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Contre histoire de la philosophie / le laboratoire de la philosophie vivante chez Michel Onfray

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par Rania Kassir
Universite Libanaise - DEA 2008
  

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B. Les sagesses antiques :

Ces penseurs sont considérés comme les pionniers de la philosophie vivante. Trois choses conjointes les opposèrent à Platon - l'amateur de la philosophie mortifière -  : l'atome, le plaisir et les sens.

Par souci de concision, nous évitons de prendre chaque philosophe à part pour entamer un dialogue avec tous ces penseurs dans cette question particulière : leur démarcation de Platon.

B.1 le matérialisme :

Tout d'abord, les sagesses antiques et particulièrement les matérialistes atomistes (Leucippe, Démocrite, Antisthène, Epicure, Philodème de Gadara et Lucrèce) avancent l'idée que tout procède du mouvement des atomes dans le vide et de leurs agencements. Cette agrégation des atomes produit ce qu'on appelle « les simulacres » qui existent en nombre illimité et qui se diffèrent du point de vue de la forme, de l'ordre et de la disposition. Les simulacres sont considérés par les matérialistes atomistes comme la cause, la matière et la condition du réel.

Ceci dit, la causalité y est immanente et matérielle. Il serait absurde de vouloir chercher une raison divine dans ce monde. Onfray trouve que les matérialistes atomistes préparent le terrain à l'éviction du divin. Leurs dieux ne se préoccupent aucunement de ce qui se passe avec les hommes. Ils habitent, au contraire, dans les intermondes et mènent une vie bienheureuse qui les épargnait des soucis.233(*) On peut considérer en s'appuyant sur ces analyses que les atomistes cherchent à développer une forme d' « athéisme tranquille »

Cette indifférence des dieux est manifeste après la mort. Par contraste avec Platon, les matérialistes atomistes décrètent que l'âme aussi bien que le corps se corrompt après la mort. On assiste tout simplement à la fin des agencements de la matière. Ainsi naît un « monisme philosophique » qui s'insurge contre le corps schizophrène de Platon : âme immatérielle, divine, incorruptible et corps matériel, humain, et corruptible. Le « monisme » affirme que l'âme et le corps sont tous deux matériels,et, par suite corruptibles.

Après le trépas, l'âme matérielle ne peut ressentir aucune émotion : Incapable d'éprouver la joie, elle ne peut désirer le paradis et inapte à ressentir la douleur elle ne peut craindre l'enfer. Ces deux affects exigent une conscience qui elle-même suppose un agencement particulier de la matière et non une dissolution de ces agencements. Michel Onfray expliquant Epicure disait : «  je meurs, donc je ne suis plus, je ne suis plus, donc je ne souffre plus - ni ne jouis. »234(*) Fini le tribunal de Platon ; la peine infligée ou la récompense des dieux235(*).

La vision matérialiste et anti-platonicienne du monde n'est pas l'apanage des matérialistes atomistes. Diogène le cynique en professe en avançant un certain cannibalisme ou omophagie.236(*) Pris à la lettre, ce terme prive les universitaires platoniciens de sa véritable connotation. En fait, comme le note fort justement Onfray, personne n'a vu Diogène «  dévorer de la chair humaine. (...) Nul doute qu'il n'ait fait d'autre promotion de ces transgressions que verbales et théoriques. »237(*) Ceci dit, comment procède-t-il alors pour justifier le matérialisme à l'aide d'arguments ayant trait au cannibalisme ?

Premièrement, en invitant à consommer de la chair humaine, Diogène signale que tout est dans tout et que tous les corps (les légumes, le pain, la viande...) pénètrent les uns des autres ... Manger de la chair humaine c'est faire preuve d'un déplacement de particules, d'une modification des formes et d'une structuration différente de la matière.

Après avoir signalé une Physique, Diogène se sert encore une fois du cannibalisme pour s'attaquer à la métaphysique platonicienne. En mangeant de la chair humaine, Diogène dit ouvertement sa moquerie du dualisme et de l'immortalité de l'âme chez Platon. « Pourriture » répond avec vivacité Diogène à tous ceux qui lui parlent de salut ou de quelque issue après la mort. En agissant de la sorte, Diogène perturbe le social et sape ses mythologies et ses fables.238(*)

En un mot, plus que l'anecdote ou le scandale, Diogène condense dans son cannibalisme l'essentiel de la pensée matérialiste : « plus antiplatonicien, on ne fait pas.»239(*), disait Onfray.

Une vision matérialiste du monde et des-espérée de la mort240(*) est libératrice puisqu'elle nous invite à réintroduire le corps dans la recherche philosophique, à s'occuper de ce qui arrive avant le trépas et non de ce qui vient après. Elle est en fait libératrice à double sens : d'où la nécessité d'une philosophie hédoniste et d'une philosophie sensualiste.

Commençons par la première

B.2 L'hédonisme 241(*):

Tous les hédonistes grecs, sans exception, vont à la recherche des plaisirs du corps puisqu'il sont conscients que les plaisirs sont un ingrédient nécessaire au désir du « bien vivre ». Pour ces penseurs anti-platoniciens, les plaisirs du corps ne peuvent être perçus comme une scandaleuse apologie de la satisfaction animale et grossière. Cette conception platonicienne du plaisir est plutôt réductrice puisqu'elle limite le plaisir à ce qu'il n'est pas.

Dès lors, il nous faut à présent nous écarter du chemin de Platon pour montrer en quoi le plaisir leur est utile. A cette fin, nous nous référons à des exemples tirés de l'expérience des cyniques et des cyrénaïques considérés par onfray comme les penseurs emblématiques de l'hédonisme et nous nous limiterons principalement à l'étude des plaisirs sexuels puisqu'ils sont la question la plus controversée.

Tout commence, en fait, par la métaphore du « poisson masturbateur242(*) » de Diogène. Que dit cette métaphore ?

Diogène le cynique aperçoit que le poisson est « plus expert en sagesse » que les êtres humains. Pourquoi ? Cet animal marin, pour éviter d'être tenaillé par son désir (le besoin d'éjaculer) va tout simplement se frotter contre une pierre ou quelque chose de rude. En observant le poisson, Diogène regrette au plus haut point que les humains ne rassasient leurs besoins sexuels avec la même simplicité et la même aisance que l'animal marin. Cette métaphore a donc pour fonction essentielle de déculpabiliser la sexualité et de mettre en lumière ce qu'il y a de plus important chez elle : la régulation des passions et l'équilibre de l'esprit. En ce cas, Aristippe le cyrénaïque est d'accord avec Diogène que fuir le désir c'est être habité par lui et dominé par sa puissance. Il trouve que Platon - le pourfendeur du corps - est le plus hanté par le désir car il emploie toute sa vie à le combattre.243(*)

Par conséquent, chaque fois qu'un désir surgit, les cyniques et les cyrénaïques nous invitent à le satisfaire dans l'immédiat. Diogène veut bien se masturber en public s'il ressent le besoin sexuel. De même, Hippparchia, la cynique copule avec Cratès dans les rues d'Athènes et sans faire preuve d'aucune réticence. De son côté, Aristippe de Cyrène ne répugne pas au bordel et aux filles de joie. Les cyniques et les cyrénaïques montrent dans un premier temps et, à l'encontre de Platon, que la sexualité est d'une extrême nécessité puisqu'elle nous aidera à retrouver notre équilibre.

Pour autant, si le plaisir nous aidera à bien vivre, il ne peut être consommé qu'avec modération. Diogène parle alors d' « ascèse ». « L'ascèse » n'est pas « l'ascétisme » des métaphysiciens mais elle est la maîtrise de soi qui s'oppose à la faiblesse et à la mollesse.244(*) De même, la jouissance d'Aristippe, au dire d'Onfray « coïncide avec celle d'un libertaire qui ne met rien au-dessus de la liberté, y compris et surtout le plaisir. »245(*)

Comme on blâmait avec vigueur Diogène et Aristippe qui fréquentaient le bordel, le premier rétorque que « le soleil entre bien dans les latrines sans pour autant cesser d'être lui-même, et surtout en ne se souillant pas »246(*) et le second «  ce qui est mal ce n'est pas d'entrer mais c'est de ne pas pouvoir sortir ».247(*) Onfray racontait aussi qu'Aristippe emmenait un jour trois courtisanes dans sa chambre pour les laisser à la porte, jugeant par cet acte que la maîtrise est supérieure à la fuite pure et simple.248(*)

Il est notable enfin que la tempérance prônée par Diogène et Aristippe est présente dans les travaux de toutes les sagesses antiques. Cette idée tend à penser que les sagesses antiques, dans la diversité de leurs écoles, évitent les excès et l'intempérance sous peine de mettre en péril l'ataraxie et de générer le déplaisir ou la souffrance.

Bref, en examinant l'hédonisme, nous avons parlé du premier volet de la libération à laquelle invite le matérialisme.

Nous touchons maintenant le deuxième volet ; le sensualisme.

* 233 Cf. Les Sagesses antiques, op.cit., pp.44-47 ; p.66 ; p.67 ; p.200 ; p.203 ; p.250 ; pp.275-278

* 234 Ibid., p.288

* 235 Ibid., p.198 ; p.200 ; p.249 ; p. 250 ; pp.285-289

* 236 Cf. Cynismes, op.cit., pp.95-107

* 237 Ibid., p.106

* 238 Platon s'accorde avec la société grecque dans le refus du cannibalisme associé à la régression et la barbarie. Ibid., p.99

* 239 Les Sagesses antiques, op.cit., p.144

* 240 Le désespoir est pris ici dans un sens métaphysique selon lequel on ne doit rien attendre de la mort pour se réjouir ici et maintenant. Cioran l'auteur de la célèbre phrase « l'espoir est une vertu d'esclave » s'en souviendra.

* 241 Il est nécessaire de remarquer ici que l'hédonisme ici est pris dans le sens restreint du terme, car il concerne une branche de l'hédonisme en général : la morale sexuelle.

* 242 Ibid., p.48 ; p.49

* 243 Cf. Michel ONFRAY, L'invention du plaisir - Fragments cyrénaïques - , Paris, Grasset & Fasquelle, Livre de poche, 2002, p.42 ; p.43.

* 244 Cf. Les Sagesses antiques, op.cit., p.143.

* 245 Ibid.,p.128

* 246 Ibid.,p.147

* 247 Citation d'Aristippe in LAËRCE Diogène, II, 69 in Michel ONFRAY, L'invention du plaisir, op.cit., P.91

* 248 Cf. Les Sagesses antiques, op.cit., p.124

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld