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La traite des enfants immigrés dans les plantations de café- cacao de Côte d'Ivoire

( Télécharger le fichier original )
par Koffi Justin Dr KOUASSI
Université Félix Houphoàžet- Boigny de Cocody - Thèse de doctorat unique 2010
  

Disponible en mode multipage

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_

I

Je dédie ce travail à ma mère, cette merveilleuse dame qui de par son abnégation et son courage a su nous inculquer l'amour du travail bien fait.

Je dédie ce travail à tous ceux qui ont cru et continuent de croire en moi et en ma capacité de faire face aux difficultés de la vie 

Je dédie ce travail à ma fiancée Mademoiselle VANGHA Kacou Adèle

Je dédie ce travail à mes frères, soeurs et amis :

Kouassi Akissi Albertine KAZON Aubin

Kouassi kouakou Roger Crizoa Herman

Kouassi Amenan Elisabeth Edmond Yao

Kouassi Adjoua Clémentine Yao Eugène

Feu Kouassi Kouadio Célestin Bamba Massandjé

Brou Amoin Amoa Déborat

Kouassi Madeleine Bouaré Dao

II

Un travail de recherche est une investigation faite dans le but d'acquérir des connaissances nouvelles et d'étudier une question. Il serait impensable d'ignorer toutes les personnes ressources qui nous ont assisté matériellement ou moralement dans la quête de cette acquisition et la faisabilité de cette étude. Il est donc important que nous adressions nos vifs remerciements à toutes ces personnes de bonne volonté, qui de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de cette thèse.

Nous exprimons notre profonde gratitude à ces éminents Professeurs et Docteurs qui sont :

Ø Professeur Alain Sissoko, Professeur Titulaire, Doyen de l'UFR Criminologie pour avoir accepté d'assurer la direction et l'encadrement de cette thèse et surtout pour ses conseils.

Ø Professeur Koudou Opadou, Professeur Titulaire de psychologie, Directeur de la formation initiale à l'école normale supérieur d'Abidjan, co-directeur de cette thèse pour son assistance inestimable et l'intérêt accordé à notre travail.

Ø Professeur Koudou Kessié Maitre de conférence de psychologie, pour avoir guidé nos pas depuis la première année jusqu'en DEA.

Ø III

Le Professeur KOUAKOU N'Guessan François, Professeur Titulaire de Sociologie, Président Honoraire de l'Université de Bouaké, Président du Jury.

Ø Le Dr IBO Guéhi, de l'université d'abobo- Adjamé

Ø Professeur Dédi Séry, Maître de Recherche, enseignent à l'université de Cocody (UFR sociologie)

IV

AEJT

: Association des enfants et jeunes travailleurs

ASA

: Afrique Secours et Assistance

AVB

: Aménagement de la Vallée du Bandama

BICE

: Bureau International Catholique de l'Enfance

BIT

: Bureau International du Travail

BNETD

: Bureau National d'Etudes et de Développement

CEE

: Commission Economique Européenne

CIDT

: Compagnie Ivoirienne pour le Développement des Textiles

EPIC

: Programme d'élimination du travail des enfants

FESACI

: Fédération des Syndicats des Travailleurs et Dignité

FRAR

: Fonds Régionaux d'Aménagement Rural

GTZ

: Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit coopération technique allemande

ICI

: Fondation Internationale Cocoa Initiative

IGT

: Institut de Géographie Tropicale

INS

: Institut National de la Statistique

IPH 

: Indicateur de Pauvreté Humain

LTTE

: Lutte contre la Traite et les pires formes de Travail des enfants

MESAD

: Mouvement pour l'Education, la Santé et le Développement

OIM

: Organisation Internationale pour les Migrations

OIT

: Organisation Internationale du Travail

ONG

: Organisation Non Gouvernementale

ONU

: Organisation des Nations Unies

PNUD

: Programme des Nations Unies pour le Développement

RGPH

: Recensement Général de la Population et de l'Habitat

RICAE

: Réseau Ivoirien des communicateurs amis de l'enfant

RILTE

: Réseau Ivoirien de lutte contre la traite des enfants

SHS

: Sciences de l'Homme et de la Société

UE

: Union Européenne

UGTCI

: Union Générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire

UNESCO

: Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture

UNICEF

: Organisation des Nations Unis pour l'Enfant

VI

La rédaction de cette thèse, nous permet d'aborder un grand problème auxquelles le monde se trouve aujourd'hui confronté : la traite des êtres humains, particulièrement celle des enfants.

En cette période difficile, nous devons prendre conscience des conséquences désastreuses liées à ce phénomène qui est devenu aujourd'hui un problème récurrent autrement dit le principal sujet au cours des grands débats relatifs aux défis majeurs de la planète.

La traite des enfants se définit d'une manière générale comme étant « le mouvement illicite et clandestin de personne à travers des frontières nationales et internationales en grande partie venant des pays en développement et quelques pays avec des économies de transition, avec comme but final de forcer la victime dans des situations d'exploitations sexuelles ou économiques accablantes au bénéfice des recruteurs, trafiquant aussi bien que d'autres activités illégales au trafic tel que le travail domestique forcé, les faux mariages, l'emploi clandestin et les fausses adoptions ». Ce mal qui constitue l'un des fléaux majeurs du monde et en particulier de l'Afrique, se pose aujourd'hui comme un véritable frein au développement de la Côte d'Ivoire vue les nombreuses menaces de sanctions brandis par les institutions internationales si des mesures de luttes ne sont pas prises pour endiguer le phénomène dans nos plantations de café- cacao. Cette oeuvre qui est une contribution de l'UFR Criminologie à la lutte contre le trafic des enfants, inaugure à la fois, une vision nouvelle dans ce domaine où la sensibilisation s'appuyait jusqu'ici essentiellement sur les médias de masse.

VII

Cependant même si nous fondons beaucoup d'espoirs sur le travail que nous proposons, cette recherche ne saurait être à notre avis, une panacée aux nombreux problèmes que pose ce phénomène dans les pays en voie de développement. Nous n'avons pas la prétention d'apporter des solutions exhaustives au phénomène, mais plutôt d'y apporter notre modeste contribution afin qu'à défaut d'éradiquer totalement, l'on puisse le faire reculer fortement. Il s'agira donc pour cette thèse de doctorat, de comprendre, d'expliquer et de faire prendre conscience des dangers qu'en cours les enfants dans les plantations de café- cacao.

En effet, les enfants se retrouvent dans des conditions qui les privent de leurs libertés. Beaucoup d'entre eux ne peuvent pas se loger convenablement, s'éduquer ni se soigner. Ils n'ont aucune possibilité d'épanouissement personnel. Ils sont exposés aux maladies.

C'est au regard de cette réalité que nous avons élaboré cette thèse pour solliciter davantage la collaboration et l'assistance permanant des institutions nationales et internationales et des gouvernants afin de mieux lutter contre le phénomène.

C'est à juste titre que ce document nous appelle à prendre conscience, à raisonner de façon objective et inductive. Nous devons réfléchir sur la façon dont il est possible d'améliorer les conditions de vie des plus démunis car ce phénomène est une des conséquences de la pauvreté endémique.

IX

INTRODUCTION

Première partie : CADRES THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE.............................

Chapitre I : Cadre théorique............................................

Chapitre II : Cadre méthodologique...................................

Deuxième partie : MANIFESTATIONS, FACTEURS EXPLICATIFS ET CONSEQUENCES DE LA TRAITE D'ENFANTS IMMIGRES DANS LES PLANTATIONS DE CAFE CACAO DE CÔTE D'IVOIRE..................

Chapitre I : Manifestations de la traite d'enfants immigrés dans les plantations de café-cacao de Côte d'Ivoire.......................................................

Chapitre II : Facteurs explicatifs de la traite d'enfants immigrés dans les plantations de café-cacao de Côte d'Ivoire................................................

Chapitre III : Conséquences de la traite d'enfants immigrés dans les plantations de café-cacao de Côte d'Ivoire.....................................................

Troisième partie : CADRE JURIDIQUE ACTIONS MENEES ET PROPOSITIONS DE SOLUTIONS......

Chapitre I : Cadre juridique..............................................

Chapitre II : Actions menées et propositions de solutions.......

CONCLUSION GENERALE.............................................

BIBLIOGRAPHIE...........................................................

ANNEXES....................................................................

TABLE DES MATIERES.................................................

1

9

10

64

122

123

157

186

193

194

204

242

253

I II

X

Les traites en tant que phénomène ne datent pas d'aujourd'hui. Elles existaient sous une autre forme depuis plusieurs années. Ce fut le cas des traites négrières.

Les Traites Négrières, également appelées Traite des Noirs, désignent des commerces d'esclaves dont ont été victimes des millions de Noirs africains durant plusieurs siècles. Pour la définir, il faut associer et combiner les six éléments suivants :

- les victimes étaient des Noirs ;

- les traites supposaient des réseaux d'approvisionnement parfaitement organisés et intégrés ;

- les populations serviles n'étaient pas suffisamment fécondes pour se renouveler ;

- l'endroit où l'être humain était capturé et le lieu de sa servitude étaient éloignés l'un de l'autre ;

- si ceux qui utilisaient les esclaves pouvaient être également producteurs d'esclaves, la plupart du temps, il y avait des producteurs et des acheteurs, la traite correspondant à un échange tributaire ou commercial ;

- la traite étant essentiellement une activité marchande, les entités politiques des différentes civilisations approuvaient ce commerce et en retiraient des bénéfices substantiels.

Cependant, la traite doit être distinguée de l' esclavage qui "consiste à exercer sur une personne l'un quelconque ou l'ensemble des pouvoirs liés au droit de propriété"1(*). La traite est automatiquement liée à l'esclavage. Elles se renforcent mutuellement. Mais la réciproque est fausse. Il existe des systèmes esclavagistes dans lesquels la traite n'est pas présente, comme les États du sud des États-Unis au XIXe siècle. La traite doit aussi être distinguée de la notion contemporaine de Trafic d'êtres humains.

Il y a eu trois traites négrières : la traite orientale, la traite occidentale et la traite intra-africaine. Celles-ci ont été un phénomène historique de très grande ampleur en raison du nombre de victimes, de sa durée, de la multitude de producteurs et d'acheteurs aux cultures et aux motivations différentes, des nombreuses méthodes d'asservissement, des multiples opérations de transports sur de très longues distances et de la réduction de ces êtres humains en esclaves et en main d'oeuvre servile2(*).

Le choix du terme pour qualifier un commerce d'hommes et de femmes noires a longtemps été discuté, et continue de l'être. Selon O. PETRE-GRENOUILLEAU3(*), la formule « traite négrière » semble la plus adaptée. Elle fait référence simultanément aux différents protagonistes, les produits et les producteurs, soit respectivement les « nègres » et les « négriers ». Mais le sens attaché au terme "nègre" s'est tellement dévalorisé qu'il n'est plus possible, dans un grand nombre de langues, de l'utiliser aujourd'hui de manière neutre.

Les historiens avaient d'abord parlé de "slave trade" "commerce d'esclaves". Mais ce terme ne faisait pas l'unanimité auprès des chercheurs. Pour S. DAGET, il sous-tendait que les victimes étaient déjà esclaves alors qu'un certain nombre d'entre eux était né libre. Une seconde critique tenait dans le fait que le commerce d'esclaves regroupait en plus des populations noires, d'autres populations de différentes époques. On avait également utilisé le terme de "Traite des Noirs", défini comme "le commerce d'esclaves noirs" ou plus précisément, la traite des noirs est le trafic consistant à échanger des marchandises contre des noirs africains ou à les acheter pour les employer ou les revendre en qualité d'esclaves. Mais ce terme conduit à ne se focaliser que sur les résultats du processus négrier.

La traite dite orientale se caractérisait par ses voies commerciales (traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Rouge) et ses principaux marchés aux esclaves (grandes villes d'Afrique du nord et de la péninsule arabique, puis de Turquie) en grande partie contrôlées par des arabes. La principale destination des esclaves a d'abord été l' Empire arabe puis l' Empire Ottoman, l'un succédant à l'autre. Ces formations politiques arabes dominèrent militairement, culturellement et économiquement cette région du monde.

Au Moyen-âge, une partie de ces esclaves terminaient leurs périples en Europe méridionale - dont une partie significative était d'ailleurs sous contrôle arabe. Après le Moyen-âge, quelques esclaves noirs arrivèrent jusqu'en Russie par l'intermédiaire de l'Empire Ottoman.

La traite orientale fournissait une main-d'oeuvre servile employée essentiellement à des travaux domestiques et de services (employés de maison, tâches d'entretien des palais et des infrastructures, incorporation dans les armées, activités directement ou indirectement sexuelles). Il est généralement admis qu'elle a été la plus importante en termes de nombre de noirs mis en esclavage. Le chiffre de 17 millions de noirs réduits à l'esclavage est avancé par l'historien O. PETRE-GRENOUILLEAU4(*). Et cela sur une période allant du IXème siècle au XIXème siècle.

La traite orientale touchait principalement les femmes. Ces dernières servaient aux tâches domestiques et comme esclaves sexuelles. L'esclavagisme oriental ne se limitait pas uniquement aux noirs. D'autres groupes ethniques étaient aussi réduits en esclavage et vendus.

Les arabes ont ainsi réduit en esclavage des millions de blancs, de noirs et d'arabes aussi. Cependant, à partir du VIIIème siècle, les campagnes à l'encontre des populations noires sont de plus en plus fréquentes et intenses.

La traite atlantique, la plus connue et la plus intense, fut un commerce d'êtres humains au profit d'Africains, d'un côté, et d'Européens ( Espagnols, Portugais, puis Anglais, Français, Néerlandais, Danois et ensuite Brésiliens et Cubains), de l'autre côté.

Elle débuta en 1441 par la déportation de captifs africains vers la Péninsule ibérique. Cette destination dura plusieurs décennies5(*). Ensuite les Portugais convoyaient les esclaves vers les Caraïbes et l'Amérique du Sud. Progressivement, les Hollandais, les Anglais puis les Français organisèrent leur propre traite.

Dès la fin du XVème siècle, la papauté tente de mettre un terme à la traite et condamne l'esclavage. La révolution Française abolit l'esclavage en 1794. Au Congrès de Vienne (1815), Talleyrand obtient de pouvoir participer aux conférences initialement réservées aux quatre vainqueurs en promettant à Castlereagh de soutenir la position britannique sur l'interdiction de la traite des noirs. L'interdiction de la traite (et non de l'esclavage) est adoptée dans le texte final6(*). Malgré l'abolition de la traite par plusieurs pays, celle-ci continua de perdurer dans les faits.

Si la traite atlantique et les autres formes d'esclavages de ont disparu, une autre forme d'exploitation de l'homme persiste encore dans nos pays africains et plus particulièrement en Afrique de l'ouest, celle des enfants.

La traite des enfants selon les organisations non gouvernementales et les institutions internationales, est l'une des plus graves violations des droits humains dans le monde. Les enfants et leurs familles sont alléchés par les fausses promesses des réseaux de trafiquants. Il leur est promis un avenir meilleur, une perspective pour échapper à la pauvreté. Chaque année des centaines de millions d'enfants sont transportés clandestinement au-delà des frontières et vendus comme de simples marchandises. Leur survie et leur développement sont menacés et ils sont privés de leurs droits à l'éducation, à la santé, à grandir au sein d'une famille.

Leur condition préoccupe de plus en plus les gouvernements, les institutions internationales, les ONG et les médias. Aussi, la prise de conscience de la complexité de la traite d'enfants en tant que phénomène international multiforme s'amplifie. Il est évident que l'élimination de la traite d'enfants exige des efforts coordonnés de toutes les parties concernées : les gouvernements, les communautés locales, les ONG les institutions internationales chargées de l'enfant. Toutes les actions doivent être soutenues par une coopération inter-état.

D'importantes normes internationales sont déjà en vigueur, notamment la convention des nations-Unies relative au droit de l'enfant et son protocole facultatif concernant la vente, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, laquelle est entrée en vigueur après ratification des pays membres de l'ONU (2002 nouvelle convention 182 de l'OIT7(*)).

Toutefois l'application de ces normes requiert une juste compréhension du phénomène et un engagement total pour l'éliminer.

Comme la plupart des pays sous- développés, la Côte d'ivoire est confrontée depuis ces dernières années à l' émergence de ce phénomène. Ce trafic se présenterait souvent comme une dérivation de la migration saisonnière de la main-d'oeuvre des pays limitrophes. La Côte d'Ivoire avec ses 26% de population étrangère apparait comme un grand Etat d'immigration8(*).

Partant de ce constat, il va s'en dire que la communauté nationale et internationale devra prendre toutes les mesures pour lutter contre ce phénomène. Plusieurs études scientifiques se sont penchées sur le phénomène afin de trouver des solutions. Il a été le plus souvent question de comprendre le mécanisme de la traite des enfants afin de proposer des solutions.

Malgré tous ces efforts scientifiques, la problématique de l'exploitation de la main-d'oeuvre enfantine reste entière et certains aspects de ces phénomènes restent inexploités. Nombre de travaux concernant le travail des enfants se sont le plus souvent intéressé aux aspects purement descriptifs (Y. DIALLO)9(*) ou alors à faire une typologie des emplois auxquels sont soumis ces enfants.

Notre ambition lors de la rédaction de cette thèse est d'apporter un complément aux travaux réalisés sur d'autres aspects. Elle vise à susciter une prise de conscience de la traite des enfants à la communauté nationale et internationale, à renforcer les capacités nationales pour affronter le phénomène et à fournir des informations sur l'origine en vue de réponse politique.

I- JUSTIFICATION DU CHOIX DU SUJET ET DEFINITION DES NOTIONS

1-1 Justification du choix du sujet

1-1-1 Pertinence sociale

De nos jours, le nombre d'enfants dans une dynamique de travail place l'Afrique comme le continent le plus touché en matière de travail des enfants. En effet, en termes relatifs, avec un enfant sur trois au travail, l'Afrique est la région du monde où le plus grand nombre d'enfants exerce une activité liée au travail. Il est à noter que la majorité des enfants travailleurs se retrouvent dans le secteur informel et l'agriculture où les normes et droits au travail ne sont pas respectés. Les enfants sont invisibles à la réglementation du travail et par conséquent plus exposés à ses risques et à ses dangers.

L'économie africaine ayant une forte composante agricole, il apparaît donc raisonnable de considérer que les enfants travailleurs africains y sont les plus exposés. Dans ce contexte, le secteur agricole est le secteur économique par excellence dans lequel des milliers de familles ont recours pour survivre et tenter ainsi de lutter contre une situation d'extrême pauvreté.

La Côte d'Ivoire, pays en voie de développement n'échappe pas à cette position. Son économie depuis des décennies est influencée par le binôme café-cacao. Depuis des années, ce pays occupe le premier rang des producteurs mondiaux de cacao et le troisième au niveau du café. Le binôme café et cacao est un produit de très grande importance pour l'économie l'ivoirienne. L'appellation ``miracle ivoirien'' de la CÔTE D'IVOIRE est bien le fait de ce binôme. Ces deux produits ont hissé la CÔTE D'IVOIRE à un rang pour le moins fort enviable, faisant d'elle l'économie la plus forte de la sous- région.

Mais une menace pèse sur l'exportation de ces produits. Elle est pointée du doigt car accusée d'exploiter le travail des enfants dans ses plantations de café - cacao. Les industries du chocolat et les pays consommateurs tiennent compte de cet aspect social dans la certification de ces produits. Dés lors, la Côte d'Ivoire se trouve confrontée au protocole « HARKING-ENGEL »du sénateur américain Tom Harking et du député Eliot Engel. Ces éminents sénateurs Américains s'insurgent contre l'esclavage des enfants dans le monde. Ce protocole engage les industriels à veiller à ce que les matières premières qu'ils utilisent pour la fabrication du cacao soient cultivées de manière responsable. Il recommande aux importateurs et fabricants de vérifier la provenance et les conditions de production du café et du cacao. Il est interdit d'avoir recours à une main d'oeuvre enfantine selon ce protocole.

Depuis donc cette menace, le gouvernement ivoirien tente de faire certifier le binôme café- cacao aux règles internationales, pour éviter d'éventuelles sanctions. C'est au regard de toutes ces préoccupations et pour l'intérêt que nous accordons aux problèmes de l'enfant qu'il nous est apparu nécessaire de mener des recherches sur le sujet intitulé : « LA TRAITE D'ENFANTS IMMIGRES DANS LES PLANTATIONS DE CAFE-CACAO EN CÔTE D'IVOIRE ».

Lutter contre le travail des enfants est avant tout un acte social qui a une portée humanitaire importante.

S'intéresser à un tel sujet est important dans la mesure où il s'appuie sur des faits avérés et pourrait permettre de corriger certains comportements individuels. Notre travail ne peut, certes, saisir le phénomène du travail des enfants dans toutes ses dimensions, toutefois nous pensons apporter une certaine contribution à ceux qui défendent la cause de l'enfance et aux spécialistes du travail des enfants.

1-1-2 Pertinence scientifique

Le phénomène n'est pas un fait nouveau. Il a été l'objet de recherche depuis longtemps. Il requiert une approche scientifique. C'est la recherche de cette vérité scientifique qui nous a conduits à nous intéresser à ce thème.

La réflexion que nous inspire aujourd'hui le phénomène de trafic apparait d'un grand intérêt épistémologique en ce sens, qu'il est l'objet commun à plusieurs disciplines des sciences sociales (démographie, géographie, droit, sociologie, économie, criminologie, psychologie...).

Ainsi, certaines disciplines en fonction de leur préoccupation ont privilégié certaines dimensions du trafic. Certaines ont mis l'accent sur l'intégration sociale des « migrants de mobilité », c'est-à-dire des individus attirés par des opportunités économiques et sociales. D'autres par contre ont travaillé sur « les zones de concentration des migrants de saisons ».

Les études que nous avons eu à exploiter sur ce phénomène ont accordé très peu de place à l'aspect criminologique.

Ainsi, nous ambitionnons d'approfondir la réflexion et les stratégies à adopter dans la recherche de la résolution du problème par une utilisation efficiente des recommandations. Dans le cas de notre étude, il s'agit de déterminer un ensemble de méthodes et de techniques d'approche du phénomène. Ce travail pourra servir de support pédagogique et pourra également être considéré comme un document de référence.

Après avoir donné les principales raisons qui nous ont guidé dans le choix de ce sujet, il convient d'en définir les notions.

1-2 Définition des notions

1-2-1 Notions explicites

1-2-1-1 Enfant

La notion d'enfant peut être définie comme une période du développement de la vie d'un individu de par ses caractéristiques physique, psychologique et sociale. Elle désigne une classe d'âge qui se produit avant celle des adultes et des personnes âgées).

Le dictionnaire universel définit l'enfance comme étant les périodes de la vie de l'être humain qui va de la naissance jusqu'à l'âge de la puberté. L'enfant est donc l'être humain fille ou garçon qui se trouve dans cette période.

Cette définition de l'enfant qui tient compte du critère d'âge est en effet identique dans touts les instruments internationaux de l'OIT, notamment la convention des Nation Unies relative aux droits des Enfants, qui définit l'enfant comme « une personne de moins de 18 ans »10(*).

Au travers des conventions n° 138 respectivement relatives à la lutte contre les pires formes de travail des enfants et l'âge minimum d'admission à l'emploi, cette institution met un accent particulier sur les enfants âges de 5 à 14 ans, parce qu'elle considère que les individus inscrits dans cette tranche d'âge doivent faire objet d'une attention particulière et sont par conséquent trop jeunes pour travailler.

L'UNICEF dans ce même ordre d'idées, fait une catégorisation de ce sous groupe de population en distinguant trois groupes. Le premier groupe concerne les enfants de 0-3 ans, lesquels doivent être, pour ce premier moment de leur vie, protégés notamment contre les dangers des maladies (campagne de vaccination). Le second, est celui dit d'âge préscolaire (3-5 ans), ou les enfants sont lancés dans l'apprentissage (langage, lecture). Le troisième groupe concerne les enfants de 6- 12 ans, qui à cette période de la vie, acquiert de nouvelles aptitudes et se familiarisent avec le monde.

En plus des droits à l'éducation et de bien d'autres droits dont ils bénéficient, ils s'initient au contact d'autre adultes à certains travaux ménagers.

Si les psychologues s'accordent également sur ce critère d'âge retenu par l'ensemble des institutions internationales pour designer l'enfant, ils introduisent par ailleurs, un autre concept, qui est l'adolescence. Ils définissent de ce fait, l'enfant comme toute personne n'ayant pas encore atteint l'adolescence, période transitoire entre l'enfance et l'âge adulte.

Pour les juristes, s'en tiennent également à la même limite d'âge (moins de 18 ans) pour designer l'enfant. Ils utilisent plutôt la notion de mineur en lieu et place de celle d'enfant. Selon la charte Africaine sur les droits et bien-être de l'enfant, il est défini comme tout être humain âgé de moins de 18 ans sans exception.

A la lecture de ces textes, il nous semble qu'ils ne s'adaptent pas aux milieux africains ruraux, c'est-à-dire qu'il semble ne pas exister un lien entre la théorie et l'action dans les sociétés rurales. Dans nos sociétés, l'enfant désigne une personne qui n'est pas reconnu comme un adulte par le corps social, une personne en voie de socialisation. Il est bon de noter que les modalités différent selon les groupes ethnies.

En Côte d'Ivoire, bien que l'âge légal de la majorité et la reconnaissance d'un statut d'adulte dans la sphère moderne soient de 21 ans, les enfants peuvent être reconnus comme adultes avant ou après cet âge dans la société traditionnelle. Par exemple chez les malinkés, l'enfant est adulte dès l'âge de 18 ans, tandis qu'il faut attendre 28 ans pour l'être chez les sénoufos.

Dans les communautés initiatiques, est considéré comme enfant, tout être humain n'ayant pas encore subi les différentes formes d'initiation qui propulsent les individus dans la société des adultes11(*). Dans ces communautés, l'éducation traditionnelle de l'enfant atteint ainsi son plus haut degré au moment des initiations, qui peut se situer avant ou après l'âge de 21 ans admis par les sociétés modernes, pour désigner l'âge de la majorité.

Dans ces sociétés, la durée de l'enfance peut donc s'allonger ou se rétrécir, selon que l'individu ait subi ou non les différents rites d'initiation. Ainsi, tandis que biologiquement une personne peut être considérée dans la catégorie des enfants (parce qu'elle n'a pas encore 18 ans) selon les institutions internationales, celle-ci selon certaines coutumes africaines, peut déjà paraître un adulte. Aussi, la société encore à dominante traditionnelle ne reconnait-elle pas vraiment cette disposition légale entre la tradition et une modernité imposée.

Le terme enfant en apparence précis est bien plus flou quand on le transpose dans le système de valeurs africaines, un enfant au sens social pouvant être âgé de 18 ans ou de trente ans.

Par ailleurs, la manière dont l'enfant est perçu, peut également dépendre du degré de développement, de l'organisation sociale, des conditions socio-économiques dans la société et des techniques productives. Aussi, un enfant pris dans le système de production de café-cacao pourrait ne pas être comparé à celui défini par les institutions internationales.

Cette pluralité du concept « enfant », paraît donc être due au contenu social et variable culturel que les sociétés et les différents milieux peuvent lui donner. Autrement dit, le concept enfant a des connotations différentes dans l'espace et dans le temps en fonction de la culture et des communautés.

Dans le cadre de notre travail, nous allons retenir la définition de la législation ivoirienne car nous somme dans le cadre d'une recherche socio-criminelle où des sanctions peuvent être proposées au plan juridique. Il nous faudra une base juridique pour pouvoir appliquer nos propositions.

1-2-1-2 La traite des enfants

Il est difficile de définir la traite d'enfants car il renvoi à des réalités très différentes selon les pays. Au plan international il n'y a aucun consensus sur le terme traite. Les différentes définitions existantes sont souvent contestées lors des rencontres et conférences sur la traite des êtes humains. Plusieurs définitions ont été données par les Nations-Unies, l'Union Européenne, le Bureau International de Travail et des organisations internationales.

En 1994, l'Assemblée Générale des Nations Unies s'est approchée d'une définition globale. Pour l'ONU, la "traite" est définit comme étant « le mouvement illicite et clandestin de personnes à travers des frontières nationales et internationales. Ces personnes en grande partie, viennent des pays en développement et quelques pays avec des économies de transition. Les acteurs de ce trafic ont comme but final de forcer la victime dans des situations d'exploitations sexuelles ou économiques accablantes».

Pourtant, d'après une étude de l'OIT12(*), la définition est incomplète. Elle n'inclut pas les jeunes garçons et les jeunes filles qui sont également parfois victimes de traite. En 1996, le parlement européen a définit la traite des enfants comme « l'action illégale d'une personne qui, directement ou indirectement encourage un citoyen d'un pays tiers à entrer ou rester dans un autre pays en vue de l'exploiter en utilisant la duperie ou n'importe quelle forme de coercition, en abusant de la situation vulnérable ».

Une autre définition aussi claire est celle proposée dans le rapport préliminaire préparé pour le rapporteur spécial des Nations Unies sur la violence contre les femmes. Dans le rapport, l'expression "trafic des femmes" signifie « tous les actes qui sont liés au recrutement et/ou au transport d'une femme (ou d'une jeune fille) à l'intérieur ou hors des frontières nationales en vue du travail ou des services au moyen de violence, d'abus d'autorité ou de position dominante de servitude pour dette, de déception ou d'autres formes de coercition ».

Quant au Bureau International du Travail13(*), il définit la traite des enfants comme « le recrutement et le transport légal ou clandestin d'un enfant consentant ou non à travers une frontière, généralement mais pas toujours organisés par un intermédiaire : parents, membre de la famille, enseignant, proxénète ou autorité locale. A destination, l'enfant est contraint par la force ou tromperie à exécuter certaines tâches dans des conditions d'exploitation ».

Dans une autre étude se concentrant sur le trafic des enfants en Afrique de l'ouest et du centre, le trafic désignerait « l'ensemble du processus et des conditions par lesquelles un enfant est retiré du champ de la protection et de l'autorité parentales, pour être considéré comme une valeur marchande à un moment quelconque de ce processus. Il est ainsi constitué de tout acte comportant le recrutement, le transport, le recel ou la vente de personnes, impliquant la tromperie, la contrainte ou la force, la servitude pour dette ou la fraude ; entrainant un déplacement de l'enfant à l'intérieur ou à l'extérieur d'un pays ».

Dans le protocole additionnel à la convention relative aux droits de l'enfant des Nations Unies, concernant l'exploitation des enfants dans les conflits armés ainsi que la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, la vente d'enfants y est définie comme suit :

La vente d'enfants s'apparente à tout acte ou toute transaction faisant intervenir le transfert d'un enfant de toute personne ou de tout groupe de personnes à une autre personne ou un autre groupe contre rémunération ou tout autre avantage.

Sont reconnus comme infractions le fait d'offrir, de remettre ou d'accepter un enfant quelque soit le moyen utilisé, aux fins d'exploiter :

- L'enfant à des fins sexuelles

- De transférer les organes de l'enfant à titre onéreux

- De soumettre l'enfant au travail forcé

Finalement, en précision des travaux de clôture de la commission des Nations Unies sur la prévention du crime et la justice criminelle sur l'adoption d'une nouvelle convention contre le crime transfrontalier organisé et en particulier sur l'ajout d'un protocole relatif au trafic des femmes et des enfants, plusieurs organisations internationales ont proposé d'inclure certaines normes à ce protocole. Ces organisations suivent de très près les travaux de la commission : en effet, ce protocole constituerait le premier et le seul traité international contenant une définition de trafic des enfants.

Ces normes sont extraites d'instruments internationaux relatifs aux droits humains. Elles ont pour but de protéger et de promouvoir le respect des droits humains des personnes qui ont été victimes de trafic, incluant celles qui ont été assujetties à la servitude, au travail forcé et/ou à toute pratique comparable à l'esclavage.

Dans le cadre de nos travaux nous avons utilisé la définition du BIT car elle est plus proche de celle de la législation ivoirienne.

1-2-1-3 Le travail des enfants

Nous pouvons, d'emblée, définir le travail des enfants comme toutes formes d'activités économiques dans lesquelles les enfants interviennent et sont présents. Cependant, la première question qu'il est nécessaire d'aborder quand on s'intéresse au travail des enfants, est celle de la délimitation du champ d'analyse. Or justement, celle-ci pose problème, car il est difficile de faire une censure entre ce qui relève du travail des enfants et ce qui n'en relève pas, la définition du travail variant suivant la signification que l'on donne aux termes « travail » et « enfant »14(*).

A ce problème, s'ajoute une seule difficulté car le travail des enfants dans son contenu est très hétérogène et ce terme recouvre une grande diversité de situations, qui sont elles-mêmes difficiles à caractériser. Ainsi , parlant de la définition de travail ; Bernard Schlemmer remarque que «  ce n'est pas tout à fait le manque de chiffres fiables qui pose problème (...) ; mais c'est un sentiment diffus que l'on ne sait pas bien de quoi on parle, que de situations extrêmement contrastées sont mises  dans le même panier et qu'on ne saurait lutter efficacement contre un phénomène aussi mal cerné et aussi peu rigoureusement défini.»

1-2-1-4 L'immigration

Le mot immigration cache des nuances et des acceptions complexes. Il est utilisé pour décrire le mouvement de la population dans des situations et des contextes forts divers, dont l'invasion, la conquête, le déplacement sous la contrainte des armes, la fuite devant une catastrophe naturelle, le déplacement à des fins commerciales, l'établissement de colonies, voire même l'esclavage.

L'acception la plus fréquente de la migration, à savoir un mouvement d'individus ou de familles poussés par des raisons économiques ou sociales, est celle retenue par l'usage contemporain. C'est donc cette définition que nous allons retenir dans le cadre de notre travail.

1-2-2 Notions implicites

1-2-2-1 L'exploitation d'enfants

Exploitation provient du verbe exploiter, qui signifie tirer tout le bénéfice de (une situation), utiliser abusivement (quelqu'un) pour son profit.

Au regard de cette définition, les termes d'exploitation et d'abus semblent se confondre. Ils se recoupent d'autant plus que l'abus est défini comme un mauvais usage, un usage excessif ou mauvais traitement à l'égard d'une personne qui n'est pas en état de se défendre et l'exploitation traduit littéralement l'action de faire valoir et tirer parti de quelque chose.

Associés à un enfant, abus et exploitation désignent le mauvais traitement de cet enfant qu'il soit d'ordre physique, émotionnel ou la négligence portée à l'enfant dans une situation de responsabilité, de confiance et portant atteinte potentiellement ou réellement à la santé physique et émotionnelle, à sa survie et à son développement.

Il s'agit également de l'utilisation de cet enfant dans le travail ou toute autre activité au profit d'autres personnes et au détriment de la santé physique et mentale de l'enfant et de son éducation. Ces deux termes indiquent alors que certains acteurs tirent profit du statut de l'enfant, de son manque de pouvoir ; particulièrement celui engagé dans une activité économique. L'exploitation pour un enfant travailleur, pourrait donc représenter un abus ou une forme de rémunération est impliquée et où les acteurs de l'exploitation profitent d'une manière ou d'une autre. (Monétaire, sociale...).

Les institutions internationales, notamment le BIT, et l'UNICEF abondant dans le même sens, indiquent qu'il y a exploitation du travail de l'enfant, dès lors que les différentes activités effectuées par l'enfant, représentent un risque pour les différents aspects du développement de l'enfant (physique, intellectuel, cognitif psychologique émotionnel, social et culturel) ou qu'elles entravent son accès à la jouissance d'autres droits (santé, éducation, loisirs intégration sociale)15(*).

De façon générique, il y a exploitation du travail de l'enfant à chaque fois qu'il y a utilisation de travail de l'enfant au détriment de l'intérêt supérieur de l'enfant.

1-2-2-2 Pauvreté

Etymologiquement, le mot pauvreté dérive du latin « paupertas » et de « pauper » qui signifie pauvre. Ce concept recouvre plusieurs approches souvent variables dans le temps et dans l'espace si bien qu'il a toujours donné lieu à une multiplicité de définitions en ce sens qu'il y a autant de pauvres et autant de perceptions de la pauvreté qu'il existe de sociétés humaines.

Selon le dictionnaire le Robert, la pauvreté c'est «  l'état d'une personne qui manque de moyens matériels, d'argent ; insuffisance de ressource ; insuffisance matérielle ou morale. »

De ce qui précède, le mot pauvreté reflète l'état de dénuement. « Pauvreté » dénote la fonction qualitative du substantif : on est pauvre, on devient pauvre. La pauvreté se définit communément par le manque ; autrement dit la condition d'une personne de n'importe quel état social atteint d'une carence.

Cependant, on peut ne pas partager la même pauvreté lorsqu'on part d'un individu à un autre selon sa classe sociale dans la mesure où l'on est toujours plus ou moins pauvre qu'un autre. Il y a donc des degrés dans la pauvreté. Dès lors, le sens du mot pauvreté semble moins explicite même s'il y a fondamentalement une ressemblance entre les notions exprimées et les réalités semblables dans les formes de la rivalité de dénuement.

La pauvreté, dans une large mesure, est synonyme de déficience physique, morale, matérielle dont les conséquences sont multiples. En tout état de cause, la pauvreté fait apparaître des exclus sociaux et marginaux.

De façon essentielle, nous retiendrons les définitions classiques qui sont traditionnellement celles de la pauvreté absolue et de la pauvreté relative même si celles-ci présentent des difficultés dans la précision de la valeur des seuils de la pauvreté compte tenu de leurs caractères arbitraires.

En d'autres termes, est pauvre toute personne qui de façon permanente ou temporaire se trouve dans une situation de faiblesse, de dépendance, de mépris, d'humiliation caractérisée par le manque de moyens, de puissance et de considération sociale. A cette multiplicité des concepts correspond une diversité des approches.

Déjà, avant les années 1700 en Europe, la pauvreté était définie comme étant un fléau qui avait pour caractéristiques : la charité, la résignation, la précarité ou le vol. Ces quatre approches de la pauvreté présentent une vision négative et figée du phénomène. Cependant, on s'est aperçu qu'elle ne se résumait pas qu'à ces quatre approches, pour s'en rendre compte, il a fallu attendre l'évolution des systèmes urbains où le mercantilisme était de plus en plus de mise.

Avec l'évolution du commerce donc marquée par l'urbanisation et la monétarisation, notamment les pauvres ont été considérés comme étant des personnes qui manquaient de ce que les riches étaient supposés avoir. Dès lors, on peut affirmer qu'à chaque évolution correspond une définition de la pauvreté. C'est ainsi qu'en 1944 avec l'organisation mondiale du travail (OIT) il a été déclaré que la pauvreté était une menace pour la prospérité partout.

On s'est rendu compte vers la fin des années 60, que malgré l'essor du développement économique, le fossé entre le nord et le sud s'agrandissait. Dès lors, il a fallu redéfinir la pauvreté. C'est ainsi qu'en 1972, l'anthropologue et économiste américain MARSHALL SAHLINS définissait la pauvreté comme étant une invention de la civilisation. Selon l'auteur, l'économie primitive bien que sous productive n'est pas une économie de misère mais une société d'abondance capable de satisfaire les besoins essentiels.

Aujourd'hui, tout le monde s'accorde sur le fait que la pauvreté est un phénomène complexe, pluridimensionnel, ne pouvant être réduit à sa simple expression monétaire c'est-à-dire à un niveau insuffisant de ressources économiques pour vivre de façon indécente.

Le PNUD définit la pauvreté comme étant un problème multidimensionnel qui nécessite des solutions multisectorielles intégrées. Quant à la Banque Mondiale, elle affirme que la pauvreté est la résultante de processus économiques, politiques et sociaux interagissant entre eux dans des sens qui exacerbent l'état d'indigence dans lequel vivent des personnes pauvres.

Pour nous faire une idée un peu plus précise sur la manière dont le PNUD appréhende la pauvreté, présentons l'indicateur qu'il emploie pour la mesurer : l'IPH (Indicateur de Pauvreté Humaine). Cet indicateur se base sur trois aspects essentiels de la vie humaine, à savoir, la longévité, l'instruction et les conditions de vie décentes. Dans le calcul de l'IPH, les insuffisances en termes de longévité sont représentées par le pourcentage des personnes risquant de décéder avant l'âge de quarante (40) ans (P1) et le manque d'instruction est traduit par le pourcentage d'adultes analphabètes (P2). Quant au manque de conditions décentes au niveau économique en général, il est représenté par un sous indicateur composite comprenant lui-même trois (03) variables : Le pourcentage d'individus privés d'accès à l'eau potable (P31),celui des personnes privées d'accès au service de santé( P32) et celui des enfants de moins de cinq (05) ans souffrants de malnutrition (P33)16(*).

Le sous-indicateur composite (P3) s'obtient en calculant la moyenne arithmétique des trois (03) variables (P 31, P32, P 33). On calcule ensuite l'IPH en faisant la moyenne arithmétique des trois (03) indicateurs (P 1, P 2 et P3). On calcule ensuite l'IPH en faisant la moyenne arithmétique des trois (03) indicateur (P1, P2 et P3).

Selon la banque mondiale, les types de pauvreté abordés sont particulièrement centrés sur l'aspect monétaire. Sa mesure de la pauvreté se limite à une évaluation monétaire. Elle commence par cerner les populations pauvres en se basant sur un critère de revenu (ou de consommation) puis elle cherche à voir comment des divers domaines se combinent se renforcent ou s'exacerbent pour accroître ou diminuer l'état d'indigence de cette catégorie sociale.

Dans les années 1970, la CEE avait définit les pauvres comme « individus et les familles dont les ressources sont si faibles qu'ils se trouvent exclus du mode de vie, des habitudes et des activités normales de l'état dans lequel ils vivent ».

Cette définition de la pauvreté s'apparente à celle de la banque mondiale mais cette approche est trop restrictive car elle présente la pauvreté comme un phénomène unidimensionnel. Le critère du revenu n'est évidement pas suffisant pour définir la pauvreté, même s'il s'agit de l'aspect le plus visible.

En 1973, M. NAMARA interpellait l'opinion internationale sur l'éradication de la pauvreté d'ici la fin du siècle. A. TEVOEDJIRE annonçait en 1978 que la pauvreté peut constituer une richesse pour les peuples, un bien être fondé sur la maîtrise des besoins. Selon lui, la pauvreté redéfinie et réorientée constitue la seule voie pour « s'auto développer ».

Contrairement au point de vue de A. TEVOEDJIRE, en 1980, J. K. GALBRAITH essayait de développer le concept « d'équilibre de la pauvreté ».

Quant à B. BRET17(*), il fait une analyse situationnelle des pays du tiers monde (pays pauvres), en associant la géographie et le sous développement et l'inégalité. L'auteur peint le tableau sombre d'un certain nombre de pays qui malgré leurs richesses innombrables, regorgent d'une écrasante majorité de population qui survivent dans une misère profonde et dans l'inégalité. Il nous montre pourquoi dans ces pays la croissance n'a pas fait disparaître la pauvreté.

Au-delà de ces points de vue, force est de constater que la pauvreté dans l'histoire, fut considérée longtemps comme un fait naturel, une donnée de l'ordre des choses. Aujourd'hui, le millénaire nouveau donne une approche du concept au phénomène.

La pauvreté ne signifie pas seulement un faible revenu ou un développement humain insuffisant mais également la précarité, l'impossibilité de s'exprimer, d'agir, de s'épanouir et de se mettre en valeur. Pour paraphraser le Premier Ministre Australien J. HOWARD, la pauvreté est sans aucun doute le grand problème actuel aussi bien en termes moraux que politiques.

En Côte d'Ivoire, le concept de la pauvreté est défini d'après le Ministère du Plan et du Développement suivant trois dimensions :

La dimension économique

Elle concerne le niveau de consommation des ménages. Dans son profil de pauvreté, l'Institut National de la statistique (INS) définit les ménages pauvres durant la période mars-mai 1995 comme étant ceux dont la consommation moyenne par habitant est inférieure à 144 800 FCFA par an, et le seuil d'extrême pauvreté a été établi à 94.600 F (190 dollars) par personne et par an.

La dimension du bien-être social

En dehors de la consommation, de nombreux autres éléments contribuent au bien-être des membres du ménage, surtout si l'on se place dans une perspective dynamique. Etre en bonne santé, avoir accès aux soins de santé quand on en a besoin et assurer l'éducation de ses enfants sont des indicateurs importants de bien-être d'un ménage.

Pour les ivoiriens pauvres, les indications de bien-être dans ces domaines reflètent des déficiences considérables tout au long de la vie : forte natalité maternelle et infantile, faible niveau d'instruction, faible taux d'alphabétisation et espérance de vie limitée. Cela montre en clair que beaucoup de besoins essentiels ne sont pas satisfaits. La satisfaction de ces besoins essentiels et services sociaux est un critère de pauvreté chez les ivoiriens.

La perception qualitative du bien-être

Les seuils de pauvreté étant définis en grande partie en termes de consommation des ménages, les ivoiriens ne considèrent en aucun cas la pauvreté sous un angle purement économique. La possession de bien, la possibilité pour un ménage d'envoyer ses enfants à l'école, de se nourrir convenablement ou de bénéficier de la médecine moderne influent profondément sur l'idée que se font les ménages et les individus de la richesse et la pauvreté18(*).

Aujourd'hui, force est de constater que cette situation qui est moins reluisante s'est empirée à la faveur de la crise socio politique déclenchée depuis le 19 septembre 2002.

II- PROBLEME ET QUESTIONS DE RECHERCHE

2-1 Problème de recherche

Le phénomène de la traite des enfants immigrés se rencontre tant dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement. Des estimations de tous ordres sur les enfants travailleurs sont faites dans le monde et elles concernent surtout les régions sous-développées, où selon le BIT, l'Afrique en dénombrerait davantage en proportion, car ce sont 40% des enfants de 5 à 14 ans qui sont concernés19(*).

Ces données statistiques revêtent tant une connotation négative en ce qui concerne l'Afrique que selon le BIT les enfants y seraient d'avantage exploités et soumis à des pires formes de travail dans tous les secteurs d'activités.

En effet, malgré les progrès considérables de la scolarisation des enfants dans les pays en développement de l'Afrique au sud du Sahara, le travail des enfants demeure un phénomène social presque structurel très répandu. Ces enfants se trouvent dans presque tous les secteurs d'activité. Ils sont affectés soit à des travaux champêtres dans les zones rurales, le cas de notre sujet, soit comme des aides familiaux (petite bonne, boy de maison).

Dans les zones rurales les enfants immigrés sont amenés à travailler dans de grandes plantations comme manoeuvres, parfois sans rémunération. Leur pécule est versé à des intermédiaires le plus souvent. C'est justement ce cas d'exploitation qui va être approfondie par notre recherche. Il s'agira plus spécifiquement de connaitre les causes du phénomène, la manifestation et de proposer des solutions.

Notre préoccupation est de faire ressortir la situation dangereuse dans laquelle ce trafic plonge ces enfants. Cela va nous conduire à poser le problème de l'exploitation, donc de la violation des droits de l'enfant immigrés.

2-2 Questions de recherche

Ø Comment se manifeste la traite des enfants immigrés dans les plantations de café cacao en CÔTE D'ivoire ?

Ø Quels sont les facteurs explicatifs de ce phénomène et quels en sont les conséquences ?

Ø Quelles perspectives pouvons-nous envisager dans la lutte contre ce phénomène ?

III- REVUE DE LITTERATURE ET ELABORATION DU CADRE DE REFERENCE THEORIQUE

3-1 Revue de littérature

Dans le cadre de ce travail, la recherche documentaire nous a permis de nous intéresser à quelques travaux antérieurs et mêmes récents effectués sur le travail des enfants.

Selon P. N'DA, la revue de littérature consiste à « faire la recension des écrits pertinents, c'est faire le bilan critique de ce qui a été produit dans le domaine de la recherche »20(*).

Depuis le 18ème siècle jusqu'aujourd'hui, les études et recherches relatives à la traite des enfants sont abondantes. Dans le monde, des articles, des ouvrages ont été édités pour traiter le phénomène. Les rencontres se succèdent aux sommets pour réfléchir sur ce phénomène pour amener l'humanité à réduire, aux mieux éradiquer le phénomène. Les documents que nous avons consultés nous ont permis de dresser une liste faisant état des travaux réalisés.

La littérature sur le travail des enfants, en général, est le plus souvent orientée sur leur insertion sociale. Il ressort de certains travaux l'aspect psycho-social qui oriente les ONG et les institutions dans la lutte contre le phénomène.

Dans une étude de Y. DIALLO21(*), les facteurs explicatifs de l'offre et de la demande du phénomène sont examinés. Les résultats montrent que l'emploi précoce des enfants en Côte d'Ivoire résulte de la conjugaison complexe des facteurs internes et externes au ménage. Il révèle également le rôle prépondérant du capital social qui a été négligé dans l'analyse économique de la participation des enfants aux activités socio-économiques. Pour lui, les facteurs explicatifs de l'offre du travail sont les normes sociales. L'emploi précoce de l'enfant s'inscrit dans le cadre de l'obligation de se soutenir entre membres d'une même communauté.

PEARSON et GOLDIN22(*) (1989) ; JENS et NIENSELSEN (1997) pensent que l'offre du travail s'explique par les marchés des capitaux. Ces auteurs considèrent le travail des enfants et la fréquentation scolaire comme des situations dépendantes des marchés du capital humain et crédit.

Pour Y. DIALLO23(*), le caractère informel de l'économie ivoirienne est l'une des causes déterminantes du travail des enfants.

Une enquête du BNETD révèle que l'insertion des enfants au travail à travers des liens familiaux de dépendance contribue à la formation d'une « rente de travail » ou d'une « rente d'apprentissage » nécessaire pour faire face à un environnement de plus en plus instable. L'objectif de cette analyse est de montrer le caractère multifactoriel de l'explication du phénomène du travail des enfants.

Pour certains auteurs le travail des enfants s'appréhende comme une forme d'apprentissage. C'est sur cet aspect que s'est penché J. CHARMES24(*). Il décrit le travail des enfants comme une forme de formation au près des adultes. Ceci contribue tôt ou tard à l'insertion de ce dernier dans le tissu social.

Y. MARGUERAT et A. TOURE25(*), voient dans le travail des enfants une aide et soutiennent la Thèse de « débrouillardise ».

Il est à noter qu'au delà de ces auteurs, différents conventions, textes et chartes tentent de réglementer le travail des enfants. Nous pouvons citer la convention n°138 sur l'âge minimum d'admission à l'emploi. Cet instrument vise l'abolition du travail des enfants en stimulant que l'âge minimum à l'emploi ne doit pas être inférieur à l'âge de la fin de la scolarité obligatoire26(*). En 1979, année internationale de l'enfant, 10 principes pour les droits de l'enfant ont été élaborés.

Les principes stipulent que l'enfant doit être protégé contre toute forme de négligence, de cruauté et d'exploitation. Il ne doit pas être soumis à la traite sous quelque forme que ce soit. L'enfant ne doit pas être admis à l'emploi avant d'avoir atteint un âge minimum approprié. Il ne doit en aucun cas être astreint ou autorisé à prendre une occupation ou un emploi qui nuit à sa santé ou à son éducation ou qui entrave son développement mental, physique ou moral.

Au cours de notre recherche nous avons jugé bon d'aller au-delà de la nomenclature des facteurs explicatifs pour voir la trajectoire de ces enfants, leur condition de travail, leur implication dans plantations. C'est pourquoi il faut établir une distinction entre le travail qui s'insère dans la production familiale et le travail des enfants utilisé comme une main-d'oeuvre à bon marché. C'est dans ce cadre qu'il nous sera amené à envisager l'exploitation.

Dans la première partie c'est le travail qui constitue un élément de croissance et d'intégration dans ces conditions il se perçoit comme une étape transitoire entre l'enfance et l'âgé adulte. Ce type de travail permet à l'enfant de développer ses capacités de se prendre en charge, d'apporter sa contribution à l'économie familiale de sorte à soulager les parents.

A. BOA a montré que le travail des enfants contribue d'une certaine manière au revenu familial, qui la plupart du temps est insuffisant pour subvenir aux besoins familiaux27(*).

Les auteurs comme BARRIERE28(*), MORRISON (1992)29(*), NIEUWENHUYS O30(*), et STANDING G. (1981) ont largement travaillé sur les types du travail permettant à l'enfant de développer ses capacités et de se prendre en charge. Toutes ces études bien que pertinentes n'insistent pas ou insistent très peu sur l'exploitation dont ces enfants font l'objet.

Des auteurs comme BEQUELE ASSEFA, BOYDEN GO (1990) ; MAURICE ALAIN (1996) vont démontrer que le travail des enfants est éprouvant et est une source de souffrance d'où l'exploitation. Ce travail viole le droit des enfants et porte atteinte à son développement à sa santé et à son instruction. G. KPONHASSIA (1993)31(*) voit le coté pénible de la tache à laquelle l'enfant est astreint son souci dans son étude était de mettre en évidence les rapports sociaux dans lesquels l'enfant exerce son travail. Il faisait surtout allusion au travail des enfants dans les mines (le nord et l'ouest de Côte d'Ivoire). Quant aux actions entreprises en faveur du travail des enfants les juristes ne sont pas restés à l'écart.

Au niveau international la convention internationale des droits de l'enfant confirme les droits fondamentaux de l'enfant qu'elle résume en deux catégories :

- Les droits civils et les libertés fondamentales à savoir les principes de non discrimination (art2) du droit à la vie (art6), par lesquels les Etats s'engagent à assurer la survie et le développement des enfants. Le droit d'exprimer librement son opinion (art 12 et 13).

- Les droits économiques et sociaux : le droit à la santé (art 24) à la sécurité sociale (art 26) à l'éducation (art28 et 29).

La convention mentionne également les droits spécifiques de l'enfant. C'est dans cette catégorie que se trouve la protection contre l'exploitation qui est notre préoccupation. Il s'agira, au cours de notre étude, d'apporter des éléments justificatifs et les preuves de l'existence de ce phénomène.

Parlant de la législation sur le travail des enfants en Afrique, la loi sur le code du travail pour l'ensemble des territoires français d'outre-mer ou sous tutelle est à l'origine des codes de travail de tous les Etats Africains francophones32(*). Ces codes ont consacré une partie au travail des enfants. Un arrêté de cette loi fixe la nature des travaux et les catégories d'entreprises interdites aux jeunes et l'âge limite auquel s'applique l'interdiction.

Toutes ces études ont eu le mérite soit de catégoriser le travail des enfants soit de mesurer son implication dans l'économie ou de chercher à réglementer ce travail. Toutefois, elles n'ont pas abordé de façon spécifique le travail des enfants immigrés dans les plantations de Café-Cacao.

Ces contraintes déterminent d'une manière ou d'une autre l'arrivée de ces enfants dans les plantations. L'exploitation de l'enfant est alors décrite par I. BONNASSIEUX33(*) comme un contrat signé entre la famille le trafiquant et le planteur.

3-1-1 Le travail des enfants dans la société traditionnelle ivoirienne

La famille traditionnelle se caractérisait, avant tout, par sa grande taille. C'était une famille élargie qui, en plus du couple et des enfants, comprenait également les ascendants, les collatéraux et s'étendait même aux alliances. En son sein, les rapports entre les membres étaient soumis à un contrôle collectif et les statuts définissaient clairement et strictement la place de chacun dans le groupe ou la communauté.

La famille traditionnelle était, en fait, fondée sur un système de régulation et de contrôle des comportements qui lui permet de se maintenir en équilibre et de se reproduire. Un tel contexte familial consolidait le lien social et favorisait une bonne éducation de l'enfant, du reste, rigoureusement soumis à l'autorité parentale et au respect des aînés. Dans ces conditions, la famille demeurait solidement unie, chacun des membres étant socialement bien intégré.

Concernant la condition économique au sein de la famille, l'enfant travaillait certes, mais le fruit de son travail revenait de droit à sa famille ou à sa communauté dont il dépendait étroitement. En retour, il appartenait au chef de famille de satisfaire les besoins existentiels de l'enfant (nourriture, vêtement, logement).

Par ailleurs, la division du travail se faisait selon les classes d'âge et le sexe. Les ainés assuraient le rôle de commandement. Ils étaient investis d'une autorité sur laquelle ils s'appuyaient dans la gestion des biens communautaires, la mise en application des lois et l'enseignement des connaissances pour la reproduction technique et économique34(*). L'exercice de cette fonction exigeait respect et considération.

A coté de la strate des aînés, existait celle des cadets, constituée des plus jeunes couches. Leur rôle était d'assurer matériellement la suivie de l'ensemble de la communauté. Par devoir, ils s'employaient directement à la mise en valeur des champs, des points d'eau, parcs etc. leur travail était suivi et contrôlé par les ainés.

En conséquence, on pourrait être tenté de croire que les rapports d'exploitation et de domination sont fondés sur la hiérarchisation des statuts et des rôles. Mais en réalité, chaque strate ou classe d'âge était caractérisée, en son sein, par des rapports égalitaires, empreints de solidarité, de respect mutuel et de responsabilité individuelle et collective. En outre, les relations ainés/cadets n'étaient pas figées par le vecteur de l'âge, les cadets, dans un mouvement cyclique, accédaient un jour à la classe des aînés.

En plus de ces deux strates d'hommes, il existait la classe des femmes, constituée des adultes et des jeunes filles. Leur rôle portait principalement sur la gestion du foyer ou du ménage, les activés commerciales, l'éducation des enfants et les travaux champêtres moins pénibles que ceux des hommes (culture maraichère, ramassage de fagots, transport de denrées alimentaires).

Concernant le système de production, celui en vigueur dans la société traditionnelle était l'économie de subsistance. Elle consiste à produire juste la quantité de produit nécessaires au groupe pour satisfaire ses besoins vitaux35(*). Dans ce contexte, les activités du travailleur enfant n'étaient pas rémunérées directement. Cela signifie que l'enfant n'apparaissait pas comme un salarié à part entière.

Les rapports de travail qui le liaient à sa famille ou à sa communauté n'étaient pas des rapports d'employeur à employé au sens capitaliste du terme. Il en était ainsi, car le travail était pour l'enfant une obligation morale, un devoir social qui constituait le fondement de son éducation et son intégration sociale. Le travail des enfants dans la société traditionnelle ivoirienne revêtait une signification exclusivement sociale et éducative.

En effet, mettre un enfant au travail constituait pour les parents ou la communauté un moyen de le socialiser et de l'initier à la vie adulte. Le travail se présentait comme une activité d'apprentissage social. De ce fait, il se pratiquait dans le cadre familial ou communautaire, sous la couverture, la supervision et le contrôle des parents ou des membres de la communauté. Pour le jeune garçon, les différents supports d'apprentissage étaient précisément les activités économiques appartenant à la famille ou à la communauté : Plantations, pâturages, ateliers mécanique etc. Et c'est le père ou un membre de la communauté issu de la classe des ainés qui apprenait le travail à l'enfant, suivait et contrôlait son évolution36(*).

Dans le cas de la jeune fille, les supports d'apprentissage étaient essentiellement le ménage, les légers travaux champêtres, les activités de fabrication (poterie, céramique, etc.) qui concouraient à la préparer à sa vie conjugale.

En somme, le travail des enfants tel que conçu et pratiqué, constituait non seulement un support d'éducation, mais aussi et surtout un maillon essentiel de l'organisation familiale qui consacrait l'autorité parentale. Cela favorisait le développement d'une certaine harmonie familiale qui se maintenait et se consolidait au profit de la cohésion sociale. Mais dans la société ivoirienne d'aujourd'hui, le travail des enfants revêt une autre signification et se pratique différemment. C'est du moins ce que l'on constate notamment en milieu urbain et rural.

3-1-2 La traite, le travail des enfants et l'immigration clandestine

Il est important de reconnaître la traite d'enfants comme une question de protection complexe qui doit aborder à la fois l'arrachement de l'enfant à son milieu familial, le transport de l'enfant, l'hébergement illégal ou la vente, et le placement dans un contexte d'exploitation. Des écrits révèlent que la traite d'enfant est très largement perçue uniquement comme phénomène de main-d'oeuvre enfantine, mais la traite viole les droits de l'enfant bien avant qu'ils ne commencent réellement à travailler.

Il y a tout d'abord l'arrachement de l'enfant à son foyer puis le temps de passer soit disant « tutelle » des trafiquants durant le transport jusqu'au lieu de travail éventuel, période qui présent également des dangers et des abus. L'enfant est ensuite hébergé illégalement ou vendu avant d'être conduit à sa destination finale.

C'est pourquoi il est important d'examiner dans quelle mesure les approches traditionnelles du travail sont adéquates et/ou suffisantes quand il s'agit de trafic d'enfants, ou et comment de nouvelles méthodologies peuvent être utilisées, et si les orientations et les structures existantes doivent être modifiées. La traite est souvent associée à l'immigration clandestine, mais l'amalgame des deux questions peut avoir de graves conséquences notamment faire passer les enfants victimes de traite pour de jeunes délinquants alors leur sort nécessite des mesures de protections particulière. Il en résulte que ces enfants entrent souvent en conflit avec les autorités policières et judiciaires et risquent même la détention.

Que la traite d'enfants soit considérée comme un problème de main-d'oeuvre enfantine, d'immigration clandestine, ou de justice pour mineurs, on constate dans tous les cas, une tendance à négliger les facteurs économiques et culturels sous-jacents, et à situer ainsi l'enfant victime de traite dans une vaste zone aux contours indécis de délivrance sociale37(*).

Il n'y a guère de prise de conscience que la traite est, d'abord et avant tout une violation des droits humains, en particulier une violation des droits de l'enfant à être protégé contre toute forme d'exploitation économique, à conserver des liens familiaux et agrandir dans un environnement familial.

3-1-3 La traite des enfants, un sujet médiatique

Cette forme d'exploitation est souvent perçue comme une question d'urgence plutôt que comme une situation liée à un développement à long terme. Elle est souvent présentée en terme de crise soudaine, ce fut le cas au Sénégal lorsque les médias du monde entier s'emparaient du mystère entourant un navire supposé transporté une cargaison d'enfants au large des côtes de l'Afrique de l'Ouest. Ce même constat a été observé en Côte d'Ivoire lorsque l'ONG "Save the children" a révélé aux medias du monde entier l'existence d'enfants esclaves dans les plantations café-cacao en Côte d'ivoire.

Elle est rarement exposée comme un problème de longue haleine aux profondes racines socio-économiques et culturelles. Cela peut conduire à des interprétations erronées. Les médias qui se sont penchés sur la traite d'enfants ces dernières années, ont un rôle de premier plan à jouer pour sensibiliser l'opinion publique au phénomène et promouvoir le respect des droits des enfants. En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, les médias publient souvent des histoires sensationnelles privilégiant l'aspect esclavagiste.

L'absence d'information concrète et précise sur la traite d'enfants fait obstacle à une approche plus approfondie qui tiennent compte des causes et de la complexité du phénomène.

3-1-4 La traite des enfants, un sujet politique

Des perceptions diverses de la question de l'enfant jointes à la situation socio-économique nationale et à des niveaux de prise de conscience politique variable ont conduit à un assortissement hétérogène de réponse en Afrique de l'ouest38(*).

Le trafic des enfants serait favorisé par une multitude de facteurs que l'on retrouve dans beaucoup de régions : la pauvreté extrême, les valeurs et traditions culturelles (comme la pratique du « placement » d'enfants en Afrique de l'ouest), l'ignorance des risques, la crise du système éducatif, le désir des enfants d'émigrer, la forte demande d'une main d'oeuvre enfantine bon marché, soumise et non syndiquée, la législation nationale inadéquate ou inexistante au regard du trafic, le manque de bonnes politiques frontalières, l'économie informelle, la corruption39(*).

Humann Right Watch faisait récemment le point six sur les cas typiques de trafic, les méthodes des trafiquants et l'attitude des autorités : « dans un cas typique, une jeune fille (mineure) est recrutée par des promesses de bon travail dans un pays ou une province différent, et, manquant d'autres alternatives, elle accepte de migrer. Il y a également des cas dans lesquels des jeunes filles mineurs sont dupées par des offres de mariage ou de fausses invitations de vacances, des cas dans lesquels des enfants sont échangés par leurs parents pour une avance et/ou des promesses de futurs gains, ou des cas dans lesquels les victimes sont tout simplement Kidnappées.

Ensuite un agent intermédiaire s'occupe des arrangements concernant le voyage. Le trafiquant se procure les documents nécessaires et se charge de contacter les futurs employeurs. Une fois que tout est réglé, les victimes sont amenées à une destination et livrées à un employeur ou à un autre intermédiaire qui négocie avec les futurs employeurs. Les femmes et les jeunes filles n'ont plus aucun contrôle sur la nature ou le lieu de travail, les moralités ou les conditions de leurs futurs emplois. Beaucoup de jeunes filles apprennent qu'elles ont été dupées au sujet de la nature du travail qu'elles doivent effectuer et des conditions financières. Toutes ces jeunes filles doivent faire face à des situations d'abus ou l'évasion est difficile et dangereuse.

Un nombre important de jeunes filles sont victimes de servitude pour dette. Elles doivent travailler sans percevoir aucun salaire jusqu'à ce qu'elles aient remboursé les frais (majorés) liés à leur voyage. Dans certains cas, les dettes ne cessent d'être augmenter et ne peuvent jamais entièrement entre remboursées40(*). Pour empêcher que les victimes de trafic s'évadent, les employeurs profitent pleinement de leur position vulnérable : elles ne parlent pas la langue locale, elles sont peu familières avec l'environnement, et craignent d'être arrêtées. De plus elles se retrouvent sous la contrainte permanente de leurs employeurs qui les surveillent constamment, les menacent.

Les efforts des gouvernements pour combattre le trafic des êtres humains sont inadéquats. Dans beaucoup de cas, les fonctionnaires corrompus délivrent de faux papiers aux trafiquants. Par la suite, ils reçoivent des pots de vin et commissions pour ignorer ces abus.

Quand des fonctionnaires sont confrontés de façon évidente au trafic ou au travail forcé, ils se concentrent sur les violations des lois d'immigration et de répression de la population, plutôt que sur des violations des droits humains endurées par les victimes de trafic. Les personnes victimes de trafic seront considérées comme immigrantes et/ou prostituées, et les trafiquants ne seront pas ou peu poursuivis.

Ces politiques et pratiques sont inadéquates et inefficaces. Les gouvernements aggravent la vulnérabilité des victimes et les découragent à se tourner vers les personnes qui pouvaient leur venir en aide.

3-1-5 Les instruments juridiques dans le cadre de la traite des enfants

BAZIN-VEIL41(*) indique que le trafic des enfants se développe à la faveur d'un environnement législatif, coercitif et politique peu centré sur cette question. Son étude se rapporte à la situation du trafic des enfants en Afrique de l'ouest et centrale mais ses conclusions sont valables pour la plupart des régions du monde dans l'extrême majorité des législations nationales, il n'existe pas de dispositions qualifiant pénalement le trafic42(*). Ce vide juridique actuel, aggravé par une justice peu prompte à sanctionner sur d'autres bases juridiques, contribue non seulement au sentiment d'impunité pénale, mais également à l'absence de la culpabilité dans les atteintes portées à l'enfant confirmant l'impunité sociale.

L'absence de sanctions pénales caractérise la situation de nombreux pays. Les poursuites et les condamnations sont presque inexistantes et les trafiquants ou intermédiaires sont rarement inquiétés. Il arrive aussi que les gouvernements qui devraient faire appliquer ces textes soient souvent impliqués eux-mêmes dans le trafic d'enfant.

3-1-6 La communauté internationale

La communauté internationale se mobilise sérieusement depuis une dizaine d'années sur le trafic des êtres humains. Aujourd'hui, de plus en plus d'initiatives voient le jour : des résolutions et des recommandations des conventions et rencontres internationales sont adoptées mais il faut aussi qu'elles soient ratifiées et mises en application

- L'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe a proposé une série de recommandations concernant le trafic des femmes et des enfants et notamment la recommandation 1056 en 198743(*).

- En 1997, s'est tenue la Conférence des Ministres sur la Prévention de la Migration Clandestine dans le cadre du "Processus de Budapest". Des recommandations ont été faites concernant notamment l'harmonisation des législations en vue de combattre le trafic des êtres humains et un soutien technique et financier à apporter aux pays d'Europe centrale et l'Est44(*).

- Le Parlement et sa Commission Européenne ont récemment commandé deux rapports sur le trafic des êtres humains (les rapports Servo et Sorensen45(*)). De plus, les programmes "STOP"46(*) (programme concernant l'exploitation sexuelle des enfants) et "DAPANE"47(*) (programme qui vise la prévention de la violence contre les enfants, les jeunes gens et les femmes) se concentrent sur cette problématique.

- Un protocole additionnel à la convention relative aux droits de l'enfant vient d'être adopté par l'assemblée générale des Nations Unies le 25 mai 2000, concernant l'implication des enfants dans les conflits armés ainsi que la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.

- Des négociations sont en cours à l'Assemblée Générale des Nations Unies au sujet de l'ajout d'un Protocole sur le Trafic International des Femmes et des Enfants à la Convention contre la Criminalité Transfrontalière Organisée.

- La Coopération du G848(*) s'est accrue au cours de ces trois dernières années au sujet du crime organisé et du trafic de drogues et des êtres humains en particulier.

- L'organisation du travail sur la problématique du trafic des êtres humains au cours de ces dix dernières années. Des engagements ont été formulés en vue de combattre le trafic aux sommets de Moscou (1991)49(*) et d'Istanbul (1999)50(*). Cette problématique est actuellement prioritaire au sein du Bureau pour les Institutions Démocratiques et les Droits de l'Homme (ODIHR)51(*) qui a, en Novembre 1999, proposé un plan d'action 2000 pour les activités en vue de lutter contre le trafic des êtres humains.

Pour l'UNICEF, selon sa représentante BAZIN-VEIL, les politiques que les gouvernements des pays concernés mènent, ou entendent mener, à l'encontre du trafic d'enfants reflètent le clivage classique entre le pays d'émigration et le pays d'immigration, selon qu'ils sont récepteurs ou pourvoyeurs d'enfants. Dans les pays récepteurs d'Afrique de l'ouest et du centre, on observe que la responsabilité de la lutte pour l'abolition du trafic des enfants est imputée à l'Etat pourvoyeur ; que d'un point de vue institutionnel, c'est le ministère des affaires étrangères ou le ministère de l'intérieur qui est fréquemment interpellé pour la gestion du problème ;la mobilisation et les réponses proposées résident, outre dans la répression, mais essentiellement dans le contrôle des flux migratoires et le rapatriement systématique des enfants52(*). La mobilisation des acteurs locaux reste faible compte tenu du fait qu'il s'agit d'un phénomène étranger.

Dans les pays pourvoyeurs où le trafic d'enfants est perçu dans sa dimension économique et sociale, on observe que la responsabilité de la prise en charge du phénomène est essentiellement confiée aux Ministères sociaux et que l'accent est mis sur la prévention, à travers la sensibilisation, dans les zones pourvoyeuses d'enfants.

Les faiblesses de l'Etat sont nombreuses : dispositifs étatiques de contrôle restreints par le nombre limité de postes de contrôle de police, absence de registres d'entrée et de sortie des mineurs hors du territoire, absence d'un état civil performant, corruption répandue des services chargés de la délivrance des documents et des autorisations de voyage et de contrôle, faible sensibilisation aux droits de l'enfant, faible motivation et mobilisation dans la protection spéciale des droits de l'enfant.

L'étude montre à quel point l'enfant est exploité par toute cette chaine dans l'espérance des parents d'améliorer leur modeste revenu avec les salaires provenant du travail des enfants. Cette revue de littérature, loin d'être exhaustive nous a permis d'élaborer notre cadre de référence Théorique.

3-2 Elaboration du cadre de référence théorique

Compte tenue des déterminants multifactoriels dans l'explication du travail des enfants, nous avons choisi la théorie économique du travail, les théories déterministes, et le culturalisme dans l'explication du phénomène que nous cherchons à analyser. Ces théories semblent mieux répondre à notre préoccupation.

3-2-1 Le déterminisme

Dans un souci de contribuer à une meilleure compréhension de la situation, nous avons privilégié l'analyse de l'action du travailleur enfant dans le secteur agricole. Cette analyse, axée sur une approche déterministe vise à saisir le sens, les causes de l'action initiée par l'enfant. Inspirée du paradigme de la sociologie de l'action, l'approche tend à étudier le travail de l'enfant comme l'élément central de la prise de décision de l'enfant.

La théorie déterministe se définie comme la nécessité du phénomène par le principe de causalité, d'après un principe sociologique qui fonde le caractère prédictif des évènements. On peut poser la question de la cause d'un fait social expérimental, dont on peut dire clairement s'il a lieu ou non. A la question « pourquoi tel fait est-il observé ? », la réponse est toujours un ensemble de conditions initiales. L'on lie la traite des enfants aux conditions sociaux que vivent les parents (pauvreté, analphabétisme).

La détermination, au sens courant est "l'action de déterminer, de définir, de préciser quelque chose."[]. En sociologie contemporaine, la détermination est une analyse du rapport individu-société. En effet, c'est par l'analyse de la structure des interrelations qui agissent sur les deux facteurs: individu-société que naît le déterminisme sociologique. Ainsi selon la problématisation d'un fait social, "l'axe de variation de la détermination du rapport individu-société"[] dépend de l'angle analytique du sociologue.

3-2-2 La théorie économique du travail

Pour SMITH et RICCARDO53(*), le travail permet sa s'accomplir, contrairement MARX et PROUDHON54(*) qui le voient comme une servitude et source d'aliénation.

SMITH a été le premier à annoncer que le travail est une source de socialisation. Mais avant lui HEGEL avait donné au travail un statut philosophique. Il affirmait dans ses cours de philosophie le caractère humain du travail, du fait de la conscience et de la volonté dont l'homme dispose pendant l'exécution d'une tache. Le travail permet à l'homme de s'accomplir et de s'intégrer en société.

Selon cette théorie, le travail mène de la servitude à la domination ou à la liberté totale de même qu'à la réalisation de soi. Cette réflexion hégélienne repose sur un optimisme vis-à-vis du travail. Elle a été influencée par MARX qui malgré quelques points d'accord sur le travail avec Hegel, adopte une position contraire. MARX a beaucoup été influencé par la théorie de HEGEL. Il souligne en effet que le « travail est l'apanage de l'homme ».

L'oeuvre humaine étant soutenue dans toute son opération par une attention constante qui le dirige consciemment vers son but, exigeant une tension de volonté. Le travail n'est donc pas la simple transformation d'une donnée matérielle dans la mesure où il implique avant tout une représentation compréhensive. Karl Marx ne s'inscrit pas dans la position idéaliste de Hegel mais suit une analyse dialectique du travail. Il aborde la philosophie, la sociologie et l'analyse économique du système capitaliste. Nous constatons que la description de la relation dialectique capitaliste-ouvrière reste basée sur une contradiction d'intérêts divergents.

Pour MARX, le système capitaliste réduit à l'état d'esclavage la classe prolétaire et laborieuse et en tire des profits dans l'intérêt de la classe bourgeoise. Marx montre à travers sa théorie, combien l'homme est aliéné par la double division du travail qui a cours dans ces unités.

Au sujet du travail des enfants, MARX disait ceci : « la grande industrie détruit tout lien de famille chez le prolétaire et transforme les enfants en simple article de commerce, en simple instrument de travail ».55(*)

3-2-3 Le culturalisme

Le culturalisme est, selon G. ROCHER (1969), "un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte".

L'étymologie du mot culture, (« habiter », « cultiver », ou « honorer ») suggère que la culture se réfère, en général, à l' activité humaine. Ce mot prend des significations différentes, voire contradictoires, selon ses utilisations.

Le mot culture tend à désigner la totalité des pratiques succédant à la nature. Chez l'humain, la culture évolue dans le temps et dans les formules d'échanges. Elle se constitue différentes manières d'être, de penser, d'agir et de communiquer. Ainsi, pour une institution internationale comme l'UNESCO, « dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l' être humain, les systèmes de valeurs, les traditions, les croyances et les comportements »56(*)

La notion de culture est au coeur d'un enjeu humain essentiel : celui de dire ce qu'est l'espèce (homo sapiens sapiens) à travers ce qu'elle fait. C'est pourquoi l'on observe à la fois une tendance à couvrir - en tache d'huile - des activités de plus en plus diverses et éloignées les unes des autres (culture générale, culture religieuse, culture traditionnelle, culture technique, culture d'entreprise, industries culturelles, ministère de la culture, cultures animales, etc.) et une propension à perdre toute signification philosophique globale, précise ou tranchée. On observe aussi que le sens du mot « culture » dépend étroitement de la stratégie de l'institution ou de l'acteur social qui l'utilise, en opposition (plus ou moins explicite) avec d'autres. Par exemple, pour ceux qui souhaitent défendre le domaine des arts et des lettres, le mot « culture » pourrait être opposé au néologisme « techno science », un peu comme autrefois on pouvait opposer « l'âme » et « la raison ». Au contraire, pour ceux qui veulent défendre le côté créateur de la recherche ou de l'innovation, le titre de culture doit pouvoir leur être appliqué sans discrimination. Dans le milieu éducatif institutionnel, la culture peut désigner un ensemble de connaissances acquises, de savoir et de savoir-faire développés.

Pour les personnes qui, par profession ou intérêt, mettent l'accent sur les caractéristiques d'une communauté (linguistique, nationale, etc.), la culture représente l'ensemble de ses structures territoriales, de ses pratiques sociales, religieuses, politiques, commerciales, etc.

Pour ne pas trop trahir ces différences entre conceptions de la culture, on peut dessiner un « champ culturel » où elles se rencontrent et se confrontent par grands types d'activités :

- La pratique de l'exercice de la parole est une réalisation permanente et universelle, bien que réalisée entre personnes concrètes chez l'humain. Associée à des pensées et à des actes, elle représente la culture dans ses spécificités et dans l'activité humaine.

- Les pratiques artistiques font le plus souvent émerger des points de vue singuliers qui sont ensuite partagés et échangés.

- Les pratiques d'organisation des pensées et des sentiments (philosophiques ou religieux) cherchent au contraire à rassembler de grands groupes par la conviction et la séduction (le vrai et le beau selon PLATON).

- Les pratiques de régulation (grammaticale, juridique, économique, technique, etc.) organisent les êtres humains selon des rapports prédéterminés, mesurables et prévisibles.

Il est sans doute difficile - sinon impossible - d'empêcher que chacun de ces domaines prétende opposer sa propre conception de la culture aux autres.

Par ailleurs, chaque société humaine possède sa propre culture, cherche à la distinguer des autres et admet plus ou moins en son sein, l'existence de cultures différentes. Le multiculturalisme est une démarche qui insiste sur l'existence, dans un cadre politique souple et ouvert, d'une multitude de cultures qui se rencontrent, s'opposent, se mélangent et, finalement, se transforment et évoluent. Utilisant cette théorie, nous pourrions comprendre l'immigration des enfants dans le sens de savoir si c'est une habitude africaine.

IV- OBJECTIFS, THESE ET HYPOTHESES DE RECHERCHE

4-1 Objectifs de recherche

4-1-1 Objectif général

L'intention recherchée est de connaitre les contours, les contraintes et l'ampleur de la traite des enfants immigrés dans les plantations de café cacao en Côte d'Ivoire.

4-1-2 Objectifs spécifiques

Ø Décrire les manifestations de la traite des enfants immigrés dans les plantations de café cacao en Côte d'Ivoire.

Ø Identifier les facteurs explicatifs de la traite des enfants immigrés dans les plantations de café-cacao et connaitre les conséquences.

Ø Identifier les actions à mener afin de faire des propositions de solutions

4-2 Thèse

La traite d'enfants immigrés est une conjonction d'éléments social et culturel qui rendent compte du phénomène.

4-3 Hypothèses de recherche

4-3-1 Hypothèse générale

Ø La mise au travail des enfants est une tradition socioculturelle spécifique à l'Afrique. Elle concourt à l'insertion socio professionnelle de l'enfant.

Ø L'indigence socioéconomique des parents est déterminante dans l'implication des enfants dans les travaux champêtres.

4-3-2 Hypothèses spécifiques

Ø Les peuples africains ont une culture d'immigration saisonnière qui explique leur déplacement massif.

Ø L'ignorance des lois ou le manque de sanctions cordonnées entre pays pourvoyeurs et récepteurs, encourage l'exploitation des enfants.

I- TERRAIN D'ETUDE, POPULATION ET ECHANTILLON

1-1 Terrain d'étude

1-1-1 Présentation de la Côte d'Ivoire

Située en Afrique de l'Ouest, sur le Golfe de Guinée, la Côte d'Ivoire, est entourée par le Libéria, la Guinée, le Mali, le Burkina-Faso et le Ghana. 15.446.231 personnes (en 1998) occupent les 322 462 Km2 constituant son territoire. Colonie française, la Côte d'Ivoire est devenue indépendante le 7 Août 1960.

La capitale politique est Yamoussoukro mais la capitale économique demeure Abidjan. De l'époque coloniale, la Côte d'Ivoire a conservé le français devenu la langue officielle ainsi que les systèmes administratif, judiciaire et éducatif.

Entre le Tropique du Cancer et l'Equateur, la Côte d'Ivoire bénéficie d'un climat tropical humide. Les saisons sèches et humides alternent avec des températures oscillant autour de 28° C en moyenne. Ce climat favorise le développement d'une végétation luxuriante dans le Sud tandis que le Nord du pays est couvert de savanes plus ou moins boisés. Le relief, essentiellement constitué de plaines et de plateaux, est peu accidenté exception faite de l'Ouest du pays où le Mont Nimba culmine à 1 753 mètres.

Le PIB du pays était estimé à 8.73 milliards de dollar USD en 1992. En 1994, le montant des exportations ivoiriennes s'élevait à 2804 millions de dollar USD tandis que ses importations se chiffraient à 1642 millions de dollar USD et le taux d'inflation était de 32%. La monnaie est le franc CFA dont le taux de change est 1 dollar pour environ 600F CFA ou 1 Euro pour 656F CFA.

On entend souvent que le succès de la Côte d'Ivoire repose sur l'agriculture; en effet, celle-ci occupe une place prépondérante dans l'économie du pays. Les principales ressources proviennent des cultures industrielles (café, cacao, ananas, hévéa, palmiers à huile, coco) le plus souvent destinées à l'exportation. L'exploitation forestière et la pêche sont aussi des activités très développées.

Le secteur industriel comporte surtout des industries agroalimentaires. Si les industries textile et pétrolière prennent de l'ampleur, la plupart des industries de transformations demeurent absentes du paysage économique ivoirien.

Le développement du secteur tertiaire, avec l'implantation des banques commerciales internationales et l'accroissement du nombre de sociétés de services, semblent renverser la tendance de ces dernières années.

Exemple typique des pays en voie de développement, le secteur informel avec ses petits métiers de toute sorte, est prépondérant.

Avec plus de 70% de la population ayant moins de 25 ans, la Côte d'Ivoire est confrontée aux problèmes de scolarisation de ces jeunes, ainsi qu'à un taux élevé de chômage.

1-1-2 Présentation de la zone d'investigation : la région de la Marahoué

1-1-2-1 Situation géographique

La région de la Marahoué, objet de notre étude est située au coeur de la Côte d'Ivoire. Elle est à cheval sur la zone de la forêt dans sa partie Sud et Ouest et la zone de savane au Nord. D'une superficie de 8 700 km² avec une population totale de 55 4807 habitants en 1998, la région se compose de trois départements : Bouaflé (chef lieu de région), Zuénoula et Sinfra. Elle est limitée par la région du Worodougou et la vallée du Bandama au Nord et la région du Fromager au Sud, la région des lacs à l'Est et la région du haut Sassandra à l'Ouest. Cet immense territoire est connu comme étant le pays Gouro. Nous avons choisi la région de la marahoué du fait de sa forte concentration d'étranger. En plus c'est une région qui est située entre la savane et la forêt. C'est une zone qui est propice à la culture du café et du cacao.

1-1-2-2 Historique

Les populations de la région sont venues dans la contrée par vagues successives.

1-1-2-2-1 La mise en place des populations autochtones

Trois principales ethnies constituent les autochtones de la région. Ce sont les Yaouré, les Gouro et les Ayaou. Les Yaouré ou Yohouré se répartissent en deux (02) groupes :

- Les Yaouré du Sud de Bouaflé ou Yaouré Namalé que TAUXIER57(*) appelle les « Kanga-Bonou». Ils sont plus proches des Gouro par la langue et par les moeurs.

- Les Yaouré du Nord-Est de Bouaflé ou Yaouré-Akan ayant des rapports avec les Baoulé. Il est difficile de connaître leur origine. TAUXIER semble soutenir ce point de vue lorsqu'il écrit : «  les Yaouré sont des Baoulé venus de l'autre côté du Bandama blanc à une époque difficile à fixer».

Qu'ils soient autochtones de la région ou « venu de l'autre côté du Bandama» ; les Yaouré sont les tous premiers habitants de la contrée. Leur présence est antérieure à celle des Gouro et à la pénétration Française. Si les Yaouré sont les premiers habitants de la région, pourquoi la région est reconnue par tous comme appartenant aux Gouro ? Pour deux raisons :

- Parce qu'à la suite de transactions (un boeuf, un cabri et un Bro)58(*), les Yaouré ont cédé le site de Bouaflé aux Gouro dès l'implantation de ceux-ci.

- L'installation de nombreux villages Gouro et d'immenses tribus dans la zone ont renforcé l'esprit d'appartenance effective de cette ethnie à la région.

L'implantation des Gouro dans la région est postérieure à celle des Yaouré. Les Gouro ou Bouavéré s'appelaient à l'origine les «Sérurê» Seri ou sohi veut dire libre et « Vrê » biche ; l'un de leurs aïeuls ayant été sauvé par une biche. Selon des informations orales racontées par le vieux Zrah Bi Hué au cours d'une enquête orale en Avril 1973 réalisée par Zamblé Bi You59(*), l'appellation actuelle des «Serurê » bouavéré est relativement récente. Elle est liée à la pêche pratiquée par les membres de cette tribu et à la vente des produits liés à cette pêche. La question de l'origine des Ayaou soulève beaucoup de controverses.

Pour MEILLASSOUX60(*), « l'immigration des Ayaou est surtout liée aux développements des cultures commerciales qui a suivi la guerre de 1939-1945». Leur migration est plus récente. Selon des témoignages, les Ayaou auraient habité la région de Sakassou. Initialement membre de la tribu des Walèbo, ils feraient partie de la suite de la reine Abla Pokou, mais une querelle de succession les opposa aux autres tribus. Inférieurs en nombre, ils prirent la décision de s'enfuir. Ils se dirigèrent donc vers l'ouest au début du XIXème siècle ; ce qui contredit la thèse de MEILLASSOUX.

A ces trois groupes, il faut ajouter la présence de deux (02) ethnies minoritaires localisées au nord-est de Gohitafla. Il s'agit des Muvanou ou Mona et des Ngwanou ou Ouan.

1-1-2-2-2 La vague de migrations

Les migrations actuelles se situent dans le prolongement direct des mouvements de population de la période précoloniale. Ainsi de véritables stratégies d'occupations et de colonisation de forêt sont élaborées et appliquées non seulement par les populations ivoiriennes, mais aussi par des populations étrangères61(*).

1-1-2-2-2-1 Les raisons de l'arrivée des Baoulé

L'immigration Baoulé dans cette région découle de plusieurs raisons importantes à souligner :

La colonisation

En réaction à « l'agression » de la société Baoulé par les entreprises coloniales à travers le travail forcé, les Baoulé ont trouvé comme moyen de défense la migration.

Les motivations économiques

La Côte d'Ivoire, dès son indépendance a axée son développement sur l'agriculture. La zone de forêt bénéficiant d'un climat favorable a permis le développement d'une agriculture de rente rémunératrice. La zone de savane quant à elle présente des conditions moins favorables. La sécheresse y sévit, d'ou la variation des conditions pluviométriques qui accentue le caractère aléatoire des exploitations. La migration se présente comme une solution pour les Baoulé pour palier la faiblesse des revenues monétaires.

Les nouvelles politiques de l'indépendance

Au début des années 1970, l'Etat va « occasionner» la migration Baoulé suite à la construction du barrage hydroélectrique de kossou. Plusieurs milliers de paysans Baoulé des rives du fleuve Bandama atteints par les eaux de retenue du barrage sont transférés dans la Marahoué ; créant ainsi des enclaves dans le département de Bouaflé. Ce sont les localités comme Akwuébo, Attossé Bénou, Diacohou Sud, Nangrékro, N'dénoukro, N'douffoukankro.

Outre ces différentes raisons, on note également des déplacements spontanés de populations liés soit à un désir d'aventure, soit à un désir de «  découvrir » le monde extérieur (surtout chez les jeunes). Dans le second cas, la migration répond d'abord à une curiosité.

1-1-2-2-2-2 L'arrivée des Malinké

Ils sont originaires soit des Etats voisins du Nord et de l'Ouest (Mali, Guinée) soit du Nord-Ouest de la Côte d'Ivoire (Odiénné, Séguéla, Mankono). Ce n'est qu'après la conquête coloniale que les Malinké commencèrent à s'implanter dans la région dans le sillage de l'armée coloniale. L'essentiel de leurs activités est lié à l'économie coloniale à ses débuts : artisanat commercial, colportage, commerce ; plus tard traite du café et du cacao, transport, commercialisation des produits vivriers excédentaires, transport en commun. Parallèlement à leurs métiers de commerçants et d'artisans, les Malinké sont aussi cultivateurs62(*).

1-1-2-2-2-3 L'arrivée des Mossi

L'un des traits les plus caractéristiques de la région de la Marahoué sur le plan humain, c'est la présence d'une forte communauté Mossi dans la région. Troisième groupe important d'immigrants après les baoulé et les Malinké, Les Mossi peuplent en grande partie cinq villages de la région. Ce sont Garango, Tenkodogo, Koupela, et Koudougou dans le département de Bouaflé et Kaya- Ziduho dans le département de Zuénoula. Ces villages ont la particularité d'être situés sur les grands axes routiers63(*).

Exemple : Garango sur l'axe Bouaflé-Daloa, et Koudougou sur l'axe Bouaflé-Yamoussoukro. Quelles sont les raisons de l'implantation des Mossi en plein Centre-Ouest ivoirien ?

Leur présence dans la région de la Marahoué s'explique strictement par des raisons économiques. L'histoire de ces villages est liée à la volonté de la puissance coloniale dès 1933 de mettre en valeur les potentialités de la colonie de Côte d'Ivoire. La décision définitive d'implanter les villages Mossi dans le cercle des Gouro fut prise par l'arrêté 2292 AE du 11 Aout 1933 portant création des villages dits de colonisation64(*).

Le but de la création de ces villages comme l'indique l'arrêté pris par RESTE est de faciliter la mise en valeur des zones fertiles du sud d'une part et de favoriser le brassage des diverses populations qui peuplent la colonie d'autre part. Mais les motivations réelles de cette décision vont au-delà des raisons évoquées par l'arrêté.

En effet, la crise économique de 1929 a provoqué dans les colonies un ralentissement de l'activité économique. Ainsi lors de l'établissement du projet du budget de 1933, il est décidé la suppression du cercle de la Haute-Volta et son rattachement à la colonie de Côte d'Ivoire. L'application de cet arrêté ne s'est pas fait sans problèmes. Il a fallu engager des négociations avec les autochtones de la région d'accueil mais aussi avec les autorités coutumières de la Haute-Volta en l'occurrence le Moro Nabab65(*).

Au niveau de la Haute-Volta, pour motiver les Mossi et surtout pour freiner leurs mouvements vers la Gold Coast, les colons décident l'octroi de certains avantages aux Mossi. Il s'agit de la promesse de fonder des villages sur les grandes routes d'étapes Bobodioulasso-Banfora-Bouaké-Abidjan. Les chefs de familles seraient payés par le budget local au début et installés dans des cases construites gratuitement pour eux. Ils seraient exonérés d'impôts les premières années, recevraient des terrains de cultures et seraient nourris pendant six (06) mois aux frais de la colonie66(*).

L'étude de la mise en place des peuples de la région montre que le peuplement de la Marahoué résulte de migrations variées. Il convient à présent de relever les principaux traits de cette population.

1-1-2-2-3 Composition de la population

Plusieurs groupes ethniques cohabitent dans la région. Cette population se compose essentiellement d'un grand groupe autochtones appelé les Mandé du Sud. Il représente 34% de la population totale de la région.

En plus des peuples autochtones, on rencontre également dans la région une frange importante de populations allogènes (des baoulé, des Malinké, des Sénoufo et bien d'autres ethnies en minorité). Nous comptons dans la population étrangère (22% de la population totale de la région), de nombreux burkinabé, Maliens et Guinéens. Le peuplement de cette région est le fait d'un processus historique et de mouvement migratoire successifs.

1-1-2-2-4 Création administrative

Dans un souci de mieux faire connaître la région, il nous parait important de donner des informations sur sa création administrative. Au moment de la création de « la colonie indépendante de la Côte d'Ivoire » (décret du 10 Mars 1893), les français ne tenaient que les points stratégiques du pays : le littoral, les axes des fleuves, les points importants des savanes du Nord (Séguéla, Mankono).

Le tout était de faire de cette colonie tracée sur le papier une colonie réelle ; c'est dire d'occuper le terrain et d'en administrer les habitants, l'occupation effective de l'ensemble du territoire amène les français à créer un certains nombre de postes à l'intérieur de la colonie.

Du point de vue administratif, le pays Gouro a connu plusieurs aménagements en ce qui concerne son statut. En effet, avec la dissolution de l'ancien cercle du haut Sassandra en 1911, les secteurs de Zuenoula, Bouaflé et Sinfra qui lui appartenaient sont rattachés à ceux de Lobo (région de Vavoua).

En 1913, est crée pour la première fois le « Cercle Gouro » qui comprend les subdivisions : Oumé, Sinfra, Zuénoula et Bouaflé ; Vavoua étant exclu. Mais en 1936, le cercle est à nouveau démantelé. Oumé est rattaché au « cercle de Gagnoa », Bouaflé, Zuénoula, et Sinfra à celui de Daloa. Il a fallu attendre 1957 pour voir se reconstituer l'ancien «  cercle Gouro » (devenu cercle de Bouaflé) qui se trouve amputé d'Oumé qui reste dans le «  cercle de Gagnoa ».

Petite place militaire au début de sa création, Bouaflé allait devenir le chef lieu d'une importante circonscription administrative. La région connaîtra plus tard un autre aménagement. En effet, le décret N° 97-19 du 15 janvier 1997 en son article 12 décrète que la région, circonscription administrative régionale précédemment dénommé Bouaflé est désormais identifiée sous l'appellation de région de la «  Marahoué » avec pour chef-lieu Bouaflé. Le ressort territorial de la région englobe les départements de Bouaflé, Oumé, Sinfra et Zuénoula.

Tableau 1 : Lois et dates de création des départements

Départements

Date de création

Bouaflé

loi N° 69-241 du 9 juin 1969

Oumé

loi N° 79-409 du 21 Mai 1979

Sinfra

loi N° 85-1086 du 17 octobre 1985

Zuénoula

loi N° 79-409 du 21 Mai 1979

Source : Ministère de l'intérieur

Ce découpage va une fois de plus subir une modification en 2000. Ainsi le décret N° 2000-283 du 20 avril 2000 décrète en son article 1er qu'il est crée par scission de la région du haut Sassandra et la région de la Marahoué, la région du Fromager. Le département d'Oumé rattaché à la nouvelle région du fromager ne fait plus partie de la région de la Marahoué.

Initialement «Cercle Gouro» aujourd'hui « région de la Marahoué » ; elle joue un rôle important de par sa position géographique.

1-1-2-3 Aspects socio-démographiques

Il s'agira d'appréhender les caractéristiques de la population et leur milieu d'installation.

1-1-2-3-1 Caractéristiques de la population de la Marahoué

1-1-2-3-1-1 Données générales sur la population

Il s'agit de montrer les principaux caractères de la population de la région. Selon les chiffres du dernier RGPH en 1998, la Marahoué compte 554 807 habitants dont 52% d'hommes et 48% de femmes. Cette population correspond à 4% de celle nationale soit 15 366 672 habitants pour 2,7% du territoire national (322 462 km²).

La population de la Marahoué dans l'ensemble est relativement jeune puisque les personnes âgées de moins de 20 ans représentent 57% de la population totale contre 4% de personnes âgées de plus de 60 ans. Les adultes constituent 39% de la population régionale. Sur un total de 291 localités recensées en 1998, la Marahoué compte 286 localités rurales et cinq (05) villes qui sont Bouaflé, Bonon, Zuénoula Gohitafla et Sinfra.

1-1-2-3-1-2 Répartition de la population par départements

La répartition spatiale de la population est un élément essentiel de la gestion administrative. Elle offre une perception de l'occupation du sol et pose les problèmes d'aménagement. Elle permet aussi de saisir les potentialités du milieu. Cette répartition porte sur la localisation des sites habités et sur les densités de peuplement.

Tableau 2 : Récapitulatif de la population par départements

LOCALITES

LIEU DE RESIDENCE

TOTAL

Urbain

%

Rural

%

BOUAFLE

47 941

32

101 105

68

149 046

BONON

28 140

32,2

59 126

67,8

87 266

ZUENOULA

23 972

22,7

81 585

77,3

105 557

GOHITAFLA

9 646

22,5

33 277

77,5

42 923

SINFRA

49 297

29

120 718

71

170 015

INS-REGION

158 996

28,6

395 811

71,4

544 807

Source : INS- RGPH-1998

Les résultats du RGPH-1998 indique que 71,4% de la population totale de la Marahoué vit en milieu rural contre 28,6% en milieu urbain. La proportion des ruraux dans la Marahoué est supérieure à la moyenne nationale (57%). Dans le milieu rural de la Marahoué, on distingue deux types de sites habités par les populations les villages noyaux (65,5% d'habitants) et les campements ou hameaux (34,5%)

1-1-2-3-1-3 Structuration de la population par sexe et par âge

Tableau 3: Structure de la population par département selon le sexe en 1998

DEPARTEMENTS

SEXES

RAPPORT DE MASCULINITE

Hommes

Femmes

BOUAFLE

123 223

113 089

109

SINFRA

89 959

80 056

112,4

ZEUNOULA

76 959

72 275

105,4

INS. REGION

289 386

265 421

109,02

Source : INS (RGPH l998)

La répartition de la population selon le sexe montre une prédominance des hommes : 109 hommes pour 100 femmes. Cette supériorité au niveau des hommes est identique dans les trois départements.

Dans la région, les hommes sont plus nombreux que les femmes; soit 52% pour 48%. La prédominance masculine est plus nette dans le département de Sinfra (112 hommes pour 100 femmes). Dans la tranche d'âge 75-79 ans, nous avons jusqu'à 199 hommes pour 100 femmes. Ce département est une zone d'accueil. La migration est d'abord une affaire d'hommes.

Dans le département de Zuénoula, nous avons une supériorité féminine dans la tranche d'âge 20-59 ans. Cette situation est la conséquence d'une émigration scolaire ou de travail qui touche particulièrement les hommes.

Au niveau des tranches d'âge, on remarque une supériorité numérique des hommes dans certains groupes d'âges: de 0-29 ans et de 45-94 ans. La supériorité masculine est liée à divers facteurs:

Ø La migration scolaire. En effet, avec la suppression des internats dans les établissements publics nationaux et le refus de certaines personnes (parents ou amis des parents) d'héberger les élèves parce qu'occasionnant des coûts additionnels pour leurs ménages, on assiste de plus en plus à l'apparition «d'enfants responsables»; c'est-à-dire des enfants chefs de ménages. Ceux-ci se recrutent essentiellement parmi les enfants de sexe masculin ;

Ø L'émigration des jeunes filles pour des raisons de mariages, d'emploi ou de scolarisation ;

Ø La classe d'âge 60-64 ans est une zone de vieille immigration avec le retour des retraités des grandes villes soit pour se reposer, soit pour gérer leurs exploitations agricoles.

La supériorité féminine dans les tranches d'âge 30-44 ans et 95 et plus peut s'expliquer par plusieurs raisons:

Ø Les personnes de sexe masculin en quête d'emplois rémunérateurs se dirigent vers les centres urbains tels que Bouaké, San-Pedro, Abidjan ;

Ø Les terres se raréfient sous la pression démographique liée à l'afflux des migrants dans la région. Pour faire face à cette situation, les populations masculines se tournent vers d'autres zones à la recherche de terres disponibles et cultivables;

Ø La prédominance féminine peut être liée à la polygamie qui est courante en milieu rural et un écart d'âge trop grand entre les époux;

Ø Le rapport de masculinité à la défaveur des hommes dans la tranche d'âge 95 ans et plus pourrait être lié à cet écart d'âge entre les coépouses et le mari généralement plus âgé qui décèdent souvent avant les épouses.

1-1-2-3-1-4 Structure de la population par pays d'origine

Il s'agit dans cette partie de faire une analyse descriptive de la composition de la population à travers une comparaison des sous populations que sont la population ivoirienne et la population non ivoirienne.

Tableau 4: Comparaison de la population résidente ivoirienne et non ivoirienne.

 

Sexe

Rapport de masculinité

Masculin

%

Féminin

%

Total

%

IVOIRIENNE

219 287

51

211 499

49

430 786

78

103,7

NON IVOIRIENNE

70 099

57

53 922

43

124 021

22

130

Source : INS- RGPH 1988 -1998

La population ivoirienne dans la région est de 430 786 habitants en 1998. Elle représente 78 % de la population totale de la région et est composée en majorité d'hommes (51 % d'hommes contre 49 % de femmes); soit 103 hommes pour 100 femmes.

La structure par sexe et par âge des ivoiriens fait apparaître une prédominance du sexe masculin dans les groupes d'âge 0-19 ans et de 65-94 ans et un déficit masculin dans les groupes de 20-64 ans et de 95 ans et plus. La supériorité féminine dans la tranche d'âge 20-64 ans trouve son explication dans les facteurs suivants :

-Les difficultés rencontrées sur le terrain par les agents recenseurs et les absences longues et répétées aussi bien en ville qu'en campagne de certains individus de sexe masculin ;

-On sait aussi le penchant des gens à se donner des âges ronds (âges terminés par 0 et 5 ans).

-Les jeunes migrent vers les villes ou vers d'autres campagnes.

La population non ivoirienne est aussi en majorité masculine (57% d'hommes contre 43 % de femmes); soit 130 hommes pour 100 femmes. Trois communautés dominent cette population: les Burkinabé (63,7%), les Maliens (22,65%) et les Guinéens (4,65%).

L'analyse de sa structure par âge et par sexe révèle une supériorité masculine dans tous les groupes d'âge. Cette supériorité provient d'une forte immigration alimentée par une main-d'oeuvre essentiellement étrangère et de sexe masculin. La prédominance des hommes atteint son maximum dans la tranche d'âge 60-64 où nous avons 355 hommes pour 100 femmes. Ce rapport de masculinité élevé au profit des hommes est lié aux mouvements importants des populations lors de la colonisation. En effet, entre 1932 et 1933, la puissance coloniale d'alors c'est-à-dire la France à créé par décret les villages dits de colonisation dans le centre-ouest de la colonie de Côte d'Ivoire. Ces villages sont peuplés de la main- d'oeuvre mossi venue de l'ex-colonie de la Haute Volta. Les hommes âgés en 1998 de 60 à 64 ans sont les enfants nés des premiers immigrants installés dans la Marahoué dans les années 1932-1933.

La structure par âge de la population non ivoirienne présente aussi un rétrécissement au niveau de la classe d'âge de 10 à 19 ans surtout chez les· hommes. Ce rétrécissement peut s'expliquer par un départ massif des jeunes dans leur pays d'origine pour des raisons scolaires.

En effet, les perturbations que connaissent l'école ivoirienne depuis ces dix dernières années ; ainsi que le coût élevé de la scolarité amènent les parents à inscrire leurs enfants dans leurs pays d'origine. Il faut ajouter à cela le fait que l'immigration des personnes en âge de travailler commence généralement à partir de 20 ans.

L'analyse des caractères de la population régionale révèle une prédominance des hommes sur les femmes. Néanmoins, nous constatons un déficit de la population masculine dans les groupes d'âge 30-39 ans. Ce déficit est lié à la forte migration des hommes vers d'autres zones. Au niveau de sa composition, la population non ivoirienne se caractérise par une supériorité masculine dans tous les groupes d'âge. Cette supériorité s'explique par une forte immigration commencée depuis l'époque coloniale. L'évolution de la population de la Marahoué s'est faite au rythme moyen annuel de 3,4% (le taux national est de 3,3%).

La proportion masculine dans la région est de 52% d'hommes contre 48% de femmes contrairement au taux national qui est de 51 % d'hommes contre 49% de femmes. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle la Marahoué renferme des caractéristiques démographiques différentes des moyennes nationales est vérifiée. Il convient à cet effet de montrer l'impact de cette population sur son espace de vie.

1-1-2-3-2 Milieu d'installation des populations

1-1-2-3-2-1 Les campements

Plus de la moitié des localités recensées sont rurales et représentent 71,4% de la population régionale (RGPH- 1998). En effet, les populations qui arrivent dans la région sont en majorité des paysans. Elles s'installent donc dans les campagnes qui offrent les meilleures conditions pour la création d'exploitations agricoles. Une des caractéristiques du milieu rural de la Marahoué est la présence d'un nombre important de campements.

L'existence de campement de façon pérenne ou saisonnière est liée à l'économie de plantation, dans les zones de forêt. Leur importance s'explique par l'immigration. Les immigrés, une fois les terres agricoles acquises élisent domicile non dans les villages d'accueil, mais sur la parcelle du terroir qui leur est acquise. Les campements sont créés soit par la volonté des autochtones qui refusent la cohabitation avec les migrants, soit par le désir des migrants de s'éloigner ou de s'isoler des autochtones.

Tableau 5 : Les sous-préfectures et leurs campements

POPULATION

SOUS-PREFECTURE

NOMBRE DE CAMPEMENTS

POPULATION

TOTALE

POPULATION DES CAMPEMENTS

Effectif

%

BONON

416

87 266

34 793

25,5

BOUAFLE

409

14 904

35 502

26

SINFRA

779

170 015

44 818

32,82

GOHITAFLA

54

42 923

4 389

3,21

ZUENOULA

497

105 557

17 032

12,47

INS-REGION

2155

554 807

136 534

100

Source : INS-1998

Selon le recensement de 1998, la Marahoué totalise 2 155 campements avec une population 136 534 habitants qui y résident. La sous-préfecture de Sinfra compte 779 campements avec 32,82% de la population totale des campements. C'est la sous-préfecture de Gohitafla qui compte le moins de campements et par conséquent la plus faible proportion de population (54 campements pour 3,21% l'effectif total des campements).

L'une des spécificités de la Marahoué, c'est la présence de nombreux campements d'immigrés. Les campements d'immigrés sont par définition des lieux de résidences plus ou moins durables .Ils se développent avec une rapidité alimentée par des arrivées massives en provenance des pays limitrophes. Rares sont les villages Gouro qui n'ont pas accueillis au moins un campement de planteurs immigrés .La zone la plus dense est la sous-préfecture de Sinfra. Il existe un va et vient incessant entre les campements immigrés et les villages d'origines de ces planteurs en pays Gouro.

Tableau 6 : Evolution du nombre de localités par sous-préfectures

SOUS-PREFECTURES

1988

1998

EVOLUTION

BONON

26

20

-6

BOUAFLE

76

80

4

SINFRA

40

71

31

GOHITAFLA

37

32

-5

ZUENOULA

95

88

-7

INS-REGION

274

291

17

Source : INS (1988-1998)

Les données du tableau ci-dessous indiquent le nombre de nouvelles localités officielles dans la région (17). Au niveau des sous-préfectures de Bonon, Gohitafla, Zuénoula nous remarquons une disparition de localités alors qu'à Bouaflé et Sinfra, nous constatons les valeurs négatives du tableau. Nous pouvons dire que le recensement de 1988 a soit, inscrit des campements qui ont disparu, soit, intégrés à des villages qui se sont regroupés. Il y a aussi le cas où le campement est déserté par une frange importante de sa population ; par conséquent il n'est pas officiellement pris en compte par le recensement.

Au niveau des augmentations, soit des campements se sont regroupés pour créer des villages, soit des campements saisonniers pendant la période du recensement ont été inscrits sur la liste des villages.

1-1-2-3-2-2 Les villages centres ou pays rural

Afin de mieux maitriser l'équipement et la modernisation du milieu rural, l'autorité ivoirienne a organisé l'espace en pays « rural » de quelques milliers d'habitants et de petites unités de superficies dont les pôles sont les villages centres. Ainsi les FRAR (Fonds Régionaux d'Aménagement Rural) ont défini pour chaque type d'établissement humain des grilles d'équipements adaptables aux besoins particuliers des différents « pays ». Un équipement correct du milieu rural suppose :

- Des voies de communication permanente entre les villages et les chefs-lieux de sous -préfecture.

-Des écoles.

-Des centres de santé.

-Des équipements hydrauliques.

Dans ces conditions, le village centre apparait comme le premier niveau de polarisation. C'est là que la majorité des habitants de la région trouve à sa portée certains services qui rendent leurs conditions de vie acceptables. Le village centre doit exercer une certaine attraction sur les autres villages du pays rural qui lui sont rattachés. Ainsi la Marahoué compte 48 pays ruraux ou villages centres repartis comme suite : 20 pour le département de Zuenoula, 20 pour Bouaflé et 08 pour le département de Sinfra.

Un autre élément de la modernisation est l'habitat. Nous avons eu en premier lieu un habitat de type traditionnel où il existe très peu de maison de style moderne. Dans un second cas, il y a des villages en grande partie ou entièrement modernisés grâce à l'intervention de l'Etat. C'est le cas des villages AVB (Aménagement de la Vallée du Bandama) de la forêt des TOS (Nangrékro, N' dénoukro, Attossè, Bénou, N'douffoukankro, Blé, Akouriébo, Diacohou sud). Les cases se repartissent le long de la voie principale et sont construites en briques et recouvertes de tôles. Elles ont parfois l'allure de petites habitations de quartiers populaires des villes.

La création de la région de la Marahoué obéit à une volonté politique de circonscrire une zone géographique à cheval sur la savane et la forêt. Cet atout naturel l'a ainsi dotée de réelles potentialités agricoles. Cela fait d'elle une contrée qui attire les populations. Les migrations dans cette région sont une réponse aux problèmes de subsistance et de revenus des populations des savanes. La migration qui est la plus importante dans la région est essentiellement celle de migration de colonisation agricole. Il ya aussi les migrations « occasionnées » par l'Etat suite à la construction du barrage hydroélectrique de Kossou.

La migration qui nous intéresse ici est celle des enfants des pays limitrophes à des fins d'exploitation dans les plantations de café cacao dans la région.

De façon générale, la zone de Bouaflé constitue la plus grande zone de progression avec des taux de croissance de 10 à plus de 20% ; suivi de Sinfra avec une croissance qui varie entre 1 et 15%. Mais Sinfra est aussi une zone d'abandon avec régression de -5%. Il faut noter que le département de Zuénoula est une zone où les abandons sont négligeables.

1-1-2-3-2-3 Les villes

La Marahoué se caractérise par sa ruralité. Néanmoins, cette région présente quelques signes de modernité avec une urbanisation naissante. Les cinq (5) villes de la Marahoué disposent au minium d'infrastructures pour le fonctionnement Etatique. A cela s'ajoutent des établissements hospitaliers, scolaires et de formation.

1-1-2-4 Ressources économiques : une région essentiellement agricole

L'agriculture, dans la région de la Marahoué, repose sur des atouts naturels et humains, quelques infrastructures de communication et les productions agricoles.

1-1-2-4-1 Atouts naturels

1-1-2-4-1-1 Un climat favorable

Le climat de la région tient du régime tropical de transition caractérisé par le double passage du front intertropical. L'année se subdivise en quatre saisons dont deux sèches et deux saisons pluvieuses. D'abord on distingue la grande saison sèche qui débute à partir de la fin de Novembre et Décembre et se prolonge jusqu'au mois de Mars.

C'est le temps non seulement de la préparation des terrains de culture (défrichements, brûlis) mais aussi des récoltes d'ignames et des feux de brousse. C'est à cette période (fin Décembre-Janvier) que souffle l'harmattan ou «funè» en langue locale. C'est une brise froide et sèche venant du nord et particulièrement sensible dans la région de Zuénoula.

Ensuite, arrive la grande saison de pluies à partir d'Avril-Mai. Les pluies éclatent généralement les après-midi ou la nuit et durent parfois toute une journée dans les années favorables.

Quant à la petite saison sèche, elle survient à partir de Juillet-Août et dure parfois quelques semaines à deux mois. Elle correspond au temps de sarclages des champs d'igname et à la période de maturité du riz pluviale et du maïs qui «sauve» les populations de la disette qui accompagne souvent la fin des semaines. Enfin, avec le mois de Septembre correspondant à la redescente du front intertropical, la pluie reprend ses droits jusqu'à la fin Novembre. C'est une deuxième saison pluvieuse courte mais intense.

Aujourd'hui ce climat connait bien des perturbations fréquentes (irrégularités des pluies, sécheresse fréquentes). Ces perturbations mettent les paysans dans une situation d'incertitude d'une année à l'autre. Aussi, note-t-on une migration vers d'autres régions.

Il faut remarquer que le rythme des saisons et les cycles culturaux sont dans une relation de dépendance. Et les champs se localisent dans l'espace en fonction de ces saisons et en fonction de la végétation naturelle et de la qualité des sols.

1-1-2-4-1-2 Une végétation naturelle propice en dégradation

La région de la Marahoué est une zone de transition qui se trouve à cheval sur la forêt au sud et à l'ouest et sur la savane au Nord et à l'Est. La forêt est largement entamée par le développement des cultures de rente (café et cacao) et des cultures vivrières.

Quant à la savane, elle est le domaine de croissance des cultures vivrières comme l'igname, la patate et des légumes. Autrefois soumise annuellement aux feux de brousse, la savane avec la disparition progressive de la forêt primaire semble connaître un regain d'intérêt; elle constitue de ce fait la zone privilégiée où se cultivent l'arachide et le coton qui devraient apporter un souffle nouveau à l'économie de la région.

Il reste cependant vrai que les perturbations climatiques et la dégradation du couvert végétal constituent une certaine menace pour les sols, désormais soumis aux effets directs de l'érosion et à une pression démographique nulle part égalée.

1-1-2-4-1-3 Des sols médiocres aux qualités physiques convenables

Toute la végétation pousse sur des sols de qualités médiocres ; notamment des sols ferralitiques moyennement dénaturés. Leurs caractéristiques résultent du climat et de son évolution. Sur le plan des aptitudes, le comportement des espèces culturales vis à vis de ces sols est variable. Ce sont les sols forestiers aptes à l'arboriculture qui attirent les populations. Les possibilités d'associer les produits vivriers aux cultures d'exportation constituent un autre élément d'attraction.

En plus, les voies de communication permettent aux immigrants d'exploiter toutes les possibilités de ce milieu.

1-1-2-4-2 Atouts humains

La population de la Marahoué est, en majorité, rurale. Cependant, l'accès à la terre diffère d'une communauté à l'autre.

1-1-2-4-2-1 L'accès à la terre par les autochtones

TAUXIER place comme figure centrale dans le régime foncier Gouro, le «treza» (qu'il traduit par «chef de terre»), descendant virtuel des premiers occupants. En pays Gouro, la terre est avant tout un bien familial. Les populations ne travaillent que dans la propriété familiale.

La Marahoué, en même temps zone de forêt et de savane dispose de très peu de forêt; par conséquent de peu de terre pour une population de plus en plus importante. Dans le cas où un autochtone sollicite une parcelle de terre dans un autre domaine familial, il se fait aider par un « tuteur ». La terre est louée ou prêtée au demandeur uniquement pour les cultures annuelles et non pour la réalisation de cultures pérennes.

Le prêt ou la location s'accompagne toujours de dons ou de cadeaux au propriétaire terrien. Mais avec le relâchement des rapports de parenté, nous assistons de plus en plus à l'apparition de la propriété individuelle. Il y a également le cas où le chef de terre s'accapare la terre avec l'apparition des cultures commerciales génératrices de revenus.

1-1-2-4-2-2 Les conditions d'installation et d'acquisition de la terre par les allochtones

Généralement, l'allochtone a déjà des contacts sur place. Il arrive dans la région soit à l'appel d'un parent ou d'un ou d'un ami. Parfois, il vient dans la région sans y connaître précisément quelqu'un.

Dans le premier cas, «l'étranger» travaille pour son contact. Ce dernier lui sert plus tard d'intermédiaire auprès du propriétaire terrien pour l'obtention de sa propre parcelle de terre ; ou le « parent» peut donner une partie de la terre qu'il occupe au nouveau venu avec l'accord du chef de terre.

Dans le second cas, le migrant s'adresse directement au chef de terre pour l'acquisition d'une terre à cultiver. Il est évident que les portions de forêt attribuées ne le sont jamais à titre gratuit. A ce niveau, la pratique la plus courante est celle de «cadeau» en espèces ou en nature. Par ce cadeau au donateur, l'immigrant acquiert le droit de défricher et de planter.

Mais comme il s'agit bien de cadeau et non d'un achat, celui-ci ne permet pas une appropriation réelle de la terre par le migrant.

1-1-2-4-2-3 La stratégie des allogènes (Mossi)

L'installation des Burkinabé dans la Marahoué est facilitée par la présence des Mossi installés dans la région depuis la période coloniale. Les nouveaux arrivants s'adressent en premier lieu à leur communauté dans laquelle se trouvent des propriétaires terriens67(*). Dans le cas où le nouveau venu n'a aucun lien de parenté avec les Burkinabé installés dans la région depuis longtemps, il se fait engager comme manoeuvre dans les plantations de ses compatriotes.

Dans certains cas, les paysans Gouro prennent les nouveaux arrivants burkinabés comme manoeuvres ; et en retour ils leur attribuent des parcelles de terre sur la base de contrats (métayage). Il faut ajouter à cela le fait que les autochtones dans leur désir de freiner l'avancée de la migration baoulé facilitent quelquefois l'accès à la terre des Burkinabés pour contrer l'afflux baoulé.

1-1-2-4-3 Des infrastructures routières

L'état du réseau routier apparait dans ce tableau.

Tableau 7 : Répartition du réseau routier

DEPARTEMENTS

Ensemble réseau routier (Km)

Réseau bitume (Km)

Réseau en terre (Km)

 

%/CI

 

%/CI

 

%/CI

BOUAFLE

1086

1,3

123

1,9

963

1,3

SINFRA

729

0,9

95

1,5

634

0,8

ZUENOULA

785

1

25

0,4

760

1

TOTAL REGIONAL

2600

3,2

243

3,7

2357

3,1

Source : Direction des routes et voiries

Le développement de la Marahoué, région à vocation agricole repose aussi sur la diversité de son réseau routier estimé à 2 600 Km (soit 3,2% du réseau national) dont 243 km de routes bitumées contre 2357 km de routes en terre qui prennent aussi en compte les pistes.

Ainsi les routes bitumées ou routes nationales d'intérêt général (3,7% du réseau national bitumé) permettent d'assurer la jonction entre les préfectures et les régions du pays. Les routes en terre (3,1% du réseau en terre au niveau national) font la connexion entre les villages et les villes de la région. Les pistes permettent de relier les campements entre eux et les villages.

Ce réseau est l'un des atouts majeurs de la région et constitue un élément stratégique du développement régional en ce sens qu'il permet non seulement l'écoulement des produits vivriers et d'exportation, mais également le déplacement des personnes. Les pisteurs n'éprouvent pas de difficultés particulières à rallier les sites de productions. Néanmoins à cause de la nature des sols, la saison des pluies est la période redoutée pour certains tronçons.

1-1-2-4-4 Productions agricoles

Elles ont deux grandes composantes : les productions vivrières et les productions d'exportation.

1-1-2-4-4-1 Productions vivrières

Les activités agricoles vivrières portent en grande partie sur la culture du riz et de l'igname dans la zone de savane, tandis que la forêt demeure le domaine de la banane plantain.

En savane, c'est une agriculture itinérante sur brûlis où la jachère permet la reconstitution des éléments fertilisants du sol. Cette agriculture associe et fait succéder dans le même champ et sur les mêmes parcelles plusieurs cultures qui cèdent progressivement la place les unes aux autres à mesure de leur maturité. Les cultures vivrières sont destinées à l'autoconsommation. Le surplus est destiné à la commercialisation. Le marché du vivrier est singulièrement détenu par les femmes. Comme nous le disons plus haut, le cycle cultural se calque sur le rythme des saisons et en fonction des deux principales périodes de précipitations. La culture du riz et de l'igname qui occupe l'essentiel du calendrier agricole tente donc de s'adapter à cette division du temps.

Parfois les grains de riz sont mélangés à ceux de gombo, de piment et surtout du maïs qui associé au riz arrive toujours à maturité avant celui-ci. Plante exigeant d'importantes quantités d'eau, la croissance du riz en l'absence d'une technique de capture et de maîtrise de l'eau, est souvent contrariée et demeure de ce fait tributaire des pluies. La culture du riz demeure ainsi à la merci des moindres perturbations climatiques. C'est pourquoi, pour prévenir d'éventuelles mauvaises récoltes liées aux irrégularités pluviométriques, les populations s'adonnent aussi à la culture de l'igname ; l'autre pilier de l'alimentation en pays Gouro. Il faut noter que l'igname se cultive très souvent en association avec d'autres cultures comme le bananier, le manioc. Notons que la Marahoué de par sa position, présente deux images.

Dans la savane du Nord, c'est le règne de la spéculation vivrière autour d'une culture : l'igname. Au Sud où l'écosystème forestier est plus favorable, c'est le règne du café et du cacao. L'igname est la seule culture au niveau de laquelle la région enregistre le plus grand volume de production (20 000 à 60 000 tonnes). Par contre, la production de banane plantain est la plus faible dans la région (900 à 3 500 tonnes).

Les départements de Bouaflé et de Zuénoula ont sensiblement les mêmes volumes production de manioc sur les quatre ans. Les cultures vivrières occupent l'espace en même temps que les cultures d'exportation.

1-1-2-4-4-2 Productions d'exportation

Le binôme café-cacao domine largement les cultures d'exportation. Ces cultures ont bénéficié de techniques de production plus performantes.

Tableau 8 : Production en tonnes des principales cultures d'exportation par département sur la période 1999-2003

 

Café

1999

2000

2001

2002

2003

BOUAFLE

2 708,796

1034

460,527

1 590,662

1 176,1

SINFRA

766,760

3 688,792

3 122,620

2 186,180

846,264

ZUENOULA

4532,45

4 817,58

4 902,1

5 324,56

7 150

 

Cacao

1999

2000

2001

2002

2003

BOUAFLE

21 848,093

15 829

17 061, 677

27 055,710

24 589, 932

SINFRA

12 684,150

17 622,316

14 841,770

21 630,573

29 804,970

ZUENOULA

4 199

4 210,4

4 218

4 625,92

1 534,4

Source : ANADER-Bouaflé, Rapport annuel 2003

Le cacao constitue la principale production exportée en poids. Au regard des données du tableau le cacao est le plus produit dans les départements de Bouaflé et de Sinfra. Tandis que la zone de prédilection du café est le département de Zuénoula.

Les productions de café et de cacao connaissent de nombreuses fluctuations dues en grande partie aux perturbations climatiques. Les irrégularités pluviométriques qui affectent surtout les rendements de café dans la zone de savane amènent les paysans à se tourner vers des solutions de rechanges comme la culture du coton68(*). Plante à cycle végétatif court, le coton apparaît comme une plante adaptée à la zone de savane (Zuénoula). Cette culture est encouragée par la Compagnie Ivoirienne pour le Développement des Textiles (CIDT). Elle assure la vulgarisation des techniques culturales et l'encadrement des paysans producteurs.

Tableau 9 : Production en tonnes de coton par départements sur la période 1997-2000.

 

Coton

1997

1998

1999

2000

BOUAFLE

1 015

2 038,6

2 588,6

1 941,5

SINFRA

248,7

499,5

634,3

475,7

ZUENOULA

3 663,6

7 359,2

9344,9

7 008,8

Le département de Sinfra est le plus faible producteur de coton. De 1997 à 1999, la production cotonnière connaît une croissance. Mais cette production chute en 2000.

La survie des cultures pérennes et annuelles dépend de la disponibilité des réserves des terres cultivables.

1-2 Population

Dans la constitution de notre population d'enquête nous nous sommes intéressés à différentes catégories dans l'intention de mieux cerner les contours de notre sujet. Les acteurs directs impliqués dans le phénomène ont été les premiers à être interrogés. Il s'agit des enfants et des planteurs.

La deuxième population concerne ceux qui favorisent le phénomène, il s'agit des intermédiaires (hommes ou femmes), des chauffeurs, des convoyeurs.

Enfin, la troisième catégorie constituée de personne n'ayant aucun lien direct avec le phénomène mais qui sont interpellés par ses manifestations. Il s'agit de la police, la gendarmerie, les Préfectures et Sous-préfectures, les ONG et structures administratives.

1-3 Echantillon

Nous avons rencontré d'énormes difficultés à obtenir l'effectif de la population cible car il n'existe pas de données statistiques disponible. Nos investigations à l'INS (Institut Nationale de la Statistique) et au BNETD sont restées infructueuses. Il nous a été dit que ces institutions ne disposent pas de données.

Cependant nous avons établi un échantillon qui se présente comme suit :

Tableau 10 : Tableau relatif à la répartition de l'échantillon

CATEGORIES DE POPULATION

GROUPES CIBLES

ECHANTILLON

Acteurs directement impliqués

Les employeurs

82

Les intermédiaires

60

Les parents des enfants victimes de la traite

03

Les enfants victimes de la traite

71

Acteurs indirectement concernés

Ministères de la Famille de la Femme et des Affaires Sociales, de la Justice, des Droits de l'Homme, de la Santé et de l'Hygiène Publique, de l'Agriculture

10

Chefs de communautés ethniques et religieuses

05

Spécialistes de la question de l'enfance (psychologues, sociologues, éducateurs spécialisés, criminologues)

04

Elus locaux

02

Responsables des institutions et Organisations Non Gouvernementales de protection et d'aide à l'enfance en difficulté

12

Forces de Défense et de Sécurité 

07

Population civile

05

TOTAL

261

II- METHODES DE RECHERCHE

Trois (03) méthodes nous semblent pertinentes dans la description du phénomène de la traite d'enfants immigrés dans les plantations de café cacao. Il s'agit de la méthode historique, de la méthode comparative et de la méthode structurelle.

2-1 Méthode historique

La causalité historique se présente comme un facteur de compréhension des phénomènes sociaux à travers l'espace et le temps. Aussi, cette méthode présente le cadre conceptuel des phénomènes sociaux.

Elle recouvre plusieurs acceptions. Elle désigne d'abord une période de l'histoire incarnée par l'allemand Ranke. Désireux d'ériger l'histoire au rang de science rigoureuse, cet auteur va défendre plusieurs principes communs : l'historien doit établir les faits tels qu'ils se sont produits et saisir le passé dans sa singularité par rapport aux autres époques, sans chercher à émettre un jugement de valeur ; toute entreprise de systématisation doit être rejetée au profit d'une recherche des causes immédiates des événements.

Dans le cas de notre sujet, cette méthode nous permettra de comprendre le passé de ces enfants et l'histoire d'immigration de la Côte d'Ivoire. Ce retour aux sources nous permettra aussi d'expliquer le côté traditionnel du trafic en général et particulièrement en ce qui concerne l'Afrique. Cela nous permettra de comprendre la pensée de E. TROELTSCH (1975) qui affirmait en 1922, que « l'historicisme est l'historicisation fondamental de toute notre pensée sur l'homme, sa culture et ces valeurs ». Selon lui ce n'est pas l'esprit humain qui en façonnant ces pensées et ces valeurs oriente l'histoire, mais le contexte historique qui le détermine d'où le déterminisme.

2-2 Méthode comparative

Nous avons décidé de diriger nos investigations dans trois départements dans le but de diversifier les informations que nous aurions recueilli .Dans cette vision de notre étude, il nous semble primordial de recourir à la méthode comparative. Elle nous permettra d'apprécier au mieux les manifestations du phénomène dans nos différentes régions. Nous nous efforcerons de dégager les éléments constants, abstrait et généraux69(*) et les ressemblances et/ou différences notamment, au niveau des caractéristiques socioéconomiques et démographiques des enfants, des facteurs explicatifs, des éventuelles conséquences et des perspectives dans nos zones d'étude

2-3 Méthode structurelle

Le structuralisme cherche à expliquer un phénomène à partir de la place qu'il occupe dans un système, suivant des lois d'association et de dissociation (supposé immuable).

Elle cherche à comprendre le lien qui lie les enfants du lieu de départ au lieu d'arrivée. L'organisation qui sous entend cette pratique doit être analysée afin d'en cerner le contour. L'on assiste à une professionnalisation qui s'apparente à une entreprise où l'enfant est la marchandise, et utilisé à partir d'un contrat verbal. Le but visé par ces trafiquants est la recherche de gains financiers.

Le structuralisme nous permettra d'apprendre d'autres types de rapports structurels entre les auteurs du trafic et des variables d'ordre socioculturel (ethnie, sexe, culture, pays d'origine, religion) elle nous permettra de nous pencher sur les interactions des influences mutuelles entre le développement et la traite des enfants dans un contexte socio-économique et culturel.

III- TECHNIQUES DE RECUEIL, MODES DE TRAITEMENT DES DONNEES ET DIFFICULTES RENCONTREES

3-1 Techniques de recueil de données

3-1-1 Documentation

L'étude documentaire de notre sujet a été très difficile car la littérature dans ce domaine est rare. Ce fut l'une des phases les plus importantes de notre travail. Aussi, avons-nous consulté :

- les bibliothèques des Unités de Formation et de Recherche de Criminologie, des Sciences de l'Homme et de la Société, et de l'Institut de Géographie Tropicale ;

- les services de documentation du BICE, de l'OIT et de l'UNICEF ;

- le site internet de l'ONU et le dictionnaire en ligne Wikipédia.org ;

- des coupures de journaux ;

- des thèses et des mémoires

- des séminaires

- des décrets ministériels

3-1-2 Enquête-interrogation

3-1-2-1 L'entretien

L'entretien peut être défini comme un procédé d'investigation scientifique utilisant un processus de communication verbale pour recueillir des informations en relation avec le but fixé70(*). L'entretien nous a amené à échanger avec toutes les catégories de populations composant notre échantillon. Au cours de ces échanges, les interlocuteurs ont exprimé les uns leurs perceptions et interprétations du travail des enfants dans les plantations de café- cacao et les autres, leurs expériences et motivations dans ces espaces de travail, ainsi que leurs aspirations sociales.

Ces entretiens ont cependant varié selon le degré de liberté (questions ouvertes et questions fermées) et le niveau du répondant qui a conditionné la qualité des réponses, (réponse « riches, complexes », « précises et univoques »), mais aussi, parce que nous voulions obtenir le maximum d'informations.

Ce sont : l'entretien libre, l'entretien dirigé et l'entretien semi- dirigé ; tous menés de façon individuelle en vue de mettre les acteurs en confiance et leur permettre de s'exprimer plus ou moins librement sans être influencé par la présence d'autres individus.

3-1-2-1-1 L'entretien libre

Cet entretien nous a permis d'échanger directement avec des populations qui se sont exprimées de façon libre sur le sujet en se prêtant à différentes questions.

Tandis que les unes ont raconté leurs expériences du travail dans ces plantations de café-cacao, d'autres en ont plutôt fourni des données d'opinion et de fait.

Dans le premier cas, ce sont surtout les enfants qui ont été entendus dans les plantations pour certains et en dehors de celles-ci pour d'autres. Ceux- ci ont en outre formulé des voeux quant à leurs aspirations sociales. Concernant les seconds, il s'est agi des responsables institutionnels et autres, des exploitants agricole, qui ont respectivement livré des informations dans les locaux de leur service et à leur domicile.

3-1-2-1-2 L'entretien dirigé

Nous nous sommes particulièrement intéressées à cette technique, parce qu'elle est à même de permettre de vérifier la fréquence des informations que pourraient livrer les populations enquêtées.

Aussi, celles-ci ont-elles été interrogées sur les mêmes questions que nous avions au préalable prévues ainsi que leur ordre. De même ces individus pendant l'entretien ont bénéficié des mêmes explications sur l'objet de travail et ce, dans le souci de recevoir des informations du même niveau de connaissance des divers acteurs.

Cette technique s'est avérée d'autant plus importante pour nous qu'elle a pu nous situer sur les discours récurrents des acteurs interrogés.

3-1-2-1-3 L'entretien semi-dirigé

Technique à cheval sur l'entretien libre et l'entretien dirigé, l'entretien semi- dirigé n'est ni entièrement libre, ni entièrement dirigé par un grand nombre de questions précises structurées.

Il faut en effet noter qu'au cours de cette investigation, nous n'avons pas forcément posé toutes les questions prévues, tant du point de vue de la formulation que dans l'ordre prévu. Mais, le guide d'entretien (question guides) relativement ouvert dont nous disposions, a plus ou moins comblé cette lacune. Il a permis d'amener d'une part, les personnes entretenues à ne pas trop s'éloigner de l'objet d'étude, quoique ces dernières puissent s'exprimer aisément dans des termes et l'ordre qui leur convenaient, et d'autre part, il a servi de support.

Par ailleurs, il nous est apparu nécessaire au cours de cet entretien de faire discrètement usage d'un dictaphone afin de pouvoir mieux profiter des réponses des populations interrogées, car il ne nous était pas toujours facile de les retenir toutes.

Cette technique non moins importante que les précédentes, s'est appliquée à toutes les personnes composant notre échantillon, mais plus encore, à celles que nous n'étions pas sure de constamment revoir du fait de leurs nombreuses responsabilités.

Ce sont singulièrement, les responsables institutionnels et autres responsables de service ainsi que les autorités villageoises. Elle a également concerné les personnes qui avaient des difficultés à s'exprimer en français ; celles- ci répondant par moment dans des langues locales (singulièrement en malinké, baoulé, bété) que nous parlons et comprenons plus ou moins.

3-1-2-2 Questionnaire

Nous avons eu recours au questionnaire au regard de l'objectif principal (chercher à saisir les contours et dimensions du phénomène du travail des enfants dans les plantations de café-cacao en Côte-d'Ivoire). C'est un moyen de communication entre l'enquêté et l'enquêteur. Il consiste à poser une série de questions par écrits sur des sujets de relatives à une situation. Cela permet d'obtenir leur opinion, leurs attentes, et leur niveau de connaissance ou de conscience d'un problème ou de tout autre point qui intéresse le chercheur et nécessite des réponses écrites.

Cette dernière exigence nous a empêché de l'étendre à l'ensemble de tous nos sujets enquêtés, car il faut le rappeler, les sujets qui ont contribué à réaliser notre travail sont pour la plupart issus du milieu rural et nombreux à ne pas savoir lire et écrire.

Notre enquête par questionnaire a donc concerné exclusivement les personnes lettrées qui ont l'habitude de s'exprimer par écrit.

Elaborés autour de trois types de questionnaires d'administration « directe » et « indirecte » refermant des questions ouvertes et fermées, cette technique s'est adressée à un nombre restreint de personnes (les responsables institutionnels et autres responsables de service public et privés et quelques enfants travailleurs ainsi que des employeurs et/ ou parents de ces enfants travailleurs). Nous avons alors utilisé :

- Deux questionnaires d'administration indirecte ont été adressés. Dont l'un relatif aux conditions de vie et de travail des enfants dans les plantations, aux facteurs susceptibles d'expliquer leur implication dans les travaux champêtres et aux probables conséquences qu'ils subissent au travail ainsi qu'à leurs aspirations sociales :

- L'autre a concerné des parents et/ou employeurs des enfants, qui ont essentiellement répondu à des questions de comportement, c'est-à-dire que ces individus nous ont aussi renseigné sur les différentes activités menées par les enfants, mais surtout les traitements auxquels ils sont sujets dans ces espaces de travail et la nature de leur rapport avec eux.

Nous voulions par ce genre de questionnaires (d'administration indirecte) éviter toutes situations susceptibles de provoquer des sentiments de désapprobation chez les enquêtés, parce qu'ils sont directement concernés par le phénomène étudié et la dernière catégorie est surtout tenue pour responsables des mauvais traitements dont les enfants travailleurs seraient l'objet.

Par ailleurs, nous nous donnions ainsi la possibilité d'avoir des réponses certes pas précises, mais dont l'exploitation pourrait donner lieu à des informations non moins importantes et relatives au sujet de recherche.

- Le troisième et dernier questionnaire d'administration directe, basé sur des questions de fait, d'opinion, de croyance et de connaissance était destiné aux responsables institutionnels et autres responsables de services publics et privés non impliquées dans le processus de production du café - cacao, mais qui ont également pu nous éclairer sur notre objet d'étude.

3-1-3 Observation

Comme dans les sciences de la nature, la recherche empirique dans les sciences de l'homme et en criminologie en particulier suppose d'abord l'observation des faits à expliquer71(*), l'observation étant une technique de collecte de données qui consiste à observer les faits sociaux que l'on veut étudier. L'acte d'observer met le chercheur dans une situation de captage de données aussi bien observables que non observables.

Dans cette optique, il nous est apparu important d'avoir recours à cette technique dans le cadre de notre étude. Ce qui a nécessité notre déplacement sur le lieu de travail des enquêtés, c'est-à-dire dans les plantations afin de les observer nous même pendant l'exécution de leurs différentes taches.

Outre l'observation directe, nous avons en second lieu eu recours à l'observation participante qui a permis d'intégrer pendant un peu plus d'un mois, la vie des communautés rurales enquêtées.

Mêlés donc au système étudié, nous avons avec les villageois effectué des taches dans les plantations de café - cacao en participant, principalement au ramassage des cabosses de cacao, à la mise en tas des cerises de café à l'écabossage. Nous avons également travaillé dans des plantations de culture vivrières.

L'exécution de ces travaux s'est faite sans difficultés pour nous, parce que comme déjà noté, nous avons-nous aussi pendant l'enfance travaillé dans les champs et encore de nos jours, nous continuons à effectuer quelques activités agricoles.

Cette dernière observation a été d'autant plus importante que de par ces quelques expériences vécues temporairement dans les zones d'étude, nous avons pu cerner, que le choix ou les motivations, les préférences et les attentes des enfants travailleurs, les attitudes ont pu être plus ou moins cernés.

En somme, les observations directes et participantes qui se sont toutes les deux révélées nécessaires pour notre travail de recherche, ont dans une certaine mesure donnée l'occasion d'infirmer ou de confirmer les discours officiels ou récurrents de certains acteurs en rapport avec le travail des enfants.

Au total, toutes les techniques de recueil de données n'ont pas été vainement utilisées. Elles ont d'autant plus été importantes qu'elles ont dans la pratique permis d'obtenir diverses informations susceptibles d'éclairer le phénomène étudié et vérifier nos hypothèses de travail. Aussi convient-il d'exposer les méthodes qui ont concouru à interpréter ces données recueillies.

3-2 Modes de traitement des données

3-2-1 Analyse de contenu

Technique qui permet de faire des inférences en identifiant objectivement et systématiquement les caractéristiques spécifiées du message, l'analyse de contenu a servi à traiter tous les entretiens et les données recueillies.

Qu'elles soient latentes ou manifestes, l'analyse du contenu a permis de retenir les informations les plus fréquentes et donc qui paraissent assez objectives et utiles pour la compréhension de notre travail de recherche.

3-2-2 Analyse quantitative

Le recours à l'analyse quantitative nous a permis de quantifier les données recueillies (catégories d'enfants travailleurs, les parents des enfants, les employeurs agricoles des plantations de café-cacao, les responsables institutionnels, les travailleurs d'autres structures modernes etc.). Elle nous a en outre amené à mettre en relation des variables (sexes, âge, niveau d'instruction, religion, type d'habitat...) qui ont éprouvé nos hypothèses.

Aussi a-t-on pu mesurer le degré d'implication des enfants aux différentes activités liées au processus de production du café- cacao dans les plantations.

3-2-3 Analyse qualitative

Cette approche a été d'un grand apport dans la compréhension du phénomène étudié en nous édifiant sur les attitudes, les choix et les motivations des adultes (les parents des enfants et les employeurs dans les plantations de café- cacao) utilisant les enfants dans les champs de café- cacao d'une part et sur ceux des enfants d'autre part.

L'analyse qualitative nous a permis de cerner les aspirations sociales des enfants travailleurs et les opinions d'autres sujets concernés par les enquêtes.

3-3 Difficultés rencontrées

Les difficultés rencontrées sont de deux ordres.

D'abord la question de la documentation fut un réel problème pour nous. Il nous a été très difficile d'avoir des documents sur la manifestation du phénomène car la plupart des documents disponibles traitent de l'insertion sociale des enfants victimes de traite, de l'impact des activités informelles. Il faut adjoindre à cela le manque de données statistiques nationales. Les dernières difficultés nous viennent du terrain. Ces difficultés sont d'ordres techniques.

Nous avons eu comme problème majeur la question de la langue. La plupart de ces enfants s'exprime en bambara. Il nous a fallu trouver des traducteurs en langue sur le terrain.

Malgré, ces difficultés énumérées nous avons pu obtenir des résultats grâce à nos motivations personnelles et au conseil de notre directeur de thèse qui n'a ménagé aucun effort tant financier qu'humain pour nous pousser au travail.

Nous avons eu le soutien financier de l'Etat qui nous a octroyé quatre années de bourse. L'UNICEF, structure qui a en charge au plan international l'éducation et la protection de l'enfant nous a octroyé un ordinateur portable qui nous a permis de saisir notre travail.

Conclusion de la première partie

Au terme de cette première partie de notre travail consacré au cadre théorique et méthodologique, nous pouvons affirmer que la question de la traite des enfants immigrés, sujet de notre étude, est d'une importance capitale. La manifestation de ce phénomène pose le problème de la protection de l'enfant en général et de l'enfant immigré en particulier.

Cette affirmation ne peut être vérifiée que par une démarche méthodologique prenant en compte la situation familiale (l'extrême pauvreté des familles des enfants), l'approche historique (la colonisation), les formes structuralisme (l'organisation qui est fait dans le recrutement et le convoyage des enfants) ; à cela il faudrait ajouter le recueil des données fondées sur l'entretien, le questionnaire (direct ou semi-direct) et la documentation.

En ce qui concerne le terrain d'étude, il convient de noter que nous avons choisi la région de la Marahoué car la création de cette région obéit à une volonté politique de circonscrire une zone géographique à cheval sur la savane et la forêt. Cet atout naturel l'a ainsi dotée de réelles potentialités agricoles, cela fait d'elle une contrée qui attire les populations tant étrangères que nationales.

I- PRESENTATION DES PRINCIPAUX ACTEURS IMPLIQUES DANS LA CHAINE DE LA TRAITE

Au cours de notre enquête nous avons constaté que quatre principaux acteurs participent à la manifestation de la traite des enfants immigrés. Ce sont entre autres les employeurs des enfants, les intermédiaires, les parents des enfants, et les enfants eux-mêmes.

1-1 Présentation des employeurs

1-1-1 Typologie

Au cours de nos investigations, nous avons enquêté un effectif total de quatre-vingt deux (82) individus reconnus comme employeurs d'enfants. De cette catégorie, deux (02) types d'employeurs, repartis dans le tableau qui suit, ont été identifiés.

Tableau 11 : Répartition des employeurs selon leur nationalité

Typologie

Effectif

Pourcentage (%)

Les planteurs nationaux

22

26,80

Les planteurs non nationaux

60

73,20

Total

82

100

Le graphique ci-dessus indique que l'effectif total de l'échantillon des employeurs est composé de planteurs ivoiriens et de planteurs non nationaux. Ainsi, sur les 82 employeurs, les premiers (ivoiriens) représentent 26,80% contre 73,20% de non nationaux. Les non nationaux ont un pourcentage assez élevé. Du fait de l'origine de ces enfants, les planteurs étrangers ont un avantage par rapport aux nationaux par rapport à la langue. Ceci a été observé sur le terrain car nous avons constaté qu'il y avait une aisance de conversation entre employeur non nationaux et enfants employés contrairement aux nationaux qui durant toute notre enquête communiquait rarement avec les enfants employés.

1-1-1-1 Les planteurs nationaux

Cette catégorie d'acteurs est composée essentiellement de planteurs ivoiriens. Certains d'entre eux sont des autochtones c'est-à-dire originaires de la région de la Marahoué. D'autres, par contre, sont des populations allochtones venues d'autres régions de la Côte d'Ivoire.

Cette catégorie enquêtée utilise des enfants immigrés dans leurs plantations de café-cacao. Il est à noter que les planteurs nationaux en plus des enfants immigrés travaillent avec leurs propres enfants ou des enfants de la famille élargie (cousin, neveu, tante, nièce ou oncle).

1-1-1-2 Les planteurs non nationaux

Les employeurs planteurs non nationaux sont originaires de nombreux pays. Ils sont, pour la plupart, installés dans cette région depuis de longues années. Ils disposent de grandes exploitations agricoles qui ont besoin de nombreuses mains d'oeuvre. La plupart des planteurs non nationaux louent la terre avec les autochtones. Mais une bonne partie de ces planteurs possèdent de grandes surfaces qu'ils ont acheté avec des chefs de familles autochtones.

1-1-2 Typologie des employeurs par départements

Tableau 12 : Répartition des employeurs selon le département

Typologie

Bouaflé

Sinfra

Zuénoula

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Les planteurs nationaux

07

08,53

11

13,40

04

04,87

22

26,80

Les planteurs non nationaux

39

47,58

09

10,99

12

14,63

60

73,20

Total

46

56,11

20

24,39

16

19,50

82

100

GRAPHIQUE 3 : Répartition des employeurs selon le département

Il ressort de ce tableau que la structure de la répartition des employés par départements visités ne présente pas les mêmes similitudes. Sur l'ensemble des 82 employeurs interrogés, nous en avons rencontré 56,11% à Bouaflé, 24,39% à Sinfra et 19,50% à Zuénoula. Les résultats obtenus nous ont permis de voir qu'à Bouaflé, nous avons un taux élevé de planteurs non nationaux qui ont été interrogés 47,58 par contre, à Sinfra le taux d'employeurs non nationaux est de 10,99% et 14,63% pour le département de Zuenoula.

En ce qui concerne leur typologie, les planteurs ivoiriens constituent 08,53% de l'échantillon total contre 47,58% de non nationaux à Bouaflé, 13,40 pour 10,99% d'étrangers à Sinfra et 04,87% pour 14,63% de non ivoiriens à Zuénoula.

1-1-3 Caractéristiques des employeurs

1-1-3-1 Age des employeurs

Tableau 13 : Répartition des employeurs selon leur âge

Typologie

Age (Années)

Les planteurs nationaux

Les planteurs non nationaux

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

[25-30]

00

00

00

00

00

00

[30-35]

00

00

15

18,30

15

18,29

[35-40]

04

04,87

05

06,10

09

10,98

[40-45]

08

09,74

17

20,74

25

30,49

[45 et plus [

10

12,19

23

28,06

33

40,24

Total

22

26,80

60

73,20

82

100

Graphique 4 : Répartition des employeurs selon leur âge

L'âge des employeurs varie, de façon générale, de 30 à plus de 45 ans. Dans cette fourchette, l'observation du tableau montre que 70,73% ont plus de 40 ans. Il faut noter également que 18,29% d'employeurs ont entre 30 et 35 ans, 10,98% sont dans l'intervalle de 35 à 40 ans.

Il est à noter que la plus part des nationaux 12,19% qui se retrouvent dans ce trafic ont 40ans et plus. Les non nationaux impliqués dans ce phénomène ont un âge qui varie entre 30 et plu de 40 ans. Ceux qui ont 40 ans et plus sont les plus nombreux avec 28,06%.

1-1-3-2 Sexe des employeurs

Tableau 14 : Répartition des employeurs selon le sexe

Typologie

Sexe

Les planteurs nationaux

Les planteurs non nationaux

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Masculin

22

26,83

58

70,73

80

97,56

Féminin

00

00

02

02,44

02

02,44

Total

22

26,83

60

73,17

82

100

Les employeurs des enfants dans les plantations sont dans leur quasi-totalité (97,56%) de sexe masculin. Seuls 02,44% d'employeurs non ivoiriens de sexe féminin ont été interrogées. Cela peut s'expliquer par le fait que la plupart des grandes surfaces de plantations sont traditionnellement détenues par les hommes. Les quelques femmes que nous avons interrogé, nous ont avoué qu'elles ont hérité de ces plantations de leurs défunts maris. Au niveau des nationaux nous n'avons pas eu de femme possédant une plantation et qui engage des enfants.

1-1-3-3 Nationalité des employeurs

Tableau 5 : Répartition des employeurs selon la nationalité

Typologie

Nationalité

Les planteurs nationaux

Les planteurs non nationaux

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Côte d'Ivoire

22

26,83

00

00

22

26,83

Burkina Faso

00

00

48

58,54

48

58,54

Mali

00

00

09

10,97

09

10,97

Guinée

00

00

01

01,22

01

01,22

Autres

00

00

02

02,44

02

02,44

Total

22

26,83

60

73,17

82

100

Graphique 5 : Répartition des employeurs selon la nationalité

La structure de la nationalité des employeurs d'enfants dans la région de la Marahoué reste dominée par les employeurs originaires de trois pays frontaliers de la Côte d'Ivoire. Les plus nombreux sont issus du Burkina Faso (58,54%), puis viennent les Maliens (10,97%) et les Guinéens (01,22%).

Les employeurs ivoiriens et ceux des nationalités autres que celles susmentionnées sont représentés à hauteur de 26,80% pour les premiers et 02,44% pour les seconds.

1-1-3-4 Religion des employeurs

Tableau 16 : Répartition des employeurs selon la religion

Typologie

RELIGION

LES PLANTEURS NATIONAUX

LES PLANTEURS NON NATIONAUX

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Chrétien

07

08,54

05

06,09

12

14,63

Musulman

10

12,19

50

60,97

60

73,17

Animiste

03

03,66

04

04,88

07

08,54

Autres

02

02,44

01

01,22

03

03,66

Total

22

26,80

60

73,17

82

100

Les employeurs dans la région de la Marahoué sont, en général, de religion musulmane (73,17%). Le pourcentage est plus élevé chez les planteurs non ivoiriens (61%) que chez les planteurs ivoiriens (12,18%).

Par ailleurs, on note parmi les employeurs d'enfants, 14,63% de chrétiens, 08,54% d'animistes et 03,65% d'employeurs n'appartenant à aucune des catégories de religion que nous avons identifiées.

1-1-3-5 Niveau d'instruction des employeurs

Tableau 17 : Répartition des employeurs selon le niveau d'instruction

Typologie

Niveau d'instruction

Les planteurs nationaux

Les planteurs non nationaux

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Secondaire

00

00

00

00

00

00

Primaire

02

02,43

03

03,66

05

06,09

Ecole coranique

01

01,23

25

30,50

26

31,73

Analphabète

19

23,14

32

39,04

51

62,18

Total

22

26,80

60

73,20

82

100

Graphique 7 : Répartition des employeurs selon le niveau d'instruction

Le taux d'employeurs d'enfants ne sachant ni lire ni écrire est élevé (60,96% soit 23,14% chez les planteurs ivoiriens et 37,82% chez les planteurs non ivoiriens). En outre, 31,73% ont fait l'école coranique. Par contre, très peu de planteurs (06,09%) ont connu une scolarisation et n'ont pas atteint le secondaire.

1-2 Présentation des intermédiaires

L'intermédiaire est celui qui permet la livraison des enfants aux employeurs. L'intermédiaire peut être un recruteur ou un facilitateur du trafic et de la transaction de l'enfant. En somme, il est situé entre l'offre c'est-à-dire les parents des enfants et la demande représentée par les employeurs.

1-2-1 Typologie

L'enquête effectuée nous a permis de rencontrer un effectif total de quarante neuf (49) intermédiaires. Deux (02) types ont été distingués notamment les recruteurs et les passeurs repartis dans le tableau qui suit.

Tableau 18 : Répartition des intermédiaires selon leur typologie

Typologie

Effectif

Pourcentage (%)

Les recruteurs

Les intermédiaires placeurs

14

23,33

Les recruteurs occasionnels

08

13,33

Les passeurs

Les passeurs de frontière

17

28,34

Les organisateurs de convoie

15

25

Les transporteurs inter-Etats

06

10

Total

60

100

Graphique 8 : Répartition des intermédiaires selon leur typologie

Le tableau ci-dessus nous permet d'appréhender deux types d'intermédiaires. Nous avons 36,66% de recruteurs et 63,34% de passeurs.

Au niveau des recruteurs, il y a 23,33% d'intermédiaires placeurs et 13,33% de recruteurs occasionnels.

En ce qui concerne les passeurs, les passeurs de frontière représentent 28,34%, les organisateurs de convoie, 25% et les transporteurs 10%.

1-2-1-1 Les recruteurs

Les recruteurs sont chargés d'enrôler ou d'aller chercher les enfants. Ce sont :

1-2-1-1-1 Les intermédiaires placeurs

L'enquête nous a révélé que ce groupe d'individu était pour la plupart des personnes dont la notoriété était au dessus de tout soupçon. Nous pouvons citer les imams, les chefs de communautés, les chefs de villages.

1-2-1-1-2 Les recruteurs occasionnels

Il s'agit pour la plupart du temps de certains commençants, chauffeurs de cars inter-Etat, de personnes en mission à l'étranger qui profitent de l'occasion qu'ils ont pour appâter des enfants et les convoyer en Côte d'Ivoire. La particularité de cette catégorie d'individus est qu'ils exercent cette activité d'enfants pour leur traite dans les plantations de façon occasionnelle.

1-2-1-2 Les passeurs

Les passeurs sont des individus qui facilitent le passage du pays d'origine des enfants au pays d'accueil c'est-à-dire la Côte d'Ivoire.

1-2-1-2-1 Les passeurs de frontières

Ce sont des individus qui facilitent et permettent la traversée des frontières. On les retrouve au niveau des frontières. Ce sont des individus qui ont une connaissance relativement parfaite des pistes qui relient la Côte d'Ivoire aux pays frontaliers.

1-2-1-2-2 Les organisateurs de convoie

Les organisateurs de convoie sont des individus qui organisent des grands convoies de voyage à certaines périodes de l'année. Ce sont des occasions propices pour eux de convoyer les enfants vers la Côte d'Ivoire.

1-2-1-2-3 Les transporteurs inter-Etats

Ce sont des acteurs très actifs de la traite des enfants. Lors de l'embarquement ils prennent soins de contrôler les cartes d'identités des enfants et même d'en faire confectionner à ceux qui n'en n'on pas. Pour eux, cela leur évite les tracasseries policières.

1-2-2 Caractéristiques des intermédiaires

1-2-2-1 Age des intermédiaires

Tableau 19 : Répartition des intermédiaires selon l'âge

Typologie

Age (Années)

Les recruteurs

Les passeurs

Les intermédiaires placeurs

Les recruteurs occasionnels

Les passeurs de frontière

Les organisateurs de convoie

Les transporteurs inter-Etats

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

[20-25]

00

00

00

00

08

13,34

00

00

00

00

[25-30]

00

00

00

00

05

08,34

00

00

02

03,33

[30-35]

00

00

00

00

03

05

01

01,66

00

00

[35-40]

02

03,33

02

03,33

01

01,66

04

06,67

01

01,67

[40-45]

04

06,66

02

03,33

00

00

06

10

02

03,33

[45 et plus [

08

13,34

04

06,67

00

00

04

06,67

01

01,67

Total

14

23,33

08

13,33

17

28,34

15

25

06

10

Au regard de ce tableau, deux constats méritent d'être faits en ce qui concerne l'âge des intermédiaires.

Les recruteurs sont souvent moins jeunes. L'intervalle de leur âge part de 35 à plus de 45 ans.

Pour ce qui est des passeurs, retenons que l'âge varie d'une catégorie à l'autre. Ainsi, les passeurs de frontière ont l'âge qui oscille entre 20 et 40 ans pendant que les organisateurs de convoie sont de la tranche de 30 à plus de 45 ans. Quand aux transporteurs, l'intervalle de leur âge part de 25 à plus de 45 ans.

1-2-2-2 Sexe des intermédiaires

Tableau 20 : Répartition des intermédiaires selon le sexe

Typologie

Sexe

Les recruteurs

Les passeurs

Les intermédiaires placeurs

Les recruteurs occasionnels

Les passeurs de frontière

Les organisateurs de convoie

Les transporteurs inter-Etats

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Masculin

14

23,33

07

11,66

17

28,34

13

21,66

06

10

Féminin

00

00

01

01,67

00

00

02

03,34

00

00

Total

14

23,33

08

13,33

17

28,34

15

25

06

10

Plus de 95% des intermédiaires est de sexe masculin. Seuls 01,67% de recruteurs occasionnels et 03,34% des organisateurs de convoie sont de sexe féminin.

1-2-2-3 Nationalité des intermédiaires

Tableau 21 : Répartition des intermédiaires selon la nationalité

Typologie

Nationalité

Les recruteurs

Les passeurs

Les intermédiaires placeurs

Les recruteurs occasionnels

Les passeurs de frontière

Les organisateurs de convoie

Les transporteurs inter-Etats

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Côte d'Ivoire

03

05

01

01,67

07

11,67

00

00

01

01,67

Burkina Faso

09

15,01

05

08,33

05

08,33

09

15

04

06,66

Mali

01

01,66

02

03,33

01

01,67

04

06,68

01

01,67

Guinée

01

01,66

00

00

01

01,67

01

01,66

00

00

Autres

00

00

00

00

03

05

01

01,66

00

00

Total

14

23,33

08

13,33

17

28,34

15

25

06

10

Les intermédiaires sont de nationalité diverse. Au niveau des recruteurs, nous avons 06,67% d'ivoiriens, 23,34% de burkinabés, 04,99% de maliens et 01,66% de guinéens. Chez les passeurs, 13,34% sont des ivoiriens, 29,99% des burkinabés, 10,02% de maliens, 03,33% de guinéens et 06,66 de nationalités différentes de celles suscités.

1-2-2-4 Religion des intermédiaires

Tableau 22 : Répartition des intermédiaires selon la religion

Typologie

Religion

Les recruteurs

Les passeurs

Les intermédiaires placeurs

Les recruteurs occasionnels

Les passeurs de frontière

Les organisateurs de convoie

Les transporteurs inter-Etats

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Chrétien

03

04,99

01

01,67

06

10

01

01,67

00

00

Musulman

09

14,99

07

11,66

10

16,67

11

18,33

06

10

Animiste

02

03,35

00

00

01

01,67

02

03,33

00

00

Autres

00

00

00

00

00

00

01

01,67

00

00

Total

14

23,33

08

13,33

17

28,34

15

25

06

10

La religion dominante chez les intermédiaires (26,65% de recruteurs et 51% de passeurs) est la religion musulmane. Il existe aussi des individus de confession chrétienne (06,66% de recruteurs et 11,67% de passeurs) parmi les intermédiaires. Des animistes sont aussi présents dans cette catégorie (03,35% de recruteurs et 05% de passeurs). Les intermédiaires qui n'appartiennent à aucune de ces confessions religieuses représentent 01,67% et ce sont les organisateurs de convoie.

1-2-2-5 Niveau d'instruction des intermédiaires

Tableau 23 : Répartition des intermédiaires selon le niveau d'instruction

Typologie

Niveau d'instruction

Les recruteurs

Les passeurs

Les intermédiaires placeurs

Les recruteurs occasionnels

Les passeurs de frontière

Les organisateurs de convoie

Les transporteurs inter-Etats

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Ef.

(%)

Secondaire

00

00

01

01,69

00

00

01

01,67

00

00

Primaire

01

01,68

03

04,99

03

05

05

08,33

01

01,67

Ecole coranique

06

09,99

03

04,99

04

06,66

05

08,33

01

01,67

Analphabète

07

11,66

04

06,66

10

16,67

04

06,68

04

06,66

Total

14

23,33

08

13,33

17

28,34

15

25

06

10

Le tableau ci-dessus indique que 01,69% des recruteurs occasionnels et 01,67% des organisateurs de convoie ont connu le cycle secondaire. Au cycle primaire, il y a 06,67% de recruteurs et 15% de passeurs qui l'ont fait. Mais, ce sont les analphabètes (18,32% des recruteurs et 30,01% des passeurs) et ceux ayant fait l'école coranique (14,98% des recruteurs et 16,66% des passeurs) qui sont les plus ombreux des intermédiaires.

1-3 Présentation des enfants victimes de la traite

1-3-1 Typologie

Les entretiens ont porté sur un effectif total de soixante-onze (71) enfants immigrés victimes de traite dans les plantations de café-cacao de la région de la Marahoué qui se repartissent comme suit :

Tableau 24 : Typologie des enfants

Typologie

Effectif

Pourcentage (%)

Enfants travailleurs rémunérés

19

26,76

Enfants travailleurs non rémunérés

52

73,24

Total

71

100

Le tableau ci-dessus indique qu'il existe deux types d'enfants immigrés, victimes de traite dans les plantations de café-cacao de la région de la Marahoué. Il y a, d'une part, un nombre relativement faible d'enfants travailleurs rémunérés (26,76%), et d'autre part, un grand nombre d'enfants travailleurs non rémunérés (73,24%).

1-3-1-1 Enfants travailleurs rémunérés

Les enfants victimes de traite sont des enfants qui travaillent dans les plantations de café-cacao. A cet effet, les enfants travailleurs rémunérés sont ceux qui perçoivent une paye à la fin du service. De façon générale, cette paye est effectuée a la fin de chaque traite de café cacao.

1-3-1-2 Enfants travailleurs non rémunérés

Les enfants travailleurs non rémunérés sont ceux qui ne perçoivent aucune rétribution au bout du travail.

1-3-2 Typologie par départements

Tableau 25 : Répartition de la typologie des enfants selon le département

Typologie

Bouaflé

Sinfra

Zuénoula

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Enfants travailleurs rémunérés

10

14,08

03

04,23

06

08,45

19

26,76

Enfants travailleurs non rémunérés

26

36,62

14

19,72

12

16,90

52

73,24

Total

36

50,70

17

23,95

18

25,35

71

100

L'effectif total des enfants immigrés enquêtés est de 71 individus. La moitié (50,70%) de ceux-ci ont été interrogés à Bouaflé, 23,95% à Sinfra et 25,35% à Zuénoula.

A Bouaflé, nous avons 14,08% d'enfants rémunérés contre 04,23% à Sinfra et 08,45% à Zuénoula. Pour ce qui est des enfants non rémunérés, 36,62% sont installés à Bouaflé, 19,72% à Sinfra et 16,90% à Zuénoula.

1-3-3 Caractéristiques des enfants

1-3-3-1 Age des enfants

Tableau 26 : Distribution de la variable âge

Age (années)

Typologie

[08-10]

[10-12]

[12-14]

[14-16]

[16-18]

Effectif

(%)

Enfants travailleurs rémunérés

00

00

04

09

06

19

26,76

Enfants travailleurs non rémunérés

27

11

14

00

00

52

73,24

Effectif

27

11

18

09

06

71

100

Pourcentage (%)

38,03

15,50

25,35

12,67

08,45

 

La répartition de l'échantillon d'enfants rencontrés selon l'âge s'établit comme suit :

Les enfants de 08-10 ans sont les plus nombreux et représentent 38,03% de l'effectif et tous non rémunérés. Ils sont suivis de ceux dont l'âge oscille entre 12 et 14ans (25,35%) et également tous non rémunérés. On note également 15,50% d'enfants de 10 à 12 ans et 12,67% de ceux dont l'âge varie entre 14 et 16 ans. Les enfants de plus de 16 ans sont les moins nombreux et constituent 08,45% de l'effectif.

Nous devons constater, dans ce tableau, que les enfants (26,76%) sont rémunérés généralement à partir de 12 ans.

1-3-3-2 Sexe des enfants

Tableau 27 : Répartition des enfants selon le sexe

Typologie

Sexe

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Total

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Masculin

14

19,72

50

70,42

64

90,14

Féminin

05

07,04

02

02,82

07

09,86

Total

19

26,76

52

73,24

71

100

La grande majorité (90,14%) des enfants immigrés dans la région de la Marahoué est constituée d'individus de sexe masculin. Ce constat se fait tant au niveau des enfants rémunérés (19,72% d'hommes contre 07,04% de femmes) qu'au niveau des enfants non rémunérés (70,42% d'hommes contre 02,82% de femmes).

1-3-3-3 Nationalité des enfants

Tableau 28 : Distribution de la variable nationalité

Typologie

Pays

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Effectif

Pourcentage (%)

Mali

04

05,63

13

18,31

17

23,94

Burkina Faso

11

15,49

23

32,39

34

47,88

Guinée

01

01,41

05

07,04

06

08,45

Ghana

00

00

01

01,41

01

01,41

Togo

03

04,23

03

04,23

06

08,46

Bénin

00

00

07

09,86

07

09,86

Total

19

26,76

52

73,24

71

100

Graphique 9 : distribution de la variable nationalité

Plus de la moitié des enfants immigrés dans la région de la Marahoué proviennent essentiellement du Burkina Faso (47,88%) et du Mali (23,94%). Les autres pays pourvoyeurs sont le Benin (09,86), le Togo (08,46%), la Guinée (08,45%) et le Ghana (01,41%).

1-3-3-4 Répartition de la nationalité des enfants par départements

Tableau 29 : Distribution de la nationalité par départements

Typologie

Pays

Bouaflé

Sinfra

Zuénoula

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Mali

09

12,67

05

07,04

03

04,23

17

23,94

Burkina Faso

15

21,12

09

12,67

10

14,08

34

47,88

Guinée

02

02,82

02

02,82

02

02,82

06

08,45

Ghana

01

01,41

00

00

00

00

01

01,41

Togo

05

07,04

00

00

01

01,41

06

08,46

Bénin

04

05,64

01

01,41

02

02,82

07

09,86

Total

36

50,70

17

23,95

18

25,35

71

100

Sur un effectif de total de 36 enfants interrogés dans le Département de Bouaflé ceux en provenance du Burkina Faso (21,12%) et du Mali (12,67%) sont les plus nombreux. Ensuite, viennent les togolais (07,04%), les béninois (05,64%), deux guinéens et un ghanéen.

A Sinfra, les burkinabés (12,67%) et les maliens (07,04%) sont, également, relativement plus nombreux. Très peu de guinéens (02,82%) et de béninois ont (01,41%) ont été enquêtés. Par contre, nous n'avons vu aucun enfant en originaire du Ghana et du Togo.

En ce qui concerne le Département de Zuénoula, les enfants interrogés proviennent du Mali (04,23%), du Burkina Faso (14,08%), de la Guinée (02,82%), du Togo (01,41%) et du Benin (02,82%).

1-3-3-5 Religion des enfants

Tableau 30 : Distribution de la variable religion

Typologie

Religions

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Chrétienne

02

02,82

12

16,90

14

19,73

Musulmane

14

19,71

30

42,25

44

61,97

Animiste

02

02,82

07

09,85

09

12,67

Autres

01

01,41

03

04,23

04

05,63

Total

19

26,76

52

73,24

71

100

Retenons de ce tableau que les enfants victimes de traite sont, dans leur grande majorité (61,97%) de religion musulmane. 19,73% sont de religion chrétienne. On note aussi parmi les enfants interrogés la présence de 12,67% d'animistes et 05,63% d'enfants n'appartenant à aucune catégorie de religion que nous avons identifiée.

1-3-3-6 Niveau d'instruction des enfants

Tableau 31 : Distribution de la variable niveau d'instruction

Typologie

Niveau d'instruction

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Secondaire

00

00

00

00

00

00

Primaire

02

02,82

12

16,91

14

19,73

Ecole coranique

11

15,49

22

30,98

33

46,47

Analphabète

06

08,45

18

25,35

24

33,80

Autre

00

00

00

00

00

00

Total

19

26,76

52

73,24

71

100

Graphique 10: distribution de la variable niveau d'instruction des enfants immigrés dans les plantations de Café-Cacao

La plupart des enfants immigrés victimes de traite ont été peu ou pas du tout scolarisés. Seuls 19,73% ont fait l'école primaire, pendant 46,47% sont allés à l'école coranique et 33,80% sont des analphabètes.

II- CONDITIONS DE VIE ET DE TRAVAIL DES ENFANTS

2-1 Condition de vie des enfants travailleurs

2-1-1 Lien de parenté entre enfants et employeurs

Tableau 32 : Lien de parenté entre employeurs et employés

Typologie

Vivant avec

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Parents biologiques

00

00

00

00

00

00

Parents éloignés

02

2,82

04

5,64

06

8,46

Employeurs

08

11,27

37

52,12

45

63,39

Seul

03

4,22

06

8,45

07

12,67

Tuteurs

01

1,40

03

4,22

04

5,62

Amis

05

7,04

02

2,82

07

9,86

Total

19

26.75

52

7325

71

100

Plus de 95% des enfants interrogés ne vivent avec aucun de leurs parents biologiques. La majorité de ces enfants vivent avec leur employeur (63,39 % des enfants concernés) ou un tuteur non employeur (5,62 %). Certains enfants vivent seuls (12,67%). Ils louent des cabanes ou des cases dans les campements où ils travaillent. Par contre d'autres se retrouvent avec des compatriotes dans la même région (9.86%)

La situation des enfants hébergés par leurs employeurs est particulièrement préoccupante eu égard aux conclusions de certaines études antérieures sur les conditions de vie des enfants travailleurs qui ont révélé que la vie chez l'employeur expose davantage les enfants à une exploitation exagérée et abusive de leur force de travail, parce qu'ils sont notamment plus enclins à :

- Être réquisitionnés par leurs employeurs pour l'accomplissement de certaines tâches domestiques en dehors des heures normales de travail.

- Percevoir une rémunération plus faible puisqu'ils sont partiellement pris en charge par les employeurs.

2-1-2 L'accès à un centre de santé

Tableau 33 : Recours sanitaire des enfants en cas de pathologie

Typologie

Recours

Enfants travailleurs rémunérés

Enfants travailleurs non rémunérés

Effectif

(%)

Effectif

(%)

Effectif

(%)

A un centre de santé

03

4,23

08

11,27

11

15,50

A un guérisseur

10

14 ,08

34

47,89

44

61,97

A une automédication moderne

02

2,82

03

4,23

05

7,05

A une automédication traditionnelle

04

5,63

07

9,85

11

15,48

Total

19

26,76

52

73,25

71

100

La situation sanitaire des enfants travailleurs n'est pas reluisante. Comparée aux résultats de la dernière enquête sur le niveau de vie des ménages en Côte d'Ivoire, la proportion d'enfants ayant accès à un centre de santé en cas de pathologie reste faible. Seulement une faible proportion d'enfants interrogés ont accès à un centre de santé en cas de pathologie (15,50 %), les autres ayant le plus souvent recours à des guérisseurs (61,97%) et à l'automédication moderne ou traditionnelle (22,53%).

2-1-3 La situation nutritionnelle

La situation nutritionnelle des enfants travailleurs interrogés est globalement satisfaisante et conforme aux habitudes rencontrées en Côte d'Ivoire .En effet, les enfants prennent en moyenne environ trois (3) repas par jour dont deux (2) avec de la protéine animale quelque soit le sexe.

2-2 Condition de travail des enfants travailleurs

2-2-1 Travaux exercés par les enfants

L'analyse du volume et du rythme du travail des enfants, nous pensons, peut nous amener à percevoir à quelle enseigne, ces enfants sont impliqués dans la production du café-cacao sur les sites d'étude. Ce qui revient à s'intéresser à la quantité de travail qui leur est confié, le temps de repos, la rémunération.

En fait, il s'agit d'apprécier les efforts physiques fournis dans les plantations, car a priori l'on pourrait penser qu'ils sont tous soumis aux mêmes conditions de travail que les adultes, dans le sens où ils travaillent dans le même environnement qu'eux.

Il est à noter que, rares sont, parmi les enquêtés ceux qui ont puis nous indiquer l'heure exacte à laquelle ils se rendent dans les plantations et en reviennent. La référence horaire, dans chez nos enquêtés est le soleil qui demeure un indicateur du temps dans le milieu paysan en général. Aussi, ont-ils pour la plupart utilisé les termes comme « avant le lever du soleil » pour indiquer qu'ils sont assez souvent matinales pour le départ dans les plantations et le « coucher du soleil » qui marque l'heure de l'arrêt des travaux l'après-midi et le retour au village ou au campement.

Ceci peut se comprendre, dans la mesure où le travail agricole est tout à fait différent de celui des services modernes, qui lui tient compte d'une certaine idéologie, notamment le respect des horaires relatifs à l'heure de prise de service, à l'arrêt du travail, au temps du repos. Toutefois, malgré l'absence de règlements dans le travail agricole, certaines contraintes s'imposent aux enfants. Elles sont fonctions des liens affirmés de parenté avec le producteur ou selon qu'ils aient de simples rapports d'employé à employeur72(*).

En ce qui concerne les enfants ayant des liens affirmés de parenté avec les employeurs, surtout lorsqu'il s'agit de liens proches, les enfants ont une marge de liberté quant au rythme et volume du travail.

Par ailleurs, il faut signaler que le temps de pause en milieu agricole, principalement dans les localités visitées, est déterminé par la capacité physique à soutenir le volume et le rythme du travail et dépend surtout aussi des objectifs à atteindre.

Remarquons qu'une particularité s'observe pour les enfants de sexe féminin. Les filles sont en effet moins engagées que les garçons dans les activités inhérentes à la plantation de café-cacao. Elles sont généralement les premières à arrêter le travail pour pouvoir se consacrer aux travaux ménagers et faire cuire le repas du soir.

S'agissant des enfants ayant des rapports basés sur des contrats formels ou tacites avec l'exploitant agricole, la situation de travail paraît tout à fait différente. Les enfants établissent avec les employeurs des contrats à durée déterminée d'un jour à un mois, ou plus.

Dans le cadre de ces contrats, notamment ceux d'une durée de plusieurs mois, les contractuels permanents avec cette obligation de rendement ou de résultat sont logés, nourris par l'employeur qui leur fournit le matériel de travail, les assiste par moment en cas de maladie.

A ce titre, ils sont soumis à un rythme intense de travail et exécutent généralement plusieurs tâches, autres que celles prévues par le contrat. Ce sont principalement les travaux ménagers, les travaux dans les plantations de produits vivriers.

2-2-2 Le travail avec manipulation de machines, produits chimiques ou outils dangereux

La chaîne de production du café et cacao comporte plusieurs étapes qui font intervenir beaucoup de manoeuvres. Il y a les grandes périodes de labour où l'on doit retourner la terre, remplace les anciens plants ou agrandi les plantations. En cette période, les grands planteurs ont besoins de plusieurs manoeuvres. Ensuite, vient la petite traite qui aussi a besoins d'une main d'oeuvre importante car elle ne dure pas et le planteur doit vite récolter pour pouvoir vendre à temps.

La charge de travail est à la fois déterminée par le secteur d'activité et les caractéristiques des enfants. Les travaux les plus souvent exercés par les enfants sont, les labours, le défrichage, la cueillette, le ramassage, le décabossage, le séchage, le triage et la mise en sac. Comme nous le voyons, les enfants interviennent pratiquement dans toute la chaîne de production. En somme, les risques liés aux conditions physiques de travail semblent uniquement déterminées par le secteur d'activités des enfants.

La quasi-totalité des plantations de CÔTE D'IVOIRE ne sont pas modernisées. Donc ces enfants travaillent avec des machettes, des dabas, des haches, des coupes -coupes, des bassines pour le ramassage des cabosses ou séries. L'utilisation de ces matériaux rudimentaires est souvent source d'accident pour les enfants. Les blessures corporelles sont le plus souvent occasionnées par ces matériaux.

En ce qui concerne les produits chimiques dangereux, leur manipulation est souvent fonction de la taille de la plantation. Les enfants qui travaillent dans de grandes plantations, susceptibles de manipuler des outils dangereux, sont plus nombreux à subir des accidents de travail. L'utilisation de produits chimiques pour le traitement des plantations est un danger pour ces enfants. Ces enfants exposés aux produits chimiques sont très vulnérables aux contaminations. Du fait de la non modernisation des outils de travail (machette, daba, pioche, hache, coupe-coupe), la plupart des accidents corporels sont des coupures par armes blanches.

2-2-3 Un revenu mensuel moyen inferieur au SMIG

La rémunération des enfants est souvent déterminée entre l'employeur et le tuteur placeur à l'insu de l'enfant. Cette rémunération qui n'obéit pas aux normes est le plus souvent versée au tuteur placeur qui doit prélever sa part avant de remettre le reste à l'enfant.

Au cours de notre enquête nous avons puis faire ces observations suivantes :

Le revenu des enfants est inférieur au SMIG en Côte d'Ivoire qui est de 36 000 FCFA environ par mois en CÔTE D'IVOIRE. Pour un contrat de six (6) mois l'enfant touche en général 150 000 (cent cinquante mille francs) ce qui fait 25 000 (vingt cinq mille francs) par mois73(*).

Les travailleurs non indépendants perçoivent une rémunération plus faible que le revenu net des travailleurs indépendants.

Les enfants qui ont fait l'objet de traite perçoivent les rémunérations les plus faibles, alors qu'ils ont des charges horaires plus élevées.

Les enfants qui vivent chez leurs employeurs, perçoivent une rémunération moyenne plus faible que ceux qui vivent chez leurs parents ou avec un tuteur non employeur.

C'est une conjugaison de facteurs divers, qui semblent expliquer la nature du phénomène de la traite et des pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao de nos trois départements.

I- FACTEURS SOCIO-CULTURELS

1-1 Le travail des enfants dans les exploitations agricoles, une tradition socioculturelle dans les pays pourvoyeurs d'enfants et en Côte d'Ivoire

Le travail des enfants s'explique aussi, comme nous allons le voir, par des facteurs traditionnels. En effet, sur le plan socioculturel, que ce soit les pays pourvoyeurs d'enfants (Burkina Faso, Mali, Togo) ou le pays d'accueil (Côte d'Ivoire), la transmission des valeurs sociales et la socialisation par le biais du travail est un fait avéré.

Dans le cadre de la famille élargie, l'éducation d'un enfant est considérée comme une affaire relevant de la responsabilité de tous. On peut par conséquent confier son éducation et sa socialisation à des membres de la famille, habitant la ville ou un autre pays, qui sont censés assurer l'épanouissement personnel de l'enfant, à travers le travail et l'instruction.

Cette solidarité familiale a permis, et permet souvent de masquer des pratiques de traite et d'exploitation d'enfants. Il faut ajouter à cela, cette conception socioculturelle du travail des enfants qui amène, naturellement, les acteurs à avoir une faible conscience de la gravité de ce phénomène. Nous en avons pour preuve les différents types de discours recueillis auprès des enquêtés dans nos trois départements.

« On ne peut refuser le travail des enfants en Afrique. Le travail contribue à la formation de l'enfant, et alors on ne voit pas le mal qu'il y a pour les enfants d'accompagner leurs parents dans les plantations de café-cacao. C'est à travers les difficultés liées au travail au champ, que l'enfant comprend que la vie n'est pas un jeu, et qu'il faut toujours chercher à surmonter les obstacles qui se dressent devant lui. Je ne comprends pas alors pourquoi on nous parle de traite et des pires formes de travail des enfants en Côte d'Ivoire. » (Un cadre de société vivant à Gonaté).

« Lorsque nous rentrons dans les cars des immigrés, nous constatons que les enfants présents dans les cars sont, la plupart du temps, accompagnés par des adultes qui disent qu'ils sont leurs parents. Quand on leur demande ce qu'ils vont faire à Zuenoula avec ces enfants, ils répondent tous que ces jeunes viennent pour travailler avec eux dans leur champ. Que voulez-vous qu'on leur dise ? N'est-il pas normal qu'un enfant travaille avec ses parents ? » (Un gendarme enquêté à Zuenoula).

« Les blancs nous fatiguent avec leur affaire de pires formes de travail dans nos plantations de cacao. S'ils ne veulent plus acheter le cacao, qu'ils le disent. Nous, quand nous étions enfants, nous avons toujours travaillé dans les champs de nos parents. C'est quoi, cette question de pires formes de travail et de trafic ? » (Un planteur autochtone).

« Les enfants que nous transportons dans nos cars du Burkina vers la Côte d'Ivoire, viennent aider leurs parents dans les plantations de café-cacao. Et puis, si d'autres viennent eux-mêmes dans ces plantations en Côte d'Ivoire, est-ce que ce n'est pas normal, puisqu'ils ont l'habitude de travailler dans les champs de leurs parents au pays. » (Un chauffeur de car à Hermankono).

1-2 Une tradition de flux migratoire

On ne peut comprendre le phénomène de la traite et des pires formes de travail des enfants immigrés dans les plantations de café-cacao, sans faire référence sur le plan historique aux migrations traditionnelles des peuples du Nord, Burkina Faso et Mali notamment, vers la Côte d'Ivoire.74(*)

Différents accords bilatéraux et multilatéraux ont été engagés par les pays d'Afrique de l'Ouest relativement aux questions de liberté de circulation des personnes, de droit de résidence et d'établissement. Le Burkina Faso, le Mali et la Côte d'Ivoire ont signé et ratifié un nombre important de ces conventions et accords internationaux et régionaux légiférant sur les migrations. Aussi, des outils bilatéraux ont été mis en place pour gérer la migration des travailleurs entre les deux pays. Ainsi, le 9 mars 1960, la Convention relative aux conditions d'engagement et d'emploi est signée dans le but de faciliter le recrutement et l'emploi de main-d'oeuvre en provenance de la Haute Volta vers la Côte d'Ivoire. Les deux pays se trouvent engagés depuis des décennies dans des échanges migratoires importants. Ainsi, la première moitié du 20e siècle se caractérise par le drainage de la main-d'oeuvre voltaiques vers les colonies avoisinantes, les autorités coloniales ne considérant la Haut Volta que comme réservoir de travailleurs dans lequel elles n'hésiteront pas à largement puiser. D'après les chiffres cités par Zanou (1991), 683 000 travailleurs burkinabè auraient été acheminés vers la Côte d'Ivoire entre 1933 et 1959. Leur effectif ne cessera d'augmenter en nombre absolu au fil du temps pour représenter, en 1998, selon les données du dernier recensement général de la population et de l'habitat (RGPH), 56,6% des étrangers en Côte d'Ivoire, soit 14,56% de la population ivoirienne totale.

Les tentatives d'organisation du recrutement de la main-d'oeuvre burkinabè vers la Côte d'Ivoire seront nombreuses durant le vingtième siècle, sans toujours avoir les effets escomptés. De nombreux protocoles et conventions ont été adoptés par les deux pays après les indépendances, avec notamment pour objectif l'orientation et la protection des travailleurs migrants.

Historiquement, les populations d'Afrique de l'Ouest ont toujours migré à l'intérieur de leurs frontières ou d'un pays à un autre. C'est dans cette logique qu'avant, durant et après la colonisation, des populations se sont déplacées à la recherche de terres arables ou de fourrage et de travail vers les zones forestières (Côte d'Ivoire et Ghana notamment).

Pour ce qui est du Mali (ex-Soudan français), il convient de dire qu'il a toujours existé une tradition de migration, principalement des peuples du Sud (région de Sikasso), proches de la frontière Nord de la Côte d'Ivoire actuelle, vers les zones forestières de ce pays. Il faut signaler que des accords ont été signés entre la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Mali pour faciliter la libre circulation des travailleurs entre ces pays. Que ce soit pour le Burkina Faso ou le Mali, retenons que les migrations ne concernaient pas seulement les adultes, mais également les enfants. Ceux-ci voyageaient avec leurs parents, ou émigraient seuls, pour trouver un emploi dans les zones forestières.75(*)

On peut dire que c'est à travers des mouvements migratoires continus dans l'histoire, et des conventions ou accords entre pays, qu'une tradition de flux migratoire saisonnier ou d'installation des populations burkinabés et maliennes, adultes et enfants, s'est instaurée, et ce en direction de la Côte d'Ivoire.

Nous pouvons donc considérer que c'est par le biais, ou sous le couvert d'une tradition de flux migratoire saisonnier ou d'installation en Côte d'Ivoire, perçue généralement, comme une situation normale, que va se mettre en place et s'organiser tout un système de traite d'enfants, à ramifications multiples, au plan transnational.

1-3 La conception socio-culturelle du travail des enfants

La conception socioculturelle du travail des enfants paraît être un facteur, qui détermine la perception positive que les employeurs semblent avoir du travail des enfants dans les plantations de même que l'acceptation, en général, par ces derniers de leurs conditions de travail et de vie dans ces exploitations agricoles. Une telle conception, qui contribue à créer un terrain propice à la traite et aux pires formes de travail des enfants, peut se révéler une contrainte peu visible, mais tenace au regard de la lutte contre ce, phénomène. Il n'est alors pas surprenant qu'un haut responsable de l'administration ait réagi dans la zone d'étude, en ces termes, par rapport aux campagnes de lutte contre la traite et les pires formes travail des enfants :

«On peut se demander où s'arrête l'éducation des enfants dans les plantations, et où commencent les pires formes de travail pour ces jeunes ?», c'est cette conception socioculturelle du travail des enfants qui rend certainement compte de la faible conscience chez des responsables institutionnels par rapport à la menace qui plane sur l'exportation de café-cacao ivoirien et donc sur l'économie du pays.

1-4 Les effets de la crise socio-politique en Côte d'Ivoire sur l'agriculture

Depuis la crise de 2002, différents témoignages montrent que, à quelques nuances près, il existe une certaine raréfaction de la main-d'oeuvre dans la zone d'étude à cause du retour de nombreux immigrés dans leur pays d'origine :

«Depuis le début de la guerre la main-d'oeuvre étrangère est devenue rare. La communauté Burkinabé et Malienne a subi des exactions qui ont obligé ces communautés à renter dans leur pays respectif. Des familles entières sont rentrées dans le but de sécuriser les enfants et les femmes considérés comme vulnérables. L'ambassade de ces pays a organisé des convois groupés pour faire partir ceux qui se sentaient menacés dans leur région d'accueil. Nombre de personnes adultes, anciennes victimes du trafic d'enfants, et qui n'ont jamais pu se faire une place en Côte d'Ivoire, ont profité des opérations de rapatriement, pour rentrer. Ce sont souvent de pauvres loques dépitées et découragées par l'aventure ivoirienne. Des employeurs planteurs en ont profité aussi pour renvoyer au pays et à moindre frais, des enfants, dont certains étaient devenus adultes, et à qui ils devaient beaucoup d'argent pour des années de travail non rémunérées. Le prétexte de la guerre a suffi aux parents, qui les ont remercié d'avoir ramené vivants leurs enfants.» (Un responsable du consulat du Burkina Faso de Bonon).

«De nombreux immigrés sont repartis vers leur pays. Le flux migratoire vers la Côte d'Ivoire est en baisse ; mais il demeure relativement important.» (Le Sous-préfet de Koupela).

«Depuis que la guerre existe, de nombreuses plantations de café et cacao sont abandonnées, faute de main-d'oeuvre. » (Un paysan à Koupéla).

«Aujourd'hui, il y a beaucoup de plantations qui sont abandonnées, parce que la main-d'oeuvre est devenue rare. Si on enlève les enfants qui travaillent dans nos plantations, ce sera la fin de la production du cacao. Si on retire les enfants, notamment ceux des burkinabés, qui sont les plus nombreux dans nos plantations de café-cacao, ça ne marchera pas ». (Un planteur autochtone dans la sous-préfecture de Bonon).

« Pour avoir aujourd'hui un travailleur pour son champ, c'est très difficile ; même les enfants des burkinabé qui sont là, ce n'est pas facile de les avoir, parce qu' 'ils travaillent pour leurs parents. » (Un planteur autochtone à Hermankono).

La raréfaction de la main-d'oeuvre a eu pour conséquence le fait suivant : la demande d'ouvriers agricoles étant supérieure à l'offre, le coût de la main-d'oeuvre expérimentée, a connu une assez nette augmentation. C'est ainsi que le coût du contrat annuel d'un manoeuvre adulte, qui variait, dans le département d'Hermankono, entre cent mille (100 000) et cent vingt mille (120 000) francs, est passé aujourd'hui à cent cinquante mille (150 000) francs, alors qu'à Bonon ce coût peut atteindre deux cent cinquante mille (250 000)76(*).

De nombreux planteurs (étrangers comme ivoiriens) ont naturellement déploré cette situation, qui contribue à augmenter leurs charges d'exploitation.

« Le coût de la main-d'oeuvre est devenue de nos jours trop élevé. Quand tu prends un manoeuvre aujourd'hui, tu ne sais pas comment le payer au bout d'un an. » (Un exploitant agricole burkinabé à Bonon).

« Les manoeuvres qui étaient moins chers avant la crise, sont aujourd'hui trop chers pour nous. Parce qu'ils savent qu'on a besoin d'eux, et parfois même, ils ne respectent pas le contrat, et vont travailler avec des planteurs qui leur disent qu'ils vont leur donner plus d'argent. » (Un exploitant agricole autochtone du département de Zuenoula).

Devant ce fort besoin de main-d'oeuvre que de nombreux planteurs ont du mal à acquérir, et face à son coût actuel, les planteurs (autochtones comme allogènes) préfèrent tous se rabattre, dans les trois départements visités, sur une main d'oeuvre infantile bon marché. Comme de nombreux exploitants agricoles le disent,

« Ils préfèrent avoir des enfants comme manoeuvres agricoles dans leurs plantations de café-cacao, parce que leurs contrats leur reviennent moins chers. » (Type de discours recueillis auprès des planteurs des trois départements).

Le coût de la main-d'oeuvre infantile restant plus supportable au niveau de leur charge d'exploitation, cette main- d'oeuvre demeure plus que jamais fortement prisée par les planteurs. La logique d'une telle rationalité économique, ne peut que contribuer à perpétuer et développer la traite et les pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao.

II- RAISONS ECONOMIQUES

2-1 La pauvreté des pays pourvoyeurs d'enfants

 

Mali

Burkina Faso

Côte d'Ivoire

Classement IDE

153

159

144

Taux d'alphabétisation (personnes âgés de 15 ans et plus)

39,8%

23,0%

45,7%

Taux brut de scolarisation

28,0%

23,0%

38,0%

PIB par habitant (PPA)

753 USD

965 USD

1653 USD

Personnes vivant avec moins d'un dollar par jour

72,8%

61,2%

12,3%

Enfants de moins de 15 ans au poids insuffisant

40%

36%

24%

 
 
 
 
 

Togo

Benin

 

Classement IDH

128

147

Taux d'alphabétisation (personnes âgés de 15 ans et plus

56,3%

39,0%

Taux brut de scolarisation

62,0%

45,0%

PIB par habitant (PPA)

1.410 USD

933usd

Personnes vivant avec moins d'un dollar par jour

n.d

n.d

Enfants de moins de 15 ans au poids insuffisant

25%

29%

Source IDH 2001 PNUD

PIB : Produit Intérieur Brut

IDH : Indicateur de Développement Humain

IDE : Indicateur de Développement Economique

Tableau : Indicateurs du développement humain Afrique de l'ouest

Au vue du tableau, on constat que les pays de provenance des enfants victimes de traite ont des taux de pauvreté parmi les plus élevé en Afrique de l'ouest. Le Mali et le Burkina Faso affichent un taux d'alphabétisation des personnes de 15 ans et plus respectif de 39,80% et 23,0%. Le taux brut de scolarisation au Mali est de 28,8%, contre 23,0% pour le Burkina Faso.

Le Togo et le Bénin ont un taux de scolarisation relativement élevé (62,0% et 45,0%). Ces taux (Mali et Burkina Faso) comparés à ceux de la CÔTE D'IVOIRE, sont faibles. Au niveau des taux brut de scolarisation, la CÔTE D'IVOIRE à un pourcentage de 38%. Seul le Togo et le Bénin ont un taux plus élevé que la CÔTE D'IVOIRE. Mais quand on prend le PIB par habitant, la CÔTE D'IVOIRE affiche 1654 dollars par habitant, quand le Togo et le Bénin affiche respectivement 1410 et 933 dollars par habitant.

Les inégalités augmentent et les niveaux de vie continuent à baisser. La vulnérabilité des enfants à la traite est accrue par des systèmes éducationnels défaillants.

La CÔTE D'IVOIRE connait des conditions économiques et sociales comparativement prospères et stables qui en fait un pôle d'attraction pour la traite d'enfants en Afrique de l'ouest.

Le Burkina Faso, le Mali et le Togo, principaux pays pourvoyeurs d'enfants dans nos départements, sont des Etats classés parmi les plus pauvres du monde, où le tiers (1/3) de la population de ces pays, vit en dessous du seuil de pauvreté. La majorité de la population agricole de ces Etats, dont les terres ne sont le plus souvent irriguées que par la pluie, connaît un chômage saisonnier. Durant la saison sèche, la population doit migrer à la recherche de travail. Cette situation de pauvreté contribue à l'exode rural et renforce le phénomène de migration vers d'autres pays, à l'image de la Côte d'Ivoire, qui ont connu, ou connaissent un taux de croissance relativement élevé.

2-2 Le coût élevé des intrants agricoles

La grandeur des plantations et les nombreuses maladies des plantes, emmènent les planteurs à utiliser les engrais et les produits phytosanitaires pour le traitement des plantations. Aujourd'hui les entrants agricoles ont un coût beaucoup élevés. Certains planteurs possèdent plusieurs hectares, donc traiter tous ces hectares a un coût très élevé. Ajouté à cela la non modernisation de notre agriculture, il est donc difficile à un planteur de pouvoir recruter des manoeuvres âgés qui coutent chers.

Lors de notre enquête les planteurs ont décrié le coût élevé des produits d'entretient des plantations. Nous nous somme approché des structures chargées de la distribution des produits phytosanitaires qui nous ont fait comprendre que ces dernières années le coût de ces intrants (engrais et produits phytosanitaires) a connu une augmentation de plus de 40% en huit (8) ans, au plan national, alors qu'on observe, sur le plan historique, une tendance à la baisse des cours du kilogramme de café et de cacao au niveau bord champ. C'est la raison pour laquelle, de nombreux paysans se sont plaints du prix des intrants agricoles :

« Le planteur n'est planteur aujourd'hui que de nom. A la récolte, nous n'avons rien ; nous sommes endettés dès la vente de nos produits agricoles, à cause du coût élevé de l'engrais et des produits phytosanitaires. » (Un grand planteur rencontré à Bouaflé).

« La terre n'est plus fertile comme avant ; les engrais et les produits chimiques sont devenus trop chers. Les commerçants ne veulent plus nous faire de crédit, or nous n'avons pas assez d'argent pour paye. »

Le coût élevé des charges d'exploitation, à cause du prix des intrants agricoles, permet de comprendre la réaction suivante des planteurs :

«Les enfants qui viennent travailler dans nos plantations nous arrangent beaucoup. Les enfants ce n'est pas cher et ils travaillent bien sans parler. Les produits pour traiter le café et le cacao coûte beaucoup d'argent pour prendre les grandes personnes ». (Type de discours recueillis auprès de nombreux planteurs dans les trois départements).

2-3 Les enfants : une main d'oeuvre corvéable à souhait

En dehors du coût relativement faible de la main d'oeuvre infantile, un facteur semble expliquer la préférence des planteurs pour cette majorité de manoeuvres agricoles. Cet élément réside dans le fait que, de manière générale, et selon les informations reçues, les enfants constituent une main d'oeuvre corvéable à souhait.

« Quand les jeunes immigrés arrivent ici, ils sont très sales et n'ont pas une belle allure au plan physique. Ils ont l'air malade, ils n'ont rien à manger, et ne savent même pas où dormir. Moi, dans ma cour, j'en recevais beaucoup qui restaient ici, en attendant d'avoir du travail dans les plantations. Quand ils trouvent du travail, ils s'accrochent vraiment à leur contrat qu'ils ne veulent pas perdre ; ils sont prêts à faire tout ce que vous leur demandez, par rapport aux travaux dans la plantation. » (Un planteur autochtone).

A ce propos, de nombreux planteurs autochtones nous ont dit :

« Qu'ils préféraient engager des jeunes étrangers qui arrivent pour, la première fois en Côte d'Ivoire, non seulement à cause de leur prix abordable, mais aussi, parce qu'ils obéissent toujours à leur patron. Ce qui n'est pas le cas des manoeuvres adultes et des jeunes immigrés qui ont duré ici. Quand ils sont anciens, ils se comportent comme des ivoiriens. » (Type de discours recueillis auprès de nombreux planteurs autochtones dans le département de Bouaflé).

Si l'on s'en tient à ces discours, nous avons certainement affaire à des jeunes, extrêmement exploitables par des employeurs qui ont bien voulu les engager dans leur plantation. Ces jeunes sont alors prêts à répondre à toutes les sollicitations des exploitants agricoles pour avoir leur estime, et surtout sauvegarder leur emploi. Ils savent qu'après tout, leur sort (au plan financier) ne dépend que de leur employeur, susceptible de rompre à tout moment leur contrat !

Si de tels rapports entre employeur et employé sont confirmés par les faits dans la zone d'étude, ceci se comprend au plan sociologique. En effet, il est prouvé qu'un individu, qui arrive pour la première fois dans un espace social (entendons ici un champ de relations sociales, d'acculturation et de conflits) qui lui est étranger, a tendance à en respecter strictement, et même parfois avec un certain zèle les normes et valeurs. C'est lorsqu'il a passé un temps relativement long dans cet espace, qu'il peut adopter ou adopte des comportements s'écartant des normes et valeurs prescrites.

Le fait que les jeunes immigrés constituent souvent une main d'oeuvre taillable corvéable à merci, ne peut qu'encourager la traite et les pires formes de travail des enfants.

2-4 La traite des enfants : un commerce juteux lié à un besoin de main-d'oeuvre bon marché

Une variable qui paraît également expliquer la traite et les pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao, est le commerce juteux lié à un besoin de main d'oeuvre bon marché dans la zone d'étude. Différents acteurs semblent tirer en effet des gains substantiels de la traite d'enfants, et c'est sans doute la raison pour laquelle, nous avons observé beaucoup de méfiance et de résistance à l'enquête chez nos interlocuteurs, lorsque que nous avons voulu aborder cette question.

Si des acteurs occasionnels (planteurs étrangers et recruteurs occasionnels d'enfants) peuvent tirer, au plan financier, quelques bénéfices du placement d'enfants, il semble que ce soit véritablement les locataires de cars, les convoyeurs qui s'adonnent à la traite des jeunes manoeuvres, les pisteurs de frontière et les coxer qui, parce qu'ils se sont aperçus très tôt que le «commerce des enfants» était rentable, se sont, avant la crise spécialisés dans cette traite, ou en sont devenus de véritables professionnels.

Ceci a été confirmé par les responsables de l'ONG providence, de l'agence de coopération technique allemande GTZ impliquée dans la lutte contre la traite et les pires formes de travail des enfants à Bouaflé :

« Lorsque de nombreuses personnes ont compris qu'il y avait beaucoup à gagner dans le trafic des enfants, des Burkinabé, Malien et des Ivoiriens du Nord, se sont lancés dans cette affaire. Certains ont même abandonné leur travail de commerçant, chauffeur, homme d'affaires, pour devenir les convoyeurs - trafiquants d'enfants des pays du Nord vers Bouaflé. » responsable du consulat du Mali à Hermankono (Bouaflé)

Le commerce des enfants a particulièrement profité, comme nous venons de le dire, aux acteurs suivants :

2-4-1 Les propriétaires de cars

L'enquête nous a permis de savoir qu'au niveau des responsables d'organisation de certains pays limitrophes (Mali, Burkina Faso, Ghana et Guinée), des convois étaient régulièrement organisés lors des grandes saisons de traites pour desservirent les plantations en main d'oeuvre. A Garangoro, sous préfecture de Bouaflé, un responsable de structure agricole (ANADER) m'a donné l'information selon laquelle : « lors de la période des grands travaux l'on observait au moins 30 arrivés de manoeuvres par jour et la plupart étaient des enfants », ce qui nous donne un total de 120 enfants par mois. Si nous faisons l'hypothèse que ces organisations plaçaient, dans le cadre des contrats annuels, les enfants à cent mille (100 000) francs en moyenne, les gains qu'ils tiraient par mois de cette traite, peuvent être estimés comme suit :

Pour un enfant placé à (100 000) francs, les organisations gardaient par devers eux les ¾ de cette somme, soit, soixante quinze (75 000 F) mille francs. Ceci signifie qu'elles pouvaient gagner par mois 75 000 francs /enfant x 120 enfants = 9 000 000 francs.

Au vue de ces chiffres, nous pouvons comprendre pourquoi certains planteurs ont abandonné leurs plantations pour se convertir en organisation d'accueil de main d'oeuvre. Les sommes collectées au niveau de ce trafic est énorme.

2-4-2 Les convoyeurs de cars

Comme les associations des ressortissants des pays limitrophes, les convoyeurs ont, semble-t-il, joué avant la crise, un rôle déterminant dans la traite d'enfants. C'est ainsi que, selon un agent la gendarmerie de Sinfra, autrefois en fonction à Abengourou, « les convoyeurs sont de vrais trafiquants. Le mot convoyeur couvre leurs activités illicites qui consistent principalement au trafic des enfants, dont ils tirent d'énormes bénéfices. Au corridor d'Abengourou, on a arrêté un convoyeur, dont l'âge se situe entre trente et quarante cinq ans, de nationalité burkinabé. Il a été déféré et traduit devant la justice. Le juge l'a reconnu coupable et condamné à seulement 6 mois de prison avec sursis».

2-4-3 Les pisteurs ou passeurs de frontières

Les pisteurs ou passeurs de frontière ont également obtenu et continuent d'obtenir des gains substantiels de la traite d'enfants dans la région. Lors de nos échanges avec ces pisteurs passeurs de frontières (jeunes déscolarisés autochtones), ceux-ci ont déclaré que

« Pour faire passer des enfants par les pistes rurales, entre le Ghana et la ville de Niable, ils prenaient entre trois mille (3 000) et cinq mille (5 000) francs CFA par personne. » Si nous estimons à deux le nombre d'enfants qu'ils font entrer par jour, cela correspond à un gain journalier six mille (6 000) à dix mille (10 000) francs, soit un gain mensuel variant entre cent quatre vingt mille (180 000) et trois cent mille (300 000) francs CFA ; ce qui constitue une somme non négligeable pour un jeune déscolarisé en Côte d'Ivoire77(*).

2-4-4 Les coxers

Les ramifications de cette transaction entre coxer va jusqu'à ceux du Burkina Faso qui en rapport avec ceux de Côte d'Ivoire, envoient les besoins des planteurs veiller à ce qu'ils arrivent à destination. Selon les informations, ils gagneraient entre 2 000 et 3 000 par enfants selon la zone de destination. On peut penser que ces coxers, en satisfaisant la demande de plusieurs enfants, peuvent s'en tirer, au plan financier, à bon compte, au regard du niveau de vie des habitants de leur pays. Les difficultés rencontrées dans la quête d'informations sur les avantages économiques obtenus à partir du «commerce d'enfants», nous paraissent être un fait tout à fait compréhensible : nous sommes dans un milieu relativement isolé, sinon fermé, où la loi du silence est la règle, dans le cadre de la protection d'intérêts et d'enjeux économiques particulièrement importants. Ces enjeux sont tels, qu'il existerait selon des informations reçues, des réseaux protecteurs de cette traite d'enfants. Des individus appartenant à ces réseaux, pourraient ainsi attenter à la vie de toute personne qui voudrait s'immiscer dans les activités liées à cette traite ou s'opposer à celles-ci

C'est certainement, dans cette même logique que des pisteurs (acheteurs de produits agricoles) ont déclaré, que des paysans, utilisateurs de jeunes manoeuvres agricoles, peuvent refuser de vendre leur café-cacao aux acheteurs de produits trop regardants vis-à-vis de la situation des enfants dans leur plantation.

III- FAIBLESSES DU CONTROLE SOCIAL

3-1 Le laxisme et la corruption d'éléments des forces de l'ordre

L'une des variables explicatives de la traite d'enfants dans les trois départements reste un certain laxisme et la supposé corruption d'éléments des forces de l'ordre. Cela transparaissent dans les déclarations des enquêtés :

« Le phénomène de la traite des enfants n'est pas perçu par les différents responsables institutionnels et même par les forces de l'ordre, comme un problème national ou un mal contre les enfants. C'est la raison pour laquelle, il y a un laisser-faire chez de nombreux responsables et agents de l'Etat face à ce phénomène ».Mr de sous préfet de Gonaté.

« Entre convoyeurs, chauffeurs et forces de l'ordre, il existe des rapports de complicité pour l'exploitation en commun d'un commerce juteux, celui du trafic des enfants. Les convoyeurs s'entendent avec le chauffeur, pour surcharger le plus possible les autocars. On peut se retrouver ainsi avec soixante-dix (70) Personnes dans un car de cinquante-cinq (55) places, cent (100) à cent vingt (120) passagers pour un de soixante-dix (70) places. Les convoyeurs ont des connaissances à tous les points de contrôle. Sachant qu'ils transportent les enfants, ils négocient avec ces agents des forces de l'ordre, et leur payent un droit de passage. Les cars peuvent alors continuer leur trajet sans aucun contrôle. » (Enquêtés ayant souhaité que leur statut et fonction ne soient pas révélés).

II est clair qu'un tel désintérêt manifesté par ces acteurs vis-à-vis de notre objet d'étude, ne peut que rendre compte du laxisme d'agents de base des forces de l'ordre ; laxisme qui explique évidemment la facilité avec laquelle les intermédiaires et enfants accèdent à nos différents départements.

Concernant le dernier discours qui a trait à la corruption d'agents de forces de l'ordre, qui favoriserait la traite d'enfants, notons que nous n'avons pas pu vérifier nous-mêmes cette allégation.

Si le laxisme et la corruption d'agents des forces de l'ordre semblent des réalités avérées, il est compréhensible que ces éléments ne puissent que contribuer à renforcer la traite d'enfants dans notre zone d'étude.

3-2 La porosité des frontières

En Côte d'Ivoire, comme d'ailleurs le plus souvent en Afrique, les frontières politiques ne sont des frontières que de nom, puisqu'en dehors des postes frontaliers de douane, de police, de gendarmerie, elles sont rarement matérialisées et faiblement contrôlées.

« Nos frontières sont de véritables passoires ; c'est la raison pour laquelle de nombreux trafiquants de personnes et de biens, peuvent accéder assez facilement au pays en contournant, par la brousse, les postes frontaliers où sont positionnées les forces de l'ordre. »

3-3 Les motivations des parents et des jeunes au départ du pays d'origine, le vécu de leur travail dans les plantations et leurs projets

En plus des variables explicatives de la traite et des pires formes de travail des enfants que nous avons étudiées, il convient de dire que ce phénomène semble prendre aussi racine dans les motivations des parents et des jeunes au départ du pays d'origine, le vécu du travail au niveau de la main d'oeuvre infantile, de même que dans les projets de vie des enfants. Pour les parents, il s'agit essentiellement de faire partir leurs enfants en Côte d'Ivoire, pour que ceux-ci y gagnent de l'argent qu'ils enverront à la famille. A ce sujet un responsable du consulat du Burkina Faso à abondé dans ce sens, à travers ses dires :

« Devant la pauvreté au pays, les parents souhaitaient que leurs enfants aillent en Côte d'Ivoire pour y travailler et ramener de l'argent à la famille. Des parents visent également la réussite individuelle des enfants sur le plan de leur formation et sur le plan économique. Cette réussite peut permettre d'acquérir des biens matériels qui font cruellement défaut à la famille qui est au pays »

Les motivations des parents sont renforcées par l'image positive que les différents acteurs de la filière de la traite des enfants présentent de la Côte d'Ivoire, lorsqu'ils rencontrent des responsables de familles et des jeunes dans les pays pourvoyeurs de main d'oeuvre infantile. Elles sont aussi soutenues par la réussite socio-économique apparente, en Côte d'Ivoire, de membres de la famille ou de connaissances, qui retournent régulièrement dans leur pays ou qui s'y installent définitivement. Que ce soit avant la crise, ou de nos jours, il semble que la perception de la Côte d'Ivoire comme l'eldorado ou une terre promise reste relativement invariante chez les jeunes migrants (comme d'ailleurs aussi chez leurs parents) qui y viennent seuls, parfois « pour se chercher », comme ils le disent eux-mêmes. Réussir en Côte d'Ivoire, n'est pas seulement chez les jeunes un projet vécu au niveau de l'imaginaire, mais aussi sur le plan du réel, dans la mesure où des enfants maliens, Burkinabé et Togolais restés au pays, voient arriver, chaque année au moins, leurs pairs de la Côte d'Ivoire, « les bras chargés d'espèces sonnantes et trébuchants et de biens matériels » qu'ils n'ont pas forcément l'habitude de voir dans leur vie quotidienne ! A ce propos, les discours qui suivent sont particulièrement significatifs :

« Quand mon patron m'a payé l'an passé j'ai acheté de nouveaux habits, des lunettes et une radio pour mon père. Arrivé au pays, j'ai acheté des pagnes pour ma maman et ma grande soeur. Tout le monde était content et fier de moi dans la famille. Dans le quartier, tous mes amis m'enviaient à cause de mes habits ; beaucoup de jeunes voulaient venir avec moi, lors de mon retour en Côte d'Ivoire » (Un jeune manoeuvre agricole).

« Je travaille dans cette plantation, parce que c'était trop dur au village ; on est beaucoup, et les parents n'ont rien pour s'occuper de nous. Quand mon oncle, qui est planteur de cacao en Côte d'Ivoire, est venu au pays, il a vu mon père, et je suis venu avec lui depuis 2001. Ici, je suis sûr que je vais devenir quelqu'un un jour, parce que je fais des contrats et je gagne beaucoup d'argent. Mon oncle est gentil avec moi. L'année dernière, quand je partais au pays, il m'a donné beaucoup d'argent. J'ai acheté plusieurs choses que j'ai emmenées au pays. » (Un jeune travailleur agricole Burkinabé à Bouaflé).

Devant de telles situations, le réel ne peut que renforcer l'imaginaire des enfants qui n'ont pas encore « tenté l'aventure ivoirienne ».

En ce qui concerne le vécu (pratiques, significations et représentations sociales) de leur travail, il faut retenir que les enfants semblent être, dans l'ensemble, assez favorables aux tâches quotidiennes exécutées dans les plantations de café- cacao, en dépit des contraintes liées à ces dernières. Au regard de ces considérations modernes relatives à la défense des droits des enfants, ceux d'entre eux qui travaillent dans les plantations de café en Côte d'Ivoire, sont souvent perçus comme des victimes de pires formes de travail, c'est-à-dire, qu'ils font l'objet d'une insertion sociale.

Quand on s'intéresse au vécu des enfants, travaillant dans ces plantations, on constate que la perception et les représentations sociales de leur travail semblent être tout autres. En effet, la grande majorité des enfants enquêtés pensent, d'après leurs différentes déclarations, que leurs conditions de travail et de vie sont acceptables, comparativement aux réalités quotidiennes qu'ils connaissent dans leur pays d'origine. Leur perception peut s'expliquer sans doute par le fait que, pour le même effort de travail fourni dans leur pays, ils tirent des revenus substantiels en Côte d'Ivoire, qui n'ont rien à voir avec qu'ils gagnent chez eux :

«  Au pays, je travaillais la terre ; par an, je gagnais vingt mille (20 000) francs CFA. Quand je suis arrivé en Côte d'Ivoire, j'ai pu avoir, la première année, cent soixante quinze mille (175 000) francs CFA. On dit que les enfants ne doivent pas travailler dans les plantations ; mais qui peut me donner une telle somme d'argent que je n'ai jamais attrapée dans ma main ? Pour gagner cet argent, on m'a payé mon contrat annuel, et j'ai fait d'autres contrats les jours de repos. » (Un jeune manoeuvre burkinabé rencontré à Zuenoula).

L'obtention, pour une première fois, d'une telle somme d'argent, peut paraître faramineuse aux yeux d'un enfant qui provient d'un pays où sévit, en général, une pauvreté endémique. On peut alors parfaitement comprendre que les conditions de travail et de vie des enfants dans les plantations, ne soient pas forcément vécues négativement par ces derniers. De notre analyse du vécu du travail chez les enfants, il semble que s'affrontent deux types de perception :

Enfants au travail dans les plantations de café - cacao , considérés par les uns, acteurs institutionnels impliqués dans la lutte contre ce phénomène, comme identités sociales négatives, et perçus par les autres, des enfants travaillant dans les exploitations agricoles, comme identités sociales positives. Les enquêtes menées auprès des jeunes de quatorze (14) à dix-huit (18) ans, et en rapport avec leurs projets, montrent aussi qu'en dehors des activités agricoles et des ressources financières qu'ils en tirent, ils n'ont apparemment pas d'autres horizons de vie. La majorité d'entre eux qui ont parlé de leurs projets, ont tenu le genre de discours ci-après :

« Je viens d'un pays pauvre où mes parents n'ont rien. Je suis ici pour travailler dans les plantations pour gagner beaucoup d'argent, et retourner chaque fois au pays, pour aider mes parents. Ils comptent sur moi ici. Moi, je ne connais pas papier, c'est donc dans la plantation que je peux gagner ma vie. » (Un jeune manoeuvre Togolais).

Etant donné, comme nous l'avons déjà vu plus haut, que les enfants sont pour la plupart d'entre eux analphabètes, et qu'ils sont issus de familles très pauvres et nombreuses, ils ont conscience qu'ils n'ont aucune possibilité de mobilité verticale dans le secteur formel, et que les opportunités financières qui peuvent se présenter à eux, et qui leur permettent d'aider leur famille résident essentiellement dans l'espace du travail agricole, auquel ils restent par conséquent, fondamentalement attachés.

L'étude des motivations des parents et des jeunes, au départ du pays d'origine, du vécu de leur travail dans les plantations et de leurs projets vie, prouvent que ce sont des variables culturelles et psychosociales, qui créent des conditions de perpétuation de la traite et des pires formes travail des enfants dans les plantations de café-cacao, de même qu'elle rendent compte.

Le travail des enfants a une réelle incidence sur l'avenir et le devenir de l'enfant. En effet vu la dangerosité des activités pratiquées, les enfants sont exposés à plusieurs problèmes. Au-delà de l'enfant, il faut aussi comprendre que c'est le cacao ivoirien qui est mis en danger si rien n'est fait car les institutions internationales menacent de ne plus acheter le cacao en provenance des zones où le trafic est signalé.

I- CONSEQUENCES AU NIVEAU DES ENFANTS

Les populations, acteurs directement impliqués dans le développement du phénomène, accordent très peu de crédits aux conséquences (conséquences négatives), ils se sont pour la majorité prononcée sur les avantages du travail.

Toutefois, nous avons pu en relever à partir des différents témoignages.

1-1 Inconvénients du phénomène pour les enfants

Selon le témoignage des enfants dans les plantations de café-cacao, nous avons pu entrevoir des conséquences négatives tant physiques que psychologiques.

En ce qui concerne ces impacts physiques, il faut essentiellement relever le cas des blessures causées dans l'ensemble par les machettes et qui laissent, en général des cicatrices, quand elles sont profondes.

Situées sur les membres inférieurs ou supérieurs, ces cicatrices paraissent banales pour la population agricole, les exploitants agricoles, les enfants contractuels et aides familiaux ayant terminé leur apprentissage. Ce qui se comprend, dans la mesure où ces acteurs utilisent des machettes bien aiguisées et très tranchantes de sorte à leur permettre une bonne performance et un rendement meilleur dans l'accomplissement des activités.

Au delà des risques relatifs aux matériels de travail, les enfants ont également donné leur point de vu sur la pénibilité à parcourir les distances qui séparent leur lieu d'habitation aux plantations, de l'intensité du rythme du travail et du volume élevé de travail.

Ces dernières difficultés (liées au rythme, volume de travail, et temps de repos) sont en effet imputables à l'absence des parents dans l'environnement immédiat de l'espace agricole et suscitent à la fois des conséquences d'ordre psychologique.

Au-delà de ces conséquences physiques et psychologiques, ces enfants (les plus grands) ne sont pas à l'abri de bien d'autres dangers dans leur milieu de vie, singulièrement la pandémie du VIH/SIDA.

Ces enfants loin du cadre familial, ont le devoir de s'auto- éduquer. Cette relative liberté peu être pour eux lourde de conséquences, car leur fréquentation sexuelle s'oriente pour la plus part vers les filles de joies.

1-2 Avantages du phénomène pour les enfants

Les travaux champêtres permettent aux enfants d'acquérir une relative expérience. Cette connaissance leur permet de réaliser leurs projets de vie et s'intégrer dans leurs communautés, voire dans la société.

Tandis que certains enfants, ceux qui n'ont aucune possibilité de mobilité verticale dans le secteur formel, (du fait de leur analphabétisme et des études écourtées au niveau du cycle primaire, ont dit acquérir les techniques culturales du café et du cacao), ont la chance d'évoluer dans cet espace de travail agricole, d'autres affirment encore pouvoir hériter des plantations de leurs parents, de satisfaire eux mêmes leurs besoins (fournitures scolaires, trousseaux de mariage, vêtements).

De même, les gains tirés du travail agricole permettent à la majorité des contractuels d'épargner pour la réalisation de leurs projets de vie, soit en investissant dans le secteur agricole ou en milieu urbain dans la mécanique auto.

Les rémunérations assurent parfois la survie des ménages en permettant aux enfants de contribuer aux dépenses du foyer parental et améliorer les conditions socioéconomiques de vie des parents qui ont des difficultés financières et matérielles.

Après avoir indiquer les avantages et conséquences négatives du travail dans les plantations de café- cacao sur les enfants, l'interrogation est de savoir ce qu'il en est de la Côte d'Ivoire, premier producteur du binôme café- cacao?

II- CONSEQUENCES DU TRAVAIL DES ENFANTS POUR LA COTE D'IVOIRE

La Côte d'Ivoire, premier pays producteur du binôme café - cacao au plan mondial, avec une offre moyenne annuelle de 1.250.000 à 1 .300.000 tonnes sur un total mondial moyen de 2.800 000 à 2.850.000 tonnes78(*), devra prouver qu'il n'est pas concerné par les accusations portées contre elle. Elle est d'autant plus mobilisée par cette lutte qu'elle est accusée à tort ou à raison d'utiliser les enfants dans des conditions périlleuses dans ses plantations de café- cacao.

Si cette accusation était avérée, elle devra en assumer les conséquences. Ce qui signifie qu'elle devra faire face aux effets pervers du protocole «HARKING-ENGEL»79(*) qui s'insurge contre tout travail abusif ou esclavage des enfants dans le monde. Ledit protocole ayant engagé les industries depuis l'année 2001 à faire en sorte qu'à partir du 1er juillet 2005, date différée aujourd'hui au juillet 2008, que le cacao Ivoirien soit cultivé de manière responsable. Il est interdit d'après ce protocole d'avoir recours à une main- d'oeuvre forcée ou infantile. Pour cela un certificat d'attestation est demandé à tout importateur de café- cacao américain.

L'économie de la CÔTE d'Ivoire dépend en grande partie du binôme café-cacao. Il est donc important que la situation des enfants dans les plantations soit clarifiée afin d'éviter des sanctions.

Conclusion de la deuxième partie

Cette deuxième partie relative aux résultats repose sur deux points : la description du phénomène d'une part et les facteurs susceptibles de l'expliquer ainsi que les éventuelles conséquences d'autre part.

Le premier est relatif à la description des caractéristiques socio économiques et démographiques (âge, sexe, niveau d'instruction, situation socio professionnel) des principaux acteurs et des acteurs secondaires, suivie de celle des manifestations du phénomène. La description et interprétation des manifestations, relatent en effet, les conditions dans lesquelles, les enfants immigrés (Togolais, Burkinabés, maliens...) accomplissent les travaux dans les plantations. Elle met à nu les activités, le rythme et le volume de travail auxquels ils sont soumis, lesquels sont moins fonction de l'âge et de la catégorie du travailleur que des liens de parenté affirmés ou non avec le planteur.

Quant aux conditions de vie des enfants dans les campements et villages, qui, elles dépendent des conditions de travail, elles ne sont pas tout à fait différentes pour ce qui est des enfants actifs.

Elles paraissent d'autant plus similaires que l'ensemble des enquêtés (les planteurs et les enfants ainsi que les acteurs secondaires, les responsables institutionnels et d'autres responsables de service) expliquent en majorité le travail des enfants dans les plantations de café - cacao selon les mêmes facteurs: la pesanteur de la tradition socioculturelle africaine, l'indigence socio économique des parents, le faible niveau de mécanisation des systèmes agricoles et l'insuffisance ou la faible application des textes juridiques. Le même constat est fait pour ce qui est de chaque département.

Les conséquences liées au travail en plantation sont exprimées en terme de blessures causées à la machette, notamment et concerne aussi des difficultés psychologiques. En ce qui concerne les avantages, elles sont multiples et relatives surtout à l'intégration sociale de l'enfant. Il s'agit également des avantages pécuniaires que les parents et les enfants tirent de leur travail.

I- INSTRUMENTS JURIDIQUES

La législation protectrice des enfants en général et des enfants travailleurs en particulier est abondante. Malheureusement, ces instruments juridiques sont très peu connus et quand bien même ils sont connus par certains, ceux-ci ne sont pas appliqués et les personnes qui exploitent des enfants ne sont pas toujours sanctionnées.

1-1 Instruments juridiques de protection générale de l'enfant

L'enfant comme mentionné précédemment est toute personne de l'un ou l'autre sexe âgé de moins de 18 ans selon la Convention des Nations Unies relative aux droits des enfants, la Charte africaine des droits des enfants et la Convention 138 de l'OIT sur l'âge minimum. Tous ces instruments juridiques ont été ratifiés par la Cote d'Ivoire. Cependant, en droit ivoirien il y a une pluralité de définitions de l'enfant. En effet, le droit pénal considère comme mineur l'individu de l'un ou l'autre sexe âgé de moins de 18 ans, et la loi sur la minorité considère comme mineur celui qui est âgé de moins de 21 ans (code pénal article 1er, et la loi de 1970 sur la minorité en son article 1er).

Cette pluralité de la notion de mineur est source de contradiction et est préjudiciable aux enfants, car comment comprendre qu'à 18 ans on soit majeur au niveau pénal et de ce fait apte au service militaire (code de la fonction militaire de 1995) et qu'on soit encore mineur au niveau civil et donc soumis à l'autorité parentale.

L'enfant mineur bénéficie, selon la législation, ivoirienne de protection et cette protection est assurée par l'Etat (constitution de 2000 articles 5 et 6) et par les titulaires de la puissance paternelle : père, mère ou tuteur (loi sur la minorité). Ceux-ci doivent le protéger contre les violences et l'exploitation économique ou sexuelle et ils doivent par ailleurs assurer son éducation, sa garde, son entretien (loi sur la minorité de 1970, loi sur le mariage de 1964 modifiée en 1983)80(*).

L'enfant ne doit pas choisir lui-même sa résidence, ce qui revient à dire qu'il ne doit pas normalement avoir d'enfant de la rue (la rue n'étant pas une résidence). Il ne doit pas aussi subvenir à ses besoins ni à ceux de ses parents tant qu'il n'a pas atteint l'âge légal pour travailler.

La Constitution ou loi fondamentale du 1er Août 2000, interdit le travail forcé et l'esclavage ainsi que tous les traitements cruels, inhumains et humiliants, la torture physique ou morale et toutes les formes d'avilissement des Etres humains en son article 3.

La présence de nombreux enfants dans les rues et le nombre d'enfants victimes d'exploitation en Côte d'Ivoire témoignent du désengagement de la famille et de l'Etat de cette mission confiée par la Constitution et par les lois sur le mariage et la minorité. En effet, selon la loi sur la minorité du 3 Août 1970, le mineur doit être assisté par son représentant légal : père, mère ou tuteur dans tous les actes de la vie civile81(*).

Le mineur de 16 ans ne peut conclure et rompre seul un contrat de travail. Il doit être assisté de son représentant légal ce qui n'est pratiquement pas le cas en Côte d'Ivoire. En effet, de nombreux enfants travaillent avant l'âge de 16 ans sans l'autorisation du représentant légal et cela dans l'indifférence totale des familles et de l'Etat.

Le mineur de moins de 18 ans ne peut conclure et rompre seul son contrat de travail et exercer le commerce. Il a besoin de l'autorisation de ses parents pour se marier.

1-2 Instruments juridiques spécifiques de protection de l'enfant travailleur

La Constitution ivoirienne au même titre que la convention 29 de l'OIT de 1930, interdit le travail forcé et l'esclavage de tout être humain. Il en est de même de la loi sur la minorité qui exige la présence des parents du mineur de 16 ans pour la conclusion et la rupture de son contrat de travail. Ceux-ci peuvent, en effet, apprécier la portée du travail confié à leur enfant et discuter de la rémunération ainsi que des conditions dans lesquelles ce travail sera exercé, l'enfant de 16 ans n'étant pas capable d'une telle appréciation.

Le Code du travail ivoirien (loi de 1995) assure la réglementation du travail des enfants. Nous citons ici les plus significatifs :

ï L'article 23-2 du code de travail fixe l'âge minimum d'accès au travail à 14 ans. Celui-ci interdit de recevoir même comme apprenti un mineur de 14 ans. Avant 14 ans le mineur doit consacrer son temps aux études ou à la formation professionnelle.

ï Les travaux de nuit et les travaux dangereux sont interdits (article 22-3 du code de travail).

ï L'arrêté n° 2250 du Ministère de l'emploi en date du 14 Mars 2005 a renforcé l'interdiction de la réalisation de travaux dangereux par les enfants de moins de 18 ans. Ces travaux concernent tous les secteurs d'activités (agriculture, commerce, artisanat, transport , voir annexe)

ï L'enfant qui travaille doit offrir librement sa force de travail et travailler dans des conditions acceptables. Il ne doit pas être privé de sa liberté de mouvement et il doit percevoir sa rémunération sinon ce travail est assimilable au travail forcé et à l'esclavage interdit par la Constitution, le code du travail dans son article 3 et sanctionné par le code pénal en ses articles 376 et 378. La mise en gage d'un mineur de 15 ans est sanctionnée par un emprisonnement de cinq ans (article 377 du Code de travail).

C'est le non respect de cette interdiction du travail forcé par la législation ivoirienne, ainsi que le non respect des conventions internationales ratifiées par la Côte d'Ivoire qui lui a valu le battage médiatique et la menace d'interdiction du cacao ivoirien sur le marché américain en 2001.

En effet, il a été constaté que malgré l'existence de textes interdisant le travail forcé, ceux-ci n'étaient pas appliqués. Les enfants sont utilisés par certains employeurs avant l'âge de 14 ans et sont soumis à des travaux pénibles de jours comme de nuits parfois, et cela dans l'indifférence totale, voire coupable, des familles, de la société, de l'Etat.

Cette indifférence de l'Etat ivoirien est à déplorer d'autant plus que celui-ci a ratifié la Convention 182 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) relative aux pires formes de travail des enfants. Celle-ci interdit aux enfants de moins de 18 ans tous travaux qui par leur nature et les conditions dans lesquelles ils s'exercent, nuisent, abusent, exploitent ou privent l'enfant de ses droits à la santé, à l'éducation, au loisir, etc.

Les travaux abusifs et les pires formes de travail interdits aux enfants par la Convention 182 de l'OIT en son article 3 et ratifiée par la Côte d'Ivoire sont :

ï Toutes les formes d'esclavage ou pratiques analogues telles que la vente, la traite des enfants, la servitude pour dette, le servage, le travail forcé ou obligatoire, (pratiques punies par le code pénal ivoirien en articles 376 à 378) ;

ï le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans les conflits armés (interdit par le Code de la Fonction Militaire).

ï L'utilisation, le recrutement ou l'offre des enfants à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques, (pratiques punies aussi par le code pénal en ses articles 335 à 337).

ï L'utilisation, le recrutement ou l'offre d'un enfant aux fins d'activités illicites notamment pour la production ou le trafic des stupéfiants, (pratiques punies par la loi ivoirienne du 23 juillet 1986 sur les stupéfiants).

ï Des travaux qui par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s'exercent sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l'enfant.

Il convient de souligner que les personnes qui commettent des infractions sur les enfants sont sanctionnées par le Code pénal ivoirien. Celui-ci stipule :

ï les violences et voies de fait sur mineures, les privations d'aliments et de soins, les atteintes à leur liberté et à leur vie, les enlèvements d'enfants (articles 362, 370 et 371), ce dernier point d'enlèvements d'enfants étant des éléments constitutifs du délit de la traite d'enfants ;

ï la vente d'enfants ou les conventions portant sur la liberté d'une personne par l'article 376;

ï le travail forcé, la mise en gage (articles 377 à 378) ;

ï l'incitation de mineur à la débauche et le proxénétisme (exploitation sexuelle des enfants, articles 335 à 337) ;

ï les coups et blessures volontaires (l'article 345) ;

ï les violences sexuelles (articles 354 à 360 du code pénal).

Il convient de souligner que faute de loi spécifique sur la traite des enfants, les magistrats législateurs se réfèrent aux articles ci-dessus du code pénal pour réprimer tous ceux qui s'adonnent à l'exploitation d'enfants mineurs. C'est à ce titre qu'entre 2001 et 2006, une cinquantaine de trafiquants a été sanctionnée.

D'autres lois et conventions existent en matière de protection des enfants. Ce sont :

ï la loi du 23 Juillet 1986 sur les stupéfiants réprimant ceux qui utilisent les enfants pour le trafic des stupéfiants, de même que la Convention relative aux droits des enfants en ses articles 6 (droit à la vie), 28 (droit à l'éducation), droit aux loisirs (article 31), protection contre les violences (article 19), l'exploitation économique (article 32) et sexuelle (articles 34 et 36), protection contre l'enlèvement, la traite (article 35) ;

ï la charte africaine des droits des enfants en ses articles 3 (intérêt supérieur de l'enfant), survie et développement (article 5), droit à l'éducation (article 11), protection contre l'exploitation économique (article 15), protection contre les abus (article 16), les pratiques traditionnelles néfastes (article 25), l'exploitation sexuelle (article 27), l'abus des stupéfiants (article 28), l'enlèvement, la traite et la mendicité (article 29) ;

ï la loi du 23 Décembre 1998 qui interdit le mariage précoce et forcé des enfants : de nombreux enfants victimes de la traite sont vendus sur le marché pour des mariages arrangés ou la prostitution.

En résumé, les Conventions ratifiées par la Cote d'Ivoire : Convention des Nations Unies de 1989 relative aux droits des enfants. Charte Africaine des droits et du bien-être des enfants de 1990, Conventions 138 et 182 de l'OIT sur l'âge minimum et les pires formes de travail des enfants par les juridictions ivoiriennes auraient permis d'assurer une protection maximum aux enfants victimes d'exploitation par le travail si elles étaient appliquées.

II- CADRE INSTITUTIONNEL

2-1 Les institutions de l'Etat

Ce sont :

ï La Primature (projet pilote systèmes de suivi du travail des enfants dans le cacao culture);

ï Le Ministère de la Famille, coordonnateur des actions de lutte contre la traite des enfants et son comité national de lutte contre la traite ;

ï Le Ministère de l'Emploi et son comité directeur national de lutte contre le travail et les pires formes de travail des enfants,

ï Les institutions de répression : Ministères de la Sécurité, de la Défense et de la Justice assurent la protection juridique, judiciaire et l'arrestation des trafiquants et des exploiteurs d'enfants.

2-2 Les partenaires au développement

Les partenaires au développement que sont l'UNICEF, le BIT/IPE, l'OIM, INTERPOL, la Coopération Allemande, et les ONG nationales et internationales apportent un appui à l'Etat pour la protection des enfants travailleurs et victimes des pires formes de travail.

2-3 Les comités de lutte contre la traite et l'exploitation des enfants, et les organisations professionnelles agricoles

Les comités de lutte contre la traite et l'exploitation des enfants, et les organisations professionnelles agricoles, spécialement celles de Bouaflé et de Sinfra, assurent la protection juridique, judiciaire, l'arrestation, les sanctions des trafiquants et des exploiteurs d'enfants et la prise en charge des enfants victimes pour une meilleur protection des enfants.

I- ACTIONS MENEES

1-1 Actions de l'Etat

1-1-1 La primature

Elle est chargée de superviser le processus de certification du cacao ivoirien suite au protocole signé en 2001 entre les chocolatiers et l'Etat américain.

L'Etat ivoirien étant témoin de cet accord, les chocolatiers américains doivent arriver à certifier que le cacao produit en Côte d'Ivoire n'est pas le fruit du travail des enfants esclaves. Il a été donc créé avec les coopérateurs et le gouvernement ivoirien un projet pilote de suivi du travail des enfants dans le cacao culture dans le département d'Oumé au centre ouest de la Côte d'Ivoire. Ce projet pilote du système de suivi du travail des enfants (PPSSTE) est une approche opérationnelle à la question du travail abusif des enfants dans la cacao culture ivoirienne. Cette région a été choisie à partir de certains critères : sa productivité (plus 40 000 tonnes par an, la présence des organisations agricoles et sa représentativité administrative). Ce projet qui s'exerce dans les deux (2) sous-préfectures d'Oumé et de Diégonéfla qui composent le département couvre 06 villages de ses sous-préfectures. Le projet est opérationnel depuis décembre 2004 et le comité départemental de lutte contre le travail des enfants d'Oumé a été installé en janvier 2005.

Des équipes d'appui de terrain dans ses six villages sont chargées d'établir un diagnostic participatif de la question du travail des enfants dans les plantations. Elles doivent par ailleurs recueillir les informations relatives au phénomène, recenser le cas d'enfants victimes, identifier les employeurs d'enfants, élaborer un plan d'action en vue de prévenir, remédier et recueillir les informations sur le travail des enfants. Les données recueillies seront publiées sur le site Internet du projet et des rapports juridiques seront disponibles. Des ateliers de formation des acteurs chargés de mener les actions de terrain ont été réalisés en mars et en avril 2005.

Ce projet pilote a aussi pour mission principale d'identifier et d'extraire les enfants victimes d'exploitation et de les réinsérer dans le circuit scolaire ou professionnel. Il permettra par ailleurs de suivre le travail des enfants, d'empêcher de nouveaux cas, de pérenniser la prise de conscience des partenaires sociaux et institutionnels quand aux contrôles du travail des enfants et de recueillir toutes informations utiles pour combattre le fléau.

En plus de ce projet pilote qui bénéficie de l'appui gouvernemental et du Bureau International du Travail à travers son projet WACAP, le comité départemental a bénéficié de l'appui de la Coopération Technique Allemande à travers son projet de lutte contre la traite et les pires formes de travail des enfants pour une sensibilisation des communautés villageoises en matière de lutte contre le phénomène du travail des enfants dans la cacao culture.

1-1-2 Les ministères

Deux Ministères spécifiques sont chargés du phénomène de la traite et du travail des enfants dans ses pires formes. Ce sont : le Ministère de la famille, de la femme et de l'enfant, et le Ministère de la fonction publique et de l'emploi. Trois (3) autres se chargent de la répression des auteurs de traite et d'exploitation des enfants.

1-1-2-1 Ministères spécifiquement chargés de la traite et du travail des enfants

1-1-2-1-1 Le Ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant

Une cellule de lutte contre le phénomène a été installée. Cette cellule est chargée de coordonner les actions de lutte contre la traite des enfants. Il dispose d'un comité national de lutte contre la traite des enfants créé en 2001. Il a été l'initiateur de l'accord de coopération entre la Côte d'Ivoire et le Mali de 2000 en matière de lutte contre la traite transfrontalière et de l'accord multilatéral de lutte contre la traite des enfants de juillet 2005 intervenu entre la Côte d'Ivoire et d'autres pays de la sous région : Bénin, Burkina-Faso, Guinée, Libéria, Niger, Nigeria, Mali et Togo.

La cellule de communication du ministère a entrepris également de lutter contre la traite des enfants par des campagnes de sensibilisation à Abidjan et à l'intérieur du pays, dans la sous région ouest africaine et en Europe. Il a participé à des réunions sous-régionales concernant la traite des enfants : Cotonou en 1998, Lomé en 2000, Libreville - Gabon 2000 et 2003, Cameroun en 2005. Il a organisé en 2002 une réunion sous-régionale sur la traite des enfants à Yamoussoukro.

Ces rencontres ont abouti à des recommandations et à une plate-forme commune d'actions. La première plate-forme élaborée est dénommée plate-forme commune d'action de Libreville (Gabon) en 2000.

Le Ministère collabore avec des ONG nationales et internationales et bénéficie de l'appui des partenaires au développement dans cette lutte contre la traite des enfants dont l'UNICEF, le BIT, la Coopération Allemande, la Fondation Save The Children Suède, etc.

Le Ministère de la Famille a proposé un projet de loi sur la traite des enfants, et par ces actions de plaidoyers a permis la ratification des conventions 138, 182 de l'OIT et de la charte africaine des droits et du bien être des enfants en 2002.

1-1-2-1-2 Ministère de la Fonction Publique et de l'Emploi

Ce Ministère est chargé de la réglementation générale de l'emploi et de la protection des enfants travailleurs. Il a depuis 2004 un comité directeur national de lutte contre le travail et les pires formes de travail des enfants, 6 comités départementaux à Daloa, Soubré, Adzopé, Oumé, San-Pédro, Abengourou ; 12 comités sous-préfectoraux et 24 comités villageois. Ce Ministère coordonne toutes les actions de lutte contre le travail des enfants. Il a établi la liste des travaux dangereux et interdits aux enfants par arrêté ministériel 2250 du 14 mars 2005.

Il a organisé de nombreux séminaires de formation et d'information sur le travail des enfants et dispose d'un plan d'action national de lutte contre le travail et les pires formes de travail des enfants. Les comités de lutte contre le travail des enfants sont chargés de sensibiliser les populations et les producteurs sur le travail des enfants, d'identifier les enfants travailleurs et les employeurs d'enfants, de retirer les enfants du travail dangereux dont ils sont exposés et de les réinsérer dans le circuit scolaire et professionnel. Le ministère de la fonction publique travaille en partenariat avec les autres ministères, les ONG nationales et internationales, les partenaires au développement dont la Coopération Allemande, le Bureau International du Travail, certaines structures de la filière cacao.

1-1-2-2 Ministère chargés de la répression

II s'agit du Ministère de la Justice, du Ministère de la Sécurité et du Ministère de la Défense.

Le Ministère de la Justice est chargé de la protection juridique et judiciaire des enfants victimes de la traite et de pires formes de travail et des enfants travailleurs.

Les Ministères de la Sécurité et de la Défense sont chargés d'appréhender tous les malfaiteurs et les trafiquants d'enfants. C'est à ce titre que la brigade mondaine du ministère de la sécurité a enregistré :

ï En 2002 : 41 cas d'enfants victimes de la traite originaires de la Côte d'Ivoire (12), du Burkina (02), du Togo (08), du Mali (03), du Bénin (13), du Nigeria (01), de la Guinée (02). Ces enfants sont âgés de 08 à 15 ans. Ils ont été remis au Bureau international catholique de l'enfance (BICE) qui s'est chargé de les remettre à leurs parents82(*).

ï En 2003, vingt (20) cas d'enfants victimes de maltraitance, dix (10) cas d'enlèvements d'enfants, quatre (04) cas d'exploitation.

Le Ministère de la justice a pu juger et condamner une cinquante de trafiquants d'enfants de 1999 à 2005, identifier et rapatrier de nombreux enfants victimes de la traite. Quelques statistiques 2000-2005 :

ï Tribunal de Daloa : 02 cas / 10 enfants

ï Tribunal de Bouaflé : 02 cas / 8 enfants

ï Tribunal d'Aboisso : 2 cas d'enfants domestiques, 2 enfants travailleurs victimes de sévices

ï Tribunal d'Abidjan Plateau et Yopougon : 30 personnes jugées pour enlèvement d'enfant de 2003 à 2005 et 60 autres pour violences diverses sur les enfants dans la même période. 50 cas d'enfants travailleurs victimes de violences sexuelles et de sévices

La majeure partie des trafiquants a été jugée à Bouaké, Odienné et Boundiali.

Le nombre très limité des personnes jugées pour traite ou exploitation d'enfants s'explique par le fait que peu de cas sont portés à la connaissance de la justice. Les enfants victimes d'exploitation sont confiés aux ONG pour leur réinsertion familiale ou professionnelle ou refoulés par la police des frontières.

L'absence ou l'insuffisance des structures d'accueil et l'insuffisance des ressources des structures chargées de la protection des enfants ne permet pas toujours de mener des actions de réhabilitation des enfants victimes.

1-1-2-3 Les autres Ministères

Ils sont chargés chacun en ce qui les concerne d'apporter une protection aux enfants en fonction de leur domaine spécifique : éducation, santé, affaires sociales, affaires étrangères, agriculture, sport etc...

Le Ministère de l'agriculture ne dispose pas d'un texte pour la protection des enfants travaillant dans le domaine agricole. Il participe aux travaux des Ministères de la famille et de l'emploi et des projets du Bureau International du Travail (BIT) et son programme d'élimination du travail des enfants (EPIC) et ses projets LUTRENA et WACAP consacrés spécifiquement au travail des enfants.

Le Ministère de l'éducation nationale a créé par arrêté n*0093du 02 Décembre 2005 des centres d'éducation communautaire pour apporter une éducation de base aux enfants en âge scolaire qui sont astreints au travail.

1-2 Actions des partenaires au développement

Ce sont les agences des Nations Unies (UNICEF, BIT/EPIC, OIM), les partenaires au développement comme la Coopération Allemande / GTZ, de INTERPOL et des ONG nationales et internationales.

1-2-1 Les agences de l'ONU et les partenaires bilatéraux de coopération

L'UNICEF et le BIT à travers son projet IPEC accordent une protection générale aux enfants et une protection spécifique aux enfants travailleurs, victimes d'exploitation et de la traite. Ils accordent un appui technique, financier à l'Etat, aux ONG nationales et internationales intervenant dans la protection des enfants et particulièrement des enfants victimes d'exploitation. Les domaines de l'éducation, de la santé, de la protection sociale et légale sont leurs domaines prioritaires d'intervention.

L'UNICEF accorde chaque année des kits éducatifs aux enfants, aide l'Etat à organiser des événements spéciaux comme la journée de l'enfant africain, à participer à des réunions internationales consacrées aux droits des enfants.

Le BIT/IPEC à travers ses projets WACAP et LUTRENA apportent un appui aux enfants travailleurs et victimes d'exploitation et de la traite en zone urbaine et rurale. Il contribue à la lutte contre la traite et l'élimination progressive du travail des enfants dans l'agriculture commerciale et dans les villes. Il a amélioré la connaissance du phénomène du travail et des pires formes du travail des enfants par des études sur le travail domestique, le travail des enfants dans les mines artisanales (2003), la traite des enfants aux fins d'exploitation dans le secteur informel à Abidjan (2004). 11 contribue à la sensibilisation, au renforcement des capacités, au retrait, au rapatriement des enfants victimes de la traite et de pires formes de travail des enfants, à la réinsertion scolaire et professionnelle des enfants travailleurs, à la création des comités de surveillance et à la collecte des données sur le phénomène.

Le projet BIT/IPEC est présent sur l'axe Bassam-Noé, San-Pedro, Tabou et dans certaines zones de Daloa, Yamoussoukro, Abengourou, Gagnoa, Oumé, Soubré, Agboville, Alépé.

L'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) Côte d'Ivoire contribue à la protection des migrants et des enfants victimes de trafic international.

La Coopération Technique Allemande au Développement (GTZ) à travers le projet Lutte contre la Traite et les pires formes de Travail des enfants (projet LTTE), placé sous la tutelle eu Ministère de la Fonction Publique et de l'Emploi) donne un appui aux structures privées et étatiques chargées de la lutte contre la traite et l'exploitation des enfants. L'appui concerne:

ï des actions de formation et d'apprentissages professionnels,

ï des actions d'insertion socio-économique,

ï des actions de sensibilisation et d'information sur le phénomène,

ï la réalisation d'études sur le phénomène.

14 ONG et 3 structures décentralisées (Préfecture de Oumé, Mairie d'Agnibilékro, Mairie de Koro dans le département de Touba) bénéficient des actions susmentionnées83(*).

A Oumé le comité départemental a bénéficié de l'appui pour une sensibilisation des communautés villageoises en matière de lutte contre le phénomène du travail des enfants dans la cacao culture. Soixante (60) villages sont concernés par cette sensibilisation. A cet effet des comités villageois de cinq (5) à dix-sept (17) membres ont été installés dans les différents villages qui ont pour mission de sensibiliser les populations dans ce domaine mais aussi de mener des actions de lutte contre ce phénomène. Les membres de ces comités ont bénéficié d'une formation technique d'animation communautaire en matière de travail des enfants du 26 Août 2005 au 10 Septembre 2005.

Les départements de Soubré, Daoukro et Abengourou ont également bénéficié d'un appui consistant pour la mise en place des comités départementaux, sous-préfectoraux et villageois.

Save The Children Suède contribue à la promotion et à la protection des droits des enfants et spécifiquement des enfants victimes d'exploitation par :

ï la lutte contre la traite et l'exploitation des enfants ;

ï le renforcement des capacités des ONG et du personnel de l'Etat dans le domaine de la protection des enfants ;

ï les plaidoyers, sensibilisation sur les droits des enfants victimes d'exploitation ;

ï la création de comités de protection ;

ï l'appui aux comités de protection existant et aux ONG intervenant dans la protection des enfants victimes de la traite à travers la réinsertion, le rapatriement et la scolarisation des enfants victimes de la traite.

La Fondation International Cocoa Initiative (ICI) contribue à la lutte contre le travail des enfants par :

ï la promotion d'action pour les normes du travail responsable de la production du cacao ;

ï la prise en charge des enfants victimes de la traite ;

ï l'élaboration de brochures pour les acteurs de terrain et les personnes chargées de la protection des enfants ;

ï la mise sur pied d'un groupe de travail sur la protection des enfants victimes de la traite et de pires formes de travail.

En résumé, ces partenaires contribuent à la promotion et à la protection des droits des enfants par un appui matériel et financier aux structures étatiques, décentralisées, et aux ONG nationales et internationales intervenant dans le domaine de la protection des enfants.

Leurs actions consistent en :

ï un appui financier et technique à toutes les structures intervenant dans le domaine de la protection des enfants contre l'exploitation ;

ï un appui aux campagnes de sensibilisation et de mobilisation communautaire ;

ï dons de kits éducatifs, professionnels ;

ï un appui aux actions de renforcement de capacité ;

ï une intervention directe pour les actions de sensibilisation à Oumé (GTZ/LTTE) ;

ï un appui à l'organisation de séminaires d'élaboration de plan d'action et de textes de lois.

ï Un appui à l'apprentissage professionnel et insertion économique des enfants et jeunes victimes de traite et d'exploitation.

1-2-2 Interpol

L'Organisation de police criminelle INTERPOL à travers ses bureaux centraux collectent les informations sur les activités criminelles et sur la traite des enfants et les partagent avec les pays concernés (Afrique de l'Ouest et du Centre).

Interpol a pour mission de recueillir des informations et procéder au rapatriement d'enfants victimes de ce phénomène. Ainsi en :

ï 2002 : 425 enfants victimes identifiés et 15 trafiquants arrêtés.

ï 2003 : 613 enfants victimes et 53 trafiquants arrêtés

ï 2004 : 260 victimes et 25 trafiquants appréhendés84(*).

1-2-3 ONG et associations nationales

Elles sont très nombreuses qui interviennent dans le domaine de la protection des enfants. Néanmoins, nous retenons ici celles qui sont les plus actives et connues au plan national et international comme oeuvrant dans le domaine de la lutte contre la traite et l'exploitation des enfants.

1-2-3-1 Les ONG à caractère religieux


· Le Bureau International Catholique de l'Enfance (BICE).
Il contribue à :

- la protection générale des enfants ;

- la protection des enfants privés de liberté, des enfants handicapés, des filles domestiques, des enfants réfugiés ;

- l'accueil, hébergement, assistance éducative, écoute ;

- l'identification, au retrait, au rapatriement des enfants victimes d'exploitation, à leur formation professionnelle et leur installation.

En 2002, 1600 enfants ont été accueillis dans ces centres et 119 enfants victimes d'exploitation ont été réinsérés (appui par le projet LTTE).

En 2004 : 552 enfants victimes d'exploitation et d'abus sexuels pris en charge.

ï Les communautés religieuses à travers leurs centres d'accueil : Foyers Akwaba (Bouaké et Abobo), centre de Niangon Lokoa, Foyer Don Bosco, Villages Marie Dominique, contribuent à la protection des enfants et spécialement des victimes d'exploitation ou des enfants en circonstances difficiles. Elles s'orientent vers :

- l'information, l'orientation, l'appui psychoaffectif, l'accueil ;

- l'hébergement d'enfants victimes d'exploitation et d'enfants en circonstances difficiles ;

- la réinsertion sociale, professionnelle et familiale.

ï Communauté Abel / ELVIA de Bassam assure :

- l'accueil, l'hébergement, l'assistance aux enfants en difficulté ;

- la prise en charge des enfants victimes d'exploitation (100 enfants en 2002 et 101 en 2004, financement LTTE) ;

- la réinsertion familiale, professionnelle ;

- l'identification, le retrait, le rapatriement des enfants victimes de la traite.

ï Le Mouvement du Nid Côte d'Ivoire assure :

- l'écoute active, l'assistance sociale ;

- la sensibilisation et la prévention de la prostitution et des infections sexuellement transmissible ;

- la prise en charge socioprofessionnelle et éducative.

ï La Fondation Amigo contribue à la protection des enfants par :

- l'encadrement des enfants en situation difficile et des enfants victimes d'exploitation ;

- l'alphabétisation, l'apprentissage de métiers, la réinsertion sociale et professionnelle (40 en 2000, en 2002 et en 2004 avec financement LTTE);

- l'écoute active.

1-2-3-2 Les ONG et associations à caractère non religieux

ï Le Mouvement pour l'Education, la Santé et le Développement (MESAD).

Il contribue à :

- l'assistance dans la rue, 1'écoute, l'assistance médicale, l'hébergement des enfants privés de liberté et des enfants victimes d'exploitation ;

- l'insertion pré professionnelle, la réinsertion familiale, la sensibilisation et l'alphabétisation.

ï Afrique Secours et Assistance (ASA)

Cette ONG contribue à :

- l'écoute, au conseil, à la réhabilitation, la réinsertion et la réalisation de projets générateurs de revenu pour les enfants victimes et les familles démunies.

- la sensibilisation et la lutte contre la traite.

- la protection des enfants victimes d'exploitation (enfants travaillant dans les décharges d'Akouédo ; projet financé par LTTE).

ï L'Association des femmes juristes de Côte d'Ivoire contribue à la promotion des droits des femmes et des enfants par :

- la sensibilisation et la diffusion des textes juridiques ;

- la formation juridique (coopérateurs sur le travail des enfants) ;

- l'écoute et l'assistance juridique.

ï Le Parlement des enfants de Côte d'Ivoire contribue à la promotion et à la protection des droits des enfants par des actions de sensibilisation.

ï L'Association des enfants et jeunes travailleurs (AEJT) affilié au mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs assure la défense et la promotion des droits de l'enfant travailleur


· Le Réseau Ivoirien des communicateurs amis de l'enfant (RICAE)
contribue à la défense et à la promotion des droits de l'enfant par les médias et actions de sensibilisation.

ï Le Réseau Ivoirien de Lutte contre la Traite des Enfants (RILTE) affilié au réseau africain de lutte contre la traite contribue à la Défense et à la promotion des droits des enfants victimes de traite et d'exploitation.

ï Le Forum des ONG d'aide à l'enfance (47 membres associés) contribue à la Promotion et à la défense des droits des enfants par :

- La protection des enfants victimes d'exploitation ;

- Le renforcement des capacités des ONG membres du forum ;

- La recherche de financement.

1-2-4 Les centrales syndicales et organisations à caractère professionnel

ï L'Union Générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), la Fédération des Syndicats des Travailleurs (FESACI) et Dignité assurent :

- La protection des travailleurs ;

- La protection des enfants travailleurs et victimes d'exploitation.

ï Le Groupe de travail STCP/BIT sur le travail des enfants et le trafic contribue à la réflexion sur le phénomène et à la recherche de solutions pour combattre le phénomène de l'exploitation des enfants dans la cacao culture.

ï Les Organisations professionnelles Agricoles et spécialement la KAVOKIVA (Daloa), les coopérateurs de Sinfra :

- Promotion des droits des planteurs ;

- Protection des enfants travailleurs ;

- Lutte contre le travail des enfants dans les exploitations agricoles.

ï Les Comités de protection, des droits des enfants et les comités de vigilance :

- les comités de protection du BICE (Daloa, Gagnoa, Divo, Aboisso, Tabou, Korhogo). les Comités de protection de Save thé Children Abidjan et Bouaké.

- les Comités de Vigilance de la Communauté Abel et de ASA : Aboisso, Bassam, Bonoua contribuent à la :

- protection et à la promotion des droits des enfants ;

- protection des enfants victimes de la traite et d'exploitation ;

- sensibilisation, la mobilisation communautaire et à la prise en charge des enfants victimes de la traite et d'exploitation.

Toutes ces structures oeuvrent dans le domaine de cette lutte contre ce phénomène. Néanmoins, celles-ci présentent des atouts mais aussi sont confrontées à des difficultés.

II- PROPOSITIONS DE SOLUTIONS

Nous allons élaborer nos propositions dans des tableaux afin de donner une bonne interprétation et un bon usage aux décideurs.

2-1 Les instruments juridiques

2-1-1 Les instruments juridiques nationaux

Texte

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

La constitution de la CÔTE D'IVOIRE du 1er Août 2000

- - Interdit le travail forcé, l'esclavage

- -Confie à la famille et à l'Etat le soin de protéger les enfants

- - -Texte pas du tout connu

- Assurer la diffusion de ce texte

la loi du 3 Août 1970 sur la minorité

code civil ivoirien

- Prévoit la présence du représentant légal du mineur de 16 ans pour la conclusion et la rupture du contrat de travail

- Le titulaire de la puissance paternelle : père, mère ou tuteur est chargé de l'éducation, de l'entretien, de la garde du mineur

- Lorsque des infractions graves sont commises par le père, mère contre leurs enfants mineurs, ils peuvent se voir déchus totalement ou partiellement de leur droit de puissance paternelle.

- Peut-être condamné à payer une pension alimentaire le père ou la mère qui ne subvient pas aux besoins de son enfant mineur.

- -Texte peu connu

- -Pas de sanctions pour les tiers qui violent les droits des enfants.

- Prévoir des sanctions civiles pour les personnes qui violent les droits des enfants

La loi de 1964 sur le mariage modifié en 1983

Code civil ivoirien

Obligations des père et mère et des titulaires de la puissance paternelle : d'entretien, de garde, de surveillance et d'éducation.

Sanctions civiles pour les parents ou tuteurs qui ne respectent pas les obligations susmentionnées.

- Absence de sanction contre les utilisateurs de main-d'oeuvre enfantine

- Prévoir des sanctions pour les personnes qui violent les droits des enfants

Le code du travail ivoirien de 1995

- -Interdiction du travail forcé à des mineurs.

-Interdiction du travail précoce aux enfants mineur de 14 ans.

- - Interdiction des travaux de nuits et des travaux dangereux aux mineurs de moins de 18 ans

- - Ne réglemente pas tous les secteurs d'activité où s'exerce le travail des enfants

- - Ne définit pas les travaux dangereux et les travaux interdits aux enfants mineurs

- - Permet à l'inspecteur du travail d'accorder des dérogations en ce qui concerne les travaux de nuit et les travaux dangereux même pour les mineurs

- - Pas de réglementation du travail des enfants en agriculture et dans les mines.

- -Réglementer le travail des enfants dans l'agriculture et les mines artisanales

- -Prévoir des sanctions pour les utilisateurs de main-d'oeuvre enfantine

- -Prévoir une disposition contre la traite

Le Code pénal ivoirien de 1981

- - Sanctionne les infractions contre les mineurs

- - Sanctionne l'enlèvement d'enfants, élément constitutif de la traite des enfants

- - Sanctionne la mise en gage et la servitude pour dettes.

- - Sanctionne le proxénétisme, l'incitation de mineurs à la débauche, le mariage précoce et force et permet de réprimer l'exploitation économique et sexuelle des mineurs

-Peu ou pas de textes spécifiques pour les infractions commises sur les enfants.

- -Répression indirecte à partir des textes issus du code pénal ou civil du trafic et de l'exploitation économique et sexuelle des enfants eu égard à l'absence spécifique de texte en matière de la traite d'enfants.

- -Non application systématique des sanctions prévues par le code pénal en matière de la traite et d'exploitation des enfants.

- -Ignorance de ces textes par certaines autorités juridiques (relevant des forces de l'ordre) et administratives (préfets et sous-préfets) ne permettant pas de sanctionner à juste titre les trafiquants.

- Prévoir une disposition contre la traite

La loi n°95-06-96 du 07 Septembre 1995 sur l'éducation et l'arrêté de 2005 créant les centres d'animation communautaire

- Proclame l'éducation pour tous

- -Création de structures pour l'éducation des enfants astreints au travail

Education non obligatoire, ni gratuite.

Rendre l'éducation obligatoire jusqu'à 15 ans et assurer la gratuité de celle-ci

La loi du 22 juillet 1986 sur les stupéfiants

- Sanctionne les personnes qui utilisent les mineurs pour le trafic des stupéfiants

Pas de mesures de réhabilitation pour les enfants consommateurs de stupéfiants ou utilisés pour le trafic de stupéfiants

Prévoir des mesures de réhabilitation pour les enfants toxicomanes ou victimes de trafic de stupéfiants

Arrêté 2250 déterminant la liste des travaux dangereux et interdits aux mineurs de moins de 18 ans du 14 Mars 2005

Liste des travaux dangereux et interdits aux mineurs de moins de 18 ans disponibles

La non vulgarisation de cette liste au niveau des populations par les autorités politiques ou administratives, ce qui amène certains acteurs de la société à considérer cet arrêté déterminant les pires formes de travail des enfants comme un complot contre la Côte d'Ivoire en vue de faiblir son économie nationale et ternir son image de marque.

- Vulgariser ce texte au niveau des autorités politiques, administratives, et de toutes les structures chargées de la protection des enfants.

- Un appui technique ou financier doit être apporté aux médias surtout les radios locales pour une large diffusion de cette liste des pires formes de travail des enfants au niveau des communautés villageoises

2-1-2 Les instruments juridiques internationaux

Texte4.2

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

La déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948

interdit l'esclavage et la traite des humains

Texte peu connu, pas de sanction prévue

Diffuser ce texte

La convention des nations unies pour l'élimination de toutes les formes de discriminations à regards des femmes de 1979 ratifiée en 1996

Interdit la traite des femmes et l'exploitation de leur prostitution

Texte peu connu

Diffuser ce texte

Convention des nations Unies de 1989 relative aux droits des enfants, ratifiée en 1991

Protection générale et spécifique des enfants travailleurs et victimes d'exploitation

pas de sanction prévue, texte peu connu.

- Assurer la diffusion

- Produire les rapports au comité des droits des enfants dans les délais

Charte africaine des droits et du bien - être des enfants de 1990 ratifiée en 2002

Protection générale des enfants et protection contre l'exploitation économique et sexuelle, la traite, l'enlèvement, la mendicité

 

Diffuser le texte

Faire le rapport au comité africain

Conventions 138 et 182 de l'OIT sur l'âge minimum et les pires formes de travail des enfants ratifiées en 2002

oblige les Etats à fixer un âge minimum d'admission des enfants à l'emploi et un âge de fin de scolarité de base obligatoire

oblige à déterminer les travaux dangereux et interdits aux enfants et de prendre des mesures pour éradiquer les pires formes

Réglemente et protège les enfants victimes de traite internationale

Pas de sanctions

Dérogations accordées aux Etats concernant la fixation de l'âge minimum.

- Diffuser le texte

- fixer l'âge de fin de scolarité de base obligatoire

- harmoniser les conventions ratifiées aux lois nationales pour faciliter leur application

L'Accord multilatéral de Juillet 2005

Protection des enfants victimes de traite transfrontalière

Existence d'un instrument sous régional de lutte contre la traite

Pas de mesures d'application ni de sanctions, texte peu connu

Diffuser le texte

Prévoir des mesures d'application

Déclaration CEDEAO de lutte contre la traite de 2001

Plan d'action non mis en oeuvre

Engagement des chefs d'Etats de la CEDEAO pour lutter contre la traite

Mettre en oeuvre le plan d'action pour une lutte plus efficace contre la traite

L'accord de coopération Côte d'Ivoire Mali de 2000

- Existence d'un accord bilatéral de lutte contre la traite transfrontalière

- lutte contre la traite et protection des enfants victimes

Pas de mesures d'application, texte peu connu

Prévoir des mesures d'application, diffuser le texte

2-2 Le cadre institutionnel

2-2-1 Les institutions de l'Etat

 

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

Projet systèmes de suivi du travail des enfants dans la cacao culture géré par la Primature

Systèmes de suivi du travail des enfants dans l'agriculture dans certains départements, dont Oumé choisi comme zone pilote pour exécuter ce projet au niveau national

financières : les ressources sont insuffisantes pour la réalisation des actions

- Etendre le projet à l'ensemble des zones de production de café et de cacao.

Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant

- Création par décret présidentiel d'un comité de lutte contre le trafic des enfants mineurs (2001)

- Coordination nationale des actions de lutte contre le trafic

- Sensibilisation sur le trafic

- Organisation d rencontres nationales et sous régionales sur la traite des enfants.

- Accord Côte d'Ivoire Mali août 2000 sur le trafic transfrontalier des enfants mineurs

- Accord multilatéral avec sept pays de la sous région (juillet 2005).

- Financière : pas de budget pour le fonctionnement du comité

- mesures relatives à l'accord de coopération non exécutées, II s'agit pour exemple de l'identification et du retrait des enfants victimes.

- Non coordination des actions initiées et menées par le comité du Ministère de la Famille et celui du Ministère de la Fonction Publique dénommée comité directeur national de lutte contre le travail et les pires formes de travail des enfants

- Doter le comité de ressources matérielles et financières pour son fonctionnement.

- Réhabiliter, aménager les structures d'accueil existantes

- Construire des centres d'accueil pour la réhabilitation des enfants victimes,

- Appuyer l'insertion professionnelle et économique des enfants mineurs de 18 ans.

Ministère de

l'Education Nationale

- éducation gratuite sauf frais d'écolage et frais annexes

- existence de centres d'éducation communautaire pour les enfants astreints au travail

- gratuité de l'éducation théorique (multiples frais portant atteinte à cette gratuité)

- école non obligatoire

- supprimer ou réduire les frais annexes

- rendre l'école obligatoire jusqu'à 15 ans

Ministère de la Fonction Publique et de l'Emploi

Création par décret présidentiel d'un comité directeur national de lutte contre les pires formes de travail des enfants,

Mise en place de comités régionaux de lutte contre la traite et les pires formes de travail

Mesures existantes ou en cours de proposition pour réglementer le travail des enfants à tous les niveaux.

Ministère de la Justice

Ministère de la Sécurité,

Ministère de la Défense

Chargé de sécurité des personnes et des biens,

Défense du territoire nationale en matière de circulation des personnes et surtout des enfants en vue de leur exploitation.

Protection juridique et judiciaire de personnes plus particulièrement des enfants victimes de traite ou d'exploitation et sévices de tous genres

Moyens et ressources limités pour une bonne protection des personnes.

Absence de statistiques en matière de traite des enfants.

Méconnaissance des textes et des procédures de prise en charge des enfants victimes d'exploitation

Augmenter les budgets de fonctionnement des Ministères

Renforcer les capacités techniques et institutionnelles de ces

Ministères,

Organiser des brigades mixtes pour le contrôle aux frontières

2-2-2 Les partenaires au développement

Structures

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

Agences des Nations Unies UNICEF

- Appui à la protection générale et spécifique des enfants victimes de la traite et d'exploitation pour leur insertion socioprofessionnelle et économique

- Appui à la prise en charge scolaire et professionnelle; don de kits scolaires et d'apprentissage, aide à l'installation des jeunes formés

- Ressources limitées

- Lenteurs dans les décaissements

- Renforcer l'appui au gouvernement et aux ONG

- Contribuer à l'élaboration d'un manuel de lutte contre la traite et l'exploitation

Coopération Allemande au développement (GTZ) Projet LTTE

- Appui au développement et à la mise en oeuvre d'une stratégie nationale et régionale, y compris l'adaptation du cadre législatif et institutionnel,

- Appui à l'autorité départementale pour des actions d'information et de sensibilisation des populations et pour identification de cas concrets,

- Appui à des ONG pour la formation, la réinsertion ou le rapatriement des enfants

Ressources limitées du projet par rapport à la demande

- Renforcer et étendre les activités, rechercher des fonds supplémentaires

- Organiser une étude nationale sur la traite et l'exploitation des enfants

BIT/IPEC

Projet Wacap Lutrena

- Projet WACAP: Projet de lutte contre le travail des enfants dans la caco culture et dans l'agriculture commerciale

- Projet LUTRENA (lutte contre la traite)

Ressources insuffisantes pour les actions à mener

Renforcer les ressources

Organisation internationale pour les migrations (OIM)

- Aide aux migrants et aux victimes de la traite

Ressources limitées

Renforcer les ressources

INTERPOL

- Appui à la recherche des criminels et des trafiquants d'enfants,

Institution peu connue

Se faire connaître

2-2-3 ONG et Associations

Texte

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

Association des Femmes Juristes de Côte d'Ivoire (AFJCI)

- Sensibilisation sur les droits des enfants travailleurs et victimes des pires formes de travail.

Diffusion du droit et des textes juridiques nationaux et internationaux

- Insuffisance des ressources techniques et financières

Femme et

Développement

(FEMAD)

- Sensibilisation sur le travail des enfants

- Identification et retrait des enfants victimes d'exploitation économique et sexuelle

- Lutte contre la pauvreté des femmes par des activités génératrices de revenus

Insuffisance des ressources techniques et

financières

- Renforcer les capacités des femmes pour réduire le travail des enfants

- Mettre sur pied des activités génératrices de revenu pour les femmes

Comité de Protection du BICE et de Save The Children

Comités locaux de vigilance

Comité des Coopérateurs de Sinfra

- Alphabétisation et création de réseau d'artisans formateurs

- Assistance juridique aux enfants victimes et établissements des jugements supplétifs pour les enfants non déclarés à l'Etat civil

- Prise en charge familiale et rapatriement des enfants victimes

- Collecte des données

- Ecoute et Orientation des enfants

- Insuffisance de ressources

- Personnel peu ou pas formé aux techniques de prise en charge des enfants victimes de la traite et des pires formes de travail

- Renforcer les capacités techniques et institutionnelles de ces comités et de leurs membres

- Les doter de ressources suffisantes pour les actions à mener

Côte d'Ivoire

Prospérité

- - Protection des jeunes filles se livrant à la prostitution.

- - Lutte contre la pauvreté des filles exploitées à travers des activités génératrices de revenus.

- Pas d'échanges d'information entre les différentes ONG concernées par le phénomène

Echanger, partager les expériences

Mouvement du NID Côte d'Ivoire

- Protection des filles domestiques et filles victimes de prostitution ou s'adonnant à la prostitution

Insuffisance de moyens matériels et financiers pour la réalisation des activités programmées

Rechercher des financements

Mouvement pour l'Education, la Santé et le Développement (MESAD)

- Existence d'un centre d'accueil d'enfant en situation difficile

- Existence d'un centre médical qui dispense des soins relativement très peu coûteux aux démunis

- Apprentissage professionnel et réinsertion économique des enfants mineurs victimes de traite et d'exploitation.

- Insuffisance de moyens pour la réalisation des activités programmées

- Insuffisance de personnel technique qualifié qui maîtrise les textes en matière de protection des enfants mais aussi en technique d'animation communautaire sur le phénomène

- Rechercher des financements

- Former leur personnel

Forum des ONG d'aide à l'enfance

- Coordination des actions des différentes ONG oeuvrant dans le domaine

- Recherche de financement pour l'exécution d'actions d'insertion socioéconomiques

Insuffisance de moyens pour la réalisation des activités programmées

Renforcer les capacités techniques, financières des ONG membres

Réseau Ivoirien de lutte contre la traite des enfants (RITTE)

Cette structure coordonne les actions nationales et sous régionales des ONG membres du réseau

Réseau peu opérationnel faute de moyens financiers pour les actions à mener plus particulièrement la collecte de données qui devait être réalisées par le réseau et à transmettre au réseau africain sous régional

- Assurer une meilleure coordination des actions

- Rechercher des financements

- Renforcer les capacités des ONG membres du réseau

2-3 Récapitulatif du cadre juridique et institutionnel

Intitulé

Les atouts

Les contraintes

Les propositions

Les instruments juridiques

- Existence d'une législation abondante : constitution de 2000, loi sur la minorité de 1970, code pénal de 1981, loi sur l'éducation de 1995, code du travail de 1995, lois spéciales

- - - Ratification des Conventions 138 et 182del'OITetde la CDE et de la charte africaine sur les droits des enfants

- Textes trop généraux et inaccessibles à tous

-

- Pas de loi spécifique réprimant le trafic des enfants en Côte d'Ivoire

- - Pas de loi réglementant le travail des enfants dans les mines et l'agriculture

- Pas de sanction des utilisateurs de main d'oeuvre enfantine au niveau des autorités judiciaires

- - Les textes sanctionnant la traite ou l'exploitation des enfants sont très peu connus ou pas du tout connus par les autorités censées lutter contre le phénomène

- -Vote de lois réprimant le trafic des enfants, réglementant le travail des enfants dans les mines et l'agriculture

-Vote de loi rendant l'éducation de base gratuite et obligatoire jusqu'à 15 ans

- -Sanction stricte par les autorités judiciaires des utilisateurs de main d'oeuvre enfantine

- Harmonisation des lois nationales aux conventions ratifiées

- - Organisation d'atelier à l'endroit des autorités administratives, politiques, judiciaires en vue de la mise à leur disposition de tous les textes relatifs aux droits et protection des enfants, mais surtout en vue de les impliquer activement à la lutte contre ce phénomène et à l'application effective de leur part des sanctions existantes.

Les institutions de l'Etat

- - Existence d'un projet pilote système de suivi du travail des enfants

- - Existence d'un comité de lutte contre le trafic des enfants.

- - Existence d'un comité directeur national de lutte contre le travail et les pires formes de travail des enfants et des comités régionaux locaux.

- Ressources insuffisantes pour atteindre les objectifs assignés aux différentes structures de lutte.

- - Personnel pas toujours qualifié pour lutter contre le phénomène.

- - Absence de programme national de lutte contre la traite, les pires formes de travail et de programmes de prise en charge des enfants victimes

- - Absence de supports didactiques permettant une sensibilisation des populations surtout celles qui sont analphabètes

- - Doter les structures de moyens financiers et matériels

- - former et renforcer les capacités du personnel chargé de la protection et de la répression

- - élaborer un programme national de lutte contre le phénomène et de prise en charge des enfants victimes d'exploitation

Les institutions de coopération

- - Existence de comités de protection, de comités vigilance pour lutter contre le phénomène initié par certaines ONG et structures étatiques.

- - Existence de réseau de lutte contre la traite

- - Ressources insuffisantes pour atteindre les objectifs de lutte contre ce phénomène,

- - Personnel pas toujours qualifié en la matière,

- - Absence de techniques de lutte contre le phénomène

- - Pas de synergie d'action entre les différents acteurs intervenant dans la lutte contre le phénomène

- - Doter les structures de moyens matériels, financiers et humains

- - élaborer un manuel de lutte et de prise en charge des enfants victimes de la traite.

- - établir une plate forme de lutte contre le phénomène au niveau de tous les acteurs concernés. L'élaboration de cette plate-forme se fera à partir d'un atelier placé sous la présidence du Ministère de la fonction publique et financé par le projet GTZ/LTTE. Ce qui éviterait le problème de la paternité de l'atelier au niveau des partenaires au développement qui prendront part au dit atelier comme participants au même titre que les autres acteurs invités à y participer.

Dans l'intention de permettre une bonne application de nos propositions, nous avons jugé utile d'indiquer  « les structures de mise en oeuvre » et d'identifier « les sources de vérification ».

Nous entendons par « structure de mise en oeuvre » les ministères, ONG, institutions nationales où internationales qui de par leur rôle vont proposer ou soumettre la proposition soit au conseil des ministres ou à l'Assemblée Nationale pour aboutir à des lois. Une loi ou un arrêté pris dans le sens de lutter contre la traite doit avoir une suivie particulière du fait de l'invisibilité de acteurs. Ce qui nous amène à identifier des « sources de vérification ».

2-2-2 Les instruments juridiques

2-2-3 Les instruments juridiques nationaux

Texte

Rappel des propositions

Structure de mise en oeuvre

Source de vérification

La constitution Ivoirienne du 1er Août 2000

- - Assurer la diffusion de ce texte

Ministère d'Etat, ministère de la justice et des gardes de sceaux

- Ministère de la communication

-Enquête auprès de la population, des ONG.

la loi du 3 Août 1970 sur la minorité.

Code civil Ivoirien

- Prévoir des sanctions civiles pour les personnes qui violent les droits des enfants

- -Ministère d'Etat, ministère de la justice et des gardes de sceaux

- - -Assemblée Nationale

- Ministère d'Etat, ministère de la justice et des droits de l'homme.

- La loi de 1964 sur le mariage modifié en 1983.

Code Civil Ivoirien

. Prévoir des sanctions pour les personnes qui violent les droits des enfants

-Ministère d'Etat, ministère de la justice et des gardes de sceaux

-Assemblée Nationale

- Ministère d'Etat, ministère de la justice et des droits de l'homme.

Le code du travail Ivoirien de 1995

- -Réglementer le travail des enfants dans l'agriculture et les mines artisanales

- -Prévoir des sanctions pour les utilisateurs de main-d'oeuvre enfantine

- -Prévoir une disposition contre la traite

- Ministère d'Etat, ministère de la justice et des gardes de sceaux

- - -Assemblée Nationale

- Ministère d'Etat, ministère de la justice et des droits de l'homme.

- Le Code pénal de 1981.

Code Pénal Ivoirien

- Prévoir une disposition contre la traite

Ministère d'Etat, ministère de la justice et des gardes de sceaux

-Assemblée Nationale

Ministère d'Etat, ministère de la justice et des droits de l'homme.

La loi n°95-06-96 du 07 Septembre 1995 sur l'éducation et l'arrêté de 2005 créant les centres d'animation communautaire

- Rendre l'éducation obligatoire jusqu'à 15 ans et assurer la gratuité de celle-ci

Ministère de l'éducation Nationale et de la formation de base

-Assemblée Nationale

-Enquête auprès de la population, des ONG et des Institutions nationales et Internationales chargées de l'Education

Arrêté 2250 déterminant la liste des travaux dangereux et interdits aux mineurs de moins de 18 ans du 14 Mars 2005.

Ministère de la fonction publique

- Vulgariser ce texte au niveau des autorités politiques, administratives, et de toutes les structures chargées de la protection des enfants.

- - -Ministère de la communication

- - Journaux privés et publiques, les radios de proximités, la RTI

- Les organisations villageoises

- - Ministère de la femme, de la famille et de l'enfant

- - Ministère de l'agriculture

- - Un appui technique ou financier doit être apporté aux médias surtout les radios locales pour une large diffusion de cette liste des pires formes de travail des enfants au niveau des communautés villageoises

- - -Enquête auprès des syndicats de travailleurs, ONG, BIT/OIT

2-1-3 Les instruments juridiques internationaux

TEXTE

LES PROPOSITIONS

SOURCE DE VERIFICATION

STRUCTURE DE MISE EN OEUVRE

La déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948

Diffuser ce texte

- Enquête auprès de la population, des ONG chargées de la question de l'enfant

- -Les ONG chargées de la question d'enfant

-Le Ministère de la communication

Convention des nations Unies de 1989 relative aux droits des enfants, ratifiée en 1991

- Assurer la diffusion

- Produire les rapports au comité des droits des enfants dans les délais

- -Enquête auprès des institutions internationales (UNICEF, BIT/OIT, ONU, OUA)

- - Les Etats signataires de la convention de la convention

Charte africaine des droits et du bien - être des enfants de 1990 ratifiée en 2002

Diffuser le texte

Faire le rapport au comité africain

- Colloque international sur les droits des enfants en Afrique

- Enquête auprès des Etats signataires pour avoir une idée de la diffusion des textes

- Les Etats signataires de la convention de la convention

- Les organisations membre de l'OUA chargés de la question des enfants

Conventions 138 et 182 de l'OIT sur l'âge minimum et les pires formes de travail des enfants ratifiées en 2002

- Diffuser le texte

- fixer l'âge de fin de scolarité de base obligatoire

- harmoniser les conventions ratifiées aux lois nationales pour faciliter leur application

- Colloque international sur les droits des enfants en Afrique

- Enquête auprès des Etats signataires pour avoir une idée de la diffusion des textes

-Les Etats signataire de la convention

-L'OIT

Déclaration CEDEAO de lutte contre la traite de 2001

Mettre en oeuvre le plan d'action pour une lutte plus efficace contre la traite

- Enquête auprès des institutions internationales (UNICEF, BIT/OIT)

- Le comité interministériel des pays signataires de la convention de la CEDEAO pour la lutte contre la traite des enfants

L'accord de coopération Côte d'Ivoire Mali de 2000

Prévoir des mesures d'application, diffuser le texte

 

- Le comité interministériel des pays signataires de la convention de la CEDEAO pour la lutte contre la traite des enfants

2-2 Le cadre institutionnel

2-2-3 Les institutions de l'Etat

Textes

Rappel des propositions

Source de vérification

Structure de mise en oeuvre

Projet systèmes de suivi du travail des enfants dans la cacao culture géré par la Primature

- Etendre le projet à l'ensemble des zones de production de café et de cacao.

- - Enquêtes auprès des planteurs, ONG, l'ANADER, des coopératifs

- -Primature

-

- -Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant

- -Ministère de l'agriculture

Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant

- -Doter le comité de ressources matérielles et financières pour son fonctionnement.

- -Réhabiliter, aménager les structures d'accueil existantes

- -Construire des centres d'accueil pour la réhabilitation des enfants victimes,

- -Appuyer l'insertion professionnelle et économique des enfants mineurs de 18 ans.

Enquêtes auprès des planteurs, ONG chargées de la lutte contre la traite des enfants.

Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant

Ministère de

l'Education Nationale

- Supprimer ou réduire les frais annexes

- rendre l'école obligatoire jusqu'à 15 ans

- Enquête auprès de la population

Ministère de

- l'Education Nationale

Ministère de la Justice et des droits de l'homme

Ministère de l'intérieur,

Ministère de la Défense

Augmenter les budgets de fonctionnement des Ministères

Renforcer les capacités techniques et institutionnelles de ces

Ministères,

Organiser des brigades mixtes pour le contrôle aux frontières

 

Ministère de la Justice et des droits de l'homme

Ministère de l'intérieur,

Ministère de la Défense

Conclusion de la troisième partie

Dans cette troisième partie, nous nous somme penchés sur l'aspect juridique de la question de la traite et de l'exploitation des enfants. En plus de cela, nous avons eu à énumérer les actions déjà menées dans le cadre de la lutte par les organisations non gouvernementales, les institutions de l'état, les institutions internationales et les organismes chargés de la question de l'enfant.

En se qui concerne l'aspect, nous pouvons affirmer que les textes existent mais ne sont pas appliqués. Ils y a une grande lassitude au niveau des autorités. Les textes bien que présentant des insuffisances méritent une grande diffusion auprès de la population afin de faire prendre conscience des dangers que cours l'enfant dans ces plantations. Une reforme des textes s'impose, car certains aspects ne s'adaptent plus à la réalité du terrain, le phénomène ayant évolué.

Pour éviter à la Côte d'Ivoire une sanction internationale, le gouvernement devra rectifier les conventions internationales sur la traite des enfants et faire appliquer ces textes.

Pour coller à la réalité des temps nous avons fait des propositions sous forme de tableau qui prend en compte ce qui est déjà fait et comment l'améliore.

Le travail des enfants se développe dans des proportions inquiétantes depuis plusieurs décennies. Pourtant, l'engouement du gouvernement ivoirien face au phénomène ne date que de quelques années. En la matière, il a fait élaborer et valider, des actions et ratifier des conventions. Un plan national de lutte a été validé. L'état semble donc avoir pris conscience de la gravité du problème et de la nécessité d'y apporter des solutions durables. Toutefois, nous nous posons la question de savoir si ces actions peuvent endiguer le phénomène de la traite des enfants dans un pays sous-développé comme le notre, en milieu rural, notamment où les acteurs attendent des enfants une participation active dans un secteur d'activité largement dominée par une agriculture de type traditionnelle. Pour cerner notre thème, nous avons élaboré trois hypothèses.

Nous pouvons retenir de la première hypothèse que la mise au travail des enfants étant une tradition socioculturelle en Afrique, il ne peut être admis comme une exploitation ou de la maltraitance.

Parlant de la seconde hypothèse, elle énonce l'indigence socioéconomique des parents qui est un facteur déterminant dans l'implication des enfants dans les travaux dans les plantations café- cacao.

Pour la troisième hypothèse, l'ignorance des lois est un facteur explicatif dans la mise au travail des enfants.

Les hypothèses ci-dessus ont été élaborées autour d'un objectif principal.

L'objectif principal consiste à appréhender dans une étude déterministe, les causes, les similitudes par région et l'ampleur du phénomène du travail des enfants dans les plantations de café-cacao en Côte d'Ivoire.

Les objectifs spécifiques ont conduit à identifier les enfants au travail dans les plantations de café et cacao, tout en cherchant à connaître leurs typologies. Il s'est agit également d'identifier les employeurs et/employés afin d'analyser la nature de leurs rapports avec les enfants, après avoir déterminé les manifestations de ce travail et évaluer le degré d'implication des enfants.

La connaissance des motivations et projets de vie des enfants ainsi que les éventuels impacts ont fait partie de nos objectifs.

L'élaboration du cadre de référence théorique, nous a amené à utiliser des théories d'ordre général qui font référence au phénomène du travail en général, puisqu'il n'en existe pas encore qui soit élaborée dans le cadre de la traite des enfants. Celles qui existent ont trait à la problématique du travail dans le domaine, principalement de la sociologie, l'économie et de la philosophie. Les philosophes comme HEGEL et KARL MARX ont développé deux positions opposées sur le travail85(*).

Hegel en s'appuyant sur l'économiste Adams Smith, a en effet entretenu un certain optimisme à l'égard du travail avec sa construction dialectique de la relation maître esclave ; l'esclave qui s'est affirmé et libéré de la soumission du maître par son ardeur au travail. Alors que Karl Marx, qui imagine une société sans lutte et donc sans classes et son homologue Proudhon, ont une vision plutôt négative du travail, notamment dans les manufactures.

Dans ces unités de productions, ces philosophes ont affirmé que le travailleur était exploité par la classe prolétaire et bourgeoise qui bénéficiaient davantage de productions du travailleur et le réduisaient à la fois à l'état animal, du fait de la mécanisation qui ne lui laissait pas une marge de réflexion dans l'accomplissement de ses tâches. Cette théorie Marxiste qui sera durement critiquée par l'économiste Georges Riesman, de ce qu'elle n'ait pu, selon lui, favorisé l'épanouissement du travailleur, mais plutôt son appauvrissement, mieux son exploitation avec l'avancée du socialisme, va faire place à d'autres théories plus modernes.

Axées sur la qualification et la motivation, ce sont également des théories du même domaine (philosophiques) qui nous ont donné d'apprécier, pour ce qui est des premières, relatives à la qualification. La place de choix accordée au système d'organisation du travail et l'amélioration de l'environnement qui tiennent compte surtout de la valeur intrinsèque du travailleur. Les secondes en rapport avec la motivation, se proposant d'insister sur la satisfaction personnelle du travailleur.

C'est au regard de ces éléments relatifs à l'environnement du travailleur, mieux aux conditions de travail que nous avons opté pour ces théories basées sur ce domaine central de l'activité humaine qu'est le travail, mieux encore l'exploitation du travailleur, notion central de notre travail de recherche.

Pour la vérification des hypothèses relatives au phénomène du travail des enfants dans les plantations de café-cacao, nous avons eu droit à travailler sur un échantillon de 71 (soixante onze enfants mineurs) répartis entre les départements de Bouaflé 36 (trente six), Sinfra 17 (dix sept ) et Zuenoula 18 (dix huit) . En plus de ces manoeuvres mineurs nous avons eu à interroger des populations impliquées directement dans notre enquête, planteurs, membres de coopératives. Au cours de notre enquête nous avons eu aussi à interroger des personnes qui sont indirectement impliqués dans notre sujet d'étude. Lesquelles nous ont fourni des éléments d'information sur les conditions dans lesquelles les enfants travaillent et vivent dans les plantations de café-cacao. Nous les avons également directement observées pendant le travail dans les plantations de café-cacao dans le but de pouvoir mieux nous imprégner les réalités du terrain.

En outre, trois types de questionnaires d'administration directe et indirecte, avec des questions fermées et ouvertes ont été adressés respectivement aux enfants et planteurs de même qu'aux autorités modernes.

A l'issue de ce travail, nous avons eu une idée du travail des enfants dans les plantations de café-cacao dans les départements de Bouaflé, Sinfra et Zuénoula. Il faut en effet retenir de nos différentes démarches que les enfants immigrés contractuels sont commis aux travaux champêtres dès leur arrivée en Côte d'Ivoire.

Dans ce contexte, cet apprentissage reste une étape importante à la fois pour les planteurs ou les tuteurs et les enfants. Cela permet à l'exploitant de trouver rapidement un contrat à l'enfant quelques jours après sont arrivée dans le département. Ce sont des étrangers (Burkinabé, Maliens, Togolais, Guinée, Bénin) venus de la sous-région et des ivoiriens (autochtones, allochtones) qui nous ont entretenu sur notre sujet de recherche.

En somme, qu'il s'agisse des planteurs, ce qui est d'ailleurs évident et des intellectuels, le statut socio -professionnel n'est pas un critère pour la mise au travail des enfants. Ces étrangers et ces ivoiriens perçoivent le travail dans les plantations comme des séances d'apprentissage au métier d'agriculteur, et donc une étape assez importante dans la vie de ces enfants. Elle s'avère d'autant plus importante ou mieux, demeure une tradition pour les africains qu'ils ont tous tendance à en faire une étape primordiale pour la socialisation des enfants. Pour ces enquêtés, c'est un processus éducationnel accepté et acceptable par tous et au-delà une culture qu'il convient de transmettre à tous les enfants sans aucune distinction.

Cette conception positive du travail, qu'ont les planteurs et les trafiquants est admise par les concernés eux-mêmes, à savoir les enfants, des fois par ignorance. Ainsi, au-delà de quelques difficultés vécues par certains d'entre eux, leurs réponses n'ont pratiquement pas varié. Ils sont restés dans le même schéma que les acteurs de ce trafic. Ces acteurs ont en effet des positions identiques, quant à l'appréhension du phénomène du travail des enfants comme canal de transmission des normes et valeurs en Afrique. Ce qui confirme notre première hypothèse selon laquelle le travail des enfants est une tradition socioculturelle en Afrique, qui loin de s'assimiler à une exploitation, concourt plutôt à la socialisation et l'intégration de l'enfant dans sa communauté. Cependant, il n'y a pas que la pesanteur des normes sociales et culturelles qui concourt à la mise au travail précoce de l'enfant.

En effet, nos résultats ont montré que la participation des enfants aux activités, en tant que contractuels notamment, relève avant tout, des possibilités qui leur sont offertes par leurs différentes familles pour leur intégration dans la société. L'indigence économique des parents de ces enfants, semble expliquer l'arrivée des enfants dans les plantations, d'autant plus que ceux là recherchant une indépendance financière. Les planteurs immigrés qui utilisent la majorité des enfants contractuels, (permanents ou occasionnels) ont insisté sur les difficultés financières et matérielles de leurs parents géniteurs.

D'où la contrainte pour les enfants issus de ces régions, avec l'aide de leurs parents, de rechercher des emplois agricoles vers les pays du Sud de l'Afrique en zones forestières, principalement vers notre zone d'étude, apparemment dans l'optique d'aider les parents restés au pays d'origine.

Ainsi, ces enfants qui sont en droit d'attendre que leurs parents les assistent et assurent leur insertion dans la société, deviennent dans ce contexte, ceux qui les soutiennent et leur permettent de s'insérer ; la survie du ménage dépendant en grande partie des gains qu'ils tirent de leur travail des plantations de café-cacao en Côte d'Ivoire.

Les parents ont le devoir d'instruire les enfants par l'école. Mais, nous observons qu'ils ne peuvent aller jusqu'au bout de leur devoir faute de moyen financier. Pour preuve, les déscolarisés enquêtés ont tous un niveau primaire.

Partant de ce constat, les enfants affirment ne pas avoir d'autres alternatives d'insertion que le recours au travail.

Ces planteurs trouvent l'intervention des enfants dans les plantations de café-cacao, d'autant plus normal que selon eux, ces derniers doivent les aider à faire face au poids de la pauvreté en participant aussi à la vie du foyer parental. Ce qui confirme notre deuxième hypothèse, qui admet que les enfants sont impliqués dans les travaux du fait de l'indigence socio - économique des parents.

La traite et les pires formes de travail des enfants sont particulièrement aggravées, par le fait que les acteurs de la filière peuvent, avec une relative impunité, exercer leurs activités, étant donné que les textes législatifs actuels ne sont pas adaptés, au niveau national, à la lutte contre la traite des jeunes migrants. Au niveau de la prévention et la répression de ce phénomène, l'insuffisance de textes peut être, par conséquence, considérée comme une contrainte majeure.

Cette étude a abouti à trois types de résultats majeurs : le travail des enfants relève en effet de la tradition socio-culturelle en Afrique. Il constitue un canal par lequel sont transmis le savoir et savoir-faire parental, qui contribue au processus d'intégration de l'enfant dans sa communauté et dans sa société. Aussi le travail des enfants est-il accepté et acceptable de tous en Afrique, notamment en Côte d'Ivoire où les enfants sont impliqués précocement dans le processus de production du café-cacao. Loin de constituer un obstacle à leur épanouissement, le travail contribue plutôt à l'éducation et à la socialisation de l'enfant. Ainsi, en nous référant à ces facteurs traditionnels, nous rejoignons HEGEL (1977), qui dans sa théorie dialectique de la relation Maître-Esclave, développe une position positive à l'égard du travail en mettant un accent particulier sur la réalisation de l'homme par le travail, du fait de sa soumission au maître86(*).

Le deuxième type de résultat porte sur l'indigence socioéconomique des parents qui font des enfants des travailleurs pour leur propre prise en charge et la contribution aux revenus familiaux. Cette implication des enfants dans le monde du travail constitue d'autant plus une réalité indéniable pour les pays en développement, notamment africains qu'ils enregistrent la plus grande proportion d'enfants travailleurs dans le monde (BIT, 1996).

En effet, face aux conditions économiques et matérielles difficiles, voire misérables de leur foyer d'origine (A. TOURE, 1985), les enfants trouvent diverses manières de gagner leur vie (D. GUEU, 2005)87(*). Ces enfants exécutent alors des activités dans tous domaines d'activités économiques susceptibles de leur rapporter de l'argent, notamment dans les plantations de café-cacao en Côte d'Ivoire afin de se prendre en charge.

Mais, au-delà de la satisfaction qu'ils tirent de leur revenu qui leur permettent de se prendre en charge et de réaliser à la fois leurs projets de vie, les enfants apportent également une contribution au foyer parental (M. ASSEMIAN 1992), (S. RAJIKOU, 2001-2003).

Au-delà de la confirmation de nos résultats relativement aux études antérieures, il est important d'indiquer les limites que nous avons pu y déceler.

En effet, nous sommes quelque peu sceptiques sur l'âge des enfants enquêtés, faute de preuves fiables. Ces derniers peuvent ne pas connaître leur âge ou se tromper sur les dates exactes de leur naissance. Même, les parents géniteurs de ces enfants et tuteurs semblent aussi avoir des doutes sur l'âge réel de leur progéniture. Les enfants, une minorité d'ailleurs dont nous avons su les dates de naissance, ne nous ont fourni que des documents dont la fiabilité reste à démontrer vue les ratures exercées sur ces papiers.

Par ailleurs, leur forme ne correspondait pas toujours à l'âge indiqué. L'on pourrait a priori s'attendre à ce que cette situation concerne seulement les analphabètes, qui, il faut le souligner, sont généralement dépourvus de papiers sur les sites de recherche. Mais, il s'agit aussi des élèves, quelques uns nous ayant confié en toute liberté que leur âge réel ne figurait pas sur leur jugement supplétif, compte tenu des modifications à la baisse, pour retard observé dans la scolarisation. Ces doutes auraient pu être dissipés et mis au compte de la conception socioculturelle que les peuples africains ont de l'enfant et qui écarte le critère d'âge.

Nos incertitudes se situent également au niveau d'autres caractéristiques socio-économiques et démographiques. Des observations et analyses nous ont parfois amené à déceler des contrevérités sur les déclarations faites par les enfants, relativement à leur lien de parenté avec les planteurs dans les trois zones d'étude.

Notre attention a surtout été attirée par le fait que la quasi totalité des enfants immigrés ont affirmé travailler avec leurs parents géniteurs. Or, en Afrique, c'est une tradition que de confier son enfant à une tierce personne, généralement un membre de la famille jouissant d'une situation sociale relativement stable. Donc, nous ne voyons aucun inconvénient à avouer que les enfants sont en dehors du cercle familial.

Malgré ces insuffisances, qui en réalité ne dépendent pas de notre volonté, nos résultats méritent - ils attention ? Autrement dit peuvent-ils contribuer d'une manière ou d'une autre à l'avancement des connaissances relatives au phénomène du travail des enfants, et à tout secteur d'activité économique dans lequel les enfants interviennent?

OUVRAGES GENERAUX

ALLAH I., Côte d'Ivoire : Café- Cacao pour une refondation de la filière, 2006, Edition du Cacao, UCCI, 222 p.

ALVISE C. D., 2003, Voyages en Afrique Noire, Edition Chadeigne, UNESCO, Paris, 154 p

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BRET B., Tiers monde « croissance, développement inégalités, Edition Carlas, 1998, 135 p

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DIENE D., La Chaîne et le lien, 1998, Editions Paris Unesco, 235 p

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OUVRAGES DE METHODOLOGIE

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MENDRAS H., Elément de sociologie, Paris, Edition Armand Collins, 1989.

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AGBADOU N. J., Conditions de vie et déviances chez les filles mineures en milieu urbaine : le cas d'Abidjan, Abidjan, Mémoire de Maîtrise, Université Cocody, UFR Criminologie, 2001, 124 p.

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* 2 H. MEMEL-FOTE, Esclavage, traite et droits de l'homme en Côte d'Ivoire de l'époque précoloniale à nos jours, Abidjan, Editions du CERAP, 2006.

* 3 O. PETRE-GRENOUILLEAU, Les traites négrières, Essai d'Histoire globale, Paris, Gallimard, 2004.

* 4 D. DIENE, La Chaîne et le lien, Paris, Unesco, 1998.

* 5 D. DIENE, La Chaîne et le lien, Paris, Unesco, 1998.

* 6 C. D. ALVISE, Voyages en Afrique Noire, Paris, Edition Chadeigne, UNESCO, 2003.

* 7 OIT/ BIT, Convention n° 182 relative aux pires formes de travail des enfants et l'action immédiate en vue de leur élimination, adopté à Genève le 17 juin 1999, entré en vigueur le 19 novembre 2000.

* 8 Ministère du plan et de développement de la République de Côte d'Ivoire, Stratégie de développement de la Côte d'Ivoire, Abidjan, 2007

* 9 Y. DIALLO, Les déterminants du travail des enfants en Côte d'Ivoire, Bordeaux, Mémoire de DEA, Centre d'Economie du développement, Université Montesquieu Bordeaux IV, 1995.

* 10 ONU, Convention relative aux Droits de l'Enfant, 1989.

* 11 N. J. AGBADOU, Les enfants au travail dans les plantations de café cacao en Côte D'Ivoire, Abidjan, Thèse Unique de Doctorat, Université de Cocody, UFR Criminologie, 2009.

* 12 OIT, Convention n°138 relatives à l'âge minimum d'admission à l'emploi.

* 13 BIT/OIT, Convention concernant les pires formes de travail des enfants et l'action immédiate en vue de leur élimination, 87ème Session, Genève.

* 14 I.TOURE, Le travail en Côte d'Ivoire, du collectivisme de fait à la participation provoquée, « IES », 1978.

* 15 BIT/Projet/ WACAP, Signature du mémorandum d'accord, Abidjan, 2003.

* 16 Ministère d'Etat, Ministère du Plan et du Développement de la République de Côte d'Ivoire, Côte d'Ivoire, suivie de la situation des enfants et des femmes, Enquête par grappes à indicateurs multiples, 2006,

* 17 B. BRET, Tiers monde « croissance, développement inégalités, Edition Carlas, 1998.

* 18 Banque Mondiale, Institut National de la statistique, Définition moderne de la pauvreté en Côte d'Ivoire et le profil des pauvres, Rapport de travail, Abidjan, 1995.

* 19 BIT, Le travail des enfants, l'intolérable en point de mire, Paris, 1997.

* 20 P. N'DA, Méthode de la recherche de la problématique à la discussion des résultats, Abidjan, EDUCI, Université de Cocody, 2002.

* 21 Y. DIALLO, Les déterminants du travail des enfants en Côte d'Ivoire, Bordeaux, Mémoire de DEA, Centre d'Economie du développement, Université Montesquieu Bordeaux IV, 1995.

* 22 L. GBAGBO, Côte d'Ivoire : économie et société à la veille de l'indépendance (1940-1960), Paris, l'Harmattan, 1982.

* 23 Y. DIALLO, Les déterminants du travail des enfants en Côte d'ivoire, Bordeaux, Mémoire de DEA, Centre d'Economie du développement, Université Montesquieu Bordeaux IV, 1995.

* 24 J. CHARMES, L'apprentissage sur le tas dans le secteur non structuré en Tunisie, 1985.

* 25 Y. MARGUERAT et A. TOURE, « A la découverte des enfants de la rue », in Entente Africaine, Revue Trimestrielle n°85, 1991.

* 26 BIT/OIT, Convention n°138 sur l'âge minimum à l'emploi, 1973.

* 27 A. BOA, le travail des enfants dans les rues d'Abidjan et le revenu familial, Abidjan, 1992.

* 28 S. BERNARD, L'exploitation des enfants au travail : d'un problème social à une problématique en sciences sociales, Cahier de Marjuvia, n°10, 1997.

* 29 ibidem

* 30 ibidem

* 31 S. BERNARD, L'exploitation des enfants au travail : d'un problème social à une problématique en sciences sociales, Cahier de Marjuvia, n°10, 1997.

* 32 Loi du 15 Décembre 1952, portant création du Code Travail pour l'ensemble des territoires français d'outre-mer ou sous tutelle est à l'origine des codes de travail de tous les Etats Africains francophones

* 33 I. BONNASSIEUX, Travail et condition de vie des enfants en Afrique Sud Saharienne, Edition PUF, 1989.

* 34 A. M. KOFFI, Exercice de petits métiers et délinquance juvénile à Abidjan, cas de la commune d'Adjamé, Abidjan, Mémoire de Maitrise, Université de Cocody, UFR criminologie, 1997.

* 35 Y. KANIAMPA, L'exploitation du travail des enfants mineurs dans le secteur non structuré en Côte d'Ivoire : le cas des enfants à Abidjan, Abidjan, 1992.

* 36 F. EZEMBE, la prévention de la délinquance dans les communautés migrantes africaines en région parisienne, Paris, Rapport Final Séminaire, 1999.

* 37 P. ARRIES, L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime, Paris, Seuil, 1973.

* 38 Y. KANIAMPA, L'exploitation du travail des enfants mineurs dans le secteur non structuré en Côte d'Ivoire : le cas des enfants à Abidjan, Abidjan, CIADFOR, 1992.

* 39 G. P. NTUMPA, lutte contre le travail des enfants en Afrique de l'ouest et du centre dans la cacaoculture, IPEC-WACAP, 2002.

* 40 H. OUIZAN, B. COULIBALY, les petites bonnes à Abidjan, travail ou exploitation ?, Abidjan, BICE, 1998.

* 41 UNICEF, La situation des enfants dans le monde, prendre l'initiative, Genève, 2002.

* 42 Ibidem.

* 43 UNICEF, La situation des enfants dans le monde, prendre l'initiative, Genève, 2002.

* 44 IPEC WACAP, Adoption d'un programme international de lutte contre le travail des enfants, 1992.

* 45 Ibidem.

* 46 Ibidem.

* 47 UNICEF, La situation des enfants dans le monde, prendre l'initiative, Genève, 2002.

* 48 ONU, Traite des êtres humains et de l'enfant en particulier, Conférence Internationale, MOSCOU 1991.

* 49 ONU, Traite des êtres humains et de l'enfant en particulier, Conférence Internationale, Istanbul, 1999.

* 50 Ibidem.

* 51ONU, Traite des êtres humains et de l'enfant en particulier, Conférence Internationale, Istanbul, 1999.

* 52 OIT/ UNICEF, Consultation technique régionale sur l'exploitation du travail des enfants en Afrique de l'ouest et du centre, Abidjan, 1996.

* 53 K. MARX, Enfance fracassée, www.monde_diplomatique.fr ,1998

* 54 K. MARX, Manifeste du Partie Communiste, Paris, 1962.

* 55 K. MARX, Enfance fracassée, www.monde_diplomatique.fr 1998

* 56 Convention relative aux droits de l'enfant, 1989.

* 57 L. TAUXIER, Nègres Gouro, Paris, Paul Guethner, 1924.

* 58 Unité de monnaie à l'époque pré- coloniale en pays Gouro.

* 59 B. Y.  ZAMBLE, La fondation de Bouaflé et l'évolution de la population urbaine jusqu'en 1936, Abidjan, 1982.

* 60 C. MEILLASSOUX, Anthropologie économique des Gouro de Côte d'Ivoire, Paris, Mouton, 1964.

* 61 G. GONNIN et R. K. ALLOU, Côte d'Ivoire : les premiers habitants, Abidjan, Les Editions du CERAP, 2004.

* 62 A. KOUROUMA, Allah n'est pas obligé, Paris, Seuil, 2000.

* 63 L.L BOUTILLIER, Royaume de la savane ivoirienne, Paris, PUF, 1993.

* 64 J. N. LOUCOU, Histoire de la Côte d'Ivoire, Peuples et ethnies, Abidjan, 2002.

* 65 J.N., LOUCOU, Histoire de la Côte d'Ivoire, Peuples et ethnies, Abidjan, 2002.

* 66 S. P. EKANZA, Cote d'Ivoire : terre de convergence et d'accueil (XV-XIXème siècle), Abidjan, Les Editions du CERAP, 2006.

* 67 J. L. TOPKA, Cote d'Ivoire : l'immigration des Voltaïques (1919-1960), Les Editions du CERAP, 2006.

* 68 K. E. N'GUESSAN, Gestion des filières Café et Cacao en Côte d'Ivoire, bilan et perspectives, Muse 2004.

* 69 M. GRAWITZ, Méthode des sciences sociales, Paris, Edition Dalloz, 2001.

* 70 R. QUIVY et L. CAMPENDOUT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 2ème Edition, 1995.

* 71 R. GASSIN, Criminologie, Paris, Edition Dalloz, 2003.

* 72 N. J. AGBADOU, Les enfants au travail dans les plantations de Café- Cacao en Côte d'Ivoire, Abidjan, Thèse Unique de Doctorat, Université Cocody, UFR Criminologie, 2009.

* 73 Bureau International de travail, la traite des enfants aux fins d'exploitation de leur travail dans le secteur informel à Abidjan, programme international pour l'abolition du travail des enfants(IPEC), 2005

* 74 A.SISSOKO, La lutte contre la traite et les pires formes de travail des enfants, Rapport de séminaire, Grand-Bassam, INTERPOL/GTZ, 2006.

* 75 A. SISSOKO, G. DENIS. et J. AGBADOU, La traite et les pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao, la situation dans les départements de Soubré, Abengourou, Oumé, GTZ, 2005.

* 76 A. SISSOKO, G. DENIS. et J. AGBADOU, La traite et les pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao, la situation dans les départements de Soubré, Abengourou, Oumé, GTZ, 2005.

* 77 A. SISSOKO, G. DENIS. et J. AGBADOU, La traite et les pires formes de travail des enfants dans les plantations de café-cacao, la situation dans les départements de Soubré, Abengourou, Oumé, GTZ, 2005.

* 78 E. N'GUESSAN., Gestion des filières Café et Cacao en Côte d'Ivoire, bilan et perspectives, Edition MUSE, 2004-2007.

* 79 I. ALLAH, Côte d'Ivoire : Café- Cacao pour une refondation de la filière, Abidjan, Edition Du Cacao, UCCI 2006.

* 80 Constitution de 2000, article 5 et 6, journal officiel de l'Etat de Côte d'Ivoire

* 81 N. C. ABOU, L'exploitation des bonnes par les placeurs de bonnes : le cas de la commune d'Abobo, Abidjan, Mémoire de Maîtrise, Université Cocody, UFR Criminologie, 2000.

* 82 M. C. KOFFI, Etude juridique sur la traite et les pires formes de travail des enfants en Côte d'Ivoire, Abidjan, 2006.

* 83 BICE, Rapport annuel, Abidjan, 2007

* 84 S. J. ABO, Le trafic des enfants en Afrique de l'Ouest et du Centre, Ministère de la Famille, de la Femme et de l'Enfant/Comité National de Lutte contre le Trafic et l'Exploitation des Enfants/ OIPC/INTERPOL, Yamoussoukro, Première réunion spécialisée, Fondation Houphouët Boigny, du 08 au 10 Janvier 2002.

* 85 H. MENDRAS, Elément de sociologie, Edition Armand Collin, Paris, 1989.

* 86 J. N. AGBADOU, Condition de vie et déviances chez les filles mineurs en milieu urbain : le cas d'Abidjan, Abidjan, Mémoire de Maitrise, Université de Cocody, UFR Criminologie, 2001.

* 87 D. GUEU, le phénomène de la marginalité juvénile des mineurs et adolescents des grandes agglomérations africaines : le cas des enfants et adolescents mendiants à Abidjan, Abidjan, Thèse Unique de Doctorat, Université de Cocody, UFR Criminologie, 2005.






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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery