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Le conflit au Cachemire

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par Antoine Sauvagnargues
ILERI - Master 2008
  

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II / L'Inde et le Pakistan : les « frères ennemis »

L'Inde et le Pakistan forment un couple complexe et conflictuel. Ils sont souvent présentés comme des « frères ennemis » par ce qu'ils sont issus de la partition de l'empire britannique des Indes.3(*)

En outre, l'Inde et le Pakistan dans leur confrontation au sujet du Cachemire ont développé et théorisé deux conceptions différentes de la nation. Pour l'Inde, la fédération indienne est à même d'accueillir en son sein toutes les religions et tous les particularismes, la république indienne est laïque et « pluriethnique », même si la majorité de la population de l'Inde est de religion hindoue. Les musulmans ont en Inde les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres citoyens. Le Pakistan, a contrario, a été créé pour rassembler tous les musulmans de l'ancien empire des Indes. A ce titre, la population du Cachemire a toute sa place au sein du Pakistan4(*).

Pour chacun des deux Etats, le conflit est le signe que l'autre refuse la règle de la partition. En Inde, certains y voient le souhait du Pakistan de rassembler tous les musulmans habitant en Inde au-delà même du Cachemire et estiment que tout compromis à son sujet menacerait l'intégrité de la fédération. Au Pakistan, en revanche, l'attitude de l'Inde au Cachemire est vécue comme le refus de la partition, de l'existence même du Pakistan et de sa vocation historique à accueillir et garantir les droits des musulmans.

Le conflit à propos du Cachemire a déjà provoqué trois guerres entre les deux pays et prend ses racines dans l'inachèvement de la partition de 1947.

A) Les guerres indo-pakistanaises :

A l'indépendance en 1947, le maharajah Hari Singh avait donc signé un accord de statu quo, un semblant d'indépendance, avec le Pakistan afin de préserver les voies de communications terrestres et télégraphiques, qui à l'époque passaient par l'Etat nouvellement créé par la partition. C'est ce dernier qui, le premier, ébranla l'indépendance du Jammu-et-Cachemire. En effet, au mois de septembre 1947, le Pakistan coupa ces voies de communication et de ravitaillement. Victime de raids de tribus pathanes venues du Pakistan et auxquelles se joint une partie de la population locale, le Cachemire demande en octobre 1947 à être rattaché à l'Inde pour contrer ces attaques. L'armée indienne combat dès lors celle du Pakistan, venue en renfort dès le mois de mars 1948.

A la demande de l'Inde, l'ONU intervient et négocie un cessez-le-feu. Celui-ci entre en vigueur le 1er janvier 1949. Les armées indienne et pakistanaise se retirent de part et d'autre d'une Ligne de contrôle qui divise le Cachemire en deux. Les deux tiers forment l'État fédéré indien du Jammu-et-Cachemire avec pour capitale Srinagar. Quant au Pakistan, il administre le dernier tiers, qui comprend deux entités : l'Azad Cachemire («Cachemire libre») et les Territoires du Nord. Un référendum d'autodétermination doit être organisé par l'Inde, qui s'y refuse par la suite et la monarchie cachemirie est abolie en 1952.

En 1965, un deuxième conflit éclate entre les deux pays ; sans doute le plus violent qu'ils ne se soient jamais livré. Le 5 août, le Pakistan provoque l'Inde. C'est l'opération Gibraltar. Après quelques escarmouches initiales, le premier engagement majeur entre les deux parties eu lieu le 14 août. A la suite des premières avancées de l'Inde dans le secteur nord, les forces pakistanaises se sont concentrées près de Tithwal, Uri, et Poonch. Au cours d'une contre-offensive puissante, les troupes indiennes ont progressé dans le Cachemire occupé et se sont emparées d'un point stratégique : le col de Haji Pir, ce qui représente une percée de huit kilomètres sur le territoire pakistanais.


Le Pakistan répliqua alors en lançant l'opération Grandslam afin de s'emparer du pont d'Akhnoor et, par ce moyen, couper la voie de ravitaillement au sud-ouest du Cachemire. Le 1er septembre, un assaut pakistanais dans le secteur sud, au Punjab, infligea de lourdes pertes aux forces indiennes. Le 2 septembre, l'Inde a recours au soutien aérien, auquel le Pakistan réplique par d'autres raids aériens au Cachemire et au Punjab.

La guerre se trouvait alors dans une impasse lorsque le Conseil de Sécurité des Nations Unies vota à l'unanimité une résolution, le 20 septembre, qui appelait à un cessez-le-feu. New Delhi et Islamabad acceptèrent ce cessez-le-feu et la guerre prit fin le 23 septembre 1965. Cet affrontement a fait 3 000 victimes indiennes et 3800 pakistanaises.

A la suite de cette guerre, à l'initiative de l'Union soviétique, les deux belligérants se rencontrent à Tachkent et signent la « Déclaration de Tachkent » le 10 janvier 1966. Cette déclaration représente d'importantes concessions pour l'Inde, sans réellement donner satisfaction au Pakistan. En effet, l'Inde accepte d'abandonner deux positions stratégiques : le col du Haji Pir et Kargil.

Cependant, ce conflit est aussi à l'origine de l'émergence de quelques groupuscules « indépendantistes » comme le Front de Libération du Jammu-et-Cachemire, qui fera parler de lui vingt ans plus tard. Pour le Pakistan, cette guerre a essentiellement mobilisée l'opinion du Pakistan occidental. L'Inde en profite alors pour apporter un soutien discret à la Ligue Awami, parti autonomiste du Pakistan oriental.

En 1971, une nouvelle guerre éclate entre l'Inde et le Pakistan, en raison de l'intervention de l'armée indienne au côté des militants de l'indépendance du Pakistan oriental, l'actuel Bangladesh. En effet, depuis la partition, le Pakistan est un Etat divisé en deux parties distantes de plusieurs milliers de kilomètres. La partie orientale est plus peuplée que la partie occidentale et de langue différente. Rapidement des difficultés apparaissent entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental en raison de la domination des Penjabis et de la non-reconnaissance de la langue bengalie.

Ce combat à l'origine culturelle et linguistique se transforme en une lutte politique menée par la Ligue Awami fondée en 1949 et dirigée par le Cheikh Mujibur Rahman. Son audience va croître sans cesse sous l'effet des répressions des gouvernements militaires successifs, jusqu'à ce que la démission du général Ayub Khan en 1970 amène à la tenue d'élections libres où le Pakistan oriental se voit reconnaître son importance démographique. Il devait disposer de 162 sièges sur 300. Le résultat des élections permet à la Ligue Awami d'obtenir 160 sièges contre 81 au Parti du Peuple de Bhutto. Ce résultat inacceptable pour Ali Bhutto et les militaires conduisit à une répression de grande ampleur au Pakistan oriental qui en réaction proclama son indépendance le 27 mars 1971. La fuite de près de 10 millions de réfugiés en Inde amena celle-ci à intervenir aux côtés des Bengalis, avec le soutien de l'URSS, en décembre 1971. Le 15 décembre 1971 la guerre prenait fin par la défaite du Pakistan et la reconnaissance de l'indépendance du Bangladesh.

Cette guerre aboutit à un accord diplomatique extrêmement important dit « accord de Simla » en 1972. Par cet accord, l'Inde et le Pakistan conviennent que tout différend bilatéral, y compris le Cachemire, doit être résolu au même niveau.

Ces accords fondent la position diplomatique actuelle de New Dehli au sujet du Cachemire. L'Inde refuse, en se basant sur cet accord, toute internationalisation de la question du Cachemire et toute médiation internationale de quelque nature qu'elle soit. Elle estime également que la résolution de l'ONU suivant la partition est désormais caduque. D'une part, les populations cachemiries ont marqué leur adhésion libre et démocratique à l'Inde en participant aux élections locales et nationales, il n'est donc plus question de plébiscite, la population du Cachemire adhérant à l'Inde par un « plébiscite de tous les jours ». D'autre part, l'intervention de l'ONU n'est plus souhaitée puisque les deux pays ont convenu de résoudre la question au niveau bilatéral.

De son côté, le Pakistan tient une position inverse. Il souhaite une médiation internationale au sujet du Cachemire, estimant que ce conflit est, par nature, d'envergure internationale et qu'il ne peut être résolu uniquement par des échanges bilatéraux. Il demande également l'application du droit international, c'est à dire de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant que la population cachemirie soit consultée. Il récuse la thèse indienne sur l'expression de volonté de la population du Cachemire en raison de l'importante abstention et du boycott des élections par les partis favorables à l'autonomie ou au rattachement au Pakistan.

Depuis les Accords de Simla en 1972 et l'indépendance du Bangladesh, la situation entre les deux pays s'est figée dans une forme de statu quo. Mais en arrière-plan de ces affrontements, un nouveau fondamentalisme musulman commence à se manifester sous l'influence d'écoles coraniques financées par l'Arabie Saoudite. Depuis 1989, au Jammu-et-Cachemire, le réveil d'un islam militant qui a pris le pas sur les anciens partis politiques (dont la Conférence nationale de Farook et Omar Abdullah) a en partie modifié les données de cette question que rend potentiellement explosive l'acquisition, en 1998, de l'arme nucléaire par les deux belligérants. Outre des affrontements sporadiques qui opposent régulièrement les deux armées, celles-ci se sont de nouveau combattues en 1999, mais dans un contexte différent d'auparavant du fait de la présence, dorénavant, de l'arme nucléaire.

B) La menace nucléaire :

En mai 1998, l'Inde puis le Pakistan ont effectué des essais nucléaires et ont ainsi brisé un tabou international qui limitait le nombre des pays dotés de l'arme nucléaire à ceux reconnus officiellement par le Traité de non prolifération (TNP) de 1968, c'est à dire les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Jusqu'à cette date, aucun des pays dit « du seuil » n'avait franchi cette étape.

Le fait que ces deux Etats disposent désormais, même en nombre limité, d'armes nucléaires modifie en profondeur l'équilibre régional, les conséquences potentielles d'un conflit au Cachemire et le cadre de leurs relations bilatérales.

L'engagement de l'Inde et du Pakistan dans des programmes d'armement nucléaire s'explique par une relation de concurrence : l'Inde avec la Chine et le Pakistan avec l'Inde. Pour l'Inde, la rivalité avec le Pakistan est une motivation beaucoup moins importante que sa rivalité avec la Chine. C'est donc dans ce cadre que l'Inde a décidé de se doter de l'arme nucléaire, celle-ci pouvant, en outre, lui procurer un avantage supplémentaire vis-à-vis du Pakistan. Celui-ci s'est doté de l'arme nucléaire, essentiellement pour maintenir la parité avec l'Inde.

1 - Le nucléaire indien :

L'Inde a été jusqu'au début des années 1960 un partisan convaincu de la lutte contre la prolifération. La guerre et la défaite indienne contre la Chine en 1962, puis l'explosion de la première bombe thermonucléaire chinoise en 1964 vont toutefois modifier radicalement la position de l'Inde. Le développement de la puissance militaire avec l'appui d'une grande puissance et l'acquisition de l'arme nucléaire dans un second temps deviennent des priorités pour tenir la Chine en respect puis rivaliser avec elle.

Le programme nucléaire indien sera mené essentiellement sur une base nationale, sans aide extérieure. Il aboutira à « l'explosion pacifique » de 1974, puis à des essais balistiques et enfin, après la victoire du BJP aux élections législatives, aux cinq essais nucléaires de mai 1998. Le choix du premier ministre A.B. Vajpayee est d'une haute valeur politique. Il vise à affirmer le rôle de l'Inde comme grande puissance, en Asie et dans le monde, au même titre que la Chine. Elle veut ainsi, vis-à-vis d'elle même et vis-à-vis des autres pays, indiquer qu'elle n'est plus en position de second par rapport à la Chine qui a été reconnue comme un grand pays asiatique dès 1945 au moment de la création du Conseil de sécurité.

Le choix d'effectuer ces essais est pleinement cohérent avec la candidature de l'Inde à un poste de membre permanent. Il est aussi pleinement cohérent avec la volonté de l'Inde d'être un pays présent sur l'ensemble des questions mondiales comme sur l'ensemble des questions régionales. Son affirmation, à plusieurs reprises, de sa volonté de se doter de trois porte-avions afin de maîtriser l'ensemble de la zone maritime de l'Océan indien alors que pour l'instant elle ne dispose que d'un seul bâtiment ancien, le Viraat, et que ses capacités budgétaires ne lui permettent pas d'envisager la réalisation de ce projet à moyen terme est cependant le signe de l'ambition de l'Inde comme grande puissance.

2 - Le nucléaire pakistanais :

Quant au Pakistan, il a commencé à développer un programme militaire près de 10 ans après l'Inde. Les éléments déclencheurs semblent avoir été la défaite rapide face à l'Inde en 1971 et la première explosion indienne de 1974. La bombe pakistanaise s'inscrit ainsi pleinement dans la rivalité avec l'Inde. A la différence de cette dernière, le programme nucléaire pakistanais est beaucoup plus militaire que civil. Il se veut aussi, au moins sous la direction d'Ali Bhutto, un projet politique pour le monde musulman. C'est l'idée de « bombe islamique ». Le Pakistan deviendrait ainsi le leader du monde musulman en lui assurant une revanche historique vis à vis de l'Occident et en lui offrant sa « protection nucléaire ».

Le programme nucléaire militaire pakistanais a été mené avec l'appui de pays étrangers, notamment de la Chine. Dans le domaine balistique, on retrouve la présence de la Chine et de la Corée du Nord.

Plus que pour l'Inde, le coût de ce programme d'armement nucléaire a été un problème pour le Pakistan. On rapporte qu'Ali Bhutto déclarait les Pakistanais prêts à « manger de l'herbe » pour permettre à leur pays de se doter de l'arme atomique.

Cependant, l'escalade de la tension due à la détention de l'arme nucléaire par ces deux éternels rivaux devient de plus en plus préoccupante en 1998. En effet, en mai de cette année, l'Inde effectue cinq essais nucléaires. Ceux-ci sont immédiatement suivis par six tests de la part du Pakistan qui donne ainsi un signe politique fort : le Pakistan ne se laissera pas intimider par la puissance indienne voisine.

3 - Le Cachemire et le problème nucléaire :

La préoccupation principale de la communauté internationale à l'heure actuelle est la situation du Cachemire dans cette configuration. En effet, le problème du Cachemire aurait pu demeurer un problème bilatéral si les deux belligérants n'étaient pas dotés de la puissance nucléaire. La crainte de voir se démarrer une guerre conventionnelle se transformant en guerre nucléaire entre les deux pays à propos du Cachemire se faisait de plus en plus grandissante.

Cette question s'est surtout posée lors de la crise du Kargil5(*) en 1999, lorsque des militants cachemiris, soutenus par l'armée pakistanaise dirigée par le général Musharraf, s'infiltrèrent au-delà de la ligne de contrôle et s'emparèrent de positions montagneuses au moment de la fonte des neiges. Cette action mit fin à la tentative de détente amorcée en juillet 1998 entre le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif et le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee.

L'Inde réagit très fermement en engageant des moyens importants, notamment aériens. La tentative pakistanaise de remettre en cause la situation du Cachemire fut condamnée par la communauté internationale. Les Etats-Unis, notamment, exercèrent une forte pression et obtinrent le retrait des militants et de l'armée pakistanaise. Le recul du pouvoir civil face aux pressions internationales lors de la « crise de Kargil » est d'ailleurs l'une des raisons du coup d'Etat militaire ayant porté le général Pervez Musharraf au pouvoir en octobre 1999.

Plusieurs hypothèses ont alors été émises à propos du rôle joué par la présence d'armes nucléaires dans les arsenaux indiens et pakistanais. L'une d'elle niait une fonction quelconque du nucléaire dans la crise et que le statut de puissance nucléaire n'empêchait pas une guerre ouverte entre les deux pays. En revanche, selon une autre hypothèse, la possession de l'arme nucléaire par chaque acteur empêcha le conflit de dégénérer en guerre ouverte. Pour certains observateurs, en ce qui concerne l'Inde, le statut de puissance nucléaire fut un élément constitutif de la crise. Toutefois, les motivations étaient bien différentes. Il voulait manifester sa volonté d' « internationaliser comme point nucléaire explosif, requérant l'intervention urgente d'une tierce partie. »6(*) Il est évident que les objectifs du Pakistan ont été atteints car l'intervention des Etats-Unis est sans aucun doute la conséquence directe de cette nucléarisation de la région.

Pendant 60 ans, le Cachemire a été la source de multiples tensions entre l'Inde et le Pakistan. Depuis la partition en 1947, les deux pays se sont livrés trois guerres « fratricides » afin de légitimer sa présence et sa domination sur la région. Il y a maintenant presque dix ans que les deux voisins ont acquis le statut de puissance nucléaire, transformant ainsi ce conflit bilatéral en conflit international. Dorénavant, le Cachemire est devenu le centre d'intérêt des grandes puissances mondiales, à commencer par la Chine, déjà relativement impliquée dans ce conflit frontalier. De plus, la situation en Afghanistan et la montée de l'islamisme dans le secteur font entrer de nouvelles composantes dans la géopolitique cachemirie...trouver fin de la phrase sur nouvelle donne 2001

* 3 Cf annexe 3

* 4 Cf annexe 4

* 5 Cf annexe 5 : La crise du Kargil

* 6 In Les ambitions internationales de l'Inde à l'épreuve de la relation indo-pakistanaise, F. Grare, Les études du CERI, n°83

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