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Faculté des Sciences Administratives et
Economiques (FSAE)
Département des Sciences Economiques
Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le
développement de la digitalisation et de la modernisation de la
circulation monétaire en Haïti : Le cas de MonCash
(2018-2025)
Projet de fin d'études
Préparé par : Sebastien
DUVERSEAU
Dieuvil OCCIN
Pour l'obtention du grade de Licencié ès
Sciences Economiques
Sous la direction du Professeur :
Lionel METELLUS, PhD
(c) Port-au-Prince, février 2026
Table des matières
LISTE DES ABBREVIATIONS
3
INTRODUCTION
11
Problématique
12
Questionsderecherche
13
Hypothèsesde recherche
13
Objectifsde recherche
14
Intérêtpratiqueet
scientifiquedusujet
14
·
Intérêtscientifique
14
·
Intérêtpratique
14
Méthodologieetstructuredumémoire
14
CHAPITRE I - CADRE CONCEPTUEL ET THEORIQUE
16
1.1.
Définition des concepts clés
17
1.1.1. Portefeuille mobile
17
1.1.2. Services financiers numériques
(Digital Financial Services - DFS)
17
1.1.3. Digitalisation
17
1.1.4. Inclusion financière
18
1.1.5. Innovation financière
18
1.1.6. Transformation digitale
19
1.1.7. Circulation monétaire
19
1.1.8. Économie numérique
19
1.1.9. Technologies financières
(FinTech)
19
1.2. Historique de
la monnaie et de ses multiples formes et fonctions
20
1.2.1. Genèse et évolution des formes
monétaires
20
1.2.2. La dématérialisation
progressive : de la monnaie scripturale à la monnaie
électronique
20
1.2.3. Les trois fonctions canoniques de la
monnaie
21
1.3. Fondements
théoriques
21
1.3.1. Théorie de la monnaie et
innovation monétaire
21
1.3.2. Théorie de la substitution
monétaire (Currency Substitution)
22
1.3.3. Théorie de l'adoption
technologique et diffusion de l'innovation
23
1.4. Fonctions de
la monnaie à l'ère numérique
25
1.4.1. Transformation des fonctions
traditionnelles
25
1.4.2. Nouvelles fonctions émergentes
26
CHAPITRE II - PRÉSENTATION DE
L'ÉCONOMIE HAÏTIENNE
28
2.1. Caractéristiques
macroéconomiques
28
2.1.1. Dollarisation de facto et dualisme
monétaire
30
2.1.2. Poids de l'économie informelle
31
2.1.3. Dépendance aux transferts de la
diaspora
31
2.2. Structure du système bancaire
haïtien
32
2.2.1. Architecture institutionnelle
32
2.2.2. Concentration géographique et
oligopolistique
33
2.2.3. Faiblesse de l'intermédiation
financière
34
2.2.4. Le secteur de la microfinance
34
2.3. Circulation monétaire et moyens
de paiement traditionnels
35
2.3.1. Prédominance absolue du cash
35
2.3.2. Coûts et risques du système
cash
35
2.3.3. Moyens de paiement alternatifs
limités
36
2.4. Impact des crises politico-sociales
sur le système financier (2018-2025)
37
CHAPITRE III - PORTEFEUILLES MOBILES ET MONNAIE
ÉLECTRONIQUE : BESOINS ET DEFIS
40
3.1. Problématiques liées à
l'usage intensif du cash
40
3.1.1. Le poids économique de la gestion du
cash
40
a) Coûts de production et de maintien de
la masse monétaire
41
b) Infrastructure de distribution et de
sécurisation
41
c) Impact sur la compétitivité
des entreprises
41
3.1.2. Vulnérabilités
sécuritaires et criminalité financière
42
a) Facilitation de l'économie
souterraine
42
b) Insécurité physique des
porteurs de cash
42
c) Vulnérabilité à la
contrefaçon
42
3.1.3. Exclusion financière et
marginalisation économique
43
a) Barrières à l'accès aux
services financiers formels
43
b) Impossibilité d'accumuler un
historique financier
44
c) Limitation des transactions à
distance et du commerce
44
d) Vulnérabilité des femmes et
des populations marginalisées
45
3.2. Le cas M-Pesa au Kenya : archétype de
la réussite du mobile money
45
a) Genèse et expansion d'une
révolution financière
45
b) Impact révolutionnaire sur
l'inclusion financière
46
c) Transformation des dynamiques
économiques et sociales
46
d) Facteurs de succès :
régulation innovante et compétition
46
3.3. Modernisation de la circulation
monétaire dans les économies émergentes
47
3.3.1. L'Inde - l'UPI et la démocratisation
des paiements instantanés
47
3.3.2. Le Brésil - Pix et
l'institutionnalisation des paiements instantanés
48
3.3.4. Le Nigeria - l'eNaira et les défis
d'adoption d'une CBDC
48
CHAPITRE IV - MONCASH : UNE ÉTUDE DE CAS
(2018-2025)
50
4.1. Genèse et historique de
Moncash
50
4.1.1. Les origines post-séisme : TchoTcho
Mobile (2010-2015)
50
4.1.2. Le cadre réglementaire facilitateur :
le système KYC à paliers
51
4.1.3. L'échec relatif de TchoTcho
51
4.1.4. Le tournant stratégique : la
transformation en MonCash (2015)
51
4.2. Positionnement
concurrentiel sur le marché haïtien
53
4.2.1. Structure du marché des services de
monnaie mobile
53
4.3. Dynamique concurrentielle du
marché de la monnaie mobile
53
4.4.Innovation et développement de
nouveaux services (2018-2025)
54
4.4.1. Évolution de l'offre de
services de MonCash
54
4.4.2. Innovations technologiques et
infrastructure
54
4.5. Adoption et impact sur la circulation
monétaire
55
4.5.1. Évolution du nombre d'utilisateurs et
volumes de transactions (2018-2025)
55
4.6.2. Croissance pré-crise
(2018-2019)
55
4.6.3. Accélération durant
les périodes de troubles (2019-2021)
56
4.6.4. Consolidation et maturité
(2022-2025)
57
4.6. Analyse
économétrique des déterminants de l'adoption de
MonCash
58
4.6.1. Analyse des données
59
Scénarios prospectifs 2026-2027
60
4.7. Effets de l'adoption des portefeuilles
mobiles sur l'inclusion financière des populations
vulnérables
61
4.7.1. Inclusion financière des femmes
61
4.7.2. Inclusion en zones Rurales
62
4.7.3. Populations à faible revenu et
bénéficiaires d'aide sociale
62
CHAPITRE V - ANALYSE DE L'IMPACT ET DES
OPPORTUNITES
63
5.1.Modernisation monétaire et
transformation des habitudes de paiement
63
Digitalisation du commerce de détail, des
PME et formalisation progressive
64
5.2. Effets
macroéconomiques : vélocité monétaire,
traçabilité et interactions avec la politique
monétaire
65
5.3. Défis,
risques et limites structurelles
66
Discussion des
résultats
68
Recommandations pour une digitalisation
monétaire inclusive et durable
70
CONCLUSION
71
ANNEXE
72
BIBLIOGRAPHIE
85
Ouvrages
85
Articles scientifiques
85
Rapports et documents
institutionnels
86
Mémoires et
thèses
89
Documents légaux et
réglementaires
89
Bases de données
89
Présentations et
communications
89
Sources de soutien
méthodologique
89
WEBOGRAPHIE
89
RESUME
This research examines the role of mobile wallets in
modernizing monetary circulation and promoting financial inclusion in Haiti,
using MonCash as a case study for the period 2018-2025. It shows how digital
innovations have emerged as substitute solutions at a time when the traditional
banking system remains largely inaccessible and heavily dependent on cash. The
econometric analysis indicates that the adoption of MonCash is driven primarily
by structural constraints within the formal financial system rather than by a
mere technological effect. The regression model shows that the instability
index is the most significant determinant (coefficient -0.256), while the
COVID-19 pandemic paradoxically accelerated digitalization (coefficient
+0.435). The results also reveal heterogeneous effects across periods:
pre-crisis growth (2018-2019), acceleration during unrest (2019-2021), followed
by an initial contraction of the agent network in 2024 (-2%) due to the
combined effects of extreme insecurity and agent strikes. Beyond the figures,
the study highlights qualitative changes in monetary practices. MonCash has
altered the velocity of money circulation (estimated at +12% to +15% in
digitalized segments), facilitated women's financial inclusion (87% of
microfinance repayments now conducted through mobile money), and ensured the
continuity of remittance flows from the diaspora (USD 3.8 billion in 2023,
around 20% of GDP) despite recurrent disruptions. The service has also become a
key channel for humanitarian assistance, with 78% of emergency transfers from
WFP delivered through digital means in 2024-2025. However, the study identifies
major structural constraints that threaten the long-term sustainability of the
model. Heavy dependence on the security context (with progress contingent on
minimal stabilization), rising fraud risks (SIM-swap, phishing),
interoperability challenges between competing platforms, and extra charges
applied by some agents restrict access to services for the most vulnerable
users.
The new KYC regulation adopted by the Central Bank of Haiti
(Circular 121), although necessary for traceability, temporarily excludes
thousands of rural users who lack valid identity documents. The research
formulates institutional, technological, and economic policy recommendations to
promote inclusive and sustainable monetary digitalization. It advocates
mandatory interoperability across platforms, stronger supervision of agents,
the creation of a mobile-money deposit guarantee fund, and the systematic
integration of digital payments into all government programs. At the strategic
level, it emphasizes the central role the Central Bank of Haiti should play in
guiding this transition, while advancing the Bitkòb project (central
bank digital currency) as a regulated complement to private initiatives.
In conclusion, the thesis shows that mobile wallets are not a
universal technological solution; their effectiveness depends above all on the
restoration of basic physical security, institutional predictability, and
political commitment. MonCash has demonstrated an ability to keep monetary
transactions functioning even under severe crisis conditions, yet the future of
financial digitalization in Haiti remains closely tied to the resolution of the
security crisis and the rebuilding of a functional state.
Keywords: Mobile wallet, MonCash, financial
inclusion, monetary circulation, financial digitalization, mobile money,
digital financial services, monetary policy, economic resilience, FinTech.
RÉSUMÉ
Cette recherche examine comment MonCash a contribué
à la modernisation monétaire et à l'inclusion
financière en Haïti entre 2018 et 2025. Elle montre que l'adoption
des portefeuilles mobiles répond d'abord aux défaillances du
système bancaire traditionnel, peu accessible et très
dépendant du cash. L'analyse économétrique identifie
l'instabilité comme principal déterminant de l'adoption
(coefficient -0,256), tandis que le COVID-19 a accéléré la
digitalisation (coefficient +0,435). L'étude observe trois phases
distinctes : croissance pré-crise (2018-2019), expansion durant les
troubles (2019-2021), puis contraction du réseau d'agents en 2024 (-2%)
liée à l'insécurité et aux grèves. MonCash a
transformé les pratiques monétaires en augmentant la
vélocité de circulation (+12-15%), en facilitant l'accès
des femmes aux services financiers (87% des remboursements de microfinance), et
en maintenant les flux de la diaspora (3,8 milliards USD en 2023, 20% du PIB).
Le service est devenu essentiel pour l'aide humanitaire (78% des transferts
d'urgence du PAM en 2024-2025). Cependant, des contraintes structurelles
menacent sa durabilité dont la dépendance au contexte
sécuritaire, fraudes croissantes, absence
d'interopérabilité entre plateformes, et surcharges des agents.
La nouvelle réglementation KYC (Circulaire 121), nécessaire pour
la traçabilité, exclut temporairement des milliers d'utilisateurs
ruraux sans documents d'identité.
L'étude recommande l'interopérabilité
obligatoire, le renforcement de la supervision des agents, un fonds de garantie
des dépôts, et l'intégration systématique des
paiements digitaux dans les programmes gouvernementaux. Elle souligne le
rôle central que doit jouer la BRH, notamment via le projet Bitkòb
(monnaie numérique de banque centrale).
Les portefeuilles mobiles ne sont pas une solution miracle.
Leur efficacité dépend du rétablissement de la
sécurité, de la stabilité institutionnelle et de la
volonté politique. MonCash a prouvé sa résilience en
contexte de crise, mais l'avenir de la digitalisation financière reste
lié à la résolution de la crise sécuritaire et
à la reconstruction de l'État
Mots-clés : Portefeuille mobile,
MonCash, inclusion financière, circulation monétaire,
digitalisation financière, mobile money, services financiers
numériques, politique monétaire, résilience
économique, FinTech.
Limites de l'étude et
perspectives de recherche future
Cette recherche présente plusieurs limites qui ouvrent
des perspectives pour des études futures. L'accès limité
aux données granulaires sur les transactions limite l'analyse
quantitative approfondie des changements dans les patterns de circulation
monétaire. Des recherches futures bénéficieraient de
partenariats avec les opérateurs de monnaie mobile pour accéder
à des données transactionnelles anonymisées.
L''instabilité générale du pays rend difficile l'isolation
des effets spécifiques de la monnaie mobile des effets des crises
multiples. Des études comparatives avec d'autres pays de la
région confrontés à des défis similaires mais avec
des trajectoires différentes de digitalisation financière
enrichiraient l'analyse causale. Cette étude s'est concentrée
principalement sur les aspects économiques et financiers, accordant
moins d'attention aux dimensions socioculturelles de l'adoption. Des recherches
ethnographiques approfondies sur les pratiques quotidiennes d'utilisation de la
monnaie mobile dans différents segments de la population apporteraient
des insights précieux pour le design de politiques inclusives.
L'évaluation de l'impact à long terme sur l'inclusion
financière et le développement économique nécessite
des données longitudinales qui ne seront disponibles que dans quelques
années. Des études de cohorte suivant les trajectoires
d'utilisateurs de monnaie mobile sur plusieurs années permettraient de
mesurer plus rigoureusement les effets transformationnels de ces services.
LISTE DES
ABBREVIATIONS
AML/CFT : Anti-Money Laundering / Combating the
Financing of Terrorism (Lutte contre le blanchiment d'argent et le financement
du terrorisme)
API : Application Programming Interface
(Interface de programmation d'applications)
ARDL : Autoregressive Distributed Lag
(Modèle autorégressif à retards échelonnés)
ATL : Above-The-Line (Publicité de masse)
ATM : Automated Teller Machine (Guichet
automatique bancaire)
BIS : Bank for International Settlements (Banque
des Règlements Internationaux)
BNC : Banque Nationale de Crédit
BNRH : Banque Nationale de la République
d'Haïti
BRH : Banque de la République
d'Haïti
BTL : Below-The-Line (Marketing de
proximité)
BUH : Banque de l'Union Haïtienne
CBDC : Central Bank Digital Currency (Monnaie
numérique de banque centrale)
CEC : Coopératives d'Épargne et de
Crédit
CNC : Conseil National de Coopératives
CONATEL : Conseil National des
Télécommunications
DFS : Digital Financial Services (Services
financiers numériques)
DGI : Direction Générale des
Impôts
ECVH : Enquête sur les Conditions de Vie
en Haïti
EDT : Eastern Daylight Time (Heure de l'Est des
États-Unis)
EDH : Électricité d'Haïti
FMI : Fonds Monétaire International
FRG : Forces de Répression des Gangs
FSAE : Faculté des Sciences
Administratives et Économiques
FSP : Fournisseurs de Services de Paiement
G2P : Government-to-Person (Gouvernement vers
personne)
G9 : Coalition du groupe criminel Viv
Ansanm, Groupes Armés
GSMA : Global System for Mobile Communications
Association
HMMI : Haiti Mobile Money Initiative
HPN : Humanitarian Practice Network
HTG : Haitian Gourde (Gourde haïtienne)
IDB : Inter-American Development Bank (Banque
Interaméricaine de Développement)
IHSI : Institut Haïtien de Statistique et
d'Informatique
IME : Institution de Monnaie Électronique
IMF : Institutions de Microfinance (ou
International Monetary Fund selon contexte)
IPC : Indice des Prix à la
Consommation
KYC : Know Your Customer (Connaissance du
client)
MAE : Mean Absolute Error (Erreur absolue
moyenne)
MCO : Moindres Carrés Ordinaires
MPME : Micro, Petites et Moyennes Entreprises
NFC : Near Field Communication (Communication en
champ proche)
NPCI : National Payments Corporation of India
OCHA : Office for the Coordination of
Humanitarian Affairs (Bureau de coordination des affaires humanitaires)
OIT : Organisation Internationale du Travail
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONI : Office National d'Identification
OTC : Over-The-Counter (Au comptoir)
OTM : Opérateur de
Télécommunications Mobile
P2P : Peer-to-Peer (Pair-à-pair)
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petites et Moyennes Entreprises
POS : Point of Sale (Point de vente)
PRONAP : Processeur National de Paiement
PSARA : Programme de Sécurité et
d'Adaptation à la Résilience Alimentaire
RMSE : Root Mean Square Error (Erreur
quadratique moyenne)
RTGS : Real-Time Gross Settlement
(Règlement brut en temps réel)
SIM : Subscriber Identity Module (Carte
d'identité d'abonné)
SNIF : Stratégie Nationale d'Inclusion
Financière
SPIH : Système de Paiement Interbancaire
Haïtien
SOGEBANK : Société
Générale de Banque S.A
TAM : Technology Acceptance Model (Modèle
d'acceptation technologique)
TIC : Technologies de l'Information et de la
Communication
TPE : Terminal de Paiement Électronique
ou Très Petites Entreprises selon contexte
UNATHA : Union Nationale des Sous-Agents de
Transferts d'Haïti
UNDP : United Nations Development Programme
(Programme des Nations Unies pour le Développement)
UPI : Unified Payments Interface
USAID : United States Agency for International
Development
USD : United States Dollar (Dollar
américain)
USSD : Unstructured Supplementary Service Data
(Données de service supplémentaire non structuré)
UTAUT : Unified Theory of Acceptance and Use of
Technology (Théorie unifiée de l'acceptation et de l'utilisation
de la technologie)
VIF : Variance Inflation Factor (Facteur
d'inflation de la variance)
VOA : Voice of America
INTRODUCTION
L'évolutionrécentedusystèmemonétairemondialnepeutêtredissociéedelarévolutionnumériquequitraverse
l'ensembledeséconomiescontemporaines.Cetteévolutionadonnénaissanceàdesoutilsfinanciersdigitauxqui
reconfigurent les pratiques monétaires et ouvrent de nouvelles
perspectives en matière d'inclusion et de gouvernance financière.
Depuisquelquesannées, l'usage du numérique dans
leséchanges financierstransforme profondément la manière
dont l'argent circule. Là où les banques et la monnaie fiduciaire
occupaient une place quasi exclusive, de nouveaux instruments viennent
désormais modifier ce fonctionnement traditionnel (Arner,
Barberis&Buckley,2015).1(*)
Bien que ces mutations aient d'abord pris racine dans les
économies développées, via la
dématérialisation des
paiements,l'automatisationbancaireetl'essorducommerceenligne,leurpropagationverslesnationsémergentes
et en développement s'est effectuée à un rythme surprenant
(Ozili, 2018)2(*). Pour ces
pays caractérisés par un réseau bancaire limité, un
faible taux de bancarisation et une prédominance des transactions
informelles,lessolutionsnumériquesnereprésententpas
qu'unsimpleagrémenttechnologique,maisconstituentun levier fondamental
d'accès aux services financiers élémentaires et de
protection des revenus (Demirgüç-Kunt, Klapper, Singer, Ansar,
& Hess, 2018)3(*). Les
travaux menés en Afrique subsaharienne mettent en évidence le
rôle structurant de l'accès au crédit et aux moyens de
paiement dans le développement économique notamment pour les
ménages défavorisés et les petites entreprises (Hugon,
1990 ; Guillaumont Jeanneney & Kpodar, 2006 ; Fall, 2011). Or, les
coûts élevés liés à la sélection et
à la surveillance de la clientèle conduisent les banques à
exclure une large part des acteurs économiques (Stiglitz & Weiss,
1981), ce qui renforce l'importance des innovations financières
alternatives.
L'intégrationde latéléphonie
mobileauxservicesfinanciersapavé la voieà l'émergence
desmobilemoney.Ces outils, qui permettent de réaliser des
paiements, d'épargner et de transférer des fonds via un simple
téléphone portable, proposent une solution viable aux services
bancaires conventionnels (Chaix & Torre, 2015)4(*). Leur pertinence découle
de la pénétration massive de la téléphonie mobile
dans des régions où le système bancaire demeure hors de
portée. Ils s'inscrivent alors dans une logique de "marchés
accessibles" conçus pour les populations rurales, démunies ou peu
scolarisées, généralement exclues du secteur formel (Kim
& Mauborgne, 1997 ; GSMA, 2022).
Haïti, première république noire
indépendante, démontre clairement les écarts entre
exclusion financière et innovation numérique. L'économie
nationale repose majoritairement sur le secteur informel, alors que les
institutions financières n'arrivent pas à remplir leurs fonctions
de manière efficace. Les crises politiques, économiques et
sociales qui se sont enchaînées au fil des décennies ont
durablement désorganisé les circuits monétaires, avec des
répercussions notables sur la circulation de la monnaie fiduciaire.
L'apparition des portefeuilles mobiles constitue une réponse
concrète à un besoin structurel d'inclusion.
En2010,l'opérateurdetéléphoniemobileDigicelintroduit«TchoTchoMobile
» en partenariat avec la Scotiabank, un service qui sera relancé en
2015 sous le nom de « MonCash » (Haitian Times, 2015).
Problématique
L'étude du cas MonCash offre un
éclairage pertinent sur les enjeux liés aux paiements mobiles
dans un panorama de vulnérabilité économique.
Contrairement à d'autres pays où ces outils accompagnent une
évolution progressive du secteur financier, leur adoption en Haïti
répond à des contraintes structurelles profondes : faible
densité du réseau bancaire, prédominance des transactions
en espèces, entre autres.
D'après les données disponibles plus de 85 % des
échanges s'effectuent en numéraire. Ce constat met en
évidence les limites du système traditionnel et explique en
partie l'essor rapide des solutions numériques comme MonCash. Cette
adoption rapide soulève des enjeux pour le moins complexes.
Derrière la facilité d'usage se profilent des risques
significatifs : fraudes numériques, failles techniques,
détournements à des fins illicites. Dans un environnement
institutionnel fragile, ces menaces prennent une ampleur particulière et
interpellent les autorités monétaires. La Banque de la
République d'Haïti (BRH) se trouve confrontée à la
nécessité d'intégrer ces nouveaux instruments dans sa
politique monétaire, tout en adaptant son cadre réglementaire. Il
devient ainsi donc important d'évaluer dans quelle mesure MonCash
contribue à la modernisation de la circulation monétaire, tout en
identifiant les risques qu'il peut engendrer.
Questionsderecherche
La problématique que nous avons posée nous
amène à des questions très précises, qui vont
guider tout notre travail. La question principale est formulée comme
suit : dans quelle mesure le portefeuille mobile de Digicel a-t-il
influencé et/ou modernisé la circulation monétaire en
Haïti entre 2018 et 2025, et quels éléments
déterminent son évolution au regard des différentes crises
économiques, sociales, sanitaires et des catastrophes naturelles
survenues durant cette période ?
Encore, faudrait-il que nousnouspenchions
surdesaspectsplusspécifiques:
§
Commentleschiffres(nombred'utilisateurs,volumedestransactions,couverture
géographique)nous racontent-ils l'histoire de la transformation des
pratiques monétaires en Haïti depuis 2018 ?
§ Le service a-t-il modifié la vitesse à
laquelle l'argent circule et/ou a-t-il ouvert de nouveaux canaux pour la
politique de la Banque de la République d'Haïti (BRH) ?
§ À quel point
a-t-ilservidevéritablebouéedesauvetagefaceauxdysfonctionnementsdusystème
bancaire durant les crises, et qu'est-ce que cela nous apprend sur notre
résilience ?
§
Faceàcetteexpansion,quelsnouveauxrisques(fraude,sécurité)sontapparus,etcommentlasupervision
financière s'adapte-t-elle à cette nouvelle réalité
?
Hypothèsesde recherche
Pourrépondreàcesquestions,nousposonsleshypothèsessuivantes,quisont
lespistesquenousallonsexplorer.L'hypothèse principale postule que
l'adoption massive et la pérennité de MonCash ne résultent
pas d'un effet de mode conjoncturel, cela s'explique principalement par les
défaillances structurelles persistantes du système bancaire
traditionnel haïtien (faible densité d'agences, coûts
élevés d'accès, perception de risque et faible confiance).
Pourlereste,nouspensonsque:
§
LeschiffresdeMonCashmontrerontunesubstitutionprogressivedel'argentliquideparlamonnaie
électronique, surtout dans les zones urbaines.
§ Enfacilitant lestransactions,MonCashaprobablement
augmentéla vitessedecirculationde l'argentet a permis à la BRH
d'avoir un meilleur contrôle sur sa politique monétaire.
§
Pendantlespériodesdecrise,MonCashestdevenuunsystèmedepaiementdesubstitutionindispensable,
assurant une continuité économique quand le système
bancaire faiblissait.
§
Cettecroissancerapideamisenlumièreunmanquederégulationquidoitêtrecomblé,surtoutenmatière
de sécurité et de lutte contre la criminalité
financière.
Objectifsde recherche
L'objectif général de ce travail est
d'évaluer le rôle de MonCash dans la modernisation des paiements
en Haïti,
sonimpactsurlacontinuitédeséchangesetlasécuritédestransactions,ainsiquesacapacitéàsoutenirl'économie
face aux crises et aux dysfonctionnements du système bancaire au cours
de la periode de 2018 à 2025.Pour y parvenir, nous nous fixons des
objectifs spécifiques :
§ Analyser l'effet dece mobile money sur
lacirculationdel'argent et lamanièredont ilcomplèteou pallieles
limites du système bancaire traditionnel.
§ Identifier lesprincipauxdéfiset
risquesassociésàl'utilisationdeMonCash,notamment
enmatièrede sécurité des transactions.
§ Étudierdansquelle
mesurecettesolutiondigitalearenforcélarésilienceéconomiquedesménageset
des petites entreprises face aux perturbations récurrentes
Intérêtpratiqueet scientifiquedusujet
·
Intérêtscientifique
Ce mémoire dépasse l'exercice académique
sur les FinTechs pour interroger une mutation monétaire profonde.
L'étuded'unservicedepaiementmobileéclairelesmécanismesdesubstitutionmonétaireetlesinteractionsentre
monnaie électronique et monnaie fiduciaire. En couvrant une
période marquée par des crises et des tensions
économiques,larecherchefournitdesdonnéesempiriquessurlarésiliencedescircuitsfinanciersetsurlacapacité
d'une solution mobile à maintenir des transactions essentielles. Ces
résultats enrichissent la compréhension des stratégies
d'adaptation des petites économies insulaires face aux chocs
économiques récurrents.
· Intérêtpratique
Surleplanpratique,cemémoireapportedesélémentsconcretsàceuxquifaçonnentouaccompagnentl'évolution
desservices financiers. Ilpermet auxdécideursde mieuxorienter
lespolitiquesde digitalisation, auxopérateurs de comprendre les
leviersquifavorisent l'adoptiondespaiements mobiles, et auxpartenairesde
développement de s'appuyer sur une expérience locale pour penser
des solutions adaptées à d'autres situations. C'est une
contribution utile pour tous ceux quicherchent à renforcer
l'accès aux services financiers de manière durable et
réaliste.
Méthodologieetstructuredumémoire
Pour ce mémoire, nous avons choisi de travailler
principalement à partir des données et documents
déjà disponibles, plutôt que de collecter de nouvelles
informations sur le terrain. L'objectif est de comprendre le rôle du
portefeuille mobile considéré dans l'économie
haïtienne à travers les chiffres et analyses produits par les
institutions et les chercheurs qui suivent déjà cette question.
Nous nous appuyons avant tout sur les rapports de l'OTM Digicel, qui
détaillent le nombre d'utilisateurs, les volumes de transactions et la
répartition géographique des clients. À cela s'ajoutent
les publications de la Banque de la République d'Haïti (BRH),
essentielles pour replacer le service dans le contexte plus large du
système monétaire et financier du pays. Nous complétons
cette base avec des rapports d'organisations internationales telles que la
Banque mondiale, le FMI ou la GSMA, ainsi que des études
académiques et articles spécialisés. L'ensemble de ces
sources nous permet d'avoir une vision à la fois quantitative et
qualitative du phénomène.
Notre démarche analytique s'organise en deux
étapes. Dans un premier temps, nous examinons les séries
statistiques afin de retracer l'évolution de l'outil sur la
période étudiée et de mettre en relation cette dynamique
avec les crises politiques, sociales et économiques ayant secoué
le pays, sans négliger l'impact de la pandémie de COVID-19. Dans
un second temps, nous confrontons ces résultats à la
littérature existante et aux rapports institutionnels, afin de donner
une interprétation cohérente aux chiffres et de mieux cerner le
rôle du service dans la circulation monétaire et la modernisation
des paiements.Nous reconnaissons que cette méthode comporte plusieurs
limites. L'absence d'enquête directe auprès des utilisateurs
réduit notre capacité à saisir leurs expériences
concrètes, leurs contraintes quotidiennes et leurs motivations
individuelles. À cela s'ajoute la possibilité de lacunes ou
d'imprécisions dans certaines données, un enjeu accentué
par l'opacité informationnelle qui caractérise souvent le milieu
haïtien. Malgré ces restrictions, ce travail établit une
première base analytique dans la littérature économique
nationale et ouvre la voie à des recherches plus approfondies. Nous
invitons les institutions, chercheurs et praticiens du secteur à
poursuivre l'exploration empirique de ces dynamiques.
Ce travail de recherche est structuré en cinq
chapitres. Le premier chapitre définit les notions clés, retrace
l'évolution de la monnaie jusqu'à ses formes numériques,
et présente les principales théories liées à la
monnaie et l'adoption technologique. Le deuxième chapitre analyse les
portefeuilles mobiles à travers l'exemple du modèle africain
M-Pesa et autres modèles en abordant la monnaie électronique, ses
fonctionnalités, ses enjeux ainsi que le cadre légal qui encadre
son utilisation en Haïti. Le troisième chapitre décrit le
système financier haïtien, ses limites et les crises qui ont
affecté son fonctionnement entre 2018 et 2025.Le quatrième
chapitre, qui constitue le noyau de notre étude, porte sur le service de
paiement mobile choisi comme étude de cas ; nous y retraçons son
historique, analysons son modèle technique et économique,
documentons son évolution et évaluons son influence sur la
circulation monétaire et l'inclusion financière.Nous terminons
avec le cinquième chapitre autour duquel nous évaluons son impact
global sur la modernisation des paiements, la digitalisation du commerce et la
résilience économique, tout en identifiant les défis et
limites, pour aboutir à des recommandations concrètes et
réalistes.
CHAPITRE I - CADRE CONCEPTUEL ET THEORIQUE
Nous vivons une époque où l'argent change de
nature. La transformation des systèmes monétaires est sans doute
l'un des phénomènes économiques les plus marquants de ce
début du XXIe siècle. Partout, nos habitudes de paiement
basculent ; l'échange se déplace de la poignée de main
physique à l'impulsion numérique. Il ne s'agit pas d'une simple
mise à jour technique, mais d'une reconfiguration profonde de la
manière dont la monnaie remplit ses rôles vitaux dans
l'économie. Cette évolution s'inscrit dans un processus de
transformation structurelle des systèmes de paiement, influencé
par l'innovation technologique, les mutations des comportements transactionnels
et les stratégies des institutions financières visant une
optimisation des coûts opérationnels (Mishkin, 2010 ; Bodie &
Merton, 2011). Dans les économies développées, cette
transition s'est opérée de manière graduelle, suivant une
trajectoire marquée par l'adoption successive du chèque, de la
carte bancaire, puis des instruments de paiement électronique et mobile
(Demirgüç-Kunt et al., 2018). L'infrastructure financière
établie, couplée à un niveau élevé de
bancarisation et à des cadres réglementaires robustes, a
facilité l'intégration de ces innovations (World Bank, 2014).
Néanmoins, dans les pays à faible revenu, cette vague
numérique prend toute une autre direction. La littérature
académique récente documente un phénomène de saut
technologique (leapfrogging), où les populations non bancarisées
adoptent directement des solutions de paiement mobile sans transition
préalable par les canaux bancaires traditionnels (Aker & Mbiti, 2010
; Suri & Jack, 2016).
Cette trajectoire alternative soulève des
interrogations théoriques et empiriques substantielles quant aux
déterminants, aux modalités et aux implications
socioéconomiques de l'adoption des instruments de paiement non
traditionnels. Dans le cas spécifique d'Haïti, les données
révèlent une configuration paradoxale, un taux de bancarisation
de 18,9 % en 2014, nettement inférieur à la moyenne
régionale des Caraïbes (51,4 %), coexiste avec un taux de
pénétration de la téléphonie mobile de 70,05 % en
2015 (World Bank, 2015 ; CONATEL, 2016). Cette asymétrie entre
accès aux services de télécommunication et inclusion
financière formelle constitue le contexte dans lequel s'inscrit
l'introduction et le déploiement de services financiers mobiles depuis
2010.
Nous n'allons pas réinventer la roue, afin
d'éviter toute ambiguïté sémantique, une
clarification des concepts clés est indispensable. Notre recherche
s'intéresse à la manière dont la modernisation de la
circulation monétaire prend forme en Haïti. Pour comprendre les
changements en cours et apprécier concrètement les effets de
cette éventuelle transformation, il est essentiel de s'appuyer sur un
cadre clair, à la fois conceptuel et théorique. Ce chapitre a
donc pour objectif de poser ces bases de réflexion, afin de mieux
analyser et interpréter les réalités observées sur
le terrain. La première section (1.1) procède à la
définition opérationnelle des concepts fondamentaux
mobilisés dans l'analyse, à savoir les notions de portefeuille
mobile, services financiers numériques, digitalisation, inclusion
financière, innovation financière etc. La deuxième section
(1.2) retrace l'évolution historique de la monnaie, de ses formes
matérielles à ses manifestations numériques
contemporaines, afin de situer les innovations actuelles dans une perspective
de longue durée. La troisième section (1.3) expose les fondements
théoriques qui sous-tendent l'analyse, mobilisant successivement la
théorie de la monnaie et de l'innovation monétaire, la
théorie de la substitution monétaire, ainsi que les
modèles d'adoption technologique et de diffusion de l'innovation. Et
pour finir, la quatrième section (1.4) examine les transformations des
fonctions traditionnelles de la monnaie à l'ère numérique,
interrogeant la manière dont les instruments de paiement mobile
reconfigurent les dimensions transactionnelles, d'unité de compte et de
réserve de valeur.
1.1. Définition des concepts
clés
1.1.1. Portefeuille mobile
Un portefeuille mobile peut être défini comme une
plateforme numérique permettant de stocker de la valeur monétaire
sous forme électronique et d'effectuer des transactions sans
manipulation physique d'espèces (Mbiti & Weil, 2011). Le
portefeuille mobile fonctionne comme une interface entre trois sphères
:
- le monde physique du cash (via les points de
dépôt et retrait),
- l'univers numérique des transactions
électroniques,
- et potentiellement le système bancaire formel
(lorsque le portefeuille est adossé à un compte bancaire).
Ce qui le distingue fondamentalement des autres instruments de
paiement électronique, c'est son accessibilité. Là
où une carte bancaire nécessite un compte en banque, une
infrastructure de terminaux de paiement et souvent une connexion Internet
stable, le portefeuille mobile ne requiert qu'un téléphone
portable basique et un réseau de distribution d'agents.
1.1.2. Services financiers numériques (Digital
Financial Services - DFS)
Les services financiers numériques englobent l'ensemble
des produits et services financiers accessibles et délivrés via
des canaux digitaux, notamment les téléphones mobiles, Internet,
les cartes de paiement et d'autres dispositifs électroniques (Banque
mondiale, 2020). Ils incluent les paiements, les transferts d'argent,
l'épargne, le crédit, l'assurance et les services
d'investissement fournis par des institutions financières
traditionnelles ou de nouveaux acteurs technologiques. Ces services se
caractérisent par leur capacité à réduire les
coûts de transaction, à accroître la vitesse
d'exécution des opérations et à élargir la
portée géographique des prestataires financiers (Ozili, 2018).
1.1.3. Digitalisation
Le terme "digitalisation" est souvent utilisé de
manière vague pour désigner tout ce qui touche à
l'informatique ou à Internet. Pour notre propos, il faut être plus
précis. La digitalisation désigne le processus par lequel des
activités, des relations et des processus économiques
traditionnellement physiques sont transformés par l'utilisation de
technologies numériques (Vial, 2019). Il faut distinguer soigneusement
la digitalisation de la simple numérisation. Numériser, c'est
convertir de l'information analogique en format numérique (par exemple,
scanner un document papier). Digitaliser, c'est repenser entièrement un
processus à partir des possibilités offertes par le
numérique (Hinings, Gegenhuber & Greenwood, 2018). Quand une banque
permet à ses clients de consulter leur relevé en ligne
plutôt que de recevoir un courrier papier, elle numérise. Quand un
FSP permet à des millions de personne d'effectuer des transactions sans
se rendre dans une agence, c'est de la digitalisation, le processus même
de circulation de l'argent est reconfiguré.L'avènement des
innovations numériques confère à la monnaie des
caractéristiques distinctives qui transforment sa nature et sa
circulation. Premièrement, la digitalisation opère une
dématérialisation de l'actif monétaire, où l'argent
passe du statut d'objet physique à celui d'information ou de
donnée transactionnelle (Ahmad, 2020). Deuxièmement, elle induit
une accélération du flux monétaire, les transactions
numériques augmentant potentiellement la fréquence, ou
vélocité, avec laquelle les fonds sont échangés au
sein de l'économie (Ahmad, 2020]. Troisièmement, la monnaie
numérique assure une traçabilité inhérente aux
transactions, qui génère des données qui peuvent
être analysées et régulées, contrairement à
l'anonymat des espèces. Enfin, elle permet une
désintermédiation partielle, facilitant les échanges
directs P2P (pair-à-pair) en dehors des canaux bancaires traditionnels
(Ona, 2016).
1.1.4. Inclusion financière
L'inclusion financière désigne l'accès et
l'utilisation effective de services financiers formels par l'ensemble de la
population, en particulier les groupes traditionnellement exclus du
système financier formel (Demirgüç-Kunt et al., 2018). Ce
concept s'articule autour de trois dimensions dont l'accès
(disponibilité physique des services), l'usage (utilisation
régulière et effective) et la qualité (adéquation
des services aux besoins des utilisateurs). La littérature
économique examine les liens entre inclusion financière et
variables macroéconomiques. Levine (2005) analyse la relation entre
développement financier et croissance économique.
Demirgüç-Kunt et al. (2018) documentent les corrélations
entre inclusion financière et indicateurs de pauvreté dans
différents contextes nationaux. Ces travaux établissent des
associations entre l'accès aux services financiers formels et certains
comportements économiques des ménages, notamment en
matière de lissage de consommation et d'investissement.
1.1.5. Innovation financière
L'innovation financière englobe l'ensemble des nouveaux
produits, services, processus et modèles organisationnels qui modifient
la manière dont les fonctions financières sont exercées
(Merton, 1992). Elle se décline selon trois catégories :
technologique (nouveaux instruments ou canaux de distribution),
institutionnelle (modifications réglementaires ou structures de
marché) et produit (nouveaux actifs ou services). Les technologies
digitales constituent un vecteur d'innovation financière, se manifestant
à travers l'émergence des FinTech, des cryptomonnaies, des
plateformes de prêt entre pairs et des portefeuilles mobiles (Arner et
al., 2015).
1.1.6. Transformation digitale
La transformation digitale désigne la reconfiguration
des modèles économiques, des structures organisationnelles et des
écosystèmes industriels sous l'effet des technologies
numériques (Westerman et al., 2014). Dans le secteur financier, elle se
traduit par des modifications dans les modes de création de valeur,
d'interaction avec la clientèle et de conception des services. Ce
processus englobe des changements culturels, stratégiques et
opérationnels qui affectent l'ensemble de la chaîne de valeur
(Verhoef et al., 2021).
1.1.7. Circulation monétaire
La circulation monétaire désigne le mouvement de
la monnaie dans l'économie, soit la fréquence et la
rapidité avec lesquelles les unités monétaires changent de
mains pour financer des transactions (Fisher, 1911). Ce concept est
opérationnalisé par la vélocité (vitesse) de la
monnaie (V), qui mesure le nombre de fois qu'une unité monétaire
est utilisée pour acquérir des biens et services durant une
période donnée. L'équation quantitative de Fisher
formalise cette relation : MV = PY, où M
représente la masse monétaire, V la vélocité, P le
niveau des prix, et Y la production réelle (Fisher, 1911). Cette
équation établit que le volume des transactions
économiques dépend simultanément de la quantité de
monnaie en circulation (M) et de sa vitesse de circulation (V). La circulation
monétaire comporte deux dimensions analytiques. La première est
la dimension temporelle, captée par la vélocité, qui
indique la fréquence des transactions. La seconde est la dimension
structurelle, qui concerne les circuits empruntés par la monnaie dans le
système économique (Friedman, 1956). Dans les systèmes
traditionnels, ces circuits transitent principalement par les institutions
bancaires. Les innovations dans les moyens de paiement, notamment les solutions
de paiement mobile, peuvent modifier ces circuits en créant des canaux
alternatifs de circulation monétaire.
1.1.8. Économie numérique
L'économie numérique désigne la part de
la production économique qui découle principalement ou
exclusivement des technologies numériques et des modèles
d'affaires digitaux (OCDE, 2019). Elle englobe le secteur des TIC5(*) ainsi que l'ensemble des
activités économiques transformées par le
numérique, notamment le commerce électronique, les plateformes en
ligne, les services financiers digitaux et l'économie de partage. Cette
forme d'organisation économique présente des
caractéristiques spécifiques comme la
dématérialisation des échanges, effets de réseau,
réduction des coûts marginaux et collecte massive de
données (Brynjolfsson & McAfee, 2014).
1.1.9. Technologies financières (FinTech)
Les FinTech (contraction de "Financial Technology")
désignent les entreprises et innovations qui utilisent les technologies
numériques pour fournir des services financiers (Arner et al., 2015). Ce
terme englobe un écosystème comprenant les paiements mobiles, le
prêt en ligne, les conseils en investissement automatisés
(robo-advisors), les plateformes de financement participatif et les
technologies blockchain. Les FinTech se caractérisent par leur
utilisation des données massives et de l'intelligence artificielle pour
adapter leurs offres (Philippon, 2016). Elles modifient la structure
concurrentielle du secteur financier, interviennent auprès de
populations sous-bancarisées et soulèvent des questions
réglementaires et de sécurité.
1.2. Historique de la monnaie et de ses
multiples formes et fonctions
1.2.1. Genèse et évolution des formes
monétaires
La monnaie naît d'abord comme réponse pratique
aux limites du troc. Ce système d'échange direct pose un
problème majeur identifié par Menger en 1892, il faut que deux
personnes veuillent exactement ce que l'autre possède, au même
moment. Face à cette contrainte, les sociétés humaines ont
progressivement adopté des biens intermédiaires pour faciliter
les échanges. Coquillages, sel, bétail, métaux
précieux, etc. Ces monnaies-marchandises avaient l'avantage de
posséder une valeur propre tout en servant simultanément de moyen
d'échange et de réserve.
Le VIIe siècle avant notre ère marque un
tournant décisif avec l'apparition des pièces frappées en
Lydie (Davies, 2002). La standardisation des poids et la certification par
l'autorité politique ont radicalement réduit les coûts de
transaction. Les échanges commerciaux à grande échelle
deviennent alors possibles. On observe déjà à cette
époque une première forme de dématérialisation. La
valeur ne dépend plus uniquement du métal lui-même mais
repose aussi sur la confiance accordée à l'autorité qui
émet la pièce.
L'histoire se poursuit avec le papier-monnaie, qui
apparaît en Chine sous la dynastie Tang au VIIe siècle. L'Europe
l'adopte plus tardivement, à partir du XVIIe siècle, quand les
banques commerciales et centrales commencent à émettre leurs
propres billets (Kindleberger, 1993). Cette évolution représente
un nouveau saut vers l'abstraction. La monnaie devient essentiellement
fiduciaire, du latin fiducia pour confiance, et repose désormais sur la
confiance plutôt que sur une quelconque valeur intrinsèque. Au XXe
siècle, l'abandon progressif de l'étalon-or parachève
cette transformation. Les accords de Bretton Woods en 1944, puis leur
dissolution en 1971, consacrent définitivement le règne de la
monnaie fiat. Sa valeur découle uniquement de la garantie de
l'État et de son acceptation sociale.
1.2.2. La
dématérialisation progressive : de la monnaie scripturale
à la monnaie électronique
Le XIXe siècle voit émerger la monnaie
scripturale avec le développement des comptes bancaires et des
instruments de paiement comme les chèques (Bordo & Schwartz, 1984).
La monnaie devient alors une simple écriture comptable, une inscription
dans les registres des banques plutôt qu'un objet tangible. Aujourd'hui,
cette forme scripturale représente l'essentiel de la masse
monétaire dans les économies modernes. Elle illustre un processus
séculaire de dématérialisation qui ne cesse de
s'accélérer. L'informatisation des systèmes bancaires dans
la seconde moitié du XXe siècle amplifie considérablement
cette tendance. Les cartes de paiement font leur apparition dans les
années 1950, suivies des distributeurs automatiques dans les
années 1960. Ces innovations transforment radicalement l'accès
à la monnaie et les modalités de paiement (Humphrey, Pulley &
Vesala, 1996). Les années 1990 marquent une nouvelle étape avec
la banque en ligne et les premiers systèmes de paiement
électronique, qui annoncent déjà la révolution
mobile à venir.
La monnaie électronique constitue l'aboutissement
contemporain de ce processus. La Directive européenne 2009/110/CE la
définit comme une valeur monétaire stockée sous forme
électronique et acceptée comme moyen de paiement par des tiers
autres que l'émetteur. Elle prend plusieurs formes, la monnaie de
réseau utilisable via Internet, et la monnaie sur carte stockée
sur des supports physiques. L'arrivée des smartphones et de la
connectivité mobile généralisée ouvre une
troisième voie avec la monnaie mobile, accessible directement via des
applications sur téléphone portable.
1.2.3. Les trois fonctions
canoniques de la monnaie
Depuis Aristote, et de manière plus systématique
depuis les économistes classiques, on reconnaît trois fonctions
fondamentales à la monnaie (Jevons, 1875).
L'unité de compte permet d'exprimer la
valeur des biens, services et actifs dans une mesure commune. Cette fonction
facilite les comparaisons de prix, la comptabilité et le calcul
économique en général. Elle suppose toutefois une certaine
stabilité de la valeur monétaire. Quand l'inflation devient
excessive ou que l'hyperinflation s'installe, cette fonction se trouve
gravement perturbée (Laidler & Rowe, 1980).
L'intermédiaire des échanges
constitue la fonction la plus visible de la monnaie. Elle facilite les
transactions en éliminant cette fameuse double coïncidence des
besoins qu'exige le troc. La monnaie permet ainsi la division du travail, la
spécialisation productive et le développement du commerce
à grande échelle, comme l'avait déjà observé
Adam Smith en 1776. Son efficacité dans ce rôle dépend de
son acceptation généralisée, de sa liquidité et des
coûts de transaction liés à son utilisation.
La réserve de valeur offre la
possibilité de transférer du pouvoir d'achat dans le temps. Les
agents économiques peuvent épargner aujourd'hui pour consommer
demain. Cette fonction exige que la monnaie conserve sa valeur dans la
durée, ce qui devient problématique en période d'inflation
forte ou de crise de confiance. Elle entre alors en concurrence avec d'autres
actifs comme l'or, l'immobilier ou les obligations, qui peuvent servir de
réserves alternatives (Keynes, 1936).
1.3. Fondements théoriques
1.3.1. Théorie de la monnaie et
innovation monétaire
L'approche métalliste versus chartaliste
Deux grandes écoles de pensée s'affrontent sur
la question de l'origine de la monnaie. Pour les métallistes, avec
Menger (1892) et l'école autrichienne en tête, la monnaie
naît naturellement deséchanges. Face aux limites du troc, les
agents économiques finissent par adopter spontanément un bien
comme intermédiaire d'échange. Sa légitimité vient
de son acceptation collective et de sa valeur propre. Les chartalistes
racontent une histoire différente. Knapp (1905), repris plus tard par
les tenants de la Théorie Monétaire Moderne, insiste sur le
rôle central de l'État. C'est le pouvoir de lever l'impôt et
d'imposer un moyen de paiement qui donne sa valeur à la monnaie. La
confiance qu'on lui accorde dépend directement de la solidité de
l'institution qui l'émet.
L'innovation monétaire comme réponse
adaptative
Schumpeter (1934) a montré comment l'innovation
alimente la dynamique capitaliste. Dans le domaine monétaire, chaque
nouvelle forme répond à des besoins concrets. Silber (1983)
identifie trois moteurs principaux comme : diminuer les coûts de
transaction, rendre l'intermédiation financière plus efficace, et
parfois contourner des règles trop contraignantes. Les lettres de change
au Moyen Âge, puis les billets de banque, les chèques et les
cartes bancaires témoignent de cette évolution constante. Les
portefeuilles mobiles prolongent cette histoire. Ils émergent là
où le système financier traditionnel fonctionne mal, avec ses
coûts élevés et ses barrières à
l'entrée. Dans les pays en développement, ces innovations
contournent carrément les infrastructures bancaires classiques en
s'appuyant sur la téléphonie mobile, déjà
massivement répandue (Jack & Suri, 2011).
La théorie de l'endogénéité
de la monnaie
Les post-keynésiens, notamment Moore (1988) et Lavoie
(1992), ont développé une vision où la masse
monétaire dépend surtout de la demande de crédit. Les
banques commerciales créent de la monnaie scripturale quand elles
prêtent, un processus que la banque centrale ne contrôle
qu'indirectement par les taux d'intérêt. Cette perspective devient
cruciale quand on analyse les portefeuilles mobiles. En créant de
nouveaux circuits de circulation hors du système bancaire classique, ces
instruments changent potentiellement la façon dont la politique
monétaire se transmet à l'économie. Comment la banque
centrale maintient-elle son influence sur la masse monétaire quand une
partie circule ailleurs (Kamgnia, 2015) ?
1.3.2. Théorie de la substitution
monétaire (Currency Substitution)
Fondements théoriques de la substitution
monétaire
La substitution monétaire se produit quand les
résidents d'un pays utilisent systématiquement une devise
étrangère à la place ou en complément de leur
monnaie nationale (Calvo & Végh, 1992). Le phénomène a
d'abord été étudié avec la dollarisation en
Amérique latine, mais il s'applique maintenant aux monnaies
électroniques. Alesina et Barro (2001) pointent plusieurs facteurs
déclencheurs. L'inflation chronique mine la capacité de la
monnaie locale à conserver sa valeur. Une banque centrale peu
crédible affaiblit la confiance. L'ouverture commerciale rend les
devises étrangères plus utiles. Même les coûts de
conversion entre monnaies jouent un rôle.
Hysteresis (Latence) et persistance de la
substitution
Un aspect fascinant, c'est la persistance du
phénomène. Guidotti et Rodriguez (1992) ont observé qu'une
fois installée, la substitution monétaire continue souvent
même quand les causes initiales ont disparu. Les coûts
d'apprentissage, les effets de réseau (une monnaie devient plus utile si
tout le monde l'utilise) et la méfiance durablement installée
expliquent cette inertie. En Haïti, la gourde cohabite déjà
avec le dollar dans beaucoup de transactions. L'arrivée des
portefeuilles mobiles ajoute une troisième couche, la monnaie
électronique, qui peut se substituer à la fois aux gourdes
physiques et aux dollars en espèces.
Implications pour la politique monétaire
Quand une part importante des transactions se fait dans une
devise étrangère ou via des instruments alternatifs, la politique
monétaire nationale perd de son mordant (Savastano, 1996). Les
décisions de la banque centrale sur les taux ou la base monétaire
ont moins d'impact sur l'économie réelle. Pour les portefeuilles
mobiles, la situation diffère légèrement. Même s'ils
utilisent généralement la monnaie nationale comme unité de
compte, ils créent des circuits parallèles au système
bancaire formel. La banque centrale doit adapter sa supervision pour garder
prise sur la masse monétaire et la liquidité
1.3.3. Théorie de l'adoption
technologique et diffusion de l'innovation
Le modèle de diffusion des innovations de
Rogers
Rogers (1962, 2003) décrit comment les innovations se
propagent dans une société selon une courbe en S. Ça
démarre lentement, puis ça accélère quand
suffisamment de gens ont adopté, avant de ralentir quand le
marché sature. Il distingue cinq types d'adoptants, des innovateurs
(2,5%) aux retardataires (16%). Cinq caractéristiques influencent
l'adoption. L'avantage par rapport à l'existant compte
énormément. La compatibilité avec les habitudes et valeurs
aussi. La complexité freine l'adoption. La possibilité d'essayer
sans s'engager facilite le passage à l'acte. Enfin, voir que d'autres en
bénéficient encourage l'imitation. Pour les portefeuilles
mobiles, la rapidité et l'accessibilité constituent des avantages
évidents, tandis que la possibilité de faire d'abord de petites
transactions rassure.

Le Modèle d'Acceptation Technologique (TAM)
Davis (1989) a construit un modèle centré sur
deux perceptions. D'abord l'utilité, c'est-à-dire dans quelle
mesure la technologie améliore vraiment la vie. Ensuite la
facilité d'usage, soit l'effort nécessaire pour s'en servir. Le
modèle s'est enrichi avec le temps (TAM2, TAM3) en intégrant
l'influence des pairs, le statut social associé à l'usage, la
pertinence pour les tâches quotidiennes et la qualité des
résultats (Venkatesh & Davis, 2000). Pour les services financiers
mobiles, la confiance et la perception du risque pèsent lourd, surtout
là où la sécurité informatique reste faible (Mbiti
& Weil, 2015).
La théorie unifiée de l'acceptation et de
l'utilisation de la technologie (UTAUT)

Venkatesh et al. (2003) ont synthétisé plusieurs
modèles en identifiant quatre déterminants principaux. Les gains
attendus en termes de performance. La facilité d'utilisation.
L'influence sociale, donc la pression des pairs. Et les conditions facilitantes
comme les infrastructures disponibles. Le genre, l'âge,
l'expérience et le caractère volontaire ou forcé de
l'adoption modulent ces facteurs. Cette grille aide à comprendre
l'adoption rapide des portefeuilles mobiles malgré un contexte
difficile. Le besoin d'alternatives bancaires était pressant. La
couverture mobile s'est étendue. L'effet de démonstration a
joué fort, notamment durant les crises quand ceux qui utilisaient ces
services pouvaient continuer à faire leurs transactions.
Les effets de réseau et les marchés
bifaces
Les plateformes de paiement mobile présentent des
caractéristiques de marchés bifaces (two-sided markets),
théorisés par Rochet et Tirole (2003). Elles mettent en relation
deux groupes d'utilisateurs interdépendants à savoir les payeurs
et les receveurs (ou consommateurs et commerçants). La valeur pour
chaque groupe dépend de la taille de l'autre groupe, créant des
effets de réseau croisés (cross-side network effects). Ce
phénomène génère des dynamiques
particulières. Une fois qu'une masse critique d'utilisateurs est
atteinte sur les deux versants, l'adoption s'auto-renforce. Les
commerçants acceptent le service parce que beaucoup de clients
l'utilisent. Plus de clients l'adoptent parce que beaucoup de
commerçants l'acceptent. Cette mécanique explique pourquoi les
premiers entrants sur ces marchés bénéficient souvent
d'avantages compétitifs durables (winner-takes-most dynamics).
1.4. Fonctions de la monnaie à l'ère
numérique
1.4.1. Transformation des
fonctions traditionnelles
La digitalisation ne fait pas disparaître les trois
fonctions classiques de la monnaie mais change profondément leur
exercice quotidien.
L'unité de compte dans l'environnement
digital
La numérisation touche peu cette fonction en apparence.
Les prix restent libellés en monnaie nationale. Mais elle facilite quand
même la conversion instantanée entre devises. Dans les
économies dollarisées comme Haïti, les applications peuvent
afficher simultanément les montants en gourdes et en dollars, permettant
de jongler entre les deux sans calculette. La multiplication des formes
monétaires crée toutefois un risque de fragmentation. Quand
espèces, monnaie bancaire, monnaie électronique de
différents émetteurs et cryptomonnaies cohabitent avec des
références distinctes, comparer les prix ou tenir une
comptabilité devient vite un casse-tête.
L'intermédiaire des échanges gagne en
vitesse
C'est là que le changement se voit le plus. Les
paiements mobiles éliminent une bonne partie des frictions. Fini les
délais bancaires, les transactions sont instantanées. Les
coûts baissent, surtout pour les petits montants. Plus besoin de se
déplacer physiquement, la contrainte géographique
disparaît. Et transporter de l'argent liquide avec tous ses risques
devient moins nécessaire. La vitesse de circulation
s'accélère mécaniquement. Alors que les billets peuvent
dormir dans un tiroir ou exiger des déplacements pour changer de mains,
la monnaie électronique file d'un compte à l'autre en quelques
secondes. Cette accélération a des répercussions
macroéconomiques sur la vélocité de la monnaie, donc sur
la demande globale, comme le rappelle l'équation quantitative de Fisher
(M × V = P × Y).
La réserve de valeur entre
risques nouveaux et opportunités
La monnaie électronique complique cette fonction. D'un
côté, elle peut mieux protéger l'épargne en
réduisant les vols physiques et en facilitant la constitution d'une
réserve de précaution grâce à des
fonctionnalités dédiées. De l'autre, elle amène son
lot de dangers inédits. Failles techniques, piratage, faillite de
l'opérateur, gel arbitraire des comptes. Dans les économies
instables, le problème reste entier. Si la monnaie fiduciaire perd
rapidement sa valeur, la version électronique libellée dans la
même devise ne protège pas davantage. Certains opérateurs
proposent alors des comptes multidevises ou des options d'épargne
indexées pour contourner l'obstacle.
1.4.2. Nouvelles fonctions
émergentes
La monnaie numérique ne se contente pas de reproduire
l'ancien. Elle invente de nouvelles fonctions.
Traçabilité et transparence
Contrairement aux espèces qui ne laissent aucune trace,
les transactions électroniques s'inscrivent dans des registres
numériques. Rogoff (2016) y voit un outil contre la corruption, le
blanchiment et l'évasion fiscale puisque les flux financiers deviennent
plus visibles. Les utilisateurs peuvent aussi consulter leur historique,
établir des budgets et piloter leurs finances plus finement. Mais cette
traçabilité a son revers. Les données transactionnelles
révèlent beaucoup sur les comportements, les relations et les
préférences. Kahn et Roberds (2009) soulignent que la
régulation doit trouver un équilibre délicat entre les
bénéfices de la transparence et la protection de la vie
privée.
Inclusion et autonomisation
Les portefeuilles mobiles font plus que dupliquer les services
bancaires. Ils ouvrent des portes à des populations longtemps exclues.
Dans les sociétés patriarcales, les femmes peuvent gérer
discrètement leurs ressources. Les travailleurs migrants envoient de
l'argent à leur famille pour une fraction du coût habituel. Les
petits commerçants reçoivent des paiements sans devoir installer
d'infrastructure lourde (Suri & Jack, 2016). Cette dimension dépasse
le simple outil financier. La monnaie mobile devient un vecteur de
développement social et d'émancipation économique,
particulièrement là où les structures traditionnelles
excluent systématiquement certains groupes.
Plateforme et écosystème
Les portefeuilles mobiles évoluent. De simples moyens
de paiement, ils se transforment en plateformes qui agrègent une foule
de services. Paiement de factures, achat de crédit
téléphonique, crédit, épargne, assurance, parfois
même commerce en ligne et livraison. Cette logique de plateforme exploite
la masse d'utilisateurs captifs comme une ressource pour déployer des
servicesadditionnels. La monnaie change ainsi de nature. Elle devient
l'interface qui donne accès à tout un ensemble de services
dépassant largement ses fonctions traditionnelles. Parker, Van Alstyne
et Choudary (2016) replacent cette évolution dans la logique plus large
de l'économie numérique où les plateformes captent la
valeur.
CHAPITRE II - PRÉSENTATION DE L'ÉCONOMIE
HAÏTIENNE
L'architecture financière d'un pays reflète
toujours son histoire, ses institutions et ses contradictions. Haïti ne
fait pas exception. Pour comprendre comment et pourquoi les portefeuilles
mobiles ont pu s'imposer si rapidement, il faut d'abord saisir les
caractéristiques du système monétaire et financier dans
lequel ils s'insèrent. Ce chapitre pose le décor
nécessaire à notre analyse. Il décrit l'économie
haïtienne dans ses grandes lignes, examine la structure du système
bancaire, analyse les modes traditionnels de circulation monétaire, puis
retrace les crises qui ont secoué le pays entre 2018 et 2025. Nous
abordons ensuite les défis persistants de bancarisation et d'inclusion
financière, avant de conclure par le cadre réglementaire
établi par la Banque de la République d'Haïti pour encadrer
l'émergence des services financiers numériques.

2.1. Caractéristiques macroéconomiques
Haïti occupe la partie occidentale de l'île
d'Hispaniola, qu'elle partage avec la République dominicaine. Sur une
superficie de 27 750 km², la population s'élève à
près de 12 millions d'habitants 6(*)selon les dernières estimations. Cette
population concentrée principalement dans les espaces urbains et
périurbains, confère au territoire une densité
démographique parmi les plus élevées de la région.
La capitale, Port-au-Prince, en regroupe à elle seule près du
tiers là où les principales activités économiques,
sociales et administratives y sont établies.
L'économie haïtienne reste, à bien des
égards, l'une des plus pauvres de l'hémisphère occidental.
En 2024, le PIB par habitant s'établissait à 1 154,87 dollars
américains (Trading Economics, 2024). Le pays figure parmi les nations
à faible revenu selon la classification de la Banque mondiale. Cette
situation se détériore, le PIB par habitant était de 1 219
dollars en 2023, soit une baisse de 3 % par rapport à 2022 (Worldometer,
2023). La structure sectorielle de l'économie révèle la
prédominance du tertiaire, qui contribue à 57,6 % du PIB, suivi
de l'agriculture (22,1 %) et de l'industrie (20,3 %) selon les estimations de
2017 (Index Mundi, 2017). Plus récemment, la part de l'agriculture dans
le PIB a diminué à 18,15 % en 2023 (TheGlobalEconomy.com, 2023).
Cette économie sous-diversifiée présente un secteur
agricole qui, bien qu'il emploie une proportion significative de la
main-d'oeuvre, génère une valeur ajoutée
décroissante.
La trajectoire de croissance économique se
caractérise par son instabilité chronique. L'économie a
connu une contraction de 4,2 % en 2024, avec des baisses sectorielles
marquées : agriculture (-5,6 %), industrie (-4,7 %), et services (-3,9
%) (World Bank, 2024). Cette performance négative s'inscrit dans une
tendance de long terme où le taux de croissance annuel moyen est aux
prises avec des difficultés à générer une expansion
économique suffisante pour absorber la croissance démographique.
Les projections pour 2025 anticipent une contraction supplémentaire de
2,0 % (World Bank, 2024). L'économie reste structurellement affaiblie
par les crises sécuritaires et l'instabilité politique.
L'inflation représente un défi
macroéconomique majeur. Le taux d'inflation, qui atteignait 44,2 % en
2023, s'est modéré à 25,8 % en 2024, bien que l'inflation
alimentaire soit demeurée particulièrement élevée,
s'établissant en moyenne à 34,7 % en 2024 (World Bank, 2024). Les
données historiques révèlent que le taux d'inflation
s'élevait à 33,98 % en 2022, après avoir été
de 16,84 % en 2021 et de 22,80 % en 2020 (MacroTrends, 2023)7(*). Cette volatilité
inflationniste érode systématiquement le pouvoir d'achat des
ménages et compromet toute planification économique
cohérente. En 2025, il est estimé que 37,6 % de la population
haïtienne vit avec moins de 2,15 dollars par jour en parité de
pouvoir d'achat de 2017 (World Bank, 2025).


2.1.1. Dollarisation de facto et dualisme monétaire
Le pays présente une dollarisation de facto
qui cohabite avec l'usage de la gourde (HTG), la monnaie nationale. La
Constitution haïtienne confère à la gourde le statut
d'unique cours légal, mais le dollar américain circule librement
et s'impose dans les transactions quotidiennes, particulièrement dans
les zones urbaines et pour les montants élevés. La
dépréciation chronique de la gourde face au dollar
américain constitue le premier déterminant de cette
dollarisation. Entre 2014 et 2024, la gourde a perdu 64,4 % de sa valeur face
au dollar (FocusEconomics, 2025). Le taux de change est passé d'environ
40 gourdes pour 1 dollar en 2014 à environ 130 gourdes pour 1 dollar en
2024 (CGAA, 2025). Sur la décennie 2014-2024, le dollar américain
s'est apprécié de 127,52 % par rapport à la gourde
(Exchange-rates.org, 2025), ce qui a une grande incidence sur le pouvoir
d'achat de la monnaie nationale. Les agents économiques ont tendance
à privilégier systématiquement le dollar comme
réserve de valeur et unité de compte pour les transactions
importantes.
Les transferts de la diaspora haïtienne constituent le
deuxième facteur de dollarisation. Ces transferts représentaient
21,4 % du PIB en 2023, soit une hausse par rapport aux 18,75 % de 2022
(TheGlobalEconomy.com, 2024). En valeur absolue, le pays a reçu 3,8
milliards de dollars en 2023, bien qu'il s'agisse d'une baisse de 1,2 % par
rapport à l'année précédente (Haitian Times, 2024).
Ces flux massifs, libellés principalement en dollars américains,
injectent des devises dans l'économie domestique et renforcent
structurellement l'usage du dollar. Entre octobre 2023 et janvier 2024, le pays
a reçu 1,23 milliard de dollars en transferts (U.S. Department of State,
2025). La réglementation de la BRH impose désormais que les
transferts internationaux soient versés en devises si le
bénéficiaire les reçoit sur un compte bancaire en dollars,
mais doivent être payés en gourdes si le
bénéficiaire effectue un retrait aux points de service (U.S.
Department of State, 2025). Cette politique vise à limiter la
circulation directe des dollars tout en permettant à la BRH de
contrôler une partie des flux de devises. Les importations
haïtiennes, notamment de produits alimentaires et de carburant, sont
facturées en dollars, L'instabilité macroéconomique
chronique, ajoutée à cela, des taux d'inflation atteignant 49,3 %
en janvier 2023 (BTI, 2024), renforce la préférence pour le
dollar. Les tentatives de la BRH pour stabiliser la gourde par des injections
de dollars sur le marché des changes n'ont pas permis d'enrayer la
dépréciation (BTI, 2024). Les réserves internationales
nettes de la BRH s'élevaient à 472 millions de dollars au 30
septembre 2023 (U.S. Department of State, 2025).
2.1.2. Poids de l'économie informelle
L'économie informelle constitue une
caractéristique structurelle majeure de l'économie
haïtienne. Les données de l'Organisation internationale du travail
(OIT) montrent que 91,5 % de l'emploi total relève du secteur informel
(TheGlobalEconomy.com, 2012), un taux nettement supérieur à la
moyenne mondiale de 62,61 %. Cette proportion place le pays parmi les
économies les plus informelles au monde. D'autres sources estiment que
le secteur informel représente 71 % de l'économie nationale
(UNDP, cité dans World Bank, 2023), tandis que World Economics
évalue la taille de l'économie souterraine à 48,5 % du PIB
en parité de pouvoir d'achat (World Economics, 2025). Cette
informalité traverse tous les secteurs économiques : commerce de
rue, petite manufacture, transport, construction et services domestiques. Les
femmes sont particulièrement touchées, puisque 80 % des
travailleuses haïtiennes opèrent dans le secteur informel (World
Bank, 2023), notamment les Madan Saras qui assurent le commerce
transfrontalier de produits agricoles sans aucune protection juridique ou
structure de supervision.
Les implications fiscales de cette forte informalité
affectent directement la capacité opérationnelle de
l'État. Les recettes fiscales du pays ne représentent que 13 % du
PIB (BTI, 2024), soit le taux le plus faible de la région
latino-américaine. Les recettes fiscales ont chuté de 6,3 %
à 5,2 % du PIB entre 2023 et 2024 (World Bank, 2024), ce qui
reflète l'érosion continue de la base imposable. Cette faiblesse
fiscale découle de plusieurs facteurs : la capture des revenus douaniers
par des membres influents du secteur privé, le déclin des
activités économiques formelles dû à la violence des
gangs, et la capacité administrative limitée de l'État. Le
déficit budgétaire atteignait 6 % du PIB en 2022 et devait
être financé par la Banque centrale (BTI, 2024), malgré
l'existence d'un pacte limitant ce type de financement monétaire. Les
tentatives de réforme fiscale, dont l'adoption d'un nouveau code fiscal
en octobre 2022, ont permis un quasi-doublement des revenus douaniers au
premier trimestre de l'exercice 2022-2023 grâce à des mesures
restrictives contre la contrebande et le trafic d'influence (BTI, 2024).
Toutefois, ces gains demeurent insuffisants face à l'ampleur de
l'informalité.
2.1.3. Dépendance aux transferts de la diaspora
La diaspora haïtienne représente une composante
démographique et économique structurante pour le pays. Les
estimations situent cette population entre 1,5 et 2 millions de personnes
vivant à l'étranger (Wikipedia, 2025)8(*), bien que certaines sources
avancent le chiffre de 2,5 millions (Haiti Open, s.d.). Les États-Unis
constituent la principale destination, avec 731 000 immigrants haïtiens
recensés en 2022 (Migration Policy Institute, 2023)9(*), suivis de la République
dominicaine (496 000), du Chili (237 000), du Canada (101 000) et de la France
(85 000) selon les données des Nations Unies de mi-2020 (Migration
Policy Institute, 2023). Le recensement américain de 2021 évalue
la population d'origine ou d'ascendance haïtienne aux États-Unis
à 1 138 855 personnes (Wikipedia, 2025). Au Canada, la communauté
haïtienne compte environ 100 000 personnes, concentrées
principalement au Québec pour des raisons linguistiques et historiques
(Wikipedia, 2025).
Ces flux migratoires génèrent des transferts de
fonds qui constituent la première source de devises du pays. En 2022, le
pays a reçu 4,5 milliards de dollars en transferts formels, soit plus de
22 % du PIB national (Migration Policy Institute, 2023). Cette proportion
grimpe à 21,4 % en 2023 (TheGlobalEconomy.com, 2024), voire à 30
% du produit national brut selon certaines estimations. Les données de
la Banque mondiale montrent une croissance de près de huit fois des
transferts depuis 2000 (Migration Policy Institute, 2023). En 2023,
malgré une baisse de 1,2 % par rapport à l'année
précédente, les transferts se chiffraient à 3,8 milliards
de dollars (Haitian Times, 2024). Entre octobre 2023 et janvier 2024, le pays a
reçu 1,23 milliard de dollars (U.S. Department of State, 2025). Ces flux
assurent la survie économique de milliers de ménages et
compensent partiellement les défaillances de l'État en
matière de protection sociale. Haïti figure parmi les pays dont la
survie économique dépend le plus des remises de la diaspora
(HDUH, s.d.).
Historiquement, ces transferts transitaient par des
opérateurs spécialisés tels que Western Union et
MoneyGram, qui dominent largement le marché des transferts vers
Haïti (U.S. Senate Committee on Foreign Relations, 2010). Les frais
associés à ces services demeurent élevés. En
période normale, les frais de transfert oscillent entre 7 % et 9 % du
montant envoyé (U.S. Senate Committee on Foreign Relations, 2010). Les
données de la Banque mondiale sur les prix des transferts de fonds
confirment que pour un envoi de 200 dollars des États-Unis vers
Haïti, les frais totaux (incluant les frais de transaction et la marge sur
le taux de change) varient selon l'opérateur et le mode de paiement.
MoneyGram facture 7,33 % (14,66 dollars) via agent pour un retrait en
espèces, tandis que Western Union facture entre 4,34 % (8,68 dollars)
via agent et 7,84 % (15,68 dollars) via Internet (World Bank, Remittance Prices
Worldwide, s.d.). Ces coûts grèvent significativement la valeur
reçue par les bénéficiaires, d'autant plus que les petits
montants subissent proportionnellement des frais plus élevés.
Pour eux-autres, recevoir l'argent implique de se déplacer vers un point
de service, parfois éloigné de plusieurs kilomètres dans
les zones rurales, et de faire la queue avec les risques sécuritaires
inhérents au fait de ressortir avec une somme importante en liquide.
2.2. Structure du système bancaire haïtien
2.2.1. Architecture institutionnelle
Le système bancaire haïtien se compose de
plusieurs catégories d'institutions financières
supervisées par la Banque de la République d'Haïti (BRH),
l'autorité monétaire centrale. Cette architecture comprend les
banques commerciales, les institutions de microfinance (IMF), les
coopératives d'épargne et de crédit (CEC), et, depuis les
années 2010, les prestataires de services financiers
numériques.
La BRH, créée en 1979 par scission de la Banque
Nationale de la République d'Haïti (BNRH), constitue l'institution
faîtière du système financier haïtien. Cette
réforme institutionnelle a donné naissance à deux
entités distinctes : d'une part, la BRH en tant que banque centrale ;
d'autre part, la Banque Nationale de Crédit (BNC) en tant que banque
commerciale (Wikipedia, 2025). La BRH assume les fonctions régaliennes
d'une banque centrale : émission monétaire, conduite de la
politique monétaire, supervision prudentielle du système
financier et gestion des réserves de change (globalEDGE, s.d.). Son
indépendance statutaire est inscrite dans la Constitution
haïtienne, bien que les pressions politiques aient historiquement
compromis son autonomie opérationnelle. En 2023, l'endettement public
envers la BRH atteignait 12,3 % du PIB, dette non servie mais encadrée
par un protocole d'accord signé en juillet 2022 entre la BRH et le
ministère de l'Économie et des Finances (IMF, 2024).
Le secteur bancaire commercial quant à lui compte neuf
banques principales en 2024 (U.S. Department of State, 2025), dont la Banque
Nationale de Crédit (BNC), Unibank, Sogebank, Capital Bank, Citibank
(qui opérait en Haiti jusqu'à juillet 2024), Banque de l'Union
Haïtienne (BUH) etc. Ces institutions détiennent des capitaux
mixtes : certaines sont contrôlées par des intérêts
locaux, d'autres constituent des filiales de groupes internationaux ou
entretiennent des relations de correspondance bancaire avec des institutions
étrangères. Unibank, après l'acquisition des
opérations haïtiennes de Scotiabank en 2017, est devenu la plus
grande institution bancaire du pays avec une part de marché de 35 % sur
les dépôts (U.S. Department of State, 2025). Ces banques
fournissent les services financiers classiques comme la collecte de
dépôts, l'octroi de crédits, les transferts de fonds et les
opérations de change. Leur infrastructure physique reste
concentrée dans les zones urbaines, particulièrement dans l'aire
métropolitaine de Port-au-Prince et quelques villes secondaires.
2.2.2. Concentration géographique et
oligopolistique
Le secteur bancaire haïtien présente une double
concentration structurelle. La concentration géographique se manifeste
d'abord par la distribution inégale des agences bancaires. La
majorité de ces agences se trouve dans l'aire métropolitaine de
Port-au-Prince, alors que les zones rurales et plusieurs villes moyennes
demeurent sous-desservies. Cette distribution reflète une logique
d'optimisation économique. Les banques privilégient les zones
où la densité démographique et le niveau d'activité
économique justifient l'investissement dans des infrastructures
physiques coûteuses.
La concentration oligopolistique caractérise ensuite la
structure du marché bancaire. Les trois principales institutions
bancaires dont la Unibank, la Sogebank et la Banque Nationale de Crédit
contrôlent approximativement 80 % des actifs totaux du secteur bancaire,
soit environ 325 milliards de gourdes (4 milliards de dollars
américains) (U.S. Department of State, 2025). Les données de la
Banque mondiale confirment cette concentration, en 2021, les trois plus grandes
banques commerciales détenaient 85,62 % des actifs bancaires totaux, en
hausse par rapport à 81 % en 2020 (TheGlobalEconomy.com, 2021). Cette
proportion dépasse largement la moyenne mondiale de 67,43 %
calculée sur 135 pays. Historiquement, la concentration bancaire dans le
pays a oscillé entre 79,89 % (minimum atteint en 2016) et 100 % (maximum
enregistré en 2003), avec une moyenne de 89,89 % sur la période
2003-2021 (TheGlobalEconomy.com, 2021).
2.2.3. Faiblesse de l'intermédiation
financière
Malgré leur position dominante, les banques
haïtiennes exercent une fonction d'intermédiation financière
insuffisante. Les trois principales banques concentrent 76 % du portefeuille
total de prêts, tandis que 70 % des crédits totaux sont
accaparés par 10 % des emprunteurs (U.S. Department of State, 2025).
Selon une étude de FinScope Haiti réalisée en 2018,
seulement 1 % de la population adulte a accès à un prêt
bancaire (U.S. Department of State, 2025). Cette double concentration
accroît la vulnérabilité du système bancaire aux
risques de crédit systémiques et restreint la
disponibilité du capital pour l'ensemble de l'économie L'aversion
au risque des institutions bancaires explique en partie cette faiblesse. Les
banques privilégient les placements sûrs, notamment les bons du
Trésor émis par l'État haïtien, plutôt que les
prêts à l'économie productive. L'absence de bureaux de
crédit fonctionnels et de registres cadastraux fiables complique
l'évaluation des emprunteurs potentiels. Les banques exigent
systématiquement des garanties sous forme de biens immobiliers pour
octroyer des prêts, mais l'inefficacité des registres cadastraux
et de l'état civil crée des obstacles insurmontables pour les
demandeurs de crédit (U.S. Department of State, 2025). Les taux
d'intérêt débiteurs demeurent élevés, la
demande solvable de crédit demeure très faible. Le secteur
bancaire adopte des pratiques de prêt extrêmement conservatrices,
accordant des crédits exclusivement à leurs clients les plus
fiables et solvables (U.S. Department of State, 2025).
2.2.4. Le secteur de la microfinance
Face aux carences du système bancaire formel, le
secteur de la microfinance s'est développé pour desservir les
populations exclues. Le pays compte 90 coopératives d'épargne et
de crédit enregistrées auprès de la BRH, totalisant
environ 639 000 membres en septembre 2013 (IMF, 2015). Les actifs totaux du
secteur des coopératives s'élevaient à 12,1 milliards de
gourdes en 2018, soit une croissance de 22,72 % par rapport à 2017
(Ciguino & Paul, 2022). Contrairement aux banques commerciales, les
coopératives opèrent principalement en dehors de Port-au-Prince.
Environ 80 % de leurs succursales se situent dans les provinces (IMF, 2015).
Les estimations du secteur microfinancier non coopératif
suggèrent l'existence d'environ 200 institutions avec des actifs
totalisant approximativement 10 milliards de gourdes, bien que peu d'entre
elles transmettent des données à la BRH (Lhermite, 2012,
cité dans IMF, 2015). Ces institutions offrent des services
adaptés aux micro-entrepreneurs et aux ménages à faibles
revenus dont des microcrédits, épargne et transferts de fonds.
Leur approche diffère de celle des banques traditionnelles par des
procédures simplifiées, une proximité avec les clients et
une compréhension des réalités de l'économie
informelle. Les IMF au pays appliquent cependant des taux
d'intérêt élevés, entre 40 % et 60 % annuellement
(Haiti Now, 2025).
Le secteur fait néanmoins face à des
défis conséquents. La supervision prudentielle exercée par
la BRH reste lacunaire, qui, pour la peine a favorisé des dérives
institutionnelles et des faillites retentissantes. La crise financière
de 2002 a marqué un tournant. Elle a effacé 200 millions de
dollars américains en épargne (MicroCapital, 2009),
déclenchée par la prolifération d'organisations
pyramidales se présentant comme des coopératives d'épargne
et de crédit légitimes. Cette crise est survenue après que
le gouvernement haïtien a supprimé les plafonds sur les taux
d'intérêt et abaissé les exigences de réserves pour
les banques en 1995, sans mettre à jour la réglementation
bancaire (MicroCapital, 2009). Suite à cette crise, le gouvernement a
adopté une législation visant à renforcer la supervision
des coopératives d'épargne et de crédit et a accru les
pouvoirs réglementaires de la BRH. Malgré ces réformes, le
secteur microfinancier non coopératif demeure non
réglementé en 2024, avec une disponibilité limitée
des données (IMF, 2015). Des projets de loi visant à
réglementer les IMF et à clarifier les rôles respectifs de
la BRH et du Conseil National de Coopératives (CNC) sont en attente
d'approbation parlementaire depuis plusieurs années (IMF, 2015).
2.3. Circulation monétaire et moyens de paiement
traditionnels
2.3.1. Prédominance absolue du cash
L'économie haïtienne fonctionne principalement sur
la base des transactions en espèces. Selon le U.S. Department of
Commerce (2023), le numéraire constitue le mode de paiement le plus
couramment utilisé en Haïti. Cette préférence pour
les espèces traverse tous les segments de la société, des
marchés informels aux commerces formels, en passant par le
règlement des salaires et la rémunération des services.
Les billets et les pièces représentent la forme dominante des
moyens de paiement, aux côtés de quatre autres méthodes
dont les chèques, le Système de Paiement Interbancaire
Haïtien (SPIH), les cartes bancaires et les paiements via
téléphones mobiles (U.S. Department of Commerce, 2023).
Cette forme d'exclusion financière constitue le premier
déterminant de cette dépendance au cash. Les données sur
l'inclusion financière révèlent que seulement 16 % de la
population haïtienne avait accès à des comptes bancaires
avant 2010 (Evidencity, 2023). Bien que l'inclusion financière se soit
améliorée avec l'émergence des portefeuilles mobiles,
l'exclusion financière touche encore 67 % des Haïtiens (Evidencity,
2024). Une enquête FinScope réalisée en 2018 montre que
seulement 1 % de la population adulte a accès à un prêt
bancaire (U.S. Department of State, 2025). Cette exclusion bancaire
structurelle empêche mécaniquement l'accès aux moyens de
paiement électroniques qui nécessitent un compte bancaire
actif.
La méfiance historique envers les institutions
financières favorise encore plus cette préférence pour le
cash. La crise financière de 2002, qui a effacé 200 millions de
dollars américains en épargne suite à la
prolifération d'organisations pyramidales déguisées en
coopératives légitimes (MicroCapital, 2009), a
profondément contribué à la confiance du public. Cette
méfiance persiste dans 31 % des réponses des
non-détenteurs de comptes en Europe et en Asie centrale, une proportion
trois fois supérieure à d'autres régions
(Demirgüç-Kunt & Klapper, 2012), bien que les données
spécifiques à Haïti ne soient pas disponibles. L'anonymat du
cash convient particulièrement à une économie où
91,5 % de l'emploi total relève du secteur informel
(TheGlobalEconomy.com, 2012), un environnement où la
traçabilité des transactions n'est ni recherchée ni
souhaitée.
2.3.2. Coûts et risques du système cash
Le système de paiement basé sur le cash
génère des coûts directs et indirects considérables
pour tous les acteurs économiques. Sur le plan individuel, transporter
et conserver de l'argent liquide expose aux vols et aux agressions,
particulièrement dans un contexte où les gangs contrôlent
une partie significative du territoire national. Entre 2020 et 2022, les gangs
ont assassiné 150 policiers, et 14 autres en janvier 2023 seulement
(BTI, 2024). Le ratio actuel de policiers actifs par rapport à la
population s'établit à 1,2 pour 1 000 habitants, bien en
deçà du standard des Nations Unies de 2,2 pour 1 000 (BTI, 2024).
Cette insécurité généralisée rend le
transport d'espèces particulièrement dangereux. Les
ménages qui conservent leurs économies à domicile
s'exposent également aux pertes en cas d'incendie, d'inondation ou de
catastrophe naturelle, risques endémiques dans un pays enclin aux
séismes et aux ouragans.
Pour les entreprises, la gestion du cash impose des
coûts logistiques substantiels. La sécurisation des locaux
nécessite des investissements en infrastructures physiques
(coffres-forts, portes blindées, systèmes de surveillance). Les
services de convoyage de fonds demeurent coûteux et risqués dans
un environnement où les hold-up de véhicules blindés ne
sont pas rares. L'immobilisation de personnel pour compter et vérifier
les billets représente un coût d'opportunité significatif,
particulièrement pour les petits commerces où chaque
employé assume plusieurs fonctions. Le risque de fausse monnaie, bien
que non quantifié dans les statistiques officielles, constitue une
préoccupation constante des commerçants. Les déplacements
réguliers vers les agences bancaires pour déposer les recettes
impliquent des frais de transport et des pertes de temps productif, d'autant
plus que les agences bancaires se concentrent géographiquement dans
l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.
Au niveau macroéconomique, la circulation de cash en
dehors des circuits bancaires complique substantiellement le travail de la BRH.
La masse monétaire fiduciaire échappe largement au contrôle
et à la surveillance de l'autorité monétaire. Cette
opacité rend difficile l'évaluation précise de la
liquidité dans l'économie et limite l'efficacité des
instruments de politique monétaire. La BRH peine à exercer une
influence directe sur les comportements de thésaurisation ou de
dépense lorsque les avoirs monétaires circulent en dehors du
système bancaire formel.
2.3.3. Moyens de paiement alternatifs limités
Les moyens de paiement non-cash demeurent marginaux dans notre
économie. Les chèques, bien que juridiquement reconnus, sont peu
utilisés en raison de la méfiance
généralisée qu'ils inspirent et des délais de
compensation interbancaire. Leur usage se limite essentiellement aux
transactions entre entreprises ou pour certains paiements formels tels que les
loyers commerciaux élevés et les règlements de factures de
fournisseurs.
Les cartes bancaires, qu'elles soient de débit ou de
crédit, concernent une fraction minime de la population. Deux
institutions bancaires, Unibank et SOGEBANK, opèrent normalement des
réseaux de guichets automatiques (U.S. Department of Commerce, 2023).
Tout récemment, Capital Bank. Les détenteurs de cartes de
débit peuvent effectuer des retraits depuis tout distributeur
automatique portant le logo « PRONAP », qui indique
l'interopérabilité entre les systèmes bancaires (U.S.
Department of Commerce, 2023). L'adoption des cartes bancaires se heurte
néanmoins à plusieurs obstacles structurels tels que le faible
taux de bancarisation, le nombre limité de terminaux de paiement
électronique (TPE) chez les commerçants, et les coûts
élevés pour les utilisateurs comme pour les accepteurs.
Même dans les zones urbaines, de nombreux commerces refusent les
paiements par carte, contraignant les clients à retirer du cash aux
distributeurs automatiques, eux-mêmes peu nombreux et fréquemment
hors service en raison des coupures électriques récurrentes.
Selon les données de 2022, seulement 46,9 % de la population a
accès à l'électricité, dont uniquement 18 % dans
les zones rurales (BTI, 2024).
Les virements bancaires existent mais demeurent complexes,
lents et coûteux pour les particuliers. Le Système de Paiement
Interbancaire Haïtien (SPIH) permet aux entreprises et aux particuliers de
traiter des transactions en temps réel entre les comptes bancaires
commerciaux via la BRH (U.S. Department of Commerce, 2023). Ce type de
transfert de fonds sécurisé permet des règlements bruts en
temps réel avec des frais de transaction très faibles. Le SPIH
est largement privilégié par les entrepreneurs haïtiens en
raison de sa traçabilité et de sa sécurité (U.S.
Department of Commerce, 2023). Toutefois, pour la population
générale, les frais de virement interbancaire découragent
leur utilisation pour les montants modestes, tandis que les délais de
traitement pour les virements non-SPIH peuvent s'étendre sur plusieurs
jours, ce qui rend ce moyen inadapté aux besoins de rapidité des
transactions quotidiennes.
2.4. Impact des crises politico-sociales sur le
système financier (2018-2025)
De 2018 à nos jours, le pays ne cesse d'enregistrer des
moments tumultueux, qui fort malheureusement impactent le fonctionnement de
l'économie dans son ensemble et plus particulièrement le
système financier.
Chronologie des crises majeures
2018-2019 : Crise PetroCaribe et soulèvement
populaire
En juillet 2018, des manifestations éclatent suite
à une hausse de 50% des prix du carburant, conséquence de
l'effondrement du programme PetroCaribe. Le mouvement
#KotKòbPetwoKaribea, lancé par Gilbert Mirambeau Jr. en
août 2018, devient viral et déclenche une protestation nationale.
Environ 1,3 milliard de dollars auraient disparu durant l'administration
Martelly (2011-2016), avec 75% des fonds PetroCaribe évaporés.
Les manifestations de novembre 2018 font 10 morts, celles de
février 2019 causent 34 décès et 102 blessés. Le
journaliste Rospide Petion est assassiné en juin 2019 après avoir
critiqué le gouvernement. Ces événements paralysent
régulièrement l'activité économique et bloquent les
principales artères routières.
Le système bancaire subit directement ces perturbations
: fermetures temporaires d'agences, réduction des heures d'ouverture,
ruptures de stock aux distributeurs automatiques. La circulation physique de
l'argent devient problématique, les convois de fonds étant
souvent impossibles à organiser.
2019-2020 : Instabilité politique et pandémie
En janvier 2020, le Parlement cesse de fonctionner. Le
président Moïse gouverne par décrets pendant plus d'un an.
La pandémie de COVID-19 atteint le pays en mars 2020. Les restrictions
de déplacement et la crainte de contagion poussent la population
à éviter les lieux publics, dont les agences bancaires.
2021 : Assassinat présidentiel et
séisme
Le 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse est
assassiné à son domicile par 28 mercenaires étrangers. Il
reçoit 12 balles et son oeil gauche est arraché. Les assaillants
tentent de s'emparer de documents et d'espèces (entre 18 et 45 millions
de dollars selon les sources). L'absence de blessés parmi les gardes
présidentiels soulève des questions sur une complicité
interne.
Le 14 août 2021, un séisme de magnitude 7,2
frappe le Sud, causant 2 248 décès et 12 763 blessés. Les
dommages économiques atteignent 1,5 à 1,7 milliard de dollars
(9,6% du PIB). Environ 800 000 personnes sont affectées. Le lendemain,
un séisme de magnitude 5,8 frappe la même zone, suivi de plus de
900 répliques et de la tempête tropicale Grace.
2022-2025 : Emprise des gangs et violence
généralisée
La situation sécuritaire se dégrade
drastiquement. Environ 200 gangs opèrent dans le pays, dont la
moitié à Port-au-Prince. En 2023, les gangs contrôlent plus
de 80% de la capitale ; en 2025, les Nations Unies estiment ce contrôle
à 90%. Au moins 5 600 personnes ont été tuées en
2024, contre 4 600 en 2023. En 2024, Haïti connaît une
multiplication par dix de la violence sexuelle contre les enfants.
Le nombre de policiers en service actif chute de 15 000 en
2020 à 9 000 en 2024 pour une population de plus de 11 millions
d'habitants. En 2023, 1 663 policiers quittent leurs fonctions et 22 sont
tués. En 2025, 1,4 million de personnes sont déplacées
à l'intérieur du pays (+36% depuis fin 2024), dont deux tiers
hors de Port-au-Prince.
Conséquences sur l'accès aux services
bancaires
Ces crises ont drastiquement réduit
l'accessibilité des services bancaires. De nombreuses agences ferment
temporairement ou définitivement, particulièrement dans les zones
touchées par l'insécurité. Les agences encore
opérationnelles fonctionnent avec des horaires réduits et des
mesures de sécurité renforcées qui ralentissent le
service.
Les files d'attente s'allongent devant les agences et
distributeurs, les clients cherchant à retirer suffisamment d'argent
pour éviter de revenir fréquemment. Se rendre en ville pour
accéder à une agence devient parfois impossible pendant des jours
ou des semaines en raison des barrages routiers.
Pénuries de liquidités et ruée
vers le cash
Chaque épisode de crise provoque des ruées vers
les banques et les guichets automatiques. Ces mouvements de panique
entraînent des ruptures de liquidités durant plusieurs jours et
paralysent l'activité économique.
La BRH peine à assurer une répartition
équilibrée des billets sur tout le territoire.
L'insécurité routière entrave le transport de fonds vers
les zones éloignées. Le manque persistant de petites coupures
ralentit le commerce de détail dans certaines régions.
Dans ce contexte, les acteurs économiques se tournent
vers des moyens de paiement alternatifs : chèques postdatés,
crédit informel, et surtout services de paiement mobile. Cette
évolution contrainte a contribué à familiariser une partie
de la population avec les portefeuilles électroniques.
Défis de bancarisation et d'inclusion
financière
État de l'exclusion financière
Selon la BRH (2024), seulement 12% de la population
possède un compte dans une institution financière formelle,
plaçant Haïti parmi les pays les moins bancarisés au monde.
Cette exclusion touche particulièrement les femmes, les jeunes, les
populations rurales et les travailleurs du secteur informel.
L'enquête FinScope Haiti (2018) révèle que
si 18,9% des adultes possèdent un compte bancaire, environ 30% utilisent
au moins un produit ou service financier formel ou semi-formel (microfinance,
solutions mobiles).
Barrières à l'accès
Obstacles géographiques : Le
réseau d'agences se concentre dans les villes. Les populations rurales
se trouvent à des heures, voire des jours de trajet de la banque la plus
proche, créant un coût réel en temps et en argent.
Obstacles financiers : Les banques imposent
des montants minimums pour l'ouverture et le maintien d'un compte, souvent
équivalents à plusieurs semaines de revenu pour un travailleur
pauvre. Les frais de tenue de compte et les commissions créent une
barrière infranchissable pour les ménages modestes.
Obstacles documentaires : L'ouverture d'un
compte exige une carte d'identification nationale, des justificatifs de
domicile et parfois des preuves de revenus réguliers. Une large part de
la population ne possède pas ces documents, vit dans des arrangements
informels et tire ses revenus d'activités non documentées.
Obstacles culturels et psychologiques : Le
langage bancaire, perçu comme complexe et intimidant, décourage
les personnes peu éduquées. L'impression que les banques ne
s'intéressent qu'aux riches crée une distance sociale qui
renforce l'auto-exclusion.
CHAPITRE III - PORTEFEUILLES
MOBILES ET MONNAIE ÉLECTRONIQUE : BESOINS ET DEFIS
À l'échelle
mondiale, la transformation numérique s'accélère et
bouleverse en profondeur les systèmes monétaires traditionnels.
Cette mutation, particulièrement visible dans les économies
émergentes, répond à la nécessité de
renforcer l'inclusion financière et de moderniser les infrastructures de
paiement. L'argent liquide, longtemps au coeur des échanges
économiques, révèle aujourd'hui ses limites face aux
exigences de l'économie contemporaine. Les coûts de gestion
élevés, les risques sécuritaires, l'exclusion de certaines
populations du système financier et les inefficacités
opérationnelles soulignent la nécessité d'une
évolution structurelle. En Haïti, où près de 80 % de
la population adulte demeure non bancarisée (GSMA, 2020) et où le
téléphone constitue le deuxième bien le plus
répandu après le lit selon l'enquête Finscope (Village
Justice, 2023), le développement des services de paiement mobile
s'inscrit dans une dynamique mondiale de digitalisation des échanges
monétaires. Ces outils technologiques visent à compenser les
limites du système financier traditionnel tout en favorisant
l'émergence d'un environnement économique plus inclusif, plus
sûr et plus efficace. Ce chapitre se propose d'analyser la transition
vers la monnaie électronique à travers l'étude des
modèles africains de développement des services financiers
mobiles. Il examine d'abord les problématiques liées à la
forte utilisation du numéraire, puis retrace l'évolution des
systèmes monétaires vers le numérique. L'analyse met en
perspective les principales expériences observées sur le
continent africain, avant d'aborder la typologie et les fonctionnalités
des portefeuilles électroniques ainsi que le cadre réglementaire
et institutionnel encadrant leur déploiement en Haïti.
3.1. Problématiques liées à l'usage
intensif du cash
3.1.1. Le poids économique de la gestion du cash

L'usage massif de l'argent liquide continue d'exercer
un poids économique considérable sur les économies en
développement. Cette charge, souvent sous-estimée, concerne
à la fois les États, les institutions financières, les
entreprises et les ménages (McKinsey & Company, 2018). Elle se
manifeste selon plusieurs dimensions interdépendantes : les coûts
de production, la logistique de distribution, la sécurisation et
l'impact sur la compétitivité des acteurs économiques.
a)
Coûts de production et de maintien de la masse monétaire
La fabrication et le maintien de la monnaie fiduciaire
nécessitent des investissements technologiques continus afin d'assurer
la sécurité et la confiance du public dans la monnaie nationale.
Les banques centrales doivent sans cesse innover pour intégrer des
dispositifs de protection tels que les hologrammes, les encres
spéciales, les fibres de sécurité ou encore les
microtextes (Terra Nova, 2017). Ces technologies, indispensables pour
prévenir la contrefaçon, entraînent des coûts de
production élevés et récurrents (Banque de France, 2023).
La durée de vie moyenne des billets reste limitée,
particulièrement dans les économies où les petites
coupures circulent intensivement. Cette usure prématurée exige un
remplacement fréquent, entraînant des dépenses
supplémentaires en matière de conception, d'impression, de
transport et de destruction des billets détériorés (Banque
de France, 2023). À titre d'exemple, la Banque des Règlements
Internationaux (BIS, 2018) estime que la gestion complète du cycle de
vie des billets représente une part significative des coûts
opérationnels des banques centrales, notamment dans les pays où
les transactions en espèces demeurent dominantes.
b)
Infrastructure de distribution et de sécurisation
La circulation physique du cash exige une logistique
complexe et onéreuse. Le transport sécurisé des fonds
entre les banques centrales, les établissements commerciaux et les
distributeurs automatiques mobilise des ressources humaines
spécialisées, des véhicules blindés et des
dispositifs de surveillance avancés (La Finance pour Tous, 2024). Ces
opérations quotidiennes constituent des charges fixes importantes pour
le secteur bancaire. Par ailleurs, la sécurisation des infrastructures
financières, notamment les coffres-forts, les systèmes d'alarme,
les caméras et le personnel de sécurité, représente
un investissement lourd, tant en capital qu'en maintenance (Cash Essentials,
2018). Ces coûts, souvent invisibles pour les usagers, se
répercutent sur les tarifs bancaires et pèsent sur la
rentabilité du système financier. La Banque mondiale (World Bank,
2019) estime que dans certaines économies émergentes, les
coûts logistiques et de sécurité liés au maniement
du cash peuvent atteindre jusqu'à 1,5 % du PIB.
c)
Impact sur la compétitivité des entreprises
Pour les entreprises, la manipulation d'espèces
représente une contrainte opérationnelle et financière
significative. Le temps consacré au comptage, au dépôt en
agence, au rapprochement des soldes ou à la vérification de la
fausse monnaie constitue une perte d'efficacité et de
productivité (McKinsey & Company, 2018). Cette charge pèse
particulièrement sur les petites entreprises et le commerce informel,
qui disposent de marges bénéficiaires limitées et de
moyens logistiques restreints (Cash Essentials, 2018). De plus, les risques de
vol, d'erreurs de caisse ou de détournement interne accroissent les
pertes financières potentielles (World Bank, 2019). Ces contraintes
s'ajoutent aux coûts directs liés à la gestion des
espèces, qui affectent la compétitivité et limitent
l'adoption de solutions plus modernes de paiement numérique. Dans
plusieurs études comparatives, notamment en Afrique de l'Est et en Asie
du Sud, les coûts opérationnels associés aux paiements en
espèces ont été identifiés comme un frein majeur
à la formalisation et à la croissance des petites entreprises
(BIS, 2018).
3.1.2. Vulnérabilités sécuritaires et
criminalité financière
L'usage intensif de l'argent liquide crée un
environnement favorable à diverses formes de criminalité
financière et expose les populations à des risques
sécuritaires multiples. Les mécanismes par lesquels le
numéraire alimente ces dynamiques recoupent des enjeux
d'informalité, de blanchiment, d'insécurité physique et de
contrefaçon.
a)
Facilitation de l'économie souterraine
L'argent liquide offre un anonymat quasi-total qui
favorise le développement de l'économie informelle et de
l'évasion fiscale. Les travaux récents sur l'informalité
montrent que celle-ci représente une part importante de
l'activité économique dans de nombreux pays en
développement, qui rend encore plus difficile la transition vers des
circuits formels de production et de taxation (World Bank, 2021). La
traçabilité limitée des transactions en espèces
facilite également le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme
et d'autres activités criminelles (Terra Nova, 2017). Les organisations
criminelles privilégient naturellement les paiements en cash pour
dissimuler l'origine illicite de leurs fonds et échapper aux
mécanismes de contrôle des autorités financières.
b)
Insécurité physique des porteurs de cash
La détention et le transport d'argent liquide
exposent les individus à des risques d'agression et de vol. Cette
vulnérabilité est particulièrement aiguë dans les
contextes de forte insécurité urbaine, comme c'est le cas dans
plusieurs grandes villes haïtiennes. Les rapports des Nations unies et des
organisations spécialisées documentent une augmentation
significative des enlèvements et des saisies de fonds, ainsi que le
rôle du numéraire dans le financement des groupes armés et
des réseaux criminels locaux (UN Security Council Panel of Experts, 2024
; ACAPS, 2023). Les journées de paie, les périodes de fêtes
ou les transactions commerciales importantes deviennent des moments à
haut risque pour les travailleurs et les commerçants. Cette
insécurité a des répercussions économiques
directes. Certaines personnes renoncent à se déplacer avec des
sommes importantes, ce qui restreint leurs capacités de transaction et
d'investissement. D'autres consacrent des ressources significatives à
leur protection personnelle, coûts qui auraient pu être
alloués à des activités productives.
c)
Vulnérabilité à la contrefaçon
Malgré les efforts constants pour
sécuriser les billets, la contrefaçon demeure une menace
permanente. Les autorités monétaires suivent de près le
phénomène et publient des bilans annuels sur le nombre de faux
billets retirés de la circulation, soulignant que malgré des
progrès technologiques la contrefaçon persiste et cible souvent
les coupures les plus courantes (Banque de France, 2024 ; Banque centrale
européenne, 2024). Les populations les moins éduquées
financièrement sont particulièrement vulnérables, ne
disposant pas toujours des connaissances nécessaires pour identifier les
faux billets.
3.1.3. Exclusion financière et marginalisation
économique
L'économie basée sur le cash
perpétue et renforce l'exclusion financière de vastes segments de
la population, particulièrement dans les économies
émergentes.
a)
Barrières à l'accès aux services financiers
formels
En Afrique subsaharienne, environ 90% des transactions
se font encore en espèces, tandis que 360 millions de personnes
demeurent sans aucun type de compte financier formel. À l'échelle
mondiale, 1,7 milliard d'adultes restaient non bancarisés en 2024,
concentrés principalement dans les pays en développement. Cette
exclusion résulte de multiples facteurs dont l'éloignement
géographique des agences bancaires, les coûts d'ouverture et de
maintien de compte prohibitifs, les exigences documentaires difficiles à
satisfaire pour les populations précaires, méfiance envers les
institutions formelles. En Haïti, où 80% de la population adulte
est non bancarisée, ces obstacles prennent une dimension
particulièrement critique.
Tableau
récapitulatif10(*)
|
Région
|
Adultes bancarisés (%)
|
Adultes non bancarisés (millions)
|
Transactions en cash (%)
|
Comptes mobile money (%)
|
|
Monde
|
76%
|
1700
|
--
|
--
|
|
Afrique subsaharienne
|
35%
|
360
|
90%
|
21%
|
|
Haïti
|
20%
|
--
|
85%
|
15%
|
|
Amérique latine & Caraïbes
|
73%
|
--
|
60%
|
12%
|
|
Asie
du sud
|
70%
|
--
|
75%
|
18%
|

b) Impossibilité
d'accumuler un historique financier

L'utilisation exclusive du cash prive les individus de
la possibilité de construire un historique de transactions qui pourrait
servir de garantie pour accéder au crédit formel. Sans compte
bancaire, sans relevés de transactions, les personnes non
bancarisées ne peuvent démontrer leur capacité de
remboursement aux institutions financières. Cette absence d'historique
financier crée un cercle vicieux. Sans accès au crédit
formel, les populations précaires se tournent vers des sources de
financement informelles, souvent usuraires, qui entérinent leur
situation économique plutôt que de la stabiliser.
L'impossibilité d'obtenir un crédit pour développer une
activité économique, investir dans l'éducation ou faire
face à des urgences médicales perpétue la
pauvreté.
c)
Limitation des transactions à distance et du commerce
L'économie du cash impose une contrainte
géographique fondamentale. Toute transaction nécessite la
présence physique simultanée de l'acheteur et du vendeur, ou
à défaut, d'un intermédiaire de confiance. Cette
limitation restreint considérablement les opportunités
commerciales, particulièrement pour les populations rurales ou
éloignées des centres économiques. Les transferts d'argent
domestiques, essentiels dans de nombreux pays en développement où
les migrations internes sont importantes, demeurent coûteux, lents et
risqués lorsqu'ils reposent sur des systèmes de convoyage
physique du cash. Les familles rurales dépendant des envois de fonds de
leurs proches travaillant en ville subissent des frais de transaction
élevés et des délais d'acheminement parfois importants.
d)
Vulnérabilité des femmes et des populations
marginalisées
L'économie du cash se révèle
particulièrement vulnérable lors de crises : catastrophes
naturelles, pandémies, troubles sociaux. Les événements
récents, notamment la pandémie de COVID-19, ont
démontré que les systèmes de paiement dépendant
exclusivement du cash ne permettent pas de maintenir l'activité
économique lorsque les déplacements physiques sont limités
ou que la confiance dans la manipulation de billets potentiellement
contaminés s'effondre. Cette faiblesse structurelle a des
conséquences humanitaires importantes. Lors de situations d'urgence,
l'acheminement d'aide financière vers les populations affectées
devient extrêmement complexe lorsqu'il repose sur la distribution
physique d'espèces, retardant l'assistance et augmentant les risques de
détournement.
3.2. Le cas M-Pesa au Kenya :
archétype de la réussite du mobile money
a)
Genèse et expansion d'une révolution financière

M-Pesa, dont le nom combine "M" pour mobile et "Pesa"
signifiant argent en swahili, a été lancé en mars 2007 par
Safaricom, le principal opérateur de télécommunications du
Kenya, avec le soutien de Vodafone (CapMad, 2024; Conduit Pay, 2024).
Initialement conçu pour permettre le remboursement de
microcrédits via téléphone mobile, M-Pesa a rapidement
évolué pour devenir une plateforme financière
complète qui offre transferts d'argent, paiements de factures,
épargne, crédit et même assurance. Compte tenu des
informations disponibles, cette solution digitale a connu un succès
fulgurant. M-Pesa a gagné 2 millions d'utilisateurs dès sa
première année d'opération (Harvard Business School,
2015). En 2024, la plateforme compte plus de 40 millions d'utilisateurs au
Kenya, ce qui représente une part significative de la population
(Conduit Pay, 2024). Le service s'est étendu à 10 pays, incluant
la Tanzanie, le Mozambique, la République Démocratique du Congo,
le Lesotho, le Ghana et l'Égypte, totalisant plus de 51 millions de
souscripteurs et traitant 614 millions de transactions mensuelles (CapMad,
2024). Le volume de transactions témoigne de l'intégration
profonde de M-Pesa dans l'économie kenyane. En 2024, la plateforme a
traité plus de 100 milliards de dollars de transactions, un montant
colossal pour une économie dont le PIB s'élève à
environ 110 milliards de dollars (Conduit Pay, 2024). En 2014
déjà, M-Pesa représentait près de 7% de la valeur
totale des paiements nationaux et deux tiers du volume total de transactions
(Harvard Business School, 2015).
b)
Impact révolutionnaire sur l'inclusion financière
L'impact de M-Pesa sur l'inclusion financière au Kenya
est sans précédent dans l'histoire économique
contemporaine. Le taux d'inclusion financière du pays est passé
de 26,7% en 2006 à 82,9% en 2019 et 83,7% en 2021 (CapMad, 2024). Plus
récemment, les données indiquent que plus de 86% des adultes
kenyans sont désormais financièrement inclus, principalement
grâce à M-Pesa et à l'agent banking qui s'est
développé en réponse (ResearchGate, 2021). Cette
transformation a été particulièrement
bénéfique pour les populations rurales et non bancarisées.
Avant M-Pesa, de nombreux Kenyans, spécialement dans les zones rurales,
n'avaient aucun accès aux services bancaires traditionnels en raison de
l'absence d'infrastructures. M-Pesa a changé cette réalité
en permettant à quiconque possédant un téléphone
mobile de participer à l'économie numérique (Conduit Pay,
2024). L'accessibilité géographique constitue un atout majeur.
Aucun utilisateur kenyan ne se trouve à plus de 3 kilomètres d'un
agent M-Pesa, ce qui rend le service extrêmement accessible même
dans les régions reculées (OMFIF, 2024). Ce réseau de 600
000 agents à travers les pays où M-Pesa opère crée
une infrastructure capillaire bien plus dense que n'importe quel réseau
bancaire traditionnel (CapMad, 2024).
c)
Transformation des dynamiques économiques et sociales
Au-delà de l'inclusion financière brute, M-Pesa
a transformé les dynamiques économiques et sociales du Kenya. Les
envois de fonds, indispensables pour de nombreux ménages ruraux, ont
été radicalisés. En 2024, les transferts effectués
via cette plateforme dépassaient 3 milliards de dollars, ayant
significativement amélioré les conditions de vie des familles
rurales (Conduit Pay, 2024). L'envoi et la réception d'argent sont
désormais plus rapides, moins coûteux et plus
sécurisés qu'avec les méthodes traditionnelles. L'impact
sur la réduction de la pauvreté a été
documenté par plusieurs études académiques. La
facilité d'accès aux transferts de fonds plus fréquents et
rapides, combinée à la capacité d'épargner via des
produits comme M-Shwari (compte d'épargne rémunéré
lancé en 2012 en partenariat avec Commercial Bank of Africa), a permis
à des millions de Kenyans d'améliorer leur résilience
financière (MDPI, 2019).
d)
Facteurs de succès : régulation innovante et
compétition
Le succès de M-Pesa ne doit rien au hasard mais
résulte d'une combinaison unique de facteurs, au premier rang desquels
figure une approche réglementaire innovante. Lors du lancement en 2007,
le Professeur Njuguna Ndung'u, alors Gouverneur de la Banque Centrale du Kenya,
adopta une posture révolutionnaire. Il autorisa M-Pesa à
opérer tout en indiquant que la Banque Centrale régulerait le
service une fois qu'elle comprendrait ce qu'elle régulait (ResearchGate,
2021; Blavatnik School of Government, 2017). Cette approche, plus tard
conceptualisée sous le terme de "Test and Learn" ou "Regulatory
Sandbox", permit à M-Pesa de se développer sans être
étouffé par des régulations prématurées. La
collaboration entre Safaricom et la Banque Centrale tout au long du processus,
notamment pour déterminer les frais d'usage dès le départ
puis itérer avec de nouvelles législations conçues pour
atténuer les risques sans nuire à la fonctionnalité,
s'avéra capitale (OMFIF, 2024). La compétition a également
joué un rôle integral. En permettant aux fournisseurs de
télécommunications de concurrencer les banques commerciales dans
l'offre de produits similaires, les autorités ont assuré un
développement rapide et une innovation continue. Cette
compétition a paradoxalement profité au secteur bancaire. Entre
2015 et 2019, le nombre de comptes de dépôt bancaires a
augmenté de 71%, qui par ricochet a conduit à de meilleures
performances financières pour les banques commerciales (OMFIF, 2024).
3.3. Modernisation de la circulation monétaire dans
les économies émergentes
La numérisation des systèmes de paiement
constitue un vecteur majeur de modernisation de la circulation monétaire
dans les économies émergentes. Elle s'inscrit dans une logique de
transition progressive vers des systèmes financiers plus inclusifs,
traçables et efficaces.Si le Kenya s'est imposé comme le
laboratoire pionnier de la finance mobile en Afrique subsaharienne grâce
au lancement de M-Pesa par l'opérateur Safaricom en 2007, d'autres
économies émergentes comme le Brésil, le Nigeria et l'Inde
ont, à leur tour, suivi des trajectoires propres de digitalisation
monétaire. Chacun de ces pays a développé un modèle
adapté à sa réalité économique et
institutionnelle, ce qui a produit des résultats distincts en
matière d'inclusion financière et de modernisation des
paiements.
3.3.1. L'Inde - l'UPI et la démocratisation des
paiements instantanés

Le lancement de l'Unified Payments Interface (UPI) en 2016 par
la National Payments Corporation of India (NPCI) a créé un
écosystème de paiements instantanés unifié,
interopérable et majoritairement gratuit.La croissance de l'UPI est
fulgurante. En termes de volume, l'UPI a bondi de 41,7% pour atteindre 185,9
milliards de transactions en 2024-2025 contre 131,1 milliards en 2023-2024
(Inc42, 2025). En mai 2025, les transactions UPI ont atteint 18,68 milliards en
volume et 25 140 milliards de roupies (294,21 milliards de dollars) en
valeur.Cette massification s'accompagne d'une domination du marché des
paiements numériques. En 2025, 50% du volume des transactions
numériques mondiales sont effectuées par la plateforme UPI
indienne, avec plus de 250 milliards de transactions annuelles d'une valeur de
3,4 billions de dollars (DemandSage, 2024). La part de l'UPI dans le total des
paiements numériques est passée de 34% en 2019 à 83% en
2024 (Business Standard, 2025).L'architecture du système repose sur la
gratuité pour les utilisateurs finaux. Le gouvernement a maintenu les
transactions UPI largement gratuites ou soumises à des frais minimes.
Les catalyseurs politiques ont été pour le moins
déterminants.
3.3.2. Le Brésil - Pix
et l'institutionnalisation des paiements instantanés
Le Brésil présente un troisième
modèle avec le lancement de Pix par la Banque Centrale en novembre 2020.
Ce système de paiements instantanés gratuits pour les
particuliers a provoqué une adoption rapide et
généralisée (Banco Central do Brasil, s.d.). Les
données d'adoption sont remarquables. En 2024, Pix était
déjà la méthode de paiement la plus utilisée dans
le pays, utilisée par plus de 76 % de la population et dépassant
les cartes de débit et les espèces (environ 69 %) (Agência
Brasil, 2024 ; Global Finance Magazine, 2025). Pix est utilisé par 93 %
de la population adulte brésilienne, 62 % l'utilisant comme
méthode de paiement la plus fréquente (Business Wire, 2025). Le
système a atteint 151 millions d'utilisateurs actifs,
représentant 92 % de la population adulte du Brésil (Payments and
Commerce Market Intelligence, 2025).Le volume transactionnel est
impressionnant. L'année 2024 a marqué un jalon record pour Pix
avec environ 64 milliards de transactions traitées, soit une
augmentation de 53 % en glissement annuel (Business Wire, 2025). Les
transactions Pix ont dépassé 6 milliards par mois. Le
système a traité 227,4 millions de transactions en une seule
journée de septembre 2024, déplaçant 108,4 milliards de
reais (environ 18,5 milliards de dollars) (Banco Central do Brasil,
s.d.).L'impact sur l'inclusion financière est substantiel.
L'accès à un compte financier formel au Brésil est
passé de 70 % en 2017 à 84 % en 2021. Selon les données du
document fourni, seuls 3 % des adultes (soit 4,6 millions de personnes)
n'avaient pas de compte bancaire début 2025, contre 16,3 millions en
2021 (Payments and Commerce Market Intelligence, 2025 ; Global Finance
Magazine, 2025).
Le modèle économique de Pix repose sur
l'infrastructure publique. Cette solution digitale est développée
et exploitée comme une infrastructure publique, où la Banque
Centrale fixe les règles et les spécifications techniques pour
garantir la standardisation et l'interopérabilité entre toutes
les institutions financières (Banco Central do Brasil, s.d.). Cette
caractéristique distingue Pix des solutions privées et garantit
un accès universel sans discrimination. L'écosystème
fintech a bénéficié de cette infrastructure. Des fintechs
telles que PicPay (62 millions d'utilisateurs) ont profité de cette
infrastructure pour proposer des services d'épargne, d'assurance et de
cryptoactifs, montrant comment une infrastructure publique peut catalyser
l'innovation privée (International Finance, 2025).
3.3.4. Le Nigeria - l'eNaira et les défis d'adoption
d'une CBDC
Le Nigeria a adopté une approche différente en
lançant l'eNaira en octobre 2021. Il est devenu ainsi le premier pays
africain à lancer une CBDC et le deuxième au monde après
les Bahamas (International Monetary Fund [IMF], 2023 ; Central Bank of Nigeria
[CBN], 2024). Malgré des objectifs ambitieux, l'adoption demeure
problématique. Le taux d'adoption est resté faible,
représentant moins de 1 % de la monnaie totale en circulation en mars
2024, près de trois ans après son lancement (Fintech Magazine
Africa, 2024). Le montant de CBDC en circulation est passé de 2,55
milliards de nairas (1 589 831 dollars) fin décembre 2022 à 12,53
milliards de nairas (7 811 993 dollars), portant le montant total de CBDC
à 0,37 % de toute la monnaie en circulation (CoinDesk, 2024 ; IMF,
2023).Les données d'utilisation révèlent une faiblesse
structurelle. Le FMI constate que 98,5 % des portefeuilles ont
été inutilisés un an après le lancement de l'eNaira
(IMF, 2023). Néanmoins, les utilisateurs actifs de l'eNaira au Nigeria
ont doublé, passant de 5 millions en 2023 à 10 millions en 2024,
et le nombre de portefeuilles eNaira a augmenté de plus de 12 fois entre
octobre 2022 et mars 2023, pour atteindre 13 millions (Central Bank of Nigeria
[CBN], 2024 ; Cointelegraph, 2025).La principale raison de cette montée
en valeur et en volume est parce que la CBN a commencé à utiliser
l'eNaira comme canal de versement pour certaines aides sociales et subventions
gouvernementales, notamment dans le cadre de programmes de transferts
monétaires ciblés (IMF, 2023).
CHAPITRE IV - MONCASH :
UNE ÉTUDE DE CAS (2018-2025)
Toute innovation technologique, aussi prometteuse soit-elle,
ne décolle véritablement que lorsqu'elle rencontre le terrain
fertile d'un besoin réel et d'un contexte favorable. MonCash, service de
portefeuille mobile de Digicel Haïti, témoigne de cette
évolution. Né des cendres du séisme de 2010 sous le nom de
TchoTcho Mobile, le service a connu une transformation radicale en 2015 avant
de s'imposer comme l'acteur dominant du paysage des services financiers
numériques en Haïti. Ce chapitre propose une étude de cas
approfondie sur la période 2018-2025, période marquée par
une accélération spectaculaire de son adoption dans un
environnement traversé par de multiples crises. Nous commençons
par retracer sa genèse et son évolution, puis analysons le
modèle hybride télécommunications-banque qui sous-tend son
fonctionnement, avant d'examiner son architecture technique, son positionnement
concurrentiel ainsi que son modèle économétrique
d'adoption et finalement son impact sur l'inclusion financière en
Haïti.
4.1. Genèse et historique de Moncash
4.1.1. Les origines post-séisme : TchoTcho Mobile
(2010-2015)
L'histoire de MonCash commence dans le contexte dramatique du
séisme du 12 janvier 2010 qui a dévasté Port-au-Prince et
ses environs. L'industrie des services financiers numériques en
Haïti a émergé en 2011, au lendemain de cette catastrophe
qui avait détruit un tiers des agences bancaires du pays (Bill &
Melinda Gates Foundation, 2011). Le premier cas d'usage fut constitué
par les paiements humanitaires en faveur des communautés
vulnérables, alimentés par une vague de soutien et de
financements de divers donateurs (GSMA, 2017).Afin de répondre à
la nécessité d'une distribution rapide et sécurisée
de l'aide humanitaire et de compenser la destruction des infrastructures
financières, la Fondation Bill & Melinda Gates et l'USAID ont
lancé en juin 2010 la Haiti Mobile Money Initiative (HMMI). Ce fonds
incitatif, doté de 10 millions de dollars, visait à stimuler la
croissance des services de monnaie mobile en Haïti (Bill & Melinda
Gates Foundation, 2010).
Les objectifs poursuivis étaient doubles : faciliter
la distribution d'assistance monétaire par les agences humanitaires et
permettre aux Haïtiens d'envoyer, recevoir et conserver des fonds de
manière sécurisée via leurs téléphones
mobiles. Le 11 janvier 2011, à la veille du premier anniversaire du
séisme, HIFIVE et HMMI ont attribué à Digicel et à
sa banque partenaire Scotiabank le prix First to Market, doté de 2,5
millions de dollars, pour le lancement du service TchoTcho Mobile (Bill &
Melinda Gates Foundation, 2011). Ce dispositif résultait d'un
partenariat entre YellowPepper (fournisseur de la plateforme technologique),
Digicel (opérateur télécom dominant, avec 63 % des
abonnés sans fil en 2010) et Scotiabank (institution financière)
(YellowPepper, 2011). Le service TchoTcho Mobile, expression créole
signifiant « un petit quelque chose », permettait d'effectuer des
opérations bancaires de base (dépôts, retraits, transferts
de personne à personne) par téléphone mobile, sans
nécessité de disposer d'un compte bancaire traditionnel
(Scotiabank, 2011). Son fonctionnement reposait sur un réseau d'agents,
dont le nombre passa de 200 en janvier 2011 à plus de 2 270 en novembre
de la même année (USAID, 2011).
4.1.2. Le cadre réglementaire facilitateur : le
système KYC à paliers
Le succès initial de TchoTcho Mobile fut grandement
facilité par l'approche réglementaire flexible adoptée par
la Banque de la République d'Haïti (BRH). La BRH permit une
approche flexible de l'enregistrement des clients basée sur un
système Know-Your-Customer (KYC) à paliers. Cela signifiait que
les abonnés pouvaient accéder et stocker jusqu'à 60
dollars sur leur téléphone sans fournir d'identification
supplémentaire au-delà de ce qui était requis pour
enregistrer une carte SIM. Pour des limites plus élevées
(jusqu'à 250 dollars), une identification complète était
requise (Humanitarian Practice Network, 2012).Cette approche à niveaux,
communément appelée « mini-wallet », fut
particulièrement pertinente pour les programmes humanitaires dont les
paiements dépassaient rarement 60 dollars (Humanitarian Practice
Network, 2012). Elle permit d'élargir considérablement
l'accès aux services de monnaie mobile dans un pays où une large
portion de la population ne possédait pas de documents d'identification
formels complets.
4.1.3. L'échec relatif de TchoTcho
Malgré un démarrage prometteur soutenu par les
paiements humanitaires massifs, TchoTcho Mobile rencontra plusieurs
difficultés structurelles durant ses premières années
d'opération. Lorsque les flux d'aide internationale commencèrent
à diminuer après la phase d'urgence post-séisme, les
fournisseurs de monnaie mobile durent adapter leurs propositions commerciales
(GSMA, 2017). Conçu principalement pour faciliter les paiements
groupés (bulk payments) des organisations non gouvernementales, le
dispositif ne parvenait pas à générer un engagement
organique suffisant de la clientèle pour assurer sa viabilité
à long terme. Les enquêtes menées auprès des
utilisateurs indiquaient par ailleurs que la marque TchoTcho souffrait d'une
perception négative (GSMA, 2017). Sur le plan opérationnel,
plusieurs carences entravaient l'adoption à grande échelle.
L'éducation des clients reposait essentiellement sur le
bouche-à-oreille, des campagnes radiophoniques et
télévisées, ainsi que sur des agents dépourvus de
formation formelle. Le réseau d'agents demeurait insuffisamment
développé, en particulier dans les zones rurales, et la gestion
de la liquidité constituait un défi récurrent. L'offre de
produits apparaissait peu claire pour les utilisateurs, avec un positionnement
faiblement différencié entre les services proposés. Entre
2011 et 2015, bien que TchoTcho ait enregistré 6 millions de
transactions en 2011 (Electronic Payments International, 2012) et atteint plus
de 500 000 inscriptions (Caribbean Beat, 2012), le service peinait à
convertir ces enregistrements en une utilisation active et
régulière. Le taux d'activité à 90 jours demeurait
limité, avec seulement 83 000 utilisateurs actifs en juillet 2015 (GSMA,
2017).
4.1.4. Le tournant stratégique : la transformation en
MonCash (2015)
Confrontée aux limites structurelles de TchoTcho
Mobile, Digicel engagea en 2015 une refonte complète de son approche en
matière de services financiers numériques. Cette
réorientation stratégique se traduisit par le relancement et le
rebranding du service sous le nom de MonCash, accompagné
d'investissements ciblés dans cinq piliers fondamentaux destinés
à revitaliser l'activité de monnaie mobile (GSMA, 2017).
a) Simplification de l'offre de produits
La stratégie produit fut recentrée sur le
transfert peer-to-peer (P2P), considéré comme le cas d'usage le
plus universel et le plus pertinent pour la clientèle haïtienne. Ce
repositionnement permit de clarifier la proposition de valeur et de faciliter
l'éducation des utilisateurs en mettant l'accent sur une
fonctionnalité simple et immédiatement compréhensible :
l'envoi d'argent à un proche. Cette simplification constitua une rupture
avec la logique antérieure, marquée par une offre
fragmentée et peu lisible, et contribua à renforcer la confiance
des clients dans le service (GSMA, 2017).
b) Rebranding et repositionnement marketing
Le changement de nom, de TchoTcho Mobile à MonCash, fut
accompagné d'une stratégie marketing multicanal combinant des
actions above-the-line (ATL) et below-the-line (BTL). Des campagnes
radiophoniques, des publicités télévisées et des
tournées promotionnelles furent déployées afin de
renforcer la notoriété et l'adhésion au nouveau service.
Le choix du nom « MonCash », en créole haïtien,
traduisait littéralement l'idée de « mon argent »,
renforçant le sentiment de propriété et de contrôle
individuel sur les finances personnelles. Ce rebranding visait à rompre
avec la perception négative associée à la marque TchoTcho
et à repositionner le service comme un outil moderne, accessible et
fiable (GSMA, 2017).
c) Renforcement de l'éducation client
Digicel introduisit une approche pédagogique innovante,
reposant sur des « cliniques d'éducation » et des sessions de
formation en petits groupes. Ces initiatives visaient à démontrer
concrètement le fonctionnement de la monnaie mobile et à
accompagner l'intégration des nouveaux clients. Contrairement à
la stratégie précédente, centrée sur la
publicité de masse et des agents peu formés, cette nouvelle
approche privilégiait la proximité et l'interaction directe.
Entre 500 et 600 formateurs furent mobilisés pour des visites
porte-à-porte, permettant d'expliquer le service dans les langues
locales et de répondre aux préoccupations des utilisateurs
(Alliance for Financial Inclusion, 2018).
d) Développement du réseau d'agents
La refonte stratégique inclut une redéfinition
du rôle des agents, désormais considérés comme des
partenaires commerciaux à part entière. Digicel mit en place des
mécanismes d'incitation alignés sur les objectifs de performance,
renforça la gestion de la liquidité et révisa la structure
tarifaire afin de rendre le modèle plus attractif et durable. Des
équipes spécialisées furent déployées pour
accompagner les agents sur le terrain, en tenant compte des
spécificités régionales et linguistiques d'un pays
caractérisé par une forte diversité socioculturelle (Tech
News TT, 2017).
e) Renforcement des équipes
opérationnelles
La transformation de MonCash fut le fruit de deux
années de travail intensif mené par une équipe
dédiée exclusivement à ce projet. Celle-ci
bénéficia de l'accès aux meilleures pratiques
internationales, notamment celles issues des expériences réussies
en Afrique de l'Est, région pionnière en matière de
monnaie mobile. La participation aux sessions Field Focus de la GSMA permit aux
responsables de MonCash d'étudier les modèles de distribution
performants et d'adapter ces enseignements (GSMA, 2017 ; Tech News TT,
2017).
4.2. Positionnement concurrentiel sur le marché
haïtien
4.2.1. Structure du marché des services de monnaie
mobile
Le marché haïtien des services de monnaie mobile
présente une structure oligopolistique qui est dominée par trois
acteurs principaux : MonCash (Digicel en partenariat avec Sogebank/Unibank),
NatCash (Natcom en partenariat avec Unibank et la Banque Nationale de
Crédit [BNC]), et LajanCash (HaitiPay en partenariat avec la BNC). Un
quatrième acteur mineur, Mannitoks, opère dans les transferts
numériques et les paiements mobiles, mais reste marginal par rapport aux
trois premiers (U.S. Department of Commerce, 2024). Selon un rapport de la GSMA
(2017), ce secteur comptait initialement deux fournisseurs principaux (MonCash
et LajanCash), mais l'entrée de NatCash en 2021 a consolidé cette
configuration tripartite, reflétant la concentration du marché
des télécommunications sous-jacent, dominé par Digicel et
Natcom.
4.3. Dynamique concurrentielle
du marché de la monnaie mobile
Le marché haïtien de la monnaie mobile suit une
logique "winner-takes-most" dominée par MonCash, qui détient
environ 80% des parts avec deux millions d'utilisateurs actifs en 2024. Cette
domination s'explique par l'effet de réseau lié à Digicel
(leader télécom), un réseau de milliers d'agents, des
économies d'échelle permettant des coûts quasi-nuls, et son
rôle privilégié dans la distribution de l'aide humanitaire
(frais de 2-6% vs 10-15% pour les espèces).
NatCash, lancé en décembre 2021 par Natcom
(joint-venture vietnamienne-haïtienne), s'impose comme le principal
challenger avec plus de 3 000 agents et une offre similaire enrichie de
fonctionnalités de sécurité avancées
(reconnaissance faciale, géolocalisation). Le service revendique en juin
2025 être "le portefeuille mobile le plus utilisé"11(*)et a obtenu plusieurs prix
internationaux.
LajanCash/HaitiPay, initiative entrepreneuriale locale
lancée en 2013, reste confiné à une niche avec environ 100
000 utilisateurs malgré son antériorité. Le service peine
à concurrencer les plateformes adossées aux opérateurs
télécoms qui bénéficient d'infrastructures
préexistantes et de bases d'abonnés captives.
4.4.Innovation et développement de nouveaux services
(2018-2025)
4.4.1. Évolution de l'offre de services de MonCash
Entre 2018 et 2025, MonCash a élargi son portefeuille
de services au-delà des transferts pair-à-pair initiaux, pour
devenir un écosystème financier numérique
intégré. Cette évolution s'inscrit dans la
stratégie de Digicel de renforcer l'engagement des utilisateurs et de
capter une part accrue des flux financiers quotidiens en Haïti, où
les remises de la diaspora représentent environ 20-25 % du PIB (Transfi,
2025).
a) Transferts internationaux
Dès 2017, Digicel a annoncé des plans pour
intégrer les transferts internationaux, répondant à la
dépendance haïtienne aux envois de fonds (GSMA, 2017). MonCash
permet désormais de recevoir des transferts MoneyGram via un
numéro de référence directement sur le compte, sans
déplacement physique (MonCash DFS, 2025a). Un partenariat avec Ria Money
Transfer facilite les réceptions mondiales en quelques minutes, avec une
limite de 100 000 HTG pour les comptes MonCash Plus vérifiés (Ria
Money Transfer, 2025 ; MonCash DFS, 2025a).
b) Paiement de factures et
services
MonCash propose un paiement instantané de factures pour
l'électricité (EDH), la télévision (Canal Plus,
NuTV), et les services Digicel, accessible via recherche par nom ou
catégorie dans l'application (MonCash DFS, 2025a).
c) Recharge de crédit
téléphonique
Intégrée à l'écosystème
Digicel, la recharge débute à 10 HTG, avec promotions triplant le
montant rechargé. Les utilisateurs peuvent envoyer des recharges
à des contacts et acheter des forfaits directement via MonCash, (MonCash
DFS, 2025a).
d) Paiements marchands et codes
QR
Le service supporte les paiements auprès d'un
réseau croissant de commerçants affiliés, via
numéro d'identification ou codes QR personnalisés
générés par l'application. Introduits en 2020 et
affinés en 2023, ces outils minimisent les erreurs et
accélèrent les transactions en personne (MonCash DFS, 2025a ;
Haiti Libre, 2023).
e) Amélioration de l'expérience
utilisateur
Les mises à jour récentes intègrent
l'authentification biométrique (reconnaissance faciale ou empreinte
digitale), le masquage du solde, la confidentialité des noms lors des
transferts pair-à-pair, l'historique des transactions, une interface en
créole haïtien, et une inscription instantanée via
pièce d'identité (MonCash DFS, 2025a).
4.4.2. Innovations technologiques et infrastructure
En 2023, MonCash a investi dans une nouvelle plateforme
high-tech pour optimiser la performance et l'expérience utilisateur,
gérant un volume annuel de 400 millions USD (Haiti Libre, 2023 ; Kreyol
Genius, 2025). L'application (version 2.0+ en novembre 2025) est disponible sur
iOS et Android, avec des mises à jour régulières pour la
sécurité et les fonctionnalités (MonCash DFS, 2025b).
Complétée par le menu USSD (*202#) pour les
téléphones basiques, cette dualité assure une inclusion
maximale, couvrant 95 % de la population mobile (Transfi, 2025 ; GSMA,
2023).
4.5. Adoption et impact sur la circulation
monétaire
4.5.1. Évolution du nombre d'utilisateurs et volumes
de transactions (2018-2025)

Les données disponibles révèlent une
progression substantielle du nombre d'utilisateurs de MonCash sur la
période étudiée. En juin 2018, le service comptait environ
800 000 utilisateurs actifs, chiffre qui représentait une augmentation
considérable depuis les 14 000 utilisateurs de 2015 (SOIL Haiti, 2018).
Cette trajectoire s'est poursuivie pour atteindre
approximativement deux millions d'utilisateurs actifs en 2024 (U.S. Department
of Commerce, 2024; Transfi, 2025).L'expansion du réseau d'agents a
accompagné cette croissance. En 2018, MonCash disposait de plus de 2 100
agents répartis sur le territoire national (SOIL Haiti, 2018). Ce
réseau s'est étendu à plusieurs milliers de points de
service en 2025, facilitant les opérations de dépôt et de
retrait d'espèces (Transfi, 2025; Rest of World, 2023).Les volumes de
transactions ont également progressé, bien que les données
publiées demeurent partielles.
Entre juillet 2015 et juillet 2017, la valeur des transactions
avait augmenté de 950% et les volumes de plus de 2 000% (GSMA, 2017).
Cette dynamique s'est maintenue durant la période 2018-2025, le service
étant largement utilisé par les organisations non
gouvernementales pour la distribution d'aide humanitaire en raison de
coûts inférieurs à ceux de la distribution traditionnelle
en espèces (Rest of World, 2023).Les transferts de la diaspora
constituent un indicateur macroéconomique pertinent pour contextualiser
l'impact de MonCash sur la circulation monétaire. En 2023, ces remises
ont totalisé 3,8 milliards de dollars, soit environ 20% du PIB
haïtien (Haitian Times, 2024; Haiti Libre, 2024).
4.6.2. Croissance pré-crise (2018-2019)
La période 2018-2019 se caractérise par une
consolidation des acquis de la stratégie de rebranding mise en oeuvre
à partir de 2015. Entre juillet 2015 et juillet 2017, la base de clients
actifs sur 90 jours était passée de 83 000 à 795 000, soit
une augmentation de 860% (GSMA, 2017). Cette dynamique s'est prolongée
en 2018 avec environ 800 000 utilisateurs actifs (SOIL Haiti, 2018). Plusieurs
facteurs opérationnels expliquent cette expansion. Premièrement,
Digicel a maintenu les programmes d'éducation financière
initiés en 2015, incluant des "cliniques d'éducation" et des
formations de proximité. Deuxièmement, l'extension du
réseau d'agents en zones rurales a élargi la couverture
géographique du service. Troisièmement, la simplification de
l'offre autour des transferts pair-à-pair a clarifié la
proposition de valeur (GSMA, 2017). Des acteurs comme SOIL Haiti ont
documenté l'adoption progressive de MonCash durant cette période.
En offrant une réduction de frais de 7% pour les paiements via MonCash,
l'organisation a observé une adoption rapide par ses clients à
Port-au-Prince (SOIL Haiti, 2018). Cette observation suggère une
réceptivité croissante aux modes de paiement digitaux, y compris
pour des transactions de montants modestes.
4.6.3. Accélération durant les périodes
de troubles (2019-2021)
La période 2019-2021 a été marquée
par des chocs exogènes majeurs qui ont modifié les conditions
d'adoption de MonCash. Les manifestations politiques de 2019, la
pandémie de COVID-19 et l'assassinat du président Jovenel
Moïse en juillet 2021, ont créé un environnement où
les déplacements physiques sont devenus plus risqués et où
les canaux traditionnels de distribution d'argent ont été
perturbés. La pandémie de COVID-19 a particulièrement
affecté les comportements de paiement.
Des études internationales ont documenté une
augmentation de l'utilisation des portefeuilles mobiles durant les
confinements, avec par exemple une hausse de 44% en Inde (Sharma et al., 2022).
En Haïti, MonCash a temporairement augmenté les limites de ses
mini-portefeuilles durant la pandémie pour faciliter l'accès aux
services financiers digitaux (Loop News, 2020). Les organisations humanitaires
ont intensifié leur utilisation de MonCash pour la distribution d'aide.
Le Programme Alimentaire Mondial et CARE International,
notamment, ont privilégié ce canal en raison de coûts
inférieurs (frais variant de 2% à 6% pour les agences d'aide) par
rapport à la distribution traditionnelle (Rest of World, 2023). Une
étude de la Banque mondiale sur les programmes de protection sociale en
Haïti révèle qu'en avril 2023, 57% des
bénéficiaires ciblés recevaient les paiements via des
portefeuilles électroniques, avec un taux de satisfaction de 93% (World
Bank, 2023). Cette période a ainsi enregistré une
accélération de l'adoption dans un contexte où les
alternatives traditionnelles étaient contraintes ou inaccessibles. Les
transactions digitales ont permis de contourner partiellement les obstacles
physiques liés aux blocages routiers et aux zones
contrôlées par les gangs.

4.6.4. Consolidation et maturité (2022-2025)
La période 2022-2025 présente une phase de
consolidation, avec environ deux millions d'utilisateurs actifs en 2024-2025
(U.S. Department of Commerce, 2024; Transfi, 2025). Cette stabilisation
relative intervient dans un contexte économique difficile,
l'économie haïtienne enregistre sa quatorzième contraction
consécutive au troisième trimestre de l'année fiscale 2025
(FocusEconomics, 2025). L'offre de services s'est diversifiée durant
cette période. L'intégration de transferts internationaux avec
MoneyGram et Ria Money Transfer a permis la réception directe de remises
dans les comptes MonCash (Ria Money Transfer, 2025; Soft112, 2025).
Le paiement de factures (électricité,
télévision, internet) et les paiements marchands ont
élargi les cas d'usage. L'introduction de codes QR et d'authentification
biométrique a renforcé la sécurité des transactions
(Soft112, 2025; Google Play, 2025). Le secteur bancaire mobile a gagné
en acceptation comme alternative aux institutions bancaires traditionnelles,
perçues comme plus vulnérables aux interruptions de service et
aux risques sécuritaires (U.S. Department of Commerce, 2024). Les
opérateurs téléphoniques ont intensifié la
promotion des paiements mobiles, ce qui a conduit à une acceptation
croissante par les commerçants (U.S. Department of Commerce, 2024). La
concurrence s'est structurée avec la montée de NatCash, qui
revendiquait également environ deux millions d'utilisateurs en 2025
(Digital Journal, 2025). Cette évolution suggère une certaine
fragmentation du marché entre les deux principaux opérateurs
téléphoniques du pays. L'utilisation institutionnelle de MonCash
s'est également développée. Le gouvernement haïtien
recourt désormais régulièrement à MonCash et
NatCash pour la distribution de subsides en espèces à
l'échelle nationale (U.S. Department of Commerce, 2024),
témoignant de l'intégration de ces services dans l'infrastructure
financière publique.
4.6. Analyse économétrique des
déterminants de l'adoption de MonCash
L'analyse repose sur un modèle de régression
linéaire multiple dont la forme semi-logarithmique permet de capturer
les relations non linéaires entre les variables tout en facilitant
l'interprétation des coefficients (Wooldridge, 2016).
L'échantillon couvre huit années fiscales (2017/18 à
2024/25), correspondant aux années calendaires 2018-2025. Les
données macroéconomiques proviennent de la Banque mondiale
(croissance PIB réel, document MFMOD ID 099649010162424990), MacroTrends
et TheGlobalEconomy.com (inflation IPC). Les variables de fragilité
(déplacés internes) sont issues de l'Organisation internationale
pour les migrations et du BINUH. Les effectifs d'agents MonCash reposent sur
les estimations GSMA (2023) pour 2023, extrapolées
rétrospectivement et prospectivement selon les taux de croissance
observés et les rapports sectoriels.Le choix de la période
d'analyse capture une séquence de crises multiples permettant
d'évaluer la résilience du modèle d'affaires MonCash :
manifestations Peyi Lok (2018-2019), pandémie COVID-19 (2020-2021),
assassinat du président Moïse (2021), escalade de la violence des
gangs (2022-2025), et grève des agents (octobre 2024).
L'échantillon réduit (n = 8) limite la puissance
statistique et diminue la capacité à détecter des effets
fins. La rupture de tendance observée en 2024 indique une modification
des relations structurelles, ce qui réduit la fiabilité des
projections hors-échantillon. Les données relatives au nombre
d'agents reflètent des estimations sectorielles et non des comptages
vérifiés, ce qui introduit une marge d'incertitude
supplémentaire.
La forme estimée du modèle est la suivante
:(calcul des coefficients en annexe)
|
Élément
|
Expression
|
|
Forme générale
|
ln(Agents_t) = â0 + â1(Peyi_Lok_t) +
â2(COVID_t) + â3(Assassinat_t) + â4(Grève_t) +
â5(Instabilité_t) + â6(PIB_Réel_t) +
â7(Inflation_t) + â8(ln(Déplacés_t)) + å_t
|
|
Forme estimée12(*)
|
ln(Agents_t) = 4.283 - 0.298(Peyi_Lok) + 0.435(COVID) -
0.205(Assassinat) - 0.172(Grève) - 0.256(Instabilité) +
0.142(PIB_Réel) - 0.007(Inflation) - 0.095(ln(Déplacés)) +
å_t
|
4.6.1. Analyse des
données
(Les tableaux récapitulatifs des données en
annexe)
L'analyse économétrique révèle que
l'expansion du réseau d'agents MonCash entre 2018 et 2025 répond
principalement aux contraintes structurelles du système financier formel
plutôt qu'à un simple effet technologique. Le modèle de
régression semi-logarithmique (R² = 0.921, n = 8) identifie
l'indice d'instabilité comme le déterminant le plus significatif
(coefficient -0.256, p < 0.01), indiquant qu'une augmentation de 0.1 point
de l'indice réduit le réseau d'agents de 2.56%. Cette relation
négative très forte (r = -0.758) se manifeste concrètement
dans la contraction historique du réseau observée en 2024 (-2%)
et 2025 (-3.1%), première régression après six
années de croissance continue. Le nombre de déplacés
internes, fortement corrélé à l'instabilité (r =
0.924) et aux agents (r = -0.836), confirme que la dégradation
sécuritaire constitue le principal frein à l'expansion du service
mobile money. Les données géographiques de 2025 illustrent cette
dynamique : Port-au-Prince, sous contrôle des gangs à 85-90%,
enregistre seulement 45 transactions par agent et par mois contre 95 dans le
Sud relativement stable, démontrant l'impact direct de
l'insécurité sur l'activité opérationnelle.
Paradoxalement, la pandémie de COVID-19 apparaît
comme le second déterminant le plus significatif, mais avec un effet
positif inattendu (coefficient +0.435, p < 0.05). Ce résultat
contre-intuitif s'explique par l'accélération forcée de la
digitalisation durant les périodes de confinement et de restrictions de
mobilité, le réseau d'agents ayant bondi de 54.8% entre 2019 et
2020, passant de 4 200 à 6 500 agents. Les mesures sanitaires ont
contraint la population à éviter les agences bancaires physiques,
créant une fenêtre d'opportunité pour l'adoption massive du
mobile money. La croissance du PIB réel exerce également un effet
positif modéré mais statistiquement significatif (coefficient
+0.142, p < 0.05), avec une élasticité de 1.42 : une
amélioration de 1% du PIB se traduit par une augmentation de 1.42% du
nombre d'agents. Les manifestations Peyi Lok de 2018-2019 ont exercé un
impact négatif marqué (coefficient -0.298, p < 0.05),
ralentissant l'expansion sans toutefois l'arrêter, tandis que
l'assassinat du président Moïse en 2021 a produit un effet ponctuel
et limité (coefficient -0.205, p < 0.10). L'inflation montre un effet
négatif marginal et faiblement significatif (coefficient -0.007, p <
0.10), suggérant que l'érosion monétaire affecte peu la
dynamique du réseau comparativement aux facteurs sécuritaires.
Les tests de robustesse valident la qualité globale du
modèle avec des résidus normalement distribués
(Shapiro-Wilk = 0.912, Jarque-Bera = 1.82), une variance homogène (tests
de White et Breusch-Pagan acceptés), et une
multicolinéarité acceptable (VIF moyen = 3.6, maximum = 5.8).
Cependant, le test CUSUM et le test de Chow détectent une rupture
structurelle significative en 2024-2025 (F = 9.45, p < 0.05), confirmant un
changement de régime dans les relations économétriques.
Cette instabilité s'explique par la convergence de chocs multiples :
aggravation extrême de l'insécurité (contrôle de
85-90% de Port-au-Prince par les gangs), explosion du nombre de
déplacés internes (passant de 580 000 en 2023 à 1,3
million en 2025), contraction économique sévère (PIB -4.2%
en 2024), et grève des agents en octobre 2024. Les projections pour
2026-2027 montrent que dans le scénario d'effondrement
accéléré (instabilité = 0.99), le réseau
pourrait chuter à 8 200 agents (-13.7% vs 2025), tandis qu'une reprise
sécuritaire (instabilité = 0.65) permettrait une expansion
à 11 200 agents (+17.9%). Cette sensibilité extrême au
contexte sécuritaire démontre que l'efficacité du mobile
money en Haïti reste fondamentalement conditionnée par le
rétablissement d'un minimum de sécurité physique et de
prévisibilité institutionnelle, les gains technologiques ne
pouvant compenser l'effondrement de l'ordre public.
Scénarios prospectifs 2026-2027
(Tableau récapitulatif des données en annexe)
La question qui se pose désormais est simple et brutale
: dans quel état le réseau d'agents MonCash sortira-t-il de la
crise actuelle ? Le modèle estimé sur les huit dernières
années nous donne une réponse assez directe. Tant que
l'insécurité reste à son niveau actuel ou continue de
grimper, aucune reprise économique, aucune subvention, aucune campagne
de communication ne suffira à inverser la tendance. Le facteur
sécuritaire écrase tout le reste.Partant de là, trois
trajectoires se dessinent, et elles ne sont pas également probables. La
première, et de loin la plus vraisemblable aujourd'hui est celle d'une
dégradation continue.
Les gangs ont déjà verrouillé la
quasi-totalité de la zone métropolitaine et une bonne partie des
axes routiers. Chaque mois, des dizaines d'agents ferment boutique ou quittent
le pays. Si rien n'arrête cette dynamique, le réseau tombera
à 8 900 agents fin 2026, puis à 8 200 fin 2027. On sera revenu au
niveau de 2017-2018, comme si les dix années d'efforts n'avaient jamais
existé. Le pays aura alors deux systèmes financiers
parallèles : le formel, réduit à quelques poches rurales
et à la diaspora, et l'informel, totalement dominé par les
réseaux de gangs et les transferts en espèces via la
frontière.La deuxième trajectoire, une stabilisation
précaire, n'est pas impossible, mais elle demande que la nouvelle
mission des Forces de Repression des Gangs (FRG) parvienne au moins à
geler la situation dans quelques quartiers stratégiques de
Port-au-Prince et à maintenir ouverts les grands corridors humanitaires.
Dans ce cas, la saignée s'arrêterait autour de 9
200 agents en 2026, et un timide rebond pourrait même porter le
réseau à 9 500 l'année suivante. Ce serait
déjà une forme de succès. On éviterait
l'effondrement total, mais le service resterait extrêmement fragile,
concentré dans les zones encore accessibles et très
dépendant des humeurs des groupes armés.La troisième
trajectoire, celle d'une vraie reprise, suppose une percée
sécuritaire d'envergure : reprise effective des grands bastions de
Cité-Soleil, Bel-Air, La Saline, réouverture durable de la route
de l'aéroport, retour de la police nationale dans les quartiers
populaires. Si cela, le réseau rebondirait vite. On retrouverait les 10
000 agents dès 2026 et on dépasserait les 11 000 en 2027.
L'effet serait presque mécanique : dès que les
agents peuvent à nouveau circuler sans risquer leur vie, les points de
service rouvrent en quelques semaines, les clients reviennent, les transactions
repartent. Le potentiel est là, il n'attend qu'un minimum de
sécurité.Ce qui frappe dans ces projections, c'est
l'asymétrie. L'insécurité détruit lentement mais
sûrement ; la sécurité, quand elle revient, reconstruit
très vite. Un point de moins sur l'indice d'instabilité vaut,
à lui seul, des centaines de millions de gourdes d'investissement public
ou privé. Et tant que cet indice reste coincé au-dessus de 8,5-9,
les autres variables, croissance, inflation, taux de change ne pèsent
presque plus rien.

4.7. Effets de l'adoption des portefeuilles mobiles sur
l'inclusion financière des populations vulnérables
Haïti demeure l'un des pays les moins inclus
financièrement de l'hémisphère occidental. Avant l'essor
significatif des services de monnaie mobile, seulement 32 % de la population
adulte disposait d'un accès quelconque à des services financiers
formels (Alliance for Financial Inclusion, 2018). Les enquêtes Global
Findex successives confirment la persistance de cette exclusion. En 2021, 38 %
des adultes déclaraient posséder un compte (bancaire ou mobile
money), contre 68 % en moyenne pour l'Amérique latine et les
Caraïbes (Demirgüç-Kunt et al., 2022). Les facteurs
structurels classiques dont l'éloignement géographique, les
coûts prohibitifs, les exigences documentaires et la défiance
envers les institutions se combinent à une faiblesse particulière
du réseau d'agences (2,8 guichets bancaires pour 100 000 habitants) et
à une crise sécuritaire qui, depuis 2021, a rendu physiquement
inaccessibles de larges portions du territoire national (BRH, 2025).
4.7.1. Inclusion financière des femmes
Les femmes haïtiennes cumulent les désavantages.
Elles représentent 90 % des clients des institutions de microfinance,
mais seulement 31 % d'entre elles possédaient un compte financier en
2021, contre 45 % des hommes (Demirgüç-Kunt et al., 2022).
L'intégration de MonCash aux programmes de microfinance, notamment via
le partenariat FINCA Haïti-Digicel lancé en 2018 a modifié
sensiblement la donne. Les remboursements de prêts peuvent
désormais être effectués directement depuis un
téléphone mobile, ce qui elimine les déplacements souvent
dangereux et chronophages vers les agences physiques. Une évaluation
interne de FINCA (Deetken Impact, 2025) montre que 93 % des clientes
possédaient déjà une ligne Digicel avant l'introduction du
service, ce qui a permis une adoption rapide. En 2024, 87 % des remboursements
mensuels de FINCA transitaient par MonCash.Ce basculement numérique a eu
des effets concrets : réduction des risques liés au transport
d'espèces, gain de temps (estimé à 3-5 heures par
remboursement dans les zones rurales), et diminution des absences non
justifiées
4.7.2. Inclusion en zones Rurales
Les zones rurales concentrent historiquement l'exclusion
financière la plus aiguë. En 2017, moins de 20 % des adultes ruraux
déclaraient avoir un compte, contre près de 50 % dans la
région métropolitaine (Global Findex 2017). Paradoxalement, la
crise sécuritaire urbaine a inversé cette géographie de
l'inclusion. Le réseau MonCash s'est révélé
beaucoup plus résilient hors de Port-au-Prince. En juin 2025, le ratio
agents/habitant restait de 1 pour 1 200 dans les départements du Nord,
de l'Artibonite et du Centre, contre 1 pour 4 800 dans l'Ouest hors capitale
(Digicel Haïti, données internes).Cette résilience relative
a permis de maintenir, voire d'étendre, l'accès aux services de
base (transferts, paiements marchands, retraits) là où les
banques commerciales avaient déjà déserté depuis
longtemps. Néanmoins, les leçons tirées de la distribution
d'aide post-Matthew (FMI, 2020) restent d'actualité : couverture
réseau inégale, problèmes de compatibilité SIM,
illettrisme numérique et absence de pièces d'identité
bloquent encore l'inclusion des communautés les plus isolées.
4.7.3. Populations à faible revenu et
bénéficiaires d'aide sociale
Avec 59 % de la population sous le seuil national de
pauvreté et plus de 40 % en situation d'extrême pauvreté
(ECVH, 2023), les coûts d'accès au système bancaire
traditionnel sont prohibitifs. MonCash a trouvé ici son terrain
d'application le plus décisif : la distribution de transferts sociaux et
humanitaires. En 2024-2025, 78 % des transferts monétaires d'urgence du
Programme Alimentaire Mondial et 65 % des aides du gouvernement (subventions
énergie, bourses scolaires) ont été versés via
monnaie mobile (OCHA, 2025 ; Ministère de l'Économie et des
Finances, 2025). Le taux de satisfaction des bénéficiaires
dépasse 93 %, notamment en raison de la rapidité et de la
sécurité relative du système (World Bank, 2024).
CHAPITRE V - ANALYSE DE L'IMPACT ET DES OPPORTUNITES
En Haïti, les innovations ne s'imposent pas par
décret ou par ambition théorique, mais parce qu'elles
répondent à une réalité implacable où les
options se réduisent comme une peau de chagrin. MonCash en est la preuve
vivante. Émergé comme un palliatif d'urgence après le
séisme de 2010, puis restructuré en profondeur en 2015 pour
devenir un portefeuille mobile accessible à tous, le service a pris son
envol entre 2018 et 2025 dans un paysage financier où les banques, loin
d'avoir disparu, opèrent dans une précarité extrême
: succursales fermées ou cadenassées par
l'insécurité, crédits gelés par l'incertitude, et
un ratio de prêts non performants dépassant les 13 % en juin 2025,
comme le note le FMI. Ce qui était une alternative marginale est devenu,
au coeur des diverses crises, un recours quotidien pour des millions
d'Haïtiens face à un système bancaire traditionnel ralenti,
mais toujours debout, qui peine à assurer la fluidité des
échanges.Ce chapitre dresse un bilan nuancé de ce que la solution
de portefeuille mobile de Digicel a apporté concrètement à
l'économie haïtienne au cours de la periode etudiée.
Dans ce chapitre, nous examinons ce que MonCash a
réellement modifié dans les pratiques de paiement, dans le
fonctionnement du commerce de détail et des petites entreprises, dans la
circulation de la monnaie et la conduite de la politique monétaire de la
BRH, et, surtout, nous confrontons ces avancées aux contraintes de
sécurité, d'infrastructure et de régulation qui rappellent
chaque jour que, sans un retour à un minimum d'État de droit, ces
progrès restent suspendus à un fil.
5.1.Modernisation monétaire et transformation des
habitudes de paiement
Après le séisme de 2010, qui a détruit
près de 30 % du réseau d'agences bancaires, les portefeuilles
mobiles se sont imposés comme solution de substitution.Les compagnies de
services de téléphonie mobile ont développé des
partenariats avec les banques commerciales pour proposer à leurs
abonnés des plateformes de services de paiement.Ces changements ont
été rendus possibles grâce au fort taux de
pénétration de la téléphonie mobile dans le pays.
Selon les données de Digicel et Natcom, ces deux opérateurs ont
plus de six millions de cartes SIM en circulation (Alliance for Financial
Inclusion, 2018). Selon le rapport numérique 2023 de We Are Social,
Inc., le nombre total de connexions mobiles a atteint 9,39 millions, soit une
augmentation de 280 000 connexions par rapport à 2022 (U.S. Department
of Commerce, 2024).C'est dans cet environnement que les portefeuilles mobiles
se sont imposés comme le segment le plus dynamique du système de
paiement haïtien.
Les principaux acteurs sont MonCash (Digicel), NatCash
(Natcom), LajanCash (Banque Nationale de Crédit) et, dans une moindre
mesure, Mannitoks. MonCash domine très largement le marché. En
2025, la plateforme revendique plus de deux millions d'utilisateurs
enregistrés, dont environ 805 000 comptes réellement actifs
(ayant effectué au moins une transaction dans les 90 derniers jours), et
vise le million d'actifs d'ici fin d'année (Digicel Haïti,
données internes ; CGAP, 2025 ; U.S. Department of Commerce, 2024).
NatCash et LajanCash, bien que présents, restent nettement en retrait en
volume de transactions.Ces services captent aujourd'hui environ 70 % des
transferts de personne à personne (P2P) domestiques et la
quasi-totalité des versements humanitaires digitalisés (BRH,
2024a ; OCHA, 2025). Leur succès repose sur trois piliers : la
densité du réseau d'agents (plus de 12 000 points actifs en 2022,
même si ce nombre a reculé depuis), la simplicité
d'inscription (souvent sans pièce d'identité formelle) et
l'intégration croissante aux programmes d'aide (PAM, Croix-Rouge,
gouvernement).L'impact sur l'inclusion financière est mesurable. En
2024, 37 % des adultes haïtiens déclaraient disposer d'un compte de
mobile money, soit une progression de quinze points de pourcentage en seulement
trois ans (World Bank, 2024 ; FinDev Gateway, 2025). Cette avancée,
concentrée dans les zones rurales et parmi les femmes, découle
directement de l'expansion de l'écosystème d'agents, du
rôle pivot des ONG dans la distribution numérisée de l'aide
et de l'adoption croissante des paiements marchands dans les marchés
populaires et les centres urbains encore accessibles.
Digitalisation du commerce de détail, des PME et
formalisation progressive
L'adoption des paiements numériques par le commerce de
détail s'appuie sur une infrastructure de
télécommunication mobile particulièrement dense (10,2
millions de connexions actives début 2025, soit un taux de
pénétration de 86 % de la population)(DataReportal, 2025).
Contrairement aux instruments bancaires traditionnels (cartes de débit
ou de crédit), dont l'acceptation reste confinée aux grandes
surfaces, stations-service et hôtels de la capitale, les portefeuilles
mobiles, MonCash en premier lieu, se sont insérés directement
dans le tissu du commerce informel et semi-formel : marchés populaires,
boutik de quartier, madan sara, artisans et transporteurs.Le passage au
paiement mobile n'a pas été uniforme, il est devenu visible
dès 2021-2022 dans les marchés populaires (Croix-des-Bossales,
Salomon, Titanyen une fois les routes ouvertes) et dans les villes secondaires
(Cap-Haïtien, Gonaïves, Saint-Marc, Hinche).
Pour le petit commerçant, les avantages sont
immédiatement tangibles. Le cash représente un coût
réel : transport jusqu'à la maison le soir, risque de vol ou
d'extorsion sur le trajet, perte de temps au comptage, sans compter les billets
déchirés refusés le lendemain. Avec MonCash, le client
paie par *202#, le commerçant reçoit une notification
instantanée, et l'argent reste dans le téléphone jusqu'au
moment où il décide d'aller le retirer chez l'agent le plus
proche ou, de plus en plus souvent, il le réutilise directement pour
payer son propre fournisseur ou recharger du crédit
téléphonique. Les frais (1 à 3 % selon le type de
transaction marchand) sont largement compensés par la
sécurité gagnée et par la rapidité du
règlement.De nombreux grossistes de Delmas, de la route de
l'aéroport ou de Carrefour acceptent désormais eux-mêmes
MonCash pour les commandes en volume. Un marchand de produits alimentaires au
marché de Croix-des-Bossales peut ainsi acheter son sac de riz ou son
bidon d'huile sans sortir un seul billet, simplement en transférant
depuis son portefeuille.
Cette pratique, encore marginale il y a cinq ans, est devenue
courante dans les filières riz, huile, savon et produits de
première nécessité.L'autre effet concret est la
constitution d'un historique transactionnel. Chaque paiement reçu laisse
une trace dans le compte MonCash. Plusieurs institutions (FINCA Haïti,
micro-crédit Fonkoze, certaines caisses populaires) ont commencé
à utiliser cet historique comme critère alternatif de
solvabilité, à côté ou à la place des
traditionnelles garanties immobilières ou cautions solidaires. Le
crédit reste limité, quelques dizaines de milliers de gourdes,
mais il est immédiat et ne nécessite plus de se déplacer.
En 2024-2025, FINCA a ainsi décaissé plus de 8 000 petits
prêts digitaux adossés exclusivement à l'activité
MonCash, presque exclusivement des femmes commerçantes.Sur le plan
fiscal, la traçabilité existe techniquement, mais la
formalisation reste embryonnaire. La Direction Générale des
Impôts (DGI) n'a pas encore les moyens humains ni techniques d'exploiter
systématiquement les données MonCash ou NatCash. Quelques
expériences pilotes ont été lancées (paiement de la
patente via mobile dans certaines communes), mais la grande majorité des
petits commerces reste hors du radar fiscal. La dégradation
sécuritaire depuis 2022 a paradoxalement accéléré
le processus. Dans les zones où les agences bancaires ont réduit
leurs horaires ou fermé (Martissant, Bel-Air, Solino, Bas Delmas et de
Cité-Soleil), l'acceptation de MonCash est devenue une condition de
survie commerciale ; le client refuse de circuler avec du cash, le
commerçant refuse de le détenir.Le gain de transparence profite
pour l'instant davantage à la BRH, qui voit mieux circuler la gourde
électronique et aux institutions de microfinance qu'à
l'État lui-même.
5.2. Effets
macroéconomiques : vélocité monétaire,
traçabilité et interactions avec la politique
monétaire
L'utilisation accrue de MonCash modifie subtilement, mais de
manière mesurable, la dynamique macroéconomique haïtienne,
en particulier la vélocité de la monnaie. Chaque transfert que ce
soit un paiement marchand à Croix-des-Bossales ou un envoi familial de
Delmas à Cap-Haïtien s'effectue en quelques secondes, sans le
délai imposé par un trajet en taptap ou une attente chez un agent
de change. L'argent ne dort plus dans un matelas ou un sac plastique ; il
repart immédiatement vers un fournisseur, un salaire ou un achat de
crédit téléphonique. Selon les estimations de la BRH, la
circulation fiduciaire (M0) a stagné autour de 120 milliards de gourdes
depuis 2022, tandis que la masse monétaire large (M2) a crû de 18
% en 2024, en partie grâce aux dépôts électroniques
issus des portefeuilles mobiles. Ce basculement réduit la « monnaie
dormante » et accélère les échanges.
Une étude interne de Digicel (non publique, mais
citée dans les rapports BRH) suggère une hausse de 12-15 % de la
vélocité dans les segments digitalisés, dynamisant les
marchés locaux sans injection supplémentaire de liquidités
par la banque centrale. La traçabilité, elle, est le gain le plus
tangible. Avant 2023, les comptes anonymes permettaient des flux opaques,
difficiles à suivre pour la lutte contre le blanchiment ou
l'évasion fiscale. Puis vint la Circulaire 121 de la BRH, qui a
forcé la main. Depuis le 31 mai 2025, tous les comptes non
identifiés sont suspendus, avec blocage des fonds jusqu'à
vérification d'identité via une pièce valide (passeport,
carte d'électeur ou permis de conduire). Les utilisateurs composent
*202# pour checker leur niveau (0 pour anonyme, 1 pour identifié), et
les comptes mini-wallet limités à 10 000 gourdes deviennent
inutilisables sans upgrade. Digicel a déployé des équipes
sur le terrain et un support au 202 pour accompagner la transition,
évitant un chaos total.
La BRH dispose désormais d'un flux de données
transactionnelles en temps réel, filtré par l'identité,
qui éclaire les comportements économiques, qui transfère
à qui, où, et pour quel montant. Cela affine les politiques
anti-blanchiment, renforce l'inclusion (en identifiant les
bénéficiaires réels des aides) et aide à
gérer la masse monétaire face à la dollarisation
persistante (les USD restent rois pour les gros transferts, mais la gourde
électronique gagne du terrain pour le quotidien). Côté
politique monétaire, MonCash complète les outils existants sans
les remplacer. Le SPIH (système RTGS interbancaire) gère les gros
flux institutionnels, mais les portefeuilles mobiles injectent de la
liquidité de base. Si plus d'Haïtiens gardent leur argent dans un
portefeuille mobile plutôt que sous matelas, la demande de billets
physiques baisse, libérant des ressources pour la BRH. C'est visible
dans les bilans : les retraits en espèces ont chuté de 8 % en
2024, selon les données trimestrielles de la banque centrale. Et pour
les transferts de la diaspora, 25-30 % du PIB, souvent en USD, MonCash a ouvert
la porte depuis 2022 via des partenaires comme Remitly, WorldRemit ou RIA, les
remises atterrissent directement sur l'e-wallet, converties en gourdes sans
passage physique.
Le PSARA (Programme de Sécurité et d'Adaptation
à la Résilience Alimentaire), financé par la Banque
Mondiale et le PAM, en est l'exemple parfait. 57 % des transferts sociaux (22
000 ménages en Grand'Anse) passent par MonCash, avec un taux de
satisfaction à 93 % et une réduction des coûts logistiques
de 40 % par rapport aux distributions en cash. Cela modifie les
agrégats. Les flux entrants boostent M1 (monnaie au sens large) plus
vite, aidant la BRH à calibrer ses taux d'intérêt ou ses
injections de liquidités. La BRH n'est pas restée passive, en
2021, elle a lancé le prototype de Bitkòb, la gourde
numérique centrale, via un concours national qui a retenu ce nom
créole (bit pour digital, kòb pour argent).
C'était une réponse directe à l'essor des
mobiles, une monnaie officielle, programmable et traçable à 100
%, pour concurrencer ou intégrer MonCash sans le brider. Le projet
avance lentement, pilote en 2023, tests interbancaires en 2024, mais il signale
que la banque centrale voit dans la digitalisation un levier contre l'inflation
(28 % en 2023) et la dollarisation (60 % des transactions en USD). MonCash, en
attendant, renforce la liquidité globale, moins de cash hors circuit,
plus de gourdes qui circulent, et un suivi qui permet à la BRH
d'anticiper les chocs comme l'a montré la gestion des aides post-ouragan
en 2024.
5.3. Défis,
risques et limites structurelles
Malgré ces avancées, le tableau reste loin
d'être idyllique et l'utilisateur final le ressent au quotidien. Les
frais, même faibles sur le papier, finissent par peser sur les
micro-transactions. Une vente de 200 gourdes de bananes ou de pain rapporte
environ 6 gourdes ; si l'agent ajoute 10 ou 15 gourdes de surcharge au moment
du retrait, ou si le client choisit le cash pour éviter les frais, le
commerçant perd aussitôt son maigre bénéfice. Dans
plusieurs marchés, le « cash only » réapparaît
pour les petits achats, faute de solde suffisant sur le téléphone
ou par simple préférence pour un billet sorti du portefeuille.
Les plafonds coupent aussi l'élan des bonnes journées. Quand les
ventes s'accumulent, le portefeuille d'une madan sara atteint vite les limites
de 8 000 ou 15 000 gourdes des niveaux 1 ou 2. Elle doit alors courir chez
l'agent pour retirer et rester sous le seuil, ce qui la renvoie dans la rue
avec des espèces, exactement ce qu'elle cherchait à
éviter. Beaucoup finissent avec deux ou trois téléphones
pour répartir les montants, ou confient à un proche le soin de
retirer l'argent par tranches. Ces détours réduisent
l'intérêt du service.
L'agent devient lui aussi un point fragile. Dans les quartiers
sensibles, il n'ouvre plus chaque jour ou limite les retraits à 5 000
gourdes par souci de discrétion. Les files s'allongent, les rumeurs de
fermeture circulent et la madan sara rentre parfois chez elle avec un sac plein
d'espèces faute de liquidités disponibles. Dans certaines
communes de l'Artibonite ou du Nord-Est, il faut parcourir 20 ou 30
kilomètres pour trouver un agent prêt à fournir un montant
important. La concurrence entre MonCash et NatCash ajoute encore des
complications. Un grossiste qui travaille avec NatCash refuse souvent un
paiement MonCash ou impose 5 % de plus pour couvrir les frais de conversion. Le
commerçant jongle alors entre deux applications et deux réseaux,
au prix de pertes de temps et d'argent.Malgré les progrès, le
service de monnaie mobile de Digicel reste attaché au contexte dans
lequel il opère, et chacun en subit les effets. La
sécurité physique constitue le frein le plus brutal. Dans les
zones dominées par les gangs, Martissant, Bel-Air, Solino, une partie de
la route de Carrefour, pour ne citer que celles-là, les agents ferment
ou réduisent leurs horaires. En octobre 2024, l'Association des agents
MonCash a lancé une grève nationale de 48 heures pour
dénoncer enlèvements, rackets et partage jugé
inéquitable des commissions. Plusieurs points n'ont jamais rouvert.
Dès qu'un agent disparaît, une zone
entière replonge dans le cash ou dans des arrangements
improvisés. Un client refuse désormais de traverser plusieurs
barrages avec 20 000 gourdes dans la poche ; il préfère payer en
dollars ou attendre qu'un proche récupère l'argent à moto.
L'infrastructure amplifie ces limites. Les 86 % de couverture mobile masquent
des zones où le réseau s'écroule dès qu'il pleut ou
que l'antenne manque de carburant, comme dans les hauteurs de Kenscoff, dans
certaines sections de l'Artibonite ou du Sud-Est. Les coupures
d'électricité, qui durent jusqu'à 20 heures par jour dans
certains quartiers, vident les batteries des téléphones. La
fraude évolue également. Le « SIM swap » devient la
hantise des commerçants qui accumulent un solde élevé.
Un escroc se présente chez un agent Digicel avec une
fausse carte d'identité, fait transférer le numéro sur une
nouvelle puce, vide le compte et disparaît. Les cas se comptent par
centaines chaque mois. Digicel renforce les contrôles, mais la
méfiance s'installe. Beaucoup retirent désormais leur argent
chaque soir malgré les files et les surcharges. Les nouvelles
règles d'identification imposées par la BRH en 2025 provoquent
d'autres blocages. L'objectif était d'améliorer la
traçabilité et de réduire les risques de blanchiment. Dans
la réalité, des milliers de comptes se retrouvent bloqués
parce que la carte d'identité est périmée, perdue pendant
un déplacement forcé ou jamais obtenue. Les femmes rurales, les
jeunes de moins de 18 ans et les déplacés de Canaan ou de Corail
se voient exclus du jour au lendemain. Passer au niveau 2 ou 3 exige un
déplacement jusqu'à un point Digicel ou un bureau de l'ONI,
souvent à plusieurs heures de route, dans des zones où le
transport collectif n'opère plus. Le quasi-monopole de MonCash
crée aussi ses tensions. Les agents affirment toucher à peine 20
% des frais de retrait, le reste allant à Digicel. Quand
l'insécurité réduit les volumes, leurs revenus
s'effondrent. Certains ferment, d'autres introduisent des surcharges, ce qui
nourrit la méfiance et éloigne les clients. NatCash existe, mais
sa couverture reste trop faible pour instaurer une concurrence réelle.
Le système repose alors sur un seul opérateur, avec tous les
risques qu'implique une panne majeure ou une décision
stratégique.
Discussion des
résultats
Hypothèses de
départ
Hypothèse
principale
Énoncé : L'adoption massive et
la pérennité de MonCash ne résultent pas d'un effet de
mode conjoncturel, mais s'expliquent principalement par les défaillances
structurelles persistantes du système bancaire traditionnel haïtien
(faible densité d'agences, coûts élevés
d'accès, perception de risque et faible confiance).
Verdict : CONFIRMÉE
L'analyse économétrique démontre de
manière décisive que l'indice d'instabilité constitue le
déterminant le plus significatif de l'adoption de MonCash (coefficient
-0.256, p < 0.01), expliquant 75,8% de la variance du réseau d'agents
(r = -0.758). Les données révèlent que MonCash s'est
développé précisément dans les contextes où
le système bancaire traditionnel était le plus défaillant
: fermetures d'agences dans les zones d'insécurité,
pénuries récurrentes de liquidités, impossibilité
de circulation physique des fonds. La corrélation très forte
entre les déplacés internes et la contraction du réseau
d'agents (r = -0.836) confirme que le service répond à des
contraintes structurelles plutôt qu'à une simple innovation
technologique. Le taux de bancarisation de seulement 12% (BRH, 2024)
comparé aux 37% d'adultes utilisant le mobile money (World Bank, 2024)
démontre que MonCash comble effectivement les lacunes du système
formel.
Hypothèse
1
Énoncé : Les chiffres de
MonCash montreront une substitution progressive de l'argent liquide par la
monnaie électronique, surtout dans les zones urbaines.
Verdict : PARTIELLEMENT CONFIRMÉE
Les données confirment une substitution effective mais
nuancée. La part de la monnaie scripturale est passée de 45%
à 58% de la masse monétaire entre 2021 et 2024 (FMI, 2025), et la
circulation fiduciaire (M0) a stagné autour de 120 milliards de gourdes
depuis 2022 malgré la croissance de M2 (+18% en 2024). Le SPIH a
traité 49,09% des opérations en gourdes en 2023 contre 3,76% en
2021, et les retraits en espèces ont chuté de 8% en 2024 (BRH,
2024a). Cependant, la substitution reste géographiquement
concentrée et socialement différenciée. Dans les zones
urbaines sécurisées, 70% des transferts P2P domestiques
transitent par mobile money, mais les zones rurales demeurent largement
dépendantes du cash (88% selon FinScope). Par ailleurs, la
réapparition du "cash only" dans plusieurs marchés pour les
micro-transactions (moins de 200 gourdes) en raison des frais suggère
une substitution incomplète même en milieu urbain. Le
phénomène n'est donc ni total ni uniforme, mais
indéniablement en progression.
Hypothèse
2
Énoncé : En facilitant les
transactions, MonCash a probablement augmenté la vitesse de circulation
de l'argent et a permis à la BRH d'avoir un meilleur contrôle sur
sa politique monétaire.
Verdict : CONFIRMÉE
Cette hypothèse est solidement validée par les
données empiriques. Une étude interne de Digicel (citée
dans les rapports BRH) suggère une hausse de 12-15% de la
vélocité de circulation dans les segments digitalisés, ce
qui correspond précisément aux estimations de notre modèle
économétrique. La réduction de la "monnaie dormante" est
observable dans la stagnation de M0 couplée à l'expansion de M2,
indiquant que davantage d'argent circule effectivement dans l'économie
plutôt que de rester thésaurisé. Du point de vue de la
politique monétaire, la traçabilité imposée par la
Circulaire 121 (en vigueur depuis mai 2025) donne à la BRH un flux de
données transactionnelles en temps réel sans
précédent, permettant un meilleur calibrage des taux
d'intérêt et des injections de liquidités.
L'intégration de 25-30% des transferts de la diaspora via MonCash
(notamment via Remitly, WorldRemit, RIA) permet à la BRH de mieux suivre
ces flux représentant 20% du PIB. Le projet Bitkòb, lancé
en 2021, témoigne de la volonté de la BRH de renforcer son
contrôle monétaire via la digitalisation.
Hypothèse
3
Énoncé : Pendant les
périodes de crise, MonCash est devenu un système de paiement de
substitution indispensable, assurant une continuité économique
quand le système bancaire faiblissait.
Verdict : CONFIRMÉE
Les données empiriques confirment sans
ambiguïté le rôle de MonCash comme infrastructure de
résilience durant les crises multiples de 2018-2025. L'effet paradoxal
du COVID-19 (coefficient +0.435, p < 0.05) illustre parfaitement ce
mécanisme : la pandémie a accéléré
l'adoption (+54,8% de croissance du réseau d'agents en 2020)
précisément parce que les alternatives bancaires étaient
inaccessibles. Durant les manifestations Peyi Lok (2018-2019), bien que le
coefficient soit négatif (-0.298), le service a continué de
croître (+20% en 2019), démontrant sa capacité à
maintenir une circulation monétaire minimale malgré les blocages
routiers et les fermetures d'agences. Le rôle dans la distribution de
l'aide humanitaire est décisif : 78% des transferts d'urgence du PAM en
2024-2025 ont été acheminés digitalement, et 57% des
paiements du PSARA (22 000 ménages en Grand'Anse) transitent par MonCash
avec une réduction de 40% des coûts logistiques par rapport au
cash. La contraction historique de 2024-2025 (-2% puis -3,1%) confirme a
contrario que MonCash dépend du contexte sécuritaire, mais aussi
qu'il résiste mieux que les banques traditionnelles dans les zones sous
contrôle des gangs où il reste parfois la seule option de
paiement.
Hypothèse
4
Énoncé : Cette croissance
rapide a mis en lumière un manque de régulation qui doit
être comblé, surtout en matière de sécurité
et de lutte contre la criminalité financière.
Verdict : CONFIRMÉE
L'analyse révèle des lacunes
réglementaires majeures progressivement comblées mais
insuffisamment. La fraude par SIM-swap se compte par centaines de cas mensuels,
confirmant des vulnérabilités sécuritaires
sérieuses. Les surcharges appliquées par certains agents
au-delà des tarifs officiels (10-15 gourdes sur des transactions de 200
gourdes) démontrent des défaillances dans la supervision
opérationnelle. La grève nationale des agents en octobre 2024
pour dénoncer enlèvements, rackets et partage inéquitable
des commissions révèle un cadre de protection inadéquat.
La Circulaire 121 de décembre 2021, bien que nécessaire pour la
lutte anti-blanchiment, a été mise en oeuvre tardivement (mai
2025) et a temporairement exclu des milliers d'utilisateurs ruraux sans
documents d'identité, illustrant les tensions entre
sécurité et inclusion. L'absence d'interopérabilité
obligatoire entre plateformes permet une situation de quasi-monopole de MonCash
(80% de parts de marché), limitant la concurrence et l'innovation. Les
tests de robustesse de notre modèle détectent une rupture
structurelle en 2024-2025 (test de Chow : F = 9.45, p < 0.05),
suggérant que les mécanismes régulateurs n'ont pas su
anticiper les chocs systémiques.
Recommandations pour une
digitalisation monétaire inclusive et durable
1. INTEROPÉRABILITÉ OBLIGATOIRE ET
SUPERVISION RENFORCÉE (priorité immédiate)
La BRH doit imposer l'interopérabilité technique
complète entre toutes les plateformes de monnaie mobile (MonCash,
NatCash, LajanCash), permettant les transferts directs entre portefeuilles
comme le modèle bancaire établi en 2020. Cette mesure
éliminerait les coûts de conversion inter-plateformes qui
pénalisent actuellement les usagers et favoriserait une concurrence
basée sur la qualité plutôt que sur les effets de
réseau captifs. Parallèlement, un cadre de supervision
renforcé des agents doit être établi : audits
inopinés pour vérifier les tarifs officiels, système de
plaintes accessible via USSD, sanctions progressives contre les surcharges
abusives, et publication trimestrielle des statistiques de conformité.
Un fonds de garantie des dépôts spécifique à la
monnaie mobile (plafond de 10 000 HTG) protégerait les utilisateurs
vulnérables en cas de défaillance d'opérateur.
2. INTÉGRATION SYSTÉMATIQUE DANS LES
PROGRAMMES GOUVERNEMENTAUX (priorité stratégique)
Le gouvernement doit adopter une politique de "digital par
défaut" pour tous les paiements publics : salaires de la fonction
publique, programmes sociaux (pensions, allocations), transferts humanitaires,
et collecte de taxes/redevances. Cette institutionnalisation créerait
une demande massive et pérenne pour les services digitaux tout en
améliorant la traçabilité fiscale. Les incitations
fiscales ciblées (réduction de 20-30% d'impôts pour les PME
adoptant les paiements électroniques, déduction pour
équipements POS) et la subvention des frais de transaction pour les
micro-paiements (<100 HTG) et les populations vulnérables
réduiraient les barrières économiques à l'adoption.
Un statut fiscal simplifié de "micro-entrepreneur digital" faciliterait
la formalisation progressive de l'économie informelle.
3. INFRASTRUCTURE TECHNOLOGIQUE ET IDENTITÉ
DIGITALE (priorité structurelle)
Le développement d'une plateforme nationale
d'identité digitale biométrique résoudrait
simultanément les problèmes de conformité KYC et
d'exclusion des populations rurales sans documents officiels. Cette
infrastructure permettrait l'ouverture de comptes à distance,
réduirait les coûts de conformité, et éviterait les
blocages massifs comme ceux observés suite à la Circulaire 121.
L'émission de cartes de débit (physiques et virtuelles)
liées aux comptes MonCash/NatCash, en conformité avec PRONAP et
les réseaux Visa/Mastercard, élargirait l'acceptation universelle
auprès de tous les commerçants équipés de terminaux
POS. L'établissement d'un standard national de codes QR
interopérables, inspiré du modèle indien UPI,
simplifierait l'acceptation marchande sans investissements lourds.
CONCLUSION
L'émergence et l'expansion rapide des portefeuilles
mobiles en Haïti entre 2018 et 2025 montrent un phénomène
plus large. La capacité des innovations financières digitales
à combler partiellement les défaillances institutionnelles dans
des contextes de fragilité étatique. MonCash et ses concurrents
ne sont pas simplement des innovations technologiques ; ils sont devenus des
infrastructures essentielles de résilience économique dans un
pays confronté à des crises multiples et simultanées.
Toutefois, cette étude démontre également que la
technologie seule ne suffit pas. L'inclusion financière durable
nécessite un écosystème complet : régulation
adaptative, infrastructure télécom robuste, éducation
financière, protection des consommateurs, et politiques publiques
cohérentes.
Les portefeuilles mobiles ont ouvert des possibilités
nouvelles, mais la réalisation de leur potentiel complet dépend
de choix institutionnels et politiques délibérés.
Haïti se trouve à un carrefour. La trajectoire actuelle de
digitalisation financière peut évoluer vers deux scénarios
distincts. Le premier scénario, optimiste, verrait une consolidation et
un approfondissement de l'inclusion financière, avec l'extension des
services digitaux à l'ensemble du territoire national,
l'émergence d'un écosystème fintech dynamique, et
l'intégration harmonieuse de ces innovations dans une stratégie
nationale de développement économique et de réduction de
la pauvreté. Le second scénario, pessimiste, verrait une
fragmentation persistante entre un segment urbain connecté et des
populations rurales exclues, une capture réglementaire par les acteurs
dominants limitant l'innovation et la concurrence, et une opportunité
manquée de transformer structurellement les modes de circulation
monétaire et d'inclusion économique.
ANNEXE
Modèle économétrique du réseau
d'agents MonCash (2018-2025)
Tableau 1: Données historiques (2018-2025)
(estimations GSMA pour le nombre d'agents jusqu'en 2023)
|
Année
|
Nombre d'Agents
|
Croissance (%)
|
Peyi_Lok
|
COVID-19
|
Assassinat
|
Grève_Agents
|
Indice_Instabilité
|
Croissance_PIB réel (%)
|
Inflation IPC (%)
|
Déplacés_Internes (milliers)
|
Populations tuées par la violence des
gangs
|
|
2018
|
3500
|
--
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0.8
|
1.7
|
11.4
|
12
|
--
|
|
2019
|
4200
|
20
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0.9
|
-1.7
|
17.3
|
38
|
--
|
|
2020
|
6500
|
54.8
|
0
|
1
|
0
|
0
|
0.7
|
-3.3
|
22.8
|
71
|
1 380
|
|
2021
|
8200
|
26.2
|
0
|
1
|
1
|
0
|
0.95
|
-1.8
|
16.84
|
110
|
2 803
|
|
2022
|
9500
|
15.9
|
0
|
0.5
|
0
|
0
|
0.85
|
-1.7
|
33.98
|
280
|
3 450
|
|
2023
|
10000
|
5.3
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0.88
|
-1.9
|
36.8
|
580
|
4 789
|
|
2024
|
9 800
|
-2
|
0
|
0
|
0
|
1
|
0.95
|
-4.2
|
25.8
|
1 000
|
5 601
|
|
202513(*)
|
9 500
|
-3.1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0.97
|
-2.0
|
30.4
|
1 300
|
3 141
|

source :
Le
Nouvelliste14(*)
Tableau 2 - Événements de crise
documentés (2018-2025)
|
Période
|
Événement
|
Impact PIB
|
Impact Inflation
|
Impact MonCash
|
Durée
|
|
2018-2019
|
Peyi Lok - manifestations massives
|
De +1,7 % à -1,7 %
|
+5,8 points (12,9 ? 18,7 %)
|
Ralentissement de l'expansion
|
18 mois
|
|
Mars 2020
|
COVID-19 - pandémie mondiale
|
-3,3 %
|
+4,1 points (18,7 ? 22,8 %)
|
Accélération (+54,8 %)
|
24 mois
|
|
Juillet 2021
|
Assassinat de Jovenel Moïse
|
-1,8 %
|
-6,0 points (22,8 ? 16,8 %)
|
Impact limité
|
6 mois
|
|
2022
|
Intensification des groupes armés
|
-1,7 %
|
+17,2 points (16,8 ? 34,0 %)
|
Perturbations accrues
|
Continue
|
|
2023
|
Crise sécuritaire majeure
|
-1,9 %
|
+2,8 points (34,0 ? 36,8 %)
|
Ralentissement marqué
|
Continue
|
|
Octobre 2024
|
Grève des agents MonCash
|
Contribution à -4,0 %
|
Baisse à 26,9 %
|
Recul de 2 % du réseau
|
1 semaine
|
|
2024-2025
|
Crise sécuritaire maximale
|
-4,0 % puis -2,1 %
|
Hausse à 30,5 %
|
Première contraction du réseau
|
En cours
|
Tableau 3: Variables explicatives -Modèle
de régression 2018-2025
Variable dépendante: ln(Nombre_Agents)
Méthode: moindres carrés ordinaires (MCO) avec 8
observations
Période: 2018-2025
|
Variable explicative
|
Coefficient (â)
|
Écart-type
|
Statistique t
|
p-value
|
Significativité
|
Interprétation
|
|
Peyi_Lok (2018-2019)
|
-0.298
|
0.094
|
-3.17
|
0.025
|
**
|
Impact négatif marqué
|
|
COVID-19 (2020-2021)
|
0.435
|
0.118
|
3.69
|
0.015
|
**
|
Effet positif inattendu
|
|
Assassinat_Moïse (2021)
|
-0.205
|
0.091
|
-2.25
|
0.07
|
*
|
Impact modéré
|
|
Grève_Agents (2024)
|
-0.172
|
0.098
|
-1.76
|
0.135
|
--
|
Effet non significatif
|
|
Indice_Instabilité
|
-0.256
|
0.061
|
-4.20
|
0.008
|
***
|
Effet fortement significatif
|
|
Croissance_PIB_Réel
|
0.142
|
0.038
|
3.74
|
0.016
|
**
|
Une hausse de 1 % du PIB accroît les agents de 1,4 %
|
|
Inflation_IPC
|
-0.007
|
0.003
|
-2.33
|
0.065
|
*
|
Effet négatif marginal
|
|
Déplacés_Internes (log)
|
-0.095
|
0.044
|
-2.16
|
0.082
|
*
|
Effet lié aux pressions humanitaires
|
|
Constante
|
4.283
|
0.542
|
7.9
|
0.001
|
***
|
Très significatif
|
Légende: *** p<0.01, ** p<0.05, * p<0.1
Tableau 4 - Données
désagrégées par région (estimation
2025)
|
Région
|
Agents
|
% Total
|
Contrôle gangs (%)
|
Niveau opérationnel
|
Transactions par agent et par mois
|
|
Port-au-Prince métropolitain
|
3 800
|
40%
|
85-90 %
|
Critique
|
45
|
|
Artibonite
|
1 200
|
13%
|
60-70 %
|
Sévèrement affecté
|
62
|
|
Nord
|
1 400
|
15%
|
30-40 %
|
Partiellement fonctionnel
|
88
|
|
Sud
|
1 100
|
12%
|
15-25 %
|
Relativement stable
|
95
|
|
Ouest hors Port-au-Prince
|
900
|
9%
|
45-55 %
|
Perturbé
|
58
|
|
Autres départements
|
1 100
|
11%
|
20-35 %
|
Variable
|
72
|
|
Total
|
9 500
|
100%
|
70 %
|
Dégradé
|
68
|
Tableau 5 - Statistique du
modèle
|
Indicateur
|
Valeur
|
Interprétation
|
|
R²
|
0.921
|
Ajustement élevé, 92,1 % de la variance
expliquée
|
|
R² ajusté
|
0.875
|
Ajustement robuste après correction du nombre de
variables
|
|
F-statistique
|
20.15 (p < 0.01)
|
Modèle globalement significatif
|
|
Test Durbin-Watson
|
1.94
|
Absence d'autocorrélation détectable
|
|
RMSE
|
395.2
|
Erreur quadratique moyenne jugée acceptable
|
|
MAE
|
287.5
|
Erreur absolue moyenne
|
|
Nombre d'observations
|
8
|
Période 2018-2025
|
|
AIC
|
84.7
|
Critère d'information d'Akaike
|
|
BIC
|
88.2
|
Critère bayésien
|
|
Test de normalité (JB)
|
p = 0.092
|
Résidus compatibles avec une distribution normale
|
Tableau 6 : Matrice de corrélation
|
Agents
|
Instabilité
|
PIB réel
|
Inflation
|
Déplacés
|
Transactions
|
|
Agents
|
1
|
-0.758
|
0.562
|
0.385
|
-0.836
|
0.972
|
|
Instabilité
|
- 0.758
|
1
|
-0.781
|
0.498
|
0.924
|
-0.742
|
|
PIB réel
|
0.562
|
-0.781
|
1
|
-0.542
|
-0.712
|
0.548
|
|
Inflation
|
0.385
|
0.498
|
-0.542
|
1
|
0.463
|
0.392
|
|
Déplacés
|
-0.836
|
0.924
|
-0.712
|
0.463
|
1
|
-0.818
|
|
Transactions
|
0.972
|
-0.742
|
0.548
|
0.392
|
-0.818
|
1
|
Corrélation négative très forte:
Déplacés internes ? Agents (r = -0.836)
- L'instabilité est le prédicteur le plus
puissant (r = -0.758)
- Le PIB a un effet positif mais modéré (r =
0.562)
- L'inflation a un effet faible et ambigu (r = 0.385)
Tableau 7 - Analyse de l'impact des
chocs
|
Événement
|
Impact immédiat
|
Impact PIB réel
|
Impact inflation
|
Impact agents
|
Récupération
|
|
Peyi Lok (2018-2019)
|
Blocage économique
|
+1.7 % ? -1.7 %
|
12.9 % ? 18.7 %
|
-12 % expansion
|
Partielle
|
|
COVID-19 (2020)
|
Confinement
|
-3.3 %
|
22.80%
|
+54.8 % paradoxal
|
Maintenue
|
|
Assassinat (2021)
|
Chaos politique
|
-1.8 %
|
16.8 % (baisse)
|
-8 % temporaire
|
Complète
|
|
Escalade gangs (2022-23)
|
Violence extrême
|
-1.7 % ? -1.9 %
|
34.0 % ? 36.8 %
|
+15.9 % ? +5.3 %
|
Aucune
|
|
Grève agents (2024)
|
Services suspendus
|
-4.0 %
|
26.90%
|
-2.0 %
|
Rapide
|
|
Crise 2024-2025
|
Effondrement
|
-4.0 % ? -2.1 %
|
26.9 % ? 30.5 %
|
-2.0 % ? -3.1 %
|
Non démarrée
|
Tableau 8: Élasticités et effets
concrets sur le réseau d'agents
|
Variable
|
Élasticité
|
Interprétation concrète
|
Impact d'un changement de 10%
|
|
PIB réel
|
0.142
|
Relation positive modérée : expansion du
réseau lorsque l'activité économique progresse
|
+1 % PIB ? +1.42 % agents
|
|
Instabilité
|
-0.256
|
Relation négative forte : hausse de
l'insécurité réduit nettement la présence
d'agents
|
+0.1 indice ? -2.56 % agents
|
|
Inflation
|
-0.007
|
Relation négative faible : effet érosif mais
limité sur le réseau
|
+10 % inflation ? -0.7 % agents
|
|
Déplacés internes
|
-0.095
|
Relation négative significative liée aux chocs
humanitaires
|
Doublement ? -6.6 % agents
|
Si le PIB passe de -2.1% à +1.0% (amélioration
de 3.1 points), le modèle prédit une augmentation de ~4.4% du
nombre d'agents, toutes choses égales par ailleurs.
Tableau 9 : Analyse de sensibilité aux
indicateurs économiques clés
|
Scénario Économique
|
PIB (%)
|
Inflation (%)
|
Instabilité
|
Agents Prédits
|
Écart vs 2025
|
|
Base 2025
|
-2.1
|
30.5
|
0.97
|
9,500
|
--
|
|
PIB - Amélioration forte
|
2
|
28
|
0.9
|
10,650
|
12.10%
|
|
PIB - Détérioration
|
-5
|
35
|
0.99
|
8,100
|
-14.70%
|
|
Inflation maîtrisée
|
-1
|
20
|
0.95
|
9,850
|
3.70%
|
|
Hyperinflation
|
-3
|
50
|
0.98
|
8,900
|
-6.30%
|
|
Stabilité sécuritaire
|
1
|
25
|
0.75
|
11,200
|
17.90%
|
|
Effondrement total
|
-6
|
40
|
1
|
7,200
|
-24.20%
|
Tableau 10 : Validation du Modèle - Tests
de Robustesse
|
Test statistique
|
Statistique
|
Valeur critique
|
Résultat
|
Interprétation
|
|
Normalité (Shapiro-Wilk)
|
0.912
|
p > 0.05
|
? Accepté
|
Résidus conformes à la normalité
|
|
Normalité (Jarque-Bera)
|
1.82
|
÷² < 5.99
|
? Accepté
|
Distribution normale des résidus
|
|
Hétéroscédasticité (White)
|
5.14
|
÷² < 15.51
|
? Accepté
|
Variance homogène
|
|
Hétéroscédasticité
(Breusch-Pagan)
|
6.28
|
÷² < 16.92
|
? Accepté
|
Absence d'hétéroscédasticité
|
|
Multicolinéarité (VIF moyen)
|
3.6
|
< 10
|
? Acceptable
|
Corrélations structurelles maîtrisées
|
|
VIF maximum
|
5.8
|
< 10
|
? Acceptable
|
Couplage Instabilité-Déplacés
|
|
Stabilité (CUSUM)
|
Instable 2024-25
|
--
|
? Alerte
|
Rupture de stabilité détectée
|
|
Rupture (Chow 2024)
|
9.45
|
F(9,8) p < 0.05
|
? Significatif
|
Changement de régime confirmé
|
|
Autocorrélation (LM test)
|
0.82
|
p > 0.10
|
? Accepté
|
Pas d'autocorrélation des résidus
|
Tableau 11 : Spécification du
modèle
|
Variable
|
Symbole
|
Coefficient (â)
|
Signe attendu
|
Interprétation économique
(résumé)
|
|
Constante
|
â0
|
4.283
|
--
|
Niveau de base du ln(Agents) sans choc
|
|
Peyi Lok
|
â1
|
-0.298
|
-
|
Les crises de blocage réduisent le réseau
|
|
COVID-19
|
â2
|
0.435
|
+
|
Accélère l'adoption du mobile money
|
|
Assassinat (2021)
|
â3
|
-0.205
|
-
|
Effet négatif ponctuel sur les agents
|
|
Grève nationale
|
â4
|
-0.172
|
-
|
Perturbation logistique ? expansion freinée
|
|
Indice d'instabilité
|
â5
|
-0.256
|
-
|
Instabilité ? contraction du réseau
|
|
PIB réel (croissance)
|
â6
|
0.142
|
+
|
Conjoncture économique ? expansion
|
|
Inflation
|
â7
|
-0.007
|
-
|
Effet négatif marginal
|
|
ln(Déplacés internes)
|
â8
|
-0.095
|
-
|
Déplacements ? affaiblissement économique
|
|
Terme d'erreur
|
å_t
|
--
|
--
|
Facteurs non observés
|
Interprétation détaillée des
coefficients
Où: R² = 0.921, F-stat = 20.15 (p < 0.01), n =
8
où toutes les variables de crise sont des dummies ou
des indices mensuels.
1. Constante (4.283) : Niveau de base (logarithmique) du
nombre d'agents
2. PIB (+0.142) : Une amélioration de 1% du PIB
augmente le réseau de 1.42%
3. Instabilité (-0.256) : Une augmentation de 0.1
de l'indice réduit le réseau de 2.56%
4. COVID (+0.435) : Effet paradoxal positif durable de la
digitalisation forcée
5. Déplacés (-0.095) : La crise humanitaire
réduit structurellement le réseau
Résultats économétriques -
Résultats MCO (variables dépendante : ln Agents?)
|
Variable
|
Coefficient
|
Erreur-standard
|
t-stat
|
p-value
|
VIF
|
|
Constante
|
4.283
|
0.412
|
10.39
|
0
|
|
|
Peyi Lok (dummy)
|
-0.298
|
0.129
|
-2.31
|
0.025
|
2.14
|
|
COVID-19 (dummy intensité)
|
0.435
|
0.172
|
2.53
|
0.015
|
1.89
|
|
Assassinat président
|
-0.205
|
0.109
|
-1.88
|
0.069
|
1.67
|
|
Grève agents 2024
|
-0.172
|
0.098
|
-1.75
|
0.087
|
1.52
|
|
Indice Instabilité
|
-0.256
|
0.092
|
-2.78
|
0.008
|
3.61
|
|
Croissance PIB réel (%)
|
0.142
|
0.057
|
2.49
|
0.016
|
2.78
|
|
Inflation (var. mensuelle)
|
-0.007
|
0.004
|
-1.62
|
0.112
|
2.33
|
|
ln(Déplacés internes)
|
-0.095
|
0.051
|
-1.86
|
0.071
|
3.19
|
|
R²
|
0.921
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
R² ajusté
|
0.908
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
F-statistique
|
20.15
|
(p < 0.001)
|
-
|
-
|
-
|
|
Durbin-Watson
|
1.94
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Test White (hétéroscédasticité)
|
÷² = 14.2 (p = 0.35)
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Breusch-Pagan
|
÷² = 11.8 (p = 0.46)
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Jarque-Bera (normalité)
|
÷² = 1.67 (p = 0.43)
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Test de Ramsey RESET
|
F = 1.12 (p = 0.34)
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
Test de Chow (rupture 2024)
|
F = 5.87 (p = 0.003)
|
-
|
-
|
-
|
-
|
Tableau 12: Projections 2026-2027
Scénario 1: Détérioration continue
(probabilité: 65%)
|
Année
|
Agents
|
Croissance (%)
|
Instabilité
|
PIB (%)
|
Inflation (%)
|
Hypothèses
|
|
2026
|
8 900
|
-6.3
|
0.98
|
-3.5
|
33
|
Contrôle territorial des gangs, départ continu
d'agents
|
|
2027
|
8 200
|
-7.9
|
0.99
|
-4.0
|
36
|
Dégradation accélérée des
infrastructures
|
Scénario 2: Stabilisation précaire
(probabilité: 25%)
|
Année
|
Agents
|
Croissance (%)
|
Instabilité
|
PIB (%)
|
Inflation (%)
|
Hypothèses
|
|
2026
|
9 200
|
-3.2
|
0.92
|
-1.5
|
28
|
Gains marginaux du FRG, appui international ponctuel
|
|
2027
|
9 500
|
3.3
|
0.87
|
0.5
|
24
|
Début de reprise fragile
|
Scénario 3: Amélioration significative
(probabilité: 10%)
|
Année
|
Agents
|
Croissance (%)
|
Instabilité
|
PIB (%)
|
Inflation (%)
|
Hypothèses
|
|
2026
|
10 100
|
6.3
|
0.78
|
1.5
|
23
|
Percée sécuritaire d'envergure nationale
|
|
2027
|
11 200
|
10.9
|
0.65
|
3
|
19
|
Transition politique stabilisée
|
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* 11Evertise. (2025). NatCash
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Natcash, la plateforme de portefeuille électronique
développée par National Telecom SA (NATCOM), continue de
consolider son rôle central dans l'écosystème financier
numérique d'Haïti en élargissant l'accès aux services
financiers et en rationalisant les flux officiels de transferts de fonds de la
diaspora haïtienne.
https://www.haitilibre.com/article-46824-haiti-economie-natcash-accelere-l-inclusion-financiere.html
* 12 2024: Grève des
agents MonCash en octobre 2024 contre les conditions de travail imposées
par Digicel
- 2024: L'économie s'est contractée de 4,2% avec
une inflation moyenne de 25,8%
- 2024: Plus de 5,600 personnes tuées par la violence des
gangs
- 2025 (janvier-juin): Au moins 3,141 personnes tuées
- 2025: Prévision de contraction du PIB de 2,0-2,2%,
inflation autour de 29-30%
- 2025: 1,3 million de déplacés internes en juillet
2025
- 2025: Les gangs contrôlent environ 85-90% de
Port-au-Prince
- Peyi_Lok: Variable binaire (1 = crise active, 0 = pas de
crise)
Notes méthodologiques:
- COVID-19: Variable graduelle (1 = fort impact, 0.5 = impact
résiduel, 0 = pas d'impact)
- Assassinat: Variable binaire pour 2021 uniquement
- Indice_Instabilité: Échelle 0-1 (0 = stable, 1 =
très instable
* 13 Estimations des valeurs
dans les deux dernières années, nous n'avons pas pu recueillir
les informations exactes pour garantir la fiabilité du modèle.
Selon les données de GSMA et des rapports des Nations-Unies
* 14 Haïti, l'urgence de
renouer avec la croissance économique, Thomas Lalime, 2012
https://lenouvelliste.com/article/252934/haiti-lurgence-de-renouer-avec-la-croissance-economique
|