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Le rattachement des burkinabé de l'étranger à  leur pays d'origine et leur apport au développement

( Télécharger le fichier original )
par Edouard BOUDA
Ecole nationale d'administration et de magistrature - diplôme de cycle supérieur 2009
  

Disponible en mode multipage

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ECOLE NATIONALE
D'ADMINISTRATION
ET DE MAGISTRATURE

 

BURKINA FASO
Unité-Progrès-Justice

 
 
 
 

DEPARTEMENT
DIPLOMATIE

 
 
 

LE RATTACHEMENT DES BURKINABE DE
L'ETRANGER A LEUR PAYS D'ORIGINE ET LEUR
APPORT AU DEVELOPPEMENT

Mémoire

Pour l'obtention du diplôme de

Conseiller des Affaires Etrangères

Présenté et soutenu publiquement par :

Edouard BOUDA

Mention : Très bien

Jury :

Président : M. Laurentin SOMDA, Chargé de cours

Directeur de mémoire : Me Apollinaire KYELEM de TAMBELA, chargé de cours Membre : M. Jacob PASGO, Conseiller technique, chargé de cours

Juin 2009

ENAM 03 BP 7024 Ouagadougou 03 E-mail : enam@cenatrin.bf
Téléphone : (226) 50.31.42.64/65 Télécopie : (226) 50 30 66 11

L'ECOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION ET DE MAGISTRATURE
N'ENTEND DONNER AUCUNE APPROBATION NI IMPROBATION AUX IDEES
EMISES DANS CE MEMOIRE

AVERTISSEMENT

DEDICACE

~

~~~~ me~ ~~~~~~~~ ~~~~~~~~~
1 ~~~e#u~~ ~~ m ~~
~~~ ~~~~~~~~~~~

~~~ co~~~~~~n a~ ~

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~~ ~~~~~ ~~ ~~~~~~~~

REMERCIEMENTS

Ce travail est l'aboutissement de deux années d'études à l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM). C'est donc le lieu de remercier l'administration, le personnel et le corps professoral de l'ENAM.

Nos remerciements vont au Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale, au personnel de son Département, en particulier au Secrétaire Permanent du Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger (CSBE) et au personnel dudit Conseil pour leurs soutiens.

Nous tenons aussi à remercier la secrétaire Permanente et le personnel du Conseil National de la Population (CONAPO) pour nous avoir facilité les recherches.

Nous tenons particulièrement à remercier Me Apollinaire KYELEM, notre directeur de mémoire pour sa disponibilité, ses conseils et la qualité de son encadrement sans lesquels ce travail n'aurait pas cet éclat. De lui, nous retenons l'image d'un homme rigoureux et plein de sagesse ayant l'amour du travail bien fait.

A tous les parents et amis qui nous ont apporté leurs appuis multiformes, nous témoignons notre profonde gratitude.

Que tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réalisation de ce travail soient récompensés à la hauteur de leur mérite.

LISTE DES ABREVIATIONS

ABRB : Association des Burkinabé Résidant au Bénin

BA-BF : Banque Atlantique du Burkina Faso

BACB : Banque Agricole et Commerciale du Burkina

BAD : Banque Africaine de Développement

BCB : Banque Commerciale du Burkina

BCEAO : Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest

BHB : Banque de l'Habitat du Burkina

BIB : Banque Internationale du Burkina

BICIA-B : Banque Internationale pour le Commerce, l'Industrie et l'Artisanat du

Burkina

BOA : Bank of Africa

BRS : Banque Régionale de Solidarité

BSIC : Banque Sahélo-saharienne pour l'Investissement et le Commerce

BTP : Bâtiment et Travaux Publics

CEDEAO : Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest

CFA : Coopération Financière Africaine

CONAPO : Conseil National de la Population

CSBE : Conseil supérieur des Burkinabé de l'Etranger

CSPS : Centre de Santé et de Promotion Sociale

DGEP : Direction Générale de l'Economie et de la Planification

DPAM : Direction des Prévisions et Analyses Macroéconomiques

FF : Franc Français

IDH : Indice de Développement Humain Durable

MIDA : Migration pour le Développement en Afrique

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique

OIM : Organisation Internationale des Migrations

OIT : Organisation Internationale du Travail

ONEA : Office National de l'Eau et de l'Assainissement

PIB : Produit Intérieur Brut

PME/PMI : Petite et Moyenne Entreprise/ Petite et Moyenne Industrie

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

PPA : Parité des Pouvoirs d'Achat

RCPB : Réseau des Caisses Populaires du Burkina

RGPH : Recensement Général de la Population et de l'Habitat

SGBB : Société Générale de Banque du Burkina

SIMAO : Syndicat Interprofessionnel pour l'Acheminement de la Main-d'Oeuvre

SONAPOST : Société Nationale des Postes et Télécommunications

SWIFT : Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication

UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine

SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE 2

PARTIE I : LE RATTACHEMENT DES BURKINABE DE L'ETRANGER A LEUR

PAYS D'ORIGINE 10

CHAPITRE I : Les cas de rattachement 11

Section I : Les expressions courantes d'affectivité 11

Section II : Les retours périodiques au pays et la vie associative 17

CHAPITRE II : Les cas de non-rattachement 22

Section I : L'assimilation 22

Section II : L'apatridie et l'abandon de la nationalité 25

PARTIE II : L'APPORT DES BURKINABE DE L'ETRANGER AU

DEVELOPPEMENT DU BURKINA 31

CHAPITRE I : Le rapatriement de l'épargne par les Burkinabé de l'étranger32

Section I : Le rapatriement de l'épargne 33

Section II : Analyse comparée de l'épargne rapatriée 37

CHAPITRE II : Les implications de l'épargne rapatriée 43

Section I : Les implications sur la consommation 43

Section II : L'impact sur l'investissement 45

CONCLUSION GENERALE 50

BIBLIOGRAPHIE 56

TABLE DE MATIERES 60

ANNEXES i

INTRODUCTION GENERALE

Le concept de migration implique un déplacement de populations humaines se déroulant à la fois dans le temps et dans l'espace. Le principe migratoire n'est pas simplement lié au concept d'Etat qui est de création assez récente à l'échelle de l'histoire de l'humanité1. Les individus se sont en effet toujours déplacés hors de leurs foyers d'origine.

Le Burkina Faso, quant à lui, de par sa situation géographique connaît une migration à dominante internationale. Depuis la création de la colonie de Haute-Volta en 1919 jusqu'à nos jours en passant par sa suppression et sa répartition entre les colonies voisines entre 1932 et 1947 et les indépendances en 1960, le pays a connu des fortunes diverses en matière de migration. Plusieurs facteurs expliquent cette émigration que l'on peut répartir en trois phases : la période allant de la pénétration coloniale à 1947, celle située entre 1947 et 1960 et enfin celle de 1960 à nos jours.

+ De la pénétration coloniale à 1947

Depuis 1919, année de la création de la colonie de Haute-Volta, le gouverneur Edouard HESLING mit en oeuvre une série de travaux visant son développement économique. On cite entre autres, l'introduction des cultures de rente notamment le coton et l'arachide qui ont eu une influence négative sur les cultures vivrières, le travail forcé pour l'administration coloniale, etc. Ces travaux se sont alors avérés rudes et contraignants. Les populations en souffraient tout autant que de l'impôt de capitation dont les préavis de perception étaient relativement brefs et le taux continuellement évolutif, véritable casse-tête pour des populations appauvries du fait de la difficile cohabitation entre les deux types d'économie : la première économie, traditionnelle et utilisant le troc comme mode d'échange (en l'occurrence des produits vivriers) et la seconde essentiellement monétaire. L'impôt de capitation était d'abord payé en nature (produits vivriers, bétail...) puis en monnaie (cauris

1 La notion d'Etat remonte au contrat social, théorie politique et philosophique développée aux XVIIe et XVIIIe siècles par les philosophes (J. LOCKE, T. HOBBES, J. J. ROUSSEAU) du droit naturel, postulant que l'individu se trouve au fondement de la société et de l'État, lesquels naissent de l'accord volontaire entre des individus libres et égaux.

d'abord et franc français ensuite dont l'équivalent était de l'ordre de 1400 à 2000 cauris contre 5 FF en 1935)2. Par la suite les terres s'appauvrissant donnaient lieu à une baisse du rendement agricole. En conséquence, 55 000 à 60 000 Mose fuyaient annuellement leur pays pour les colonies voisines notamment la Gold Coast (Ghana) où l'administration coloniale était plus souple3.

Mais à partir de 1928, la politique du gouverneur HESLING, de l'avis de certains auteurs se soldait par un échec et la colonie de Haute-Volta est supprimée le 5 septembre 1932 et répartie entre les colonies du Soudan (Mali), du Niger et de la Côte d'Ivoire. Lequel avis n'est nullement partagé par tous à l'instar de Berthe d'Annelet qui pense que « la colonie de Haute-Volta a été supprimée non en raison de sa non-viabilité économique mais pour faire bénéficier aux colonies limitrophes le potentiel de son réservoir de maind'oeuvre considérée disciplinée, chose qui manque à la Côte d'Ivoire pour insuffler une vigueur prometteuse4 ».

Malgré un arsenal de mesures incitatives (augmentation des salaires, prise en charge du transport...) et de propagandes mises en oeuvre pour détourner vers la Côte d'Ivoire les flux migratoires, les Voltaïques affluaient toujours vers le Ghana. Une circulaire du gouverneur de Côte d'Ivoire de 1939 ordonnait de recruter « d'office tout individu convaincu d'oisiveté dans son village et hors de son village ». Déjà en 1935, le taux de recrutement forcé était fixé à 5% de la population par cercle5. Ces recrutements se sont poursuivis et intensifiés jusqu'en 1945, année à laquelle les colonies devaient se saigner pour sauver la France alors sous occupation nazie. Ainsi, on estime à 15 834 le nombre de manoeuvres recrutés annuellement et entre 15 000 et 23 000 ceux fuyant vers le Ghana et l'Office du Niger durant la seule période de 1935 à 19466.

2 Voir thèse de doctorat de Sidiki COULIBALY : Les migrations voltaïques : les origines, les

motifs et les perceptions des politiques, Université de Montréal, 1978

3 SAGNON D. Marius in Forum national sur les migrations : quelle politique de migration pour le

Burkina Faso au 21e siècle ?, juin 2001

4 SAGNON D. Marius op. cit.

5 SAGNON D. Marius op. cit.

6 SAGNON D. Marius op. cit.

Tout compte fait, à la fin du régime des travaux forcés en 1946 et à la veille de la reconstitution de la colonie de Haute-Volta en 1947, on dénombrait déjà plus d'un million de Voltaïques vivant à l'étranger notamment dans les colonies limitrophes. A partir de cette période, une nouvelle page de migration s'ouvrit au pays.

+ De 1947 à 1960

Pendant cette période, les techniques de recrutement étaient plus policées. On note l'amélioration des conditions salariales, la suppression des formalités administratives de part et d'autre et le bureau du travail créé en 1946 chargé du recrutement et du convoi des manoeuvres se transformera dès 1951 en Syndicat Interprofessionnel pour l'Acheminement de la Main-d'oeuvre (SIMAO). On estime à 20 376 le nombre de travailleurs recrutés annuellement par le SIMAO entre 1952 et 19597.

Les migrations en direction du Ghana se poursuivaient mais dépassées cependant par celles qui étaient en destination de la Côte d'Ivoire, lesquelles représentaient désormais à elles seules plus de 66.1% du flux migratoire international du pays, soit un effectif de 33 960 sur 51 350 migrants entre 1956 et 19598.

Entre la création de la Haute-Volta comme colonie en 1919 et son accession à l'indépendance en 1960, on estime officiellement à 1 765 000 et 780 000 les effectifs de Voltaïques ayant respectivement émigré au Ghana et en Côte d'Ivoire9.

On retiendra donc de la colonisation l'une des causes de la présence massive des Burkinabé à l'étranger.

Il est cependant hasardeux d'attribuer toute la responsabilité de l'émigration
des Burkinabé au simple fait du colonisateur même si celui-ci y a contribué
pour beaucoup. Les opérations de recensement et autres enquêtes et

7 SAGNON D. Marius op. cit.

8 SAGNON D. Marius op. cit.

9 SAWADOGO Ram Christophe, communication sur l'intégration de l'émigration au processus de développement au Burkina Faso, Assemblée générale du CSBE du 8 au 10 décembre 1998, rapport final, Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale.

sondages réalisés sur les migrations montrent qu'il s'agit de mouvements forcés ou spontanés, individuels ou collectifs, ayant à des moments divers des formes et des conséquences significatives en raison notamment des effets conjugués certes, du fait colonial mais aussi des mutations socio-économiques et de l'austérité du milieu naturel burkinabé. Au lendemain de l'indépendance du pays, on a pu en effet remarquer que les politiques publiques n'allaient pas dans le sens du découragement du phénomène migratoire.

+ De 1960 à nos jours

Le 5 août 1960 marque l'indépendance de la Haute-Volta. Les autorités de ce jeune Etat ont cru bien faire d'encadrer la migration notamment à travers la signature d'accords (voir annexe 2).

Si la colonisation a fait de la Haute-Volta le binôme économique de la Côte d'Ivoire, cette dépendance a été confortée par les choix politiques et économiques des deux Etats une fois leur souveraineté acquise10. La convention du 9 mars 1960 relative aux conditions d'engagement et d'emploi des travailleurs voltaïques en Côte d'Ivoire en est une illustration. Cette Convention stipulait en son article 2 que « Tout employeur ivoirien désireux de s'assurer les services des travailleurs voltaïques devra adresser une demande écrite à l'Office de Main-d'oeuvre de la Côte d'Ivoire indiquant le nombre et la qualification professionnelle des travailleurs qu'il entend engager conformément aux stipulations de la présente convention (...).». L'article 6 précise que « Les travailleurs pourront être accompagnés de leur famille ou rejoints par elle sous réserve de n'emmener que deux épouses au maximum et que leurs enfants n'aient pas dépassé l'âge de 16 ans ». Aux termes de l'article 9, « Les travailleurs voltaïques bénéficieront des mêmes libertés garanties, droits et avantages que les travailleurs nationaux de la République de Côte d'Ivoire... ». Comme contrepartie, le gouvernement de Haute-Volta percevra les sommes de 1 500 francs CFA par travailleur voltaïque engagé et de 1 000 francs par femme de travailleur qui l'accompagnera sans contrat de travail

10 La Côte d'Ivoire qui avait un modèle extraverti de développement basé sur l'expansion de la culture et l'exportation du café et du cacao avait besoin pour cela de la main-d'oeuvre voltaïque ; la Haute-Volta voulait financer son développement par les retombées de l'exportation de sa main-d'oeuvre.

(article 23). Il convient également de remarquer que la convention autorise le travailleur à rejoindre son pays d'origine dès la fin de son contrat (article7).

Les différentes conventions, en même temps qu'elles n'empêchaient pas l'émigration, prônaient la protection des travailleurs migrants. Dans l'ensemble, elles ont manqué d'application dans toute leur rigueur.

Dans tous les cas, la misère gagnait du terrain dans les villes et campagnes de la Haute-Volta, révélant du même coup l'incapacité du gouvernement à promouvoir le développement et à faire face au désoeuvrement, toute chose qui ne pouvait retenir les populations mues par l'instinct de survie.

Aux raisons historiques, se sont substituées les raisons socioéconomiques, ce qui fait dire que les campagnes et villes du Burkina sont répulsives ou moins attrayantes tandis que l'étranger est fascinant et attirant. Par exemple, le boom économique de la Côte d'Ivoire qui a hérité de la colonisation de grandes plantations et d'une industrialisation naissante attirait les jeunes Voltaïques.

L'opinion voltaïque de l'époque attribuait aussi l'attrait des jeunes pour l'immigration ivoirienne à des besoins de complétude et de maturation physique, sociale et morale. La migration dans cette optique est présentée comme « une initiation et un baptême réussi de celui qui connaît le monde, de celui qui a fait ses preuves d'homme mûr, de celui qui a su réussir dans des activités lucratives de Côte d'Ivoire, de celui qui a vu et vécu dans les grandes villes et les régions côtières tous les mirages, de celui qui, en raison de tout ceci, lorsqu'il est de retour dans son village d'origine, fait l'objet des regards préférés des jeunes filles, etc. »11.

Par la suite, la récession économique et le conflit armé en Côte d'Ivoire ayant occasionné l'expulsion massive des Burkinabé en 1999, 2002 et 2003 malgré les accords et dispositions internationaux ont découragé le mouvement migratoire vers ce pays.

11 SP/CONAPO, étude dans le secteur de la population, rapport sectoriel « migrations internationales et transferts de fonds », février 1995, p.9

Les Burkinabé affluent désormais à partir des années 1990 vers d'autres cieux, élargissant ainsi les horizons d'accueil. Ces destinations sont l'Europe (France, Italie, Espagne), l'Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) et d'autres pays comme l'Arabie Saoudite, l'Algérie, la Libye, le Soudan, le Gabon et récemment la Guinée Equatoriale.

En résumé, on retiendra que plusieurs raisons expliquent l'émigration internationale des Burkinabé. Il s'agit, entre autres, des travaux forcés, de la misère et son corollaire de recherche de bien-être matériel, des contraintes socioculturelles comme le bannissement, le mariage forcé ou simplement le goût de l'aventure, des études, etc.. Mais l'essentiel se résume à cette citation de Sidiki COULIBALY : « il est certain qu'il y a du travail dans les villages, mais ce travail ne procure pas de l'argent (le coton est mal payé par exemple) pour satisfaire aux besoins d'achat. Les villes peut-être pourraient donner du travail. Mais ce travail est si rare et les demandeurs si nombreux qu'il vaut mieux s'expatrier (...). L'argent est nécessaire, donc le départ pour s'en procurer est indispensable »12.

Voilà autant de raisons qui expliquent la présence à l'étranger des millions de Burkinabé. De 7% de la population résidente en 1960, les Burkinabé de l'étranger en représentaient 50% en 1992, soit un effectif de 5 144 714 sur 10 000 000. De nos jours, le Burkina Faso compte plus de neuf millions (9 000 000) de ses fils à l'étranger13.

On déplore l'absence de statistiques sur certains pays comme le Liberia, la Sierra Leone, le Soudan, l'Italie, l'Espagne qui, à ce qu'on dit, enregistrent des effectifs élevés de Burkinabé. De même, la plupart des données sont approximatives voire discutables.

Dans tous les cas, les chiffres disponibles sont édifiants et suscitent quelques interrogations, d'où le thème de cette étude : « le rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine et leur apport au développement ».

12 Sidiki COULIBALY, Migrations internationales et développement : le cas de la Haute Volta, INSD, Ouagadougou, 1982 p. 17

13 Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger (CSBE), voir tableau en annexe 1

Tout d'abord, il sied de définir certains concepts :

> Burkinabé de l'étranger : on définit la nationalité comme le « Lien juridique et politique qui rattache un individu à un Etat souverain »14. De cette définition on retiendra qu'un Burkinabé est un individu ayant ce lien avec le Burkina Faso. En conséquence, les Burkinabé non résidents sont dits Burkinabé de l'étranger. Ils sont à l'étranger du fait de la migration.

> Migration : elle implique un changement de résidence pendant une durée effective de six mois ou avec l'intention de l'effectuer15. Le fait migratoire peut avoir lieu entre deux entités territoriales nationales différentes. Il s'agit dans ce cas de migration internationale. On parle d'émigration quand il y a sortie définitive ou durable d'individus hors du territoire national et d'immigration lorsqu'il s'agit du mouvement inverse.

L'objet de cette étude consistera à appréhender les Burkinabé de l'étranger sous deux angles. D'abord le rattachement de ceux-ci à leur pays d'origine : quels liens entretiennent les Burkinabé de l'étranger avec le Burkina Faso ? se reconnaissent-ils encore comme tels dans les pays d'accueil et de quelle manière expriment-ils leur identité ? Ou bien sont-ils tout simplement assimilés aux populations résidentes ? En un mot, forment-ils une DIASPORA au sens de « communauté d'expatriés qui préservent une identité commune, qui ont gardé des références et des pratiques renvoyant à leur pays d'origine malgré la dispersion et qui sont en relation collective16 » ?

Ensuite, l'apport des Burkinabé de l'étranger au développement du Burkina Faso : les Burkinabé de l'étranger contribuent-ils au développement du Burkina Faso ? Comment le font-ils ?

Dans un contexte international marqué, d'une part par l'immigration choisie et d'autre part par des expulsions massives et répétées, il est souhaitable que la diaspora participe activement au développement de son pays d'origine. Et ce, partant du postulat que le développement socio-économique renferme des

14 Raymond Guillien et Jean Vincent, Lexique des termes juridiques, 11e édition, Dalloz, p.359

15 INSD, Analyse des résultats du recensement général de la population et de l'habitat 2006

16 SMOUTS M.C., BATTISTELLA D., VENNESSON P., Dictionnaire des relations internationales, 2eme édition, Paris, Dalloz, 2006, p.133

dimensions démographiques et sociales. Il est l'affaire de toutes les populations aussi bien résidentes que non résidentes. Il apparaît donc intéressant de cerner l'apport des émigrés burkinabé à l'économie nationale en invoquant leur responsabilité en tant que fils et filles du pays et le devoir de solidarité qu'ils ont envers leurs parents restés au Burkina. Vue sous cet angle, on peut considérer la contribution de la diaspora au développement comme étant la preuve de son rattachement au Burkina.

Ainsi présentée, cette étude a pour intérêt de contribuer à la réflexion sur l'émigration et son implication sur le développement. La gestion des relations internationales de nos jours commande que chaque pays inscrive la question migratoire dans sa politique étrangère. La ressource migratoire est sans conteste l'un des facteurs les plus importants des relations internationales, en témoignent les multiples accords en vue de son encadrement. La diaspora demeure ainsi une manne dont il faut tirer profit. De sa gestion dépend sa profitabilité.

Ce travail a pour objectif d'attirer l'attention des pouvoirs publics et d'inviter les professionnels de la diplomatie au débat sur la nécessité d'un meilleur encadrement des Burkinabé de l'étranger qui se sentent dans leur ensemble délaissés par l'administration de leur pays d'origine. De manière spécifique, il s'agira de démontrer que l'apport de la diaspora au développement du pays d'origine dépend de l'attachement qu'elle a à son égard.

La méthode privilégiera les enquêtes sondages auprès des Burkinabé de l'étranger, les entretiens avec des personnes ressources et l'analyse documentaire.

Ainsi, après avoir étudié le rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine (partie I), analyse sera faite de leur contribution au développement du Burkina Faso (partie II).

PARTIE I : LE RATTACHEMENT DES BURKINABE DE
L'ETRANGER A LEUR PAYS D'ORIGINE

Comme précédemment définie, la nationalité renvoie à un lien juridique déterminant le rattachement ou l'appartenance d'un individu à un État. Mais à l'analyse le rattachement doit aller au-delà du simple fait de posséder la nationalité.

On assimile en général les Burkinabé de l'étranger à la diaspora burkinabé en allusion au rattachement. Selon le dictionnaire Larousse 2007, la diaspora est « un mot grec qui désigne l'ensemble des membres d'un peuple dispersé à travers le monde mais restant en relation ». Elle désignait au début « les colonies établies par les résidents des cités grecques hors du territoire hellène ainsi que les rapports économiques et politiques entretenus par ces colonies avec leur mère patrie17 ». Plus couramment le terme diaspora s'appliquait à l'ensemble de la communauté juive dispersée dans le monde. Cette conception qui a quelque peu évolué18 a conservé son sens originel. Le géographe français Michel BRUNEAU19 attribue trois caractéristiques fondamentales à la notion de diaspora :

- la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique et nationale ;

- l'existence d'une organisation politique, culturelle ou religieuse du groupe dispersé (vie associative) ; et

- l'existence de contacts sous diverses formes réelles ou imaginaires avec le territoire ou le pays d'origine.

Ainsi, l'analyse du rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine conduit à l'examen des caractéristiques précitées, ce qui amène à dire qu'il existe autant de cas de rattachement (chapitre I) que de cas de non rattachement (chapitre II).

17 SMOUTS M. C., BATTISTELLA D., VENNESSON P., Dictionnaire des relations internationales, 2e édition, Paris, Dalloz, 2006, p.133

18 Cf. définition p.8

19 http://fr.wikipedia.org/wiki/diaspora

CHAPITRE I : Les cas de rattachement

Le statut de l'étranger s'est nécessairement élaboré en même temps que celui du citoyen. Définir « celui qui est » implique, par défaut, de pouvoir le distinguer de « celui qui n'est pas ». Dans la Grèce antique, l'étranger était désigné par le terme de métèque, dont l'étymologie nous apprend qu'il signifie « celui qui habite avec ». Homme libre, il est certes protégé par les lois de la cité mais ne peut participer à la vie politique ni même posséder des biens immobiliers.

Cette réalité antique est loin d'être dépassée (même si elle a quelque peu évolué) de nos jours où l'étranger est désigné par le nom de son ethnie ou de l'ethnie de ses concitoyens (les Burkinabé de Côte d'Ivoire sont appelés Mossi) ou par sa nationalité d'origine (les Noirs sont appelés de façon générale Africains en Occident) ou tout simplement immigré. Dans tous les cas, il s'agit de distinguer les expatriés des nationaux. Cette tendance aurait dû être aussi observée du côté de l'étranger qui, à travers un certain comportement montre son attachement à son pays d'origine. De ce fait, le rattachement peut être exprimé diversement.

Dans ce chapitre, distinction sera faite entre les expressions courantes d'affectivité (section I) qui traduisent la conscience et le fait de revendiquer l'identité nationale et les retours périodiques et autres organisations formant la vie associative (section II) servant de lien avec la nation burkinabé.

Section I : Les expressions courantes d'affectivité

Il est utopique de croire que c'est chose aisée de rester soi-même dans un pays qui n'est pas le sien. Néanmoins, nombre de Burkinabé font cet effort qui, au-delà de leur fierté personnelle, honore l'identité nationale. Ils expriment leur rattachement au Burkina Faso non seulement par l'usage des langues nationales et par le mode vestimentaire (paragraphe I), mais aussi par les plats alimentaires (paragraphe II).

Paragraphe I : L'usage des langues nationales et le mode
vestimentaire

- La langue

L'utilisation de la langue dans la vie courante peut être interprétée comme un signe d'attachement au pays d'origine parce qu'elle rappelle l'ethnie à laquelle on appartient. Elle peut s'effectuer dans le cadre familial, associatif ou des manifestations culturelles ou artistiques.

Dans le cadre familial, il s'agit de parler et d'apprendre à parler aux enfants la langue qui exprime l'identité nationale. Parmi les symboles des grands peuples, figurent la religion, la culture et la langue (écrite et orale). Si de nos jours, à cause du fait colonial il est difficile pour les peuples de conserver leurs religions et souvent même leur culture, au niveau des langues il n'en est pas de même. Les peuples africains en général et le peuple burkinabé en particulier sont connus pour leur tradition orale. C'est donc dire qu'à défaut de l'écriture qu'ils n'ont plus, ces peuples ont la responsabilité morale de perpétuer la langue du moins par le parler. Des entretiens réalisés auprès des Burkinabé de l'étranger, il ressort que la grande majorité sinon la totalité de la communauté parle la langue maternelle à domicile.

Dans le cadre associatif la volonté de parler la langue nationale existe et est entretenue mais elle est inhibée du fait de la multiplicité des langues nationales. Il s'avère difficile voire impossible de faire le choix d'une langue, soit-elle majoritairement parlée, au risque de faire des exclus alors que la tendance est de rassembler autour de la fibre patriotique. Il est plutôt courant de faire usage de la langue française comme langue de conversation commune.

Concernant les manifestations culturelles et artistiques, il faut remarquer que le Burkina Faso est un pays riche en culture. Cette diversité culturelle se retrouve effectivement hors des frontières du pays pour former la culture burkinabé. Chaque peuple ayant sa culture utilise librement la voie d'expression de cette culture. Ainsi la musique faite et/ou écoutée par les Burkinabé de l'étranger est

souvent chantée dans le patois local ou dans d'autres langues universelles comme le français ou l'anglais. Il est par exemple heureux d'entendre sur les ondes ou dans des boites de nuit et autres espaces d'ambiance de la musique chantée en more comme le font certains groupes musicaux assez célèbres comme le groupe ivoirien Magic System et le groupe ghanéen Zuguz & Chaka Beat (Assana et Fouseina). Il en est de même de la musique « made in Burkina » que l'on entend sur des ondes étrangères ou qui est écoutée et dansée dans des pays étrangers. Cela fait la fierté du Burkina. La diaspora montre son rattachement en faisant la promotion de la culture burkinabé.

La culture ne s'exprime pas seulement que par la langue ; elle s'exprime aussi par un mode vestimentaire identifié comme appartenant à un peuple donné.

- Le mode vestimentaire

S'agissant de mode vestimentaire qui distingue le peuple burkinabé, on en compte un certain nombre. A la question «vous sentez-vous Burkinabé et fier de l'être dans votre pays d'accueil ? », un cadre d'un institut de renom à Dakar au Sénégal répond par l'affirmative. A la question suivante « et comment exprimez-vous votre identité nationale ? » il dit « (...) et j'adore le faso danfani que je porte à chaque occasion ».

Par ailleurs, dans un reportage sur les conditions de vie des Burkinabé d'Abidjan, on peut lire dans les colonnes de la presse « l'univers des ressortissants burkinabé vivant à Abidjan dans les zones incertaines est peu enviable (...). Cependant, ce qui nous plaît le plus à Abidjan c'est la vue de ces femmes burkinabé avec leurs foulards aux oiseaux noués sur la tête. Que vous soyez à Koumassi ou à Yopougon, au Plateau ou à Marcory ça vous fait vraiment chaud au coeur de voir ces femmes exprimer fièrement leur burkindlem20. Plus qu'un phénomène de mode, le fameux lwili peende21 est devenu un signe identitaire. »22

20 Mot en langue nationale more qui signifie en substance «nationalisme burkinabé»

21 Foulard de couleur rouge au motif d'oiseaux en blanc porté par les femmes burkinabé

22 Cf. L'Observateur Paalga n°7249 du mercredi 29 octo bre 2008, page 15

Certains modes vestimentaires sans être typiquement burkinabé montrent néanmoins l'appartenance au continent africain. Il s'agit par exemple du pagne ou du Bazin et de leurs dérivés (chemises, boubous, foulards ...).

Ce sont des habillements qui sont utilisés couramment ou à des occasions spéciales comme les rencontres et fêtes communautaires, les cocktails, les dîners, etc. suivant la profession et le milieu. Les membres des missions diplomatiques et consulaires burkinabé sont connus dans ce sens.

A en croire le témoignage de certains Burkinabé de l'étranger, nombreux sont ceux d'entre eux qui arborent fièrement des vêtements aux couleurs, aux armoiries et même au nom du Burkina Faso.

Il faut cependant rappeler que ces modes distinctifs ne sont utilisés que par les immigrés qui ne craignent ni d'être expulsés ni de se faire spolier voire lyncher ou d'être victimes de discrimination liée à leur origine. Cette quiétude n'étant pas la chose la mieux partagée, il reste que peu d'immigrés burkinabé s'exhibent de la sorte.

Un dicton populaire dit que la copie n'est pas et ne peut être égale à l'original. Pour ce faire, ce n'est pas en imitant le comportement vestimentaire de quelqu'un sur son sol que l'on pourra l'impressionner. Ca sera simplement chercher à lui ressembler et non à se distinguer. C'est donc exprimer son identité et son affection à son pays et à son peuple que de s'habiller Burkinabé.

Outre l'habillement, d'autres facteurs identifient les Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine. Il s'agit entre autres des recettes culinaires.

Paragraphe II : Les recettes culinaires

Parmi les plats spécialités culinaires consommées par les Burkinabé de l'étranger, certaines sont rencontrées plus couramment que d'autres.

- Les recettes courantes

Se séparer de son terroir et des siens comporte toujours des désagréments, du moins moraux, manifestés par une nostalgie plus ou moins prolongée. Le séjour à l'étranger serait moins pénible et plus agréable si l'on gardait sur soi le microclimat national. L'un des remèdes reste la consommation des mets de son pays d'origine. Est-ce pour dire que la recette du bonheur se trouve dans les spécialités culinaires nationales ? La vérité est que la nourriture constitue un certain rattachement.

Les mets varient en fonction des régions d'accueil et des facilités d'accès ; mais on rencontre en général les plats faits de riz et le to23. Le riz en tant que tel est assez répandu mais l'usage qu'on en fait diffère d'une région à une autre. Par exemple le « riz au soumbala », connu sous le nom de « mouikolgo » demeure une spécialité burkinabé bien convoitée. S'il est aimé de l'intérieur, il va de soi qu'il le soit par les Burkinabé de l'extérieur. L'exemple le plus éloquent vient d'Abidjan où à l'hôtel Ibis, ce plat est prisé par des Burkinabé et des non Burkinabé. Outre ce riz spécial, on compte de nombreux plats de riz avec des sauces diverses comme la sauce cacahouète, la sauce claire, la sauce feuilles...

Quant au to, beaucoup d'interviewés avouent l'adorer particulièrement. Son originalité dépasse les plats de riz et compte des sauces aussi variées. Il s'agit de sauces faites d'extraits de plantes qui, pour la plupart, ne poussent pas du tout ou presque pas dans beaucoup de pays. On peut citer le gombo, l'oseille, le baobab, le kapok, etc. Compte tenu de la rareté relative de ces produits, le to à l'étranger est fait d'ingrédients quasi-exclusivement importés du Burkina.

L'approvisionnement en condiments se fait par les compatriotes qui viennent du pays. Lorsque cet approvisionnement est fait, il procure de la joie aux familles burkinabé à l'étranger. Ne dit-on pas que ce qui est rare est cher ! C'est certainement cette rareté des ingrédients qui fait qu'il n'y a pas une grande variété de plats burkinabé à l'étranger. Néanmoins, hormis les plats précités, on en compte d'autres.

23 Met local fait à base de farine de maïs ou de mil accompagné de sauce.

- Les autres spécialités culinaires

Il n'y a pas que les mets ci-dessus évoqués qui, du reste, constituent l'essentiel des habitudes alimentaires de la grande majorité des habitants du Burkina Faso, que l'on trouve à l'étranger. Il y en a aussi de moins courants. Les Burkinabé de Côte d'Ivoire et du Ghana offrent des exemples frappants. Dans ces pays où les premières vagues de migrants voltaïques sont installées depuis près d'un siècle, on se croirait au Burkina Faso dans les régions où ils vivent.

Le quotidien L'Observateur Paalga rapporte par exemple ceci : « AnoumaboSans fil24 a, malgré tout, ses charmes. En fait ce petit coin paumé, en y regardant de plus près est en quelque sorte un Burkina en miniature avec bien sûr en moins son insalubrité. Le week-end tout le monde se retrouve pour recréer l'ambiance si chaleureuse des villages burkinabé. Si le coeur vous en dit vous pouvez manger du gonré25, du baabenda26, du zamnin27, etc., il y a aussi le porc au four que vous pouvez déguster avec du bon dolo lobi, samo, bobo, mossi, etc. ; toutes les sonorités traditionnelles distillées ça et là vous donnent vraiment l'impression d'être au Burkina. »28 C'est l'exemple typique de la vie en communauté des Burkinabé résidant dans ces pays où souvent l'organisation sociétale de la diaspora est la même que celle en cours dans les villages burkinabé, ce qui corrobore ce qu'affirmait Reynald BLION en ces termes : « L'existence d'entités géographiques en Côte d'Ivoire portant le nom de villages burkinabé témoigne de l'intégration de cette population. En ces lieux les chefs de la communauté burkinabé désignés en fonction de l'ancienneté de leur installation constituent de véritables relais d'information tant pour les autorités ivoiriennes et burkinabé que pour le migrant fraîchement arrivé. C'est par leur intermédiaire que ce dernier pourra trouver un responsable de sa communauté, un membre de son clan ou de sa famille »29. Cette vie en

24 Quartier d'Abidjan où la communauté burkinabé est la plus ancienne et la plus importante

25 Met local burkinabé fait à base de feuilles et de céréales (mil, maïs, riz...)

26 Met local burkinabé fait à base de feuilles et de céréales (mil, maïs, riz...)

27 Met local burkinabé fait à base de graines d'un arbre épineux

28 L'Observateur Paalga n°7249 du mercredi 29 octobre 2008, page 14

29 REYNALD BLION in Les Burkinabé de Côte d'Ivoire entre « intégration » et circulation

migratoire, Mondes en développement, Tome 23, n° 91, 1995, p.85 -86

communauté avec la solidarité qui la caractérise exprime un fort rattachement de la diaspora aux valeurs nationales.

Malgré cette intégration, le retour au pays, bref ou définitif, peut être vu comme un signe de rattachement.

Section II : Les retours périodiques au pays et la vie
associative

Peut-on seulement proclamer son rattachement si l'on n'entretient quelque relation que ce soit avec la société à laquelle on appartient ? Vus sous cet angle, on peut considérer les retours au pays (paragraphe 1) et l'organisation associative (paragraphe 2) des Burkinabé de l'étranger comme un facteur de leur rattachement au Burkina.

Paragraphe I : Les retours périodiques au pays

En ce qui concerne les Burkinabé de Côte d'Ivoire, on enregistre des retours de chômeurs, des retours avec intention d'installation en vue de rentabiliser des activités agricoles, commerciales ou autres, des retours d'enfants devant suivre leur scolarité...

Pour ce qui est des Burkinabé d'Europe, notamment d'Italie, il s'agit de visites

au cours des vacances qui se déroulent dans les mois d'août et de décembre.

Les questions suivantes ont été posées aux Burkinabé de l'étranger contactés dans le cadre de cette étude :

- Quel type de contact avez-vous gardé avec votre famille et vos amis au Burkina ?

- Vous rendez-vous de temps en temps au Burkina pour des vacances ? (si oui, précisez le temps passé) Qu'en est-il de vos enfants résidents ?

- Avez-vous l'intention de rentrer définitivement au Burkina un jour ? Si oui, quand ? Sinon, pourquoi ?

La plupart des réponses rencontrées font état d'un retour bref et régulier mais les intentions de retours définitifs sont indécises. Plus fréquents sont les contacts téléphoniques avec les membres de la famille et les amis. Certains interviewés prétextent craindre des malheurs si leurs visites au pays étaient plus fréquentes en faisant allusion aux sorciers qui ne prendraient pas bien leurs réussites. Mais ils disent répondre toujours présent à l'appel lorsqu'il s'agit d'événements importants comme les décès et autres funérailles de proches, les mariages...

Quelle que soit la nature des retours (visites à la famille, réponses à des difficultés rencontrées ou stratégie de redéploiement des activités et donc de limitation des risques), ceux-ci montrent bien des relations intenses existant entre le migrant et sa communauté d'appartenance.

Cette volonté de retrouver les siens peut également s'observer à travers une vie associative organisée de la communauté des migrants suivant des caractéristiques bien définies.

Paragraphe II : La vie associative

Lorsque l'on parcourt l'« annuaire des structures associatives de la diaspora burkinabé » produit par le Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger (CSBE), on ne se doute pas que les Burkinabé de l'étranger s'organisent en association.

S'afficher comme un groupe unitaire est l'objectif des associations de ressortissants de Burkinabé éparpillés sur un territoire donné. Reynald BLION30 rapporte les propos d'un responsable de l'association des jeunes Burkinabé de Treichville : « on a créé cette association pour rappeler à nos enfants nés en Côte d'Ivoire l'importance pour eux de connaître leur culture. (...) Quand tu couches chez quelqu'un qui, en t'accueillant peut t'aider à faire fortune, il ne faut pas pour autant oublier d'où tu viens, ton pays d'origine... ». Comme pour dire que celui qui couche sur la natte d'autrui couche à terre et qu'il faut bien se

30 Reynald BLION, Les Burkinabé de Côte d'Ivoire entre « intégration » et circulation migratoire, Mondes en développement, Tome 23, n° 91, 1995, p. 8 8

le rappeler à tout moment en vivant dans la solidarité les Burkinabé de l'étranger s'organisent toujours en association partout où ils sont.

L'annuaire 2008 dénombre en effet un total de 139 associations réparties dans 21 pays européens, africains et asiatiques. De façon détaillée, on en a : 28 en France, 01 en Espagne, 03 en Tunisie, 01 en Belgique, 01 au Pays Bas, 01 au Luxembourg, 05 en Allemagne, 01 en Russie, 02 en Suisse, 05 en Arabie Saoudite, 02 au Mali, 01 au Niger, 01 au Japon, 02 en Algérie, 08 au Ghana, 01 au Togo, 01 au Bénin, 32 en Côte d'Ivoire, 16 au Sénégal, 01 en Mauritanie, et 26 en Italie.

Dans leur ensemble, on peut distinguer une première catégorie d'associations que l'on pourrait qualifier de fédératives, une deuxième catégorie d'associations tenant compte de l'entité territoriale de provenance ou de celle d'accueil ou des deux à la fois et enfin une troisième catégorie d'associations liées à la profession. Comme exemples d'associations fédératives, on a l'Union des Burkinabé de Belgique, l'Association des Burkinabé résidant au Bénin (ABRB)...

Pour la deuxième catégorie, on a d'une part les associations de ressortissants d'une zone déterminée du Burkina résidant dans le pays d'accueil (exemple : Association des Ressortissants de la Province d'Oubritenga en Côte d'Ivoire) et d'autre part les associations de Burkinabé résidant dans une zone donnée du pays d'accueil (exemple : Comité d'Organisation des Burkinabé de l'Ouest de la France). On distingue aussi les unions de Burkinabé ressortissant d'une région du Burkina et résidant dans une région précise du pays d'accueil. Par exemple, l'Association des ressortissants de Béguédo via Annunciata (Lecco, Italie).

Enfin, on a dans la catégorie des associations liées à la profession des exemples comme l'Association Burkinabé des Taxis à Paris, l'Association des Burkinabé de la Banque Africaine de Développement (BAD), l'Association des Etudiants Burkinabé de Genève...

On peut se demander si le nombre élevé d'associations dans un pays donné ne montre pas leur désunion. Il convient de remarquer qu'il y a une coordination entre ces associations. Ceci est visible pendant les cérémonies comme la fête nationale, la fête du 8 mars ou même l'accueil des autorités nationales en l'occurrence le Président du Faso qui ne manque jamais l'occasion de rencontrer les Burkinabé résidant dans les pays qu'il visite.

Enfin, afin d'encadrer la diaspora et de lui donner une structure administrative dont elle relèvera, les autorités ont créé par décret n°93-132/PRES/PM/REX du 7 mai 1993, le Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger (CSBE). Au fil du temps, des modifications se sont avérées nécessaires et ont produit l'actuel texte qui régit le CSBE : le décret 2007-308/PRES/PM/MAECR du 24 mai 2007. Il assigne aux CSBE les missions suivantes :

> assurer la protection des Burkinabé de l'étranger et leurs biens ;

> assurer leur pleine participation au développement du Burkina Faso et promouvoir son rayonnement dans le monde ;

> faciliter leur réinsertion dans la vie nationale.

Conscientes des missions à elles assignées, les autorités du CSBE travaillent de concert avec les missions diplomatiques et consulaires, les associations de Burkinabé de l'étranger et les délégués consulaires mis en place pour servir de relais de l'administration. L'union des fils du Burkina à l'étranger et la solidarité entre eux et avec leurs frères restés au pays sont le credo du CSBE qui organise régulièrement31 des assemblées générales au cours desquelles il insiste sur la solidarité comme bloc fondateur du Burkina Faso traduisant l'unité de la nation.

On peut par ailleurs retenir que le rattachement au pays est aussi lié à des variantes d'ordre social comme l'existence de parents proches. Parmi les Burkinabé de l'étranger, certains ont des conjoints et enfants ou des parents directs au Burkina, ce qui explique leurs visites régulières. Ceux pour qui ce lien n'existe pas ne sont pas prompts à s'y rendre à l'exception de cas isolés pour raison de vacances. A titre d'illustration, Reynald BLION écrit que « les

31 Depuis sa création, le CSBE est à sa troisième assemblée générale

femmes participent à la circulation migratoire entre le village d'origine et le lieu d'installation de leur mari en Côte d'Ivoire par leurs visites et séjours au village plus fréquents et souvent plus longs notamment au moment de l'hivernage que ceux de leur mari. Pour celles qui sont en situation de polygamie, les rôles vont se répartir indifféremment entre les co-épouses pour alterner séjour à l'étranger et retour au village de telle sorte qu'il est rare que les épouses cohabitent en Côte d'Ivoire »32 et pour les migrants en Italie «il semble que ceux qui ont fait venir leur femme et leurs enfants espacent de plus en plus leurs visites au village alors qu'auparavant ils profitaient des congés annuels pour rentrer au Burkina (...) »33. Cela signifie donc que l'existence de conjoint au village explique largement les retours périodiques des émigrés.

Chez d'autres, les retours au pays s'expliquent par des réalisations économiques que l'on verra à la deuxième partie de cette étude.

Dans tous les cas, on peut observer dans une certaine mesure, une adéquation des modes de vie de Burkinabé vivant à l'étranger avec les critères énoncés par Michel BRUNEAU à savoir : la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique et nationale, l'existence d'une organisation politique, culturelle ou religieuse du groupe dispersé (vie associative) et l'existence de contacts sous diverses formes réelles ou imaginaires avec le territoire ou le pays d'origine. Il existe donc une diaspora burkinabé qui reste rattachée au pays d'origine.

Le rattachement est effectif d'autant plus que des Burkinabé de l'étranger entretiennent des relations réelles (retours périodiques ou définitifs, contacts téléphoniques...) ou imaginaires avec le Burkina. Le rattachement n'est pas seulement matériellement constatable par les comportements vestimentaires et alimentaires ou la possession de propriétés au Burkina. Il s'exprime aussi à travers des signes comme l'intégrité et l'humilité qui caractérisent le Burkinabé.

Cependant, on ne peut ignorer que même si rattachement il y a, le contraire ne

puisse pas s'observer. Quels peuvent donc être les cas de non rattachement ?

32 Reynald BLION, « Studi Emigrazione/Etudes Migrations » XXXIII n°121, 1996, p.63

33 Reynald BLION, op. cit., p.64

CHAPITRE II : Les cas de non-rattachement

Il convient de rappeler qu'il appartient à l'étranger de préserver et d'exprimer son identité. Le rattachement juridique n'a de valeur que s'il s'accompagne d'un réel attachement aux valeurs nationales et au pays. Il apparaît donc des cas de non-rattachement à partir du moment où il n'y a pas ce rattachement juridique c'est-à-dire la nationalité (section II) ou que ce rattachement juridique est contredit dans les faits par une assimilation (section I) au peuple d'accueil.

Section I : L'assimilation

Comment perçoit-on l'assimilation ? Est-elle une réalité chez les Burkinabé de l'étranger ? Après avoir défini le concept d'assimilation (paragraphe I), analyse sera faite sur l'existence du phénomène chez les Burkinabé de l'extérieur (paragraphe II).

Paragraphe I : Le concept d'assimilation

On peut envisager l'assimilation comme un processus d'intégration à un ensemble dominant, l'intégration elle-même étant entendue comme le fait de faire partie à part entière d'une collectivité. Ainsi, l'intégration est vue comme une phase essentielle de la vie à l'étranger. L'assimilation en est le stade suprême. Elle se manifeste par une perte de l'identité d'origine au profit de l'identité du pays d'accueil, un non retour au pays d'origine et l'absence d'attache avec ce dernier.

De mémoire d'homme il n'existe pas de peuple34 aussi dispersé que le peuple juif. Au devant des affaires économiques et même politiques à l'échelle mondiale, les Juifs se distinguent pourtant par leur culture et leur tradition et résistent à l'assimilation dans les pays où ils vivent. Partout où ils sont, la solidarité est de mise : solidarité entre eux et solidarité envers leur pays d'origine, Israël. Hormis les voyages privés, un pèlerinage est organisé chaque année par et pour la diaspora juive en Israël.

34 Ensemble de personnes constituant une nation ou partageant les mêmes valeurs

Mais qu'en est-il de la diaspora burkinabé ?

Paragraphe II : Un phénomène constatable dans les
communautés burkinabé à l'étranger

Les réponses aux questions évoquées plus haut sur les retours et autres visites au Burkina renseignent peu. Certains enquêtés ont évoqué le coût élevé du transport qui les empêche de s'y rendre régulièrement. L'échantillon n'étant pas représentatif (les personnes rencontrées étaient d'un certain niveau intellectuel), il a fallu certaines recherches et des entretiens auprès de personnes ressources, ce qui permet de constater qu'il y a des brebis égarées dans la diaspora burkinabé.

Pas plus longtemps qu'en 2003, des Burkinabé ont été expulsés de Côte d'Ivoire, dépouillés de leurs biens. Certains ont pu rejoindre la frontière par leurs propres moyens et d'autres par l'opération Bayiri35 organisée à cet effet par l'Etat burkinabé. Il est regrettable que des Burkinabé reviennent dans cet état, eux qui n'ont pas préparé leur retour et qui n'en ont pas eu ni le temps ni le choix. Plus regrettable est que nombre d'entre eux arrivent sans repère. Accueillis transitoirement au Stade du 4 août, ils ont été enregistrés et interrogés sur leurs villages d'origine. On note des réponses surprenantes du genre : « je ne sais pas », « on m'a dit que je viens de... mais je ne sais pas où ça se trouve », etc. Il s'est agi quelquefois de personnes âgées de plus de 40 ans. Ont-ils eu le choix et le temps de chercher bien avant à découvrir le village de leurs parents ? Eux, Ivoiriens de fait à qui on a inculqué à tort que le Burkina n'était qu'une jungle, un endroit effrayant et que par punition on les y enverrait passer un séjour. Ont-ils seulement daigné vérifier et s'intéresser à la mère patrie ? Des jeunes Burkinabé entretenus sur la question ont avoué se sentir plus Ivoiriens.

En outre, dans un reportage effectué par une équipe de la Télévision nationale
sur les Burkinabé du Ghana en 2001, on a pu observer la même réalité. Des
patriarches qui disent ne plus retourner au pays depuis belle lurette ; on y voit

35 Nom donné à l'opération de rapatriement volontaire des Burkinabé en difficulté en Côte d'Ivoire, signifiant littéralement patrie en langue vernaculaire more.

même un chef de communauté, la quarantaine révolue, qui avoue n'être jamais venu au Burkina. Dans ce documentaire, il apparaît que la communauté burkinabé est forte de près de six millions de personnes mais l'intégration est telle qu'il est difficile d'établir une distinction avec les Ghanéens de souche. On compte parmi ces Burkinabé plusieurs cadres de rang élevé mais ceux-ci ne foulent presque jamais le sol burkinabé. Quelle que soit la situation socioéconomique qu'ils vivent, les visites et les retours au Burkina sont quasiinexistants. Les uns évoquent le manque de terre et d'attache. D'autres demandent que les concours de la Fonction publique leur soient ouverts en tenant bien entendu compte de leur langue d'instruction (anglais) ; sans quoi le Burkina n'a aucun intérêt pour eux.

Que devient un expatrié qui n'a quelque contact que ce soit avec son pays d'origine ? Il se laisse guider par le courant de l'intérêt personnel et donc s'assimile à la société la « plus offrante » au détriment de la société originaire. On aboutit à une situation où l'individu se voit national de fait du pays d'accueil sans en avoir la nationalité juridique. Il n'est rattaché ni culturellement ni juridiquement à son pays d'origine. C'est la situation que vivent beaucoup de Burkinabé du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Les termes « paweogo36 » et « tabouga 37» sont utilisés pour qualifier ce type de migrants. Ils désignent des personnes assimilées n'ayant plus d'attache avec leur pays d'origine et sa culture. Cela aboutit, comme le dit Frantz FANON dans son roman Peau noire, masque blanc, à une situation de bâtardise, d'hybridité : tandis qu'ils renient la mère patrie, la terre d'accueil les récuse.

Sont le plus concernés, les fils de migrants nés sur le territoire du pays d'accueil encore appelés immigrés de deuxième génération. Leur proportion est plus ou moins importante suivant les localités. Par exemple le recensement général de la population et de l'habitat de Côte d'Ivoire de 1988 estimait déjà que trois immigrés burkinabé sur cinq étaient nés sur le territoire ivoirien. Ce sont des gens qui connaissent à peine le Burkina et sont devenus Ivoiriens de naissance. Une opposition constante entre ces deux types de Burkinabé

36 Terme en langue more qui signifie littéralement « rester en brousse », la brousse signifiant dans la tradition moaga le reste du monde.

37 Terme en langue more qui signifie « déraciné, égaré »

(primo-migrants et immigrés de deuxième génération) de la diaspora ou celle entre jeune et ancienne génération menace la cohésion et l'unité au sein de la communauté des Burkinabé de l'extérieur. D'où ce constat de Reynald BLION : « en quête d'une identité qui se révèle difficile à construire, les jeunes se trouvent pris entre deux mondes, celui des parents faits d'images et de références constantes au pays d'origine et celui bien réel de la société ivoirienne dans laquelle ils ont toujours vécus38. » Les Burkinabé de l'étranger vivent donc permanemment un conflit entre l'intégration et l'assimilation.

Cette situation n'est pas sans conséquence car au-delà de la non-reconnaissance de certaines personnes par les autres membres de la communauté, il y a la non-reconnaissance de celles-ci par l'Etat d'origine et l'Etat d'accueil c'est-à-dire l'apatridie et ses conséquences.

Section II : L'apatridie et l'abandon de la nationalité

On définit l'apatride comme un individu qui n'a aucune nationalité. C'est une situation qui résulte généralement de la déchéance de la nationalité d'origine sans acquisition d'une autre nationalité. L'abandon de nationalité quant à lui, est un acte positif c'est-à-dire découlant de la volonté de l'individu.

Le cas des Burkinabé de l'étranger peut être perçu comme une absence de nationalité due à un désintérêt individuel ou une défaillance de l'Etat qui conduit soit à une situation d'apatridie soit à l'acquisition d'une autre nationalité.

Paragraphe I : Le désintérêt pour la nationalité burkinabé

Pourquoi un désintérêt ? A la question de savoir pourquoi refuser la nationalité, on peut associer celle de savoir pourquoi avoir la nationalité. Il convient d'observer que le fait de posséder la nationalité d'un pays confère des droits civils et politiques faisant de l'individu un citoyen à part entière du pays concerné, ce qui le différencie du ressortissant. Les droits civils sont le droit commercial, le droit rural, le droit social... Autrement dit, le citoyen a le droit de

38 Reynald BLION, les Burkinabé de Côte d'Ivoire entre « intégration » et circulation migratoire, Mondes en développement - tome 23, 1995, p.88

contracter (en matière commerciale ou de mariage) et de jouir d'une propriété quelconque. Les droits politiques quant à eux, font du citoyen électeur et éligible dans le pays dont il a la nationalité. En outre, le fait de posséder la nationalité confère des avantages non juridiques sous forme de traitement de faveur selon les Etats.

Au vu de ce qui précède, que gagne t'on à être Burkinabé de jure ? On peut remarquer que la plupart des textes communautaires (le Traité CEDEAO de 1975, le Traité UEMOA de 1994, l'Acte constitutif de l'Union africaine de 2001, ...) et internationaux (les Conventions n°97 de 1949 et n°143 de 1975 et les Recommandations n°86 de 1949 et n°151 de 1975 de l' OIT sur les travailleurs migrants, la Convention des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille adoptée en 1990 et entrée en vigueur en 2003, etc.) garantissent des droits aux immigrés. Il s'agit notamment du droit :

- de contracter ;

- d'accéder à la propriété ;

- d'emprunter ;

- d'ester en justice ;

- de s'affilier à une organisation syndicale ;

- de participer à la sécurité sociale ;

- à tous les avantages fiscaux et sociaux dont bénéficient les travailleurs nationaux.

Selon Françoise Gaspard et Claude Servan-Schreiber, « c'est parce que des hommes décident de partir pour des raisons objectives et souvent douloureuses, c'est parce qu'ils sont obligés de quitter une terre qui ne peut les nourrir, un village surpeuplé, un pays qui ne leur offre guère d'espoir ni d'avenir, qu'ils s'expatrient. Ils partent pour obtenir ce qu'ils n'ont pas obtenu chez eux » 39. Ainsi, les Burkinabé de l'étranger sont allés à la recherche du mieux-être ; ils sont prêts à tout pour l'avoir y compris en abandonnant leur nationalité d'origine pour en acquérir une autre ou tout simplement s'en

39 Cités par R. Roxane A. MEDAH in «l'intégration des étrangers naturalisés au Burkina Faso», mémoire de fin de cycle, ENAM, 2005, p.6

débarrasser si elle a des répercussions négatives. Par exemple en Côte d'Ivoire, « des Burkinabé ont accepté de changer de nationalité pour ne pas bloquer l'avenir de leurs enfants et pour garantir la prospérité de leurs activités40 ». Les motivations peuvent donc être d'ordre socio-économique.

Outre ces motivations socio-économiques, des préoccupations d'ordre politique peuvent être évoquées. Les Burkinabé de l'étranger n'étaient ni électeurs ni éligibles ni dans leurs pays d'origine ni dans leurs pays d'adoption à l'exception de ceux ayant la double nationalité. Par plus d'une occasion ils l'ont fait savoir aux autorités burkinabé mais celles-ci ont toujours observé un mutisme jusqu'à la récente adoption par l'Assemblée Nationale de la loi portant vote des Burkinabé de l'étranger.

D'autres raisons peuvent expliquer certainement l'absence de nationalité.

Paragraphe II : Les difficultés dans l'obtention des preuves de
la nationalité

L'immigré a très souvent besoin de document à produire par l'Administration du pays dont il est originaire. Les services consulaires devraient pouvoir jouer un rôle dans ce sens s'ils étaient en nombre suffisant. Le Burkina Faso en effet est l'un des pays qui comptent peu de représentations diplomatiques et consulaires41. Cette représentation, même minime, n'est pas liée à la présence de Burkinabé de la diaspora. Par exemple, le Burkina Faso compte une ambassade en Egypte, une en Tunisie, une au Maroc, une en Libye et une en Algérie ; soit cinq au total en Afrique du Nord, chacune comportant un service consulaire. Ces pays n'accueillent pourtant que peu de Burkinabé. Par contre dans des pays comme le Gabon, le Togo et le Bénin, il n'existe même pas de consulat alors qu'ils accueillent un nombre important de Burkinabé. La répartition des consulats dans l'espace ne permet pas la prise en charge conséquente de la diaspora. Même la multiplication des consuls honoraires, qui

40 Reynald BLION, Les Burkinabé de Côte d'Ivoire entre « intégration » et circulation migratoire, Mondes en développement, Tome 23, n° 91, 1995, p.89

41 Le Burkina Faso compte au total 34 représentations diplomatiques et consulaires dont 28 ambassades. On dénombre également un gros effectif de consuls honoraires.

font l'objet de critiques du fait de leur indisponibilité constante, ne peut venir à bout du problème.

Le CSBE travaille à combler le défaut de représentations consulaires. Pour cela, il dispose de délégués dans les principales localités où résident des Burkinabé et initie régulièrement des missions consulaires dans les zones concernées.

Les délégués consulaires sont les points focaux du CSBE dans leurs circonscriptions de résidence. Ils collectent les demandes de documents officiels (certificats de nationalité, actes d'état civil, cartes consulaires passeports...) qu'ils transmettent à l'ambassade ou au consulat dont ils relèvent. Ce dernier service se charge du traitement de ces demandes. Il convient de noter que les délégués consulaires n'existent pas dans toutes les localités où résident des Burkinabé. Par ailleurs, le manque de confiance dans ce personnage et la faiblesse de ses moyens handicapent fortement l'action du délégué consulaire. La solution du délégué consulaire a donc une efficacité limitée.

L'autre solution est l'organisation de missions consulaires. Ces missions ont entre autres objectifs de délivrer des documents de voyage et autres documents administratifs (cartes d'identité, carnets de voyage CEDEAO, actes de naissance, certificats de nationalité, actes d'individualité) aux Burkinabé de l'étranger et de collecter des demandes de passeports ordinaires en vue de leur établissement à Ouagadougou. Selon le CSBE, cela entre dans le cadre de la protection et de la défense des intérêts des Burkinabé de l'étranger. Malheureusement ces missions ne peuvent s'effectuer partout où de besoin et autant de fois que nécessaire au regard de la contrainte budgétaire que rencontre le CSBE. Ce sont donc des missions sporadiques qui ne peuvent atteindre les objectifs escomptés.

Il est à noter que le CSBE travaille en synergie avec les consulats généraux et honoraires et les missions diplomatiques à l'étranger dont les attributions se complètent, ainsi qu'en collaboration avec les ministères de la Sécurité et de la Justice dans l'accomplissement de ces missions.

Conclusion

On peut retenir que l'absence de rattachement est tout autant liée à la volonté des individus qu'à la défaillance de l'Etat. Beaucoup de Burkinabé préfèrent jouir de la nationalité de leur pays d'accueil et d'autres n'ont ni l'une ni l'autre. L'important c'est qu'ils comprennent que leur coeur doit battre pour leur pays d'origine, le Burkina Faso : rester peut-être national du pays d'adoption de droit, mais Burkinabé de coeur. Il y a près d'un siècle que des Burkinabé résident à l'extérieur. Le réalisme voudrait que l'on ne demande pas à ceux-ci de récuser les avantages qu'offre une naturalisation ou une quelconque acquisition de la nationalité du pays de résidence. L'acquisition de la nationalité du pays d'accueil dispense par exemple du titre de séjour (par exemple la carte de séjour a valu le départ de bon nombre d'immigrés de la Côte d'Ivoire) ou du visa résident. Cependant, la solidarité doit demeurer le ciment du peuple et de la nation burkinabé. Car, comme le dit un adage, là où il y a le coeur, les pieds n'hésitent pas à y aller.

Fort de ce constat, l'Etat burkinabé pourrait se déployer partout où de besoin en augmentant le nombre de ses représentations diplomatiques et consulaires, ce qui permettra d'avoir une situation statistique exacte de la diaspora et de canaliser ses investissements en vue d'utiliser une bonne partie de l'épargne migratoire pour financer le développement du Burkina Faso. Mais au-delà de toutes ces considérations, l'augmentation du nombre de représentations signifie un accroissement de l'intérêt que porte l'Etat pour les Burkinabé de l'étranger. Il sied aussi que l'Etat prenne fait et cause pour ses ressortissants à l'extérieur à travers l'accroissement de leur protection et la prise de décisions politiques tenant davantage compte d'eux. Il pourrait de ce fait encourager les Burkinabé de l'étranger à participer activement à l'oeuvre de construction nationale en les aidant d'abord à mieux s'organiser comme ils le demandent souvent. Cette participation est un devoir moral qui peut être interprété comme un signe de rattachement. Elle peut être appréhendée sous deux angles : la participation à la gestion des affaires publiques, à travers les élections auxquelles ils doivent prendre part en tant qu'électeurs et candidats, et la

participation au processus de développement par des apports divers, c'est-àdire par co-développement.

La notion de co-développement exprime aujourd'hui l'implication, la participation des migrants dans le développement économique de leur pays d'origine, quels que soient la nature, le secteur d'intervention ainsi que les modalités de cette participation : valorisation de l'épargne au service d'investissements productifs, transferts de compétences, ou apports d'expériences sociales et culturelles.

Quel peut donc être l'apport de la diaspora au développement du Burkina Faso ?

PARTIE II : L'APPORT DES BURKINABE DE L'ETRANGER AU
DEVELOPPEMENT DU BURKINA

Qu'entend-on par développement ? Ce concept tant usité ne rencontre pourtant pas l'unanimité des économistes quant à sa définition. Selon les uns, il s'agit de « la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global »42. La définition de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) qui se veut plus positive explique que « le développement sur le fond consiste en l'amélioration par les hommes et les femmes de leur capacité à réaliser leur potentiel humain individuel et collectif »43. Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Ablassé OUEDRAOGO, « le développement correspond à l'ensemble des transformations techniques, sociales et culturelles qui permettent l'apparition et la prolongation de la croissance économique. C'est un phénomène irréversible ne pouvant s'observer que sur une longue période. D'où le processus de développement peut se définir comme tant la combinaison évolutive des changements touchant les structures économiques, sociales, culturelles et démographiques »44. Pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le développement doit non seulement engendrer la croissance économique mais aussi permettre une répartition plus équitable des bénéfices de cette croissance de sorte à conférer aux individus la capacité d'agir. On parle de développement humain durable. Il s'agit, dans le sens commun, de l'amélioration de l'avoir, du savoir et du pouvoir.

Il apparaît donc intéressant d'appréhender les incidences de la migration sur le développement du Burkina Faso à travers l'épargne rapatriée par les Burkinabé de l'étranger (chapitre I) et ses implications sur des agrégats assez significatifs comme la consommation et l'investissement (chapitre II).

42 F. PERROUX cité par le Lexique d'économie, 7e édition, Dalloz, 2002, p.225-226

43 SMOUTS M.C., BATTISTELLA D., VENNESSON P., Dictionnaire des relations internationales, 2eme édition, Paris, Dalloz, 2006, p.123

44 Extrait d'un document de travail d'un séminaire tenu à Goundi du 31 août au 5 septembre 1994 ; cité par BITIE Yaya « Diaspora burkinabé et mécanismes de transferts monétaires pour un développement national », mémoire de fin de cycle, IDRI, 2007, p.9

CHAPITRE I : Le rapatriement de l'épargne par les Burkinabéde l'étranger

Les études disponibles soutiennent que les émigrés contribuent à la création de richesses dans leur pays d'accueil par leur travail et les impôts qu'ils payent. Par contre, à ce jour, aucune étude ne fait état de la contribution exhaustive de l'émigration sur l'économie du pays d'origine. Cependant, on n'ignore pas l'impact négatif que cette émigration a sur l'économie dudit pays.

S'agissant du cas précis du Burkina Faso, on peut observer que les émigrés sont en majorité jeunes et leur départ constitue sans nul doute une diminution de la quantité de travail disponible. En théorie, cette diminution de la maind'oeuvre active va affecter négativement des agrégats comme le produit intérieur brut et donc le revenu national et partant, la consommation et l'épargne. La contraction de l'épargne et de l'investissement entrave ainsi le financement de l'économie et par conséquent la croissance économique.

Cette vision théorique de la migration contraste cependant avec la conception classique de l'économie qui n'occulte pas qu'il faille une utilisation rationnelle des facteurs de production que sont notamment le travail et le capital dans le processus de développement. Parlant du travail, la théorie classique dispose que la main-d'oeuvre se déplace toujours des zones d'excédent d'offre vers celles qui en expriment le besoin. Le Burkina Faso, pays sous-développé à fort potentiel de main-d'oeuvre, où la jeunesse est frappée par un inactivisme et un sous-emploi aux solutions difficiles à trouver constitue une zone excédentaire d'offre de travail. C'est pour cela que sa population se déplace dans l'espace en vue d'un mieux-être économique, favorisée en cela par l'environnement économique sous-régional. Autrement dit, le facteur travail se déplace à la recherche d'une utilisation plus rationnelle (emploi plus rémunérateur) ciblant les zones les plus prospères. Par exemple le boom économique de la Côte d'Ivoire dans les années 1970 offrait des perspectives d'emplois salariés énormes et attirait de ce fait les populations rurales voltaïques (90% de la population totale). D'ailleurs, celles-ci justifient pour plus de 90% d'entre elles, leur migration par la recherche d'un travail rémunéré.

Par cette mobilité, les émigrés contribuent au développement du Burkina Faso de par les retombées des emplois qu'ils exercent à l'étranger. Ces retombées arrivent au pays sous forme d'épargne.

L'épargne emprunte des canaux divers (section I) et porte des incidences énormes sur l'économie burkinabé si on la compare à d'autres agrégats macroéconomiques (section II).

Section I : Le rapatriement de l'épargne

On assimile l'épargne à la partie du revenu qui n'est pas affectée à la consommation immédiate. L'épargne que les Burkinabé de la diaspora rapatrient au pays d'origine est constituée d'une partie des économies qu'ils font sur leurs salaires et revenus, les salaires payés directement par les employeurs et les transferts sociaux versés directement à ceux-ci ou à leurs familles au Burkina.

Le transfert de ces fonds suit des canaux et mécanismes divers avant d'être destiné à des emplois précis. Cette section s'intéressera d'abord aux canaux de rapatriement de l'épargne (paragraphe 1) et ensuite à l'évolution de l'épargne dans le temps (paragraphe 2).

Paragraphe I : Les canaux de rapatriement de l'épargne

Les transferts de fonds au Burkina effectués par les ressortissants burkinabé à l'étranger empruntent deux types de circuits : un circuit formel constitué des organismes officiellement accrédités en la matière et un circuit informel.

Le circuit formel implique les institutions financières et les organismes spécialisés en transfert monétaire. On y trouve les mandats qui sont le fruit de la collaboration entre postes et les transferts électroniques qui peuvent être de cash à cash, de cash à compte ou de compte à compte mettant en relation les institutions bancaires et assimilés et les particuliers. Les derniers transferts sont plus modernes, plus rapides et moins onéreux que les premiers et donc plus usités.

Les institutions financières concernées sont principalement la Société Nationale des Postes et Télécommunications (SONAPOST) pour les mandats, les organismes de micro-finances et les institutions bancaires pour les autres types de transferts. Les organismes de micro-finances qui s'impliquent dans les transferts monétaires sont essentiellement le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCPB) avec ses 97 caisses d'épargne et de crédit disséminées sur le territoire national.

Le système bancaire comporte les établissements suivants : la Banque Internationale du Burkina (BIB), la Banque Internationale pour le Commerce, l'Industrie et l'Artisanat du Burkina (BICIA-B), la Banque Agricole et Commerciale du Burkina (BACB), la Banque Commerciale du Burkina (BCB), la Bank Of Africa (BOA), ECOBANK, la Société Générale de Banques du Burkina (SGBB), la Banque Sahélo-saharienne pour l'Investissement et le Commerce (BSIC), la Banque Régionale de Solidarité (BRS), la Banque Atlantique du Burkina Faso (BA-BF), la Banque de l'Habitat du Burkina (BHB), Coris Bank International et la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Les établissements financiers travaillent en collaboration avec des opérateurs internationaux spécialisés dans le transfert monétaire. Il s'agit des institutions comme Western Union, Moneygram, Money Choice Transfert, Money Express, Mandat Express International, la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT), etc.

Le transfert par le circuit formel comporte plus de sécurité et de garantie.

Cependant, compte tenu de certains paramètres comme l'analphabétisme de la population migrante, la complexité et la méfiance des populations vis-à-vis des circuits officiels, l'épargne n'emprunte pas toujours le circuit formel, il existe un circuit parallèle qualifié d'informel. L'importance des canaux informels est à souligner car selon le rapport 2005 de la Commission Mondiale sur les Migrations Internationales, seule la moitié des fonds transférés passe par les voies bancaires officielles. Au Burkina Faso, aucune étude disponible ne détermine de façon précise la part des transferts empruntant les canaux informels. Une chose est sûre, c'est qu'au vu des raisons ci-dessus évoquées,

il n'y a pas de doute que le transfert informel enregistre plus d'adeptes et que son volume atteint des proportions importantes.

Peuvent être qualifiés de transferts informels les transferts de fonds effectués lors des occasions suivantes : les voyages de retour des émigrés eux-mêmes au pays ou de tierces personnes et les intermédiations des transporteurs routiers ou des convoyeurs de véhicules de transport (en ce qui concerne principalement les Burkinabé résidant dans les pays voisins) et des agents privés reconnus par les migrants mais exerçant dans l'illégalité.

Il ressort donc qu'il apparaît difficile d'établir des statistiques fiables sur les fonds envoyés par la diaspora au Burkina. Seule l'épargne qui transite par le circuit formel tel que décrit peut être entièrement appréhendée. Du coup, les données chiffrées se trouvent biaisées.

Paragraphe II : L'évolution de l'épargne dans le temps

L'épargne transférée par les canaux officiels peut être identifiée au niveau de la balance des paiements sous la rubrique « transferts courants privés, économies sur salaire ».

La balance des paiements est un compte de flux retraçant l'ensemble des opérations (opérations sur biens et services, opérations de transferts sans contrepartie dont les transferts d'épargne des travailleurs migrants, opérations en capital) intervenues au cours d'une année entre un pays et l'extérieur. Dans le cas du Burkina Faso, elle est calculée par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et transmise au Ministère de l'Economie et des Finances.

On peut y avoir une idée approximative des fonds rapatriés par les Burkinabé de l'étranger et leur progression comme l'illustre le tableau suivant.

Tableau 1. Evolution de l'épargne rapatriée par les migrants burkinabé (en milliards de FCFA) de 1980 à 2008.

Années

Côte d'Ivoire

Autres

Total

Montant

%

Montant

%

1980

30,34

95.2

1,52

4.8

31,86

1981

37,01

88.8

4,65

11.2

41,66

1982

32,92

90.8

3,32

9.2

36,24

1983

40,16

93.1

2,96

6.9

43,12

1984

35,87

91.0

3,54

9.0

39,41

1985

52,82

93.2

3,83

6.8

56,65

1986

63,40

95.5

2,96

4.5

66,36

1987

47,46

91.1

4,61

8.9

52,08

1988

50,66

90.9

5,05

9.1

55,71

1989

44,63

90.1

4,90

9.9

49,53

1990

34,95

91.9

3,08

8.1

38,03

1991

29,29

91.9

2,58

8.1

31,87

1992

30,70

90.0

3,39

10

34,10

1993

30,50

91.9

2,69

8.1

33,19

1994

41,00

91.9

3,61

8.1

44,61

1995

43,18

91.9

3,81

8.1

46,98

1996

51,87

91.9

4,57

8.1

56,44

1997

46,98

91.9

4,14

8.1

51,12

1998

50,3

91.9

4,41

8.1

54,43

1999

43,28

86.1

7,00

13.9

50,28

2000

38,29

86.1

6,19

13.9

44,48

2001

27,52

86.1

4,45

13.9

31,97

2002

-

-

-

-

36,60

2003

-

-

-

-

26,50

2004

-

-

-

-

21,10

2005

-

-

-

-

26,10

2006

-

-

-

-

31,7

2007

-

-

-

-

35,6

2008

-

-

-

-

38,1

Moyenne

41,03

91.05

3,96

8.5

41,58

Source : Produit par l'auteur sur la base des données du Ministère de l'Economie et des Finances (DGEP/DPAM).

Ainsi, sur les 29 dernières années, le Burkina Faso a reçu au total de ses fils à l'étranger plus de mille deux cents (1200) milliards de francs CFA soit une moyenne annuelle de 41,58 milliards de francs CFA dont 91,05% proviennent de la Côte d'Ivoire.

De 30,34 milliards FCFA en 1980 à 38,1 milliards FCFA en 2008 avec un pic
de 63,4 milliards FCFA en 1986, les envois de fonds des Burkinabé de

l'étranger connaissent une évolution en dents de scie liée à la conjoncture économique et politique mondiale et sous-régionale. En 1994 par exemple, avec la dévaluation du franc CFA, la sous-région a réalisé des gains de compétitivité, ce qui a eu pour effet d'accroître la vente des matières premières. Les émigrés burkinabé étant en majorité agriculteurs et résidant en Côte d'Ivoire, il y a eu accroissement de leurs revenus et par conséquent accroissement de l'épargne rapatriée. A la baisse des cours mondiaux des matières premières (café, cacao) se sont ajoutées les pertes de compétitivité en 1996, d'où la baisse de l'épargne rapatriée.

En outre, de la stabilité politique dépend la santé économique. De ce fait, la survenance d'une crise politique dans l'un ou l'autre des pays se répercutera sur l'économie et donc sur les envois de fonds. Ceci s'observe à partir de 1999 en Côte d'Ivoire avec la crise de Tabou et ses lots d'expulsions massives de Burkinabé et de confiscations des superficies agricoles et le conflit armé de 2002. A cette période, les envois de fonds ont amorcé une chute continue sans plus jamais atteindre le niveau d'avant. La preuve en est qu'il était difficile d'établir des statistiques à partir de 2002. Une crise politique au Burkina peut avoir les mêmes répercussions sur les envois de fonds des Burkinabé de l'étranger et ce, d'autant plus que ceux-ci pourraient se replier sur eux-mêmes. Ceci peut expliquer la baisse de l'épargne rapatriée en 1987. Il ressort donc que la paix sociale constitue un facteur de croissance économique.

Malgré ces chocs exogènes, le Burkina Faso a toujours enregistré un solde net épargne reçue/épargne versée positif. Doit-on pour autant en conclure sur la rentabilité de l'émigration burkinabé ou sur l'efficience des fonds générés par celle-ci ? Seule une approche comparée permet de l'affirmer.

Section II : Analyse comparée de l'épargne rapatriée

On peut comparer l'épargne rapatriée par les Burkinabé de l'étranger avec les autres sources de revenu à l'intérieur de l'économie ou avec l'épargne versée au reste du monde (paragraphe I). Ainsi, on pourra tirer une conclusion quant à son optimalité (paragraphe II).

4000

3500

3000

2500

2000

1500

1000

500

0

Paragraphe I : comparaison épargne reçue/autres agrégats
économiques

Considérons les 19 dernières années c'est-à-dire de 1990-2008 et comparons l'épargne rapatriée avec le produit intérieur brut (PIB) au prix du marché et la valeur des exportations totales ainsi que les recettes d'exportation du principal produit qu'est le coton et le déficit de la balance commerciale. Les résultats consignés dans le tableau en annexe 3 peuvent être représentés graphiquement.

Graphique 1 : Epargne rapatriée par les Burkinabé de l'étranger,
exportations totales, recettes d'exportation du coton et déficit de la
balance commerciale en milliards de francs CFA de 1990 à 2008
.

EPARGNE RECUE

EXPORTATIONS TOTALES

DONT COTON PIB

DEFICIT DE LA BALANCE COMMERCIALE

De manière globale, on note que la diaspora burkinabé contribue pour plus de 2,59% au PIB annuel du Burkina Faso, moins que le coton (4,36%), principal produit d'exportation. Il faut cependant relativiser parce, que jusqu'en 1996 (excepté 1995), l'épargne rapatriée par les travailleurs burkinabé à l'étranger dépassait les recettes d'exportation du coton. A partir de 1997, pendant que les recettes du coton doublaient, l'épargne reçue baissait et en 2004 cette dernière ne représentait que 12,93% de la valeur des recettes du coton contre 162,39% en 1990. Peut-on dire que le Burkina des années 2000 attire mieux que l'extérieur ou que l'expatriation est moins rentable que la culture du coton au Burkina? Une chose est sûre, un cotonculteur apporte mieux à l'économie du Burkina qu'un Burkinabé de l'étranger.

On peut également remarquer que les devises apportées par l'épargne rapatriée par les Burkinabé de l'étranger ne permettent pas de couvrir le déficit de la balance commerciale puisqu'elles ne représentent que 29,29% de sa valeur.

Au regard des ressources générées par l'émigration, on ne peut pas dire que celle-ci n'apporte pas au développement. Cependant au vu de l'effectif des Burkinabé de l'étranger (annexe 1), on peut constater que le potentiel migratoire n'est pas suffisamment exploité. Autrement dit, toute chose étant égale par ailleurs (hypothèse ceteris paribus), l'apport des Burkinabé de l'étranger au développement du Burkina, quoique sous-estimé, n'est pas optimal.

Paragraphe II : Une épargne par tête peu signifiante

Déterminons d'abord le solde net entre les fonds reçus des émigrés burkinabé et les fonds renvoyés par les travailleurs étrangers résidant au Burkina Faso. Le tableau suivant donne des renseignements.

Tableau 2. Les renvois des fonds des émigrés et des immigrés (en millions de francs CFA

ANNEE

EPARGNE RECUE

EPARGNE VERSEE

SOLDE NET

1990

38029

22014

16015

1991

31869

19934

11935

1992

34096

18555

15541

1993

33193

17501

15692

1994

44609

28289

16320

1995

46984

27332

19652

1996

56984

27336

29648

1997

51118

28725

22393

1998

54434

28597

25837

1999

59227

28391

21885

MOYENNE

45054,3

24667,4

19491,8

Source : Ministère de l'Economie et des Finances

De ce tableau il ressort que le Burkina reçoit plus d'épargne du reste du monde que le reste du monde n'en reçoit de lui.

Si l'on rapporte maintenant ces différentes épargnes aux effectifs correspondants, on s'aperçoit que la contribution par tête d'émigré Burkinabé est plus faible que la contribution par tête d'expatrié au Burkina. Sur la période considérée en effet, un Burkinabé de l'étranger rapatrie en moyenne46 4 879 FCFA par an tandis qu'un étranger résidant au Burkina renvoie en moyenne47 dans son pays 410 617 FCFA par an, en considérant que tout le monde est actif et que toute chose est égale par ailleurs.

Au vu de ce qui précède, deux hypothèses se dégagent : ou la population migrante burkinabé refuse de contribuer au développement du Burkina, ou elle n'en a pas la capacité.

45 Nata PODA, « Migration et développement au Burkina Faso » in Forum national sur les

migrations : quelle politique de migration pour le Burkina Faso au 21è siècle ?, Ouagadougou, Ministère de l'Intégration Régionale, 2001

46 Montant annuel moyen de l'épargne (45 054 300 000 FCFA) sur effectif total (9 234 919, cf. annexe 1)

47 24 667 400 000 FCFA sur 60 074 (voir cet effectif des étrangers vivant au Burkina dans Mathieu OUEDRAOGO et Toubou RIPAMA, Analyse des résultats du RGPH 2006, état et structure de la population, INSD, septembre 2008).

On peut remarquer que la population migrante burkinabé étant dans sa majorité issue du milieu rural, elle manque de qualification et donc de professionnalisme, ce qui limite la valeur ajoutée qu'elle dégage de son activité et donc la valeur de l'épargne rapatriée. Si cette population s'est spécialisée dans l'agriculture, on peut néanmoins distinguer les ouvriers agricoles (notamment en Côte d'Ivoire, au Ghana et en Italie) des propriétaires terriens (principalement en Côte d'Ivoire et au Ghana). Les petits emplois ne rémunèrent certainement pas bien ; l'agriculture est peut-être liée aux aléas climatiques et à la conjoncture internationale (termes de l'échange) mais les propriétaires terriens devraient être les plus nantis.

Mais pourquoi dans les mêmes conditions certains migrants contribueraient plus que d'autres ? Théoriquement on pourrait imaginer que ceux qui contribuent plus sont ceux qui gagnent plus. Si cela n'est pas le cas, c'est qu'un autre facteur entre en ligne de compte : l'intérêt à agir.

On remarque en effet que les Burkinabé d'Italie, quoique étant dans leur majorité des ouvriers exerçant dans l'agriculture, sont ceux parmi la diaspora qui contribuent plus au développement du Burkina. Les vieux propriétaires fonciers burkinabé de la Côte d'Ivoire et du Ghana privilégient l'investissement dans les pays d'accueil. Ainsi dénombre-t-on plusieurs fortunés d'origine burkinabé dans ces pays et qui n'ont pratiquement rien investi au Burkina. L'intérêt à agir est donc l'attachement.

Il ne suffit donc pas d'avoir les moyens matériels pour participer à l'édification de la nation d'origine. La volonté d'y participer demeure fondamentale.

Il est évident que des difficultés objectives constituant des freins au rapatriement de l'épargne peuvent être identifiées. Il s'agit entre autres de l'inadaptation des circuits dits formels, du faible niveau d'instruction de la diaspora, de la volonté d'escapade de certains migrants qui jurent une fois sortis de ne plus remettre pied au Burkina ainsi que du faible accompagnement par l'Etat des Burkinabé résidant à l'extérieur.

Ces difficultés ne sont pas insurmontables mais nécessitent qu'on leur accorde une attention particulière. Des voies et moyens peuvent être trouvés en vue d'améliorer le rapatriement de l'épargne qui sert à des fins diverses au Burkina.

CHAPITRE II : Les implications de l'épargne rapatriée

Les émigrés burkinabé emploient leur épargne à l'amélioration des conditions de vie de leurs familles d'origine à travers un soutien direct à l'investissement dans des activités génératrices de revenus et au soutien multiforme à l'Etat. Ainsi, les implications de l'épargne rapatriée sont perceptibles sur la consommation (section I) et sur l'investissement (section II).

Section I : Les implications sur la consommation

Avant de voir la réalité de l'implication des envois de fonds des Burkinabé de l'étranger sur la consommation des ménages au Burkina (paragraphe II), définissons d'abord le concept de consommation (paragraphe I).

Paragraphe I : Notion de consommation

La consommation peut être définie comme l'utilisation des biens et des services soit en vue de leur transformation dans la production (consommation intermédiaire), soit pour la satisfaction des besoins des ménages (consommation finale). La consommation envisagée dans le cadre de cette étude est la consommation finale encore appelée consommation effective. Elle évolue en fonction du revenu et en principe moins que proportionnellement à lui. La consommation est l'un des agrégats les plus significatifs dans l'évaluation de la croissance économique et du développement. L'intention ici est de montrer que l'épargne rapatriée par la diaspora a une incidence réelle sur la consommation à travers l'amélioration du niveau de vie et du genre de vie.

Le niveau de vie est entendu comme la quantité physique de biens onéreux que l'homme peut se procurer avec son revenu monétaire. Le genre de vie, quant à lui, est l'ensemble des éléments qualitatifs qui ne peuvent être chiffrés en argent mais qui influent beaucoup sur la satisfaction et la non-satisfaction des besoins.

Quelles sont donc les incidences des fonds rapatriés par les Burkinabé de l'étranger sur la consommation de leurs familles restées au Burkina ?

Paragraphe II : Réalité des implications sur la consommation

Les transferts de fonds qu'effectuent les Burkinabé de l'étranger vont principalement à destination de la famille restée au village. Dans bien des cas, l'émigré est l'espoir de la famille. C'est à lui que revient la charge de pourvoir aux besoins de consommation. Pour ce faire, il envoie des fonds destinés à l'achat des biens de consommation alimentaire et vestimentaire, à pourvoir aux besoins en santé, en scolarisation et même à l'acquisition de logement décent.

Ces fonds vont également à l'achat d'animaux comme les boeufs et les ânes et à l'acquisition de matériels agricoles comme les charrues, les charrettes, etc. Ces dépenses visent l'auto-prise en charge de la famille et son indépendance financière vis-à-vis du seul migrant.

A la survenance d'événements sociaux importants comme les mariages et fiançailles, les baptêmes, les funérailles et autres rituels, il est aussi fait appel au migrant.

Il s'avère donc que le migrant assiste financièrement sa famille d'origine. Ainsi, peut-on remarquer que les familles ayant un fils (ou une fille) à l'étranger ont un niveau de vie nettement au-dessus de celui des familles sans émigré et même au-dessus de la moyenne du niveau de vie nationale. Les cas les plus illustratifs sont les familles au Boulgou, en particulier à Béguédo, à Niagho et à Ouanrégou. Dans ces localités, les habitats construits en parpaing de ciment et souvent à niveau, tranchent avec les modes de logement communs des villages du Burkina. Aussi, les familles concernées sont-elles à l'abri du besoin, du moins alimentaire, toute chose à mettre à l'actif des Burkinabé d'Italie communément appelés « Italiens » et subsidiairement de ceux du Gabon ou « Gabonais ».

L'assistance apportée par la diaspora burkinabé à l'endroit des familles d'origine n'est pas sans susciter l'appétit de plus en plus grandissant de la population locale pour l'aventure. Comme un effet de mode, cette population, en l'occurrence sa frange jeune, n'a plus d'yeux que pour l'aventure italienne. L'exemple de réussite donné par les Burkinabé d'Italie attire des individus de tout sexe et de quelque niveau intellectuel que ce soit, ce qui explique en partie les risques que prennent les jeunes pour rejoindre l'Italie au moyen d'embarcations de fortune qui, au désarroi de tous, échouent souvent en mer causant des pertes en vies humaines. L'expérience montre que ceux qui échouent sont les mêmes qui repartent jusqu'à ce qu'ils réussissent ou meurent.

Les « injections monétaires » des migrants à leurs familles d'origine en vue de l'élévation de leur niveau de vie constituent un élément de leur contribution au développement. L'implication des Burkinabé de l'étranger dans le tissu économique peut aussi revêtir la forme de création d'activités génératrices de revenus.

Section II : L'impact sur l'investissement

L'investissement peut être défini au sens large comme une acquisition d'un capital en vue d'en percevoir ou d'en consommer le revenu et au sens étroit comme l'acquisition de biens de production en vue de l'exploitation d'une entreprise et de dégager un revenu ou une augmentation de la capacité de production. Il est une fonction positive du revenu et devrait en pure théorie être égal à l'épargne (loi des débouchés de Jean-Baptiste SAY). Ainsi l'investissement suppose l'accumulation et détermine la croissance économique et donc le développement. Il ne peut y avoir développement effectif sans un minimum d'investissement. « Au plan macroéconomique l'investissement en tant que formateur du capital fixe détermine profondément les structures et l'évolution de la conjoncture. La répartition des activités sur le territoire, la répartition entre investissements productifs et non productifs, la répartition entre investissements de capacité et investissements de substitution etc. conditionnent la nature du développement, le climat social et la conjoncture

économique d'un pays. »48 On peut distinguer l'investissement privé (paragraphe I) qui est le fait de particuliers et l'investissement public (paragraphe II) qui fait partie des dépenses publiques.

Paragraphe I : L'investissement dans le secteur privé

Comme précédemment défini, l'investissement peut concerner la création d'une entreprise. Les Burkinabé de l'étranger n'agissent pas seulement sur la consommation ; ils investissent au Burkina dans des entreprises de tailles différentes : des grandes, des petites et moyennes entreprises et industries (PME/PMI).

L'investissement dans des activités génératrices de revenus se fait soit au compte du migrant lui-même, soit au compte d'un membre de sa famille.

Les secteurs d'activités sont, entre autres, le transport, l'hôtellerie et la restauration, l'immobilier, le bâtiment et les travaux publics (BTP), les arts, la culture et la communication, le petit commerce (boutiques, quincaillerie), la soudure, la menuiserie, la gestion de stations-services...

Au titre des grandes entreprises tenues par des émigrés burkinabé, on peut citer la société Watam Kaizer concessionnaire de cycles et motocycles de Pathé OUEDRAOGO résidant en Côte d'Ivoire, par ailleurs propriétaire de nombreux immeubles et entreprises en Côte d'Ivoire et au Burkina. Son exemple est loin d'être le seul. Il y a la société BTM de Henriette KABORE, spécialisée dans le BTP et qui a exécuté des ouvrages publics comme le siège de l'Office National de l'Eau et de l'Assainissement (ONEA) à Ouagadougou et les deux amphithéâtres de 1000 places de l'Université de Ouagadougou.

En ce qui concerne les PME/PMI, on peut citer les compagnies de transport STAF, CTI, TSR qui sont les propriétés d'émigrés burkinabé de retour au pays ou résidant encore à l'étranger.

48 Ahmed SILEM et Jean-Marie ALBERTINI, Lexique d'économie, 7e édition, Dalloz, 2002, p.400

Un autre secteur prisé par les Burkinabé de Côte d'Ivoire : les lieux de loisirs et autres débits de boisson. Beaucoup de jeunes Burkinabé de Côte d'Ivoire exploitent leurs expériences culturelles et investissent dans les espaces de loisir ou deviennent des promoteurs de spectacles, des artistes évoluant dans la musique urbaine ou des managers d'artistes.

On note aussi que bon nombre de Burkinabé de l'étranger investissent dans l'immobilier. Ceux-ci construisent des immeubles, soit à des fins d'utilisation personnelle, soit à des fins commerciales. On peut citer le cas des cours communes ou `'celibaterium» et autres villas en location à Ouagadougou tenues majoritairement par les Burkinabé d'Italie.

On peut donc retenir que les Burkinabé de l'étranger, en même temps qu'ils envoient des fonds au Burkina, y exercent des activités diverses et contribuent fortement à l'essor économique de leur pays d'origine. Ils accompagnent aussi les efforts de l'Etat à travers des gestes communautaires.

Paragraphe II : L'investissement dans le secteur public

Il faut rappeler que l'indicateur composite d'évaluation du développement c'està-dire l'Indice de développement humain durable (IDH) calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) depuis 1990, combine à la fois le PIB (produit intérieur brut) réel par tête en PPA (parité des pouvoirs d'achat), le niveau de scolarisation de la population adulte et l'espérance de vie à la naissance. Ainsi, en intervenant dans l'appareil productif national à travers la création d'entreprise, les Burkinabé de la diaspora contribuent à la croissance économique en élevant le PIB.

Un autre axe d'intervention des Burkinabé de l'étranger est l'appui à l'Etat dans les secteurs sociaux et dans le domaine des infrastructures, ce qui a pour effet d'améliorer le taux de scolarisation et l'espérance de vie.

L'appui à l'Etat dans les secteurs sociaux prend la forme de construction
d'infrastructures sociales comme les centres de santé et de promotion sociale
(CSPS), les maternités et les écoles, collèges et lycées. Il se manifeste

également par les dons d'équipement en matériels médicaux, d'ambulances, de kits sanitaires et de médicaments dans le domaine de la santé. Dans le domaine de l'éducation, l'appui en équipement consiste en des dons d'ordinateurs, de tables-bancs et de fournitures scolaires.

Les différents appuis sont effectués par les fils de la localité individuellement ou organisés en association ou avec le soutien de réseaux d'amis.

Dans cet ordre d'idées, on cite la construction du centre de santé, du lycée et du commissariat de police de Béguédo dans la province du Boulgou.

Toujours dans la région du Centre-Est, il est revenu que la construction du tronçon Tenkodogo-Garango (45 km) est l'oeuvre de fils de cette région résidant en Italie.

La liste de ces appuis à l'Etat dans les secteurs de sa compétence n'est pas exhaustive.

On peut néanmoins retenir que la contribution de la diaspora au développement est effective et perceptible sur la consommation et l'investissement. Si cette contribution améliore le vécu quotidien des populations, elle a aussi un impact sur le développement du pays, notamment par le multiplicateur de l'investissement. Pour les économistes, l'augmentation initiale d'une grandeur économique peut produire en fin de période une augmentation plus importante de la même grandeur ou de la variable qu'elle détermine. On parle d'effet multiplicateur. Ainsi, l'augmentation de l'investissement (multiplicateur de l'investissement) détermine une augmentation plus importante du revenu national. C'est pour cette raison qu'il sied d'encourager l'investissement.

Conclusion

Les Burkinabé de l'étranger contribuent ainsi par l'épargne rapatriée et employée à des fins diverses au développement de leur pays d'origine et subsidiairement à l'équilibre du marché du travail. D'autres facteurs marginaux comme la transmission de la technologie sont à mettre également à l'actif des

Burkinabé de l'étranger du fait de la formation et de l'expérience dont ils bénéficient dans les pays d'accueil. Si tout ce capital revenait au Burkina, on pourrait espérer qu'il impulse le développement.

Dans tous les cas, le brassage avec d'autres peuples constitue une valeur ajoutée en ce sens qu'il fait naître des idées nouvelles qui confrontent celles en cours de sorte à faciliter l'évolution des mentalités. C'est dans ce sens que l'on attribue, à tort ou à raison, les manifestations sociales qui, du reste, sont l'expression de la démocratie, aux « diaspo ».

Si l'on envisageait le retour définitif des 9 234 919 Burkinabé de l'étranger (voir annexe 1), le Burkina Faso devrait accueillir sur son sol désormais une population de près de 24 millions de personnes (le RGPH 2006 fait état d'une population résidente burkinabé de 14 017 262 habitants). Une question se pose cependant : faut-il aider la diaspora à s'épanouir dans le pays d'accueil ou bien l'encourager à réussir son retour ? Il va sans dire que si retour il y a, les besoins en infrastructures socio-économiques seront doublés. Dans l'hypothèse qu'il ne peut y avoir (subitement) ce scénario et que chacun pourrait préparer avec sérénité son retour, la diaspora pourrait être encouragée à s'insérer davantage dans le tissu économique burkinabé.

Tout en reconnaissant que la diaspora contribue effectivement au développement du Burkina Faso, on retient néanmoins que cette contribution n'est pas à la hauteur des attentes. Par ailleurs, les différents acteurs à savoir les Burkinabé de l'étranger pris individuellement et collectivement ainsi que l'Etat à travers ses administrations centrales et déconcentrées (les ambassades et consulats) se doivent de travailler en synergie en vue d'améliorer l'apport des Burkinabé de l'étranger au développement du Burkina Faso.

En s'appuyant sur le lien national ou la fibre patriotique, on pourra mobiliser les Burkinabé de l'étranger autour de l'objectif du développement. Autrement dit, en travaillant à amener les Burkinabé de l'étranger à cultiver beaucoup plus d'amour pour leur pays d'origine, on les amènerait à prendre une part active au développement du Burkina Faso.

CONCLUSION GENERALE

Afin d'appréhender le rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine et leur apport au développement du Burkina Faso, il est apparu nécessaire d'analyser tout d'abord les causes de l'émigration burkinabé depuis la colonie de Haute-Volta. Deux raisons se dégagent principalement :

- les causes historiques liées au fait colonial et à la mise en place de politiques néocoloniales après les indépendances ;

- les causes économiques liées à la recherche du bien-être financier et matériel.

Une troisième cause mérite aussi d'être évoquée : les raisons psycho-sociales de l'aventure.

Au vu de ces motivations pour l'émigration, une question se pose : les Burkinabé de l'étranger sont-ils rattachés à leur pays d'origine ? C'est l'objet de la première partie de cette étude.

Deux hypothèses se dégagent :

- il existe un rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine ;

- à l'opposé, on note une absence de rattachement chez d'autres.

~ Les cas de rattachement

Au vu de critères objectifs, il a été démontré que des Burkinabé de l'étranger sont rattachés à leur pays d'origine et par voie de conséquence forment une diaspora entendue comme une « communauté d'expatriés qui préservent une identité commune, qui ont gardé des références et des pratiques renvoyant à leur pays d'origine malgré la dispersion et qui sont en relation collective ». La relation collective se traduit par l'existence d'associations de Burkinabé de l'étranger. Il a été démontré que les références et les pratiques se traduisent par un rattachement aussi bien affectif pour autant qu'il se manifeste par l'usage courant ou non de la langue, la consommation de mets d'origine

burkinabé et apparentés, l'habillement, la famille, etc. que matériel. Dans ce dernier cas, le rattachement se manifeste par des retours périodiques ou non au Burkina, la possession d'éléments physiques comme des terrains, immeubles, fermes et des intérêts économiques comme des activités génératrices de revenus, etc. Le rattachement peut, en plus du comportement, être justifié par la nationalité.

~ Les cas de non rattachement

Il ressort que des supposés Burkinabé ont du mal à justifier leur appartenance à la société burkinabé, problème d'identification lié soit à l'assimilation à la population d'accueil, soit à l'absence de documents administratifs. Il est apparu des cas où des individus n'entretiennent de lien ni avec le Burkina Faso, ni avec la communauté burkinabé étrangère alors que la législation du pays d'accueil ne les reconnaît pas comme nationaux. Ce n'est qu'à la survenance d'événement malheureux que les intéressés reconnaissent leurs origines. Il convient alors d'inviter les pouvoirs publics à travailler à amener tous les Burkinabé de la diaspora à s'intéresser au Burkina Faso par des motivations diverses.

L'une des preuves d'attachement que les Burkinabé de la diaspora portent à l'égard du Burkina, c'est leur contribution au développement. La deuxième partie de cette étude pose comme hypothèse que les Burkinabé de l'étranger apportent substantiellement à l'économie burkinabé à travers notamment le rapatriement de leur épargne. Cet aspect a été cerné en étudiant l'incidence de l'épargne rapatriée sur des agrégats macroéconomiques assez significatifs comme la consommation finale privée et l'investissement. On retient que les Burkinabé de l'étranger, en même temps qu'ils contribuent à élever le niveau de vie des ménages par leur assistance financière en particulier pendant la période de soudure, s'impliquent dans la production nationale par la création et la gestion d'entreprises de tailles variées et soutiennent l'action de l'Etat par la construction d'infrastructures socio-économiques et des dons divers.

Cependant, à la confrontation avec d'autres indicateurs, on relève que l'apport
des Burkinabé de l'étranger au développement n'est pas optimal et peut donc

être amélioré. Comparé en effet avec leur effectif, on note qu'un Burkinabé de l'étranger contribue moins au PIB du Burkina qu'un résident et que l'épargne qu'il rapatrie est inférieure à celle qu'un étranger résidant au Burkina renvoie à son pays d'origine. Par rapport à l'apport d'autres diasporas, on note la faiblesse de celui de la diaspora burkinabé à l'économie nationale. On en conclut donc que cette contribution est en deçà de l'optimum. La question est de savoir ce qu'il faut faire.

La réponse à cette question n'est pas si simple mais pourrait se résumer à ceci : raffermir ou renforcer le rattachement des Burkinabé de l'étranger à leur pays d'origine c'est améliorer leur apport au développement. Cela interpelle les pouvoirs publics à s'intéresser autant aux Burkinabé de l'étranger qu'aux Burkinabé de l'intérieur, ce qui peut se traduire par un accroissement de l'encadrement juridico-politique et institutionnel des ressortissants burkinabé résidant à l'étranger et de leur suivi. Il faudrait aussi élaborer une politique claire de gestion de l'émigration.

~ Le renforcement de l'encadrement et du suivi des Burkinabé de l'étranger

Les Burkinabé de la diaspora accusent à tort ou à raison les autorités burkinabé de les ignorer au profit d'intérêts politiques en nouant et en promouvant des relations amicales avec des pays qui leur sont hostiles (Côte d'Ivoire, Libye...). Ainsi, après les meurtres, les expulsions (très souvent abusives) et la spoliation de Burkinabé de la Côte d'Ivoire, de la Libye, du Gabon, de la Guinée Equatoriale, etc., force est de constater que l'Etat burkinabé n'a à ce jour déposé aucune plainte en vue de la protection des intérêts de ses ressortissants, ce qui fait dire à plus d'un que l'Etat ne s'intéresse aux Burkinabé de l'étranger que quand il s'agit de leur demander de soutenir le développement du Burkina en accroissant leurs investissements. En effet, l'Etat ne laisse percevoir aucun signe qu'il les défendrait à chaque occasion et en tout temps. Cette attitude de «prédateur» n'est pas sans susciter la méfiance des Burkinabé de la diaspora qui préfèrent agir là où se trouvent leurs intérêts.

Les autorités pourraient agir plus politiquement en envisageant la création d'un ministère des Burkinabé de l'étranger qui se chargerait des questions y afférentes mais aussi des questions de migration internationale. Près d'une dizaine de millions de Burkinabé résidant hors des frontières nationales, le jeu en vaut la chandelle. Ce ministère aura plus de moyens d'action et de poids politique que le CSBE. Il s'attaquera aux questions telles que :

- la protection et la défense des droits des Burkinabé victimes de violence à l'étranger comme c'est le cas en Côte d'Ivoire;

- le vote des Burkinabé de l'étranger ;

- la réinsertion des Burkinabé rapatriés ;

- le projet MIDA (Migration et développement en Afrique),

- etc.

Les accords internationaux que le Burkina a signés (annexe 2) ou pourrait signer avec d'autres Etats en matière d'encadrement des Burkinabé de l'étranger seraient plus efficaces s'ils s'accompagnaient de suivi régulier. Le ministère pourrait jouer un rôle dans ce sens.

Le ministère en charge des Burkinabé de l'étranger pourra aussi travailler à améliorer les processus de rapatriement de l'épargne et sa canalisation vers des investissements productifs. Déjà, le projet MIDA est une initiative à soutenir. Exécuté en partenariat entre l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) et le Burkina, c'est un projet qui vise à mettre en rapport l'expertise et le savoir-faire de la diaspora avec les besoins de formation, d'apprentissage et d'investissements identifiés au niveau national.

Le ministère en charge des Burkinabé de l'étranger pourrait également jouer un rôle d'assistance-conseil et de guide pour les candidats éventuels à l'émigration.

~ La gestion de l'émigration

L'une des questions les plus récurrentes est de savoir si l'émigration constitue un facteur ou un frein pour le développement national, ce qui pose en même temps l'urgente nécessité pour le Burkina de se doter d'une politique nationale migratoire aux orientations claires. L'important est de maximiser les effets positifs de la migration et d'en atténuer les effets négatifs. Pour ce faire, il est nécessaire que le pays dispose de statistiques assez précises sur les flux migratoires avant d'envisager une gestion de ces effectifs. D'aucuns proposent la création d'un observatoire national des migrations.

La politique migratoire, tout comme toute politique publique, se doit d'être objective et non complaisantes. En clair, elle pourrait proposer la mise en place de conditions de rétention de la population sur le territoire national et donner des informations plus ou moins précises sur les pays d'émigration.

Il conviendrait mieux de chercher à retenir la population au Burkina par la mise en place de conditions favorables à la prospérité et à la promotion de la jeunesse. Et comme le dit Nazi KABORE dans son ouvrage Comment devenir riche, même s'il est difficile de prospérer au Burkina du fait de l'austérité de la nature, cela n'est pas impossible en témoignent les expatriés qui sont venus y faire fortune. Le Burkina étant un pays pauvre, tout est à construire et donc l'entrepreneuriat est à privilégier et à accompagner mieux que la création d'emplois. Seulement l'entrepreneuriat ne s'enseigne pas, il s'accompagne à travers un environnement viable et prospère. Par ailleurs, un peuple bien éduqué est un peuple qui peut se prendre en charge, un peuple entreprenant et donc auto-suffisant. Mais si le peuple manque d'éducation de qualité alors que les conditions (exogènes) de son épanouissement sont créées, on attirera des investisseurs étrangers qui assujettiront à terme la population résidente. Dans ce cas, on privilégie la politique d'emploi à la politique d'entrepreneuriat, d'où l'intérêt pour les pouvoirs publics d'envisager la gestion de l'émigration doublement sous le moyen et le long terme.

Les retombées de l'émigration ne doivent pas éblouir le décideur public de
sorte à lui faire perdre de vue les problèmes que celle-ci pose. De plus, si les

conditions permettent l'émigration massive des jeunes, il y aura fuite des cerveaux et le développement sera de plus en plus compromis. C'est pourquoi il faut non seulement mettre l'accent sur la formation et la spécialisation, mais aussi instituer un système de valorisation de la main-d'oeuvre qualifiée.

En résumé, il convient à la fois d'encadrer les populations déjà émigrées et de décourager les candidats éventuels à l'émigration.

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- SAWADOGO Ram Christophe, communication sur l'intégration de l'émigration au processus de développement au Burkina Faso, Assemblée générale du CSBE, rapport final, Ouagadougou, Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération Régionale, 8-10 décembre 1998;

V. TEXTES JURIDIQUES

- La Convention relative aux conditions d'engagement et d'emploi des travailleurs voltaïques en Côte d'Ivoire du 9 mars 1960 ;

- La Convention d'établissement et de circulation des personnes entre la Haute-Volta et le Mali du 30 septembre 1969 ;

- La Convention entre le gouvernement de la République de Haute-Volta et le gouvernement de la République du Gabon relative à la coopération technique en matière de main d'oeuvre du 13 août 1973 ;

- La Convention de sécurité sociale entre le Burkina Faso et la République du Mali du 14 novembre 1992 ;

- L'Accord entre le gouvernement du Burkina Faso et le gouvernement

de la République française relatif à la gestion concertée des flux

migratoires et au développement solitaire du 10 janvier 2009.

- la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques ; - La Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires ;

- Décret n°93-132/PRES/PM/REX du 7 mai 1993 portant création du

Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger ;

- Décret n°95-243/PRES/MAET du 30 juin 1995 portant organisation et

fonctionnement du Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger ;

- Décret 2007-308/PRES/PM/MAECR du 24 mai 2007 portant

attributions du Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger.

VI. PRESSE

- L'Observateur Paalga, n°7249 du 29 octobre 2008 ;

- Journal officiel de la République de Haute Volta du 8 août 1974.

VII. SITES INTERNET

- www.oim.org

- www.mondissimo.fr

- http://fr.wikipedia.org/wiki/diaspora - www.burkinadiaspora.bf

TABLE DE MATIERES

AVERTISSEMENT I

DEDICACE II

REMERCIEMENTS III

LISTE DES ABREVIATIONS IV

SOMMAIRE 1

INTRODUCTION GENERALE 2

PARTIE I : LE RATTACHEMENT DES BURKINABE DE L'ETRANGER A LEUR

PAYS D'ORIGINE 10

CHAPITRE I : Les cas de rattachement 11

Section I : Les expressions courantes d'affectivité 11

Paragraphe I : L'usage des langues nationales et le mode vestimentaire 12

Paragraphe II : Les plats alimentaires 14

Section II : Les retours périodiques au pays et la vie associative 17

Paragraphe I : Les retours périodiques au pays 17

Paragraphe II : La vie associative 18

CHAPITRE II : Les cas de non-rattachement 22

Section I : L'assimilation 22

Paragraphe I : Le concept d'assimilation 22

Paragraphe II : Un phénomène constatable dans les communautés

burkinabé à l'étranger 23

Section II : L'apatridie et l'abandon de la nationalité 25

Paragraphe I : Le désintérêt pour la nationalité burkinabé 25

Paragraphe II : Les difficultés dans l'obtention des preuves de la nationalité27 PARTIE II : L'APPORT DES BURKINABE DE L'ETRANGER AU

DEVELOPPEMENT DU BURKINA 31

CHAPITRE I : Le rapatriement de l'épargne par les Burkinabé de l'étranger32
Section I : Le rapatriement de l'épargne 33

Paragraphe I : Les canaux de rapatriement de l'épargne 33

Paragraphe II : L'évolution de l'épargne dans le temps 35

Section II : Analyse comparée de l'épargne rapatriée 37

Paragraphe I : comparaison épargne reçue/autres agrégats économiques38

Paragraphe II : Une épargne par tête peu signifiante 39

CHAPITRE II : Les implications de l'épargne rapatriée 43

Section I : Les implications sur la consommation 43

Paragraphe I : Notion de consommation 43

Paragraphe II : Réalité des implications sur la consommation 44

Section II : L'impact sur l'investissement 45

Paragraphe I : L'investissement dans le secteur privé 46

Paragraphe II : L'investissement dans le secteur public 47

CONCLUSION GENERALE 50

BIBLIOGRAPHIE 56

ANNEXES i

ANNEXE 1 : Nombre approximatif des Burkinabé de l'étranger iANNEXE 2 : Les traités, conventions et accords auxquels le Burkina Faso est

partie en matière de migrations iiANNEXE 3 : Comparaison de l'évolution des valeurs de l'épargne rapatriée avec le

produit intérieur brut (PIB) au prix courant, les exportations dont celles du coton et

le déficit de la balance commerciale en milliards de franc CFA. iv

ANNEXE 4 : Fiche d'enquête v

ANNEXES

ANNEXE 1 : Nombre approximatif des Burkinabé de

l'étranger

PAYS

EFFECTIF

OBSERVATION

Côte d'Ivoire

3 427 856

Recensement de 1998 (RCI)

Autriche

100

La majorité a acquis la nationalité autrichienne

Taiwan

16

Recensement de juin 2006 ; tous étudiants

Sénégal

400.000

 

Mauritanie

200

 

Gambie

100

 

Etats-Unis

444

En réalité ces chiffres peuvent être triples au regard de certains indices

Mali

1.000.000

 

Niger

400.000

 

Ghana

3.000.000

Absence de statistiques fiables et de chiffres réels

Bénin

500.000

Absence de statistiques fiables et de chiffres réels

Togo

500.000

Absence de statistiques fiables et de chiffres réels

France

4.500

Environ

Japon

15

Connu

Maroc

300

Environ

Algérie

167

 

Allemagne

700

Environ

Cuba

21

 

Libye

500

Approximatif

Total

9.234.919

Conclusion personnelle

Source : Conseil Supérieur des Burkinabé de l'Etranger (CSBE), 2008.

ANNEXE 2 : Les traités, conventions et accords auxquels le Burkina Faso est partie en matière de migrations.

1. Les conventions internationales

- La déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- La convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille adoptée en 1990, entrée en vigueur le 1er juillet 2003, ratifiée par le Burkina Faso le 26 novembre 2003 ;

- Les instruments de l'OIT :

> La convention n°97 et la recommandation n°86 de 19 49 sur les

travailleurs migrants, ratifiées par le Burkina Faso en 1961 ;

> La Convention n°143 et la recommandation n°151 de 1975 sur les

travailleurs migrants, ratifiées par le Burkina Faso en 1977 ;

> La déclaration de l'OIT relative aux principes et droits

fondamentaux au travail adoptée en 1998.

- L'Accord de partenariat entre les membres du groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (pays ACP) et l'Union européenne, signé le 23 juin 2000, ratifié par le Burkina le 6 mai 2002 et entré en vigueur le 1er avril 2003.

2. Les accords régionaux

- L'Acte constitutif de l'Union africaine du 11 juillet 2001, le Traité d'Abuja de 1991 instituant la Communauté économique africaine (CEA), la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981 ont tous été ratifiés par le Burkina Faso dans le cadre de l'intégration africaine.

- Le traité relatif à l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), signé le 17 octobre 1993 ;

- Le Traité de la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES) signé le 21 septembre 1993.

3. Les accords sous régionaux

- Le Traité de Lagos du 28 mai 1975 (révisé en 1993) portant création de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ;

- Le Traité de Dakar du 10 janvier 1994 portant création de l'Union Economique et monétaire Ouest Africaine (UEMOA).

4. Les accords bilatéraux

- La Convention relative aux conditions d'engagement et d'emploi des travailleurs voltaïques en Côte d'Ivoire du 9 mars 1960 entre la Haute-Volta et la Côte d'Ivoire ;

- La Convention d'établissement et de circulation des personnes entre la Haute-Volta et le Mali du 30 septembre 1969 ;

- La Convention entre le gouvernement de la République de Haute-Volta et le gouvernement de la République du Gabon relative à la coopération technique en matière de main d'oeuvre du 13 août 1973 ;

- La Convention de sécurité sociale entre le Burkina Faso et la République du Mali du 14 novembre 1992 ;

- L'Accord entre le gouvernement du Burkina Faso et le gouvernement de la République française relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solitaire du 10 janvier 2009.

ANNEXE 3 : Comparaison de l'évolution des valeurs de l'épargne rapatriée avec le produit intérieur brut (PIB) au prix courant, les exportations dont celles du coton et le déficit de la balance commerciale en milliards de franc CFA.

ANNEE

EPARGNE
RECUE

EXPORTATIONS
TOTALES

DONT
COTON

%1

PIB

%2

DEFICIT DE LA BALANCE
COMMERCIALE

%3

COTON/PIB

1990

38

76,4

23,4

162,39%

844,375

4,50%

71,30

53,30%

2,77%

1991

31,9

75,9

29,3

108,87%

884,418

3,61%

62,50

51,04%

3,31%

1992

34,1

62,8

25

136,40%

888,489

3,84%

58,70

58,09%

2,81%

1993

33,2

64

22,2

149,55%

905,989

3,66%

68,80

48,26%

2,45%

1994

44,6

119,7

32,8

135,98%

1052,2742

4,24%

71,50

62,38%

3,12%

1995

47

137,6

47,9

98,12%

1187,7327

3,96%

104,70

44,89%

4,03%

1996

56,4

119

49,6

113,71%

1323,1562

4,26%

168,80

33,41%

3,75%

1997

51,1

133,6

74,4

68,68%

1428,6295

3,58%

164,10

31,14%

5,21%

1998

54,4

190,4

120,9

45,00%

1654,7572

3,29%

183,80

29,60%

7,31%

1999

50,3

156,2

83,6

60,17%

1836,037

2,74%

201,20

25,00%

4,55%

2000

44,5

146,4

72,2

61,63%

1863,3

2,39%

222,20

20,03%

3,87%

2001

32

163,3

96

33,33%

2046,308

1,56%

210,00

15,24%

4,69%

2002

36,6

170,8

97,4

37,58%

2256,7214

1,62%

210,90

17,35%

4,32%

2003

26,5

186,3

119,9

22,10%

2513,0897

1,05%

212,00

12,50%

4,77%

2004

21,1

257,2

163,2

12,93%

2656,1891

0,79%

240,70

8,77%

6,14%

2005

26,1

246,5

148,3

17,60%

2862,1375

0,91%

294,10

8,87%

5,18%

2006

31,7

307,6

200,6

15,80%

3017,5103

1,05%

254,40

12,46%

6,65%

2007

35,6

296,1

163,9

21,72%

3238,1855

1,10%

289,00

12,32%

5,06%

2008

38,1

287,4

102,7

37,10%

3646,8653

1,04%

321,30

11,86%

2,82%

Moyenne

38,5894737

168,2736842

88,068421

70,46%

1900,3245

2,59%

179,4736842

29,29%

4,36%

Source : Produit par l'auteur à base des données du Ministère de l'Economie et des Finances (DGEP/DPAM)

1 Epargne reçue sur coton

2 Epargne reçue sur PIB

3 Epargne reçue sur déficit de la balance commerciale

ANNEXE 4 : Fiche d'enquête

I IDENTIFICATION

1) Nom Prénom

2) Age Sexe

3) Avez-vous la nationalité burkinabé ?

sinon pourquoi

4) Statut matrimonial52

5) Profession

6) Lieu de résidence

7) Durée de la résidence

II. RATTACHEMENT AVEC LE BURKINA FASO

1) Avez-vous gardé le contact avec votre famille et vos amis au Burkina ?

Quel type

2) Avez-vous déjà reçu un de vos proches dans votre pays d'accueil ? (précisez la durée si oui)

3) Vous sentez vous Burkinabé et fier de l'être dans votre pays d'accueil ?

4) Si oui comment exprimez vous votre identité nationale53 ?

5) Arrivez vous a envoyer de l'argent au pays ? (précisez le montant cumulé si oui)

6) Quelles sont vos autres réalisations au Burkina ?

7) Vous rendez vous de temps en temps au pays pour des vacances ? (précisez le temps passé si oui)

8) Qu'en est-il de vos enfants résident ?

9) Adhérez vous a une association de Burkinabé ?

Laquelle ou lesquelles?

10) Fréquentez-vous d'autres Burkinabé ?

comment ?

11) Avez-vous la nationalité du pays d'accueil ou comptez vous en prendre ?

pourquoi ?

12) Quelles difficultés rencontrez-vous dans le pays d'accueil ?

52 Si marié, précisez la nationalité de votre conjoint

53 Pratiques culturelles, mode vestimentaire...

13) Quels sont vos rapports avec l'Etat burkinabé54 ?

14) Avez-vous l'intention de rentrer définitivement au Burkina un

jour ?

Si oui quand ?

Sinon pourquoi ?

15) Qu'avez-vous à dire à l'endroit des autorités burkinabé ?

MERCI DE VOTRE DISPONIBILITE

N.B. : cette fiche s'adresse uniquement aux Burkinabé de l'étranger dans le
cadre d'une étude. Elle est purement académique et n'a donc aucune valeur
politique ou administrative. Merci de votre compréhension.

54 Ambassade, consulat, ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale






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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote