WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Pour quelle(s ) histoire(s ) d'être(s ) ? Associations 1901, inter relations personnelles et interactions sociales, un art de faire

( Télécharger le fichier original )
par Jean- Marc Soulairol
Université Lumière Lyon 2  - Diplôme des hautes études des pratiques sociales D. H. E. P. S.  2002
  

Disponible en mode multipage

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

    Présenté par :

    Jean-Marc Soulairol

    POUR QUELLE(S)

    HISTOIRE(S) D'ÊTRE(S) ?

    Associations 1901, interrelations personnelles et interactions sociales,

    un art de faire : L'étude d'un cas sur Valence (26), de 1997 à 2002, pour une

    compréhension de l'application d'une pratique raisonnée de l'idée de valorisation de l'individu.

    Tome I

    Directeur de Recherche :

    Bernard LAUGIER

    Université Lumière Lyon 2 Collège Coopératif

    I.S.P.E.F. Rhône - Alpes

    Département des Pratiques

    Educatives et Sociales

    Mémoire déposé en vue de l'obtention du

    Diplôme des Hautes Etudes des Pratiques Sociales

    D.H.E.P.S.

    Lyon 2002

    Remerciements

    Depuis 1999, celui à qui je dois le plus, c'est sans conteste, Bernard Laugier, mon Directeur de recherche. Dès le départ, sans condition, il a su me faire bénéficier de sa haute compétence pour réussir à me "caler" dans la posture adéquate. Si la tâche fût compliquée, il n'a jamais affiché une quelconque hostilité, reniement ou réfutation de mes idées. En fait, me guidant, il a su respecter mon approche tout en se montrant exigent. Je tiens à souligner ma dette à son égard car nombre d'idées développées ici viennent de nos nombreuses discussions.

    De 1989 à 1996, j'ai beaucoup appris auprès de mon ami Pierre, disparu trop vite de ma vie, véritable défi à la logique, capable d'une objectivité hors pair par une démonstration et celle de son contraire. En ce sens, il reste une exception et une énigme dans mon histoire.

    Mais je dois aussi beaucoup à Claire et Jean, grands humanistes, qui m'ont donné l'envie de reprendre des études puis transmis bénévolement, jusqu'en 1998, leurs connaissances universitaires et leurs expériences professionnelles hors du commun.

    Je dois aussi à tous les enseignants du Dheps et particulièrement à Isabelle Astier et Alain Kerlan qui ont su, chacun en leur temps, me guider en tant que "sources de réflexions et d'orientations". Mais surtout, grand merci à Joël Cadière dont les cours m'ont permis d'aborder les thèmes de ce travail selon un angle original.

    Toutes ces personnes ont probablement exercé une influence décisive sur ma manière d'appréhender le monde aujourd'hui.

    Bien sûr, je ne peux pas oublier la compagne de ma vie, mon épouse Lorette, extraordinaire personnage d'abnégation et de tendresse. Sans son soutien moral, ce travail n'aurait pas vu le jour.

    Enfin, qu'il me soit permis, ici, de remercier chaleureusement tous mes frères et soeurs de coeur qui m'ont soutenu. Je veux parler de mes très nombreux amis.

    Avec mon plus profond respect, merci mille fois.

    Sommaire

    Introduction générale 6

    1. L'ASSOCIATION, DE L'INDIVIDU AU MICRO-GROUPE 19

    1.1 Individu et changement : De l'étymologie au sens 21

    1.1.1 De l'individu à son identité sociale 22

    1.1.2 Vers une construction psychosociale de l'individu : le personnage 26

    1.2 Individu, configuration et changement : une recherche identitaire 31

    1.2.1 Devenir quelqu'un : angoisses et influences, démarches identitaires. 33

    1.2.2 De l'individualisme à la relation à l'autre : la solidarité 35

    1.2.3 L'identité, une série de transactions. 41

    1.3 Individu, configuration, changement et micro-groupe : les valeurs, importance et ambivalence 44

    1.3.1 Les valeurs : affaire de mots et d'idées mais aussi production de rapports sociaux 45

    1.3.2 L'individu dans son groupe, un inventeur de manières de faire 53

    1.3.3 L'hypothèse, des mots clefs pour construire un protocole de validation 56

    Conclusion : repérer l'individu changeant à partir d'un modèle d'analyse 64

    2. ENGAGEZ-VOUS, RENGAGEZ-VOUS, ILS DISAIENT 66

    2.1 Ce qui a joué : Caractéristiques d'engagements 71

    2.1.1 Du quantitatif au qualitatif : à la découverte de l'engagement 71

    2.1.2 Trois facteurs majeurs d'influence pour justifier l'engagement 74

    2.1.3 Trois catégories pour décliner la figure de l'adhérent 80

    2.2 Ce qui joue : Caractéristiques de configuration 87

    2.2.1 Perception de l'environnement associatif par le membre 87

    2.2.2 La naissance de conditions favorables à la relation 90

    2.2.3 Du rapport à la relation sociale 95

    2.3 Ce qui se joue : Caractéristiques des maturations 102

    2.3.1 Grandir son engagement ou se positionner dans le groupe 102

    2.3.2 Développer sa relation sociale ou l'élaboration du sens 108

    2.3.3 Confiance en l'autre, confiance en soi ou les processus de socialisation 111

    Conclusion : Histoire(s) d'être(s) 115

    3. DU BESOIN AUX ASPIRATIONS : JEUX, TACTIQUES ET STRATÉGIES 119

    3.1 Aspirations et dynamiques de changement 123

    3.1.1 Des aspirations à la satisfaction des besoins : ce qui pousse à agir 124

    3.1.2 Aspirations de l'adhérent : trois notions successives ? 132

    3.1.3 Les besoins-aspirations, une dynamique circulaire 140

    3.2 Présentation de soi : les jeux, les enjeux 143

    3.2.1 La configuration, un réseau de relations réciproques 144

    3.2.2 De la représentation sociale à la présentation de soi 153

    3.2.3 Présentations de soi : une production de fragments identitaires 157

    3.3 L'usage de manières de faire : la quintessence du changement 163

    3.3.1 "Se faire une place" 164

    3.3.2 Tours et détours. Contours du changement 169

    3.3.3 La part de l'autre 170

    Conclusion : L'art et la manière 174

    Conclusion générale 176

    Références bibliographiques 186

    Bibliographie 190

    Index des auteurs 192

    Table des illustrations 194

    Table des matières 195

    « Il est bien des merveilles dans ce monde,

    il n'en est pas de plus grande que l'homme. »

    (Sophocle, Vè s. av. JC)

    Introduction générale

    Après avoir été bénévole, deux ans durant, dans l'association sans but lucratif Compu's Club1(*), nous y avons été salarié à mi-temps jusqu'en juin 2001. Nos fonctions d'assistant de formation nous chargeaient du développement de la Section Ifac2(*), la branche "Formation Professionnelle et d'Éducation Populaire" de l'association.

    Le Compu's Club est une association loi 1901. Son étiquette est celle des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC)3(*) ; nous traduisons, l'informatique et ses dérivés. Elle a été fondée le 2 octobre 1997 à Valence (Drôme). Aujourd'hui organisée en sept branches d'activités4(*). Au dernier "recensement", celui du 30 juin 2001, elle était composée de 167 adhérents5(*) d'origines et de profils divers âgés de 9 à 81 ans. L'association s'est donnée, dès sa création, la mission de développer des activités culturelles, éducatives et de loisirs afin de promouvoir l'entraide mutuelle et le service bénévole entre ses membres. En clair, elle utilise l'informatique « ...afin de permettre des échanges, des manifestations et des activités artistiques, éducatives, culturelles et de loisirs. »6(*). Pour commenter plus clairement ce postulat : elle propose l'outil informatique afin de favoriser la construction d'activités par les membres eux-mêmes. Ainsi, lorsqu'une idée a suscité suffisamment d'intérêts et généré suffisamment de mobilisations, l'association vote la fondation d'une nouvelle branche7(*). Laquelle branche est menée par une équipe de pilotage de un ou plusieurs membres menant à bien, indépendamment ou en partenariat avec d'autres branches, ses projets propres. Chaque branche est autonome dans son fonctionnement, sa gestion et sa trésorerie. Chaque membre peut y prendre une responsabilité8(*). En clair, la procédure de fondation d'une branche d'activité se déroule en trois étapes : 1) un membre exprime l'envie de lancer une nouvelle activité, 2) après délibération, le Conseil d'Administration "officialise" l'initiative par un document autorisant sa fondation et son autonomie de gestion et 3) ouverture d'un compte en banque garantissant son autonomie financière. En quelque sorte, une association stricto sensu dans l'association Compu's Club déclarée loi 19019(*). Ce fonctionnement et l'organisation même semblent originaux puisque nous ne connaissons pas d'autre association loi 1901 fonctionnant sur le même procédé. Par ailleurs, nous constatons que la participation régulière à au moins une des activités de cette association représentait 38% des adhérents. Par ce constat, l'apparente défection actuelle du monde associatif ne semble pas toucher l'association10(*). Les autres adhérents étant des adhérents que nous appellerons temporairement "consommateurs". Consommateurs plus ou moins assidus de l'informatique sans participation bénévole à une quelconque activité.

    Pour présenter entièrement le Compu's Club il convient de s'attarder sur la signification du terme même de Compu's Club. "Compu" est le diminutif de computer (ordinateur en français). Ce terme indique bien l'identification au monde informatique. Le "'s" est particulièrement intéressant, il signifie l'appartenance à. Ce qui pourrait être interprété comme l'appartenance à une bande, une famille, une communauté voire une élite, celle de ceux qui utilisent l'informatique. Au même titre que ces cercles restreints ou ces confréries que peuvent sembler être le Ladies' Cicle International, le Maxim's Business Club ou le Lions' Club. Michel Maffesoli parle de clan, de tribu, lorsqu'il s'agit de s'agréger, d'être un membre d'un corps collectif : « le tribalisme rappelle empiriquement, l'importance du sentiment d'appartenance, à un lieu, à un groupe, comme fondement essentiel de toute vie sociale. »11(*) Pour lui, donc, le fait d'éprouver ensemble quelque chose est facteur de socialisation. Maffesoli dit aussi qu'il est de l'ordre de la passion partagée, de l'investissement émotionnel : « le fondement de tout être-ensemble [...] est "commerce des idées", "commerce amoureux" »12(*) Mais, si avec "'s" l'accent est mis sur ce qui unit, dans Compu's Club il y a aussi "club". Le terme de "club" correspond à une idée d'assemblée, de cercle d'amis. Mais un club c'est aussi ce qui sert à pousser les balles vers la cible, au golf. Alors quelles sont les conditions d'un "bon club", d'un club où il fait bon "pousser les balles" pour arriver à son but comme on pousse ses envies et ses désirs à se réaliser ? D'après les observations effectuées lors de notre pratique de bénévole, la réponse est à la fois simple et difficile : simple dans son expression et, il faut bien l'avouer, peu suivie dans sa réalisation. En clair, consensuellement, on s'accorde à dire que pour s'enrichir individuellement il faut se rencontrer, échanger, s'entraider mais chacun, naturellement, a tendance à proposer moins qu'il ne prend. Mais si un seul donne et les autres prennent la mission avouée de cette association reste impossible ! Le problème est bien, alors, de déterminer quelle est la motivation à la fondation de nouvelles activités et l'engagement des membres aux projets des branches de cette association.

    En tant que praticien, un certain nombre d'autres "constats" ont attiré notre curiosité et suscité notre intérêt : qu'est-ce qui fait que cet adhérent s'investit de plus en plus dans les activités du Club ? Jusque-là notre pratique nous a fait simplement dire percevoir "quelque chose qui fait la différence" en comparaison des cinq autres associations que nous avons connu. Mais comment dépasser ces impressions premières ? Autrement dit, comment aller au-delà de ces observations de sens commun ? Comment expliciter sans ambiguïté ce que nous avons été amené à observer dans notre pratique ?

    En tant qu'apprenti chercheur, notre position au démarrage de cette recherche relevait, avant tout, de l'observation13(*). A partir de cette nouvelle position et parce-que notre vision des faits évoluait, d'autres "constats" nous sont apparus plus facilement observables. Non pas seulement dans le temps comme d'une quantification mais plutôt dans le temps comme d'une qualification permettant de les décrire. Ces "constats" semblaient être des "changements", des "évolutions" des adhérents. Certains de ces "changements" étaient exprimés spontanément par les intéressés eux-mêmes comme un "mieux-être", un "mieux vivre". A partir de ces expressions énoncés par l'adhérent, nous avons pu relever que certains semblaient "aller mieux" dès lors qu'ils se regroupaient ou participaient à un projet de l'association. Serait-ce à dire que cette simple pratique de "décentralisation" et d'appartenance à un groupe permettrait d'engendrer une reconnaissance-valorisation des adhérents ? Elle-même, générant une motivation "naturelle" et un développement personnel indissociable de la notion de projet ? De même, l'identification du projet, l'identification au projet, l'identification au groupe expliquerait-elle, en partie, que 38% des adhérents du Compu's Club soient actifs ? Pour Lévi-Strausss « l'espace est une société de lieux-dits, comme les personnes sont des points de repère au sein du groupe. »14(*) voulant dire, par là, qu'il s'agit de classer l'autre et de se classer soi-même. Si c'était le cas, en quoi et comment cette formation de projets et cette identification participeraient-elles à la (re)dynamisation de certains adhérents ? Serait-ce ses aspects de responsabilisation, d'interactions sociales, de points de repères au sein du groupe ?

    D'un exemple, voici une observation de ces faits à propos d'une des sept branches de l'association : la section Littérature15(*). Cette branche a réunie, de juin 1999 à novembre 2001, huit chômeurs d'une moyenne d'âge de 46 ans. Le pilote de la branche, journaliste en disponibilité, a échafaudé un projet de livre écrit à plusieurs mains. Il s'agissait de construire et d'éditer un roman de fiction, de 1644 à nos jours, tiré de la réalité et nourrit de faits vécus par les participants. Ils se retrouvaient une fois par semaine environ. A notre connaissance aucun sous-groupe ne semblait s'être constitué hormis ceux nécessaires à l'écriture. Cette section a fait les honneurs de la presse et de plusieurs médias, dont la télévision, à plusieurs reprises. Leur projet était dirigé par un écrivain professionnel. De nombreux partenaires financiers, tant entreprises que fondations et particuliers, ont subventionné leur "démarche d'insertion par l'écriture". Ils ont exprimé le fait que perdre leur travail a été synonyme d'exclusion des choses de la vie quotidienne, face à des interlocuteurs qui demandent inlassablement les incontournables « trois dernières feuilles de paye ». Ainsi a émergé le projet "Échap", initié par un membre de l'association pour construire un livre permettant de prendre la parole, d'exprimer des idées, des constats, des désirs, à propos de la société dans laquelle on vit. Seuls ceux qui ont retrouvé un emploi participaient moins voire plus du tout pour se retrouver, à la sortie du livre fin 2001 à trois auteurs. Quatre personnes avaient retrouvé du travail et une cinquième était sur le point de démarrer son entreprise. Nous nous expliquons mal pourquoi, tout à coup, après deux à quatre années de chômage, ces membres avaient subitement retrouvé un emploi. Un seul aurait indiqué de la chance, deux du hasard, mais quatre sur huit nous signifient qu'il se passe "autre chose" dans cette branche.

    Il serait trop fastidieux d'inventorier ici chacune des sept branches du Compu's Club. D'autant que les mêmes "constats de changements" peuvent être observés : engagement, réinsertion professionnelle, ... Mais pour bien circonscrire l'observation de ces faits, au titre d'un seul autre exemple, considérons, en quelques mots, la branche Finance : CEB16(*). Le maître mot de cette Section était de « se réunir entre amis pour s'initier aux mécanismes de la finance et avoir une volonté conviviale de compréhension du monde économique pour, à terme, créer un club d'investissement17(*), un jeu de société, aider à l'investissement. » Ainsi, une douzaine de membres de 27 à 74 ans se réunissaient tous les quinze jours pour réellement jouer en Bourse l'argent qu'ils thésaurisaient chaque mois. Ils obtenaient des résultats, ce qui semblait les stimuler ! Est-ce une des raisons qui a permis à trois d'entre eux de retrouver du travail ? Existe-t-il un lien de causalité entre un travail retrouvé et l'ambiance de cette branche ? Pourquoi ce membre-ci, ou celui-là, se sentaient moins isolés et semblaient mieux supporter la solitude de leur retraite ? Mais si d'autres personnes les ont rejoints depuis, pourquoi certains ont abandonnés ?

    Ainsi, à partir de l'ensemble des observations énoncées précédemment, il nous est donc apparu une vaste étendue d'interrogations. Ces interrogations constituent l'objet même de notre recherche. Mais cela appelle à de nouveaux questionnements. Si nous nous référons au projet majeur avoué du Compu's Club qui est de "valoriser l'individu"18(*). Comment cette idée de "valorisation de l'individu"19(*) peut-elle faire l'objet d'une pratique au sein d'une association loi 1901 ? En posant cette interrogation il apparaissait que la problématique avait un corollaire évident : pourquoi un individu valorisé serait un indicateur de son propre changement ? Ceci posé, nous avons relevé une piste, précisément celle que nous annoncions plus haut : dès la fondation de l'association en 1997, il fut choisi par le fondateur l'outil informatique parce que, pour lui, il « semble être incontournable en ce début de millénaire pour aider à "être dans la société"20(*) ». Mais, si les TIC sont imaginées comme un outil-prétexte-alibi à la rencontre entre individus, nous pouvons légitimement supposer qu'elles sont une première étape indispensable à leur "mieux-être".
    Muscler avec Philippe Breton (le culte de l'Internet) ou WoltonAlors, pourquoi et dans quel contexte, quelquefois, des instants de discussions informelles et spontanées se créent autour d'une table alors que le matériel reste inoccupé ? De même, si le choix de l'informatique est un outil à la fondation de plusieurs activités informatiques, pourquoi des activités inattendues axées, non plus uniquement sur les TIC, mais aussi (et surtout) sur les relations humaines, la responsabilité, le bénévolat et l'autonomie apparaissent ? Par exemple et pour n'en citer que quelques unes : une branche Bourse, une branche Littérature ou l'organisation de soirées thématiques (devenues pour un temps "Les Inforums du Club", puis abandonné), cercles de discussions autour de thèmes comme "l'éthique informatique et l'individu" et "citoyenneté, économie d'entreprise et informatique" entre autres. Bref, nous avons été amené à nous demander pourquoi et de quelle manière cette association semblait participer au "changement", à "l'évolution" de certains de ses membres21(*) au delà de l'outil informatique.

    Par ces deux côtés, l'adhérent constaté changé et ce club informatique contexte à valorisation de l'individu, nous voulons comprendre ce qui fait lien entre l'association et l'individu, c'est-à-dire que nous rechercherons quelles sont les clefs, les mécanismes qui semblent provoquer ces changements. Mais également ce qui se passe entre les adhérents et comment ils agissent pour "être dans l'association", "être dans le monde". En clair :

    Qu'est-ce qui fait que certains membres de ce club informatique semblent, indépendamment de l'outil, changer ?

    En conséquence, nous seront amené à parler de deux groupes de recherches liées :

    - celles qui touchent au contexte dans lequel évoluent les membres de l'association,

    - celles qui touchent aux relations interpersonnelles des individus constitués en branches dans cette association.

    Nous voulons nous intéresser à ces deux centres de préoccupations simultanément. C'est donc vers la psychosociologie que nous nous dirigerons. Parce-que, ce qui caractérise la psychosociologie est « l'obligation dans laquelle [elle se trouve] de [s']occuper, d'une façon constante, simultanée et interdépendante, et de l'individu et de la société [(en l'occurrence l'association)] liés en une étroite interaction. » 22(*)

    A partir de ce champ, nous approcherons, d'une part, les processus de représentations sociales, de présentation de soi et d'identifications. Parce-que « les représentations sociales sont des modalités de pensée pratique, orientée vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéal. »23(*) La présentation de soi, quant à elle, appelle aux jeux des apparences dans la relation aux autres ; c'est-à-dire que l'individu « adopte une perspective "théâtrale" [...] pour contrôler l'image qu'il donne de lui même » 24(*) aux autres dans ses activités. Enfin, l'identification signifie « l'activité par laquelle un individu s'assimile à un ou plusieurs autres »25(*) ; elle s'appuie donc « sur un noyau émotionnel, sur un cadre pragmatique, sociologique. »26(*) De plus, « l'identification est [...] un moyen puissant de projection sur l'avenir. Elle permet la socialisation anticipée et la définition de soi. »27(*) Ainsi, la représentation (sociale et de soi) et l'identification sont pertinentes pour notre recherche parce-que nous pourrons nous occuper de l'adhérent dans son rapport avec les autres et avec le contexte environnemental Compu's Club.

    D'autre part, nous approcherons, un concept peu courant, celui de configuration au sens où Norbert Elias l'entend : « Ce qu'il faut entendre par configuration, c'est la figure globale toujours changeante que forment les joueurs ; elle inclut non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. »28(*) Pour indiquer la pertinence de ce concept Elias donne un exemple, une partie de cartes : « Quatre hommes assis autour d'une table pour jouer aux cartes forment une configuration. Leurs actes sont interdépendants. [...] Ni le "jeu" ni les "joueurs" ne sont des abstractions. Il en va de même de la configuration que forment les quatre joueurs autour de la table. [...]Comme on peut le voir, cette configuration forme un ensemble de tensions. L'interdépendance des joueurs, condition nécessaire à l'existence d'une configuration spécifique, est une interdépendance en tant qu'alliés mais aussi en tant qu'adversaire. »29(*). Ainsi, par ce concept de configuration, nous pourrons nous occuper de l'adhérent dans ses relations avec les autres au sein de l'association mais sous l'angle des interactions. C'est-à-dire, pour suivre Elias, nous pourrons repérer l'existence supposée d'un ensemble de dynamiques relationnelles, de stratégies interpersonnelles et de relations variées, polyvalents et simultanées entre l'association et l'adhérent, entre les adhérents. Parce-que, « c'est l'équilibre de tensions propre à chaque configuration qui permet de définir les marges d'exercice de la "liberté" ou du "pouvoir". »30(*)

    Mais, exprimé comme nous l'avons fait jusqu'à présent, cet ensemble ne nous paraît pas totalement satisfaisant parce qu'il n'explique pas suffisamment. Il faut aller plus loin, c'est-à-dire trouver un lien, quelque chose qui lie les éléments entre eux, les fait interagir, les met en interrelations. Le concept de configuration, cité précédemment, porte en lui de nouvelles perspectives théoriques. Ce qui domine c'est l'interdépendance des situations jouant sur l'opposition entre adversaire et allié, entre distance et rapprochement, entre échange et retrait. Ainsi, il nous semble possible qu'il y ait, dans une configuration, l'émergence d'un nouvel état, différent de la somme de chacune des parties qui le compose. En d'autres termes, il nous apparaît une atmosphère fluctuante, un "espace" commun indéfinissable, impalpable presque irrationnel et omniprésent mais observable dans certains cas. Autrement dit, nous imaginons un lien intime formant un ensemble indissociable, fusionné, un égrégore31(*) qui resterait indéterminé. C'est l'idée du modèle d'Aristote quand il dit que « si chacun apporte son écot à un pique-nique, il sera meilleur que celui où un seul le prépare. Ce qu'Aristote met en scène, c'est que même ceux qui n'ont rien apportés, apportent quelque chose d'essentiel, en particulier ils apportent ce qui permet que le tout soit plus que la somme des parties »32(*). En fait, ce qui semblerait unifier, faire alchimie, ce serait un certain nombre de façons d'être et d'agir des individus qui émergeraient lors de circonstances particulières, à des moments adéquats et, simultanément, des "moyens d'action singuliers" et informels seraient utilisés dans les interrelations sociales. Nous essaierons de le découvrir à partir des valeurs et des représentations individuelles et communes parce-que, chacun des thèmes abordés renvoie à cet aspect reliant en tant qu'il a affaire avec les valeurs et l'intériorisation de normes et, partant de là, avec l'identité sociale qui se rapporte à un objet (identité collective) et à soi (identité personnelle). Si nous partons du fait qu'une identification n'est pas possible sans raison, alors 1) l'identité à un objet concerne l'identification à des projets partagés pour échapper à la dépendance et à la fascination narcissique. Si pour Firth « l'identité est le partage de tous les traits particuliers. » elle peut être, aussi le partage seulement de certains de ces traits. Ceci, reste valable même si le sens des identifications, variables d'une culture à l'autre, est établi par toute société entre certains êtres en excluant les autres. A ce niveau, l'identité des individus relève d'un schème d'appartenance plus englobant : l'identité de groupe, de clan. 2) l'identité personnelle concerne la perception de soi-même dans le temps et la perception de la différence par rapport aux autres, c'est-à-dire un système de significations, de valeurs, d'orientations, de sens par lequel le sujet se singularise et dont les dimensions dépendent, pour une large part, des idéologies de la personne (qui traverse une culture donnée) s'instituant comme valeur et par des valeurs33(*). Cela semble donc dévoiler "un lieu interactif"34(*) commun, un "moyen" informel d'interaction, une "forme" invisible mais apparaissant quelquefois puis disparaissant, tout en existant toujours, au gré des relations interpersonnelles. Michel de Certeau parle d'arts de faire : « plus qu'il n'y est représenté, l'homme ordinaire donne en représentation le texte lui-même, dans et par le texte, et il accrédite de surcroît le caractère universel d'un lieu particulier où se tient le fol discours. »35(*)

    Toutes ces descriptions, que nous allons développer par la construction d'un modèle d'analyse dans la première partie de ce document, nous amènent à avoir une vision transversale de l'adhérent en tant qu'il est influencé par les autres adhérents ou par l'association. Résumons-nous :

    - le contexte socio-associatif du Compu's Club, la configuration, le principe fondateur36(*),

    - les relations interpersonnelles, l'identification, les façons d'agir / d'être des adhérents,

    - l'émergence d'un ciment - un "lieu" informel mais observable, un "moyen" d'agir,

    étant posés précédemment, nous sommes en mesure, maintenant, de soumettre une hypothèse provisoire du phénomène de changement constaté auprès de certains adhérents :

    Plus un individu utilise, dans une contingence, les moyens de devenir "être relationnel" et en "représentation", plus cet individu accède à un statut d'individu.

    Pour simplifier sous une forme schématique, l'hypothèse peut se présenter comme suit :

    Hypothèse

    Cette hypothèse prendra appuie sur les trois voies précédentes. C'est-à-dire,

    û la représentation / identification,

    û la configuration et

    û un "espace-moyens" fluctuant.

    Ces trois voies, nous paraissent les plus fécondes parce-qu'elles nous permettent d'approcher des éléments d'explications possibles de notre question de départ selon deux lignes de force : l'association vue en tant que "cadre pragmatique" mais aussi "noyau émotionnel", et les projets des branches en tant qu'aspects reliants sociologiquement mais aussi noyau sentimental, affectif. Ces perspectives ont l'avantage de nous permettre de fournir un cadre interprétatif des relations interpersonnelles et d'identité personnelle des adhérents. De plus, cela permettra d'éclairer les changements constatés à partir de la façon d'être de l'adhérent dans ses relations pour s'engager et se motiver. Nous relèverons, alors, les mécanismes qui semblent avoir permis a des adhérents de changer et nous essaierons de comprendre, modestement, ses articulations, ses conséquences. Pour ce faire, nous partirons 1) de l'état de ce qui a été capitalisé dans nos lectures sur le sujet depuis 1991, début de notre préoccupation sur les relations interpersonnelles, et 2) de la manière dont nos interrogations se sont révélées au Compu's Club précisément, lors de notre pratique de bénévole puis de salarié. Autrement dit, de ce qui nous a conduit à faire ce choix, c'est-à-dire, vouloir comprendre les changements constatés qui ont permis à certains adhérents de se relancer une dynamique37(*). Ainsi, nous approcherons l'adhérent, son identité et ses relations interpersonnelles avec les critères, la logique, la nature et les dimensions de l'association Compu's Club. Ceci, afin de savoir ce qui joue, se joue ou a joué dans le phénomène de changement apparent. Donc, essayer de répondre à notre incompréhension du phénomène de changement apparent de l'adhérent de cette association, ce pourra être une mise à jour des processus qui en organisent les façons différentes et singulières d'être et d'agir en même temps que les dynamiques relationnelles et les sentiments d'appartenances. Autrement dit, repérer les façons d'être et d'agir dans la configuration Compu's Club afin d'essayer d'en comprendre le sens. Nous pouvons, dès lors, faire deux remarques. 1) "Donner du sens à une interaction sociale" devrait passer d'abord par un cadre pratique et émotionnel ; et dans notre cas il s'agit de l'association en tant que contingence. Cette première piste se veut originale et spéculative. 2) "Donner du sens à une interaction sociale" devrait passer, aussi, par la nécessité d'échanger, de se rencontrer donc de s'identifier et d'interagir. Nous voulons dire, à participer à des projets permettant l'engagement et la responsabilisation en tant que principe d'auto-nomie (statut d'individu). Ce sera notre deuxième piste qui se veut argumentée, et aussi controversée mais semble avoir un corollaire : le changement de certains adhérents au sein de l'association.

    Dans une première partie, nous envisageons développer les thèmes, concepts, notions et théories en jeux. Ce qui va permettre d'éclairer les présupposés sur l'individu38(*), son identité, ses valeurs, mais aussi l'occasion de formuler des repères en abordant la configuration Compu's Club, les interactions, les relations interpersonnelles. Cette partie fortement théorique a pour but de construire un cadre d'analyse du phénomène de changement observé à partir des pistes qui émergeront progressivement et de leurs articulations. Nous commencerons par l'individu parce qu'il est le point de départ de notre interrogation et notre réflexion. Dans le premier chapitre, nous trouverons comment il se pense aujourd'hui, ce qu'il est, ce qu'il produit. Dans le second, nous chercherons, chez cet individu, une de ses particularités : nous parlerons identité et identification. Dans le troisième et dernier chapitre, nous nous attacherons à trouver des pistes permettant une compréhension des dynamiques relationnelles. Nous aborderons les valeurs, les interactions et les relations interpersonnelles.

    Dans la seconde partie, nous construirons le protocole de validation et ferons part de nos méthodes d'investigations. Ainsi nous mettrons en place des outils pouvant tester notre hypothèse à partir du modèle d'analyse construit dans la première partie. Même si nous avons abordé l'objet de ce travail à partir de nos quarante mois d'observations de bénévole puis de salarié, pour parvenir à mettre à l'épreuve des faits l'hypothèse provisoire nous construirons un questionnaire pour effectuer des entretiens semi-directifs. Nous retiendrons dix adhérents ayant changé. Notre méthode de travail consistera, alors, à rencontrer des adhérents ayant retrouvé (quelquefois retrouvé puis perdu) une dynamique par leur implication dans l'association. A fins d'analyses, l'enquête envisagée abordera ce qui a amené l'adhérent à rejoindre l'association, ce qu'il y fait et comment il le fait, enfin, ce qu'il y trouve. En clair, ce qui semble avoir joué, semble jouer et semble se jouer dans le changement apparent de l'adhérent. Ceci, dans le but de faire émerger les articulations de la configuration et nous préparer à la compréhension des mécanismes du phénomène de changement constaté.

    A partir de là, il conviendra d'expliciter, dans la troisième partie, les conventions que l'adhérent exploite dans ses relations avec les autres dans le contexte Compu's Club.

    PREMIERE PARTIE

    L'ASSOCIATION,

    DE L'INDIVIDU AUX MICRO-GROUPES

    1. L'association, de l'individu au micro-groupe

    Par la formulation de notre question de départ39(*), nous avons placé au centre de notre travail l'adhérent de l'association à partir duquel nous avons pu observer les changements que nous voulons comprendre40(*). Ainsi, nous posons la question des sources et des motifs de ces changements mais aussi des processus qui les favorisent, qui les autorisent. Ceci nous conduit d'emblée à nous interroger sur les conditions mêmes du changement. C'est-à-dire, 1) s'il y a changement c'est qu'il y a quelque chose d'observable ; ici, des comportements d'individus. 2) Mais ces comportements s'exercent avant tout dans un topos, l'association. Alors que cette association est organisée, sectorisée en micro-groupes41(*), les branches.

    Nous nous proposons ici d'envisager les perspectives théoriques qui nous permettraient de comprendre ce changement, d'élucider les présupposés, les concepts fondamentaux de ces approches ; et chemin faisant, de formuler les repères théoriques à notre démarche de recherche. Nous pourrons alors aboutir à un modèle d'analyse bâti sur l'articulation de repères et de pistes qui seront retenues pour présider au travail d'enquête et d'analyse des résultats. Dans les faits, il va s'agir d'expliciter les changements, à la fois, par les concepts fondamentaux autour de l'individu ; c'est-à-dire, la personne, l'identité, les valeurs, l'engagement, les motivations, les relations ; et ceux autour de la notion d'organisation ; c'est-à-dire l'association, les micro-groupes, la configuration (interrelation, interaction). Donc, il s'agira de comprendre le phénomène par la manière dont l'individu-adhérent se construit et par la manière dont le contexte-branche se positionne vis-à-vis de cet individu-adhérent, l'influence. Si nous choisissons cette approche c'est parce-qu'elle permet de situer le contexte Compu's Club dans son ambiance, ses activités et ses fondements ; mais également l'adhérent, ses caractéristiques et ce qu'il produit. Pour y parvenir, nous allons donc tenter de livrer un cadre d'analyse à partir duquel se pose notre hypothèse de départ.

    Avant même de parler du contexte, peut-être convient-il de s'attarder sur celui sans qui les préoccupations émises par la question de départ n'auraient pas cours. Nous faisons bien évidemment référence ici à l'adhérent en tant qu'individu. Ainsi, dans le premier chapitre, nous nous efforcerons de définir ce que l'on entend par individu. Plus précisément : comment est-il pensé ? Comment émerge-t-il ? Que produit-il ? Mais, s'il y a changement, c'est l'individu qui en est à la fois l'auteur et le destinataire. Donc, simultanément, s'agissant d'appréhender, de comprendre le changement, il conviendra de présenter ce que ce changement met en jeu. Dans le deuxième chapitre, nous aborderons les concepts d'identité, organisation et interrelations. Autrement dit, ce qui caractérise l'individu par rapport à autrui. Autrui qu'il faut entendre individuel ou collectif. Comment procède-t-il ? Quelles influences ? Le troisième chapitre permettra de faire le lien à la fois entre les deux précédents et la formulation finale du modèle d'analyse. En fait, ce troisième chapitre, reprenant ce qu'ouvrent comme perspectives les concepts développés dans les deux premiers, nous permet de définir la notion de valeurs. Quelle importance dans le changement ? Quelles conséquences ? Pour terminer, nous serons amené à poser l'hypothèse, expliciter les mots clefs qu'elle renferme et définir le protocole de validation adopté pour le travail d'enquête.

    1.1 Individu et changement : De l'étymologie au sens

    Un individu42(*) est, étymologiquement, un « être considéré comme distinct par rapport à son espèce, un être humain par opposition à la collectivité, l'élément d'une collectivité ou d'un ensemble » En clair, l'individu serait circonscrit à sa forme, son corps. Pour Leibniz, l'individu est unique et indivisible « il n'y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement l'un comme l'autre et où il ne soit possible de trouver une différence interne, ou fondée sur une dénomination intrinsèque. »43(*) Ainsi, l'individu serait-il tout simplement ce au-delà de quoi on ne peut plus diviser, au moins sans être dénaturé ? Une monade, un atome au sens propre ?

    Du côté de Gustave-Nicolas Fischer pour qui « l'être humain est un être relationnel car les relations définissent un aspect essentiel de son être social »44(*) la relation humaine l'emporte sur ce qui définit étymologiquement l'individu. Et dans ce cas, précisément, il nous faut aller chercher en dehors du biologique son originalité45(*). Du côté de Michel de Certeau pour qui « l'homme ordinaire donne en représentation »46(*) c'est la manifestation par la production (la manière de parler, de s'habiller, d'exprimer l'art ou la culture par exemples), les conduites qui caractérisent l'homme. Et dans ce cas, précisément, il nous faut se demander quel personnage joue l'individu en société ?

    Nous allons aborder la notion polysémique d'individu de manière abstraite et partielle. C'est-à-dire, d'un point de vue psychosocial. Autrement dit, ce champ va nous permettre de comprendre l'individu, à la fois, sous l'angle de sa représentation sociale et de ses interrelations. En clair, ce premier chapitre va aborder l'individu en tant qu'il est en société un être relationnel et en même temps une personne en représentation. Ceci, afin de savoir ce que cela apporte dans notre tentative d'explication du changement.

    1.1.1 De l'individu à son identité sociale

    Nous avons relevé, dans nos lectures, différentes façons d'énoncer, de percevoir et de penser l'individu. Tout au début de Homo Hierarchicus47(*), Louis Dumont distingue deux sens au mot individu : 1) l'homme particulier, empirique, non social et 2) l'homme comme porteur de valeurs et valeur lui-même48(*). Si pour Louis Dumont l'individu est la « valeur suprême du monde moderne »49(*), D'autres50(*) l'affirment non seulement comme valeur mais aussi comme principe. Ce qu'il semble falloir entendre par principe c'est la volonté de l'homme à « fonder ses lois lui-même à partir de sa raison. »51(*) Donc, l'individu s'affirme à la fois comme valeur parce qu'un homme vaut un homme (égalité) et comme principe parce-que seul l'homme peut être pour lui-même la source de ses normes et de ses lois (liberté). L'égalité versus la hiérarchie, la liberté versus la tradition. En son temps, le philosophe Jean-Jacques Rousseau avait tracé la voie avec le contrat social52(*) dans lequel il distinguait la liberté naturelle de la liberté véritable. La première comme liberté sans règle, la deuxième comme liberté civile où l'individu se soumettrait à des règles librement acceptées. Le sociologue Alain Ehrenberg actualise les propos de Rousseau en précisant que le "nouvel" individualisme, qui se caractérise par « la montée de la norme d'autonomie »53(*), engendre « une dépolitisation de la société [...] puisqu'il [(l'individu)] poursuit égoïstement son bien-être dans une ambiance sentimentaliste faite de Restos du Coeur, de téléthons et d'actions humanitaires diverses. »54(*). Même si, en sens inverse, la position de Le Bon est catégorique : « la foule [...] ravale l'individu dans sa mentalité comme dans son comportement ; elle le dépersonnalise, l'hypnotise et l'abrutit ; en outre, elle l'entraîne vers la violence. »55(*) Pourtant, Elton Mayo, à la suite de sa participation à l'expérience de Hawthorne de 1927 à 193256(*), concluait que « l'homme ne peut être heureux qu'intégré au sein d'un groupe »57(*), suggérant par là "qu'il se passe quelque chose" dans ce groupe.

    A la croisée de ces auteurs, s'intéresser à l'individu pour comprendre le changement de l'adhérent au Compu's Club pourrait être, ou bien expliquer ses comportements à partir de sa valeur, c'est-à-dire, sa capacité à instituer lui même ses règles et ses normes impliquant sa responsabilisation (principe) ; ou bien s'intéresser à sa dynamique d'émancipation, vis à vis du modèle environnant, par exemple. Ceci, mettrait en perspective une compréhension des changements selon la volonté qu'a l'individu à être, à la fois, valeur et principe, libre et autonome. Cependant, mettre en exergue ces façons de concevoir l'individu, serait au risque qu'il puisse apparaître non social. C'est-à-dire, risquant de générer des processus d'inhumanité voire de "barbarie"58(*) dans son émancipation. En fait, l'ensemble de ces auteurs nous mettraient face à une antinomie, celle de l'individu d'un côté et de la société de l'autre. Donc, en suivant cette voie, nous prendrions le risque de comprendre l'adhérent seulement comme un individu individualiste, nombriliste, narcissique, replié sur le privé et sans règle relationnelle. Par exemple « la recherche maximale du bonheur et minimale de la souffrance en tant que conception utilitariste »59(*) et égocentrique. En clair, ces façons de concevoir l'individu, bien qu'utiles à notre recherche, n'y sont pas suffisantes. Parce-que nous perdrions la possibilité de voir l'individu comme un être en interrelation avec les autres.

    Norbert Elias dépasse cette antinomie d'une société indépendante des individus et d'un individu-atome, clos et indépendant des autres individus60(*) par deux concepts fondamentaux : celui de configuration et celui de processus. Il entend par configuration « la figure globale toujours changeante que forment les joueurs. » C'est-à-dire, la formation d'un ensemble d'individus qui « inclut non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. »61(*). Ce qui différencie le concept de configuration de la notion de dynamique de groupe est « la modalité variable des chaînes d'interdépendances [...] qui lient les individus les composant. »62(*). Autrement dit, « les groupes se définissent par leur taille mais aussi par des fonctions qui marquent leur degré d'évolution et de maturité permettant à chacun d'interagir avec les autres »63(*) alors que le concept de configuration « récuse un mode de pensée substantialiste qui identifie le réel aux seules réalités corporelles et matérielles. [(Pour Elias)] les réseaux de relations sont tout aussi "concrets" ou "réels" que les individus qu'ils unissent. » En clair, Elias indique qu'on ne peut analyser la configuration sans tenir compte du "sens intentionnel" des actions menées par les individus. En ce sens, « ce sont les dépendances réciproques qui construisent les sujets eux-même. Ceux-ci n'existent pas avant ou en dehors des relations qui les font être ce qu'ils sont, à chaque moment du jeu social. »64(*)

    Ici, pour rendre intelligible les notions de jeu social et de sens intentionnel nous sommes conduit à expliciter le concept de stratégie. Michel de Certeau nous dit que le jeu « est une forme aristocratique d'un "art de la guerre". [...] Il donne lieu à des espaces où des coups se proportionnent à des situations. »65(*) Et de définir la stratégie66(*) comme « le calcul des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir est isolable d'un "environnement". Elle postule un lieu susceptible d'être circonscrit comme un propre et donc de servir de base à une gestion de ses relations. »67(*) Ainsi, la stratégie serait organisée par le postulat d'une volonté et d'un pouvoir. Si nous ajoutons à cela que la stratégie est un domaine dans lequel la pensée et l'action sont étroitement imbriquées, expliciter le changement de l'adhérent par la stratégie va permettre de comprendre la manière dont l'individu joue des coups dans des espaces et selon des situations. Goffman parle d'une « présentation de soi stratégique. »68(*) sur la scène publique et ses manipulations dans le rapport aux autres. Et Michel Crozier de « comportement stratégique »69(*). Par ces deux auteurs, comprendre le phénomène de changement nous met face à une hypothèse : pour qu'il y ait stratégie, il faut qu'il y ait un minimum de deux entités pensantes douées de conscience et de volonté propre. Donc, une interrelation logique. Bref, la stratégie semble à la fois multiple, protéiforme et totalement inattendue ; cependant, de la stratégie, deux idées fondamentales synthétisées émergent : volonté et autre. Si faire de la stratégie consiste à imposer sa volonté à l'autre, il s'agirait alors d'une logique spécifique. Ce qui voudrait dire que cette logique est applicable aux relations interpersonnelles. En conséquence, l'individu semble en logique (il donne du sens) dans l'accomplissement de ses activités et de son rôle dans la société. La stratégie devient alors un moyen qu'il utilise pour mettre en scène sa représentation à l'autre. Comprendre le changement de l'adhérent consistera donc à connaître la logique qu'il emploie ; c'est-à-dire, quels coups joués ? par rapport à quoi, à qui ? Dans quels espaces ? A partir de quelles situations ? C'est ce que nous chercherons à faire émerger dans le travail d'enquête.

    La stratégie, dès lors, nous permet de mieux comprendre ce qui différencie le concept de configuration de celui de dynamique de groupe. Pour Elias, de fait, il serait intégré dans les configurations des équilibres fluctuants de tensions et de forces : « C'est l'équilibre de tensions propre à chaque configuration qui permet de définir les marges d'exercice de la "liberté" ou du "pouvoir". »70(*) Contrairement à Kurt Lewin, pour qui « tout groupe fonctionne selon un équilibre quasi stationnaire et résiste à tout changement autre que des variations autour de cet équilibre »71(*). Ainsi, Elias distingue ces équilibres de la notion de dynamique de groupe ; c'est-à-dire, par la transformation de la personnalité vers son émancipation72(*). Elias renonce à envisager la société en terme de relations de causes à effets, mais la conçoit au travers du concept d'interdépendance dans le cadre de ce qu'il nomme des configurations. La logique spécifique citée précédemment, incluse dans ces configurations, participe de ces équilibres fluctuants de tensions et de forces (interdépendances). Il entend par processus l'évolution interdépendante des rapports et des contraintes que les hommes exercent sur autrui et sur eux-mêmes.

    En résumé, le concept d'individu tel que nous l'avons compris met en avant un être qui a besoin d'échanger, de s'exprimer. Nous retiendrons ici que l'individu ne peut pas être pensé comme quelqu'un d'isolé tel Robinson Crusoe mais plutôt en tant qu'individu-participant chargé d'intentions. C'est la raison pour laquelle, nous aborderons notre recherche en retenant l'individu au sens proposé par Elias. C'est-à-dire, pour avoir quelque chance de comprendre la contribution des actions exercées par les adhérents dans leur changement apparent, il nous faudra connaître la (leurs) manière(s) de construire ce sens intentionnel au sein des activités menées au Compu's Club. Ce que nous venons de développer sur le concept de stratégie va nous y aider. De la même façon, il nous faudra connaître la ou les manière(s) dont l'adhérent construit sa perception d'autrui et des choses afin de déterminer comment il construit ce qu'il "est" dans cette association. Nous appellerons, là, le concept de configuration pour y répondre, parce-qu'il permettra de décrire ce qu'est un être relationnel qui « invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon. »73(*)

    1.1.2 Vers une construction psychosociale de l'individu : le personnage

    C'est en cherchant à décrire l'individu-adhérent autour duquel s'organise l'être relationnel que nous sommes amené à expliciter ce que nous avons abordé en filigrane dans la section précédente. C'est-à-dire, la personne et sa représentation. Si, par là, nous cherchons à améliorer la connaissance du changement observé en voulant parler de la personne, c'est parce-que cette approche nous permet d'aborder l'individu comme corrélatif de droits et d'obligations. Mais, la personne serait-elle tout simplement un être humain situé à une place sociale authentifiée ?

    Selon l'étymologie traditionnelle le terme de personne trouve sa source dans les « termes prosôpon74(*) () et persona75(*) qui désignent d'abord, dans l'antiquité classique, le masque de théâtre. »76(*). Mais le terme persona, en se référant uniquement au masque, n'exerce-t-il pas seulement des fonctions équivoques de dissimulation de l'acteur mû en personnage ? Comme le note Jean Maisonneuve : « le sujet peut être conduit à deux attitudes77(*) : [1)] cacher consciemment à autrui, derrière une figure d'emprunt, ce qu'il est et fait réellement [2)] Se cacher, surtout à soi-même, ce que l'on est ou ce que l'on craint d'être. »78(*) En fait, c'est par le glissement du masque gréco-romain au personnage représenté, puis du rôle à l'acteur, qui faisait ainsi passer de la fonction sur scène au jeu social mené par l'individu. Le masque a ainsi perdu de sa spécificité, c'est-à-dire, il est passé de la dissimulation directe, dans le sens se cacher physiquement, au paraître en devenant le "personnage". Autrement dit, « devant autrui [...] nous devons produire une image conforme à ce qu'on attend de nous ; nous nous sentons "en représentation". Aussi, est-ce souvent par l'adoption d'un personnage type que nous assumons notre rôle social. »79(*) C'est la raison pour laquelle, le personnage est distinct de l'individu puisqu'il « n'est pas exactement l'individu que nous sommes mais celui que nous voulons persuader aux autres que nous sommes. Ou encore, celui que les autres veulent nous persuader que nous sommes... Ces deux définitions se confondent pour nous constituer une façade sociale... Nous nous voyons d'abord comme autrui nous voit et nous veut. »80(*) C'est-à-dire, « 1) l'image de notre présentation aux autres ; 2) la conscience du jugement qu'ils portent sur nous et 3) les sentiments positifs ou négatifs qui en résultent. »81(*) A partir de là, il nous faut répondre à une

    question : en quoi les comportements et les attitudes de l'adhérent expliquent-ils son évolution au Compu's Club ? En d'autres termes, quelle signification peut avoir le personnage-adhérent dans son changement ? Bref, au regard du concept de personne il semble possible de se demander 1) en quoi la représentation de soi est-elle dépendante du regard d'autrui ? 2) Dans quel(s) but(s) l'individu veut-il persuader les autres de ce qu'il est ? Et 3) Quels sentiments, positifs ou négatifs, en résultent-t-il ? Pour Jean Maisonneuve, le personnage endossé : « n'est plus une catégorie officielle mais une visée personnelle. »82(*) Concluant que « c'est probablement ici le cas où le personnage a le plus de chances d'exprimer assez fidèlement la personne. »83(*) En clair, outre le personnage comme masque (le paraître), il semble qu'il soit, à la fois, un devoir être, c'est-à-dire : le personnage comme rôle social permettant d'affronter la pression et la suggestion sociale ; et un veut être, autrement dit, la vocation comme source du personnage endossé. Dans ce cas, qu'est-ce qui fait son originalité, sa singularité, autrement dit, sa personnalité ?

    1.1.2.1 Personnalité subjective, personnalité objective.

    Le cogito cartésien, univers d'interrogations, a permis d'inventorier les richesses de l'ordre personnel et d'en disposer. Cela veut dire que ce qui est connu est transformé par le fait même qu'il est connu84(*). En d'autres termes, pour Descartes les choses ne sont qu'en tant que nous les pensons. Ainsi, a-t-il découvert le fondement de ses travaux, c'est-à-dire l'ego85(*). A cela, il découle que la personne devient parfaitement un individu dans la mesure où elle prend conscience86(*) de sa personnalité. Ainsi, cette conscience semble d'abord distinguée sous son aspect physique : le corps principalement, comme nous l'avons vu en début de chapitre. Puis apparaîtrait la prise de conscience de notre personne à tous les moments de la vie. Cette prise de conscience semble être un aspect subjectif de la personnalité. Ce cheminement nous conduit à rechercher un aspect objectif de la personnalité. Avoir procéder ainsi, nous paraît nécessaire parce-qu'il nous permet d'aborder le phénomène de changement sous l'angle des traits moraux. Ce que nous allons développer maintenant.

    La Bruyère a donné le nom de caractères à l'ensemble des traits moraux particuliers qu'il a recueilli chez ses contemporains.87(*) Plus tard, d'autres88(*) ont essayé de classifier les principaux types de caractères et ont dénombré une cinquantaine de définitions du mot "personnalité". Dans ces conditions, il nous apparaissait bien difficile de circonscrire cet aspect objectif de la personnalité pour comprendre le phénomène de changement. Cependant, nous dit Raymond Boudon, « il est possible d'en préciser le sens [...] en examinant ses caractères les plus généraux et les plus permanents : l'individualité, l'autonomie, la stabilité ou consistance [(le personnage)], enfin, la spécificité des motivations. »89(*) Les béhavioristes nous fournissent une définition des motivations : « [elles] sont des stimuli qui poussent à l'action et dont, le plus souvent, on observe les effets sans les saisir directement. »90(*) Cependant, « la motivation doit être comprise en tant que mise en question permanente de l'équilibre présent au nom d'un équilibre supérieur futur. »91(*) Ainsi entendu, la personnalité « n'est pas une substance (un en-soi)[...] elle est essentiellement un système de relation. »92(*) En ce sens, « la personnalité comme telle n'existe pas ; ce qui existe ce sont les réseaux de relations. »93(*) Par ces deux aspects subjectifs et objectifs, ce que nous garderons c'est que la personnalité est en somme un ensemble des manières d'être d'un individu distinguant dans la personnalité « le moi comme système d'attitudes communes intériorisées, de réponses conformes aux situations sociales et le je, principe spontané et original. »94(*) Pour le dire autrement, il n'y aurait ni soi, ni conscience de soi, ni communication en dehors de la société, c'est-à-dire en dehors d'une structure qui s'établit à travers un processus dynamique d'actes sociaux communicatifs, à travers des échanges entre des personnes qui sont mutuellement orientées les unes vers les autres. Par un mot : en interrelation.

    Ce qu'il faut noter, en définitive, est la piste qui s'ouvre pour comprendre comment l'adhérent en tant que personne exerce un personnage ; comment il peut changer, évoluer pour assumer des interactions sociales, prendre des responsabilités ou des initiatives ; comment ses traits de caractère innés95(*) (en construction constante) ou acquis (en développement, qui relèverait de la réflexion, de l'effort personnel et de son expérience) lui permettent de s'engager, de se motiver, d'échanger, par exemples. De même, cette piste nous permettra de rechercher au Compu's Club cette forme d'appartenance à un groupe créant une forme d'association par des échanges où l'identité de chaque adhérent est cachée derrière un masque. Bref, comment la personne-adhérent est pensée en tant que personnage-adhérent et que ce personnage-adhérent, qui est joué, a un sens ; que ce sens prend forme dans un environnement, un lieu. Erving Goffman nous aide dans notre résumé : « les applications particulières de l'art de manipuler les impressions, cet art, fondamental pour la vie sociale, grâce auquel l'individu exerce un contrôle stratégique sur les images de lui-même et de ses productions que les autres glanent à son entour. »96(*) Donc, l'adhérent en tant qu'individu peut-être compris en tant qu'être relationnel à partir de ce qu'il veut être ; mais également, en tant qu'être en représentation, c'est-à-dire un personnage à partir de ce qu'il doit être.

    Pour parvenir à exploiter ce que nous avons développer dans cette section, nous retiendrons que le personnage joué par l'individu semble être "l'instrument" de présentation de soi aux autres. Le personnage se distingue de l'individu en tant qu'il est construction psychosociale de la personne. Dans ce cas, comment s'y prend-il dans sa relation à l'autre ? Ses aspirations peuvent-elles concorder avec ce qu'il attend de la configuration ? Si nous nous référons à ce qui précède, c'est-à-dire que l'aspect fondamental c'est la création de canaux de communications, de relations, alors l'extension de la participation sociale d'un individu se caractérise par le désir de participer, les attentes, l'intensification du sentiment d'identification et d'appartenance. D'appartenance puisqu'on peut supposer que l'expulsion constitue l'ultime sanction contre les réfractaires. Bref, ce qu'il faut pour l'individu, finalement, c'est des liens à partir desquels s'exercent un échange et une représentation. Ces liens pouvant être les valeurs parce-que l'individu est un être de besoin qui n'existe que parce qu'il vit en société avec d'autres individus. Inversement, nous avons vu que la société n'existe que dans la mesure où les individus qui la composent existent. C'est chez Elias et la notion de configuration qu'il nous paraît résider une piste.

    1.2 Individu, configuration et changement : une recherche identitaire

    Nous venons de réunir les outils pour comprendre ce qui définit l'individu. C'est-à-dire, cet être en interaction sociale et en représentation (personnage). Pour éclairer notre projet de compréhension du changement observé, nous allons chercher, si parmi les différents caractères de cet individu vus dans le chapitre précédent, il en est qui soient des particularités objectivables au regard de notre question de départ.

    Ainsi, parmi ces caractères, nous retenons le fait de la sociabilité de l'individu. Il découle du concept de sociabilité que l'individu présente un trait particulier de relation pour se révéler à l'autre, se positionner par rapport à l'autre ; c'est le fait de s'identifier et d'identifier. Pour Mead, la genèse de l'identité se construit par rapport à « l'autre généralisé »97(*) ; c'est-à-dire dans un rapport à autrui. Nous allons donc aborder le phénomène de changement sous l'angle de l'identité. Particulièrement, nous développerons un de ses mécanismes, l'identification98(*). Parce-que si l'identité désigne « ce qui chez quelqu'un est conservé »99(*), l'identification renvoie davantage à des transformations identitaires et témoigne de changements sous diverses formes. « S'il [(l'individu)] est victime de rejet ou de dévalorisation [...] il peut vouloir restaurer son image (restauration identitaire). Il peut parfois rechercher une reconnaissance sociale et la légitimation de son itinéraire (confirmation identitaire) ou se préparer à de nouvelles opportunités (flexibilité identitaire) »100(*) Mais ceci est possible uniquement parce-qu'il y a "un autre". Donc, le rapport à autrui est essentiel dans la formation de l'identité de l'individu. A partir de là, aborder l'identité sera propre à faire apparaître un lien spécifique entre la personne et autrui : l'identification. C'est cette perspective de lien spécifique qui est intéressante pour la compréhension du changement et que nous allons développer dans le chapitre suivant.

    Mais si nous relevons l'identification pour construire notre recherche, il convient de s'intéresser à d'autres aspects du concept. En effet, s'il y avait identité seulement là où il y a autrui, il faudrait rejeter l'identification par rapport à un lieu, par exemple. « Ce que je suis. A ne pas confondre avec "qui je suis". Etant né quelque part, je m'identifie à une langue, une nation, une confession, etc. Mais je ne suis pour rien dans ce que je suis : on ne choisit pas son identité. »101(*) De même, il faudrait évincer l'identification de soi pour les autres et inversement. Autrement dit, ce qui fait « l'ensemble des catégorisations qui permettent de reconnaître les autres. »102(*) C'est-à-dire, les cartes d'identité, relevés bancaires, par exemples. Autant de "papiers", "d'écritures" à porter sur soi, qui gouvernent nos rapports sociaux, dessinent une administration domestique et révèlent des pratiques quotidiennes. De la même manière, il faudrait abandonner la marque identitaire qu'est la fonction.

    Cependant, ces dissemblances apparentes entre l'identification par rapport à un autre et celle par rapport à un lieu, à soi et à sa fonction, sont au fond identiques. L'individu qui s'identifie à un lieu, ne le fait-il pas par rapport à ses liens tissés avec l'autre ?103(*) De même, l'individu qui se présente avec une pièce d'identité, ne le fait-il pas dans un rapport à autrui ? Puisque, « ces documents répondent à une obligation généralisée de s'inscrire et conditionnent l'existence de l'individu dans une société d'ordre graphique » même si à leur manière, elles attribuent places sociales et droit d'exister ; en clair : « secrètement, nous conditionnent et gouvernent. »104(*) De la même manière, dirons-nous que celui qui nomme sa fonction pour s'identifier ne se considère pas « comme occupant une place singularisée dans le système [...] social »105(*) et professionnel ?

    Donc, il y a identification lorsqu'il y a un autre. Et c'est le fait d'agir par rapport à cet autre que l'individu peut changer et construire son identité. Ce qui va donc nous intéresser dans ce chapitre c'est de chercher quels types de relations alimentent les identifications dans cette association.

    1.2.1 Devenir quelqu'un : angoisses et influences, démarches identitaires.

    Pour Patrick Boulte, dans son livre "L'Individu en friche", « exister, c'est être nommé par quelqu'un. »106(*) C'est-à-dire, être quelqu'un pour quelqu'un d'autre. Gustave-Nicolas Fischer distingue l'identité personnelle, en tant qu'elle est un « processus psychologique de représentation de soi »107(*), de l'identité sociale, en tant qu'elle est un « processus psychosocial de construction et de représentation de soi »108(*). Donc, la reconnaissance des identités c'est l'idée qu'on peut être défini, non seulement par sa singularité, mais aussi par son appartenance. Laquelle appartenance permettrait de révéler un forme de changement de la valorisation ou la dévalorisation de soi. Autrement dit, la reconnaissance individuelle passe, outre la reconnaissance de l'individu, par la reconnaissance du groupe et la nécessité de reconnaître des actions collectives. Et l'identification « se réalise à travers les valeurs et les normes d'un groupe ou d'un système culturel. » Par exemple, Serge Moscovici aborde le travail en tant qu'il est dans l'homme : « une fois attribué à Pierre ou Paul, Pierre ou Paul en font leur être et s'y expriment, comme si, depuis toujours, ce travail avait été leur travail, comme s'ils avaient commencé avec eux. [...] Le travail se situe ainsi au centre des moyens d'action de l'homme, et la réalité objective est potentiellement en lui. »109(*) Pour le dire autrement, le travail est dans l'homme, il est identification, et son ouvrage est l'expression de cette identification. Donc, l'identification est un processus psychologique qui peut être entendu dans deux sens distincts : « [1)] l'ensemble des catégorisations qui permettent de reconnaître les autres d'après des signes spécifiques et de les situer, en conséquence, d'une façon claire ; [2)] le processus inconscient de structuration de la personnalité par lequel autrui sert de modèle à un individu qui incorpore ses propriétés et s'y conforme. »110(*) Dans ce deuxième sens il s'agirait d'une conformisation111(*) voire d'une aliénation. Mais, pour mieux saisir les changements observés, nous préférons rapporter à l'identification le terme d'acculturation. D'une part, parce-que « l'acculturation comprend les phénomènes qui résultent d'un contact direct et continu entre des groupes d'individus de culture différentes, avec des changements conséquents dans les types culturels originaux de l'un ou des deux groupes »112(*). D'autre part, parce qu'il permet de dépasser la question classique selon laquelle plus on adhère (c'est-à-dire plus on s'identifie) à des valeurs ou à une culture, plus on s'aliène. Le terme acculturation donne ainsi à l'individu une dimension interactive. Mais rapporté à notre propos, pour définir ses intérêts, donner un sens à ses actions afin de permettre une interactivité, il faut bien que l'individu ait quelque représentation. Ce qui nous permet d'aborder l'identification comme une réaction qui serait pour l'individu la mobilisation d'images lui permettant de s'engager dans un processus de changement. C'est ce que nous allons commencer par appréhender maintenant.

    1.2.1.1 L'identification, un mixte de représentations réelles et symboliques

    Cent ans après Emile Durkheim, qui opposait déjà deux sens aux représentations (individuelles et collectives)113(*), Allessandro Pizzorno avance la notion d'identité, lui-aussi, au double sens individuel et collectif. Ainsi, « pour qu'il puisse déterminer quels sont ses intérêts, calculer coûts et bénéfices, le sujet agent devra donc être assuré de son identité par l'appartenance à une collectivité unifiante. Il en recevra les critères qui lui permettront de définir ses intérêts et de donner un sens à son action. »114(*) Donc l'individu « sélectionne, informe, invente, et même, si besoin est, néglige ou étouffe »115(*) ses intérêts. Mais quels sont ces critères qui permettent à l'individu de définir ses intérêts et donnent un sens à ses actions ? Max Scheler affirme « l'objectivité des valeurs, au sens où, selon lui, les valeurs existeraient indépendamment du sujet qui les appréhende. »116(*) Pour résumer son travail, il nous dit que 1) les valeurs sont révélées par l'émotion, 2) les relations entre valeurs sont, elles aussi, saisies par l'émotion et 3) les relations entre valeurs sont aussi objectives que les valeurs elles-mêmes.117(*) Par cette hypothèse de Scheler, l'adhérent changeant peut-être appréhendé comme un individu chargé d'émotions construites sur des valeurs. Ce qui voudrait dire ici que le changement se réfèrerait à un double niveau de fonctionnement des valeurs : une objectivité, que nous appellerons image réelle, concrète et une subjectivité, que nous appellerons image symbolique liée aux représentations mentales. Autrement dit, les valeurs se révèleraient, en même temps qu'elles révèleraient le changement, à la fois, en fonction du symbolique et du réel. Ce qui nous permet de voir toute description de l'identité comme des images interactives entre les représentations internes et externes des individus. Si plus haut, nous avons parlé identification c'est pour dire, à partir de ces images réelles et symboliques, qu'elle semble interpréter la capacité à communiquer de chacun d'entre nous en même temps que des comportements mimétiques, c'est-à-dire une forme de changement. Autrement dit, il pourrait exister une identification, par exemple, à un groupe, qui autoriserait le changement de certains individus, si ce groupe est à la hauteur des attentes de ces individus. C'est pourquoi nous prenons conscience maintenant que les interactions entre les représentations de l'individu et les phénomènes de changements observés au Compu's Club pourraient être intimement liées et, finalement, n'être que le résultat de combinatoires complexes que nous essaierons de décrire en deuxième partie.

    En résumé, l'identité est en perpétuelle recomposition parce-qu'elle révèle et affirme la personne et autrui, « autrui comme repère et comme témoin »118(*) au sein même d'une configuration. L'identification se situe, ainsi, dans l'intersubjectivité d'un groupe, d'une part et fait appel aux valeurs en tant qu'émotion, d'autre part. Dès lors, une question se pose : comment des individus aux émotions différentes peuvent-ils se constituer en organisation sociale ? Durkheim y répond par le lien social ; plus exactement par la distinction entre deux formes de solidarité : organique et mécanique. Mais la solidarité est elle-même une valeur, et particulièrement ici un sentiment affectif (émotion). Ce qui voudrait dire que si l'individu est nécessairement social, relationnel et en représentation et qu'il y a désir de participation et sentiment d'identification et d'appartenance, alors, il y a relations affectives. Sans doute ce dont voulait parler Durkheim. Ainsi, nous allons chercher au travers de cette valeur solidarité comment lire les changements observés en terme de sentiments. Cet effort a pour but de présenter l'adhérent changeant en tant qu'il pourrait être vu comme un individu chargé d'émotions.

    1.2.2 De l'individualisme à la relation à l'autre : la solidarité

    Pour comprendre le changement apparent de l'adhérent à partir de la solidarité, il nous faut rappeler ce que nous avons développé précédemment à propos de l'individualisme. Pour Leibniz, l'intention était claire, c'était montrer le côté fermé de soi, isolé de l'individualisme.119(*) Alain Renaut cherchait dans "L'ère de l'individu" a donner à l'individualisme une double parenté qui prendrait racine chez Leibniz avec l'individualisme comme indépendance et Descartes avec l'individualisme comme autonomie en tant que sujet conscient.120(*) Pour Stanislas Breton, néo-platonicien, « il n'y a pas d'individu autonome isolé du monde. Il n'y a pas moi face au monde mais il y a un monde commun à chaque individu et d'une certaine façon il n'y a pas un sujet face à un objet mais il y a tout le temps interaction observant-observé. »121(*) Que certains soient solitaires, nous pouvons en convenir, mais des solitaires qui entrent en contact des autres et qui cherchent la solitude simplement comme un plaisir parmi d'autres.122(*) Bref, c'est l'inscription de l'individu dans un réseau de relations qui confère à l'homme sa nature spécifique, celle d'un « être social, un être qui a besoin de la société des autres hommes. »123(*) En gardant cette idée, nous pouvons considérer que l'être biologique de la naissance ne devient un être humain qu'en s'appropriant un patrimoine socioculturel développé autour de lui. Donc, il y a nécessairement du public dans la personne privée pour se socialiser124(*). En ce sens, il intériorise de façon personnelle ce patrimoine de sorte qu'il lui permette de construire son individualité. Par exemple, l'individu à sa naissance ne serait pas grand chose s'il n'y avait pas une mère pour lui parler, des grands frères pour lui taper dessus, une différence sexuelle, une différence langagière, des relations de tous ordres, un professeur, un médecin, sans cela comment serions-nous des individus ?125(*) En effet, tout ceci c'est un peu ce que Nietzsche appelle dans "Les Trois Métamorphoses" le "stade du lion" : « celui qui dit non »126(*). Le premier stade est le stade du chameau qui dit oui et accepte tout. Le deuxième, le stade du lion qui est révolté et qui cherche à se délivrer, à être indépendant, qui cherche à repousser tous les "tu dois", c'est la recherche de la libération. Le but de se délivrer c'est d'être indépendant pour se donner à soi-même ses propres lois, ses propres valeurs. Le dernier stade, la dernière métamorphose, c'est l'enfant. L'enfant qui dit oui, non pas aux autres (à la loi, au "tu dois") mais à lui-même, au devenir. C'est l'enfant créateur qui donne à lui-même sa propre loi. Il faut toutefois émettre quelques réserves, tout dépend d'où l'on se place ? Qui parle ? Depuis où il parle ? Quelles sont les motivations de l'individu qui parle ? Mais ce qu'il faut retenir c'est qu'il a besoin d'être autonome en tant que phase dans la construction de son individualisme. Georges Palante a cherché à définir l'individualisme comme sensibilité : « ce qui porte l'individu à vouloir l'indépendant, à céder à une certaine misanthropie et un certain pessimisme social c'est cette sensibilité individualiste. »127(*) Alors dans quelle mesure pouvons-nous échapper au ressentiment de « ce goût qu'ont les hommes de faire groupe, clan, comme les moutons de panurge ? »128(*) comme on peut le lire dans la "Généalogie de la morale" ? Avec Frédéric Worms, en revanche, « l'être de ressentiment est celui qui se défini contre ce qui le limite et par conséquent cet individu ne s'éprouve pas comme unique. Pour éprouver du ressentiment il faut que l'individu tienne compte finalement des autres et de la société. »129(*) Sur ce sujet, finalement, que peut-il bien en être de l'adhérent au Compu's Club ? Dans la figure de l'enfant ce que semble vouloir dire Nietzsche c'est qu'il s'agit de dépasser le ressentiment pour se situer dans le je. Ceci permet d'éviter cette antinomie entre individu et société. Ce que semble vouloir dire Palante c'est l'inévitable affrontement entre le singulier et le troupeau, entre l'individu et la société, même si l'issue doit s'avérer fatale pour l'originalité sous quelque forme qu'elle se présente. En d'autres termes, espérer conquérir sa liberté, la liberté de dire oui, l'individu libre n'aurait donc d'autre choix que la révolte, même désespérée ? Gisèle Souchon précisant que « les pressions du politique, du public, du religieux ne valent que si je les accepte. C'est dans la sphère du privé que l'homme peut protéger sa liberté individuelle. »130(*)

    Pour parvenir à parler maintenant de solidarité nous avons d'abord dû passer par un rappel de notre compréhension de l'individualisme et de la relation à autrui. Nous en résumons, à la fois, les deux distinctions : « l'une pour qui l'individu a quelque chose de donné avec une référence ultime : la conscience, la liberté ou le corps. L'autre, qui fait de l'individu quelque chose de relatif, de construit qui doit se déployer d'abord dans sa différence par rapport à autrui. »131(*) ; et les trois interprétations « selon que l'on s'attache à caractériser les comportements (individualisme social), à légitimer les normes, les institutions et les choix de valeurs (individualisme éthique, contractualisme) ou à expliquer les processus sociaux (individualisme méthodologique). »132(*)

    Cependant, aujourd'hui, l'individualisme est synonyme d'asocial, de manque de civisme et de solidarité. Il est perçu un peu comme péjoratif, comme une étiquette. Alors qu'est-ce qui fait que l'homme crée des formes du lien social (Durkheim) ? Pourquoi des liens affectifs se tissent-ils ? Pour cela il nous faut commencer par une approche psychologique parce-qu'elle ouvre une piste de compréhension : « un rapprochement apparaît chaque fois qu'une personne se découvre un trait commun avec une autre. [...] C'est lui qui engendre les sentiments de sympathie et de camaraderie. »133(*) Ainsi, la relation entre les membres dans une configuration est une relation faite de tendances affectives, libidinale. Mais en sociologie, Durkheim affirme que la cohésion sociale est renforcée par les sentiments d'attraction. C'est-à-dire, « par l'expression d'attitudes positives (la sympathie) et peut se traduire par le désir de se rapprocher des autres. »134(*) A ce stade, la solidarité serait faite uniquement de relation. C'est ce qu'a bien vu André Lemos lorsqu'il analyse les communautés virtuelles sur Internet : l'engagement dans une relation « laisse la place à des intérêts ponctuels et communs, ancré sur la sympathie. »135(*) Mais, « les phénomènes sociaux étant toujours des composés d'actions »136(*), cette relation doit s'exprimer à l'intérieur d'un cadre et par des processus137(*), c'est-à-dire dans des limites et par des interactions. Nous pensons encore ici, bien sûr à ces échanges qui ne peuvent avoir lieu que dans une configuration elle-même incluse dans un espace géographiquement circonscrit, c'est-à-dire, une territorialité.

    L'enquête d'Alain Girard, sur le choix du conjoint138(*), visait à déterminer le rôle de la proximité dans la relation, elle a pu montrer, en fait, une « homogamie sociale qui désigne le fait d'une recherche de similitude [...] portant notamment sur leur origine sociale, culturelle et religieuse. » Autrement dit, pour Girard, c'est la similitude qui crée la solidarité. Exprimé par le nous elle se traduit dans une vive sympathie et une identification mutuelle et se fonde sur la fusion des individus dans le tout commun. Les groupes locaux séparés sont alors capables de mener chacun une vie autonome. Les résultats d'une expérience menée en 1979139(*), ont pu dégager la corrélation croissante suivante : « plus la relation est intense, plus nombreuses sont les activités conjointes et plus importante est l'implication mutuelle. » Dans ces conditions, comment le changement peut-il avoir cours ? Cette conformité imposerait-elle la déviance ? C'est dans "De la division du travail social", que Durkheim ébauche le "réel" de cette solidarité en l'appelant "contrat". En clair, il tente d'établir un passage de la solidarité par similitude à la solidarité organique. C'est-à-dire, il oppose les individus "similaires" groupés (avec une même croyance, les mêmes valeurs partagées, les mêmes sentiments, etc.) aux individus qui sont "différents" et se lient les uns aux autres parce qu'ils exercent des rôles et fonctions complémentaires à l'intérieur du système social. Autrement dit, pour Durkheim, c'est la différence et la complémentarité qui créent la solidarité. Le passage du "statut" (solidarité de type mécanique) au "contrat" (solidarité de type organique) est associé à l'apparition et au développement de la division du travail. Cette division « supprime la rivalité entre individus en les rendant étroitement solidaires les uns des autres et également étroitement solidaires de la société ; l'individu est d'autant plus moral que sa solidarité avec la société est étroite. »140(*)

    Pour récapituler, nous sommes passé de la solidarité par similitude de Girard à la solidarité mécanique puis organique par ce que Durkheim appelle contrat. Nous avons repéré ce contrat comme rendant compte d'un réel où tous les hommes sont coopérants (en interaction). Il faut ajouter que cette solidarité est fondée sur l'association librement consentie (liberté). Mais la solidarité basée sur les droits ne risque-t-elle pas de glisser sur la charité141(*) ? Ainsi, pour qu'il y ait solidarité il faut qu'il y ait un sentiment de responsabilité mutuelle entre plusieurs personnes mais aussi une dépendance mutuelle d'intérêts. « Les échanges révèleraient ainsi une stratégie du coût psychologique minimal dans la vie sociale. »142(*) Mais, toute situation d'interaction ne manifeste-t-elle pas un conflit plus ou moins fort entre le désir de coopérer avec autrui et le désir de l'exploiter ? Malgré cela, une organisation sociale, qu'elle soit groupe ou sous-groupe, peut être formée d'individus supposés solidaires. Approcher les changements observés à partir de la solidarité aidera à saisir l'ajustement des valeurs organisationnelles d'un groupe avec celles des valeurs personnelles. C'est-à-dire, elle permettra d'aborder le phénomène comme la capacité de l'individu à maîtriser le changement dans le but de trouver et développer une manière de s'engager. En d'autres termes, pour analyser le Compu's Club, nous serons amené à prendre en compte les systèmes humains en tant qu'ils constituent une des dimensions essentielles de la configuration. La configuration se pose donc ici au plan des relations interpersonnelles. Ainsi, elle aura quelque chance de rendre intelligible le changement observé au sein du Compu's Club en faisant apparaître les raisons et les motivations des adhérents à s'engager : la solidarité en tant que valeur produisant du lien social.

    Bernard Lahire a relevé auprès d'Elias que « pour comprendre un individu, il faut savoir quels sont les désirs prédominants qu'il aspire à satisfaire. »143(*) Ce qui nous a conduit à voir les valeurs comme une représentation cognitive des besoins ; les motivations d'une personne résultant de l'insatisfaction de certains de ses besoins. Pour exemple, un enseignant de Paris V144(*) citait une étude menée par ses étudiantes : « Lorsqu'on a demandé aux syndicats quels étaient les éléments et les moyens de motivation des salariés ? Les syndicats ont répondu la réduction du temps de travail, l'augmentation des salaires. Les salariés ont dit qu'au delà d'un certain niveau de salaire, ce qui les intéressait avant tout c'était d'avoir un travail intéressant. »145(*) Cette étude éclaire le phénomène de changement en signifiant une hiérarchisation des attentes de l'individu (en l'occurrence, du salarié) : à partir d'un certain niveau de salaire... avoir un travail intéressant. Ce que voudrait dire cette idée, est qu'on ne peut agir sur les motivations d'une personne qu'à la condition de satisfaire ses besoins146(*). Nous nous intéressons à cette approche parce-qu'elle est construite sur la notion de satisfaction de besoins hiérarchisés ; ce qui nous permet d'aborder le phénomène de changement comme la possibilité d'être une recherche de satisfaction des besoins par l'adhérent.

    Pour résumer ce chapitre, tantôt l'identité apparaît comme une image symbolique, tantôt l'image est seulement l'expression réelle de l'identité. A l'identité réelle d'une structure sociale, par exemple, va correspondre l'image réelle (l'accueil, les locaux, les agréments, etc.) ; à l'identité symbolique correspondra l'image symbolique (la crédibilité, le dynamisme, la convivialité, etc.). L'image globale correspondra naturellement à une combinaison complexe et fortement variable, empruntant tour à tour aux deux composantes de l'identité : réelle et symbolique. Donc, l'image que l'on perçoit d'une structure sociale est toujours une combinaison complexe mêlant intimement le réel et le symbolique. Ainsi, chacun en fonction de ses "besoins" et de ses "moyens" pourra s'identifier aux valeurs d'un groupe ou d'un micro-groupe s'il répond aux attentes de l'individu. Cette identification permet de passer de l'individualisme à la solidarité à partir d'un contrat consenti entre les individus. Contrat qu'il faut traduire par une mise en rapport des individus entre eux sans que leur volonté préalable ait pu discuter des conditions d'un arrangement. Autrement dit, les membres d'un groupe, par un "va-et-vient", un "jeu" entre leur propre identité (individuelle et sociale) et l'identité réelle et symbolique du groupe, comme sur l'histoire plus ou moins légendaire dans laquelle ils sont enserrés et qu'ils contribuent chaque jour à créer, deviennent progressivement autres (changent ?), maîtrisent leurs actions en se délivrant de la chimère "tout maîtriser", se sentent faire partie d'un mouvement collectif (reconnaissance) où sont en oeuvre des mécanismes d'aliénation et de désaliénation auxquels ils participent plus ou moins innocemment. En clair, ils s'identifient à une organisation par une série de transactions.

    1.2.3 L'identité, une série de transactions.

    Le terme de "transaction" « évoque, outre la dimension constructiviste, le processus d'échange. Contrairement aux notions plus consacrées de "construction" ou "processus". »147(*) Si nous avons vu que l'identité avait des contours flous et fuyants, elle n'en est pas moins fluide et mouvante. Effectivement, source de continuelles renégociations et ré-interprétations, elle se caractérise surtout par son aspect évolutif parce-qu'elle fait l'objet d'échanges. Justement, le concept d'identité devrait ouvrir des perspectives de compréhension du phénomène observé dans des termes précis de "succession d'ajustements", de "marchandage", de "processus"148(*) donc d'interactions. Le concept d'identité nous intéresse donc que par les mécanismes que nous lui avons associé et que nous pensons pouvoir utiliser pour désigner les notions d'interrelation et d'action entrant dans le changement. C'est-à-dire, les processus d'identification privilégiant la fonction émotionnelle et de participation qui lui sont subséquents. En poussant ce raisonnement à ses limites, il y aurait toujours, à la base, l'idée d'une interaction entre les parties, des échanges qui entraîneraient des actions réciproques, une interrelation. On peut aller jusqu'à dire que pour qu'il y ait de "l'inter-"149(*) il faut qu'il y ait différence. « En effet, ces différences, qui sont la source même de la richesse interdisciplinaire, représentent, en même temps, un problème à surmonter pour le travail commun. »150(*) Ainsi, l'identité se construirait dans un processus de négociations, des transactions, qui se situeraient au coeur même des interrelations. Parce-que les acteurs doivent "inventer" de nouvelles solutions au cours de ces interactions dynamiques. Ils sont donc à la fois producteurs et reproducteurs de sens. Mais, ceci inclut « l'existence d'une dimension conflictuelle qui implique une série de compromis provisoires et de perpétuelles renégociations, donnant le primat au changement qui résulte d'une nécessité d'articuler des exigences contraires. »151(*) Par ailleurs, ces transactions identitaires se construisent dans un espace interrelationnel, contractuel (Durkheim), que nous avons déjà nommé configuration (Elias). Donc, ce que doit chercher et trouver l'individu, est cet "espace", c'est-à-dire ce "lieu", cet "entre-deux", cet "inter-" autorisant son changement. Autrement dit, les concepts d'identité et de configuration devraient pouvoir permettre d'appréhender ce qui se joue au sein du Compu's Club. Parce-qu'ils éclairent les changements observés sous l'angle d'un jeu interrelationnel.

    Ce que nous avons compris de l'identité nous conduit à nous demander à partir de quoi l'adhérent s'identifie, s'individualise, entre en relation avec autrui ? Nous avons retenu que l'homme créait du lien social par la solidarité. Or la solidarité est une valeur ; précisément une valeur affective qu'il partage avec les autres, lui permet de s'identifier, d'appartenir à un groupe. Par là, l'identification et l'appartenance pourraient être expérimentées par l'adhérent grâce aux valeurs. En effet, l'identification et l'appartenance pourraient s'exercer à partir de valeurs communes partagées imposant à l'adhérent des transactions sur ses propres valeurs, des ajustements donc des changements. Nous allons préciser cette notion de valeur afin de rechercher quelle part d'influence elle prend dans une configuration et le phénomène de changement observé.

    1.3 Individu, configuration, changement et micro-groupe : les valeurs, importance et ambivalence

    Si « la valeur n'attend pas le nombre des années »152(*) l'adhérent peut changer à n'importe quel moment. Mais si, au regard de l'expression : « nous n'avons pas les mêmes valeurs », comment peut-il espérer changer ? Alors, de quoi parle-t-on quand on discute de valeurs ? La revue Futuribles a rendu compte d'une étude menée sur l'évolution des valeurs des Européens153(*) : « Unité ou multiplicité, convergence ou divergence, universalisme ou/et localisme des valeurs, sont-ils comme nous, ou sont-ils autres ? »154(*) Les conclusions résumées des Futuribles sont les suivantes : la société influence les individus dans leur choix de modèles, d'idéologies. A leur tour les individus exercent une part d'influence par exemple en rejetant ou en reprenant ces idéologies ou ces modèles. La société est en nous qui sommes dans la société. Elles font partie intégrante de la personnalité des individus mais sont largement constituées en dehors d'eux. Par exemple les grandes orientations de socialisation en matière politique, économique ou religieuse se prennent assez jeune et l'influence du milieu social est grande. S'il y a peu de risque de nous tromper en postulant n'avoir pas les mêmes valeurs, pouvons-nous avoir certaines valeurs communes ? Quelles sont les valeurs que l'on suit quand on s'engage dans la vie publique ? Répondre à ces questions nous intéresse tout particulièrement parce qu'elles nous attacheront à comprendre les dynamiques relationnelles au Compu's Club et le changement de l'adhérent. En effet, les configurations ne sont pas simplement un élément d'identification ; elles sont aussi la scène où se joue la vie sociale, et, souvent, le lieu même de la socialisation. Tout comme nous avons vu (et nous allons le préciser maintenant) qu'on devient individu en s'appropriant, en intériorisant une logique et des valeurs qui existent dans la société où l'on vit.

    1.3.1 Les valeurs : affaire de mots et d'idées mais aussi production de rapports sociaux

    Enquêter sur les valeurs impose une distinction en deux types : les valeurs qui sont extrinsèques, notamment socialement, qui ont un état d'importance, de grandeur pour l'individu ou un groupe d'individu (par exemple, être heureux et utile) et celles qui sont intrinsèques, précieuses donc personnelles. Or, il existe d'autres distinctions en deux types : les valeurs instrumentales (honnêteté, politesse, se rapportant à un mode de comportement) et les valeurs terminales, telles la liberté (qui ont trait à des buts de l'existence)155(*). Si pour certains156(*) « les valeurs sont les ressorts fondamentaux des désirs et des préférences, les mobiles profonds qui nous animent » parce-que, « dans toute société, la détermination des objectifs s'effectue à partir d'une représentation du désirable et se manifeste dans des idéaux collectifs » ; pour Talcott Parsons, « les valeurs sont des repères normatifs, des concepts abstraits qui servent à chacun de référent pour la pensée et l'action. »157(*) Vu sous cet angle, le terme valeurs est proche de la notion d'éthique dans un registre philosophique. Ce qui voudrait dire que, si le terme de valeurs a trait aux différentes vertus ou à tous les traits de la personnalité humaine ou de la vie sociale, alors le terme de normalisation peut comporter des termes de valeurs outre ceux d'obligations. En l'espèce, il est intéressant de remarquer que l'homme ne peut pas vivre sans règles qui légitiment des attentes et justifient des sanctions. Peu importe le contenu de ces règles, elles seraient intériorisées et correspondraient à une position d'autonomie et d'indépendance par rapport au monde.158(*) C'est la raison pour laquelle l'espèce humaine est une espèce normative. Bref, qu'il s'agisse des travaux de ces auteurs, ou bien, qu'il s'agisse de Karl Marx dont les valeurs dans sa tradition est l'idéologie (agissante, équivalente à l'éthique et à la solidarité) légitimant le rapport de production capitaliste dans le fonctionnement de la société ; de Max Weber qui voit les valeurs comme antécédentes au capitalisme et donne dans ses théories une place prééminente à l'individu ; ou de Durkheim avec sa conscience collective qui désigne en quelque sorte les valeurs par lesquelles se fait le lien social, il semble que le concept de valeurs, quel que soit le nom qui lui est donné par les auteurs que nous venons de citer (idéologie, éthique, conscience collective), reste très global. La première difficulté concerne donc l'approche empirique et quantitative du concept de valeurs : en quoi peut-on inférer la présence de telle valeur à partir de telles batteries d'indicateurs ? Interrogation qui était déjà apparue au début du siècle avec les premiers tests d'intelligence. Par exemple, Jean Stoetzel différencie les valeurs des opinions qui sont l'adhésion à un jugement qui n'existe que lorsqu'elle est exprimée, consciente.159(*) Malgré cela, c'est à partir des opinions que les individus expriment qu'on peut "inférer" correctement les valeurs qui expriment, elles, les désirs et les préférences individuelles et sociales.

    En définitive, chacune des trois distinctions proposées jusqu'ici (intrinsèque/extrinsèque, instrumentale/terminale et repère-normatif/mobile-profond) éclaire des aspects différents des valeurs des individus. Autant d'indicateurs des raisons des changements observés ; ce qui devrait témoigner de la fécondité des valeurs dans le travail d'enquête. Mais pour aller plus loin, Max Scheler « a reconnu la valeur non seulement des personnes singulières, mais aussi de ces personnes communes que sont la nation, la totalité culturelle, etc. L'homme, en la vie psychique de qui s'étagent différents niveaux interdépendants, végétatif, instinctif, associatif, pragmatique, est aussi esprit160(*). Ce centre d'activité libre ne subsiste que dans l'accomplissement des actes intentionnels, c'est-à-dire se référant aux valeurs. »161(*) Pour Raymond Boudon, « [(Max Scheler)] affirme l'objectivité des valeurs, au sens où les valeurs existeraient indépendamment du sujet qui les appréhende. »162(*) C'est précisément ce que nous allons développer dans la section suivante, c'est-à-dire, la théorie des valeurs de Scheler. Parce-qu'elle nous amènera à comprendre le phénomène de changement au travers de contradictions ou de correspondances entre les valeurs personnelles et les valeurs objectivées par l'adhérent dans ses interactions et interrelations.

    1.3.1.1 La théorie des valeurs de Scheler, une conception des catégories morales

    Pour Max Scheler, les valeurs sont révélées par l'émotion. « Les valeurs sont des phénomènes de base donnés à l'intuition affective perceptive. »163(*) Mais, si des inclinations particulières à dominante subjectives, comme le respect ou l'éthique, orientent l'individu vers les valeurs, elles ne déterminent pas pour autant leur contenu. Précisant que, si des mécanismes divers (l'intérêt, le ressentiment, l'affection, par exemples) entraînent une perception biaisée des valeurs, ils n'en affectent pas moins les valeurs. Pour résumer la pensée de Scheler, cette indétermination des valeurs laisse place à l'innovation, qui réussit lorsqu'elle répond à des inclinations. Elle ouvre à une marge d'interprétation faite de jugements de valeurs, lesquels engendrent des conflits de valeurs. Réciproquement, ces conflits sont incompréhensibles si l'on ne voit pas cette indétermination.164(*) Ainsi, il traite plusieurs sources de distorsion des valeurs. Par exemple, le pharisaïsme en tant que donnée générale : « les individus sont normalement mus par l'intérêt »165(*) ; le ressentiment166(*) comme un rapport d'impuissance à un état de chose qu'un individu souhaiterait changer : « on peut évaluer positivement ou négativement quelque chose qui ne le mérite pas, lorsque cette valorisation à un effet psychologique positif sur l'évaluateur lui-même »167(*) ; le relativisme, découlant du fait que l'objectivité des jugements de valeur auxquels nous croyons soit le témoin de conflits de valeurs : « [(l'individu)] risque alors de se laisser séduire par la thèse de la subjectivité des valeurs morales, par la thèse de "l'arbitraire culturel" des valeurs et par les diverses théories qui font des valeurs des illusions »168(*) et les facteurs cognitifs qui, d'une façon générale « font bien voir que le contenu des valeurs est pour partie contingent et pour partie tributaire de données propres à telle ou telle société. »169(*)

    Mais, si le contenu des valeurs est indéterminé, Scheler note un corollaire crucial, à savoir qu'elles ne peuvent, en elles-même, déterminer les normes170(*). Puisque, les valeurs reçoivent un contenu particulier dans des contextes culturels déterminés. Par suite, « les normes, qui sont déduites de ce contenu particulier, ne sont pas des conséquences directes des valeurs. »171(*) Cette théorie explique que les mêmes valeurs s'expriment normalement par des symboles variables.172(*) Plus important : s'il y a indétermination des valeurs, il y a logiquement variabilité des normes. Comme Tocqueville ou Durkheim, Scheler suggère un passage des valeurs aux normes par le truchement de théories : « théories d'inspiration religieuses dans les société traditionnelles, d'inspiration philosophique et/ou scientifique dans les sociétés modernes. »173(*) Ainsi, les normes seraient inspirées par les représentations et les théories en vigueur dans telle ou telle société.174(*) Mais tout cela n'est possible, précise Scheler, que si « la notion de personne peut se former. »175(*) Autrement dit, si la reconnaissance des droits de l'individu est une traduction dans le registre des normes de la valeur de personne176(*) : « s'il ne peut venir à aucune personne sensée l'idée de faire deux espèces des Noirs et des Indo-Européens, c'est en raison de l'installation définitive de la valeur de personne humaine. »177(*) Donc, pour Scheler, la notion de personne est une « catégorie purement morale »178(*) distincte des notions de je179(*) (psychologie), caractère180(*) (sociologie) et d'âme (théologie).

    Ainsi, pour Scheler, on ressent les valeurs, on ne peut les expliquer.181(*) Ce qui nous permet de voir une opposition entre affectif et rationnel, entre les affects variant selon les ressources de la personne et, par exemple, des sentiments d'attraction ou de répulsion qui eux peuvent être aisément associés à des raisons identifiées, articulées ou axiologiques. C'est-à-dire, des raisons pouvant être objectivées, analysées, défendues voire formalisées. Les raisons axiologiques devant être entendu, ici, en tant que jugements de valeur. Par voie de conséquence, si nous nous référons au célèbre aphorisme de Pascal, « le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas », la variabilité des valeurs ne s'explique que « si l'on suppose que l'affectivité n'est pas vierge de raisons métaconscientes »182(*), de raisons propres pouvant être mises en évidence. Par exemple, un enseignant corrigeant un examen n'a pas réellement conscience du jugement de valeur qui détermine le "bon temps" à passer sur la copie. Cependant, il peut "justifier" de ce "bon temps" par des raisons (entre autres) de temps disponible, de devoir envers les candidats, de nombre de copies à corriger, d'obligations morale diverses, tant personnelles que professionnelles, son existence en général, le lieu de correction.

    Pour résumer : le fait que les valeurs s'expriment de manière symbolique (tout comme nous l'écrivions pour l'identité183(*)), le fait qu'elles donnent naissance à des normes, que ces normes soient tirées de valeurs empruntées à la société ambiante, constituent un système particulier de normes et de valeurs caractéristiques d'une société. Par extension, cela voudrait dire que la morale produit des normes susceptibles d'orienter les agirs humains. Pour le dire autrement, « la réflexion théorique sur les valeurs a peut-être une influence sur la création d'un nouvel ethos. »184(*) Ce qu'il faut entendre par ethos est « le caractère commun à un groupe d'individus d'une même société. »185(*) Dans notre propos, les ethos, constituant donc des constructions tendant à l'expression de valeurs morales.186(*)

    En clair, la théorie de Scheler nous intéresse particulièrement parce-qu'elle s'attache aux faits. Ainsi, pour préciser ce que nous disions à la fin de la section précédente à propos des valeurs personnelles (leur variabilité et leur diversité) et de leur objectivation dans les interactions et interrelations187(*), cette théorie nous permettra de repérer 1) les sentiments de l'adhérent qui se traduisent par des jugements de valeur188(*), 2) l'objectivation de ces jugements de valeur, c'est-à-dire leur manifestation concrète et 3) les développements axiologiques des valeurs communes favorisant son changement au Compu's Club. Ceci nous amène à nous demander ce qui peut bien conduire l'individu à la construction d'un nouvel ethos. Ici, notre objectif est de chercher l'influence sur les changements d'une conciliation entre les valeurs personnelles (les jugements de valeurs) qui produisent des normes susceptibles d'orienter les agirs humains et l'objectivité des valeurs dans les interrelations qui pourraient engendrer la création d'un nouveau système de valeur. C'est ce qui va être abordé maintenant dans la section suivante.

    1.3.1.2 Peut-on fonder un système de valeurs ?

    Nous venons de saisir que les valeurs morales dépendent pour Scheler de nos émotions liées à des schémas théoriques et sont le produit d'innovations. De même, nous avons vu que la morale intervenait pour produire des normes qui sont susceptibles d'orienter les agirs humains. Alors, si ces émotions visent et laissent apparaître non seulement les valeurs mais aussi les agirs humains, sur quelles bases l'individu évalue-t-il le choix de ses normes ? Par là donc, se pose le problème d'une morale qui met en relation l'individu avec un groupe social déterminé. Dans ce qui nous préoccupe ici : l'adhérent changeant avec l'association. Les analyses de Scheler affirment que « [l']indétermination des valeurs est non seulement observable ; elle permet aussi de comprendre qu'il existe en manière de valeurs des innovateurs, et que ceux-ci soient tenus pour occupant une place élevée dans la hiérarchie des valeurs. »189(*) Très proche de Weber ou Durkheim, Scheler nous propose d'y répondre par la valeur sentimentale de sympathie. Sympathie qu'il faut entendre non pas comme une bonne disposition envers quelque chose, mais plutôt à la manière de ce que nous venons de développer, comme un sentiment éprouvé pour quelqu'un. C'est-à-dire en tant que perception (émotion) et acte intentionnel (agirs humains). Par là même, la sympathie permet de saisir comme telle, par exemple, une sorte de désir d'union, de coopération positive (solidarité) pour conduire au bonheur, au plaisir190(*) et au bien être. En début de chapitre, nous avions relevé que pour exister et s'identifier, l'individu avait besoin des autres, cela voudrait dire que son existence et son identification seraient régis par le principe de sympathie régnant entre personnes appartenant à divers groupes. En l'occurrence, entre les adhérents de l'association répartis en branches (micro-groupes). Ce serait, donc, la sympathie qui assurerait la cohésion de ces groupes. Autrement dit, la sociabilité aurait trouvé ses fondements avec la sympathie. Ce qui va nous intéresser de repérer alors, c'est comment la sympathie va permettre une communication et signifier des conduites interpersonnelles. Nous nous intéressons à cette approche de la sympathie parce-qu'en tant que valeur, émotion, elle nous permet d'aborder le phénomène de changement comme une interrelation.

    Des auteurs tels Husserl ou Simmel peuvent être évoqués à l'appui de la théorie de Scheler pour parler d'amitié et d'éthique. L'amitié, peut être entendue comme une lien d'affection, de tendresse, de générosité pour une personne, une forme d'amour. Valeur elle-même, elle est tolérance et permet une claire acceptation entre des différences et la reconnaissance de valeurs mutuelles. En ce sens elle marque le respect et l'égalité. Pour Aristote, l'amitié est « un sentiment de bienveillance active et réciproque, lien social par excellence. Nul bonheur n'est pensable si l'on est privé d'amis. » De ce point de vue, c'est un sentiment réciproque. Pour Kant, l'amitié « exige que l'on se maintienne l'un à l'égard de l'autre à une distance convenable. »191(*) Ici, l'amitié, pour être authentique, doit se fonder sur une certaine distance. Mais ce qui définirait le mieux l'amitié pour Scheler serait certainement une forme sublime de sympathie à l'égard d'autrui. Autrement dit, un altruisme. En ce sens, les changements observés pourraient être éclairés par la question de l'amitié en tant qu'altruisme. Parce-que la personne se manifeste à l'amitié dans la diversité de ses actes. Cette diversité autoriserait les interrelations permettant, à leur tour, son évolution donc son changement. Cette amitié, en tant qu'altruisme, peut dès lors désigner le lieu de naissance de l'éthique. C'est ce sens, qui éclaire la question d'autrui : autrui comme autre, altérité, non plus alter ego, différence. Cependant, Scheler introduit une distinction essentielle entre les formes de l'éthique et l'ethos192(*) : l'éthique apparaît « lorsque un ethos régnant se décompose. »193(*) Il définit l'ethos comme « le système de normes et de valeurs caractéristique d'une société. » Alors, si autrui est celui avec lequel une personne peut construire véritablement une relation et une réciprocité dans l'amitié notamment, autrui doit être aussi celui qui impose des limites et ouvre au désintéressement. Nous traduisons : ouvre à la morale, à la construction d'une éthique. Pourquoi a-t-on besoin de morale ? Parce-que, sans elle, rien de ce qui existe ne saurait être évalué ni affronté. Pour le dire avec André Comte-Sponville, « pour essayer de comprendre ce que nous devrions faire, ou être, ou vivre, et mesurer par là... le chemin qui nous en sépare. »194(*) Vu sous cet angle, la relation à autrui dépasse le cadre strictement affectif de Scheler. Toutefois nous lui resterons fidèle parce-que, nous le rappelons, une perception biaisée des valeurs par les individus n'en affectent pas moins les valeurs195(*). Or l'éthique étant une valeur, le fait que « toute connaissance éthique s'effectue selon des lois rigoureuses de la perception affective n'affecte en rien son objectivité. »196(*) Ainsi, en élaborant son éthique de la sympathie, Scheler s'attache à montrer qu'elle serait une forme englobante. « Ce qu'il appelle "théorie de l'identification de la sympathie" permet d'expliquer les situations de fusion. [...] Cette théorie de l'identification est en parfaite congruence avec le développement de l'image. »197(*) Ce qui semble faire écho 1) à la notion de solidarité comme nous l'avons comprise ; c'est-à-dire, ici, en tant qu'elle peut être expliquée comme une situation de fusion et 2) au concept d'identité en tant qu'il puisse apparaître comme une image.

    Poser tout ce qui vient d'être développé dans cette section suppose une connaissance concrète des comportements de l'individu. Espérant découvrir, par là, « comment la profondeur peut se cacher à la surface des choses. »198(*) C'est-à-dire, comment le "récit" de l'individu à la recherche de sa place, d'une relation à l'autre et de reconnaissance identitaire permet une compréhension du phénomène de changement. En résumé, ce que nous apprenons, c'est que le phénomène de changement échappe aux normes et au contenu même des valeurs. Elles-mêmes tributaires de toutes sortes de facteurs extra-moraux. La relation des membres d'un groupe est donc fonction des valeurs internes qu'il produit : « l'apparition d'une valeur peut être facilitée par le contexte ou la conjoncture ; sa persistance ne peut s'expliquer seulement parce-qu'elle est adaptée au contexte et à la conjoncture. »199(*) Ainsi, du changement observé qui nous a occupé jusqu'ici, nous dirons que les valeurs permettent de comprendre le glissement d'une logique de l'identité à une logique de l'identification. Ce glissement pourrait être essentiellement individualiste, pourtant, il est beaucoup plus collectif. En fait, l'identification associe chaque personne à un groupe selon une relation. Cette relation est la conséquence d'une attraction : on s'associe suivant les contingences ou/et les désirs, les besoins. Ceci implique une multiplicité de valeurs et d'intérêts opposés les uns aux autres. L'individu n'est, ici, jamais une unité définitive mais toujours en construction, toujours solidaire avec tous dans l'appartenance à un même groupe ou micro-groupe. Ce qui voudrait dire que l'intérêt qui lie l'individu à ce groupe ou micro-groupe, ainsi que les valeurs qui sont partagées contractuellement, deviennent progressivement ciment et vecteurs d'éthique. Celle-ci paraissant factrice de socialisation ; c'est-à-dire : 1) d'intégration dans un groupe et 2) de transcendance de l'individu. Par cela, elle le transforme, le fait changer, donne du sens à ses interrelations et interactions. Bref, cette production individuelle permettrait de vivre, ce que nous nommerons, une "légende collective spécifique"200(*), c'est-à-dire une reliance201(*). Désormais, il n'y aurait plus rien de permis ou défendu mais l'individu a l'exigence de se produire lui-même, tenu pour responsable de tout ce qu'il est, fait ou paraît202(*). Et cette exigence serait un défi a assumer dans la solidarité parce-que cet effet de reliance est susceptible de donner aux individus une place qui acquiert du sens. Ce qui nous paraît désormais éclatant c'est que l'objectif unique de l'individu dans un groupe serait d'être ensemble au-delà de toute autres considérations. C'est, en tout cas, la manière de penser de Michel Maffesoli : « [nos tribus contemporaines] n'ont que faire du but à atteindre [...] Elles préfèrent "entrer dans" le plaisir d'être ensemble. »203(*) Mais il est frappant de constater au Compu's Club, que cette forme de collectivisation, cette socialisation, semble bien plus confuse, hétérogène, mouvante, que rationnelle, mécanique et finalisée. Par association d'idées, serait-ce à dire que les stratégies qu'appelle l'action humaine sont des stratégies de reliance ? Ce qui nous conduit à nous demander si comprendre le phénomène de changement ne pourrait pas être tenter de comprendre comment ce « entrer dans » est "négocié" par l'adhérent ? Parce-que cette construction individuelle de lien social, cette socialisation, nous signifie l'influence de l'individu sur lui-même par des manières de faire propres.

    1.3.2 L'individu dans son groupe, un inventeur de manières de faire

    Certeau, dans la première partie de "L'invention du quotidien", entame une importante recherche née, précise-t-il, « d'une interrogation sur les opérations des usagers, supposés voués à la passivité et à la discipline. »204(*) Ceci suggère que ce que nous avons vu plus haut sur la représentation d'une contingence (par exemple, d'un groupe ou d'une situation), doit être complétée par l'étude de ce que l'adhérent "fabrique", "bricole", "braconne" en fabricant ces représentations. Ce que propose Certeau, c'est « d'exhumer les formes subreptices que prend la créativité dispersée, tactique et bricoleuse des groupes ou des individus »205(*) qui, « par leur manière de les utiliser à des fins et en fonction de références étrangères au système »206(*), "subvertissent" les productions ou les représentations imposées par une contingence. Nous allons donc nous attacher a découvrir les types de ce que nous avons déjà appelé des logiques spécifiques exercées au sein d'un groupe et les ruses anonymes, les habiletés "inventées" au coup par coup dans les interrelations : les tactiques207(*). Ce qui nous amène à prendre appui sur les concepts d'usages, de stratégies et de tactiques de Certeau. Nous nous intéressons à ces concepts parce-qu'ils permettent d'aborder le phénomène de changement rencontré dans les différentes situations comme une inventivité incessante. Cette inventivité, plus ou moins inconsciente, devrait nous mener au coeur même des raisons des changements parce-qu'elle est susceptible d'autoriser des "arts de faire" dans les relations les rendant dynamiques relationnelles. Pour exemple, les pratiques de "bricolage" qui relèvent des nouvelles technologies produisent une écriture particulière favorisant une lecture rapide, signalétique et une mise en page dont la typographie est image. Cette écriture particulière produit à son tour une lecture particulière qui fonctionne comme un espace ouvert à l'inventivité. Donc, un "propre" de modèles et de relations. Cette écriture particulière semble, par là, traiter de la dimension sociale dans lequel se trouve inscrite une pratique symbolique (un graphisme) qui structure la fabrication d'un sens (une intention, un imaginaire ou à une représentation des normes) et la met en valeur. Selon Certeau, ce "propre" est le préalable à l'élaboration d'une stratégie208(*). Il a montré comment il y a un "geste" qui distingue un lieu autonome, un "propre", qui permet de capitaliser les avantages acquis et de préparer des expansions futures : « l'enfant gribouille encore et tache son livre d'école ; même s'il est puni de ce crime, il se fait un espace. »209(*) Il implique donc un contrôle du lieu par le biais d'une « pratique panoptique »210(*) qui permet de le contrôler en le transformant. Le lieu circonscrit comme un "propre" sert alors de base pour gérer des relations, une communication et fixer des stratégies qui les transforment en espaces lisibles. Par exemple, « l'acte de dire est un usage de la langue et une opération sur elle. »211(*)

    La tactique s'inscrit dans le lieu de l'autre212(*). Ce qui nous permet de regarder les actions de l'adhérent en tant qu'elles sont des tactiques, c'est-à-dire des actions calculées que détermine l'absence d'un "propre", mouvements dans un espace contrôlé par autrui. C'est un art de jouer des coups, de saisir l'occasion : « [la tactique] fait du coup par coup. Elle profite des "occasions" et en dépend. »213(*) Autrement dit, « un calcul qui ne peut pas compter sur un propre. » 214(*) Il est remarquable que les termes de "tactique" et de "stratégie", entendus dans le sens certausien, sont antonymes, mais pas véritablement antinomiques : une manière d'agir pour atteindre un objectif, pour l'un, une connaissance portant sur les différentes manières d'agir, c'est-à-dire un « art de combiner et de coordonner diverses actions pour atteindre un but »215(*), pour l'autre. D'un point de vue individuel, l'usage de ces pratiques serait alors un art d'être et de faire circonstanciel, une tactique conduisant l'individu dans une autodidaxie dont on devine le rapport au monde et à soi propice aux changements Elle serait avant tout une construction de détours et contours, toujours substitution de règles de contrainte. Découvrir cette réinvention du quotidien exercée par l'adhérent doit permettre de marquer son acculturation, ses innovations et le préparer à son changement. Autrement dit, repérer et décomposer les stratégies ou les tactiques adoptées par les adhérents devrait nous permettre de comprendre le phénomène de changement aussi bien au travers de son identité personnelle que de son identité sociale prise au jeu des interactions avec le micro-groupe (la branche). En même temps et en poussant ce raisonnement, cela devra nous permettre de dégager trois points : 1) l'expression de sa personnalité, 2) son image du micro-groupe (nous traduisons : le lieu symbolique où il veut s'installer) et 3) son acculturation qui s'accompagne d'actions symboliques (usages, jeux, ruses, tactiques par des potentiels d'imagination et de créativité) destinées à consacrer son changement. La variété des changements constatés enrichira, dès lors, notre compréhension du phénomène. L'examen des transformations, des changements qui affectent tour à tour les valeurs, les conduites et les systèmes de pensée devra permettre ainsi la description des conditions de leur apparition, leur fonctionnement et leur éventuelle disparition.

    1.3.3 L'hypothèse, des mots clefs pour construire un protocole de validation

    Maintenant que nous avons atteint l'objectif de cette première étape, c'est-à-dire, livrer les éléments de théories suscités par notre question de départ216(*), l'hypothèse subit une mutation217(*) pour devenir : « Plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu. » Cette nouvelle hypothèse porte donc sur l'usage de manières de faire ; c'est-à-dire, celles qui concernent l'adhérent. Pour présider au travail d'enquête et d'analyse des résultats, nous allons maintenant articuler les repères et les pistes qui ont émergées afin de rendre observable l'idée (l'hypothèse) selon laquelle le changement de l'adhérent serait dû à la manière dont il fait usage de la configuration Compu's Club. Par suite, nous construirons un modèle entre l'hypothèse et les axes théoriques du changement ; c'est-à-dire les représentations de l'individu (constructions singulières) et ses comportements dans la configuration (actions individuelles dans des représentations plurielles). Ceci nous amène à synthétiser puis expliciter, pour exploitation, les concepts clefs de notre hypothèse. C'est-à-dire, les concepts d'individu, de configuration et de manières de faire ; mais également, d'usage de manières de faire et de statut d'individu.

    1.3.3.1 Autour de l'individu

    Même si au Compu's Club on peut supposer ne rencontrer que des masques (des personnes en représentation, c'est-à-dire des personnages) qui représentent les identités de manière éthérées, une gestion des relations interpersonnelles doit y être organisée voire formalisée par l'adhérent. Il s'agit, par exemple, de dépendances réciproques dans la configuration, de stratégies et de coups joués dans l'accomplissement des activités ou d'équilibre de tensions et de rapports de forces dans les rôles. Nous envisageons donc un réseau de relations où les adhérents seraient liés par des agirs singuliers interdépendants. En particulier, ceux qui permettent de construire et de transformer son être relationnel. Lors de chaque action, un adhérent en situation est susceptible d'exercer sur la figure globale de l'association une influence basée sur le doit-être, le veux-être et le pouvoir.

    A partir de là, avoir réfléchi sur l'identité nous a permis de la considérer comme un prisme autour d'une volonté d'existence par lequel d'autres aspects, par exemples la reconnaissance, l'appartenance ou les valeurs, sont reconnus, compris et examinés. Ainsi, comprendre le changement des adhérents à travers l'identité, nous a amené à nous demander quels étaient les facteurs sociaux, psychosociaux et les circonstances pouvant favoriser l'apparition de conduites spécifiques, motivations, intérêts et la sélection d'idées morales nouvelles. Nous aborderons donc la manière dont les adhérents construisent leurs identités au sein du Compu's Club mais également les transformations des identités. Sur ce point, l'adhérent peut vouloir restaurer son image, rechercher une reconnaissance sociale ou se préparer à de nouvelles opportunités s'appuyant sur les fluctuations de la configuration. Dès lors, il est susceptible d'user d'un lien spécifique : l'identification.

    Enfin, aborder les valeurs avec Scheler dans le phénomène de changement a révélé l'importance décisive de la sympathie, de l'amitié et de l'éthique en tant que sentiment émotionnel pour la compréhension d'autrui. Nous projetons donc une éthique de base auquel chacun participerait ; c'est-à-dire construirait/modifierait. En particulier, celle qui dépend des perceptions et des représentations qui, par suite, pourrait développer des règles collectives pour devenir le "contrat social". Ces représentations constituent les composantes du concept "statut d'individu" car elles sont sensées définir, dans les actions communes, l'individualisation des actes et de tous les systèmes sociaux que l'être humain développe pour devenir une personne sociale singulière, un individu.

    1.3.3.2 Autour du concept de configuration

    Le contexte environnemental dans lequel évolue un individu nous a montré, avec Elias, l'impossibilité de dissocier l'individu de la société. Précisément, l'insuffisance d'analyser une configuration sans tenir compte du sens intentionnel des actions menés par les individus. Il s'agit, par exemple, de formes d'interrelations qui s'entrecroisent et où l'adhérent pourrait exercer des actions synallagmatiques, des modifications de son expérience et de ses comportements. Nous envisageons donc un rapport qui lierait réciproquement les adhérents les uns aux autres au sein des branches. En particulier, la solidarité peut faire l'objet d'un apprentissage par l'adhérent qui demande du temps empêchant l'immédiateté d'une présentation valorisante de soi. En fait tout dépend des intérêts et des motivations, c'est-à-dire des processus d'évolution, qu'il suit.

    A partir de là, s'intéresser à l'identité nous a permis de saisir cette capacité à évoluer de l'être humain à partir d'un mixe de ses représentations réelles et symboliques distinguant le je, proche du cogito cartésien218(*), d'autrui. La configuration sociale particulière du Compu's Club219(*) deviendrait alors celle des adhérents dont les interactions pourraient être présentés comme la rencontre de la forme et du sens des représentations et des identifications. Les identifications de l'adhérent pourraient ainsi servir de base à la communication lors du passage à un nouveau stade de leur engagement, participation. Cette évolution s'exerçant à l'occasion d'échanges avec les autres, la portée de l'identification augmente.

    Enfin, aborder les valeurs sous l'angle de la configuration nous a permis de soulever une hiérarchisation des attentes de l'individu. Nous projetons donc l'apparition de besoins à satisfaire par les adhérents. Autrement dit, la multiplicité des images, laissées à la variété des expériences vécues au sein des branches, devraient faire apparaître des possibilités d'individualisation à partir d'une recherche de satisfaction de besoins.

    1.3.3.3 Autour des manières de faire

    C'est autour du concept de manières de faire que le lecteur saisira mieux l'importance que nous attribuons à la configuration. Dans la section précédente, nous avons distribué l'espace de la configuration selon un rapport qui lierait réciproquement les adhérents à partir de ses représentations. Lesquelles représentations devant servir de base à la communication. Mais avec Certeau, nous avons appris que l'individu organisait sa communication comme un espace dans lequel, tel un joueur d'échec qui avance alternativement ses pièces en fonction de son adversaire, il joue des coups successifs. Ces coups, loin d'être déstructurés, sont joués selon des tactiques et des stratégies, c'est-à-dire de manières intentionnelles. Nous envisageons donc les transactions, les négociations de l'adhérent dans l'usage permanent d'un entre-deux, d'un lieu qui le noue à l'autre dans les circonstances. En particulier, nous envisageons des ruses, des tactiques créatives singulières de la part de l'adhérent dans des stratégies plurielles de branches.

    A partir de là, avoir réfléchi sur l'identité nous permet de considérer cet entre-deux en tant qu'il ne saurait posséder une propriété formelle stable. En fait, il varierait selon des clefs propres relatives à l'adhérent. Nous envisageons donc l'adhérent énonçant des coups joués (usage), grâce à des manières de faire, dans un lieu à la fois symbolique et habitable. Parce-que, les manières de faire de l'adhérent suppose l'habitabilité circonstancielle d'un espace symbolique par des clefs d'accès, ses propres coups joués.

    Enfin, aborder les valeurs sous l'angle des manières de faire nous permet de considérer l'habitabilité et les coups joués en fonction de la perception des valeurs par l'adhérent (émotion). Nous projetons donc l'ajustement prioritaire de valeurs en tant que coups joués dans cet entre-deux. Par exemple, pour s'intégrer, l'adhérent pourrait être amené à respecter et se soumettre aux systèmes de valeurs en vigueur ou en innover de nouvelles. Il pourrait, tout aussi bien, s'en écarter ; auquel cas il s'agirait d'un hors-lieu qui n'en demeurerait pas moins un lieu en tant que lieu autre. Cette perception possible constitue les composantes du concept "user de manières de faire" car elles définissent les critères de l'habitabilité d'un entre-deux : les valeurs.

    1.3.3.4 Synthèse des liens entre les mots clefs de l'hypothèse.

    La construction d'un schéma théorique explicatif du phénomène de changement permet de synthétiser l'explication de l'analyse des mots clefs de l'hypothèse en désignant les variables (individu, configuration, manières de faire) et les indicateurs220(*) à mettre en relation et en donnant du sens à leur signification. Il devrait se présenter ainsi :

    Explication théoriquement attendue du changement

    Ce schéma, envisagé fluctuant par nature (pour reprendre l'expression d'Elias) devra donc apparaître en évolution constante et mutation continue. Ne fût-ce qu'un instant, il faut insister sur ce point qui, en particulier fait bien comprendre que ceci est possible parce-que les manières de faire seront toujours débattues et le micro-groupe évolue de façon libre et chaotique sous une éthique de base. C'est ce que semble nous dire Lemos à propos de l'Internet : « on est en train de voir le développement d'un "écosystème" auto-organisant, informationnel et communautaire dans le nerf de l'infrastructure technique de communication. »221(*) De plus, si la morale règle les conduites humaines, nous l'avons vu, et qu'elle concerne la raison et la perception (qui sont elles aussi humaines), alors le témoignage des négociations entre l'adhérent et le micro-groupe, ainsi que l'examen de ses attitudes et comportements dans les contraintes de la configuration, c'est-à-dire dans les limites qu'imposent les transactions avec autrui, devraient nous donner de précieux renseignements sur ses manières de faire. Si les discours des adhérents correspondent aux perspectives ouvertes par le modèle d'analyse et que nous envisageons exploiter, cela devrait se manifester d'abord par des expressions mettant l'accent sur les raisons de son adhésion, ses engagements, ses valeurs personnelles par rapport au fondement de l'association. Doivent apparaître ensuite, celles des représentations et des images de l'association, de la description des interrelations, de ses envies, de ce qu'il recherche. Enfin, l'adhérent devrait énoncer des exemples d'interrelations, comment il y participe, comment il les ressent, comment il s'y particularise. Bref, il s'agira de repérer l'adhérent en tant qu'il produit des coups sans lequel il ne peut exister comme individu. Pour nous y aider nous avons ordonné temporairement dans le tableau suivant un certain nombre de questions.

    Tableau de correspondance mots-clefs/concepts

    Mots clefs

    Concepts

    Individu

    Configuration

    Manières de faire

    Personne

    (adhérent)

    û Quel sens du personnage mis en scène ?

    û Quel comportement ?

    û Quelle(s) motivation(s) ?

    û Quelle place singulière ?

    û Quelles actions réciproques, interdépendantes ?

    û Quelles tensions dans les situations (sens) ?

    û Quels "coups" joués ?

    û Qu'en résulte-t-il ?

    û Comment participe-t-il ?

    û Comment définit-il ses intérêts ?

    Identité

    Présentation de soi :

    û Quelle identité personnelle ?

    û Quel devoir être ?

    û Quelle volonté d'être (image produite) ?

    Représentation des autres :

    û Quelle identité sociale ?

    û Quelle perception d'autrui ?

    û Quel(s) repère(s) ?

    û Quelle reconnaissance ?

    û Que se joue-t-il ?

    û Quelles interrelations, interactions, acculturation ?

    û Quelle manière d'être ?

    û Quelle(s) manières de créer, d'inventer ?

    û Quelles successions d'ajustements des coups joués (négociation) ?

    Valeurs

    û Quelle(s) images(s) perçue(s) ?

    û Quelle émotion révèle les valeurs ?

    û Quels besoins sont à satisfaire ?

    û Quel(s) jugement(s) de valeur ?

    û Quelle communauté de valeurs (préférences communes) ?

    û Quels ressentiments (solidarité, sympathie) ?

    û Quelle est la base d'évaluation de ses normes ?

    û Quelles valeurs sont le produit d'innovations ?

    û Comment s'y prend-il pour ajuster les valeurs du groupe aux siennes, détourner les normes, faire accepter ses propres valeurs ?

    û Comment s'y prend-il pour coopérer ?

     

    De ce tableau, tiré du modèle d'analyse, nous voulons dégager les thèmes pour le travail d'enquête. C'est-à-dire, nous écouterons ce que les adhérents nous diront de leur parcours personnel (identité), de leur trajectoire (individu), de leur engagement (personnage), mais surtout de leurs représentations (valeurs), de leurs préoccupations (besoins et intérêts) et de leurs manières de voir, leurs manières d'être, leurs manières de faire. Bref, ce qui fait lien entre l'association et ses membres, ce qui donne du sens aux dynamiques relationnelles, ce qui les fait changer. Pour nous préparer, nous avons essayé dans ressortir quelques préoccupations :

    û Eléments d'itinéraires :

    Pourquoi et comment ils sont arrivés au Compu's Club ? Remonter aux origines devra permettre de relever les caractères des adhérents au moment de leur adhésion, les identités déjà forgées, les valeurs originelles, les expériences antécédentes, leur situation professionnelle et familiale. Mais aussi les divergences, les diversités. Autant d'éléments susceptibles de déterminer un point de départ à leur changement : attente, projet, besoins, par exemples. Bref, tout ce qui a pu présider à l'adhésion.

    û Nature des éléments évoqués lorsqu'on interroge les individus :

    Qu'attendent-ils des activités de l'association ? Quelle image, quelle représentation en ont-ils ? Comment les jugent-ils ? Pour obtenir des réponses sur la position de chacun dans leur engagement, pointer les contradictions du statut d'individu confronté à une pratique relationnelle en tant qu'adhérent.

    û Situations vécues comme importantes, reconnues comme constructives, structurantes :

    Quelles sont les stratégies développées selon leur position d'ascension ou de déclin à l'égard de leur engagement, à l'égard aussi des autres adhérents ? Quelles sont les fortes situations ? Bref, ce qui nous permet de déterminer une configuration, les formes de jeux.

    û Construction du sens :

    Quelles valeurs ? Quelle maturation de l'expérience vécue ? Comment se caractérise le mécanisme de dynamique ? D'engagement ? Qu'est-ce qu'il en retiens ? Ce qui doit permettre de relever les divers processus d'identification.

    û Adaptation/accommodation :

    Comment les adhérents interrogés ont-ils répondu à l'apparition de nouveau projet ? Dans quel délai se sont-ils engagés ? Est-ce que ça a été simple ou compliqué ? Comment s'y sont-ils pris ? Comment témoignent-ils de leur démarche ?

    û Pratiques et discours :

    En les faisant parler de leur engagement, de leurs pratiques, on peut supposer arriver à percevoir leurs aspirations.

    û Et plus tard ?

    Comment l'adhérent voit son avenir au Compu's Club ? Quel comportement, par rapport à ce qu'il a vécu, va-t-il adopter pour l'avenir ? De même, par rapport à ses aspirations émergentes ? Ceci afin de déterminer s'il va continuer à s'engager dans l'association et par là se donner la possibilité de changer encore.

    Ce sont ces thèmes que nous allons chercher à renseigner par l'enquête afin de mettre à l'épreuve des faits notre hypothèse :

    Plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu.

    Conclusion : repérer l'individu changeant à partir d'un modèle d'analyse

    Dans cette première partie nous nous sommes intéressé particulièrement au fait que le phénomène de changement observé a généré un réseau de questions et questionnements à partir desquels nous avons centré l'adhérent en interrelation avec et dans un groupe222(*). Ainsi, nous avons pointé les concepts fondamentaux pouvant s'avérer être des pistes fécondes pour son intelligibilité. C'est-à-dire, comme nous l'avons montré, la question du changement pourrait être éclairé par les concepts et notions d'individu, personnage, identification, valeurs et configuration qui ont fait l'objet d'un développement approfondi pour éviter leurs confusions d'interprétations courantes. Procéder ainsi nous a appris que le phénomène de changement n'est pas « nécessairement provoqué par des changements de la nature extérieure à l'homme. [...] Le seul environnement qui ait changé est l'environnement que formaient et que forment les hommes les uns pour les autres. »223(*) C'est pourquoi, analyser le concept d'usage de manières de faire s'est présenté comme un cadre pertinent. Dans un même temps, nous avons démonté les mécanismes que ces concepts pouvaient exercer sur notre hypothèse de départ. Pour y parvenir nous avons mobilisé les travaux d'auteurs tels que Durkheim, Scheler, Elias, Certeau, entre autres pour finalement proposer une nouvelle hypothèse : « Plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu.».

    DEUXIEME PARTIE

    ENGAGEZ-VOUS, RENGAGEZ-VOUS,

    ILS DISAIENT224(*)

    2. Engagez-vous, rengagez-vous, ils disaient

    Les associations loi 1901, qui veulent prendre part à la création de liens sociaux de manière volontaire225(*), sont en permanence confrontées à un dilemme qui les place dans un paradoxe : comment motiver ses adhérents pour développer des activités communes, et en même temps, comment mettre en place une démarche de responsabilisation et donner du sens aux utopies individuelles ? Comment construire une action se situant entre le désir individuel de l'adhérent et l'intérêt général de l'association ?

    Le Compu's Club, association reconnue226(*) dans la région valentinoise pour ses actions socioculturelles utilisant l'outil informatique paraissait illustrer ce paradoxe. En effet, l'évolution de cette association semble souligner la nécessité de développer des activités en tenant compte de la valorisation de chaque membre engagé.227(*) Ceci nous a permis d'observer les phénomènes qui ont fait l'objet de notre question de départ : qu'est-ce qui fait que certains membres de ce club informatique semblent, indépendamment de l'outil, changer ?.

    Pour comprendre ce qui se passe là, c'est-à-dire que ces membres semblent changer et se retrouver au delà de l'outil, nous avons eu recours à la notion de configuration dans le sens où Norbert Elias l'entend : « figure globale toujours changeante que forment les joueurs ; elle inclut non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. »228(*). C'est-à-dire que nous allons tenter de retrouver ces "jeux d'acteurs interactifs" qui déterminent ces transformations constantes du contexte et de l'ambiance de cette association. Autrement dit, nous allons découvrir, là, ce que Michel de Certeau pense des pratiques quotidiennes et des jeux d'acteurs, c'est-à-dire « les modalités des actions, les formalités des pratiques, les types de manières de faire.[...][(C'est-à-dire)] spécifier des schémas d'opération »229(*) afin de repérer soit les représentations et les identifications soit les comportements des membres du Compu's Club230(*). En partant de la nouvelle hypothèse, « Plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu. » nous saurons ce que nous cherchons, c'est-à-dire qu'est-ce qui fait qu'il y a figure globale toujours changeante ? Quels éléments de notre enquête le montrent ? En quoi on peut repérer ces figures changeantes ? En quoi il y a représentation et identification ? Et par là, donner du sens aux interactions sociales des adhérents. Pour y parvenir, nous avons utilisé progressivement trois types d'investigations :

    La première s'est déroulée pendant quarante mois231(*), c'était notre période d'observation qui avait pour but de découvrir l'association en fondant une taxonomie des membres et relever une systématicité des comportements.

    La deuxième, menée par l'association et avec notre collaboration, pour mieux connaître ses adhérents, concernait un questionnaire232(*). Il s'agissait, en avril 2000, d'identifier statistiquement ce que les membres sont et font au sein de l'association. Cette enquête a concerné les trente-six personnes qui ont bien voulu y répondre (36/107). Elle nous a aidé à choisir notre échantillon.

    Enfin, la troisième, discursive, fut menée par nous-même dans l'objectif de cette recherche et nous a permis d'interviewer233(*) dix membres234(*) dans le cadre d'entretiens semi-directifs. Ceci afin de repérer « le sens que les membres donnent à leurs pratiques et aux événements auxquels ils sont confrontés »235(*). C'est-à-dire que ce type d'enquête visait à recueillir des états descriptifs de pratiques (engagements), jeux, interactions afin d'en découvrir le sens.

    Avoir choisi d'utiliser ces trois types d'investigations est la garantie d'obtenir une réponse à notre question de départ236(*) qui, rappelons-le, posait notre incompréhension face au changement apparent de certains membres indépendamment de l'outil informatique. parce-que nos travaux d'enquêtes ont consisté, d'une part, à mesurer et connaître pour comprendre le contexte environnemental du Compu's Club et la manière dont le membre s'y fond. D'autre part, ils tentent de 1) repérer les changements de conduite dans le quotidien de l'adhérent au Compu's Club, 2) découvrir les attitudes237(*) qui favorisent la communication relationnelle et 3) trouver le sens de l'engagement du membre. Pour ce faire, nous allons présenter la façon dont les membres agissent ensemble, de leur manière d'être en relation, de leur façon de mettre l'interaction sociale238(*) au coeur des projets partagés au service de leur propre satisfaction personnelle.

    Dans notre analyse, nous avons voulu restituer les résultats de l'enquête par entretien semi-directif en tant qu'outil principal239(*). parce-que la nature des informations recueillies a permis de repérer des éléments discriminants que nous ne connaissions pas à priori. C'est-à-dire les interprétations de situations, les systèmes de valeurs, les ressentis, les repères normatifs, les représentations de l'environnement contextuel, les projets personnels, etc. des membres.

    Chacun de ces entretiens s'est déroulé selon un même schéma : La durée moyenne fût d'une heure environ. Les lieux d'interviews furent choisis selon les circonstances. Ainsi, le premier s'est déroulé directement au domicile du membre, le deuxième sur son lieu de travail et tous les autres à notre domicile. La grille d'entretien comprenait trois grands thèmes avec questions de relances240(*) :

    û Comment l'adhérent est arrivé au Compu's Club ? (ce qui a joué)

    û En quoi il y a configuration ? (ce qui joue)

    û Maturation de l'expérience vécue (ce qui se joue)241(*)

    Avant de présenter notre échantillon, nous avons remarqué dans les entretiens que, d'une manière globale, les attitudes des adhérents ne sont pas appréhendées par le biais unique de leurs expressions superficielles. Ces expressions, bien que ne saisissant pas les causes inconscientes, témoignent, à l'insu de l'interviewé, d'un faisceau d'influences plus larges que nous allons découvrir pour les utiliser, leur donner du sens. « Le rôle de la conscience n'est il pas la production de sens ? »242(*) Michel de Certeau nous dit que « dans l'instant d'expression, les descriptions forment des phrases imprévisibles, en partie illisibles. Bien qu'elles soient composées avec un vocabulaire courant, elles tracent les ruses d'intérêts autres et de désirs. »243(*). Ce qui est précisément l'objet de notre recherche. Autrement dit, les mots exprimés, livrés bruts, n'arrivent pas à rendre compte parfaitement des faits ; ils devront être organisés pour passer de la cohérence singulière de chaque propos à une cohérence inter-entretiens. C'est la raison pour laquelle les propos d'ensemble doivent se nuancer244(*). Par exemple :

    1er entretien « Çà, je pense, c'est primordial dans la vie de chaque personne d'avoir l'amitié. Bon c'est pas l'amitié, euh, comment dirais-je, l'amitié, euh, je ne sais pas comment t'expliquer le mot. Mais c'est une amitié quand même... qui est très... qui est proche du confidentiel [...] Saine, voilà. C'est le mot, une amitié qui est, euh... qui est vraie, c'est çà. Une amitié vraie. » (l.416)

    Cette seconde partie de notre document présentera le travail mené sur le terrain.

    û Après avoir identifié les adhérents, nous commenterons les circonstances et les divers motifs d'adhésions. C'est-à-dire, comment et pourquoi le membre est arrivé au Compu's Club : ce qui a joué245(*).

    û Ensuite, nous décrirons ce qui le fait rester et plus particulièrement quelle est son degré de participation aux diverses activités proposées. C'est-à-dire que nous analyserons en quoi il y a configuration : ce qui joue246(*).

    û Enfin, nous présenterons ce qui se joue sur le membre. C'est-à-dire, quelle maturation a-t-il de son expérience vécue au sein du Compu's Club qui autorise son changement ?

    Introduisons, dès à présent, la répartition des branches247(*) de l'association par âge, sexe et situation familiale des membres pour présenter notre échantillon248(*) aux entretiens :

    Répartition des membres de l'association par âge, sexe et situation familiale

    Ce tableau nous permet de compter treize participations ventilées pour seulement dix personnes interviewés lors des neuf entretiens effectués249(*). Alors, quels sont les membres qui participent à plus d'une branche ? C'est ce que nous allons aborder dans le premier chapitre intitulé « Ce qui a joué : caractéristiques d'engagements ».

    2.1 Ce qui a joué : Caractéristiques d'engagements

    Nous nous intéressons, dans ce premier chapitre, au collectif, à l'ensemble des adhérents caractérisés par leurs différences (leur histoire, leurs origines, leurs opinions, ...) mais aussi à leur unité sur des points précis (circonstances et motifs d'adhésions, ...). Ce sont ces principales caractéristiques que nous cherchons à mettre en évidence. De plus, par cette connaissance descriptive, nous tentons d'établir un lien (des liens) entre l'engagement et des faits. Nous l'utiliserons (les utiliserons), ensuite dans nos interprétations, comme un facteur d'influence dans les processus sociaux et l'établissement des interrelations sociales. Au préalable, nous allons essayer de mesurer le degré de "socialisation" du membre avant son adhésion. C'est-à-dire le rapport qu'il y a entre l'engagement à un projet et l'âge du membre ; entre l'engagement à un projet et sa situation familiale ; etc. L'objectif est de faire émerger les dynamiques d'engagements du groupe d'interviewés.

    2.1.1 Du quantitatif au qualitatif : à la découverte de l'engagement

    Pour introduire cette découverte de l'engagement du membre commençons par revenir sur la figure précédente250(*), celle qui présentait notre échantillon. Nous avions relevé qu'il y avait plus de participations que de membres interviewés nous faisant commenter qu'il y en avait qui participaient à plus d'une branche. Ainsi, ceux qui participent à plus d'une branche sont principalement :

    û les célibataires, puisque nous notons quatre participations pour trois interviews,

    û les couples sans enfant (cinq participations pour trois interviews).251(*)

    Ceci constituant la première caractéristique d'engagement relevée, c'est-à-dire que certains membres participent à deux branches au moins.

    Le graphique en secteurs de droite de cette même figure, nous informe de l'existence de trois fois plus d'hommes que de femmes (77% - 23%). De même, nous pouvons constater qu'il y a une nette prédominance des situations familiales sans enfant (deux fois plus, au moins) que nous globaliserons de la manière suivante :

    Situations sans enfant (couples et célibataires) 69%

    Situations avec enfant(s) (famille et monoparent) 31%

    Pour conclure avec certitude que les membres sans charge familiale participent plus que ceux avec des enfants. Nous aurions souhaité obtenir des statistiques sur l'ensemble de l'association. Malheureusement nous n'en disposons pas252(*).

    Mais quelle influence a la situation familiale du membre sur sa participation ? Avec le graphe en barres suivant, nous pouvons déterminer une correspondance : plus le membre est libre de charge familiale, plus il participe aux activités de l'association. Ce qui correspond à ce qu'il est possible de constater à l'échelle de l'association.

    Répartition des branches par la situation familiale des membres

    Il est, en effet, possible de remarquer que les "célibataires" et les "couples sans enfant" participent le plus aux activités de l'association (9/13). Alors que les membres qui ont à charge des enfants (famille ou monoparent) participent moins (2/13) ou plus du tout (2/13 également). Ainsi, la situation familiale du membre influerait sur ses choix d'activités au sein de l'association. En clair, sur 13 participations nous trouvons :

    11 participations dont 9 concernent les couples sans enfant et les célibataires

    et 2 seulement, les familles avec enfant(s) et les monoparents253(*).

    Il semblerait qu'il existe un lien entre le choix de participation du membre à une branche et le type de projet mené par cette branche. En effet, nous pouvons constater, dans le graphe suivant, que les activités purement informatiques, comme Internet (Comnet) génèrent seulement un tiers des participations par rapport aux autres projets non informatiques (4 pour 7 = 36%)254(*).

    Répartition des branches par le nombre de participants

    Enfin, l'âge du membre semble, aussi, influer sur son engagement. Si nous considérons, pour l'exemple, la branche qui dispose du "plus jeune âge" (moyenne de 37 ans) et celle qui dispose de la "plus élevée" (moyenne de 56 ans), l'écart est de 19 ans. Le graphique en barre "répartition des branches par âges" ci-après, non seulement indique cet écart, mais nous permet de visualiser la ventilation des âges moyens par rapport aux activités : 37 pour Comnet, 49 pour le CEB, 38 pour les autres branches et 56 ans pour un engagement hors projet255(*).

    Ainsi, nous constatons que plus l'âge est avancé plus les participations semblent s'orienter vers le fonctionnement général de l'association et les activités non informatiques. Il apparaît qu'en fonction de l'âge du membre, le choix de l'activité varie.

    En résumé, les caractéristiques d'engagements jusqu'à présent relevées peuvent être formulées ainsi :

    1) Les membres sans enfant participent quantitativement plus et plus facilement à plusieurs activités.

    2) Les projets non TIC attirent trois fois plus d'adhérents.

    3) L'âge détermine le choix de l'activité par le membre.

    2.1.2 Trois facteurs majeurs d'influence pour justifier l'engagement

    A partir des informations collectées lors des entretiens, nous tentons de livrer ici ce que sont les motifs d'adhésions, d'une part, et les circonstances d'adhésions, d'autre part. Notre tâche est d'essayer de comprendre ce qui peut présider à la décision d'adhérer. Nous nous intéresserons ainsi également au passé des adhérents (familial, associatif et professionnel). Autrement dit, nous livrerons les éléments, semblent-ils déterminants, sur la décision d'adhérer et de s'engager dans un ou plusieurs projets. En clair, il s'agit d'identifier ce qui a pu, à un moment ou un autre, favoriser ou faciliter l'adhésion et l'engagement de nos interlocuteurs dans cette association.

    2.1.2.1 Motifs d'adhésions

    Toutes les personnes interviewées, (8/10)256(*), soulignent que le motif de leur adhésion au Compu's Club est, avant tout autre considération, un accès ou un perfectionnement aux technologies de l'information et de la communication (TIC). La chose ne nous paraît pas étonnante puisque "l'étiquette" publique du Compu's Club est celle de l'informatique !

    1er entretien « ...ce qui m'a conduit à adhérer au Club, au départ c'est l'informatique. (l.57) ; « pour l'amélioration de mes connaissances en informatique » (questionnaire n°20, Q2)

    3è entretien « parce-que j'avais besoin de monter mon ordinateur et d'abord par intérêt. » (l.10) ; [Je viens chercher] « ...des infos, du dépannage. » (questionnaire n°27, Q8)

    9è entretien « ...c'est l'informatique, en fait, qui m'a amenée au club. J'avais acheté un petit ordinateur, parce-que je ne voulais pas mourir trop bête, et savoir un peu ce que c'était » (l.8) ; « Je désirais plus d'informations sur l'informatique, Internet. » (questionnaire n°34, Q8)

    Les réponses émises à l'occasion du questionnaire confirment cet aspect257(*). Il nous est possible de préciser quelques éléments recueillis lors des entretiens à partir des réponses obtenues au questionnaire notamment chez les personnes qui ne font plus partie de l'association258(*). Pour eux, de prime abord, l'informatique ne semblait pas être l'unique objet d'adhésion259(*). Ils avaient répondu à la question « Qu'êtes-vous venu chercher au Club ? » (Q8) du questionnaire : « une camaraderie, un échange et une ambiance »260(*). Initialement, nous avons supputé l'idée que ces termes indiquaient l'existence d'autres facteurs entrant en jeu dans la motivation du membre à adhérer. C'est la raison pour laquelle nous avons essayé de faire préciser ces termes au cours des entretiens. Les réponses furent autres : en fait, « l'ambiance, c'est se retrouver puis discuter informatique. Entre nous. »261(*), la camaraderie c'est : « la personne qui est en face de moi ait les mêmes sujets de conversations. »262(*). Quant à l'échange il s'agit d'un « échange d'idées » précisant que cet échange d'idées est « toujours liée à l'informatique »263(*). Il s'agit donc bien d'une adhésion pour l'informatique.

    Cependant, dans nos entretiens, nous relevons deux cas d'adhésion qui ne sont pas directement liés aux TIC. Dans le premier cas, s'il y a adhésion c'est parce-que cette dernière apporte une solution, est une opportunité pour un projet.

    2è entretien « ...et ce monsieur... J'ai donc pris contact et nous avons après peu à peu pris conscience qu'il nous fallait monter une association pour faciliter surtout les démarches administratives et nous sommes allés nous adresser au Compu's Club. » (l.16)

    Si précédemment l'association Compu's Club intéresse parce qu'elle donnait un cadre juridique, dans le deuxième cas, c'est l'image de cette association qui incite à adhérer.

    8è entretien « ...de voir qu'il y a, qu'il y a une association, des gens qui ont pour principe d'essayer de faire bouger les choses, de venir se rencontrer, un peu s'éclater [...] ça m'a presque... [...] ça m'a vraiment déstabilisé dans, dans, dans l'opinion que j'avais de dire que Valence c'était une ville morte, [...] çà c'est vraiment intéressant. » (l.21)

    L'objet d'adhésion au Compu's Club est pour les personnes rencontrées lors des entretiens, avant tout, la participation à l'activité informatique.

    2.1.2.2 Circonstances d'adhésion

    Les circonstances par lesquelles le futur membre a pris connaissance de l'existence du Compu's Club sont extrêmement diverses et variées. C'est la raison pour laquelle nous les avons groupées en trois catégories. Il y a les membres qui ont connu le Compu's Club par l'intermédiaire d'un dépliant, d'une manifestation, d'une affiche, etc. nous les grouperons dans la catégorie Média. Par ailleurs, il y a ceux qui ont connu l'association par l'intermédiaire d'une autre personne (un ami, un membre de sa famille, un commerçant, un membre d'une autre association, etc.). Nous les désignerons par le terme Cooptation. Enfin, ceux que nous n'avons pas pu classer dans les deux catégories précédentes seront positionnés dans la catégorie Autres circonstances. En procédant ainsi, nous avons pu construire un tableau qui nous permet de connaître l'origine de l'information qui a suscité l'intérêt chez le sujet. nous rendons compte, ci-dessous, de la répartition :

    Entretiens

    Média

    Cooptation

    Autres circonstances

    1/9

    3/9

    1 (création)

    1 (projet)

    1 (connaître)

    1 (attache)

    1 (dynamique)

    Totaux

    5/9

    Répartition des circonstances d'adhésions

    Si les cooptations ne semblent pas véritablement être les moyens les plus fréquents pour connaître le Compu's Club (3/9), les autres circonstances paraissent diffuses (1/9 média, 1/9 création, 1/9 projet, etc.).

    1er entretien « Le Compu's Club je l'ai connu dès sa naissance. Avant même qu'il soit créé. Puisque j'en ai entendu parler dans les locaux de XX.[(le bailleur de l'association à son origine)]. Dès son début, quoi » (l.10)

    4è entretien « Nous avons connu le Club par l'intermédiaire d'amis, au cours d'une soirée. » (l.24)

    7è entretien « ...par une copine. » (l.12)

    Mais nous avons relevé dans nos entretiens d'autres circonstances dont il nous a semblé utile de nous intéresser pour deux raisons. Premièrement, ces autres circonstances nous permettent de repérer une démarche permettant de s'extraire ou réduire des ruptures sociales264(*). Dans le cas ci-après il s'agit de profiter d'une occasion offerte :

    2è entretien « J'ai connu Compu's Club par, euh, ma situation de chômage qui m'a fait aller de portes en portes chercher du travail. » (l. l.14) « ...et une association comme la Sdava m'a dit « mais, il vient de sortir quelqu'un qui pourrait vous intéresser. Ils écriv... il écrit, veut écrire un journal, euh, un livre sur le chômage. » (l.15)

    Deuxièmement, ces autres circonstances nous permettent de repérer une démarche pour conserver ou créer un lien social. Autrement dit, le futur membre semble adhérer pour se socialiser. Il souhaite, ainsi, s'ouvrir un réseau de communication grâce au groupe. Nous avons relevé trois types d'adhésions répondant à ces circonstances-là :

    1) l'adhésion à la suite de circonstances exceptionnelles. Dans l'exemple suivant, il s'agit d'une offre d'emploi : un membre a adhéré après avoir postulé pour un poste à pourvoir dans l'association et pour lequel il n'a pas été retenu.

    8è entretien « J'ai connu le Compu's Club grâce à une annonce de l'Anpe. Parce ce [...] qu'il y avait un poste prévu, [...] et c'est comme çà que j'ai connu le Club. » (l.9)

    2) l'adhésion dont le but semble être celui de conserver ou de créer un lien au sein d'un couple, par exemple.

    4è entretien « Ph : C'était l'occasion aussi de faire une activité à deux. » (l.57)

    3) l'adhésion qui permet un point d'ancrage géographique, par exemple :

    6è entretien « L'intérêt, c'est d'avoir un circuit relationnel, un système qui permettait d'avoir une attache sur la région. (l.127)

    Mais si l'acte d'adhésion résulte de la découverte du Compu's Club par une tierce personne ou un média, l'engagement peut prendre ou répondre à des motivations personnelles : réduire des ruptures sociales, créer ou conserver un lien social ou/et géographique.

    2.1.2.3 Antécédents familiaux

    Il n'est pas possible de déterminer une éventuelle influence du passé familial dans la participation aux activités du Compu's Club. En effet, les personnes intéressées ont très peu abordé leur vie personnelle antérieure à leur adhésion. En revanche, au présent, une situation de rupture peut expliquer l'adhésion et l'engagement. Cette rupture est abordée dans six cas sur neuf, il s'agit de la solitude...

    5è entretien « Célibataire sans enfant. » (l.66) « [être au Club] ça m'apporte de ne pas rester seul chez moi, déjà. » (l.113) « Ça a changé ma solitude. » (l.632)

    Participation constatée : « Je suis trésorier (d'une branche de l'association, ndlr) parce qu'il faut bien prendre des responsabilités de temps en temps. » (l.740)

    ...de la rupture familiale ou/et professionnelle.

    6è entretien « J'ai quitté une région, une femme, un métier, tout un tas de choses... euh, sur un coup d'un ras-le-bol. En fait, j'avais une petite vie, dans un petit coin et ça ne m'enthousiasmait pas du tout, donc j'ai complètement changé... » (l.57) « Quand je suis arrivé au Club j'étais en instance de divorce. Un divorce qui a duré dix ans » (l.133)

    Participation constatée : « je suis adjoint. Donc, j'ai une responsabilité en fait... [..] Je participe à pas mal de branches... » (l.244)

    8è entretien « Je pense que ça devait faire, au moins, six mois que j'étais au chômage. [...] Ça devait faire trois ou quatre mois » (l.126)

    Participation constatée : « [mon dynamisme se caractérise] tout simplement...à lancer le Marathonet (projet Juniors, ndlr), trouver des idées... » (l.307)

    Pour les trois autres, une personne aborde le thème de la rupture à partir d'un cumul de plusieurs ruptures : longue rupture professionnelle consécutive à une longue maladie aggravée par une rupture familiale.

    2è entretien « Ça m'a apporté à me libérer dans un premier temps de tout mon fiel par rapport à ma situation de chômage mêlée à la situation de longue maladie et mêlée à la situation de mère célibataire, ce qu'est pas très engageant à 50 ans pour être embauchée. » (l.506)

    Ce qui semble être recherché par ce membre relève de la valorisation, de la reconnaissance :

    « que je sois lue, pas éditée mais lue par les copains, que ce soit pris en compte. » (l.516)

    une autre personne n'aborde pas le thème de la rupture et s'engage dans l'association :

    1er entretien « Marié, une fille, profession libérale, sous-traitant en architecture » (l.80) « je me retrouve Trésorier. » (l.468)

    un troisième membre n'aborde pas le thème de la rupture et ne s'engage pas :

    4è entretien « Mariés, des enfants. » (l.153) « Moi, j'ai toujours travaillé. » (l.159)

    Nous avons procédé ainsi pour l'ensemble de nos entretiens afin de pouvoir les classer dans le tableau suivant :

    Répartition des adhérents selon la thématique de la rupture

     

    ...avec engagement

    ...sans engagement

    Thématique

    de la rupture abordée...

    Entretiens

    n°3, 5, 6, 7, 8, 9

    Entretien n°2

    Thématique

    de la rupture non abordée...

    Entretien n°1

    Entretien n°4

    Plus après, nous mettrons au clair, à l'aide d'indicateurs, d'autres types de ruptures. En résumé, on peut retenir que dans six cas sur neuf, une rupture sociale paraît expliquer l'adhésion et l'engagement.

    A ce stade de notre analyse nous avons relevé trois types de rupture de rôles sociaux : la solitude, le conflit familial et la rupture professionnelle.

    2.1.2.4 Antécédents associatifs et professionnels

    Comme précédemment, les personnes interrogées n'ont pas expliquées leur engagement, leur adhésion, par des antécédents associatifs et professionnels.

    Nous venons de voir comment nous avons identifié les membres du Compu's Club par des indicateurs métriques (âge, sexe, situation familiale, participation par branche) et des facteurs majeurs d'influence (les ruptures sociales265(*) et le désir de création de liens et de rôles sociaux) ce qui nous a permis de mesurer les liens qui apparaissaient entre la situation antécédente du membre et son adhésion, entre sa situation actuelle et son engagement.

    Pour résumer :

    û plus il y a rupture sociale plus il y a engagement dans l'association.

    û plus le membre est libre d'engagements familiaux, plus il y a engagement.

    Ces caractéristiques, relatives à ce que nous avons perçu et à des comportements exprimés par l'adhérent, vont nous aider à identifier les catégories types des membres interviewés afin de faire émerger les mécanismes d'identification266(*) dans notre second chapitre. C'est-à-dire les processus inconscients, de l'ordre de l'affect, qui permettent de devenir semblables, similaires par les rapports que les membres entretiennent avec un projet de l'association, l'image de l'association (un idéal, une idée) ou un pilote de branche (un leader) pour (re)constituer leur personnalité.

    Nous avons regroupé, dans le tableau ci-après, les éléments analysés dans les sections précédentes : âge, situation familiale, rupture de rôle social et fonctions prises (engagements) ou participation. Ceci, pour déterminer, par comparaisons, les comportements dominants ou/et permanents. Nous avons ordonné ce tableau selon la colonne "Participation ou engagement" parce-que cette caractéristique est une expression clef de notre hypothèse :

    Age

    Situation familiale

    Rupture

    Participation ou engagement

    Entretien 5

    41

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 8

    25

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 9

    77

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 3

    28

    couple

    oui

    oui

    Entretien 6

    52

    couple

    oui

    oui

    Entretien 7

    27

    couple

    oui

    oui

    Entretien 1

    56

    fam.+ enf.

    non rupture

    oui

    Entretien 2

    50

    monoparent

    oui

    non engagement

    Entretien 4 (couple)

    32-34

    fam. + enf.

    non rupture

    non engagement

    Tableau récapitulatif : âge, situation familiale, rupture, fonctions prises, participation

    2.1.3 Trois catégories pour décliner la figure de l'adhérent

    A partir des thèmes abordées dans le cadre des entretiens267(*), nous avons demandé que chacun explicite ce que lui procure sa participation au Compu's Club. Ces perceptions nous permettent d'identifier des comportements divergents. La diversité de ces divergences nous a permis d'envisager un classement. Nous avons considéré trois catégories d'individus qui correspondent à trois grandes manières de décrire la participation du membre :

    - le membre actif ou membre philanthrope,

    - le membre passif ou membre pharisien-prestige,

    - le membre actif-passif et le membre passif-actif ou membre synallagmatique.

    2.1.3.1 Le membre philanthrope :

    Le Philanthrope est rare, (1/9). Il est celui qui vient régulièrement aider bénévolement, fraternellement, sans contrepartie, par foi, simplement. C'est un actif au sein du Club. Il a besoin de cette action. Mais son attitude n'est pas toujours constante parce qu'elle constitue une contribution ponctuelle à l'association. En fait, son comportement altruiste est limitée dans le temps et se repère seulement par bribes, par "coups d'éclats". Il se rapproche dans ses attitudes relationnelles à celles du don. Le membre qui nous a permis de définir cette catégorie est celui de l'entretien numéro un : un actif engagé, d'une relative stabilité familiale et professionnelle.

    1er entretien « on m'a demandé, euh, et puis même sans me demander quand j'ai vu que la personne bataillait je me suis approché d'elle, je lui ai dit « ça va pas », euh, « oui, effectivement je n'arrive pas à comprendre...» (l.196) « ce que je préfère ? Moi c'est aider les gens, rendre service. » (l.296) « je viens donner. » (l.299) « Le salarié, il vient pour gagner sa vie. L'autre, il le fait gratuitement, il donne son coeur » (l.524) « [...] et puis par amour du monde associatif (l.539) « Avoir la foi, c'est apprendre à aimer ce qu'on fait » (l.593).

    2.1.3.2 Le membre pharisien-prestige :

    Celui qu'on appellera « le Pharisien-prestige » vient à l'association pour chercher quelque chose de précis, pas nécessairement la pratique de l'informatique mais, plutôt, répondre à un besoin de reconnaissance. Ce besoin s'appuie sur la nécessité de connaître voire d'appartenir au monde de l'informatique dont la caractéristique principale, pour "celui qui n'en fait pas partie", est l'image du "prestige". Une première réflexion pourrait nous faire le qualifier « sous le nom pudique de consommateur »268(*). En fait, c'est un "passif/passif" dans sa participation au dynamisme général de l'association même si c'est un actif pour lui-même. Il est persuadé de faire quelque chose pour les autres, en fait, il le fait pour lui d'abord : sa mobilisation repose sur la reconnaissance qu'il espère en lien avec sa motivation essentielle qui repose sur la reconnaissance qu'il obtient. Bref, un pharisien. C'est-à-dire « celui qui présente comme conforme à l'intérêt général ce qui est avant tout de son intérêt. »269(*) Il sait ce qu'il veut même s'il ne le formule pas clairement : s'aider lui-même au succès de sa propre (ré)insertion sociale (« pour être dans le monde », nous dirait Louis Dumont270(*)), et quitte l'association lorsque sa demande est satisfaite. Pour définir cette catégorie, nous avons relevé ces caractéristiques chez les individus deux et quatre.

    2è entretien « C'était une solution de facilité plus qu'un service. » (l.33) « La fin du livre me fera quitter le Compu's Club » (l.389).

    4è entretien « Na : au départ, de toute façon, Ph (le mari, ndlr) avait envie de connaître ce monde-là » (l.52) « ...le matériel, nous, on n'en avait point à la maison » (l.132) « Ph : Je vois au boulot, y a un gars qui s'y connaît bien en informatique, on en parle, on discute beaucoup » (l.259) « Na : On préférait avoir le matériel à la maison. » (l.482) « Na : Maintenant l'informatique on le fait à la maison. » (l.662). « Na : avoir du plaisir à discuter avec quelqu'un. Se sentir sur le même piédestal, quoi. Parler de la même chose. » (l.683) « Na : En fait on est allé dans un club informatique pour parler informatique. [...] Ph : On savait pas le parler au début. » (l.883)

    2.1.3.3 Le membre synallagmatique :

    Le plus fréquent (6/9) "marche au donnant-donnant". L'entraide mutuelle271(*), lui, il connaît ! Il donne avec toujours le secret espoir d'un retour. « Je donne si tu m'as déjà donné ou si je suis quasiment sûr que tu me rendras ». Il semblerait qu'il cherche à répondre à un besoin de relations qui s'appuie sur celui d'appartenance à un groupe qui le reconnaît. Il s'agit là d'une attitude synallagmatique. C'est la raison pour laquelle nous lui avons attribué ce nom.

    7è entretien « Bien on se connaît bien, donc, ça fait plusieurs années, qu'on...On est une petite famille maintenant ! » (l.690)

    6è entretien « ...ce qui m'a marqué dans les relations, c'est lors de mon mariage, que certains membres du Club étaient présents au pot. Là c'était sympa. » (l.645)

    Ceci constituant un ancrage...

    6è entretien « ...je ne quitterais jamais le Club, uniquement parce qu'il y a un lien, y'a un relationnel. » (l.66) « ...c'est un système relationnel qui permet de... de revoir des gens régulièrement, de, de pas les oublier, de toujours les garder en mémoire. » (l.190)

    ...et la mobilisation du membre...

    3è entretien « ...je suis très content de venir au Club et s'est d'ailleurs pour çà que je m'investis et que je fais partie des Administrateurs. » (l.369)

    ...pour échanger,...

    5è entretien « C'est un moment de détente, le soir de passer une heure ou deux heures le soir à dialoguer avec des personnes ! » (l.110)

    ...communiquer, ...

    5è entretien « D'être heureux, d'être... de pouvoir échanger des opinions. » (l.849)

    ...partager, ...

    3è entretien « ... d'abord, c'est le partage. » (l.255)

    ...développer ensemble.

    6è entretien « ...les gens ont, [...] un point commun, c'est les finances et connaître un petit peu l'économie... [...] Et puis maintenant, on commence à faire des formations un peu plus poussées, ça commence à intéresser de plus en plus et je pense que ça commence à dynamiser légèrement le groupe... » (l.428)

    On distinguera deux profils de Synallagmatique :

    û le "Synallagmatique passif-actif" que nous appellerons "Synallagmatique-copain"272(*). Il vient échanger en prenant plus. Il exprimera ce qu'il voudrait faire pour les autres mais avancera des excuses pour ne pas les faire. Il est, dans l'idée, relativement proche du Pharisien-prestige. Il s'agit des individus huit et neuf.

    8è entretien

    Je prends plus que je ne donne « j'ai connu le Compu's Club grâce à une annonce de l'Anpe. Parce ce qu'il y avait un poste prévu. » (l.9) « Actuellement aucune branche ne me plaît et puis, en plus, il y a le fait que je n'ai pas beaucoup de temps pour m'occuper d'une branche. » (l.236) « ...j'aimerai bien apprendre plus de choses. » (l.458)

    Je donne un peu « Si j'avais un peu plus de temps je pense que je participerai au Club de Finances... à Comnet... et j'essaierai d'aller voir un peu plus les jeunes chez Libertech » (l.214) « rarement je fais de l'informatique, au Club. [...] Je viens discuter avec les gens. J'essaie de voir s'il y a des projets à faire avancer ou quoi que ce soit. » (l.295) « Le fait de donner du temps, donner des idées, eh ben pour moi c'est gratifiant et ça me suffit. A partir de là je me sens mieux. » (l.604)

    û le "Synallagmatique actif-passif" ou "Synallagmatique-ami". Un ami n'est-il pas une personne avec qui l'on a des affinités, proche, intime ? « Qui a de l'attachement pour » nous dit le Quillet de 1971. C'est un sentiment partagé, réciproque. Lacordaire (Henri-Dominique, abbé) ne disait-il pas : « L'amitié est le plus parfait des sentiments de l'homme parce-qu'il est le plus libre, le plus pur et le plus profond » ? Et Montaigne à propos de la Boétie : « Si on me presse à dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en disant : "Parce-que c'était lui, parce-que c'était moi" » ? Le Synallagmatique-ami vient échanger en donnant plus. Il exprimera ce qu'il fait réellement pour les autres mais gardera à l'esprit ce "retour des choses" qui équilibre ses rapports. Ceci dit, les comportements et les attitudes du Synallagmatique-ami tendent à se rapprocher de ceux du Philanthrope. Il s'agit des individus trois, cinq, six et sept.

    3è entretien

    Je prends peu « [je suis venu chercher] de l'aide en informatique, en sachant que j'avais aussi des choses à faire connaître... » (l.52) « je participe à Comnet, c'est la Branche informatique liée à l'Internet. On apprend, on fait les premiers pas sur le Web avec un pilote qui a beaucoup plus d'expérience que nous... » (l.248)

    Je donne plus que je ne prends « ...l'association, c'est un peu basé sur "un coup j't'aide, un coup tu m'aides". » (l.55) « Je peux apporter du réconfort quand une personne est pas bien et qu'elle cherche un refuge. » (l.170) « Pour moi, les valeurs premièrement c'est l'entraide. » (l.223) « D'abord, c'est le partage » (l.255) « Je suis très content de venir au Club et c'est d'ailleurs pour çà que je m'investis et que je fais partie des Administrateurs. » (l.369)

    En résumé :

    membre

    Actif

    Passif

    Actif

    Philanthrope

    (vient aider bénévolement)

    entretien n° 1

    Synallagmatique copain

    (vient échanger en prenant +)

    entretiens n° 8, 9

    Passif

    Synallagmatique ami

    (vient échanger en donnant +)

    entretiens n° 3, 5, 6, 7

    Pharisien-prestige

    (vient consommer)

    entretiens n° 2, 4

    Tableau récapitulatif des trois figures de l'adhérent

    Ce premier chapitre voulait rechercher des éléments de réponses à la question : comment et pourquoi le membre est arrivé au Compu's Club ? (ce qui a joué dans son engagement et qui pourrait jouer dans son changement). Nous pouvons dresser un tableau récapitulatif273(*) pour nous aider dans notre conclusion : Tableau 1

    Tableau récapitulatif (conclusion)

    Niveau d'engagement

    (à partir des entretiens)

    Dur. d'ad°

    (en mois)

    Objet d'adhésion

    Age

    Sit. fam.

    Rupture...

    Engagement...

    Philanthrope

    40

    Création

    56

    fam.+ enf.

    non rupture

    oui

    Entretien 1

    Synallagmatique ami

    40

    Attache/Création

    52

    couple

    oui

    oui

    Entretien 6

    Synallagmatique ami

    30

    Cooptation

    28

    couple

    oui

    oui

    Entretien 3

    Synallagmatique ami

    25

    Cooptation

    27

    couple

    oui

    oui

    Entretien 7

    Synallagmatique ami

    22

    Média

    41

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 5

    Synallagmatique copain

    34

    Cooptation

    77

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 9

    Synallagmatique copain

    16

    Dynamique Club

    25

    célibataire

    oui

    oui

    Entretien 8

    Pharisien-prestige

    18

    Connaître les TIC

    32-34

    fam. + enf.

    non rupture

    non engagement

    Entretien 4 (couple)

    Pharisien-prestige

    18

    Projet Littérature

    50

    monoparent

    oui

    non engagement

    Entretien 2

    La lecture de ce tableau nous conduit à poser de nouvelles questions dont les réponses pourraient déterminer un nouveau paramètre : le niveau d'engagement du membre par rapport à sa durée d'adhésion. En l'incluant dans notre analyse, il nous permettrait de définir avec plus de précision encore la définition des trois catégories types de membre, d'une part, et nous indiquerait les fluctuations de l'environnement de cette association, d'autre part. Autrement dit, y aurait-il une évolution entre les diverses attitudes perçues : Pharisien-prestige puis Synallagmatique (copain puis ami) puis Philanthrope ? Si oui, quel en est le facteur ? Y aurait-il une durée au terme de laquelle le membre prendrait la décision, consciente ou pas, de s'engager plus ou de quitter l'association ? Pour répondre à ces questions avec certitude il nous aurait fallu effectuer plus d'entretiens. C'est la raison pour laquelle nous pouvons seulement indiquer, à partir de notre échantillon, qu'il y aurait un lien entre l'ancienneté de l'adhésion et le niveau d'engagement : plus le membre est ancien dans l'association plus son engagement est "fort" : 18 mois pour le Pharisien-prestige, 40 pour le Philanthrope. Mais qu'est-ce qui permet, au cours de cette durée, l'évolution de l'engagement274(*) ? Aussi, nous ne pouvons pas considérer la durée d'adhésion comme facteur unique et nous le rapprocherons des autres facteurs déjà émergés et à venir. En attendant :

    Il semble que l'engagement évolue avec la durée d'adhésion.

    Conclusion :

    Ce premier chapitre a présenté en trois points nos premières analyses sur des données recueillies auprès d'un ensemble d'individus caractérisés par leurs différences et leur unité sur des points précis :

    û Une rapide approche sociométrique a permis de situer le membre avant son adhésion. Cette analyse nous a donné la "carte signalétique" du membre qui semble nous indiquer trois choses :

    1. il existerait un rapport direct entre l'âge de l'individu et son choix pour tel ou tel type d'activité : Plus un membre est jeune plus l'activité choisie est TIC.

    2. De même, il existerait un rapport direct entre la situation familiale de l'individu et son niveau d'engagement au Compu's Club.

    Plus un membre est libre d'engagements familiaux plus il s'engage.

    3. Enfin, il existerait un rapport entre la durée d'adhésion et le niveau d'engagement : Plus l'adhésion est ancienne, plus l'engagement est fort.

    On peut en conclure que l'âge, les charges familiales et l'ancienneté dans l'association semblent déterminer le choix de l'activité et le niveau d'engagement du membre.

    û Le deuxième point a porté sur les circonstances et les objets d'adhésions pour relever les principales modalités d'engagement au départ. Le fait est que le membre prend connaissance de l'association par cooptation et qu'il la rejoint pour les TIC.

    û Le dernier volet de ce chapitre a présenté les différentes ruptures sociales préexistantes à l'adhésion du membre : solitude, conflit familial et/ou rupture professionnelle. Nous avons avancé que l'engagement serait, peut-être, le moyen de réduire la rupture.

    Ainsi, pour qu'il y ait possibilité d'engagement il semble falloir de préférence :

    - une cooptation,

    - une (des) absence(s) ou une (des) perte(s) de rôle(s) ou/et de liens sociaux,

    - une (des) activité(s) en adéquation avec les désirs (déterminés par l'âge) du membre,

    De plus, pour qu'il y ait possibilité d'évolution de cet engagement, il semble falloir :

    - une longue durée d'adhésion,

    En fait, nous avons relevé avec certitude deux facteurs antérieurs à l'adhésion pouvant influencer l'engagement du membre : la situation familiale (sans charge de famille) et la situation personnelle (rupture sociale).275(*)

    Enfin, selon ces premières analyses, ce chapitre nous a permis de décrire trois profils types de membre. Il s'agit du Philanthrope (il donne), du Pharisien-prestige (il prend) et du Synallagmatique (il donne et il prend) qui se décline, lui-même, en deux sous-profils : le Synallagmatique-ami (il donne plus qu'il ne prend) et le Synallagmatique-copain (il prend plus qu'il ne donne).

    2.2 Ce qui joue : Caractéristiques de configuration

    A présent que nous avons dégagé ce qui a joué et les profils types des membres de cette association, il convient de clarifier les éléments d'une configuration au sens où Norbert Elias l'entend276(*). C'est-à-dire, clarifier les dépendances réciproques que les adhérents établissent entre eux et qui les lient les uns aux autres, d'une part, et avec le contexte environnemental du Compu's Club, d'autre part, le tout dans leurs changements permanents. Autrement dit : voyons maintenant la conformation277(*) de ce qui joue dans les attitudes des membres qui autorisent les interrelations. Pour cela, nous allons mettre en évidence les principales caractéristiques de ces interrelations. Mais, nous avons besoin de situer, au préalable, la perception que le membre a du contexte environnemental de l'association : comment le membre se représente-t-il l'infrastructure Compu's Club ? Ceci a pour objectif de noter les types de relations que les membres entretiennent avec l'association, avec l'image qu'ils s'en font et chemin faisant analyser et commenter les mécanismes et les processus à partir desquels se développent les relations.

    2.2.1 Perception de l'environnement associatif par le membre

    Les branches du Compu's Club sont peu ou pas connues dès lors qu'elles ne touchent pas l'intérêt du membre. Ainsi, les personnes interrogées ne peuvent donner que des informations incomplètes à propos des diverses branches. Le fondement, l'organisation et le fonctionnement même de l'association sont, dans tous les cas (9/9), quasi, voire complètement inconnus.

    2è entretien « Je ne connais peut être pas assez bien le Compu's Club, mais j'ai l'impression que c'est surtout axé sur l'informatique. » (l.70)

    4è entretien « Y a tellement des branches diverses comme la Bourse. on peut y aller parce qu'on aime la Bourse et pas spécialement l'informatique. » (l.209)

    9è entretien « il n'y a pas très longtemps que j'ai découvert toute la richesse du Club. » (l.242) « Je crois que je n'ai pas encore tout découvert. » (l.266)

    Toutefois, même si ces personnes ne peuvent définir l'association, elles n'en attribuent pas moins des aspects positifs. Par exemple l'ouverture, les possibles, l'échange :

    1er entretien « (un lieu) où j'ai des amis, ça m'ouvre sur des horizons disons, pas spécialement informatique, mais sur des horizons nouveaux que je n'avais peut-être pas pratiqué dans un autre club. » (l.101) « Justement parce-que il y a une bonne ambiance, une bonne entente, il s'y passe de bonne amitiés. » (l.148)

    4è entretien « Quand il y a une Branche Échap, par exemple, c'est une partie sociale çà. [...] c'était des chômeurs qui se sont retrouvés pour écrire un livre. » (l.575)

    6è entretien « Le Club je le présenterai comme Club, bon, basé sur l'informatique, au départ, je commencerai à parler des différentes branches. et surtout ce que je ferai valoir, c'est euh... euh... cet esprit d'échange ! L'esprit d'échange entre les individus, qui me paraît, moi, être la source même du Club, en fait. (l.869)

    Ces aspects semblent relever principalement de jugements de valeurs278(*) paraissant servir de points de repère pour exprimer des attitudes.

    9è entretien « Moi, j'aimerai bien aller voir les jeunes, puisque toute ma vie, j'ai travaillé avec des jeunes. Comment la Branche Littéraire travaille... j'aimerai, par exemple, accompagner quelqu'un qui va apprendre l'informatique dans la prison... [...] je crois que je comprendrai mieux le groupe... et l'esprit du Compu's, [...] je pense que c'est un peu trop compartimenté, et que le lien est créé par le journal... mais peut pas rapporter toutes les valeurs qu'on peut vivre... » (l.458) « On fait beaucoup de choses pour la relation personnelle, la relation entre individus. [...] D'abord, si les gens apportent quelque chose, ils se sentent partie prenante. » (l.757)

    7è entretien « ...ils sont souriants, et puis s'ils viennent, c'est qu'ils sont bien, donc, ils se plaisent à l'association. [...]Le fait de participer est déjà quelque chose. Si moi je suis dynamique c'est que j'ai envie d'être dynamique. [...] Participer à la recherche d'un local, ou participer à emménager, à déménager, à aller donc, voir la Mairie, etc. » (l.491) « Ben, pour moi, je sais pas, mais j'apprends en même temps, donc moi, ce que ça m'apporte, c'est que j'apprends des trucs. [...] Ça m'apprends toujours la vie, le milieu associatif quoi. Donc, je croise des gens, d'autres personnes. » (l.698)

    Ces aspects semblent relever, aussi, de perceptions multiformes souvent utopiques, symboliques, d'émotions dues à l'attirance que le membre éprouve. Le Compu's Club est perçu comme un lieu d'expression possible, "organisé", adapté...

    2è entretien « J'ai rien attendu mais j'ai trouvé ce que j'aime y trouver : de l'accueil... quelque chose d'agréable, quelque chose où on peut parler... » (l.80) 279(*)

    8è entretien « un lieu de rencontre, un espace de liberté. » (l.202)

    6è entretien « Le fait, d'avoir changé de locaux est un élément important dans la dynamique des membres. [...] J'ai l'impression oui, parce-que maintenant on a des locaux, qui ressemblent à quelque chose de propre, de sérieux et çà, ça joue énormément en faveur de cette dynamique. » (l.573)

    ...où on se sent bien, favorisant les relations (« de l'accueil »), et qui peut conférer un sentiment d'appartenance qui semble faire naître une impression de reconnaissance et paraît exercer une influence sur les comportements sociaux adoptés par le membre :

    « Moi, j'ai une certaine fierté d'appartenir quand même au Club. Parce qu'il commence à avoir une certaine notoriété dans la région et rien que çà, déjà, ça me plaît énormément. Quelque part, il y a une réussite. C'est surtout çà. » (ib. l.780)

    Dans huit entretiens sur neuf280(*) les membres assimilent le Compu's Club à l'image d'un groupe particulier : un ensemble d'habitants d'une petite agglomération rurale, un village...

    6è entretien « l.219 ben moi, j'appellerai ça un petit village. [...] y'a la communication entre les gens [...] on peut avoir de l'aide si on a un soucis, on peut poser des questions, avoir des réponses. Et tout le coté relationnel, [...] dans les petits villages

    Quelquefois, d'un groupe intime : un groupe d'individus se trouvant des caractères communs ressemblant à des liens de parenté, une famille...

    7è entretien « C'est qu'on s'entend bien, on est une petite famille, quelque part, on s'entend, on s'entend bien, quand on a des trucs qui vont pas, donc, on essais de les résoudre. » (l.808)

    ...ou d'un groupe de personnes ayant un but commun, une communauté.

    3è entretien « Le Club, pour moi, [...] ça me fait penser à un groupe de camarades, une micro société en fait. » (l.138)

    Pour résumer, le membre ne connaît pas avec précision l'infrastructure Compu's Club. En revanche, il semble la percevoir symboliquement au travers de subjectivités affectives, d'attirances basées sur la multiplicité de ses intérêts. C'est-à-dire, à travers divers aspects positifs :

    1) l'ouverture, les possibles, l'échange,

    2) un lieu d'expression, "organisé", adapté, de bien-être,

    3) l'image d'un groupe particulier (village) quelquefois intime (famille)

    Qui semblent faire naître une impression de reconnaissance, d'appartenance servant d'espace à une gestion de ses relations paraissant désigner un aspect du lien social.

    2.2.2 La naissance de conditions favorables à la relation

    En développant l'analyse de la section précédante281(*), nous avons conclu que le membre donnait une forme à ce qu'il ressentait pour favoriser l'échange et le partage avec l'autre par la symbolisation du Compu's Club. Autrement dit, les membres semblent être des sujets influencés dans leurs relations par la représentation qu'ils ont de l'association. La section suivante veut désigner à partir des entretiens, la relation en tant que processus d'échanges. C'est-à-dire les membres en tant qu'acteurs en relations de face à face282(*), de membre à membre, en interrelation dans le cadre d'un projet, par exemple :

    1er entretien « ...tout le monde amène des idées... » (l.354) « C'est les passions. [...] le gars qui vient ici c'est qu'il aime ça, c'est que c'est un passionné donc obligatoirement il va venir défendre son idée au maximum. Il va s'emporter, le ton monte, mais le lendemain c'est fini. » (l.344)

    2è entretien « Je peux exprimer soit mon accord, soit mon désaccord. [...] Et ça a été entendu [...] sans se disputer, sans employer des mots. Même si des fois on a eu des mots un peu violent, ça a été quand même entendu et puis... Le désir de construire ensemble a toujours été là. » (l.96)

    5è entretien « On laisse débattre les gens qui s'expriment jusqu'à la fin. » (l.535)

    Une branche au sein du Compu's Club réunie cinq à douze personnes. Ces personnes semblent s'être constituées en groupes autonomes...

    5è entretien « On ne dépend plus du Club, à part qu'on est dans son local. » (l.408)

    9è entretien « A travers la Finance, y a quand même un, un groupe... » (l.304)

    ...et de manière hétérogène sur les plans culturels et sociaux283(*) :

    3è entretien « On regroupe un petit peu des personnes, déjà de toutes nationalités, enfin... issue, en fait... des chômeurs, des Rmistes... On regroupe plein de personnes en fait. Il y a aussi des gens qui sont handicapés que se soit moteur ou mental. (l.428)

    Ces groupes paraissent s'organiser, soit dans le but de satisfaire les désirs ou/et les ambitions personnelles de chacun : le projet individuel.

    7è entretien « Bon à la CAO, c'est un truc que, moi, je veux faire, donc y'a que moi qui veut l'faire, donc je fais des calendriers, les autres, ils font ce qu'ils veulent. » (l.573)...

    soit de poursuivre un but commun : le projet de la branche.

    ...« Mais, c'est vrai, qu'au niveau de [...] CEB, c'est des projets qu'on a tous ensemble. C'est investir, créer un club d'Investissement, donc on a une, [...] une sorte de ligne à suivre, et on la suit. » (ib. l.574)

    Souvent les deux dans un même temps :

    2è entretien « Il a été très difficile d'arriver à fonctionner [...] De par nos tempéraments différents, nos objectifs et nos engagements personnels par rapport à ce livre. Maintenant ça va, au bout de presque deux ans. » (l.261) « Ce qui nous passionne c'est le moment où on a écrit, où on réécrit pour affiner, pour enrichir le vocabulaire, pour mettre la virgule là où il faut, le point là où il faut. » (l.416)

    8è entretien « L'exemple que j'ai en tête c'est à propos de mon projet : lorsque je suis venu en parler il y avait S (3è entretien, ndlr), tu étais là, il y avait peut-être Ch (l'employée du Club, ndlr). Et S... c'est pas qu'il était pas d'accord, mais il a commencé à dire des choses auxquelles je n'avais pas pensé. Et çà c'est super ! [...] on espère vraiment faire le tour de la question mais [...] on espère toujours qu'il y ait quelqu'un qui ait une autre vision... de la chose. » (l.650)

    A partir de là, quels peuvent être les aspects mobilisateurs permettant de rassembler les énergies et les compétences individuelles pour en faire une force collective, un but commun ? Sur l'ensemble des personnes interviewées (10/10), il est apparu deux aspects mobilisateurs en liens l'un avec l'autre : le projet et la relation284(*), la relation pour le projet, le projet pour la relation. Comment la relation peut-elle être mise au coeur des projets menés pour la satisfaction de chacun ? Si l'on se réfère aux propos relevés dans le sixième entretien il est probable que le projet soit stimulateur et focalisateur d'énergie :

    6è entretien « Ce que j'y vois, en fin de compte c'est un vivier de personnes, [...] qui discutent d'un tas de choses. Et çà, apparemment, c'est quelque chose qui donne beaucoup de... beaucoup d'entrain, en fait. » (l.173) « Les gens ont, [...] un point commun, c'est les finances et connaître un petit peu l'économie... [...] Et puis maintenant, on commence à faire des formations un peu plus poussées, ça commence à intéresser de plus en plus et je pense que ça commence à dynamiser légèrement le groupe... » (l.428)

    Ce champ projet-relation semble permettre la rencontre d'intérêts ou d'attitudes définissant le ressenti de chaque acteur : se sentir utile...

    7è entretien « On se sent utile ! » (l.907) « Je me sens bien quoi ! » (l.97)

    ...se sentir gratifié...

    4è entretien « Voilà, il y avait plus tous ces gens, toute cette ambiance, toute cette camaraderie, tout çà n'existait plus et je pense que ça nous a pesé. (l.899). Et le fait de ne plus rencontrer personne l'envie, elle part, la motivation, elle part... y a plus rien. (l.930)

    8è entretien « C'est le fait de donner du temps, donner des idées. Pour moi, c'est gratifiant et ça me suffit. Ça me suffit, à partir de là je me sens mieux. » (l.604)

    ...être fier, etc.

    9è entretien « (à propos de la Finance) C'est de faire quelque chose, et de voir un peu comment ça fonctionne ! Pour moi, c'est çà. [...] Et puis, si on peut glaner quelque chose, euh... ben la réussite... çà, ce serait d'abord une réussite, ça prouverait qu'on est capable de faire quelque chose. » (l.564)

    En un mot : valorisé. Cette recherche de valorisation par chacun se caractérise, semble-t-il, par des conséquences que nous avons retrouvé dans les deux tiers, au moins, des entretiens (7/9) : avoir du plaisir, se sentir bien, être satisfait.

    1er entretien « J'y trouve un plaisir... une satisfaction. » (l.288)

    5è entretien « D'être heureux, d'être... de pouvoir échanger des opinions. » (l.849) « Je me sens bien... non je me sens très bien... j'aime bien le Club. » (l.654)

    7è entretien « ...donc on s'fait plaisir. Enfin un lieu de plaisir, j'allais dire. » (l.234)

    Cette valorisation semble nous indiquer que les buts individuels et collectifs poursuivis autorisent la création de liens. En clair, ce sont des pratiques régulières de partage et de solidarité qui font liens285(*). Ces pratiques nous sont fournies, entre autres, par les propos suivants :

    9è entretien « Je crois qu'il y a une valeur de partage, qui est très importante. Un partage sur tous les plans, sur le plan intellectuel et connaissances, moi ce que je connais, je le partage avec d'autres. Ce que je sais faire, je le mets au service des autres, (silence) et ça crée une valeur morale de solidarité... (silence) Surtout çà. » (l.476)

    5è entretien « C'est de rencontrer des personnes et d'avoir des contacts avec d'autres personnes. Ce qui permet d'avoir des liens... » (l.90)

    Le partage indique le « fait d'avoir quelque chose en commun avec d'autres personnes »286(*) et la solidarité nous informe « d'une dépendance mutuelle »287(*). Mais à eux seuls, suffisent-ils pour établir des interrelations desquelles émergent les projets ? La neuvième personne interviewée semble nous affirmer que la rencontre de "l'autre" est le terreau des interrelations :

    9è entretien « Une volonté de connaître les membres du Club. [...]C'est ce qu'il faudrait faire pour améliorer les relations entre les membres, [...] Même pour les créer ! » (l.710)

    Sous l'angle fonctionnel de la branche, la cohésion du groupe semble favorisée par la représentativité du Pilote288(*). Nous avons constaté auprès des personnes interviewées appartenant aux branches Finance (CEB), Internet (Comnet) et Littérature (Echap)289(*), que le choix du Pilote a été effectué de manière informelle, tacite... 

    1er entretien « ...que certains Membres se prennent vraiment pour des chefs, voilà. Ce qui, à mon avis fera disparaître l'association. » (l.509)

    4è entretien « [...] Se sentir sur le même piédestal... » (l.863)

    ...comme si, malgré l'égalité revendiquée par les membres les propos étaient polarisés par l'autorité de l'un d'entre eux. Nous pourrions presque dire : basé sur l'inconscient parce qu'il apparaît, pour le membre, un souci de sécurisation qui répondrait à un besoin d'accomplissement. Ce sont les exemples suivants, par la reconnaissance (ou non) d'un responsable, qui ont permis de mettre en évidence cet « appareil psychique groupal »290(*)

    2è entretien « Le leader, donc, notre écrivain, était très fouillis. On ne connaissait pas son objectif. C'était un coup oui, un coup non. Il était impalpable. Euh... très... bon alors on va dire artiste, il paraît que c'est une qualité. » (l.327)

    7è entretien « On a un pilote. On appelle un pilote une personne qui fait le boulot de leader, [...] qui répond au coup par coup, suivant ses connaissances ou qui oriente vers la personne qui sait [...] le travail du pilote est très important parce-que... il est obligé d'avoir un connaissance un peu plus approfondie. » (l.269)

    Pour analyser avec précision le point qui pose la question du Pilote, nous avons relevé que nos interlocuteurs parlaient de son "acceptation hiérarchique" en tant que responsable comme d'une évidence. Ainsi le Pilote semble apparaître spontanément, simplement et reconnu de fait, à l'intérieur de la branche :

    5è entretien « Ben y' a aussi un meneur. Y a une personne qui est un peu plus responsable de la branche.[...] Je ne sais pas du tout, si elle s'est désignée. » (l.691)

    Pour ne présenter qu'un seul exemple, l'autorité du Pilote de la Branche Finance291(*) est apparue sous la forme de prééminence dont il bénéficie parce qu'il se révèle capable d'influencer l'attitude des autres.

    6è entretien « Apparemment, moi, j'ai cette étiquette d'animateur et bon, bé si ch'uis plus là, c'est fini. » (l.348)

    Cette autorité est une qualité inhérente à ce Pilote qui est capable d'en faire preuve, c'est-à-dire : compétence informatique renforcé par une certaine popularité (sympathie, simplicité, sincérité dans ses attitudes sachant lever les "frustrations" du groupe ; bref, sachant se faire comprendre) :

    3è entretien « On apprend avec un pilote qui a beaucoup plus d'expérience que nous... ce qui se passe c'est... comment i faut faire, quels sont, donc, les démarches pour pratiquer quoi. » (l.249) « Un pilote, s'occupe un peu plus [...] de la Branche. Du bon fonctionnement et du bon déroulement de la Branche. De canaliser les gens et de permettre a ce que les gens aient toujours un interlocuteur [...] qui va avoir après à communiquer l'avis de la Branche au noyau de l'association, au Compu's Club. parce-qu'on est quand même lié à l'association, au Compu's Club. » (l.282) « C'est pas quelqu'un qui commande, c'est presque proscrit de commander au sein d'une association. [...] Il faut plutôt orienter [les gens] et leur faire comprendre. » (l.292) « Tout ce que je me souviens c'est que à l'époque, y'avait une personne qui ne le faisait jamais (le compte-rendu de formation), puis je lui ai simplement demandé de le faire... Elle m'a regardé bizarrement, puis elle a accepté. Et elle a fait un travail normal. (l.480)

    Le Pilote, lui-même, a pleinement conscience d'être un "cadre de référence"292(*), une autorité :

    6è entretien « Je suis "Pilote", entre guillemet, de cette branche et... il est vrai que, quand je suis plus là, apparemment , il manque un animateur. » (l.345) « Ah ouais ouais, c'est grave, hein, même. Elle m'a dit : « il me saoule lui » carrément. Des fois, je crois même qu'elle était pas loin de plus venir au Club uniquement à cause de çà. Il va falloir modérer les choses. [...] J''ai encore du mal, parce-que j'ai... je n'veux pas diriger, hein, à l'intérieur de cette communauté. Je n'ai pas envie de, de... bon il va falloir que je trouve une solution, Ms (9è entretien, ndlr), j'essaie de la calmer gentiment... euh... et pi, va falloir que je trouve une solution quand ça se rencontre entre PG et Ms, par exemple, c'est de freiner PG, quand il parle trop et puis de relancer Ms pour qu'elle essaye de s'intégrer. » (l.399)

    Mais, quel est le rôle de cette autorité ? Il semble que la réponse se trouve dans la prise en compte, non seulement des caractéristiques et des compétences du Pilote comme nous venons de le voir, mais aussi, dans celle d'un apprentissage à la vie démocratique qui impose des règles de communication. Le projet, facteur de conscientisation des règles démocratiques :

    7è entretien « Si on veut prendre une décision, donc, chacun vote, chacun dit ce qu'il pense, s'il n'est pas d'accord, il dit qu'il n'est pas d'accord, mais c'est vrai que en général quand on a une idée, on est, enfin... [...] S'i y'a un truc qui va pas, donc, euh... on en parle, et bon, on essaie toujours de... » (l.389)

    6è entretien « La plupart des décisions sont, sont, sont prises après un vote, hein, en général. Quand il s'agit de décisions importantes, on fait voter les gens. Et puis, bon, en fonction des arguments amenés ou des décisions que l'on doit prendre, le vote se fait assez facilement. Et souvent, peut-être pas à l'unanimité, mais à une large majorité. » (l.497)

    L'inverse est-il vrai ? C'est-à-dire : lorsque l'autorité du Pilote n'est pas reconnue, il n'y aurait pas de règle de communication et la branche ne créerait pas de relation ? Le couple interviewé293(*), initiateurs de la Branche CAO294(*), semble nous dire que la notion de leader est introduite par des indicateurs de démocratie :

    4è entretien « Ph : Nous, on avait lancé l'idée. On pensait qu'en lançant l'idée les gens allaient venir et qu'ils allaient proposer leurs idées... Na : ...On souhaitait pas être les moteurs. » (l.326) « Où j'ai été déçu... ce que j'aurais aimé que ça m'apporte plus, c'est voir plus de personnes, c'est plus discuter... [...] Les gens sont venus chercher "quelque chose" ; il y en a aucun qui est venu pour dire : « c'est une super idée, j'ai des idées, je viens avec vous. » [...] Notre connaissance est très limitée et on s'est vite rendu compte que s'il y a personne qui arrivait avec de nouvelles connaissances on serait vite, (silence) Et les gens qui venaient, i venaient juste pour, euh... pour faire ce qu'ils avaient à faire et puis c'est tout, hein. ils étaient pas plus intéressés que ça. » (l.395)

    Pour résumer, le projet permettrait les interrelations sociales. Mais si pour caractériser cela, nous avons relevé deux aspects reliants (le partage et la solidarité) la représentativité du Pilote, c'est-à-dire l'acceptation tacite de son autorité, semble autoriser l'éducation à la démocratie.

    2.2.3 Du rapport à la relation sociale

    Il nous paraît utile, ici, d'apporter quelques précisions méthodologiques en notant que la relation de face-à-face que nous venons d'analyser était désignée par nos interlocuteurs avec des mots peu clairs et précis lors des entretiens. Elle a été essentiellement caractérisée par l'emploi d'expressions périphériques : "tout le monde amène des idées, défendre son idée, le ton monte, le lendemain c'est fini, on laisse débattre"295(*), etc. Ces expressions semblent indiquer des valeurs : le débat démocratique ("on laisse débattre"), la liberté d'expression ("Je peux exprimer soit mon accord, soit mon désaccord"). Dans un même temps, elles semblent indiquer des possibles de projets296(*) ("amène des idées") et de communications sociales ("on laisse débattre", "ça a été entendu") ; quelquefois créatives de liens et de motivation ("le désir de construire ensemble a toujours été là").

    9è entretien « Y'a tout un foisonnement... et une ouverture je sens qui est prête, quelqu'un viendrait dirait, moi j'ai envie de créer un Club comme çà, et de réunir des gens, bon, euh... ce serait accepté. Alors, cette ouverture me plaît beaucoup... » (l.372)

    De même, le recours à certains mots communs (l'amitié, l'ambiance, la convivialité, ...) semblent traduire la manière d'être avec, d'agir avec, de se tenir dans, d'appartenir au "système" en tant qu'acteur social. Par exemple :

    1er entretien « Justement parce-que il y a une bonne ambiance, une bonne entente, il s'y passe de bonne amitiés. » (l.148)

    7è entretien « Pour moi, convivialité, donc déjà donc, on s'connaît, on va dire pratiquement tous, ben, ceux qui viennent souvent, donc on se connaît tous. Euh... ben convivialité c'est quoi ? Donc, c'est se rencontrer, discuter, ch'ais pas, donc, euh...bavarder un p'tit peu » (l.122)

    Quelquefois, un membre explique ces mots par des faits :

    9è entretien « L'amitié, c'est au-delà... d'un service, par exemple sur l'informatique, [...] ou d'un échange de service, c'est arriver... à des liens beaucoup plus profonds où on se parle... on se confie mutuellement les problèmes qu'on peut avoir et où on essaie de mieux comprendre, de mieux, [...] se comprendre mutuellement. s'entraider, c'est créer un lien unique ! » (l.101)

    En relevant ces mots et expressions nous avons pu sonder deux manières dont les membres semblent être en relations et interagir :

    Ø le membre en relation avec les autres, dans l'association,

    Ø le membre en relation avec les membres de sa branche (du micro-groupe),

    2.2.3.1 Je suis en relation avec les autres hors de ma branche :

    L'instant cigarette ou café semble servir de cadre privilégié et de support à l'échange d'informations, au partage d'expériences, à la confrontation interpersonnelle, comme support à la détente, à la rencontre et à l'équilibre relationnel des membres :

    7è entretien « On raconte des blagues, on boit un petit café, on fume une cigarette, [...] ...On se chambre un p'tit peu, on... » (l.685)

    Plus que l'instant cigarette ou café, c'est l'ensemble du temps passé au Compu's Club qui peut-être salutaire pour certaines personnes. Par exemple répondre à une solitude...

    7è entretien « au tout début, donc quand j'étais marié, j'étais venu [...] ma femme, elle était pas là, [...] ça permettait, donc, en fait de, de soulager la solitude. » (l.1045)

    ...voire une ré-appropriation de la capacité à s'exprimer. Ainsi, JK (57 ans) connu pour ses problèmes de communications (il est introverti) restait très secret sur sa vie personnelle. Le membre interviewé au cours du neuvième entretien nous informe avoir réussi à "enclencher" une relation :

    9è entretien « Quand j'arrive, on se fait la bise, et puis j'ai L. (7è entretien) qui m'embarque pour me dire que lui, il a fait des expériences, qu'il voudrait bien m'entraîner avec lui, donc, il y a quand même quelque chose qui passe... Euh... y'a JK, qui, qui est arrivé à me dire où il habitait, (rires) à travers milles circonvolutions parce-que c'est son problème. » (l.291)

    Ce temps semble constituer, aussi, un "sas de décompression"...

    3è entretien « Alors moi au Club la première chose que je fais en rentrant c'est boire un café. Etant donné que j'ai pas eu le temps de prendre le temps de m'asseoir et de souffler un peu, de discuter avec des gens qui me parlent pas tout le temps boulot. Et pi, euh, et pi voir des gens, surtout avec le sourire en rentrant ça fait tellement plaisir. » (l.474)

    8è entretien « Aujourd'hui, le Club, pour moi, ce serait des instants [...] de détente... [...] des récréations, en fait. (silence) Ouais, pour moi, ce serait plutôt, voilà, des récréations. » (l.138) « Ben, j'aime, j'aime beaucoup le Club parce-que comme je dis c'est de la récréation et pour, pour moi la récréation ça a toujours été très important parce-que... enfin... je sais pas si tu te rends compte, au, au, au bahut... mouais, c'est vrai que c'est, peut-être, un peu trop fort. parce-que quand on est au bahut, tu vois, les récréations c'est peut-être ce qu'on attend le plus. Finalement. » (l.150)

    ...facilitant la coupure avec la vie professionnelle pour doucement basculer dans un autre espace, d'autres relations de camaraderie, d'amitié, ... :

    9è entretien « Comment définir l'amitié à travers ce que je vis ? C'est toute cette chaleur, ce lien de plus en plus étroit, qui nous unit à l'autre. » (l.111) « Je crois que c'est à travers le déménagement. [...] j'étais absente... mais... lorsque j'ai vu tout le travail pour aménager le nouveau local, tout ce foisonnement de personnes que je ne connaissais pas... je vois Jc (5è entretien, ndlr) arriver pour une réunion, et on lui a dit : « Dis tu branches », bon, allez pof, il a quitté là le blouson, il est monté sur la table, il a fait un branchement électrique. Y avait A. (1er entretien), par exemple, que je ne connais pas du tout, tout souriant, qui était là, enfin, quand j'ai vu tout ce travail... cette ruche... ça m'a quand même beaucoup impressionnée. J'ai vu qu'à travers les différentes activités, il y avait un lien... » (l.247)

    Quelle relation entre cohésion de l'association et communication ? Il semble exister un minimum de règles tacites néanmoins non transgressées comme le civisme :

    1er entretien « ...moi je pense que tant qu'il y a justement la correction et le civisme entre les personnes y aura aucun problème... » (l.433)

    9è entretien « ...Y'en a beaucoup d'autres qui sont véhiculés : d'honnêteté, de justice, de sens social. » (l.481)

    Cette intégration du membre au sein de l'association par un code d'action commun semble se faire simplement, progressivement, avec beaucoup de patience :

    1er entretien « Chacun a son caractère. Donc déjà, euh, pour faire partie d'une association il faut mettre un peu d'eau dans son vin. » (l.166) « le bon point à mon avis la tolérance, y a le contact, les discussions qui sont vraiment possibles. » (l.451)

    3è entretien « Au Club c'est justement [...] un petit nombre de personnes qui fait preuve de la plus grande amabilité et qui essaye d'oublier... on peut dire leur phobie ou leur répugnance à voir des gens qui sont pas comme eux, pas normaux [...] on fait appel au coeur des gens au Compu's. » (l.439)

    La valorisation de l'individu paraissant croître avec la centralité de sa position.

    6è entretien « Je me sens écouté. [...]Mais bon le Club en rajoute. » (l.755)

    9è entretien « J'ai proposé d'être un lien à l'intérieur du Club. » (l.160)

    C'est dans ces situations de valorisation de l'individu qui s'expriment par des participations et des prises de responsabilités que semblent pouvoir émerger de nouveaux rôles sociaux.

    7è entretien « J'ai une fonction, je suis secrétaire adjoint. j'ai une responsabilité en fait... [...] au début, j'étais administrateur, [...] y'a deux ans. [...] c'était pas évident, parce-que moi je pensais que, en étant administrateur, [...] y'avais des contraintes, en fait, y'en avait pas, [...] j'avais peur que ça me prenne, que ça me, que ça présente des contraintes.[...] après, je me suis dit : « Bon, ben tant pis, je me lance, on va voir ce que ça va donner ». (l.244)

    3è entretien « Ce qui m'a fait prendre des fonctions c'est de dire, euh, "y a des choses qui méritent qu'on y fasse un peu plus attention" et euh, il faut aussi donner un coup de main à ceux qui s'investissent beaucoup. Ça permet, en fait, de pas se reposer mais de prendre un peu de recul et puis de mieux comprendre. C'est vrai que quand on regarde les choses d'un point de vue extérieur on comprend les choses de suite. On voit tout de suite là où est problème mais quand on est dedans on a des fois la vue obturée par des problèmes de fonctionnement et on voit pas l'essentiel, c'est-à-dire le problème des gens, c'est pas instantané, quoi. » (l.420)

    C'est par le rôle acquis que ses relations prennent du sens.

    3è entretien « L'association, pour moi, c'est presque un monde parfait en fait parce-que y a pas de contrainte [..]Personne impose sa volonté. Bon, on a quand même des dirigeants mais... c'est la liberté ! » (l.161)

    5è entretien « Je pense, que si les gens veulent créer une branche, y a pas de problème au niveau du Club. Puisque nous on l'a fait au niveau de la Bourse, d'autres personnes peuvent le faire pour d'autres branches. » (l.809)

    7è entretien « Y'a une bonne ambiance, [...] on rigole, [...] on s'fait plaisir, [...] on fait les réunions, [...] on vient, on est cool, tranquille, et puis voilà. » (l.232)

    Sens, qui quelquefois exprime une contradiction : l'autonomie de la branche et en même temps la dépendance à l'association.

    3è entretien « La plupart du temps la Branche essaye de devenir autonome, étant donné qu'elle veut pas astreindre le noyau de l'association avec des frais inutiles. » (l.334)

    7è entretien « Oui, autonomes [...] et non, bon c'est vrai que ça reste toujours Compu's Club. » (l.298)

    9è entretien « Elle est autonome, oui ! [...] Et ben, quand on est dans le, d'abord on dispose d'une, d'une salle. On se réunit. Nous, nous créons nos objectifs, euh... nous nous sommes structurés lors de la dernière réunion... On défini un travail, on le suit pas toujours, mais enfin, on essaie... » (l.394)

    2.2.3.2 Je suis en relation avec les autres dans ma Branche :

    Nous avons pu trouver ce sens, dans les descriptions des relations avec les autres membres dans la Branche, dans une redéfinition de valeurs démocratiques, morales, civiques qui font repère en s'appuyant sur un principe de liberté d'expression :

    5è entretien « le groupe laisse débattre les gens qui s'expriment jusqu'à la fin. Çà c'est une règle. Et après c'est vrai qu'il faut prendre une décision, mais au niveau du groupe. S'il faut, et bien on vote ; » (l.535)

    9è entretien « Je pense qu'il y a d'abord le dialogue, et, je trouve qu'il serait difficile de ne pas arriver à trouver un point d'entente dans le dialogue. parce-que celui qui est contre, il expose ses raisons, on lui répond, on essaie de bien rentré dans ses objectifs et si vraiment on y arrive pas, si on a affaire à quelqu'un qui est complètement buté. [...] je pense, que c'est quand même le groupe qui doit décider ! L'ensemble du groupe. [...] après la discussion, on vient aux voix. » (l631)

    ...de solidarité, de partage, de respect...

    9è entretien « A travers la Finance [...] y a des liens qui se créent dans le groupe. Ses liens n'ont pas toujours existé puisque l'année dernière, nous avons laissé tombé PG (membre du Club, ndlr)... Je crois que ça n'était pas notre faute, nous n'étions pas assez... Les liens n'étaient pas assez créés. C'est pour çà, c'était une conséquence, ça m'a pas mal culpabilisée, mais... Il y a eu le problème de FA (un membre du Club qui s'est suicidé), moi, ça m'a beaucoup, beaucoup questionné. parce-que je travaillais un peu avec lui, quand on allait... c'est lui qui m'avait initié. » (ib.l.305)

    8è entretien « C'est la convivialité, c'est le fait de se retrouver entre des personnes totalement différentes qui sont là simplement pour, pour s'détendre, pour, pour communiquer ensemble, pas du tout pour se prendre la tête. Et çà c'est, c'est vraiment quelque chose de très important. » (l.196)

    C'est aussi la confiance accordée par l'autre qui permet d'exprimer ses inquiétudes. Le temps consacré et l'attention particulière accordée semblent être le terreau d'une relation (« on a pu en parler plus de dix minutes »).

    2è entretien « Bon le jour où le père de MA. (la fille de notre interlocutrice, ndlr) a téléphoné, il arrivaient tous les deux (des membres de la branche, ndlr), j'étais en larmes... bon ben, on a pu en parler plus de dix minutes mais on a quand même travaillé un petit peu. (silence) c'est parce-que... heu... y a un milieu de confiance. » (l.403)

    Il semblerait que nous trouvions, là, un "système interactif"297(*). C'est-à-dire une forme fluctuante incluant toute la personne, les actions et les relations réciproques :

    9è entretien « C'était sympathique, presque trop sympathique, parce-que, (silence) y'a un manque d'exigence, en tout cas dans notre groupe. Jo (6è entretien), il est très, très gentil, très... il est venu me dépanner d'ailleurs, il n'y est pas arrivé, mais il est venu me dépanner. Jc (5è entretien) aussi. Donc les liens se sont créer petit à petit. » (l.120)

    4è entretien « Sans citer de nom des gens qui arrivaient en nous disant (prendre un ton ironique) « oh, y avait personne encore aujourd'hui » ou dans ce style là. (Sur le ton de l'agacement) C'était très désagréable... Je ne citerai pas de nom... promis... (rires) Non, parce qu'on lui en veut pas du tout. il avait peut-être pas tord. » (l.450)

    Mais ce qui nous a paru le plus curieux ce sont les différents niveaux de liens qu'il nous a été permis de relever. Ceux qui glissent sur l'intimité des membres...

    5è entretien « Des fois, peut-être qu'on a pas grand chose à dire, donc on se parle du beau temps, mais des fois, quand j'allais chez elle, on parlait de jardinage, ou, parce-que i'avait son jardin. » ( l.309)

    9è entretien « JK, qui a d'énormes difficultés, et qui est arrivé... c'était minable son compte-rendu... il l'a lu, mais ça fait rien ! Il a fait un effort, moi j'ai trouvé çà... qu'il accepte de faire une recherche et de parler... moi, je pense que pour lui, ça a été... c'est pour çà qu'il ne faut pas le lâcher ! » (l.283)

    L'expression de leur absence par le couple du quatrième entretien semble le confirmer en ce sens qu'il avait adhéré pour l'informatique298(*) et qu'aucun autre lien ne semble s'être instauré.

    4è entretien « On a eu l'impression que les... Al et L (L. 7è entretien) avaient tellement d'idées et étaient tellement motivés que ça allait être génial. C'étaient les premières impressions et elles étaient très très bonnes. On s'est dit « chouette, on forme une super équipe ». [...] Et puis l'équipe, elle a été vite par terre. » (l.635)

    Les positions, les comportements des individus s'en trouvent changées, notamment pour le membre du neuvième entretien qui souhaitait, à un certain moment, se désengager...

    6è entretien « Ms (9è entretien, ndlr) a longtemps avoué lâcher les Finances et puis qui reste, parce-que, bon, on est un petit groupe sympa, on discute bien et ça se passe bien. » (l.179)

    ...alors, qu'il nous informe, maintenant, s'être ravisé et convoiter de nouvelles perspectives :

    9è entretien « Garder ce contact, ses liens d'amitiés qui se créent, parce qu'on est à l'aise maintenant, donc si on est à l'aise, c'est qu'déjà, on, hein, on ne redoute plus celui qui est en face de nous. » (l.331) « Il y a les copains ! (rires). J'ai pas envie de la quitter, maintenant ! (rires) [...] C'est les liens qui sont créés entre nous. Je vous dirai que c'est uniquement çà. Et puis un certain engagement, j'ai l'impression que si je quittais le groupe... » (l.441 à 450)

    Comme pour la perception du Compu's Club par le membre299(*), les valeurs, semblent définir la relation au sein du Compu's Club tant dans les rapports avec les autres dans la branche qu'avec les autres au sein du Compu's Club dans son ensemble. La valorisation de l'individu paraissant croître avec la centralité de sa position semblant autoriser les relations sociales. Le partage et la confrontation interpersonnelle sont favorisés par des instants privilégiés (café, cigarette, instants divers). Ces instants pouvant constituer un "sas de décompression".

    Conclusion :

    Ce chapitre a présenté ce que nous pourrions appeler, désormais, la configuration du Compu's Club, en s'appuyant sur trois points-clefs :

    û Le premier a porté sur la perception du Compu's Club par le membre : le manque de connaissance de l'infrastructure de cette association par le membre ne l'empêche pas d'en exprimer une symbolisation positive pour donner une forme, une signification au contenu de ses relations. Cette symbolisation prend en compte trois aspects différents : les possibles (ouverture), le contexte (lieu d'expression), l'image d'un groupe particulier (appartenance).

    û Le deuxième point traitait des conditions favorables à la relation. Deux aspects ont été examinés : Les aspects reliants du projet : au Compu's Club, le projet semble se caractériser d'abord par sa capacité à permettre les interrelations. On a pu distinguer deux aspects reliants socialement dans ces interrelations : le partage et la solidarité.

    La représentativité du Pilote : au Compu's Club, le Pilote semble s'imposer "naturellement" par ses compétences renforcées par la popularité. Le caractère inconscient qui s'attache à ce phénomène est l'autorité du Pilote que nous avons pu analyser comme une influence sur la conduite du membre ; c'est-à-dire comme une éducation à la démocratie.

    û Le troisième point de ce chapitre a porté sur les niveaux de la relation ; nous y avons retenu quelques facteurs qui jouent dans l'évolution des relations, en particulier certains instants (café, ...) semblent expliquer la fluidité des relations interpersonnelles, la valorisation de l'individu paraît croître avec la centralité de sa position et la référence à un code d'action commun, les valeurs, semble créer une relation/communication sociale créative d'activités et de liens.

    2.3 Ce qui se joue : Caractéristiques des maturations

    Après avoir décrit en quoi il pourrait y avoir configuration au Compu's Club, ce qui joue300(*) nous présentons, dans ce troisième chapitre, ce qui se joue. C'est-à-dire, quelles sont les maturations qui s'effectuent chez le membre à l'occasion de son expérience vécue au sein du Compu's Club ? Pour ce faire, nous avons pu mettre en exergue trois grandes caractéristiques de ces maturations. La première, concerne l'affirmation des rêves, des besoins, des attentes du membre dans ses relations. Ceci, afin de relever les repères d'identité sociale de l'adhérent et de comprendre la construction de ses identifications et de ses représentations dans son engagement. La seconde, établit la primauté du sens, sujet empirique par excellence parce qu'inobservable. Il semble exact que le sens n'est pas forcément perceptible et conscient pour le membre du Compu's Club qui l'installe dans son comportement et son discours301(*). Mais il est seulement question de montrer que le sens devient une "forme" justement par les comportements et les discours des membres. La troisième, explore les processus de changement des membres pour nous fournir les capacités d'insertions socioprofessionnelles que le membre s'est construit, ses capacités à se "socialiser".

    2.3.1 Grandir son engagement ou se positionner dans le groupe

    Sept personnes sur dix entendues sont assurément des individus qui dépensent une énergie considérable, sacrifiant une part de leurs loisirs et vacances pour le Compu's Club.

    3è entretien « Et donc, euh, bon ben, ma vie se résumée à 39 heures par semaine, mon travail et puis, bon après je partageais mes loisirs entre, entre ma vie conjugale, donc, et... l'association. » (l.71)

    7è entretien « Pour emménager au club c'est vrai qu'il y a eu [...] pas mal de personnes qui sont venues nous aider, [...] A (1er entretien, ndlr) qui avait pas mal de travail... [...] est venu quand même pas mal de temps au club pour aider. C'est vrai que bon... il aurait été au chômage etc., ok, mais [...] donc il a passé pas mal d'heures. » (l.938)

    Tout se passe comme s'ils voulaient un changement chez eux (sinon pourquoi ne resteraient-ils pas tranquille ?) mais sans bien savoir lequel comme si le changement était une fin en soi, qu'il fallait absolument "bouger", "évoluer".

    1er entretien « Le changement, oui. Le dépaysement, beinnnn, oui le dépaysement par rapport à, au travail. » (l.603)

    2è entretien « Je suis contre le phénomène associatif tout en y participant. parce-que je trouve que c'est instituer. La misère entre guillemets est bien nationalisée, bien instituée. [...] Mais je fais partie de ces gens qui le pense et que on continu à faire du bénévolat, on continu à avoir des gens dans les associations sous payés. parce-que ça arrange tout le monde et si tout le monde boycottait çà, peut-être que l'Etat se bougerait. Mais, comme personne ne se bouge, je pense que j'ai ma place a avoir là dedans et mon rôle à jouer comme je le fais. » (l.137)

    8è entretien « C'est vrai, finalement, pourquoi est-ce que je viens ou pas ? Putain, mais j'ai aucune raison ! » (l.480)

    Héros des temps modernes (en fut-il) sur des tâches incommensurables voire impossibles si nous nous référons aux propos suivants auprès desquels nous retrouvons l'énoncé d'une envie récurrente du Compu's Club, celle de posséder du matériel informatique performant. Or, ce qui gêne à la réalisation de cette envie se trouvent être les financements.

    5è entretien « Pour moi, je pense, c'est le manque de matériel performant. » (l. 786)

    6è entretien « Ce que j'aimerai, c'est faire évoluer le matériel de Compu's Club, euh... vers le haut, donc, essayer de se mettre à jour tout doucement. » (l.629)

    Bref, le membre de cette association serait-il une "curieuse figure indigène" qu'on ne pourrait évoquer qu'avec des contradictions : "je veux changer mais je ne sais pas lequel", "je veux le changement mais je ne sais pas combien" ? Pour faire apparaître une cohérence nous avons pu décrire deux attitudes de base qui déterminent ce changement et le rendent possible. Dans un premier lieu, au niveau de l'individu, ce qui le pousse à s'engager dans la dynamique de l'association : ses représentations de l'atmosphère de l'association que nous allons appeler "la part symbolique". Ensuite, au niveau de l'association, les repères d'identité et les identifications qui permettent au membre de se justifier mentalement son engagement et que nous appellerons "la part réelle".

    2.3.1.1 Les représentations ou la part symbolique

    Nous avons déjà relevé dans le chapitre précédent302(*) que le membre percevait symboliquement le Compu's Club à partir de "préjugés positifs" et de subjectivités. Nous avons souligné qu'il ne connaissait pas précisément l'infrastructure de l'association. Dans ce cas, comment construit-il, pense-t-il, structure-t-il sa connaissance des autres membres ? Les personnes interviewées nous ont fourni un certain nombre de réponses. D'abord, il semblerait que la perception soit simplifiée par des représentations exprimées à partir d'un "codage" abrégé, personnel et implicite. Par exemple, comme nous l'avons précisé plus avant303(*), l'activité informatique de l'association ne semblait pas être la seule motivation des adhérents. De même, pour exprimer l'activité perçue au sein du Compu's Club les membres semblent interpréter par des expressions périphériques et des mots communs leur propre projection mentale. Pour arriver à cette analyse, nous avons considéré le discours de notre premier interlocuteur à la ligne 116 :

    « Ce qui me plaît le plus, c'est l'amitié, c'est les gens. Çà, c'est déjà la première chose... ensuite il y a les discussions. »

    Il nous renseigne par là de sa perception codée des interrelations pour l'interpréter plus loin à la ligne 267.

    « De toute façon quand on rentre dans le Club il y a toujours quelqu'un qui bricole un ordinateur pour le réparer. Çà c'est quand il y a quelque chose qui va pas. Euh, y a autre chose aussi, c'est qu'on trouve souvent des gens en train de discuter entre eux. [...]Il peuvent discuter d'informatique mais ils discutent d'autres choses. Justement, c'est un peu l'avantage d'une association comme çà c'est qu'on discute de tout sans parler obligatoirement d'informatique. »

    Ce qu'il est intéressant de relever chez cette personne c'est son énoncé personnel de l'amitié qui semblent se matérialiser par le constat positif des discussions qu'il effectue. Il semblerait, ainsi, qu'il s'agisse là d'une articulation mentale, d'une projection de sa perception des interrelations : l'amitié ; bref, d'un "codage mental résumé", d'une représentation. Nous avons, ainsi, pu relever, auprès de tous nos interlocuteurs, sans exception, le même processus de "codage". Pour citer un seul autre exemple : lors du quatrième entretien, le couple interviewé se représentait mentalement le Compu's Club comme une multitude d'associations désunies construites autour d'une personne, son Pilote.

    « Ph : ...Non mais, c'est organisé, en fait, il y a la partie Bourse. parce-que si t'y vas en dehors de ces... ces associations... enfin, de ces branches, tu vas pas trouver... on va trouver qu'une personne autour... Par exemple, Lau (notre premier salarié, ndlr) à l'époque et c'est, c'est... ça fait isolé un peu, quoi. [...] Il y avait Échap. Il y avait la nôtre, euh... les juniors, aussi. On n'a pas eu beaucoup de monde donc euhhh... (l.227)

    Cela pourrait expliquer la raison pour laquelle, ce couple, au sein de sa branche, s'est senti isolé. De plus, le discours suivant, à propos des juniors, semble faire émerger une dissonance de son interprétation de l'association : vient-on au Club pour l'informatique, seulement, ou pour autre chose, aussi ?304(*)

    Ph : ...Ouais, la branche des juniors, donc, les juniors quand ils venaient, bon, apparemment Lau voulait leur faire faire quelque chose, eux ils y venaient pour le jeux. Ils étaient content d'y venir parce qu'ils jouaient. Euh... En fait, c'est trouver les points communs des branches et ces points communs de plusieurs personnes qu'i viennent y rechercher. Euhmmm... Na : C'est sur le thème de l'informatique mais c'est bien diversifié. En fait, à la fin y a certaines branches... Ph : ...ouais mais même les jeunes i z'y venaient pas que pour... Bon, i z'y jouaient beaucoup sur les ordinateurs mais deux, quand j'y suis allé, i jouaient aux cartes. Donc i z'étaient contents de se retrouver ensemble, quoi. » (l.229)

    Pour résumer, dans ses énoncés le membre semble nous indiquer une construction de sa connaissance des autres par un "codage mental" simplifié et intime : une représentation.

    Avoir pu repérer ce "codage mental" est primordial pour la suite de nos analyses et commentaires parce qu'il va nous permettre de comprendre les processus d'identifications des individus. C'est ce que nous allons aborder dans la section suivante. Mais, au préalable nous souhaitons préciser que nous percevons les limites de cette analyse. En effet, bien que nous soyons prudent de ne pas attribuer abusivement la cause d'un comportement, d'une expression au membre plutôt qu'à la situation nous avons décidé de surestimer, tout de même, le rôle des attitudes des membres. Ceci, parce qu'elle nous paraît être l'orientation la plus pertinente pour notre hypothèse.

    2.3.1.2 Les repères d'identité et les identifications ou la part réelle.

    Nous nous sommes informé dans les chapitres précédents305(*) que certains membres306(*) éprouvaient le sentiment de solitude en dehors du Compu's Club. Nous allons considérer cet exemple en tant que métaphore307(*) pour présenter les analogies que nous avons relevées entre les repères d'identité sociale, observables, et les identifications, inobservables. Autrement dit, nous allons essayer de découvrir quel type de conscience de son identité et quels symboles sociaux le membre développe dans son engagement au sein de l'association.

    2.3.1.2.1 Les repères d'identité sociale : deux types de conscience de son identité par le membre

    Nous avons pu relever, au sujet des individus qui ont exprimé leur solitude, deux aspects des repères d'identité sociale : les aspects psychologiques et les aspects sociologiques

    1) Les aspects psychologiques, individuels semblent se traduire par le sentiment d'exister, par exemple dans une "évasion", la sensation d'être utile...

    3è entretien « Je me sens en week-end, déjà. Ou alors, euh, quand c'est la semaine, bon, ben, je me sens déj... je souffle un peu, je me sens, euh, un peu apaisé, en fait, tout bêtement et pi, et puis je me dis « enfin un endroit où personne va m'embêter. » (l.639)

    5è entretien « C'est un moment de détente, le soir de passer une heure ou deux heures le soir à dialoguer avec des personnes ! » (l.110) « Plus une joie de vivre, de dialogue et tout ça ! » (l.637) « Je m'exprime plus facilement qu'avant. [...] Je veux dire y a eu ce déclenchement, mais y a pas eu que le Club. » (l.644)

    7è entretien « On se sent utile ! » (l.907) « Mais c'est vrai qu'on se sent de mieux en mieux sans s'en apercevoir. » (l.998)

    ...d'être reconnu. L'ensemble des propos suivants nous indiquent cette reconnaissance (ou l'absence de reconnaissance) par les autres membres et par autrui...

    3è entretien « il y a un exemple qui m'a beaucoup marqué. C'est un sentiment profond. A l'Assemblée Générale d'il y a deux ans j'étais Membre depuis six mois et il y a eu le revote du Bureau. [...] On a demandé "qui voulait devenir Secrétaire Général ?" [...]J'ai vraiment été vexé de ne pas être élu, ça m'avait vraiment choqué. » (l.492)

    5è entretien « Maintenant, y a une personne (un professionnel de la finance, ndlr) qui est prête à venir tous les mois, çà c'est... pour nous ça peut devenir intéressant. [...] Du professionnalisme, surtout, et puis surtout, peut-être, un fil conducteur de savoir dans quelle direction il faut aller. » (l.486)

    7è entretien « J'étais le seul donc, à être contre, au début... [...] Ils m'ont écouté, après ils ont dit, ouais, finalement... [...] t'as raison. » (l.824)

    ...d'être valorisé par la liberté, l'autonomie et la responsabilisation :

    3è entretien « Personne impose sa volonté, bon, on a quand même des dirigeants mais c'est la liberté. » (l.163) « il faudrait déjà faire comprendre ce que c'est qu'une association aux jeunes, leur en parler, leur parler des statuts, [...] Elle peut très bien faire pencher la balance dans leur vie en leur faisant comprendre que de toute façon, s'ils font partie d'une association ils trouveront solution à leur problème quelque soit leur problème. » (l.693)

    7è entretien « Un lieu de rencontre, un espace de liberté » (l.202) « C'est toujours la liberté, je vais revenir encore à la liberté... C'est être libre... » (l.601) « c'est qu'on était libre, donc chacun faisait comme il voulait. [...]...là, chacun est libre de faire, donc, ce qu'il veut. » (l.183) « J'ai pris une responsabilité donc au niveau du Club. » (l.981)

    2) Les aspects sociologiques semblent se traduire par la notion de rôle et d'appartenance à une groupe :

    3è entretien « Moi, j'ai 27 ans. Et pourtant je suis plus bien jeune mais (rires) je fais partie de la jeunesse. Pour moi, je suis très jeune dans ma tête. » (l.557)

    5è entretien « Gérer les comptes, et puis surtout de... c'est surtout des comptes de tout un groupe... qui peut être intéressant. » (l.755)

    7è entretien « C'est qu'on s'entend bien, on est une petite famille, quelque part, on s'entend, on s'entend bien, quand on a des trucs qui vont pas, donc, on essais de les résoudre. » (l.808)308(*)

    En clair, "j'appartiens à un groupe", "j'appartiens à une famille", "j'appartiens à la jeunesse" et j'ai un rôle au sein du groupe, celui de "faire comprendre aux jeunes", de "gérer les comptes", de participer à la "résolution des trucs qui vont pas".

    2.3.1.2.2 Les identifications : symboles sociaux

    En conservant toujours en filigrane dans notre analyse la "métaphore de la solitude", nous avons relevé, dans les entretiens, un certains nombre d'éléments, développés ci-après, qui semblent nous indiquer des processus d'identification, c'est-à-dire par lesquels un autre membre ou un objet, de par ce qu'il est ou ce qu'il représente, sert de référence à un autre. Par exemple, si nous devions retenir seulement notre troisième interlocuteur, il identifie d'abord les adultes qui encadrent les jeunes comme des pères de famille :

    « Bon, ben y en a jamais un qui a levé la voix, euh, parce-que avant tout c'est des pères de famille, la plupart, bon, euh, il se trouve qu'on a un public jeune, ben on fait avec, on essaye de comprendre. » (l.118)

    Pour ensuite se substituer, "jouer" avec l'image du "bon père de famille", celui auprès de qui on peut se confier, qui comprend, qui élève, etc. :

    « Leur enlever un petit peu la... comment dire ? ...la, la timidité peut être qu'ils peuvent avoir. Et pi c'est pareil pour les personnes adultes qui se confient pas trop au sein de leur famille et qui sont plutôt solitaire. » (l.125) « Je peux apporter du réconfort quand une personne est pas bien et qu'elle cherche un refuge pour... pour être un peu tranquille parce qu'elle a... elle a subit une mauvaise journée. » (l.170)

    Constatons, au passage, que le public visé dans ces "jeux" est celui d'un public que notre interlocuteur se représente comme solitaire : « les personnes adultes qui se confient pas trop au sein de leur famille et qui sont plutôt solitaire. ». Ce commentaire nous permet de nous demander s'il ne s'agit pas là d'une "réaction de compensation", d'une "substitution", qui consisterait à déplacer sur une autre situation sa propre identité sociale ?

    Si nous devions continuer à rendre compte de cette identification au père de famille nous pourrions faire part, succinctement, des éléments suivants : le Pilote de branche semble se substituer, quelquefois, à cette identification de l'image du "bon père de famille" : toujours présent, sauveur.

    « On apprend avec un pilote qui a beaucoup plus d'expérience que nous. » (l.249) « On peut dire que c'est, que c'est la personne qui va faire preuve de, de... qui va prendre du recul et qui va faire preuve de discernement et de pi de perspicacité pour essayer de comprendre les gens. » (l.274)

    Ainsi, ce processus inconscient d'identification semble être une donnée importante dès lors que l'on veut s'interroger sur l'engagement des individus :

    « Moi, je suis très content de venir au Club et s'est d'ailleurs pour çà que je m'investis et que je fais partie des Administrateurs. Moi, ça me plaît parce-que je me rends compte qu'il y a des gens qui repartent après que je les ai aidé, content. Le réconfort des autres c'est aussi très plaisant. En plus c'est pas payant. » (l.369)

    Nous avons pu relever, ainsi, cette identification à l'image du "bon père de famille" auprès de cinq personnes interviewées. De plus, comme pour la "métaphore de la solitude", nous avons retrouvé ces articulations de repères d'identité sociale et d'identifications avec la "métaphore de l'amitié", la "métaphore de l'ambiance" et d'autres métaphores encore.

    Pour synthétiser, le repère d'identité sociale "la métaphore de la solitude" semble être une élaboration sociale de la réalité dans laquelle se manifeste le rapport à autrui par des énoncés oraux en relation avec la conscience d'appartenir à un groupe.

    L'identification, processus inconscient paraissant structurant de l'engagement du membre, semble être un processus d'incorporation à sa propre conduite des propriétés d'un modèle valorisant son identité sociale.

    2.3.2 Développer sa relation sociale ou l'élaboration du sens

    Maintenant que nous savons comment le membre semble prendre connaissance d'autrui309(*) et comment il semble identifier, prendre conscience de la part réelle310(*), voyons quel est le sens de son engagement qui s'élabore. Pour se faire nous avons suivi deux axes qui nous ont été indiqués par les entretiens et que nous allons appeler "l'éclat de la parole" et "l'utilité sociale". Autrement dit la communication et le bien commun.

    2.3.2.1 "l'éclat de la parole" ou de la communication à l'interrelation créative :

    A maintes reprises, déjà, nous avons fait état de règles relationnelles acceptées tacitement entre les membres de cette association, le civisme qui se caractérisait par le débat et l'écoute ; c'est-à-dire la communication. Nous avons même approché une construction de sens du membre dans ses relations. Fort de tout ce qui précède, nous pouvons aborder une piste qui nous est apparue dans nos entretiens, sous-jacente de sens : de la communication vers la relation sociale311(*). La personne suivante la résume en quelques énoncés :

    9è entretien « Lorsque je suis arrivée dans cette ruche, où tout était en l'air, y'avait des bureaux, y'avait des planches, y'avait des fils qui pendaient de partout, et puis chacun arrivait, tombait le blouson, prenait... bon s'occupait... qu'il y avait un branchement à faire. » (l.488) « Fallait pas demander, fallait dire qu'il y avait un branchement à faire » (l.494)

    Ces énoncés nous indique que l'atmosphère semble telle que la communication tacite qui s'y déroule (« Fallait pas demander, fallait dire ») semble permettre une relation sociale créative (« chacun arrivait, tombait le blouson, prenait... bon s'occupait »). Mais comment déterminer quels sont les éléments qui permettent à des membres de s'investir avec enthousiasme et dynamisme alors que rien n'apparaît dans l'analyse intentionnelle du sens ? Pourtant, à travers la manière dont les adhérents expriment leur perception de la communication dans cette association, nous avons pu déterminer le rôle de celle-ci : un langage qui semble un reflet de la structure des relations sociales.

    2è entretien « Les valeurs d'écoute, de solidarité, de transmettre des connaissances, d'échanger, d'accueil, deee... d'apport de connaissances, oui... d'aide... » (l.163)

    6è entretien L'esprit d'échange entre les individus, qui me paraît, moi, être la source même du Club, en fait. » (l.870)

    7è entretien « L'aide un p'tit peu, donc peut-être aider [...] Le club, c'est un lieu de rencontres, d'échanges. » (l.78)

    2.3.2.2 "L'utilité sociale" ou l'assurance de la considération :

    Dans cette association, il semble que le membre cherche son sens dans ses actions, d'une part et en lui-même, d'autre part. En d'autres termes il semble chercher une reconnaissance de ses actions et une valorisation de lui-même. Pour nous clarifier, nous avons relevé lors des entretiens que l'adhérent s'orientait vers des engagements, des activités dont il semble penser qu'elles lui permettront de se différencier des autres, par exemple le soutien psychologique...

    2è entretien « Mais il y a eu des moments... où...euh... deux fois j'ai... `fin... chez G. je l'ai soutenu, une fois c'était M. Un fois ça a été Gérard il a fallu aller le voir, on s'envoie des fax, on se téléphone. Je crois qu'on a tous des moments. » (l.549)

    ...ou bien la philanthropie...

    9è entretien « Le fait, peut-être de rendre service en hébergeant le groupe au début de l'année... ça m'a fait plaisir. » (l.351)

    ...ou encore une attitude ayant valeur d'exemple :

    9è entretien « Je suis en retard, et je ne voudrais vraiment pas arriver en retard, parce-que je veux que le groupe ait plus d'exigences ! » (l.691)

    Ce sont ces types d'expressions, de mots utilisés et de comportements qui semblent dire quelque chose sur le sens, qui semblent donner du sens aux actions de l'adhérent. C'est-à-dire qui semblent disposer les membres à la nécessité de se rencontrer...

    1er entretien « Un lieu, euh... où je me sens bien, où j'ai des amis, ça m'ouvre sur des horizons disons, pas spécialement informatique, mais sur des horizons nouveaux que je n'avais peut-être pas pratiqué dans un autre club. » (l.100)

    ...à discuter, échanger :

    1er entretien « La relation, les échanges, les entraides, les... Voilà, c'est ça, justement, tout. Ambiance, bon ben, quand on se sent bien y a toujours, y a obligatoirement une bonne ambiance. Y a une bonne ambiance. » (l.160) « Le bon point à mon avis la tolérance, y a le contact, les discussions qui sont vraiment possibles. » (l.451)

    Ce pourrait-il que ce soit à partir de cela que la configuration Compu's Club semble donner la possibilité de s'exprimer, de sortir de l'implicite pour aller vers plus d'explicite et de cohérence dans les rapports humains ? C'est-à-dire donner du sens aux relations et aux interactions sociales ? Par exemple, nos interlocuteurs, dans leurs discours, semblent accompagner l'autre de l'assistanat à l'autonomie de manière plus ou moins consciente permettant leur (re)structuration individuelle enrichie par l'identité des autres. Autrement dit, un enseignement mutuel, valeur de l'éducation populaire312(*) :

    7è entretien « L'esprit du club [...] l'esprit de l'association en Général. la convivialité [...] les rencontres aussi. [...] L'échange aussi donc, comme on fait donc au club, je connais quelque chose, je t'apprends, tu m'apprends. » (l.43)

    9è entretien « Y'a des p'tits jeunes avec qui j'ai parlé, avec qui bon, j'ai été invité à leur mariage, y'a une amitié qui est née, des services rendus, en particulier, je corrigeais les fautes d'orthographe, (rires), et de français, mais y'a une réelle amitié, un échange qui s'est créé. » (l.94)

    Résumons-nous :

    D'une part, le sens de l'engagement du membre qui s'élabore semble partir d'une règle implicite, le civisme. Lequel civisme semble autoriser le déroulement d'une communication implicite générant des interrelations créatives de liens et de sens.

    D'autre part, le membre semble rechercher le sens de son engagement dans ses actions (soutien psychologique, philanthropie, attitude ayant valeur d'exemple) et en lui-même (nécessité de discuter, d'échanger, etc.) par des valeurs (éducation populaire).

    En clair, le sens donné au terme de sens par les membres interviewés semble être celui d'un ensemble congruent de deux dimensions entre lesquelles on peut naviguer : le civisme et l'éducation populaire, c'est-à-dire, les valeurs.

    2.3.3 Confiance en l'autre, confiance en soi ou les processus de socialisation

    A partir des chapitres précédents, au cours desquels ont pu émerger les facteurs majeurs de l'engagement313(*) des personnes interviewées, les conditions favorables à leurs relations314(*) et l'élaboration du sens qu'elles semblent donner à leurs interactions315(*), il convient, pour circonscrire l'analyse, de rapporter ce qui paraît être, à partir des entretiens, une base relationnelle omniprésente et liante : la confiance. A la lecture des entretiens effectués, nous avons pu en relever deux aspects. Le premier, serait celui de la confiance inspirée : inspirer confiance...

    2è entretien « Je trouve comme moment fort c'est au moment où on cherchait des sponsors. [...] j'ai trouver une photo où il y a MA (un sponsor). Il est en photo qui donne un chèque à G. au Compu's. [...) j'ai trouvé que c'était un moment très fort. Des gens qui nous connaissent pas, qui nous font confiance et qui donnent du fric pour... parce qu'on a été assez convaincant et puis il nous sentent motivé, et puis ils y croient. » (l.492)

    ...le second, serait celui d'avoir confiance :

    9è entretien « L. (7è entretien, ndlr), par exemple qui a obtenu les clefs du local, et qui était pas peu fier. » (l.389)

    Mais si la confiance, d'un premier aspect, semble se donner (avoir confiance) et se recevoir (inspirer confiance), elle paraît, par extension, influencer les comportements des membres. C'est-à-dire qu'elle semble engendrer une double orientation de l'adhérent. D'abord du membre vers l'autre (les autres, l'association) que nous pourrions caractériser par la droiture, être juste. Par exemple, la droiture du membre envers l'association :

    2è entretien « J'ai eu l'occasion d'en avoir la preuve. Même quand il y a des altercations [et qu']il y a un déménagement, et bien y a pas un pelé, y en a quinze de pelés. Et je pense que... y a des gens qui savent passer outre... leur nombril pour... le but initial de l'association. » (l.103)

    Ensuite vers le membre lui-même, c'est-à-dire une morale comme ne pas trahir. Par exemple, l'association avait connu des moments sans locaux, le membre suivant nous indique sa persévérance (sa non trahison) grâce à une morale qui semblait lui indiquer ses comportements316(*) :

    1er entretien « Les moments les plus forts [...] quand on n'avait pas de locaux. [...] parce qu'il a fallu se battre, trouver, chercher, euh, essayer à maintenir les gens qui avaient adhéré... euh, ce qui était pas évident. » (l.375)

    Ainsi, les adhérents du Compu's Club sembleraient utiliser la confiance comme une relation, c'est-à-dire dans un sens relationnel, et non pas comme un attribut. C'est-à-dire en tant que relation qui orienterait les interrelations sociales et créerait du lien : la confiance mutuelle : « ta confiance attire la mienne ». Ci-après, dans ses propos, notre interlocuteur semble indiquer qu'on peut lui faire confiance pour exécuter une tâche ; inversement il sait, en cas d'empêchement, « qu'on pourra s'arranger ». Il semble, par là, indiquer sa confiance :

    7è entretien « [si]je peux pas aller à FTC, ou n'importe, je sais que quelqu'un d'autre ira à ma place. Je sais qu'entre nous on s'arrange. » (l.281)317(*)

    Mais si le membre accorde sa confiance, c'est toujours en croyant ou admettant que certaines conditions sont réalisées ; celles des attentes empiriquement fondées par lui-même. Par exemple celles qui imposent tacitement d'être solidaire tout en restant libre...

    2è entretien « Avec, quand même en contrepartie C'est comme un engagement. Tu viens dans l'association, mais... tu dois faire çà [...] Même si vraiment je sais que je me sens très libre. » (l.170)

    ...ou celles qui imposent tacitement un type de rapports humains : l'union, par exemple :

    6è entretien « Le fait d'investir de son propre argent... et avec... avec les risques que ça peut comporter. On peut avoir de la perte. Il va falloir qu'on discute tous. Il va falloir qu'on trouve des solutions, en groupe. Y'a encore l'esprit d'équipe qui va jouer là dedans » (l.264)

    La confiance exprimerait ainsi que, dans certaines circonstances - celles qui pourraient fonder les relations sociales dans cette association et permettre les interactions - le membre a de bonnes raisons de traiter autrui comme un allié, un ami :

    3è entretien « Avant on peut dire que je faisais partie des jeunes qui critiquaient, [...] Et moi je pense que ça m'a déjà apporté un peu d'humilité et de confiance surtout, beaucoup de confiance, [...] j'ai beaucoup plus d'assurance à parler avec les gens. » (l.615)

    6è entretien « Un ami, c'est quelqu'un... c'est quelqu'un qu'on peut rencontrer facilement, qu'on peut discuter facilement... on peut lui rentrer dedans, i dit rien ou quand il se met en pétard, on arrête... (rires) c'est un système relationnel qui permet de... de revoir des gens régulièrement, de, de pas les oublier, de toujours les garder en mémoire. » (l.190)

    Cette amitié ne semblant pas fondée sur un mouvement du coeur, mais sur une bienveillance réfléchie, qui permettrait d'établir entre les adhérents des liens de solidarité en tant qu'obligations découlant de cette bienveillance :

    3è entretien « on parle de se qu'on a fait dans la semaine, déjà. On partage un peu notre vie professionnelle. Bon, après, euh, c'est vrai qu'on arrive à connaître un peu le cheminement de tous les gens, euh, leur vie professionnelle, s'il y a eu un changement, s'il y a eu des mutations, s'il y a eu un nouveau né dans la famille, si ils ont fait une allergie ou quoi, des problèmes de santé, euh, `fin, c'est un partage, en fait, gigantesque. » (l.394)

    Nous pourrions synthétiser ainsi :

    Il est apparu lors des entretiens une base relationnelle omniprésente et liante : la confiance en tant que relation. Celle-ci semblant influencer les comportements de l'adhérent par la droiture et une morale. Lequel adhérent semblerait, dès lors, traiter autrui comme un ami bienveillant. Cette amitié semblant créer des liens de solidarité.

    Conclusion :

    Ce troisième et dernier chapitre de la deuxième partie a présenté les caractéristiques des maturations de l'adhérent à travers trois aspects :

    û Le premier portait sur la construction des représentations (la part symbolique) et des identifications (la part réelle). L'engagement paraissant partir des besoins, rêves et attentes dans les relations, le membre prenant conscience de son identité à partir d'un "codage mental" simplifié et intime révélant deux abords : les premiers, psychologiques, paraissent mettre l'accent sur des énoncés oraux d'élaboration de la réalité dans laquelle se manifeste le rapport à autrui et la conscience d'appartenir à un groupe. Les seconds, sociologiques, semblent se manifester par la structuration de l'engagement qui autorise un processus d'incorporation de la conduite du membre valorisant son identité sociale.

    û Le deuxième aspect était relatif au développement des interrelations et à l'élaboration du sens. Les propos recueillis lors des entretiens semblent mettent l'accent, à partir du civisme en tant que règle implicite, sur une communication porteuse de sens entre et pour les membres dans leurs engagements et leurs actions.

    û Le troisième aspect de ce chapitre concernait un relevé des processus de socialisation apparaissant par la confiance en tant que relation. Cette confiance, active et passive (avoir et inspirer confiance), semble orienter les conduites de l'adhérent vers des comportements de droiture et de morale nous indiquant qu'il considère l'autre comme un ami bienveillant. Ceci générant des liens de solidarité.

    Conclusion : Histoire(s) d'être(s)

    La seconde partie de ce document a tenté de rendre compte d'une façon possible de restituer l'enquête qui teste notre hypothèse318(*). En clair, nous avons essayé de comprendre les causes et les raisons du changement des membres du Compu's Club en partant des individus dans leurs dimensions collectives, de leurs "histoires d'êtres", pour aller, tout au long de la démarche que nous venons d'esquisser, nous situer du côté du soi en société, de "l'histoire d'être" - par cela, notre analyse pourrait être qualifiée de phénoménologique319(*). Nous avons caractérisé ces histoires dans leurs grandes variétés mais aussi dans ce qui fait leur originalité : leur conformation.

    Ce qui frappe de façon inattendue, d'un premier côté, c'est non pas l'adhésion pour l'informatique mais la motivation à s'engager dans des activités non TIC. D'un second côté, c'est la similitude des mobiles à l'engagement, à savoir la motivation personnelle du membre à réduire ses propres ruptures sociales. Ruptures que nous avons pu noter comme variées (solitude, conflit familial, rupture professionnelle, ...) A partir de ce constat il a été facile de repérer une réciprocité entre l'intensité de la (des) rupture(s) sociale(s) et l'intensité de l'engagement. D'un troisième côté, ce qui nous a paru intéressant de relever ce sont que les désirs personnels du membre, ses charges familiales et sa durée d'adhésion dans l'association influencent directement et participent de ces engagements. S'il nous a été aisé de classer les portraits dominants de nos interlocuteurs dans les caractéristiques de trois profils320(*), ils n'en demeurent pas moins mouvants, fluctuants au gré des situations et des circonstances.

    Ces éléments que nous avons récolté nous amènent à formuler une première ébauche de configuration qui peut paraître encore, là, primitive mais que nous préciserons dès l'introduction de la troisième partie :

    D'abord, le membre, en tant qu'individu, et le Compu's Club ne paraissent pas en opposition. Ainsi le membre semble être une entité intégrée dans l'association ; inversement l'association serait intégrée aux individus321(*). Le tout présentant "autre chose" que la somme des parties, c'est-à-dire une interdépendance. Norbert Elias semble confirmer notre propos en nous indiquant que « le concept d'individu se réfère à des hommes interdépendants, mais au singulier, et le concept de société à des hommes interdépendants, mais au pluriel »322(*) Le tout ne semble pas être plus valorisé que les parties même si le tout est plus important en somme ou autre chose que les parties comme s'il s'agissait d'une acculturation323(*) "sauvage", "libre" mais "planifiée", d'un idéal, d'un égrégore324(*) en somme.

    Ensuite, cette interdépendance semble être une interrelation entre des actions individuelles. C'est-à-dire que les membres agissent les uns sur les autres et les uns par rapport aux autres en même temps qu'ils participent à la structuration de leur propre personnalité au Compu's Club. Ainsi, ont pu être mis en exergue des sentiments individuels positifs de possibles, de bien-être et d'appartenance. Ces caractéristiques attribuées permet au membre de donner une forme à ses relations et considérer l'association en tant qu'espace de relations formant du lien social. Dans un premier temps, dès lors qu'un projet est en adéquation avec les désirs personnels du membre il apparaît des interrelations basées sur le partage et la solidarité. Participe de cette configuration, l'autorité tacitement acceptée du Pilote du projet. La représentation du Pilote lui confère la légitimité nécessaire et le pouvoir utile à l'organisation autonome et responsable du projet. Chaque individu cherchant sa valorisation par la reconnaissance de sa position qu'il recherche de plus en plus centrale. Un code d'action commun, c'est-à-dire les valeurs de respect, d'échange, d'entraide mutuelle, de camaraderie, d'écoute, ..., subjectivement attribuées définissent une éducation mutuelle, solidaire et créatrice d'activité. Autrement dit un ethos, selon Max Scheler.

    Enfin, il semble que cette interdépendance présente des formes spécifiques qui relient des membres entre eux. Par exemple, toute action accomplie dans une relative indépendance représente un "coup" dans les actions communes tels que les projets des branches. Ce "coup" déclenchant inévitablement un "contrecoup" d'un autre membre limitant la liberté d'action du premier membre. Là encore, notre modèle d'analyse nous a guidé (Elias) : « comme au jeu d'échecs, toute action accomplie dans une relative indépendance représente un coup sur l'échiquier social, qui déclenche infailliblement un contrecoup d'un autre individu (sur l'échiquier social, il s'agit en réalité de beaucoup de contrecoups exécutés par beaucoup d'individus) limitant la liberté d'action du premier joueur. »325(*) Le civisme et l'éducation populaire, règles implicites, semblent porteurs de communications et d'interrelations, donnant du sens à l'engagement par des attitudes ayant valeur d'exemple ou de soutien moral et répondant à la nécessité de discuter, d'échanger, d'apprendre du membre, de traduire son ressenti intérieur par la parole. Ce qui introduit un corollaire : le devoir d'écouter l'autre activement, surtout lorsqu'on est positionné différemment, afin de préciser les éléments en communs même si cela ne signifie pas nécessairement comprendre. Pour synthétiser, le membre qualifie le sens donné à ses actions (ses "coups") comme un ensemble pertinent de deux dimensions liées entre elles : l'identification et les valeurs. A cela se rajoute l'influence d'une base relationnelle omniprésente et liante : la confiance. Les comportements du membre tendent, par cela, à traiter l'autre comme un ami bienveillant. Cette amitié créant des liens dynamiques de tolérance et de solidarité.

    Ainsi, bien qu'il soit difficile d'en décrire les structures, les individus agissent et réagissent les uns par rapport aux autres, acceptant ou s'adaptant, à partir de ses propres désirs, pour vivre harmonieusement au Compu's Club. En d'autres termes, ces structures semblent être un élément de la nature du membre, de sa personnalité corrélativement développé avec les circonstances et les situations sociales bien précises auxquelles il est confronté. Ceci nous révèle une configuration de jeux d'acteurs. C'est ce que nous allons tenter d'éclaircir dans la troisième partie : jeux, tactiques et stratégies.

    TROISIEME PARTIE

    TROISIEME PARTIE

    DU BESOIN AUX ASPIRATIONS :

    JEUX, TACTIQUES ET STRATEGIES

    3. Du besoin aux aspirations : jeux, tactiques et stratégies

    Les résultats du traitement du corpus montrent que la raison d'être de la participation des adhérents dépasse le motif d'adhésion, c'est-à-dire la pratique de l'informatique. En effet, si l'adhérent participe, voire renforce sa participation, c'est parce-que l'activité pratiquée va lui permettre de satisfaire des attentes personnelles : reconnaissance de soi, appartenance à un groupe, recherche de liens, par exemples.326(*)

    Cherchant à décrire ce qui se passe entre les individus au sein du Compu's Club, et plus particulièrement au sein des différentes branches, nous nous sommes intéressé aux liens entre individus, aux projets qu'ils pouvaient mener, aux valeurs qu'ils pouvaient partager. Nous avons pu montrer que ces besoins étaient compris dans les dynamiques relationnelles. En d'autres termes, la satisfaction de ces besoins a pu être observée dans deux cas de figure. Dans un premier cas de figure, l'adhérent réunit des circonstances nécessaires à la satisfaction de ses attentes pour s'en emparer. Il investit, ainsi, dans la dynamique relationnelle pour en jouer. Avec le deuxième cas de figure, l'adhérent peut trouver dans les dynamiques relationnelles les circonstances nécessaires à la satisfaction de ses besoins. Sans s'en emparer, il profite, néanmoins, des circonstances qui sont réunies, il les laisse jouer.

    L'engagement de l'adhérent semble donc guidé par la satisfaction de ses attentes, de ses besoins. Nous avons relevé que les besoins à satisfaire n'ont de sens qu'en étroite liaison avec la nature et l'importance que l'adhérent leur donne. Ce qui suppose de tenir compte d'une certaine hiérarchie des besoins chez les divers adhérents interviewés. Cette hiérarchie des besoins varie suivant les satisfactions visées et se relie directement à la hiérarchisation des valeurs auxquelles ils sont inconsciemment attachés, qui les dirigent. En fait, cette hiérarchie des besoins est celle dont la satisfaction permet à l'adhérent de progresser, d'atteindre un état supérieur sans qu'il s'en rende compte. Par exemple, l'adhésion à un projet de branche correspond à un changement de comportement passant de l'intérêt à la participation, entraînant une modification de l'échelle des valeurs. Ainsi, en se référant à la théorie d'Abraham MASLOW, l'adhérent trouve, à travers sa participation « les racines de la satisfaction de ses besoins personnels par les contreparties que lui apporte l'entreprise »327(*) (en l'occurrence, ici, l'association ou la branche). Pour Maslow, la notion de besoin est proche de celle de valeur ; les valeurs sont vues comme des représentations cognitives des besoins. Pour simplificatrice qu'elle soit, la pyramide de Maslow propose une hiérarchisation par émergence. A chaque fois qu'un niveau de besoin est atteint l'homme cherchera à satisfaire le niveau supérieur. Il pose la "réalisation de soi" comme la clef de voûte de toute vie psychique : « un processus de développement personnel, de réalisation de soi, se déclenche chez l'individu et l'anime d'une manière dynamique. » Mais, pour Paul-Henry CHOMBAT DE LAUWE il serait « vain de parler des besoins des hommes sans tenir compte de leurs aspirations, de leurs intérêts, de leurs systèmes de représentations et de valeurs. »328(*) En clair, ce seraient moins les besoins que nous devrions prendre en considération que les aspirations. Nous envisageons donc compléter immédiatement la notion de besoin selon Maslow par la notion d'aspiration de Chombart de Lauwe. Parce-que, s'ouvrir à la théorie des aspirations permettra de faire ressortir les motivations les plus profondes des adhérents, c'est-à-dire leurs désirs, leurs espoirs et leurs espérances. Dans cette perspective, chemin faisant, nous saisirons dans quelle mesure l'association, les micro-groupes, les projets menés, les relations interpersonnelles, les interactions sont capables d'y répondre.

    La satisfaction des besoins-aspirations est donc un élément constitutif de la participation de l'adhérent. Mais, cette satisfaction des besoins-aspirations s'effectue dans les dynamiques relationnelles et leurs articulations.329(*) Ce qui veut dire qu'elle se déroule dans les interactions ; particulièrement sous la forme de dépendances d'intérêts communs et de réciprocité. C'est pourquoi la participation des adhérents, au regard des travaux de Norbert ELIAS, peut-être posée en termes de « dépendances réciproques qui lient les individus les uns aux autres. »330(*) En même temps, par la façon dont l'adhérent se donne à voir, par l'image donnée de lui-même, par une attitude simulatrice de soi, il obtient une sorte de maîtrise de ces dépendances. Il joue avec l'information qu'il donne de lui-même. Ceci pose la question de la place que l'adhérent s'accorde dans un jeu dynamique de relations, d'adhésion à des valeurs, de participation, bref, de dépendances réciproques. Les travaux d'Erving GOFFMAN nous éclaireront à partir des façons d'être et de faire de l'adhérent, de ses manipulations dans le rapport aux autres. Goffman s'est intéressé « au maniement et au contrôle de l'image que les individus donnent d'eux-mêmes dans l'accomplissement de leurs activités et de leurs rôles ainsi qu'aux moyens qu'ils utilisent pour mettre en scène ce jeu. »331(*). Donc, nous envisageons chercher à comprendre la participation des adhérents, non seulement, en termes de dépendances réciproques mais aussi en termes d'« information que l'individu transmet directement à propos de lui-même. » ; individu capable de « manipuler de l'information concernant une déficience. »332(*)

    Mais si l'adhérent manipule les informations qu'il transmet sur lui-même il le fait dans des instants d'échanges. Ces instants sont des temps, des moments mis à profit dans une visée de représentation de soi, de présentation de soi. Ces temps privilégiés inaugurant finalement un espace, non pas comme une délimitation spatiale, mais comme circonstance d'un possible, d'autre chose. Ainsi, ces instants créent du sens par un espace, une sorte de lieu qui est distance et dans lequel l'adhérent peut "fabriquer, braconner, élaborer, tricoter, manipuler, bricoler"333(*) (Cf. Certeau) les pratiques nécessaires à la satisfaction de ses besoins. Bref, si l'adhérent use d'un espace c'est pour exercer une action sur cet espace. Nous intéresser à ces lieux d'investigations, d'aventures, de combats où l'adhérent peut lutter, relever les défis, oeuvrer avec les autres nous a permis de noter des manières de faire proches de la stratégie ou de la tactique. Le changement constaté de l'adhérent ne sera donc pleinement compréhensible que si nous le pensons, à l'instar de Michel de CERTEAU, en termes de « manières de faire (de marcher, de lire, de produire, de parler, etc.). »334(*) Parce-qu'« il faut s'intéresser non aux produits culturels offerts sur le marché des biens, mais aux opérations qui en font usage ; il faut s'occuper des "manières de marquer socialement l'écart opéré dans un donné par une pratique" ». Cela va nous apporter la possibilité d'envisager la participation de l'adhérent en termes d'usage des circonstances335(*) créées par les dynamiques relationnelles. Cette orientation a l'avantage de surimposer aux perspectives élasienne et goffmanienne les usages de cet espace par l'adhérent, c'est-à-dire « sans sortir de la place où il lui faut bien vivre et qui lui dicte une loi, il y instaure de la pluralité et de la créativité. Par un art de l'entre-deux, il tire des effets imprévus. »336(*) Nous pouvons ainsi supposer que la piste s'inscrit dans le mouvement, le changement permanent ; qu'il se joue des opérations multiformes et fragmentaires, des manières de faire toujours changeantes en fonction des circonstances. En fait, il s'agit là d'une configuration (complexe) au sens où Norbert Elias l'entend337(*). Ainsi notre hypothèse de recherche (Plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu.) nous oriente dans une perspective certeausienne.

    Dès lors, la question de fond est : comment la participation des membres s'inscrit-elle dans un jeu de relations qu'ils contribuent à former et changer ? Et à partir de là, déterminer comment cette construction, ces changements se fondent dans une similitude de projet sur des différences de coups ? Enfin, comment se réalise l'émergence d'un je sans cesse renouvelé sur la base d'un ensemble multiple de coups joués, de je ? Autrement dit, les travaux de Certeau nous indiquent qu'il doit y avoir une logique de ces pratiques, de ces usages des circonstances. Logique que nous allons essayer progressivement d'exhumer dans cette troisième partie.

    3.1 Aspirations et dynamiques de changement

    Jusqu'à présent nous avons rapporté les explications données par l'adhérent quant à sa participation aux activités du Compu's Club. Il s'avère que la raison d'être de son engagement est commandée par la recherche de la satisfaction de besoins personnels. Nous avons abordé, ensuite, les dynamiques relationnelles qui reliaient ou pas les participants entre eux pour souligner qu'elles représentaient la forme, l'espace, le lieu dans lequel l'adhérent pouvait construire cette recherche de satisfaction. Nous avons, alors, décrit que l'adhérent investissait ou profitait des circonstances pour y parvenir, se trouvant ainsi dans une relation de type socio-économique avec les autres membres, d'une part, et avec l'association, d'autre part. Nous allons expliciter cette notion de besoin. Pour rendre intelligible leurs processus de satisfaction au sein même des activités des adhérents il nous semble nécessaire de nous appuyer dans un premier temps sur les travaux du psychologue Abraham Maslow parce-qu'il a centré ses explications de l'activité comportementale sur le rôle fondamental de cette notion de besoin.

    Les besoins assureraient les orientations de l'individu vers l'obtention de buts spécifiques338(*). Ainsi, Maslow a construit une hiérarchisation des besoins sur cinq niveaux339(*). Nous laisserons de côté le premier niveau, les besoins primaires, lié à des déterminants physiologiques340(*) pour ne retenir que les besoins secondaires341(*), dont la spécification est la plus intéressante pour la suite de ce travail parce-qu'ils résultent de l'expérience et des habitudes acquises par l'adhérent dans l'environnement Compu's Club.

    3.1.1 Des aspirations à la satisfaction des besoins : ce qui pousse à agir

    Lorsqu'un niveau de besoin est atteint l'individu cherchera à satisfaire le niveau supérieur. Ce qui signifie qu'à chaque fois qu'un niveau de besoin n'est pas satisfait, l'homme se raccrochera au niveau immédiatement inférieur. Mais la validité de ce classement hiérarchique n'a pu être vérifié en pratique ; comme nous allons le voir, la réalité n'est pas aussi statique. Elle présente des va-et-vient entre les différents besoins. Cependant, ce classement constitue un instrument méthodologique que McGrégor et Peter Drucker342(*) ont utilisé pour élaborer la notion de direction par objectifs plutôt que par contrôle. Ce principe inspirera, aussi, vingt ans plus tard Inglehart dans ses travaux sur le post-matérialisme et Paul-Henri Chombart de Lauwe343(*) qui a cherché à établir une sociologie des aspirations. Ce sur quoi nous reviendrons au cours des pages suivantes. Comme eux dans leurs recherches, nous garderons la présentation habituelle sous forme de pyramide de la hiérarchie des besoins de l'homme définis par Maslow car elle facilite notre compréhension initiale et nos interprétations.

    Echelle de la hiérarchie des besoins selon Maslow dite "pyramide" de Maslow

    La pyramide de Maslow nous permet de situer dans sa hiérarchisation, les besoins des adhérents interviewés. Pour nous expliquer nous aborderons la notion de confiance ; parce-que nous avons pu constater que la satisfaction des différents niveaux de besoins de cette hiérarchisation se déroule chez l'adhérent dans un climat de confiance et aboutit à un résultat efficace en terme de quantité, qualité et délai. De plus, la confiance semble être un supra besoin, une condition à satisfaire réciproquement d'autres besoins. Ce qui va nous permettre d'élargir nos interprétations sur des besoins dont la satisfaction conditionne d'autres besoins. La confiance a été un élément souvent énoncé par les adhérents. Ici, dans le contexte relativement circonscrit de l'association, de la confiance, nous pouvons donner deux interprétations des conditions de sa réalisation. L'une à connaissance consciente, sanctionnée par les attentes fondées de l'adhérent, par exemple, la reconnaissance d'un projet mené. L'autre qualifiant un certain type de rapports humains. Par exemple, une forme d'amitié bienveillante autorisant des liens de solidarité sans obligatoirement aller jusqu'à l'intimité. La confiance s'établissant par le moyen d'échanges particuliers (obligations, solidarité, par exemples) définies par des relations asymétriques que chacun occupe dans l'association. L'une et l'autre de ces explications conduisant l'adhérent, dans l'association, à satisfaire un besoin relationnel. Pour résumer, si un climat de confiance est présent (satisfait) il devient possible de s'engager dans un (des) projet(s) et/ou rendre possible la satisfaction d'un besoin de lien social lui même basé sur la recherche de satisfaction d'un besoin d'échanger. C'est au fond l'argument de Maslow : satisfaire un niveau de besoin afin de pouvoir passer à un niveau de besoin supérieur. Mais réciproquement, cet échange est aussi attente. L'adhérent attend de celui avec qui il est en interaction qu'il agisse dans un cadre définit par sa position, son rôle. C'est ce qui est désigné par les adhérents interviewés lorsqu'ils parlent de leurs idées, présentent leurs projets.

    La confiance au Compu's Club est, en résumé, une condition à la satisfaction de relations d'échanges de l'adhérent. Ainsi, la relation d'échange devient indispensable pour comprendre le phénomène de changement parce-que sa réciprocité est conditionnée par la condition de confiance en tant qu'elle est attente, vis à vis de l'autre, du respect des règles connues des deux. La confiance comme une assurance, en quelque sorte ; l'assurance du respect des règles. C'est la raison pour laquelle le rejet des règles exclut celui qui se rendrait coupable de transgression : « ...c'est vraiment quelqu'un qui est contre l'esprit du groupe [...] Il n'avait pas du tout envie de partager. Il n'est pas resté. »344(*) Nous voyons là une sorte de "code interne" du comportement.

    Mais si les relations entre les adhérents peuvent être réglées par l'échange basée sur la confiance, peut-on les comparer aux relations entre micro-groupes (les branches) ? Ainsi, si les besoins de sécurité psychologique de la pyramide de Maslow (niveau )345(*) « ne peuvent pas être la base d'une motivation profonde et prolongée. »346(*), l'originalité de l'environnement organisé en branches du Compu's Club peut être situé au niveau de cette hiérarchisation : "besoins sociaux, besoins d'appartenance". Parce-que, ce que semble voir l'adhérent de cette association est une réponse à ses besoins d'appartenance à un groupe, ici les branches, c'est-à-dire à des micro-groupes347(*), voire à l'association aussi ou seulement. A plusieurs reprises, au moment des entretiens, l'adhérent a exprimé cette appartenance348(*). Dans certains cas, c'est l'étiquette informatique même qui autorise un sentiment d'appartenance349(*). A partir de là, nous pouvons voir cette appartenance micro-groupale (que d'autres appelleraient tribale350(*) ou unité de vie sociale) comme un « idéal communautaire »351(*), une reconnaissance à satisfaire. Cette organisation communautaire idéale permet, dès lors, une double communication : intra-branches (de membre à membre) et inter-branches (de branche à branche). Ainsi, le besoin de relation ne se limiterait pas seulement à la satisfaction d'un besoin d'échange mais s'élargirait sur un besoin de communication en tant qu'échange352(*). Ce qui veut dire au fond, la satisfaction des besoins d'échanges et de communication fusionnent pour satisfaire un besoin de relation. Sur cette idée, John Adair353(*) ne distingue plus le but d'un projet et l'individu. Il inventorie les besoins de chaque projet selon trois orientations intimement liées : 1) les besoins du projet, c'est-à-dire, définir, organiser, attribuer les tâches, contrôler la qualité et le rythme, 2) les besoins du groupe, c'est-à-dire, être un exemple personnel, discipline, esprit d'équipe, motivation, responsabilisation, communication, formation du groupe et 3) les besoins individuels (valorisation, connaissance de chacun, utilisation des capacités personnelles, formation). Une telle fusion comprend entre autres : l'institutionnalisation du dialogue, une définition précise des tâches, une information rigoureuse, la fixation d'un ordre de distribution354(*) de celles-ci, le renouvellement de certaines fonctions, comme l'élection (ou l'émergence informelle) du pilote de la branche.

    Schéma de la fusion des besoins pour une communication en tant qu'échange

    Ce schéma fait apparaître que les relations au sein de cette association s'inscrivent dans une interaction satisfaisant leurs besoins de communication en tant qu'échange. Cette interaction, consiste en une multitude de situations où les adhérents sont plus ou moins positionnés et/ou en attente/recherche de participation. Simultanément, ces comportements prévoient évidemment l'élaboration d'un "code externe" définissant les rapports de la branche avec l'ensemble de l'association voire avec l'extérieur. Les points importants sont 1) reconnaître, ici, le caractère interactif de la branche et 2) susciter aux participants un comportement qui se conforme à ces codes (internes et externes). Suscitation exercée par le truchement de valeurs englobantes, celles de l'association Compu's Club, c'est-à-dire ses valeurs fondatrices : entraide mutuelle et service bénévole355(*). Pour exprimer différemment ce dernier point, bien qu'il y ait une distinction de l'association en plusieurs branches qui suivent leur propres règles et qui ont une certaine autonomie les unes vis-à-vis des autres, l'image perçue des valeurs du Compu's Club a la pouvoir d'intervenir et d'influencer les relations à l'intérieur de l'association et des branches. Ceci étant possible parce-que les besoins sont satisfaits dans le cadre d'échanges fondés sur une relation de confiance de qualité (code interne) dans cette association qui donne les moyens, forme une contingence, pour que cet échange existe (valeurs englobantes).

    Si nous avons mis en évidence une corrélation entre l'organisation de cette association et un « idéal communautaire » dans les branches, elle nous permet seulement de la voir en tant que psychologie de métavaleurs et métabesoins356(*) de l'adhérent : la confiance, les échanges, la communication. Ainsi, par là même, cet adhérent pourrait être vu plus passif qu'actif. C'est-à-dire, qu'il pourrait être considéré dans ses changements uniquement au travers de choix successifs liés à des intérêts plus ou moins grands. Or, il est constaté particulièrement actif dans ses changements. Ceci s'est présenté dans les entretiens lors de situations où un même besoin peut s'énoncer, s'affermir et s'opérer graduellement.357(*) Ici, se pose, donc, le problème de la satisfaction des besoins de l'adhérent ou plus exactement la réalisation de ses aspirations. Nous voulons dire par là, l'espérance de voir se réaliser ses aspirations. Chombart de Lauwe définit l'espérance en tant qu'elle : « correspond à une attitude globale de tout l'être qui, au delà des désillusions et des espoirs déçus, garde une raison de vivre malgré les échecs qu'il rencontre. »358(*) Espérance qui est donc (en même temps qu'elle permet) une dynamique à connotation positive (en l'occurrence l'engagement, la motivation) et autorise l'adhérent à s'engager, c'est-à-dire à faire évoluer ses attitudes et comportements. En un mot, changer. Autrement dit, les aspirations peuvent jouer un rôle dans l'évolution des relations à l'intérieur d'une branche. L'adhérent "entre" au Compu's Club d'abord parce-qu'il aspire à utiliser l'informatique, étiquette avant-gardiste, à la pointe de la technologie, voire de prestige ; puis, à la suite d'un faisceau de situations et circonstances vécu tant personnellement que lié à l'association même, émerge l'aspiration à des activités, des responsabilisations ; aspire, en fait, à appartenir à un groupe intime. C'est du moins l'image qu'il en donne : une famille, un village, une communauté. Mais alors qu'est-ce qui motive ces aspirations ? Pour suivre Maslow, c'est la satisfaction des besoins du niveau 359(*) qui va permettre de le motiver. Ce besoin utilise des moyens comme l'implication dans la prise de décisions, des projets, donner la possibilité d'être fier de ce qu'on fait, de ce qu'on est, de se sentir capable de réussir ce qu'on entreprend, d'être respecté par les autres, d'être apprécié, reconnu, etc. Dans cet objectif, il faut se demander comment l'adhérent expérimente ses propres valeurs comme objectif de changement. Ici, nous pouvons faire place à une vision globale des aspirations, qui inclut, non seulement les aspirations matérielles, mais également les aspirations sociales et de pouvoir. En substance,

    - sur le plan matériel, l'adhérent changeant aspire à des conditions matérielles qui développent ses possibilités de développement personnel : le matériel informatique, l'accès aux NTIC, ...

    - sur le plan social, l'adhérent souhaite l'estime, la reconnaissance de son engagement et de ses efforts, l'amitié, ainsi qu'un climat humain environnemental positif, de confiance ;

    - sur le plan du pouvoir, l'adhérent souhaite comprendre ce qu'il fait, participer à l'orientation de ses activités, à leur organisation ainsi qu'au contrôle des résultats de son ouvrage. Maslow360(*) affirme qu'une fois ces aspirations satisfaites, « un processus de développement personnel, de réalisation de soi, se déclenche chez l'individu et l'anime d'une manière dynamique. »361(*) Celui-ci entre alors dans la maturité et adopte un comportement d'adulte. C'est ce que nous avait suggéré, sur le plan philosophique, Nietzsche dans "les trois métamorphoses"362(*) et que nous adaptons dans ce travail pour la cohérence de notre interprétation. L'adhérent (l'enfant de Nietzsche, c'est à dire l'adulte en devenir) est capable d'agir sur la réalité extérieure et maîtriser son environnement ; il soumet son action à l'épreuve des faits ; il unifie sa personnalité par son oeuvre ; il n'y a plus d'écart entre le réel et la vision qu'il en a, il n'y a plus d'écartèlement entre ses aspirations et son ouvrage. L'adhérent est alors capable de construire, de créer ; et cette capacité est essentiellement dynamique. C'est ainsi que l'adhérent, qui remplit une mission volontairement choisie (en conséquence, dont il s'est rendu responsable), entre dans un processus de développement continu : il fixe plus haut l'objectif suivant et ainsi de suite jusqu'à la pleine utilisation de ses possibilités363(*). Il change ! De la même manière, les conditions du comportement de maturation (maturité) se ramènent à la notion de responsabilité. Pour paraphraser Nietzsche : l'homme qui ne peut être responsable risque de ne jamais devenir un adulte, mûrir (évoluer donc changer). Mais, l'exercice de la responsabilité suppose une certaine autonomie, une liberté dans le choix des moyens, une compétence suffisante et une possibilité de la développer, un certain contrôle sur les résultats de son travail. Dans les entretiens, ces différents points de liberté, autonomie et responsabilité (qu'il faut comprendre, ici, en tant que choix), sont apparus de façon récurrentes.364(*) Ainsi, dans leur engagement, les adhérents constatés changeants, font ressortir l'absence de divergence entre les aspirations personnelles et les possibilités offertes par le Compu's Club et les projets menés par les branches. Ce qui témoigne de l'adéquation ou de l'influence de l'organisation de l'association365(*), d'une part ; celle des représentations de l'adhérent et des systèmes de valeurs366(*) du micro-groupe, d'autre part.

    Il est dès lors possible de faire un premier inventaire des besoins-aspirations de l'adhérent changeant : reconnaissance et appartenance, autonomie et liberté, responsabilité. Ces besoins-aspirations correspondent, dans notre enquête, soit à des éléments extérieurs, comme l'étiquette informatique ou la liberté de choisir sa participation à un projet ; soit à des éléments subjectifs, tels la perception, le raisonnement et l'action de manière à transformer une situation existante ; soit les deux : extérieurs et subjectifs. Paul-Henri Chombart de Lauwe suppose l'intégration sociale par une « aspiration à la considération » et « un besoin de ne pas être déconsidéré. »367(*) A la reconnaissance se superpose « une aspiration à passer à un état jugé par lui [(l'adhérent)] supérieur, à obtenir des objets ou un statut auquel il ne pouvait pas jusqu'ici prétendre. »368(*) Les aspirations de l'adhérent changeant sont orientées par des images, des symboles liés à des représentations. En d'autres termes, les besoins sont des pulsions et les aspirations des désirs369(*), des souhaits. Les uns, venant de l'adhérent lui-même ou par rapport aux pressions environnementales, les autres, sont tournés vers un but. Pour mieux l'exprimer : un projet d'avenir qui prend forme à partir de besoins non satisfaits d'une part, c'est-à-dire de « l'attraction vers des objets perçus, représentés ou imaginés »370(*), et d'autre part, qui fournit des buts à l'adhérent en tant que sujet-agent individuel et social. Buts formés, entretenus et réalisés en interaction avec l'environnement Compu's Club. C'est-à-dire, le milieu associatif particulier de cette association qui « fournit l'univers des symboles et des valeurs par lesquels s'élaborent, s'expriment et se diffusent les aspirations chez les personnes et dans les collectivités »371(*) (en l'occurrence l'association). Ce milieu étant « à la fois le milieu qui provoque l'éclosion des aspirations, qui les entretient et les diffuse, et aussi le lieu de leur réalisation ou de leur frustration. »372(*) En ce qui concerne plus spécifiquement les aspirations individuelles, nous pouvons définir celles-ci comme des projets que forment les adhérents (quelquefois formulent) et qui les motivent précisément à poursuivre leurs projets. En clair, l'enquête a révélée que l'adhérent satisfait de ses aspirations au présent pourra ne pas aspirer aller plus loin dans ses projets373(*). Cette traduction s'effectuant dans le but de s'assurer une socialisation374(*) ou encore de développer des aptitudes375(*), à moins que ce besoin ne paraisse trop grand à l'adhérent, trop difficile à réaliser376(*). Mais à l'inverse, comme l'exprime Guy Rocher, « le milieu socioculturel présente aussi des contraintes, des obstacles, des empêchements aux aspirations. » Ainsi, la nécessité d'obtenir un écho à ses désirs constitue une de ces contraintes à l'élaboration ou au maintien de ses aspirations. C'est en cherchant les qualités heuristiques de ce concept d'aspiration autour duquel peut s'organiser les interrelations que nous avons tenté une interprétation du rapport entre l'adhérent et ses représentations. Dans notre enquête, l'aspiration est participation. A partir de là, elle est révélatrice de rapports entre l'individu et la société. Alors, même si l'adhérent porte377(*) un intérêt au cadre informatique de l'association, pris dans son sens le plus large, son intérêt personnel peut être tourné aussi bien vers des activités, bien sûr non TIC comme relevé dans notre enquête, mais aussi, culturelles ou philanthropiques, c'est-à-dire, désintéressées, comme le soulignent, sans exception, tous les adhérents interviewés. Mais n'oublions pas qu'un intérêt porté dépend de la valeur attribuée. Par cela, l'adhérent devient changeant. C'est-à-dire « à travers les choix successifs liés à des intérêts plus ou moins grands, dans des situations différentes, une même aspiration peut se préciser, se fixer et se réaliser progressivement. »378(*)

    Nous venons de voir que les aspirations des adhérents se rattachent au désir et à la valeur en liaison avec la représentation. La réalisation des aspirations doit nécessairement s'effectuer dans une mise en projet. Cette mise en projet lui permet de participer à la vie de l'association. Participation caractérisée par des interactions et des interrelations sociales. A partir du cadre d'analyse, du terrain et nous appuyant sur ce que nous avons développé précédemment, nous pouvons supposer que les aspirations des adhérents se modifient en fonction de trois notions qui peuvent paraître au premier abord successives mais qui sont, en fait, entièrement liées entre elles : « les désirs, les espoirs et l'espérance »379(*). Plus précisément, dans notre enquête : 1) le désir de reconnaissance et d'appartenance à un groupe, 2) l'espoir de développer un projet en relation avec une histoire individuelle et 3) l'espérance d'être ou de conserver un état d'être pour « garder une raison de vivre malgré les échecs rencontrés. »380(*) Nous allons effectuer ici une interprétation de ces trois notions.

    3.1.2 Aspirations de l'adhérent : trois notions successives ?

    Pour décrire ces trois notions de désir, espoir et espérance, nous allons nous appuyer sur trois situations mises en évidence dans les entretiens. Chacune rendant compte de chacune des notions. Sachant qu'une notion doit pouvoir s'identifier indépendamment de l'exemple nous établirons une définition de chacune d'entre elles à la fin de chacune des sections et un récapitulatif les reliant à la fin du chapitre.

    3.1.2.1 Les désirs : une raison du bien-être

    Pour Chombart de Lauwe, « des objets [...] peuvent prendre une importance telle que leur absence déclenche des gestes de désespoir ou fasse naître une attitude de désespérance. »381(*) La branche CAO382(*) à laquelle appartient le couple interviewé383(*) en est un exemple significatif.

    Cette branche n'existait pas ; l'idée est venue aux Pilotes (le couple entendu en interview) de partager leur passion personnelle : faire des cartes de visite.384(*) En réalité, ils avaient le désir de partager une passion mais l'espoir que d'autres la partageraient. A la création, tous les espoirs étaient permis ; rapidement une équipe de cinq membres s'était constituée. La création du logo de la branche devait être « le point de départ » afin « d'exister physiquement ». Chacun était « motivé et plein d'idées ». Mais, « très vite on s'est retrouvé à trois puis, peu de temps après, à deux. », c'est-à-dire, le couple-Pilote. Par la suite, piloter cette branche est devenue pour eux une obligation engendrant une « lassitude ».385(*) L'enchaînement des faits dans le temps ont abouti à l'expression de regrets, remords et reproches caractérisant leur déception de n'avoir pas pu échanger, communiquer avec les autres membres qui manifestement avaient d'autres désirs.386(*)

    En clair, pour le couple-Pilote de ce micro-groupe, le désir de réaliser des cartes de visites était exercé en fonction d'une représentation globale axée sur l'utilisation du monde informatique (image avant gardiste, de prestige). Mais à cela s'impose des motivations plus profondes ; celles liées à un désir plus lointain de rencontrer d'autres adhérents et d'échanger avec eux sur leur passion personnelle. Il est aisé de constater que les propos sur leurs aspirations révèlent des besoins de communication, de reconnaissance, d'appartenance. Si nous prenons en considération que les faits se sont déroulés sans qu'ils puissent satisfaire ces désirs nous pouvons supposer que cela a engendré le délitement de la branche. Ce qui voudrait dire qu'il n'y a pas eu de réponse au moins égale au niveau d'aspiration des membres. C'est-à-dire, au niveau d'accomplissement que l'adhérent attendait ; pour mieux l'exprimer, espérait atteindre. Au fond, le couple-Pilote avait besoin d'attachement, d'affection, d'amitié pour s'affirmer alors que sa compétence et la fonction qu'il occupe, celle de pilote de branche, auraient dû le rendre indépendant de ces besoins. En somme, le couple part de ses manques pour exprimer une faiblesse, une dépendance aux autres. Autrement dit, exprimer une rupture de solidarité humaine et de besoins sociaux, ici, de reconnaissance et d'appartenance.

    Dès lors, cet enchaînement de faits rend possible l'interprétation suivante : le désir d'être reconnu et d'appartenir à un groupe peuvent être tels que leur insuffisance, voire leur carence, entraînent inévitablement des réactions d'angoisses et de désespoirs conduisant à des attitudes de lassitude, d'abandon. Le regard de l'autre et son écho espéré positif est donc capital. Ainsi, le besoin ne crée pas toujours le désir, le sens du rapport peut être inversé, c'est-à-dire le désir crée le besoin « car le désir a sa source, non seulement dans les pulsions internes, mais dans les sollicitations des images, des représentations. »387(*) Donc, le désir, bien que partant d'images floues, est une mobilisation de l'individu pour obtenir quelque chose qu'il ne possède pas. Par extension de l'idée : le conserver et le développer s'il le possède déjà. Mais, si cette première notion souligne, dans cette branche, des déceptions, c'est-à-dire des besoins innassouvis, des aspirations irréalisées engendrant un abandon, à l'inverse, la branche CEB388(*) est un bel exemple à la fois de réalisation des aspirations et de cohésion.

    3.1.2.2 Les espoirs : une bonne raison pour développer un projet

    Succinctement, la branche CEB s'est développée à partir de plusieurs étapes successives.389(*) La première étape a consisté en l'étude du langage et l'appréhension des rouages de la Bourse. La deuxième, à constituer la mise en place d'un portefeuille fictif d'actions pour « se faire la main » en simulant des investissements. La troisième, de créer un véritable club d'investissement.390(*) Ces étapes successives nous font penser au principe d'émergence de Maslow : Si les besoins d'une étape sont satisfaits, il y a développement de l'étape suivante.

    Ce caractère donne une importance particulière à l'interprétation des rapports entre les membres de cette branche et le but à atteindre, créer un club d'investissement. C'est l'occasion de revenir sur les représentations, les images et les symboles relevés dans notre enquête et cadrés dans la première partie ; mais cette fois sous l'angle des aspirations. En clair, l'espoir serait une attente qui prendrait naissance dans un contexte social déterminé (par exemple, il faut gagner de l'argent, le contexte social l'oblige) par un système de valeurs propres (j'ai envie de gagner de l'argent). Ainsi, pour chacun des quatre membres interviewés et faisant partie de cette branche, nous retrouvons, derrière ces images, des modèles personnels circonscrits par une contingence et des valeurs auxquels ils attachent une grande importance. Pour exemple, un modèle de la branche auquel se réfère un membre dans son comportement peut l'inciter à s'investir à partir d'intérêts différents de ceux de la réalisation du projet commun. C'est-à-dire, l'association est vue comme un lieu d'expérimentation pour gagner de l'argent.391(*) Mais un autre membre, se réfère à un autre modèle et, sous son influence, accorde plus d'importance à des valeurs d'entraide, un certain type de relations392(*) sans toutefois abandonner l'idée de gagner de l'argent393(*). Ici, nous supposons que les aspirations changent de niveau et de nature. Elles passent d'une préoccupation (la dimensions sociale) à un intérêt libre (créer le club d'investissement). Donc, dans une certaine mesure le système de valeurs de ce membre s'en trouve modifié bien que le contexte social impose de gagner de l'argent dans tous les cas. Nous pouvons citer un autre exemple se rapportant non pas à des images mais à un modèle du rôle du pilote de la branche.394(*) Brièvement, le Pilote veut exercer un système de type démocratique395(*) afin d'encourager les membres dans leurs comportements de prises d'autonomie et leurs donne aussi la possibilité de développer des sentiments de satisfaction. Cette approche de la conscientisation semble bénéfique à l'ensemble de la branche et encore plus pour ceux dont le niveau d'aspiration était le plus proche de leurs capacités à les réaliser.

    En définitive, lorsque la première notion (le désir) est réalisée, c'est-à-dire lorsque la reconnaissance, la communication et les échanges sont présents, les besoins-aspirations tantôt dépendent d'un système de valeurs, tantôt tendent à le bouleverser au fur et à mesure des situations et des circonstances. Pour le dire autrement, les espoirs sont d'abord pris entre une perception individuelle des modèles et l'individualité intime de chaque membre. Ainsi, le membre se réfère plus ou moins consciemment à un processus d'élaboration de ses représentations de la branche et des différentes fonctions exercées, différents rôles joués. Ensuite, les rencontres entre les différents modèles, loin d'aboutir à des oppositions, autorisent un développement. A moins que ce ne soit justement les discordances et les contraintes qui rendent possibles l'assemblage de modèles nouveaux, d'un nouveau système de valeur garantissant le succès : « lorsque le désir, tourné vers un objet, devient aspiration, cet objet est valorisé en fonction d'un système de valeurs propre à une société, à un milieu, à un groupe. »396(*) En d'autres termes, le désir devient espoir lorsqu'un changement attendu plus important peut être réalisé (satisfait). L'espoir est donc lié à la préoccupation de sortir d'un état vers un nouvel état. Nous trouvons là une boucle : au fur et à mesure que le membre acquiert un sentiment de pouvoir dans ses échanges, la part de l'espoir prend une place de plus en plus grande dans les communications et les échanges ; il acquiert une certaine liberté. Mais au-delà des désillusions (le désir) et des espoirs perdus, l'espérance (troisième notion) correspond à une posture globale de l'adhérent. En fait, l'espérance permet de garder une raison de vivre dans toutes les circonstances. C'est elle qui motive, qui engage. En ce sens, la branche Littérature (le projet Echap) est un exemple d'espérance.

    3.1.2.3 L'espérance : une raison de vivre

    Tous les membres composant cette section sont en recherche d'emploi, l'âge moyen est de 46 ans. Ce micro-groupe constitué aspirait à s'extraire d'une première difficulté : le piège de l'isolement, de la solitude, ennemies perfides du chômeur. Confirmé par cette personne lasse de son engagement dans le monde associatif : « Échap, parce-qu'on veut s'échapper de ce carcan du chômage.»397(*) Egalement confirmé par le Pilote, journaliste de métier: « la seule issue de secours consiste à rester en contact, en réseau, de manière à demeurer dans la course ». Convaincu du bien-fondé de cette théorie du groupe et de la force libératrice de l'écriture de leur expérience, le pilote a échafaudé un projet de livre écrit à plusieurs mains. Une expiation, en somme, comme les membres de cette branche se plaisent à répéter, et le choix même du terme "échap"398(*) exprime l'envie d'un autre état de celui de chômeur trop âgé. Pour le Pilote, « prendre le stylo c'est reprendre une parole arbitrairement ôtée par la perte d'emploi. » Le symbole est très fort. Fort comme leur cohésion et leur entraide mutuelle malgré la fraîcheur de leurs relations au début. Ils ne se connaissaient pas. Mais fort comme la constance et l'envie d'aller jusqu'au bout. Chose qu'ils se sont promise et qu'ils ont finalement réalisée fin 2001. Parce-que, pour eux, « publier un livre c'est interpeller l'Autre sur sa propre conscience d'être, facilitant ainsi de manière indirecte, la réinsertion sociale par l'approche de l'échange et du travail de groupe et de recherche. Comme quelque chose de nouveau, pas vraiment encore défini, qu'il faudrait apprendre. » En somme, des histoires d'êtres pour une histoire d'être par l'écriture d'une expérience. Une expérience au singulier puisque chacun a pris un rôle dans le livre pour s'exprimer. L'intrigue faisant arbitrage entre les accidents individuels (le chômage, les problèmes familiaux)399(*) et leur histoire commune prise comme un tout (la difficulté d'une réinsertion socioprofessionnelle, d'une intégration sociale par un emploi). A cet égard, on peut dire que cette écriture offre une histoire chargée de sens composée d'événements ou d'incidents. De même, elle transforme les accidents individuels (événements ou incidents) en une histoire commune organisée dans une totalité intelligible. Bref, « la mise en intrigue est l'opération qui tire d'une simple succession singulière une configuration. »400(*) En clair, le je du texte vient en écho au je singulier. Cette écriture de l'expérience vécue nous a particulièrement touché parce-qu'elle implique l'adhérent dans l'espérance. De même, elle accepte d'exposer cette commune singularité en construisant, en leur nom propre, l'expérience de chaque membre, une partie de leur histoire. Dès le départ il n'y a pas eu d'écriture distancée. En fait, c'est le contraire que nous avons perçu : une appropriation. C'est ce qui a été relevé dans le lapsus révélateur du second interlocuteur : « c'est un terme que j'ai employé dans mon li... dans notre livre. »401(*) De plus, cette pratique de l'écriture a la particularité de rencontrer un autre dans la même situation402(*). Par la réalisation de cet aspiration à témoigner et à expier403(*), l'adhérent est devenu dynamique, a trouvé du courage, décidé de réagir se donnant d'autant plus de chances de réussir son insertion socioprofessionnelle404(*). Bref, cette écriture de l'expérience vécue évolue au fil du temps et nous informe d'une éthique en action puisqu'elle assemble les singularités. Donc, elle est à la fois de l'agir individuel et de l'éprouvé commun.405(*) Nous interprétons cette pratique de l'écriture en tant qu'elle facilite le transfert et l'innovation : elle autorise la transformation, le changement.406(*) Bref un passage qui touche l'adhérent dans ses jugements du risque encouru. C'est-à-dire n'être pas lu du tout, et donc avoir travaillé pour rien.407(*) Par cela cette pratique de l'écriture, vu comme l'espérance de sortir du chômage, est objet d'échanges. C'est-à-dire, réduit l'isolement. Précisément, besoin recherché par les adhérents-auteurs de ce livre. Mieux, elle permet de consacrer des relations interpersonnelles et des témoignages publics où l'on parle autour et mesure l'émotion de l'adhérent-auteur408(*). Pour résumer, une intégration du passé dans le présent qui, de ce fait, autorise un possible futur : la réinsertion socioprofessionnelle. Donc, à la fois, un rôle réducteur, voire la disparition des ruptures, et un rôle constructif (la réinsertion). C'est donc à partir de l'espérance de la réalisation d'un centre d'intérêts (écrire un livre) que sont apparues les aspirations de cette branche (écrire un livre pour "dire", témoigner d'un mal-être). Mais c'est surtout en gardant en filigrane Michel de Certeau qui dit : « Une théorie du récit est indissociable d'une théorie des pratiques, comme sa condition et en même temps que sa production. »409(*)

    En résumé, si l'émergence de l'espérance personnelle est mue par un manque, une rupture sociale par exemple, elle n'en est pas moins transformée en aspirations personnelles de réduction de ce manque, de cette rupture. Mais, l'adhérent conscient de sa situation réelle peut transformer son aspiration personnelle en aspiration collective de création d'un projet nouveau qui tendra à la réduction de ses ruptures sociales. Ainsi, le membre se porte toujours avec un autre vers un état qui lui semble meilleur que le sien en fonction d'une vue générale qu'il peut avoir de la société ou d'une situation.

    3.1.2.4 Synthèse des trois notions : de la succession au lien intime

    D'une manière plus générale, la réalisation des aspirations permet de satisfaire progressivement un certain nombre de besoins. Les situations précédentes montrent que les aspirations peuvent être observées en fonction des comportements et des représentations. C'est la raison pour laquelle, du simple désir (image plus ou moins fugitive)410(*) à l'espérance (attitude globale), en passant par les espoirs (attente d'un changement), les adhérents se situent dans « un mouvement d'ensemble qui les prend tout entier sans qu'ils puissent toujours distinguer nettement ce qui différencie leurs désirs, ce qui relie leurs espoirs, ce qui les unit dans l'espérance. »411(*) Par là, les besoins-aspirations expriment la personnalité tout entière de l'individu dans un contexte donné. Donc, « les hommes n'aspirent pas seulement à acquérir des biens, même immatériels ; ils aspirent à atteindre certains états et à réaliser les conditions dans lesquelles ces états seront possibles, en particulier en créant des structures nouvelles. »412(*) Néanmoins, les aspirations comportent toujours le risque d'une grande vulnérabilité face aux tentatives de leur satisfaction. D'où les possibles désillusions, désespoirs et désespérances. Mais, les transformations qui s'opèrent alors sur les représentations dans les interrelations et les interactions amènent l'adhérent participant à jouer un rôle de plus en plus engageant dans ses propres décisions et orientations. Il change. Car les projets personnels se présentent petit à petit comme des projets communs. Les valeurs personnelles sont alors mobilisées en vue d'objectifs liés à la satisfaction des besoins commun (par exemple, un projet) et par extension à la satisfaction des besoins personnels. A cette fin, les notions de désir, d'espoir et d'espérance se lient pour intervenir sur les comportements (engagement, motivation, abandon). Ce qui fait de la réalisation des projets menés par les branches quelque chose d'autre qu'une simple activité.

    3.1.3 Les besoins-aspirations, une dynamique circulaire

    Pour faire le point sur ce premier chapitre nous dirons : bien que la théorie de Maslow sur les besoins humains puisse servir de base, les notions abordées nous permettent surtout de retenir que le comportement du membre est l'aboutissement d'un entremêlement qui lie besoins-aspirations et représentations. Par conséquent le fait de repérer des motifs comme : s'engager, participer, se motiver, suivre un projet, etc. invite les adhérents à reformuler les représentations dans une nouveau système de valeurs pour régler les éventuelles discordances. Ce qui permet la mise en oeuvre de projets communs. Ainsi, une vie collective harmonieuse au sein du Compu's Club ne peut être que si les besoins-aspirations et les objectifs individuels y trouvent un degré suffisant de satisfaction et d'accomplissement ; et il ne peut y avoir un degré suffisant de satisfaction des objectifs individuels que si les micro-groupes que les membres forment, et dont ils entretiennent le fonctionnement par leur propre action, sont constitués de telle sorte qu'ils n'engendrent pas de tensions destructrices. Par ailleurs, « c'est le processus psychosociologique par lequel un sujet désirant est attiré ou poussé vers un objet proche ou éloigné dont il prend conscience à travers des images, des représentations, des symboles et qui contribue à définir et à orienter ses projets. »413(*)

    Au fond, il s'agit de dynamiques circulaires que nous avons eu a interpréter dans ce chapitre. En clair, l'enquête a révélée que les motifs d'adhésions au Compu's Club sont les TIC ou l'image avant-gardiste de l'informatique. Au sein de l'association naît chez l'adhérent des besoins-aspirations liés à des désirs, espoirs et espérances eux-mêmes dépendant des valeurs-représentations préalablement intériorisées (histoire individuelle) ou englobantes (à partir des valeurs de l'association). Si un besoin-aspiration est satisfait alors il y a naissance d'un nouveau besoin-aspiration d'ordre supérieur (Maslow) qui, à son tour, est à satisfaire (circularité). Si le besoin-aspiration n'est pas réalisé l'adhérent atteint un premier seuil d'aspiration. Alors, l'adhérent pourra soit créer un nouveau besoin-aspiration d'ordre inférieur (circularité), soit disparaître lorsque le seuil d'aspiration est ultime. Ce qui nous amène à proposer un schéma récapitulatif révélant cette circularité dynamique de la théorie des besoins-aspirations des adhérents au Compu's Club414(*) :

    (voir page suivante)

    Schéma de la circularité des besoins-aspirations au Compu's Club

    Mais, si les aspirations peuvent jouer un rôle dans l'évolution des relations à l'intérieur d'une branche et participe par là du changement de l'adhérent, en introduction nous avons avancé que sa participation pouvait être posée en termes de dépendances réciproques (Elias), de présentation de soi (Goffman) et de manières de faire (Certeau). Dans le deuxième chapitre nous allons aborder les deux premiers points afin de se préparer au troisième dans le suivant.

    3.2 Présentation de soi : les jeux, les enjeux

    Nous venons d'interpréter le phénomène de changement à partir des besoins-aspirations des adhérents. Nous avons conclu que ces besoins-aspirations étaient un entremêlement d'intérêts à satisfaire et de représentations. Précisant que cet entremêlement peut donner naissance, à son tour, à de nouveaux besoins-aspirations selon une circularité de satisfaction provoquant une ré-interprétation des systèmes de valeurs. Cette ré-interprétation permettant, ainsi, de solutionner les éventuelles discordances dans les interactions et interrelations.

    Nous avons précisé en introduction que la satisfaction des besoins pouvait être appréhendée dans les dynamiques relationnelles. Autrement dit, maintenant que nous avons interprété ce qui semble se jouer dans la participation des adhérents, c'est-à-dire satisfaire des besoins-aspirations, il nous faut traiter de la manière dont ils s'y prennent pour y parvenir, leurs manières de faire. En fait, les comportements des adhérents apparaissent proches des notions de stratégies et de tactiques. Comme nous l'avons vu dans la première partie, les stratégies, des manières d'agir pour atteindre un objectif et les tactiques, des habiletés inventées au coup par coup415(*) (Certeau). Nous allons expliciter comment les interactions et interrelations rendent visibles les tactiques et stratégies qui les ont rendus possibles. Dès lors, se pose la question des jeux de relations, de ce qui fait leur trame, c'est-à-dire, quelles manières de se représenter, communiquer, s'identifier. Pour le dire autrement, nous allons pointer dans les deux prochains chapitres les stratégies et les tactiques exercées par l'adhérent dans son rapport aux autres, dans sa (re)présentation à l'autre.

    Nous allons considérer au préalable la nature des manières de faire. C'est-à-dire, « plus qu'il n'y est représenté, l'homme ordinaire donne en représentation »416(*). Ce qui va nous permettre de montrer en quoi il y a logique d'action chez l'adhérent. Les travaux de Norbert Elias faciliteront notre compréhension « de la manière dont les individus pensent leur rapport au monde »417(*). Elias a été conduit à considérer la société en tant qu'elle est interdépendance des individus. Pour lui, « l'objet propre de la sociologie [...] ce sont des individus interdépendants. »418(*) Les formes spécifiques de ces interdépendances formant une configuration, comme nous l'avons vu dans la première partie. Il a été amené à partir du concept de configuration, a étudié « comment [...] la représentation de l'identité des personnes, dans la relation entre la référence au nous et au je, est variable. »419(*) Ce qui nous oblige à préciser la part d'influence des interrelations et des interactions dans le phénomène de changement individuel de l'adhérent. En nous référant à Elias, cette association ne peut être pensée qu'au travers de ses adhérents et les adhérents ne peuvent être pensés que par leurs interactions et leurs relations les uns avec les autres. Chemin faisant, nous traduirons ce que nous avons relevé de la représentation de soi au Compu's Club pour rendre intelligibles les manières de faire de l'adhérent. Pour nous y aider nous nous réfèrerons aux travaux d'Erving Goffman parce-qu'il assimile le monde à la scène d'un théâtre où les relations sociales tiennent des représentations et les individus, dans leurs interactions de face-à-face, des rôles d'acteurs soumis à des règles indispensables : la manière de se représenter, l'idéalisation de sa place, l'image de soi et l'identification à un groupe social. Nous allons donc interpréter maintenant ces deux notions de configuration (interdépendance) selon Elias et de présentation de soi selon Goffman à partir des dynamiques relationnelles au Compu's Club.

    3.2.1 La configuration, un réseau de relations réciproques

    Nous avons noté dans les entretiens une détermination que l'adhérent a de se produire, de jouer un rôle dans les relations interpersonnelles et l'impression qu'il veut donner aux autres ou qu'il perçoit des autres. Cette détermination prenant forme à partir de « l'attraction vers des objets perçus, représentés ou imaginés »420(*) pour fournir des buts à l'adhérent : les besoins-aspirations à satisfaire. Pour exemple, dans le domaine d'activité du Compu's Club, le monde informatique, on peut rendre compte de déterminations semblables observables entre les adhérents. C'est-à-dire une identification à une organisation par un langage commun, particulier, développé au sein d'un groupe421(*). Ce type d'identification abstraite fonctionne ainsi à partir d'images mentales, de concepts comme le bonheur ou le fait d'être bien dans sa peau. Tout en étant l'expression d'aptitudes et d'intérêts personnels ou collectifs cette détermination est également la résultante de ce qu'Elias appelle les interdépendances entre individus. Le concept de configuration permet d'envisager à la fois l'interdépendance croissante des relations sociales au sein du Compu's Club et l'exigence faite à chacun de s'affirmer singulièrement, comme un individu. En effet, cette détermination, est entretenue et cherche à se réaliser non pas en vase clos, mais en interaction avec et dans une configuration. Dans cette perspective, nous considérons le Compu's Club comme l'environnement, le lieu, l'espace où les adhérents sont liés les uns aux autres par un ensemble de dépendances réciproques, selon un équilibre de tensions plus ou moins stables. Cet équilibre, à l'instar d'Elias, a la capacité d'influer sur la figure globale Compu's Club, la rendant fluctuante, donc changeante. Ceci nous conduit à considérer les adhérents comme des êtres sociaux pris dans les relations d'interdépendances c'est-à-dire, à envisager leurs comportements, leurs participations ; par extension, essayer d'éclaircir le changement observé, sous l'angle de configurations sociales.

    3.2.1.1 De la configuration Compu's Club

    Le Compu's Club est un milieu spécifique de socialisation, une configuration au sens de Norbert Elias. Les adhérents y sont en perpétuelle négociation dans la mesure où, par son caractère incertain et contradictoire, la participation suppose de la part des adhérents-acteurs un processus coordonné et interactif de construction des actions, d'interprétation des activités, de définition des priorités, de compréhension des objectifs, etc. La configuration articule ainsi trois niveaux d'interprétation, constituant une succession de niveaux croissants : participations, régulations sociales et conventions de fonctionnement ; et ne prend de sens que dans leurs perpétuelles interactions. Il est en effet possible d'observer que n'importe quelle branche de cette association développe du lien social, comme elle développe une "présence au monde". L'un des aspects du rôle social des branches est cette production d'identités spécifiques au projet. Le maillage du tissu social, qui même lorsqu'il est très vaste, n'est jamais que des "systèmes-personnes" en relations, se déforme et se transforme nécessairement en même temps que ceux-ci. C'est ce que nous comprenons de la notion de configuration de Norbert Elias. Ce qui va nous permettre de l'expliquer au travers de ses adhérents et ceux-ci par leurs interactions et interrelations.

    3.2.1.2 L'association et la branche ; trois configurations

    Nous retenons des entretiens que l'interdépendance des adhérents n'est pas forcément connue par eux422(*) (ceux-ci peuvent même ne jamais se rencontrer) tout en produisant des effets les uns sur les autres par l'inscription dans une même configuration. Tel est, par exemple, l'interdépendance entre la branche Formation (Ifac) et l'association en tant que club informatique (LDM). Ifac utilisant le matériel informatique pour dispenser ses formations ; lequel matériel est paramétré et tenu en fonctionnement par une autre branche, LDM, chargée de la maintenance. Inversement, les fonds récoltés par les formations permettent de nouveaux achats de matériels qui seront gérés par la branche LDM. Les membres de chacune de ces deux branches ne se rencontrant quasiment jamais423(*). Cela signifie qu'il y a une influence réciproque entre les logiques dominantes des branches et les actions des membres, ces derniers sont dépendants de l'ensemble de l'association, mais peuvent y exercer à leur tour une certaine influence. Cette inclusion des membres dans le développement des branches se situe sur au moins deux plans qu'il faut théoriquement distinguer bien qu'ils soient dans les faits réunis : leur dépendance à l'égard de l'ensemble de l'association d'une part, et à l'égard de tel projet particulier de branche, de l'autre. La première dépendance peut s'interpréter à un niveau macro-social. Le bon fonctionnement du matériel pour former, dans notre exemple. Sur la même idée, certains mécanismes tentent de réguler la relation générale entre les différents micro-groupes et avec l'association en général : réunions inter-branches, bulletin d'information (appelé Bulletin Membre), animations extérieures, par exemples.

    La deuxième dépendance est micro-sociale. Elle aborde les micro-groupes dans leur autonomie (le micro-groupe dans des développements de projets spécifiques comme Echap, branche Littérature, par exemples). Cela nous amène à définir les branches comme l'une des modalités d'organisation des adhérents du Compu's Club, et en référence aux théories de Norbert Elias comme une configuration de relations interpersonnelles et d'interactions qu'il faut articuler aux autres activités de l'association. Celles-ci, étant en partie distinctes et renvoient à différentes formes d'interdépendance entre les adhérents, formes qui peuvent être de tailles très variables. « Ce qui différencie les configurations, c'est la longueur et la complexité des chaînes de relations réciproques qui associent les individus. »424(*)

    La force assimilatrice, socialisante, des interdépendances de la configuration Compu's Club réside dans sa capacité à inventer un espace médiatisant l'appartenance au Compu's Club par une appartenance micro-groupale (village, communauté, ...) qui en sort activée. L'association, le micro-groupe, ses projets, ses relations interpersonnelles, ses interactions, ses interdépendances placent le membre à un carrefour d'appartenances diverses.

    A partir de là, la configuration globale Compu's Club nous est apparue comme composée, en fait, de multiples configurations (les branches, par exemple), elles-mêmes configurations à parts entières (une sorte d'image fractale), donc désignant des processus d'unification qui sont instables et mouvants, mais soutenus par des relations multiples. Dès lors, ces configurations sont apparues plus visibles parce qu'elles imposent une coopération forte et un savoir commun à certains moments. Par exemple, dans la branche Finance (CEB), le membre qui a initié le projet et apporté le plus dans l'échange pour sa fondation, s'est vu reconnaître en contrepartie une sorte de leadership moral et d'hégémonie. Apparaît alors la fonction de Pilote425(*). Ce sont les membres-Pilotes qui se trouvent finalement en charge d'élaborer une partie ou la totalité des "règles du jeu" qui constituent le fondement de la branche. Ainsi, les moments de fondation d'une branche connaissent des processus d'auto-organisation et d'auto-formation particulièrement forts définissant à elle-même ses références communes.

    Il est apparu d'autres configurations d'aspect différents et éphémères. Le "temps café" en est un exemple. Le café est avant tout un lieu de relations sociales et d'échanges426(*). Ce moment crée une configuration spécifique en tant qu'unité de temps, unité de lieu, unité d'échanges. En effet, il est le noeud de rencontres multiples, le lieu informel où les adhérents de l'association se retrouvent, l'endroit incomparable où se tissent, au gré de l'instant, les discussions les plus aberrantes, les projets les plus fous avant de disparaître et réapparaître ensuite sous la forme d'une nouvelle configuration identique sur le fond et différente sur la forme de la précédente, les adhérents et les centres d'intérêts ayant changés quelquefois. Cet exemple est significatif de la nature des configurations et de ses fluctuations.

    La configuration Compu's Club désigne donc un vaste réseau d'interdépendances de toutes sortes (inter-branches, intra-branches, intra-association). De cette approche, les adhérents et les branches qui composent l'association se combinent différemment, engendrant à chaque fois une nouvelle configuration sociale, donc de nouvelles conditions d'échanges. L'adhérent va ainsi s'insérer dans une multitude de configurations au sein desquelles il agit, se différencie. Interpréter la configuration Echap (branche Littérature) par ses moments forts et communs et en tant que configuration à part entière, va nous permettre une compréhension plus aisée de la part prise par une configuration dans le changement de l'adhérent.

    3.2.1.3 Inter- (-actions, -relations, -dépendances) : le cas Echap

    Le projet Echap est une métaphore de l'écriture. Précisément, elle est une interdépendance des chemins de vie des auteurs d'un roman à écrire entre eux avec la vie des acteurs nés par son écriture. L'adhérent jouant le rôle d'acteur ou d'auteur tour à tour ou simultanément pour penser ses relations sociales, sa participation. L'écriture de ce livre à plusieurs mains n'existe pas hors des membres de la branche et dans le même temps cette écriture nécessite la coopération de tous les membres-individus qui sont alors interdépendants. L'objectif que poursuivent les membres de cette branche, en croyant donner un sens intentionnel à leurs actions (et par là à leur vie), correspond à ce pour quoi ils aspirent personnellement et à y trouver la satisfaction qu'ils en espèrent ; c'est-à-dire, au fond une reconnaissance sociale par la réinsertion professionnelle via l'édition d'un roman. Les interactions sociales dans lesquelles les membres-Echap partagent les attributs de chômeur portés individuellement et les intérêts communs de réinsertion impliquent une limitation afin de ne pas causer de rupture définitive risquant de compromettre l'existence de la branche elle-même. Autrement dit, l'imbrication des besoins-aspirations des membres fait constamment entrer en jeu, des mécanismes de dépendances à l'autre engendrant des situations de domination et des relations de pouvoir en même temps que les dépendances créent des compromis et des négociations sur les buts communs pour espérer atteindre les objectifs individuels. Ce qui signifie que le moteur des interactions sociales dans cette branche réside dans des luttes contradictoires et conflictuelles de pouvoir. Chacun cherchant, par exemple, a prendre intentionnellement le personnage le plus valorisant pour lui dans le roman tout en sachant que trop d'exigences pour y parvenir prendraient le dessus au profit de l'achèvement coûte que coûte du roman427(*). Ce pouvoir est donc tributaire de limites qui le régule et fait du membre un individu agissant et assujettit par auto-contrainte. Cette auto-contrainte révélant une manière de faire prenant en compte les émotions (valeurs) d'écoute, de démocratie, de tolérance, par exemples. La régulation de ce pouvoir ouvre alors à de nouveaux espaces pour offrir de nouvelles occasions centrifuges (vers la configuration) ou centripètes (vers l'individu) à saisir ou pas, équilibrant ainsi les tensions. En même temps, le projet d'éditer un livre permet aux membres de la branche de maintenir (souvent inconsciemment), par leurs interrelations et interactions, la configuration. L'auto-contrainte ouvre des perspectives prometteuses pour les adhérents de cette branche : une réinsertion professionnelle possible. Bref, jeux de pouvoir, enjeux d'expériences. Il en résulte l'idée que la configuration Echap n'est pas un collectif homogène mais présente des rapports de forces où les comportements des uns peuvent être contrecarrés par la résistance ou l'inertie des autres. Par exemple, les entretiens révèlent diverses formes de consentement moral, d'adhésion partielle voire de résignation, ce qui ne veut jamais dire acceptation totale et feint des résistances. Cela implique de multiples nouveaux liens parfois invisibles (la résistance par exemple). La configuration Echap est, par là, à la fois rigide (contraignante) et élastique, hétérogène et contradictoire en même temps qu'elle révèle, par son espace social relationnel, le sens intentionnel des membres impliqués.

    3.2.1.4 Dehors-dedans et vice versa

    La configuration spécifique Echap à laquelle nous nous référons est en fait celle d'une interrelation à trois ; elle se situe entre le membre-chômeur, le roman et le chômage. La démarche minutieuse d'interprétation que nous voulons adopter maintenant va consister à démontrer que l'élaboration du roman est conditionnée par une configuration particulière et changeante qui se forme entre la nature des productions d'écriture et le chômage, la diversité historique des membres, l'organisation interne du travail d'écriture et particulièrement les relations entre l'association et les membres de la branche ainsi que le degré plus ou moins fort d'autonomie qui en résulte pour ces derniers.

    Nous partirons d'une première conséquence des interrelations relevées : le roman est aller au-delà d'une simple critique du chômage même si le membre a tendance à réifier l'influence de son écriture en la mettant au centre de son modèle d'interprétation du chômage. Cependant, l'état de chômage vécu par le membre a constitué un symbole et un mot de passe ; c'est ce que nous allons appeler un "passe de complicités libres" pour l'expliquer plus loin428(*) mais que nous définissons comme une forme de solidarité fondée sur ce qui unit les membres d'un groupe selon une dépendance d'intérêts réciproques. La prise en compte de la dimension historique, en ce qui concerne les membres, a permis aux membres-romanciers (un des rôles joués par les membres) d'échapper à des descriptions manichéennes du genre : "le chômage, c'est la faute aux patrons qui ne pensent qu'à l'argent" vs les causes individuelles du vécu quotidien du chômage par les membres qui, tout en perpétuant l'idée d'un âge d'or révolu, ne contribuent pas à la compréhension des dynamiques des activités de la branche Littérature. La relativisation des commentaires qu'implique l'interprétation de cette configuration spécifique est essentielle. L'économique, imagé par le patron dans notre cas, il convient de le préciser, n'est qu'une partie mineure de ce qui conditionne le chômage. A côté des décisions patronales il y a la politique nationale et internationale, le développement technique et le niveau d'instruction, par exemples. De même qu'il est une partie mineure de ce qui conditionne l'accès à un emploi ; à côté, on peut trouver une recherche de bien-être, une reconnaissance, une appartenance, par exemples.

    La deuxième conséquence des interrelations de cette configuration est une meilleure connaissance des liens qui unissent les trois pôles (le membre-chômeur, le roman et le chômage). Ce qui nous permet de comprendre le fonctionnement même des interrelations. Par exemple, le cas de la personne interviewée dénote d'une influence de ses ruptures sur l'écriture du livre selon des modalités qui sont le fruit de son histoire. Les liens de causalité sont ici repensés : le chômage n'est pas le cheval de bataille, c'est plutôt l'expression des émotions qui ont structuré l'identité du membre-chômeur en membre-romancier autour de la figure du rôle joué dans le roman : le membre-acteur.

    En outre, l'arrivée des sponsors, qui fut une satisfaction profonde et valorisante par une reconnaissance de leur projet, a coïncidé avec une crise de remise en cause de chaque membre. Ce qui est un élément exogène sans rapport avec le fonctionnement normal de la branche transfigurant le rapport initial entre le rôle de membre-chômeur et le rôle de membre-romancier reconnu par les sponsors, basé jusqu'alors sur la dépendance totale du rôle de membre-acteur.429(*) Désormais, il leur faut rendre des comptes même s'ils n'y sont pas obligés. C'est-à-dire, un engagement moral, une éthique430(*). Ainsi, certains phénomènes à l'intérieur de la branche sont soumis à des logiques structurantes qui naissent hors de celle-ci. Dès lors, l'écriture du roman a fonctionné comme une prophétie auto-créatrice parce qu'elle a eu la capacité de diffuser le mythe de son existence par son élaboration, puis de le valider431(*). Il est alors facile de comprendre l'importance de ce livre et les enjeux de sa sponsorisation parce-que le roman, les discours sur le roman et le membre-romancier souvent ne font qu'un. Les identités sont ici fusionnées. Ainsi, non seulement la configuration Echap confère une nouvelle identité de fait à ses membres, mais en plus, elle lui signifie une appartenance. La participation reste donc un moment de grande incertitude entre les intérêts communs et les besoins personnels à satisfaire. De ce fait, toute la personnalité de l'adhérent va être engagée par sa participation et déterminée par trois dimensions : la configuration, les facteurs exogènes et les besoins-aspirations individuels. Le changement du membre-Echap consiste alors en des modifications identitaires provoquées par sa participation, en tenant compte des trois dimensions précédentes.

    3.2.1.5 Les causes et les raisons des interdépendances

    Dans la configuration Echap se jouent des espoirs de réinsertion socioprofessionnelle ainsi que des ambitions intellectuelles et de reconstruction de soi qui, d'une part, se traduisent par les écritures et, d'autre part, prétendent à se transformer en une place dans le monde par un positionnement statutaire432(*) en même temps qu'ils permettent à chaque membre de concevoir l'espace des autres membres. Par exemple, le sentiment lié d'isolement et de solitude ou d'angoisse et de douleur en même temps que le membre se voit offert de nouvelles chances de joie, de bien-être et de plaisir par l'écriture, confèrent une place. Ce qui, soit dit en passant, l'expose à de nouveaux besoins-aspirations qu'il lui faudra satisfaire (Maslow, Chombart de Lauwe). Sous l'effet de ces tensions, l'écriture du membre prend une valeur symbolique et pose la question de savoir ce qui a le plus de valeur : un besoin d'emploi, un besoin d'expression par l'écriture (d'expiation) ou un besoin de la société des autres membres ? Que choisir ? Ainsi, l'adhérent peut être amené à laisser de côté les chances occasionnelles qui s'offrent à lui (un emploi immédiat, par exemple) au profit de la poursuite de l'objectif dont il escompte une satisfaction durable (le livre). La maîtrise de la réalité semble ainsi échapper à la personne interviewée qui se voit proposer un emploi, l'accepte puis démissionne433(*). Ce qui laisse la place, une nouvelle fois, à l'intervention de variables exogènes aux décisions, à l'évolution, aux changements. La volonté de maîtrise de ces tensions, donc, relève de l'activité de légitimation du membre en état de revendiquer cette maîtrise en tant qu'acteur dans la configuration. Autrement dit, ces tensions résultent de l'activité de l'ensemble des membres mobilisés dans le projet. D'une certaine manière, le projet est explicité comme règle d'interaction permettant de concevoir des dispositifs communs échappant à chacun des membres au profit de tous. Cette position, nous conduit à interpréter la configuration en termes de procédures mais aussi de postures, d'attitudes, de valeurs (éthique) nécessaires à chaque membre pour participer. Ce qui autorise une efficience du processus de tensions au profit du projet commun. La Branche Littérature (projet Echap) peut donc être appréhendée comme un système d'échanges généralisé et interactif portant sur des aspects sociaux et, par extension, symboliques comme l'ambiance, la reconnaissance personnelle, le prestige, etc. Ce système d'échanges étant nourri par les apports des membres qui structurent le collectif de travail d'écriture constitué par la branche.434(*)

    Notre interprétation a tenté de montrer la branche Littérature comme un système d'échanges qui évolue en fonction des fluctuations de sa propre configuration. Cette configuration s'établissant entre le membre-chômeur (son statut de chômeur et son histoire), le roman (l'organisation interne du travail d'écriture, les productions d'écriture et la sponsorisation du projet) et le chômage. Certains des éléments qui structurent cette configuration sont en partie fortuits pour le membre en ce sens qu'il trouve parfois l'emploi qu'il recherche. Dès lors, il fait le choix entre cet emploi et le roman. Bien évidemment, les membres recherchent ouvertement à atteindre certains objectifs en matière de réinsertion socioprofessionnelle, mais la configuration ouvre à des choix qui peuvent paraître incompréhensibles, par exemple refuser l'emploi. Par suite, le système d'échanges de la branche continue pour s'organiser ou se réorganiser autour des interrelations des membres dont nous comprenons maintenant la relative détermination ; ce qui a pour conséquence de structurer leur personnalité.

    D'une manière plus générale, les objectifs des membres constituent une part importante des éléments constituant la représentation de la branche par ceux-ci. Insistant sur le fait que les configurations variantes représentent, elles-mêmes des configurations à parts entières, cela laisse supposer que les objectifs globaux de satisfaction des besoins-aspirations (personnels et collectifs) soient réellement présents partout de la même façon quelles que soient les conditions de fondation des configurations. La recherche de satisfaction des besoins-aspirations faisant office d'invariant.

    Mais, pour qu'il y ait véritablement interaction plusieurs conditions sont à réunir. Il faut que les adhérents acceptent un minimum de normes communes, aient un passe de complicités libres, s'engagent dans l'échange, adaptent leur comportement aux circonstances et situations. C'est ce que nous allons développer maintenant à partir des représentations de soi aux autres et de la perception de soi par les autres, formes d'interactions.

    3.2.2 De la représentation sociale à la présentation de soi

    Ce que nous nous préparons à interpréter maintenant pointe les activités de l'adhérent-personnage dans une configuration ; c'est-à-dire les présentations de soi. Ce qui nous amène, dans un premier temps, à rappeler ce que nous avons trouvé de la représentation des adhérents dans la deuxième partie.

    3.2.2.1 La représentation : un imaginaire de conformités

    L'analyse des entretiens a permis de relever que pour déterminer son comportement, l'adhérent construit (se représente) la réalité de l'association à partir de théories tirées de son expérience.435(*) Autrement dit, il s'agit d'une re-construction du réel par la réalité de la configuration Compu's Club436(*), d'une re-production mentale à partir de perceptions préalablement intériorisées (une sorte d'espace symbolique). De même que « nous sommes tous enclins, semble-t-il, à identifier les gens d'après certaines caractéristiques qui comptent pour nous, ou qui, pensons-nous, ont certainement une importance générale. »437(*) Bref, une pensée singulière du monde par un "imaginaire de conformités", synthétiserons-nous. Ainsi, l'adhérent comprend et pense la configuration au travers d'un filtre, une re-composition, une évaluation schématique et symbolique438(*) de la réalité sociale de l'association. Mais, cette connaissance du réel par une réalité personnelle est aussi expérience parce-qu'elle s'ancre de diverses manières dans la configuration. Ainsi, l'adhérent « subit les contraintes des représentations dominantes dans la société [(en l'occurrence l'association)], et c'est dans leur cadre qu'il pense ou exprime ses sentiments. »439(*) C'est donc par le contexte interactif des projets des branches (la configuration de la branche, le cadre) que l'adhérent est dans le monde ; c'est-à-dire, la configuration Compu's Club, elle-même insérée dans le monde informatique.

    3.2.2.2 La représentation convenue : une forme de solidarité

    Chaque adhérent a une représentation des comportements des autres, de ce qu'il peut attendre de lui et, réciproquement, de ce que l'autre attend qu'il fasse dans les interactions. Ce qui veut dire, les adhérents se (re)joignent par une représentation convenue440(*) permettant de se reconnaître, de s'identifier. Au cours de l'enquête, cette représentation a pris l'aspect d'une clef-passe (un passe) ; par exemple : les valeurs englobantes de l'association, gagner de l'argent pour le CEB ou une situation de chômage pour la branche Littérature. Ce passe permet aux membres de se reconnaître comme des complices unis par des intérêts communs ou des pairs unis par une identité commune tout en conservant des différences, une singularité (leur personnalité, leur individualité). Pour exemple, si les propos énoncés par les adhérents de la branche Littérature441(*) méritent le nom de représentation convenue c'est parce-que, dans ce moment, le discours déclare leur ambition commune, leur revendication, leur prétention, celle de représenter en vérité le mal-être de leur passé et de leur quotidien personnel442(*). C'est ce que nous avons déjà nommé : leur passe de complicités libres et que nous expliquons maintenant. Ici, même si les membres sont distincts, il existe un passe d'unification : exister par et dans la mise en récit de leurs histoires. Donc, ce passe de complicités libres les unit parce-qu'il définit les actions à mener ; le projet Echap dans notre exemple. Par extension, aucune personne hors de ce passe de complicités libres n'est censé partager cette union. C'est pourquoi tous nos interlocuteurs mettent en exergue une définition précise de ce qui les unit ; pour le CEB, la finance443(*) ; pour la CAO, les cartes de visite ; pour Echap, écrire un livre ; pour les autres, l'informatique. Ce passe a ainsi souvent été énoncé comme une dépendance d'intérêts communs nécessaires et réciproques. Ces dépendances d'intérêts sont équivalentes au type de solidarité relevé444(*). Ici, le passe de complicités libres est une solidarité fondée sur ce qui unit les membres. Ce qui permet d'entretenir des relations de bases dans le micro-groupe afin de découper l'espace, attribuer les tâches, rendre compte d'un travail, par exemples. Mais, si les représentations se déroulent dans ces dépendances, l'adhérent doit y choisir puis y tenir un rôle vis à vis du groupe. Un peu sur l'idée des métaphores théâtrales de Goffman, c'est-à-dire, choisir un rôle et un costume, une identité d'emprunt pour entrer en scène (le personnage). Du coup, le propos se déplace de la représentation vers la présentation de soi.

    3.2.2.3 Un cas de présentation de soi

    Si les adhérents se (re)joignent par un passe de complicités libres et restent, toutefois, distincts cela pourrait expliquer l'imperfection des relations dans certaines situations que nous avons pu noter dans les entretiens. Ainsi, nous avons relevé une part d'incertitude due à ce que l'autre puisse agir différemment de ce qui est attendu. Ce qui suggère une anticipation du comportement de l'autre. De ce fait, cette anticipation règle la mise en oeuvre de tactiques ou de stratégies adaptées et singulières pour une mise en représentation de soi adéquate, appropriée. C'est cela qui semble présider, par exemple, aux décisions (comportement de type stratégique) de lancement ou d'arrêt d'une branche. En effet, la CAO s'est arrêtée parce-que le couple-Pilote anticipait le nombre de participants (zéro sur la fin) sans espoir de retournement de la situation pour pouvoir redynamiser la branche. En la circonstance, ce comportement (la décision) imprévisible aux yeux des autres échappe à leur pouvoir. Ce qui nous fait dire que les comportements sont en rapport direct non seulement avec les représentations mais aussi avec la pratique et ses enjeux les plus importants ; c'est-à-dire la satisfaction des besoins-aspirations que chacun espère. Il ne faut donc pas confondre ce qui relève de la situation et ce qui est en situation. Autrement dit, les comportements, bien que primitivement motivés par le besoin et le désir, sont à mettre en rapport avec la présentation de soi dans les représentations. Les efforts des adhérents pour expliquer leurs engagements dans l'association en sont un exemple : certains déclaraient beaucoup participer et ne faisaient en réalité qu'acte de présence tandis-que d'autres peu présents physiquement par un manque de temps disaient regretter ne pas pouvoir participer plus encore alors qu'ils étaient régulièrement force de proposition.445(*) Le décalage entre le comportement (forme de présentation de soi) et la représentation a un intérêt majeur : il est l'indicateur des motivations liées à l'histoire de l'adhérent que nous avons relevé au cours de l'enquête. Il permet en outre, de « distinguer la mise en scène destinée à prouver que l'on est ce qu'on n'est pas, de celle qui cherche à démontrer que l'on n'est pas ce qu'on est. »446(*) C'est cet indicateur (le décalage comportement/représentation), par suite, qui nous a permis de dégager les aspirations dont nous avons vu que l'adhérent n'avait pas toujours une conscience claire dans le chapitre précédent.

    3.2.2.4 Représentations et présentations de soi : une réciprocité

    A partir de là, les rapports réciproques entre comportements (présentations de soi) et représentations de la configuration ressortent plus nettement. Par exemple, la représentation du Compu's Club par l'adhérent donne naissance à l'expression de métaphores qui rendent compte de la manière dont il échafaude sa présentation de soi par des actions et une communication. L'un parlera du bon père de famille, un autre de l'amitié, un troisième de l'ambiance447(*) ou de la solitude448(*). Ce qui permet de comprendre, pour le premier, l'image faite aux jeunes adhérents dans leur participation à la branche Libertech449(*) et comment l'adhérent envisage y répondre par un comportement adapté : l'attitude paternaliste (image de soi). Pour le second, il s'agit d'une justification de services rendus par amitié ; il se conduit (se présente) alors de manière a ce que naisse chez l'autre un sentiment d'amitié équivalent. Ainsi de suite. Chaque configuration assigne ainsi aux adhérents qu'elle relie des figures imposées par eux-mêmes (rôle du père, dans notre exemple) et de ce fait est porteur de valeurs morales diversifiées qui se combinent à celles qui prédominent dans les configurations (association et branches). C'est ainsi que la représentation de la configuration porte sur un jeu d'interdépendances constituant un socle sur lequel s'ancre les présentations de soi (comportements et attitudes) de l'adhérent-personnage au Compu's Club. Ce socle, propre à chaque adhérent, est organisé afin de mettre en oeuvre des stratégies autorisant une manière adaptée de se présenter ; c'est-à-dire, d'affirmer une distinction, une singularité, une individualité ; de produire une image de soi et de jouer un rôle acceptable pour les autres (Goffman). Le fait de se différencier d'une manière ou d'une autre, de se distinguer des autres, bref d'être différent, devient dans la branche un véritable idéal personnel par rapport à l'occupation d'une place élevée dans l'échelle des valeurs de la branche. Qu'il en soit conscient ou non. Nous voyons là une marge de liberté et une dynamique d'émancipation (singularité) de l'adhérent par une mise en adéquation, une adaptation des représentations individuelles et collectives. Par son apprentissage social au sein de la branche (interrelations, interactions, interdépendances) il accède à une identité de personne individuelle, son statut d'individu ; et l'objectif de devenir singulier a pour corollaire celui d'être conforme aux autres puisque la singularité ne peut s'exercer qu'à partir d'une multiplicité de référence qui englobe toutes les singularités. Par là, socialisation et singularisation sont inséparables parce-que le sens de cette dernière est produit par la première. Autrement dit, cette singularisation de l'adhérent se situe dans les relations les uns avec les autres. A cet égard, l'adhérent n'a pas le choix de sa présentation de soi ; il doit l'adapter (par exemple, anticiper) à la configuration parce qu'il n'existe que parce-qu'il y est immergé.

    Passer de la représentation individuelle, imaginaire de conformités à une représentation convenue, le passe de complicités libres puis à la présentation de soi nous a permis de voir 1) une réciprocité entre présentation de soi et représentation de la configuration et 2) une interdépendance entre les représentations, les présentations de soi et les représentations/présentations de soi. Au fond, la configuration est le lieu des représentations sociales et des représentations de soi.

    Nous avons repérer dans les entretiens comment les multiples représentations de l'adhérent-personnage participent de son changement. Nous allons affiner notre interprétation de l'adhérent-personnage dans sa présentation aux autres par la manière employée pour se rendre unique à leurs yeux. C'est-à-dire se singulariser, se distinguer des autres (la distinction) et l'impression qu'il veut produire au regard des autres. C'est ce dont il va être question maintenant.

    3.2.3 Présentations de soi : une production de fragments identitaires

    3.2.3.1 Entre apparence et manière : un jeu

    Nous avons relevé dans les entretiens ce que l'adhérent jugeait important et auquel il se conformait. Notamment, certaines valeurs (solidarité, amitié par exemples) lui ont permis de parler de la place qu'il pouvait prendre dans les échanges grâce à l'image qu'il pouvait véhiculer (leader, soutien psychologique, responsabilités, etc.). En fait, les personnes interviewées ont suggéré dans la section précédente une impression qu'ils veulent donner aux autres.450(*) Lorsqu'ils sont assurés de faire bonne impression ils jugent alors des moyens à investir dans leurs actions pour atteindre le désirable dans le cadre du possible. Dès lors, ils attribuent un sens intentionnel à leurs comportements. Bref, l'adhérent intègre une manière de faire, il joue selon une stratégie. De ce jeu nous avons identifié deux facettes : l'apparence produite qui révèle la position que l'adhérent compte jouer et d'où il veut jouer451(*) et la manière qui indique le rôle visé, joué dans l'interaction (aider les jeunes, rendre des services, par exemples452(*)). Il s'opère alors une congruence entre l'apparence et la manière. Par exemple, les membres de la branche Littérature révèlent leur statut social, celui de chômeur, et la manière d'y remédier par un rôle d'auteur qui leur permet d'exprimer un mal-être, pour eux, inhérent à ce statut. Ils ont mis en exergue leurs ruptures ; en revanche, ils ont peu parlé spontanément des responsabilités qu'ils ont pris au sein de la branche. Cet indice qui émane de l'interaction apparence/manière est utilisé librement et inconsciemment par l'adhérent qui lui attribue alors un sens : par le chômage ils se donnent l'apparence d'une place centrale, important, qui interpelle l'autre ; celle qui doit attirer sympathie, amitié et solidarité ; une stratégie, en somme. C'est en quoi apparence et manière dans lesquelles s'inscrit l'adhérent jouent un rôle indéniable dans sa présentation aux autres. Mais qu'est-ce que l'adhérent met en jeu ? Qu'est-ce qu'il donne et qu'est-ce qu'il reçoit ?

    3.2.3.2 Idéaliser sa place par la séduction et la manipulation

    Simultanément de l'apparence et de la manière, la représentation produite par l'adhérent englobe un processus d'idéalisation453(*). Il tente, en effet, de paraître meilleur à ses propres yeux ainsi qu'aux yeux des autres. Il s'agit dans le contexte d'une recherche de valorisation de soi. Ce qui participe de son changement puisque, par là, il a intérêt à ce que ses relations l'emportent temporairement sur ses autres considérations dans le but d'une amélioration de soi cohérente. Il agit alors par une stratégie de détour. N'oublions pas qu'il cherche à satisfaire des besoins-aspirations ; il suffit de parcourir les entretiens pour se convaincre de sa manière de séduire pour exister, de manipuler pour arriver à ses fins. C'est pourquoi l'adhérent-personnage entre dans un processus d'idéalisation dont on voit pointer la (re)socialisation ; celle qui maintient le masque d'une attitude devant être perçu positivement par les autres454(*). Pour y parvenir, l'adhérent use de stratégies de détour (moyens à la satisfaction). Nous en avons relevé deux : séduire et manipuler. La séduction est avant tout une présentation de soi, un acte d'artifices, une stratégie du charme et des promesses. Quand l'adhérent séduit, il joue un rôle pour attirer l'autre. Ce rôle est celui d'un hypnotiseur. Mais, cette séduction n'est pas sans ambiguïté ni double-fond dans la mesure où elle imite un langage par lequel l'adhérent affirme son identité. Quant à la manipulation, elle est une technique, autre forme de stratégie où l'autre devient une cible à malaxer en vue d'une fin, c'est l'art du pharisaïsme. Par ces deux stratégies l'adhérent veut convaincre de l'utilité de sa place. Comme en témoignent les adhérents interviewés qui parlent de leurs responsabilités ou de leur pouvoir sur les autres. C'est ce qu'illustre la fonction de "relation publique" que la neuvième personne interviewée nous dit s'être appropriée455(*). Cette place lui donne le pouvoir de s'immiscer dans la vie personnelle des autres membres afin de les aider. Par là, l'adhérent use des stratégies de séduction et de manipulation afin d'idéaliser sa place et se valoriser, se donne, en fait, un pouvoir ; dans cet exemple, une image de soi sympathique en tant que pouvoir de persuasion. Il s'agit bien là d'une stratégie de détour, d'un détournement des sentiments. Nous y voyons au fond une sorte de tromperie456(*) parce que l'adhérent use d'une parole secrète ou d'une attitude camouflée en décalage avec l'argument lui-même : trouver les mots justes pour stimuler un autre membre, faire en sorte que l'autre accepte un contenu qu'il n'aurait pas approuvé autrement. Par exemple, la mise en oeuvre stratégique qui a permis à un adhérent d'en convaincre un autre pour faire un compte-rendu de réunion.457(*) En résumé, séduire et manipuler c'est faire croire et entrer par effraction pour convaincre, persuader dans le but d'atteindre une fin valorisante pour soi. Mais le risque est grand, en ce sens, une représentation de soi condamnée par le mensonge ou l'escroquerie (ou perçue comme tels), mettrait en danger les rapports sociaux et la personnalité même de l'adhérent. C'est ce que nous avons relevé dans les entretiens lorsqu'un adhérent de la branche Finance (CEB) n'avait pas envie de partager.458(*) Ainsi, si l'expression de sa (re)présentation devient incompatible avec l'impression donnée, alors l'interaction dans laquelle est pris l'adhérent, se désorganise. La reconnaissance espérée ou acquise peut disparaître constituant une source d'insatisfaction. Dans notre exemple, l'insatisfaction a causé le départ de l'adhérent. C'est dans cette perspective qu'il convient de comprendre l'importance et l'enjeu de l'idéalisation de la place de l'adhérent au Compu's Club ; la séduction et la manipulation en sont les expressions les plus immédiates dans les interrelations, dans les stratégies. L'interaction sociale au sein de la configuration n'est donc pas neutre, ses enjeux, par voie de conséquence, sont considérables : satisfaire des besoins-aspirations, gages d'une (ré)intégration sociale.

    3.2.3.3 S'adapter, une tactique pour être

    Sur l'ensemble de ce chapitre459(*), il ressort une idée importante selon laquelle les impressions données à l'autre dans les représentations de soi des adhérents sont exposées à des distinctions. Selon les circonstances le personnage-adhérent peut se produire de diverses manières ; de même qu'il peut donner une impression différente au regard des autres. Ce qui suggère une adaptation circonstancielle des présentations de soi. Rappelons, ici, l'omniprésence des valeurs (englobantes, préalablement intériorisées, nouvelles ou modifiées) qui gèrent les relations interpersonnelles à leur base. Pour n'en rappeler que quelques-unes : échanger (la communication), prendre des décisions démocratiquement (la démocratie), faire confiance (la confiance). Si nous voulons retenir la confiance pour continuer à développer notre propos c'est qu'elle a souvent été énoncée lors des entretiens et que nous l'avons interprété comme supposant la fidélité en la parole donnée, élément constitutif d'une image positive. Ceci, que ce soit avec celui qui interagit par sympathie ou avec celui qui tient rigoureusement ses promesses par devoir. Par ailleurs, la confiance est tenue ferme au Compu's Club comme une norme morale, éducative et pédagogique qui favorise la démocratie, la solidarité et la tolérance. Alors, si une rupture de confiance se produit, l'image de soi autour de laquelle la personnalité de l'adhérent s'était constituée peut être détruite. L'adhérent doit donc s'efforcer de maintenir positive l'image de sa représentation perçue par les autres. C'est-à-dire, il doit l'adapter à la configuration ; dans notre exemple, par la confiance. « Ainsi, une présentation de soi réussie renforce l'image positive que les autres ont de nous et celle que nous avons de nous-même. »460(*) Nous aurions tout aussi bien pu retenir les échanges dont la rupture génère la même nécessité d'adaptation. Ce qui veut dire, la manière de se représenter de l'adhérent se situe dans sa capacité d'adaptation aux circonstances et situations. Il s'agit là d'une improvisation, un jeu tactique ; c'est-à-dire une gestion au coup par coup de la présentation de soi à l'autre. Cette interaction, image-de-soi/capacité-d'adaptation, se produit au Compu's Club par une gestion de la présentation de soi dans la configuration. C'est-à-dire, une évaluation permanente et immédiate de ce qui est désirable et de ce qui est jugé possible. La réponse circonstancielle et subite alors envisagée par l'adhérent dans ses rapports lui permettra de saisir au vol l'adéquation entre la présentation de soi et la représentation de soi par autrui afin de mettre en oeuvre une tactique (au travers d'une communication non verbale appropriée à la situation, par exemple). L'image que l'adhérent a de soi et des autres est en fait une condition élémentaire pour vivre parmi les autres ou pour, du moins, arriver à s'entendre avec les autres dans les configurations. En clair, il s'agit pour l'adhérent de faire reconnaître, dans un système fluctuant, toujours changeant (la configuration), son rôle et son identité par une présentation de soi idoine en même temps qu'il accepte l'identité des autres. Il acquiert ainsi par l'expérience de ses interactions une aptitude à user de l'ensemble des normes et des valeurs mises en jeu dans sa présentation pour s'adapter. Dès lors les membres d'une même branche se trouvent placés dans une relation étroite de dépendances mutuelles.

    Nous dirons en résumé, la présentation de soi au Compu's Club, c'est d'abord un état. C'est pour l'adhérent une façon d'aborder la vie de cette association, de prendre contact avec les autres, une façon de mettre en valeur sa personnalité, ses traits distinctifs qui le caractérisent, l'individualisent, le singularisent. Pour paraphraser la branche Littérature : c'est l'écriture de soi et la lecture de l'autre. La présentation de soi peut être considérée comme des actes dans le sens où ils véhiculent une dimension en terme de mise en scène (Goffman). La présentation de soi, c'est aussi une attitude simulatrice dupant l'entourage. Ainsi, pour interpréter dans cette association le poids des représentations dans le changement des adhérents, nous n'avons pas perdu de vue que l'analyse des comportements individuels ne peut se faire sans prendre en considération la présentation de soi dans les interrelations. En fait, dans ces interrelations, où se construit simultanément la représentation de soi et la représentation sociale, l'adhérent apprend à valoriser certains comportements et à les intégrer dans sa représentation de soi sous forme de règles qui le concernent et de préférences qui lui sont chères. Il y a donc une détermination des représentations avec la configuration dans laquelle l'adhérent se donne en représentation. La configuration Compu's Club finit par ressembler à un théâtre dans lequel les adhérents-personnages jouent avec les projets, trompent les autres tout en sachant qu'ils ont besoin des deux pour satisfaire leurs besoins-aspirations. Pour synthétiser notre interprétation nous avons construit le schéma suivant :

    Schéma récapitulatif de la présentation de soi au Compu's Club

    De la représentation de la configuration Compu's Club et de la présentation de soi dans cette configuration nous dirons finalement qu'elles participent véritablement au changement des adhérents. Autrement dit, pour changer, l'adhérent exerce nécessairement des présentations de soi au sein de la configuration dont il a une représentation personnelle. En même temps, l'image de sa présentation aux autres, la conscience du jugement que l'autre porte sur lui et les sentiments positifs ou négatifs qui en résultent (et par là, l'image de soi) évoluent. En clair, les représentations de la configuration sont construites à la fois objectivement et subjectivement. En effet, la présentation de soi aux autres des adhérents, comme extériorisation par rapport à soi, agit en retour de manière contraignante sur eux, la réalité de la configuration est objectivée ; comme produit des représentations et des participations, agit en retour intériorisée par eux, elle est subjectivée. Cette réciprocité, voulu ou non, de soi vers l'extérieur et inversement, participe du changement de l'adhérent.

    3.3 L'usage de manières de faire : la quintessence du changement

    Si la présentation de soi suggère des manières de faire consistant en des manières de se présenter alors user de présentations de soi doit pouvoir révéler l'existence d'une logique de penser propre à l'adhérent constitutive de ses intentions. Ainsi, l'usage renvoie à l'utilisation des configurations (à travers diverses manières de faire, de penser, d'être, ...) ; autrement dit, des manières de se présenter, se représenter et autres comportements et attitudes (afficher une apparence, investir physiquement les lieux, mettre en scène une identité positive, constituer un réseau de solidarité, ...) C'est à partir des représentations de l'adhérent-usager énoncées lors des entretiens461(*) que nous avons pu repérer cet usage. Pour le dire autrement, l'interprétation des représentations des configurations et les rôles endossés pour interagir doivent être complétés par l'interprétation de ce que l'adhérent "fabrique", "bricole", "braconne" pendant ces interactions. En clair, après avoir montré l'existence de présentations de soi spécifiques aux circonstances du quotidien de l'association, il va s'agir d'aborder dans ce chapitre en quoi l'individu-adhérent peut en "détourner" la logique pour son propre compte. Trouver le sens intentionnel de ces manières de faire devrait nous mettre au coeur des mécanismes de son changement.

    Certeau dans "l'invention du quotidien" pose l'existence de deux mondes, celui de la production et celui de la consommation ou des usages perçues comme des pratiques inventives et créatives, qui participent de l'invention du quotidien462(*). Il conçoit la consommation comme une "fabrication", une "poïétique" rusée, dispersée, silencieuse, quasi invisible qui s'oppose ou négocie avec le monde de la production dominante. Il cherche « à se placer dans la perspective de l'énonciation [qui] met en jeu une appropriation [,] instaure un présent relatif à un moment et à un lieu [et] pose un contrat avec l'autre (l'interlocuteur) dans un réseau de places et de relations. »463(*) A partir des entretiens, nous avons découvert les modalités de ces quatre caractéristiques de l'usage (se placer, s'approprier, s'inscrire dans des relations et se situer dans le temps) ; ce qui va nous permettre de comprendre le changement à partir des opérations bricoleuses (usages) qui se construisent et se soustraient aux règles imposées et à l'influence des configurations.

    3.3.1 "Se faire une place"

    3.3.1.1 L'espace : un lieu pratiqué

    « L'espace est un lieu pratiqué »464(*) souligne Michel de Certeau, en associant la stabilité au lieu et la mobilité à l'espace. Dans la configuration, l'adhérent peut exprimer sa personnalité, il élabore sa vision du projet de branche, puis l'élargit au travers de prises de responsabilités en prenant une fonction, par exemple. Son expérience du lieu s'affine avec ses mois de participation pour finir par coller à la réalité du projet, à l'espace. Pour l'adhérent, cette expérience constitue des repères indispensables à l'aménagement de ses participations et par là de ses manières de faire (se présenter, d'être, ...), à fortiori pour celui qui est en ruptures sociales et manquait déjà de repères par ailleurs. Ce qui suggère l'appropriation de l'espace dans lequel il va (ré)inventer ses participations comme un remède à ses ruptures. Le rôle de l'imaginaire (une idéalisation, par exemple465(*)) découlant de ses propres représentations est ici important.

    3.3.1.2 S'approprier l'espace : une manière de faire individuelle

    Ces attitudes d'appropriation de l'espace sont constitutives d'un espace personnel élargi. C'est ce qu'illustre, par exemple, le troisième adhérent interviewé : les représentations qu'il a de l'association466(*) et des jeunes467(*) renvoient à sa vie personnelle468(*) et ses propres ruptures469(*). Au Compu's Club, il peut exprimer sa personnalité : « je suis jeune, je veux aider, encadrer les jeunes. »470(*) Il a pris successivement des responsabilités, des fonctions et s'est finalement engagé471(*). Il s'est donc approprié l'espace configurationnel de cette association en élaborant un espace personnel élargi. Il y parvient par des manières de se présenter, se représenter ; c'est-à-dire, par une assiduité de la fréquentation du lieu, ses engagements successifs, des comportements circonstanciels, etc. Son intention étant de s'occuper des jeunes de l'association. Le sens est fournie par ses propres représentations, celles préalablement intériorisées (aider les autres, ...) et construites/développées dans et par les configurations (ses règles, ses possibles, ses valeurs, ...). Avec ce matériau, il se donne l'image de quelqu'un de bien dans l'intention plus globale de réaliser ses besoins-aspirations ; précisément, être reconnu en tant qu'individu, appartenir à un « groupe de camarades »472(*), être valorisé par l'image valorisante inhérente aux fonctions prises. Est-il alors possible que l'appropriation de cet espace (forme d'usage qui induit des manières de faire diverses telle que des présentations de soi adéquates) ouvre sur des changements de l'adhérent ?

    La question de l'usage de l'espace revient à saisir ce que celui-ci représente pour l'adhérent-usager. Notre réflexion précédente avance l'hypothèse qu'au départ c'est parce-qu'il existait une structure d'accueil des projets (le Compu's Club puis, parfois, la fondation d'une branche), que les adhérents s'engagent ; la perspective de réussir (ses besoins-aspirations personnels mais aussi le projet commun) rendant alors acceptables les efforts produits (l'usage de présentations de soi et autres manières de faire) et le risque de ne pas réussir. Dans cette perspective nous déterminons une réciprocité : il n'y a pas de manières de faire sans l'existence de cet espace récipiendaire qui fonctionne comme polarisation et cadre préparateur aux changements. A partir de là, la question à laquelle il nous est donné de répondre est : comment l'appropriation de cet espace473(*) par un espace personnel élargi peut-il être l'enjeu de ce qui est rendu visible (la manière de faire, de se présenter, etc.) ainsi que le souligne Certeau dans "L'invention du quotidien"474(*) ?

    3.3.1.3 S'inscrire dans des relations : stratégies et tactiques

    En fait, l'appropriation de cet espace autorise l'adhérent à jouer des configurations selon des possibles de profits. Précisément, il transforme non seulement ses relations par rapport à ce qu'il a vécu, mais également ses présentations de soi ; il se place autrement face au projet pour devenir auteur, inventeur, créateur. L'appropriation de l'espace se situe donc dans une sorte de mise en usage de cet espace pour espérer réaliser ses besoins-aspirations. Les usages constitués à l'intérieur des interactions prennent place et produisent des manières de faire que l'adhérent mobilise (présentation de soi, par exemple) lorsqu'il est en contact avec une configuration.

    En clair, la configuration offre un cadre interrelationnel ; son usage permet son existence en tant que cadre favorisant les changements ; et les manières de faire l'optimisent par les changements mêmes. Pour ce faire, l'adhérent investit dans la configuration selon deux types d'opérations : les stratégies et les tactiques.

    3.3.1.3.1 Les stratégies

    Lorsque l'adhérent s'approprie (s'empare, use) l'espace par une présentation de soi (par exemples : participations, engagements, comportements, ...) il calcule les rapports de forces en jeux pour s'en servir de base à une gestion de celle-ci dans ses relations. Il joue, il ruse, il détourne la configuration et par là, les jeux, les ruses, les détournements des autres selon, par exemple, un style propre. Dans cette logique du jeu de la ruse, du détournement, s'installe un rapport de dépendance entre ce calcul et cette gestion en même temps qu'elle dégage une marge de liberté ; en l'occurrence, le choix du style à employer. Il va user ainsi de manières spécifiques de se présenter, appropriées à la circonstance, tirées de ses intentions et qui révèlent un lieu circonscrit comme un propre (Certeau). Ce lieu propre est le lieu de ses intentions. Quand un adhérent choisit une stratégie, ses jeux lui sont directement associés par un ensemble de résultats qui restent possibles compte tenu de toutes les stratégies dont disposent les autres adhérents. Ainsi, il déploiera tous ses efforts pour réaliser ses motivations, ses besoins-aspirations, lui permettant de se distancer de ses ruptures, voire les cicatriser475(*). Son intention (que nous traduirons, ici, comme un but à réaliser) sera, dès lors, de veiller à réduire les éventuelles tensions au sein du groupe. Autrement dit, aider les autres et lui-même à regrouper l'attention, et par là à s'engager spontanément dans le contenu officiel de la branche, c'est-à-dire le projet, la mission ou l'objet de celle-ci. Il donne un sens à ses intentions. Cet usage de manières de faire, ses stratégies, autorise un degré de sécurité relatif à chacune d'entre-elles. Il s'intéressera alors à celles qui lui assurent le résultat le meilleur. Il s'assure ainsi et autant qu'il le peut contre le pire ; c'est-à-dire contre une contradiction des autres au sein du micro-groupe. Pour y parvenir, il définit préalablement un point d'équilibre entre les meilleures réponses à la configuration. En résumé, l'adhérent s'approprie, se réapproprie, s'adapte, ruse, joue, détourne constamment. Bref, il change continuellement.

    3.3.1.3.2 Les tactiques

    Lorsque l'adhérent exploite (s'empare, use) de la configuration dans une situation relationnelle immédiate, ou lorsqu'il n'a pas le choix, il va chercher soit à tirer profit des forces existantes en leur temps opportun, soit les laisser jouer à son profit par des manières de se présenter, immédiates et circonstancielles. Il saisit ainsi l'occasion selon un art de faire des coups, une tactique qui signifie l'absence de propre (Certeau). Les tactiques de l'adhérent tentent ainsi de répondre aux besoins et aux préoccupations personnelles de l'heure. Par exemple, la réponse agacée des membres-Echap de la section Littérature n'a pas évalué les conséquences de leur refus de se plier aux exigences de l'écrivain professionnel.476(*) Ainsi, la tactique est relative aux possibilités offertes par les circonstances mais n'obéit pas à la loi du lieu, de la configuration, de la contingence. Elle est manipulation (forme d'usage) de l'espace dans l'immédiateté. Autrement dit, l'adhérent fait preuve de créativité et d'invention en produisant des coups instantanés dans ses présentations de soi pour déjouer le jeu des autres. Certeau précise comment, devant les multiples détails de la vie quotidienne, les tactiques, engendrent une activité débordante : « il y a mille façons de jouer et de déjouer le jeu de l'autre, c'est-à-dire l'espace constitué par d'autres et qui caractérisent l'activité tenace, subtile, résistante, de groupes qui, faute d'avoir un propre, doivent se débrouiller dans un réseau de forces et de représentations établies. »

    3.3.1.3.3 Un exemple de stratégie incluant des tactiques

    Ainsi que le souligne cet exemple à propos de l'étiquette informatique et de la mission477(*) de l'association, l'adhérent trouve des façons de faire, des moyens de déjouer ou de composer avec celles-ci pour arriver à ses fins. Ce qui transparaît de l'enquête c'est la capacité de l'adhérent à personnaliser les usages de l'informatique à des fins qui lui semblent le plus profitable, indépendamment du dessein initial de l'objet, c'est-à-dire indépendamment du but pour lequel l'étiquette de l'association destinait son objet (l'informatique). En bref, l'adhérent prétexte l'outil informatique pour fonder quelquefois des branches sans lien direct avec l'objet initial tout en l'utilisant véritablement comme un outil (traitement de texte, Internet, etc.). Ainsi, ont été fondées les branches Finance (CEB), Littérature (Echap), Jeunesse (Libertech), le bulletin Membre, le projet R.S.I. (Réseau de Solidarité Intergénérationnelle)478(*). En fait, il s'agit ici de choix, de sélections (de détournement stratégique) dans la gamme des possibilités offertes par la mission de l'association, pour tenter de répondre aux besoins et aspirations personnelles. Ainsi, l'adhérent s'approprie un espace qui lui permet, en tant qu'usager, de jouer sur la mission et l'étiquette du Compu's Club, tout en se passant des codes imposés par ce dernier (la pratique informatique), ou en tenant compte uniquement de ceux d'entre eux qui lui sont utiles dans la réalisation de ses propres objectifs (l'Internet, les méls ou le traitement de texte). Ce que nous résumons par le tableau suivante :

    Tableau d'usage de l'association par les adhérents

    Usage de l'association

    par les adhérents

    Mission de l'association :

    Proposer les TIC pour

    créer des activités

    Etiquette de l'association :

    les TIC

    Adhérent :

    Besoins-aspirations TIC

    Fondation d'activités TIC

    par les membres

    Utilisation des TIC par les membres en tant que fin en soi

    Adhérent :

    Besoins-aspirations non TIC

    Fondation d'activités non TIC

    Par les membres

    Utilisation des TIC par les membres en tant qu'outil.

    Ainsi, les adhérents détournent parfois les outils, les utilisent à leur manière, avec leur logique, une logique de la ruse. Cette logique, « qui composent, à la limite, le réseau d'une antidiscipline », subvertie, du dedans pour en faire autre chose, les outils informatiques ou les représentations imposées par l'objet de l'association. « Alors, seulement on peut apprécier l'écart ou la similitude entre la production de l'image et la production secondaire qui se cache dans les procès de son utilisation. »479(*) Leur mode d'emploi, se manifestant avec suffisamment de récurrence, correspond à des intentions, des préméditations. En somme, face aux modes d'emplois prescrits par l'étiquette informatique, les adhérent-usagers tendent à proposer des détournements de l'outil, des déviances de l'objet et des variantes de la mission, pour changer. Le sens donné à cet usage de l'association fait référence aux représentations et aux valeurs qui s'investissent dans l'usage de manières de faire.

    3.3.1.4 Se situer dans le temps

    En fait, nous venons d'interpréter les usages en fonction des moments d'investigations qu'ils privilégient (appropriation par des stratégies, formation des usages et inventivité par des tactiques). Pour résumer, les stratégies des adhérents (déterminant un propre) sont une « victoire du lieu sur le temps »480(*). En effet, elles servent de base à une gestion de leurs relations ; c'est-à-dire, sont un véritable terreau de capitalisation des avantages permettant leur réutilisation. Alors que la tactique dépend du temps parce qu'elle est immédiateté. Ce qu'elle gagne, elle ne le garde pas. L'adhérent use de l'occasion. La fréquence d'usage de tactiques et stratégies dans le temps nous ont permis de circonscrire les données sur les changements. Nous avons relevé qu'elles pouvaient être déstabilisées puis recomposées sous d'autres formes conduisant à une plus grande planification du temps. Ainsi, nous avons pu rendre-compte, précédemment, de la façon dont les adhérents-usagers usent de la configuration dans des temporalités spécifiques aux manières de faire.

    3.3.2 Tours et détours. Contours du changement

    Résumons-nous. La configuration en tant qu'offreuse de règles (c'est-à-dire une sorte de conditionnement, même si elle est mutuellement construite entre les adhérents) conditionne l'adhérent-usager selon une marge de liberté qui lui reste propre : ses intentions. Les interactions entre l'offre et son utilisation (tactiques et stratégies) renvoient aux représentations (par exemples, sa dimension symbolique, les différentes images développées) de l'adhérent-usager. La figure de celui-ci, rusé, subtil, bricoleur, capable de créer ses propres usages, apparaît comme celle d'un individu actif de son changement. Ses manières de se présenter (comportements, attitudes, ...) répondent aux propositions de la configuration dans l'intention de se l'approprier et par là se donner quelques chances de réaliser ses besoins-aspirations. Toutefois, la marge de manoeuvre de ses manières de faire est limité à la zone définie par toutes les manières de faire des autres adhérents-usagers, réduisant sa marge de liberté et de pouvoir dont il est détenteur à un moment. Autrement dit, l'appropriation de l'espace de la configuration permet de la comprendre comme un processus de création de sens, dans et par l'usage, dans toute sa dimension sociale. L'usage a ainsi une épaisseur sociale. Dans cette perspective, l'usage fait partie intégrante des manières de se présenter et autres manières de faire, il vient s'y intégrer en même temps qu'il les transforme et transforme, simultanément, l'état de l'adhérent ; c'est-à-dire, caractérise son changement. Prenons un dernier exemple. Nous avons parlé, plus haut, de style vu en tant que manière de se présenter ; l'interpréter, c'est interpréter un adhérent qui a trouvé sa manière de dire481(*) par une expressivité propre (manière de faire). C'est un art de faire, un savoir-faire pour comprendre, se distancer, faire le point, exister, se reconnaître, acquérir une identité, échanger, travailler sur soi, donner à être écouté, élaborer une pensée, évoluer, se dégager, se transformer voire se transcender, se sublimer et par là-même changer. En effet, lorsque cette expressivité est authentique et tombe juste, son expression par une présentation de soi spécifique devient prégnante et porteuse pour l'adhérent ; il change en ce sens qu'il oeuvre pour réaliser ses besoins-aspirations. Certeau parlait déjà d'une esthétique du savoir par un savoir-faire482(*). Ainsi, le style représente l'espace de ce que l'adhérent-usager éprouve par rapport à ce qui est ou qui doit être à un moment donné. Les bénéfices sont donc tant au plan du savoir personnel que de la personne même. Il n'est plus tout à fait le même qu'avant, il évolue, il change en jouant de la configuration.

    Ce qu'il est intéressant de voir finalement c'est que l'adhérent développe une créativité immédiate ou réfléchie (tactique ou stratégie) pour s'adapter aux situations et arriver à ses fins, répondre à ses attentes. Ce sont des temps d'ouverture à une socialisation (avec l'autre), porteuse d'autodidaxie (expérience-connaissance). La façon d'utiliser la configuration est au fond tributaire de la façon d'user de manières de faire en tant que processus de socialisation propre à chaque adhérent ; elles-même tributaire des différentes histoires et des règles propres des configurations à la fois modelées et modelantes. Si l'on considère qu'il peut trouver là une distance avec ses ruptures alors il change profondément, intérieurement, intrinsèquement. Par cette autodidaxie, il acquiert de nouvelles manières de penser et d'agir selon un espace-temps de transition plus ou moins long : son espace personnel élargi. Elle constitue donc un mode d'apprentissage qu'il anime comme une ressource en quelque sorte dès qu'il est, par exemple, contraint d'inventer des solutions inédites à un problème particulier. Son changement nous est par là rendu intelligible.

    3.3.3 La part de l'autre

    Nous sommes arrivé au point de pouvoir rassembler un certain nombre d'éléments et sceller notre propos pour souligner avec force un autre sens : la part de l'autre dans le changement. Ce que nous avons interprété là est de l'ordre d'une mutation de fond individuelle, d'une singularité même si elle n'échappe pas à une certaine régularité ou peut être comprise par une loi. Sachant que l'expérience se soutient de généralités, de lois, qu'elle dépasse l'un pour toucher l'ensemble. Dans nos exemples, il peut y avoir une sorte de ressemblance mais pas d'identité ; l'expérience (et son énonciation, usage de l'expérience, manière de faire) reste une singularité. C'est à partir d'elle que l'adhérent invente. Bref, les manières de faire montrent un rapport intersubjectif en actes mais une singularité de l'expérience ; une similitude avec les projets mais une multiplicité de coups joués singuliers. Une singularité qu'il nous faut donc entendre comme une construction par la pluralité. Ce qui témoigne de l'inscription de l'adhérent-usager dans un contexte social configurationnel indispensable à la préparation de son changement.

    Pour l'adhérent user de manières de faire revient donc à s'engager de manière singulière dans une pluralité de manières de faire. En effet, dans les énoncés, comme dans leurs énonciations, cela se marque par un "je" qui s'assume comme auteur propre et singulier. Entre l'énoncé et l'énonciation, un lien. Ce lien est l'usage de manières de faire qui désigne la place que va occuper l'adhérent-usager et où le singulier touche au général. Cette place, outre le fait qu'elle soit au centre de sa construction, a la particularité de rencontrer un autre (un autre je) qui peut s'y reconnaître (un autre chômeur pour la branche Littérature, par exemple). Dans ce cas, l'adhérent a comme but de faire partager son expérience, c'est-à-dire de l'agir et de l'éprouvé. Il appelle ainsi "l'autre" pour le partager, l'évaluer (il joue un coup) et par là lui permet d'évoluer, de changer intérieurement. L'attitude de l'autre touche alors à des réactions d'empathie, de sympathie, d'antipathie (le coup précédent appelle un contre-coup) qui sont des modes de connaissances de la relation avec les autres. Dans ses manières de se présenter, de se représenter la configuration amène à des manières de penser, d'agir. Ainsi, l'adhérent s'interroge, rend visible ses doutes et arrive immanquablement aux problèmes d'éthique. Il n'y a d'éthique que parce qu'il y a de l'autre. Chacun est à la recherche des gestes justes, qui donnent de la dignité à ses actions, conduit finalement à la construction d'un ethos (Scheler483(*)). Participer à cette construction le transforme parce-qu'elle est l'amorce d'une responsabilité qui reconstruit, à son tour, quelque chose de lui-même et de ses choix. L'usage de manières de faire épouse donc les situations communes par une singularité en même temps qu'il épouse la singularité des situations dans le commun.

    Mais pour s'autoriser à changer de la sorte, un risque est à prendre. L'adhérent éprouve de l'angoisse, même de la souffrance car, du fait de ses ruptures, il se sait exposé par rapport aux autres au moment de ces usages. Il n'expose pas seulement ses pensées mais soi-même. Il met bas le masque à l'instant de ses manières de faire. Il n'use donc pas seul, mais avec d'autres, pour d'autres. Ce qui surgit dans l'interaction entre soi et l'autre est sa subjectivité qu'il ne peut exclure. En ce sens, user de manières de faire correspond à un mode de restitution de ses sentiments : passions, amour, haine, rejet, masochisme. L'autre n'est plus alors seulement l'objet d'un regard extérieur, il est un confident. Ainsi, l'usage de manières de faire prend la place des manières de faire même et marque ce que l'adhérent cherche à présenter. En effet, il se comporte, par exemple, de manière à gagner la sympathie des autres. Son comportement moral tient compte du jugement de l'autre pour obtenir une appartenance dans le regard de l'autre. L'usage de manières de faire appelle ainsi à une éthique, c'est une éthique en acte.

    Au fond, le but de l'adhérent est de vivre normalement484(*) pour nier l'étiquette sociale relative a ses ruptures qui lui est accolée par la société. L'étiquette de chômeur en est un exemple significatif. S'ajoutent les ressources mentales comme « le désir de faire ensemble. »485(*) Son identité est en train de revivre à nouveau (ou bien une nouvelle est en train de naître) par sa volonté personnelle (il change). Nous irons jusqu'à dire : au-delà des participations ou des fonctions mêmes. Cette volonté est réaménagée pour que ses situations (les étiquettes allouées par la société) ne soient plus un handicap : il se prépare à un changement continuellement et incessamment renouvelé dans une configuration qui structure ses manières de faire. En effet, celle-ci est l'organisatrice des actions produites par les manières de faire. Elle vise à former des micro-groupes, à produire du contact. Ainsi, les projets sont moins des idées à développer que des idées à créer du lien social où les manières de faire témoignent d'un désir de réduire des ruptures, de réaliser des besoins-aspirations. Leur usage élabore de nouvelles formes d'échanges sociales. En somme, l'usage de manière de faire est une tension entre des aspirations et les craintes que celles-ci suscitent en même temps que cette tension est indispensable au changement individuel dans un cadre configurationnel.

    Finalement, dans ce chapitre, nous venons de caractériser les séquences et les procédures qui marquent un changement d'état pour l'adhérent au travers de l'usage de manières de faire qu'il fabrique. De la sorte, il s'approprie une place dans les configurations (un propre dans lequel il joue en stratège et tacticien) à partir de laquelle il va pouvoir dire les choses ; c'est-à-dire user de manières de se présenter (de dire, d'être, ...). Cette place a donc un sens, du sens. Un sens parce-qu'elle constitue l'espace personnel nécessaire à sa participation ; du sens parce-qu'elle est l'espace (au sens certausien du terme, c'est-à-dire un lieu pratiqué) à partir duquel il va jouer, ruser, fabriquer, détourner, bricoler, investir sa présentation de soi, ses manières de faire, d'être, d'agir, de penser. L'adhérent du Compu's Club est, en conclusion, la figure exemplaire qu'impose l'invention d'équivalences de codes, la réorganisation des systèmes. Il montre qu'il est possible de se déplacer entre le passé et le présent pour l'espérance d'un avenir, d'un devenir, qu'il peut inventer d'autres images de référence, dont l'ensemble finit par donner forme à une nouvelle représentation de soi et en jouer, en user pour répondre à ses attentes et par là se préparer à changer, puis changer et finalement changer continuellement. En fait, l'adhérent est un joueur ; sa salle de jeu est un théâtre où la dépendance des relations donne une idée de similitude et de réciprocité mais aussi de complémentarité entre sa singularité, son je et la pluralité des autres je. Cela l'amène à user de tactiques et de stratégies dans lesquelles il fait preuve de créativité pour chercher le meilleur résultat, en même temps qu'il définit un point d'équilibre dans ses relations. Son acte (l'usage) est singulier, son action (la manière de faire) est la preuve visible de ses changements en cours. Ainsi, l'adhérent du Compu's Club est un individu pluriel qui ne peut pas être pensé comme Robinson Crusoe mais dans une pluralité d'individus.

    C'est lorsque nous avons porté une attention particulière aux manières de se présenter que nous avons saisi les conditions d'émergence et l'importance du sens des usages dans l'appropriation de l'espace. En effet, ce sont les significations attribuées par l'adhérent-usager pour s'approprier les configurations qui contribuent à la constitution d'une identité nouvelle ou renforcée révélatrice de son changement. Ainsi, les relations interpersonnelles et les interactions révèlent la fabrication de l'espace, sorte d'entre-deux, bâtie autour de l'usage de manières de se présenter et qui portent les traces de la configuration dans laquelle les participations prennent place pour répondre aux attentes et par là permettre le changement de l'adhérent. Cet usage participe à la construction et au renforcement d'une ambiance, qui fut si souvent énoncée par les adhérents interviewés, et par extension, au renforcement d'une identité groupale.

    Conclusion : L'art et la manière

    Avec cette troisième et dernière partie, nous comprenons mieux pourquoi l'enquête a identifié un certain nombre de ruptures de l'adhérent486(*). En s'inscrivant au Compu's Club, il est fort probable qu'il souhaite les réduire, autrement dit changer.

    Nous avons voulu interpréter sa participation à partir de ses besoins-aspirations pour rendre intelligible les changements observés. Ce qui nous a permis de conclure que ses comportements étaient motivés par les représentations qu'il a de l'environnement et des autres adhérents.

    Mais le caractère interdépendant des configurations dans lesquelles il s'engage l'oblige aux relations interpersonnelles. Ce qui nous a permis de présenter l'interprétation du changement sous l'angle des manières de se présenter et de leurs usages. A partir de là, l'adhérent va provoquer ou profiter (formes d'usages) des circonstances selon des manières de faire propres à satisfaire ses attentes. Les manières de faire consistent en une activité de dévoilement de son identité (présentations de soi) en inventoriant le plus grand nombre de disponibilités existantes et vice versa. Elles rendent comptent de la communication entre les adhérents. En privilégiant les aspects profitables à chacun, les adhérents font preuve d'une appropriation de l'espace, avec pour objectif l'amélioration de leur place dans la configuration et par là, se donnent les moyens de satisfaire leurs besoins-aspirations. Nous sommes, avec ces usages, dans une expressivité. L'adhérent y instaure un présent relatif à un moment et à un lieu ; il pose un contrat avec les autres dans un réseau de places et de relations. Les stratégies et les tactiques qu'il emploie lui permettent d'inventer au singulier des modifications des situations interpersonnelles. De cette créativité naissent ses engagements, il change en même temps qu'il s'affirme comme un individu par rapport aux autres.

    En résumé, comprendre les raisons du processus de changement des adhérents de l'association Compu's Club c'est rendre compte des dynamiques relationnelles qui caractérisent les rapports. Ainsi, nous avons pu rendre visibles quelques matériaux participants du phénomène observé. Grâce à la construction du modèle d'analyse et des entretiens nous avons pu décoder les schèmes opératoires réalisés par les adhérents. En clair, nous avons repéré cinq mécanismes fondamentaux des manières de faire et de leurs usages :

    û une recherche de satisfaction des besoins-aspirations pour transformer les ruptures en mieux-être,

    û une mobilisation des représentations pour les utiliser dans les différents contextes où ils risquent d'en avoir besoin,

    û des présentations de soi adaptées pour s'intégrer dans une configuration,

    û des stratégies singulières pour interagir,

    û des tactiques individuelles pour acquérir ou conserver leur place.

    Lorsqu'une configuration favorise ces manières de faire, les adhérents usent de tactiques et de stratégies et se trouvent motivés par leur relations. Ils deviennent acteurs de leur changement.

    Conclusion générale

    CONCLUSION GÉNÉRALE

    Notre observation des adhérents-individus du Compu's Club, association informatique, nous a fait nous interroger sur le fait que certains parvenaient à changer. Dès lors qu'un adhérent créait, s'engageait ou participait à un projet de branche nous observions un mieux être, un mieux vivre que parfois il énonçait lui-même. Nous connaissions le fonctionnement de cette association informatique depuis sa création et ses adhérents depuis plusieurs années. Nous savions que l'organisation de cette association était axée sur l'autonomie de ses branches ; et ses fondements, sur la valorisation de l'individu. Néanmoins, pour une compréhension raisonnée du phénomène observé, il nous fallait identifier avec précision ces changements afin de les analyser et découvrir quelles en étaient les clefs et les mécanismes.

    Nous souhaitions donc aborder les changements de l'individu-adhérent dans ses rapports aux autres dans une contingence. Pour y parvenir, nous avons fait l'examen de ce qu'on entend de l'individu pour éclairer les présupposés. Ainsi, nous avons procédé à une recherche bibliographique sur le sens de l'individu aujourd'hui, ce qu'il est, ce qu'il produit, ses particularités, ses caractéristiques, ses valeurs, son (ses) identité(s), ses représentations, ses façons de faire. Ce fut l'occasion de formuler des repères en abordant le concept de configuration (les interrelations, les interdépendances) et les processus de représentations, de présentations sociales, d'identification et de façons de faire ou d'être d'un individu au moment du changement observé. Nous avons retenu que les représentations sont des modalités de pensée intériorisées, la présentation de soi appelle aux jeux des apparences dans la relation aux autres, l'identification signifie une socialisation et les façons de faire ou d'être supposent l'existence d'un usage singulier du faire, être, penser.

    Nous avons alors émis l'idée selon laquelle plus un individu use de manières de faire dans une configuration plus il change. Cette hypothèse pose l'individu dans ses relations à l'autre, avec les autres (configuration). Mais surtout elle met en jeu des possibles de jeux, de mise en scène de l'individu dans ces relations (usage de manières de faire) permettant sa singularité. Ce qui a orienté d'emblée le travail de compréhension du phénomène dans deux directions complémentaires : l'association vue en tant que configuration et l'adhérent vu en tant que producteur de manières de faire, d'être, de penser singulières. L'enjeu étant d'appréhender les mécanismes de ce qui joue, se joue ou a joué dans le changement apparent. Les termes clefs de cette hypothèse (individu, configuration, manières de faire) nous a permis de construire et définir un modèle d'analyse devant servir à notre enquête. Ainsi, le premier objectif de la première partie a consisté à dégager et à cerner la dynamique qui s'établissait entre l'adhérent et son changement, ainsi que ce qui le singularisait.

    Pour appréhender les raisons du changement de certains adhérents nous avons tenté de décrire les relations et les dépendances qui pouvaient exister entre le parcours individuel du membre avant son adhésion et sa participation actuelle. C'est à dire, nous avons cherché à relever si la trajectoire sociale de l'adhérent, son histoire familiale, sa situation professionnelle pouvaient être des raisons de son changement. Les entretiens ont présenté le passage d'un état premier vers un autre état sous-entendant une amélioration, c'est-à-dire un changement mesurable dans le temps et la durée. Si nous avons pu analyser des parcours différents, particuliers d'un membre à l'autre, nous avons surtout pu repérer une raison commune à leur changement : la rupture sociale. Ce qui nous a permis de connaître ce qui les a poussé à adhérer et ce qui les fait rester ou démissionner, avec des possibles de comparaisons entre les participants. Deux aspects principaux se sont démarqués de l'ensemble des interviews : une similitude des comportements à la relation interpersonnelle et une perception individuelle de l'environnement de l'association.

    Que peut-on toutefois retenir de leur changement ? Si le changement est le passage d'un état vers un autre, il est aussi le passage d'une situation présente, souvent insatisfaisante vers une situation future, désirée et espéré plus satisfaisante. Confronté à leurs situations de ruptures, les adhérents témoignent de plusieurs réactions possibles face au changement. En voici trois :

    û Une première réaction consiste pour celui ayant perdu confiance en ses capacités de ne pas s'engager dans un projet de branche, évitant ainsi une nouvelle situation qui peut être appréhendée comme contenant un échec potentiel et représenter une nouvelle menace pour son équilibre personnel.

    û Une deuxième réaction est pour l'adhérent de ne pas s'engager dans un projet de branche qui pourrait le placer dans une position d'ambivalence par rapport à des habitudes intériorisées de comportement, à des manières d'agir et de penser.

    û Une troisième réaction est pour l'adhérent la mobilisation de ressources symboliques lui permettant de transgresser ses déterminismes antérieurs et de s'engager dans un projet de branche. Ces ressources symboliques se situent au niveau de l'identité et de l'image de soi. L'identité et l'image de soi ne sont pas figées mais évoluent au fil des interactions sociales et des expériences qu'il vit. Ce qui lui donne une dimension d'acteur. En usant de cette image de soi, l'adhérent peut dépasser ses représentations et les préoccupations de cette image de soi pour poser un acte qu'il juge important ; une manière de faire.

    L'aspect dynamique du changement est donc l'idée d'un processus, d'un devenir, d'une progression qualitative de la vie. On peut donc voir le changement comme une amélioration continue d'un état d'être rendue possible par ce qui a joué, joue et se joue chez l'adhérent.

    Par ailleurs, les configurations Compu's Club participent du développement de ses adhérents. En effet, en tant qu'équilibre de tensions, elles sont les « figures globales toujours changeantes que forment les joueurs ; elles incluent non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. »487(*) Ainsi, l'enquête nous a fourni ce que les configurations en questions avaient de particulier. C'est-à-dire, non seulement leur composante éthique, leurs incitations à la motivation et à l'engagement, mais aussi les dépendances réciproques des interactions et des relations interpersonnelles. En quelque sorte, les configurations Compu's Club sont des incitants au changement, à la transformation de soi à soi et de soi aux autres et visent l'obtention d'une qualité de vie meilleure. En d'autres termes, elles sont les cadres conformés d'une amélioration de l'état d'être de l'adhérent. Cette vue d'ensemble permet de prendre conscience de l'importance de chaque élément. C'est-à-dire, les adhérents se voient progresser ; le fait de trouver une structure et d'en user, donne l'impression que satisfaire des besoins-aspirations est réalisable. En effet, si la configuration peut servir de cadre de base aux interrelations, elle offre surtout la possibilité d'en user de manière singulière pour répondre aux attentes de chacun et de tous. Une configuration construite et modifiée par tous donne du sens aux comportements de chacun. Construit par tous et par chacun en une incessante interaction. Ici, chacun est quelque part obligé de fabriquer ses présentations de soi en adéquation de la configuration de telle sorte que l'image produite soit vue positive par le micro-groupe. Mêmes les adhérents les plus réservés jouaient de la configuration. La motivation se trouve chez chacun d'eux. Au début, certains adhérents ne s'investissaient pas, et puis, ils ont pris, petit à petit, confiance en eux et ont fini par s'impliquer et prendre des responsabilités. Bref, cela autorise l'appropriation de la configuration. Celle-ci a pris du sens pour eux. Ils la sentent, ils la vivent dans une ambiance de responsabilité et de satisfaction (sinon, il ne restent pas). Ici, la configuration donne les moyens, est le cadre pour y parvenir. Cela leur a permis une ouverture d'esprit, le développement d'une amitié bienveillante, une solidarité et une tolérance vis-à-vis de la compréhension de chacun. Ce n'était plus un adhérent qui se débat seul, mais ensemble, ils construisaient leur satisfaction de besoins-aspirations individuels. Si le produit est collectif, néanmoins chacun peut rester créatif et faire ce qu'il veut. Cela laisse une place à la différence. Chaque adhérent peut trouver cette place, sa place. Cela nous confirme que rien n'est jamais joué d'avance dans la trajectoire d'un individu et que l'homme n'est pas réductible à un groupe (ses appartenances), bien que sous certains aspects, il est conforme aux caractéristiques propres à ce groupe. Chaque individu progresse ou régresse selon son propre contexte particulier.

    Dans ces configurations, lorsqu'un adhérent prend part aux dynamiques relationnelles, un ensemble de comportements interactifs caractéristiques a été noté. Ces comportements sont la conséquence de ses attentes et du sens qu'il leur donne. Il use alors, selon les circonstances, de tactiques ou de stratégies. Le comportement relevé en premier lieu chez les personnes interviewées est une stratégie d'adaptation par une présentation de soi circonstancielle afin d'attendre un but. En deuxième lieu, ils manifestent une série d'ajustements tactiques pour donner ou conserver une image positive de soi au regard des autres, sa place. L'analyse du processus d'interaction dévoile que tous les adhérents sont influencés par la présence des autres. Chacun d'eux ajuste son comportement et utilise des stratégies et des tactiques distinctes. En somme, lors des relations interpersonnelles, les interactions assurent les manières de faire interprétées. Quant à la forme de ces interactions, notre enquête établie que les situations sont configurationnelles. C'est-à-dire que les adhérents sont mutuellement dépendants les uns des autres pour répondre à leurs besoins-aspirations respectifs. L'usage singulier par un adhérent des circonstances créées par les dynamiques relationnelles est aussi semblable que pour n'importe quel autre adhérent. L'expression de cette singularité se développe dans un "tiers", un entre-deux. ; l'adhérent « y est toujours coincé dans le sort commun. appelé Chacun, cet anti-héros est donc aussi Personne, Nemo. »488(*) La configuration est ainsi d'un type particulier. Dans sa logique fondamentale, les adhérents en situation de face-à-face sont les participants principaux. L'entre-deux créé par le sens intentionnel des participations des adhérents est un troisième partenaire indissociable pour assurer la réussite des interactions. Il est le lieu propre et intermédiaire de négociation de la forme et du sens. De fait, le trialogue avec l'entre-deux est très fluctuant. Chaque adhérent tient une place mouvant en fonction des circonstances. En somme, les dynamiques relationnelles au sein d'une configuration possèdent une structure interactive complexe. D'autant plus complexe que l'adhérent ne s'engagera qu'après une analyse stratégique en termes de pouvoir et d'alliances. Il cherchera a avoir des assurances pour savoir comment s'engager et en évaluer les conséquences dans ses manières de se présenter. L'adhérent voit, ainsi, une proposition pour un accès au pouvoir. Chacun essaie d'imposer sa rationalité à l'autre, c'est-à-dire les règles du jeu qu'il est capable de jouer. Jeu qui se déroule à l'intérieur d'une marge de liberté définie par son interdépendance avec les autres même s'il « n'y a pas de formule générale permettant précisément de calculer [...] la largeur de la marge individuelle. »489(*)

    Autrement dit, nous mesurons qu'il y a changement à partir de trois dimensions : la dimension configurationnelle, interpersonnelle et inter-relationnelle.

    La dimension configurationnelle

    Le contexte environnemental du Compu's Club intervient dans des configurations qui impliquent une interdépendance des relations interpersonnelles et des interactions selon des normes et des règles sociales. Pour chacune des situations, les participants ont des rôles et des attentes auxquels ils sont liés. Ainsi, des règles implicites indiquent comment agir selon les circonstances. Pour y parvenir, les adhérents créent de nouveaux systèmes de valeurs. En interaction avec les autres, ils s'efforcent alors d'établir des relations selon le contexte. C'est à partir des continuelles évolutions de ces règles que nous avons pu mesurer un changement chez l'adhérent.

    La dimension interpersonnelle

    Les adhérents sont membres de micro-groupes d'appartenances qui véhiculent certaines valeurs, comportements et façons de faire. Chacun devant comprendre la signification des comportements de chacun pour interagir. C'est à partir des changements de conduite lors des interactions que nous avons pu mesurer un changement de l'adhérent.

    La dimension inter-relationnelle

    Dans la configuration, chacun projette une image de soi et tente de la faire accepter par l'autre. Cette image est véhiculée par des attitudes et des comportements. Or, ceux-ci sont le produit de l'expressivité de chaque adhérent à partir de laquelle l'interrelation se fonde. La présentation de soi doit alors défendre la personnalité, la réputation, les compétences et parfois même la place de l'adhérent. Il s'exprime alors par un je qui le positionne par rapport aux autres. C'est à partir des manières de faire dans la configuration que nous avons pu mesurer un changement de l'adhérent.

    Cette étude nous a permis d'atteindre notre objectif principal. C'est-à-dire, comprendre ce qui peut expliquer le phénomène de changement. Ainsi, nous avons maintenant une idée très précise de comment l'adhérent du Compu's Club participe à son évolution individuelle, son changement. A savoir, selon le principe fondamental suivant : plus il use de manières de faire, plus il affirme sa singularité, son individualité donc son statut d'individu. Ce changement passe par des représentations induisant des manières de faire spécifiques et adéquates aux configurations. Les configurations Compu's Club pourraient être définies de la sorte : des lieux d'apprentissage de nouveaux modèles relationnels et de valeurs qui ne peuvent être interactifs que selon cet apprentissage. « Ce que nous avons en réalité sous les yeux tous les jours, qui nous permette de comprendre comment la multitude d'individus isolés forme quelque chose qui est quelque chose de plus et quelque chose d'autre que la réunion d'une multitude d'individus isolés. »490(*)

    Le changement des adhérents est donc fondé sur la conviction que l'association (ou la branche) peut être amenée elle-même à évoluer. L'adhérent a par conséquent une idée de ce que devront être ses nouveaux modes de relations, qui se construisent dans l'action mais aussi dans l'interaction et en fonction de l'imaginaire du micro-groupe. Le changement personnel des adhérents est donc tributaire des changements globaux (une pluralité de je) qu'il contribue à changer selon l'espérance de réalisation de ses besoins-aspirations (la singularité du je sans cesse renouvelé). Les deux niveaux que touche le changement, c'est-à-dire individuel et collectif.

    Individuel parce-que l'expérience vécue au sein des situations particulières des configurations modifie l'état de conscience de l'adhérent. Elle le met à distance de ses ruptures. Il prend du recul. C'est une forme de restructuration individuelle. En même temps qu'elle permet la mise en relation avec l'autre auprès de qui il se confronte. Cette confrontation modifie ses représentations et ses émotions et favorise la création de nouvelles valeurs par un changement de sa conduite et de ses interrelations. Ainsi, la logique d'usage façonne celui qui la pratique. Cette pratique devient alors source d'apprentissage à une nouvelle forme de pensée, une mutation individuelle. Mais prendre conscience n'est pas suffisant. L'adhérent, coincé entre désirs individuels et normes sociales de la configuration, doit d'abord se remettre en question pour que la prise de conscience puisse s'accompagner d'une charge émotive afin de passer à l'action (engagement, participation). Bref, une intention ! Dès lors, l'adhérent perçoit l'écart entre l'état actuel et l'état désiré pour lui donner un sens : le sens intentionnel. A partir de là, se mettent en place des stratégies qui seront exercées dans la configuration selon une interdépendance avec les autres stratégies de chaque adhérent.

    Collectif parce-que c'est l'ensemble du cadre configurationnel de la relation à l'autre et des situations favorisantes interactives qui favorisent le changement personnel de l'adhérent. Les valeurs démocratiques apportent une forme de soutien social. Suivre les systèmes de règles morales que celles-ci engendrent, constituent un ethos qui favorise l'affirmation de soi. Cette affirmation de soi accroît l'espace de liberté et objective un prise de distance (une distinction) par rapport aux autres en même temps qu'il permet de se sentir reconnu et accepté par eux. Mais l'usage que l'adhérent fait de la configuration, de son imaginaire (c'est-à-dire, par un art de faire il invente et crée) et de ses normes, n'est pas neutre. Il influe sur lui-même et crée une empreinte qui modifie progressivement la configuration dans laquelle (dans lesquelles) il est immergé. C'est-à-dire, une nouvelle identité façonnée par de nouveaux liens et de nouveaux ancrages ainsi que de nouvelles interactions, interrelations, interdépendances.

    Si, le changement consiste en la création de nouvelles règles et si en changeant l'adhérent modifie (change) la manière dont il se situe par rapport aux autres en même temps que ses propres représentations, alors, dans une configuration, lorsqu'un individu use de manières de faire, il se singularise. « Plus les hommes sont nombreux à devoir obéir dans leur action aux forces naturelles indomptées de leur propre corps, moins ils diffèrent les uns des autres dans leur comportement. Et, au contraire, plus ces forces sont soumises à un contrôle multiple et omniprésent dans la vie collective [...] plus elles sont contenues, détournées et transformées, plus les différences s'accentuent entre les individus dans leur comportement, leurs sensations, leurs pensées, leurs objectifs, sans oublier le modelage de leurs physionomies, plus ils "s'individualisent". Au cours de ce processus, non seulement les individus se différencient effectivement les uns des autres dans leur configuration, mais prend en même temps une conscience plus aiguë de cette différence. »491(*) Si à plusieurs reprises nous avons nommé l'adhérent de diverses façons. Tantôt membre-auteur lorsqu'il joue le rôle d'auteur, tantôt membre-acteur pour le rôle d'acteur, ainsi de suite (adhérent-personnage, adhérent-individu, etc.) c'est pour signifier la multiplicité des états et des rôles joués par l'adhérent. L'adhérent (ou le membre) étant la constante et les qualificatifs, les variables. Ce qui prouve la diversité et la richesse d'un individu, autant d'éléments signifiant sa singularité, son individualité, bref, son statut d'individu lorsqu'il en use dans une configuration par des manières de faire. Ainsi notre hypothèse, "plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu" s'en trouve corroborée.

    Schéma récapitulatif du changement des membres du Compu's Club

    En terminant, nous voulons relever quelques pistes de réflexions qui découlent de nos conclusions. L'analyse des manières de faire a révélé leur caractère interdépendant car chaque adhérent joue un rôle dans la configuration selon des "coups" appelant un "contre coup" par "l'autre". Nous avons vu que le désengagement d'un adhérent par rapport à la non satisfaction de ses besoins-aspirations mène à un comportement de lassitude puis de démission. Les manières de faire sont alors destructrices et tendent à rejeter la faute sur autrui. Il serait important, dans ce cas, d'approfondir l'influence de l'éducation et de la vie personnelle sur les comportements. La méthode du récit de vie serait ici appropriée.

    Nous avons également relevé que la configuration n'existait que si les adhérents la faisait exister par leurs interactions et relations interpersonnelles. Nous pensons que le sens intentionnel dans les interactions doit être précisé. Il faut reconnaître le rôle des manières de faire et de leurs usages dans la réalisation de la satisfaction des besoins-aspirations et faire valoir son indispensable importance.

    Références bibliographiques

    Alain, Eléments de philosophie, Gallimard, coll. Folio/essais, 1990, 378p.

    Bernoux Philippe, La sociologie des entreprises, Seuil, coll. Essais, 1999, 406p.

    Boudon, Raymond et Bourricaud, François, Dictionnaire critique de la sociologie, Puf, 1994, 736p.

    Boudon, Raymond, La théorie des valeurs de Scheler vue depuis la théorie des valeurs de la sociologie classique, Travaux du Gemas n°6, 1999, 38p.

    Boulte, Patrick, L'Individu en friche, Essai sur l'exclusion, Desclée de Brouwer, 1995, 168p.

    Boutinet, Jean-Pierre, Psychologie des conduites à projet, Puf, coll. Que sais-je, 1999, 128p.

    Cazals-Ferré, Marie-Pierre et Rossi, Patricia, Eléments de psychologie sociale, A. Colin, coll. Synthèse, 1998, 96p.

    Certeau, Michel (de), L'invention du quotidien 1. arts de faire, Gallimard, coll. Essais, 1990, 350p.

    Chombart de Lauwe, Paul-Henri, La culture et le pouvoir, L'Harmattan, Coll. Changements, 1983, 385p.

    Chombart de Lauwe, Paul-Henri, Pour une sociologie des aspirations, Denoël-Gonthier, 1971, 211p.

    Corcuff, Philippe, Les nouvelles sociologies, Nathan, coll. 128, 1995, 128p.

    Crozier, Michel, Friedberg, Ehrard, L'Acteur et le Système, Seuil, coll. Essais,1977, 500p.

    Descartes, René, seconde partie, Discours de la méthode & quatrième partie, Méditations in OEuvres et Lettres, La Pléiade, 1953, 1423 p.

    Dumont Louis, Homo aequalis, Gallimard, 1976, 270p.

    Dumont Louis, Homo hierarchicus, Gallimard, coll. Tel, 1979, 449p.

    Dumont, Louis, Essais sur l'individualisme, Seuil, Coll. Esprit, 1991, 310p.

    Durkheim, Emile, De la division du travail social, Puf, coll. Quadrige, 1998, 464p.

    Durkheim, Emile, Le suicide, Puf, coll. Quadrige, 1999, 480p.

    Ehrenberg, Alain, L'individu incertain, Calmann-Lévy, Hachette, coll. Pluriel, 1995, 351p.

    Elias, Norbert, Engagement et distanciation, Fayard, 1993, 258p.

    Elias, Norbert, La société de cour, Flammarion, coll. Champs, 1990, 330p.

    Elias, Norbert, La société des Individus, Fayard, coll. Pocket, 1991, 301p.

    Epictète, Manuel, Flammarion, 1964, 48p.

    Fisher, Gustave-Nicolas, Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, Dunod, 1996, 226p.

    Freud, Sigmund, psychologie collective et analyse du moi, Payot, 177p.

    Goffman, Erving, La mise en scène de la vie quotidienne, la présentation de soi, Minuit, 1973, 251p.

    Goffman, Erving, Stigmate, Les usages sociaux des handicaps, Minuit, Le sens commun, 1975, 175p.

    Hoffmans-Gosset, Marie-Agnès, Apprendre l'autonomie Apprendre la socialisation, Chronique sociales, 2000, 163p.

    La Bruyère, Jean (de), Les Caractères, Gallimard, 1975, 512p.

    Laville, Jean-Louis, Les services de proximité en Europe, Syros/Alternatives, 1992, 247p.

    Laville, Jean-Louis, Une troisième voie pour le travail, Desclée de Brouwer, coll. Sociologie économique, 1999, 217p.

    Maffesoli, Michel, Le temps des Tribus, La table ronde, 2000, 330p.

    Maisonneuve, Jean, La psychologie sociale, Puf, coll. Que sais-je ?, 1998, 127p.

    Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Flammarion, 1964, 200p.

    Maslow, Abraham Harold, Vers une psychologie de l'être, Fayard, 272p.

    Moscovici, Serge, Essai sur l'histoire humaine de la nature, Flammarion, coll. Champs, 1977, 569p.

    Moscovici, Serge, Psychologie sociale des relations à autrui, Nathan, coll. Fac, 2000, 304p.

    Moscovici, Serge, Psychologie sociale, Puf, 1998, 632p.

    Nietzsche, Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, Gallimard, coll. Essais, 1985, 512p.

    Quivy, Raymond et Van Campenhoudt, Luc, Manuel de recherche en sciences sociales, Dunod, Paris, 1995, 287p.

    Renaut, Alain, L'individu, Hatier, coll. Optiques, 1995, 80p.

    Ricoeur, Paul, Soi-même comme un autre, Seuil, 1990, 421p.

    Rousseau, Jean-Jacques, Du contrat social ou principes du droit politique, in OEuvres complètes, T.III, Gallimard, coll. La Pléiade, 1964, 2240p.

    Scheler, Max, Nature et Formes de la sympathie. Contribution à l'étude des lois de la vie émotionnelle, Payot, 1928, 384p.

    Magazines et revues

    Changement (le), revue Sciences Humaines, Hors série n°28, mars-avril-mai 2000.

    Comte-Sponville, André, Parler de morale ?, Magazine littéraire n°361, 01-98.

    Evolution des valeurs des Européens (l'), Futuribles, revue n°200 HS, juillet-août 1995, 215p.

    Magnone, Fabrice, Le Monde Libertaire n°1028, 1-7 fév. 1996.

    Emissions radiodiffusées492(*)

    Aristote, le maître de ceux qui savent, Fr. Cult. (Une vie, une oeuvre), 06-08-98, 90'.

    Avènement de la démocratie (l'), Fr. Cult. (Répliques), 11-12-99, 60'. Invités : Robert Legros et Pierre Manent.

    Avons-nous besoin d'une nouvelle morale ?, Fr. Cult. (Répliques), 16-01-98, 60'. Invités : François Dagognet et Heinz Wismann.

    Croyances collectives (les), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 07-11-01, 20'. Conférence de Raymond Boudon.

    Déclarer des valeurs communes, Fr. Cult. (Le cabinet de curiosités), 12-12-98, 30'.

    Descartes et la crise de la raison, Fr. Cult. (les vivants et les dieux), du 19 au 23-04-98, (5x90'). Invités : Jean-Luc Marion, Geneviève Rodis Lewis, Edgar Morin.

    Descartes, Fr. Cult. (Lieux de mémoire), 30-10-98 (60') et 06-11-98 (60').

    Descartes, Fr. Cult. (Une vie, une oeuvre), 17-08-98, 90'.

    Don (le), Fr. Cult. (Nuits magnétiques), du 26 au 29-03-96, (4x90').

    Double (le), Fr. Cult., du 22 au 26-01-96, (5x18').

    Esprit et identité, Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 15-11-01, 20'. Conférence de Joëlle Proust.

    Ethique et modernité, Fr. Cult. (Philambule), 06-09-99 (60') et 24-06-99 (60').

    Formes naturelles de la sympathie (les), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 01-11-01, 20'. Conférence de Jean Decety.

    Groupes (les), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 17-05-00. Invité : Michel Mafessoli.

    Identité (l'), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 19-05-00, 30'. Invité : Zygmunt Bauman.

    Identité (l'), Fr. Cult. (Partage d'exotisme), 05-08-00 (redif. 1977), 90'. Invité : Claude Lévi-Strauss.

    Individu performant (l'), Fr. Cult. (Les chemins de la connaissance), 24-05-01, 30'. Invités : Norbert Alter et Valérie Marange.

    Individualisme (l'), Fr. Cult. (Philambule), 24-04-99, 60'. Invité : Gisèle Souchon.

    Inégalités, chômage. Les associations ont des solutions, Fr. Cult. (L'économie en question), 15-11-99, 60'. Invité : Jean-Louis Laville.

    Jeu, opium du peuple ou lien social (le) ?, Fr. Cult. (Staccato), 15-12-98, 90'. Invités : Christian Bucher et Marc Valleur.

    Manières de Chacal ou la ruse des dominés (les), Fr. Cult. (Les chemins de la connaissance), 20-07-01, 35'. Invités : Tassadit Yacine Titouth et Jean-Loup Amselle.

    Mythe de l'individu (le), Fr. Cult. (Staccato), 10-12-98, 90'. Invités : Stanislas Breton et Miguel Benasayag.

    Nature humaine (la), Fr. Cult. (Divers aspects de la pensée contemporaine), 26-09-99, 13'.

    Nietzsche, Fr. Cult. (Philambule), 08-07-98, 60'.

    Objets mentaux (les), 1994. Invité : Jean-Pierre Changeux.

    Part du don dans le monde moderne (la), Fr. Cult. (Répliques), 03-01-01, 45'. Invités : Alain Caillé et Jean-Luc Marion.

    Personne (la). Universalité de la personne, personnalité singulière, Fr. Cult. (La vie comme elle va), 01-03-01, 80'. Invité : Gérard Lurol.

    Pouvoir (le), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 30-05-01, 45'. Conférence de Claude Lefort.

    Production de sens et informatique, Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 12-11-01, 20'. Conférence de Jean-Pierre Balbe.

    Réflexions sur le pouvoir, Fr. Cult. (Staccato), 16-07-99, 90'. Invité : Monique David-Ménard

    Relation à l'autre (la), Fr. Cult. (Répliques), 10-10-98, 45'.

    Sens (le), Fr. Cult. (L'université de tous les savoirs), 07-01-01, 45'. Conférence d'Oswald Ducrot.

    Solidarités nouvelles face au chômage, Fr. Cult. (La vie ensemble), 10-01-99, 30'. Invité : Patrick Boulte.

    Théâtre, miroir de notre société (le) ?, Fr. Cult. (Staccato), 21-06-98, 45'. Invité : Jacques Lassalle.

    Valeurs de l'homme contemporain (les), Fr. Cult. (Répliques), 19-08-00, 23'. Invités : Jean-Claude Michéa et Pascal Bruckner.

    Vers une vie sociale démantelée ? L'univers précaire, Fr. Cult. (Grand angle), 06-02-99, 60'.

    Emissions télévisuelles

    Art comme moyen d'insertion professionnelle (l'), La Cinquième rencontre, 06-12-99, 23'.

    Autonomie et hétéronomie, La Cinquième (Les écrans du savoir), 02-10-98, 13'.

    Cerveau : modèle, morale, fraternité, éthique, connaissances et valeurs (le), La Cinquième (Les amphis de la cinquième), 11-11-99, 35'.

    Chômage, La Cinquième (Les écrans du savoir), 28-09-99, 13'.

    Démocratie (la), La Cinquième (Utopia), 14-04-00, 10'.

    Démocratie, La Cinquième, 19-11-98, 25'.

    Espace et l'objet (l'), La Cinquième (Pas si vite), 12-10-98, 4'.

    Ethique de la civilité, La Cinquième (Les amphis de la cinquième), 18-11-99, 56'.

    Illusions démocratiques (les), La Cinquième (Droits d'auteurs), 28-02-99, 52'.

    Images, La Cinquième (Les écrans du savoir), 18-12-98, 13'.

    Individu (l'), La Cinquième (Les écrans du savoir), 07-01-99, 13'.

    Intolérance (l'), France2 (Bouillon de culture), 17-04-99, 73'.

    Je est un autre, La Cinquième, 09-08-01, 40'.

    Lois du bien-être (les), La Cinquième (Les écrans du savoir), 29-05-01, 30'.

    Mise en scène du travail, La Cinquième (Les écrans du savoir), 27-01-99, 5'.

    Modélisation des comportements (la), La Cinquième, 02-11-01, 60'.

    Peut-on apprendre à être autonome ?, La Cinquième (L'éducation en question), 26-09-00, 14'.

    Pouvoirs de l'imagination (les), La Cinquième (Galilée), 03-11-98, 13'.

    Valeurs (les), La Cinquième (Récits de la jeunesse), 17-12-98, 74'.

    Bibliographie

    Adair John, Le leader, homme d'action, Top, 1991.

    Allport, Gordon Willard, Personality, H. Holt and Co, New-York, 1964.

    Arendt, Hannah, Les mots d'Arendt, Télérama n°2598, 27-10-99, p.22.

    Argyris, Chris, Participation et organisation, Dunod, 1970.

    Barbier, J.-M., Revue Sciences Humaines, Le changement, HS n°28, mars-avril-mai 2000, p.11.

    Birnbaum, Pierre et Leca, Jean, Sur l'individualisme, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, coll. Références, 1991.

    Boutinet, Jean-Pierre, Psychologie des conduites à projet, Puf, coll. Que sais-je, 1999, p.3.

    Carling, F., And Yet We Are Human, Chatto & Windus, 1962, p.18-19.

    Cassin, Barbara, L'équité, La Cinquième (Les mots de la psychanalyse), 17-04-00.

    Chauvel, Louis de l'Observatoire Français des Conjonctures économiques, L'évolution des valeurs des Européens, revue Futuribles, analyses et prospectives, juillet-août 1995, page 176.

    Combessie, Jean-Claude, la méthode en sociologie, La découverte et Syros, Coll. Repères, 1999, p.63.

    Crédoc, Les Français et la vie associative, décembre 1998.

    Dictionnaire des sciences humaines - Anthropologie/Sociologie - Nathan, p.173.

    Doise, Wilhem, L'explication de la psychologie sociale, vers 1980. (Cf. note de bas de page n°22).

    Drucker, Peter, Le Management par objectifs (Management of results), 1964.

    Durkheim, Emile, Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, Puf, 2è éd., 1990.

    Elias, Norbert, Qu'est-ce que la sociologie ?, Pandora/Des Sociétés, 1981, pp.156-157.

    Favier, Roland, lors de la conférence de Paul Ricoeur, 12-01-01, univ. Latourg-Maubourg, Valence.

    Finkielkraut, Alain, La barbarie individualiste, Revue le Messager Européen, In Renaut, Alain, L'individu, Hatier, coll. Optiques, 1995, p.39.

    Firth, Raymond-William, Encyclopædia Universalis 1998 à Firth.

    Fischer, Gustave-Nicolas, la psychologie sociale, Seuil, Coll. Essais, 1997.

    Foulquié, Dictionnaire de la langue philosophique, 1962. (Cf. note de bas de page n°22).

    Fridman, Viviana et Roy, Alain, cf. Rémy, Jean, La vie quotidienne et les transactions sociales : perspectives micro ou macro-sociologiques, Maurice Blanc, 1992.

    Girard, Alain, Le Choix du conjoint, Puf, 1974.

    Greimas, Aljirdas-Julien, Linguistique statistique et linguistique structurale in Le Français moderne, 1962, p.245.

    Gusdorf, Georges, La découverte de soi, Puf in Maisonneuve J., La psychologie sociale, Puf, 98, p.36.

    Jodelet, Denise, Représentations sociales : phénomènes, concepts et théories, in Moscovici, Serge, Psychologie sociale, Puf, 1984, p.357.

    Kant, Emmanuel, Fondements de la métaphysique des moeurs, II, tr. V. Delbos, Delagrave.

    Lahire, Bernard, Tableaux de familles. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, Seuil, Coll. Hautes études, 298p.

    Laurier Turgeon, Denys DelÂge et Réal Ouellet (dir.), Transferts culturels et métissages. Amérique/Europe, XVIe - XXe siècle, Les Presses de l'Université Laval, 1996, p.20.

    Le Bon Gustave, La psychologie des foules, 1895 in Maisonneuve, Jean, La psychologie sociale, Puf, coll. Que sais-je ?, 1998, p.5.

    Lebreton, Nathalie, Le capital c'est l'homme, La Cinquième (Les écrans du savoirs), 05-06-98.

    Leibniz, Gottfried Wilhelm, La monadologie, Association des Bibliophiles Universels, Version 1, août 1997, paragraphe 9, à partir de l'édition française de 1840.

    Lemos, André, Les Communautés virtuelles, Dunod, 1994, pp. 253-261.

    Linton, Ralph, Le fondement culturel de la personnalité, Dunod, 1999.

    Mac Dougal, Introduction à la psychologie sociale, 1908. (Cf. note de bas de page n°22).

    Maisonneuve, Jean, Introduction à la psychosociologie. (Cf. note de bas de page n°22).

    Maslow, Abraham Harold, Motivation and personality, Harper and Row, 1954.

    Mayo, Elton, Les Problèmes humains de la civilisation industrielle (1933), Les Problèmes sociaux de la civilisation industrielle (1947).

    Mead, Georges Herbert, L'Esprit, le soi et la société, 1934, tr. J. Cazeneuve, Puf, 1963.

    Meyerson, Ignace, Problèmes de la personne, colloque du Centre de recherches de psychologie comparative, E.P.H.E., Viè section, Mouton, 1973.

    Mole, Abraham, Théorie des objets, années 70. (Cf. note de bas de page n°22).

    Nédoncelle, Maurice, La réciprocité des consciences, Aubier, 1942.

    Palante, Georges, L'individualisme aristocratique, les Belles Lettres, 1995.

    Paulhan, F., Les Caractères, 1894, 5è éd., 1922.

    Pizzorno, Alessandro, Sur la rationalité du choix démocratique, tr. P. Birnbaum et J. Leca dans Sur de l'individualisme, Presses de la FNSP, 1986.

    Rémy, Jean, La vie quotidienne et les transactions sociales : perspectives micro ou macro-sociologiques, Maurice Blanc, 1992.

    Ricoeur, Paul, Temps et récit. L'intrigue et le récit historique, t.1, Point, 1991.

    Rocher, Guy, Pour une théorie psychosociologique des aspirations, dans Bélanger, P.W., Les Cahiers d'A.S.O.P.E., vol. VII, PUL, 1981.

    Rokeach, M. (The nature of human values) New York : Free Press, 1973 in futuribles p.15.

    Scheler, Max, Le formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs, 1913-1916, tr. M. de Gandillac, Gallimard, 1955.

    Stirner, Max, L'Unique et sa propriété, 1845, tr. E. Lasvignes, 1948.

    Stoetzel, Jean, Théorie des opinions, Puf, 1943.

    Tarde, Etudes de psychologie sociale, vers 1891. (Cf. note de bas de page n°22).

    Tchernia, Jean-François, Research International in Futuribles n°200, juillet-août 1995, p.9.

    Valade, Bernard, Dictionnaire de la sociologie, Larousse Thématique, 1996.

    Index des auteurs

    Adair, John, 126, 127, 189

    Alain, 2, 10, 17, 22, 23, 32, 36, 39, 40, 42, 185, 186, 187, 189

    Allport, Gordon Willard, 29, 189

    Alter Norbert, 187

    Amselle, Jean-Loup, 187

    Arendt, Hannah, 32, 189

    Argyris, Chris, 129, 189

    Aristote, 13, 50, 51, 116, 137, 186

    Armengaud, Françoise, 32

    Arvon, Henri, 36

    Balbe, Jean-Pierre, 187

    Barbier, J.-M., 31, 189

    Bauman Zygmunt, 187

    Bernoux Philippe, 153, 185

    Birnbaum, Pierre, 34, 38, 189, 190

    Blanc, Maurice, 42, 189, 190

    Boudon, Raymond, 25, 29, 34, 38, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 70, 81, 185, 186

    Boulte, Patrick, 33, 185, 188

    Bourricaud, François, 38, 185

    Boutinet, Jean-Pierre, 95, 185, 189

    Breton, Stanislas, 36, 187

    Bruckner Pascal, 188

    Bucher, Christian, 187

    Caillé, Alain, 187

    Carling, F., 152, 189

    Cazals-Ferré, Marie-Pierre, 24, 27, 47, 68, 88, 93, 185

    Certeau, Michel (de), 14, 21, 24, 26, 53, 54, 55, 58, 64, 66, 67, 69, 81, 121, 122, 138, 141, 142, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 169, 170, 179, 185

    Changeux, Jean-Pierre, 187

    Chauvel, Louis, 44, 189

    Chombart de Lauwe, Paul-Henri, 19, 120, 124, 126, 128, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 139, 140, 143, 150, 185

    Combessie, Jean-Claude, 69, 189

    Comte-Sponville, André, 51, 52, 186

    Corcuff, Philippe, 34, 70, 116, 142, 145, 185

    Corneille, Pierre, 44

    Corraze, Jacques, 28, 29

    Crozier, Michel, 24, 25, 185

    Dagognet, François, 186

    David-Ménard, Monique, 187

    Decety, Jean, 187

    Denys, DelÂge, 42, 190

    Descartes, René, 28, 36, 185, 187

    Drucker, Peter, 124, 189

    Ducrot, Oswald, 187

    Dumont, Louis, 10, 17, 22, 49, 81, 185

    Durkheim, Emile, 34, 35, 38, 39, 42, 45, 47, 48, 50, 64, 70, 185, 189

    Ehrenberg, Alain, 17, 22, 185

    Eid, Georges, 11

    Elias, Norbert, 12, 13, 14, 17, 23, 24, 25, 26, 30, 36, 38, 40, 42, 57, 58, 60, 64, 66, 87, 116, 117, 120, 122, 141, 142, 143, 144, 145, 180, 181, 183, 185, 189

    Epictète, 185

    Favier, Roland, 69, 189

    Finkielkraut, Alain, 22, 23, 40, 189

    Firth, Raymond-William, 12, 14, 189

    Fisher, Gustave-Nicolas, 21, 25, 31, 32, 33, 36, 38, 39, 40, 79, 90, 91, 93, 160, 189

    Freud, Sigmund, 12, 33, 38, 185

    Fridman, Viviana, 42, 189

    Friedberg, Ehrard, 25, 185

    Girard, Alain, 39, 189

    Goffman, Erving, 12, 24, 30, 121, 141, 143, 152, 154, 155, 160, 185

    Greimas, Aljirdas-Julien, 168, 189

    Gusdorf, Georges, 27, 189

    Herskovits, Melville Jean, 34

    Hoffmans-Gosset, Marie-Agnès, 185

    Jerphagnon, Lucien, 46

    Jodelet, Denise, 12, 21, 27, 35, 153, 189

    Jouvenel, Hugues (de), 44

    Kant, Emmanuel, 25, 51, 189

    La Bruyère, Jean (de), 29, 185

    Lagache, Daniel, 29

    Lahire, Bernard, 40, 190

    Lassalle, Jacques, 188

    Laurier, Turgeon, 42, 190

    Laville, Jean-Louis, 186, 187

    Le Bon, Gustave, 22, 190

    Lebreton, Nathalie, 40, 190

    Leca, Jean, 34, 38, 189, 190

    Lefort, Claude, 187

    Legros, Robert, 186

    Leibniz, Gootfried Wilhelm, 21, 36, 190

    Lemos, André, 38, 60, 61, 190

    Lévi-Strauss, Claude, 8, 9, 187

    Levinas, Emmanuel, 22

    Lewin, Kurt, 25

    Linton, Ralph, 34, 190

    Lipovetsky, Gilles, 22

    Lurol, Gérard, 187

    Maffesoli, Michel, 7, 52, 53, 126, 186

    Magnone, Fabrice, 37, 186

    Maisonneuve, Jean, 12, 22, 27, 28, 29, 38, 47, 68, 115, 186, 189, 190

    Manent, Pierre, 186

    Marange, Valérie, 187

    Marc-Aurèle, 186

    Marion, Jean-Luc, 187

    Maslow, Abraham, 29, 41, 119, 120, 123, 124, 125, 126, 128, 129, 130, 134, 139, 140, 150, 186, 190

    Mayo, Elton, 22, 23, 190

    Mead, Georges Herbert, 29, 31, 190

    Meyerson, Ignace, 27, 190

    Michéa, Jean-Claude, 188

    Miguel, Benasayag, 187

    Morin, Edgar, 187

    Moscovici, Serge, 12, 21, 27, 33, 35, 121, 153, 186, 189

    Nédoncelle, Maurice, 27, 190

    Nietzsche, Friedrich, 36, 37, 47, 129, 186, 187

    Palante, Georges, 37, 47, 190

    Paulhan, F., 29, 190

    Pizzorno, Alessandro, 34, 190

    Plotin, 36

    Proust, Joëlle, 187

    Quivy, Raymond, 67, 186

    Rayer, Yannick, 40

    Réal, Ouellet, 42, 190

    Redfield, Robert, 34

    Rémy, Jean, 42, 189, 190

    Renaut, Alain, 10, 17, 22, 23, 36, 186, 189

    Ricoeur, Paul, 69, 137, 186, 189, 190

    Rocher, Guy, 131, 190

    Rodis Lewis, Geneviève, 187

    Rokeach, M., 45, 190

    Rossi, Patricia, 24, 27, 47, 68, 88, 93, 185

    Rousseau, Jean-Jacques, 22, 50, 186

    Roy, Alain, 42, 189

    Saffange, Jean-François, 23

    Scheler, Max, 25, 34, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 57, 64, 116, 170, 185, 186, 190

    Souchon, Gisèle, 37, 187

    Stirner, Max, 36, 190

    Stoetzel, Jean, 27, 45, 46, 190

    Tchernia, Jean-François, 45, 190

    Titouth, Tassadit Yacine, 187

    Tocqueville, Alexis (de), 48

    Valade, Bernard, 45, 190

    Valleur, Marc, 187

    Van Campenhoudt, Luc, 67, 186

    Weber, Max, 45, 48, 50

    Wismann, Heinz, 186

    Worms, Frédéric, 37, 38

    Table des illustrations

    Hypothèse 15

    Explication théoriquement attendue du changement 60

    Tableau de correspondance mots-clefs/concepts 61

    Répartition des membres de l'association par âge, sexe et situation familiale 70

    Répartition des branches par la situation familiale des membres 72

    Répartition des branches par le nombre de participants 73

    Répartition des circonstances d'adhésions 76

    Répartition des adhérents selon la thématique de la rupture 78

    Tableau récapitulatif : âge, situation familiale, rupture, fonctions prises, participation 80

    Tableau récapitulatif des trois figures de l'adhérent 83

    Tableau récapitulatif (conclusion) 84

    Echelle de la hiérarchie des besoins selon Maslow dite "pyramide" de Maslow 124

    Schéma de la fusion des besoins pour une communication en tant qu'échange 127

    Schéma de la circularité des besoins-aspirations au Compu's Club 142

    Schéma récapitulatif de la présentation de soi au Compu's Club 162

    Tableau d'usage de l'association par les adhérents 168

    Schéma récapitulatif du changement des membres du Compu's Club 184

    Table des matières

    Remerciements 2

    Sommaire 3

    Introduction générale 6

    1. L'ASSOCIATION, DE L'INDIVIDU AU MICRO-GROUPE 19

    1.1 Individu et changement : De l'étymologie au sens 21

    1.1.1 De l'individu à son identité sociale 22

    1.1.2 Vers une construction psychosociale de l'individu : le personnage 26

    1.1.2.1 Personnalité subjective, personnalité objective. 28

    1.2 Individu, configuration et changement : une recherche identitaire 31

    1.2.1 Devenir quelqu'un : angoisses et influences, démarches identitaires. 33

    1.2.1.1 L'identification, un mixte de représentations réelles et symboliques 34

    1.2.2 De l'individualisme à la relation à l'autre : la solidarité 35

    1.2.3 L'identité, une série de transactions. 41

    1.3 Individu, configuration, changement et micro-groupe : les valeurs, importance et ambivalence 44

    1.3.1 Les valeurs : affaire de mots et d'idées mais aussi production de rapports sociaux 45

    1.3.1.1 La théorie des valeurs de Scheler, une conception des catégories morales 46

    1.3.1.2 Peut-on fonder un système de valeurs ? 50

    1.3.2 L'individu dans son groupe, un inventeur de manières de faire 53

    1.3.3 L'hypothèse, des mots clefs pour construire un protocole de validation 56

    1.3.3.1 Autour de l'individu 56

    1.3.3.2 Autour du concept de configuration 57

    1.3.3.3 Autour des manières de faire 58

    1.3.3.4 Synthèse des liens entre les mots clefs de l'hypothèse. 59

    Conclusion : repérer l'individu changeant à partir d'un modèle d'analyse 64

    2. ENGAGEZ-VOUS, RENGAGEZ-VOUS, ILS DISAIENT 66

    2.1 Ce qui a joué : Caractéristiques d'engagements 71

    2.1.1 Du quantitatif au qualitatif : à la découverte de l'engagement 71

    2.1.2 Trois facteurs majeurs d'influence pour justifier l'engagement 74

    2.1.2.1 Motifs d'adhésions 74

    2.1.2.2 Circonstances d'adhésion 75

    2.1.2.3 Antécédents familiaux 77

    2.1.2.4 Antécédents associatifs et professionnels 78

    2.1.3 Trois catégories pour décliner la figure de l'adhérent 80

    2.1.3.1 Le membre philanthrope : 80

    2.1.3.2 Le membre pharisien-prestige : 81

    2.1.3.3 Le membre synallagmatique : 81

    2.2 Ce qui joue : Caractéristiques de configuration 87

    2.2.1 Perception de l'environnement associatif par le membre 87

    2.2.2 La naissance de conditions favorables à la relation 90

    2.2.3 Du rapport à la relation sociale 95

    2.2.3.1 Je suis en relation avec les autres hors de ma branche : 96

    2.2.3.2 Je suis en relation avec les autres dans ma Branche : 99

    2.3 Ce qui se joue : Caractéristiques des maturations 102

    2.3.1 Grandir son engagement ou se positionner dans le groupe 102

    2.3.1.1 Les représentations ou la part symbolique 103

    2.3.1.2 Les repères d'identité et les identifications ou la part réelle. 105

    2.3.1.2.1 Les repères d'identité sociale : deux types de conscience de son identité par le membre 106

    2.3.1.2.2 Les identifications : symboles sociaux 107

    2.3.2 Développer sa relation sociale ou l'élaboration du sens 108

    2.3.2.1 "l'éclat de la parole" ou de la communication à l'interrelation créative : 109

    2.3.2.2 "L'utilité sociale" ou l'assurance de la considération : 109

    2.3.3 Confiance en l'autre, confiance en soi ou les processus de socialisation 111

    Conclusion : Histoire(s) d'être(s) 115

    3. DU BESOIN AUX ASPIRATIONS : JEUX, TACTIQUES ET STRATÉGIES 119

    3.1 Aspirations et dynamiques de changement 123

    3.1.1 Des aspirations à la satisfaction des besoins : ce qui pousse à agir 124

    3.1.2 Aspirations de l'adhérent : trois notions successives ? 132

    3.1.2.1 Les désirs : une raison du bien-être 133

    3.1.2.2 Les espoirs : une bonne raison pour développer un projet 135

    3.1.2.3 L'espérance : une raison de vivre 137

    3.1.2.4 Synthèse des trois notions : de la succession au lien intime 139

    3.1.3 Les besoins-aspirations, une dynamique circulaire 140

    3.2 Présentation de soi : les jeux, les enjeux 143

    3.2.1 La configuration, un réseau de relations réciproques 144

    3.2.1.1 De la configuration Compu's Club 145

    3.2.1.2 L'association et la branche ; trois configurations 145

    3.2.1.3 Inter- (-actions, -relations, -dépendances) : le cas Echap 148

    3.2.1.4 Dehors-dedans et vice versa 149

    3.2.1.5 Les causes et les raisons des interdépendances 151

    3.2.2 De la représentation sociale à la présentation de soi 153

    3.2.2.1 La représentation : un imaginaire de conformités 153

    3.2.2.2 La représentation convenue : une forme de solidarité 154

    3.2.2.3 Un cas de présentation de soi 155

    3.2.2.4 Représentations et présentations de soi : une réciprocité 156

    3.2.3 Présentations de soi : une production de fragments identitaires 157

    3.2.3.1 Entre apparence et manière : un jeu 157

    3.2.3.2 Idéaliser sa place par la séduction et la manipulation 158

    3.2.3.3 S'adapter, une tactique pour être 160

    3.3 L'usage de manières de faire : la quintessence du changement 163

    3.3.1 "Se faire une place" 164

    3.3.1.1 L'espace : un lieu pratiqué 164

    3.3.1.2 S'approprier l'espace : une manière de faire individuelle 164

    3.3.1.3 S'inscrire dans des relations : stratégies et tactiques 165

    3.3.1.3.1 Les stratégies 166

    3.3.1.3.2 Les tactiques 167

    3.3.1.3.3 Un exemple de stratégie incluant des tactiques 167

    3.3.1.4 Se situer dans le temps 168

    3.3.2 Tours et détours. Contours du changement 169

    3.3.3 La part de l'autre 170

    Conclusion : L'art et la manière 174

    Conclusion générale 176

    Références bibliographiques 186

    Bibliographie 190

    Index des auteurs 192

    Table des illustrations 194

    Table des matières 195

    AUTEUR : Jean-Marc Soulairol

    TITRE : Pour quelle(s) histoire(s) d'être(s).

    SOUS-TITRE : Associations 1901, interrelations personnelles et interactions sociales, un art de faire.

    DIRECTEUR DE RECHERCHE : Bernard LAUGIER

    RESUME :

    Qu'est-ce qui fait que certains adhérents de l'association informatique Compu's Club semblent, indépendamment de l'outil, changer ?

    Le changement s'est expliqué par le fait que, à partir de ses désirs, ses espoirs et ses espérances à satisfaire ses besoins-aspirations, l'adhérent investit dans les dynamiques relationnelles pour en jouer ou bien profiter des circonstances pour les laisser jouer. Pour y parvenir il joue avec l'information qu'il donne de lui-même par la place qu'il s'accorde dans un jeu de dépendances réciproques qu'il contribue à former et changer. Mais il le fait lors de moments d'échanges qui rendent visibles un lieu dans lequel il fabrique des stratégies et des tactiques propres à donner du sens à ses jeux. Ainsi, il use de manières de faire singulières par un je sans cesse renouvelé sur la base d'un ensemble multiple de jeux, de je.

    Le présent travail a pour but de montrer que plus un individu use, dans une configuration, de manières de faire, plus cet individu accède à un statut d'individu.

    MOTS CLES : Individu,

    besoins-aspirations,

    présentation de soi,

    configuration,

    manières de faire.

    Présenté par :

    Jean-Marc Soulairol

    POUR QUELLE(S)

    HISTOIRE(S) D'ÊTRE(S) ?

    Associations 1901, interrelations personnelles et interactions sociales,

    un art de faire : L'étude d'un cas sur Valence (26), de 1997 à 2002, pour une

    compréhension de l'application d'une pratique raisonnée de l'idée de valorisation de l'individu.

    Tome II

    Directeur de Recherche :

    Bernard LAUGIER

    Université Lumière Lyon 2 Collège Coopératif

    I.S.P.E.F. Rhône - Alpes

    Département des Pratiques

    Educatives et Sociales

    Mémoire déposé en vue de l'obtention du

    Diplôme des Hautes Etudes des Pratiques Sociales

    D.H.E.P.S.

    Lyon 2002

    Annexes

    Annexe 1 L'association Compu's Club

    Annexe 2 L'enquête du Crédoc

    Annexe 3 Le questionnaire test

    Annexe 4 Entretiens, les thèmes

    Annexe 5 Entretiens, les questions

    Annexe 6 Premier entretien

    Annexe 7 Deuxième entretien

    Annexe 8 Troisième entretien

    Annexe 9 Quatrième entretien

    Annexe 10 Cinquième entretien

    Annexe 11 Sixième entretien

    Annexe 12 Septième entretien

    Annexe 13 Huitième entretien

    Annexe 14 Neuvième entretien

    Annexe 15 Valeurs et indicateurs relevés au cours des entretiens

    Annexe 16 Valeurs retenues par Rokeach

    Annexe 1 L'association Compu's Club

    Le cadre juridique :

    L'association Compu's Club est une association répondant à la loi de 1901 sur le droit d'association. « L'association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d'une façon permanente, leur connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. »493(*). Dans cette loi, Waldeck-Rousseau repense le droit associatif sur de nouvelles bases comprenant l'abandon du droit corporatif ancien, la primauté de l'individu et de ses droits, la liberté d'adhésion et de sortie d'une association, la limitation de l'association à un objet défini, l'administration par libre délibération de ses membres égaux en droits. Le monde post-moderne semblant se construire aujourd'hui autour de l'individu, l'association paraît être un cadre favorable à sa (re)valorisation. En effet, quel que soit sa typologie, l'association est devenue un haut lieu original et singulier de socialisation, d'apprentissage, de construction et d'exercice de la citoyenneté494(*).

    L'association Compu's Club

    Etiquette :

    Club des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication495(*).

    Courriel : compus.club@wanadoo.fr, Internet : www.kyxar.fr/~compus.

    Objet :

    « Provoquer des rencontres entre passionnés des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication afin de permettre des échanges, des manifestations et des activités artistiques, éducatives, culturelles et de loisirs. » (art.2 des statuts)

    Statut :

    Association sans but lucratif, loi 1901.

    Siren 423684331 - APE 913E - Urssaf 2603502006421130 (2 salariés)

    Création :

    Journal Officiel du 2 octobre 1997. N° 0263012169

    Siège :

    Valence (26000), 129 avenue Victor Hugo depuis le 1er novembre 2000

    membres :

    au 30 juin 2001

    117

    adhérents à jour de cotisation.

     

    192

    adhérents (9-81 ans) depuis création (1er oct. 97.)

    dont :

    27

    Juniors (9-17 ans)

    (14%)

     

    16

    Seniors (Aînés de + 55 ans)

    (27%)

     

    32

    Femmes

    (29%)

    moyenne d'âge :

    34 ans

    Reconnaissances :

    · Agréé association d'Éducation Populaire et association de Jeunesse n°26229.

    · Centre de formation professionnelle enregistré sous le n° 82 26 00910 26.

    · Habilité par la Caisse d'Allocations Familiales sous le numéro 7640

    · La branche Libertech (adhérents de moins de 18 ans) est habilitée par le Réseau National des Juniors Associations sous le n° 01260300.

    · Habilité par le ministère de la Justice pour dispenser des formations dans les prisons (MA26).

    Originalités de l'organisation de l'organe de décision et des activités :

    Même si l'Association Compu's Club répond aux critères de la loi de 1901 qui prévoit de s'associer sans aucune formalité, elle souhaite aller au delà par une organisation originale :

    1. Le Conseil d'Administration :

    Le Conseil d'Administration est composé, actuellement, de huit Administrateurs élus496(*) pour trois ans renouvelable par tiers et représentant l'organe de décision. Parmi ses Membres, le Conseil élit son Bureau pour composer l'organe exécutif. A l'occasion des réunions du Conseil, tous les premiers mardis du mois, chaque Membre du Club, quelque soit son affiliation, peut participer aux différents débats dans la plus parfaite démocratie. Près d'un adhérent sur trois participe ainsi aux décisions de la vie associative lors de ses réunions.

    2. Les services et activités de l'association

    Bibliothèque, logithèque, documentation technique, manifestations diverses (forums, foires, galeries marchande, festival de la citoyenneté, soirées des étoiles, lutte contre le racisme, ...), participation aux assises départementales de la vie associative, participation aux journées nationales de l'Internet, participation au Conseil Permanent de la Jeunesse (initié par Madame Buffet, alors ministresse de la Jeunesse et des Sports).

    3. Les branches et leurs activités

    Le fonctionnement de chaque branche activité est simple : elle est composée d'une équipe de pilotage de une ou plusieurs personnes menant à bien les projets propres à la branche. La branche est parfaitement autonome et indépendante dans sa gestion et sa trésorerie. Cette originalité semble générer dynamisme et mobilisation. En effet, si nous comptabilisons le nombre de bénévoles dans chacune des branches et Sections, ils représentent 38% des adhérents. Lorsqu'une idée a suscité suffisamment d'intérêts et généré suffisamment de mobilisations497(*), le Conseil vote la création de la nouvelle branche. La nouvelle branche peut, dès lors, percevoir des subventions à son usage propre, émettre des chèques à partir d'un compte bancaire dédié à celle-ci, décider des orientations à prendre pour réaliser ses projets. Une obligation, cependant : la tenue d'une comptabilité. Chaque année, au moment de l'Assemblée Générale, tous les comptes de chaque branche sont réunis pour former la comptabilité générale de l'association. Sur ce principe, ont été créées :

     

    la branche LIBERTECH (réservé aux moins de 18 ans),

     

    la branche Finance : le C.E.B. Comprendre l'Économie et la Bourse et le club d'investissement Compu's Finance.

     

    C@O, la branche Création @ssistée par Ordinateur

    (branche dormante),

     

    la Section Littérature et son projet Échap,

     

    Le Club Apple, pour les fanatiques du macintosh

    (branche dormante),

     

    l'FAC, l'Institut de Formation du Compu's Club,

     

    le Compu's Club Aviation, apprendre à Piloter

    (branche dormante),

     

    la branche Art et Culture et son projet "Le jardin de la création" (branche dormante),

     

    la Section Presse et son journal multimédia,

     

    Comnet, la branche Internet,

     

    LDM, la branche gestion & maintenance du parc informatique (nouvellement créée),

     

    Le projet R.S.I. (Réseau de Solidarité Intergénérationnelle) veut développer du lien social entre les différentes générations grâce à l'outil Internet (nouvellement créé).

    Cette simple pratique de décentralisation laisse libre la prise de responsabilités par tous ceux qui le désirent.

    Dire que le Compu's Club a été fondé grâce à la volonté d'un seul individu, son fondateur, serait prétentieux et faux : on ne fait jamais rien tout seul ! Confirmé par Howard Becker dans un article de la revue Sciences Humaines498(*). En effet, il présente l'interaction qui existe entre toutes les personnes impliquées dans une activité et il se réfère à « l'idée chère à Everet Hughes, selon laquelle une situation donnée est le résultat d'interactions entre différents agents. Pour comprendre cette situation il faut donc prendre en compte l'ensemble des parties qui y sont impliquées, de près ou de loin. »

    Ce qui est certain c'est que le Compu's Club s'est développé, surtout, grâce à la pugnacité de passionnés, rassemblés autour des NTIC. « ...Comme l'a joliment résumé Norbert Elias, chacun d'entre nous porte en lui le désir de faire telle ou telle chose qui ne peut être accomplie sans l'aide d'autres personnes qui ont, elles aussi, des désirs à réaliser. Les individus prennent donc part à des actions collectives. »499(*)

    Bref historique :

    Le Club était, jusqu'en février 1998, composé de 17 membres, un seul ordinateur et dans un local de 12 m² prêté par une société valentinoise, qui voyait dans ce geste une opportunité pour doper la vente de son matériel informatique. Le Club végétait, en fait. Le sort a précipité les choses début février. La société-hôte dépose son bilan et le Club se retrouve à la rue en quête d'un nouvel hébergement. C'est à partir de juin 1998 que l'association a pu développer ses projets dans une salle située 5 bis rue de Chantal à Valence (26000). Cette salle était accessible aux personnes à mobilité réduite. Elle a été prêtée pendant deux ans par une entreprise d'électronique et d'informatique. Désormais (depuis novembre 2000) c'est avenue Victor Hugo, toujours à Valence, que l'association continue de développer ses activités dont en voici quelques unes :

    la branche LIBERTECH.

    Certains mineurs de l'association se sont constitués en Junior Association reconnu par le réseau national des Juniors Associations. Le but est de permettre à des jeunes (moins de dix-huit ans) de développer des projets de manière autonome selon les normes et les contingences d'une véritable association. Le Compu's Club a créé une branche spécifique avec élection du Conseil d'administration Junior, du Bureau Junior, de statuts Junior, etc. Leur âge interdisant qu'ils puissent se déclarer association 1901 à la Préfecture, un an après, l'association a participé, avec le ministère de la Jeunesse et des Sports et la Ligue pour l'enseignement, à la création d'un réseau national pouvant s'y substituer. Plusieurs projets sont en cours ou dormants : échanges de jeux, concours de jeux en réseau, atelier musique numérique, atelier photo numérique, création de sites Web, etc. Mais aussi éducation à la citoyenneté et au civisme avec diffusion de films et débats et création d'un site axé sur l'entraide et la citoyenneté (projet Cyber J) ; ou encore soutien scolaire par les Seniors (projet Les deux bouts de la vie professionnelle), création d'une radio locale sur les ondes FM et sur Internet, création d'un support multimédia sur le patrimoine valentinois (projet Valence au fil du temps). Bref, Libertech est un espace de débats et d'élaboration de propositions nouvelles pour associer les jeunes aux décisions les concernant. C'est-à-dire, imaginer et construire toutes initiatives favorisant le dialogue entre les jeunes et la société ainsi que faciliter le dialogue des jeunes et des institutions.

    La branche finance : le C.E.B. et le projet Club d'investissement.

    Un Club d'investissement est un groupe de personnes qui décident de mettre en commun une épargne mensuelle d'un montant peu élevé. Mais l'objectif principal est de permettre à ses membres d'apprendre et de comprendre les mécanismes économiques, financiers et boursiers. Pour les membres de cette branche, « connaître les entreprises, c'est participer à la vie économique du pays. A l'heure de la mondialisation la meilleure opportunité est de disposer des outils de communication et d'information à la pointe de la technologie. » Ainsi, c'est une véritable école de bourse qu'ils ont imaginé afin de permettre à chacun, même les plus démunis, d'apprendre et de comprendre les informations de la vie économique et ses mécanismes ; de mettre en commun et échanger les "savoirs" ; de constituer un portefeuille fictif d'actions puis investir en réel sur les jeux boursiers ; de répartir les risques et obtenir une fiscalité avantageuse.

    La branche C@O, Création @ssistée par Ordinateur 

    Initiation aux logiciels, conception de cartes de visite, faire-part, création d'affiches, ... Le principe consiste à mettre en oeuvre les règles de la communication par l'objet : taille, dimensions, couleurs, dispositions, police, ...

    Le projet Échap de la section Littérature.

    L'idée est d'éditer un livre de fiction mettant en parallèle la situation de chômage des membres-auteurs et des événements historiques déroulés à Valence depuis 1644. « Sans dévoiler la trame du livre (pour respecter leur travail et donner l'envie de le lire), l'action démarre de nos jours, à Valence. L'héroïne s'appelle Chantal et se bat pour retrouver du travail. Sa lutte va faire écho avec d'autres combats de femmes drômoises, dont le souvenir s'est parfois perdu dans les méandres du temps... Mais pas dans les archives départementales. Avant de se lancer dans l'écriture proprement dite les "Échappés" se sont transformés en détectives-historiens, remontant le temps et l'histoire de Valence. »500(*)

    l'FAC, l'Institut de Formation du Compu's Club.

    Sur le principe "Apprendre pour soi, apprendre pour les autres, me former c'est utile pour moi, c'est utile pour les autres" l'association Compu's Club initie et forme aux logiciels informatiques selon une méthode propre tenant compte de la dimension affective des apprentissages. En effet, dans cette association, pour bien apprendre, il faut se sentir à l'aise, être "bien dans sa peau". Ainsi, l'animateur de formation veille à placer l'apprenant en situation de réussite, croit en ses possibilités et le lui faire savoir, part du connu, lui donne une vision claire des objectifs, de l'itinéraire, des résultats. Bref l'aider à construire leurs savoirs en passant par des représentations visuelles mentales (les images décrites avec des mots dits : comparaisons, métaphores), et des images réelles (dessins, photos, plans, schémas). Les stratégies mentales sont les outils utilisés pour penser, comprendre, apprendre au Compu's Club ; pour qu'un concept soit assimilé, il faut que l'apprenant se l'approprie par intériorisation. Il est donc prévu régulièrement ou occasionnellement des temps d'évocation, quelques instants au long de la séance de travail. Conscient de possibles saturations, l'animateur de formation prévoit également des temps de maturation, de structuration en fractionnant les apprentissages "lourds" en plusieurs séances, séparées par des coupures longues (quelques heures, un ou deux jours... ). A l'aide d'une grille d'analyse des démarches, il peut faire prendre conscience de la façon de travailler, et comparer avec les autres stagiaires, et ainsi améliorer sa méthode. A l'aide d'une grille d'analyse des objectifs/résultats (définition préalable des objectifs, évaluation en fin de travail du taux de réussite, et de la qualité des résultats), il aide l'apprenant à se situer (sécurisant), à constater ses progrès (valorisant). Bref, découvrir - s'entraîner - réinvestir. L'idée du centre de formation Ifac est donc une idée ambitieuse, englobante : l'exigence de la formation porte sur l'être même comme une prétention à agir sur la personne.

    Le Compu's Club Aviation; la France vue d'en haut !

    Découvrir le paysage drômois ou ardéchois et bien d'autres vues du ciel. Survoler son village, sa maison ou celles de ses amis ou parents. Comme Icare, voler, imiter l'oiseau ou admirer sur l'autoroute A7 les voitures qui n'avancent pas à cause des embouteillages. Boire un verre à Lyon ou à Grenoble. Ou tout simplement, voir comment vole un avion. Telles sont les quelques possibilités qui sont offertes par cette branche menée par un aviateur privé expérimenté, membre de l'association. Ainsi, il organise des baptêmes de l'air et aide à la formation théorique et pratique du pilotage d'un avion pouvant préparer au brevet de Pilote privé. L'acquisition d'un simulateur de vol professionnel a fait l'objet de plusieurs réflexions pendant un temps mais abandonné lorsque la branche s'est mise en sommeil (le moteur de l'avion est à changer). Donner le goût et préparer aux métiers de l'aéronautique était un projet d'insertion professionnelle.

    Annexe 2 L'enquête du Crédoc

    L'enquête du Crédoc "Les Français et la vie associative"501(*) fut réalisée en décembre 1998 auprès de 1 500 personnes représentatives de la population des quinze ans et plus, selon la méthode des quotas : sexe, âge, profession et catégorie sociale de l'interviewé, région, taille de l'agglomération d'habitation. Elle nous dit : Environ 40% des Français déclarent être membres d'au moins une association. Seulement 21% sont adhérents à deux associations et plus. Les "membres impliqués" (13%) sont adhérents d'au moins une association et y consacrent plus de cinq heures par mois. Ils proviennent des milieux aisés et diplômés.

    Selon la même enquête : Les "membres ordinaires" (26%) consacrent moins de cinq heures mensuelles à l'association. Les "participants occasionnels" (39%) effectuent ponctuellement des dons ou des actions. 43% d'entre eux ont moins de 40 ans, et ce sont souvent des employés (45%) et des non-diplômés (45%). Ils sont particulièrement sensibles aux "grandes causes" (aide aux personnes défavorisées, solidarité internationale). Moins d'un Français sur quatre n'est pas concerné par la vie associative. Parmi eux, on compte 9% de "réfractaires" qui s'interdisent une éventuelle adhésion.

    Selon la même enquête : Pourquoi n'adhère-t-on pas ? 41% des Français avancent le problème du manque de temps. « 13% se disent échaudés par l'existence d'associations douteuses. »502(*) 30% des Français pensent que plus de temps libre pourrait les pousser à accroître leur participation à la vie associative. Mais dans les faits, mis devant la perspective maintenant prochaine et obligatoire d'une réduction du temps de travail, seuls 7% se sentiraient incités à devenir membre d'une association...

    Annexe 3 Le questionnaire test

    Enquête Test : Quel Membre êtes-vous ? ET«N_dAdhérent»

    et gagnez une souris 3 boutons "hyperclick" avec son logiciel de paramétrage.

    Objectif : mieux comprendre ses Membres pour améliorer le Compu's Club !

    Toutes les informations que vous me ferez parvenir seront traitées de manière à respecter votre anonymat et ne seront pas exploitées à un niveau individuel mais collectif. Je vous remercie de bien vouloir remplir ce questionnaire avec la plus grande précision possible. Vos réponses demeureront strictement confidentielles et privées, ne vous engagent en rien et vous avez la possibilité de laisser de coté certaines questions.

    Vous vous reporterez à la fin du questionnaire pour évaluer votre test « Quel Membre êtes-vous ? » et peut-être gagnerez-vous une souris "hyperclic" trois boutons paramétrables !

    Instructions : Plusieurs coches (X) sont possibles pour une même question fermée sauf spécification contraire. Pour les questions d'expression libre, si vous manquez de place pour répondre vous pouvez utiliser une feuille de papier libre que vous joindrez. Merci d'avance pour votre contribution.

    Clubistement vôtre !

    Le Clubiste en 3 "clics" : C3T

    1er "clic" : CE QUE JE SUIS VENU CHERCHER AU CLUB. CE QUE J'Y AI TROUVE. C3T1

    1. Comment avez-vous connu le Compu's Club ? ______________________________________

    2. Qui ou/et quoi vous l'a fait rejoindre ? ______________________________________________

    3.

    ou

    Je suis Membre depuis (environ) :

    J'ai été Membre pendant :

    4. Si Vous êtes toujours Membre qu'est-ce qui vous fait y rester ? _________________________

    ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    5. Les heures d'ouverture vous conviennent-elles ? (lun & mer 14 à 21h et sam 14 à 19h) Oui Non

    Si non quels jours et heures proposez-vous ? _______________________________________

    6. Si nous vous proposions des horaires adaptés à vos désirs :

    û viendriez-vous plus souvent au Club ? Oui Non (pourquoi ?) ___________________

    û participeriez-vous à plus d'activités ? Oui Non (pourquoi ?) ___________________

     

    7. Vous ne renouvellerez pas ou vous n'avez pas renouvelé votre cotisation parce-que :

    vous avez un conflit avec un autre membre.

    les activités ne vous intéressent... ...pas ...plus

    la cotisation est trop chère, je propose le montant suivant : _____________ F

    vous habitez trop loin ___________________________________________

    autre motif ____________________________________________________

    8. Qu'êtes-vous venu chercher au Club (du matériel, une ambiance, un échange, une camaraderie, ...) ? _______

    ________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    L'avez-vous trouvé ? Oui Non

     

    2ème "clic" : CE QUE J'Y FAIS ET POURQUOI. C3T2

    9. Avez-vous des périodes où vous venez plus souvent au Club ? Oui Non

    Si oui, est-ce dû à : des disponibilités inattendues ? (Lesquelles) ___________________

    une simple envie de vous investir plus ²?

    pour répondre à la demande d'un autre membre ?

    Autre _________________________________________________

    10.

    Pourquoi n'envisagez-vous pas une participation à cette activité du Club ?

    ...vous ne participez pas à...

    ...vous envisagez

    participer à...

    Combien de temps

    par semaine ?

    ...Vous participez à...

    Combien de temps

    par semaine ?

    ...vous n'envisagez

    pas participer à...

    Au Club...

     

    LIBERTECH (Ass° Juniors) ____ ____ ____________________________

    COMNET (Internet) ____ ____ ____________________________

    IFAC (Centre de format°) ____ ____ ____________________________ C.A.O (Publicat° par ordi) ____ ____ ____________________________ C.E.B. (Bourse & finance) ____ ____ ____________________________ Section PRESSE ____ ____ ____________________________ ECHAP (Littérature) ____ ____ ____________________________ Autres (précisez) : _________________________________________________________

    11. Pouvez-vous expliquer en quelques mots la question précédente : pourquoi vous participez ou pas ? À cause de quoi le faites-vous ou pas, qu'est-ce que ça vous apporte ? ...

    ____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    12. J'ai déjà donné du matériel au Club : Non Oui, lequel _____________________________ ____________________________________________________________________________

    13. Vous sentez-vous être plus dynamique lorsque vous venez au Club ? Oui Non

    14. Êtes-vous content d'y venir ? Oui Non

    Pouvez-vous expliquer pourquoi ? ___________________________________________

    ____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    15. Appréciez-vous les responsabilités ? Oui Non

    16. A-t-on déjà employé le terme de responsable à votre égard ?

    Non Oui (à quel propos) ?________________________________________________

     

    3ème "clic" : QUI JE SUIS : C3T3

    17. Mme Mle M. (nom, prénom, adresse, tél., fax, courriel) : ______________________________

    ____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    18. Quelle est votre date de naissance ? ______________________________________________

    19. Votre résidence principale est : un appartement une maison autre _______________

    20. Êtes-vous : en couple célibataire nb d'enfants _____(âges) _________________

    21. Si vous êtes actuellement en activité, quelle est votre profession :

    Professeur / instituteur (domaine) : ____________________________________________

    Fonctionnaire ou assimilé (domaine) ___________________________________________

    Artisan / commerçant / chef d'entr. (secteur d'activité) _______________________________

    Agriculteur

    Profession libérale (secteur d'activité) ___________________________________________ Employé (secteur d'activité) ___________________________________________________

    Cadre (secteur d'activité) _____________________________________________________

    Technicien (secteur d'activité) _________________________________________________

    Ouvrier (secteur d'activité) ____________________________________________________

    Femme / homme au foyer

    Etudiant / lycéen (ce que je veux être plus tard) ______________________________________

    Autre (précisez) : __________________________________________________________

    22. Si vous êtes entre deux activités professionnelles, depuis combien de temps ? _____________

    23. Cet "accident" de carrière est-il dû à : un licenciement économique

    un accident du travail

    autre ______________________________________

    24. Le Compu's Club vous a-t-il permit d'avancer sur une piste dans votre recherche de travail ?

    vous avez retrouvé un emploi grâce au Club Lequel ? _________________________

    C'est une option que vous n'aviez pas envisagé

    25. Êtes-vous une personne active et qui s'implique ? Oui Non

    26. Êtes-vous remarqué par votre enthousiasme ? Oui Je ne sais pas

    27. Précisons, si vous le permettez : dans la vie vous êtes plutôt...

    ...passif ...actif et efficace

     

    Vous manquez Vous êtes habituellement

    d'énergie énergique

     

    Vous souhaitez qu'on Vous relevez

    vous laisse tranquille les défis

     

    Vous vous laissez Vous connaissez vos

    influencer valeurs personnelles

     

    Vous fuyez devant Vous allez au bout

    les difficultés des choses

     

    Vous êtes mécontent Vous vous entendez

    des autres bien avec les autres

     

    Vous ne vous préoccupez Vous vous souciez

    jamais des autres toujours des autres

     

    Vous êtes toujours Vous êtes toujours

    stressé calme et détendu

     

    Vous êtes insatisfait Vous êtes heureux

    de votre vie de votre vie

    28. Pouvez-vous dire qu'on vous considère comme une personne chaleureuse ?

    Oui Je ne sais pas, demandez à _______________________________________

     

    Le Club en 3 "clics" : F3T

    1er "clic" : COMMENT MIEUX S'ORGANISER ET COMMUNIQUER ? F3T1

    29. Si vous deviez noter le Club quelle note lui attribueriez-vous ?

    30. La première fois, avez-vous eu un accueil chaleureux ? Oui Non pas assez

    31. Les fois suivantes s'est-on occupé de vous ? Oui Non pas assez

    32. Que faire pour un meilleur accueil des nouveaux adhérants ? ___________________________

    ____________________________________________________________________________

    33. Au Club, vous y venez : en bus à vélo en voiture à pied autre ______________

    34. Les locaux vous paraissent-ils : assez grands Oui Non Sans importance

    assez chauffés Oui Non Pas toujours

    chaleureux Oui Non Sans importance

    autre information ___________________________________

    35. Comment lisez-vous le Bulletin Membre Trimestriel : entièrement partiellement, à ____%

    la rubrique que vous avez préféré est : _________________________________________

    la rubrique que vous avez le moins aimé est : ____________________________________

    Avez-vous une remarque à faire à propos du Bulletin Trimestriel Membre ? ________________

    ____________________________________________________________________________

    2ème "clic" : LES ACTIVITES, POUR QUI ? POUR QUOI ? F3T2

    36. L'économie et la finance vous intéressent-ils ? Oui Non

    36b. L'argent est-il un sujet tabou pour vous ? Oui Non

    36t. Que pensez-vous de l'argent ? ___________________________________________________

    ____________________________________________________________________________

     

    37. Connaissez-vous la section Bourse du Club ? Oui Non

    38. Au Club avez-vous suivi :

    une initiation gratuite (laquelle) ? ____________________________________________

    une formation payante en informatique (laquelle) ? ______________________________

    une formation payante dans un autre domaine (lequel) ? _________________________

    Vous a-t-elle paru chère ? Oui Non

    Pour quelle(s) raison(s) l'avez-vous suivi ? _________________________________________

    ____________________________________________________________________________

    39. Si la formation devait se développer voulez-vous / pouvez-vous participer en tant que :

    formateur(trice) concepteur(trice) formations et vous souhaitez être rémunéré : _____ l'h.

    Voici mes compétences (ex. français, math, bureautique, ...) et mon niveau : _____________________

    ____________________________________________________________________________

    40. Cette éventuelle participation, vous préférez la mettre en oeuvre ?

    seul en groupe vous faire aider autre _________________

    41. Aimez-vous encadrer les jeunes dans leurs activités ? Oui Non

    Connaissez-vous la "bonne distance" pour encadrer les jeunes ? Oui Non

    42. Aimeriez-vous que se crée un atelier de recherche d'emploi informatisé ? Oui Non

    3ème "clic" : MES IDEES POUR AMELIORER LE CLUB : P3T3

    43. Que faudrait-il faire pour que les Membres trouvent ce qu'ils viennent chercher au Club ?

    ____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    44. Pensez-vous que le Club puisse, parfois, soulager une certaine solitude ?

    Oui Voici comment on pourrait faire pour être plus efficace : __________________

    Non ________________________________________________________________

    ________________________________________________________________

    45. Le Club est-il, pour vous, un lieu de débats et d'échanges où vous pouvez exprimer vos idées ?

    Oui voici ce qu'on peut proposer pour améliorer ___________________________

    Non ________________________________________________________________

    46. Le Club est-il, pour vous, un lieu d'entraide mutuelle où vous pouvez soutenir les autres ?

    Oui voici ce qu'on peut proposer pour améliorer ___________________________

    Non ________________________________________________________________

    47. Le Club est-il, pour vous, un lieu de rencontre favorisant l'enrichissement individuel ?

    Oui voici ce qu'on peut proposer pour améliorer ___________________________

    Non ________________________________________________________________

    48. Vous prêteriez-vous à un entretien individuel ayant pour objet de préciser ce questionnaire ? Oui Non (pourquoi ?) ___________________________________________________

    Si oui, Quelles sont les raisons qui vous poussent à accepter ?

    pour rendre pour détailler autre_____________________________

    service certaines réponses _________________________________

    49. Voulez-vous me dire quelque chose de plus ? _______________________________________

    ____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

    50. Est-ce que ce questionnaire reflète votre pensée, votre opinion à propos du Compu's Club ?

    Oui Non

     

    J'ai passé environ ________ minutes pour remplir ce questionnaire.

    Évaluer votre test : Quel Membre êtes-vous ?

    Comptez un point par réponse "OUI" aux questions fermées 3, 9, 12, 15, 25, 26, 37.

    Comptez un point si vous avez répondu aux questions ouvertes 8, 11, 14, 27, 32, 37, 38, 43, 44, 45, 46, 47, 49.

    Faites le total de vos points et reportez-vous à la page suivante pour les résultats et savoir quel Clubiste vous êtes !

    Résultats de l'enquête test : Quel Membre êtes-vous ?

    (diffusés trois mois après dans le Bulletin Membre)

    Les trente-six membres qui ont répondu au questionnaire sont représentatifs de l'association :

     

    Compu's Club

    Echantillon

    Taux différentiel

    Moyenne d'âge

    34 ans

    36 ans

    2 ans

    Lieu d'habitation Valence

    56%

    58%

    2%

    Nombre de mineurs

    27/192 = 14%

    6/36 = 17%

    3%

    Nombre de femmes

    32/192 = 17%

    7/36 = 19%

    2%

    Quelle "tête" a le « Clubiste moyen » ?

    C'est plutôt un homme (3 pour une femme) d'une trentaine d'années (9-80 ans pour les extrêmes) qui vit son célibat (1 Membre sur 2) sans enfant (seulement 19% en ont) dans un appartement (53%) à Valence (58%). Il est employé technicien (28% des professions exprimées) et se dit énergique (72%), actif et qui s'implique (58%). Il ne se laisse pas influencer (41%) et va au bout des choses (75%). Il dit être généralement calme et détendu (72%) et ne pas avoir de problème relationnel (57%). Bref heureux dans sa vie (81%).

    Que pense-t-il du Club ?

    Pour lui le Club c'est d'abord un lieu chaleureux (89%) où l'on peut soulager sa solitude (86%), exprimer ses idées (83%), soutenir les autres (72%). Bref un lieu de rencontres et d'échanges favorisant l'enrichissement individuel (86%). Notre « Membre type » est content d'y venir dans 9 cas sur 10 (11% de non-réponse). Enfin il pense que le Club mérite une note moyenne de 16 sur 20 (12 et 20 sont les extrêmes). Enfin il lit toujours le Bulletin Membre mais seulement à 73% de son volume total.

    Que vient-il chercher au Club ?

    Surtout une camaraderie et des contacts pour échanger (69%) dans la meilleure ambiance possible (47%). Mais aussi, bien sûr, une aide en informatique (30%).

    Qu'est-ce qu'il y trouve réellement ?

    Avant toute chose une ambiance (67%), une entraide, une convivialité (53%) puis des contacts (50%) et enfin seulement des projets (22%) ou de l'informatique (22%). Ces quelques chiffres nous permettent de constater que notre association propose autre chose de plus que son étiquette informatique d'une part, et répond dans 85% des cas à ce que le Membre vient y chercher.

    Que vient-il faire au Club ?

    Se détendre (39%), échanger (28%) et donner du matériel au Club (33%). Il participe aux activités épisodiquement (38%). La branche la plus fréquentée est Comnet (25%) puis le C.E.B. (20%).

    Répartition des branches503(*) de l'association par âge, sexe et situation familiale des adhérents ayant répondu au questionnaire

    Annexe 4 Entretiens, les thèmes

    1

    Comment le Membre est arrivé au CC (Ce qui a joué)

    1.1

    Objet d'adhésion

    1.1.1

    Circonstances

    1.1.2

    Raison Informatique

    1.1.3

    Autres raisons

    1.2

    Antécédents (pouvant justifier de l'engagement ou de la motivation)

    1.2.1

    Familial

    1.2.2

    Professionnel

    1.2.3

    Autres

    1.3

    Ce qui a convaincu au départ

    1.3.1

    Informatique

    1.3.2

    Suivre une branche, un projet

    1.3.3

    Autres

    2

    En quoi il y a configuration (Ce qui joue)

    2.1

    Ce qui fait rester ou pas au Compu's Club

    2.1.1

    Ce qui est connu du Compu's Club

    2.1.2

    Description des relations entre les membres et le Compu's Club

    2.1.3

    Description des interactions entre membres

    2.1.4

    Autres

    2.2

    Participation aux branches

    2.2.1

    Description des relations entre les membres et la branche

    2.2.2

    Description des interactions entre membres de la branche

    2.2.3

    Autres descriptions

    2.3

    Sentiments exprimés...

    2.3.1

    ...par le membre sur lui-même (valeurs et ressentis)

    2.3.2

    ...par le membre sur le CC (valeurs et interactions au CC)

    2.3.3

    ...par le membre sur les valeurs du monde associatif en général

    2.3.4

    Autres

    3

    Maturation de l'expérience vécue (Ce qui se joue)

    3.1

    Identification (Dans le sens : j'assimile le CC à quelque chose...

    3.1.1

    ...de familial

    3.1.2

    ...de professionnel

    3.1.3

    ...de camaraderie

    3.1.4

    Autres

    3.2

    Construction du sens (Dans le sens : ce qui fait lien, ce qui rend efficient les...

    3.2.1

    ...situations

    3.2.2

    ...interactions

    3.2.3

    ...actions

    3.2.4

    Autres

    3.3

    Ce qui a changé

    3.3.1

    comportement

    3.3.2

    profession

    3.3.3

    informatique

    3.3.4

    Ce qu'il faudrait faire

    3.3.5

    Autres

     

    Annexe 5 Entretiens, les questions

    Annonce : Dans le cadre du Dheps je mène une enquête pour comprendre ce qui fait lien entre l'association et la motivation (la non motivation), l'engagement (le non engagement) de ses membres.

    Notre entretien sera enregistré pour conserver le plus fidèlement possible ta parole. Puis retranscrit, analysé et interprété. Ceci dit, je te garantis un parfait anonymat.

    A. Ce qui a joué

    1. Comment as-tu connu le Club ?

    (questions de relances)

    - Qui t'as fait connaître le Club ?

    - Qu'est-ce qu'on t'en avait dit qui t'avait séduit ?

    - Dans quelles circonstances as-tu découvert le Club ?

    - Qu'est-ce qui t'as attiré à l'époque ? (dans le dépliant, ...)

    - Qu'est-ce qui t'as fait adhérer ?

    - As-tu déjà une expérience de l'associatif ? Etais-tu satisfait ? Si non, pourquoi ?

    - Fais-tu partie encore d'une autre association ?

    - Participes-tu à une autre association depuis ton adhésion au Club ?

    - Qu'est-ce qui a conduit à adhérer au Club ?

    2. Avais-tu un projet en rejoignant le Club ?

    - Venais-tu chercher quelque chose de précis ? De particulier ?

    - Quelque chose a-t-il déterminé ta décision ?

    - Qu'attendais-tu au moment de rejoindre le Club ?

    - Quel(s) intérêt(s) trouvais-tu au Club ?

    3. Peux-tu me parler de toi à l'époque de ta venue au Club ?

    - De quel milieu viens-tu ?

    - Quelle était ta situation familiale ? Ton travail ?

    - Tes parents exerçaient quel métier ?

    - Etaient-ils engagés dans la vie associative, la vie publique ?

    - Qu'est-ce qui fait que tu es sensible au monde associatif ?

    B. Ce qui joue 1

    1. C'est quoi, pour toi, le Club aujourd'hui ?

    Quelle image en as-tu aujourd'hui ? Quelle représentation t'en fais-tu ?

    - Qu'est-ce que ça représente pour toi aujourd'hui ?

    - Qu'est-ce qui te plaît au Club ?

    - Comment définis-tu le Club ?

    - Peux-tu me donner deux ou trois expressions pour décrire le Club ?

    - Si tu devais présenter le Club, qu'en dirais-tu ?

    - Quelles valeurs attribues-tu au Club ?

    (Pour ceux qui sont engagés)

    2. Dans ta branche, ça marche comment ?

    - Est-elle autonome ?

    - Comment ça se passe entre les membres ?

    - Qu'est-ce qui semble important dans le bon fonctionnement de la branche ?

    - Suivez-vous un projet dans la branche ? Si non, pourquoi ?

    - Si oui, comment a-t-il vu le jour ? Comment ça c'est passé ensuite ?

    - Que t'apporte-t-il personnellement ?

    - Est-ce que tu as des moments de préférence dans cette branche ?

    - Peux-tu décrire un ou deux exemples de ce qui se passe dans ta branche ?

    - Qu'est-ce que ce qui se passe te paraît déterminant dans la conduite du projet / de la branche ?

    - Qu'est-ce qui te ferait quitter la branche ? Qu'est-ce qui te fait rester ?

    - Qu'est-ce qui se passe dans ce groupe qui ne relève pas du projet de la branche ?

    (Pour ceux qui ne sont pas engagés)

    2 bis. Connais-tu l'organisation du Club ?

    - Connais-tu les branches du Club ?

    - Peux-tu me donner deux ou trois expressions pour décrire le Club ?

    - Qu'est-ce que tu aimes faire au Club ?

    - Qu'est-ce que tu préfère au Club ?

    - Que viens-tu chercher aujourd'hui au Club ?

    - Peux-tu me dire pourquoi tu ne participes pas à un projet du Club ?

    C. Ce qui joue 2

    1. Tu participes depuis ... années au Club. Quels ont été les moments forts ? Qu'est-ce que tu en retiens aujourd'hui ?

    - Que retiens-tu de ta participation ? Qu'est-ce que ça t'as apporté ?

    - Peux-tu me donner un ou deux exemples qui t'ont particulièrement marqué dans tes relations avec les autres dans le cadre du Club ?

    - Quelque chose a-t-il changé pour toi depuis que tu es au Club ?

    - Ressens-tu (vois-tu, constates-tu) un changement dans ton travail, ta vie personnelle, ... ?

    - Si oui, comment l'expliques-tu ?

    - Si non, Pourquoi ?

    - Quand tu viens au Club, dans quel état d'esprit te trouves-tu ? Comment te sens-tu ?

    - Qu'est-ce qui fait que tu y restes ?

    2. Quelles sont, selon toi, les obstacles à une participation plus importante de l'ensemble des membres au Club ?

    - Qu'est-ce qui pourrait susciter ton intérêt ?

    - Comment arrives-tu à dégager du temps ?

    - A quelles valeurs es-tu le plus attaché et que tu reconnais dans le Club ?

    D. Ce qui se joue

    1. Que faudrait-il faire pour améliorer le Club ?

    Annexe 6 Premier entretien

    A (Premier entretien) 09h20 le 1er février 2001 Au domicile de l'interviewé.

    Il s'agit du Trésorier actuel de l'association. Il a toujours travaillé (architecte d'intérieur extérieur). Nous l'avons toujours connu comme quelqu'un disant ne pas vouloir prendre de responsabilité. La raison était due à une mauvaise expérience vécue dans une autre association. Cependant il est très actif : animations d'astronomie, participe à la branche formation, Trésorier. 56 ans. Adhérent depuis la création.

    Après annonce.

    Jm : Alors dis-moi, comment as-tu connu le Compu's Club ?

    A : Le Compu's Club je l'ai connu dès sa... dès sa naissance. Avant même qu'il soit créé. Puisque j'en ai entendu parler... euh... dans les locaux de M.A. (le bailleur de l'association à son origine)... Dès son début, quoi, dès que...

    Jm : Qui te l'a fait connaître, en fait ?

    A : Ben... euh... personne... Justement c'est les, les personnes en train de le créer qui en parlaient ouvertement eeet c'est comme ça que j'ai su que, queeee... que ça allait se créer, quoi, queee...

    Jm : Alors, qu'est-ce qui t'as le plus séduit ? Qu'est-ce qui t'as séduit de ce qu'il en a été dit de cette construction de l'association ? Qu'est-ce qui t'as séduit ?

    A : Ben, ce qui m'a séduit c'est que j'étais nul en informatique et queeee... en créant un club, j'allai pouvoir apprendre quoi de neuf en informatique. Au départ c'était vraiment de la consommation, justement, apprendre.

    Jm : Apprendre. Les circonstances, alors de découverte de ce club, c'était tout à fait informel, c'était parce-que tu es arrivé, qu'on en parlait et...

    A : Voilà les gens en parlaient... euh... Bon j'ai trouvé que c'était très intéressant puisqu'il y avait à l'époque rien à Valence. Euh... On achetait des ordinateurs, mais bon... peuh (avec les lèvres).

    Jm : Est-ce que tu te souviens de ce qu'il en avait été dit de cette association, à l'époque ?

    A : Euh, non. Honnêtement non, non, non. Honnêtement, heu...

    Jm : A l'époque qu'est-ce qui t'as attiré ?

    A : Ben ce qui m'a attiré c'est que je vais pouvoir enfin savoir faire marcher un ordinateur. C'est ce qui m'a attiré sur la... cette création de, de Club.

    Jm : Il n'y avait pas d'affiche ? Il n'y avait pas de dépliant ?

    A : Non, non, au départ c'était vraiment le... vraiment y avait rien, c'était en discussion.

    Jm : Alors tu as déjà une expérience du monde associatif ?

    A : Oui, j'ai été pendant... euh... cinq ans dans un club d'astronomie, les Pléiades à Beaumont les Valence. Euh... Justement je faisais les initiations pour les gens.

    Jm : Tu en étais satisfait ?

    A : Oui, oui, j'en étais très satisfait. Et puis, en plus, j'aime ça hein. J'aime le monde associatif parce-que, bon, on s'crée des amitiés et... des relations... et... puis qu'on avance en découvertes, en idées, en tout.

    Jm : Pourquoi tu n'y es pas resté ?

    A : Euh, Ben là il s'était passé un problème qui m'a... qui a fait que jeeee. Problème de personnalité, disons que des choses se sont faites dans mon dos alors que j'étais associé à eux pour les réalisations. Ça ne m'a pas plu. Justement, c'était pas... ça ne tenait plus du monde associatif. Ça se faisait à deux ce qui devait se faire à trois. Euh...

    Jm : Et au Compu's Club tu as eu le même sentiment à un moment de l'association ?

    A : Ben non, parce-que... c'est pareil, je serais parti. Si, si, justement si j'avais retrouvé ça... si ça se produit un jour je partirai. Parce-que bon, je pense qu'une association marche pas à une ou deux personnes mais à un groupe plus important et... tout le monde doit amener, dans la mesure de ses possibilités, euh... des idées.

    Jm : Est-ce que tu fais partie d'une autre association encore ?

    A : Non.

    Jm : Non ? Depuis ton adhésion au Club tu n'as pas été tenté d'adhérer à une autre association ?

    A : Euh... honnêtement, non, hein. Je, je, ch'suis bien dans le Club là... euh... c'est, c'est, c'est, l'ambiance me plaît, les gens me plaisent... euh...

    Jm : Alors, finalement qu'est-ce qui t'as conduit à adhérer au Club ?

    A : Ben, ce qui m'a conduit à adhérer au Club, au départ c'est l'informatique.

    Jm : C'est l'informatique, pour résumer.

    A : Voilà, au départ, c'est l'informatique : apprendre euh... apprendre à faire marcher un ordinateur... euh... installer les logiciels.... et puis faire fonctionner un ordinateur.

    Jm : Tu veux dire tu ne venais rien chercher d'autre de précis ?

    A : Au départ, non. Au départ, non...

    Jm : Tu n'avais pas de projet...

    A : Non, et puis comme j'avais été un petit peu... un petit peu échaudé par... euh... par mes (silence) associations précédenteeees... j'ai, je voulais consommer. Au départ consommer.

    Jm : Qu'est-ce que tu attendais au départ, au moment de rejoindre le Club ? Tu en attendais quoi ? C'était qu'on t'explique l'informatique, ce genre de chose...

    A : Voilà. Qu'on m'explique l'informatique... parce-que je ne connaissais rien.

    Jm : Mais au départ une association n'a pas vraiment de matériel. Quand elle se crée... euh...

    A : Ouais, non, mais, bon moi j'avais, moi j'avais mon matériel déjà, hein. Chez moi, bon chez moi j'avais, j'avais déjà acheté un ordinateur. Le tout après c'est qu'il fallait savoir s'en servir.

    Jm : Quel intérêt tu y trouvais au Club ? Au delà de l'informatique même ? parce-que tu as rencontré des gens, tu as entendu parler des gens, il y a des choses qui se sont dites. On a certainement parlé d'informatique, on a peut-être parlé d'autre chose. Est-ce que tu as trouvé un intérêt dans les gens qui en discutaient, comment ils en discutaient, ce qu'il en disaient, comment il voyaient la construction de cette association ?

    A : Oui, justement c'est pour ça que je suis entré. Maintenant si ça n'avait pas été dans mes goûts je ne serais pas rentré.

    Jm : Est-ce que tu te souviens de quelle manière on en parlait de cette association pour la construire ?

    A : Au départ, non, honnêtement non... euh... c'est trop loin. C'est...

    Jm : Alors, est-ce que tu peux me parler un petit peu de toi à l'époque de ta venue au Club ? Quelle était ta situation familiale ?

    A : Marié, euh... une fille... voilà, profession libérale, sous-traitant en architecture.

    Jm : Tes parents étaient-il engagés dans la vie associative ?

    A : Non.

    Jm : Ta femme, ta fille, ...

    A : Personne, personne.

    Jm : Ta fille fait des études actuellement ?

    A : Elle fait des études.

    Jm : Elle est ... elle fait partie d'un club d'étudiants ?

    A : Non, non, non

    Jm : Alors, qu'est-ce qui fait que tu es sensible au monde associatif ? Tu sembles dire que c'était quelque chose que tu avais dans la peau, mais plus précisément ?

    A : Ben... euh... c'est.... Moi ce que j'aime dans la vie associative c'est que, bon, on fait connaissance de gens qui ont d'autres idées que nous... euh... ça permet de discuter, ça permet d'amener dans beaucoup d'idées nouvelles... euh... beaucoup de connaissances nouvelles... euuuh... et puis de faire des relations amicales. Ça c'est d'ailleurs, à mon avis, pour une association le premier point c'est l'amitié, avant toute autre chose... euh... Ça permet deeee se satisfaire soi-même. Déjà d'amener des éléments... voilà pour moi c'est ça la vie associative. (silence).

    Jm : Alors, euh... aujourd'hui ; le Compu's Club, aujourd'hui, c'est quoi pour toi ?

    A : Euh.

    Jm : Qu'est-ce que ça représente pour toi aujourd'hui ?

    A : Aujourd'hui, ben, ça, ça représente pour moi, euh... un lieu, euh... où je me sens bien, déjà, euh... où j'ai des amis, euh... ça m'amèneeeee... ça m'ouvre sur des horizons disons, euh... pas spécialement informatique, mais sur des horizons nouveaux, euh... que je n'avais peut-être pas pratiqué dans un autre club. Donc, ça amène quand même des...

    Jm : Par exemple ?

    A : Ben, c'est vrai queee, par exemple, euh... on va parler de... Comment expliquer ? Euh... des, des, de nouvelles connaissances, voilà, ça, ça m'amène de nouvelles connaissances. Par exemple, par exemple, euh...

    Jm : Connaissances intellectuelles, pas de connaissances de personnes ?

    A : Ah oui, oui, intellectuelles, c'est, c'est intellectuel. Bon, de personnes, c'est... ça amène de bonnes connaissances puisqu'il y a à chaque fois des membres qui adhèrent. Donc c'est une nouvelle... Non moi je parle de connaissance, euh... connaissances intellectuelles, hein. Parce-qu'on évolue, quoi, on discute. On est déjà... Par exemple, moi j'étais sur euh... beaucoup figé sur l'astronomie, l'archéologie. Là, avec ces nouvelles personnes, j'ai d'autres connaissances qui viennent. Donc, euh, ne serait-ce que sur... euh... hors mis l'informatique puisque ça en fait partie, mais d'autres choses.

    Jm : Qu'est-ce qui te plaît le plus au Club ?

    A : Ce qui me plaît le plus ? euh... Bon, ce qui me plaît le plus, c'est le, c'est, c'est l'amitié. C'est les gens. Ça c'est déjà la première chose... ensuite il y a les, les, les discussions...

    Jm : Discussions autour de l'informatique ?

    A : De tout, de tout puisque justement...

    Jm : ... il y a des discussions autre que l'informatique ?

    A : Ben oui, je, je... ben oui, si on allait que pour l'informatique ce serait comme retourner à sa boîte, quoi. Eh oui. Si c'est pour parler que de l'informatique parce-qu'on est dans un Club d'informatique, non. C'est comme si on, quand on est dans sa boîte on parle que de son travail et puis, bon, c'est monotone, quoi. Donc, justement c'est que, on discute d'autres, d'autres choses. Et d'ailleurs on y fait d'autres choses. Pas que de l'informatique.

    Jm : Par exemple ?

    A : Par exemple, euh... on y fait de la... un livre... un exemple qui euh... alors là ça n'a rien à voir avec l'informatique. Il y a l'informatique, mais il y a création d'un livre.

    Jm : On se sert de l'informatique, alors, hein ?

    A : Ah oui, mais à l'heure actuelle, on est, euh... de toute façon, actuellement on est obligé de se servir de l'informatique pour n'importe quoi. Pour n'importe quoi. Pour faire un courrier, on est obligé. Ça l'informatique y a pas de problème on y passera tous, même les vieux comme moi, on est obligé de s'y mettre. (sourires).

    Jm : Il y a autre chose qu'on y fait au delà de l'informatique ?

    A : Oui, y a la PAO-CAO., y a le... euh... donc, ça c'est, ça ce sont des... Comment expliquer ?... des... pour certaines gens se sont des choses très intéressantes. Bon moi je ne me suis pas particulièrement intéressé dans la mesure où moi j'ai un ordinateur où je suis mieux équipé qu'au Club. Je le fais chez moi, ça, ce sont des choses... bon il y a aussi...

    Jm : ... la PAO-CAO. qu'est-ce que c'est ?

    A : Ben, c'est leeee... les logiciels qui permettent de faire les cartes de visite, des... tout un tas d'affiches, tout des programmes comme ça quoi, des...

    Jm : Comment tu définirais le Club ?

    A : (Long silence de réflexion, puis :) Euh, fuuu. Qu'est-ce que tu entends par là ?

    Jm : Est-ce que tu peux me donner deux, trois expressions qui permettraient de décrire le Club ?

    A : Euh... déjà avoir la foi... amitié, contact... (long silence) amitié, contact (en réfléchissant)... ambiance... l'ambiance... et y a le... oui l'ambiance. Ça l'ambiance, c'est vraiment un point très important aussi parce-queeee, l'ambiance, euh... l'ambiance est très bonne dans ce Club parce-que s'il n'y avait pas eu une bonne ambiance, moi je serais parti. Bon il y a aussi l'entente... entre les membreeeees du Club qui est très très très bonne. Justement parce-que il y a une bonne ambiance, une bonne entente, il s'y passe de bonne amitiés.

    Jm : Euh, tu entends quoi par ambiance ? Ça veut dire quoi ambiance ?

    A : L'ambiance, eh ben c'est...

    Jm : Tu me donner quelques exemples ?

    A : ... c'est le cadre, bon bé. Une bonne ambiance c'est quand on va dans un local et qu'on se sent bien. Qu'il y a des, des personnes intéressantes. C'est ça pour moi l'ambiance, hein. C'est paaas...

    Jm : ...Et au Club, l'ambiance du Club, elle se caractérise, elle se définie comment ? Elle se matérialise comment ?

    A : Eh bé, par, par le... (silence) je dirais... (silence)

    Jm : ...par la relation, par l'expression, l'échange ?

    A : C'est tout, c'est tout. La relation, les échanges, les entraides, les... Voilà, c'est ça, justement, tout. Ambiance, bon ben, quand on se sent bien y a toujours, y a obligatoirement une bonne ambiance. Y a une bonne ambiance, c'est normal.

    Jm : Bon, tu parlais d'entente tout à l'heure, euh, le Club comporte pas mal d'adhérents, hein, euh, il y a cent quarante sept membres qui sont passés au Club, quatre vingt dix sont encore à jour de leur cotisation504(*), huuuum, comment on peut arriver à s'entendre lorsqu'il y a tant de monde ?

    A : Bon, alors là, euuuh... Bon déjà il faut mettreeee... chacun a son caractère. Donc déjà, euh, pour faire partie d'une association il faut mettre un peu d'eau dans son vin.

    Jm : Tout le monde ne peut pas nécessairement mettre de l'eau dans son vin. Il y a des gens qui sont agressifs naturellement et qui...

    A : Oui, mais ces personnes, obligatoirement seront seules... elles seront, elles seront obligatoirement rejetées si elles sont comme ça, si elles sont agressives, euh... Si elles n'apportent rien, ben les gens, iiiirons discuter... ceux qui s'entendent, qui apportent quelque chose ils discuterons entre eux obligatoirement, cette personne sera obligatoirement isolée. Euh... sans même qu'on le veuille... l'isolée. Mais obligatoirement on sera attiré vers les personnes qui sont, qui ont leeee, une... ch'ai pas, avec qui on s'entend.

    Jm : Et au Club, tu as l'impression qu'il y a certaines personnes qui sont isolées justement ? Parce qu'ils ont mauvais caractère ?

    A : Euuuuuuh... là, actuellem... Non parce-que justement, euh... bon il y a une chose qui est sûre c'est que... moi je suis pas tous les jours au Club et je ne connais pas toutes les personnes.

    Jm : Oui, mais enfin tu en rencontres quand même pas mal.

    A : Oui, mais bon, euuuuh, dans l'ensembleeee... et puis les personnes qui, qui... qui viennent pour consommer on le voit de suite, hein. D'elles-mêmes elles se tiennent un petit peu à l'écart. Elles, elles ne participent pas aux discussions, elle n'est pas... elles n'sont paaas... Bon, ce sont, là obligatoirement, ce sont des personnes qui viennent pour consommer et en principe ces personnes ne seront jamais seules, en fait.

    Jm : Tu parlais d'échanges, tout à l'heure, d'entraide, tu peux me donner un ou deux exemples d'entraide.

    A : D'entraide. L'entraide pour moi c'est tout. C'est pas qu'une question de... du point de vue d'une question Club.

    Jm : Non, mais, justement, au Club est-ce que tu me donner un ou deux exemple d'entraide ? Toi, tu t'es fait aidé peut-être à un moment, tu as aidé...

    A : ...Moi je, je, je m'suis fait aider, j'ai... Ben, au début, quand les ordinateurs, quand mon ordinateur se plantait je devais entièrement le refaire. Ben j'ai demandé, on m'a expliqué, euh, voilà.

    Jm : Tu as demandé et toi même on t'as demandé ?

    A : Oh, oui, on m'a demandé, euh, et puis même sans me demander quand j'ai vu que la personne bataillait je me suis approché d'elle, je lui ai dit « ça va pas », euh, « oui, effectivement je n'arrive pas à comprendre... ». Enfin, dans la mesure où moi je savais le faire je lui ai expliqué et puis voilà.

    Jm : Oui, pourquoi tu fais cette démarche quand tu arrives à repérer ces gens qui sont en difficulté et que tu vas vers elles ?

    A : Ben, parce-que c'est dans mon caractère. Mon caractère, bon, bé, euh...

    Jm : Tu as toujours été comme ça ?

    A : Toujours comme ça ouais.

    Jm : Si tu devais présenter le Club à quelqu'un, à une tierce personne, un ami, pour essayer de l'attirer au Club parce-que tu penses que ça peut être bénéfique pour lui ? Comment tu le présenterais ? Qu'est-ce que tu en dirais de ce Club pour qu'il soit intéressé ?

    A : Ben, je lui parlerai déjà de l'ambiance, hein. Parce-que çaaaa...

    Jm : Tu lui en parlerais comment de cette ambiance ?

    A : Ah ben, d'une bonne ambiance. C'est, c'est...

    Jm : Ça veut dire quoi une bonne ambiance ?

    A : Eh bé, justement c'est le contact des, des gens entre eux. C'est, c'est sympa quoi. Queee, les gens, je pense queeee... le, le collègue déjà... l'ambiance pour lui se sera primordial. « S'il y a une mauvaise ambiance son Club il se le garde ». Voilà, c'est ça quoi. Lui dire, lui expliquer un peu tout ce qu'on a fait. Euh, voir si lui il retrouve déjà ses...

    Jm : Tu en parlerais comment de ce qu'on y fait au Club ?

    A : Ben, j'en parlerai... je lui dirai tout ce qu'on y fait. C'est-à-dire, euuuuuh... le, que c'est pas spécialement qu'informatique. Déjà lui expliquer que au départ c'est l'informatique mais qu'il y a d'autres choses qui se font. Le, tel queeee... la Bourseeeee... la CAO-PAO, leeee... qu'est-ce qu'il y a ? Les autres... le reste quoi.

    Jm : Alors, quelles valeurs tu attribuerais au Club ?

    A : (silence)

    Jm : Quelles sont les valeurs que tu attribuerais au Club ?

    A : Qu'est-ce que tu entends par là ?

    Jm : Euh, de quelle manière tu pourrais dire du Club : « le Club a telle chose, c'est son fondement, c'est son pilier, s'est quelque chose qui le soutien, qui transparaît, qui... » en quelques mots, les valeurs du Club, qu'est-ce que c'est ?

    A : Les valeurs du Club, ce serait déjà son... son civisme. Voilà ça c'est une grosse valeur, bon. Justement on fait un journal au Club où on parle deeee, à chaque fois deeee (silence) civisme. Donc déjà, c'est ça. Et puis bon, le Club, celui-là, il a, il apporte beaucoup de choses aux gens. Au gens qui veulent, qui veulent plus, euh, (silence puis claquement de bouche), comment dire ? les, les, il apporte aux gens donc euuuuuh. Les gens qui recherchent justement un manque sur quelque chose, automatiquement, euh, il sera rejoint par le Club. Il, il trouvera ce qu'il veut parce-qu'il y aura toujours quelqu'un pour euuuh, pour lui amener ce dont il recherche.

    Jm : Tu participes à une branche ?

    A : Non.

    Jm : Qu'est-ce qui fait que tu n'y participes pas ?

    A : Actuellement aucune branche ne me plaît et puis en plus il y a le fait que je n'ai pas beaucoup de temps pour m'occuper d'une branche. Euh, bon, j'ai d'abord, actuellement, le travail personnel qui passe un petit peu avant, quand même, ce qui est logique. Et puis, bon, euh, peut-être, alors, peut-être à la retraite je m'en occuperai un peu plus (rires).

    Jm : Si tu avais un peu plus de disponibilités, euh, est-ce qu'il y a une branche que tu aimerais créer ? Ou est-ce qu'il y a une branche à laquelle tu aimerais participer ?

    A : Ben, dans l'immédiat ce serait une brancheeee sur la formation qui m'intéresserait. Ce serait... expliquer un petit peu aux gens leeee, le maniement de Windows de base, montrer comment qu'on fait un fdisk, un formatage, voilà, ce serait... donner la base aux gens sur l'informatique.

    Jm : Se serait la branche Formation, qui...

    A : ...Formation.

    Jm : Est-ce qu'il y a une brancheeee, ça ce serait si tu avais plus de disponibilités. Mais est-ce qu'il y a une branche que tu aimerais créer ?

    A : Oui, oui, j'aimerai créer une branche mais, bon, euh, ça serait sur l'astronomie. Puisque je me suis aperçu qu'avec un... une caméra, euh... d'un ordinateur, euh... pour Internet, on pouvait le brancher sur le télescope et... ça c'est une chose très intéressante. Mais, bon, le problème qu'il y a c'est que si je crée une branche comme ça, il n'y aurait pas beaucoup de monde qui viendrait dans la mesure où ça se passe la nuit. il faut rester des fois jusqu'à deux heures, trois heures du matin, euh... L'hiver, à -8, dehors à deux heures du matin, euh, il y a pas beaucoup de volontaires. Les gens préfèrent être sous la couette... voilà, si tu veux, le problème qu'il y aurait à monter ceee, cetteeee... cette branche.

    Jm : Est-ce que tu pourrais me décrire un ou deux exemples de se qui se passe dans le Club ?

    A : exemple sur euh ?

    Jm : Dans le Club.

    A : (silence)

    JM : Dans le Club, tu viens, tu es un observateur et puis tu constates des choses qui se font. Est-ce que tu as un ou deux exemples de choses qui se font avec d'autres membres ou d'autres membres qui font, eux, pour faire avancer le Club ?

    A : Euh...

    Jm : Un ou deux exemples ?

    A : Dans l'immédiat, là, des exemples, là, euh... ne me viennent pas. Euh, ben si de toute façon quand on rentre dans le Club il y a toujours quelqu'un qui bricole un ordinateur pour le réparer. Ça c'est quand il y a quelque chose qui va pas. Euh, y a autre chose aussi, c'est queeeeee on trouve souvent des gens en train de discuter entre eux.

    Jm : Ils discutent de quoi ? d'informatique ?

    A : Ben non pas spécialement d'informatique. Il peuvent discuter d'informatique mais ils discutent d'autres choses. Justement, c'est un peu l'avantage deee, de, d'une association comme ça c'est que on discute de tout ... sans parler obligatoirement d'informatique.

    Jm : Euh, toi, tu viens... puisque tu es équipé toi, tu es bien équipé. Est-ce que tu viens au Club justement pour discuter de tout plutôt que d'informatique ?

    A : Euh, je viens au Club, euh... plutôt pour discuter un peu de tout, bien sûr un peu d'informatique parce-que dans ce cas là, ...

    Jm : les deux ?

    A : Les deux, oui, on est obligé, hé, eeet il y a toujours des nouveautés en informatique, on en discute. Bon moi j'ai récupéré un, un vers sur Internet donc je l'ai mentionné aux, aux membres du Club, euh... On discute, mais y a pas que l'informatique. On discute un peu de tout, euh. Justement, (silence) on y retrouve un petit peu, un peu de loisirs là-dedans, ce qui est très bon.

    Jm : Qu'est-ce qui te fait rester au Club ?

    A : Justement, au Club ce qui me fait rester c'est l'ambiance. l'ambiance qui essssst, qui est sympa. Les gens...

    Jm : ...Il peut y avoir une bonne ambiance et ne pas t'y trouver bien...

    A : Ben si justement, c'est parce-que je m'y trouve bien. Autrement, je, j'y viendrais pas. Justement, si, s'il n'y avait pas cette ambiance bonne et sympathique, je ne viendrais pas au Club. S'il y avait pas d'entente entre les gens, euh, c'est pareil je ne viendrais pas au Club. Donc si j'y viens c'est que je retrouve, c'est que j'y trouve un plaisir... une satisfaction.

    Jm : Qu'est-ce que tu aimes y faire au Club ?

    A : Euh, moi j'aime surtout actuellement... bon, pas y travailler parce-que j'ai expliqué que j'avais un ordinateur qui est beaucoup plus puissant que ceux du Club. Mais, moi, justement pour aider des gens, euh, pour discuter avec, avec, pour discuter avec, euh... pour y discuter avec les gens. Pour les aider, pour, euh, pour... C'est ça la vie.

    Jm : Parmi tout ça, qu'est-ce que tu préfères ?

    A : (silence) Parmi tout ça, ce que je préfère ? Euuuuh. Moi c'est un peu aider les gens, euh, voilà aider les gens, rendre service, voilà. Rendre service c'est un peu mooon... c'est ce qui me plaît.

    Jm : Tu viens donner ?

    A : Voilà, je viens donner, euh. Bon quand je peux récupérer, je récupère, ça c'est...

    Jm : Alors, justement qu'est-ce que tu viens chercher au Club ?

    A : Moi, je viens surtout récupérer des nouveautés que je ne connais pas, des mots techniques que je ne connais pas, euh, voilà.

    Jm : Sur l'informatique quoi...

    A : ...Principalement sur l'informatique. Bon bé je viens récupérer ça, bon bé je viens récupérer aussi, euuuh... dans les discussions un nouveau savoir. Puisqu'on ne parle pas que d'informatique. Il y a toujours des gens qui sont, euh, qui, qui oublient, euh, qui en parlent, on en discute, justement on apprend.

    Jm : Alors, on parle de l'informatique de quelle manière ? Uniquement sur le matériel et le logiciel ou d'une manière plus philosophique ? Ce que ça peut engendrer ? L'influence que ça a ? Etc.

    A : Plus philosophique, voilà, plus philosophique, oui. Oui, oui, je parle de l'informatique pure et dure, hein. Justement, si c'n'était qu'ça, ce ne serait pas intéressant. Ça reviendrait à ce que j'ai dit tout à l'heure : on se retrouve dans son bureau à parler de travail.

    Jm : Alors, est-ce que tu peux me donner un ou deux exemples qui t'ont particulièrement marqués dans tes relations avec les autres ? Dans le cadre du Club, hein ? Des choses qui t'auraient marqué ? L'interrogation informelle ou en venant d'une manière informelle ou à l'occasion de réunions puisque tu es Trésorier de l'association donc je suppose que tu dois participer aux réunions du Conseil d'Administration et du Bureau.

    A : Ce qui m'a beaucoup frappé là-dedans c'est la liberté d'expression, voilà.

    Jm : C'est une valeur de l'association, ça, la liberté d'expression, laisser l'autre parler ?

    A : Ah oui ! oui, oui.

    Jm : Ou du moins l'écouter ?

    A : L'écouter, le laisser s'exprimer et puis bon ce qui y a c'est que chaque fois quee... qu'on parle d'une chose, tout le monde y participe, tout le monde donne son avis et... ce qui engendreee... euh... leeee, de bon, de bonnes résolutions à la sortie, quoi.

    Jm : Comment ça se passe dans les réunions, généralement ? Quand il y a une idée qui est exprimée, je suppose que... d'abord qui y participe à ces réunions ?

    A : En principe tous les gens qui veulent y venir. Justement c'est le, le...

    Jm : A la réunion du Conseil d'Administration, tout le monde peut y participer ?

    A : Voilà, c'est-à-dire queee certaine personnes veulent venir, ça ne pose aucun problème, hein. Euh, bon...

    Jm : Ça doit faire beaucoup de monde ?

    A : Oui, mais les gens se limitent d'eux mêmes (rires).

    Jm : Ah ils se limitent d'eux mêmes. Il y a une auto limitation ?

    A : Oui, c'est-à-dire, y a des gens qui ne sont pas intéressés. A mon avis y a 20% de, de, de gens qui viennent vraiment pour le plaisir de l'association et y a 80% de, de consommateurs.

    Jm : Donc, dans ces conversations, dans ces discussions, puisqu'apparemment il a l'air d'y avoir du monde, il doit y avoir des moments où le ton monte. Comment ça se passe en général, là ? Comment ça se fait que les gens finalement ils restent et queee... bien que le ton puisse monter ?

    A : Eh ben là c'est que tout le monde mette de l'eau dans son vin. Il faut bien qu'il y ait un peu d'ambiance ! (rires).

    Jm : C'est ça qui fait avancer ?

    A : Mais oui (en riant toujours), ça, bon, euh...

    Jm : C'est les passions, quoi ?

    A : C'est les passions. tout le monde est pas... bon... le gars qui vient ici c'est qu'il aime ça, c'est que c'est un passionné donc obligatoirement il va venir défendre son idée au maximum. Il va s'emporter, le ton monte, mais, euh... le lendemain c'est fini.

    Jm : Toi même tu as bien dû lancé un certain nombre d'idées ?

    A : Oui, dans la mesure où... j'ai soulevé un problème pour l'Internet, tu vois. Et bon, euh, il s'avère que tout le monde était d'accord pour mon projet. Effectivement, c'est intéressant pour les gens qui viennent pour Internet.

    Jm : Et si ceee... est-ce que tu as apporté des idées, déjà, qui ont été... euh... discutées, qui n'ont pas été adoptées ?

    A : (silence) Beuh, non, apparemment tout ce qu'on discute, bon, euh... Y a pas que moi qui amène des idées aussi, hein, y a... tout le monde, justement, c'est l'avantage, que tout le monde amène des idées, tout le monde a une idée, bon bé, il l'a soumet, on en discute et... à la sortie il arrive toujours à en sortir quelque chose, quoi. C'est ce qu'y a de bien.

    Jm : C'est ça. Je suppose qu'il y en a qui doivent donner des idées, quand même, qui ne sont pas acceptées ?

    A : Ah ben oui, euh... Il est certain que quand on a des... en principe les idées sont rarement pas acceptées. Les idées sont rarement acceptées, ben, ce qui les arrête la plupart du temps c'est l'argent. Il y a beaucoup d'idées, bon ben il faudrait de l'argent et ça l'argent, le Club en n'a pas. Donc on sait qu'on ne peut pas aller plus loin, quoi. Donc les idées sont arrêtées, euh...

    Jm : Pour être reprises après, éventuellement ?

    A : Effectivement. Elle peuvent être reprises après. Pour Internet, il y a eu un problème pour mettre Internet : c'est le coût du câble à l'année, quoi. Au Club on n'a quand même pas un budget très important.

    Jm : Est-ce que tu peux me dire pourquoi tu ne participes pas à un projet du Club ?

    A : Je ne participe pas à un projet du Club dans la mesure où, actuellement il y en a aucun qui meee, qui me satisfait. Puis, bon il y a aussi, leee, il faudra encore s'investir plus et avoir plus de temps.

    Jm : Alors, si tu avais ce temps là, justement quelle est la branche à laquelle tu participerais ?

    A : Euh, moi ce serait les formations. On en a parlé tout à l'heure, moi c'est les formations.

    Jm : Tu participes depuis le début de l'association, ça fait trois ans et quatre mois maintenant, tu es un des pionniers de l'association. Quels ont été pour toi les moments forts de cette association ? il y a eu des hauts, des bas, il y a eu des moments de freins, des moments...

    A : D'abord, pour moi, les moments les plus forts ça a été justement quand le Club a été arrêté. Quand on n'avait pas de locaux. Ça c'est, je pense que pour moi ça a été les moments les plus, les plus forts parce-qu'il a fallu se battre, trouver, chercher, euh, essayer à maintenir les gens qui avaient adhéré, euh, ce qui était pas évident.

    Jm : Tu t'es senti plus, plus dynamique ?

    A : Oh oui, oui, plus dynamique, oui. Oui, oui, je pense queee, qu'on a bien donné, tous le monde a bien donné. C'est à dire qu'on faisait des réunions, chacun chez soi, euh, chacun à tour de rôle on allait chez un des quatre personnes qui s'en sont occupées la première fois, euh, qu'on n'a pas eu de locaux, eeet.... on changeait d'appartement, on s'organisait comme ça, c'est sympa quoi. Mais, bon, euh, c'était dur aussi (expectoration en riant).

    Jm : Qu'est-ce qui a fait que ça a tenu, que les membres ne se sont pas essoufflés ? Parce-que la deuxième fois que le Club a fermé, il a fermé longtemps, il a fermé plus de cinq mois.

    A : Oui, oui. Par contre la deuxième fois où on n'avait plus de locaux le... les réunions ont peut-être été moins fréquentes mais on était plus nombreux. Et ça je crois que c'était, c'était pas mal aussi. Euh, ça soulageait beaucoup de gens qui n'avaient, euh, qui la première fois n'avaient pas participé, ont participé eeet, je pense que ça a été un bon, euh, une bonne envie d'arranger la sauce.

    Jm : Et toi-même tu ne t'es pas essoufflé, à un moment, lorsqu'il y a eu ces freins là ?

    A : Euh, essoufflé, non. Disons que... non non, non non. Parce-que bon, justement, ça été le moment, je pense, où il fallait donner le plus. C'est pas quand leeee, quand le Club est (silence) tout prêt, dans des beaux locaux queeee, c'est pas là qu'il faut aider le plus. C'est justement quand il est en, un peu en... difficulté.

    Jm : Alors, ça... Des moments forts dans les freins ; est-ce qu'il y a eu des moments forts dans l'évolution de l'association ?

    A : (Silence)

    Jm : Est-ce que tu as retenu des moments, euh, des moment forts ? Où on a été boosté, où on a été reconnu, ...

    A : Ah oui, oui, oui. Oui, puisqu'on est reconnu par la Jeunesse et Sports et beaucoup d'autres trucs administratifs. Justement, c'est un peu le, le, le, vraiment le point fort du Club. C'est queee, il va toujours de l'avant, toujours de l'avant, toujours de l'avant. Il recherche à... le maximum de choses, euh, là pour ça, le Club, là, i s'défonce. Non on peut pas dire le contraire.

    Jm : Alors de ta participation, qu'est-ce que tu en retiens ? De ta participation au Club ?

    A : (Silence) Ben j'en retiens une satisfaction, ça c'est la première chose. Autrement je ne l'aurais pas fait, hein. La satisfaction, euh...

    Jm : ... « Autrement tu ne l'aurais pas fait » mais tu ne pouvais pas savoir, avant de t'investir dans le Club que tu aurais satisfaction ou pas. Tu l'espérais cette satis...

    A : ...Ah oui, je l'espérais. Ah ben bien sûr...

    Jm : ...Tu ne pouvais pas préjuger du résultat.

    A : Oui, oui, non, non, mais justement, euh, justement, c'est queee... Bé justement c'est que...

    Jm : Finalement, tu n'as pas été déçu, quoi ?

    A : Ah non, non, non, non, ben non parce-queee... et puis c'est mon caractère d'être comme ça.

    Jm : Alors, qu'est-ce que ça t'as apporté ? Au delà de la satisfaction ?

    A : Ben, des amitiés. Ça, je pense c'est primordial dans la vie de chaque personne d'avoir l'amitié. Bon c'est pas l'amitié, euh, comment dirais-je, l'amitié, euh, je ne sais pas comment t'expliquer le mot. mais c'est une amitié quand même...

    Jm : ...Amitié confidentielle ?

    A : Voilà, voilà, mais c'est une amitié, quand même, qui est très... qui est proche du confidentiel, quand même, euh, c'est une bonne amitié, euh.

    Jm : Saine ?

    A : Saine, voilà. C'est le mot, une amitié qui est, euh... qui est vraie, c'est ça. Une amitié vraie.

    Jm : Bon, tu parles beaucoup d'amis, d'amitié, c'est une valeur importante pour toi, c'est quelque chose qui fait partie de ton caractère, ce à quoi tu es attaché, c'est une unité de valeur. Euh, est-ce que tu peux me donner un exemple, un ou deux exemples qui font qu'une amitié va naître ? Ou qu'une amitié dure ?

    A : Euh, fuuuu...

    Jm : Au sein du Club, j'entends bien, avec les autres membres, hein ?

    A : ...Oui, oui...

    Jm : ...avec les autres membres...

    A : Bien sûr, oui. Je pense, euh, tant que les... tant que les gens, euh viennent et donnent de l'amitié (inaudible). Pour être (inaudible) si la personne n'était pas correcte vis-à-vis de l'autre. Ça, l'amitié, donc tant que, moi je pense que tant qu'il y a justement la correction et le civisme entre les personnes y aura aucun problème l'amitié sera... durera.

    Jm : Il faut quelques affinités pour faire des amis. Il faut avoir des valeurs communes, il faut avoir...

    A : Oui mais les valeurs communes on les a puisqu'on est dans le même Club donc c'est qu'on a des valeurs communes sinon on serait dans des clubs différents.

    Jm : Ces valeurs, justement, ces valeurs communes, quelles sont-elles ?

    A : Au départ, c'est, c'est l'informatique. Au départ, puisque c'est un Club informatique qui a mené... Donc chacun a, a...euh...

    Jm : Un Club informatique, mais il y a d'autres clubs informatiques.

    A : Oui, mais, euh. Mais bon, il y a d'autres clubs...

    Jm : Qu'est-ce qui transparaît, quelles sont les valeurs qui suintent, qui transpirent de, de l'association et qui permettent cette amitié, cette ambiance, cette entente ?

    A : C'est son civisme ! Son civisme !

    Jm : Son civisme. Encore autre chose que le civisme, ce serait le seul élément ? Est-ce que c'est suffisant ?

    A : (Silence) Non, c'est, c'est les, euh.

    Jm : Qu'est-ce qui peut y avoir d'autre encore ? Est-ce que l'organisation globale de l'association ? La tolérance ?

    A : C'est justement, justement, c'est tout ça, c'est tout ça qui fait que... voilà : il y a la tolérance, y a le, euh... le bon point à mon avis la tolérance, y a le contact, les discussions qui sont vraiment possibles. Justement tout ça fait un tout que justement le Club fonctionne et que l'amitié durera. C'est justement cet ensemble total qui fait que le Club fonctionne bien.

    Jm : Alors, euh, depuis que tu es au Club est-ce que quelque chose à changé chez toi ?

    A : Euh...

    Jm : Est-ce qu'il y a eu une évolution ? Par rapport à il y a trois ans ¼ ? Dans le Club, depuis que tu es au Club, dans le Club, éventuellement, euh, bon l'évolution du poste je suppose qu'il a changé...

    A : ...Il a changé...

    Jm : ...à titre personnel, dans le Club est-ce qu'il y a des choses que tu fais plus que tu ne faisais pas avant, des engagements que tu as pris ? Des fonctions que tu as pris que tu ne voulais pas prendre ? Ainsi de suite...

    A : Ouui, çaaa (rires). Oui, oui, euh...

    Jm : Eventuellement, est-ce qu'il y a eu des répercussions bénéfiques ? Euh, dans ta famille, dans ton travail, dans tes relations.

    A : Non, non, bon moi, j'étais quand même, euh, j'avais l'esprit associatif, donc, euh, bon pour moi, personnellement, rien n'a changé. Hors mis que, bon, je ne voulais pas m'engager plus que ce que je m'engageais au départ et queeee... je me retrouve Trésorier, quoi.

    Jm : C'est un sacré changement ça !

    A : Oui, bon, euh...

    Jm : ...Ne pas vouloir s'engager puis finalement, petit à petit, finir Membre du Bureau, euh, Administrateur, c'est un sacré changement ça quand même.

    A : Ouui, bon jeee, c'est vrai que je ne voulais plus, comme j'étais, j'avais eu des déboires avec mon autre association je ne voulais plus m'engager de ce côté là.

    Jm : C'est compréhensible. Tu l'as exprimé toi-même. Ce n'est pas tout à fait la même association quand même, hein. Il y a autre chose qui transparaît.

    A : Ben non, l'autre par contre, non, l'autre association était, aussi, une très bonne association, il y avait le pareil. Mais là il s'est passé un truc que les gars ils ont même pas voulu le faire méchamment. Bon, mais moi, ça été question de principe. Voilà et moi je suis un gars droit, euh, si on me fait ça, c'est fini. Il faut pas me faire ça moi, juste ça (avec les gestes).

    Jm : D'accord. (silence). Au sein de te... à titre personnel, euh, tu, tu m'as dit il y a ce changement de prises de fonctions, euh, est-ce qu'il y a autre chose qui aurait changé au delà des prises de fonctions, dans ta façon de, de voir les choses, de rencontrer d'autres personnes, de participer à cette ambiance, à cette tolérance, à ce civisme, à cette entente, etc. Est-ce que ça a eu des répercutions sur toi-même et que ça se voit après dans le travail, tes relations avec tes fournisseurs, tes clients, dans ta famille ?

    A : Honnêtement, non. Non, non, honnêtement non parce-que moi j'ai, mon caractère euh... à mon âge je ne me referai pas. Mais bon, euh... comme je suis une personne assez sociable, doncccc, pour moi, non il n'y a pas eu de changement. Euh, j'ai toujours mis de l'eau dans mon vin quand il y avait du monde et qu'on était en discussion parce-que chacun a son opinion, bon ben. Justement, pour s'entendre il faut mettre de l'eau dans son vin et puis sorti de là, euh...

    Jm : Pourquoi tu n'as pas eu de changement ? Est-ce que tu pourrais expliquer pourquoi ça n'a rien changé ?

    A : Ben ça n'a pas changé dans la mesure où j'ai toujours eu cet esprit-là. Donccc, pour moi ça n'a pas changé, c'est toujours mon esprit, euh...

    Jm : Alors, justement, dans quel état d'esprit tu te trouves quand tu viens au Club ?

    A : Ben justement, retrouver... d'être bien. Bon, euh, moi je vais au Club comme si j'allais pratiquement aux loisirs. C'est, euh, faire un loisir, voilà c'est ça.

    Jm : C'est ça, comme tu vas à la montagne, tu vas au Compu's Club le week-end ?

    A : Voilà, exactement, hein.

    Jm : Tu te sens comment quand tu y viens au Club ?

    A : Ben, euh, détendu, euh, détendu, ça me permet, moi de me relaxer, même. J'irai même plus loin ça me permet de me relaxer parce-que le travail c'est pas toujours évident, il y a toujours des problèmes (inaudible). Donc quand je vais là-bas je m'détends, je m'relaxe, je suis cool.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui fait que tu y restes ?

    A : Ben c'est queee... j'y reste pour le moment parce-queee y a de l'ambiance, hein. S'i y avait pas cette ambiance, euh... Si l'ambiance se dégradait je pense que je partirai. Chez moi ce qui fait que je reste. Il y a de l'ambiance, quoi.

    Jm : Alors, ce qui ferait que tu le quitterais c'est que justement il n'y ait plus cette ambiance.

    A : Qu'il n'y ait plus cette ambiance, voilà. et puis queee, et puis, bon, que, que, que certains Membres se prennent vraiment pour des chefs, voilà. Ce qui, à mon avis fera disparaître l'association.

    Jm : Alors, quel sont selon toi les obstacles à une participation plus importante au Club, au delà du manque de disponibilités que tu as déjà exprimé ?

    A : Les obstacles (inaudible) ?

    Jm : Ouais !

    A : Beeeein, je pense qu'il faut, euh, bon, les locaux sont petits donc le Club, il aura des difficultés à, à aller plus de l'avant dans la mesure, je m'entends, euh, euh, recevoir du monde. Déjà on est limité en surface. on a le droit de recevoir je crois, dix-neuf personnes. Bon, donc, déjà, déjà, euh, ça limite déjà pour faire une extension pour faire venir du monde.

    Jm : Oui, oui, euh, pour toi, pour ta participation plus importante au Club, au delà de ton manque de disponibilités, euh, quels sont les obstacles ? Quels seraient les obstacles si tu avais du temps qu'est-ce qui ferait que tu participerais ou pas à telle ou telle chose ?

    A : Ah ben si j'avais plus de temps, je participerais plus. Ça c'est sûr !

    Jm : A quoi tu participerais ?

    A : Hé bé, comme j'ai expliqué tout à l'heure. J'ai, je, je pense que je m'investirai plus dans leeee... à, à l'accueil des gens, à tout ça quoi, à, au général du Club.

    Jm : Au général du Club ?

    A : Ah oui.

    Jm : tu ne participerais pas à un projet en particulier ?

    A : Euh... le seul projet où je pourrais éventuellement... euuuh... Si, le projet comme je l'ai expliqué tout à l'heure ça serait de me lancer un peu dans les formations. Euh...peut-être voir, euh...

    Jm : La CAO ?

    A : Euh, la CAO, non, c'est paaas, c'est paaaas...

    Jm : Tu connais la CAO. Est-ce que tu en a entendu parler avant ?

    A : Ouais, pas trop.

    Jm : Pour la CAO toi tu es déjà équipé en matériel, c'est plus des gens pour reprendre ce que tu as dit tout à l'heure « c'était plus des gens qui, euh, qui viennent chercher à apprendre... »

    A : ...Qui viennent chercher à apprendre...

    Jm : ...et toi, tu, tu...

    A : ...et puis bon. Et puis si moi je pense que heu la personne qui est associative dans l'esprit, elle restera même une fois qu'elle aura appris. Elle restera justement pour enseigner ce qu'elle aura appris et puis, et puis par amour du monde associatif, voilà. Cette personne restera. Bon il est certain qu'on aura toujours des gens qui viennent que pour consommer.

    Jm : S'il y en a qui viennent apprendre à la branche CAO par exemple, euh, c'est bien qu'il y en a qui donnent ?

    A : Ben oui !

    Jm : Ça c'est quelque chose... tu ne participerais pas à donner ?

    A : Euuuh, moi je pense qu'il y a déjà des gens, euh, non plus c'est pas la peine d'être une cinquantaine... à apprendre à d'autres parce-queeee... je pense un peu limité... Par exemple dans la CAO ils sont un peu limités dans le nombre de personnes. Euh, d'ailleurs dans toutes branche on devrait limiter le nombre de personnes. Parce-que plus y en a et plus c'est le brouhaha et moins les gens apprennent. Donc il faut quand même un petit peu limiter les personnes dans les... (silence).

    Jm : Alors, comment est-ce que tu arrives à dégager du temps pour venir à l'association ?

    A : Bon ben là, euh, c'est en fonction aussi de l'association. Euh, si elle a besoin de moi un après-midi, bon, mon boulot au lieu de le faire l'après-midi je le fais le soir.

    Jm : Tu est très libre dans ton travail. C'est un peu ton travail qui guide...

    A : ...qui guide...

    Jm : ...tes disponibilités...

    A : ...mes disponibilités, voilà...

    Jm : ...et tu peux ajuster comme ça. Alors on va, on va, ça se termine, hein, on va aller au bout. Euh, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Club ?

    A : Ben, là, c'est toujours question sous. Moi je pense ce serait deee, le matériel.

    Jm : Faire évoluer le matériel ? Les gens ne viennent pas pour ça, tu disais, nécessairement pour ça, que pour ça.

    A : Ben, euh.

    Jm : Qu'ils ne venaient pas que pour le matériel, tu disais.

    A : Ah non ils ne viennent pas que pour le matériel. Si nous, on veut faire évoluer le Club, il faut faire évoluer le matériel. Donc, ça c'est primordial à mon avis. Il faut avoir les logiciels, euh, euh, récents, il faut avoir tout un tas de logistique intéressante justement pour que les gens viennent. Bon, euh, on a l'exemple de moi qui ai un appareil plus perfectionné que ceux du Club.

    Retournement de K7 = ¾ d'h.

    Jm : Alors, à cette question, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Club ? Faire évoluer le matériel informatique, c'est une chose mais est-ce qu'il y a encore autre chose dans les valeurs du Club, dans l'ambiance du Club qu'il faudrait faire évoluer, faire avancer ? Est-ce qu'il faudrait imaginer des permanents, des gens qui connaîtraient, euh, le relationnel, euh.

    A : Oui. Mais moi je pense que le Club, comme il est actuellement il peut encore évoluer, euh, tel qu'il est. Je pense qu'il y a encoreeee...

    Jm : A quels points de vues ?

    A : Enfin, je, il y a une bonne équipe donc, obligatoirement, euh ça évoluera, obligatoirement. Du moment qu'il y a une bonne équipe. Bon, embaucher des gens, c'est bien mais le gars est là pour ça. On a un exemple malheureux... il était bien gentil, mais bon il n'avait pas la pêche, euh. Donc à mon avis... un bénévole il sera plus doué qu'un salarié pour faire du travail parce-que le bénévole est passionné, l'autre il est salarié.

    Jm : Euh, le bénévole n'a pas toujours des disponibilités...

    A : ...C'est le problème, c'est, c'est le problème. Le problème c'est que le bénévole bon bein, il a pas toutes les disponibilités d'un salarié, donc, un salarié on est obligé d'en avoir.

    Jm : Qu'est-ce que tu entends par bénévole ?

    A : Bénévole ça peut être. Pour moi le bénévole c'est la personne, comme moi, qui ne reçoit pas de salaire et qui fait ça parce-que... pour faire avancer son Club. Voilà c'est ça pour moi le bénévole. C'est le gars qui fait ça vraiment sans but lucratif, euh, en passionné. Et ce gars-là il amènera plus qu'un salarié. Y a pas de problème. Le salarié, il vient pour gagner sa vie. L'autre, il le fait gratuitement, il donne son coeur, voilà.

    Jm : Tout à l'heure tu as dit une expression « avoir la foi ». Ça veut dire quoi avoir la foi ?

    A : Avoir la foi, c'est, c'est, apprendre à aimer ce qu'on fait.

    Jm : Aimer ce qu'on fait ?

    A : Voilà !

    Jm : C'est une foi dans l'amour de ce qu'on fait ?

    A : Dans l'amour de ce qu'on fait voilà ! C'est-à-dire on retrouve une satisfaction de le faire. C'est ça avoir la foi, la foi de ce que l'on fait.

    Jm : Euh, pour reprendre le questionnaire qui était passé il y a quelques mois. A la question "vous sentez-vous plus dynamique quand vous venez au Club" tu avais coché "oui" et à "êtes-vous content d'y venir" tu avais marqué "oui". Peux-tu m'expliquer pourquoi détente et changement ? Changement, c'est le changement de lieu, c'est le dépaysement, ... ?

    A : Euh, le changement, oui. Le dépaysement, beinnnn, oui le dépaysement par rapport à, au travail, ouais, c'est ça.

    Jm : (Silence) Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour que les membres trouvent ce qu'il viennent chercher au Club ?

    A : Euh, c'est un peu ce que je t'ai dit : c'est d'abord, c'est le matériel.

    Jm : C'est le matériel. Dans un premier temps, ils viennent pour ça. et puis après, ils...

    A : Voilà, justement, justement. Par exemple question matériel on aurait des pentium III, euh tu verrais que les gars resteraient, viendraient plus souvent. Euh, on aurait beaucoup de possibilités de... le gars amènerait son disque dur, deee le formater tout ça, tu verrais que les gars ils viendraient plus souvent. Surtout que... s'il a un 486 derrière. S'il a la même chose que nous c'est pas la peine qu'il vienne au Club pour travailler sur les ordinateurs, tu comprends. Si on est au dessus de lui il viendra au Club. Non mais ça c'est... c'est une logiqueeee...

    Jm : Est-ce que tu penses que le Club peut, quelquefois, soulager une certaine solitude ?

    A : Ah oui, de toute évidence, toute évidence. toute évidence, la personne qui vit seule, elle vient au Club, bon é ben, euh...

    Jm : Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour, euh, pour améliorer cette solitude s'il y en a qui viennent pour ça ?

    A : Moi, là, là, là, c'est, c'est, c'est pas nous qui allons agir, c'est la personne qui, qui, c'est selon le comportement de la personne. Nous, nous, là on peut pas agir si tu veux pour elle.

    Après un arrêt :

    A : Ce que je voulais te dire dans ton... ce questionnaire c'est qu'il y a deux choses qui m'ont choquées : c'est que... tu ne parles pas de la créations d'emplois que le Club amène. Parce-que, on est arrivé à caser plusieurs personnes et ça je pense que c'est dommage de ne pas en parler. Parce-que des personnes ont trouvés du travail autre que... que notre Club et ça je pense que c'est un gros point pour le Club.

    Jm : Et ça c'est dû à quoi, ça ?

    A : Eh bien justement. C'est dû à ce que tu as mal fait ton questionnaire (rires).

    Jm : Non, non, mais c'est dû, c'est dû à cette ambiance du Club ? Y a bien des gens qui doivent changer ?

    A : Non, non, c'est, c'est l'ambiance du Club oui, c'est dû au Club, justement en étant un Club informatique de base, ça prouve qu'il fait autre chose que de l'informatique. Et ça je pense que, dans le questionnaire, c'est un petit dommage de pas en parler.

    Jm : Ouais, en tout cas c'est bien d'y penser, c'est bien de me le signaler. merci. Oui y a des gens qui ont retrouvé une place.

    A : C'est de ceux-là qu'il faut parler, c'est pas des autres. Justement là dessus tu en parles pas, ils ne vont pas en parler et je trouve que c'est un petit peu dommage.

    Annexe 7 Deuxième entretien

    H (Deuxième entretien) 12h40 le 1er février 2001. Sur son lieu de travail.

    Une adhérente, membre de la branche Littérature : a retrouvé du travail après long chômage (Formatrice en communication). 50 ans. Adhérente depuis 1 an ½. Connaît peu l'informatique.

    Après annonce.

    H : Il n'y a pas de questionnaire ? Tu n'as pas fait de questionnaire à remplir ?

    Jm : non, il y en avait eu un il y a quelques mois mais tu ne l'avais pas rempli.

    H : Pas vrai ? Si, je l'ai rempli mais je ne l'ai jamais envoyé. Ça, c'est moi, tu sais. Oui, non-non, non- non. Parce-que j'aime bien remplir tout ça, moi.

    Jm : Il y a 6 ou 9 mois de ça.

    H : Oh mais il y a longtemps, je sais.

    Jm : Alors, on va commencer. Comment est-ce que tu as connu le Compu's Club ?

    H : Euh... J'ai connu Compu's Club par, euh, ma situation de chômage qui m'a fait aller de portes en portes chercher du travail et une association comme la Sdava m'a dit « mais, il vient de sortir quelqu'un qui pourrait vous intéresser. Ils écriv... il écrit, veut écrire un journal, euh, un livre sur le chômage. » Et ce monsieur... J'ai donc pris contact et nous avons après peu à peu pris conscience qu'il nous fallait monter une association pour faciliter surtout les démarches administratives et nous sommes allés nous adresser au Compu's Club. Pourquoi ? Ça, je ne peux pas dire. C'est le monsieur en question qui devait connaître. Voilà. Donc j'ai connu cette association comme ça.

    Jm : Alors, donc tu as découvert le Compu's Club dans ces circonstances-là. C'était une orientation avec un monsieur qui avait en projet d'écrire un livre et vous vous êtes rapprochés naturellement du Compu's Club. Pourquoi particulièrement du Compu's Club, tu ne sais pas ?

    H : Je n'en sais pas plus parce-que c'était une association qui proposait des services comme l'informatique. Ils avaient aussi... ils avaient aussi... euh... des, de, des... comment on appelle ?... des branches... euh... pour les jeunes, des projets de formations, il y avait aussi un journal, il y avait aussi un petit livret qui fait qu'on s'est dit qu'on pourrait peut-être s'intégrer, faire un section de Littérature avec un grand L.

    Jm : Lorsque vous vous êtes rapproché du Compu's Club, est-ce que la personne en question a dû te convaincre d'adhérer au Compu's Club ? Où est-ce que c'était une personne qui a dû te dire ce qu'était le Compu's Club ? Pourquoi le Compu's Club ? Etc. Est-ce que tu t'en souviens à l'époque ? Ce qui a été dit sur le Compu's Club ?

    H : Non, non. Pour nous c'était une solution de facilité plus que... franchement hein... plus qu'un service. C'était le service de facilité.

    Jm : Tu as déjà eu une expérience de l'associatif ?

    H : Oui.

    Jm : Oui... euh... beaucoup ?

    H : Oui !

    Jm : Dans quel domaine ?

    H : Domaine d'associations familiales, où j'étais Présidente. Domaine association des « Chanteries de Valence » où j'étais Chef de Coeur.

    Jm : Chef de Coeur ?

    H : Chorale. Domaine association d'aide aux alcooliques à la Croix Bleue. Enfin bon, pfou. Domaine d'alphabétisation.

    Jm : Oui. Tu en avais été satisfaite à chaque fois ?

    H : Oui, oui, à chaque fois.

    Jm : Qu'est-ce qui a fait que... Tu y es encore ? Tu participes encore ?

    H : Non, non.

    Jm : Qu'est-ce qui fait que...

    H : Bien, parce-que il y a des enfants, le travail et puis aussi une certaine lassitude du phénomène associatif. (silence) Et voilà...

    Jm : Lassitude ?

    H : Lassitude, oui. De gérer beaucoup de choses. Un bénévolat qui petit à petit... Ben pour moi c'était pas la solution de toujours faire du bénévolat. Donc, ben j'me suis tournée vers autre chose de par ma vie personnelle et professionnelle.

    Jm : Là depuis que tu y es, tu y participes, Tu participes depuis l'adhésion ?

    Interrompu par une tierce personne

    Jm : Depuis que tu as rejoint le Club est-ce que tu as participé à une autre association ?

    H : Oui, l'association Remaid d'aide aux victimes. Où je suis bénévole. Et je suis administrateur ad hoc. Je fais donc... j'ai donc fait une formation puis j'ai fait une formation encore de bénévolat pour l'aide aux jeunes victimes qui ont subi des violences sexuelles.

    Jm : Donc tu y participes toujours. Alors qu'est-ce qui t'as conduit au delà de la participation à ce projet qui naturellement a amené au Compu's Club ? Est-ce qu'il y a d'autres éléments qui auraient pu te conduire au Club ?

    H : (long silence de réflexion). En dehors du bouquin, si j'avais pu rentrer à l'association ?

    Jm : Oui. Ou alors avec l'idée du bouquin, est-ce que tu avais... heu... Bon il y avait ce projet de bouquin. Mais est-ce que tu avais éventuellement quelque chose de précis ?

    H : Oui, moi j'ai failli plus m'intégrer quand il y a eu des idées de projet de formations, des projets de, très égocentriquement, d'emploi. Vu que j'étais toujours en recherche d'emploi. Et... heu... des projets... ouais, de structurer des choses. Mais... heu... Je dis "mais" parce-que j'ai l'impression... je ne connais peut-être pas assez bien le Compu's Club, mais j'ai l'impression que c'est surtout axé sur l'informatique. Tout ce qui est informatique. Donc je me sens pas du tout apte à aider en quoi que ce soit. Et même je n'en profite... entre guillemets... je n'en profite pas. Je n'ai même pas... je ne sais pas bénéficier des avantages. Voilà, hein. Il y a des formations comme des niveaux 1, 2 en informatique où j'ai jamais pu... je ne me suis pas donné les moyens de venir. Donc je n'ai pas su bénéficier des avantages (raclement de gorge). Voilà.

    Jm : Tu, tu, tu attends quelques chose de particulier du Club aujourd'hui ?

    H : Non.

    Jm : Quand tu y es entrée, tu attendais quelque chose de particulier ?

    H : Non, j'ai rien attendu mais j'ai trouvé ce que j'aime y trouver. De l'accueil... euh... quelque chose d'agréable, quelque chose où on peut parler... euh... les choses sont structurées. C'est bête, hein, mais il y a des classeurs, il y a des... On sent qu'il y a une organisation, qu'on fait pas tout et rien. Que... ce n'est pas pour te lancer des fleurs... mais j'ai beaucoup, beaucoup... euh... pardon, tu le gommeras (à propos de « ce n'est pas pour te lancer des fleurs » à ma réaction de chut !). J'ai beaucoup, beaucoup trafiqué dans des associations. Puisque j'ai été 14 ans à l'Adim. Enfin toutes les associations de-ci, de-là. Et je trouve que dans cette association on sait qui fait quoi. Voilà.

    Jm : Quand on parlait. Tu disais tout à l'heure « on peut parler ». Tu peux préciser ce que tu entends par « on peut parler » ?

    H : « On peut parler », ben, moi j'ai toujours pu exprimer... euh... si j'étais d'accord avec quelqu'un ou quelque chose ou avec une idée ou si je n'étais pas d'accord.

    Jm : A quelle occasion ça...

    H : Ben, à l'occasion...

    Jm : Tu as proposé des services ?

    H : Voilà, à l'occasion, par exemple, d'une aide... de mettre en place éventuellement des formations. Euh, par rapport au fonctionnement, comment ça pourrait fonctionner, des emplois CES, mais aussi, est-ce qu'il y a un Président, comment ça peut... enfin tout l'organigramme. Je peux exprimer soit mon accord, soit mon désaccord. Voilà. Et ça a été entendu et... euh... sans... euh... sans... sans, sans se disputer, sans employer des mots. Même si des fois on a eu des mots un peu violent, ça a été quand même entendu et puis... Le désir de construire ensemble a toujours été là. Voilà.

    Jm : C'est ce que tu as ressenti, donc...

    H : C'est ce que j'ai senti...

    Jm : ...dans tes relations avec les autres membres au sein du Club ?

    H : Oui. Et j'ai eu l'occasion de concrétiser ça, de, de, d'en avoir la preuve. Lors... même quand il y a des altercations, il y a un déménagement, et bien y a pas un pelé, y en a quinze de pelés. Y a...euh... bon. Et je pense que... on sait faire... euh... y a des gens qui savent passer outre... leur, leur nombril pour...euh... ben, le but de... initial de l'association.

    Jm : Alors, est-ce que tu peux me parler un peu de toi à l'époque ? Tu disais que tu étais au chômage... ça fait longtemps que tu étais au chômage ?

    H : Cinq ans.

    Jm : Ca fait cinq ans que tu étais au chômage. Et actuellement tu as retrouvé du travail ?

    H : J'ai retrouvé du travail.

    Jm : Depuis combien de temps ?

    H : Depuis 3 mois.

    Jm : Depuis 3 mois. Euh, est-ce que tu étais engagé dans la vie associative pendant que tu étais au chômage déjà ? Est-ce que tes parents étaient engagés dans la vie associative ? Ta famille était engagée dans la vie associative ?

    H : Mes parents étaient engagés dans la vie associative, oui.

    Jm : Dans des domaines proches de tes préoccupations ?

    H : Dans des domaines... de... plutôt dans des domaines scolaires.

    Jm : Scolaires ?

    H : La F.O.L... voilà. Et puis aussi dans le domaine religieux.

    Jm : Dans la vie publique aussi, peut-être ?

    H : Dans la vie publique aussi. Mais, bon... à l'époque hein... il y a quarante ans, c'était quand même dans le domaine associatif beaucoup moins, qui avait moins d'impact que de nos jours.

    Jm : Qu'est-ce qui fait que tu es sensible au monde associatif ?

    H : (Silence de réflexion)

    Jm : Qu'est-ce qui fait dans ta personnalité que tu es attirée par le monde associatif ?

    H : Ben, parce-queeee... j'ai une certaine naïveté qui me fait croireee... à la solidarité entre les hommes quand il y a solitarité.

    Jm : Quand il y a solidarité ?

    H : Solidarité quand il y a solitarité.

    Jm : Ah, solitarité.

    H : C'est un terme que j'ai employé dans mon li... dans notre livre.

    Jm : C'est ça. Donc, pour toi le monde associatif peut répondre à une certaine solitu...

    H : Bien que je sois contre (raclement de gorge) le monde associatif.

    Jm : Contre le monde associatif ?

    H : Oui, par rapport au phénomène, à notre nation. Euh, phénomène politique. Je suis contre le phénomène associatif tout en y participant. Parce-que je trouve que c'est instituer la misère entre guillemets... est bien nationalisée, bien instituée. Ça, tu dois bien l'entendre souvent ? Mais je fais partie de ces gens qui le pense et que on continu à faire du bénévolat, on continu à avoir des gens dans les associations sous payés. Parce-que ça arrange tout le monde et si tout le monde boycottait ça, peut-être que l'Etat se bougerait. Mais, comme personne ne se bouge, je pense que j'ai ma place a avoir là-dedans et mon rôle à jouer comme je le fais.

    Jm : b...

    H : Et j'estime que je n'ai pas en deho... à l'encontre de mes convictions. Voilà. Parce-que c'est bien là... si tu veux... dire que je ne peux pas me dire bon, « ben je me lave les mains, ils font rien, donc je fais rien ». Ils se lavent les mains et ben moi j'estime que je peux faire quelque chose.

    Jm : Parce-que l'Etat pourrait faire quelque chose ? Pourrait effectuer le même travail ? Le même ouvrage, on va dire ?

    H : Oui.

    Jm : Oui. C'est ton impression ?

    H : A force d'assister les gens... (silence) parmi les gens qui vous aident et tout. Il ne devrait plus y avoir de bénévolat. Ca devrait être... ch'ai pas... (silence)...

    Jm : ...naturel...

    H : fui (pour dire oui). Presque.

    Jm : Alors, pooour revenir un petit peu sur le Club, recentrer un petit peu sur le Club. Le Compu's Club, pour toi, c'est quoi aujourd'hui ? Aujourd'hui, hein ?

    H : (silence de réflexion)

    Jm : Qu'est-ce que ça représente pour toi aujourd'hui ?

    H : (silence de réflexion) pfou...

    Jm : Qu'est-ce qui te plaît ? Euh, quelles sont ses valeurs ? Qu'est-ce que tu lui attribues ? Qu'est-ce que ça représente pour toi ?

    H : Ben, les valeurs, j'en ai un peu parler, là. Les valeurs d'écoute, de solidarité, de transmettre des connaissances, d'échanger, d'accueil, deee... d'apport de connaissances, oui... d'aide... deee... Mais...je connais pas assez, je connais moins. Je, je...

    Jm : Mais justement, avec ce que tu connais simplement, qu'est-ce que... qu'est-ce que ça représente le Compu's Club ?

    H : (court silence de réflexion) Moi, c'est un groupe de personnes qui est prêt à accueillir d'autres personnes, d'où qu'ils viennent, quoi qu'ils soient, voilà. Avec, quand même en contrepartie un... C'est comme un engagement. Tu, tu viens dans l'association, mais...'fin... tu dois faire ça, quoi, `fin... euh... Même si vraiment je sais que je me sens très libre, mais c'est... euh... enfin... euh...

    Jm : il y a une certaine mutualité...

    H : Voilà, une certaine mutualité !

    Jm : ...informelle...

    H : Ouais, ouais !

    Jm : ... Est-ce qu'elle est formulée cette mutualité où est-ce qu'elle vient naturellement dans les rapports ?

    H : (silence de réflexion) Euhhhhh... Pour moi c'est naturel. Euhhhh... j'sais pas si je peux dire toi ou le contact ?

    Jm : Au sein du Club, les membres, tu, tu vois... Tu as dû t'apercevoir de certaines choses. Est-ce que cette mutualité t'as paru naturelle ou est-ce qu...

    H : Ben moi je trouve que c'est très naturel... Mais bon c'est... bon... tu, tu le dis toi aussi. Hein, euh...Bon, il y a une association, mais, bon... pas en contrepartie mais presque, bon... euh... tu demandes aussi de faire quelqu...

    Jm : ...L'échange...

    H : Voilà, l'échange.

    Jm : Alors, si tu devais définir le Compu's Club, tu le définirais comment ?

    H : (long silence) Eh ben, écouteeee. pfu. Ce serait difficile.

    Jm : Est-ce que tu peux alors me donner deux trois expressions qui permettraient de le décrire ?

    H : (long silence puis sans hésitation dans le ton) Groupe ouvert, (silence), ouverture, transmission, (silence puis sur une intonation plus basse pendant la réflexion) ouverture, transmission (nouveau silence), mutualité.

    Jm : Alors, si tu devais... euh... convaincre quelqu'un de rejoindre le Compu's Club, de quelle manière tu présenterais le Club ?

    H : Alors, ça m'est arrivé (sourire dans le souffle en prononçant).

    Jm : Ouais, forcément, mais pas de convaincre quelqu'un qui aurait entendu parler du Compu's Club...

    H : Voilà, ça m'est arrivé pour quelqu'un qui cherchait des formations en informatique. Donc, moi j'ai beaucoup parlé du Compu's en disant que outre l'informatique il y avait un accès à Internet, y avait un accès à... faire passer... euh... des connaissances, en recevoir, ne serait-ce que par le petit livret... euh... qu'i y avait... euh... beaucoup de, de choses à en tirer... hummm.... Le prix de l'adhésion rebute un peu les gens... (200F, ndlr) Euh... Il faut le dire, hein, parce-que ça compte... eeeeet le prix des formations je suis pas très au courant et je sais pas si les gens ont pris contact mais c'est surtout dans le cadre de l'informatique. (silence) Maintenant, aussi, j'ai pas pu, je n'ai pas pu assurer aux gens si vous faites une formation au Compu's Club pour l'informatique est-ce que vous aurez une attestation de stage... voilà, ça je n'savais pas.

    Jm : hum, donc, ça, c'est ce que tu as déjà présenté à...

    H : Voilà, simplement au niveau informatique.

    Jm : ...à l'occasion de... Alors, aujourd'hui si on devait pousser un petit peu cette présentation, au delà du niveau informatique, une copine que tu aimerais bien, par exemple, avoir avec toi au Club, si tu devais y venir, euh...de quelle manière tu arriverais à la convaincre ? Au delà de l'informatique même, parce-qu'on a l'étiquette informatique donc bien sûr 1) on parle de l'informatique, mais qu'est-ce que tu lui dirais pour la convaincre de venir ? De quelle manière tu présenterais le Club à ce moment ? Dans ces circonstances-là ?

    H : Oh la la. (silence de réflexion) Je n'aurais pas trop de critères... à part si elle avait des enfants parce-que je sais qu'y a une... une tranche d'âge qui est fortement représentée dans le Compu's... et... j'ai même essayé de pousser un peu ma fille à y aller pour créer des contacts. Surtout pour créer des contacts. Qu'elle ait d'autre liens que le collège.

    Jm : Alors : tu lui as présenté comment...

    H : A ma fille ?

    Jm : Oui.

    H : Voilà, en lui disant qu'il y avait des jeunes, qu'y avait Libertech. Je lui ai fait voir le petit livre...euh... Elle connaît J. (le Président Junior Libertech). Mais bon...euh... bon, elle est à l'âge où c'est l'collège, elle avait peur, tout, bon. Et aussi elle a un emploi du temps très chargé.

    Jm : Alors, dans ta branche, qui est la branche Littérature, projet Échap, ça marche comment ?

    H : Ça marche comment ? (par répétition puis silence de réflexion) Alors... euh...

    Jm : Est-ce qu'elle est autonome ?

    H : C'est une branche qui est complètement autonome. On se voit régulièrement donc pour ce livre.

    Jm : Vous êtes combien ?

    H : Nous sommes trois. (silence)

    Jm : Depuis le début ?

    H : Non. (silence)

    Jm : Au début vous étiez combien ?

    H : Neuf. Nous sommes trois maintenant. (rires parce-que j'ai fais un mouvement du bras invitant à étayer). Non, c'est dur parce-que ça c'est un sujet qui nous... qui prend...

    Jm : Qu'est-ce qui s'est passé ?

    H : Alors voilà, je veux dire que dans les associ... quand je parlais de lassitude des associations il y a ce désistement. Et on le voit même dans une section d'une association il y a désistements, il y a toujours des piliers. Et moi... le fait que, ben les associations, je m'en retire un peu, parce-que... euh... j'ai tendance à être le pilier et puis, bon, à plus de 50 ans, y a des jeunes qui... Y a une association, là, euh... si, si... à l'association, à la structure à l'Echap... euh... on dit pas une structure... on dit leeee... ?

    Jm : La branche, la section.

    : La branche Échap. Échap, parce-qu'on veut s'échapper de ce carcan du chômage, ça fonctionne à trois. On se... on s'est organisé, on a essayé de prendre une aide mais ça n'a pas marché par un écrivain. Donc, on fonctionne tous les trois avec l'éééé... l'éditrice qui nous aide bénévolement et qui nous transmet ses connaissances... pour le style, la syntaxe et tout. On correspond par e-mail. et on fait un rapport au Compu's Club en passant des articles... voilà. Il faut dire que le Compu's Club nous sollicite quand même très régulièrement. On se sent pas complètement abandonné. Ce serait plutôt nous qui aurions tendance à abandonner, `fin, à abandonner... à pas trop informer parce-que... euh... on a nos vies, parce-que ça roule, on est autonome, et voilà.

    Jm : Alors, finalement qu'est-ce qui c'est passé de passer de neuf membres à trois ? Les six membres qui ont disparus, qu'est-ce qu'ils sont devenus ? Ils sont toujours membres du Club ? Il ont disparu dans la nature ?

    H : Alors, je sais pas.

    Jm : Est-ce qu'ils ont retrouvé un travail ? Il se sont mariés ? ils sont partis à l'étranger ? euh...

    H : Alors, nous avons essayé d'avoir beaucoup de contacts puis on s'est lassé, aussi. Donc... euh... eh ben... y en a qui cherchent encore, y en a on sait pas trop... euh... y en a qui attendent, y en aaaa qui font des stages... euh... d'écriture... à Paris parce-que c'est quand même bien mieux qu'à Valence, évidemment. Et euh... voilà, donccc... on ne sait pas pourquoi c'est...

    Jm : A début, (pour insister) au début de cette branche vous étiez neuf, comment ça se passait au début ?

    H : Au début, ça se passait assez bien. Et puis après les caractères se dévoilent un peu. Il s'agissait d'écrire, de lire nos écrit et de... de les adapter, de les améliorer. et le fait du terme de corriger a été très mal pris par certains. « Je ne veux pas que mon texte soit corrigé, il n'a pas a être corrigé ». C'est vrai que moi au bout de deux ans de travail, avec mes deux collègues on se rend compte que... (prenant l'air jovial) on a toujours besoin d'être corrigé, que c'est jamais fini (gloussements) ! Depuis notre première mouture ça fonctionne bien. On en est à notre troisième mouture et on espère que ce sera la bonne. Donc ça fera cinq cents pages écrites et je crois que... (silence). C'est pas un livre de cinq cents pages hein, au bout du compte ça fera cinq cents pages. Attend c'est un peu un troisième (inaudible) c'est pas... Et donc, ben les autres personnes... une, s'était pas engagée. On savait pas trop pourquoi elle était là. Une autre, ben, pique la colère parce-qu'il y a des tempéraments un peu épineux. Puis, y a des faits de vie qui ont fait queee, ben ça pouvait pas coller. Et je dois dire que pour nous trois, il a été très difficile d'arriver à fonctionner quand même. De par nos tempéraments différents, nos objectifs et nos engagements personnels par rapport à ce livre. On a tous le même engagement. Mais, moi, j'ai, moi j'ai mes soucis de mère célibataire, de chômage. Un autre à des soucis X. Et l'autre à des soucis Y. Et donc si on veut faire passer ça en priorité dans le livre il faut qu'y ait une cohérence. Maintenant ça va, au bout de presque deux ans on arrive à bien fonctionner.

    Jm : Ca fait presque deux ans que le projet est lancé ?

    H : En juin, ça fera deux ans.

    Jm : En juin ça fera deux ans.

    H : Et c'est pour ça que je me dis « c'est dommage qu'on ne soit plus neuf. Mais d'un autre côté ça aurait été très dur de se lire neuf textes, en corriger neuf, avoir neuf idées. C'est ce qu'on se disait encore hier.

    Jm : Et là, y a longtemps que vous êtes trois ?

    H : Oui, y a longtemps, plus d'un an.

    Jm : Plus d'un an que vous êtes trois. Et les autres membres sont partis tous en même temps ou ils sont partis...

    H : Y en a un qui était malade, malheureusement.

    Jm : Y en a un qui est parti pour cause de maladie...

    H : (reprenant ensemble le dernier mot) ...de maladie. Un qui est parti parce-qu'il pensait avoir trouvé du travail, ça n'a... du moins je ne pense pas que ça ait marché. Un autre cherche toujours. Bon, et puis il était très coléreux. Un autre... euh... pfou... je sais plus...

    Jm : Tu disais tout à l'heure « ça n'avait pas marché avec l'écrivain ». Qu'est-ce qui s'est passé ?

    H : Alors, euh... Cet écrivain, au niveau de la communication, ça a mal fonctionné. Nous avons eu foi... euh... dans, dans les dires de, d'un des membres du groupe qui... euh... nous a dit que c'était quelqu'un fabuleux parce-qu'il avait l'amour du livre et il en a écrit quarante, donc c'est un professionnel. Et (silence) il s'est trouvé qu'on a payé grâce à des sponsors. Et ce monsieur au bout de cent trente pages a tout barré. Il a réduit les pages... sur cent trente deux pages. Et faisait fi de nos phénomènes de vie qui pourtant sont le fondement du roman. Et au niveau des faits historiques, puisque c'est un roman historique aussi sur Valence, bon... il le négligeait... puis, on s'est rendu compte qu'il n'avait pas lu la moitié de not'truc. Donc, il venait, on le payait pour ses déplacements, on l'hébergeait, on le nourrissait et il nous a demandé quarante mille francs de plus pour poursuivre la fin du livre alors qu'il n'avait corrigé qu'un chapitre.

    Jm : Et l'argent vous l'avez trouvé où ?

    H : Par les sponsors... euh...

    Jm : Vous étiez sponsorisés.

    H : Voilà.

    Jm : Qu'est-ce qui semble important dans le bon fonctionnement de la branche ? De la branche Échap, de la branche Littérature, du projet Echap ?

    H : (silence de réflexion)

    Jm : Pour qu'il y ait un bon fonctionnement, qu'est-ce qui te paraît important dans...

    H : Alors, là ça fonctionne bien.

    Jm : Quels sont les éléments qui font que ça fonctionne bien ?

    H : Eh ben... euh... y a eu pareil : l'écoute, la tolérance et le fait de pouvoir se dire les choses sans être blessé personnellement et... euh... se remettre en question et pi ben voilà. Et pi, on a une base de travail à laquelle on se tient. (Silence) On sait qui fait quoi. Chaque fois on distribue : « toi tu fais ça, toi tu fais ça, moi je fais ça ». Et chaque semaine on se redit : « toi tu fais ça ». Tant pis hein, c'est bien de dire au moins on sait où on va.

    Jm : Et avant, avec l'ensemble des membres, vous étiez neuf... euh... vous êtes restés presque un an, puisque presque un an vous êtes restés à neuf, huit ou sept, enfin quelque chose comme ça. Euh, qu'est-ce qui faisait que ça a fonctionné...

    H : On est resté sept mois, sept-huit mois...

    Jm : ...Huit mois...

    H : ...à peine, à peine...

    Jm : ...Sept mois...

    H : ...oui...

    Jm : Alors qu'est-ce qui fait que pendant sept mois, justement, euh... Ce sont les mêmes éléments ? Et se sont ces éléments là qui ont flanchés ?

    H : Non, justement, nous n'avions...pas, on ne savait pas qui c'est... qui faisait quoi. Le Leader, donc, notre écrivain, était très fouillis. On ne connaissait pas son objectif. C'était un coup oui, un coup non. Il était impalpable. Euh... très... bon alors on va dire artiste, il paraît que c'est une qualité mais quand on est engagé à vingt-cinq mille francs comme ça, pour moi, c'est pas... une qualité. Et euh... et pi c'était son truc quoi. Il voulait qu'on écrive comme il voulait. Pas comme ça, bon, et... du coup on était un peu sous cette coupe et on a essayé, on était deux surtout, hein, à dire « ça va pas, y a quelque chose qui va pas » et G. toujours « mais si... Tu sais bien comment il est, il marche à l'affectif », bon. Et donc il fallait bien que les rôles, distribuer les rôles et les rôles n'étaient pas bien distribuées. Et à la fin, à force de dire à l'écrivain « ce n'est pas ça qu'on veut, on ne s'est pas engagé à ça, au début c'est pas comme ça comme on avait dit » il a compris, on a dit, on te veux plus. Quarante mille francs ou rien, on a dit « c'est rien » (fermement). Et même on aurait pu intenter un procès pour qu'il rende les vingt cinq mille francs.

    H : Qu'est-ce qui vous a empêché de le faire ?

    H : G.

    Jm : G., pourquoi a-t-il essayé de...

    H : ...Parce qu'il en avait marre des procédures. Tu sais, euh... on n'est pas procéduriers. Et c'est vrai, ça faisait encore à ... c'est lourd. Et nous on veux finir notre livre.

    Jm : Et au sein du Club, il y a quelqu'un qui aurait pu vous conseiller, vous donner des idées ?

    H : On n'a pas voulu le mêler à tout ça. On voulait vraiment faire notre bouquin, continuer. On s'est dit qu'est-ce qu'on fait ? « On continu tout seul. Ca on n'en veut pas ». Et je ne sais pas si quelqu'un vous a averti au Club et donc on a dit à l'éditrice « voilà, où on en est ». Elle nous a dit « je vais vous aider ». Et là, c'est pareil comment vous faites, comment on fait, parce-qu'il sont pas ici, hein. Ben, ils se font pas payer les déplacements, on se partage les trajets, ça marche très bien.

    Jm : En ce qui concerne le Club, pour essayer de recentrer sur le Club...

    H : ... bien sûr...

    Jm :... euhmm... Lorsque vous aviez ce souci avec l'écrivain, euh, est-ce que le Club a été au courant ?

    H : Ah, moi je pense que j'en ai informé... Je t'en ai informé.

    Jm : Oui, donc le Club était au courant. A ce moment-là, est-ce qu'une aide a été proposée ?

    H : Oui

    Jm : Est-ce que éventuellement... est-ce qu'on a respecté ce que vous aviez décidé ?

    H : Alors voilà, je sais que je t'en avait informé donc j'en avait informé le Président, hein. Et une aide a été proposée mais je... ça été, ben, par respect pour notre... Nous on a dit « on va pas aller plus loin », le Compu's a respecté notre décision. (silence) Personnellement je le regrette.

    Jm : Qu'il y ait eu un respect de la décision ?

    H : Non, non.

    Jm : ... ou que vous n'ayez pas été plus loin.

    H : Ouais (silence) parce-que ces vingt-cinq mille francs nous rendraient service.

    Jm : Alors, euhmm... Comment ça c'est passé ensuite lorsqueee... une fois que votre projet a été lancé, que vous vous étiez réunis à neuf et maintenant à trois, comment ça c'est passé dans l'organisation, euh... l'organisation pour la suite du projet ? Vous étiez organisés comment ? Vous utilisiez les locaux de l'association ? Vous faisiez les réunions entre vous ? Il y a une régularité dans ces réunions ? Vous procédiez comment ?

    H : Alors, au départ quand on était neuf puis après sept puis après... On était au Compu's. Et puis, peu à peu, on s'est dit qu'il nous fallait travailler le week-end pour avoir l'écrivain... euh... deux jours et demi à l'affilé. On pouvait pas s'installer donc au Compu's, donc on est allé chez quelqu'un... et... ce qui fait qu'on travaillait journée continue. On a fait ça quatre, cinq week-end et, euh... cinq week-end, je crois. Et après, vu que le groupe s'est un petit peu dissous, ben, on fait ça, euh... une fois chez l'un, une fois chez l'autre, une fois chez moi. Alors quand c'est en soirée à partir de 17 heures c'est chez moi, jusqu'à 8 heures (20 heures, ndlr) comme hier. Et quand c'est en matinée, comme le mercredi matin, c'est ou chez M. ou chez G. Et là on travaille de 9 heures à 1 heure (13 heures, ndlr). On travaille donc, deux fois par semaine, six heures. Ca fait six heures par semaine, quoi... ensemble. Plus le travail à la maison, personnel.

    Jm : Qui représente combien de temps ?

    H : A peu près cinq, six heures par semaine.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui te paraît déterminant dans la conduite du projet ?

    H : Du livre ?

    Jm : Oui, du livre ?

    H : (long silence de réflexion et raclement de gorge)

    Jm : Quelque chose de déterminant. Qu'est-ce qui détermine cette conduite-là du livre ?

    H : (silence + raclement) Ben déjà y a... Nous, ce qui détermine c'est notre envie commune d'aboutir. On a un objectif commun. Donc on passe outre des invitations, outre nos petits tracas. Quoiqu'il y ait des temps de partage de plus en plus. Et on arrive à passer outre beaucoup de choses pour arriver à écrire ce bouquin.

    Jm : Qu'est-ce qui te ferais quitter la branche Littérature, le projet Échap ?

    H : La fin du livre.

    Jm : La fin du livre ?

    H : hum !

    Jm : Uniquement ? Alors c'est ce qui te fait rester en fait, c'est le livre ?

    H : Oui, oui, oui, vraiment là, très honnêtement.

    Jm : Là, tu as abordé quelque chose de très intéressant. Ça serait bien qu'on puisse l'affiner. Hum... Qu'est-ce qui se passe dans le groupe, là, à trois, qui ne relève pas de... du livre... qui ne relève pas de la branche ? Tu disais il y a un instant : « on commence à se dévoiler » enfin je l'ai compris comme ça...

    H : ...Eh bien, euh... On prend toujours cinq minutes... enfin, les filles surtout, on arrive toujours un peu à l'avance et on a toujours cinq, dix minutes pour parler. Ou quand on va chez l'un on se prend en voiture pour parler et puis on arrive, aussi, avec un petit gâteau, une confiture. Quand on va dans le midi, on rapporte du miel qu'on goûte ensemble. Pour Noël M. nous a fait à chacun un cake. Bon c'est pas... et un pot de confiture... bon... et puis je trouvais... et puis on arrive à parler... « voilà, j'arrive de là, je suis fatigué ». Mais, on se donne quoi, dix minutes. Mais ces dix minutes... bon le jour où le père de MA. (la fille de H., ndlr) a téléphoné, ils arrivaient tous les deux, j'étais en larmes... bon ben, on a pu en parler plus de dix minutes mais on a quand même travaillé un petit peu. (silence) C'est parce-que... heu... y a un milieu de confiance.

    Jm : Qu'est-ce que tu préfères dans cette branche ? Est-ce que tu as des moments de préférences dans la branche ?

    H : Échap ?

    Jm : Oui, oui, Echap, toujours.

    H : Des moments, c'est à dire ?

    Jm : Des moments de préférence, c'est : est-ce que c'est justement ce moment informel qui est en dehors du projet même ? Est-ce que c'est au moment du projet ? au moment d'écrire, au moment d'échanger ? Est-ce que c'est au moment de la relation avec la maison d'édition ?

    H : Non, voilà, moi ce qui, moi, c'est quand on fonctionne tous les trois. Moi, personnellement, les moments d'échanges, on peu se téléphoner, on peut se voir ailleurs. Mais ce qui est très... Ce qui nous passionne c'est le moment où on a écrit, où on réécrit pour affiner, pour enrichir le vocabulaire, pour mettre la virgule là où il faut, le point là où il faut. Euh... Un mot qui a vraiment tout son sens, donner le verbe à un caractère d'un personnage. Chaque personnage a son langage. On adapte le langage au caractère, à une situation. On a fait un calendrier. Parce-que notre roman commence en septembre et il se fini le 25, le 23 décembre. Il faut qu'on soit... alors on a fait un calendrier ce jour-là (inaudible) les gens diront... donc on est obligé de suivre tout ça. On est complètement dans l'histoire. Et ça, on a écrit pour se libérer il y a deux ans. On a réécrit. On a réécrit et là on en est à... à jouer avec les mots, à les mettre en forme, à ajuster... à...

    Jm : C'est ça que tu préfères ?

    H : Ah, c'est ce que nous (insistant sur le nous) préférons, maintenant. Grâce, et mon avis c'est ça, grâce à P. et son ami PH (les éditeurs, ndlr) ils nous apprennent ça... euh... c'est génial. Alors P., on s'est vu deux fois, donc euh c'est pas beaucoup, mais ça nous suffit puisque les méls marchent très bien tandis que avec B. (l'écrivain) on a attendu trois mois pour rien, quoi. Et elle dit « oh là, vous voyez, si vous devriez mettre... » et PH qui dit, « non, non, laisse-les trouver ». Donc, c'est des gens qui ne veulent pas faire notre travail. Qui disent « vous pouvez ». Hein, et donc « vous savez ». Et donc on le fait. Et puis après ils sont content. Il nous disent pas tout à la fois. Chaque fois ils nous disent des petites choses à améliorer. Heureusement qu'ils nous ont pas dit tout la première fois, sinon on aurait été... Et, et, ça c'est... on voit qu'on progresse... mais alors... M qui... je sais pas si tu te souviens, elle n'aimait pas écrire... c'est une merveille ce qu'elle écrit. Et moi je le vois dans mon travail. je reprends tous les textes-là, tous les documents qu'on fait, tu sais. Et j'écris, je reprends, ...

    Jm : Oui, il y a quelque chose qui change dans ton travail...

    H : Ah oui, par rapport... ah oui !

    Jm : ...y a un changement que tu ressens, que tu vois, constates ?

    H : Oui, je ne lis plus de la même façon, je n'écris plus de la même façon.

    Jm : Est-ce que tu peux me donner un ou deux exemples qui t'ont particulièrement marqué dans tes relations avec les autres dans le cadre de la branche ? Positif ou négatif, un ou deux exemples qui t'ont vraiment marqué ? Ça peut être un conflit ou, comme tu viens d'en donner un là, ta relation avec l'éditrice, est-ce que tu as un autre exemple ?

    H : Eh bien... euh... les gens qui...euh... moi ce qui m'a quand même touché, c'est ces gens qui soi-disant s'engagent, qui ont beaucoup de parole, beaucoup de bagou. Et... euh... quand ils ont peu ou pas d'intérêt s'en vont.

    Jm : Ça, ça t'as marqué ça ?

    H : Ouais... euh... je pense notamment à une personne qui a beaucoup critiqué... euh... qui disait s'engager lui-même, qui a été la première à...

    Jm : Alors, une fois que le livre sera terminé, tu quitteras l'association. C'est ce qu'il faut en retenir, hein ?...

    H : ...Oui...

    Jm : Qu'est-ce que, au sein de l'association, qu'est-ce que tu connais qui pourrait susciter ton intérêt ? Ou quelles sont les valeurs que tu attribues à l'association qui pourraient te permettre de te réinsérer dans l'association à un autre niveau ? Peut-être en rapprochant le livre par un atelier d'écriture, par exemple. Ou dans un autre domaine, que tu pourrais créer, éventuellement.

    H : Moi, l'association... c'est sûr, je pense pas y rester après le livre, j'ai... mon souhait ce serait... se sera, c'est ce qui se fera : si je passe avenue Victor Hugo, je sais que je peux taper, dire « bon bé ça va, je viens boire un café, tout va bien ». Et si on m'appelle, « tiens, on a besoin de trois interventions » parce-que j'ai pas envie de venir et de m'y nourrir, quoi qu'on se nourrisse toujours. Mais j'ai envie d'y apporter des choses pour transmettre. S'il y a un atelier d'écriture dont je peux être responsable, avec des jeunes par exemple. C'est mon grand truc. Je voudrais bien être responsable... euh... mais aller y chercher l'enseignement d'informatique ou quoi, bon... je sais que j'appelle un collègue du Compu's, il viendra me dépanner mon truc, et puis... euh...

    Jm : C'est pas ton dada l'informatique...

    H : C'est pas mon dada, tu as bien dû le comprendre. Mais... euh... voilà... quoi... enfin... je pense que je quitterai... euh... enfin quitter... non, on ne quitte pas... mais ce sera pas... ceci dit... tchao (en tapant dans les mains), je, je... Moi, si le Président m'appelle...euh... ben... d'ailleurs je suis pas trop association mais si on déménage je viens, si on aménage je viens mais si y'a dix personnes je peux rien faire. Mais, bon, je, je viens comme je peux. Voilà. Mais je peux pas m'engager dans l'association en tant que membre... Maintenant si je prends l'engagement de venir, là je suis engagée. Comme à Remaid, je suis engagée. (silence) J'ai eu des missions... voilà, après je sais pas ce que j'y ferai, mais, voilà.

    Jm : Alors aujourd'hui, tu participes depuis deux ans à Échap, au projet Échap, hein c'est ça à peu près ? Euh... quels ont été les moments forts ? Et qu'est-ce que tu en retiens, aujourd'hui, de ces moments forts ?

    H : Depuis que je suis à Échap ?

    Jm : Oui, oui. Depuis deux ans ?

    H : Depuis que je suis au Compu's ?

    Jm : Au Compu's, à Échap puisque tu es peu présente au Compu's. Ou éventuellement au Compu's aussi, tu as peut-être des moments forts au Compu's Club ?

    H : Ouais, moi ce que je trouve comme moment fort c'est au moment où on cherchait des sponsors. J'trouvais que il y avait des gens... euh... Moi ne n'imaginais pas tout ce phénomène qu'il fallait de l'argent (inaudible), j'étais loin de tout ça. Pour moi il fallait écrire et puis c'était tout. C'était pas si compliqué que ça. Et ces gens qui se mobilisaient pour les sponsors (bafouillage sur le mot sponsors). Je revois encore la photo, j'ai encore rangé, j'ai trouver une photo où il y a MA (un sponsor). Il est en photo qui donne un chèque à G. au Compu's. Bon, et je me dis tiens c'est pas par hasard si je trouve cette photo aujourd'hui, j'ai trouvé que c'était un moment très fort. Des gens qui nous connaissent pas, qui nous font confiance et qui donnent du fric pour... parce-qu'on a été assez convaincant et puis il nous sentent motivé, et puis ils y croient... euh... c'est pas une histoire de les décevoir ou pas. Comme ça, on sait pas...iii... des gens qui, qui... qui oeuvrent avec nous, quoi. Et qu'elles n'attendent pas des... parce-qu'on va pas faire une pub du CM (sponsor) à fait ça ou MA ou ch'ai pas quoi, hein, moi c'est. C'est... presque... c'est anonyme pratiquement les sponsors.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui a fait, justement, que les sponsors aient perçues une motivation chez vous ?

    H : (silence de réflexion) C'est pas moi qui ai présenté les, les projets... enfin j'étais présente mais j'ai pas...

    Jm : Il y a les projets mais il y a les gens aussi ?

    H : Ben, il y a les gens. Je pense que la crédibilité venait beaucoup d'un personne qui connaissait bien le CM. Et... euh... qui avait donc fait des preuves qui... pas des preuves à faire mais qui... très crédible. Et puis... de, deee l'engouement de G. et puis de notre présence. On a toujours été quand même très présent. On n'a jamais failli... euh... à une rencontre, à un coup de fil, à un rendez-vous, pour travailler, enfin... les week-end, le soir, enfin je veux dire on n'a jamais failli à rien. Je sais pas, on a dû être convaincant quoi, not' projet a plu, quoi. L'histoire de Valence, le chômage en parallèle. Bon, avec des intrigues, tout ça, ça a plu.

    Jm : Qu'est-ce que tu retiens deeee ta participation à ce projet ? Qu'est-ce que ça t'as apporté ?

    : Moi, ça m'a apporté... euh... comment dire... (dit d'un seul trait) ça m'a apporté à me libérer dans un premier temps de tout mon fiel... par rapport à ma situation de chômage mêlée à la situation de longue maladie et mêlée à la situation de mère célibataire, ce qu'est pas très engagé à 50 ans, engageant pour être embauchée. (fraction de seconde de réflexion puis avec un débit moins rapide) Trois surtout, difficile... Alors... j'ai écris, j'ai écris, j `ai écris. On a toujours gardé des petites parties de ce qu'on a écrit y a deux ans. J'ai tout gardé, même si ça ne sert pas. Mais je me rends compte que au bout de deux ans, et c'est pas le fait d'avoir retrouvé du travail depuis 3 mois, c'est pas ça du tout, mais j'ai pris beaucoup de recul par rapport à mon vécu et... j'écris mieux dans le sens plus juste parce-que je suis dépassionné. J'ai vidé l'abcès. Y a des cicatrices, mais le fait d'être dépassionné fait que j'emploie le mot juste. C'est plus raisonnable. Et... euh... ça dédramatise un peu, quand même, ma situation. Je dis pas que ça dédramatise le chômage, mais ma situation. En fait j'ai trouvé, aussi, quand même, pendant ces mois où j'ai retrouvé du travail, un grand stimulant pour me préparer le matin... euh... tout ce qu'un chômeur a du mal à faire. Avoir un but, un projet, voir des gens, être utile, euh, qu'on nous fasse confiance, euh... retrouver des habitudes d'écritures, que je sois lue... pas édité mais lue par les copains, euh... Et que ce soit pris en compte.

    Jm : Bon, ben, euh, si je devais résumer il te fallait en quelque sorte passer par là, par cette évacuation...

    H : ...Ouais...

    Jm : Pour pouvoir, en fait... euh... Est-ce qu'on peut dire qu'il y aurait un lien entre cette évacuation et le fait de pouvoir retrouver un travail dans lequel on est bien ? Et on se retrouve ?

    H : Alors, je pense que le lien est continu, hein. Le lien pour moi, il est jamais complètement coupé. Il y a ce travail d'évacuer, donc après un travail de deuil ettttt..., c'est à la mode mais c'est vrai, et... euh... maintenant j'emploie le mot juste et je... en, en fait... c'est, j'ai l'impression de, de trouver ma place mais pas que dans le travail ici, de longtemps hein ? La place d'H. et je peux dire les choses. C'est oui, c'est oui, c'est non, c'est non, mais je dis les choses... euh... j'arrive à trouver ce qui ne va pas. Et je pense que le fait de trouver le mot juste c'est aussi trouver un peu sa place. Quand on sait trouver le mot juste et qu'on se laisse accompagner pour trouver ce mot juste, hein, bon, je n'ai pas la science infuse. Je pense qu'après, moi, toute seule, j'arrive à trouver ma place. Et je la cherche encore, enfin, j'essaie toujours de l'améliorer, hein, de, de...

    Jm : Si je devais reformuler, il y aurait eu deux changements en participant à ce projet : c'est d'une part, un changement professionnel et un changement personnel ?

    H : Oui, d'abord personnel.

    Jm : D'abord personnel. Comment tu l'expliques ce changement ?

    H : Eh ben je pense que le fait d'avoir trouver des gens qui m'ont, qui ont un peu un vécu similaire ça aide un peu. Similaire des fois plus difficile... enfin... quoique la douleur n'est jamais à mesure égale pour chacun... et... euh... je, je pense que... ça fait du bien de partager un peu tout ça.

    Jm : Quand tu viens ?

    H : Oui, je me souviens plus... euh... je pensais à des situations qu'on vit dans l'amour.

    Jm : Justement, quand tu viens... quand tu vas... quand vous vous réunissez tous les trois, dans quel état d'esprit tu te trouves, comment tu te sens ?

    H : Alors... euh... aujourd'hui, là, aujourd'hui ?

    Jm : Aujourd'hui, oui.

    H : Euphorique. On languis... euh... on languis. Hier soir on ce serait plus quitté parce-que c'était, woua, on était jusqu'à 8 heures mais alors. Là, MA (la fille de H. 14 ans) a commencé à manger toute seule. Mais c'était l'euphorie et tout de suite il faut que j'écrive. Mais il y a eu des moments... où...euh... deux fois j'ai... `fin... chez G. Je l'ai soutenu, une fois c'était M. Un fois ça a été G il a fallu aller le voir, on s'envoie des fax, on se téléphone. Je crois qu'on a tous des moments... euuuh... Voilà quoi. Mais là en ce moment c'est l'euphorie. On pense qu'en mars ce sera fini d'écrire. (en riant) Pour la troisième fois.

    Jm : Selon toi et au delà du fait que tu n'as pas d'affinité au niveau de l'informatique... euh... quels seraient les autres obstacles pour une participation plus importante au Club ?

    H : Le temps.

    Jm : Le temps ?

    H : (silence de réflexion) Le temps.

    Jm : Principalement le temps ?

    H : Oui parce-queee travailler à 35 heureeees, enfants, petits enfants et Remaid. (Silence) qui a un gros gros travail de bénévolat.

    Jm : Alors, le temps justement que tu dégages pour toutes ces associations, tu t'y prends comment ? Comment arrives-tu à organiser ta vie de femme, ta vie de travailleuse, ta vie de bénévole, ta vie de mère, de grand-mère.

    H : (rires) J'y arrive (rires).

    Jm : On constate que tu y arrives.

    H : On constate qu'on y arrive. Euh... c'est vrai que l'écriture m'a toujours, j'ai toujours donné du temps pour l'écriture. J'ai toujours, toujours écrit. Même avant le roman. Bon là ça se met en forme tant mieux. Mais, c'est vrai que c'est de 17 heures à 18 heures, euh, à 20 heures, 19 heures 30 - 20 heures. Voilà c'est comme ça une fois par semaine. J'ai dit aussi que le mercredi, la demi-journée que j'avais de libre, de temps en temps je voulais pas écrire, donc ils ont accepté. Donc, des fois j'ai mon mercredi matin. J'sais plus quoi faire (rires). Mais je vais quand même pas donner tout ce temps. A Remaid pareil. J'essaie de me préserver.

    Jm : Tu as retrouvé du travail depuis...

    H : ...trois mois...

    Jm : depuis trois mois. Comment ça a été perçu au sein du groupe Échap ?

    H : Très bien.

    Jm : Très bien ?

    H : Oui.

    Jm : C'était encourageant ? Il n'y a pas eu des moments où ils ont supputé l'idée que tu aurais pu être moins disponible ?

    H : Si.

    Jm : Si ? Bon, ça a été rassurant ?

    H : Oui, parce-que, c'est... (raclement de gorge)... ah oui ("ah oui" parce-que j'ai incité au développement avec la main)... Alors oui, oui, oui, ça a été bien pris avec une inquiétude... euh, euh, pour ma disponibilité en me disant « tu sais, si tu veux tu viens plus, gnagna » pas question, pas question, donc... euuuh... voilà, maintenant.

    Retournement de K7 = ¾ d'heure.

    C'est bon ? Oui, euh... (pour reprendre le fil après le retournement de la K7) Il y a une des personnes (du groupe Échap) qui vient de trouver un mi-temps depuis hier, il commence la semaine prochaine. Et c'est vrai que j'ai eu quelques petites allusions : « t'as pas beaucoup écrit... lala... ». Et j'ai dit « ben, écoute, là tu vas voir, hein, ce que c'est que de tout concilier », j'ai dis « t'as pas d'enfant, t'as pas de maison à tenir... euh... » malheureusement, bref. Mmais... euh... ça se passe très bien. Mais il y en a une autre qui risque de trouver du travail à la fin du mois (rire). Donc, là on a dit qu'on prendrait nos week-end. Mais bon les week-end, ça va êtreeeee. On a déjà posé un week-, au moins un samedi.

    Jm : Elle vient d'où cette...

    H : ...cette énergie...

    Jm : ...cette volonté...

    H : ...on a une rage...

    Jm : ...d'absolument vouloir faire ce livre ?...

    H : Oui, oui, oui, vraiment. Parce-qu'on a des choses à dire. Et pi' c'est passionnant d'apprendre à écrire.

    Jm : D'une manière... On arrive au terme de notre interview, là. D'une manière plus globale, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Compu's Club ? D'après toi ?

    H : (long silence de réflexion) Elargir les compétences. Je te l'ai dit au début, pour moi c'est restreint à l'informatique. Compu's c'est l'informatique.

    Jm : C'est l'étiquette qu'il y a ?

    H : Ah ben, pour moi.

    Jm : C'est ça. Est-ce qu'il apparaît autre chose que cette étiquette d'informatique ?

    H : Les jeunes, informatique. Les jeunes, mais c'est aussi l'informatique, les jeunes.

    Jm : Très bien, est-ce que tu connais les diverses branches de l'association ?

    H : Oui, J'en connais : la Littérature... euh... le livreee... le, le... euh... leeeee (silence) le journal là. Vous allez pas faire un journal ?

    Jm : Huuum, le Bulletin Membre.

    H : Le Bulletin Meeembreee... euh... les financeees, voilààà, et puis ben eeeeuh...

    Jm : Faire des cartes de visites.

    H : Oh ben, ça c'est l'informatique.

    Jm : Ça c'est informatique.

    H : Ben oui !

    Jm : Exact. Le Centre de formation.

    H : Le Centre de formation, chee, moaaa... je le connais pas.

    Jm : Et le futur atelier Presse.

    H : Oui pour faire le journal, c'est ça. Pour faire un journal.

    Jm : Euh... un journal multimédia...

    H : ...Voilà...

    Jm : ...mais aussi préparer àààà euh... préparer au métier de journalisme.

    H : Comme on fait ici ?

    Jm : Comme vous faites ici.

    H : Voilà. Et euh... au niveau de la formation comment ça se passe ? Maintenant c'est à moi de poser les questions.

    Jm : Ça, c'est autre chose...

    Annexe 8 Troisième entretien

    S (Troisième entretien) 19h40 le 3 février 2001

    A notre domicile.

    Le Vice-président au moment de l'entretien, maintenant le nouveau Président : actuellement au travail et a toujours été au travail (chef de chantier Travaux Publics). 28 ans. Veut créer son entreprise. Adhérent depuis deux ans et demie. Ne participe pas à une branche.

    Après annonce.

    Jm : Comment as-tu connu le Compu's Club ?

    S : J'habitais à proximité, euh, je me suis renseigné, je cherchais un club qui soit plus sur l'informatique, en fait, et... parce-que j'avais besoin de monter mon ordinateur et d'abord par intérêt, je cherchais quelque chose.

    Jm : Qui t'as fait connaître le Club ?

    S : Personne, par hasard.

    Jm : Par hasard ? En passant dans la rue ?

    S : En passant dans la rue.

    Jm : Très bien, donc personne t'en a parlé avant, tu es entré... dans le Compu's Club... Tu te souviens, à l'époque comment tu l'as découvert ? Comment tu as appris ce que c'était ? Qui te l'as présenté ? Dans quelles circonstances tu l'as découvert ?

    S : Oui, oui, très bien, en fait, parce-que c'est pas tout à fait par hasard. Etant donné que je cherchais des composants informatiques donc je me suis renseigné à la boutique limitrophe, euh, sans faire de pub c'est R (notre bailleur de l'époque) et il m'a orienté donc, euh, parce-que, eux ne pouvaient pas monter l'ordinateur, ils avaient arrêté l'assemblage et ils m'ont orienté vers le club informatique en disant qu'ils allaient certainement me dépanner, ce qui a été le cas.

    Jm : Donc c'est une entreprise, une sociét...

    S : ...privée, ouais...

    Jm : Qui t'as dit...

    S : ...qui m'a dit, oui...

    Jm : ...tiens voilà une association qui peut éventuellement te solutionner, un club informatique qui peut éventuellement te solutionner...

    S : ...exactement...

    Jm : Tu n'as pas vu de dépliant, de publicité de l'association, en fait ?

    S : Jamais.

    Jm : Jamais. Alors, as-tu déjà eu une expérience de l'associatif ?

    S : hummm, jamais non plus. M'enfin, à part, euh, les associations types sportives genre UNSS et j'en passe et des meilleures. Mais plutôt dans ma jeune époque.

    Jm : Tu en avait été satisfait ? Tu étais simple consommateur ? Tu payais une adhésion et tu jouais... tu faisais un sport ?

    S : Oui, oui, ch'uis jamais rentré dans l'encadrement de, de, d'une association. J'ai jamais été encadrer les jeunes plus tard. J'étais, j'étais simplement adhérent, je bénéficiais, en fait, de, des activités des associations.

    Jm : Depuis ton adhésion au Club tu participes à une autre association ?

    S : Pas du tout.

    Jm : Finalement, qu'est-ce qui t'as conduit à adhérer au Club ? Est-ce que tu es venu le visiter ? Hein, la société t'as indiqué l'association, tu es venu, on a dû te présenter le Club. Qu'est-ce qui t'as fait adhérer, finalement ?

    S : Bé, y a pas cinquante solutions, c'est... c'est surtout (silence)

    Jm : ...Qu'est-ce que tu es venu y chercher ?

    S : De l'aide.

    Jm : De l'aide...

    S : ...De l'aide...

    Jm : ...en informatique ?

    S : De l'aide en informatique, oui puis bon en sachant que c'était pas... j'avais aussi des choses à faire connaître... euh, y avait pas mal de gens... y a, y avait des personnes d'horizons diverses qui pouvaient dépanner le jour même mais en sachant que, bon, j'arriverai toujours à trouver solution à mon problème beaucoup plus tard si j'en avais eu d'autres. Donc, c'est, c'est... l'association c'est un petit peu basé sur un coup j't'aide, un coup je, un coup tu m'aides et puis, bon, et c'est très bien comme ça.

    Jm : Pour résumer, c'était l'espérance d'une aide qui a déterminé ta décision d'adhérer au Club ?

    S : Oui, c'est ça. On peut parler comme ça, ouais.

    Jm : Quels intérêts, autres que cette aide à l'informatique, tu as, à l'époque hein, tu espérais trouver ? Au Club.

    S : L'informatique, et puis bon on peut pas parler d'aide, mais, on peut dire, peut-être une camaraderie avec des gens qui partagent la même passion surtout. Donc, euh... ça peut être de la camaraderie, après ça peut se transformer en sortie autres qu'association. `Fin, au travers l'association, ça peut faire des restaurant, ça peut faire... on peut trouver des affinités avec les gens. C'est pas... c'est pas peine perdue de se déplacer vers une association. On trouve toujours son compte, en fait.

    Jm : Bien, est-ce que tu peux me parler de toi à l'époque de ta venue au Club ? Euh, quelle était ta situation familiale, à l'époque ?

    S : Alors, j'étaisssss...

    Jm : Tu étais marié ?

    S : Non, j'étais pas marié, je vivais en concubinage avec une, une demoiselle... une jeune fille. Et donc, euh, bon ben, ma vie se résumée à 39 heures par semaine, mon travail et puis, bon après je partageais mes loisirs entre, entre ma vie conjugale, donc, et... l'association. En sachant que j'pouvais pas non plus mettre l'essentiel de mon temps libre à l'association. Je l'aurais bien fait, volontiers. Parce-que, bon, c'est une passion qui me tiens depuis bien longtemps et... je voulais... bon enfin... il faut arriver à faire le tri, quoi.

    Jm : Tu as toujours travaillé depuis que tu es à l'association ? Quand tu es entré, tu avais un travail ?

    S : Oui

    Jm : Depuis le temps que tu y es... Ça fait combien de temps que tu y es ?

    S : Ça fait deux ans, deux ans passés. Et tout ce temps j'ai toujours été salarié.

    Jm : Le même travail, tu n'as pas changé ?

    S : Non, non, j'ai jamais changé de métier.

    Jm : Tes parents, euh... étaient-ils engagé dans la vie associative, la vie publique déjà ?

    S : Ouh là ! Depuis, depuis très longtemps ils sont engagés dans la vie associative étant donné que c'est des pétanquistes, comme on dit. Donc, euh, eux naviguent beaucoup dans, dans les associations. Mais en plus, euh, pas en tant qu'adhérents ou sociétaires dans un club bouliste mais surtout en tant que dirigeant. Etant donné que mon père est Trésorier d'une association.

    Jm : De pétanque ?

    S : De pétanque. Ma mère s'occupe de la comptabilité de par le fait que mon père est Trésorier, parce-que, donc ma mère lui donne un petit coup de main, s'occupe d'organiser les repas, euh, les rencontres, bon ben d'échafauder des, des, des petits challenges, des petits tournois.

    Jm : Dans la vie publique, ils sont investis ? Est-ce qu'ils font des, est-ce qu'ils sont adhérents politiques, euh, ils participent à la Ville ? Euh...

    S : Pas du tout. En tant que fonctionnaire, bon ben, ils sont, ils sont syndiqués comme tout le monde, hein. Comme chaque fonctionnaire qui, qui se respecte. Pour être protégé vis-à-vis donc, euh, donc des lois, bon, euh... ce qui se passe c'est queee, i sont pas, euh, pas politisés, euh, au point de...

    Jm : Ils sont investis dans la vie publique ?

    S : Voilà, mais, euh, sans non plu, sans trop de virulence quoi. Ils vont pas battre le pavé tous les jours.

    Jm : Alors aujourd'hui, aujourd'hui, euh, c'est quoi pour toi le Compu's Club, aujourd'hui ?

    S : (Silence de réflexion) Pour moi le Compu's Club, au départ le Compu's Club c'était, euh, au départ, c'était un petit noyau de gens, euh, plu... très intéressant on peut dire. Parce-que c'est un petit peu le noyau dur de, du, du Club. C'est ces gens-là qui m'ont, qui m'ont motivé, qui ont fait que je suis resté. Si j'avais pas trouvé des gens qui, qui étaient suffisamment intéressant et pi, bon ben, c'est toujours pareil, quand, quand on arrive pas à se caler sur les conversations, à comprendre, euh, à comprendre les gens... bon ben on arrête un petit peu de venir, on, on espace un peu les visites. Mais apparemment, là j'ai trouvé mon compte et les gens, les gens ont été super gentils avec moi. J'ai eu un accueil, on ne peut mieux... enfin c'était plus que correct et c'est ce qui a fait que je me sentais à l'aise pour venir et puis moi j'y venais plus souvent.

    Jm : Tu disais « des gens très intéressants », tu entends quoi par là ?

    S : Eh bé des gens quiiii, qui ont des connaissances, des gens qui sont agréables à vivre, des gens qu'on voit en dehors de leur cadre professionnel, donc, euh... qui ont plus la contrainte, euh, euh, de rentabilité ou quoi que ce soit, enfin les contraintes qu'ils ont professionnellement parlant. Donc, euh, forcément, on retrouve... on a une autre face des gens et, et, on a... on a presque que le meilleur des gens. Donc, euh, euh, c'est... on n'a pas de mal à s'entendre dans ce cadre-là.

    Jm : Tu disais « agréables à vivre » tu peux me donner un ou deux exemples qui te font dire que ce sont des gens agréables à vivre ? Est-ce que tu as à l'esprit un ou deux exemples ?

    S : Eh ben, déjà, le, la tolérance dont ils font preuve avec les jeunes... pourtant ils sont, ils sont quand même un peu exubérants les jeunes. Bon, ben y en a jamais un qui a levé la voix, euh, parce-que avant tout c'est des pères de famille, la plupart, bon, euh, il se trouve qu'on a un public jeune, ben on fait avec, on essaye de comprendre. Alors que, peut-être que chez soi ça se passe différemment parce-qu'on sait que c'est, enfin, eux savent que c'est leurs enfants ; donc ils serrent un peu plus la vis. Moi, au niveau de l'association, on laisse un petit peu libre court à l'imagination et à l'exubérance parce-que on, on se dit que ça va sortir, ça va faire que les jeunes se, se libèrent un peu et pi, euh... et pi p'têt que... je sais pas moi... ça les... pour ceux qui sont un peu exubérants on essaye de, de temporiser ; pour ceux qui le sont moins, on essaye, on essaye plutôt de les faire se trouver au niveau de l'association et de les, de leur enlever un petit peu la... comment dire ? ...la, la timidité peut être qu'ils peuvent avoir. Et pi c'est pareil pour les personnes adultes qui se confient pas trop au sein de leur famille et qui sont plutôt solitaire... et ben on arrive à...

    Jm : C'est un élément important pour toi que de, que de suivre les jeunes ? Que d'être près d'eux ? Que de les guider ?

    S : Ah oui, certainement, oui. C'est presque même une, euh...

    Jm : Est-ce que c'est le rôle de l'association ?

    S : Ah logiquement oui. Moi je pense que l'association est un palliatif à, à... pas un palliatif, excusez-moi, un complément à l'éducation scolaire parce-que l'éducation scolaire est quand même limitée donc, euh... On peut dire que, euh... quand on a fait huit heures d'école on peut... en s'amusant on peut apprendre d'autres choses et pi apprendre des principes de vie, euh, d'autres personnes.

    Jm : Pour toi aujourd'hui le Club ça représente quoi ?

    S : Le Club, pour moi, c'est... comment dire ? C'est, c'est pas un petit bout de ma famille, j'irai pas jusqu'à dire ça mais, euh, je dirais plutôt que c'est... euh... ça m'fait pas penser à mes clubs de gym de l'école mais plutôt à un groupe de camarades, une micro société en fait dans, dans la vie actuelle en fait. C'est en marge.

    Jm : Qu'est-ce qui te plaît dans le Club ?

    S : Ce qui me plaît dans le Club, c'est justement, c'est ça en fait. C'est d'être en dehors des principes de vie qu'on a d'habitude.

    Jm : Alors, comment définis-tu le Club ? Si tu devais le définir, tu le définirais comment ?

    S : Définir le club (silence)

    Jm : Est-ce que tu peux me donner deux, trois expressions pour décrire le Club ?

    S : Alors, deux, trois expressions pour décrire le Club... (silence) Je dirai déjà 1) les Clubistes (rire) dû à notre mascotte, donc, euh, du Club.

    Jm : Il y a une mascotte au Club.

    S : Voilà il y a une mascotte, c'est une petit peluche. Et donc, on l'a baptisé Cluby eeet les gens qui se rallient au mouvement de la, donc de la société en fait, c'est des Clubistes et, euh, chaque fois qu'on a besoin d'un Clubiste, normalement il est là. On a qu'à sonner sur Cluby et, donc un Clubiste arrive. Pour moi l'association, c'est ça, c'est en fait, c'est, euh, c'est le dépannage, c'est l'entraide immédiate... il y a toujours quelqu'un à l'écoute... euh... quand on a besoin d'un coup de main, que se soit en dehors de l'association ou pas il y a toujours quelqu'un à l'écoute, que se soit pour écouter ou pour faire, hein et euh... ça peut être très divers, c'est pas... c'est... on est tous relié autour d'une passion mais ça se limite pas à la passion. Y a pas que l'informatique dans la vie. Donc, euh les gens... euh.. i... y en a certain qui sont doués en informatique, d'autres pas. Mais ils trouvent quand même leur compte ce qui fait qu'ils reviennent. Que se soit pour autre chose ou... donc euh... moi, l'association, pour moi je, je... je pourrais pas dire... on peut pas dire que c'est un m... c'est presque un monde parfait en fait parce-que y a pas, y a pas de contrainte et pi quand on n'a pas envie de faire quelque chose on le fait pas. Personne impose sa volonté, bon, on a quand même des dirigeants mais... euh... c'est la liberté.

    ...

    Jm : Bon, ça c'est ce que peux trouver un Membre Clubiste. C'est ce que peut trouver un Clubiste au Compu's Club. Toi-même, tu peux trouver aussi ce genre de chose, euh, qu'est-ce que tu y apportes ? Euh... au Compu's Club ?

    S : Ah ben... moi, j'apporte... j'apporte... déjà mes connaissances, bon sans être non plus prétentieux, euh, j'apporte, bon... je peux aider les gens qui, qui sont novices en la matière... je leur donne un coup de main. Je peux apporter du réconfort quand une personne est pas bien et qu'elle cherche un refuge pour... pour être un peu tranquille parce qu'elle a... elle a subit une mauvaise journée. Donc on, on... les gens i se libèrent un peu plus parce-qu'ils savent qu'ils sont dans une association... ça a... ça a pas de... ça a pas de conséquence donc leur conversation ils se livrent beaucoup plus. Donc on discute avec eux, on parle de leurs problèmes. Bon y a ça.

    Jm : Des problèmes directement liés à l'informatique ?

    S : Non, non, non. Il y a des problèmes autres que l'informatique, bien sûr parce-que bon... on a pas mal de gens sans emploi. Donc, on peut dire queee ces gens-là ont encore d'autant plus besoin de réconfort parce-que c'est quand même dur d'assumer une vie que... familiale et sociale sans travail parce-que bon... arriver à trouver une identité dans la société sans travail, c'est, c'est plus possible maintenant parce-qu'on a une étiquette, euh... chômeur, on a une étiquette Rmiste, c'est pas vrai, c'est faux ça. Les gens, c'est... les gens... c'est peuplé d'individualités, c'est vrai mais, euh... on n'est pas différents, c'est, c'est... je vais pas dire non plus c'est de la chance ou de la malchance, c'est.. c'est... le coup du sort, on peut dire...

    Jm : Si tu devais présenter le Club, qu'en dirais-tu ? Si tu devais présenter le Club à quelqu'un dans la rue ou à un copain que tu voudrais convaincre de rejoindre le Club ? De quelle manière tu présenterais le Club ?

    S : Ouh là, convaincre des gens j'en ai convaincu des milliers... de faire partie de mon, de mon Club mais le problème c'est, c'est qu'en fait i peuvent pas libérer du temps... leur vie, donc, de tous les jours pour aller vers la société.

    Jm : Et du Club même, comment tu le présenterais ?

    S : Ah le Club je dirai... eh ben, dans la conversation je ferai un dialogue en disant « tiens, si tu as des problèmes en informatique, moi je fais partie d'un Club, c'est génial, tu verras il y a plein de gens et je suis sûr que même si c'est pas moi qui te dépanne tu trouveras toujours chaussure à ton pied. Il y aura toujours quelqu'un qui connaîtra plus que moi et en plus, bon, de temps en temps on discute, on boit une boisson, et pi c'est un cadre sympa où on t'embête pas quoi ; tu fais ce que tu veux, tu, tu apprends à connaître les gens et puis tu bidouilles un peu l'informatique » tout bêtement. Et puis je dirai aussi « (silence) que on peut jouer, on peut travailler, on peut s'entraider, c'est basé sur ça ». Dans la limite si je pouvais connaître quelqu'un qui était très calé en informatique j'essaierai de la faire rentrer dans le Club parce-que c'est quand même une puissance qui est hautement qualifié dans l'informatique. Bon, quand on n'a pas des gens comme ça il faut se dire que s'ils n'ont pas envie de venir c'est qu'ils le font déjà à leur travail, c'est concevable. Bon il y a des gens qui sont beaucoup moins documentés sur les choses qui viennent quand même. Mais eux aussi apportent une richesse parce-que la chose qu'ils savent et que nous ne savons pas, ca engrène encore la machine et c'est ce qui fait que l'association marche bien, en fait.

    Jm : Si tu devais présenter le fonctionnement du Club, succinctement tu en dirais quoi et quelles valeurs tu attribuerais à ce fonctionnement ?

    S : Les valeurs que j'attribuerai au Clubbb... euh, le fonctionnement, bon, ben, euh, on est hiérarchisé, ça c'est clair. On a des statuts, on a un Président, on a un Vice-Président, un Trésorier, un Secrétaire Général. Bon, on a des Administrateurs. C'est vrai qu'on peut pas faire tout ce qu'on veut, il faut que ce soit approuvé par le Bureau. C'est les gens qui donnent encore un peu plus de leur temps pour que l'association fonctionne. C'est ce qu'on voit pas toujours, en fait, c'est la face cachée de l'association, c'est les gens qui travaillent en sous-main pour que, pour le confort de tout le monde. Pour que... il y ai jamais une baisse de régime, pour que l'association ne prenne pas un mauvais pas, ou euh... Bon, c'est obligatoire, il faut qu'il y ait une hiérarchie et de toute façon le fonctionnement du Club est basé là-dessus mais les dirigeants sont suffisamment intelligents pour pas afficher non plus leur étiquette et se considérer avant tout comme des membres. Pour moi ça fonctionne comme ça. Et au niveau... vous voulez parler, peut-être, de la trésorerie, non, de l'argent ?

    Jm : Non, les valeurs du Club. Quelles valeurs tu donnerais au Club ?

    S : Quelles valeurs je donnerai au Club ?

    Jm : Quelles sont ses valeurs ?

    S : Ah les valeurs ?

    Jm : Quelles sont ses valeurs ?

    S : Ben, déjà pour moi les valeurs c'est l'entraide. Premièrement c'est l'entraide. Avant tout, avant toute chose. La personne qui franchie la porte c'est l'entraide. C'est « bonjour, je peux vous renseigner ? ». Déjà c'est la première chose qu'on dit, je pense. Même moi, j'ai, j'ai eu l'occasion de... de faire adhérer des gens parce-que c'était mon, c'était mon... mon activité favorite on peut dire. Parce-que je vous ai vu faire plusieurs fois et donc...euh... ça m'a plu... j'aimais bien convaincre les gens, devenir... parce-que déjà 1) ça me plaisait et si on pouvait donc... faire venir des gens, les faire participer à notre association... c'était encore mieux. Et le mieux c'est faire adhérer un jeune. Parce-que un jeune c'est beaucoup plus démonstratif parce-qu'on peut lui montrer ce qu'on fait, le jeu qu'on fait... comment les autres s'amusent... C'est beaucoup plus rapide en fait et l'adhésion est instantanée parce-que, comment... on marche, euh... on est plein dans la mouvance des jeunes et, donc, on peut pas se tromper, en fait, avec un Club informatique.

    Jm : Tu participes à une branche de l'association ? Tu ne m'a pas parlé des branches. Je sais qu'il y a des branches dans l'organisation du Club. Est-ce que tu participes à une branche ?

    S : Ah oui, je participe à plusieurs branches. C'est vrai que j'ai omis d'en parler. Bon pour moi, euh, toutes ces branches c'est simplement des activités de l'association. c'est pas des associations dans l'association. Ça a rien à voir. Qu'elles aient un compte à part ou pas, pour moi c'est quand même le Compu's Club.

    Jm : Parce-que les branches ont des comptes à part ?

    S : Euh, oui, ça arrive. On a un Club finance qui essaye de s'autofinancer en se servant du cadre de l'association. Mais ça, nous, euh, on rentre le nez dedans quand il y a besoin d'une logistique que eux ne peuvent pas apporter. C'est-à-dire des locaux, des choses comme ça quoi. Bon, euh, c'est vrai que les branches... pour moi... donc je répète que ce sont simplement des activités de l'association et donc ça reste des... simplement des activités. C'est, en fait des membres qui ont voulu se spécialiser au sein de l'association. C'est pour ça que je dis ça.

    Jm : Donc à quelle branche tu participes ?

    S : Alors, je participe à Comnet, c'est la branche informatique liée à l'Internet. On apprend à... à... on fait les premiers pas sur le Web. On apprend, donc, à... a... avec un Pilote qui a beaucoup plus d'expérience que nous... ce qui se passe c'est... comment i faut faire, quels sont... donc, les démarches pour pratiquer quoi.

    Jm : Cette branche est autonome, aussi ? Elle a un compte en banque ?

    S : Pour l'instant, non, elle n'en a pas. Pour l'instant donc on n'a pas trouvé le...

    Jm : Alors, dans cette branche, ça se passe comment entre les membres ?

    S : Ben déjà, ça se passe d'une façon très simple : d'abord, 1) c'est le partage et donc, comme on est en création depuis... depuis qu'on démarre juste dans nos nouveaux locaux, donc, bon ben, Comnet ça se limite déjà à avoir... on prépare la logistique pour avoir donc Internet beaucoup plus rapidement. Parce-que pour l'instant on a un système qui est un petit peu vieillot, il faut le dire et pi qui peut pas suffire à l'étendue des membres.

    Jm : Entre les Membres ça se passe comment ?

    S : Ça se passe bien entre les Membres, c'est le partage, hein, c'est « tiens, j'ai vu, euh quelque chose à cette adresse là, tu devrais visiter, tu devrais ton compte parce-que la semaine dernière tu m'avais dit que tu recherchais quelque chose à se sujet. »

    Jm : Qu'est-ce qui te sembles important pour toi dans le bon fonctionnement de la branche ? Pour que ça fonctionne bien, quelles sont les choses qui sont importantes ?

    S : Déjà pour que ça fonctionne bien... il faut pas que tout le monde parle en même temps déjà... il faut un meneur, un Leader qui oriente un petit peu le débat pour que, pour que, en fait la branche avance.

    Jm : et c'est comme ça que ça se passe ?

    S : Oui, on a un Pilote. On appelle un Pilote une personne donc, euh, qui, qui fait le boulot de Leader, qui, qui, en fait, qui regroupe un petit peu les questions, qui temporise un peu pour éviter qu'il y ait une avalanche de questions aussi, et qui répond au coup par coup, euh, suivant ses connaissances ou qui oriente vers la personne qui sait et qui met en relation la personne. Bon, après, c'est vrai que le travail du Pilote est très important parce-que... il est obligé d'avoir un connaissance un peu plus approfondie. On peut dire que c'est, que c'est la personne qui va faire preuve de, de... qui va prendre du recul et qui va faire preuve de discernement et de... pi de perspicacité pour essayer de comprendre les gens parce-que c'est pas toujours évident de, de...

    Jm : Donc, pour toi, ça c'est important qu'il y ait un Pilote qui comprenne les autres ?

    S : Ah oui ! Sans ça les choses n'avancent pas parce-que c'est le Pilote, bon (silence)...

    Jm : Qu'est-ce qui te semble important dans le bon fonctionnement de la branche ?

    S : Ben, déjà d'avoir une, une hiérarchie, quoi. Enfin, le... euh...

    Jm : de la branche, hein ?

    S : Voilà, euh... d'avoir un Pilote, une personne qui s'occupe un peu plus que les autres de la branche. Du bon fonctionnement et du bon déroulement de la branche. De canaliser les gens et de permettre a ce que les gens aient toujours un interlocuteur... si eux ne peuvent pas s'entendre ensemble ils auront toujours le Pilote. Donc, euh... le Pilote, on peut appeler ça un Pilote, moi je préfère le mot de Leader parce-que c'est quand même celui qui va prendre les plus importantes responsabilités au sein de la branche et qui va rendre des comptes, enfin pas rendre des comptes, mais qui va avoir après à communiquer l'avis de la branche à... au noyau de l'association, en fait, au Compu's Club. Parce-que on est quand même lié à l'association, au Compu's Club, c'est elle qu'est...

    Jm : C'est donc indispensable pour le bon fonctionnement de la branche que d'avoir quelqu'un, un Leader qui puisse, euh, mener les autres ?

    S : Pas mener... pas mener, c'est pas quelqu'un qui commande, c'est presque proscrit de commander au sein d'une association. Faut pas commander les gens parce-qu'ils sont commandés à longueur de journée. Il faut plutôt les orienter et leur faire comprendre qu'ils sont dans l'erreur quand ils se trompent ou alors de les conforter dans leur jugement quand ils sont... quand ils ont raison. Euh... commander, euh... c'est une grosse erreur, je pense.

    Jm : Est-ce que vous suivez un projet dans la branche ?

    S : Euh... un projet... euh... On, donc, on a projet de faire venir le Câble... le Câble donc, Internet.

    Jm : C'est un projet qui a vu le jour de quelle manière ?

    S : C'est un projet qui a vu le jour à la suite de la constatation... euh...

    Jm : Oui, mais comment ça c'est construit ? La branche comment elle s'est construite, euh, on a fait ce constat qui manquait peut-être du Câble. Comment ça c'est construit ?

    S : Ah, ben, ça s'est construiiiit, tout simplement en faiteee... il y avait un gros manque au sein de l'association et il fallait qu'une branche s'occupe du phénomène Internet. Parce-que c'était déjà un trop gros morceau pour l'association et ça faisait trop spécialisé...

    Jm : Mais au delà de l'association même... Qui a fait ? Comment ça c'est fait ? Qui a eu l'idée ? Comment on en a débattu ?

    S : Qui, je ne sais pas...

    Jm : Pas des noms, je veux dire est-ce que c'est deux membres qui se sont réunis et qui ont dit « il faut faire quelque chose » ? Comment ils ont exprimé cette idée ? Auprès de qui ? Qui a pris la décision de créer la branche ? Etc. Est-ce que c'est l'ensemble de l'association ? Est-ce que c'est deux, trois personnes qui ont déposé un projet ? Comment ça c'est passé ? De quelle manière il a vu le jour ce projet ?

    S : Ah, oui, mais attention, les branches au sein de l'association elles se développent, en fait, elles sont créées instantanément. C'est quelqu'un qui a un projet, qui dit « voilà, euh, tiens, et si on faisait ça, je vois que tout le monde a le même problème. Pourquoi on réunirait pas les gens qui ont le même problème en disant voilà maintenant ça va s'appeler Comnet, c'est la branche qui est spécialisée Internet. Quand vous avez un problème concernant Internet vous viendrez à Comnet, on vous expliquera et on tachera de vous, de vous aider et puis vous verrez... c'est enrichissant, y a des choses que vous n'avez certainement pas vu, y en a d'autres que vous pouvez faire partager. » Donc, euh...

    Jm : Est-ce qu'il y a une personne qui se désigne seule Leader ?

    S : Non, non, non, non, elle se désigne tout naturellement. C'est la personne qui est, à la limite, qui est le plus calé, qui a l'habitude de fédérer les autres et donc le Leader est tout de suite trouvé et puis c'est la seule personnes qui reste debout la plupart du temps, qui fait le tour de tous les autres et qui... euh... j'estime, en fait queee... Euh... En plus il y a le phénomène de l'âge, donc, euh, la personne qui va être la plus, ah comment dire ?, euh... la plus posée, la plus mesurée et puis, donc, la plus réfléchie surtout hein, va automatiquement prendre le fauteuil de Pilote étant donné qu'il faut quelqu'un qui soit suffisamment responsable. On peut pas mettre n'importe qui en tant que Pilote parce-que la branche s'arrêterait vite.

    Jm : Donc le, le, le Pilote c'est la personne qui a l'idée initiale, qui fait le tour et puis, comme ça, voilà la branche existe ?

    S : Voilà, dans son projet elle essaie de rassembler un maximum de personnes qui...

    Jm : Et cette branche devient autonome ?

    S : Ah, la plupart du temps la branche essaye de devenir autonome, étant donné qu'elle veut pas astreindre le noyau de l'association avec des frais inutiles en fait. Et moi je le sens comme ça, hein.

    Jm : C'est d'une autonomie financière dont tu parles ?

    S : Voilà, autonomie financière mais qu'elle soit financière ou autre c'est pareil. Elle a une autonomie, euh, de fonctionnement, bon, c'est vrai qu'on a des jours de présence... des séances... on a des plannings, on ne peut pas faire n'importe quoi, n'importe quand. Bon c'est vrai qu'on peut partager des informations hors séance mais il faut pas exagérer il y a d'autres branches qui, qui essayent de vivre au travers de l'association et y a que vingt-quatre heures dans une journée !

    Jm : Alors, une fois que la branche est créée, comment ça se passe ensuite dans la branche ?

    S : Eh ben, le Pilote, déjà, inventorie, euh, en fait, euh, la vie de la branche. Qu'est-ce qu'on a déjà et qu'est-ce qui nous faut pour fonctionner, en fait ?

    Jm : Oui, mais entre les gens, entre les gens, comment ça se passe ensuite ?

    S : Ah, entre les gens... ça se passe comme ça, en discutant les gens communiquent entre eux, posent les questions, euh, se répondent eux-mêmes, euh, demande, enfin, je sais pas moi, euh...

    Jm : Et généralement quelqu'un qui demande quelque chose, s'il ne trouve pas la réponse qu'est-ce qui se passe ?

    S : Ben, c'est vexant de pas trouver la réponse à quelque chose.

    Jm : Tu as un ou deux exemples que tu pourrais me décrire où il y a eu...

    S : Ça me fait rager moi quand je trouve pas la réponse à quelque chose.

    Jm : Et dans ces cas-là, qu'est-ce que tu fais ?

    S : Ben, je fais le tour de tous les membres et à chaque fois je trouve et pi, tout' façon, quand je trouve pas je me... je repars tout à zéro et puis je me démène pour trouver la solution. Et la plupart du temps, euh... il se trouve que j'ai souvent trouvé tout seul mais la plupart du temps je cherche la solution de facilité, c'est de demander la solution au Club, en fait, voilà. Mais je pense que c'est pour tout le monde pareil.

    Jm : Qu'est-ce que ça t'apportes personnellement ?

    S : Ben moi, ça résout pas mal de problèmes.

    Jm : Oui, au niveau informatique, mais personnellement, en tant qu'individu, qu'est-ce que ça t'apportes personnellement, de participer à cette branche ?

    S : (silence) Personnellement, c'est tout simple c'est que quand je prends mon ordinateur et que je le démarre chez moi, que je vais sur Internet, et ben, je gagne en rapidité, je gagne en compréhension, je gagne.

    Jm : Oui, mais pardon, je vais insister : d'accord pour l'informatique, ça apporte au niveau de l'informatique, c'est une chose, mais, personnellement qu'est-ce que ça t'apportes ? Tu es content de venir au Club ? Sentimentalement ?

    S : Oui, oui, oui, moi je suis très content de venir au Club et s'est d'ailleurs pour ça que je m'investis et que je fais partie des Administrateurs. Voilà. Moi, ça me plaît parce-que, je, euh, je me rends compte qu'il y a des gens qui repartent, après que je les ai aidé, content. Le réconfort des autres c'est aussi très plaisant. Bon, euh, en plus c'est pas payant, on fait ça gratuitement donc, euh, moi ça.

    Jm : Qu'est-ce qui te ferait quitter la branche ?

    S : Ce qui me ferait quitter la branche ?

    Jm : Oui.

    S : Ben, c'est qu'une personne soit désagréable avec moi.

    Jm : Alors qu'est-ce qui te fait rester ?

    S : (Rire) Ben que toutes les personnes soient toutes agréables.

    Jm : Comment expliques-tu que tout le monde soit agréable ? Parce-que vous êtes combien dans la branche ?

    S : Un petite dizaine.

    Jm : Alors comment expliques-tu qu'une dizaine de personnes, depuis pas mal de temps semblent être agréables les unes avec les autres ?

    S : Ben, de toute façon les personnes sont toujours agréables au sein d'une association. C'est rare qu'il y ait des frictions et de toute façon même quand il y en a, la personne va respirer un moment dehors et ça va mieux en revenant, hein, c'est jamais des grosses frictions.

    Jm : Alors qu'est-ce qui se passe justement dans ce groupe où il n'y a pas de grosses friction qui ne relève pas du projet même de la branche ?

    S : J'ai pas compris votre question.

    Jm : Qu'est-ce qui se passe dans ta branche, dans ta branche à toi, entre les gens, entre les membres, euh, qui n'est pas directement lié à la branche même, le fait de suivre le Câble et cætera, qu'est-ce qui ne relève pas du projet directement ? Qu'est-ce qui se passe dans ce groupe, autre qu'un échange informatique du projet ? Qu'est-ce qui se passe d'autre ?

    S : Ben, y a surtout, euh, ben, on parle de ce qu'on a fait dans la semaine, déjà. On partage un peu notre vie professionnelle. Bon, après, euh, c'est vrai qu'on arrive à connaître un peu le cheminement de tous les gens, euh, leur vie professionnelle, s'il y a eu un changement, s'il y a eu des mutations, s'il y a eu un nouveau né dans la famille, si ils ont fait une allergie ou quoi, des problèmes de santé, euh, `fin, c'est un partage, en fait, gigantesque mais quand on a dit tout ça et qu'on a parlé chacun de sa petite personne il reste pas beaucoup de temps pour l'association. Alors il faut limiter ces discussions-là, quoi.

    Jm : Est-ce que tu fais partie d'une autre branche ?

    S : Euh, j'ai eu fait partie de la Bourse. C'est donc connaître et comprendre la Bourse, il me semble, je me rappelle jamais des abréviations mais bon euh c'est des gens... c'est une association... au sein de l'association... c'est des gens qui se sont regroupés autour d'un phénomène de mode en fait... c'est plutôt des gens d'un certain âge, enfin, par rapport à la jeunesse. C'est des gens de 30 à 70 ans, 80 ans quiiiii, qui aiment bien parler, donc, des choses de la Bourse, quiii aiment ça parce-que, bon c'est synonyme d'enrichissement personnel très rapide, le marché spéculatif ça fait rêver. Donc, ces gens-là se sont organisés pour créer un club d'investissement, euh qui a chaque séance s'autofinance par des petites, euh, des p'tites, donc... euh... cotisations qui, euh, qui, euh, qui agrémentent un compte qui va servir à passer d'un compte en Bourse virtuel à un compte, euh... réel en Bourse.

    Jm : Lorsque tu faisais partie de cette branche, euh, il y avait combien de personnes à peu près ?

    S : Eh ben quand je suis rentré, donc à, au C.E.B., il y avait, je crois, quatre personnes quand j'ai commencé. Quand je suis parti y en avait, euh plus du double.

    Jm : Qu'est-ce qui t'en a fait partir, en fait ?

    S : Ben, mes contraintes professionnelles. Ils avaient, en fait, organisé, en fait, la séance, donc, du C.E.B. le mardi et le mardi j'avais pas mal de contrainte professionnelle, je ne pouvais pas me déplacer à l'heure donnée. Et, euh, bon, bé, surtout en étant souvent en déplacement j'avais... j'ai, j'ai été obligé d'arrêter, quoi. Je pouvais pas faire changer la date des séances seulement pour une personne.

    Jm : Qu'est-ce qui t'as fait prendre tes fonctions au sein de l'association puisque tu en es le Vice-Président ?

    S : Eh ben, ce qui m'a fait prendre des fonctions c'est de dire, euh, « y a des choses qui méritent qu'on y fasse un peu plus attention » et euh, i faut aussi donner un coup de main à ceux qui se, qui s'investissent beaucoup. Ça permet de, en fait de, de pas de se reposer mais de, de, de prendre un peu de recul et puis de mieux comprendre. C'est vrai que quand on regarde les choses d'un point de vue extérieur on comprend les choses de suite. On voit tout de suite là où est problème mais quand on est dedans on a des fois la vue obturée par des problèmes de fonctionnement et on voit pas l'essentiel, c'est à dire le problème des gens, c'est pas instantané, quoi.

    Jm : Tu parles du problème des gens, est-ce que tu peux me donner quelques exemples ?

    S : Oh, ben, les problèmes des gens c'est, c'est, en fait, euh... étant donné qu'on regroupe un petit peu des personnes de toutes... de toutes, déjà de toutes nationalités, de toutes, euh, enfin... issue, en fait... des chômeurs, des Rmistes... `fin, on, on regroupe plein de personnes en fait, hein. Donc, y a, y a aussi des, des... des gens qui sont handicapés que se soit moteur ou mental. Bon ben, c'est, c'est à divers degrés mais on essaie de communiquer de la meilleure façon avec eux et je trouve que c'est ces gens-là, c'est gens qui ont des problèmes dans la société qui, qui, qui... qui devraient bénéficier le plus possible des associations parce-que i reçoivent au sein de la société un regard qui n'est pas bon, on... c'est des laissés pour compte alors que dans une association ils peuvent, ils peuvent, euh... i peuvent, i peuvent bénéficier, en fait, du même service qu'on propose à des gens normaux.

    Jm : Tu disais « dans une association » mais pour Compu's Club, ce qui m'intéresse particulièrement c'est le Compu's Club, hein ?

    S : Eh, ben au Club c'est justement ça, c'est, euh, c'est, euh, en fait, c'est, c'est un petit nombre de personnes qui fait preuve de la plus grande amabilité et qui essaye d'oublier, euh... donc... euh... leur phobie, on peut dire leur phobie ou leur répugnance à, à voir des, des gens qui sont pas comme eux, pas normaux parce-que i faut pas se cacher, i faut pas se voiler la face, hein, dans la vie de tous les jours quand on voit un handicapé moteur se déplacer dans la rue on se dit « heéeé, regarde-moi le lui » et on en rit. Il y a beaucoup de gens qui en rient alors qu'i devraient pas. Alors qu'au niveau de l'association de, de se dire « on n'a pas le droit de dire ça » et on est, on est... je sais pas si c'est systématique, on fait appel au coeur des gens au Compu's.

    Jm : Et c'est ça qui se dit au Compu's Club ?

    S : Oui, oui, c'est ça qui se dit, c'est ça qui se dit au Compu's Club, oui, bien sûr. Euh... je vois pas d'ailleurs ce qui pourrait... Le message passe automatiquement au Compu's, de toute façon, euh, i, comment dire ? On a eu un Président, euh, qui avait cette philosophie-là, c'est à dire de, de, considérer chaque personne comme, comme son égal et puis de toute façon, i fallait, euh, i fallait absolument ne pas avoir de laissé pour compte et d'ailleurs i s'arrêtait plus sur les gens qui ont des problèmes que sur les gens qui n'en ont pas ou qui en ont moins. Comme ça on arrivait à mettre tout le monde sur le même pied d'égalité et, euh, on évitait de ce fait tout, toutes leees frictions et, et en fait i iavait pu, i iavait pu de problème.

    Jm : Tu disais « il y avait un Président qui... », il n'est plus Président ?

    S : Non, le Président, toujours pour un problème de disponibilité à préféré donc, un petit peu moins s'investir au sein du Compu's pour, pour... pour certainement, je pense, il l'a fait pour prendre du recul et mieux comprendre le Compu's et, euh, pour laisser un petit peu se renouveler le Club, pour laisser la place à des personnes différentes. Je pense que renouveler l'administration de, du Compu's ça a été, c'est d'ailleurs une bonne chose parce-que quelqu'un qui veut prendre des responsabilités au sein de l'association, faut le pousser pour que, il fasse bénéficier de son expérience... le Compu's.

    Jm : Et là il ne participe plus du tout, hein ?

    S : Ah si, si, il participe toujours mais il s'est, en fait plus recalé sur « je suis un membre comme les autres plutôt que je suis un Président et j'essaye de, de faire a ce que l'association marche. » Il investi toujours autant de son temps mais complètement différemment. Il va, il a plus tendance d'aller vers les branches, euh, à naviguer quoi. D'ailleurs, bon moi je, j'ai pas franchement de, de, moi, ma branche n'existe pas encore. Celle que je voudrai, donc, c'est une branche plutôt spécialisée dans le matériel informatique. Donc, euh, le jour où je lance mon projet, je vais faire, euh, je vais recenser tout le matériel vieillot qu'on a ou le matériel qu'on veut plus et/ou le matériel qu'on doit acheter. Et on va organiser avec les gens que ça intéresse et je lancerai ma branche et je m'investirai beaucoup plus dans ma branche parce-que c'est quelque chose qui me motive.

    Jm : Alors, qu'est-ce que tu aimes y faire au Club ?

    S : Alors moi au Club la première chose que je fais en rentrant c'est boire un café. Etant donné que j'ai pas eu le temps de prendre le temps de m'asseoir et de souffler un peu, de discuter avec des gens qui me parlent pas tout le temps boulot. Et pi, euh, et pi voir des gens, surtout avec le sourire en rentrant ça fait tellement plaisir que... Voilà, ça permet de se poser et puis de faire marcher sa tête correctement pas avec, euh, pas avec le... des contraintes et des soucis professionnels, en fait, pour moi c'est ça.

    Jm : Et, et c'est, c'est ça que tu préfères au Club ? Qu'est-ce que tu préfères en résumé, au Club ?

    S : Euh, moi, je... en résumé ? Au Club c'est, c'est, déjà c'est des gens (silence) qui parlent de ma passion. Voilà, ça se résume à ça.

    Jm : C'est ce que tu viens chercher aujourd'hui ?

    S : Ah, à 100%. Ça peut dériver, en fait la conversation peut dériver sur plein de chose bon je ne me cantonne pas à l'informatique. Mais, euh... c'est d'abord ça et c'est ce qui fait me déplacer.

    Jm : Est-ce que tu peux me donner un ou deux exemples qui t'ont particulièrement marqué dans les relations avec les autres dans le cadre du Compu's Club ?

    S : Des exemples ?

    Jm : Un ou deux exemples qui t'ont marqué dans tes relations avec les autres ; tu as pu, euh, avoir une relation particulière avec quelqu'un ; quelque chose a pu te marquer positivement ou négativement, bien

    entendu, ou tu as été observateur de quelque chose, une relation entre deux Membres à un moment. Est-ce que tu as un ou deux exemples à me donner ?

    S : Non, mais me concernant il y a un exemple qui m'a, qui m'a, en fait, qui m'a beaucoup marqué. C'est, c'est, en fait, c'est un sentiment assez profond. Ce qui se passe c'est queeeee il y a l'Assemblée Générale d'il y a un an... ou... non il y a deux ans, je crois, j'étais Membre depuis six mois, je crois, et il y a eu le revote du Bureau, bon. Et il y avait un membre qui était rentré après moi mais qui s'était investit sur un projet, bon, qui avait voulu lancer un projet. Et quand y a eu, donc, un renouvellement du Bureau on a proposé un Secrétaire général. On a demandé « qui c'était qui voulait devenir Secrétaire Général ? » La personne s'est présentée, je savais forcément que, bon, ben, elle voulait l'être, moi aussi, j'ai levé la main. Cette personne-là a été élue et j'ai vraiment été vexé de ne pas l'être, en fait. Ça m'avait vraiment choqué. Je m'avais dit mais « c'est parce-qu'il faut êt'e, i faut êt'e, il faut avoir un mouvement, il faut une branche alors on est élu dans le Bureau ? » J'ai pas trouvé ça normal en fait parce-que j'estimais que, même en n'ayant pas de branche et de projet à soutenir, euh, je pouvais très bien faire un Secrétaire Général. Je l'ai d'ailleurs été le, la, l'année d'après. Mais je trouve que c'est... j'ai été que Secrétaire Adjoint et j'étais déçu parce-que c'était quelqu'un qui a lâché tout de suite l'association par la suite, en fait.

    Jm : A l'époque c'est ce que, euh, c'est ce que tu as pensé, tu as pensé que cette personne a été élue parce-que...

    S : ...be...

    Jm : ...elle avait participé... elle avait voulu lancer un projet...

    S : ... hum, hum...

    Jm : ...C'est ce que tu avais pensé à l'époque, donc, c'est ça ?

    S : Beiiin, non, non, non, non, c'est pas vrai, en fait, parce-que une élection c'est à l'unanimité, en fait, c'est, c'est le Bureau qui vote en fait, qui dit, telle personne sera plus apte qu'une autre à assurer cette fonction-là, bon, euh... en sachant qu'à la suite, ça a pas été le cas du tout. Ou du moins, la personne, ses contraintes professionnelles étant ce qu'elles étaient, c'était plutôt le Président qui faisait son travail, euh, d'ailleurs, bon, ben, on remercie encore cette personne-là mais au Compu's, en fait, l'essentiel du Compu's c'est notre Président. C'est notre Président qui l'a lancé, c'est notre Président qui l'a, qui a, à partir d'un petit noyau... à 0 personnes est arrivé à 150 adhérents. C'est...

    Jm : Aujourd'hui, tu penses la même chose aujourd'hui ? Avec le recul et les nouvelles fonctions que tu as pris que, que, à l'époque, c'était un sentiment qui, euh...

    S : Non, non, non, moi, personnellement, je suis quelqu'un très... comment dire ? C'est soit ça marche, soit ça marche pas avec moi, hein. Les personnes sont ce qu'elles sont mais quand ça colle pas avec quelqu'un, ça ne collera jamais. Donc, euh, y a des gens soit je les évite comme, donc, la personne dont on parle... j'ai plutôt préféré l'éviter parce-que c'est une personne qui m'a semblé avoir, en fait, peu de dynamique. C'est quelqu'un qui voulait tout tout de suite et qui avait pas compris l'assoc... le Compu's, en fait. Le Compu's c'est quelque chose qui va, en fait, se dérouler, avec, avec, euh, un plan très détaillé, en fait, euh, qui va, qui va avoir un fonctionnement, plutôt lent d'accord, mais pour bien avoi..., pour avoir des bases solides on est obligé de parler de tout et de commencer doucement et on peut pas créer une branche et demander vingt mille francs et pi euh, et pi euh, lancer une branche comme ça s'en affaiblir le Compu's lui-même. Donc, euh, il faut être un petit peu intelligent et se dire « bon, ben si on a pas tout tout de suite on va essayer de faire... de concrétiser la chose mais en faisant que la branche se débrouille toute seule ».

    Jm : C'était quoi ce projet ?

    S : C'était un projet sur donc, euh, le pilotage. Euh, on proposait aux gens d'apprendre à Piloter un avion sur informatique via un simulateur de vol et donc, euh, on devait acheter un simulateur de vol, un ordinateur beaucoup plus puissant que le reste de notre parc informatique. Et, euh... faire apprendre les gens à Piloter pendant un certain nombre d'heures sur informatique pour, euh, après leur faire bénéficier de...

    Retournement de K7 = ¾ d'h.

    ... pour après leur faire bénéficier, donc, d'une formation de pilotage véridique, en fait, dans un vrai avion. Ça leur permettait d'avoir un quota d'heures qui...

    Jm : Donc, il t'as fallu attendre, si je reviens un petit peu en arrière, il t'as fallu attendre un an pour, euh, t'intégrer dans le Bureau de l'association, c'est ça, hein ?

    S : Hum

    Jm : Donc, pendant cette année-là, quels ont été tes sentiments pendant un an ? Est-ce que tu t'es senti moins participer à l'association ?

    S : Non, pas du tout, non.

    Jm : Alors qu'est-ce qui a fait que justement, au delà de ce qui t'as marqué, au delà de cette fonction à laquelle tu n'as pas pu a... euh... pas pu accéder, qu'est-ce qui fait que, finalement tu es resté dans l'association ?

    S : Eh ben, parce-que déjà j'avais plein de copains, en dehors, en dehors de cette personne-là. C'est ce qui fait que une personne qui plaît pas ben, ben, on l'oubli et puis on fait qu'il y en a 149 autres, hein. De toute façon, comme je l'ai dis, on arrive toujours à trouver quelqu'un qui, qui écoute et puis donc, euh... ch'suis tombé... d'abord je, je suis assez jeune, donc, euh... Ch'suis tombé dans le phénomène des jeunes. La jeunesse... elle est sans pitié la jeunesse, hein.

    Jm : Quel âge tu as ?

    S : Moi, j'ai 27 ans. (à ma moût) Et pourtant je suis plus bien jeune mais (rires) je fais partie de la jeunesse. Pour moi, je suis très jeune dans ma tête donc, euh, je, je,je me plais aussi bien avec les gamins qui sont très jeunes, dix-onze ans, qu'avec les personnes qui en ont trente, quarante voire cinquante ans. Celles que j'ai le plus de mal à appréhender c'est, en fait, c'est, c'est pas... c'est pas les jeunes, c'est surtout les, les personnes âgées parce-qu'on sait pas, on connaît pas leur susceptibilité et donc les personnes qui sont d'un âge plutôt mûr se vexent beaucoup plus facilement aux paroles données alors que les jeunes ne se marquent pas et sont pas rancuniers, en fait.

    Jm : Alors tu participes depuis un peu plus de deux ans au Club, c'est ça deux ans, deux ans et demi...

    S : ...oui, deux ans et demi...

    Jm : ...deux ans et demi, au Club. Quels ont été les moments forts pour toi ? Euh, dans ces deux années et demi il y a dû y avoir des moments forts.

    S : Ah oui, les moments forts, ils ont été plutôt malheureux la plupart du temps. Ben, bon, le cheminement du Club c'est déjà, d'un local assez restreint dans une entreprise privée, il a fallu déménager alors qu'il y a un nombre réduit de personnes. Déménager vers une autre entreprise privée qui nous prêtait des locaux gracieusement. Donc, déjà, c'est... euh... on se dit « qu'est-ce que va devenir notre association ? Est-ce qu'on va trouver un local ? Est-ce que... », bon, après il faut tout remettre en place. Il faut faire évoluer le Club, il faut en profiter pour demander de l'aide à droite à gauche. Il faut faire appel à toutes les bonnes volontés, en fait. Et donc, euh, après, quand le Club, c'est vrai que... moi j'ai constaté une chose c'est que quand il y a des problèmes les adhérents répondent beaucoup plus souvent et beaucoup plus rapidement et donnent beaucoup plus de leur temps que quand tout fonctionne très bien. Quand tout fonctionne très bien il n'y a plus personne. (Rires).

    Jm : Et tu expliques ça comment ?

    S : Eh ben j'ai l'impression que les gens sont... sont... plus versés dans l'humanitaire, le caritatif et, eeeet... d'avoir tout le temps la main tendue au moment où c'est le plus dur plutôt que d'être dans un petit train-train tranquille d'une association qui roulotte et qui, qui essaye, qui vivote, en fait, il faut une grosse grosse grosse dynamique au sein d'une association parce-que, on arrive pas à faire déplacer les gens de chez eux si on, si on n'a pas quelque chose qui intéresse.

    Jm : Alors, qu'est-ce que tu en retiens aujourd'hui ?

    S : Ah moi j'en retiens... plein de choses. Mais la première c'est que, en fait, on comprend mieux et on arrive à trier le noyau dur, en fait, d'un... d'un, donc du Compu's et y a, y a, il y a pas mal de personnes qui se détachent de ce noyau et, euh...

    Jm : C'est dû à quoi ça ?

    S : Eh ben c'est celles qui s'investissent le plus. Donc, euh, c'est celles...

    Jm : Ah qui se détachent, tu veux dire : qui sortent du lot ?

    S : Oui, la plupart du temps les personnes qui s'investissent le plus sont Administrateurs. C'est une constatation et puis on peut faire un phénomène statistique sur plusieurs années : c'est la plupart du temps les personnes qui s'investissent le plus. C'est pas les personnes ponctuelles qui aident le Compus. C'est vrai qu'elles vont dépanner une fois, deux fois, ponctuellement mais i 'y aura pas de suivi, y aura pas une, de, de, euh... aucun but, aucun projet là-dedans.

    Jm : Tu expliques ceux qui aident ponctuellement l'association comment ? Ça se réduit à quoi d'après toi ?

    S : (Silence) Je sais pas trop qu'est-ce qui...

    Jm : Alors qu'est-ce que... euhmmm... qu'est-ce que tu retiens de ta participation au Compu's Club ?

    S : Moi, qu'est-ce que je retiens de ma participation ?

    Jm : Qu'est-ce que ça t'as apporté ?

    S : Ah, qu'est-ce que ça m'a apporté ?

    Jm : Oueub, ce que ça m'a apporté, déjà... euh... ça m'a apporté un enrichissement personnel conséquent. Moi, ce qui rentre dans ma tête, eh ben, ça rentre et puis... euh... c'est comme si j'avais appris, en fait, c'est comme un prolongement de l'école, ça... Et puis j'apprends à connaître des gens d'horizons diverses. Euh... Y a des gens quiii... qui m'ont aidés, qui, qui m'ont pris comme j'étais alors que j'suis quand même une personne qui est quand même assez dure au travail, étant donné que j'encadre des gens dans ma, ma vie professionnelle donc je suis pas, pas bien souple et, euh... comme dans mon Club j'ai été obligé de me mettre en dessous des autres parce-que j'en savais un peu moins au départ. Après, euh... je me suis mis au même pied d'égalité que les autres.

    Jm : Tu disais tout à l'heure « un enrichissement personnel » est-ce que tu as un ou deux exemples qui caractériseraient cet enrichissement personnel ?

    S : Ah, euh... oui... oui, certainement... euh... ça m'a permis donc deee... euh... Comment je peux dire ça ? Déjà d'apprendre à, à, à fabriquer des ordinateurs... Ça... je fais (en pouffant) je fais peut-être preuve d'humilité maintenant, je pense... parce-que avant on peut dire que je faisais partie des jeunes qui critiquaient, en fait, hein. Les personnes qui avancent pas, les personnes qui sont un peu lourdes, qui, qui sont un petit peu, comment dire ? Qui sont beaucoup plus lentes que soit, on a déjà du mal à se mettre à, donc, à se mettre au même pied d'égalité avec eux. Et moi je pense que ça m'a déjà apporté ça, un peu d'humilité et puis, euh... un peu de confiance surtout, beaucoup de confiance, je pense parce-que je perds, euh, j'ai beaucoup plus d'assurance à parler avec les gens.

    Jm : Est-ce que quelque chose a changé pour toi depuis que tu es au Club ?

    S : Ah oui, j'ai changé ma situation familiale... J'étais avec une personne qui collait pas trop, en fait, avec, euh... on avait pas trop d'atomes crochus pourtant on avait vécu assez longtemps ensemble. Et ce, ça, ça... mes contraintes professionnelles plus l'association, plus mes loisirs... euh... ça faisait trop pour elle. Elle a pas supporté. Donc j'ai été obligé, de, de fabriquer toute ma vie et de me dire, de toute façon ça sera... ça sera avec ma vie maintenant et mes ambitions ou, euh...ou, euh... y aura pas... `fin, ça marchera plus, quoi. C'est comme ça.

    Jm : Est-ce qu'il y a quelque chose qui a changé chez toi depuis que tu es au Compu's Club ?

    S : Chez moi, matériellement, euh... ?

    Jm : Personnellement.

    S : Personnellement. Personnellement, chez moi, non je pense pas qu'il y ait grand chose de changé. Peut-être mon comportement... mais, euh... je sais pas, j'arrive pas, en fait on s'analyse pas chez s... on, on,on se regarde pas vivre et on explique pas le pourquoi on a gueulé, le pourquoi on est de bonne humeur. C'est comme ça et c'est pas autrement. Au sein d'un, d'un... foyer on peut... on a des jours avec, des jours sans. Alors que, euh, avec le Compu's on a toujours des jours avec. Ça va toujours bien, je n'arrive pas à le comprendre. Mais, bon, euh, c'est, c'est jamais, euh... enfin, c'est, c'est... je peux pas vous dire moi, c'est...

    Jm : Alors, quand tu viens au Club, dans quel état d'esprit tu te trouves, comment tu te sens ?

    S : Je me sens en week-end, déjà (rires). Ou alors, euh, quand c'est la semaine, bon, ben, je me sens déj... je souffle un peu, je me sens, euh, un peu apaisé, en fait, tout bêtement et pi, et puis je me dis « enfin un endroit où personne va m'embêter. Le téléphone va pas sonner, j'suis pas obligé de répondre à du courrier ou à du téléphone. » Je fais ce que j'ai envie de faire et de toutes façons c'est comme ça quoi. J'ai... voilà, quoi.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui fait que tu y restes finalement au Compu's Club ?

    S : Qu'est-ce qui fait que j'y reste ? Ben, to'tes façons ch'suis pas près d'en partir... Qu'est-ce qui fait que j'y reste ? Ce qui fait c'est queeee... je sais qu'il y a, y a... y a des idées, là, c'est, c'est les idées qui me font dire qu'il faut y rester parce-queee... un jour il y aura forcément une personne qui va se lancer, qui va dire « moi, j'ai envie de faire ça » et ça collera à ce que j'ai envie de faire et... et je me lancerai aussi là-dedans et si faut que je me lance dans cinquante branches je me lancerai dans cinquante branches pour peu qu'elles m'intéressent.

    Jm : Alors, quels sont les obstacles, pour toi, pour une participation plus importante au delà des disponibilités ?

    S : Au delà des disponibilités ?

    Jm : Est-ce qu'il existe d'autre freins, d'autres obstacles pour participer encore plus au Club ?

    S : Ouh il y en a certainement. Au delà des disponibilités il y a... déjà... on peut dire les moyens. C'est pas les disponibilités, `fin, les moyens, quoi.

    Jm : Les moyens, c'est-à-dire ?

    S : Ben, euh... les moyens d'accéder, en fait, euh... à l'aboutissement du projet. C'est-à-dire que, pour l'instant, ben, concernant Comnet, il faut avoir le Câble pour bénéficier d'Internet, euh... plus rapidement. Donc, euh... si on n'a pas les moyens, Comnet, ca va se limiter, en fait, à la surutilisation de, du peu de matériel qu'on a. Donc, il y a d'abord les moyens...euh... Ce qui fait aussi, pour une association comme le Compu's, a du mal à... en fait à... comment dire ? A..., à, à aboutir aussi un peu ses projets c'est aussi le manque de, de motivation de ses membres. Donc, euh... certains des membres sont très motivés au départ et pi i se relâchent un petit peu quand ils voyent que la dynamique est un petit peu moins importante. Ça, je l'ai constaté, aussi. Il y a des branches qui sont tombées en complète décrépitude à cause de ça.

    Jm : Tu l'expliques comment ça ?

    S : Ben, en fait, c'est tout bête, en fait, c'est complètement bête. Euh... on rep... en fait... on prend le phénomène d'une branche à une autre en comparant, en fait, la branche des jeunes, la branche des plus anciens. Les plus anciens ont... arrivent mieux à comprendre le... en fait, le... le phénomène de but, de projet à aboutir. Alors que les jeunes, euh, c'est instantané, il n'y a pas de but, y a pas de... y a pas de long terme avec les jeunes. C'est soit du moyen terme soit du court terme. Faut que ça soit « je m'amuse tout de suite mais jamais », euh... beaucoup plus longtemps, en fait. Donc, euh... les jeunes, euh...Quand il y a une perte de dynamique les jeunes laissent tomber de suite. I, i s'en vont, ils reviennent beaucoup moins souvent, ils espacent leur visite.

    Jm : Les jeunes, c'est quelle tranche d'âge, les jeunes ?

    S : Oh les jeunes ca va de huit à dix-sept, dix-huit ans, hein. Et donc, euh... c'est des gens, enfin c'est des personnes qui ont du mal àààà... à se concentrer, donc, euh... sur, euh... un projet et qui acceptent pas bien, déjà, d'être dirigés, d'être, d'être orientés. Parce-que ils sont en dehors du cadre familial, en dehors du, de la société, i croient, `fin, i croient pouvoir faire un peu tout, tout et n'importe quoi et i z'aiment pas trop les barrières donc ils font tout sauter à la volée... et... ils se rendent compte, en fait qu'ils avancent pas s'ils ont pas un peu des barrières, des dates et... des plannings et des projet à aboutir. Voilà, alors que chez les personnes âgées, elles sont mûrement, normalement, mûrement réfléchies et c'est ce qui fait que, on trouve les personnes beaucoup plus intéressées, c'est celles qui, qui font évoluer la branche et les personnes qui, qui... qui vont, comme ça, en... en... étant intéressées sur le coup, lâchent... lâchent pied tout de suite, en fait.

    Jm : Alors, ben là, on arrive à la fin de cet entretien. Une dernière question, justement pour rebondir sur ce que tu viens de dire dernièrement. Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Club ? Tu disais que les jeunes, par exemple, les jeunes entre autres, avaient... euh... avaient des difficultés pour être attentifs, suivre un projet et le mener à son terme, ils sont plus dans l'immédiateté, donc, euh... Pour améliorer les jeunes qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Ou pour améliorer le Club dans sa globalité, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?

    S : (silence) Pour améliorer le Club dans son intégralité, il faudrait déjà faire... comprendre ce que c'est qu'une association aux jeunes, leur en parler, leur parler des statuts, leur montrer quels pouvoirs on a au sein de la société. Parce-que le pouvoir d'une association est énorme. Euh... Leur faire comprendre qu'une association si elle se développeee... elle peut très bien faire pencher la balance dans leur vie... en leur faisant comprendre que de toute façon, s'ils font partie d'une, d'une association ils trouveront, euh... solution à leur problème et quelque soit leur problème, pour peu que les gens qui sont dans le Compu's prennent le temps de les écouter. Pour moi, le, en fait, le... l'association c'est pas, euh... le Compu's c'est pas maintenant que j'l'imagine. C'est beaucoup plus tard... avec justement ces jeunes-là et si on... on... Le challenge, en fait, c'est faire aboutir des projets qui canaliseront un maximum de ces gens-là. Qui auront compris, en fait, le phénomène associatif et qui auront compris que, en fait, aider les gens, c'est gratifiant aussi pour soi-même et, et... donc... si z'ont pas l'occasion de le faire chez eux ou au travail, qu'ils le fassent, au moins, au sein d'une association et qu'i donnent un peu de leur temps pour aider ceux qui en ont besoin. Tout bêtement, pour moi, c'est ça.

    Annexe 9 Quatrième entretien

    N & P (quatrième entretien) 19h40 le 6 février 2001

    Au domicile des interviewés.

    Un Couple marié, Pilote de la branche CAO. Elle (Na), 32 ans, ne travaillait pas au moment de son adhésion mais a retrouvé un travail depuis, lui (Ph), 34 ans, a toujours travaillé. (Correspond au questionnaire n°10).

    A la fin, j'ai eu droit à une petite collation au terme de l'entretien. Ce qui me fait supposer qu'il s'agissait de invitation d'un ami ou d'une interview importante pour eux.

    Après annonce.

    Jm : Comment avez-vous connu le Compu's Club ?

    Na : Nous avons connu le Club... par l'intermédiaire... d'amis, au cours d'une soirée. Nous avons rencontré JM qui était Président d'un Club informatique, qui en a parlé à Ph. Et Ph a été intéressé eeeet lui a donc demandé des renseignements sur ce Club. Et ensuite nous nous y sommes rendus.

    Jm : Quels genres de renseignements tu avais demandé à ce Club.

    Ph : Bé, euh... Quel Club c'était, euh... JM m'avait dit que c'était un Club informatique. Donc, euhh...

    Jm : On te l'avait présenté comment ?

    Ph : Au cours de la soirée ou...

    Jm : Oui au cours de la soirée.

    Ph : Bé, ben, euh... on en parlait très vaguement pour pas euh... trop je pense, euh...

    Jm : Vous vous souvenez... Na, peut-être tu te souviens comme on en avait parlé ?

    Na : A moi tu n'en avais pas parlé du tout.

    Jm : Du tout ?

    Na : Non. Seulement avec Ph. C'est, euh... à la fin de la soirée que Ph m'a dit « JM est Président d'un Club informatiqueee. »

    Ph : On en avait très peu parlé...

    Na : Très peu parlé, oui.

    Jm : Est-ce que tu te souviens de ce que JM en avait dit ?

    Na : (s'adressant à Ph en difficulté pour répondre) Bon bé, t'avais dû demander un petit peu, certainement, ce qu'il faisait...

    Ph : ...En fait tu m'avais parlé qu'il y avait un atelier de montage. Ça tu m'en avais parlé. Ça m'avait marqué. Et que vous faisiez des formations. Tu me l'avais présenté que sous cet angle-là, hein...

    Jm : On avait parlé seulement d'informatique ?

    Ph : Seulement d'informatique, ouais... ouais, ouais.

    Jm : Alors qu'est-ce qui t'avais séduit justement sur ce que je t'en avais dit ?

    Ph : Eh ben... je connaissais rien en informatique. Donc je me suis dis, euh... voilà...

    Na : Je pense, au départ, que de toutes façons, Ph avait envie de connaître... ce monde là...

    (s'adressant à Ph faisant une légère moue) : C'est vrai, ça t'intéressait...

    Ph : ...Oui, mais j'savais pas, euh...

    Na : ...Tu ne savais pas ce que c'était, tu ne savais pas où trouver les informations ni vers qui se tourner pour euh...

    Ph : C'était l'occasion aussi de faire une activité à deux.

    Na : Oui.

    Ph : Donc, euh. C'est pour ça... c'est ce qui a déclenché un petit peu, euh. Que Na, elle était réticente mais sans plus. Alors que...

    Na : Il sait qu'il pourra jamais me traîner dans le sport alors qu'en informatique il s'est rendu compte qu'il y avait une ouverture possible.

    Jm : Alors, vous vous êtes rendu au Club. Vous avez rencontré une autre personne qui vous a présenté le Club ?

    Na : Oui. Monsieur Del. ( Del=A. 1er entretien).

    Ph : A., oui.

    Jm : Il vous en a dit quoi, lui ?

    Ph : Ben il nous l'a présenté par rapport au prospectus que tu as fait avec euh... Alors, par rapport à ce prospectus il nous a décrit ce qui, euh... ce que le Club faisait.

    Jm : est-ce que tu te souviens ce qu'il vous a décrit ?

    Ph : Ben, y avaiiiiiiit... l'atelier de montage, ...

    Na : ...les formations...

    Ph : ...les formations... et puis le reste ben, euh...

    Na : ...Moi je me souviens, ben... il nous a fait une démonstration, euh... qui nous a paru terriblement, euh... `fin, on n'a rien compris...

    Ph : ...Oui, parce-qu'il arrivait pas à faire ce qu'il voulait, aussi...

    Na : ...Oui, alors, il "cliquait" un peu dans tous les sens...

    Ph : ...Parce qu'il connaissait pas tout à fait ce qu'il y avait dans les, euh... les, les menus de programmes, démarrer.

    Jm : Et ça, ça ne vous a pas refroidit ?

    Na : Non, pourtant on en a bien rigolé.

    Ph : Alors, qu'est-ce qui vous a fait revenir ?

    Ph : Après on est revenu et on t'as vu, tu étais avec Del., je crois.

    Jm : La deuxième fois, il y avait deux personnes donc...

    Ph : Le jour où on est venu s'inscrire...

    Na : ...Non, on est revenu, c'est vrai, avec l'idée de s'inscrire mais le fait d'avoir rencontré JM qui a été plus clair au niveau explications...

    Jm : Alors, justement, ces explications, clarifiées, c'étaient quoi ces explications ?

    Ph : Eh bé, euh... tu avais essayé de décider Na, parce-que je t'avais dit que Na était réticente (ici, le "tu" me concernant va passer en "il" sur ma demande. Ceci pour bien différencier mes fonctions au Compu's Club et mon rôle d'apprenti chercheur) en lui disant que, elle pouvait faire des fiches de cuisine, des recettes, des, euh...

    Na : Il a, il a, il a, il a su me prendre par le point où il fallait...

    Ph : ...Il y a eu de la musique, aussi, je crois... je ne sais pas...

    Na : ...Oui, bon, ben...

    Ph : Il nous énumérait pas mal de choses... les comptes, il y avait les comptes, aussi.

    Na : Oui, c'est surtout, c'est, c'est, c'est sur toi que c'est resté ça.

    Ph : Ouais, mais, euh...

    Na : Ouais, ouais, ouais, heu... les fiches de cuisine, c'est vrai, maintenant que tu dis, oui. Et puis qu'est-ce qu'il nous avait parlé d'autre ? Je me souviens plus. C'est vrai, queeee, tu avais su me, me... me toucher au point sensible où ça, où ça m'intéresserait.

    Jm : Il y avait la cuisine. Il y avait d'autres points sensibles qui t'intéressaient ?

    Na : Ben, disons, qu'il y avait Word. Comme je suis secrétaire de formation, euh... je pensais que ça m'intéresserait. Parce-que, moi, taper sur l'ordinateur, ça me plaît, donc, euh...

    Jm : Il y avait une idée professionnelle derrière ? Une utilisation professionnelle ?

    Na : Disons... à cette époque-là, je travaillais pas... et si j'avais repris mon travail j'aurais pas eu besoin de Word. Donc, je pouvais pas me douter, à ce moment-là, que j'en aurai besoin et que professionnellement ça serait bien. Non, c'était plutôt parce-que j'aime taper à la machine et tout ce qui en découle et notamment, donc, l'ordinateur.

    Jm : Alors, est-ce que vous avez déjà eu une expérience de l'associatif ?

    Ph : Moi, euh... oui, dans le sport. Dans le sport en tant que footballeur.

    Jm : En tant qu'adhérent ?

    Ph : Adhérent, oui. En tant que sportif.

    Jm : Pas de fonctions prises ?

    Ph : Ah, non, non, aucune.

    Jm : Tu y es encore ?

    Ph : Non, j'y suis plus, problèmes de santé.

    Jm : Na, et toi ?

    Na : Non.

    Jm : Est-ce que vous faites partie d'une autre association ?

    Na : Moi non.

    Ph : Actuellement, moi le basket, on va dire.

    Jm : Est-ce que vous êtes venu chercher quelque chose de précis, autre, que l'informatique même et les fiches de cuisine ? Est-ce qu'il y avait autre chose de précis que vous aviez en tête en rejoignant le Club à l'époque ?

    Na : Moi je dirais non parce qu'en fait, euh... je n'imaginais même pas qu'il pouvait y avoir autre chose.

    Ph : (signe de tête négatif)

    Jm : Alors, lorsque vous avez adhéré, quels sont les intérêts que vous avez trouvé au Club ?

    (silence) Des intérêts logistiques, matériels, les liaisons ?

    Na : Oui, oui, oui, oui (Ph faisant mine de prendre la parole) vas-y.

    Ph : Eh ben le matériel, oui. Nous on n'en avait point à la maison. Donc, euh, au Club y en avait. Ce qui nous a permit de tripoter un peu l'ordinateur et de nous faire envie. Parce-que par la suite on s'est équipé parce-qu'on l'avait vu au Club et les hommes aussi parce-qu'on a trouvé, quand même, de la compétence malgré la première approche. Donc on a trouvé Jm, Jc, qui nous a bien...

    Na : N aussi, qui faisait l'Internet.

    Ph :N, N Ay.

    Na : Qui nous a beaucoup aidé dans le choix de, du matériel.

    Ph : ouais, pi, motivation aussi. Il avait su aussi nous bien, euh...

    Na : ...Ouais, il avait su nous motiver.

    Jm : Qu'est-ce qu'il vous disait pour vous motiver ?

    Na : Déjà, il était enthousiaste...

    Jm : ...De par sa personnalité ?

    Na : De par sa personnalité il était...

    Ph : ...Par rapport à l'informatique, hein...

    Na : ...Oui, par rapport à l'informatique. Déjà on sentait qu'il aimait ça, quand il en parlait, euh... il savait en parler. Et puis, euh... quand on lui posait des questions, il était toujours prêt à répondre, il était... toujours près à rendre service. Et c'est vrai que c'était bien agréable.

    Jm : Et ça, ça vous a plu ?

    Na : Ouaip !

    Jm : Est-ce que vous pouvez me parler un peu de vous à l'époque de votre entrée au Club ? Vous étiez mariés ?

    Na : Oui.

    Jm : Vous aviez des enfants ?

    Na : Oui

    Jm : Vous travailliez ? Donc tu ne travaillais pas Na ?

    Na : Moi, je travaillais pas et Ph...

    Ph : ...Moi, je travaillais, j'ai toujours travaillé.

    Jm : Vos parents, est-ce qu'ils étaient engagés dans la vie associative, déjà ?

    Ph : Ben, euh..., ben, euh... moi oui. Ils sont toujours... bénévol.... en tant que bénévoles pour une école, euh... à l'école que j'étais, privée. Il était toujours besoin de bénévoles. Ils ont toujours répondu présents. pour refaire les... les classes. Pour les kermesses, les lotos et puis actuellement... actuellement ils sont toujours dans ce système là, quoi.

    Jm : Ils ont des fonctions, non ?

    Ph : Non, euh... Si mon père a été je crois Président, je crois, de classe. Mais je n'étais plus chez mes parents à cette époque-là.

    Jm : Pour résumer : quand tu étais jeune tes parents étaient déjà engagés dans la vie associative. Tu as baigné là-dedans ?

    Na : Oh oui, et très dynamique...

    Ph : ...Oui, mais, euh... oui, mais c'était en fait plutôt en fait du bénévolat, c'était pas plutôt « on a besoin de vous venez », quoi. C'était pas tellement, euh... C'était pour les écoles, la paroisse, euh...

    Jm : C'est ce que tu en retiens ?

    Ph : C'est ce que j'en retiens.

    Jm : Et toi Na. ?

    Na : Mon papa était Président d'un club de ski pendant de très nombreuses années. Bien pendant une dizaine d'années. il a commencé par être Trésorier. Ensuite il a été, très rapidement, au bout d'un an ou deux, Président. Il est resté tout le temps, il s'en est occupé, euh... vraiment à fond. On allait au ski tous les week-end et, et puis... il avait beaucoup de réunions et j'en avais quand même retenu que ça lui prenait beaucoup de temps... (silence).

    Jm : Tu l'as ressenti comment ? Ça te gênait que ton père soit pris ?

    Na : Non, parce-que c'était contraire à son caractère et ça lui faisait beaucoup de bien d'être dans la vie associative. (rires).

    Jm : Bon, alors, aujourd'hui, le Club, c'est quoi pour vous ? Qu'est-ce que ça représente pour vous aujourd'hui ?

    Na : C'est une question difficile.

    Jm : euh... Comment vous le définiriez le Club, on peut commencer comme ça ?

    Na : Déjà, une rencontre... la rencontre de, de personnes... sur un thème informatique mais...

    Ph : ; ... Ce qu'on recherchait, nous, c'est l'informatique.

    Jm : Alors quelle définition vous en donneriez ?

    Na : Club informatique mais ça va plus loin, je dirais... c'est, c'est... y a... dans ce Club informatique, il y a des branches et à l'intérieur de ces branches je crois qu'on s'éloigne un petit peu de l'informatique selon... par exemple Échap (Littérature, ndlr) et des, des, des branches comme ça où il y a un petit peu d'informatique mais quand même des fois on s'en éloigne quand même.

    Ph : En fait, oui, c'est un peu, oui...

    Jm : Alors, maintenant on va re-préciser cette question : qu'est-ce que ça représente pour vous le Club ?

    Ph : Qu'est-ce que ça représente ?

    Jm : Oui, hummm... Si vous deviez le présenter le Club, aujourd'hui, à quelqu'un que vous aimeriez convaincre pour rejoindre le Club, qu'est-ce que vous lui diriez ?

    Na : D'abord, qu'est-ce que lui il attend et en fonction de ça qu'est-ce que le Club... est-ce que le Club... Comment dire ?... peut lui apporter par rapport à ce qu'i souhaite. S'il nous dit « je recherche... comme nous... pour faire de l'informatique... j'en ai pas, je n'ai pas d'ordinateur » je lui répondrai « là-bas tu en as à disposition, si tu as un problème tu as quelqu'un pour t'aider ». Si la personne recherche quelque chose, plutôt de convivial je lui dirai « eh bien là-bas tu peux t'investir... et, euh... proposer soit un activité, soit faire partie d'une autre activité... » tout dépend parce-qu'il y a tellement des branches diverses comme la Bourse. On peut y aller parce-qu'on aime la Bourse et pas spécialement l'informatique. On peut y aller, dans certaines branches pas spécialement pour l'informatique. Donc... euh... pour présenter c'est pas évident parce-que c'est très divers.

    Jm : Justement, d'une manière générale vous le présenteriez comment ? La première fois que vous étiez venu on vous a présenté le Club en général, vous avez retenu ce qui vous en avait intéressé, c'est-à-dire l'informatique, à l'époque. Aujourd'hui, après avoir fait un bout de chemin dans le Club, de quelle manière vous présenteriez le Club d'une manière globale ? et pour vous ? Parce-que vous allez me donner les éléments dont vous avez été sensible. C'est ça qui m'intéresse.

    Na : Ouais. Parce-que moi je dirais aussi : au moment où on a connu le Club et au moment où il est maintenant, c'est pas le même.

    Jm : Justement, comment le présenteriez-vous aujourd'hui ?

    Na : C'est ça le problème ! C'est que on trouve pas tellement les mots pour arriver à... C'est pas évident, c'est...

    Jm : A ce moment-là, est-ce que vous pouvez me donner deux, trois expressions qui décriraient le Club ?

    (silence)

    Na : Déjà, c'est quelque chose d'associatif, de, pour, euh... d... q...

    Ph : ...Les gens se retrouvent pour une même idée, en fait. la Bourse i z'y vont pour la Bourse... euh... en fait c'est une rencontre deeee... Comment dire ça ?...

    Na : ...C'est un lieu où on peut rencontrer des gens....

    Ph : ...Non mais, c'est organisé, en fait, il y a la partie Bourse. Parce-que si t'y vas en dehors de ces... ces associations... enfin, de ces branches tu vas pas trouver... on va trouver qu'une personne autour... Par exemple, Lau (notre premier salarié, ndlr) à l'époque et c'est, c'est... ça fait isolé un peu, quoi. Comment t'expliquer ça ? C'est-à-dire si tu, euh... tu veux aller à la Bourse tu vas à la Bourse. Si tu veux... qu'est-ce qu'il y avait commeeee... (s'adressant à Na) ?

    Na : Il y avait Échap...

    Ph : Échap. Il y avait la nôtre, euh...

    Na : ...les juniors...

    Ph : ...les juniors, aussi. On n'a pas eu beaucoup de monde donc euhhh...

    Na : ... La branche des juniors...

    Ph : ...Ouais, la branche des juniors, donc, les juniors quand ils venaient, bon, apparemment Lau (notre premier salarié, ndlr) voulait leur faire faire quelque chose, eux ils y venaient pour le jeux. Ils étaient content d'y venir parce-qu'ils jouaient. Euh... En fait, c'est trouver les points communs des branches et ces points communs de plusieurs personnes qu'i viennent y rechercher. Euhmmm...

    Na : C'est sur le thème de l'informatique mais c'est bien diversifié. En fait, à la fin y a certaines branches...

    Ph : ...ouais mais même les jeunes i z'y venaient pas que pour... Bon, i z'y jouaient beaucoup sur les ordinateurs mais deux, quand j'y suis allé, i jouaient aux cartes. Donc i z'étaient contents de se retrouver ensemble, quoi.

    Jm : Et vous, qu'est-ce qui vous plaisait au Club ?

    Ph : Ben nous c'était de, de... connaître l'informatique, euh... approfondir...

    Na : ...Voilà, en discuter avec d'autres personnes. Le fait de parler avec d'autres personnes. De, de mettre en commun les choses qu'on connaissait et puis surtout d'apprendre, donc, nous de dire ce qu'on connaissait mais on avait envie de recevoir aussi. C'est-à-dire que les gens nous parlent de ce que eux ils connaissaient. Et je dirais même à la limite le plaisir de voir d'autres personnes.

    Ph : Ouais. je vois au boulot, y a un gars qui s'y connaît bien en informatique, on en parle, on discute beaucoup. Donc, euh... matériel, deee... de logiciels... dès qu'on a un plantage, tiens, euh « il m'est arrivé ça, qu'est-ce qui faut faire ? » C'est ça en fait dépannage, le... C'est ce que je recherchais dans ce Club en fait. C'était, euh... « tiens j'ai un problème... », bon, à l'époque j'en avais pas à la maison. Mais si, quand j'en avais un à la maison : « j'ai eu un problème là... » Et pi, si une personne a eu le même problème que moi j'ai eu, en discuter. Un peu comme les forums sur Internet, quoi. Encore, les forums sur Internet j'y vais même pas (rires). Mais c'est vrai que... moi je verrai le Club comme ça, un forum. (silence) Plus que...

    Na : Le problème, c'est que, tout le monde, mis à part à la même heure que nous et qu'on tombe pas obligatoirement sur la personne avec qui on aurait envie de parler. Et puis on trouve pas le problème... on trouve pas toujours la personne qui est capable de nous répondre... avant L. Après L, c'est vrai que c'est différent...

    Ph : Non c'est, c'est vrai, depuis qu'il y a eu L c'est... on y allait, on posait une question et... et il arrivait à nous dépatouiller, quoi...

    Na : ...c'est mieux...

    Jm : Alors quelles valeurs vous attribueriez au Club ?

    (silence)

    Jm : Quelles seraient ses valeurs ? Qu'est-ce que... j'en reviens à ma question initiale : qu'est-ce que ça représente pour vous ? Bon, vous disiez tout à l'heure qu'il y avait une idée de forum, y avait l'idée « on vient chercher quelque chose, on le trouve ». Donc y a quelqu'un qui donne, nécessairement, puisque vous venez chercher quelque chose, quoi d'autre encore ? Quelles autres valeurs il peut y avoir ?

    Na : On était près aussi à donner nos connaissances...

    Ph : ...Ouais, par rap... par rapport... c'est les forums...

    Na : ... ouais...

    Ph : ...les forums c'est un échange, chacun donne ce qu'il sait...

    Na : ...ouais...

    Jm : La branche CAO (publication assistée par ordinateur), existait lorsque vous êtes entrés au Club ?

    Na : Non, en tout les cas pas... non, non, non, même... non... non, non.

    Ph : Non.

    Jm : Qui c'est qui en a eu l'idée ?

    Na : Nous deux.

    Jm : Expliquez-moi ça. Comment vous avez eu l'idée ? C'est venu comment cette idée ?

    Na : Cette idée est venue parce-que à la maison nous avions grand plaisir d'effectuer des cartes pour les anniversaires, pour les invitations et faire des calendriers pour Noël. Plein de petites choses comme ça. On en a fait beaucoup à la maison. On a trouvé ça très très drôle. Et on s'est dit que certainement beaucoup de personnes aimerait faire ça. Qu'on pourrait en discuter ensemble. Qu'on pourrait faire des trucs très marrants. Donc, euh... nous avons eu l'idée de... de créer cette branche.

    Jm : Bon, comment vous avez fait pour faire connaître cette branche ? D'abord comment ça s'est passé pour la créer ?

    Na : Nous avons demandé l'autorisation nécessaire à la Présidence (rire).

    Jm : Mais encore ? C'est le Président seul qui décidait ?

    Non, le Président en a parlé lors d'une Assemblée Générale...

    Ph : ...Ouais mais elle était déjà lancée...

    Na : ... Non... non, non... Et c'est à ce moment-là qu'il a dit...

    Ph : ...Ah oui...

    Na : ...voilà il y a Ph et N qui aimeraient faire ça et à la fin de cette Assemblée Générale, Al et L. (7è entretien, ndlr) sont venus nous voir et ils ont dit c'est une super idée. on veut bien se mettre avec vous et être avec vous... euh... pour faire ça.

    Ph : Ouais, mais je sais pas si elle était pas déjà lancée à cette époque-là. Et peut-être que c'était ààààà...

    (Quelques secondes de débat pour savoir s'il s'agissait bien de l'Assemblée Générale ou d'un Conseil d'Administration. Propos non retranscrits. ndlr)

    Jm : Vous aviez fait, peut-être, quelques essais déjà ?

    Ph : Il me semble...

    Na : Non, je pense pas, non.

    Ph : Peut-être pas, ouais.

    Na : Non, moi je pense qu'on en avait parlé, qu'on en avait déjà parlé...

    Ph : ...effectivement c'était en novembre. Ouais, c'était à cette période-là qu'on en avait parlé.

    Na : Non, on en avait déjà commencé à en parler, c'est certain. On avait déjà émis l'idée...

    Ph : ...Ça avait déjà intéressé plusieurs personnes et on avait donné aussi les horaires. Et ces personnes là ça ne les intéressait pas au niveau de l'horaire. C'était une maman qui...

    Na : A savoir si elle serait vraiment venue c'est une autre question.

    Jm : Cette branche que vous avez créée, elle était organisée de quelle façon ? C'est vous qui aviez lancé l'idée ?

    Ph : Nous, on avait lancé l'idée. On pensait qu'en lançant l'idée, en fait, que les gens allaient venir et qu'ils allaient proposer leurs idées...

    Na : ...On souhaitait pas être les moteurs...

    Ph : ...On voulait pas, en fait, euhhhh... on voulait pas guider, on voulait...

    Na : ...pas diriger les autres...

    Ph : ...voilà, pas diriger...

    Na : ...On voulait simplement être un groupe à décider et pas seulement nous deux.

    Jm : Alors comment ça se passait justement puisque vous souhaitiez que ce soit le groupe qui décide ? De quelle manière ça se passait réellement ?

    Na : Ben, on était quatre. Alors au départ on s'est demandé, ben : « qu'est-ce qui fallait faire ? » On s'est rendu compte qu'il fallait peut-être se faire connaître. Ou d'abord d'avoir un, un logo... un peu représentatif par rapport aux autres clubs.

    Ph : On avait fait aussi un article...

    Na : ...Un article sur le journal...

    Ph : ...le journal...

    Na : ...le Bulletin Membre...

    Ph : ...le Bulletin Membre...

    Na : Donc on s'est penché sur cette histoire de logo. On en a parlé...

    Ph : ...parce-qu'on pensait que cette histoire de logo allait être déjà le point de départ, euh...

    Na : ...Ça nous semblait, oui. D'abord exister, physiquement... le fait d'avoir un logo...

    Ph : ...et puis chercher à... se servir des logiciels de CAO, quoi... `fin... PAO (Publication assistée par ordinateur, ndlr).

    Na : ...Chacun choisissait celui qui lui semblait le plus facile à utiliser.

    Jm : Qu'est-ce que, justement entre les membres, qu'est-ce qui permettait que ça fonctionne bien ?

    (silence)

    Ph : Ben parce-que, i z'avaient plein d'idées, pi i z'étaient motivés. Par exemple, Al il avait déjà fait pas mal de chose, euh, donc, il avait un press-book, eeet... donc, on avait regardé ce qu'il avait fait. Eeeet, euh, L (7è entretien), lui, i connaissait rien du tout mais il avait envie de connaître. Donc, en fait, c'était déjà des gens qui nous intéressaient. C'était vraiment leeees, ils rentraient vraiment dans leee, dans l'objectif. Soit des gens qui avaient pleins d'idées, soit des gens qui voulaient tout savoir.

    Jm : Comment ça c'est passé ensuite ?

    Ph : Ben, ensuite, on a recherché leee, le, l'idée...

    Na : ...le logo...

    Ph : ...le logo. Ce, on avait fait des affiches et pi très vite on s'est retrouvés à trois puis euuuuh... peu de temps après à deux. Na et moi.

    Jm : Des affiches pourquoi ?

    Ph : Pour se faire connaître dans le...

    Na : ...on les avait affichées dans les locaux. Là où tout le monde venait lorsqu'on venait au Club. C'était le meilleur endroit pour se faire connaître. Notamment une grande banderole que Ph avait fait et L (L. 7è entretien) avait fait uneee, une très jolie, euh... affiche... eumh, avec pleins de wordart... en mettant des, des, tout se qu'on pouvait faire...

    Ph : Et puis on avait fait aussi des choses sur Powerpoint...

    Na : ...oui...

    Ph : ...qu'on avait mis que chacun pouvait y aller mais pers... apparemment on sait pas si les gens y est allé, quoi.

    Jm : Vous parliez de motivation tout à l'heure. Ça doit être un élément déterminant pour que ça fonctionne, pour la conduite de la branche mais est-ce qu'il y a d'autres éléments déterminants autres que la motivation qui permettaient justement que la branche tourne, euh... pendant que vous y étiez, évidemment ?

    Ph : Il aurait fallu plus de monde.

    Jm : Oui, mais quand vous y étiez, que ce soit deux, trois ou quatre, pendant le fonctionnement même qu'est-ce qui faisait que, justement, euhhh... c'était... vous y étiez, quoi, en fait. Qu'est-ce que, que... qu'est-ce qu'ils faisaient, (en baissant le ton et prenant un ton jovial) je n'vais pas vous tirer les mots, quand même !

    (rires)

    Na : Ben, nous on y était parce-qu'il fallait qu'il y ait tout le temps, enfin pas une personne responsable mais... quelqu'un qui s'engage à venir, à ouvrir, à être là pendant le temps des heures de cette branche.

    Jm : Alors, qu'est-ce que ça vous a apporté personnellement, chacun ? (en m'adressant à Ph.) Honneur aux dames ? Allez, Na. d'abord.

    (long silence)

    Na : Ben (bruit buccal se rapprochant de celui de la succion d'une dent creuse)

    (silence)

    Na : J'aurais aimé que ça m'apporte beaucoup plus (rires gênés).

    Jm : Alors qu'est-ce que ça t'as apporté et qu'est-ce que tu aurais aimé que ça t'apportes ?

    Na : Moi ce qui m'a fait plaisir, c'est, euh... Y a très peu de personnes qui sont venues mais, bon, y a eu... je crois qu'i s'appelait Ni (un membre du Club), j'ai pu lui indiquer deux, trois choses et ça m'a fait plaisir de voir que je le dépannais. Par contre, où j'ai été déçu... ce que j'aurais aimé que ça m'apporte plus, c'est voir plus de personnes, c'est voir plus, euh... plus discuter... tout ce qu'on souhaitait, quoi, c'est-à-dire, euh... Les gens qui sont venus, i sont venus chercher quelque chose ; il y en a aucun qui est venu pour dire : « c'est une super idée, j'ai des idées, je viens avec vous » Ces gens-là, i sont partis, i sont pas restés. Les seuls qui sont venus c'était juste pour qu'on leur montre ce qu'on savait. Et malgré tout, nous, euh... o... notre connaissance est très limitée et on s'est vite rendu compte que s'il y a personne qui arrivait avec de nouvelles idées... `fin... pas avec de nouvelles idées mais avec de nouvelles connaissances on serait vite, euuh... (silence) Et les gens qui venaient, i venaient juste pour, euh... pour faire ce qu'ils avaient à faire et puis c'est tout, hein. ils étaient pas plus intéressés que ça.

    Jm : Mais toi, personnellement donc ça t'as apporté quoi ?

    Na : Rien, j'ai été déçu.

    Jm : Et toi Ph ? Ça t'as apporté quoi ? Et qu'est-ce que tu espérais que ça t'apporterais ?

    Ph : Ben, euh... pareil que Na... (à mon expression et attitude de "c'est un peu commode et facile il reprend en riant") Non, on en avait parlé... on en avait parlé ensemble.

    Ph : Non, non, non, mais, euh... c'est ce qu'on souhaita... Moi, ce que je souhaitais c'était, ouais... qu'il y ait plein de gens qui viennent. Puis... soit des gens qui, euh, qui disent « bon, j'ai une carte à faire avec quelqu'un, je sais pas par ou, euh, prendre par ou la prendre, ch'sais pas quoi faire, euh... j'ai des idées mais ch'ais pas les retranscrire sur l'ordinateur ». C'est ce que, moi, je pensais qu'on allait amener en fait. Les gens avaient leurs idées et nous on va leur dire « peut-être en faisant comme ça, en prenant tel logiciel, euuh... un clipart, par-ci, par-là, euhhhh... ».

    Jm : Tu aurais aimé que ça t'apportes ça ?

    Ph : Bein... c'est ce que je pensais que ça allait faire. Que ça allait marcher comme ça, quoi.

    Jm : Qu'est-ce que tu aurais aimé que ça t'apportes et qu'est-ce que ça t'as apporté réellement ?

    Ph : Ben, ça m'apporte, euhhh... ça m'apporte... euh... j'ai pas pensé... non. Quand on a fait ce truc, je pensais pas...

    Jm : Vous cherchiez bien quelque chose ? Vous aviez bien envie de faire quelque chose ?

    Na : Le plaisir de, de, de parler avec d'autres personnes, de la rencontre, de... de, de pouvoir discuter de ce qu'on avait envie et de ce qu'on aimait surtout...

    Ph : ...Ouais...

    Na : ...Et cette rencontre n'a pas eu lieue telle qu'on l'a souhaité (rires gênés).

    Jm : Qu'est-ce qui a fait arrêter la branche, alors ?

    Ph : Ben, le, le peu de branche qu'y avait et puis...

    Jm : Ça, vous auriez pu continuer tous les deux...

    Na : Lassitude.

    Jm : Lassitude ?

    Na : Ouais.

    Jm : Tu entends quoi par lassitude ?

    Na : Venir et qu'il y ait personne.

    Ph : Si, il y avait deux personnes, enfin, à la fin il y avait une personne : D... (membre du Club).

    Na : ...Et à la fin il venait juste pour faire ce qu'il avait à faire et il était même plus avec nous. Et même certaines personnes en ont profité pour venir pendant notre branche pour faire autre chose. Donc on avait vraiment l'impression (en appuyant fortement les mots) de servir strictement à rien.

    Ph : Ouais, c'était, ouais, euh... les heures étaient faites pour la PAO et y avait d'ot' personnes qui venaient pour faire autre chose, quoi.

    Na : Ou qui avaient l'activité suivante et qui arrivaient une demi-heure avant pour pouvoir avancer sur leur, euh... Je veux dire ça nous gênait pas puisqu'il y avait personne, il faut être honnête mais c'est vrai que c'était très frustrant pour nous.

    Jm : Donc c'est ça qui a fait que...

    Ph : et pi l'ars... des fois dessss sourires narquois, euh...

    Na : Sans citer de nom des gens qui arrivaient en nous disant (prendre un ton ironique) « oh, y avait personne encore aujourd'hui » ou dans ce style là. (Sur le ton de l'agacement) C'était très désagréable... Je ne citerai pas de nom... promis... (rires) Non, parce-qu'on lui en veut pas du tout. il avait peut-être pas tord.

    Ph : Mais on pensait que ça allait intéresser, euh... une multitude de personnes puisqu'il y a cent membres, je crois... dans le...

    Jm : ...147...

    Ph : ...A l'époque il y en avait cent, une centaine... donc on s'était dit si on touche dix, quinze personnes...

    Na : ...On aurait été ravi...

    Ph : ...c'était super quoi. Mais... euh... ça a pas touché dix, quinze personnes. Ça en a touché deux. Et ils sont viteeee...

    Jm : Le résumé est lequel, le, le résumé il est sur cent personnes il y a 20% de bénévoles. Sur 20% de bénévoles si vous touchez 10% ça fait deux...

    Na : ...C'est nous... (rires)

    Jm : ...Vous les avez eu...

    Na : ...C'est nous, on en a eu deux... (encore rires)...

    Jm : ... Vous avez eu les 10% des 20% des cent personnes. Les 80% restant sont des "consommateurs".

    Na : Ben oui. Mais ils auraient pu consommer, nous demander quelque chose au moins une fois pour nous faire plaisir. Ils ont même pas consommés.

    Ph : (de reprendre) Ils ont même pas consommés.

    Jm : Si vous aviez eu un créneau horaire avec la disponibilité de locaux et du monde. Du monde je sais pas ce que ça veut dire parce-que vous auriez très bien pu continuer. Vous avez acheté du matériel aujourd'hui ?

    Na : Oh oui !

    Jm : Donc, vous auriez pu continuer, euh, si vous n'aviez pas eu le matériel vous auriez pu continuer au Club, tous les deux. Ne serait-ce que pour faire, euh... continuer à faire des faire-parts, des cartes de visites, etc.

    Na : Non !

    Ph : Ben, on a du matériel à la maison.

    Jm : Il n'y avait pas que le monde.

    Na : On préférait avoir le matériel à la maison. Ah oui, on préfère parce-que c'est plus facile...

    Ph : On a le matériel à la maison, donc euh, on, on le fait à la maison. L'a... l'activité c'était, euh...

    Jm : Vous préférez être tout seul, vous. Vous ne recherchez plus cette échange avec les autres, les autres idées et autres choses ?

    Ph : Ben, y a personne...

    Jm : Quand vous êtes partis il n'y avait plus personne.

    Ph : Non, il y avait plus personne quoi.

    Na : Disons qu'on en discute avec les amis, autour de nous. Tout le monde en fait un petit peu chez lui et puis, ensuite, chacun... on le fait avec nos amis, en fait. Qui eux ce sont mis à l'informatique...

    Ph : ...Oui mais on pensait que ça allait, euh... ça allait faire un peu pareil, quoi...

    Na : ...Ouais... Mais là...

    Ph : ... Vu, euh, euhmmm, autour de nous, les gens qui z'ont un ordinateur, bon, pas tous quand même, mais, euh... la plupart...

    Na : ...Ouais, il sont motivés...

    Ph : ...Ils sont motivés à faire des trucs comme ça, comme nous, quoi.

    Jm : ...Est-ce que vous pourriez me donner un ou deux exemples de motivation ? Ça fait plusieurs fois que vous parlez de motivation. Je sais pas bien ce que ça veut dire moi. Est-ce qu'ils sautent au plafond quand vous vous voyez, est-ce qu...

    Na : ...Non, à chaque fois qu'on se voit « j'ai essayé de faire ça, j'y suis pas arrivé, Ph ou Na, qu'est-ce tu en penses ? ». Par exemple, j'avais besoin de faire un article sur Word ou une brochure parce-que, bon, il a raison...

    Jm : L'attitude des gens était comment ? Te poser des questions c'est une chose mais l'attitude était comment ?

    Ph : Ben, par exempl...

    Na : ...on se retrouve devant l'ordinateur (rires) très rapidement.

    Jm : On est enthousiaste, euh...

    Na : Oui. Oui, les gens aiment bien.

    Jm : Ou « j'en peux plus...

    Na : ...Non...

    Jm : ...est-ce que tu peux me dépanner ? »

    Na : Non, non.

    Ph : « Viens voir ce que j'ai fais aussi, euh...

    Na : ...Ouaip. « Viens voir ce que j'ai fais, je bloque là-dessus, qu'est-ce que tu en penses ? », euh... on s'envoie beaucoup de mail, aussi... On...

    Jm : ...Attendez, d'accord pour les questions, d'accord pour les problèmes qu'ils pourrait y avoir. Moi, ce qui m'intéresse c'est l'attitude des gens. C'est comment ils réagissent ?

    Na : Ils sont demandeurs...

    Jm : ...Je veux dire : ils sautent jusqu'au plafond, il font quoi quand vous vous voyez ? Vous dites « ils sont motivés ». Motivés, ça veut dire quoi ? Ils sautent au plafond, ils en rient, ils frappent à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, à trois heures du mat' ils sonnent « j'ai un problème » ? Je pastiche mais c'est ça que j'aimerais savoir. C'est comment ça se caractérise cette manifestation au delà de la question même de l'informatique. Comment ils réagissent, les gens ?

    Na : (Bafouillant un instant des oui et des non puis recouvrant ses esprits :) Ils ont, ils ont très envie d'apprendre, ils ont très envie de, de savoir comment se servir du matériel. Ils ont très envie de savoir comment se débrouiller seul pour faire telle ou telle opération. Donc ils nous demandent une fois, ensuite ils savent le faire. Ensuite ils recherchent une autre opération à faire...

    Ph : ...Oui, mais, bon, même, il y a pas que nous...

    Na : ...Ah non, non c'est un échange, c'est un échange. Lorsque nous on essai par exemple de, de, je sais pas, je vais dire n'importe quoi, de créer un fichier, de faire quelque chose, on y arrive pas, on en discute entre nous. « Comment tu as fait, toi, quand tu t'es trouvé devant ce problème ? » « J'ai réagis comme ça, ça a pas marché. » « Et toi ? » « Moi, j'ai fais ça et ça a marché ». Donc, on en discute.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui se passe au sein, quand vous étiez au Club, hein, qu'est-ce qui se passait qui ne relevait pas de l'informatique même, entre les gens ?

    (silence)

    Ph : Ben, on discutait deeee... oui, de temps en temps, on discutait de, d'autres choses que de l'informatique, euh...

    Na : ...Très peu...

    Ph : ...On était vraiment là-bas pour l'informatique.

    Jm : Est-ce que vous pouvez me donner deux, trois expressions pour décrire le Club ? Le Club c'est ça, c'est ça...

    (long silence, regards croisés entre Na & Ph)

    Na : Ben, euhhhhh... (nouveau long silence) Pour moi le Club c'est, c'est... lorsqu'on est vraiment débutant c'est, c'est un cl... comme pour nous...euh... c'est, c'est bien, c'est l'idéal.

    Ph : ...Détonateur...

    Na : ...Voilà, c'est, c'est un... voilà, ouais, le mot est...

    Jm : En informatique ?

    Na : ...En informatique

    Jm : Donc, vous décririez le Club que... uniquement sous l'angle informatique ?

    Ph : Tu veux nous faire dire quelque chose, c'est... Qu'est-ce que tu veux nous faire dire ? Dis-nous le.

    (rires)

    Na : Ben, c'est, c'est aussi une association quelque part. Je sais pas. Y a des gens, c'est la rencontre, quoi.

    Ph : Ton idée du Club s'était, euhhh... un échange, en fait, c'était, euhhhh...

    Jm : Pas mon idée, comment vous le décririez, vous ? Est-ce que vous avez deux ou trois expressions pour le décrire ?

    (silence)

    Jm : Comment l'avez-vous perçu ?

    Ph : Ben moi je l'ai perçu comme un détonateur.

    Jm : En informatique ?

    Na : Toujours. Oui, mais c'est vrai que... la partie... euh... on n'a peut-être pas assez participé à la partie... euh... Comment dire ?... euh... sociale du Club. C'est-à-dire organiser... Quoique si, Ph, toi tu as, tu y es allé une fois ou deux à Valence2 ou des choses comme ça pour euh... Mais c'était vraiment occasionnel, quoi, je veux dire, cette partie-là on l'a pas...

    Jm : Social. Il y a une partie sociale au Club ?

    (silence)

    Na : Ben... euh...

    Ph : ...Ben, oui, euh... quand tu veux... quand il y a une branche Échap, par exemple, c'est une partie sociale ça.

    Jm : C'est-à-dire une partie sociale ?

    Ph : Eh ben, Échap c'était des chômeurs qui se sont retrouvés pour écrire un livre. Donc, on...

    Jm : ...On est aussi un Club informatique, hein ?

    Ph : Oui...

    Jm : ...Comment vous expliquez que des gens, dans un Club informatique viennent pour écrire un livre ?

    Na : Ils ont dû peut-être se connaître au sein du Club informatique grâce au Club informatique et puis quelque part de l'informatique on peut, on peut partir de ça et faire d'autres choses.

    (silence) C'est pas évident, c'est vrai qu'il y a certaines branches qui sont pas très éloignés de l'informatique...

    Jm : ...Vous disiez qu'il y avait une partie sociale, donc cette partie sociale si vous en parlez c'est que, euh... vous vous êtes aperçu de quelque chose. Vous vous êtes aperçu de quoi dans ce Club ?

    Na : Ben qu'il y a des gens qui travaillent bénévolement. (silence) Qui s'investissent, qui, qui... ben pour moi, ça c'est du social : s'investir dans un Club comme ça... parce-que c'est, c'est... c'est tout bénévole quoi... On n'en retire rien de financier mais malgré tout les gens, quand même s'investissent... (silence) On passe du temps...

    Jm : Alors, qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué dans vos relations avec les autres, dans le Club ? Que se soit dans la branche, dans le Club même. Ou alors, à l'occasion d'une manifestation ? Ou à l'occasion de réunions ?

    Na : On a eu l'occasion de rencontrer des gens sympas...

    Ph : ...On était content de se voir...

    Jm : Mais qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué ? Je sais pas moi : quelque chose qui vous a choqué, qui a pu, euh... vous étonner agréablement...

    Ph : Choqué, ouais, les informaticiens sont froids d'une manière générale.

    Jm : Non mais dans la relation avec les autres ?

    Ph : Oui, justement... ben...euh...

    Jm : Ils sont froids...

    Ph : Si on leur rentre... `fin pas entrer d'dans, mais si on leur déclenche pas nous-mêmes, euh...

    Na : ...la conversation...

    Ph : ...la conversation, euh... c'est pas eux qui viennent vers nous, quoi. `Fin ce qu'on a vu, hein, en règle générale au Club, en fait... C'est ça...

    Jm : Vous disiez tout à l'heure qu'il y avait une partie sociale, il n'y a pas que des informaticiens alors ? En dehors des informaticiens, dans la relation... je parle d'une relation, d'une relation pas nécessairement informatique... une relation classique... Le fait de dire « bonjour, ça va ? » est déjà une relation. Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous a particulièrement marqué ? Est-ce que l'attitude de quelqu'un vous a choqué ? Est-ce que une idée vous a paru extrêmement intéressante au sein du Club, même si vous n'y avez pas adhéré (à l'idée, ndlr) ? Je veux dire : est-ce que vous avez été curieux de ça ? Quelque chose qui vous a marqué ?

    (silence)

    Ph : Ouaf, non, j'ai pas été...

    (silence)

    Na : Moi, j'ai été, enfin ch'ais pas... j'ai vu des gens enthousiastes, ça ça m'a marqué parce-que j'ai...

    Jm : Sur quoi ?

    Na : Sur ce qu'ils f'zaient.

    Jm : Oui, mais quoi ?

    Na : Ah, par rapport à l'informatique, toujours, ils étaient enthousiastes deee... quand on en parlait ils étaient.... (rires et silence) ...plein de vie. Mais bon, je crois, en fait, qu'en dehors de l'informatique on n'a pas vraiment parlé... on n'a jamais même parlé de notre vie privée ou quelque chose comme ça avec d'autres membres du Club.

    Jm : Bon, alors, vous, au niveau de votre branche, au niveau de l'informatique, alors, quels ont été les moments forts.

    Na : Les deux premières séances lorsqu'on était quatre. C'est tout.

    Jm : C'était fort ? Est-ce que vous pouvez me donner deux ou trois exemples justement... de ces, de ces moment forts ?

    Na : Euhhh... On a eu l'impression que les... Al et L (L. 7è entretien) avaient tellement d'idées et étaient tellement motivés que ça allait être génial. C'étaient les premières impressions et elles étaient très très bonnes. On s'est dit « chouette, on forme une super équipe ». (silence).

    Jm : Et puis ?

    Na : Et puis l'équipe, elle a été vite par terre.

    Jm : Non, je veux dire, et puis, est-ce qu'il y a eu d'autres moments forts ?

    Na : Non, après, je dirais ça a été, euh... de plus en plus, euh... de moins en moins bien.

    Jm : de moins en moins bien ?

    Na : Ouais.

    Jm : Et ça c'était dû à quoi ? Pourquoi ils sont moins venus ?

    Na : Pour les, enfin, professionnel. `Fin, pas professionnel, familial. Il a eu une petite fille, un petit garçon d'ailleurs, je sais plus, il pouvait plus venir Al. Et puis L est parti, euh... au Maroc.

    Ph : L est parti au Maroc.

    Jm : Alors, qu'est-ce que vous retenez de votre participation au Compu's Club ?

    Na : On a essayé. Ça n'a pas marché.

    Jm : C'est ce que vous retenez ? Toi aussi Ph ?

    Ph : Ouais, ouais, ben oui.

    Na : on a été... ouais... on a été quand mêmeeee... On a essayé de tenir mais euh... la motivation est partie et vraiment bien partie.

    Jm : Hum, Est-ce qu'il y a quelque chose qui a, qui a changé chez vous après le passage au Compu's Club ? (j'insiste pour "meubler" le silence) Le fait d'avoir eu cette expérience, négative apparemment, est-ce que quelque chose à changé chez vous ? (nouveau silence, nouvelle insistance) Est-ce que : « les associations, c'est fini, je ne m'investis plus » ? Est-ce que vous avez dit : « bon, il faudrait voir dans un autre domaine », est-ce que vous vous êtes dit : « ah bé, tiens, j'ai voulu évoluer en informatique, je me suis acheté une bécane » ?

    Na : Oui, ben...

    Jm : Qu'est-ce qui a changé ?

    Na : Maintenant l'informatique on le fait à la maison. On est aussi bien.

    Jm : Oui, et puis ? Qu'est-ce qui a changé d'autre ? Au travail maintenant tu frappes, tu travailles maintenant ?

    Na : ouais, et... je m'en sers tous les jours.

    Jm : Donc, ça t'as servi de passer au Club, ça t'as permit de, dans ton travail, euh... de l'utiliser.

    Na : Oui, j'pense pas que ce soit ce que j'ai appris au Club.

    Jm : Non. Par toi-même ?

    Na : Par moi-même.

    Ph : Par Ph, aussi, puisqu'il t'as tiré.

    Na : Oui. Ah oui, oui, oui, c'est ç... en fait ce que, ce que j'apprécie de Ph c'est qu'i... en fait il m'a tiré, il m'a donné le, le, le goût et maintenant que je l'ai, je fais partie des accros.

    Jm : Donc, ça a changé ?

    Na : Ouais !

    Jm : Donc voilà quelque chose qui a changé !

    Na : (tonitruant) Voilà !

    Jm : tu as été attirée vers...

    Na : ...Ouais !...

    Jm : ...maintenant tu...

    Na : ...j'adore ça...

    Jm : ...tu adores ça ?

    Na : ...Ouais !

    Jm : Voilà quelque chose qui a changé !

    Na : C'est ce que je retiens le plus du Club, c'est que ça m'a permit, ça m'a permit de taper sur les ordinateurs. De me rendre compte que j'aimais ça... eeeeet... de laisser Ph d'acheter l'ordinateur... Et ça vraiment c'est super !

    Jm : Qu'est-ce que tu as aimé le plus en informatique ? C'est quoi ? C'est d'appuyer sur des touches ? C'est de voir quelque chose à l'écran ? C'est de voir qu'une réalisation se fait ?

    Na : De créer, de faire, bon, ben, euh.... Quand je suis sous Windows, de faire mes petits fichiers. Lorsque je suis sur Word d'arriver à faire ce que j'ai envie. Euh... connaître les autres logiciels que je ne connais pas. Et puis... euh... Arriver à faire ce que je souhaite. J'sais pas si je suis claire mais lorsque j'ai envie de créer un document, lorsque j'ai envie de, d'organiser mes fichiers d'une certaine façon, je veux pouvoir y arriver. Et tant que j'y arrive pas il faut que... que j'trouve soit quelqu'un qui m'explique, soit que je me débrouille.

    Ph : Dans la vie, aussi, tous les jours.

    Na : Ouais. Ah oui.

    Ph : Pour euh...

    Na : ...Je fais toutes mes lettres, perso.

    Jm : Donc çaaa changé à ce niveau là aussi. Dans la vie courante vous utilisez aussi l'informatique ?

    Na : Oui.

    Jm : C'est quelque chose que vous ne faisiez pas avant ?

    Na : L'ordinateur, on peut dire qu'il est allumé tous les jours. Il passe pas un jour sans qu'il soit allumé.

    Jm : Et pour toi, Ph, qu'est-ce qui a changé ?

    Ph : Ah, ben pour c'est pareil, aussi. Ah oui !

    Jm : Vous avez mis les enfants à l'informatique ?

    Na : Les enfants, ils font les jeux, les jeux d'éveil et puis les jeux... moins d'éveil si je puis dire (rires). Mais bon, euh...

    Ph : Ça remplace la Playstation.

    Na : Ouais.

    Jm : Et donc, qu'est-ce qui a changé pour toi ?

    Ph : Ben moi pareil. Je connaissais rien en informatique.

    Jm : (Je fais une moue convenue) C'est un peu facile.

    (rires)

    Ph : (en riant) on est marié pour le meilleur et pour le pire (rires). Non, non, mais, euh... Moi je connaissais rien en informatique maintenant je su... je navigue, quoi, je, je, euh... j'arrive à... à...

    Na : Tu as beaucoup, beaucoup progressé.

    Ph : Oui, euh... bien progressé, oui.

    Na : Il fait des choses que moi j'fais pas, hein. Mais pas sur le même domaine.

    Ph : Ouais, même maintenant j'arrive à...

    Na : ...Lui, il va plus gratouiller...

    Ph : ...démonter l'ordinateur...

    Na : ...Il va plus gratouiller, alors que moi je gratouille pas du tout.

    Ph : Mais par rapport, comme je te l'ai dit tout à l'heure, au boulot, euh... l'échange entre collègues.

    Jm : Ça a permit un relationnel au niveau professionnel que tu n'avais peut-être pas avant ?

    Ph : Ben, avant je l'avais pas parce-que, bon, je connaissais rien, donc, euh... j'en parlais pas, quoi. Je savais pas de quoi ils parlaient, euh...

    Jm : Vous aviez une conversation commune, ça t'as permit de t'intégrer auprès de personnes que tu n'avais pas nécessairement un contact avec eux dans un autre domaine.

    Ph : Non, mais je les connaissais pas à l'époque. j'ai tendance à souvent changer de... boulot.

    Jm : Alors, la dernière question : Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Club ? (me précipitant) Ph d'abord.

    (éclats de rires)

    Jm : Comme ça, tu ne pourras pas dire « moi, pareil » !

    (rires)

    Ph : Pour améliorer le Club ? Ben, ch'ais pas s'il a vraiment besoin d'être amélioré parce-que, euhhh... Il est parti en fait sur une idée que... nous... c'est pas notre idéal.

    Jm : Bon alors : quelle est l'idée du Club et quel était votre idée ?

    Ph : Ben, l'idée du Club c'est, euh... Comme tu disais tout à l'heure, du social...

    Jm : Moi, je n'ai pas dis ça. Vous, vous avez dit ça.

    Ph : Tu nous l'a fait dire.

    Jm : (moue dubitative)

    Ph : Siii, euh... Sois honnêteee (rires)

    Jm : Si tu veux on réécoutera la bande ?

    Ph : Ça il faudra qu'on réécoute. Euhhh.... C'était assez malin.

    Jm : Alors si vous avez dit ce que je voulais entendre vous avez triché avec moi ?

    Ph : Bon, euh de faire plusieurs branches. Moi c'est pas ça que je recherchais au Club. C'était plutôt, euh, donc, euhhh... un échange de... soit de montage d'ordinateurs, soit de parler des logiciels, parler informatique, en fait.

    Jm : Alors l'idée du Club. Tu étais parti sur l'aspect social, tu peux préciser cet aspect social ? Je reviens un petit peu sur ce qu'on a dit tout à l'heure... avec la réflexion, un peu de recul, peut-être, maintenant des idées te sont venues ? L'idée du Club n'est pas celle de... n'était pas notre idée.

    Ph : Oui, c'était regrouper, euh... Plusieurs personnes tour... Plusieurs personnes autour d'un thème. Mais, euh... pas l'informatique, en fait, c'est euh... plutôt... Bon, par exemple la Bourse. Regrouper des gens qui aimaient la Bourse et se servir de l'outil informatique. C'était ça en fait... c'est là-dessus, l'idée du Club. Et pour, euh..., l'autre... y a, y a quoi Comnet, aussi ?

    Jm : Ouais.

    Ph : ch'suis jamais allé à Comnet mais je pense que c'est... euh, Internet. Bon, ben ça en informatique c'est... Euh... bon... qu'est-ce qu'y a ? Bon, Échap, c'est, euh...

    Jm : Oui, oui, d'accord. Mais qu'est-ce qu'il faudrait faire pour améliorer le Club et que ça corresponde à vos idées ?

    Ph : Eh ben, justement. Est-ce qu'il a besoin d'être amélioré ? parce-queeee... il nous convient pas ?

    Jm : J'ai pas dit qu'on allait l'améliorer parce-que vou...

    Ph : Ouais.

    Jm : Seulement, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour l'améliorer.

    Na : C'est embêtant, en fait, parce-que chaque personne vient au moment où ça lui semble, bien sûr, le plus facile. Et on peut arriver, qu'on arrive et qu'il y ait plus d'ordinateurs disponibles.

    Ph : Les locaux, maintenant, sont plus grands ?

    Jm : Justement, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour l'améliorer ?

    Ph : Faire les...

    Jm : Dans les locaux ?

    Ph : Non, non. Les branches et faire en même temps les libres-services mais pas dans la même salle. `Fin, ch'ais pas comment c'est possible...

    Na : Ben, disons que ce que tu veux dire c'est que les gens puissent prêter un oeil ou une oreille...

    Ph : ...Ouais...

    Na : ...à ces branches pour pouvoir s'y intéresser. Parce-que les gens i viennent en libre-service, les branches c'est pas à cette heure-là. Donc, ils savent même pas, i z'ont, y z'ont même pas l'idée de dire « tiens, je vais aller voir... dans cette branche... ce qu'on y fait ». Alors, peut-être si c'était juste à côté je pense que c'est l'idée que tu veux émettre (s'adressant à Ph), ils prêteraient une petite oreille, un petit oeil et ils se rendraient compte que finalement ça les intéresse...

    Ph : ...C'est peut-être un peu...

    Na : ...puisqu'en fait les gens, i viennent en libre-service ; c'est à ce moment-là que peut-être il faudrait les... (court silence)

    Jm : Permettre un brassage, quoi ?

    Ph : V'là.

    Na : (en même temps) Voilà.

    Ph : C'est ce qui nous a peut-être un peu desservi nous : c'est qu'on était à des heures à part, donc, euh... Les gens, si ils voulaient voir la CAO c'était à ces heures-là et... pas à une autre heure quoi.

    Na : Et des fois c'est pas facile de prendre sur soi et de dire : « je vais aller voir dans cette branche ce qu'il se passe » Alors que si on y va naturellement, en ayant aucune idée : « tiens, finalement, cette branche est pas mal ! ». (silence) Voilà. Mais c'est peut-être pas évident à gérer non plus.

    Jm : Est-ce que... Qu'est-ce qu'il faudrait encore faire pour l'améliorer ?

    Na : pfouuuu (sifflement pendant la prononciation du pfou) de toutes façons je pense que... motiver les gens c'est pas évident. Donc, euh... pour les faire venir, euh...

    Ph : De toute façon, déjà, il était pas mal ouvert. Les horaires étaient le plus tard possible...

    Na : Les horaires était déjà quand même assez large. Surtout le soir parce-que la plupart des gens, quand même travaillent. Ils sont intéressés le soir. Les horaires étaient largement convenables. Donc, euh... au niveau des horaires je pense qu'il n'y a pas grand chose à changer.

    Jm : Vous avez reçu le dernier Bulletin Membre ?

    Na : Oui, je crois. (en regardant Ph)

    Ph : Oui, oui, oui.

    Jm : Vous l'avez lu ?

    Na : Oui.

    Jm : Entièrement ?

    Na : Non, que ce qui m'intéresse.

    Jm : Alors quels sont les éléments qui vous intéressent ?

    Na : Je m'en souviens plus. Il faudrait que je l'ai sous les yeux pour, euh... pour voir ce que j'ai lu.

    Ph : Il est là.

    Jm : (avant qu'ils n'attrapent le Bulletin Membre) Ça fait rien, de mémoire.

    Ph : oh bé, euh... On a trop de...

    Na : y a peut-être trop de choses qu'on lit, peut-être. Beaucoup de choses. Non, généralement, euh... je vais être un petit peu... je prends pas généralement ce qui est trop long. Parce-que j'ai pas le courage d'aller jusqu'au bout. Je pre... j'ai lu, bon, béh, ce qu'il y avait sur notre branche. Sur les autres branches, généralement, je lis assez facilement, euh... les p'tits, les p'tits résumés qu'il y a sur les branches. Et puis, le p'tites, les p'tites astuces ou les p'tites choses comme ça. C'est vrai, ce qui est assez vite lu, faut reconnaître. Et pi je regarde le titre et en fonction du titre je décide ou je ne décide pas de lire. Donc, il faut (rires) faire très attention au titre.

    Ph : Ouais. Il y a eu sur le Bulletin Membre, les start up, là...

    Jm : ...Oui ?

    Ph : ...C'était intéressant, ça.

    Jm : ...Oui ?

    Ph : J'ai lu ça. Euhhh...

    Jm : Mais c'était un article long, ça.

    Ph : Ouais, c'était un article long...

    Na : Oui, mais la... on lit le titre et on décide si on décide de lire ou pas.

    Ph : Voilà. En fait Start up, en fait, bon, ben, ça... on en parle beaucoup médiatique, aussi. Eeet donc, euh... on sait pas trop ce que c'est exactement et...

    Jm : Ph ?

    Ph : Oui ?

    Jm : A la question, euh... qu'est-ce qui vous fait rester ?... au moment du questionnaire, là, qu'il y a eu six ou neuf mois, tu avait marqué l'ambiance. Pourquoi tu n'en as pas parlé ?

    Ph : Si j'en ai parlé à un moment donné.

    Jm : Alors c'est quoi l'ambiance ?

    Ph : L'ambiance, c'est se retrouver pi discuter informatique. Entre nous.

    Jm : D'accord. et tu avais parlé, aussi, de ce que tu étais venu chercher. Tu étais venu chercher l'ambiance, bon au niveau informatique, un échange, en informatique je suppose, et une camaraderie.

    Ph : Ouais. Ouais, on l'avait retrouvé avec L (L. 7è entretien, ndlr), euh B, euh...

    Jm : Est-ce que tu peux me préciser cette camaraderie ? Quels sont les éléments qui font qu'il y a eu camaraderie ?

    Ph : (silence) Ben, euh... on parle deeee... On échange de choses qu'on aimeee... euh... des choses en communs, quoi.

    Jm : Ouais. Vous vous tapez dans le dos ? Euh... « Comment tu vas ? »

    Ph : Euh, non, c'était pas à ce niveau...

    Jm : Alors c'est quoi camaraderie ?

    Ph : (silence) Ben euh... c'était ça, avoir un échange de... choses.

    Na : Avoir du plaisir à discuter avec quelqu'un. Se sentir sur le même piédestal, quoi. Parler de la même chose.

    Jm : Tu, tu es du même avis que Na ?

    (rires)

    Na : Ben, oui c'est la même chose.

    Jm : Non, j'ai besoin que... qu'il me le dise avec ses mots. Le mariage, je crois que c'est 1+1=1, hein ?

    Ph : Ouais, je crois, hein. Là, là c'est.... C'est ce qui s'est passé.

    Jm : Eh bien, euh, Na tu a marqué la même chose : un échange, une camaraderie. Alors, pour toi, la camaraderie, c'est quoi ?... ...Des grandes claques dans le dos ?

    Na : Non, non, non. Moi, c'est que quelq... La personne qui est en face de moi ait les mêmes sujets de conversation. Ait envie de parler de la même chose que moi. Que je trouve cette personne sympathique, euh... que j'éprouve du plaisir à la voir et à discuter avec elle. Pour moi, c'est ça la camaraderie.

    Jm : A la question : est-ce que tu es contente de, de venir au Club tu avais marqué "oui" et tu l'expliquais par les échanges d'idées et rencontrer d'autres personnes. C'est toujours lié à l'informatique les échanges d'idées ?

    Na : Oui.

    Jm : Uniquement ? Il n'y a pas d'autre idée, euh... et rencontrer d'autres personnes c'est uniquement informatique, aussi ?

    Na : (silence) Bon. En fait on est allé dans un club informatique pour parler informatique. Parce-qu'on n'a pas, entre guillemets, l'occasion de le faire à un autre moment avec, avant, avec d'autres personnes. Donc, c'était un endroit où enfin on pouvait parler informatique avec des gens qui allaient comprendre et qui allaient avoir envie de parler de la même chose que nous.

    Ph : On savait pas le parler au début.

    Na : Non, mais on a vite appris.

    Jm : Il y a quelque chose que vous aimeriez rajouter dans votre relation avec les autres, sur l'image du Club, les valeurs du Club, euh...

    Na : Je dirai par rapport à ton, au questionnaire dont tu parles, il a été fait à un moment où... au niveau de notre branche de CAO on en était, euhhh... peut-être... On n'avait peut-être pas commencé, je sais pas, je ne me rappelle plus quelle période c'était. On dirait que au moment où on l'a rempli on était peut-être plus positif que ce que l'on, que ce que l'on aurait été, euh... à la fin de notre lassitude de, de branche. je dirais qu'on n'aurait pas réagit pareil et que, au départ, on venait en libre-service et qu'à la fin, vu qu'on avait notre, notre branche, on venait plus au libre-service, on pouvait pas se permettre, on n'avait pas le temps. Et ça, ça nous a cassé quelque chose. On s'était dit...

    Ph : On se retrouvait que deux et avec le libre-service on retrouvait plus de gens. on se voyait plus après.

    Na : Voilà, il y avait plus tout ces gens, toute cette ambiance, toute cette camaraderie, tout ça n'existait plus et je pense que ça nous a pesé.

    Jm : Et pourtant il y avait bien des informaticiens, là...

    Na : Ah, non pas dans notre branche, hein. Il y avait personne.

    Ph : En CAO ? Non, mais quand on faisait la CAO, bon on a pris du temps, bon, le mardi soir et après on pouvait plus prendre du temps...

    Jm : Aux autres heures, alors ?

    Ph : Aux autres heures.

    Jm : Vous n'avez jamais été dans...

    Na : On a plus pu aller...

    Ph : On n'a plus pu aller...

    Jm : Vous n'êtes plus allé dans un libre-service depuis que vous étiez dans cette branche ?

    Ph : J'allais en libre-service, je crois, un quart d'heure pour voir Lau (le premier salarié du Club, ndlr), pour lui dire, euh... faire des trucs, faire passer l'information, quoi. Lui faire passer des informations.

    Jm : Tu disais que « ça nous a cassé quelque chose ». Quoi ?

    Na : Ben, l'envie de rencontrer des gens. on a arrêté de...

    Jm : Mais qu'est-ce que ça a cassé ? Ça, c'est la conséquence de... quand quelque chose a cassé, la conséquence c'est que vous avez arrêté.

    Na : Ouais.

    Jm : Mais, qu'est-ce qui a cassé ?

    (silence)

    Na : Le fait de plus avoir de (inaudible, voix trop basse). De se retrouver tous les deux tout seuls...

    Jm : Tu disais « ça a cassé quelque chose ». C'est ce "quelque chose" que... Est-ce que tu peux le définir ?

    Na : Eh ben, c'était leee... On aimait rencontrer ces gens, on aimait parler avec eux...

    Jm : D'informatique, hein ?

    Na : D'informatique, toujours d'informatique. Et le fait de ne plus rencontrer personne, l'envie, elle part, la motivation, elle part... y a plus rien.

    Jm : Vous êtes restés membre pendant combien de temps ?

    Na : Deux ans ou un an. On a payé deux cotisations, donc, euh... deux ans à peu près ça. peut-être un peu plus, non ? Parce-que regarde, un peu moins tu penses (s'adressant à Ph) ?

    Ph : Ouais

    Na : On va direee...

    Ph : ...Deux ans, voilà. Entre un an et demi et deux ans.

    Annexe 10 Cinquième entretien

    JC (cinquième entretien) le mercredi 7 février 2001 à 9h20

    A notre domicile

    41 ans, vient à l'association pour la branche Finance et régler les problèmes informatiques (électroniques) et de matériels de l'association (correspond au questionnaire n°8)

    Après annonce

    Jm : Comment as-tu connu le club ?

    Jc : J'ai connu avec un dépliant dans la boite aux lettres.

    Jm : Ce dépliant, par qui il avait été distribué ? Tu sais pas ?

    Jc : Je sais pas, j'ai trouvé dans la boite aux lettres, je sais pas qui c'est l'a distribué.

    Jm : Alors, qu'est-ce qui t'as plu sur ce dépliant ?

    Jc : Euh... ben que ce soit un club informatique, et puis... donc comme ça m'a intéressé, j'suis allé au local pour voir un petit peu... pour avoir un peu plus d'explications.

    Jm : Et on t'as renseigné ?

    Jc : Oui, oui, tout à fait, oui.

    Jm : Et qu'est qu'on t'en as dit du club ?

    Jc : On m'a expliqué, bon donc que les principes d'entraide mutuelle... entre les membres, donc moi ça m'a intéressé parce-que je connais pas mal la technique, je travaille là-dedans, donc je pouvais aider les membres à ce niveau-là... et j'allais surtout pour essayer d'apprendre un peu à me servir des logiciels et... sur les PC.

    Jm : On t'as parlé d'autres choses que de l'entraide mutuelle ?

    Jc : Je me rappelle pas bien là, ça fait quand même deux ans. Ça fait loin, hein.

    Jm : Euh... Est-ce que tu as déjà eu une expérience de l'associatif ?

    Jc : Oui, j'ai fait parti d'un club de photo, quand j'étais au lycée.

    Jm : Au lycée, et donc tu as arrêté quand tu as fini d'être étudiant ?

    Jc : Et c'est vrai que ça m'a bien servi parce-que ça m'a permis d'apprendre comment marchait la photo et tout ça, donc j'ai bien, j'ai bien apprécié.

    Jm: Bon, donc tu avais bien apprécié. Est-ce que actuellement tu fais partie d'une autre association ?

    Jc : Non, non. Autre que le Compu's Club, non.

    Jm : Finalement, qu'est-ce qui t'as conduit à adhérer ? (silence) Dans le club, qu'est-ce qui t'as paru intéressant, qui t'as fait dire « bon j'adhère, quoi » ?

    Jc : Ben, ce qui m'a intéressé, c'est déjà d'avoir un local avec du matériel... donc pour travailler déjà sur du..., sur du matériel en informatique et puis surtout avoir d'autres personnes pour pouvoir échanger des informations et tout ça.

    Jm : Alors au-delà de l'informatique, est-ce que tu cherchais quelque chose d'autre de précis ?

    Jc : Au départ non, il n'y avait rien de précis.

    Jm : Rien de précis, au départ.

    Jc : Non, au départ, non.

    Jm: Donc finalement, ce qui a déterminé ta décision, c'est l'informatique ?

    Jc : ...Tout à fait...

    Jm : ...C'est la possibilité d'apprendre des logiciels, et de pouvoir donner. Toi éventuellement...

    Jc : Et puis surtout d'échanger les informations.

    Jm : Echanger des informations. Euh... tu, tu aimes donner ?

    Jc : Ah ouais !

    Jm : Qu'est-ce que ça t'apportes de donner ?

    Jc : Ben je pense que ça permet de sortir des fois des... des personnes de leurs problèmes, et tout ça. Si tu leurs donnes pas des fois, ils arrivent pas à s'en sortir, et alors que c'est tellement facile, des fois, de donner juste un p'tit truc et puis, et pi il s'en sort plus rapidement.

    Jm : Et pour toi, ça t'apportes quoi de donner ?

    Jc : Une satisfaction de... de voir que... celui qui reçoit, il est content !

    Jm : Alors, est-ce que tu peux me parler un peu de toi, à l'époque de ta venue au club ? Tu travaillais ?

    Jc : Oui je travaillais, donc je travaillais pour un gros groupe, un groupe informatique qui était Siemens... et à l'époque ils ont externalisé la, la maintenance, C'est-à-dire ils ont sorti la maintenance du groupe, ils ont monté une autre société, ils nous ont mis dedans, le seul problème, c'est qu'ils ont licencié pas mal de personnes, et moi, moi je me suis retrouvé avec deux personnes sur Valence, et j'avais l'habitude d'échanger pas mal d'informations, et c'est ce manque d'information qui me manquait à priori, et c'est pour ça que j'ai cherché...

    Jm : ...Autre chose ...

    Jc : ...Autre chose pour, pour palier ce manque.

    Jm : Donc c'est ça, c'était un complément au niveau professionnel ?

    Jc : Tout à fait, c'est un complément au niveau professionnel.

    Jm : D'accord. Euh... Qu'elle était ta situation familiale ? Tu es marié ? Tu as des enfants ?

    Jc : Non, célibataire.

    Jm : Célibataire, sans enfant,

    Jc : Sans enfant,

    Jm : Tu n'es toujours pas marié ?

    Jc : Non, non toujours pas.

    Jc : Euh... tes parents, ils... étaient engagés dans la vie associative ?

    Jc : Euh... non. Ils font maintenant partie d'un club 3e âge, mais c'est tout, non avant non. Pas du tout.

    Jm : Quand tu étais dans le club photo, quand tu étais jeune, je reviens un petit peu en arrière, tu participais à une responsabilité, tu avais pris une fonction, quelque chose ?

    Jc : J'étais vice-président, oui.

    Jm : Vice-président ?

    Jc : Oui.

    Jm : Et ça t'avais plu à ce moment là, d'être vice-président ?

    Jc : Oui, oui.

    Jm : Oui, et ça consistait en quoi être vice-président ?

    Jc : Palier au président et puis...

    Jm : Ta charge t'imposait de faire quoi ?

    Jc : Mais bon, c'était un petit club on était...

    Jm : Tu as un ou deux exemples peut-être ?

    Jc : Non, non, mais c'était un petit club, on était combien, six, sept personnes pas plus, donc je veux dire, c'était pas un club d'une centaine de personnes, donc... au niveau membre, on était, c'était limité

    Jm : Alors, depuis que tu es rentré au club, apparemment tu y es depuis deux ans, tu y es encore, qu'est-ce qui fait que tu y restes ? Qu'est-ce qui fait que tu restes sensible au monde associatif et notamment au Compu's Club ?

    Jc : C'est de rencontrer des personnes et de d'avoir des contacts avec d'autres personnes. Ce qui permet d'avoir des liens...

    Jm : Tu es sensible à ce lien.

    Jc : Ah oui, tout à fait.

    Jm : Alors ce lien, il réagit, il interagit de quelle façon ce lien ? C'est-à-dire est-ce que tu peux me donner un ou deux exemples de situations dans lesquels le lien est apparu ?

    Jc : (silence) ...pfuu, Comme ça non.

    Jm : Bon, alors après si ça te vient,

    Jc : Oui, non comme ça ça vient pas.

    Jm : Alors aujourd'hui. Aujourd'hui, pour toi, le club c'est quoi ?

    Jc : (silence) Le club...

    Jm : Qu'est-ce que ça représente pour toi le Compu's club, aujourd'hui, pour toi ?

    Jc : Ben déjà d'avoir pas mal de membres, donc d'avoir pas mal de contacts avec des personnes, avoir un local ou y a du matériel comme je dis, et puis de la documentation, ce qui permet de trouver des fois, des, des petites astuces, euh...

    Jm : Au delà de l'informatique, au-delà de l'aspect matériel des choses est-ce que tu as une autre représentation du club ?

    Jc : Et puis bon, y a maintenant les branches, donc il y a...