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Potentiel et dynamique des stocks de carbone des savanes soudaniennes et soudano- guinéennes du Sénégal

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par Cheikh Mbow
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Doctorat d'état en sciences 2009
  

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(b) VII.6.2. Le facteur politique

Depuis la période coloniale, les options politiques en matière d'agriculture et de gestion des ressources naturelles ont connu des évolutions pour répondre à plusieurs défis de développement économique et social. La politique agricole du Sénégal s'est longtemps articulée sur les performances de la production arachidière. L'approche productiviste qui a fait du Sénégal le premier pays producteur d'arachide a été le soubassement de plusieurs options politiques qui vont de l'approche socialiste, avec une forte implication de l'Etat qui a mis en place des coopératives agricoles, à une libéralisation totale du secteur en passant par la Nouvelle Politique Agricole.

Selon Gaye (2000), l'impact des politiques sur la production agricole chez le paysan peut être étudié sur trois grandes périodes.

- l'époque coloniale allant jusqu'en 1960,

- l'époque du Programme Agricole (PA) de 1960-80,

- la période des réformes structurelles avec comme éléments marquants la Nouvelle Politique Agricole (NPA) initiée en 1984-85, suivie du Programme d'Ajustement du Secteur Agricole (PASA) à partir de 1995.

Pour compléter ce tableau, on note depuis les années 2000 une forte approche programme (pour le maïs (Zea mays), le bissap (Hibuscus sabdarifa), le manioc (Manihot esculenta), le sésame (Sesamum indicum), etc.), avec notamment l'acceptation du privé dans les transactions des produits agricoles.

La stratégie des autorités coloniales a été centrée sur la production de l'arachide (Arachis hypogaea) pour l'exportation et l'importation de riz pour la consommation (Mbodj, 1992, Gaye, 2000). L'arachide constituait l'élément principal des revenus étatiques et du PIB. L'intervention publique s'exerçait à travers les coopératives. Malgré leurs multiples tares, elles sont devenues l'instrument principal de l'Etat indépendant pour l'exécution des politiques agricoles.

La politique arachidière du Sénégal a aussi consisté à un déplacement massif de populations
pour occuper les `terres neuves' qu'il faut défricher en peu de temps et exploiter pour la
production agricole. Le Saloum Oriental a été ainsi le site par excellence de destination des

migrants de l'ethnie Sérère ou des agriculteurs de la confrérie Mouride (Rocheteau, 1975 ; Garenne et Lombard, 1988).

La décision politique de coloniser les terres neuves est consignée dans le deuxième Plan Quadriennal de Développement Economique et social (1965-1969) qui a fait état du besoin de déplacer une fraction de la population du bassin arachidier dont la forte densité de population limiterait le développement, et de la nécessité d'ouvrir à l'agriculture les territoires inexploités du Saloum Oriental et du Sénégal Oriental (Maymard, 1974). Il faut toutefois noter que le déplacement de populations dans cette zone a débuté dans les années 1940 dans le secteur de Boullèle notamment, au gré de la mise en place de la ligne de chemin de fer (Diouf, 2006). Deux options soutiennent cette politique de colonisation :

- un mouvement migratoire ouolof, dit «spontané" mais en réalité impulsé par des chefs

religieux de la confrérie Mouride;

- un mouvement migratoire organisé en faveur des Sérères, populations connues selon le rapport pour leur bonne qualité d'agriculteurs.

A l'époque plus de 200000 migrants devraient être déplacés en 15 ans, mais le plan n'a pas été clair sur l'organisation de cette migration. Ainsi, il y a eu beaucoup d'anarchie dans l'installation des villages et très rapidement on a constaté une forte dégradation des ressources naturelles forestières dans la zone ainsi que les ressources pédologiques (Feller, 1977) et ceci malgré un encadrement rapproché par les services techniques de l'agriculture. L'Etat a auparavant réformé la législation foncière (Loi 64-46 de 1964 portant Code Foncier) pour permettre aux colons d'utiliser les `terres vacantes sans maître', qui sont essentiellement dans les zones boisées, qu'il fallait donc défricher. La progression n'était en définitive limitée que par la présence de sols gravillonnaires ou cuirassés, peu profonds ou l'existence de Forêts Classées ; ces dernières seront sollicitées plus tard sous forme d'empiètement ou de contrats de culture. Ainsi, l'arrivée de migrants combinée à la croissance démographique naturelle a entraîné une forte demande en terres de cultures qu'on ne pouvait satisfaire qu'à travers de vastes opérations de défrichement des formations forestières (voir chapitre 6, Changement occupation du sol dans le Saloum Oriental).

L'intervention très poussée de l'Etat portait aussi sur le contrôle du système de commercialisation, la détermination des prix des principaux produits agricoles, l'octroi de crédit pour les facteurs de production, et la réalisation des infrastructures de base. Pour bien asseoir sa politique, l'Etat a eu pendant cette période à instituer des structures d'encadrement et de vulgarisation comme l'Office National de Coopération et d'Assistance au Développement (ONCAD) et la Société de Développement et de Vulgarisation Agricole

(SODEVA). Ces structures étaient des gouffres à sous et les déficits enregistrés ont impacté tout le système (Casswell, 1983).

Par une combinaison de la réalité du prix au producteur sur le marché international (prix faible) et les charges pour le paysan en termes de remboursement des prêts d'intrants, ce dernier se retrouvait avec un revenu trop faible ne lui permettant pas d'investir.

Le fardeau des dettes accumulées par le système coopératif, l'évolution défavorable des cours mondiaux de l'arachide, ainsi que d'autres facteurs comme la hausse du prix du pétrole, ont conduit l'Etat à entreprendre des réformes structurelles. Ainsi, la Nouvelle Politique Agricole (NPA) centrée sur l'autosuffisance alimentaire s'est fondée sur le principe de désengagement de la puissance publique (Gray, 2002 ; Kaling, 2003). La réduction des superficies cultivées en arachide et le déclin du niveau d'équipement des exploitations agricoles sont étroitement liés à la NPA caractérisée par des restrictions en matière de crédit. Ces éléments ont entraîné une forte vulnérabilité des populations au moment déjà, où les prémisses de la sécheresse des années 1970, commençaient à faire ses effets sur la production agricole.

Au lieu de favoriser la durabilité de la production agricole, la forte orientation mercantile de cette politique a plutôt joué sur l'état d'esprit des populations locales tournée vers le souci du gain. Les terres se sont alors rapidement dégradées à cause d'un système de production qui exclut l'arbre au champ. En plus le système d'un labour superficiel (matériel agricole rudimentaire) réduit la fertilité des sols en addition à l'exportation de la totalité de la plante (gousse et foins), ce qui ne permet pas de compenser la baisse de matière organique.

D'autres facteurs exogènes viennent renforcer cette crise. On peut citer les crises du pétrole (1970-1972, 2005-2008) et l'ajustement structurel qui ont fortement contribué à l'accentuation de la pauvreté et de la vulnérabilité des populations locales. En cherchant à répondre à ces crises, les principales réponses sont souvent orientées vers l'extension des terres agricoles pour répondre à la fois à la demande de l'exportation et aux besoins de subsistance. La figure 99 montre l'extension du bassin arachidier depuis 1900 (adapté du rapport Portères de 1952).

Figure 99. Evolution du bassin arachidier depuis 1900

1900

1925

1910

1937

Depuis 1960

Ces cartes sont reprises de Mbow et al. (2008) et ont adaptées des cartes Protères (1952).

Cette extension agricole s'est faite au détriment des ressources forestières, de plus en plus confinées dans les espaces de conservation comme les Forêts Classées et les Parcs Nationaux.

La libéralisation totale du secteur pour des agriculteurs non préparés à affronter la réalité du marché a simplement déstructuré la production arachidière. Récemment, l'Etat a initié des programmes de production intensive du manioc, du maïs, du sésame, du bissap qui apparaissent beaucoup plus comme des réactions émotives qu'une base de politique agricole durable. Avec l'exposition croissante aux avaries du climat et fluctuations imprévisibles des produits du marché mondial, des initiatives ont été prises comme le Plan REVA (Retour vers l'Agriculture) et la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l'Abondance (GOANA). Ces plans cherchent encore un financement malgré les gros efforts de l'Etat d'impulser le processus dans des délais très courts.

Au niveau local, on sent le développement de nouvelles variétés comme le niébé et le sorgho fourragers, le melon d'eau, qui parfois sont en association avec les cultures de mil permet d'éviter l'envahissement des cultures par les adventices, tout en améliorant les rendements par la fixation d'azote. Ces nouvelles pratiques agricoles permettent d'assurer à la fois la production de fourrage et de céréales.

Il apparaît ainsi que les populations rurales subissent de façon prégnante les conséquences des options politiques, facteurs importants de stress du fait de ses implications dans l'accentuation de la pauvreté rurale. Ces facteurs politiques agissent en même temps que des facteurs économiques.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon