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Les années Gorbatchev

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par Antoine Sauvagnargues
ILERI - Master 2008
  

Disponible en mode multipage

Antoine SAUVAGNARGUES

ILERI III

Zone géographique Russie

Mini-mémoire

Les années Gorbatchev

Les années Gorbatchev

Introduction

Première partie : Mikhaïl Gorbatchev : un souffle d'espoir pour l'URSS

I / Réformer le système : la priorité de Gorbatchev

A) Une restructuration nécessaire : la perestroïka

B) Un concept nouveau de liberté : la glasnost

II / Une politique étrangère bouleversée

A) Le rapprochement américain

B) Le problème afghan et ses conséquences

C) Le voisin européen

Deuxième partie : La fin d'une ère

I / Une contestation interne

A) Revendications nationalistes

B) Le « putsch des conservateurs »

II / La chute de l'URSS et la création de la CEI

A) L'implosion du régime communiste

B) La création de la Communauté des Etats Indépendants (CEI)

Conclusion

Bibliographie

Introduction

Depuis la mort de Staline en 1953, la politique en URSS connaît un grand nombre de bouleversements, plus ou moins radicaux, selon les dirigeants qui se succèdent à sa tête. Nikita Khrouchtchev, qui succède à Staline, entame un politique de « déstalinisation », et commence alors une période de relative détente dans la Guerre Froide. Cependant, le travail et les efforts de Khrouchtchev, tant sur le plan national qu'international, sont anéantis lorsqu'à sa mort, Léonid Brejnev prend la tête du Parti, et donc du pays. Débute alors une période de « regel », d'immobilisme, qui replonge l'URSS dans une certaine forme de léthargie. Le pays prend alors beaucoup de retard sur le reste du monde et le régime se radicalise, devient plus répressif. La liberté d'expression et la presse sont muselées par une censure intransigeante. Cette période de stagnation politico-économique dure jusqu'en 1982, année où Brejnev meurt des suites d'une crise cardiaque. Lui succède alors Iouri Andropov, ancien directeur du KGB (1967-1982), qui perçoit les faiblesses du système et tente de le réformer. Il n'en n'aura malheureusement pas le temps car il meurt en 1984, deux ans après son accession au pouvoir. Konstantin Tchernenko prend alors la tête du pays et, jusqu'à sa mort treize mois plus tard, revient au communisme pur et dur de l'ère Brejnev. Ce dernier meurt le 10 mars 1985 et c'est alors que Mikhaïl Gorbatchev est désigné comme Premier Secrétaire du Parti Communiste. Cet homme de 53 ans représente un espoir de changement et de renouveau à la tête de l'Etat. De 1985 à 1991, l'URSS va connaître l'un des moments les plus intense de son histoire. Gorbatchev va poursuivre l'oeuvre réformatrice d'Andropov. Il lancera la « perestroïka », la « glasnost », ouvrira son pays vers l'extérieur sans s'apercevoir qu'il menait celui-ci vers son effondrement et l'éclatement de l'empire soviétique, entraînant ainsi un bouleversement monumental dans la politique mondiale.

Ainsi, les « années Gorbatchev » sont une période charnière dans l'histoire internationale. C'est pourquoi nous pouvons nous demander comment, porté par tant d'espoir à l'intérieur comme à l'extérieur, cet homme est parvenu à faire s'écrouler le colosse soviétique. Pour cela, il faut d'abord s'intéresser au nouveau souffle que représente l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 en analysant le contexte de cette arrivée et les réformes « révolutionnaires » qu'il a entreprises afin d'expliquer ensuite en quoi il a participé à l'éclatement de l'URSS, en analysant les conséquences de la chute du Mur de Berlin en 1989, les raisons du « putsch des conservateurs » et en terminant sur la création de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) en 1991.

Première partie : Mikhaïl Gorbatchev : un souffle d'espoir pour l'URSS

À la fin des années 1970, le KGB dirigé par Iouri Andropov, diligenta une enquête confidentielle pour évaluer le PNB soviétique selon les critères qualitatifs occidentaux et non plus seulement en volume comme le voulait la tradition socialiste. Le résultat fut très défavorable et apportait la preuve du déclin de l'Union Soviétique qui avait vu son économie dépassée par celles du Japon et de la R.F.A, anciens ennemis de l'URSS. D'autre part, à partir de 1978, la Chine dirigée par Deng Xiaoping, entreprit une véritable révolution économique qui rétablissait en fait le capitalisme et insufflait ainsi un dynamisme considérable à l'économie chinoise.

L'URSS était ainsi confrontée à une situation géopolitique nouvelle :

- le Japon et la RFA disposaient désormais chacun d'une économie plus puissante que la sienne ;

- la Chine commençait une croissance économique exceptionnelle ;

- les USA, toujours aussi hostiles, accroissaient l'écart entre les deux pays.

Or, tous ces pays étaient plus ou moins limitrophes de l'URSS et entretenaient un contentieux territorial sérieux avec elle excepté les États-Unis.

Consciente du danger, la direction vieillissante du Parti Communiste de l'Union Soviétique (PCUS) porte au pouvoir le représentant d'une nouvelle génération mais aussi un pur produit du régime, né bien après 1917. Originaire du Caucase du nord (il est né dans le Krai de Stavropol) de parents kolkhoziens, Mikhaïl Gorbatchev étudia le droit à l'Université Lomonossov de Moscou. Il adhère au Parti Communiste en 1952 et en devient le dirigeant pour la ville de Stavropol en 1962. Entre 1964 et 1967, il étudie à l'Institut Agronome de Stavropol et se spécialise dans les problèmes agricoles. C'est là qu'il est remarqué par Iouri Andropov. Dès lors, sa carrière s'accélère : il est élu au Comité Central en 1971 à 40 ans et au Politburo en 1980 à 49 ans.

Arrivé au poste de Secrétaire Général du Parti Communiste de l'URSS en mars 1985, Gorbatchev tente d'insuffler une nouvelle jeunesse à l'économie du pays par des réformes de structures très profondes par rapport aux principes léninistes classiques avec la perestroïka et la glasnost et d'ouvrir davantage son pays au monde extérieur en assouplissant ses relations avec la communauté internationale, notamment les Etats-Unis.

I / Réformer le système : la priorité de Gorbatchev :

Une restructuration nécessaire : la perestroïka :

Lorsqu'il arrive au pouvoir, Gorbatchev hérite d'un pays mal en point sur tous les plans, particulièrement économiques et politiques. Les structures du Parti commencent à vieillir ainsi que ses cadres dirigeants, encore fidèles à Brejnev et sa politique immobiliste. Il est alors nécessaire de réformer complètement le système, de le moderniser. Andropov avait déjà compris, en 1982, cette nécessité pour son pays mais n'avait pas eu le temps d'appliquer ses idées. Gorbatchev reprend le flambeau dès 1985. Il est alors conscient que l'URSS ne peut tenir son rôle de grande puissance ni sortir de l'enlisement si les soviétiques persistent à ne pas s'intéresser à l'effort économique indispensable et au sort de la patrie socialiste. C'est alors qu'il lance dans un ouvrage intitulé Perestroïka ses idées novatrices. Ce terme signifie « restructuration » et le but de celle-ci est de concilier socialisme et démocratie. Ce programme, très vaste, doit totalement transformer la vie de l'URSS car il concerne les citoyens ainsi que l'Etat, le Parti, la vie économique... C'est une véritable révolution. Mais il sait que ces réformes, s'attaquant donc aux règles ancestrales du Parti, risquent de se trouver confronter au refus de la nomenklatura en place, cette dernière ne voulant pas abandonner ses privilèges et pouvant à tout instant décider de sa destitution. Pour éviter cela, il entame une modification des institutions afin de contrer les résistances des conservateurs. Il veut faire en sorte que les candidatures des responsables du Parti soient soumises au vote populaire, car il estime que ceux-ci ont tendance à s'éloigner des intérêts du peuple. C'est pour lui le seul moyen pour le Parti de retrouver une forme de crédibilité et d'autorité morale aux yeux des électeurs. C'est pourquoi au printemps 1989, un Congrès des députés du peuple est élu. Celui-ci a notamment pour objectif de désigner le Soviet Suprême et d'en élire le président, qui deviendra alors chef de l'Etat. Gorbatchev se fait élire à ce poste le 22 mai 1989, se mettant ainsi à l'abri de toute éviction possible par ses adversaires. Les instances sont alors changées dans leur grande majorité et, le plus important, davantage en faveur de Gorbatchev. Il cumule alors les postes de Premier Secrétaire et de chef de l'Etat. Son programme peut alors s'appliquer sans rencontrer d'opposition au sein des institutions politiques.

Cette perestroïka signifie aussi de grands changements dans l'économie du pays. L'objectif de cette réforme était de créer une économie mixte où le secteur d'Etat, toujours dominant, serait redynamisé par la présence de secteurs privé et coopératif. Gorbatchev veut remédier aux dysfonctionnements les plus graves : une autonomie plus large, à base de décentralisation, est laissée aux entreprises, les plus importantes se voyant exhortées à faire des bénéfices. Il veut en outre « rapprocher l'homme de la propriété » en louant la terre aux paysans sous forme de contrat de sous-traitance familiale. Gorbatchev sait d'ailleurs que c'est à l'aune de la réussite économique que la perestroïka dans son ensemble sera jugée, les autres problèmes étant indirectement les conséquences du paupérisme croissant. Il a voulu sortir l'URSS de la « stagnation » en relançant l'économie sur une nouvelle base pour lui redonner une compétitivité internationale.

Cependant, ces grands chantiers ne doivent pas ignorer les deux fondements majeurs du régime que sont la dictature du prolétariat et la propriété par l'Etat des moyens de production.

De plus, cette nouvelle libéralisation lancée par Gorbatchev est très soutenue par l'intelligentsia.

B) Un concept nouveau de liberté : la glasnost :

En effet, par le second concept nouveau qu'est la glasnost, une libéralisation intellectuelle a vue le jour. Cette « transparence » est un phénomène entièrement novateur pour la société russe qui découvre peu à peu une presse libérée, qui peut parler de tout sans subir de pressions de la part du pouvoir. Etre informé, donner son opinion, critiquer, discuter et le tout au grand jour n'est pas dans les habitudes de la société soviétique. Par cette glasnost, Gorbatchev veut « secouer la léthargie des soviétiques par un langage et des méthodes de vérité ». C'est l'époque où les soviétiques commencent à apprendre les atrocités du passé. La « déstalinisation » entamée par Khrouchtchev est relancée avec plus de vigueur par Gorbatchev. La conséquence logique de celle-ci est la réhabilitation des victimes du régime de Staline (Zinoviev, Kamenev, Piatakov, Radek, et surtout Trotsky). Par ailleurs, Gorbatchev avait fourni des gages aux occidentaux pour faire avancer le désarmement et faire reculer l'image impérialiste de l'URSS. Il prouve ainsi sa bonne foi envers les élites intellectuels soviétiques et étrangères en annonçant la libération de son représentant le plus réputé. D'un coup de téléphone, le 19 novembre 1986, Andreï Sakharov et sa femme, assignés à résidence dans la ville de Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod) depuis 1979, sont libres de revenir à Moscou. Dès lors, la glasnost prend son essor. De son approbation par le plénum du Comité central les 27 et 28 juillet 1987, elle devient un véritable phénomène de société. De grands noms comme l'historien Youri Afanassiev ou l'économiste Abel Aganbegian se font les hérauts de cette « anthologie du message réformateur » lancée par la perestroïka. Ils se mettent à enquêter sur les pages sombres du passé stalinien ou léniniste. Le pouvoir craignait cependant la réaction du grand public à cette liberté d'expression nouvelle. Il n'était pas aussi impliqué que le souhaitaient les dirigeants mais pas aussi indifférent que l'on pourrait le penser. Ils y prennent progressivement goût. L'époque est au défoulement collectif, aux effusions idéologiques et à l'émotion politique.

Ces réformes représentent un bouleversement sur le plan national. Celui-ci se ressent aussi au niveau international. Avec Gorbatchev, une nouvelle détente est arrivée, et avec celle-ci une nouvelle conception de la politique étrangère.

II / Une politique étrangère bouleversée :

Ainsi, ces « années Gorbatchev » sont synonymes d'ouverture vers le monde. La politique extérieure de l'URSS a été pendant très longtemps figée dans la tension due à la rivalité Est-Ouest. Cette conception de la diplomatie soviétique, cette tension, était alors jugée « normale » par les dirigeants communistes. Pour Gorbatchev, cette situation est intenable. Lorsqu'il en prendra réellement conscience, celle-ci va littéralement changer.

Le rapprochement américain :

A son arrivée au pouvoir, le président des Etats-Unis, Ronald Reagan, lance l'Initiative de Défense Stratégique (IDS) avec pour but rendre les États-Unis invulnérables aux attaques de missiles nucléaires soviétiques. C'est, les critiques de Reagan, la « guerre des étoiles ». Débute alors une course effrénée aux armements entre les Etats-Unis et l'URSS. Il s'agissait pour eux de démontrer aux soviétiques que leur arsenal de missiles nucléaires deviendrait obsolète et d'alourdir les dépenses militaires soviétiques en imposant des investissements supplémentaires pour maintenir une force nucléaire dissuasive. Cette ainsi que Gorbatchev se rend compte qu'il ne peut se lancer dans cette course, faute de moyens, ces derniers étant nécessaires pour remettre l'économie soviétique sur pied. C'est pourquoi le premier geste de Gorbatchev concerne cette question primordiale de la rivalité constante autour de l'armement et de la surenchère nucléaire entre les deux blocs. Sur le sujet du démantèlement des missiles à tête nucléaire à courte portée, les négociateurs russes s'alignent sur une proposition américaine, remontant à 1981. L'accord historique est signé le 8 décembre 1987 entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. Les missiles à courte et moyenne portée sont alors condamnés à une destruction totale. Ce traité fait suite à une première rencontre entre les deux hommes à Genève le 19 novembre 1985 et entrera dans sa phase de réalisation en septembre 1989.

Le problème afghan et ses conséquences :

Après la signature de cet accord de désarmement nucléaire entre les deux grands rivaux que sont les Etats-Unis et l'URSS, Gorbatchev va décider de s'attaquer au sujet très épineux de la guerre en Afghanistan, débutée en 1979 par Brejnev et dans laquelle s'embourbe le corps expéditionnaire soviétique. Il présente au Politburo du PCUS la proposition de cessation du combat et du retour de l'armée le 13 novembre 1986. La décision sera annoncée de longs mois après et ne deviendra effective que très tard. Les dernières troupes ne quittent le territoire afghan qu'en 1989. Mais Gorbatchev ne s'arrête pas là. Dès 1985, à son arrivée au pouvoir, il avait annoncé la fin de l'ingérence de l'URSS dans les pays socialistes. Il en profite donc pour abandonner ses zones d'influence dans le Tiers-monde, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Il y est surtout poussé pour des raisons économiques, car un empire coûte cher, et des considérations d'images. Il veut se débarrasser de l'image impérialiste de l'URSS qui, pour lui, n'est pas agréable à porter. Enfin, il ne veut plus que l'URSS ait à assumer son rôle de puissance globale en conservant et en multipliant des points stratégiques à travers le monde.

Le voisin européen :

Parallèlement, l'autre élément majeur de ce « nouveau mode de pensée » est son ouverture vers l'Europe. Gorbatchev pensait que la réinsertion de l'URSS dans les relations internationales passait inévitablement par celle-ci. Ainsi, dès son premier voyage à l'étranger en 1985, il prononce un discours devant le Conseil de l'Europe et utilise l'image, désormais fameuse, de « maison commune » pour évoquer le système européen qu'il souhaite aider à mettre en place. Selon sa conception, les deux blocs idéologiques qui se partageaient l'Europe, pouvaient se rapprocher dans trois domaines importants : le militaire, par une réduction des armements ; l'économique, grâce à des accords entre la Communauté Économique Européenne et le COMECON, et le sociopolitique en faisant en sorte que l'Europe de l'Ouest humanise son capitalisme et que l'Europe de l'Est instille davantage de démocratie dans ses pratiques. Malheureusement, en dépit d'une bonne volonté des deux parties, le projet marque le pas et avec lui, la mise en place du nouveau système international.

Cependant, ce rapprochement européen ne fait pas oublier la question capitale de l'Allemagne, divisée en deux depuis 1961. A son arrivée au pouvoir, la position de Gorbatchev sur ce problème ne diffère pas de celle de ces prédécesseurs. Mais en 1988 s'opère un changement capital. L'un de ses conseillers en politique étrangère, Dachitchev, estimait que le statu quo entre les Allemagnes était tout à fait contraire aux intérêts de l'URSS et prônait une unification. Gorbatchev s'inspirera de cette thèse mais n'acceptera cette unification que contraint et forcé par les circonstances. Il applique alors une politique de non-ingérence envers l'Allemagne de l'Est. Celle-ci mènera à l'organisation d'élections libres en Allemagne de l'Est et à la destitution du Chancelier Honecker, remplacé par Egon Krenz. Ce dernier, après avoir annoncé l'autorisation des voyages, ne parviendra pas à faire face à la pression populaire et le Mur de Berlin tombe le 10 novembre 1989.

Cet évènement achève d'ébranler définitivement l'empire soviétique. Des mouvements de dissidences éclatent un peu partout en Europe de l'Est (Tchécoslovaquie, Bulgarie, Lituanie, Lettonie, Estonie...), les partis communistes de ces pays se détachant progressivement du PCUS. Le lobby militaro-industriel soviétique ne lui pardonnera pas cette politique de désarmement et de non-ingérence et lui fera payer en entrant dans l'opposition. Gorbatchev est alors mis dans une situation très difficile dans son pays et ce, malgré une popularité internationale à son apogée.

Deuxième partie : La fin d'une ère

L'année 1989 marque donc un tournant majeur aussi bien positif, avec le retour des troupes d'Afghanistan, que négatif, avec la chute du Mur de Berlin, ce dernier évènement comptant le plus aux yeux de la société soviétique et surtout pour les opposants conservateurs de Gorbatchev. Ils voient en lui le fossoyeur de l'héritage stalinien, l'origine de tous les maux qui accablent, en cette fin de décennie, l'empire soviétique déjà agonisant. En voulant réformer le socialisme soviétique, en voulant le rapprocher de son origine marxiste-léniniste, Mikhaïl Gorbatchev ne s'apercevait pas qu'au lieu de tirer son pays vers le haut, il entamait le processus inévitable et imminent qui l'amènerait à sa perte. En effet, de nombreux évènements vont alors s'enchaîner au coeur de l'URSS qui déstabiliseront le Premier Secrétaire, et avec lui le régime et le pays, jusqu'à provoquer l'implosion de l'URSS et la création, en 1991, de la Communauté des Etats Indépendants.

I / Une contestation interne :

A) Revendications nationalistes :

A partir de 1989, un grand nombre de revendications nationalistes, voire séparatistes, commencent à naître à différents endroits au sein de l'Union soviétique. Gorbatchev les avait sous-estimé jusqu'à un évènement qui choqua la communauté internationale : l'intervention militaire soviétique dans les pays baltes. Ceux-ci sont en effet les premiers à revendiquer ouvertement une envie d'indépendance. Comprenant qu'il ne peut lutter contre ces revendications, Gorbatchev décide d'organiser un référendum afin de proposer un nouveau statut pour l'Union qui prendrait en compte les aspirations autonomistes qui émergent au coeur de l'URSS. Celui-ci a lieu le 17 mars 1991. Mais la consultation ne se fait que dans neuf Républiques sur quinze. En effet, les trois Républiques baltes, Lituanie, Estonie et Lettonie, se sont déjà proclamée indépendantes dès 1990 et la Géorgie, l'Arménie et la Moldavie s'apprêtent à en faire autant. Néanmoins, les soviétiques des autres Républiques répondent « oui » à 76%.

Cependant, cette réponse est synonyme d'un désir de renouveau et de souveraineté plutôt que d'un attachement à l'Union. Cela se confirme dans les jours qui suivent. La Géorgie se déclare indépendante le 9 avril 1991 et la Russie, pourtant en faveur de l'Union lors du référendum, se déclare en faveur d'un régime présidentiel et Boris Eltsine sera élu au suffrage universel direct, à la présidence du pays. Les deux hommes, déjà grands rivaux après l'élection de Gorbatchev comme chef de l'Etat, vont voir leurs relations empirer du fait des réclamations d'Eltsine. Cette décision et l'élection d'Eltsine posent à Gorbatchev un problème capital au niveau de son poids politique sur la scène intérieure, n'ayant pas reçu la consécration du vote populaire. Mais il garde tout de même de l'importance sur la scène internationale. Ainsi, Gorbatchev représente son pays au sommet des pays industrialisés se tenant à Londres en juillet 1991. Il fait alors part de son désir de faire passer l'URSS à une économie de marché. Cette annonce condamne donc l'économie socialiste, portant ainsi un coup fatal au dogme marxiste-léniniste.

Le « putsch des conservateurs » :

C'est alors que tout va s'accélérer. Le passage à l'économie de marché aboutit, les 25 et 26 juillet 1991, lors du plénum du Comité central du PCUS, à l'abandon du principe de lutte des classes, cher au socialisme soviétique. La colère commence alors à monter dans le camp des conservateurs, fervents opposants de Gorbatchev depuis son arrivée au pouvoir. Ayant déjà mal accepté la perte d'influence de l'URSS en Europe de l'Est et redoutant l'éclatement de l'Union soviétique, ils tiennent Gorbatchev pour personnellement responsable de la décomposition de l'Etat, de la faiblesse de l'économie et de la perte de l'empire. Ils ne considèrent donc plus Gorbatchev digne d'être à la tête de l'Etat et songent à se débarrasser de lui. Ceux-ci auraient été poussés par la crainte de perdre leurs postes dans les instances dirigeantes. En effet, l'instruction menée un an plus tard par le procureur général Valentin Stepankov et les témoignages de personnalités des deux camps (pro ou anti-putschistes) arrivent à la conclusion que les dirigeants se sont vus politiquement condamnés et c'est pourquoi ils auraient agis. C'est ce qu'ils font le 19 août 1991, à la veille de la signature du traité sur la nouvelle Union, en retenant Gorbatchev et sa femme prisonniers dans leur résidence de vacances en Crimée et en le déclarant « incapable d'assumer ses fonctions pour raisons de santé ». Ils annoncent la formation d'un « Comité pour l'état d'urgence » avec à sa tête le vice-président de l'URSS, Ianaev, le Premier ministre Pavlov, le vice-président du Conseil de défense Baklanov, le président du KGB Krioutchkov, le ministre de l'Intérieur Pugo, le ministre de la Défense Iazoyv, le président de l'Association des entreprises d'Etat Tiziakov et le président de l'Union des paysans Starodobtsev. Les artisans de ce putsch sont donc les plus hauts dignitaires du régime.

Les putschistes, dans leur « Adresse au peuple soviétique », déclarent leurs intentions. Ils font occuper Moscou par l'armée, établissent la censure et interdisent les activités politiques hostiles au parti communiste. Cependant, ce putsch apparaît rapidement comme un « putsch idiot », selon les termes du journaliste Maxime Sokolov. En effet, l'armée ne peut pas utiliser ses armes, aucune communication, nationale ou internationale, n'est coupée, et les principaux opposants réformateurs, dont fait partie Boris Eltsine, ne sont pas inquiétés ni arrêtés. Toutefois, les conservateurs, alors enfermés dans le Kremlin, n'avaient pas pris en compte l'évolution de la société. Il est évident que celle-ci n'est plus aussi passive qu'auparavant et le peuple a pris goût à la liberté née avec Gorbatchev et la glasnost et ne compte pas la perdre. C'est pourquoi il répond massivement à l'appel à la résistance lancé depuis la « Maison Blanche », le Parlement russe, par Boris Eltsine. Le « Comité » commençant à sentir la situation lui échapper, a planifié un assaut du Parlement par les forces spéciales du KGB afin de déloger Eltsine. Cette entreprise échoua car ces forces ont refusé d'obéir et se sont ralliées au président de la Russie. Durant l'une des manifestations, Eltsine se tint debout sur un tank pour condamner la "junte". L'image, diffusée dans le monde entier à la télévision, devint l'une des images les plus marquantes du coup d'État et renforça très fortement la position de Eltsine. Des confrontations eurent lieu dans les rues environnantes, dont l'une menant à la mort de protestataires, écrasés sous un tank, mais dans l'ensemble on dénombra un faible nombre de violence. Le 21 août 1991, une large majorité des troupes envoyées à Moscou se rangea ouvertement au côté des manifestants. Le putsch échoua après trois jours d'existence, les putschistes sont arrêtés, à l'exception de Boris Pugo, le ministre de l'Intérieur, qui se suicide, et Gorbatchev revint à Moscou, en disant : « Nous volons vers un autre pays ».

Cet événement est donc l'un des souffles finaux du colosse soviétique qui, à partir de là, vivra ses dernières heures. A son retour, Gorbatchev tentera quelques ultimes actions afin de sauver ce qui peut l'être du régime. Mais le rôle de Boris Eltsine et celui du peuple soviétique, nouvellement libre, dans la résistance au « putsch des conservateurs » vont irrévocablement changer la donne.

II / La chute de l'URSS et la création de la CEI :

Ainsi, ce putsch signe l'arrêt de mort du régime communiste et de l'Etat soviétique. Le grand bénéficiaire de l'échec de ce coup d'Etat n'est autre que Boris Eltsine, président de la Russie. Il en sort grandi et n'hésite pas à humilier Gorbatchev qui tente de défendre le Parti communiste devant le Parlement russe en suspendant les activités du parti communiste de Russie. Mais c'est trop tard et tout cela n'a plus de sens. Gorbatchev en prend conscience et démissionne de son poste de Premier Secrétaire du Parti Communiste de l'Union Soviétique, après avoir demander au Comité central de se dissoudre. Le Parti est alors interdit dans l'armée et les organismes d'Etat. Le 29 août 1991, l'inévitable se produisit. Le Soviet Suprême suspend les activités du Parti communiste dans toute l'URSS avant de se dissoudre lui-même.

L'implosion du régime communiste :

Le Parti communiste alors disparaît. Cette disparition crée un vide institutionnel colossale étant donné que c'est le Parti qui détenait la réalité du pouvoir en URSS. Pour combler ce vide, il faut une nouvelle Constitution pour le pays. En attendant que celle-ci soit rédigée, trois organismes sont mis en place afin de diriger l'Union soviétique : un Conseil d'Etat réunissant Gorbatchev et les dirigeants des Républiques est chargé de coordonner la politique étrangère et les questions intérieures communes aux Républiques ; un Comité Interrépublicain doit regrouper des représentants de toutes les Républiques pour coordonner la gestion et la réforme de l'économie ; et un Conseil des représentants des députés du peuple est chargé d'élaborer la nouvelle Constitution de l'Union. Le KGB quant à lui, symbole du régime communiste, est dissout le 2 octobre 1991. Tous ces changements au niveau fédéral se reproduisent dans toutes les Républiques de l'Union. Le 6 novembre 1991, la décision est prise de dissoudre les Partis communistes dans toutes les Républiques. En cet automne 1991, cette élimination du Parti, ciment du système communiste, à travers l'Union soviétique toute entière entraîne le naufrage définitif de cette Union.

A la veille et à l'origine du putsch, quelques Républiques attachées à l'Union se déclaraient indépendantes ou revendiquaient une autonomie et une souveraineté propre. Le putsch aura pour effet d'accélérer le mouvement. Toutes les Républiques proclament leur souveraineté à l'exception du Kazakhstan et de la Russie. Mais ces Républiques ne seraient pas économiquement viables seules et c'est en tenant compte de ces considérations économiques que Gorbatchev utilise le peu d'influence qui lui reste pour tenter de sauver l'Union. Il élabore ainsi un traité économique qui est signé par huit Républiques. Le Conseil d'Etat, de son côté, prépare un traité politique laissant aux Républiques leur souveraineté et conférant au pouvoir central uniquement la représentativité diplomatique et les affaires militaires. Mais ce projet de nouvelle Union ne satisfait pas et apparaît, aux yeux de Boris Eltsine qui revendique l'héritage des pouvoirs de l'URSS pour la Russie, comme illusoire car le nouveau Parlement ne comprend que les députés de sept Républiques.

La création de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) :

C'est de plus Boris Eltsine qui portera le coup de grâce à l'URSS et à Gorbatchev, toujours chef de l'Etat. Le 8 décembre 1991, il rencontre à Minsk, capitale de la Biélorussie, les présidents de la Biélorussie et de l'Ukraine. Ils constatent à eux trois que l'URSS n'a plus d'existence réelle et proclament la création de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) à laquelle pourront adhérer d'autres Républiques. C'est une communauté d'Etat, sur le modèle de la Communauté Européenne, dans le cadre de laquelle les Républiques pourront coordonner leurs politiques économiques et bancaires. Gorbatchev proteste vivement, en accusant les trois présidents de ne pas respecter le référendum du printemps 1991, de ne pas respecter la légalité et l'obligation de consulter le peuple. Malgré cela, le mouvement de disparition de l'URSS paraît désormais impossible à enrayer. Le 14 décembre, les cinq Républiques d'Asie Centrale (Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan et Turkménistan) rallient la CEI, suivies de près par l'Arménie et la Moldavie. Le dernier Etat fidèle à l'Union, le Kazakhstan, déclare son indépendance et rejoint la Communauté le 16 décembre.

Gorbatchev est alors totalement isolé. Boris Eltsine lui portera un coup mortel en recevant le Secrétaire d'Etat américain James Baker. Il lui expose le projet de traité militaire de la Communauté des Etats Indépendants et annonce, afin de rassurer l'Occident et les Etats-Unis, un contrôle unique de l'armement nucléaire par la Russie. Eltsine en profite pour déclarer que toutes les institutions de l'ex-URSS cesseront de fonctionner à la fin de l'année 1991. Gorbatchev perd alors son ultime rôle de porte-parole de la politique étrangère de son pays et prend acte de la perte de son pouvoir. Il annonce ainsi, lors d'une allocution télévisée le 25 décembre 1991, sa démission du poste de chef de l'Etat, reconnaissant de ce fait la mort de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

Conclusion

Les « années Gorbatchev » auront donc été le coup de grâce au régime soviétique en Russie et communiste en Europe de l'Est. Comme le craignaient les radicaux du Parti communiste, les conservateurs, Gorbatchev à bien été, malgré lui, le fossoyeur de l'Union Soviétique. En arrivant au pouvoir en 1985, Gorbatchev pensait encore pouvoir restaurer ce vieux régime. C'est pour cela qu'il lança sa perestroïka et ses réformes économiques profondes, qu'il donna au peuple une liberté qu'il n'avait jamais connu auparavant et qu'il attendait tant en imposant la glasnost. Il avait voulu alléger l'URSS du poids très lourd de son empire et de sa rivalité avec l'ennemi de toujours, les Etats-Unis. Malgré de tels accomplissements, Gorbatchev ne put sauver son pays. Il avait hérité d'un bateau ébréché de tous bords, qui prenait l'eau de partout et qui était voué au naufrage. Il ne pouvait plus rien faire, l'Union était condamnée quoi qu'il fasse.

Suite au démembrement de l'URSS, la volonté de rattacher la Russie au système économique mondial fut l'un des objectifs les plus flagrants du gouvernement de Boris Eltsine. Pour y parvenir, une stratégie de complaisance et de rapprochement avec l'Europe occidentale, et, surtout, les États-Unis est déployée : demande d'adhésion au Fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale ou encore la coopération rapprochée avec l'OTAN, participation à la FORPRONU (Force de Protection des Nations unies) en ex-Yougoslavie, signature d'accords visant la réduction des armements et l'interdiction des armes chimiques.

Certains experts conjuguent cette période d'ouverture et d'optimisme avec la personnalité du ministre russe des Affaires étrangères de l'époque Andreï Kozyrev dont les objectifs sont le développement et la revitalisation d'une économie au bord de la faillite. Le second mandat de Boris Eltsine qui débute en 1996 est moins glorieux : première guerre en Tchétchénie, fermeture du bureau de la représentation militaire russe auprès de l'OTAN à Bruxelles, division du produit intérieur brut par deux, endettement record et dévaluation brutale du rouble. Il faut attendre l'arrivée de Vladimir Poutine, d'abord comme Premier ministre en août 1999 puis à la présidence de la Russie en mars 2000, pour que le pays aille mieux. Les relations avec les Etats-Unis s'amélioreront et les deux ennemis de toujours se rapprocheront davantage après les attentats du 11 septembre 2001. Cependant, les deux pays s'éloigneront à nouveau lorsque la Russie se rangera du côté de la France et de l'Allemagne afin d'empêcher les Etats-Unis d'envahir l'Irak en 2003.

A l'heure actuelle, la Russie a trouvé sa place sur la scène internationale et le pays se porte bien. La CEI fonctionne et les anciennes Républiques de l'Union soviétique, malgré un lourd héritage, commencent à dépasser le passé communiste et soviétique et tendent à se « démocratiser ».

Bibliographie

Livres

· Histoire du XXème siècle, Serge Bernstein, Pierre Milza, Hatier, 2001

· Métamorphose de la Russie 1984 - 2004, Georges Sokoloff, Fayard, 2004

· De l'URSS à la Russie, la civilisation soviétique : genèse, histoire et métamorphoses de 1917 à nos jours, Taline Ter Minassian, Jean Robert Raviot, Ellipses, 2006

· Histoire des relations internationales de 1945 à nos jours, Jean-Baptiste Duroselle, André Kaspi, Armand Colin, 2004

Sites Web

· www.diploweb.com

· www.fr.rian.ru











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.