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L'idée d'univers de la science classique à  la cosmologie moderne.


par Bernard Coly
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Diplôme d'études approfondies (DEA) 2006
  

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INTRODUCTION

Pourquoi l'homme s'intéresse-t-il au ciel ? Pourquoi cherche-t-il à connaître la composition de Mars, le nombre d'étoiles qui forment notre galaxie, l'âge de l'univers ? Il est difficile de répondre à ces questions, et nombre d'entre nous renoncent devant ce qui apparaît comme une entreprise trop difficile, trop éloignée de notre vie quotidienne. Pourtant, le ciel étoilé attire irrésistiblement l'attention de tout être humain, aussi bien le plus réticent aux développements scientifiques, que le plus préoccupé des affaires terrestres. La tension est inévitable, elle est humaine et se trouve sous des formes différentes à travers toute l'histoire de l'humanité. On voit donc par là que la préoccupation astronomique rejoint celle de l'existence humaine ; au point que l'on peut dire que s'intéresser à l'astronomie est une autre façon de s'interroger sur le sens de la vie. D'où, c'est à travers la question du sens de la vie que l'on peut trouver un lien entre l'astronomie et la philosophie.

Comme cela était de coutume chez Aristote, il est toujours bon, selon notre avis, d'aborder une science en partant de son histoire, et l'astronomie en particulier, ancienne science s'il en est. En effet, la meilleure façon de comprendre l'état actuel de cette discipline, est de suivre en quelque sorte le progrès de sa logique depuis ses premiers balbutiements, jusqu'aux idées les plus savamment élaborées de nos contemporains. En vérité, l'image du Monde, de ce que nous appelons aujourd'hui l'univers, s'est progressivement construite, entre dogmes, paradigmes et scepticisme, pas à pas, comme un édifice à l'architecture superbe, mais si complexe qu'elle risque d'être tout à fait incompréhensible à qui ne suit pas ses avatars successifs dans le temps.

Mais avant toute réflexion sur l'univers, commençons par poser la distinction suivante entre l'univers et le monde. L'univers peut se définir comme l'ensemble, non pas de tout ce qui existe, mais de ce que nous voyons se dessiner en perspective dans le ciel. Quant au monde, il n'est qu'une unité dans l'ensemble de l'univers, c'est un système de corps unis par les liens d'une attraction mutuelle. Tel est le système solaire, notre monde, qui se compose d'une étoile centrale, le Soleil, et d'une foule de petits corps froids, les planètes et leurs satellites. Comme le note si bien Paul Clavier, « L'univers nous contient comme de simples objets : nous n'avons pas directement affaire à lui. Nous n'habitons pas immédiatement l'univers comme nous habitons le

monde. Nous sommes au monde ; tandis que nous sommes dans l'univers. Comment dés lors donner à cette idée d'univers un contenu plus déterminé ? »1

Si l'on regarde l'histoire de la pensée occidentale, on se rend compte que le développement des sciences aussi bien cosmologique qu'astronomique a connu trois grandes étapes, chacune marquée par une image particulière que l'homme se faisait de l'univers. La première grande étape, particulièrement marquée par la conception aristotélicienne, a connu son apogée avec les travaux astronomiques de Ptolémée. En effet selon la conception aristotélicienne, l'univers était clos, fini et hiérarchisé. Aristote considérait en fait une organisation qui était basée sur la Terre qui selon lui était fixe et immobile, d'où ce dernier plaçait celle-ci au centre de l'univers. A côté de ce fait caractéristique de la cosmologie d'Aristote, il faut aussi noter que ce dernier concédait une division de l'univers en deux mondes séparés l'un et l'autre par la position de la Lune. Ce qui fait, qu'au dessous de la Lune se trouve le monde sublunaire caractérisé par le changement et la corruption ; tandis qu'au dessus de la Lune était le monde supra lunaire limité par la sphère des étoiles fixes, et caractérisé par la stabilité et la perfection. C'est cette conception de l'univers qui va pendant prés de vingt siècles dominer la science astronomique jusqu'au 16ème siècle.

Sans entrer dans les détails de l'univers d'Aristote, on peut souligner le fait que cette conception a influencé la pensée occidentale dans son aspect le plus profond. En effet, à la moitié du 16ème siècle, la crise politique qui sévissait en Europe va entraîner un bouleversement des valeurs intellectuelles et religieuses qui, par sa profondeur a conduit à la naissance de nouvelles conceptions aussi bien sur le plan intellectuel que sur celui de la religion. C'est à cette époque en effet, que vont naître les doctrines réformistes, telles que celle de Luther et de Calvin, mais aussi dans le domaine intellectuel, on assiste à la réhabilitation d'anciennes idées qui vont rivaliser avec l'aristotélisme : c'est l'époque de la Renaissance. L'étape de la renaissance n'a en fait épargné aucun domaine de connaissance. Dans le domaine de l'astronomie, c'est à cette époque, qu'on a assisté à l'émergence de nouvelles théories qui, par les conséquences qu'elles ont entraînées, sont restées sans précédentes. En effet, en 1543 va paraître dans le domaine de l'astronomie un ouvrage qui va bouleverser totalement la conception que l'on se faisait de l'univers.

Imprimé à Nuremberg, le livre Des révolutions des orbes célestes de Copernic va marquer un des tournants essentiels de la pensée cosmologique moderne. Car avec lui s'ouvrent les temps

1 Paul Clavier « L'idée d'univers », in Notions de philosophie I, sous la direction de Denis Kambouchner, Folio essais, 1995, p32

modernes, non seulement pour l'astronomie, mais aussi pour la philosophie. Dans le dixième chapitre de l'ouvrage, Copernic présente l'ordre nouveau de l'univers qu'il propose. Au centre du système, centre aussi du monde, se tient le Soleil, astre fixe entouré des orbes solides lesquels emportent les planètes dans leur révolution. Copernic y montre que la Terre, mobile, tourne sur elle-même en vingt-quatre heures et, prenant rang parmi les planètes, elle parcourt en un an sa trajectoire autour de l'écliptique. Cependant, comme dans l'univers d'Aristote, le nouvel univers de Copernic est limité par la sphère des étoiles fixes, sphère qui selon Copernic est immobile.

La nouvelle image de l'univers proposée par Copernic, va très tôt soulever des interrogations qui vont très vite dépasser les préoccupations cosmologiques. La plus fondamentale de ces questions est celle de la décentralisation de la Terre. En effet, en ôtant la Terre de la place centrale qui lui était assignée, la conception cosmologique de Copernic ouvrait un débat dont les conséquences tournaient non seulement autour de l'idée que l'homme se faisait de sa propre existence, mais aussi de la relation que ce dernier entretenait avec l'univers et Dieu.

Car si l'homme n'est géographiquement plus au centre de l'univers, comment peut-on expliquer le fait que ce dernier se considère comme étant au centre de la création ? En plus, si la Terre est ontologiquement semblable aux autres planètes, ne serait-il pas légitime de croire à l'existence d'une multiplicité de mondes identiques au nôtre. Toutes ces questions qui transcendent la révolution amorcée par Copernic, vont au cours des siècles qui vont succéder à la révolution copernicienne, trouver plusieurs intérêts.

Comme pour la première étape, nous n'allons pas ici souligner toutes les conséquences de la révolution copernicienne. C'est ainsi que nous allons sans outre mesure, passer à la troisième grande révolution de la cosmologie qui, a vu naître l'univers du big bang. En effet, parti des travaux de Lemaître et de Friedmann, l'univers du big bang tout en concédant une illimitation à l'univers, souligne que celui-ci est né d'une explosion initiale à partir de laquelle l'univers a évolué en engendrant sur son passage les différentes formes ; allant de la formation des étoiles et galaxies à celle des planètes, et de l'apparition de la vie à l'émergence de l'homme et de la conscience. Comme pour les deux révolutions qui ont été décrites ci-dessus, l'univers du big bang pose en lui-même des interrogations qui ne sont pas seulement propre à la cosmologie.

Dans la dernière décennie du 20ème siècle, les développements de la recherche astronomique nous ont entraînés vers la découverte des exoplanètes. Depuis la première réalisée en 1992, on s'est rendu compte désormais que le phénomène de la formation des systèmes solaires n'est pas

seulement propre à notre galaxie. Ce dernier constitue un fait universel, dans la mesure qu'il est inhérent à la nature elle-même : donc relevant des lois du cosmos. Or, tenons-nous bien, l'existence de ces exoplanètes, de nos jours indubitables, tout en ouvrant le débat jadis posé de l'hypothèse de la vie extraterrestre, bouscule dans une certaine mesure le statut privilégié de l'homme ; c'est-à-dire un être au centre de la biosphère.

Même si avec les instruments disponibles de nos jours, il n'est pas possible de découvrir des planètes semblables à la Terre, rien ne nous dit que dans l'avenir la technologie d'observation ne nous permettra pas de découvrir des traces de vie dans un autre système solaire. C'est au regard de toutes ces interrogations philosophiques et métaphysiques que pourraient soulever les progrès ultérieurs de la science, que nous avons choisi cette esquisse de recherche.

C'est ainsi que dans le souci d'une élucidation de notre propos, nous nous sommes proposé de traiter ce sujet en deux grands axes ? La première partie essentiellement consacrée à la science classique, va montrer comment à partir de la cosmologie d'Aristote, la révolution copernicienne va remodeler l'image que l'homme s'est fait de l'univers. Dans la deuxième partie axée sur l'univers du big bang, nous allons discuter des diverses questions que soulèvent les progrès scientifiques du 20ème siècle. De ces questions vont figurer par exemple l'interrogation sur l'origine de l'univers, ainsi que l'hypothèse des autres mondes.

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