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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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    UNIVERSITÉ SAINT AUGUSTIN DE KINSHASA

    FACULTÉ DE PHILOSOPHIE

    B.P. 2143 KINSHASA I

    République Démocratique du Congo

    DE L'ART DE GOUVERNER

    PAR LES LOIS ET PAR LA FORCE

    D'APRÈS NICOLAS MACHIAVEL

    Julien

    BUKONOD

    Travail de Fin Cycle

    Présenté en vue de l'obtention

    du grade de gradué en Philosophie 

    Promoteur : Prof. Dr Frédéric-Bienvenu MABASI Bakabana

    Année Académique 2009 - 2010

    ÉPIGRAPHE

    « Combien il est louable pour un prince d'être fidèle à sa parole et d'agir toujours franchement et sans artifice, chacun le conçoit bien. Mais l'histoire de notre temps nous enseigne que seuls ont fait des grandes oeuvres, les princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et savaient endormir la conscience des gens ; ces princes l'ont emporté sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. Sachez donc qu'il y a deux manières de combattre : l'une par les lois et l'autre par la force ».

    (N. MACHIAVEL, Le Prince, Chap. XVIII).

    DÉDICACE

    A ma regrettée mère,

    Cécile Dikamona Bukonod, à mon regretté père Joachim Bukonod,

    au très cher ami et cadet,

    feu Dilfritch Hédibin Venceslas Diafouka,

    à mes frangins :

    Léandre, Sylvestre, Gaëtan, Sévérin, Willy et Brice Bézaire Bukonod,

    à mes frangines :

    Euphrasie Bukonod, Valentine Tchoucks et Elisabeth Podevin Bukonod,

    à mes neveux, nièces et cousins, aux amis des Bukonod,

    au regretté Père Antoine Mangenza Motuba, aux scholas populaires du Congo,

    aux vertueux garants de la res publica, à tous les machiavéliens,

    Hommages rendus.

    0. INTRODUCTION GÉNÉRALE

    0.1. Problématique

    L'homme, à en croire Aristote, est un animal social, et donc condamné à vivre dans la société qui, d'après Hannah Arendt, conditionne toutes les actions humaines. Si la société est une nécessité à laquelle l'homme ne peut échapper, elle n'est pas pour autant immédiatement ordonnée et régulée de sorte que tous oeuvrent dans la même direction et pour le bien commun. C'est justement ce désordre ou, comme disait Kant, cette « insociable sociabilité » qui rend nécessaire l'établissement d'un gouvernement ou un organe investi du pouvoir exécutif afin de diriger un État.

    Contrairement à Epicure, pour qui l'aventure politique est aléatoire et dangereuse - « Tiens-toi à l'écart de la place publique », disait-il - et aux philosophes sceptiques qui sont généralement hostiles à toute forme d'engagement dans le domaine politique, Aristote, pour qui l'homme est aussi un zôon politikon (animal politique), lui conseille de s'y engager. Car, pense-t-il, c'est le seul moyen d'accéder au bonheur véritable, au bien commun, à la justice et à la morale. Et pour y arriver, il faut, d'après Thomas Hobbes, un souverain, la seule personne avec qui la justice et la morale débutent dans la société1(*).

    Selon Nicolas Machiavel (1469 -1527), ce souverain doit être un hypocrite démagogue incarnant en lui l'homme et la bête. Le prince, comme le nomme Machiavel, doit user des lois et de la force pour guider mais également pour conserver le pouvoir. Pour Machiavel, tous les moyens sont efficaces quand ils sont nécessaires. Toutefois, le prince doit toujours paraître vertueux en public. Ainsi, pendant qu'il n'est pas nécessaire pour le prince d'avoir toutes les vertus, il est très nécessaire pour lui de sembler les avoir. D'où la maxime machiavélienne, « gouverner, c'est dissimuler ».

    A un ami qui nous posa la question de savoir pourquoi ceux qui travaillent sur la politique traitent toujours de la morale, nous répondions en citant Bruno Ntumba Muipatayi : « Ce qui nous a poussé à réfléchir davantage sur ce thème (morale et politique) est le contexte national et international où la politique semble truffée de mensonge, de démagogie, d'anarchisme et de meurtre. Dans notre culture luba, n'a-t-on pas identifié politique et mensonge ?» 2(*). Comme quoi, la politique ne serait rien d'autre que le mensonge. Myriam Revault D'Allones corrobore à cette pensée quand elle affirme que « L'art de gouverner est celui de tromper les hommes»3(*). Dès lors, faut-il crédibiliser Machiavel ? La satisfaction du bien commun et la pratique du pouvoir peuvent-elles justifier le droit de ne pas se conformer aux exigences de la morale ? Existe-il un droit ou un devoir de vérité en politique ? Aujourd'hui peut-on gouverner sans dissimuler ?

    0.2. Intérêt et choix du Sujet

    La théorie du « noble mensonge » dans la République (354 av. J. C.) de Platon, la République (54 av. J. C.) de Cicéron, le Léviathan (1651) de Hobbes et De l'esprit des lois (1758) de Montesquieu ne sont nullement critiqués de la manière que l'a été, l'est, et peut-être le sera la pensée politique de celui que Gilbert Maurin de l'Académie Goncourt surnomme le plus grand théoricien politique, Niccolò Machiavelli. La preuve en est que de ces quatre oeuvres citées, seule celle de Machiavelli fut mise à l'index (le 30 décembre 1559) avant d'être entérinée plus tard (à partir de 1564). De ce fait, l'on pourrait d'emblée dire que s'il ne s'agissait pas d'une hérésie, il s'agissait du moins d'une immoralité quelconque.

    Il est vrai qu'en prenant littéralement, entendez par là « en décontextualisant », l'oeuvre littéraire de Machiavel (Le Prince, La Mandragore, Les Discours sur la première Décade de Tite-Live, L'Art de la guerre, Les Histoires florentines, Vie de Castruccio Castracani ...), l'on consentirait avec tout le monde que le machiavélisme est un mal à bannir à tout prix. Cependant, pris dans son contexte, il nous serait difficile de porter un jugement ni absolument positif, ni absolument négatif. Cette cruelle alternative que les anglophones appellent « between the devil and the deep blue sea »4(*), nous a stimulé à examiner le sol italien afin de comprendre adéquatement la pensée d'un de ses plus nobles fils avant de dire si oui ou non la fin justifie les moyens. Ce faisant, nous nous mettons à l'école de Rudyard Kippling (1865-1936) avec l'aphorisme « n'admettez rien à priori si vous ne pouvez le vérifier »5(*).

    0.3. Approche Méthodologique et structure du travail

    Ce travail se veut une approche analytico-descriptive car, nous nous proposerons une relecture de la philosophie de Machiavel, laquelle relecture nous conduira à une analyse à la fois subjective et objective. « C'est pour nous une invitation à scruter sa méthode pour en savoir l'originalité »6(*).

    Dans le premier chapitre nous tenterons d'exposer les concepts en vogue au temps de Machiavel avant de donner le contexte d'émergence de Le Prince. Dans le deuxième chapitre, nous analyserons la philosophie politique de notre auteur. Dans le troisième, chapitre nous évaluerons la philosophie machiavélienne, surnommée « le machiavélisme », à la lumière de l'agir politique classique, médiéval, moderne et contemporain. Ici, notre principal but sera de détecter les gouvernants dits « machiavéliens », et ceux appelés « machiavéliques », et voir en dernier lieu, s' il est possible, comme le suggère le recteur de l'Université Saint Augustin de Kinshasa, le professeur Willy M. Okey, dans son tout récent ouvrage7(*), de repenser la politique.

    CHAPITRE PREMIER 

    LE CREDO MACHIAVÉLIEN

    I.0. Introduction

    « Combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité, non dans la fourberie, chacun le conçoit clairement. Cependant, l'histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens ; en fin de compte ils ont triomphé des honnêtes et des loyaux. Sachez donc qu'il existe deux manières de combattre : l'une par les lois et l'autre par la force »8(*). A notre avis, c'est en ces termes que se résume tout l'enseignement de Machiavel, que nous avons nommé le credo machiavélien. Machiavel, ce nom propre universellement connu, évoque une époque, la Renaissance ; une nation, l'Italie, une ville, Florence et enfin, l'homme lui-même, le bon fonctionnaire florentin qui, en toute ignorance, et toute ignorance de l'étrange avenir, portait ce nom, voué à la réputation la plus éclatante et la plus équivoque.

    Il est important de remarquer que dans son credo, Machiavel commence par « combien il est louable à un prince de respecter ses promesses et de vivre avec intégrité ». Dans la plupart de ses oeuvres, il ne manque pas d'évoquer cet aspect qu'on dirait éthique, le bon côté des choses : « Il est nécessaire de faire la paix »9(*) ; « combien il est nécessaire à un prince que son pouvoir soit établi sur de bonnes bases, sans lesquelles il ne peut manquer de s'écrouler »10(*) ; « il serait très beau, sans doute, et chacun en conviendra, que toutes les bonnes qualités que je viens d'énoncer (générosité, bienfaisance, compatissance, fidélité à sa parole, franchise, religiosité...) se trouvassent réunies dans un prince »11(*), etc. Cependant, devant ce titan qu'est l'Histoire, Machiavel n'a pas le choix. S'écartant de la route commune, il traite de la politique qui est d'ailleurs, d'après Brion, sa passion, en s'arrêtant à la réalité des choses qu'en se livrant à des vaines spéculations : l'histoire de notre temps enseigne que... . La politique selon Machiavel, pourrait-on dire, c'est « faire de l'Histoire ».

    Contrairement à la plupart des traités traditionnellement destinés à l'édification morale d'un chef d'État, supposés l'encourager à l'usage vertueux et juste du pouvoir, l'histoire conduit Machiavel à affirmer qu'il n'y a pas de pouvoir vertueux s'il n'y a pas de pouvoir effectif. Aussi, la question fondamentale posée par Le Prince n'est pas « comment bien user du pouvoir selon les vertus morales et chrétiennes ? » mais « comment obtenir le pouvoir et le conserver ? »  Il ne s'agit pas de se référer à des valeurs morales transcendantes comme le faisait Platon dans La République, ni de poursuivre une utopie. La politique, selon Machiavel, doit s'exercer en tenant compte des réalités concrètes, ce qui fait nécessairement passer la morale au second plan, et d'une marge de liberté entre la contingence de l'histoire, qu'il appella la fortuna, et le caractère cyclique et éternel de celle-ci. Bien que convaincu des ses croyances religieuses, Machiavel est forcé à mettre momentanément de côté la morale chrétienne. « La faim chasse le loup hors du bois », dit-on. Autrement dit, la nécessité contraint les hommes à faire les choses qui ne sont pas de leur goût. C'est, semble-t-il, ce qui obligea ce grand stratège à trouver son chemin de Damas. Avant d'aborder pleinement ce chapitre, il ne serait guère charitable d'abandonner notre lecteur sans lui fournir un petit vade mecum sur certains concepts du temps de Machiavel.

    I.1. Les Médicis

    Les Médicis (ou Medici, en italien) étaient une famille de banquiers florentins, qui domina Florence à partir de 1434, avant d'en acquérir le titre ducal en 1532. Au début du XIIIe siècle, les Médicis ne sont qu'une obscure famille originaire de la campagne toscane. Moins d'un siècle plus tard, grâce au commerce et à l'industrie de la laine, ils sont devenus l'un des clans les plus en vue de Florence et aussi l'un des plus ambitieux. Dès cette époque, ils affichent leur soutien au Parti Populaire, dont ils veulent faire le tremplin pour leurs ambitions politiques. Les principaux membres de cette famille furent : Giovanni de Médicis (futur pape Léon X), Jules de Médicis (futur pape Clément VII), Catherine de Médicis ( dauphine et duchesse de Bretagne de 1536 à 1547, reine de France de 1547 à 1559, mère des rois François II, Charles IX, Henri III, des reines Élisabeth - reine d'Espagne - et Marguerite, dite « la reine Margot »), Laurent Ier dit le Magnifique, Laurent II (duc d'Urbino), Julien de Médicis, etc12(*).

    I.2. Les Condottieres13(*)

    A l'aube de la Renaissance, l'Italie est fractionnée en une multitude d'entités politiques distinctes issues de la féodalité et de l'affaiblissement du pouvoir impérial. Parmi celles-ci, cinq États principaux se partagent les richesses démographiques et commerciales : les Républiques de Florence et de Venise, le Duché de Milan, les États pontificaux et le Royaume de Naples. Les rivalités sont nombreuses entre ces États qui se disputent le contrôle des marchandises et des capitaux, exacerbées par la haine qui oppose les partis Guelfes et Gibelins.

    C'est dans ce cadre politique troublé que s'élaborent les bases de la diplomatie et de la guerre modernes : stratégies, tactiques et technologies militaires s'y développent rapidement. Et parmi la foule d'innovations engendrées par ces conflits, émerge une nouvelle conception de l'affrontement : la « professionnalisation » de la guerre. Ainsi apparaissent les Condottieri (ou Condottieres).

    Du concept italien condotta qui signifie « contrat », les Condottieres étaient souvent d'origine étrangère mais ils incluaient aussi les nobles italiens comme par exemple les ducs Este de Ferrara, Gozangue de Mantoue et les Sforza, les ducs de Milan. Désireux de redorer leur blason, ces hommes mirent leur art et leur expérience au service des États en guerre en échange d'argent, de terres ou de titres14(*).

    I.3. Les Dix

    A Florence, les Dix se referaient aux dix bourgeois qui gouvernèrent cette ville sous la présidence d'un gonfalonier. En termes clairs, il s'agit de la chancellerie de la ville de Florence. Et on entendait par gonfalonier, un officier de justice de cités républicaines italiennes au Moyen âge15(*).

    Après donc ce petit vade mecum passons aux événements majeurs qui ont engendré ce que l'histoire nommera « le machiavélisme ».

    I.4. Les Circonstances Historiques

    Nous sommes à la fin du XVè siècle, début XVIé siècle. L'Italie n'est alors qu'un conglomérat d'États qui se font continuellement la guerre et sur lesquels pèse l'appétit des grandes puissances : la France, l'Espagne et le Saint Empire germanique. Elle (l'Italie) est une belle proie pour elles. Sur place, les personnages les plus puissants sont les légendaires condottieres dont les plus brillants ont pris le pouvoir dans de nombreux États : Bentivoglio à Bologne, Este à Ferrare, Gonzague à Mantoue, les Visconti et les Sforza à Milan. La guerre qui était pour eux un gagne-pain devient pour eux un moyen d'agrandir leurs États et leurs fortunes. Seules les villes de Rome (appartenant au pape), Naples (qui était entre les mains de l'Espagne) et les cités de Venise et Florence (les deux seuls États républicains) échappèrent à ces familles16(*). Mais Florence n'était pas complètement épargnée car le système républicain qui s'y trouva a été vicié par les Médicis.

    Entre temps, le jeune Machiavel, qui a hérité de son père la littérature et de sa mère la poésie, refuse, après ses études secondaires du deuxième cycle, d'aller à l'université et commence à remplir quelques petits travaux mal payés : traduction, copies, etc, jusqu'à ce que la chance lui sourît.

    C'est alors la grande époque du moine Jérôme Savonarole (1452-1498), qui dénonce les moeurs du temps dans ses prêches et accable les Médicis. On a souvent essayé de l'assassiner mais  « il désarme les sbires par son regard : ses grands yeux noirs sous ses sourcils roux et broussailleux paralysent les assassins comme ils fascinent les fidèles ! »17(*). Il a même si bien bouleversé le roi de France, Charles VII, que ce dernier a épargné Florence qui, sans cela, aurait été réduite à feu et à sang. Florence a plus peur de Savonarole que de Charles VII,  « les poètes déchirent leurs vers licencieux, les érudits ferment leurs livres, les peintres crèvent leurs toiles, les seigneurs commencent à mener une vie chaste »18(*). Or, l'homme comblé ne dure pas (cf. Psaume 49, 13). Voilà qu'à la manière du sanhédrin juif, les florentins complotent contre le pauvre pieux moine et cherchent voies et moyens pour le faire périr. Le gouvernement théocratique du moine va s'effondrer effectivement bientôt, au moment précis où Machiavel entre comme fonctionnaire au palais et devient secrétaire des Dix.

    Pour avoir prêché l'austérité des moeurs, osé invectiver la puissante famille des Médicis et voulu bannir de la ville toute activité allant contre les préceptes de l'Évangile, le moine dominicain, sous les hurlements de la foule, lève les yeux au ciel, abandonnant sans regret son corps torturé et brûlé. De la fenêtre du palais, un homme de vingt-neuf ans, qui vient d'entrer pour la première fois dans son bureau de fonctionnaire, regarde mourir celui que le pape appelle la « monstrueuse idole »19(*). Ainsi, devant ce vieillard agonisant, et face au ciel énigmatique, le plus grand théoricien de la politique, Niccoló Machivelli, commence sa singulière carrière. Savonarole, mort, a perdu son pari ; Machiavel s'apprête à gagner le sien devant la prospérité.  « Qu'un homme aussi influent vint à une si misérable fin apprît à Machiavel une leçon précoce au sujet du pouvoir relatif des forces du bien et du mal dans la société »20(*).

    Devant une telle situation, il faut à tout prix un libérateur, un messie qui puisse enfin incarner l'Italie et mettre fin à ses déchirements. Ce sera alors la préoccupation de Machiavel ; toute sa vie durant il sera à la recherche d'un véritable chef, un guide digne de ce nom. « C'est pour cela qu'il a tant travaillé, réfléchi, lu, médité, écrit ; c'est pour cela qu'il entre dans l'administration afin de perfectionner son expérience politique ; c'est pour cela, enfin, qu'il a écrit ses livres »21(*). Les fins aussi tragiques que sottes de César Borgia, du pape Jules II, du pape Clément VII et de Laurent le Magnifique sur qui Machiavel comptait énormément pour la libération de l'Italie, ne furent qu'augmenter en lui le désir d'un monarque. En février 1513, déjà privé de toutes ses fonctions, il est emprisonné et torturé, car soupçonné d'un complot. Libéré le 13 mars, il se réfugie à la campagne. C'est dans ce contexte qu'il se met à écrire le premier ouvrage de la politique des temps modernes, son chef-d'oeuvre qui fît à la fois sa gloire immortelle et son aversion perpétuelle : Le Prince, une oeuvre qu'on ne saurait lire sans prêter attention à l'avertissement de Marie Gaille-Nikodimov : « Lecteur, tu tiens entre tes mains un texte mille fois lu, sans cesse traduit et infiniment commenté. Solaire et clairvoyant pour les uns, diabolique et courtisan pour d'autres, il a traversé les siècles avec fracas, allant conquérir des lecteurs qui s'en considèrent les disciples, croient y voir énoncées des recettes et veulent les appliquer, qui au politique, qui au militaire, qui à la séduction amoureuse, qui à l'économie du marché »22(*).

    Tel a été grosso modo le sitz im leben23(*) qui a révolté l'homme que Spinoza appelle « sagace », l'obligeant à remettre partiellement en cause la morale chrétienne, foulant ainsi au pied le type d'État proposé par Thomas d'Aquin tout en transformant les pensées politiques d'Érasme et de Martin Luther en une base radicalement séculière.

    I.5. Présentation de l'ouvrage

    Écrit en italien, sous le titre Il Principe24(*), cet opuscule dont le principal motif fut l'unification de l'Italie déchirée, fut d'abord dédié à Julien de Médicis (1453-1478) puis à son cousin Laurent de Médicis (1449-1492), qui, par l'éventail de ses talents, était considéré comme l'une des plus belles incarnations de l'idéal de l'Homme de la Renaissance. L'auteur y donne les raisons : « Désirant donc pour ma part m'offrir à votre Magnificence avec quelque témoignage de mon dévouement à son égard, je n'ai rien trouvé, dans mon attirail, chose qui me soit plus chère ou que j'estime plus que la connaissance des actions des grands hommes, apprise par moi d'une longue expérience des choses modernes et d'une continuelle leçon des anciennes »25(*).

    Aussi, il invite son lecteur à prendre au ses directives sérieux car elles sont le fruit de sa longue expérience : « Si l'on lisait ce livre, on verrait que, pendant les quinze années où j'ai eu l'occasion d'étudier l'art du gouvernement, je n'ai point passé mon temps à dormir ou à jouer, et chacun devrait tenir au service d'un homme qui a su acquérir ainsi aux dépens d'autrui tant d'expériences »26(*). Avoir de l'expérience, disait de La Beaumelle, ce n'est pas avoir vieilli, c'est avoir vu, et l'on voit mieux jeune que vieux. « Tout art repose sur l'expérience et d'abord celle qu'on a acquise par la pratique personnelle des affaires »27(*). Comment donc mettre en doute la fidélité d'un homme qui, à l'âge de 43 ans, est pauvre après avoir servi longtemps l'État, et qui, ayant toujours observé jusque-là foi et loyauté, ne va maintenant pas apprendre à trahir ?

    Machiavel se veut très réaliste ; il décrit les moyens couramment utilisés par tous les souverains pour conserver le pouvoir. Il met à nu ce que les hommes font vraiment, sans employer « la langue de bois » qui camouflait cette réalité de la politique derrière le discours religieux qui avait alors cours, et qui faisait croire que les hommes faisaient toujours ce qu'ils devraient faire. Le gouvernement d'Athènes n'exécuta-t-il pas l'illustre Socrate de peur de perdre contrôle sur le peuple et le pouvoir ? Hérode ne massacra-t-il pas les enfants innocents pour conserver son pouvoir (Matthieu 2, 16) ? Pilate n'ordonna-t'il pas que Jésus soit crucifié de peur de perdre sa réputation et sa confiance auprès de César (Jean 19, 12) ? Et la liste n'est pas exhaustive. C'est là le sens de la phrase de Francis Bacon qui rend grâce à Machiavel d'avoir dit la vérité, d'avoir dit ce que font les hommes.

    Machiavel écrit sans doute pour éclairer le peuple, comme le remarque Jean Jacques Rousseau, et non, comme on l'a cru, pour conseiller les rois. « En feignant de donner les conseils aux Rois, Machiavel en a donné de grands aux peuples »28(*). C'est pourquoi en Angleterre, au XVIIIè siècle, Le Prince était lu comme une dénonciation des pratiques tyranniques des monarques29(*).

    I.5.1. Division de l'ouvrage

    Le Prince comporte 26 chapitres. Dans le premier chapitre, les différents États sont classés selon deux grands types : les républiques et les monarchies, ces dernières étant soit héréditaires, soit nouvelles. À cette occasion, l'essai évoque les évènements récents qui agitent l'Italie au Quattrocento, notamment les agissements de César Borgia (1475-1507) pour s'installer en Romagne et les intrigues des Sforza à Milan visant à évincer les Visconti.

    Dans les chapitres II à XI, l'auteur étudie les différents moyens de conquérir la Romagne et Milan et de les conserver. Dans les chapitres XII à XIV, les questions militaires sont abordées ; Machiavel se prononce notamment en faveur d'une conscription nationale au détriment de l'usage de mercenaires toujours susceptibles de causer plus de torts que de bien pour le prince.

    Les chapitres XV à XXIII exposent l'essentiel de ce que la postérité a retenu sous le nom de « machiavélisme ». Ce sont là des conseils qui semblent être dénués de tout moralisme et qui sont relatifs à la conservation du pouvoir : la fin justifie les moyens et il n'y a pas de morale qui tienne. Enfin, les chapitres XXIV à XXVI dévoilent les intentions de l'auteur : ces conseils doivent permettre de libérer et d'unifier sa patrie, l'Italie.

    I.6. Conclusion

    Somme toute, pour boucler ce premier chapitre, disons que la condition de la pourriture morale  en Italie au XVIè siècle incita Machiavel à questionner l'efficacité du genre de gouvernement populaire exemplifié par la République Romaine. Étant convaincu que seuls les plus astucieux pourraient survivre dans un art précaire de gouverner, Machiavel demanda aux gouvernants de développer l'art de la déception. Basant sa pensée sur une très proche inspection du comportement actuel de ses contemporains, incluant même les papes (qui avaient souvent une très mauvaise réputation), il conclut que penser le comportement politique en termes moraux serait s'exposer à tous les dangers que les malins ennemis pourraient créer. Voilà ce qui poussa le pieux chrétien qu'était Machiavel à être indifférent à la morale chrétienne - sans toutefois devenir athée30(*) - disant que cette dernière a rendu les hommes faibles et les a conduits à devenir une proie facile aux hommes méchants. Il suffit de penser à la fin tragique du moine dominicain Savonarole, au traquenard organisé par le cardinal Colonna pour faire tomber Clément VII31(*), à l'assassinat de Julien de Médicis32(*) et aux pieux cardinaux assassinés par les papes à cause du pouvoir, pour acquiescer à la pensée de Machiavel.

    CHAPITRE II

    MACHIAVEL ET L'EXERCICE DU POUVOIR : LE PRINCE

    II. 0. Introduction

    Dans le contexte de l'instabilité historique des institutions florentines et de la faiblesse des cités de regnum italicum (règne italien) face à l'invasion d'étrangers, barbares certes, mais puissants, Machiavel adopte la posture de l'histoire en temps de crise, telle que H. Arendt la définit : « Lorsque les événements présents ont rendu caduque la sagesse héritée du passé et sans pertinences les observations du  `sens commun', il devient nécessaire de retrouver la portée politique du jugement »33(*). C'est pourquoi, convaincu que les plaies de l'Italie ne se cicatriseraient pas à moins que celle-ci engendre un libérateur, Machiavel, en attendant l'arrivée de ce messie politique, lui conçoit une recette qui lui permettra de faire siennes les lois et la force, deux armes sine qua non dans l'art de gouverner. Ainsi, une fois qu'il ait conquis le pouvoir, le prince puisse être à mesure de le conserver. « L'exercice du pouvoir procède de deux manières dans Le Prince : modes de conquête et genres de conservation »34(*). Le prince, si clairvoyant soit-il, ne peut faire l'économie de cet effort de compréhension et de détermination des conditions de son action.

    Pour Machiavel, le prince doit écouter la parole de « celui qui, en retrait de l'action et sans décision à prendre, a le temps d'observer et de discerner »35(*). La valeur de son conseil tient à sa connaissance pratique de l'Art de l'État et, de manière générale, à une expérience acquise pendant des années de service pour la chancellerie de Florence. Dans ce chapitre nous analyserons l'exercice du pouvoir d'après que l'entend le très pénétrant36(*) Nicolas Machiavel.

    II. 1. Gouverner par les lois et par la force

    La notion machiavélienne de gouverner par les lois et par la force lui semble venir de Cicéron qui, à propos de deux manières de régler les conflits, écrit : « Dans la République il faut avant tout observer les droits de la guerre : il y a deux sortes de conflits qui se règlent les uns par un débat, les autres par la violence »37(*). A son tour, Machiavel résume l'art de gouverner en deux substantifs

     évoquant typiquement Chiron le centaure38(*): les « lois » et la « force », le premier étant propre à l'homme et le second aux bêtes. Puisque, maintes fois, le premier ne suffit pas, il convient au prince de recourir au second pour guider son peuple mais également pour garder le pouvoir plus généralement et donc se protéger lui-même : « Avoir pour précepteur un être mi-bête, mi-homme, cela ne veut rien dire d'autre, sinon qu'il faut qu'un prince sache user de l'une et de l'autre nature, et l'une sans l'autre n'est pas durable »39(*). Dans la bête, Machiavel voit deux animaux indispensables l'un comme l'autre, le lion et le renard, représentant la force extrême permettant au prince de garder le contrôle sur son peuple et la ruse lui permettant d'user d'ingéniosité pour garder ce même contrôle, comme il le dit lui-même : « Il faut être renard pour connaître les filets (les pièges ?) et lion pour effrayer les loups »40(*). On se souviendra bien que la Bible nous présente le lion comme une des figures du roi Salomon (cf. 1 R 10, 19), que Dieu lui-même serait comme un lion (cf. Os 5, 14 ; Ez 1, 10 ; Ap.4, 7) et que Jésus appela Hérode « ce renard » (Luc 13, 32). Ce qui sous-entend que les caractères de lion et de renard chez les gouvernants sont bien antérieurs à Machiavel.  

    II.1.1. Les lois

    Dans la pensée de Machiavel les lois renvoient à l'homme comme la force à la bête. Parler de l'homme dans la conception du florentin, c'est parler de l'ordre légal et des sentiments moraux. Le prince doit en tenir compte pour mener à bon port la res publica. Puisqu'en empruntant cette voie tous les grands de l'histoire ont réussi, le prince doit faire autant, car « les hommes suivent généralement les chemins frayés par d'autres, se gouvernent par imitation (...) ; aussi un homme sage doit-il suivre toujours les sentiers battus par les grands personnages »41(*). En revanche, le respect des lois (constitutions, règles, coutumes...) conduira les gouvernés à la liberté et au bien-être.

    A en croire C. Rousseau, Machiavel ne fait pas de distinction entre bonnes lois et mauvaises lois. Pour lui, toute loi est bonne à condition qu'elle ait une emprise de la force. « Des lois quasiment iniques ou absurdes ont de l'efficacité si la force les appuie (...) »42(*).

    II.1.2. La force : le lion et le renard

    « Étant donc dans la nécessité de savoir bien user de la bête, un prince doit prendre de celles-ci (sic), le renard et le lion, parce que le lion ne se défend pas des filets, le renard ne se défend pas des loups (...)»43(*). Pour Machiavel, comme pour Trotski, tout État est fondé sur la force car, comme l'explique Max Weber, « s'il n'existait que des structures sociales d'où toute violence serait absente, le concept d'Etat aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu'on appelle au sens propre du terme, l' ` anarchie' »44(*). « La politique est le champ des rapports de force », ajoute M. R. D'Allonnes45(*). Or, Machiavel fait bien de distinction entre violence et violence : « Ce n'est pas la violence qui répare, mais la violence qui détruit qu'il faut condamner »46(*). Il ne s'agit donc pas de la violence d'un Napoléon, ou d'un Hitler, d'un Idi Amin ou encore d'un Eugène Terre' Blanche, mais de la violence d'un Cavour, d'un Jules César, d'un Kabila (père), d'une Elisabeth Ière d'Angleterre ou encore d'un Bismarck.

    II. 2. La déontologie politique du prince et la morale

    L'originalité de la pensée de Machiavel est de ne pas conseiller pour autant au prince de mépriser toute forme de moralité. « Il ne dit pas : sois un usurpateur, ou : empare-toi du gouvernement par des canailleries (...). En revanche voilà ce qu'il dit bel et bien : si jamais tu es un usurpateur, ou si jamais tu es parvenu au gouvernement par des canailleries, il est à tout prendre encore préférable que nous te conservions, maintenant que nous t'avons au pouvoir, plutôt que de voir un nouvel usurpateur ou une nouvelle canaille te succéder et susciter de nouveaux troubles et de nouvelles canailleries (...) »47(*). Machiavel n'hésite pas d'inviter le prince à « fuir ces choses qui le rendent haïssable et méprisable (...) »48(*). Il s'agit des actions comme « être rapace, et d'attenter, soit au bien de ses sujets, soit à l'honneur de leurs femmes »49(*), la dernière action étant, par-dessus tout, ce qui rend le prince haïssable.

    Aussi, pour s'assurer le soutien et l'appui de la population, le prince devra respecter publiquement, au moins en apparence, les règles de morale admises par son peuple, peu importe qu'en privé, il méprise ces règles. Il devra souvent aller contre la morale dans ses actions politiques secrètes, par exemple ne pas hésiter à trahir sa propre parole si c'est un moyen de conserver le pouvoir, mais publiquement il devra toujours être capable de « donner le change » afin que son peuple ne se retourne pas contre lui.

    Machiavel, disons-nous, visait le meilleur gouvernement pour les hommes. Si l'adjectif « meilleur » nous renvoie à l'éthique, l'on pourrait d'emblée affirmer que la politique de Machiavel est éthique. Or, l'éthique se distingue bien de la morale, car d'après Nicole Huybens, bien que l'éthique, la morale et la déontologie, comme les lois, définissent ce qui est bien, permis ou juste ou mal, défendu ou injuste, « L'éthique dans l'action s'inspire de ces règles générales, mais accepte les contradictions entre les valeurs morales et oblige à faire des choix. Les éthiciens appellent cela : `prendre la meilleure décision dans les circonstances' et pas  `prendre la bonne décision' »50(*). Dans la même optique, Marcel Brion de l'Académie française ajoute : « Son éthique (celle de Machiavel) est rigoureuse, sévère, et ses lois, pour n'être pas conformes à celles de la morale coutumière, gardent quelque chose d'austère et de grave, qui impose le respect, sinon toujours l'acquiescement »51(*). Cela nous rappelle le titre de l'ouvrage de Gérard Sfez : Machiavel. La Politique du moindre mal (1999). Si le moindre mal ici est compris comme une alternative face au pire, alors le Prince proposé par Machiavel serait machiavélien et non machiavélique52(*).

    II. 3. Le prince face au peuple et aux grands

    Machiavel ne recherche pas la vérité de l'être, mais la détermination des conditions de l'action du prince. Cela passe par un discours sur les choses telles qu'elles sont, comme le souligne le chapitre 15 centré sur l'expression de verità effectuale (vérité effective) qui se trouve déjà être synthétisée dans la Dédicace : « Cette oeuvre, je ne l'ai ni ornée ni farcie des clauses amples, des mots ampoulés et magnifiques ou de quelque autre artifice et ornement extrinsèque avec lesquels beaucoup ont coutume de décrire et orner leurs propres choses, parce que j'ai voulu ou que rien ne l'honore, ou que seule la variété de la matière et la gravité du sujet la rendent agréable »53(*). S'il cherche à conseiller le prince, il n'est pas prisonnier de son point de vue. Afin de mieux servir le besoin de celui-ci de conquérir et de se maintenir à la tête d'une cité ou d'une nation, il se montre apte à envisager et à décrire les points de vue de tous ceux que le prince rencontre sur son chemin : il ne pourra en effet parvenir à ses fins que s'il comprend ces derniers et les amène à le favoriser ou du moins, à ne pas lui nuire. Aussi comprend-on que dès le Dédicace, Machiavel évoque à travers une comparaison entre son travail et celui du peintre, les lieux d'où observer et connaître au mieux la nature des princes et celle du peuple : « De même pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince et pour connaître bien celle des princes, il faut être du peuple »54(*).

    Machiavel insiste sur la nécessité de s'attirer l'amitié du peuple : la conserver si c'est le peuple qui a porté le prince au pouvoir, l'acquérir si ce sont les grands. Mais le prince ne peut négliger les grands, pour des raisons différentes : à leur égard, ce qui prévaut n'est évidemment pas leur nombre, mais le fait qu'ils voient plus loin et sont plus rusés que le peuple. En toute cité, Machiavel dit, au chapitre 9, qu'il y a deux désirs : pour les grands, il s'agit de commander, de dominer, d'opprimer et pour le peuple, de n'être pas commandé, dominé ou opprimé, voire de détenir une part du pouvoir. Cet antagonisme, dit Maurice Duverger, se manifeste dans toutes les sociétés humaines55(*). Ces désirs sont cependant variables selon l'histoire de la cité. Dans le cas d'une cité dont les membres sont accoutumés, « le peuple désire la liberté et revendique une part du pouvoir de délibération et de décision »56(*). Tandis que dans le cas d'une cité régie depuis toujours par un monarque, « le désir de liberté est inexistant et le peuple désire pour lui-même, alors que le désir d'opprimer des grands est extrêmement puissant »57(*).

    Entre le recours aux armes, l'exil, l'assassinat et la création d'une loi qui permette aux grands et au peuple d'assouvir leurs appétits ou d'une institution qui règle les conflits spécifiques entre les grands et le peuple - comme le parlement dans le royaume de France (chapitre 19) - le prince doit donner aux grands les sentiments qu'ils détiennent un pouvoir de commander correspondant à leurs prétentions et à la conception qu'ils se font de leur rang, tout en faisant en sorte que le peuple ne se sente pas opprimé par eux.

    II. 4. Les conditions de l'action du prince

    Machiavel ne détermine pas en général les conditions de l'action, mais plonge le prince dans de multiples analyses de cas particuliers : les exemples. D'un usage massif dans l'humanisme naissant, ils acquièrent avec Machiavel un statut original. Ceci nous amène à quelques surprises. Première surprise : les exemples ne viennent guère illustrer ou introduire un raisonnement ; c'est dans leur exposition que Machiavel raisonne, juge, estime, soupèse le pour et le contre, contredit, s'interroge et discourt. Seconde surprise : l'histoire dont ils sont censés, à première vue, rendre compte, est relatée en fonction des fins argumentatives de Machiavel. On peut le constater en revenant à l'histoire des empereurs romains de Marc-Aurèle à Gordien III, au chapitre 19. Machiavel ne reprend pas l'opposition entre empereurs amollis par l'Orient et empereurs barbares et tyranniques, mais insiste plutôt sur les problèmes auxquels tous ont dû faire face : le rôle essentiel des soldats pour leur pouvoir et la nécessité de se les concilier. Afin d'étayer l'idée qu'un prince doit avant tout se préoccuper de n'être pas haï du peuple, Machiavel analyse les actions des différents empereurs afin d'évaluer les causes de leur succès ou de leur échec. Troisième et dernière surprise : loin de mettre systématiquement en lumière des actions à imiter, les exemples de Machiavel révèlent souvent, au contraire, les failles et les déroutes. Dans ce cas, ils constituent des contre-exemples à des règles, des coutumes, des conseils dont Machiavel veut récuser ou la pertinence ou l'universelle efficacité. Ainsi, c'est contre le proverbe « qui fonde sur le peuple fonde sur la boue » que Machiavel cite, dans le chapitre 9, les exemples des Gracques à Rome et de Giorgio Soderini à Florence.

    Machiavel s'attache à souligner, au chapitre 3, le contraste entre les décisions des Romains, qui les ont conduits au succès dans leurs colonies et les mauvais choix de Louis, roi de France, lors de son invasion du territoire italien. Les deux séries d'exemples sont inscrites dans une comparaison rendue possible par l'identification d'un même but - la conquête d'un pays nouveau - et de conditions semblables, les désirs et passions des hommes, sujets ou alliés, et les raisons de leur attachement à un prince nouveau.

    Aux yeux de Machiavel, un prince s'inscrit par sa virtù dans la lignée glorieuse des hommes « très excellents » et, en même temps, innove : il s'inspire de l'excellence de leurs gestes mais invente le sien, dans un contexte qui lui est propre et peut apparaître inédit. Dans cette perspective, la comparaison engagée au chapitre 6 entre l'imitateur et l'archer visant sa cible plus haut que l'endroit où elle est fixée, est importante. A travers elle, Machiavel insiste sur deux causes de l'impossibilité de la reproduction : on ne peut emprunter le même chemin que celui qu'on imite et on ne peut l'égaler. En elles, la distance de l'imité à l'imitateur est clairement indiquée et la voix est ouverte à l'innovation.

    II. 5. La combinaison des passions : gage du maintien au pouvoir

    Amitié, admiration, estime, mépris, crainte, sont les mots à travers lesquels, dans les chapitres consacrés à la réputation et à sa critique des forteresses (15 à 21), Machiavel appréhende la puissance d'un prince, au-delà des ressources matérielles dont il dispose. Prince nouveau et prince par hérédité sont d'ailleurs à égalité à ce propos. Bien que le chapitre 2 semble suggérer que la tâche du second est très facile, le chapitre 24 vient contredire cette affirmation. D'abord, parce que de hauts faits donnent au prince nouveau une grande réputation et qu'il peut se donner les apparences d'un prince ancien ; ensuite, parce qu'un prince paresseux et peu clairvoyant, si établi soit-il, perd ses possessions comme le montrent les défaits des princes d'Italie. Contre la haine du peuple et des grands il faut chercher l'amitié. Telle est la recommandation que fait Machiavel au niveau le plus général. Mais il est nécessaire d'analyser la relation du prince aux grands et au peuple de manière plus spécifique. Ainsi, à trop rechercher l'amour par de généreuses et pitoyables actions, le prince nuit à lui-même : la crainte crée une obligation plus forte en cas d'adversité que l'amour. Par conséquent, le prince doit de préférence cultiver un sentiment de crainte dans ses sujets, mais de telle sorte qu'il ne s'accompagne pas de haine. Le chapitre 17 se conclut ainsi sur la définition de la combinaison des passions les plus susceptibles de favoriser le maintien au pouvoir : la crainte sans haine. « Je conclus donc que, concernant le fait d'être craint et aimé, les hommes aimant à leur guise et craignant à la guise du prince, un prince sage doit se fonder sur ce qui est sien, non sur ce qui est à autrui ; il doit seulement s'ingénier à fuir la haine, comme il est dit »58(*).

    II. 6. Comment le prince doit procéder pour avoir le succès

    Machiavel envisage pour le prince une nécessité particulière qui n'est pas toujours en accord avec les circonstances auxquelles il dit faire face. Ainsi, lit-on au chapitre 19, que Marc et Pertinax ont partagé avec Alexandre, la modestie, l'amour de la justice, la bienveillance et l'humanité. Or, Marc a connu une vie et une fin heureuse parce que, pour ses nombreuses vertus, il a hérité de l'empire et n'en était donc pas redevable ni au peuple, ni aux soldats, tandis que Pertinax fut malheureux car il fut fait empereur contre la volonté des soldats accoutumés à une vie licencieuse depuis Commode et fut mépris à cause de son âge. A travers cette comparaison, Machiavel indique qu'une des conditions du succès pour un prince est de se comporter d'une manière adaptée à son contexte d'action. Quoiqu'il conçoive une certaine capacité d'adaptation, Machiavel reconnaît que certains princes sont nés dans des temps où ils n'étaient pas faits pour rencontrer le succès.

    II. 7. La guerre comme art par excellence du prince

    Il ne sied guère à rappeler que Machiavel part toujours de l'expérience des hommes depuis les temps immémoriaux. Dans L'art de la guerre, il montre comment les princes qui se sont montrés négligents en matière de la guerre ont perdu leur État. Son souci primordial étant celui de la défense nationale, Machiavel conseille qu'il faut, à l'instar de l'ancienne Rome, créer une armée nationale que de compter sur une armée étrangère : « l'on ne peut trouver d'appui solide que dans ses propres armes »59(*). C'est pourquoi, « un prince doit donc n'avoir d'autre objet ni d'autre pensée, ni prendre autre chose pour son art, hormis la guerre (...) »60(*). Pour qu'on parle de bonnes lois dans un État, souligne Machiavel, on doit parler de bonnes armes. La fin de Savonarole rappelle ainsi à tous que les armes sont indispensables à qui veut commander une cité. Contrairement à ce que pense le common man, Machiavel n'incite pas à la guerre mais invite à la défense en cas d'attaque ou de guerre61(*), et il n'est ni le seul ni le premier à le faire. Déjà au VIè siècle av. J.C., le philosophe chinois Maître Sun composa un traité martial, qu'on qualifie de fondateur de la discipline militaire : Le Sunzi bingfa ou L'art de la guerre62(*).

    Machiavel souhaite imprimer dans l'esprit du prince, les soucis qui doivent l'absorber et le préoccuper. Ce dernier ne doit pas d'abord être dépendant des forces qui pourraient lui nuire ; au contraire il doit constituer des forces propres et ne compter que sur elles. La figure de César Borgia, au chapitre 7, incarne au plus haut point le souci de cette dépendance à l'égard des armes d'autrui. Il s'en défait progressivement, en les anéantissant ou en cultivant des alliances qui les empêchent de lui porter atteinte et dans le même temps, s'attache le peuple conquis. Même si elles n'excluent pas d'autres éléments, les forces prioritairement évoquées dans Le Prince sont celles qui assurent la puissance militaire. Cela implique beaucoup de choses : il en découle le rejet des armées mercenaires qui combattent pour la cité en vertu du salaire qu'elle leur donne, et non par amour de la patrie qui, seul, inspire le courage aux soldats. Son propos conserve une originalité dans le concert des critiques, en ce qu'il nomme le projet d'une armée propre à une analyse de la manière qu'a le prince de se lier aux grands et au peuple. La distinction entre une politique intérieure et une politique extérieure est ici dénuée de sens. Un prince faible du point de vue militaire, ses sujets se montreront d'autant plus favorables au changement apporté par la conquête d'un autre prince ou d'une république qu'ils nourriront de la haine à son égard. Ils se montreront pour le moins réticents à le défendre contre eux.

    II. 8. A propos de l'homme

    Que la méchanceté soit pour l'homme une caractéristique sui generis, cela est un fait pour Machiavel ; à telle enseigne que cette méchanceté de l'homme est le « vecteur pathogène » de la philosophie politique de Machiavel. « Si les hommes étaient tous bons, mon précepte serait condamnable » 63(*). Une tendance qu'on dirait pessimiste mais qui est pour Machiavel réaliste. Ainsi, dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel conseille à quiconque veut établir la forme d'un État et lui donner des lois, de « supposer d'abord que tous les hommes sont méchants et disposés à faire usage de leur perversité toutes les fois qu'ils en ont la libre occasion »64(*). Dans la même lignée, Bacon et Hobbes ont illustré et repris Plante (cf Asimaria, II, 4, 88) en affirmant que homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme). Puisqu'il est ainsi de la nature de l'homme, il est évident, selon Machiavel, qu'on ne peut pas « être bon » pour gouverner de tels êtres, car « ce n'est que par le péril qu'on n'échappe au péril », c'est-à-dire le mal ne peut être guéri que par le mal. Bien sûr, comme le remarque H. Arendt, Machiavel « ne dit ni ne voulût dire qu'il faut apprendre aux hommes à être mauvais »65(*), mais apprendre aux princes qu'il est utile « de connaître l'origine des haines et des divisions, afin que, rendus sages par le péril d'autrui, ils puissent maintenir la concorde »66(*). « Lorsque Machiavel dit que les hommes sont méchants, il entend seulement dire qu'ils sont inconstants, trompeurs et soumis à leur intérêt égoïste et présent »67(*).

    II. 9. Sur la religion

    On l'a beau injurier et qualifier d'athée, pourtant Nicolas Machiavel fut un dévot catholique. Son inhumation dans la chapelle familiale des Machiavelli, à l'église Santa Croce, prouve bien qu'il mourut catholique. Il assista aux sermons du moine Savonarole qui le fascinait ; il admira la façon dont le moine établit son pouvoir sur le peuple. Lorsque les Français organisaient un concile à Pise où ils voulaient élire un anti-pape à Jules II, c'est Machiavel qui est intervenu et qui a fait avorter ledit concile. Il semblait avoir la crainte de Dieu puisqu'il conseilla au prince de ne jamais se fier complètement aux troupes mercenaires car celles-ci  « n'ont ni crainte de Dieu ni probité à l'égard des hommes »68(*). Il voit sa sortie de prison comme une intervention divine quand il déclare : « J'ai été sur le point de perdre la vie, mais Dieu et mon innocence m'ont heureusement sauvé »69(*). L'un de ses fils, Niccolò, devint même chanoine70(*), ce qui prouve que ce dernier aurait reçu de son père une éducation chrétienne.

    Le Prince est plein des citations bibliques, de l'Ancien Testament notamment. A voir la façon dont Machiavel accoste les faits bibliques à son expérience administrative, on s'interroge si l'accusation d'athée faite contre lui est logiquement justifiable71(*). Plus parlant encore est la conclusion de L'art de la guerre quand il invite le nouveau prince italien à créer une armée nationale pour se défendre des ennemis. Il le lui demande « au nom de Dieu tout puissant, et de sa très glorieuse Mère, Madame Sainte Marie toujours Vierge, et du glorieux précurseur du Christ, Jean-Baptiste, avocat, protecteur et patron de cette République florentine (...) »72(*). Quoique les Italiens de son époque aient fait de la religion une mauvaise conseillère, Machiavel, tout en étant sûr qu'il serait désastreux aux gouvernants d'adapter leurs actes à l'éthique chrétienne, considéra tout de même la religion comme un élément très important pour l'unification du peuple, la paix et l'ordre.

    Peut-être que ce fait n'est pas connu non plus : le prince qu'attend Machiavel pour libérer l'Italie est un homme prudent et vertueux, un envoyé de Dieu. « On voit qu'elle (l'Italie) prie Dieu pour qu'il lui envoie quelqu'un qui l'affranchisse de ces cruautés et de ces insolences barbares (...) Et on ne voit pas ici présentement en qui elle pourrait espérer d'avantage qu'en votre73(*) illustre Maison, qui, avec sa fortune et sa vertu, favorisée par Dieu et l'Église, dont elle est maintenant prince, peut se faire chef de cette rédemption »74(*).

    II. 10. La fin justifie les moyens

    Comme Aristote qui mettait l'action sur la cause finale qui, d'après lui, valorise la cause matérielle d'une oeuvre d'art, Machiavel justifie les moyens à partir de l'objectif poursuivi. Si pour les moralistes d'une action mauvaise ne peut en découler une bonne, pour Machiavel toute action est bonne si et seulement si elle vise les objectifs suivants : la liberté par rapport à la domination étrangère, la stabilité ou le règne de la loi, la prospérité, la gloire ou l'empire. « Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s'il y réussit, tous les moyens qu'il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde »75(*). La vertu au sens effectif du terme est la somme des habitudes requises pour parvenir à cela. A quoi Leo Strauss renchérit : «  Tout ce qui est fait effectivement en vue de cette fin est bon. Cette fin justifie tous les moyens. La vertu n'est rien d'autre que la vertu civique, le patriotisme ou le dévouement à l'égoïsme collectif »76(*). On ne dira donc pas que la normativité est absente de la pensée de Machiavel. S'il entend d'abord décrire les hommes tels qu'ils sont, la maîtrise de la nécessité implique l'évaluation et donc le choix.

    II. 11. Conclusion

    La philosophie politique de Machiavel est le fruit de son expérience et de ses lectures. Comme l'indique sans ambiguïté le chapitre final de Le Prince, l'Italie a besoin d'un prince qui sache la soigner de ses blessures et de bâtir aux fondations sûres, autrement dit d'un prince à la fois médecin et architecte. A trop définir le prince dépeint par Machiavel - parce qu'il n'est pas un lieutenant de Dieu sur terre - on oublie qu'il faut aussi l'envisager positivement à partir de sa virtù, mais aussi à travers le réseau dense de métaphores et de comparaisons qui l'apparente à un médecin qui prévient la maladie ou la guérit, mais aussi à un architecte et bâtisseur. Le fondateur d'un État, qu'il le crée ou qu'il en prenne le commandement à un moment où celui-ci est en ruine, est par excellence l'objet des louanges machiavéliennes. Pourtant, comme Maurice Joly le fait dire à Machiavel dans Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, les hommes, ayant mal compris Machiavel, ont qualifié sa pensée d'immorale en lui adjoignant l'adjectif « machiavélique ». D'où « le machiavélisme » que nous aborderons dans le chapitre suivant.

    CHAPITRE III

    LE MACHIAVÉLISME COMME RÉALISME PRAGMATIQUE

    DANS L'AGIR POLITIQUE

    III.0. Introduction

    « L'ancien secrétaire d'État de la République florentine n'a point encore oublié le langage des cours. Mais que peuvent avoir à échanger ceux qui ont franchi ces sombres rivages, si ce n'est des angoisses et des regrets ? » Nous aimerions entamer ce voyage dans le machiavélisme avec ces deux phrases de Montesquieu dont l'une est une assertion et l'autre une question posée à Machiavel dans le très célèbre dialogue de Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu77(*). A en croire l'auteur, Nicolas Machiavel et Charles Montesquieu seraient descendus aux enfers après leur trépas. Et pour cause ? Leurs philosophies, sans doute ; puisque l'un écrivit Le Prince et l'autre De l'Esprit des Lois, deux traités sur le pouvoir exécutif. Cependant, comme le fait remarquer Machiavel à Montesquieu dans le même dialogue, « Qu'importe la mort pour ceux qui ont vécu par la pensée, puisque la pensée ne meurt pas ? »78(*). De fait, la pensée ne meurt pas et c'est pourquoi, même détestée, la pensée de Machiavel est toujours présente dans l'arène politique.

    Tout au long de ce chapitre nous montrerons comment Machiavel reste un modèle dans la politique. Il est vrai qu'aucun chef d'État n'a harangué la foule avec un discours ayant pour incipit : « comme le disait Machiavel», d'autant plus que l'auteur s'est vu associer l'adjectif péjoratif « machiavélique ». Cependant, les idées de Machiavel sont reprises d'une façon ou d'une autre par bon nombre des gouvernants. Il y en a mêmes qui sont allés à l'extrême. Au XXè siècle, par exemple, il y a eu des dirigeants qui portèrent la pensée machiavélienne à un extrême que Machiavel lui-même n'aurait jamais imaginé78(*). Faut-il parler d'une déformation ou d'une incompréhension philosophique ? « La morale change avec les époques - disait le théoricien politique Chinois Shang Yang - elle se conforme à l'esprit du siècle, de même que les machines sont conçues pour l'usage qui en est fait »79(*). D'après Meinecke, « la dénaturation de la pensée de Machiavel en une doctrine du machiavélisme s'explique par l'oubli, consécutif au recul de la mentalité néo-païenne après le sac de Rome, du but moral de sa politique, la régénération de l'antique virtù du peuple italien (...). Le prince nouveau qui devait reconstruire l'État et restaurer ainsi l'ancien esprit romain, se trouva réduit à la figure de l'usurpateur et interprété, par la suite, à travers les catégories traditionnelles de la tyrannie »80(*).

    Dégager les matériaux du machiavélisme, étudier le machiavélisme en lui-même (à l'état pur), le fixer, le définir, examiner comment et en quel sens il s'est développé ou il a dévié postérieurement, ce qu'il a produit, ce qui est né de lui, quelles ont été, quelles peuvent être encore les oeuvres déçues de cette oeuvre écrite, tel est l'itinéraire que nous allons prendre dans ce chapitre où nous allons également faire intervenir quelques philosophes. Pour ce faire, nous disséquerons le machiavélisme en trois parties : le « pré-machiavélisme » ou « machiavélisme avant Machiavel », le « machiavélisme authentique » ou « machiavélisme de Machiavel », et le « post-machiavélisme » ou « machiavélisme après Machiavel ». Dans chaque période nous étudierons certains gouvernants machiavéliens ou machiavéliques, selon qu'ils ont gouverné comme l'a voulu Machiavel lui-même ou qu'ils ont déformé sa pensée. Mais tout d'abord, le concept machiavélisme.

    II.1. Le Machiavélisme

    Le machiavélisme n'est pas né au pays de Machiavel, en Italie. Il semble qu'il soit né en France. Mais en tant qu'agir, il a toujours existé. Machiavel lui-même semble le confirmer par le biais de Maurice Joly : « Le Machiavélisme est antérieur à Machiavel. Moïse, Sésostris, Salomon, Lysandre, Philippe et Alexandre de Macédoine, Agathocle, Tarquin, Jules César, Auguste et même Néron, Charlemagne, Théodoric, Clovis, Hugues Capet, Louis XI, Gonzalve de Cordoue, César Borgia, voilà les ancêtres de mes doctrines »81(*). Né, va-t-on dire, avant son père, le machiavélisme a survécu et survit encore avec une vraisemblable espérance d'éternité, universellement, à la nature, à la vie, à la société et à l'histoire des hommes. Le Dictionnaire Robert en donne cette définition : « le recours à la perfidie et à la ruse pour atteindre le but visé »82(*), tandis que le Dictionnaire Sans Agent le définit comme la « doctrine de Machiavel qui prône l'efficacité politique au détriment de la défense de la morale »83(*).

    Après l'expansion du mot, tout devient machiavélisme. Au XVIIè siècle on parlait de différentes sortes de machiavélisme : machiavélisme médical, machiavélisme rustique, machiavélisme théologique, machiavélisme littéraire, machiavélisme juridique, etc. On parlait même du machiavélisme érotique qui serait issu de L'Art d'aimer d'Ovide, du machiavélisme marital qui aurait été inventé par Honoré de Balzac, et du machiavélisme de veuvage (des veufs et veuves), inventé par Tommasini84(*). Au XXe siècle apparurent d'autres variantes : machiavélisme traditionaliste (avec Franco et Maurras), machiavélisme démocratique (Charles De Gaulle), machiavélisme révolutionnaire (Lénine, Staline et Mao Ze Dong).

    On comprend que, visée, touchée et retouchée ainsi au cours de six siècles, la figure de Machiavel ait pris des aspects très différents, les uns des autres, qui l'ont rendue beaucoup plus sombre, beaucoup plus énigmatique, beaucoup plus compliquée qu'elle ne le fut. Le comble est que même ceux qui n'ont jamais lu une seule ligne de Machiavel se servent à tort et à travers des verbes, substantifs et adjectifs tirés de son nom.

    Puisqu'il n'est pas possible d'énumérer tous les machiavélistes (machiavéliens et machiavéliques), nous sélectionnons quelques-uns parmi ceux que nous pensons être les plus influents.

    II.1.1. Le Pré-machiavélisme ou machiavélisme avant Machiavel

    III.1.1.1. Jules César (100 / 101 - 44 av. J.C.)85(*)

    Jules César fut un grand général et homme politique romain. En 78 av. J.C., après la démission de Sylla, il entreprit une brillante carrière politique : questeur en 69 av. J.C., édile curule en 65 av. J.C., puis gouverneur en Espagne, il se joignit aux forces de Pompée et de Crassus pour former le premier triumvirat. Au début de 49 av. J.C., il marcha sur Rome, où il se fit nommer dictateur jusqu'à son élection au consulat en 48 av. J.-C. Il entreprit ensuite, entre ses campagnes, de profondes

    réformes : il affaiblit le pouvoir du sénat, des comices et celui des magistrats en multipliant le nombre de ces derniers. Sur le plan économique, il prit des mesures en faveur des travailleurs agricoles libres, en réduisant le nombre des esclaves, en fondant des colonies à Carthage et à Corinthe. Sa réforme du calendrier fournit à Rome un outil rationnel d'enregistrement du temps. Son habileté et sa sagesse furent de s'attribuer des pouvoirs sans partage, mais dans le respect de la légalité : il prit soin de se faire octroyer soit la dictature, soit le consulat, soit les deux fonctions simultanément pour une période d'abord limitée puis à vie. Machiavel loua la libéralité et la parcimonie dont il fit montre pour accéder à la tête de l'empire romain : « (Jules) César était un de ceux qui voulaient parvenir au principat de Rome ; mais si, après qu'il y était parvenu, il eût survécu et ne se fût pas tempéré dans ses dépenses, il aurait détruit ce pouvoir »86(*).

    II.1.1. 2. Hérode le Grand (73 - 4 av. J. C.)87(*)

    Hérode Ier le Grand, roi de la Judée sous les Romains et fondateur de la maison Hérodienne, joua un rôle majeur dans les affaires du Proche-Orient au 1er siècle av. J.-C. Mais il est probablement mieux connu comme le tyran dont le portrait se trouve dans le Nouveau Testament. Afin d'être accepté par la dynastie asmonéenne, au pouvoir jusque là, il épouse la princesse Mariamne : tous les moyens sont bons pourvu qu'on ait atteint l'objectif visé. Cependant, son alliance ne lui apportant pas le soutien espéré, il décide de tuer la famille asmonéenne, sa femme y compris. En 46, Sextus César le nomme stratège de Coelé-Syrie et de Samarie. En 43, Hérode, appuyé par Caius Cassius Longinus, qui l'a nommé intendant de Syrie, venge son père en faisant assassiner Malichos près de Tyr. Malgré ses oeuvres grandioses (construction en Judée des théâtres, amphithéâtres et cirques, et la reconstruction du Temple de Jérusalem), Hérode reste un des princes les plus machiavéliques de l'histoire.

    III.1.2. Le machiavélisme authentique ou machiavélisme de Machiavel

    II. 1.2.1. César Borgia (1475-1507)88(*)

    Fils du pape Alexandre VI, César Borgia s'est rendu fameux par ses crimes et ses perfidies. Il fit périr par le fer, la corde ou le poison, la plupart des petits princes qui régnaient en Italie. Outre les crimes politiques, dont il se faisait un jeu, on l'accuse d'avoir fait assassiner son frère aîné, le duc de Gandie, dont il était jaloux, et d'avoir entretenu un commerce incestueux avec Lucrèce Borgia, sa soeur. L'historien français, Marc Venard, écrivit un dialogue dans lequel, devant la porte du paradis, l'Apôtre Pierre reproche au pape Jules II sa violence contre César Borgia89(*).

    Après avoir été emprisonné à deux reprises, Borgia fut tué au siège de Viana, en 1507. Conformément à son règne, d'aucuns le placeraient du côté des machiavéliques. Pourtant, Machiavel le présente comme le modèle du prince, parce que « sa cruauté rétablit l'ordre, l'union, la paix et la foi dans la Romagne (...) » 90(*); un choix que Fichte justifie en précisant : « le point par lequel il (Machiavel) le recommande comme modèle (dans une province totalement revenue à l'état sauvage, il a introduit en peu de temps tranquillité, ordre et sécurité publique, il s'est fait accepter par ses sujets, etc.), est en effet digne d'éloge, d'autant plus que c'était extrêmement rare à cette époque »91(*). Ainsi, « un prince ne doit donc point s'effrayer de ce reproche (la cruauté), quand il s'agit de contenir ses sujets dans l'union et la fidélité »92(*)

    II.1.2.2. François Ier ( 1494 - 1547)93(*)

    Roi de France de 1515 à 1547, François Ier apparaît comme un monarque de caractère, avide de gloire, enjoué, séducteur et fougueux, mais ferme quand c'est nécessaire. Il est considéré comme le monarque emblématique de la période de la Renaissance française. Son règne permet un développement important des arts et des lettres en France. Sur le plan militaire et politique, le règne de François Ier est ponctué des guerres et d'importants faits diplomatiques. C'est pendant son règne que la collection d'oeuvres d'art des rois de France, aujourd'hui exposée au Louvre, commence réellement. Il favorisa le développement de l'imprimerie en France et fonda l'Imprimerie royale dans laquelle oeuvrèrent des imprimeurs comme Josse Bade et Robert Estienne. C'est lui que Machiavel glorifie quand il dit :

    « Parmi les royaumes bien ordonnés et gouvernés de notre temps, il y a celui de France,

    et on trouve en celui-ci une infinité de bonnes constitutions, dont dépendent la liberté

    et la sécurité du roi (...) parce que celui qui ordonna le royaume, connaissant l'ambition

    des puissants et leur insolence, et jugeant qu'un frein à la bouche, qui les corrigeât,

    leur était nécessaire, et connaissant d'autre part la haine de l'ensemble du peuple

    à l'égard des grands, fondée sur la peur, et voulant les rassurer, il ne voulut pas que celle-ci

    fut le souci particulier du roi, pour lui épargner la responsabilité à avoir à l'égard

    des grands, en favorisant les gens du peuple, à l'égard des gens du peuple,

    en favorisant les grands »94(*).

    II.1.3. Le Post machiavélisme ou machiavélisme après Machiavel

    II.1.3.1. Otto Von Bismarck (1815-1898)95(*)

    S'il est un homme à qui l'on peut sans conteste appliquer l'expression allemande Menschen, die Geschichte machen (« les hommes qui font l'histoire »), c'est bien le prince de Bismarck. Sa forte personnalité a marqué profondément l'histoire de son temps, qu'il s'agisse de l'Allemagne ou de l'Europe tout entière. Il s'applique à consolider le Reich bismarckien en luttant contre ses ennemis - catholiques (Kulturkampf), socialistes, minorités ethniques - en le dotant d'institutions communes et surtout d'une armée puissante, une initiative que Machiavel recommande avec insistance au prince. Doté d'une vision politique forte et autoritaire, il entend réunifier l' Allemagne par «  le fer et le sang » et confier à la Prusse le rôle principal de cette unification. Fin politicien, il s'allie à l' Autriche pour conquérir le Schleswig-Holstein, puis renie son alliée et entre en guerre contre elle. Selon lui, la politique n'est pas une science exacte comme se l'imaginent beaucoup de professeurs, mais un art. Sa politique tant intérieure qu'extérieure « sent » du machiavélisme pur. Il doit, sans aucun doute, faire partie de ceux qui ont fait de Le Prince leur livre de chevet.

    II.1. 3.2. Adolf Hitler (1889-1945)96(*)

    L'homme qui, à la tête de l'Allemagne nationale-socialiste, fit trembler le monde avant de se donner la mort le 30 avril 1945, à 56 ans, était destiné à laisser dans l'histoire un long sillage d'horreur. Après le traumatisme de la défaite allemande aggravée de la révolution « rouge », lorsque, devenu conscient de ses dons d'agitateur et d'orateur, Hitler s'atèle, comme Machiavel, à la rédaction de l'ouvrage de sa vie, l'indigeste et explosif Mein Kampf (Mon Combat, 1924-1925) qui est une bible, la bible d'un racisme grossier (a satanic bible, diront les anglophones), mais d'autant plus efficace le jour où les circonstances et les rapports de forces lui seront favorables : « Mein Kampf n'est pas un traité idéologique : c'est un guide d'action »97(*). Hitler est visiblement un démagogue prodigieux. Même s'il dessinait, peignait et vendait ses dessins et ses peintures à huile, sa vraie passion, son obsession était la politique. En 1932 son parti98(*) devint le premier parti d'Allemagne grâce à sa démagogie, sa violence, grâce aussi à sa propagande, qui trouve un large écho dans l'opinion publique.

    Ce qui frappe chez Hitler, depuis 1934 où il prît le pouvoir, c'est son sens de l'action politique et sa démagogie. Il fut, d'après Alan Ballock, le plus grand démagogue de l'histoire, un de ces dirigeants qui portèrent le machiavélisme à un extrême que Machiavel lui-même n'aurait jamais pensé. Mais il eut d'autres maîtres que Machiavel : son idée du grand Reich allemand fut empruntée aux pangermanistes ; celle de la superiorité de la race germanique vient de Gobineau, Chamberlain et Nietzche ; l'apologie de la guerre, de la violence et le culte de la force lui viennent sans doute de E. Moritz Arendt et de Hegel. D'après Hitler, la volonté et la force sont les deux clefs qui ouvrent la porte de la foule (le peuple). On voit bien là une silhouette péjorative de l'aphorisme machiavélien, « gouverner par les lois et par la force ».

    III.1. Les Leaders dits exemplaires

    En tout réalisme, on peut avouer que les moyens employés en politique n'ont guère changé depuis Machiavel (lesquels moyens sont d'ailleurs pré-machiavéliens, comme indiqué supra). Les exemples où la fourberie et la force l'emportent sur l'honnêteté et le droit, l'arbitraire sur la justice et la démocratie, le mal sur le bien, composent jusqu'à nous toute l'histoire. Les meurtres des honnêtes leaders tels que Mahatma Gandhi, John Kennedy, Martin Luther King, etc, semblent confirmer ce dit de Machiavel : « l'histoire de notre temps enseigne que les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su adroitement endormir la cervelle des gens ont en fin de compte triomphé des honnêtes et des loyaux ». Mais, l'histoire ne peut-elle pas être changée, surtout quand elle a pris comme le dit Myriam Revault D'Allonnes, « non plus le visage du destin mais le visage de la terreur »99(*)? Thomas More, Nelson Mandela, Marien Ngouabi, Julius Nyerere, ... ont-ils gouverné par les lois et par la force ? C'est à quelques princes de cette trempe qu'est orientée la présente réflexion. Leur art de gouverner nous dira s'il faut clouer au pilori Machiavel ou lui donner acte.

    III.1.1. Mohandas Karamchand Gandhi, dit Mahatma Gandhi (1869 -1948)100(*)

    Le leader politique indien est pour beaucoup un témoin lumineux pour l'humanité. On le qualifie de politicien le plus saint. Bien que la non-violence, l'ahimsa, figurait déjà dans les enseignements de Bouddha101(*) et dans la Bible102(*), Gandhi transforma cette sagesse en enseignement politique et devint le premier leader à penser la non-violence en termes de stratégie politique. Pour lui, la non-violence est une attitude plus courageuse que la violence, un regard de bienveillance et de bonté envers le prochain ; elle est, selon lui, le principe de la recherche de la vérité, son credo.  I believe in the principle of non violence103(*), aimait-il dire. Selon lui, la tolérance et la fraternité universelles sont les seuls chemins de bonheur pour l'humanité. Une notion qu'il élabora merveilleusement dans son vibrant Tous les hommes sont frères (1948).

    Gandhi a eu le pouvoir politique à portée de main mais ne l'a pas pris parce qu'il est allé au bout de sa conviction, celle d'après laquelle l'exercice du pouvoir amenait à faire preuve de violence. Cependant, « sur les traces » de Machiavel, Gandhi préconise la violence quand celle-ci est préférable à la lâcheté : « Je crois vraiment, affirme-t-il en 1920, que là où il n'y a que le choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. (...) C'est pourquoi je préconise à ceux qui croient à la violence d'apprendre le maniement des armes. Je préférerais que l'Inde eût recours aux armes pour défendre son honneur plutôt que de la voir par lâcheté, devenir ou rester l'impuissant témoin de son propre déshonneur »104(*) . Qu'un homme aussi saint que Gandhi arrive à encenser la violence politique ajoute un plus dans la pensée du vénérable Machiavel.

    III.1.2. Joseph Kasa-Vubu (1915-1969)

    Kasa-Vubu, d'abord dirigeant de l'Abako105(*) puis premier président du Congo-Kinshasa, est sans doute un des spécimens des chefs d'État congolais et africains. Cependant, « Sa vie, pourtant très passionnante : son parcours politique, riche, passe presque inaperçu ; ses idées politiques et son rôle dans le processus de l'indépendance, pourtant déterminants sont mis sous l'éteignoir. Son personnage, pourtant exemplaire, ne fait pas école »106(*). Son éducation religieuse avait fait de lui un homme de droiture, d'honnêteté, de vérité et de simplicité en toute chose. « Les week-ends, il aimait se rendre dans ses plantations près de Ndjili, en compagnie de Mama Hortense et du chauffeur - car il ne conduisait pas - sans garde du corps »107(*). Cet amour de la terre, Machiavel en a parlé : le prince « doit convaincre ses citoyens qu'ils peuvent tranquillement exercer leurs métiers et dans le commerce, et dans l'agriculture et dans tout autre métier des hommes »108(*). Et pour convaincre son peuple, le chef doit se montrer exemplaire. Ainsi, Kasa-Vubu, dans une adresse mémorable (le 29 juin 1965), attira l'attention des Congolais pour que « tous ceux qui assurent un mandat politique participent à la campagne pour le retour à la terre »109(*).

    Son détachement des biens matériels, sa franchise en matière des fonds publics, restent un mystère même parmi ses proches : « l'argent de l'État appartient à l'État », tel était son slogan. Toujours soucieux de l'intérêt général, comme tout prince digne de ce nom, Kasa-Vubu n'hésitait pas à associer dans la gouvernance de l'État ceux qu'ils croyaient agir dans le même sens que lui ; ceci pour soutenir sa thèse humaniste africaine selon laquelle, « lorsque vous allez à la chasse et que vous tuez un gros gibier, la viande est toujours partagée entre ceux qui ont chassé et ceux qui sont restés au village»110(*). Le Congo étant tellement grand, il nécessitait plus que deux personnes pour le diriger : « Lumumba et moi ne pourrions le diriger seuls. Il faut viser l'intérêt général »111(*). A ce prix, Kasa-Vubu peut être tenu pour sage car, d'après Machiavel, « la première conjecture qu'on fait du cerveau d'un seigneur, est de voir les hommes qu'il a autour de lui, et quand ils sont capables et fidèles, on peut toujours lui donner la réputation de sage, parce qu'il a su reconnaître leurs capacités (...) »112(*).

    III.1.3. Denis Sassou N'guesso (né en 1943)

    Présenter un Mandela ou un Gandhi comme exemple d'un chef d'État c'est mettre tout le monde à l'aise, mais faire autant avec un Sassou c'est susciter des tensions. Tout de suite l'on va évoquer ses dépenses somptueuses à Paris et ailleurs, son intérêt dans la politique gabonaise, etc. Pourtant, pour André Soussan, « l'histoire de cet enfant, Denis Sassou Nguesso, qui rêvait d'être instituteur mais qu'une injustice sociale écarta de l'enseignement, est exemplaire »113(*). Pour cet écrivain franco-danois, le chef d'État congolais (République du Congo), est un des hommes politiques pour qui l'honneur est la vertu cardinale ; une vertu qui constitue le pivot de l'enseignement politique de Machiavel comme le pouvoir en constitue celui de Hobbes114(*). Ainsi, Soussan le classe dans la trempe des Ben Gourion, des Sadate, des De Klerk, des Reagan, des Mandela...

    Sassou N'guesso est un homme d'un sourire franc et d'une rectitude morale, attentif aux besoins de son peuple. Comme militaire, N'guesso n'hésitait pas à dire non au président de la République « quand la vie des civils innocents était en jeu »115(*). Comme chef d'État, il se distingua plus, au cours de son deuxième mandat, lors de la Conférence Nationale Souveraine en 1991, avec son fameux « J'assume », un discours dans lequel il se fit lui-même bouc émissaire pour le bien de sa nation. « Il ne reste donc que moi aujourd'hui, dernier chef d'État que la démocratie pluraliste a trouvé pour répondre en leur nom (des dirigeants passés) de la gestion de notre pays par le système monopartite. Des compagnons de grande expérience et de profonde conviction vous ont dit leur part de vérité et tout le bien qu'ils ont fait. Le mal, je suis donc le seul à l'assumer et je l'assume à titre collectif et individuel, au nom de tous les dirigeants de ce pays qui ne sont plus »116(*).

    Les propos pertinents soulevés dans son discours d'investiture (29 août 2009), parlent exactement de ce que l'on attend d'un prince vertueux : « Convertissez-vous à la religion du travail bien fait. Visez tous et pour tout l'excellence. Jetez bas la médiocrité, la tricherie et toutes les autres anti-valeurs » ; « Qu'il soit clair pour tous que le peuple ne veut pas et ne doit pas être conduit sur le `Chemin d'Avenir'117(*) par des dirigeants sans scrupule ni vertu. De même que le peuple ne veut plus et ne doit plus être mené par des hommes qui ne donnent pas le meilleur d'eux-mêmes pour le servir » ; « Parmi les premières attentes de notre peuple, il y a l'espoir que s'arrête rapidement la dérive morale qui est en train de gangrener notre société. Je veillerai donc davantage avec rigueur à ce que les personnes que je nomme aux différentes fonctions d'État soient exemplaires et de bonne éthique, capables de faire respecter, au nom de l'autorité impartiale de l'État qu'elles incarnent, les lois et les règlements de notre pays. Tout manquement, toute faiblesse m'amènera à en tirer les conséquences » 118(*)... Aujourd'hui, la République du Congo a atteint le point d'achèvement des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), sous sa gouvernance, et il est, d'après le Club des medias africains, l'homme politique de l'année 2009119(*). Dans les rues de certaines villes africaines, on entend dire de lui qu'« il aime bien son pays », tout comme aimait le dire le sagace Machiavel : « Moi, j'aime bien ma patrie plus que mon âme (...) »120(*).

    III.2. Machiavel vu par les autres philosophes

    Nous avons pensé faire intervenir ceux à qui, selon Platon, la direction des affaires publiques doit être confiée : les philosophes. En vertu de leur capacité de pénétrer les réalités et à fixer leur connaissance dans le domaine de l'immuable et de l'éternel ; en vertu du pouvoir qu'a leur âme de s'ouvrir sur le monde des idées où ils voient la Justice, le Beau et le Bien dans toute leur splendeur et être à même, tel un peintre, d'en reproduire ici-bas l'exemplaire divin121(*), seuls les philosophes sont capables de nous dissuader de la philosophie politique de Machiavel.

    III.2.1. Spinoza (1632-1677)

    Dans son Traité politique, Spinoza reprend sur des points essentiels les idées de Machiavel. Il partage l'avis machiavélien selon lequel une société, où existe le régime monarchique, où les meilleurs ont le pouvoir, doit être instituée pour ne pas être précipitée dans la tyrannie et pour que la paix et la liberté des citoyens demeurent inviolées. Pour lui, la philosophie de Machiavel est efficace du point de vue même de l'objectif visé par l'auteur lui-même : la conquête et la conservation du pouvoir pour l'unification de l'Italie. A travers sa pensée politique, Spinoza fait apporter le meilleur témoignage de l'influence considérable que Machiavel a exercée au XVIIè siècle tant sur les philosophes qui l'ont médité, que sur les hommes d'État qui ont appliqué plus ou moins sagement sa philosophie : « De quels moyens un Prince omnipotent, dirigé par son appétit de domination, doit user pour établir et maintenir son pouvoir, le très pénétrant Machiavel l'a abondamment montré »122(*). Selon Spinoza, Machiavel mérite d'être honoré parce qu'il a légué à l'humanité des propos salutaires, ainsi qu'il le dit lui-même : « Et je suis d'autant plus disposé à juger ainsi de ce très habile auteur qu'on s'accorde à le tenir pour un partisan constant de la liberté et que, sur la façon dont il faut la conserver, il a donné des avis très salutaires »123(*).

    III.2.2. Jean Jacques Rousseau (1712-1778)

    J. J. Rousseau, lui aussi, cite Machiavel à plusieurs reprises dans Du Contrat Social. Comme tous ceux qui ont lu Machiavel honnêtement, Rousseau sait que l'auteur du Prince n'est pas un machiavélique. Pour lui, la philosophie de Machiavel donne enfin au peuple l'occasion de dire ouf face au sadisme des princes :

    « Leur intérêt personnel est premièrement que le Peuple soit faible, misérable,

    et qu'il ne puisse jamais leur résister. J'avoue que, supposant les sujets

    toujours parfaitement soumis, l'intérêt du Prince serait alors que le peuple

    fût puissant, afin que cette puissance étant la sienne le rendît redoutable

    à ses voisins ; mais comme cet intérêt est secondaire et subordonné,

    et que les deux suppositions sont incompatibles, il est naturel que les

    Princes donnent toujours la préférence à la maxime qui leur est la plus

    Immédiatement utile. C'est ce que Samuel représentait fortement aux

    Hébreux ; c'est ce que Machiavel a fait voir avec évidence »124(*).

    Ce qui, aux yeux de Rousseau, fait passer Machiavel pour un républicain car, « En feignant de donner des leçons aux Rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel est le livre des républicains »125(*). Conscient de l'incompréhension dont souffre le florentin, Rousseau lui rend justice : « Machiavel était un honnête homme et un bon citoyen ; mais, attaché à la maison de Médicis, il était forcé, dans l'oppression de sa patrie, de déguiser son amour pour la liberté. Le choix seul de son exécrable héros manifeste assez son intention secrète ; et I'opposition des maximes de son livre du Prince à celles de ses Discours sur Tite-Live, et de son Histoire de Florence, démontre que ce profond politique n'a eu jusqu'ici que des lecteurs superficiels ou corrompus »126(*).

    III.2.3. Nietzsche (1844-1900)

    « Nietzsche présente Machiavel comme le penseur de la force et de la violence ; mais pour y découvrir l'expression d'une volonté de puissance créatrice, indemne du platonisme, du christianisme et de toute dépréciation morale de la vie »127(*). Las de ceux qui, selon lui, « ont sur la conscience l'espèce la plus malpropre et la plus incurable du christianisme qui soit » - c'est à dire Luther et les allemands - Nietzsche exalte Machiavelli qui, avec Le Prince, « nous fait respirer l'air sec et subtil de Florence et ne peut se retenir d'exposer les questions les plus graves au rythme d'un indomptable `allegressimo', non sans prendre peut-être un malin plaisir d'artiste à oser ce contraste : une pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse et un rythme galopant, d'une bonne humeur endiablée »128(*).

    Pour Nietzsche, ce qui fait la force de Machiavel est son appartenance à « cette dernière grande moisson que l'Europe aurait engrangée, la Renaissance », qu'il présente comme le triomphe des valeurs aristocratiques. Nietzsche semble considérer Le Prince comme l'une des rares exceptions au nihilisme qui caractérise, selon lui, l'ensemble de la modernité. Ainsi dans son Tractatus Politicus (un fragment posthume), il déclare que le machiavélisme est indéniablement le type de la perfection en politique, et que « le machiavélisme pur, sans mélange, cru, vert, dans toute sa force, dans toute son âpreté, est surhumain, divin, transcendent ; il n'est jamais atteint par l'homme, tout juste affleuré »129(*).

    III.2.4. Hannah Arendt (1906-1975)

    Pour Hannah Arendt, nul peut-être n'a plus vivement senti le danger de faire le bien - qui est pour elle non pas seulement impossible dans les bornes du domaine public, mais aussi l'ennemi mortel de ce domaine - que Machiavel qui, « dans une page célèbre, osa enseigner `à ne pas être bon' ». Pourtant, poursuit Hannah Arendt, Machiavel ne dit ni ne voulut dire qu'il faut apprendre aux hommes à être mauvais. Selon elle, le critère de l'action politique de Machiavel était la gloire, comme pour l'antiquité classique, et le mal échappe à la gloire autant que le bien. Par conséquent, tous les moyens sont mauvais par lesquels « on peut conquérir quelques seigneuries mais non pas honneur »130(*).

    De ce fait, Arendt loue la dissimulation machiavélienne, dans la mesure où cette dernière mène à des bonnes fins, notamment, ce que le géant Aristote nomme « l'intérêt commun ». Ainsi, d'après Hannah Arendt, si Machiavel a sapé la morale de l'Église catholique c'est parce que celle-ci participait dans les affaires du siècle et corrompait la politique italienne131(*). C'est bien ce que Machiavel lui-même déclare : «L'Italie fut tranquille jusqu'à l'avènement d'Adrien V au pontificat. Charles d'Anjou continuait de résider à Rome, et la gouvernait en vertu de son titre de sénateur. Le pape, ne pouvant supporter son autorité, alla se fixer à Viterbe, et pressa l'empereur Rodolphe de venir en Italie attaquer Charles. C'est ainsi que les papes, tantôt par zèle pour la religion, tantôt pour satisfaire leur propre ambition, ne cessaient d'appeler les étrangers en Italie, et d'y susciter de nouvelles guerres »132(*).

    Machiavel, pour Hannah Arendt, fut, grâce à son courage et son zèle de la vérité, « le seul théoricien postclassique qui, dans un effort extraordinaire pour rendre à la politique sa dignité, entrevit l'abîme qui sépare la calme existence familiale des dangers de la polis. Il montra comment ` le condottiere s'élève d'une basse condition jusqu'au premier rang', de la vie privée au principat, donc des conditions communes à la gloire des grands exploits »133(*) .

    III. 3. Les limites de la pensée de Machiavel

    Le diplomate zélé de Florence, Machiavel, a donné, aux dires de Spinoza, des propos salutaires. Mais il est aussi salutaire d'avouer qu'il n'a pas laissé une philosophie immaculée. Pour certains grands penseurs, comme Voltaire et Merleau-Ponty, Nicolas Machiavel est l'histoire d'une grande déception, d'une profonde diabolisation des hommes. Pour ces penseurs, Machiavel est indéniablement lié au machiavélisme machiavélique. « Comment le comprendrait-on ? », se demandait Merleau-Ponty, « On s'accommoderait d'un cynique qui nie les valeurs ou d'un naïf qui sacrifie l'action. On n'aime pas ce penseur difficile et sans idole »134(*). Selon lui, le machiavélisme reste le monde de la politique « en tant qu'elle est le mal ».

    En préfaçant l'Anti-Machiavel de Frédéric II, Voltaire se dit venir à la rescousse des hommes qui ploient sous le joug de la pensée de Machiavel. « Je crois rendre service aux hommes en publiant l'Essai de critique sur Machiavel ». D'après lui, Machiavel s'est écarté du chemin de l'honnête à force de suivre l'utile. Sur ce, il ne peut être tenu pour vertueux. « Un homme donne au monde des leçons d'assassinat et d'empoisonnement et son traducteur ose nous parler de sa dévotion ! »135(*). Contrairement à ce qu'a enseigné Machiavel, pour Voltaire les hommes ne sont pas intrinsèquement méchants. En sus, oser tenir de pareils propos tout en prétendant avoir des choses utiles à donner aux mêmes hommes n'est rien d'autre que se contredire soi-même. « Mon ami, toi qui ne prêches que tout le monde est né pervers, tu m'avertis donc que tu es né tel, qu'il faut que je me méfie de toi comme d'un renard ou d'un crocodile »136(*). Pourtant, il reconnaît que Machiavel n'a pas entièrement tort : « J'avertis que tous les chapitres de ce livre (Anti-Machiavel) ne sont pas des réfections de Machiavel, parce que cet italien ne prêche pas le crime dans tout son livre »137(*).

    Pour Frédéric II, l'objectif de son ouvrage est d'opposer la raison et la justice à l'iniquité et au crime. « J'ai hasardé mes réflexions sur le Prince de Machiavel à la suite de chaque chapitre, afin que l'antidote se trouvât auprès du poison »138(*). Gentillet, l'auteur d'un autre Anti-Machiavel, réfute l'idée selon laquelle le christianisme est responsable d'un affaiblissement des moeurs civiques et militaires. Il critique sévèrement Machiavel et l'accuse de détourner les hommes de la religion : « voilà la maxime et les raisons que ce malheureux athéiste a vomies en ses beaux discours pour blâmer et mettre en mépris la religion chrétienne, nous mener à son athéisme et nous dépouiller de notre religion, crainte de Dieu, et de toute conscience, foi et loyauté, qui nous sont enseignés par notre religion chrétienne »139(*). Seulement, dans la praxis du pouvoir, Frédéric II se montra plus machiavélien qu'anti-machiavélien : la critique est aisée, l'art est difficile.

    III. 4. Conclusion

    Cette réflexion nous permet de conclure que Machiavel ne peut être tenu pour responsable du machiavélisme machiavélique car, celui-ci ne trouve pas sa source en Machiavel. Il n'a dit que ce qu'il a vu : « L'époque de notre auteur : c'est là, tout particulièrement, une donnée que, pour le juger, on ne doit jamais perdre de vue »140(*) ; et ce qu'il a dit c'est la vérité. Si dans l'usage, dans le langage courant, il y a plusieurs machiavélismes, en bonne justice il ne peut et il ne doit y avoir qu'un seul : celui de Machiavel, celui qu'a pratiqué Jules César, François Ier, Bismarck, etc. Personne ne peut échapper à Machiavel, même pas les gouvernants dits exemplaires, d'ailleurs ceux-ci font partie de ceux là qui ont vraiment compris le prophète Nicolas. En quoi sont-ils machiavéliens ? Citons juste un ou deux aspects par gouvernant : Gandhi, par exemple, a été machiavélien pour avoir préféré la violence à la lâcheté ; Kasa-Vubu a été machiavélien pour son souci d'unité nationale et son amour de la terre ; Sassou Nguesso est machiavélien pour son patriotisme et son profond zèle de stabilité politique... « Faire de grandes entreprises, donner par ses actions des rares exemples, c'est ce qui illustre un prince »141(*). C'est ce que les politiques exemplaires ont fait et ont toujours voulu faire.

    Eu égard de ce qui précède, nous pouvons sans ambiguïté concéder en tout réalisme que Machiavel vivra toujours : « S'il y a un machiavélisme au sens de Machiavel, c'est le machiavélisme éternel »142(*). On le détestera tout haut, mais on le suivra tout bas143(*), parce que les « crimes »144(*) de ses disciples sont consacrés par des grands exemples, conseillés par de grands besoins, inspirés à de grandes âmes, justifiés par de grands succès. Bref, tout est grand. Ce n'est pas pour rien que certains gouvernants, malgré l'emploi excessif de la force et de la ruse ou plutôt des lois et de la force dans leur art de gouverner, sont restés immortels dans la cervelle de leurs gouvernés. L'on pourrait évoquer des dictateurs comme Omar Bongo Ondimba (1935-2009), le créateur de la première radio du continent africain (Africa N.1) et Joseph-Désiré Mobutu alias Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (1930-1997), celui que Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing admiraient tant 145(*).

    IV. CONCLUSION GÉNÉRALE

    Dans ce travail nous avons voulu défendre la philosophie authentique d'un honnête homme, Nicolas Machiavel, pour lui rendre justice. Pour ce faire, nous avons étudié, dans le chapitre premier, le noble florentin dans l'ambiance de son époque ; ce qui nous a permis de mieux le comprendre et mieux le juger car, comme le dit le Talmud juif, « ne pas juger autrui sans se mettre à sa place ». Dans le deuxième chapitre, nous avons exposé sommairement la philosophie politique de l'incontournable Machiavel telle qu'il nous l'a léguée dans Le Prince, mais aussi dans L'art de la guerre, Discours sur la première décade de Tite-Live et Les histoires florentines. Le troisième chapitre qui se voulait une justification vis-à-vis de la pensée de Machiavel, nous a servi de réponse à la problématique : la politique est inséparable de Machiavel, et repenser la politique signifierait repenser le « machiavélisme  authentique ». Ce chapitre nous a conduit à conclure, d'abord, que le machiavélisme comme concept est né hors du pays de Machiavel ; ensuite, qu'il a existé avant Machiavel et qu'il existe encore après lui malgré toutes les critiques qu'on fait à l'homme ; enfin, que la pensée originale de Machiavel a été déformée par certains princes. En incluant les philosophes nous avons voulu accentuer ce dernier aspect tout en portant quelques critiques à cette philosophie pour montrer avec quelle prudence l'on devra l'aborder.

    Qu'il nous soit permis de rappeler que Machiavel fait partie de la tendance réaliste en politique, comme H. Arendt fait partie du réalisme intégral146(*). La tendance réaliste veut, non sans raison, que le domaine de la politique soit différent des autres (morale, économie...) à tel point qu'une réflexion sur la politique doit se dérouler en dehors des règles morales, religieuses, économiques : à Dieu ce qui est à Dieu, à l'homme ce qui est à l'homme. Encore est-il que Machiavel n'écarte pas complètement la religion, il lui donne plutôt sa place : « Dieu ne veut pas faire chaque chose, pour ne pas nous ôter le libre arbitre et la part de cette gloire qui nous revient »147(*). Ce n'est que compréhensible de voir un homme qui ne sait pas faire la distinction entre les différentes tendances politiques de crier au diable à Machiavel. Amelot de la Houssaye a raison de dire : « comme Machiavel est un auteur qui n'est ni à l'usage ni à la portée de beaucoup de gens, il ne faut pas s'étonner si le vulgaire est prévenu contre lui »148(*).

    Force est de souligner ou de rappeler que Machiavel ne s'adressait pas (d'abord) aux Européens en général, ni aux Asiatiques, ni aux Américains, moins encore aux Africains, mais à ses compatriotes, les Italiens. Il n'y a qu'à lire la conclusion de son classique pour s'en apercevoir. En s'adressant à la personne à qui il l'avait dédicacé, Laurent de Médicis dit Le Magnifique, Machiavel le conclut ainsi: « On ne doit donc pas laisser passer cette occasion, afin que l'Italie voie après si longtemps apparaître son rédempteur149(*)(...). Que votre illustre Maison prenne donc cet engagement, avec cet esprit et cette espérance avec lesquels on mène les entreprises justes, afin que, sous son enseigne, cette patrie soit ennoblie, et sous ses auspices, se vérifie ce dit de Pétrarque : `Vertu contre fureur prendra les armes, et le combat sera court, car l'antique valeur dans les coeurs des italiens n'est pas encore morte »150(*).

    Cependant, à lire attentivement ce chef-d'oeuvre, on se sent à la fois éveillé et attristé. Machiavel est un fin astucieux, un vrai stratège qui sait jouer habilement avec les humeurs : tantôt il apparaît loyal, tantôt déloyal ; tantôt il encourage le bien, tantôt il prône le culte du mal ; tantôt il exhibe sa foi chrétienne, tantôt il montre un visage pire que celui d'un païen endurci... . Ce travail peut servir de preuve à ce paradoxe de la philosophie de Machiavel. Cette versatilité peut nous mettre, comme énoncé à l'introduction générale, between the devil and the dead blue sea. Quoi qu'il en soit, une porte doit être fermée, une autre ouverte. Un homme est dit être vertueux lorsque de trois caractéristiques données il possède deux vertus et un vice ; autrement dit, lorsque la balance se penche sur le côté positif.

    De ce qui précède, il ne reste plus qu'à présenter Machiavel comme souverain, à le recommander à tous ceux qui rêvent d'un art de gouverner efficace. A ceux-là, nous disons : Ecce homo ! Ecce celui qui, par un souci de réalisme, entrevit de voir l'homme tel qu'il est, passionné et avide lorsqu'il est question de politique, et refuse de le juger mais lui donne les moyens d'être politiquement efficace. « Mon seul crime a été de dire la vérité aux peuples comme aux rois ; non pas la vérité morale, mais la vérité politique ; non pas la vérité telle qu'elle devrait être, mais telle qu'elle est, telle qu'elle sera toujours. Ce n'est pas moi qui suis le fondateur de la doctrine dont on m'attribue la paternité, c'est le coeur humain »151(*).

    Ceci dit, s'il y a quelque chose à changer ou à blâmer c'est le coeur humain : c'est de là que viennent tous les maux. En prime, l'histoire nous enseigne que ceux qui, en dehors du pouvoir, critiquent un régime en place, empruntent malheureusement le même chemin que ce régime quand ils sont élus. Lorsqu'il était candidat, Nicolas Sarkozy avait déclaré au cours d'un de ses meetings, en janvier 2007, qu'il ne serait jamais complice d'une dictature. Il avait critiqué les officines sur fond d'affaire Clearstream152(*), Jacques Chirac et sa politique Françafrique. Or, élu président, on se rend compte qu'il se comporte exactement comme Chirac, allant même jusqu'à augmenter son salaire de 140 % ! Comme quoi, « le pouvoir corrompt », et « Il n'est point d'homme au monde qui, pouvant tout et sans contrôle, ne sacrifie la justice à ses passions »153(*).

    Résolument, si Senghor recommandait à tout jeune qui venait à lui, déçu et las en cherchant sa voie, de lire Teilhard de Chardin, nous recommandons à tout politique, déçu et las, de lire Machiavel. Il est celui qui fait descendre l'homme de son piédestal et lui rappelle qu'il n'est pas un ange. « Tous les hommes ont en vue un même but : la gloire et les richesses »154(*). Nonobstant, ils n'agissent pas tous de la même manière pour y parvenir. Par conséquent, que ceux qui veulent prendre le contre-pied fassent ainsi et qu'ils défient, s'ils sont à la hauteur, cet inlassable vengeur de la liberté, Niccolò Machiavelli.

    BIBLIOGRAPHIE

    I. OUVRAGES DE L'AUTEUR

    I.1. OUVRAGE DE BASE

    MACHIAVEL, Nicholas, Le Prince, traduit de l'italien et présenté par Marie GAILLE-NIKODIMOV, Paris, PUF, 2000.

    I.1. AUTRES OUVRAGES DE L'AUTEUR

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    II. OUVRAGES ECRITS SUR L'AUTEUR

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    III. ARTICLES DES ENCYCLOPÉDIES, REVUES OU PÉRIODIQUES

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    V. TEXTES INEDITS ET NOTES DE COURS

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    MUIPATAYI NTUMBA, Bruno, Le Lien entre la Politique et la Morale Chrétienne. Une étude critique de l'interprétation de Machiavel par R. Coste, mémoire présenté an vue de l'obtention du grade de Licencié en Théologie, FCK, Kinshasa, Juillet 1996. Inédit.

    NGAMO Dekekomo, Jean de Dieu, L'Exercice du pouvoir dans « Le Prince » de Nicolas Machiavel, Mémoire présenté en vue de l'obtention du titre de gradué en philosophie, Kinshasa, 2004-2005. Inédit.

    ONAOTSHO, Jean, La philosophie orientale. Syllabus de G3 philosophie, USAKIN, 2010. Inédit.

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    Dictionnaire Sans Agent, in http://dictionnaire.sensagent.com/machiavélisme/fr, visité le 15 mars 2010.

    EUDE, M., Bismarck Otto Von, in http://www.universalis.fr/encyclopedie/otto-von-bismarck/, visité le 14 mars 2010.

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    MEYER, J., François Ier, in http://www.linternaute.com/biographie/francois-Ier, visité le 04 avril 2010.

    TABLE DES MATIÈRES

    Epitaphe...............................................................................................................I

    Dédicace..............................................................................................................II

    Avant propos...... .................................................................................................III

    Remerciements....................................................................................................IV

    0. INTRODUCTION GÉNÉRALE 1

    0.1. Problématique 1

    0.2. Intérêt et choix du Sujet 2

    0.3. Approche Méthodologique et structure du travail 3

    CHAPITRE PREMIER 4

    LE CREDO MACHIAVÉLIEN 4

    I.0. Introduction 4

    I.1. Les Médicis 5

    I.2. Les Condottieres 5

    I.3. Les Dix 6

    I.4. Les Circonstances Historiques 6

    I.5. Présentation de l'ouvrage 8

    I.5.1. Division de l'ouvrage 9

    I.6. Conclusion 10

    CHAPITRE II 12

    MACHIAVEL ET L'EXERCICE DU POUVOIR : LE PRINCE 12

    II. 0. Introduction 12

    II. 1. Gouverner par les lois et par la force 12

    II.1.1. Les lois 13

    II.1.2. La force : le lion et le renard 14

    II. 2. Déontologie politique du prince et la morale 14

    II. 3. Le prince face au peuple et aux grands 15

    II. 4. Les conditions de l'action du prince 16

    II. 5. La combinaison des passions : gage du maintien au pouvoir 17

    II. 6. Comment le prince doit procéder pour avoir le succès 18

    II. 7. La guerre comme art par excellence du prince 18

    II. 8. A propos de l'homme 19

    II. 9. Sur la religion 20

    II. 10. La fin justifie les moyens 21

    II. 11. Conclusion 22

    CHAPITRE III 23

    LE MACHIAVÉLISME COMME RÉALISME PRAGMATIQUE 23

    DANS L'AGIR POLITIQUE. 23

    III.0. Introduction 23

    II.1. Le Machiavélisme 24

    II.1.1. Le Pré-machiavélisme 25

    III.1.1.1. Jules César (100 / 101 - 44 av. J.C.) 25

    II.1.1. 2. Hérode le Grand (63 - 4 av. J. C.) 26

    III.1.2. Le machiavélisme authentique 26

    II. 1.2.1. César Borgia (1475-1507) 26

    II.1.2.2. François Ier (1494 - 1547) 27

    II.1.3. Le Post machiavélisme 27

    II.1.3.1. Otto Von Bismarck (1815-1898) 27

    II.1. 3.2. Adolf Hitler (1889-1945) 28

    III.1. Les Leaders dits exemplaires 28

    III.1.1. Mohandas Karamchand Gandhi, dit Mahatma Gandhi (1869 -1948) 29

    III.1.2. Joseph Kasa-Vubu (1915-1969) 30

    III.1.3. Denis Sassou N'guesso (né en 1943) 31

    III.2. Machiavel et les autres philosophes 32

    III.2.1. Spinoza (1632-1677) 32

    III.2.2. Jean Jacques Rousseau (1712-1778) 33

    III.2.3. Nietzsche (1844-1900) 34

    III.2.4. Hannah Arendt (1906-1975) 34

    III. 3. Les limites de la pensée de Machiavel.........................................................35

    III. 4. Conclusion 36

    IV. CONCLUSION GÉNÉRALE 37

    Bibliographie..............................................................................................................................41

    * 1Cf. E. S. STUMPF, Socrates to Sartre. A History of Philosophy, New York, McGraw-Hill, 1993, p. 226.

    * 2 B. MUIPATAYI Ntumba, Le Lien entre la Politique et la Morale Chrétienne. Une étude critique de l'interprétation de Machiavel par R. Coste, mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de Licencié en Théologie, FCK, Kinshasa, Juillet 1996, p. 1.

    * 3M. REVAULT D'ALLONES, Ce que l'homme fait à l'homme. Essai sur le mal politique, Paris, Seuil, 1991,

    p. 3.

    * 4 Cette expression signifie « être entre le marteau et l'enclume ».

    * 5 ANONYME, Les citations de Rudyard KIPLING, in http://www.dico-citations.com/n-admettez-rien-a-priori-si-vous-pouvez-le-vérifier-kipling-rudyard, visité le 12 février 2010.

    * 6 M. LAMY, Nicolas Machiavel (1469-1527), in D. HUISMAN (dir), Dictionnaire des philosophes, Paris, Presses Universitaires de France, 1984, p. 1680.

    * 7 L'agir politique et banalité du mal. Repenser la politique avec Hannah Arendt, Rome, IF PRESS, 2008, 424 pges.

    * 8 N. MACHIAVEL, Le Prince, traduit de l'italien et présenté par Marie GAILLE-NIKODIMOV, Paris, PUF, 2000. p. 56.

    * 9 MACHIAVEL, op. cit., cité par M. BRION, Machiavel, Paris, Complexe, 1983, p. 419.

    * 10 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 41.

    * 11 Ibid.

    * 12 C-M. de la RONCIÈRE, Les Médicis, in http://www.universalis.fr/recherche/medicis, visité le 03 février 2010.

    * 13 On écrit parfois Condottières.

    * 14 Cf. ANONYME, Les Condottieres, in http://condottiero.free.fr, visité le 03 février 2010.

    * 15 Cf. G. MAURIN, op. cit., p. 43.

    * 16 Ibid.

    * 17 I. CLOULAS, Savonarole ou la Révolution de Dieu, Paris, Fayard, 1994, p. 254.

    * 18 Ibid.

    * 19 G. MAURIN, op. cit., p. 43.

    * 20 E. S. STUMPF, op. cit., p. 211- traduit par nous. Voici le texte original: «That such an influential man came to such a miserable end taught Macchiavelli an early lesson about the relative power of good and evil forces in society».

    * 21 M. BRION, op. cit., p. 103.

    * 22 N. MACHIAVEL, op cit, p. 5.

    * 23 Terme allemand qui explique la situation sociologique d'un genre littéraire.

    * 24 D'après certains auteurs le titre original serait De Principatibus, l'ouvrage racontant l'histoire des principats ; d'autres auteurs parlent de De principe.

    * 25 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 55.

    * 26 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 40.

    * 27 M. LAMY, op. cit., p. 1680.

    * 28 J. J. ROUSSEAU, Du contrat social, in  OEuvres Complètes, Paris, Gallimard, 1964, p. 409.

    * 29 Cf. N. MACHIAVEL, op. cit, p. 128.

    * 30 Bien que dans l'Anti-Machiavel Gentillet qualifie Machiavel d'athée (« Voilà la maxime et les raisons que cet athéiste a vomies en ses beaux discours... »), nous ne pensons pas qu'il le soit devenu. Une citation comme : « Nous, italiens, devons à l'Église de Rome et à ses prêtres notre comportement actuel, celui d'être devenus irréligieux et mauvais », et certains chapitres du Prince (VI, XII) justifient notre position.

    * 31 « Le cardinal Colonna s'était proposé à organiser un traquenard où l'on devait faire tomber Clément VII en organisant un concile pour le déposer, ou, mieux encore, il tomberait subitement malade, ce qui simplifierait les choses » (M. BRION, op. cit., p. 407).

    * 32 En effet, Julien de Médicis fut assassiné par la famille rivale des Pazzi - en complicité avec le pape Sixte IV et l'archevêque de Pise Francesco Salviati - au cours d'une messe (Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Julien_de_Médicis, visité le 03 février 2010).

    * 33 H. ARENDT, Juger - Sur la philosophie de Kant, paraphrasée par M. GAILLE-NIKODIMOV, op. cit., p. 9.

    * 34 J. de Dieu NGAMO Dekekomo, L'Exercice du pouvoir dans « Le Prince » de Nicolas Machiavel, Mémoire présenté en vue de l'obtention du titre de gradué en philosophie, Kinshasa, 2004-2005, p. 14.

    * 35 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 9.

    * 36 C'est ainsi que le nomme Spinoza.

    * 37 CICÉRON, Des devoirs, cité par É. BRÉHIER, in  Les Stoïciens, Paris, Gallimard, 1962, p. 507.

    * 38 Le centaure Chiron, évoqué par Xénophon, dans Cyropédie, est un monstre mythologique, fils du dieu Chronos qui éduqua Achille, Asclépios et Jason.

    * 39 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 128.

    * 40 Ibid.

    * 41 Ibid., p. 91.

    * 42 C. ROUSSEAU, Le Prince Machiavel. Analyse critique, Paris, Hatier, 1978, p. 45.

    * 43 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 128.

    * 44 M. WEBER, Le Savant et le Politique, traduit par Julien FREUND, Paris, Plon, 1963, p. 123.

    * 45 M. R. D'ALLONNES, op. cit., p. 11.

    * 46 MACHIAVEL, op. cit., cité par M. BRION, op. cit., p. 102.

    * 47 J. G. FICHTE, Machiavel et autres écrits philosophiques et politiques de 1806-1807, traduit par Luc FERRY et Alain RENAUT, Paris, Payot, 1981, p. 42.

    * 48 N. MACHIAVEL, op. cit., p.131.

    * 49 Ibid.

    * 50 N. HUYBENS, L'éthique du développement durable, in http :www.des_repères_pour_orienter_le_monde. Com, visité le 18 février 2010.

    * 51 M. BRION, op. cit., p. 103.

    * 52 Nous nommerons « machiavéliens » ceux qui ont suivi ou suivent fidèlement la pensée originale de Machiavel et « machiavéliques » ceux qui ont porté ou portent cette pensée à l'extrême.

    * 53 M. BRION, op. cit., p. 56.

    * 54 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 56.

    * 55 Cf. M. DUVERGER, Introduction à la politique, Paris, Gallimard, 1964, p. 29.

    * 56 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 19.

    * 57 Ibid.

    * 58 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 127.

    * 59 N. MACHIAVEL, L'art de la guerre, in Le Prince et autres textes, présenté par Yves LÉVY, Paris, Union Générale d'Éditions, 1962, p. 71.

    * 60 IDEM, op. cit., p. 116.

    * 61 Voici ce qu'il dit : « Il est par conséquent nécessaire de se préparer aux armes, pour pouvoir, avec la vertu italienne, se défendre face aux étrangers ». (Op. cit., p. 165).

    * 62 Cf. T. SUN, Le `Sunzi bingfa' ou l'art de la guerre, in Le Point. Hors Série, Mars-Avril 2007, n. 13, p. 82.

    * 63 Ibid., p. 129.

    * 64 N. MACHIAVEL, op. cit, in op. cit, p. 122-123.

    * 65 H. ARENDT, Conditions de l'homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1983, p. 120.

    * 66 N. MACHIAVEL, op cit, p. 104.

    * 67 M. LAMY, op. cit., p. 1681.

    * 68 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 41.

    * 69 MACHIAVEL, op. cit., cité par G. MAURIN, op. cit., p. 53.

    * 70 Cf. M. BRION, op. cit., p. 427.

    * 71 Par exemple cette phrase tirée du livre de l'Exode : « Outre cela, on voit ici des faits extraordinaires, sans exemples, conduits par Dieu : la mer s'est ouverte, un nuage vous a escorté sur le chemin, la pierre a versé de l'eau, ici il a plu la manne (...) ». (N. MACHIAVEL, op. cit., p. 164)

    * 72 IDEM, op. cit., p. 102.

    * 73 Il s'adresse à Laurent de Médicis.

    * 74 IDEM, op. cit., p. 163.

    * 75Ibid., op. cit., p. 130.

    * 76 L. STRAUSS, Qu'est ce que la philosophie politique ?, Paris, PUF, 1992, p. 46.

    * 77 M. JOLY, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, Bruxelles, A Mertens et fils, 1864, p. 2.

    78Ibid.

    * 78 A propos, G. Maurin dit : « Staline et Mao Ze Dong sont sans doute, dans les moyens mis à la conquête et à la conservation du pouvoir, les deux hommes d'État les plus `machiavéliques' » (G. MAURIN, op. cit., p. 58).

    * 79 S. YANG, Prince, n'ayez pas de scrupule ! La morale change avec les époques, cité par N. ZUFFEREY, La Politique, in op. cit., p. 95.

    * 80 MEINECKE cité par M. SENELLART, Machiavélisme et raison d'État, Paris, PUF, p. 42-49.

    * 81 M. JOLY, op. cit., p. 3.

    * 82 Le Robert, Paris, Le Robert-Sejer, 2009, p. 429.

    * 83 Dictionnaire Sans Agent, in http://dictionnaire.sensagent.com/machiavélisme.fr, visité le 15 mars 2010.

    * 84 Cf. C. BENOIST, Le Machiavélisme, vol I, Paris, Plon-Nourrit, 1907, p. 6.

    * 85 C. NICOLET - M. RAMBAUD, César Jules, in The New Encyclopaedia Britannica, Vol. 8, Knowledge in depth, 15th edition, New York, Encyclopaedia Britannica, 1982, p. 6355-6358.

    * 86 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 122.

    * 87 G. SED-RAJNA, Hérode le grand, in op. cit., p. 5940-5943.

    * 88 M. E. MALLET, Borgia César, in http://www.cosmovisions.com/CesarBorgia.htm, visité le 14 mars 2010.

    * 89 Cf. M. VENARD, Quand Jules rencontre Pierre, in LA VIE, 2006, vol 3174, p. 30-31.

    * 90 N. MACHIAVEL, op. cit, p. 123.

    * 91 J.G. FICHTE, op. cit., p. 42-43.

    * 92 N. MACHIAVEL, op. cit, p. 124..

    * 93 J. MEYER, François Ier, in http://www.linternaute.com/biographie/francois-Ier, visité le 04 avril 2010.

    * 94 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 134.

    * 95 M. EUDE, Bismarck Otto Von, in http://www.universalis.fr/encyclopedie/otto-von-bismarck/, visité le 14 mars 2010.

    * 96 J. J. CHEVALLIER, Hitler Adolph, in Encyclopaedia Universalis, Corpus II, Paris, 1992, p. 5943-5945.

    * 97 Ibid., p. 5944

    * 98 « Parti ouvrier allemand, anticapitaliste et antisémite », rebaptisé « Parti national-socialiste » (nazi) par Hitler.

    * 99 M. REVAULT D'ALLONNES, op. cit., p. 170.

    * 100 C. BRUNIER, L'héritage de Gandhi, in membres.multimania.fr/manco/gandhi/gandhi.htm, visité le 20 avril 2010.

    * 101 Cf. J. ONAOTSHO, La philosophie orientale. Syllabus de G3 philosophie, USAKIN, 2010, p. 33.

    * 102 Cf. Le sermon sur la montagne (Mt 5 : 1 - 12).

    * 103 « Je crois au principe de la non-violence ».

    * 104 M. GANDHI, La jeune Inde, Madras, S. Ganesan Publisher, 1924, p. 132-133.

    * 105 Association culturelle des Bakongo, fondée au début des années 1950 par Edmond Nzenza Nlandu.

    * 106 Le Potentiel, Joseph Kasa-Vubu, in http://www.laconscience.com/article.php, visité le 23 avril 2010.

    * 107 J. KASA-VUBU M'poyo, Kasa-Vubu et le Congo indépendant (1960-1969), Bruxelles, LE CRI, 1997, p. 118.

    * 108 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 151.

    * 109 J. KASA-VUBU M'Poyo, op, cit., p. 117.

    * 110 Ibid., 92

    * 111 Ibid.

    * 112 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 152.

    * 113 A. SOUSSAN, Un homme d'honneur. Le destin exceptionnel d'un enfant de la brousse, Paris, Ramsay, 2001, p. 287.

    * 114 Cf. M. REVAULT D'ALLONES, op. cit., p. 115.

    * 115 A. SOUSSAN, op. cit., p. 66.

    * 116 Ibid., p. 191.

    * 117 Son nouveau projet de société.

    * 118 D. SASSOU N'guesso, Disours d'investiture, Brazzaville, 29 août 2009.

    * 119Cf. N. NDONG, Denis Sassou N'guesso élu homme de l'année 2009, in http://www.brazzaville-adiac.com, visité le 28 avril 2010.

    * 120 N. MACHIAVEL, Lettre à Piero Vettori, cité par E. GARIN, Machiavel entre politique et histoire, s. l., Alia, 2006, p. 53.

    * 121 Cf. PLATON, La République, livre V.

    * 122 B. SPINOZA, Traité Politique,, traduit par Charles APPUHN, Paris, Garnier Frères, 1966, p. 39.

    * 123 Ibid..

    * 124 J. J. ROUSSEAU, Du contrat social, in  OEuvres complètes, s.l., Gallimard, 1964, p. 409.

    * 125 Ibid.

    * 126 Ibid.

    * 127 P. CARTA, Machiavel aux XIXe et XXe siècles, Milan, Cedam, 2007, p.64.

    * 128 F. NIETZSCHE, Par delà bien et mal, Paris, Flammarion, 1971, p.46.

    * 129 NIETZSCHE, Worke, Nachgelassene Fragmente, traduit en français comme Fragments Posthumes, Automne 1887 - Mars 1888, p. 268.

    * 130 H. ARENDT, op. cit., p. 121.

    * 131 Cf. H. ARENDT, op. cit., p. 120.

    * 132 N. MACHIAVEL, Histoire de Florence, in op., cit., p. 106.

    * 133 Ibid.

    * 134 M. MERLEAU-PONTY, Notes sur Machiavel : Communication au congrès `Umanesime e scienza politica', Rome-Florence, septembre 1949, repris dans Signes, coll. Folio essais, Paris, Gallimard, 2001, p. 343-364.

    * 135 FREDERIC II, Anti-Machiavel, préfacé et publié par VOLTAIRE, s. l., s. e., 1740, p. III.

    * 136 VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, chronologie et préface par Réné POMEAU, Paris, Garmier-Flammarion, 1964, p. 278.

    * 137 FREDERIC II, op. cit., p. III

    * 138 Ibid., p. 169.

    * 139 GENTILET, Anti-Machiavel, Genève, C. Eduard Rathé, 1968, p. 215-216.

    * 140 J. G. FICHTE, op. cit., p. 42.

    * 141 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 148.

    * 142 M. LAMY, op. cit., p. 1680.

    * 143Maurice Joly fait dire à Machiavel les phrases suivantes : « Qui m'a rendu dans votre temps un plus éclatant hommage que Frédéric II ? Il me réfutait la plume à la main dans l'intérêt de sa popularité et en politique il appliquait rigoureusement mes doctrines» (Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, p. 3.).

    * 144 D'après l'entendement populaire. Selon nous ce sont des oeuvres.

    * 145 D'après Bruno Ben Moubamba, vice-président d'Union nationale (l'une des deux principales formations de l'opposition gabonaise), ces deux hommes politiques français chantaient les louanges de Mobutu, « ils pratiquaient une forme d'autisme diplomatique tant le maréchal était impopulaire et pillait littéralement son pays » (cf. l'interview de Moubamba du 24 février 2010, disponible sur http://fr.news.yahoo.com/64/20100224/, visité le 20 avril 2010).

    * 146 Cf. M. MBAMBI, Cours de philosophie sociale, année académique 2004-2005, p. 52.

    * 147 Ibid., p. 164.

    * 148 N. AMELOT DE LA HOUSSAYE, Préface à la traduction du Prince, Volland, tome VIII, 1793, p. LV.

    * 149 C'est nous qui soulignons.

    * 150N. MACHIAVEL, op. cit., p. 166-167.

    * 151 MACHIAVEL cité par Maurice JOLY, op. cit., p. 3.

    * 152 L'affaire Clearstream 2 (ou affaire EADS- Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan) est une affaire française apparue en 2004. Un petit groupe de politiciens et d'industriels tenta de manipuler la justice afin d'évincer des concurrents, en voulant faire croire à l'implication de ceux-ci dans le scandale des frégates de Taïwan. Cette histoire comporte au moins deux volets scandaleux: une succession de morts suspectes et le versement de pots-de-vin faramineux, qui ont profité à de nombreux intermédiaires, mais aussi, très vraisemblablement, à des hommes politiques.

    * 153 M. DUVERGER, Introduction à la politique, Paris, Gallimard, 1964, p. 29.

    * 154 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 166.






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