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i
ÉPIGRAPHE
« L'enfant incarne la validité d'une nation,
l'espoir de la société et l'avenir d'un peuple. »1
HOUPHËT-BOIGNY Félix
1 F. HOUPHET-BOIGNY : homme politique ivoirien et
premier président de la Cote d'Ivoire
II
IN MEMORIAM
A mon ami KAKAMA MUBABI Vincent, que la terre de nos
ancêtres te soit douce et légère à jamais.
III
DEDICACE
A vous mes parents MWAYOMO MUKWANGA Naro et BONANE NDAMPAL
Anto, pour votre quotidienneté affective et amoureuse et pour votre
soutien sans corolaires tout au long de mon parcours. Votre foi en mes
capacités m'a permis de surmonter les obstacles.
MWAYOMO MPOLO Achille
iv
REMERCIEMENTS
Il m'est d'une noblesse de devoir remercier aux termes de ce
travail, tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont
participé à notre formation et à la réalisation de
cette oeuvre qui matérialise l'aboutissement de notre premier cycle.
Je remercie Dieu, envers qui je dois toute ma gratitude. Lui
qui est La Cause de toutes les causes, L'Essence de toutes les essences, La
source de toute capacité intellectuelle.
Je tiens à remercier de tout coeur mon directeur de
mémoire, le Professeur MBOKOLO NTIKALA Albert, pour son accompagnement
exceptionnel malgré ses multiples occupations. Vos conseils
avisés et votre soutien indéfectible ont non seulement enrichi ce
mémoire, mais m'ont également appris la valeur de la
persévérance et de l'intégrité.
A Monsieur l'Assistant MASENGO MPOYI Christian qui a lui aussi
sans relâche nuit et jour assuré l'encadrement de ce travail,
qu'il trouve ici l'expression de notre reconnaissance.
Enfin, que ma reconnaissance soit témoignée
à toutes les personnes qui ont participé de près ou de
loin, qui ont eu un impact sur ma vie durant cette période. C'est en ce
sens que je cite : LUKAMBA Mbo, NTONGO Eminence, KAPANGULA Bertine, NGANKUKU
Prim's, MUVUMA Richard, MULENDA Jean, KAPAYA Elo, MUTONI Béni,
MAMWANDAZA Véro, MAZOYA Esther, la Communauté BYM de la Paroisse
Saint Kibuka, MANGOMBO Christian, MAKANDA Déborah, OSTHIA Werbiche,
MUSONGO Jemiel, MUNZIMBU Raphael, maman KINWANI Judith, KOMPANI Hans, BAHENDI
Divine, MABANZA Valérie, NKIELEKIELE Nathan, la Chorale Le Magnificat de
la paroisse Saint Kibuka, LENGA Chris, SAKA Mervedie, KALAMBA Benoit, KAMBALA
Zadio, BALUKISA Dan, ELONDA Divine, MUNZO René , KIMBODI Gradir, BINIA
Grace, Ma 11eme promotion EDL, MUYIKA Merry, TSHIMANGA Philippe, KUMBI Rosario,
MASWA Gyslain, MILANDA Hadassa, Abbé BAMBEMBA Christian, KIBONGA
Magnificat sensey.
A ma future épouse et à ma future
progéniture, que ce travail soit pour vous un sujet d'honneur, de
fierté et un exemple à suivre afin toute la famille trouve ici le
fruit d'abnégation.
V
PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS
- Al : Alinéa
- Art : Article
- BIDE : Bureau International des Droits des Enfants
- CEEAE : Communauté Economique des Etats d'Afrique
Centrale
- CEPGL : Communauté Economique des Pays du Grand
Lac
- CP : Code Pénal
- Ed : Edition
- Kin : Kinshasa
- LPPE : Loi Portant Protection de l'Enfant
- P : Page
- RDC : République Démocratique du Congo
- UA : Union Africaine
- UNICEF : Fond des Nations Unies pour l'Enfance
vi
1
INTRODUCTION
Pour comprendre la situation de l'enfant dans le contexte
congolais, il est essentiel de faire un distinguo entre son statut selon qu'il
vit en zone rurale ou en milieu urbain. Dans les deux cas, sinon, l'enfant
demeure une icône d'une richesse incommensurable et inestimable pour la
famille, étant une main d'oeuvre sociale qu'économique au foyer
et à la communauté.
L'arrivée au monde d'un nouveau-né est
célébrée par les parents, la famille élargie et
même par toute la communauté, car il est le symbole de la
longévité et de la continuité du groupe et de la
société. Comme le souligne une vielle sagesse populaire noire
:"L'enfant incarne la vitalité d'une nation, l'espoir de la
société et l'avenir d'un peuple"2.
Dans les sociétés primitives, traditionnelles et
coutumières, la protection de l'enfant commence dès sa
conception. Les futures mères sont bénéficiaires
d'attentions spéciales et particulières. A cette époque
des sociétés primitives, il était rare de voir les enfants
délaissés, maltraités ou livrés à
eux-mêmes, et abandonnés à leurs propres sorts. La
protection de l'enfant était considérée comme un droit
fondamental basé sur le respect de sa personne entant qu'être
humain. Et cela était sous la participation de la communauté pour
son éducation. Cependant, il serait inexact d'affirmer que les droits de
l'enfant étaient parfaitement respectés en milieu
traditionnel.
En effet, cette protection s'appliquait dans un cadre social
strict, où seuls primaient les intérêts du groupe sur ceux
des individus (par exemple, le mariage arrangé précoce et les
pratiques ancestrales pouvaient parfois aller à l'encontre des
libertés individuelles de l'enfant3
Il est donc crucial aujourd'hui de créer un
environnement équilibré qui permette à l'enfant de
s'épanouir pleinement et aisément, tout en respectant ses droits
fondamentaux.
"Les enfants accusés des sorciers constituent un
phénomène croissant actuellement en RDC. Souvent es enfants sont
accusés de sorcier par les églises et les familles croyantes dont
les pasteurs sont convaincus que leurs enfants sont sorciers. La
2 HOUPHËT BOIGNY, homme politique ivoirien et
premier président de la côte d'Ivoire,
3 Chez le peuple Wongho au Kwilu dans le grand
Bandundu par exemple
2
sorcellerie apparaît comme une forme de rationalisation
du malheur. Les traitements de désenvoutement proposé par les
églises affectent sérieusement le bien-être des enfants"
4
I. Problématique
Il existe la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant
protection de l'enfant.5
L'Assemblée nationale et le sénat ont
adoptée, et le Président de la République a
promulguée la loi dont la teneur suit :
En son premier article : la présente loi les principes
fondamentaux relatifs à la promotion des droits de l'enfant
conformément aux articles 122, point 6, 123, point 16 et 149,
alinéa 5 de la Constitution.6
Article 13 alinéa 2 de la même loi
déclaré que: le père et la mère ou l'un d'eux ou la
personne exerçant l'autorité parentale, ainsi que l'Etat, ont
l'obligation d'assurer sa survie, son éducation, sa protection et son
épanouissement.7
En République Démocratique du Congo, la
protection pénale des enfants est faible. Les enfants en conflits avec
la loi, en situation des violences ou d'exploitation sont profondément
affectés par les défaillances ou l'absence des mécanismes,
y compris l'impunité quasi-totale pour les auteurs des abus.
La question des enfants accusés de sorcellerie en RDC
revêt une importance cruciale dans le contexte des droits des enfants et
de la justice pénale.
Les accusations de sorcellerie à l'encontre de l'enfant
engendre des conséquences graves, tant sur le plan physique que
psychologique. Ce mémoire se propose d'explorer cet univers de
manière à aborder la protection pénale de ces victimes des
allégations fausses en mettant en exergue les lacunes et défis
existants.
4 J. BALLET ; C. DUMBI et B. LALLAU, "Enfants
sorciers à Kinshasa (RD Congo) et développement des
églises du Réveil", Monde en développement
2009/2° n°146
5 Loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant
protection de l'enfant
6 Article 1 de la loi portant protection de
l'enfant
7 Article 13 Alinéa 2
3
II. Intérêt de l'étude
L'intérêt de notre étude est de faire une
approche analytique et explicative des accusations de sorcellerie à
l'encontre de l'enfant, démontrer la défaillance quasi-totale
dans la protection pénale des enfants victimes de ces accusations et
enfin proposer des remèdes pour y palier.
III. Question du départ
En dépit des efforts déployés, des
nombreux enfants continuent d'être maltraités, discriminés,
accusés de sorcellerie ; et ces derniers sont privés de de leur
droit de succession, aux soins de santé et à l'éducation.
Partant de la réalité sur la question de la protection
pénale des enfants accusés de sorcellerie, il nous est
très utile de nous poser quelques questions :
D'où deux grandes questions du départ vont
animer ce travail qui sont celles de
savoir :
1. Comment la loi pénale protège-t-elle l'enfant
accusé de sorcellerie ?
2. Quels sont les dangers contre lesquels l'enfant doit
être protégé ?
D'où, tout au long de ce travail, nous n'allons pas
à pas tenter de répondre à cette
question.
IV. Hypothèses
L'enfant est protégé contre sa propre conduite
immature susceptible de générer des conséquences
préjudiciables pour lui-même et pour les autres membres de la
société, ensuite contre les actes préjudiciables aux
droits des enfants imputables aux adultes (parents ou autres membres de la
communauté), tel est le cas des accusations de la sorcellerie, et enfin
contre la réaction de la société (communauté et
Etat).
Ainsi, trois hypothèses se dégagent par le
professeur Raoul KIENGE-KIENGE
INTUNDI :
Dans la première hypothèse, le danger contre
lequel on devrait protéger l'enfant serait constitué par sa
propre conduite, qui tend à l'éloigner des objectifs de son
développement harmonieux. L'effort que suppose l'acquisition de ces
aptitudes pourrait
4
amener un enfant à éviter le bon chemin. Il va
falloir l'y encourager en étant guide par son intérêt
supérieur.
Dans la deuxième hypothèse, le danger contre
lequel on devrait protéger l'enfant serait constitué des
conséquences préjudiciables des actes ou des omissions imputables
aux adultes sur sa personne et au regard de l'exigence d'assurer la croissance
normale de l'enfant. Il s'agit alors de la protection pénale de l'enfant
qui consiste à ériger en infraction ces conduites
préjudiciables à l'enfant ou à en constituer les
circonstances aggravantes.
Dans la troisième hypothèse, le danger contre
lequel on devrait protéger serait constitué de la réaction
de la société (la communauté et l'Etat à travers la
justice pénale)8
V. Délimitation
Toute recherche scientifique procède fatalement par
un découpage des réalités, en plus, il n'est pas possible
d'étudier, de parcourir, tous les éléments jusqu'aux
extrémités de la terre et jusqu'au début du
temps9.
C'est ainsi que notre travail se limite dans une
période donnée et dans un espace bien déterminé et
une matière scrutée.
Dans le temps, notre étude s'étend de 2009
jusqu'à nos jours. Car, cette année marque la promulgation de la
loi n° 09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant
prévoyant l'infraction d'accusation de sorcellerie à
l'égard de l'enfant.
Dans l'espace, cette étude se limite, d'une part, sur
l'étendue de la RDC, précisément dans la ville de Kinshasa
et sur la surface de la Commune de Masina.
Dans la matière, cette étude se limitera dans le
domaine de la protection de l'enfant, plus précisément dans la
protection pénale.
Par conséquent, l'option d'une méthodologie de
recherche s'avère préférentielle et utile pour les
résultats valables et véridiques.
8 Professeur KIENGE-KIENGE INTUDI Raoul, Droit de
protection de l'enfant, note de cours p13
9 GEEKENSE, Méthodes juridiques,
méthode de la recherche documentaire juridique, Bruxelles,
éd impression nouvelle,2009, p.50.
5
VI. Méthodologies et techniques de
recherche
Les professeurs KUYUNSA BIDUM GILBERT10 et SHOMBA
KUYAMBA SYLVAIN11, ont de leur part défini les techniques
documentaires comme étant l'ensemble des procédés, qui
permettent en présence des chercheurs d'une part et d'autre coté
des documents supposés contenir les informations recherchées.
1. Méthodes
La méthode est l'ensemble des opérations
intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les
vérités qu'elle poursuit, les démontre et les
vérifie12.
La recherche en science sociale suit une
démarche analogue différente à celle de chercheur du
pétrole. Ce n'est pas en forant n'importe ou que celui-ci trouvera ce
qu'il cherche.13 Par contre, il doit systématiser sa
recherche par une méthode.
? Méthode juridique
La méthode juridique consiste à analyser et
interpréter les normes légales afin de résoudre des
questions juridiques. Elle repose sur l'étude des textes de loi.
Dans le cadre de notre travail, cette dernière nous
permettra à lire et à interpréter la disposition en
matière d'accusation de sorcellerie envers un enfant, dont la loi
n° 09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant.
? Méthode sociologique
Cette méthode consiste à descendre sur terrain
auprès des praticiens juridiques et sociaux oeuvrant dans le domaine de
l'enfant pour recueillir quelques informations concernant l'enfant.
? Méthode historique
Selon MONTESQUIEU Charles, il faut éclairer les
lois par l'histoire et l'histoire par les lois afin de connaitre la
véritable cause de l'existence d'un fait. Cette méthode consiste
à analyser les passés en se basant sur la source historique
variée. Elle permet
10 KUYUNSA BIDUM Gilbert, auteur
11 SHOMBA KUYAMBA Sylvain, ibidem
12 GRAZITZ, M., Méthodes des sciences
sociales, Paris, Dalloz, 10eme éd. 1996 ; p.319
13 VAN CAMPERNHOUDT (L)., Manuel de recherche en
sciences sociales, Paris, Dunod, 4eme éd, 2011, p.7
14 KIMBAMBE KISHI B., La problématique
du placement de l'enfant en conflit avec la loi dans les pavillons 9 et 10 de
la prison centrale de Makala, Mémoire, Kinshasa, 2023-2024, p.7
6
également de découvrir la genèse d'une
règle de droit ainsi que son évolution. Ainsi, cette
méthode nous permet de tracer ce phénomène et trouver ses
racines dans l'histoire.
2. Techniques
In limine litis, tout travail sciatique doit déterminer
les techniques utilisées pour la collecte des données et pour la
fiabilité de celles-ci. On peut ainsi entendre par technique,
l'ensemble des procédés exploités par un chercheur
dans la place de collecte des données qui intéressent son
étude14.
Pour réaliser ce travail, nous allons user de la
technique documentaire et de la technique d'observation directe.
? Technique documentaire
Elle consiste à palper des documents pour les
consulter. Elle nous permet donc de consulter les ouvrages, thèses et
autres documents dont le thème se rapporte à ce travail.
? Technique d'observation directe
La technique d'observation directe consiste à observer
sur terrain la pratique. Cette technique nous a permis de voir la pratique sur
terrain dans le domaine de la justice pour Enfant en RDC.
Cela étant dit, passons à la subdivision du
travail.
VII. Subdivision du travail
Hormis l'introduction générale et la conclusion,
notre travail comprend deux grands chapitres : d'où le chapitre premier
est relatif à l'approche analytique et explication des accusations de
sorcellerie à l'égard de l'enfant, et le second chapitre portera
sur les obstacles et remèdes à la protection pénale de
l'enfant accusé de sorcellerie.
7
CHAPITRE I : APPROCHE ANALYTIQUE ET EXPLICATION
DE L'ACCUSATION DES ENFANTS DE SORCELLERIE
La condition mondiale de l'enfant en raison de sa
vulnérabilité, de sa dépendance vis à vis du milieu
de vie, de sa carence de maturité physique, intellectuelle et radicale
demandant et obligeant des soins appropriés et spéciaux mais
aussi une protection particulière ne cesse d'interpeller depuis un bon
temps la communauté internationale et nationale.
Dans ce souci de palier à ce problème,
l'Assemblée Générale des Nations Unies a adopté le
20 Novembre 1989 la Convention relative aux droits de l'enfant15.
Elle a ensuite fait une déclaration mondiale en faveur de la survie, la
protection, le développement de l'enfant au Sommet tenu à New
York du 28 au 30 Septembre 199016
Protéger l'enfant, c'est prendre sa défense,
prêter secours et appui, c'est-à-dire lui venir en aide quand il y
a besoin. Le terme "protection" de l'enfant n'est pas synonyme de
"protectionnisme" qui est loin de favoriser la responsabilité et la
participation criminelle de l'enfant. L'objectif ici est d'aider l'enfant est
d'aider l'enfant à s'intégrer dans le groupe auquel il
appartient, et aussi à s'aimer soi-même.
La question qui s'élève ici est de savoir
pourquoi protéger l'enfant accusé de sorcellerie ?
La Convention relative aux droits de l'enfant, reprenant le
préambule de la Déclaration de Nations Unies des droits de
l'enfant dispose que: «l'enfant en raison de son manque de
maturité physique et intellectuelle a besoin d'une protection juridique
appropriée avant comme après sa naissance17."
Malgré donc ces accusations de sorcellerie, l'enfant demeure
dépourvu de discernement et de maturité. Ainsi, il doit
spécialement être protégé. Par conséquent, la
famille et l'environnement sont définis comme des milieux primaire de
socialisation de l'être humain, et surtout de l'enfant. Viennent ensuite
les milieux scolaires, les milieux de culte et de loisirs, ...
15 Convention relative aux droits de l'enfant a
été adoptée le 20 Novembre 1989 au siège des
Nations Unies à New York
16 Déclaration mondiale en faveur de la
survie, la protection, le développement de l'enfant a été
adopté lors d'un Sommet mondial organisé par l'UNICEF du 29 au 30
Septembre 1990
17 Préambule de la Convention Internationale
relative aux droits de l'enfant de 1989
8
Aujourd'hui, on peut se poser la question de la mise en
pratique d'une loi portant protection de l'enfant dans son effectivité
vis à vis de l'infraction d'accusation de sorcellerie à
l'égard de l'enfant.
L'on retiendra, en effet que, l'efficacité d'une loi
peut être remise en cause suite à l'absence d'un cadre
approprié, d'un environnement adéquat pour son application.
Puisqu'il en est ainsi, nous allons faire une analyse à
fond de l'infraction, et en déterminer les réalités.
SECTION I : ANALYSE DE L'INFRACTION
Le droit pénal est une branche des sciences criminelles
qui s'intéresse à sanctionner les comportements criminels. Il
établit des règles pour sanctionner réguler, les conflits
sociaux en mettant en avant les peines contre toute violation aux règles
établies.
Étant donné que nous analyserons
spécialement cette infraction d'accusation de sorcellerie nous ferons
appel au droit pénal spécial car prétendre embrasser
l'intégralité du droit pénal relevé de la
gageure18, tant il est vrai que les infractions sont innombrables et
des textes multiples.
D'une manière simple, l'infraction peut être
définie comme le fait d'enfreindre la loi pénale. Enfreindre la
loi pénale c'est poser un acte interdit par la loi ou s'abstenir
là où la loi oblige d'agir.19
Paragraphe 1. Éléments constitutifs de
l'infraction
Avant tout, il sied de signaler que dans ce travail, nous
allons analyser le cas précis d'une infraction prévue à
l'article 160 Alinéa 2 de la loi n°09/001 du 10 Janvier 2009
portant protection de l'enfant.
La nomenclature de l'infraction est l'Accusation de
sorcellerie à l'égard de l'enfant. L'on ne parle pas ici de la
Sorcellerie comme fait puni puisqu'elle n'a jamais été
incriminée, mais plutôt de l'accusation.
18 Gageure: action, projet, opinion qui semble relever
d'un défi, d'un pari.
19 J.D. BOKALA.D, Condensé de droit
pénal général et procédure pénale 2eme
Ed. P 3
9
Il ressort, cependant de la définition
mentionnée ci-haut l'explication que pour qu'un acte soit
considéré comme une infraction, il doit remplir 3
éléments constitutifs cumulatifs: l'élément
légal et axiologique, l'élément moral ou intellectuel et
l'élément matériel.
A. Élément légal et axiologique (Lex
delicti20)
Pour qu'un fait soit pénalement punissable, il doit
être incriminé par un texte de loi, en d'autres termes, c'est la
loi qui crée l'infraction.
En vertu de l'article 1 du code pénal congolais
stipulant que:" Nulle infraction ne peut être punie des peines qui
n'étaient pas portées par la loi avant que l'infraction fit
commise"21, s'énonce le principe de légalité
des délits et des peines(Nullum crime, nulla poena sine lege). Ce
principe veut qu'il n'y ait pas d'infractions, qu'il n'y ait pas des sanctions
sans texte de loi.
Précisons que le principe de légalité ne
s'applique pas qu'aux infractions et aux peines, il s'applique aussi à
la procédure judiciaire en ce que les plaideurs et les juges ne peuvent
inventer des procédures non prévues par la loi. Ainsi, il n'y a
pas d'infractions, pas des peines et pas de procédures sans loi
(Nullum crime, nulla poena, nullum juidicium sine
lege)22.
Cependant, dans le cas sous examen de l'infraction
d'accusation de sorcellerie à l'égard de l'enfant, la loi
n°09/001 du 10 Janvier 2009 en son article 160 alinéa 2 en
constitue l'élément légal ou la prévention
légale. Cet article stipule: «En cas d'accusation de sorcellerie
à l'égard d'un enfant, l'auteur est puni de un à trois ans
de servitude pénale principale et d'une amende de deux cents mille
à un million de francs congolais"23.
Il est remarquable que le législateur commence par
incriminer le comportement, puis pose une sanction propre à cette
infraction. La loi avertit avant de frapper «Lex moneat pruisquam
ferait"24.
20 Lex delicti: peut être traduite par " loi du
délit" ou "loi de la responsabilité délictuelle"
21 Art 1 Code Pénal Congolais
22 JD. BOKALA.D, Condensé de droit
pénal et procédure pénale, 2eme Edition, pg4
23 Art 160 Al 2 de la LPPE
24 Lex moneat pruisquam feriat: peut
être traduite par que "la loi avertisse avant de frapper." Cela
reflète le principe selon lequel les lois doivent fournir des
avertissements ou des directives avant d'appliquer des sanctions ou des
punitions.
10
Quand un fait est incriminé, c'est-à-dire
érigé en infraction, c'est dans le but de sauvegarder un
intérêt ou une valeur. Cette valeur protégée est
l'élément axiologiques, cela peut être par exemple la vie
humaine, l'intégrité physique et mentale, la vie privée,
la dignité de la personne humaine, la sûreté...
L'infraction d'accusation à la sorcellerie à l'égard de
l'enfant a comme élément axiologique : la dignité de la
personne humaine, la considération, la réputation et
l'honneur.
? La dignité de la personne : la
dignité de la personne signifie le respect de soi même. La
dignité correspond à l'essence de l'homme. C'est ce qui le
distingue des animaux ou des choses en général. Reconnaître
dans l'enfant son frère ou sa soeur et agir en conséquence avec
respect à son égard, voilà de quoi il s'agit. La
dignité de l'enfant suppose d'admettre un rapport
d'égalité, de voir en l'enfant également une personne, de
ne jamais denier en lui toute part d'humanité. 25
Accuser un enfant de sorcellerie serait diminuer sa
dignité découlant de ses facultés spirituelles, qui se
manifestent notamment dans la conscience du bien et du mal. Et d'ailleurs la
déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, reprend dans son
préambule qu'elle vise la dignité inhérente à tous
les membres de la famille humaine, surtout les enfants. Elle la vise encore
dans ses articles 1 et 22 ce qui suit :
- Considération, réputation et honneur 1.
La considération
Un fait porte atteinte à la considération quand
elle détruit ou diminue l'estime de chacun peut avoir acquise par ses
qualités morales dans l'état qu'il exerce26. Cette
infraction d'accusation de sorcellerie à l'égard de l'enfant est
un fait qui ne faut réduire et régresser sa considération
dans la société. La considération a une portée plus
sociale en ce sens qu'elle consiste dans l'estime les tiers accorde à
celui dont ils jugent la vie privée cela démontre comment
l'enfant accusé de mal considération par ses frères, amis
de l'école et bref partout.
25 MANASI N'KUSU-KALEBA,P.A: Droit Pénal
spécial, note de cours, 2006 p.12
26 Idem
11
2. La réputation
Cette notion est plus neutre ; elle concerne ce qui se dit
d'une personne que ce soit en bien ou en mal.27Cependant, un enfant
accusé de sorcellerie est souvent mal réputé car ce qui se
dit de lui est négatif. Sa réputation devient alors
biaisée.
3. L'honneur
Étant bien moral , il résulte pour chaque
personne du sentiment personnel d'agir conformément aux exigences de la
morale et de son devoir contrairement à la considération et la
réputation qui se construisent par les autres, l'honneur est construit
et apprécié par le sujet lui-même.28
C'est ainsi, les enfants dans pareil cas peuvent perdre
l'estime de soi en se culpabilisant, en se sentant inférieur aux
autres.
B. Éléments moral ou intentionnel (mens
rea)
Pour qu'une infraction soit constituée, il ne suffit
pas que l'agent en soit l'auteur matériel, il faut qu'il en soit
également l'auteur Moral c'est à dire qu'il y a en principe pas
d'infraction sans élément moral.29
D'après l'élément moral, un acte n'est
infraction que lorsqu'il émane d'un être humain jouissant de ses
facultés mentales (c'est l'imputabilité30) et ayant
commis une faute (la culpabilité31) . L'élément
moral de l'infraction d'accusation de sorcellerie à l'égard de
l'enfant en droit congolais, se réfère principalement à
l'intention ou dol, de l'accusateur. Cette intention peut n'avoir comme
points:
1. L'intention malveillante : ces accusations impliquent
souvent une intention de nuire à la personne de l'enfant. Cela peut
parfois inclure des motivations personnelles, sociales ou
économiques,
27 MANASI N'KUSU-KALEBA, P.A, op.cit.,
p.12.
28 Idem
29 J.D BOKALA, D: Cond. 2eme Ed. p.9
30 Imputabilité: est l'état de
quelqu'un qui est imputable. Possibilité de considérer une
personne du point de vue matériel et du point de vue moral, comme auteur
d'une infraction.
31 Culpabilité: l'état de quelqu'un
qui est coupable d'une infraction ou d'une faute. Être responsable d'une
transgression d'une norme.
12
2. La connaissance de la fausse accusation : pour qu'il y ait
infraction l'accusateur doit savoir que l'accusation est fausse, ou même
agir avec une négligence grave en ne vérifiant pas la
véracité de ses allégations. Surtout qu'en droit
congolais, la sorcellerie étant qu'elle ne peut être
prouvée, Elle ne constitue pas d'infraction.
3. L'impact sur l'enfant : celle notion prend aussi en compte
les conséquences psychologiques et physiques sur l'enfant accusé,
ce qui peut constituer une forme de violence psychologique.
4. Le contexte culturel : dans certaines cultures, les
accusations de sorcellerie peuvent être influencées par les
croyances et superstitions32rendant ainsi l'analyse de
l'élément moral plus complexe.
C. Élément matériel (corpus
delicti)
Une simple pensée, coupable soit elle, n'est pas
pénalement punissable. Pour qu'elle la devienne, elle doit se
concrétiser par un acte positif et matériel.
L'élément matériel est le fait extérieur par lequel
l'Infra se réalise.33
L'élément matériel de l'infraction
d'accusation de sorcellerie à l'égard de l'enfant se
réfère donc aux actes concrets qui constituent cette infraction.
Cet élément matériel peut prendre divers
considérables.
En d'autres termes, l'élément matériel se
compose des actes concrets liés à l'accusation et ses
conséquences sur l'enfant, y compris les violences physiques et
psychologiques qui peuvent en résulter également.
Signalons également dans la suite d'après Jean
Paul DOUCET, que par rapport à la valeur protégée, l'acte
définit comme infraction peut être tantôt un acte principal
qui porte atteinte à ladite valeur, soit un acte
accessoire.34
Analyser une infraction n'est pas une tâche facile. On
croirait que les infractions déjà analysées l'ont
été naturellement. Ce n'est pas le cas. Ceux l'ont faite, ont eu
recours à des techniques diverses comme celles proposée par le
professeur MANASI Raymond35
32 Superstitions : est là croyance que
certains actes, certains signes porte mystérieusement des
conséquences bonnes ou mauvaises
33 J.D.BOKALA.D: Cond. 2eme Ed pg. 9
34 J. Paul DOUCET, auteur et ancien professeur de
droit pénal, titulaire de la chronique de droit criminel à la
Gazette du palais (en 1991)
35 MANASI N'KUSU-KALEBA Raymond de Bouillon : Haut
magistrat de la Cour de Cassation, actuellement Vice doyen de l'enseignement
à la faculté de Droit de l'Université de Kinshasa,
professeur de droit pénal spécial
13
Lorsqu'on étudie une infraction de manière
analytique, on cherche à comprendre et à expliquer les
différentes parties de cette infraction liée à la
culpabilité, à la punition, aux délinquants, à la
victime et éventuellement, à l'enquête.
Nous allons ainsi suivre la marche de la technique analytique du
canevas de l'étude proposée de la sorte:
1. Élément légal,
2. Dénomination ou nomenclature,
3. Définition,
4. Élément(s) axiologique (s),
5. Élément(s) matériel(s),
6. Élément (s) intellectuel (s),
7. Sanction ou régime répressif: a) Peine
principale b) Peine complémentaire
8. Délinquant,
9. Victime,
10. Quelques points d'attention.
Cette technique analytique sera présentée sous un
tableau dit Tableau Magique:
14
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Élément Légal
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Loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de
l'enfant, Article 160: En cas d'acceptation de sorcellerie à
l'égard d'un enfant, l'auteur est puni de un à trois ans de
servitude pénale principale et d'une amende de deux cents mille à
un million de francs congolais.
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Dénomination ou nomenclature
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accusation de sorcellerie à l'égard de l'enfant.
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Définition
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Cette infraction désigne la croyance ou
l'allégation selon laquelle un enfant serait impliqué dans des
pratiques occultes ou malveillantes généralement basées
sur des superstitions ou des peurs culturelles.
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Éléments axiologiques ou valeurs
protégées
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Cinq valeurs protégées :
1) La dignité de l'enfant,
2) La considération de l'enfant,
3) La considération de l'enfant,
4) La réputation de l'enfant, et
5) L'honneur de l'enfant.
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Eléments matériels
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1) Les accusations formelles: les paroles,
2) Les éléments des preuves: objets
considérés sorciers,
3) Les actes des violences ou de discrimination :
châtiments, traitements dégradants et inhumains,
4) Les conséquences de l'accusation : blessures
intérieures, stigmatisations, l'isolement,...
|
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Éléments intellectuels
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1) Intention malveillante,
2) Connaissance de la fausse accusation,
3) Impact sur l'enfant.
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Sanctions
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a) Peine principale : un à trois ans.
b) peine complémentaire : deux cents mille à un
million de francs congolais.
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Délinquant
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L'Auteur, n'importe quelle personne physique majeure.
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Victime
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L'enfant, conformément défini à l'Art 2
point 1 de la loi n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de
l'enfant : toute personne âgée de moins de dix-huit ans.
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Quelques points d'attention
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RAS
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15
Paragraphe 2: Mécanismes de répression
En droit, le mécanisme de répression est souvent
lié à la régulation et à la sanction des
comportements illégaux, ou contraires à l'ordre socio-public,
bref infractions. Il fait référence à l'ensemble des
dispositifs juridiques et des procédures qui visent à sanctionner
les infractions à protéger la société et à
maintenir l'ordre public, c'est-à-dire il dissuade les comportements
criminels par la menace de la sanction en offrant des recours aux victimes
d'infractions.
Cependant, en RDC la protection pénale des enfants
accusés de sorcellerie est faible. Les enfants accusés de
sorcellerie sont affectés par la défaillance ou même
l'absence des mécanismes, y compris l'impunité quasi-totale pour
les auteurs de ces abus. Les accusations de sorcellerie à l'égard
des enfants persistent dans la plupart des communautés, souvent en
raison des croyances traditionnelles profondément ancrées
malgré les mécanismes de répression.
a) Mécanisme normatif
Dans ce module, nous allons essayer d'analyser la norme
nationale majeure, c'est-à-dire nous allons aborder les orientations
fondamentales de la législation congolaise concernant l'administration
de la justice pour mineurs. Aussi sans oublier certaines normes internationales
de protection de l'enfant : en l'occurrence la Convention relative aux droits
des enfants.
Il convient de noter qu'avant l'adoption de la loi
n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant, les
orientations fondamentales congolaises sur l'administration de la justice pour
enfants étaient traduites par le décret du 06 Décembre
1950 relative à l'enfance délinquante36
? Norme internationale : Convention relative aux droits de
l'enfant du 20 Novembre
1989
La Convention relative aux droits de l'enfant est un document
important qui a transformé la situation juridique de l'enfant : d'objet
de protection, il est devenu sujet et titulaire des droits. Dans le
préambule de cette convention, on réaffirme que les enfants ont
besoin d'une protection et d'une assistance particulières en raison de
leur vulnérabilité :
36 Le Décret du 06 Décembre 1950 relatif
à l'enfance délinquante
16
"l'enfant, en raison de son manque de maturité
physique et intellectuelle, a besoin d'une protection spéciale et des
soins spéciaux, notamment d'une protection juridique appropriée,
avant comme après sa naissance."37
? Norme Nationale: La loi n°09/001 du 10 Janvier 2009
portant protection de l'enfant
L'ordonnance-loi du 4 Juillet 1978, avait abaissé
l'âge de la majorité pénale à 16 ans en 1950.
Cependant, ce décret a créé un problème car il fut
contraire à la Convention relative aux droits des enfants et à la
Charte africaine du droit et du bien-être de l'enfant38,qui
définissent par enfant: toute personne de moins de dix-huit
ans39. Et même dans la pratique judiciaire, les magistrats du
parquet exerçaient des poursuites pénales contre les enfants
âgés de moins de seize ans considérés comme majeur
sur le plan pénal, les plaçaient en détention notamment
sous mandat d'arrêt provisoire dans les cachots et amigos et dans ses
mêmes conditions que les adultes. Les Tribunaux pénaux ordinaires
prononçaient notamment des peines de servitude pénale contre les
enfants âgés de moins de seize ans. Ces derniers se retrouvaient
ainsi en prison.40
En même temps, la société congolaise s'est
soulevée où plusieurs enfants se trouvent dans des situations
difficiles et qui ont plus besoin des mesures de protection sociale. C'est
ainsi qu'il avait des enfants qui vivaient dans la rue qualifiés des
shegués ou phaseurs (enfants dans la
rue )41.
Par ailleurs, la constitution du 18 Février 2006
prévoit des dispositions spécifiques sur l'enfant, notamment en
son Article 41 Alinéa 1 disposant: "L'enfant mineur est toute personne
sans distinction de sexe, qui n'a pas encore atteint 18 ans révolus.
Tout enfant à droit de connaître le nom de son père et de
sa mère. Il a également le droit de jouir de la protection de sa
famille, de la société et des pouvoirs publics. L'abandon et la
maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels,
ainsi que l'accusation de sorcellerie sont prohibée et punis par la loi,
Les parents ont le devoir de prendre soin de leurs enfants et d'assurer leur
protection contre tout acte de violence tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur du foyer. Les pouvoirs publics ont l'obligation
d'assurer une protection aux enfants en situation
37 Préambule de la Convention relative aux
droits de l'enfant de 1989
38 La Charte africaine du droit et bien être de
l'enfant : adoptée lors de la 26eme Conférence des chefs d'Etats
et de gouvernements de l'Organisation de L'Unité Africaine en juillet
1990. Entrée en vigueur le 29 Novembre 1999.
39 R. KIENGE-KIENGE INTUDI, Droit de protection de
l'enfant, note de cours pg109
40 Idem, P110
41 Ibidem, p.110.
17
difficile et de déférer devant la justice les
auteurs et les complices des actes de violence à l'égard des
enfants. Toutes les autres formes d'exploitation d'enfants mineurs sont punies
par la loi."42
Pour harmoniser la législation congolaise avec ces
standards internationaux et éviter de stigmatiser l'enfant, que la loi
de 2009 fut adoptée.
Contrairement au décret du 6 Décembre 1950 sur
l'enfance délinquante, la loi de 2009 organisé en outre la
protection judiciaire (titre 3), la protection sociale (titre 2) et la
protection pénale (titre 4) et des dispositions générales
(titre 1). Le titre 5 de la loi est consacré aux dispositions
transitoires, abrogatoires et finales.
Comme défini à son Art 2 point 1, l'enfant est
toute personne âgée de moins de dix-huit ans. Cette loi a pour
objet de déterminer les principes fondamentaux relatifs à la
protection et à la promotion de l'enfant en République
Dominicaine du Congo. (Cfr Art 1).
Les principes généraux de la protection de
l'enfant déterminés par cette loi sont de l'article 4 de cette
loi jusqu'à l'article 11 de cette loi et aussi de l'interdiction
d'autres pratiques inhumaines comme la torture et les traitements cruels ou
dégradants dans les articles 9 et 151 de ladite loi.
La loi portant protection de l'enfant a apporté.
D'innombrables innovations ont vu le jour à l'avènement de cette
loi, dite loi n 09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant.
La protection sociale de l'enfant est organisée en plus
de la protection judiciaire (titre2), la mendicité et le vagabondage
sont passés des faits de délinquance juvénile ou infantile
à des situations difficiles dans lesquelles se trouvent les enfants et
qui nécessitent des mesures spécifiques de la protection de la
part de l'Etat de type social et non plus judicaire (art62).
Le placement social de l'enfant est institué et
organisé dans sa famille élargie, dans la famille d'accueil ou
dans un foyer autonome (art63,64,65 et 66), la création d'une assistance
par l'Etat aux parents incapables d'assurer la survie de leur enfant (art69),
et l'institution du devoir de l'Etat de subvenir aux besoins sanitaires et
alimentaires de l'enfant
42 Art 41 Alinéa 1 de la Constitution du 18
Février 2006.
18
vivant avec son ou ses parents emprisonnés(art70).
Aussi la création du corps des assistants sociaux parmi les organes de
protection sociale de l'enfant en tant que structure technique du
ministère des affaires sociales (art74 et 76).
Cette loi a créé une brigade spéciale de
protection de l'enfant parmi les organes de protection spéciale de
l'enfant (art74), et a fixé de la majorité pénale à
dix-huit ans, contrairement au décret du 06 Décembre 1950 sur
l'enfance délinquante qui la prévoyait, après sa
modification du 04 Juillet 1978, à 16 ans.
Elle dote à chaque territoire, à chaque ville
d'au moins d'un Tribunal pour enfants qui, entant que juridiction
spécialisée, ne traitera que les affaires des enfants,
contrairement aux Tribunaux de Paix qui sont des juridictions ordinaires (art84
et 200) ; elle institue la présomption irréfragable de l'absence
de discernement de l'enfant à 14ans(art95), et une procédure
extrajudiciaire en l'occurrence : la médiation pour les faits
bénins afin d'éviter à l'enfant des inconvénients
d'une procédure judiciaire (art 132 et 142). Elle interdit et incrimine
l'enrôlement et l'utilisation des enfants dans des groupes et forces
armés, ainsi que dans la police (art71 et 187). Et enfin, cette pose un
tas d'incriminations et d'interdictions dans l'idée de protéger
et de promouvoir les droits des enfants à partir (articles 41, 51, 54,
60, 77, 90, 92, 93, 97).
b) Mécanisme institutionnel
1. Du Tribunal pour enfants
Aux termes de l'art 84 Al 1 de la loi n°09/001 du 10
Janvier 2009 portant protection de l'enfant, est prévue la
création d'un Tribunal pour Enfant dans chaque territoire et dans chaque
ville. Et ce même article indique que le Tribunal pour enfants est une
juridiction spécialisée. 43
Le Tribunal pour enfants est une juridiction
spécialisée chargée de traiter exclusivement les affaires
des enfants aussi bien lorsqu'ils doivent faire l'objet d'un placement social
(cas des enfants en situation difficile),que lorsqu'ils accusés d'avoir
commis un manquement qualifié d'infraction à la loi
pénale.
L'alinéa suivant de l'art 84 qui fixe le siège
ordinaire et le ressort du Tribunal pour Enfants par décret du Premier
Ministre. Additionner que dans le ressort d'un Tribunal pour
43 Art 84 Ali 1 de la Loi portant protection de
l'enfant
19
enfants, il peut être créé un ou plusieurs
sièges secondaires dont les ressorts sont fixés par
arrêté du Ministre de la justice.
L'institution du Tribunal pour enfants, comme juridiction
spécialisée exclusivement pour les enfants, est l'une des grandes
innovations apportées par la loi de 2009. Cependant, la Ville ayant
statut de province de Kinshasa compte à ses jours cinq Tribunaux pour
enfants : (Kinkole, Matete, Kalamu, Kinshasa, et Ngaliema).
2. Composition du Tribunal pour enfants
Contrairement aux juridictions ordinaires, le principe de
double degré de juridiction connait son application au sein de la
même juridiction. Le Tribunal pour enfants a une composition
bicamérale en ce sens qu'il est composé d'une part d'une chambre
de première instance et d'une chambre d'appel d'autre part. Ces deux
chambres fonctionnent dans une indépendance totale l'une de l'autre
(art87).
La chambre de première instance siège à
juge unique, alors que la chambre d'appel siège à trois juges
(principe de collégialité, art90)44.
3. Organisation du tribunal pour enfants
Il est composé d'un président et des juges pour
enfants, tous affectés par le Conseil Supérieur de la
Magistrature et le président est chargé de la répartition
des tâches (art88, et 89).
L'article 91 de la loi portant protection de l'enfant nous
renseigne que le Tribunal pour enfant compte un greffier assisté d'un ou
plusieurs adjoints, et il est aussi doté d'un parquet près cette
juridiction et d'au moins d'un assistant social affecté par les services
provinciaux ayant les affaires sociales dans leurs attributions. Le Tribunal
siège avec le concourt du Ministère public du ressort et
l'assistance du greffier45.
? Compétences du Tribunal pour enfants
La compétence au sens administratif du mot signifie le
pouvoir reconnu aux préposés de l'Etat pour accomplir des actes
valides. Le Tribunal soulève 3 compétences : personnelle,
matérielle et territoriale.
44 Art 90 de la Loi portant protection de l'enfant
45 Art 91 de la Loi portant protection de l'enfant
20
- La compétence personnelle : est
celle déterminée par la qualité du justiciable. Et
l'article 94 de la loi stipule que: «le Tribunal pour enfants n'est
compétent qu'à l'égard des personnes âgées de
moins de dix-huit ans". Il s'agit bien ici de la compétence
déterminée par l'âge de l'enfant, c'est-à-dire, tous
conflit dans lequel se retrouve être impliqué une personne de
moins de dix ans est dans la compétence personnelle du Tribunal pour
enfants : qu'il soit victime d'une infraction ou auteur de
celle-ci46.
Signalons que dans l'accusation de sorcellerie mise en
évidence par l'art160 de la loi portant protection de l'enfant, c'est
l'enfant : personne âgée de moins de dix-huit ans qui en est la
victime et non l'auteur. En effet, dans cette infraction c'est l'adulte: auteur
de l'infraction, qui accuse l'enfant de sorcellerie.
Cette compétence personnelle a pour corollaire
l'exigence de la spécialisation des juges, des magistrats du parquet et
des avocats qui interviennent au niveau du Tribunal.47
- La compétence matérielle
Comme spécifié dans les deux alinéas de
l'article la loi sous examen, la compétence matérielle du
Tribunal pour enfants est bifacette:48
1) D'une part, le Tribunal pour enfants est seul
compétent pour connaître des affaires dans lesquelles se retrouve
l'enfant (victime ou auteur),
2) Et d'autre part, il connaît également des
affaires se rapportant à l'identité, la capacité, la
filiation, l'adoption et la parenté telles que prévues par la
loi.
- La compétence territoriale
Territorialement, le Tribunal pour enfants est
compétent suivant les conditions de l'art101 de la loi:
- le lieu de la résidence du Tribunal (le ressort), - le
lieu de la résidence habituelle de l'enfant,
- le lieu de la résidence de ses parents ou tuteurs,
46 Art 94 de la Loi portant protection de l'enfant
47 La compétence dévolue au Tribunal
pour enfant nécessite un corps judiciaire aussi spécialisé
en matière d'enfance.
48 Bifacette: qui a deux faces, deux
côtés opposés.
21
- le lieu de la commission des faits,
- le lieu où l'enfant aura été
trouvé, et
- le lieu où l'enfant a été placé.
4. Saisine et procédure d'avant le Tribunal pour
enfants
Le tribunal pour enfants est saisi de 3 manières, voir
article 102 49de la loi: par la requête, par la
déclaration spontanée de l'enfant ; et par saisie d'office du
juge. L'alinéa 2 de l'art102 veut que si le Tribunal est saisi par
l'officier de police judiciaire (OPJ), celui-ci en informe immédiatement
l'officier du Ministère public du ressort50
Tout au long de la procédure, l'enfant victime des
allégations sorcelleries bénéficie, sous peine de
nullité de la procédure, les garanties
ci-après(art10451): le droit à la présomption
d'innocence et à un procès équitable, le droit
d'être informé, dans le plus bref délai, dans la langue
qu'il comprend et de manière détaillée de la nature et des
motifs portés contre lui, le droit à l'assistance par un conseil
de son choix ou désigné d'office par le juge, le droit de voir
son affaire être jugée dans un délai raisonnable, le droit
à un interprète, le droit d'être entendu en présence
des parents, du tuteur, de la personne qui en a la garde ou l'assistant social,
le droit au respect de sa vie privée à toutes les étapes
de la procédure.
Le Tribunal pour enfants constitue le premier cadre
institutionnel pour la protection judiciaire et pénale des enfants
accus6de sorcellerie. Cependant, malgré ce mécanisme de
répression tel qu'explicité avant, la protection pénale
des enfants accusés de sorcellerie rencontre des grandes
réalités et des grands défis à survolés.
SECTION 2 : RÉALITÉS EN MATIÈRE
D'ACCUSATION DE SORCELLERIE
Ces vingt dernières années, les enfants ont
été particulièrement victimes des ajustements structurels
qui ont marqué certains pays en développement. Au-delà de
ces ajustements imposés par les Organisations internationales, certains
se sont en outre enlisés52
49 Art 102 Alinéa 1 de la Loi portant
protection de l'enfant
50 Art 102 Alinéa 2 de la Loi portant
protection de l'enfant
51 Art 104 de la Loi portant protection de l'enfant
52 Enlisé : enfoncer
22
dans des crises économiques et des violents conflits
civils. La République Démocratique du Congo en fait partie de
ceux-là.53
La défaillance de l'Etat et l'absence de capital
gouvernemental social sont en partie compensés par une
"ONGisation"54de la société, particulièrement
à Kinshasa. Cette ONGisation se traduit par un développement
considérable des mouvements religieux, parmi lesquels figurent les
mouvements néo-pentecôtistes et apocalyptiques.55
La sorcellerie, qui auparavant était associée
aux femmes âgées ,s'est reportée sur les
enfants56. Bien qu'elle soit ancrée dans les cultures de
nombreuses couches populaires africaines depuis le siècle. Cette forme
de criminalisation récente s'explique par modification politique et
urbaine. En faisant de certains enfants de "souffre-douleurs», la
sorcellerie permet de designer un coupable aux malheurs inexpliqués de
la société moderne africaine57.
"Les accusations de sorcellerie à l'égard des
enfants existe dans toute la planète comme nous pouvons les remarquer
également à Bruxelles, à Paris, ou à Londres comme
le déclare Flip De Boeck, anthropologue spécialisé sur
l'Afrique58.
D'après Flip De Boeck, ce phénomène ne se
limite pas au continent noir, tout comme les personnes, les croyances ont aussi
pris des chemins migratoires. Les pratiques de la sorcellerie deviennent peu
à peu une réalité transfrontalière qui concerne de
plus en plus des pays.59
L'accusation de sorcellerie à l'egard des enfants, les
traitements inhumains bafouent beaucoup de droits de l'enfant, en Afrique comme
ailleurs. Bien qu'il soit essentiel de garantir le droit de liberté de
culte de chacun, il est tout aussi important de prévenir des
dérives des pratiques radicales qui traumatisé y physiquement et
psychologiquement les enfants. C'est pourquoi une attention particulière
doit être apportée à ceux qui sont victimes (effectives et
potentielles) d'accusation de sorcellerie.
53 J. BALLET, C. DUMBI et B. LALLAU, Monde en
développement, vol.37-2009/2-n°146, Pg, 47
54 ONGisation: ce concept se réfère
au processus par lequel les Orientations Non Gouvernementale(ONG) prennent une
place prépondérante dans la gestion des questions sociales,
politiques et économiques.
55 Cfr 57
56 André, P,"Afrique: le business des
"Enfants -sorciers", Libération,19 Juillet 2010
57 DE BOEVE, E:"Le Congo et la protection de
l'enfant, un véritable défis" journal du Droit des jeunes,
n°286, Juin 2009, pg5
58 FLIP DE BOECK, Anthropologue intervenu lors d'une
conférence à Bruxelles sur le thème des enfants sorciers
en RDC
59 Idem, p.
23
Paragraphe 1. Ampleur de la situation
La RDC subit, selon l'expression désormais courante,
une multi-crise. Celle-ci renvoi aux dimensions à la fois
économiques et sociales, mais également au caractère
invisible et imaginaire, en opposition au réel et au
visible60. Les accusations de sorcellerie à l'égard
des enfants font leurs apparitions, en général en RDC
après une période des crises socio-économiques qui fut
particulièrement prononcée au moment de la transition du pays de
1990 à 1997. Cette transition de la politique du Zaïre s'inscrit
dans la continuité d'une période historique. Et aussi la crise
des années 1980 et 1990 eut un impact dramatique sur le tissus social du
Congo61.
Cette crise causa ainsi une érosion de l'emploi et une
chute des solaires. Suite à cette instabilité, les foyers
éprouvèrent d'énormes difficultés à remplir
les besoins primaires de leurs membres (nourriture, soins de santé,
scolarité, vêtements,). Cependant, il n'est pas rare, à
partir de ce moment, beaucoup d'enfants laissèrent donc le chemin de
l'école pour contribuer au budget de leur famille (Petit 2003). Ils
acquièrent dès lors une certaines responsabilités et
autonomie au sein des familles ouvrières urbaines ayant comme
conséquence familiale le déclin de l'autorité parentale.
L'érosion du tissu économique et la transformation des structures
de sociétés depuis 1990 ont engendré des nouveaux acteurs
afin d'exercer un pouvoir normatif et disciplinaire sur l'enfance. Les enfants
sorciers sont dans une certaines mesures le produit de ce
travail.62
Sans oublier que les accusations de sorcellerie envers les
enfants ont des racines historiques et culturelles diverses en RDC. Face
à la diversité et multiplicité ethnique en Afrique, la
croyance à la sorcellerie et à la possession démoniaque
des enfants est rependue. Les enfants sont parfois accusés d'être
possédés par les esprits malfaisants, car elles peuvent servir
à expliquer des malheurs familiaux ou communautaires et mener à
l'ostracisation63ou à des services contre l'enfant.
60 Multi-crise : ce concept signifie une crise
caractérisée par l'interaction et la simultanéité
de plusieurs dimensions, telles que les aspects économiques, sociaux et
environnementaux
61 Documentaire historique et économique du
Zaïre
62 Cfr 66
63 Ostracisation-Ostracisme: rejet hostile par une
collectivité, d'un de ses membres.
24
A. Présentation de l'enquête
Dans plusieurs régions du monde,
précisément en Afrique, les enfants accusés de sorcellerie
sont victimes dans le cadre familial et religieux. Ces accusations ont dans la
plupart de cas des conséquences dévastatrices, allant de la
violence physique à l'exclusion sociale. Tél est le constat tout
au long de notre enquête.64
Nous avons axé l'enquête en 3 points essentiels :
objectifs de l'enquête, méthodologie de l'enquête et
population cible, durée et outil de l'enquête.
? Objectifs de l'enquête
Durant l'enquête, nous avons recensé trois
objectifs pour nous conduire:
1) Évaluer la portée et l'ampleur des
accusations de sorcellerie ; c'est-à-dire comprendre la fréquence
et les contextes dans lesquels ces accusations sont produites;
2) Analyser les impacts sur les enfants victimes de ces
accusations ; identifier les conséquences psychologiques, physiques et
sociales sur les enfants ; et
3) Examiner les réponses judiciaires; étudier
comment le système judiciaire réplique et traité ce cas et
qu'elle protection est mise en place.
? Méthodologies de l'enquête
Pour aboutir à nos fins, nous avons fait usage de deux
méthodologies principales:
1) La collecte des données: nous avons eu à
enquêter auprès des victimes, des échantillons et aussi
l'entretien avec certains acteurs religieux (les maîtres des cultes et
pasteurs, ...);
2) L'analyse documentaire: ouvrages, livres et
éditions journalisées, ...
64 Déclaration faite par un pasteur
Néo-pentecôtiste anonyme lors d'un entretien.
25
? Population cible, durée
L'enquête a été effectuée dans le
ressort du district de Tshangu précisément dans le rayon de la
Commune de Masina.65 Cette population fait partie de la
quatrième couche sociale capitale.
Et l'effectivité de cette enquête a pris une
durée de 4 mois acharnés, du mois d'Aout au mois de Novembre
2024.
B. Résultats de l'enquête
Nous avons débuté l'enquête par un
constat. C'est qu'avec une superficie de 2345.409 km2, la RDC est le
2eme plus grand pays africain. Elle a pour voisin l'Angola et la
République du Congo à l'ouest, la République Centre
Africaine et le Soudan au Nord, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie
à l'Est et la Zambie au sud. Sur le plan politique et administratif, la
RDC connait un régime semi-présidentiel, c'est-à-dire
qu'il comporte un pouvoir exécutif à deux niveaux : un
président élu et un premier ministre qui travaille en concert
avec le pouvoir législatif. La RDC fait partie à la fois partie
de la Communauté Économique des États d'Afrique Centrale
(CEEAE)66, de la Communauté Économique des Pays du
Grand Lac(CEPGL)67, et de l'Union Africaine(UA)68.La
population du pays est estimée à 77.267.000 hab., avec un taux de
croissance moyenne à 31% caractérisée par une très
grande diversité. L'art 2 de la Constitution qui s'inscrit un processus
de décentralisation, a créé des nouvelles provinces
faisant passer les provinces de 11 à 25 et la Ville de Kinshasa.
Malgré une croissance économique soutenue (9% de croissance de
PIB en 2014), le pays se classe au 176eme rang de l'indice de
développement humain(IDH), ce sont le 77% de la population qui vit avec
moi de par jour. Alors, cette situation sociale et économique difficile
à un véritable indice sur les enfants, notamment au niveau de
l'éducation
65 La Commune de Masina est l'une des communes de
la 4eme zone fiscale de la ville ayant un taux élevé des enfants
de la rue.
66 CEEAE : Communauté Économique des
États d'Afrique Centrale est une organisation internationale sous
régionale africaine créée le 18 Octobre 1983 pour le
développement économique, social et culturel de l'Afrique envie
de la création des structures régionales pouvant progressivement
aboutir à un marché commun.
67 CEPGL : Communauté Économique des
Pays du Grand lac est une organisation internationale sous régionale
africaine créée le 20 Septembre 1976 pour l'intégration
économique et la facilitation des mouvements des biens et des personnes
entre le Burundi, le Zaïre (actuelle République Démocratique
du Congo) et le Rwanda. Elle a son siège à Gisenyi, dans le
district de Rubavu au Rwanda.
68 UA : Union Africaine est une organisation
intergouvernementale d'Etats africains créée le 9 juillet 2002
à Durban en Afrique du Sud en remplacement de l'Organisation de
L'Unité Africaine (OUA).
26
étant donné que le revenu du ménage a un
impact déterminant sur la fréquentation scolaire des enfants et
des adolescents.69
Dans le cadre de la présente étude, nous avons
eu l'occasion de rencontrer Arthur MWANDA, 15 ans, habitant les bidonvilles de
la banlieue de Masina. Il a été accusée de sorcellerie par
un militaire de son entourage et sauvé par une aide des soeurs de la
Caritas Congo70. Son histoire est illustrative du traitement des cas
d'accusation de sorcellerie en République Démocratique du Congo,
notamment au regard des acteurs qui sont intervenus, des stratégies
déployées et face aux systèmes d'accusation.
Arthur, un petit garçon de 15ans, a été
accusé de sorcellerie par un ancien militaire de son entourage, à
Masina, dans la banlieue marécageuse de Mapela vers le rivage du fleuve
du Congo: « Tout a commencé avec l'accusation portée par une
petite fille de 11ans, c'est la petite fille de ma grande soeur. Son oncle l'a
accusée de l'avoir ensorcelé et qu'il était malade
à cause d'elle, que c'est par rapport à cet ensorcellement qu'il
avait le ventre ballonné. Il a violenté cet enfant et c'est alors
qu'elle a crié partout que c'était moi qui lui avait donné
la sorcellerie et qu'on sortait ensemble le soir pour manger les gens, suite
aux violences subies».71
Dans le cas d'espèce, une personne malade cherche la
cause de ses maux (un ancien militaire donc un homme relativement puissant). En
cherchant la cause, il accuse un enfant de son entourage familial d'être
un « enfant sorcier », responsable de ses maux (la petite fille de la
grande soeur d'Arthur) - des maux n'arrivent pas sans raison. La
présence de l'enfant sorcier porte littéralement malheur, et tant
qu'il sera là, des malheurs continueront à s'abattre sur la
famille. Pour le bien-être de l'oncle (et par extension pour le
bien-être familial), il faut partir de ce malheur et comprendre comment
il est arrivé, donc comment la sorcellerie est arrivée dans la
famille, ici par le biais de cet enfant sorcier. C'est comme ça que la
petite fille se fait violenter. La petite fille implicitement avoue être
enfant sorcier, et explique qu'elle a « reçu la sorcellerie »
d'Arthur, qui lui aurait donc appris les pratiques sorcellaires.
69 Bureau International des droits des enfants
(BIDE),"États de lieu du système de protection de l'enfant et de
la formation des policiers, du personnel judiciaire et des travailleurs sociaux
en RDC», pg15.
70 Caritas Congo : organisation à but non
lucratif en République Démocratique du Congo. Elle est
l'organisation d'aide officielle de l'Eglise Catholique en RDC.
71 Arthur MWANDA: échantillon d'un cas
examiné d'accusation de sorcellerie.
27
Sur base de cette dénonciation, plusieurs militaires
sont venus trouver Arthur alors qu'il vivait dans une planque abandonnée
vers le confins de la ville avec deux de ses camarades: Léonard et
Benjamin et l'ont emmené de force auprès de leur ami malade.
« Les militaires sont arrivés et nous ont pointé avec leurs
armes. Ils m'ont dit de monter dans la voiture, d'abord dans le coffre et
ensuite sur la banquette arrière. Ils m'ont accusé d'être
un sorcier en me criant dessus et ils m'ont dit que je devais dire la
vérité sinon que j'allais être tué et qu'ils
jetteraient mon corps dans la brousse et mettraient mon corps dans un sac en
plastique attaché à une pierre pour me jeter dans l'eau afin que
mon corps ne fasse pas surface. [...] Lorsque nous sommes arrivés, j'ai
vu le militaire assis, avec à côté de lui, la petite fille
qui m'a accusé de lui avoir donné la sorcellerie »72
Arthur a été violenté pendant de longs
moments afin qu'il passe aux aveux et qu'il soigne son accusateur : « le
militaire m'a dit : « c'est toi qui m'a attaqué, qui a voulu me
tuer. Je te donne trois jours pour que tu puisses enlever la sorcellerie de mon
ventre, sans quoi nous allons te tuer»73. [...] Donc, quand il
a fini de me dire qu'il me laissait trois jours, comme je savais que si je nie
devant eux, ils ne me croiront pas et donc il fallait trouver un moyen pour
leur échapper et alerter. Après insistance, je lui ai tout
simplement dit que trois jours c'était trop long, tout de suite, je peux
aller chercher les produits pour te soigner. J'ai pris une plante verte et du
sel et je leur ai dit qu'il manquait un ingrédient pour finir la potion.
Ils m'ont demandé où ça se trouvait et je leur ai
indiqué un endroit qui se trouvait juste derrière le poste de
police qui gère la circulation routière. Un homme m'a pris sur sa
moto et on est parti ensemble. Un homme armé est aussi monté
derrière moi. Quand on est arrivés devant le poste de police,
j'ai couru vers la police, je me suis mise à crier pour alerter la
police et les passants ».
Arthur ne connaissant pas les pratiques de sorcelleries. La
petite fille semble accepter être « complice » du sorcier et
plus singulièrement d'être un canal ou une petite main par lequel
le sorcier peut faire passer ses puissances magiques. La petite fille est
même peut-être persuadée elle-même d'être
sorcière, l'histoire ne le dit pas. Arthur, pour s'en sortir, ne
dénie pas mais « joue à la sorcière » face
à la personne qui l'accuse et en profite pour s'enfuir. Dans la
situation dans laquelle elle se trouvait, il ne pouvait pas refuser
l'accusation de sorcellerie face à ses accusateurs : les menaces
exercées par la violence, mais également
72 Arthur MWANDA: échantillon d'un cas
examiné d'accusation de sorcellerie.
73 Idem.
28
les menaces du poids des pratiques sociales (voire «
traditionnelle », qui incluent les faits magiques mais également
les inégalités de genre) l'en empêchent.
Pensant être en sécurité, Arthur voit la
situation lui échapper à nouveau : « Les policiers ont juste
demandé : qui est à l'origine de cette affaire, qui est
accusé de sorcellerie ? Un des hommes qui était avec moi sur la
moto est alors venu discuter avec les policiers et devant eux, il m'a
frappée à plusieurs reprises. Les policiers n'ont pas
réagi. J'avais le visage tout en sang. Après, j'ai
été conduite à la brigade criminelle et là, on a
continué à me maltraiter. Les complices de mon accusateur sont
entrés dans les locaux ont continué à me menacer et
à me frapper ».74
C'est alors que j'ai pris la résolution de m'enfuir
étant donné que j'étais en sécurité. C'est
la nuit que j'ai parvenu à m'enfuir de la brigade pour me
réfugier dans ma planque à nouveau. J'ai vu être
volatilisé mon avenir, ma passion, et autres. Un beau jour, nous avons
vu avec mes deux potes une jeep Land Cruiser blanche de passage, je dis
à mes amis:" courons allons voir dans cette jeep, on va demander
à manger". Nous avons couru vers elle. Cependant, nous avons
aperçu 3 soeurs religieuses catholiques de la Caritas. Elles avaient
l'air calme et bienveillant. On s'approche d'elles et demandèrent un peu
d'argent. C'est alors qu'une d'entre sortit un billet de 10000f et nous le
donne. Une autre fois c'était la même chose avec les soeurs
jusqu'à ce qu'on en a pris l'habitude. On devint familier avec les
soeurs et on se connaissent même les noms, l'une c'était la soeur
Bernadette, l'autre Jeanne et la soeur Vive.
Soudainement, un jour elles vinrent et nous proposèrent
de venir dans leur communauté dans un Centre d'accueil pour enfants en
difficulté. C'est alors qu'on s'est tous trois rendu ici dans ce centre.
Arthur a exprimé son mécontentement tout en larmes en ces mots:"
j'ai un coeur rempli de tristesse pour tous les enfants dans le monde dans la
même situation que moi. J'aimerai voir tous les enfants
évolués auprès de leurs parents dans les bonnes conditions
au maximum, et que les autorités prennent des dispositions pratiques
pour veiller au respect des droits des enfants." 75
Cette histoire a été racontée de bouche
à l'oreille et mise en écrit de façon vraie et
authentique.
74 Arthur MWANDA: échantillon d'un cas
examiné d'accusation de sorcellerie.
75 Idem
29
En Afrique, des milliers d'enfants sont dans pareil cas. Ils
sont rejetés par leur famille, accusés d'être à
l'origine des drames dans la société : les enfants sorciers. Ils
sont les boucs émissaires dans leurs familles. En RDC, où
près de 73% de la population vit dans le seuil de la pauvreté
selon le chiffre de la Banque Mondiale, certains enfants sont frappés
par une malédiction ou le contexte politico-socio-économique
maudit ces enfants. Qualifiés des sorciers, ils sont tenus responsables
de maux dont souffrent les familles vulnérables.
Selon l'UNICEF76agence des Nations Unies pour
l'amélioration des conditions de vie des enfants, «l'ignorance, la
pauvreté, le manque des moyens pour subvenir aux frais de
scolarité des enfants ou des dégâts de la guerre qui
augmente le nombre d'orphelins" sont des facteurs qui contribuent à la
croyance des enfants sorciers. Dès lors qu'un enfant présente des
troubles de sommeil, du comportement, un handicap ou une malformation, il peut
être considéré comme sorcier, précise l'agence
onusienne.
Selon un magazine d'information TV5 Monde77la
croyance dans le phénomène des enfants sorciers rapporte
d'importants bénéfices aux églises
évangéliques du pays. Ces églises du mouvement
Néo-pentecôtiste et apocalyptiques appelées "églises
du Réveil" viennent nourrir la croyance sur la malédiction
supposée des enfants sorciers.
76 UNICEF: Fonds des Nations Unies pour l'enfance.
77 TV5 Monde : est une chaîne de
télévision généraliste francophone.
30
CHAPITRE 2 : OBSTACLES ET REMEDES A LA PROTECTION DE
L'ENFANT ACCUSÉ DE SORCELLERIE
Le droit, considéré comme projet de chaque
société pour permettre aux faibles et aux forts de vivre en
harmonie à un moment déterminé de leur histoire, ne peut
ignorer les marques profondes des coutumes sur l'agir quotidien des humains.
Dans le cas de la RDC, ainsi que démonstration va en être faite,
l'influence des croyances superstitieuses (coutume) sur le droit écrit
se fait sentir à deux niveaux. D'abord dans la phase
d'élaboration du droit : les coutumes locales sont de plus en plus
légalisées. Ensuite, au stade de l'application, les dispositions
claires et explicites qui ne peuvent donner lieu à
l'interprétation, trouvent une signification différente en raison
de la pesanteur qu'exerce la coutume.
Dans ce double mouvement, aucune branche du droit n'est
épargnée, il s'agit ici du droit pénal. Le droit
pénal entant que branche du droit qui définit les incriminations
et les peines, nécessite une grande précision puisqu'il touche
directement aux droits et libertés de citoyens. C'est la raison pour
laquelle celui-ci s'entoure des grands soins, car il ne peut y avoir les
à peu près en cette matière.
La réponse semble affirmative sur la question des
indices coutumières (croyance superstitieuses) dans cette discipline.
D'abord, en ce qui concerne les incriminations de l'art 5778du Code
Pénal Congolais, réprimant les épreuves superstitieuses et
les pratiques barbares, démontre bien que le législateur n'a pas
été indifférent aux coutumes ancestrales dans sa
volonté d'ériger certains comportements en infractions.
Dans l'organisation et compétences judiciaire actuelle,
les Tribunaux de Paix qui devraient s'installer sur l'ensemble du territoire
national afin d'uniformiser l'application du droit écrit ne
fonctionnent, de manière effective, que sur une infine partie du
territoire national, l'on comprend aisément que le droit pénal
coutumier ait encore des beaux jours devant lui : dans la plupart des
contrées, devant le tribunal coutumier, les justiciables sont,
jusqu'à ces jours jugés et condamnés pour avoir
jeté un mauvais sort ou pour sorcellerie, alors que le code pénal
ne prévoit cette incrimination. Devant ces juridictions, le
78 Art 57 du Code pénal.
31
voyeurisme79équivaut à
l'adultère80 et son auteur condamné, de ce fait,
lorsque c'est une femme mariée qui en est la victime.
Comment alors se douter de l'influence du droit pénal
coutumier tant qu'il s'applique à une contrée de la population
?
Pierre AKELE ADAU et Sita MUILA AKELE81 confirment
cette vitalité " le droit pénal coutumier semble, à
l'heure actuelle, marginalisé dans le système juridique positif.
Mais en même temps, sur le terrain sociologique il paraît retrouver
un nouveau dynamisme à travers des pratiques et usages traditionnels qui
réinvestissent le domaine de la justice privée, justice
domestique et de la justice du sacré. Cependant, les juristes nationaux
ne s'intéressent que rarement aux manifestations sociologiques que le
droit moderne ignore" 82
Ce manque d'intérêt des juristes nationaux pour
les réalités nationales contraste avec le souci et l'empressement
que manifestèrent les juristes belges pendant la colonisation, à
saisir le sens profond des incriminations et des peines coutumières en
vue de diminuer la distance culturelle d'incompréhension afin de mieux
s'asseoir l'oeuvre coloniale.
Ce problème est confronté par le juge congolais,
il est buté même difficultés. En effet, dans des nombreux
conflits qui divisent la majeure partie de la population rurale, les faits,
apparemment irrationnels, sont exposés devant les Tribunaux afin que les
juges tranchent. Prof BAYONA BA-MEYA83 : " le congolais croit,
depuis sa tendre enfance, qu'il existe sur la terre, des hommes qui recourent
à des moyens occultes pour nuire aux autres, par esprit de vengeance pu
de malveillance naturelle. C'est pourquoi il est regrettable, que la justice,
en Afrique noire, continue d'ignorer une réalité aussi
ancrée dans la mentalité des
79 Voyeurisme : est un terme à connotation
morale et pénale, qui décrit un comportement ou une tendance "
voyeuriste", c'est-à-dire, basé sur l'attirance à observer
l'intimité ou la nudité d'une personne ou d'un groupe des
personnes dans les conditions particulières en cherchant à y
éprouver une jouissance ou une excitation.
80 Adultère : est une infraction du droit
pénal consistant à avoir des rapports sexuels avec une personne
mariée. (Art 467 Al1 Point 1 du Code de la Famille).
81. P AKELE ADAU, professeur et docteur en droit et
S. MUILA AKELE : juriste et professeur de droit pénal, avocate.
82 "Le Droit coutumier congolais", Revue
de la Faculté de Droit de l'Université Protestante au Congo
(UPC), 1, 1999, PG 60
83 BAYONA BA-MEYA : premier président de la
Cour Suprême de Justice du Zaïre, professeur, doyen de la
Faculté de Droit du Campus de Kinshasa de l'Université du
Zaïre (anciennement Lovanuim)
32
gens, alors que l'on sait que la sorcellerie,
l'envoûtement et le fétichisme sont les phénomènes
sociaux du vécu quotidien qui troublent constamment la paix et la
tranquillité publiques."84
SECTION 1 : L'INVENTAIRE DES OBSTACLES
Bien qu'en place existe une législation en
matière d'enfant : la loi n°09/011 du 10 Janvier 2009 et un cadre
institutionnel en la matière : le Tribunal pour Enfants, plusieurs
obstacles entravent la protection pénale des enfants accusés de
sorcellerie.
Paragraphe 1. Obstacles socio-culturels
a) Obstacles sociaux
- la stigmatisation sociale : la stigmatisation est le
processus de désignation négative de personne ou de groupe en
raison de caractéristiques spécifiques, entrainant exclusion et
discrimination. Les enfants accusés de sorcellerie subissent souvent une
stigmatisation qui peut conduire à leur exclusion sociale et à
des violences physiques ou psychologiques,
- Le manque d'éducation juridique : un déficit
sur l'éducation des droits de l'enfant, - La pauvreté et la
vulnérabilité économique : les familles pauvres peuvent
être moins
inclinées à contester les accusations par peur
des représailles ou en raison de leur
incapacité à engager des procédures
judiciaires,
- La pression communautaire.
b) Obstacles culturels
La protection pénale des enfants accusés de
sorcellerie rencontre plusieurs obstacles culturels :
- Les croyances traditionnelles : dans certaines
communautés congolaises, la sorcellerie est profondément
ancrée dans la culture et les croyances traditionnelles. Ces accusations
sont parfois perçues comme des vérités évidentes
plutôt que les allégations infondées, ce qui complique la
protection juridique des enfants,
84 " Le Recours à l'authenticité dans la
réforme du droit au Zaïre" Gérard CONAC (dir).
Dynamiques et finalités des droits africains, Paris, Economica 1980
33
- L'influence des autorités traditionnelles : les chefs
traditionnels jouent un rôle important dans la résolution des
conflits au sein des communautés. Leur influence peut souvent primer sur
les lois formelles entravant l'application des protections légales pour
les enfants,
- Les pratiques de justice informelle : les mécanismes
de justice informelle, qui peuvent inclure des rituels ou des pratiques
traditionnelles, peuvent mener à des violations des droits des enfants
sans recours juridique approprié,
- Le manque des ressources : le système judiciaire, en
particulier dans les zones rurales, manque souvent des ressources, ce qui
limite leur capacité à traiter les affaires de manière
juste et équitable,
- Les attitudes envers le genre : si les filles en particulier
sont moins frappées par ce fléau, les garçons par contre
sont les plus touchés du fait qu'ils peuvent être un surpoids pour
les familles pauvres.
Paragraphe 2. Obstacles légaux et institutionnels
a) Obstacles légaux
- L'inadéquation des lois : les lois en vigueur n'ont
pas spécifiquement abordé les accusations de sorcellerie, rendant
difficile la protection des droits des enfants dans les accusations de
sorcellerie,
- Les définitions floues : la définition
juridique peut varier selon le contexte, ce qui entraîne des
interprétations subjectives et des abus dans l'application de la loi,
- L'inapplication de la loi : bien que la législation
sur la protection des enfants existe,
son application dans ce cas présent est presque morte,
insuffisante et peu claire,
- La faiblesse des mécanismes de signalement : le
mécanisme de signalement des abus et des accusations de sorcellerie ne
sont pas efficaces, ce qui ce qui empêche le cas
d'être traités correctement par les autorités
judiciaires et d'être signalé à temps,
- L'influence des pratiques traditionnelles sur la loi : dans
certains recoins, les pratiques traditionnelles peuvent parfois primer sur le
droit positif, ce qui complique l'application des lois visant à
protéger les enfants.
34
b) Obstacles institutionnels
- L'insuffisance et l'inexistence des infrastructures
judiciaires : les tribunaux pour enfants, les maisons d'accueil, les
établissements de garde pour enfant, les établissements de
rééducation pour enfants, etc manquent des infrastructures
adéquates, ce qui nuit à l'efficacité du traitement des
affaires,85
- Les ressources limitées et le manque de budget
alloué à la justice pour enfants : les ressources
financières et humaines sont souvent insuffisantes, ce qui limite la
capacité des institutions à mener les enquêtes approfondies
et à fournir un soutien juridique approprié,86
- La formation inadéquate du personnel : les personnels
judiciaires, policiers et sociaux ne sont pas suffisamment formes pour traiter
les cas impliquant des accusations de sorcellerie et pour comprendre les droits
des enfants87,
- Les difficultés d'accès à la justice :
dans certaines régions, les enfants et leurs familles rencontrent les
obstacles pratiques pour accéder aux institutions judiciaires pour
enfants, notamment en raison de la distance géographique, de
l'enclavement des routes, du coup de transport88, etc.
SECTION 2 : SOLUTIONS POUR UNE PROTECTION
PÉNALE EFFECTIVE DES ENFANTS ACCUSÉS DE SORCELLERIE
Dans cette étude, nous nous sommes fixe comme objectif
d'élucider les différentes violences que subissent les enfants
accusés de sorcellerie en droit congolais, précisément
à Kinshasa, où il s'agit d'une protection pénale aux
enfants.
Le balisage méthodologique nous a amené à
situer le contexte de notre étude tout en présentant le
résultat de notre enquête en avant. Aussi, avons-nous
analysé certaines données sociodémographiques, culturelles
et juridiques disponibles y afférentes89.
85 Entretien avec monsieur Jean DJEMBA, directeur du
centre de placement pour enfant place à la prison centrale de Makala,
réalisée le 06 Mars 2025 a la prison centrale de Makala,
réalisé par MWAYOMO MPOLO Achille
86 Monsieur Jean DJEMBA, directeur de
l'établissement de garde pour enfant à la prison de Makala,
87 Observation directe faite par MWAYOMO MPOLO Achille
à la prison,
88 Propos soutenu par quelques échantillons
à la prison,
89 Balisages : poser des signaux, des marques
35
Les résultats de l'enquête ont montré que
les enfants qualifiés des sorciers sont victimes de beaucoup de
violences faites à leur endroit dans leur vécu quotidien. Ces
violences ont pour première sources les mécanismes de "
dépistage de sorcellerie". Cette recherche de la sorcellerie est
menée sur ces innocents enfants par les responsables des églises,
qui les accusent à cet effet. Les autres violences et
sévices90subis les enfants sont par ordre d'importance :
l'abandon et la solitude, les propos injurieux, les moqueries, les coups et
blessures, la privation de repas et de liberté, et les brûlures
corporelles. Nous avons, en outre, remarqué sont exercées par les
membres même de la famille que par l'entourage de l'enfant et
l'école.
Paragraphe 1. Inventaire des solutions
Dès lors, sachant que la Convention relative aux droits
de l'enfant ratifiée par la RDC, stipulé dans l'art 19 que : "
l'Etat doit protéger l'enfant contre toutes formes de mauvais
traitements perpétrés par ses parents ou par toutes autres
personnes à qui il est confié. L'Etat doit établir des
programmes sociaux appropriés pour prévenir les mauvais
traitements et les accusations de sorcellerie pour traiter les
victimes"91. Nous suggérons en vue de garantir les droits de
cette catégorie d'enfants accusés de sorcellerie en RDC:
a) A l'Etat
- Favoriser la vulgarisation de la convention collective des
droits de l'enfant,
- Favoriser la poursuite et la répression des
infractions flagrantes commises lors des accusations de sorcellerie à
l'égard de l'enfant,
- Lutter contre ce phénomène d'accusation de
sorcellerie en l'égard des enfants en améliorant les conditions
culturelles, sociales et économiques de la population au niveau du
pays,
- Former les personnels adéquats à suffisance en
matière de protection de l'enfant,
- Sensibiliser les parents sur les droits des enfants et la
nécessité de les promouvoir,
- Créer un Conseil Supérieur de l'Enfant pour
veiller à la protection des droits de ce dernier. Ce conseil veillera
aussi sur les Tribunaux pour enfants,
90 Sévices : Mauvais traitements corporels
exercés sur qqn qu'on a sous son autorité, sous sa garde.
91 Art 19 de la Convention relative aux droits de
l'enfant
36
- Sanctionner durement et sévèrement toutes les
personnes qui se donnent le luxe d'accuser les enfants de sorcellerie.
b) Aux parents et aux responsables des enfants
confiés
- Veiller à la garde des enfants en bon père et
mère de famille,
- Aimer les enfants tout en les aidant à intégrer
la société,
- Être catégorique à ne pas céder aux
allégations infondées des maîtres de cultes.
C) Aux responsables des églises
- Assurer la réinsertion sociale de cette catégorie
d'enfants,
- Ne pas concourir à la publicité de cette
catégorie de ces enfants. Au contraire, développer des bonnes
relations entre les enfants et leurs parents.
37
CONCLUSION
La protection pénale des enfants accusés de
sorcellerie est un enjeu crucial qui soulève des questions
éthiques, juridiques et sociales. À travers notre étude,
nous avons mis en lumière les risques que courent ces enfants, souvent
victimes de stigmatisation et de violences, en raison de croyances
ancrées dans certaines cultures.
Il est évident que le cadre juridique actuel, bien
qu'il offre des protections à l'enfant, nécessite une
révision approfondie pour garantir une application efficace des droits
des enfants. Les lacunes dans la législation doivent être
comblées par des mesures spécifiques, visant à
sensibiliser les communautés et à former les acteurs judiciaires
sur les réalités entourant les accusations de sorcellerie.
De plus, il est impératif d'adopter une approche
multidisciplinaire qui associe les droits humains, la psychologie et
l'éducation, afin de créer un environnement sécurisant
pour ces jeunes. En intégrant les voix des enfants dans le processus
décisionnel, nous pouvons mieux comprendre leurs besoins et leurs
expériences.
En conclusion, la lutte contre les abus liés aux
accusations de sorcellerie envers les enfants doit être une
priorité pour les États et les organisations internationales.
Cela nécessite un engagement collectif pour promouvoir une culture de
respect et de protection des droits de l'enfant, afin de garantir un avenir
où chaque enfant, quelle que soit sa situation, puisse vivre en
sécurité et dignité
38
BIBLIOGRAPHIE
a) Ouvrages
· " Droit congolais des droits de l'homme", Academia
Bruylant, NGONDANKOY NKOY-ea-LOONGYA,
· "Droit judiciaire congolais", Ed. L'Hermatton, LUKUSA
NSAMBAYI,
· "LA PROTECTION INTERNATIONALE DE L'ENFANT EN DROIT
CONGOLAIS ", Schulthess, Édition ROMANDES, Aimé WATA,
· "Pouvoir et droit coutumiers à l'épreuve
du temps", Academia Bruylant, Evariste BOSHAB,
· "LA JURISPRUDENCE CONGOLAISE EN DROIT PENAL",
Éditions ON S'EN SORTIRA Kin/RDC. Ruffin LOKOO MUSABAO,
· "Manuel de droit congolais de Protection des mineurs",
Édition Kongo, Prof Ghislain-David KASONGO LUKOJI,
· "Droit judiciaire congolais" Tome lll, l'instruction
criminelle et la procédure pénale, Kinshasa, PUZ, 1978 n°338
A. RUBBENS
b) Notes des cours
· DROIT PENAL ET PROCÉDURE PÉNALE :
Condensé de droit pénal et procédure pénale, 2eme
édition, Me Jean-Didier BAKALA D.,
· COURS DE DROIT PENAL SPÉCIAL, Prof Pierre AKELE
ADAU,
· Droit pénal spécial, notes de cours,
2016, Prof MANASI N'KUSU-KALEBA, P.A,
· Droit de la protection de l'enfant, notes de cours,
2016-2017, Prof Raoul KIENGE-KIENGE INTUDI.
c) Articles et revues
· "Les enfants accusés de sorcellerie : rencontre
entre mythe et violences"
· "Monde en développement : Enfants sorciers
à Kinshasa (RDCongo), 2009/2e, Jérôme BALLET, CLAUDINE
DUMBI et Benoît LALLAU,
· "Afrique : le business des enfants -sorciers",
Libération 19 Juillet 2010, André Paul,
· Bureaux international des droits des enfants (BIDE):
États de lieu du système de protection de l'enfant et de la
réforme des policiers, des personnels judiciaires et des
travailleurs.
39
d) Textes légaux
· La Constitution du 18 Février 2006,
· Le Décret du 30 janvier 1940 portant Code
Pénal Congolais,
· La loi n°09/001 du 10 Décembre 2009 portant
protection de l'enfant,
· La loi organique n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant
Organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l'ordre
judiciaire (OFCJ),
· La Convention relative aux droits de l'enfant de 1989,
· La Charte Africaine du droit et bien être de
l'Enfant du 29 Novembre 1999.
e) Autres sources
· Le site Wikipedia,
· La TV5 Monde,
· Les entretiens.
40
TABLE DES MATIERES
ÉPIGRAPHE i
IN MEMORIAM ii
DEDICACE iii
REMERCIEMENTS iv
PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS v
INTRODUCTION 1
I. Problématique 2
II. Intérêt de l'étude 3
III. Question du départ 3
IV. Hypothèses 3
V. Délimitation 4
VI. Méthodologies et techniques de recherche 5
VII. Subdivision du travail 6 CHAPITRE I : APPROCHE
ANALYTIQUE ET EXPLICATION DE
L'ACCUSATION DES ENFANTS DE SORCELLERIE 7
SECTION I : ANALYSE DE L'INFRACTION 8
Paragraphe 1. Éléments constitutifs de l'infraction
8
A. Élément légal et axiologique (Lex
delicti) 9
B. Éléments moral ou intentionnel (mens rea) 11
C. Élément matériel (corpus delicti) 12
Paragraphe 2: Mécanismes de répression 15
a) Mécanisme normatif 15
b) Mécanisme institutionnel 18
SECTION 2 : RÉALITÉS EN MATIÈRE D'ACCUSATION
DE SORCELLERIE 21
Paragraphe 1. Ampleur de la situation 23
A. Présentation de l'enquête 24
B. Résultats de l'enquête 25 CHAPITRE 2 :
OBSTACLES ET REMEDES A LA PROTECTION DE L'ENFANT
ACCUSÉ DE SORCELLERIE 30
SECTION 1 : L'INVENTAIRE DES OBSTACLES 32
Paragraphe 1. Obstacles socio-culturels 32
a) Obstacles sociaux 32
41
b) Obstacles culturels 32
Paragraphe 2. Obstacles légaux et institutionnels 33
a) Obstacles légaux 33
b) Obstacles institutionnels 34 SECTION 2 : SOLUTIONS POUR
UNE PROTECTION PÉNALE EFFECTIVE DES
ENFANTS ACCUSÉS DE SORCELLERIE 34
Paragraphe 1. Inventaire des solutions 35
a) A l'Etat 35
b) Aux parents et aux responsables des enfants confiés
36
C) Aux responsables des églises 36
CONCLUSION 37
BIBLIOGRAPHIE 38
TABLE DES MATIERES 40
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