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La médiatisation de la "question anglophone" dans les journaux camerounais pendant le cinquantenaire de la réunification du Cameroun

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par Vireil Renaud EBOTO
Université de Douala - Master 2 en communication sociale et médiatique 2014
  

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B- LA PERCEPTION DE LA NOTION D'ANGLOPHONE AU CAMEROUN :

Selon le dictionnaire Larousse illustré de 2007, le monde anglo-saxon est l'ensemble des pays dont l'organisation socio-économique et la culture ont été fortement influencées par la colonisation britannique et dont l'anglais est la langue principale. Une personne Anglophone est celle-là qui parle anglais. Cette définition ne correspond pas exactement à la perception que les Camerounais ont de la notion d'anglophone. Pour l'homme de la rue interrogé dans le cadre de notre recherche scientifique, un anglophone au Cameroun est différent d'un francophone. Un anglophone au sens camerounais du terme est une personne qui « cause » l'anglais. Ici les personnes interrogées voient une différence entre « causer » et parler l'anglais. Pour eux, l'anglophone « cause » l'anglais comme son dialecte, au même titre que le « Bakweri »34. Pour d'autres, un anglophone c'est une personne qui a « la culture anglo-saxonne » des Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du pays. Le profane camerounais estime que la culture de ces deux Régions citées est différente de celle des autres Régions du pays. Les anglophones seraient plus respectueux, plus soumis, plus à cheval sur la discipline que les francophones. Les exemples cités sont : ceux des écoles anglophones où les jeunes filles ont les cheveux rasés comme les garçons et ceux des villes anglophones où il y a moins d'immondices et de papiers qui trainent. Nous pouvons ainsi établir une corrélation entre le problème anglophone et la question juive au sens de Jean-Paul Sartre35 cité plus haut qui estime que la haine des juifs vise à valoriser la médiocrité et à créer l'élite des médiocres. Pour un antisémite (anti-anglophone), le juif (l'anglophone) est intelligent, il le méprise donc

32Guardian Post, du Mardi 19 juillet 2016.

33 La Nouvelle Expression, N°4329, du Mardi 11 octobre 2016 34Tribu du Sud-ouest Cameroun.

35 Nathan Weinstock, Le Sionisme contre Israël, p. 19

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ainsi que toutes ses autres vertus. La personne qui déteste les juifs (ou les anglophones) est de ce fait un homme qui a peur, non pas des juifs (ou des anglophones), mais de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses responsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde, de tout sauf des juifs (ou des anglophones) : C'est un lâche. Maître Nico Halle dans une interview accordée au journal The Post 36 ira même plus loin en ces termes : « The average Francophone respects the Anglophone and doesn?t want to use the word fear; respects the Anglophone for his honesty, for his intelligence, for his image... »37 Tout cela est bien flatteur à l'égard des anglophones, sauf que les personnes interrogées dans la rue ajoutent que « les anglophones sont toujours à gauche », terme péjoratif qui voudrait dire que les anglophones ont une manière qui leur est particulière de voir les choses. Anicet Ekane, homme politique, nous confiera au cours d'un entretien réalisé au siège du MANIDEM, qu'un anglophone pour lui est « un camerounais qui a vécu dans la zone anglophone ». Si cet homme politique sous-entend par le verbe « a vécu », conjugué au passé composé, le fait d'y avoir vécu dans le passé, les anglophones nés récemment dans la zone anglophone ne sont-ils pas anglophones ? S'il entend par là le fait de vivre dans la zone anglophone, ne seraient pas anglophones ceux qui vivent en zone francophone ? Pour Louis Marie Nkoum-Me-Ntseny « ...De toute évidence l'identité anglophone est largement tributaire de la langue anglaise. Si la partition du Kamerun allemand en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne peut être considérée comme l'élément fondateur de la distinction anglophone/francophone, la colonisation britannique apparaît par conséquent comme le vecteur de l'identité anglophone eu égard à la dynamique d'identification et d'individualisation qu'elle recelait. Elle est en effet à l'origine de l'inscription historique, culturelle, linguistique, spatiale et même politique de l'identité anglophone dans la géopolitique nationale. La question essentielle demeure cependant celle du contenu de l'héritage culturel anglophone, c'est-à-dire de la quintessence culturelle du camerounais anglophone. Qu'est-ce qui a pu identifier l'anglophone de manière spécifique et singulière comme Anglophone depuis la colonisation britannique? Sa manière d'être, de vivre, de se comporter, de parler, d'agir. Cela est-il le reflet évident de l'héritage culturel britannique ? ». Anthony Ndi, dans Southern West Cameroon Revisited, 1950-1972: « Unveiling Ineascapable Traps » ne s'éloignera pas vraiment de ce postulat : il est d'avis que la « marginalisation des

36 The Post, N°01506, du 21 février 2014

37 Traduction : « La majorité des francophones a un profond respect pour l'anglophone pour ne pas utiliser terme avoir peur. Elle le respecte pour son honnêteté, son intelligence et son image ».

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anglophones » de nos jours provient de la mauvaise foi des francophones ou du moins du Président Ahidjo qui entendait régner en véritable potentat sur le Cameroun, comme le faisaient les puissances occidentales. Michel Olinga pense pour sa part que « les termes francophone et anglophone ont, en sus du sens courant et standard qui renvoie à l'usage de l'anglais, pour les Anglophones, et du français, pour les Francophones, des acceptions qui relèvent parfois plus de l'ethnique, de l'historique ou même du politique. Aussi, n'est-il surprenant de rencontrer au Cameroun des personnes présentées comme anglophones, mais ne s'exprimant pas nécessairement en anglais ? ». En effet, pour ne pas revenir à l'exemple des Professeurs Ngoh et Njeumah, il n'est pas rare de rencontrer des anglophones naissant dans des familles francophones et vice versa. Ce mixage est dû à la très forte pénétration par les francophones du système éducatif anglo-saxon au Cameroun dès le primaire ou le collège ; ou encore leur fréquentation assidue des écoles « bilingues », même si l'intellectuel anglophone Francis Nyamnjoh qualifie le bilinguisme officiel camerounais de « bilinguisme cosmétique38 ». Les anglophones quant à eux se retrouvent très souvent,- certains diront par manque d'autres alternatives, entrain de poursuivre leurs études dans les universités francophones camerounaises. Deux universitaires au Cameroun sont considérés et s'identifient eux même comme anglophones : les professeurs Victor Ngoh et Njeumah. Pourtant le premier est « Eton »39 et le second est « Bassa »40. Mono Dzana a estimé lors d'un entretien que nous devons produire des Etats qui s'inspirent de nos réalités. Lorsque la réalité est aussi abstraite et difficile à cerner que la détermination de la notion de « l'anglophone » au Cameroun, il devient compliquer de s'en inspirer. Thomas Bissonhong met en exergue la logique de la refondation. Pour lui nos références doivent dépasser le temps. D'ailleurs au Cameroun, francophones et anglophones ont tous une tribu et un dialecte qui leurs sont propres. D'où vient-il qu'on les identifie en fonction de la langue officielle parlée ? La langue ne constitue donc pas le noeud du problème. Anicet Ekane dira à ce sujet que pour lui la question anglophone « est un problème vicié par l'approche qui privilégie les cultures occidentales ». Se reconnaitre anglophone au Cameroun apparait dans l'espace politique comme une tentative de repli identitaire, de surenchère ou de chantage politique basé sur l'appartenance à un

38Cameroon Post, Du 20 mai 1991

39 Tribu que l'on retrouve principalement dans la Région du Centre-Cameroun dans les villes d'Obala, Saa, Monatélé, Okola et qui appartient au grand groupe Fang Béti.

40 Tribu autochtone de la ville de Douala que l'on retrouve principalement dans les provinces du Centre et du Littoral et dont l'un des cantons se retrouve dans le Ngondo Sawa.

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groupe idéologique dans le but de bénéficier de certaines pré bandes et d'un quelconque positionnement politique au regard de l'équilibre tacite qui existe dans le pays entre francophones et anglophones. De manière générale, lorsque le Président de la République est francophone, son Premier Ministre Chef du Gouvernement est anglophone. Dans les entreprises parapubliques, la nomination d'un Directeur Général francophone entraine fatalement celle d'un Directeur Général Adjoint ou d'un PCA anglophone. Et Luc Sindjoun pense que « la démarcation identitaire anglophone va conduire à la déconstruction des mythes fondateurs de l'Etat unitaire tels que la fête nationale du 20 Mai, l'unique étoile dorée du drapeau national, etc. Même la dénomination de l'Etat "République du Cameroun" est remise en cause parce que ne traduisant pas l'existence de deux segments francophone et anglophone ayant accepté de s'unir »41.

En clair, pour une certaine opinion au Cameroun, la question anglophone au sens politique du terme résulte d'un ensemble de frustrations qui émanent d'une frange de la population qui s'estime lésée dans le partage du « gâteau national ». Pourtant le problème selon certains chercheurs est ailleurs. Il s'agit d'un problème ethnolinguistique, d'un problème historique, d'un problème de construction de l'identité national, d'un problème de relecture des textes fondateurs du mariage entre les deux Cameroun de l'époque.

II- LES TERMES EN LESQUELS SE POSE LA « QUESTION ANGLOPHONE » AU CAMEROUN:

Aboya Manassé Endong pense que « plus que jamais, les anglophones de l'ancien condominium franco-anglais se considèrent comme des citoyens de seconde zone, même si aucun texte officiel ne consacre cette marginalisation...la « question anglophone » demeure une épine dans un système politique verrouillé... ». Pour Michel Olinga « la question anglophone...au Cameroun est aussi d'ordre politique et institutionnelle ». Pour Louis-Marie Nkoum-Me-Ntseny «... le message identitaire anglophone semble s'articuler autour de l'auto-identification et du positionnement dans l'arène politique ou en dehors de celle-ci... ». La « question anglophone » selon ces auteurs se pose en termes de revendications politiques ou de repli identitaire.

41 Sindjoun L, « Identité nationale et révision constitutionnelle du 18 janvier 1996 : comment constitutionnalise-t-on le nous au Cameroun dans l?Etat post-unitaire ? »Page 6

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"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo