WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

( Télécharger le fichier original )
par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

II. 8. A propos de l'homme

Que la méchanceté soit pour l'homme une caractéristique sui generis, cela est un fait pour Machiavel ; à telle enseigne que cette méchanceté de l'homme est le « vecteur pathogène » de la philosophie politique de Machiavel. « Si les hommes étaient tous bons, mon précepte serait condamnable » 63(*). Une tendance qu'on dirait pessimiste mais qui est pour Machiavel réaliste. Ainsi, dans les Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel conseille à quiconque veut établir la forme d'un État et lui donner des lois, de « supposer d'abord que tous les hommes sont méchants et disposés à faire usage de leur perversité toutes les fois qu'ils en ont la libre occasion »64(*). Dans la même lignée, Bacon et Hobbes ont illustré et repris Plante (cf Asimaria, II, 4, 88) en affirmant que homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme). Puisqu'il est ainsi de la nature de l'homme, il est évident, selon Machiavel, qu'on ne peut pas « être bon » pour gouverner de tels êtres, car « ce n'est que par le péril qu'on n'échappe au péril », c'est-à-dire le mal ne peut être guéri que par le mal. Bien sûr, comme le remarque H. Arendt, Machiavel « ne dit ni ne voulût dire qu'il faut apprendre aux hommes à être mauvais »65(*), mais apprendre aux princes qu'il est utile « de connaître l'origine des haines et des divisions, afin que, rendus sages par le péril d'autrui, ils puissent maintenir la concorde »66(*). « Lorsque Machiavel dit que les hommes sont méchants, il entend seulement dire qu'ils sont inconstants, trompeurs et soumis à leur intérêt égoïste et présent »67(*).

II. 9. Sur la religion

On l'a beau injurier et qualifier d'athée, pourtant Nicolas Machiavel fut un dévot catholique. Son inhumation dans la chapelle familiale des Machiavelli, à l'église Santa Croce, prouve bien qu'il mourut catholique. Il assista aux sermons du moine Savonarole qui le fascinait ; il admira la façon dont le moine établit son pouvoir sur le peuple. Lorsque les Français organisaient un concile à Pise où ils voulaient élire un anti-pape à Jules II, c'est Machiavel qui est intervenu et qui a fait avorter ledit concile. Il semblait avoir la crainte de Dieu puisqu'il conseilla au prince de ne jamais se fier complètement aux troupes mercenaires car celles-ci  « n'ont ni crainte de Dieu ni probité à l'égard des hommes »68(*). Il voit sa sortie de prison comme une intervention divine quand il déclare : « J'ai été sur le point de perdre la vie, mais Dieu et mon innocence m'ont heureusement sauvé »69(*). L'un de ses fils, Niccolò, devint même chanoine70(*), ce qui prouve que ce dernier aurait reçu de son père une éducation chrétienne.

Le Prince est plein des citations bibliques, de l'Ancien Testament notamment. A voir la façon dont Machiavel accoste les faits bibliques à son expérience administrative, on s'interroge si l'accusation d'athée faite contre lui est logiquement justifiable71(*). Plus parlant encore est la conclusion de L'art de la guerre quand il invite le nouveau prince italien à créer une armée nationale pour se défendre des ennemis. Il le lui demande « au nom de Dieu tout puissant, et de sa très glorieuse Mère, Madame Sainte Marie toujours Vierge, et du glorieux précurseur du Christ, Jean-Baptiste, avocat, protecteur et patron de cette République florentine (...) »72(*). Quoique les Italiens de son époque aient fait de la religion une mauvaise conseillère, Machiavel, tout en étant sûr qu'il serait désastreux aux gouvernants d'adapter leurs actes à l'éthique chrétienne, considéra tout de même la religion comme un élément très important pour l'unification du peuple, la paix et l'ordre.

Peut-être que ce fait n'est pas connu non plus : le prince qu'attend Machiavel pour libérer l'Italie est un homme prudent et vertueux, un envoyé de Dieu. « On voit qu'elle (l'Italie) prie Dieu pour qu'il lui envoie quelqu'un qui l'affranchisse de ces cruautés et de ces insolences barbares (...) Et on ne voit pas ici présentement en qui elle pourrait espérer d'avantage qu'en votre73(*) illustre Maison, qui, avec sa fortune et sa vertu, favorisée par Dieu et l'Église, dont elle est maintenant prince, peut se faire chef de cette rédemption »74(*).

* 63 Ibid., p. 129.

* 64 N. MACHIAVEL, op. cit, in op. cit, p. 122-123.

* 65 H. ARENDT, Conditions de l'homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1983, p. 120.

* 66 N. MACHIAVEL, op cit, p. 104.

* 67 M. LAMY, op. cit., p. 1681.

* 68 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 41.

* 69 MACHIAVEL, op. cit., cité par G. MAURIN, op. cit., p. 53.

* 70 Cf. M. BRION, op. cit., p. 427.

* 71 Par exemple cette phrase tirée du livre de l'Exode : « Outre cela, on voit ici des faits extraordinaires, sans exemples, conduits par Dieu : la mer s'est ouverte, un nuage vous a escorté sur le chemin, la pierre a versé de l'eau, ici il a plu la manne (...) ». (N. MACHIAVEL, op. cit., p. 164)

* 72 IDEM, op. cit., p. 102.

* 73 Il s'adresse à Laurent de Médicis.

* 74 IDEM, op. cit., p. 163.

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net