano Bruno, s'il était là pour l'observer, des vertiges. Désormais nous savons que notre monde est en expansion continue, et qu'il est habité par diverses formes d'êtres. La naissance de la nouvelle image d'un univers dynamique, dont les différentes formes sont en perpétuelle évolution. C'est de là que nous pouvons comprendre ce propos de Hubert Reeves lorsqu'il affirme : « Il y a du changement dans notre monde. Non seulement les formes animales changent, non seulement les étoiles évoluent, changent de couleurs, vivent et meurent, mais les propriétés globales du cosmos, température, densités, états de la matière, se modifient profondément au cours des ères. »22

Par cette révolution astronomique inédite, c'est tout l'édifice de la science classique qui subit un énorme coup de revers comme le disait Héraclite, « Tout change, tout coule ». Darwin de même que Boltzmann, avaient donc raison sur leurs détracteurs : le temps est producteur de nouveauté, et de ce fait il est irréversible. L'univers n'est pas strictement ordonné, il abrite du désordre, somme toutes, il est fondamentalement complexe. Dès lors, il est possible d'affirmer en guise de consolation à Einstein qu'il se pourrait que Dieu eût joué au dé, seulement il n'a probablement retenu que les coups gagnants. Désormais, il est nécessaire pour comprendre l'univers, de le considérer dans sa totalité qui, oscille entre des notions variées et contradictoires que sont : ordre et désordre, hasard et nécessité, organisation et complexité, existence et devenir, lesquelles vont de paire.

Dans cette deuxième partie que nous avons divisée en trois sections, nous allons dans un premier moment voir comment s'est établie la conception historique de l'univers, et quelles implications philosophique, ou scientifiques, cette conception a-t-elle engendrées ? Dans la seconde section nous allons montrer, comment par cette nouvelle vision de l'univers, la science, et plus particulièrement la physique, va interpréter la pensée du temps, qui se trouve désormais liée à la notion d'irréversibilité. Enfin, nous essayons, dans une troisième section, d'expliquer comment à partir des deux premières sections, à savoir l'idée de l'histoire de l'univers et celle de l'irréversibilité temporelle, nous pouvons comprendre la notion d'évolution.

22 H.Reeves, Malicorne, Seuil, 1990, p 46

II-1 / La conception historique de l'univers

La question de l'origine de l'univers a depuis la naissance de la civilisation, gagné une place importante dans les spéculations aussi bien philosophiques que scientifiques. A partir des VII ème et VI ème siècles déjà avant J.C, les grecs, soucieux de cette question des origines se demandaient d'où venait le monde ? Pour Thalès, l'univers vient de l'Eau. D'autres après lui diront que l'univers vient du Nombre, comme par exemple Pythagore, ou encore que l'univers vient du Feu si nous en croyons Héraclite. A partir de ces considérations, vont naître différentes doctrines philosophiques, classées sous formes de testaments appelés péri phuséos, ce qui veut dire en grec des traités sur la nature ; d'où la naissance des tous premiers systèmes physiques. Au fil des âges, vont naître d'autres systèmes cosmologiques de plus en plus complexes, comme par exemple les modèles de Platon, Aristote Ptolémée, Copernic, Kepler jusqu'à Newton.

Tous ces systèmes, malgré leur particularité, ont tous un point de ralliement, qui se situe dans l'affirmation unanime qu'ils font de l'éternité de l'univers, ainsi que de son caractère in changeant. En effet, de Platon à Newton, on croyait que l'univers ou bien existait depuis toujours dans un état inchangé, ou bien qu'il a été créé à un moment précis du passé, plus ou moins semblable à celui observé aujourd'hui. C'est ce que Hubert Reeves montre très bien lorsqu'il affirme : « L'idée d'une histoire de l'univers est étrangère à l'homme de science des siècles derniers. Pour lui, immuables, les lois de la nature régissent le comportement de la matière dans un présent éternel. Les changements - naissance, vie, mort - visibles au niveau de nos vies quotidiennes s'expliquent dans les termes d'une multitude de réactions atomiques simples, toujours les mêmes. La matière n'a pas d'histoire ».23 L'univers n'a donc ni commencement ni fin non plus ; il est donné de toute éternité. C'est cette idée qui a dominé la science jusqu'au 19ème siècle.

Au début du XX ème siècle, et cela avec le développement de la technologie du matériel d'observation, nous assistons, dans le domaine de la cosmologie, à une révolution qui va bouleverser la conception que nous avions de l'univers dans tous ses aspects. En effet, c'est grâce à deux découvertes faites dans le domaine de l'astronomie, que nous allons, pour la première fois, nous faire à l'idée de l'évolution de l'univers : il s'agit de l'observation faite par Edwin Hubble de l'éloignement des galaxies, et de la découverte par Penzias et Wilson

23 H. Reeves, Patience dans l'azur, Seuil, 1988, p 17

du rayonnement fossile qui baigne tout l'univers. Les travaux de Hubble ont eu un impact si important dans l'histoire de la cosmologie moderne, qu'il n'est plus possible, sous aucun prétexte passer sous silence son nom. D'abord occupé par la littérature et la poésie, Hubble va au cours de sa vie renoncer à la carrière littéraire qui lui est ouverte, pour s'intéresser à l'étude de l'astronomie. Dès 1923 déjà, Hubble, en se servant du télescope nouvellement installé sur le mont Wilson, dans le désert de l'Arizona aux Etats-Unis, va observer, à travers la tâche nébuleuse observée dans la constellation d'Andromède, l'existence d'une multitude d'étoiles.

Il prouve par cette observation, la réalité des univers îles longtemps annoncés par Emmanuel Kant. Hubble montre ainsi, que l'univers s'étend au-delà de notre galaxie. L'univers est désormais extra galactique, d'où notre galaxie est perdue dans l'immensité de l'univers ; tout comme notre système solaire s'était déjà perdu dans l'immensité de la voie lactée. En plus de la découverte qu'il a faite à propos de la galaxie d'Andromède, Hubble a contribué de façon remarquable à développer la connaissance que l'homme avait de l'univers. Même s'il est reconnu comme étant un observateur infatigable de l'univers, Hubble est, il faut le noter, un grand interprète et un grand génie pour l'élaboration des théories scientifiques. En effet, grâce au spectroscope, appareil servant à étudier et à décomposer les spectres de la lumière, et à la théorie de l'effet Doppler, Hubble va élaborer une théorie scientifique sur le mouvement et le comportement des galaxies dans l'espace.

Avant de continuer, essayons, auparavant d'expliquer ce que signifie l'Effet Doppler. Ce concept scientifique, traduit une théorie connue sous le nom du physicien Autrichien Johann Christian Doppler. Selon ce dernier, tout comme le son, la lumière subit une disporpotionalité de radiation qui pourrait se résumer ainsi : « Quant un objet lumineux s'éloigne de nous, sa

lumière devient plus grave, elle est décalée vers le rouge et perd de l'énergie, tandis que sil'objet lumineux vient vers nous, sa lumière devient plus aiguë, elle est décalée vers le bleu et

acquiert de l'énergie. Le changement de couleur est d'autant plus grand que la vitesse d'éloignement ou d'approche augmente. » 24

En effet, c'est à partir de ces deux méthodes d'observation que Hubble va entreprendre l'étude de l'univers. S'appliquant à observer l'univers, l'astronome américain découvre que sur quarante et une galaxie observées, trente et six avaient leurs lumières décalées vers le rouge, tandis que cinq seulement avaient leurs lumières plus ou moins bleues, ce qui traduit suivant la théorie de l'effet Doppler, leur rapprochement dans le sens de l'observateur. A

24 Trinh Xuan Thuan, La mélodie secrète, Gallimard, 1991, p 59

partir donc de ces deux constatations, Hubble conclut que le mouvement des galaxies ne se fait pas de manière désordonnée. Car si tel était le cas dit-il, on se trouverait dans une situation où la moitié des galaxies en moyenne aurait dû s'approcher de la voie lactée et l'autre moitié s'en éloigner. Mais étant donné que ceci est loin de ce qui est observé dans la réalité, Hubble affirme qu'à des distances lointaines toutes les galaxies s'éloignent à grande vitesse les unes des autres.

Il montrera plus tard, que les cinq galaxies que l'on voit se rapprocher de la nôtre, appartiennent au même amas galactique que la « voie lactée », amas que les astronomes nomment amas local ou encore « amas de la vierge ». Muni de la vitesse d'éloignement des galaxies, qu'il a obtenue en étudiant les changements de couleurs de leurs lumières, ainsi que des distances qui séparent celles-ci de nous, Hubble affirme sous la forme d'une loi universelle que la vitesse de fuite des galaxies est proportionnelle à leur distance. Cette loi dite « loi de Hubble » postule l'idée suivante : « Une galaxie deux fois plus distante s'éloignait deux fois plus vite, tandis qu'une galaxie dix fois plus distante fuyait dix fois plus vite. D'autre part le mouvement de fuite des galaxies était le même dans toutes les directions. » 25

C'est à partir de ces observations, ainsi que des différentes déductions scientifiques qui s'en suivront, que l'idée de l'expansion de l'univers va se poser comme une hypothèse scientifique, plus que probable. Cette idée sera à la base de la cosmologie, pendant tout le développement du nouveau paradigme de la physique moderne. Toutefois, malgré la rigueur scientifique et la crédibilité des données de l'expérience, les physiciens ont de très bonne heure rejeté l'idée de l'expansion de l'univers comme un fait scientifique, car celui-ci était a priori contradictoire avec les convictions philosophiques d'autrefois.

Cependant, cette idée encore douteuse, sera consolider par les travaux mathématiques de Einstein, Friedman et Lemaître, mais aussi et surtout par la prédiction faite par Gamow du rayonnement fossile. Considérant l'hypothèse de l'expansion de l'univers Gamow postulait, qu'en remontant l'échelle du temps cosmique, l'état de l'univers serait comprimé dans un espace infiniment petit et infiniment chaud. Gamow montre aussi, que la distribution dans l'espace des différentes formes de corps tels que, les galaxies, les étoiles et les planètes, ne peut être expliquée que par l'hypothèse qui consiste à dire que, dans un passé assez lointain, l'univers avait procédé à une explosion fulgurante. L'explosion avait dû être très forte et très

25 Thinh Xuan Thuan, La mélodie secrète, Gallimard, 1991, p 71

puissante, pour pouvoir propulser à des distances et des vitesses aussi intenses, la matière de l'univers. A partir de ces suggestions hypothétiques, Gamow affirmera que la lumière dégagée par cette explosion primordiale doit encore exister dans l'univers, mais si celle-ci est invisible, c'est tout simplement parce qu'elle s'est tellement refroidie, qu'elle a fini par perdre toute son énergie initiale.

L'existence de cette lueur fossile a été prédite parallèlement par trois scientifiques, reconnus sous le trio Apher, Bethe et Gamow. Prédite dans les années 1940, ce rayonnement fossile restera prés de vingt ans, sans que nous puissions en faire la moindre expérience scientifique. En 1965, deux physiciens américains Arno Penzias et Robert Wilson vont créer le déclic. Travaillant pour la société des Bell Téléphone Laboratories de New Jersey aux USA, ces deux physiciens constatent, lors d'une mission pendant laquelle ils devaient tester un détecteur ultra sensible d'ondes centimétriques (comme les ondes radio), que leur appareil captait beaucoup plus de bruit qu'il ne le devait. Ils cherchèrent à savoir en vain, d'où pouvait provenir ce bruit étrange qu'ils entendaient. Ces derniers se mirent à changer à plusieurs reprises la direction de leur appareil espérant échapper au bruit ; mais ils continuaient toujours de recevoir les résonances de ce bruit. A force de l'étudier, ils finirent par comprendre que ce bruit apparemment anormal, était uniformément répandu à travers toute l'atmosphère. D'où ils en déduisent que l'origine de ce bruit doit se trouver au-delà de notre système solaire voire même de notre galaxie. Car disaient-ils, si cela n'était pas le cas, ce bruit aurait varié du fait que le mouvement de la Terre, en orientant le détecteur dans différentes positions aurait occasionné une variation des résonances.

Quelques années plus tard, deux autres physiciens américains de l'université de Princeton cette fois-ci vont, en suivant les prédictions de Georges Gamow s'investir dans la recherche de cette lueur fossile qui, disent-t-il doit s'être transformée à cause de l'expansion de l'univers, en ondes centimétriques. Lorsque Bob Dicke et Jim Peebles s'apprêtèrent à recherche ce rayonnement fossile, Penzias et Wilson, saisis de cette rumeur, comprirent aussitôt que la présence de cette lueur était la cause du léger bruit anormal que captait leur détecteur. Ils affirment publiquement avoir trouvé cette lueur fossile prédite par Gamow, ce qui leur a valu le prix Nobel de physique, qu'ils reçurent en 1978.

Partant des deux plus grandes découvertes de l'astronomie moderne à savoir : l'expansion de l'univers d'une part et le rayonnement fossile de l'autre, la cosmologie moderne va élaborer une théorie scientifique, connue sous le nom de théorie de Big Bang. C'est le

physicien Russe Alexandre Friedman, qui a été le premier à poser à titre d'hypothèse plausible de l'univers observé, cette idée du Big bang. Friedman postulait en effet que l'univers à ses débuts, devait avoir été très chaud, très dense et intensément rayonnant à l'image de tout corps chauffé. Selon la théorie du Big bang, l'univers est issu d'une grande explosion à partir de laquelle toute la matière s'est répartie dans tous les sens.

Donc, tout ce qui est observé dans l'univers visible, partant de l'existence des galaxies à la formation des planètes, jusqu'à l'apparition même de l'homme sur Terre, a commencé à exister et à évoluer à partir de ce grand boom. C'est à partir de ces hypothèses et implications scientifiques, que va naître dans le domaine de la science l'idée de l'histoire de l'univers. C'est ainsi que Hubert Reeves écrit à ce propos, « L'image d'une matière historique s'impose maintenant de toute part. Comme les vivants, les étoiles naissent vivent et meurent, même si leurs durées se chiffrent en millions ou en milliards d'années. Les galaxies ont une jeunesse, un âge mûr, une vieillesse. L'histoire du cosmos, c'est l'histoire de la matière qui s'éveille. L'univers naît dans le plus grand dénuement. N'existe au départ qu'un ensemble de particules simples et sans structure. Comme les boules sur le tapis vert d'un billard, elles se contentent d'errer et de s'entrechoquer. Puis par étapes successives, ces particules se combinent et s'associent. Les architectures s'élaborent. La matière devient complexe et performante, c'està-dire capable d'activités spécifiques. »26

Comme tout modèle scientifique, le big bang n'est qu'une théorie physique en ce sens que celle-ci est définie, comme un modèle d'univers et un ensemble de règles mettant en relation des quantités issues du modèle et des observations. A partir de l'hypothèse du Big Bang, la physique moderne va toutefois établir trois modèles cosmologiques différents, qui traduisent chacun une image de l'expansion de l'univers.

Le premier modèle, proposé par le physicien et mathématicien russe Alexandre Friedman, postule que notre univers s'étend à une vitesse suffisamment lente, que l'attraction gravitationnelle s'exerçant entre les différentes galaxies, finira par ralentir l'expansion qui éventuellement s'arrêtera. Si nous en croyons Friedman, nous devons s'attendre au scénario suivant lequel nous verrons les galaxies se rapprocher progressivement les unes des autres, conduisant ainsi l'univers à se contracter avec elles. Selon ce modèle donc, l'évolution qui a commencé au point zéro appelé big bang, va s'accroître jusqu'à atteindre son maximum. Une fois ce maximum atteint, l'univers connaîtra une phase retour qui lui fera suivre le chemin

26 H. Reeves, Patience dans l'azur, Seuil, 1988, pp 18-19

inverse, en se rétrécissant jusqu'à rejoindre le point initial d'où il est parti. Dans un tel modèle, « L'univers n'est pas infini dans l'espace, mais l'espace n'a pas pour autant de frontières. La gravité est si forte que l'espace est refermé sur lui-même, le rendant plutôt semblable à la surface de la Terre. »27

Quant au second modèle cosmologique, il postule qu'après l'avènement du big bang, l'univers s'est étendu à une vitesse d'expansion si rapide, que l'attraction gravitationnelle ne pourra jamais l'arrêter, bien qu'elle la ralentisse plus ou moins. Selon ce modèle donc, l'évolution qui a commencé au temps zéro, sera suivie de l'expansion et de la séparation progressive de toutes les galaxies les unes des autres suivant une vitesse régulière. Dans ce modèle, l'espace est infini, c'est-à-dire courbé à l'image d'une selle.

Enfin, nous en venons au troisième et dernier modèle cosmologique. Selon ce modèle, l'univers s'étend à une vitesse assez suffisante pour pouvoir empêcher le scénario contraire du grand retour. Dans ce modèle, l'expansion, représentée par l'éloignement des galaxies, commence à l'instant zéro du big bang et croît indéfiniment. Toutefois, il faut dire qu'à travers ce modèle, la vitesse d'expansion des galaxies s'affaiblit de plus en plus sans jamais s'annuler pour autant. L'espace représenté par ce modèle est un espace plat.

De nos jours, la conception de l'histoire de l'univers, est devenue une vérité à laquelle nul ne peut douter, tant les observations astronomiques nous la révèlent par des théories de plus en plus manifestes et précises. Ces dernières nous montrent en effet que, issu de l'explosion initiale, l'univers évolue en se complexifiant, ce qui explique la hiérarchie et la variation de structures que l'on observe au sein de ce dernier. Toutefois, il ne faut pas croire que le pari soit gagné à cette étape de la recherche. Car malgré ce triomphe de la cosmologie, l'hypothèse du big bang laisse néanmoins certaines questions sans réponses. L'expansion va-t-elle se poursuivre indéfiniment ? L'univers arrêtera-t-il son expansion pour s'effondrer un jour sur lui même ? Qu'est-ce qui existait avant le big bang ? A quel moment précis l'univers a-t-il commencé son envol vers le devenir ? Voici des questions qui nos jours, ne cessent d'intriguer la communauté scientifique.

Conscient du fait qu'aucune expérience possible n'est aujourd'hui en mesure de répondre de façon claire à ces interrogations d'ordre énigmatique, Claude Allègre soutient qu'il faut rattacher à notre appréhension du destin de l'univers, une marge considérable d'incertitude. Il

27 S.W. Hawking, Une brève histoire du temps, Du big bang aux trous noirs, Flammarion, 1989, p 67

écrit : « Certes, il s'est sans aucun doute produit une grande expansion il y a dix à douze milliards d'années, et cette expansion est à l'origine de l'éloignement des galaxies. Mais la nature de cette expansion est pour l'instant du domaine de la spéculation ou, au mieux, du scénario. Tout comme l'est le futur de l'univers. Qu'il soit actuellement en expansion est une réalité physique qui ne semble guère contestable. Mais le sera-t-il indéfiniment. ? » 28. Ce n'est ni à travers la lecture des cartes, ni par l'imagination d'un esprit surhumain, comme celui proposé par la fiction de Laplace, que nous pouvons répondre à ces questions portant sur l'avenir de l'univers.

Sans prétendre répondre de manière ferme à ces interrogations, la cosmologie moderne souligne néanmoins que les réponses à ces questions dépendent d'un certain nombre d'hypothèses, que les astronomes et astrophysiciens ont l'habitude de nommer par le concept de paramètres cosmologiques. Sans prétendre apporter une réponse nette, essayons de voir en quoi consistent ces paramètres cosmologiques généralement regrouper au nombre de trois.

Le premier paramètre appelé paramètre de Hubble, est lié à l'âge de l'univers. Ce paramètre nous renseigne sur le rythme de réalisation des évènements contenus dans l'univers. En effet, ce paramètre détermine le temps que l'univers a pris dans son évolution pour réaliser toutes les formes d'existence observées en son sein. Dans cette logique de mesure d'âge, la cosmologie moderne détermine l'âge de l'univers, dans une fourchette comprise entre dix et vingt milliards d'années.

La question de l'âge de notre univers, est abordée en cosmologie à travers trois méthodes différentes. La première consiste à déterminer l'âge de l'univers d'après le mouvement des galaxies. En effet, tel que défini par Hubble, le mouvement des galaxies présume que la vitesse d'expansion est proportionnelle à la distance à laquelle se situe la galaxie. Il s'ensuit que, si une galaxie est deux fois plus loin de nous qu'une autre galaxie, cela voudrait dire qu'elle s'éloignera de nous deux fois plus vite que la seconde. En appliquant cette méthode aux galaxies les plus lointaines de notre univers observable, la cosmologie moderne détermine, par le calcul des vitesses de ces galaxies, le point zéro correspondant à celui du début de l'univers, à un moment situé entre quinze et seize milliards d'années dans le passé.

La seconde méthode de calcul, s'appuie sur l'âge des plus vieilles étoiles. Il s'agit à travers cette méthode, de déterminer au sein des groupements d'étoiles, la distribution de leurs

28 Claude Allègre, Introduction à une histoire naturelle, Fayard, 2004, p 31

masses. Selon cette méthode, l'âge des plus vieilles étoiles, est approximativement égal, à la durée de vie de la plus grosse survivante. Comme pour la première méthode, celle-ci donne un âge qui varie entre quatorze et seize milliards d'années.

La troisième et dernière méthode, concerne l'âge des plus vieux atomes. Cette méthode qui est la plus technique de toutes les trois, procède par la détermination des demi-vies des atomes. Par définition, la demi-vie d'un atome, est le temps requis pour que dans une population innombrable d'atomes identiques, le nombre de survivants diminue de moitié. Cette méthode postule que l'atome d'hydrogène est le plus vieil atome, suivi de l'hélium puis de l'atome de carbone etc. Comme les deux précédentes, cette troisième méthode donne elle aussi un âge d'environ quatorze milliards d'années. Ces trois méthodes scientifiques, apportent la preuve une fois de plus de la théorie du big bang, vue l'approximation des résultats observés. Sans perdre le fil d'Ariane qui nous lie ici à la problématique du devenir de notre univers, on voit que l'inexactitude des âges, manifestée par l'étude du paramètre de Hubble, est due à notre ignorance concernant la mesure exacte de la profondeur de l'univers.

Quant au deuxième paramètre cosmologique, aussi appelé paramètre de décélération, il postule que toutes les galaxies subissent l'influence de l'attraction gravitationnelle de toute la masse contenue dans l'univers, à savoir celle de la masse visible et celle de la masse invisible. Selon ce paramètre donc, chaque galaxie est plus ou moins freinée dans son mouvement d'éloignement : elle décélère. On voit à travers ce paramètre que le destin de l'univers reste incertain, du fait qu'on n'est pas encore en mesure de déterminer avec exactitude la totalité de la masse de l'univers. Cette ignorance est due au fait que d'une part, nos instruments d'observations ne peuvent voir qu'à une certaine limite de l'étendu de l'univers, et d'autre part, parce qu'il existe une matière que nos méthodes d'observations ne sont pas en mesure de voir. Cette matière étrange est appelée par les astronomes sous le nom de matière noire. C'est dans cette catégorie de matière que son placés les trous noirs,et tout ce qui est de la même nature que ces derniers.

Enfin, examinons le troisième paramètre cosmologique. Ce dernier paramètre est lié à celui dit de décélération. Toutefois, loin de décrire le phénomène de ralentissement de l'univers, ce paramètre s'attaque à ce qui pourrait être la cause même de ce ralentissement. Il s'agit pour ce paramètre, de définir la masse ou plus exactement la densité de l'univers, d'où le nom de paramètre de densité par lequel il est désigné. En effet, selon ce paramètre, si la densité de l'univers est inférieure au nombre critique de trois atomes d'hydrogène par mètre cube, alors

son expansion ne s'arrêtera pas. Mais si au contraire la densité est supérieure à trois atomes d'hydrogène par mètre cube, alors l'univers sera condamné dans le futur à s'effondrer sur luimême. Le big bang, sera suivi par son effet contraire de contraction appelé big crunch, ce qui signifie la grande implosion. Sans être absolues, les études disponibles de nos jours, ont plus tendance à soutenir l'idée d'une expansion infinie, plutôt que celle d'une éventuelle contraction dans le futur. Car des études approximatives faites sur la densité de l'univers, ont tendance à montrer que l'univers est léger, c'est-à-dire qu'il ne comporte pas le nombre des trois atomes d'hydrogène par mètre cube, d'où la conclusion que celui-ci ne risque pas de s'effondrer sur lui-même.

Après avoir fini avec la problématique que soulève le destin de notre univers, essayons d'examiner les arguments soutenus contre la théorie du big bang. Dans cette étude des controverses, commençons par examiner celle soulevée par Albert Einstein. Einstein, est celui qui mit fin au caractère rigide de l'espace tel que celui-ci a été défini par Newton. En effet, Newton affirmait que l'espace et le temps sont des absolus. Ils sont indépendants de la matière qu'ils comportent. Selon lui l'espace et le temps ne sont nullement affectés par le comportement des corps qui se trouvent en leur sein. Selon Newton, le mouvement que la lune fait autour de la terre sur son orbite, est un mouvement qui se détermine par l'équilibre maintenu par deux forces égales et opposées : la force de gravitation par laquelle la Terre attire la Lune, et la force centrifuge par laquelle le lune tente de s'éloigner de la Terre. L'équilibre de ces deux mouvements contradictoires, justifie donc selon lui le mouvement circulaire de rotation que la Lune exerce autour de la Terre.

Einstein s'opposera gravement à cette idée. Selon lui, le Temps, l'Espace et la Matière ne peuvent pas être considérés séparément, ils forment tous ensemble un seul et unique contenu. Einstein va reconsidérer l'exemple cité ci-dessus et dire, que la lune suit son orbite circulaire autour de la Terre, parce que c'est la seule trajectoire possible, dans un espace courbé par la gravité de la Terre. Ainsi, la présence de la matière courbe l'espace qui se situe à son environnement immédiat. L'espace est élastique, il peut s'étirer, se déformer se tordre ou même se contorsionner suivant la gravité. Ce qui implique la formulation de la relativité générale, publiée en 1916 par Einstein.

Cette nouvelle théorie n'a pas convaincu, pendant ses premiers mois, la sensibilité des scientifiques. Il a fallu attendre trois années après sa publication, pour voir se réaliser expérimentalement une des prédictions de cette théorie. En effet, c'est l'astronome royal et

professeur à l'Université de Cambridge, Arthur Eddington qui va, lors de la célèbre éclipse solaire de 1919, observer que la masse du Soleil courbe, comme Einstein l'avait pensé, la trajectoire de la lumière des étoiles lointaines. En effet, celui-ci constate que les rayons de lumières en passant au cours de leur trajectoire près du Soleil, sont légèrement perturbés par la présence du Soleil, d'où ces rayons se trouvent légèrement courbés vers l'intérieur du corps entravant. Cette expérience va une fois de plus rendre plus célèbre Albert Einstein, car sa théorie de la relativité générale est devenue une vérité scientifique approuvée par l'expérience.

Seulement, la relativité générale débouche sur des implications très intéressantes. Ces dernières consistent à dire, que si l'espace de l'univers est en mouvement de par son élasticité, alors l'univers est soit en expansion ou en contraction. Einstein refusera d'accepter cette conclusion, parce qu'il trouve que celle-ci est non seulement contraire à ses conceptions philosophiques, mais aussi et surtout parce que cette conclusion ne correspondait pas à ce qui était observé pas les études astronomiques. Cet attachement à la tradition encore dominée par la croyance à l'univers statique, a poussé Einstein à modifier sa théorie de la relativité générale en y introduisant un concept nouveau appelé, constante cosmologique. Par ce concept, Einstein va conférer à l'espace-temps la propriété de se dilater. Cependant cette tendance innée à s'étendre sera selon Einstein, contre carrée par l'attraction de toute la matière de l'univers ; de sorte que les tendances d'expansion et d'attraction, lorsqu'elles s'annulent dans un équilibre parfait, finissent par maintenir l'univers dans un état statique. Il est possible de dire dés lors que la constante cosmologique, est une sorte de nouvelle force d'anti-gravité. C'est pourquoi, lorsque Einstein apprendra plus tard, la découverte par Hubble de l'expansion de l'univers, il qualifiera son introduction de la constante cosmologique de « plus grosse erreur de sa vie ».

Parallèlement à la théorie du Big bang, d'autres modèles scientifiques d'univers se sont formés et développés. Ces derniers n'ont pas eu les mêmes succès que la théorie du big bang, mais en tant qu'ils sont des hypothèses sur l'univers, ils méritent néanmoins d'être étudier. Parmi ces modèles, nous allons ici retenir le modèle dit d'état stationnaire, parce qu'il est non seulement le plus célèbre mais aussi le concurrent le plus sérieux de la théorie du big bang.

Soutenu vers les années 1948 par Herman Bondi, Thomas Gold et Fred Hoyle, le modèle de l'état stationnaire s'est posé comme une théorie rivale du big bang. Basée sur la notion de principe cosmologique, un des postulats de la relativité, la théorie de l'état stationnaire

postule que l'univers doit être homogène et isotrope, c'est-à-dire identique à lui-même en tout lieu et dans toutes les directions.

Inspiré de l'hypothèse Einsteinienne de la constante cosmologique, la théorie de l'état stationnaire ira beaucoup plus loin que Einstein, et va, à la suite de ce dernier, formuler ce qui est communément reconnu comme étant le principe cosmologique parfait. Selon ce principe, l'univers est immuable aussi bien dans l'espace que dans le temps. Ce modèle conclut que l'univers est de tout temps semblable à lui- même : il est stationnaire. Ainsi donc, la théorie de l'état stationnaire rejette les notions d'évolution et de changement dont nous savons, qu'elles sont au fondement même de la théorie du big bang. En complément nous dit l'astrophysicien anglais Stephen.W Hawking, la théorie de l'état stationnaire suggère que « tandis que les galaxies s'éloignent de plus en plus les unes des autres, de nouvelles galaxies se forment dans les interstices à partir d'une « création continue » de matière. L'univers

aurait donc toujours à peu près la même allure à tous les moments du temps et sa densitéserait en gros constante. »29

Ce modèle de l'état stationnaire va cependant s'opposer aux données de l'expérience. D'abord par son principe de la création continue, ce modèle supposait que les galaxies sont de nos jours plus nombreuses qu'elles ne l'ont été dans le passé ; ce qui vraisemblablement n'est pas vrai si nous nous référons à ce que nous montrent les observations. En effet l'astronome Martin Ryle et ses collaborateurs, ont montré par l'observation des radio sources, que le nombre de galaxies a dû être plus grand dans le passé, qu'il ne l'est actuellement ; observation qui de ce fait contredit le modèle de l'état stationnaire.

La deuxième incohérence dont fait preuve cette théorie de l'état stationnaire, est liée à l'homogénéité prétendue que cette théorie postule. Contrairement à ce qui prétendait l'état stationnaire, à savoir que l'univers est de tout temps semblable à lui-même, Penzias et Wilson prouvent en 1965 que l'univers était très dense et très chaud dans ses premiers moments. La preuve nous disent Penzias et Wilson, c'est que le rayonnement fossile qui baigne l'univers dans toutes ces directions, est une relique de la chaleur infernale qui a accompagné l'avènement du big bang. Cette chaleur dont la température est aujourd'hui de trois degrés absolus, a décru par l'effet de l'expansion de l'univers, qui impose irréductiblement la dilution et le refroidissement. Cette découverte astronomique a donc fini par sonner le glas de

29 S.W. Hawking. Commencement du temps et fin de la physique, Flammarion, 1992, p 106

la théorie de l'état stationnaire. Le big bang s'impose désormais comme la théorie scientifique la plus probable de l'univers.

En effet, malgré la résistance qu'elle a connue chez certains astronomes et astrophysiciens, la théorie du big bang est devenue le nouveau langage commun, la nouvelle représentation du monde ; en un mot la mélodie la plus récente de l'histoire de la musique de l'univers. En moins d'un demi-siècle, la théorie du big bang est devenue le paradigme de la cosmologie moderne, c'est-à-dire la théorie à partir de laquelle sont conçus et planifiés les projets et les observations astronomiques. Cette théorie du big bang doit son charme sans aucun doute, à la capacité qu'elle a de prédire et de rendre cohérentes, toutes les découvertes et observations scientifiques. Parmi les prédictions et les faits que la théorie du big bang permet d'expliquer on peut citer : la permanence du rayonnement fossile, l'abondance de l'hélium dans l'univers, la quasi correspondance entre les âges, des plus vieilles étoiles et des plus vieux atomes, la fuite des galaxies etc. à ce propos nous pouvons affirmer : « Avec le big bang, l'univers prend une dimension historique. On peut parler maintenant d'une histoire de l'univers, avec un commencement et une fin, un passé, un présent et un futur. L'univers Newtonien statique, immuable et dépourvu d'histoire est relégué au rang des univers moribonds »30

De même que la conception historique de l'univers a mis fin à l'univers statique et éternel de la mécanique classique, de même la théorie du big bang a aussi mis fin à l'image réversible du temps, soutenue par la dynamique newtonienne. Désormais on sait qu'à tous les égards, la nature comporte une flèche du temps unidirectionnel. Le temps est irréversible. La distinction entre passé, présent et futur n'est pas seulement un constat psychologique comme le croyait Saint Augustin, elle est un phénomène profondément réel.

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