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Perceptions, savoirs locaux et stratégies d'adaptations aux changements climatiques des producteurs des communes d'Adjohoun et de Dangbo au Sud- Est Bénin

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par Clément Olivier CODJIA
Université d'Abomey- Calavi (Bénin ) - Ingénieur agronome 2009
  

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CHAPITRE 5 : PERCEPTIONS PAYSANNES DE L'EVOLUTION DU CLIMAT DANS LA ZONE D'ETUDE, IDENTIFICATION DES INDICATEURS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET ANALYSE DES TENDANCES CLIMATIQUES

Les changements climatiques sont perçus localement par les producteurs. Mais cette perception et les explications qui y sont liées diffèrent selon les réalités des populations locales. Dans ce chapitre, les perceptions des modifications survenues au niveau des paramètres climatiques tels que : les précipitations, la température, les vents et les crues seront présentées aux primes abords. Ensuite, les données climatiques seront confronter avec ces différentes perceptions locales.

5.1. Perceptions socio-anthropologiques de l'évolution du climat dans les deux villages d'étude

Convaincus des modifications du climat de leur milieu local, les perceptions des populations d'Adjohoun et de Dangbo sont surtout basées sur des indicateurs tels que les changements dans les saisons pluvieuses, les changements thermiques, solaires, du vent et des crues annuelles du fleuve Ouémé dans la vallée.

5.1.1. Perception paysannes des changements pluviométriques

Les changements pluviométriques constituent le premier élément de perception des changements climatiques au niveau des producteurs de notre zone d'étude. En effet, la longue tradition de l'interaction des populations locales avec leur environnement a consolidé leur connaissance du climat, connaissance construite sur certains concepts fondamentaux aux travers desquels les évolutions pluviométriques sont observées. L'encadré 1 présente les manifestations et les modifications liées à ces concepts traduisant la perception collective des producteurs de nos deux villages d'enquête.

Encadré 1: Bilan des concepts clés liés aux saisons pluvieuses et des changements caractéristiques

> Zundji : Autrefois, cette pluie tombait à la fin de l'harmattan entre fin Janvier et 10 février au plus tard. Comme son nom l'indique, c'est la pluie « dji » de la brousse ou forêt « zun ». On ne s'en sert pas pour cultiver. Elle tombe au plus deux fois dans la période indiquée et c'est elle qui fait régénérer les herbes asséchés par la grande saison sèche ou brûlés par les feux de brousse.

Mais de nos jours, précisément à partir de douze à quinze années déjà, cette pluie a tendance à disparaître. Elle ne vient que très rarement certaines années et cela vers le début du mois de Mars. Autrefois, c'est l'arrivée de cette pluie qui annonce le début de la préparation des champs en l'occurrence des activités de défrichage et de sarclage pour la grande saison pluvieuse. Mais depuis plusieurs années déjà, ces travaux précèdent toujours le « Zundji » les rares fois où elle vient désormais.

> Ayitchiossin : Comme son nom l'indique, c'est l'eau « sin » qui mouille « tchio » la terre « ayi ». Avant les modifications observées depuis 1990, cette pluie tombait deux à trois fois entre le 10 et le 25 Mars. En la mouillant, c'est cette pluie qui sert à éteindre la chaleur de la terre. Elle refroidit la terre et c'est avec elle que les paysans démarraient le labour de leur champs pour la confection des billons. Elle permettait de faire le manioc et l'arachide en semis précoce. On ne faisait jamais du maïs avec le « Ayitchiossin ».

Mais depuis plus de quinze ans déjà cette pluie n'arrive plus jamais avant le début du mois d'Avril. On n'arrive plus à la distinguer des pluies du début de la grande saison pluvieuse.

> Xwuédjikun : cela signifie les pluies de l'année. Ce nom s'explique surtout par le fait que ce sont ces pluies qui marquent le début de la grande saison agricole. C'est avec ces pluies qu'on faisait surtout le maïs compte tenu de la courte durée de la petite saison pluvieuse (voir « Zodjikun »). Autrefois ces pluies s'installent réellement à partir du 15 Avril et correspondait à la période de semis du maïs qui s'étendait autrefois jusqu'au 20-25 Mai pour les paysans retardataires. Ces pluies tombaient régulièrement c'est-à-dire sur tout le long de cette période (15 Avril - 25 Mai) ; ce qui permettait les semis échelonnés sur la période. Ces pluies terminaient généralement vers le 15 Juillet.

Mais de nos jours ces pluies ont connues d'importantes modifications dans leurs régimes. Ainsi, depuis 12 à 15 années le « Xwédjikun » à tendance à ne plus s'installer réellement à partir du 15 Avril. Elle vient tardivement et s'installe en tombant très abondamment à intervalle de jour très rapproché. Ensuite, elle coupe sur 10-15 jours voir 20 jours certaines années avant de recommencer à nouveau. Cette nouvelle tendance ne permet plus les semis échelonnés dans le temps comme par le passé tel que décrit ci-dessus.

Autrefois, c'est à partir de fin Mai jusqu'au 25 Juin que les paysans de la zone installaient le niébé. Mais la nouvelle tendance caractérisée par la coupure précoce de cette pluie cause de grandes difficultés pour la réussite de la culture du niébé. Les paysans enregistrent des pertes importantes de récolte de ce fait.

 

> Amandji xèkuado : c'est une pluie qui annonçait autrefois la fin du << Xwédjikun ». Comme son nom l'indique c'est la pluie de la feuille << amandji » et l'oiseau est mort dans le nid << xèkuado ». C'est une pluie légère et fine qui tombait sur cinq à sept jours d'affilés (dans la journée comme dans la nuit) ce qui empêchait même les oiseaux de pouvoir sortir pour s'alimenter et ils mouraient de faim emprisonnés par cette pluie dans leur nid. Le préfixe << amandji » tient sa logique du fait que c'était une pluie qui permettait la feuillaison des arbres qui avaient commencé par faner avec le manque d'eau de la fin du <<Xwédjikun ». C'est cette pluie qui permettait au niébé de boucler sa phase de feuillaison pour entrer dans la phase de floraison de son cycle végétatif. C'était une pluie qui tombait entre le 10 et le 20 Juillet.

Mais avec les modifications des saisons pluvieuses, cette pluie tend à disparaître. Elle vient très rarement certaines années.

> Todji: cela signifie la pluie << dji » du fleuve << to ». C'est une pluie qui vient suite à l'arrivée de la crue du fleuve Ouémé entre fin Juin et début Juillet. Autrefois, cette pluie s'installait à partir de mi Juillet et se poursuit jusqu'à mi Août. C'était une pluie fine qui permettait au niébé de bien murir. De part son intensité cette pluie donnait lieu à de faible ruissellement.

Mais avec les modifications actuelles, cette pluie a tendance à être rare. L'arrivée de la crue dans la vallée ne s'accompagne plus automatiquement de l'installation de cette pluie. Et quand elle vient ; son intensité est si faible qu'elle ne donne plus lieu au ruissellement d'eau sur le sol qui le caractérisait autrefois. Cette pluie n'est plus régulièrement répartie dans le temps sur toute la période mi-Juillet, mi-Août, avec la tendance actuelle, ce qui ajouté aux perturbations observées dans la fin du régime du << Xwédjikun » occasionne d'importantes pertes de récolte de niébé pour la plupart des paysans

> Zodjikun : c'est une appellation attribuée aux pluies de deuxième saison de culture dans la zone d'étude et signifie la pluie du feu (Chaleur). L'appellation signifie que c'est une pluie qui survient après une période de fort ensoleillement notamment la saison sèche. Le << Zodjikun » s'installait régulièrement autrefois à partir du 15 Septembre pour se poursuivre jusqu'à mi Novembre. Autrefois, cette répartition régulière sur toute cette période laissait le temps aux paysans de faire le labour de leur champ pour la confection de billons avec les premières pluies du << Zodjikun ».

Mais, actuellement, le << Zodjikun » ne laisse plus le temps de labour aux paysans avant de connaître des poches de sécheresse. Beaucoup de paysans optent désormais de plus en plus pour le labour à sec afin de pouvoir commencer les semis dès les toutes premières pluies qui servaient avant à faire le labour.

Source : Données d'enquête Août-Octobre 2009

Les informations contenues dans l'encadré 1 montrent que les populations locales de nos villages d'enquête ont observé sur la base d'indicateurs liés au déroulement de leurs activités agricoles de profonds bouleversements des rythmes des saisons pluvieuses

enregistrées autrefois dans leur milieu. Ces perceptions collectives des modifications pluvieuses ont été spécifiées par les perceptions individuelles au niveau des exploitations enquêtées. Le tableau 9 présente la synthèse des perceptions paysannes des changements pluviométriques vécus par les CE des exploitations enquêtées.

Tableau 9: Synthèse sur les perceptions paysannes des changements pluviométriques

Changements
pluviométriques enregistrés

Indicateurs locaux : manifestations/conséquences

Démarrage tardif

et/ou mauvaise

répartition des
pluies pendant les
saisons des pluies

Grande
saison
pluvieuse

Pour la totalité des CE des exploitations enquêtées, la grande saison pluvieuse ne commence plus régulièrement en Avril pendant les quinze (15) dernières années comme autrefois. Actuellement, les opérations de semis précoce d'arachide et de manioc ne sont plus possibles en Mars comme par le passé.

 

Selon la totalité des CE des exploitations de notre échantillon d'enquête, la petite saison pluvieuse ne commence plus vers la fin des cérémonies du culte « Oro » dans la dernière décade du mois d'Août comme pour la période d'il y a plus de 15ans. Son démarrage tardif vers début Octobre oblige les producteurs à effectuer le labour à sec des champs afin de pouvoir réaliser les semis dès les premières pluies qui par ailleurs sont très mal réparties sur les jours pendant cette début de saison.

Raccourcissement
de la durée des
saisons des pluies

Grande
saison
pluvieuse

La totalité des CE des exploitations enquêtées, ont remarqué un raccourcissement de la durée de la grande saison pluvieuse occasionné par sa rupture précoce et son démarrage tardif. La rupture précoce de la saison perturbe la floraison et la maturation du niébé pendant ces quinze (15) dernières années. Ceci occasionne très souvent comme cette année, la perte de la totalité de la récolte chez beaucoup de producteurs.

 

Ces quinze (15) dernières années, selon la totalité des CE des exploitations enquêtées, le démarrage tardif des pluies de la petite saison pluvieuse beaucoup plus importante que les ruptures précoces enregistrées est à l'origine du raccourcissement de la durée de cette saison.

Diminution du
nombre de jours
de pluies

Grande
saison
pluvieuse

Pour 97% des CE des exploitations de notre échantillon, le nombre de jour de pluie de la grande saison pluvieuse est en baisse au cours des quinze dernières années. Pendant les quinze (15) dernières années, les pluies de la grande saison pluvieuse se concentrent sur des périodes très courtes surtout en Mai où l'on observe désormais les plus fortes hauteurs pluviométriques plutôt qu'en Juin comme par le passé.

 

 

Petite
saison
pluvieuse

Le démarrage tardif couplé à la rupture des pluies vers la fin de la saison entraîne la diminution du nombre de jour de pluies pendant la petite saison pluvieuse au cours des quinze (15) dernières années selon la totalité des CE des exploitations enquêtées. Cette diminution du nombre de jour de pluie perturbe le bouclage du cycle des cultures comme le maïs et le sésame ; et l'arachide de deuxième saison est entrain d'être progressivement abandonné pour cette cause.

Poches de
sécheresse plus
nombreuses

Grande
saison
pluvieuse

Selon la totalité des CE des exploitations enquêtées, la multiplication des ruptures de pluies au début, et à la fin de la grande saison pluvieuse entraîne des stress hydriques pour les cultures sources de pertes de récoltes.

 

90% des CE des exploitations de notre échantillon d'enquête, indiquent que les poches de sécheresse pendant la petite saison pluvieuse sont devenues plus nombreuse à travers les ruptures de pluies et concerne la période du début de la saison (Octobre). Les fontes de semis qui en découlent occasionnent des opérations de resemis répétitives pour les cultures de maïs, d'arachide, et de sésame.

Occurrence des
pluies très fortes
et violentes
causant des
dégâts

Grande
saison
pluvieuse

92% des CE des exploitations enquêtées ont remarqué au cours des quinze (15) dernières années une multiplication des pluies très fortes et violentes vers la fin de la grande saison pluvieuse occasionnant le pourrissement sur pied des récoltes de maïs et le démolissage des maisons en terre battue par les eaux de ruissellement violentes qu'elles provoquent.

 

Pour 99% des CE des exploitations enquêtées, les pluies enregistrées pendant la deuxième saison pluvieuse ont plutôt tendance à être moins fortes surtout en début de saison ; pendant les (15) quinze dernières années.

Persistance de la
sécheresse

Grande
saison
sèche

98% des CE des exploitations de notre échantillon, indiquent qu'il a eu changement au cours des quinze (15) dernières années dans la durée de la grande saison sèche qui se prolonge jusqu'à fin Avril au lieu de Mars comme autrefois.

 

La petite saison sèche devient de plus en plus marquée au cours de ces quinze dernières années et s'étend jusqu'en Octobre au lieu de mi-Septembre selon 90% des CE des exploitations de notre échantillon d'enquête.

Diminution des hauteurs
pluviométriques

Pour 93% des CE des exploitations enquêtées, sur la normale de trente ans, les hauteurs pluviométriques enregistrées ces quinze dernières années sont en baisse progressif accentuée surtout pendant la petite saison pluvieuse.

 

Source : Données d'enquête Août-Octobre 2009

Des informations contenues dans le tableau 9, il ressort que les deux saisons pluvieuses ont connu d'importantes modifications dans leur déroulement au cours des quinze (15) dernières années comparativement aux quinze (15) autres précédentes. De plus, l'ampleur des bouleversements diffère d'une saison pluvieuse à l'autre.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery