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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

Disponible en mode multipage

Université de Liège

Faculté de Philosophie et Lettres

Département des Sciences Historiques

Année académique 2004-2005

L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).

Promoteur : F. Balace.

Lecteurs : P. Raxhon.

P. Moreno.

Mémoire présenté par

O. Leruth en vue de l'obtention du grade de licencié en histoire.

Pour leurs judicieux conseils et leur aide, nous remercions

Francis Balace, Philippe Raxhon, Paola Moreno, Marco Sbardella de San Giovanni Incarico, Josy Marot, notre famille, et toutes les personnes qui, de près ou de loin, nous ont supporté durant la rédaction de ce mémoire.

Un merci tout particulier au marquis Olivier de Trazegnies qui, très chaleureusement, nous a accueilli en sa demeure de Corroy-le-Château et nous a fourni toute la documentation nécessaire à la rédaction de ce mémoire.

A tous, merci.

Table des matières.

0. Introduction.

1. Contexte historique : l'unification de l'Italie.

L'échec de 1848.

Le temps de l'action (1850-1870).

Les artisans de l'unité. Cavour et Victor-Emmanuel II.

Italie et France : premières tentatives d'approche.

La guerre.

Villafranca.

La conquête du Sud.

La reconnaissance du royaume.

Une nouvelle guerre d'indépendance : la prise de Venise.

De Florence à Rome, il n'y qu'un pas. Rome capitale.

2. La cour de Rome aux alentours de 1860.

3. Immigrés napolitains.

4. Le brigandage méridional post-unitaire.

Le royaume de Naples et le brigandage.

Principales causes du brigandage post-unitaire.

Le brigandage légitimiste à la chute du royaume de Naples.

Premiers mouvements dans les Abruzzes.

Le brigandage commandité depuis Rome.

La répression du brigandage.

5. L'affaire du marquis de Trazegnies.

L'héritage d'une famille.

A Rome.

Les incidents d'Isoletta et de San Giovanni Incarico.

Circonstances de l'exécution.

Scipion Fabrizi, le coupable idéal ?

Le deuil d'une famille.

Un incident d'ampleur internationale.

Les motivations.

6. Conclusions.

7. Bibliographie.

8. Annexes.

Extrait de l'acte de naissance d'Alfred de Trazegnies d'Ittre

Portrait d'Alfred e Trazegnies vers 16 ans

Photographies de François II de Bourbon et de son épouse Marie-Sophie de Bavière

Caricature représentant la complicité du gouvernement pontifical,

de François II et de la France dans l'encouragement du brigandage méridional

Portraits du brigand Chiavone

Le château de Corroy-le-Château

Lettre autographe d'Alfred de Trazegnies à son père

Cartes des expéditions d'Isoletta et de San Giovanni Incarico

Poème d'Adolfo Klitsche de Lagrange en l'honneur d'Alfred

Mèche de cheveux prélevée sur le corps d'Alfred de Trazegnies lors de l'autopsie

Photographie de l'arme qui servit à exécuter le marquis

Invitation au Service funèbre du 14 décembre 1861 à Namur

Souvenir de l'enterrement

Croquis de la tombe d'Alfred de Trazegnies dans l'ancien collège des Belges de Rome

Carte de visite du marquis sur laquelle les Piémontais inscrivirent « Brigante »

Portrait d'Alfred de Trazegnies et de sa soeur Herminie

0. Introduction.

Le mémoire qui suit porte en substance sur le brigandage méridional post-unitaire en Italie. Dans ce pays, une véritable Ecole d'histoire du brigandage a vu le jour, spécialement depuis le centenaire de l'unification, qui fut l'occasion de se remémorer une série d'événements dont ce mouvement fait inextricablement partie. Elle est emmenée par des spécialistes tels que Franco Molfese. Il manque cependant à cette historiographie deux choses. D'une part, l'étude de points de vue extérieurs, entre autres celui du monde diplomatique. D'autre part, la rédaction de biographies de brigands.

Voilà pourquoi nous avons choisi d'étudier la vie d'un brigand belge, le marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre, originaire de Corroy-le-Château.

Nous procéderons, en premier lieu, à un court résumé du contexte historique, qui est celui de l'unité italienne. Partant des tentatives de 1848, nous cheminerons, dans l'ordre chronologique, jusqu'à la prise de la ville de Rome, faite capitale du nouveau royaume en 1870. Nous aurons l'occasion de présenter les artisans de cette unité, mais aussi la perception qu'en ont eu les grandes puissances européennes, et en particulier la France du Second Empire, et la Belgique de Léopold Ier.

Nous nous arrêterons ensuite au cas de la ville de Rome. Il est primordial ici d'étudier quelles furent les grandes figures politiques de la Ville éternelle -en l'occurrence Pie IX, le cardinal Antonelli et monseigneur Xavier de Merode-, tout simplement parce qu'elles seront fréquentées par le jeune Alfred de Trazegnies lors de son séjour à Rome.

Par après, il s'agira de présenter la cour napolitaine durant son exil romain. Le roi François II avait en effet, à la chute de son royaume, accepté l'invitation de Sa Sainteté Pie IX. Une fois encore, l'exposé de cette situation est primordial car il fait partie du cadre de vie d'Alfred de Trazegnies dans l'ex-capitale des Etats romains.

Alfred de Trazegnies est décédé en tant que chef d'une bande de brigands légitimistes. Il est impératif d'expliquer ce qu'est ce « brigandage ». Nous parlerons de ses origines et surtout de son existence à travers toute l'histoire du royaume de Naples. Le brigandage fut intimement lié à la dynastie régnante, celle des Bourbons. Nous verrons dans quelles proportions. A ce moment de notre étude, nous aborderons le brigandage post-unitaire proprement dit. Non seulement nous démontrerons quelles en furent les causes, mettant toujours en exergue le point de vue des diplomaties belge et française, mais nous étudierons de plus près l'histoire du brigandage légitimiste depuis les premiers soubresauts de l'automne 1860, jusqu'aux environs de 1863, date à laquelle le brigandage perd son caractère politique. Les grandes figures ayant côtoyé le marquis Alfred seront bien entendu évoquées. Enfin, nous expliquerons comment le gouvernement italien éradiqua le brigandage.

Le moment sera alors venu de s'intéresser à l'expérience vécue par le marquis de Trazegnies d'Ittre. Après avoir donné un aperçu des origines prestigieuses de sa famille, nous accompagnerons le jeune homme à Rome, détaillant comment il entra dans le brigandage et quelle fut son action. L'aventure d'Alfred de Trazegnies se termina mal. Nous exposerons les circonstances de son décès.

Plus tard, nous développerons les démarches effectuées par la famille du défunt, avant de nous pencher sur les réactions que suscita cette mort, à l'échelle internationale.

En dernier lieu, nous expliquerons quels motifs poussèrent ce jeune homme à se rendre à la mort.

Bonne lecture.

1. Contexte historique : l'unification de l'Italie1(*).

L'échec de 1848

Le 17 juin 1846, le cardinal Mastaï-Ferretti était élevé au trône pontifical sous le nom de Pie IX. Il succédait à Grégoire XVI qui avait mené une politique réactionnaire tout au long de son règne. Ses contemporains perçurent sans doute le cardinal Mastaï comme un libéral convaincu. Il semble surtout que son début de règne accompagné de quelques mesures fort modérées -amnistie des condamnés politiques (16 juillet), décision d'introduire dans son Etat des voies ferrées, une certaine liberté de la presse, envoi d'une circulaire aux gouverneurs de province leur demandant quels sont leurs projets en vue d'améliorer l'instruction du peuple (24 août)...- lui valut une popularité exagérée auprès des « Italiens », qui le conduisit bien vite au-delà de ses intentions initiales. Ainsi, l'occupation sur les ordres de Metternich de Ferrare contre laquelle il protesta, le posa malgré lui en champion de l'unité italienne. Rapidement, il se vit contraint, afin de satisfaire l'opinion romaine toujours plus exigeante vis-à-vis de son souverain, de promulguer de nouvelles réformes telles que le Motu proprio d'octobre 1847 qui créait une Consulte d'Etat (ou consulta) chargée de lui transmettre les souhaits de son peuple, ou encore celui de décembre prévoyant l'introduction des laïcs dans des commissions chargées de réviser les lois. Les autres souverains italiens se sentirent alors dans l'obligation d'en faire autant : de mai à octobre 1847, il `pleuvait' des réformes libérales sur Turin, Rome et Florence.

En novembre 1847, Pie IX, Charles-Albert de Piémont et Léopold II de Toscane allèrent jusqu'à signer les préliminaires d'une union douanière qui se présentait comme une étape dans le long chemin de l'unification. Même le roi Ferdinand II de Naples, symbole de l'absolutisme, se disait prêt, suite à une émeute autonomiste dans Palerme en janvier 1848, à accorder une constitution -toujours très modérée, cela va sans dire- aux Deux-Siciles ! Elle offrait au peuple une garde nationale à la française et le suffrage censitaire. Turin et Florence suivirent rapidement cet exemple et promulguèrent une constitution dans le courant de mars. Empêtré dans cet engrenage, Pie IX proposa à son tour un texte fondamental semblable à la Charte française révisée en 1830. Ici vient à point le témoignage du catholique libéral français Frédéric Ozanam2(*). Cet observateur de la vie politique se trouvait à Rome au début de 1847 et transmettait de Venise, quelques temps plus tard, ses impressions sur le nouveau pape : « Je regardai comme un des grands bonheurs de ma vie de m'être trouvé à Rome pendant cet hiver de 1847, au milieu des glorieux débuts du pontificat de Pie IX, d'avoir vu cet admirable pape, d'avoir assisté à ce réveil général de l'Italie, qu'il a tirée d'un sommeil bien voisin de la mort3(*). »

De l'étranger, l'arrivée de ce nouveau descendant de Saint-Pierre, perçu de plus en plus comme celui qui allait unifier l'Italie sous la forme d'une confédération, suscitait des réactions variables : la France ne semblait pas contrariée par son attitude mais les préoccupations de Guizot étaient ailleurs. Il tentait un rapprochement avec l'Autriche où Metternich, lui, se méfiait de l'agitation italienne qui pouvait très certainement avoir des influences néfastes sur l'attitude des peuples allemands. Le plus comblé par cette politique était sans aucun doute l'anglais Palmerston -en froid avec Guizot depuis l'affaire des « mariages espagnols »- dont la patrie abritait d'ailleurs Mazzini4(*).

Au début de l'année 1848, l'Italie entière, influencée par les révolutions parisienne et viennoise (mars 1848) et par la crise économique -issue des mauvaises récoltes dues aux intempéries-, était en proie à l'agitation. Milan se souleva alors et, suite aux combats des cinq jours (18-22 mars), les troupes autrichiennes du maréchal Radetzky -âgé tout de même de 82 ans en 1848 !- durent quitter la ville. Quelques jours plus tard c'était au tour de Venise de chasser les troupes d'occupation grâce à Niccolo Tommaseo et Daniele Manin qui proclamèrent la République de Saint-Marc. A Modène et Parme, les princes clients de la monarchie habsbourgeoise tombaient également. Il paraît clair qu'aux yeux de beaucoup d'italiens, les Habsbourg constituaient le principal obstacle à la réalisation de leurs aspirations libérales et nationales, et leurs continuelles interventions militaires pour rétablir l'ordre suscitaient à leur encontre un sentiment de haine croissant5(*). Cavour le savait et s'appuya sur cet avantage. Aussi pressa-t-il Charles-Albert d'agir. Celui-ci déclara la guerre à l'Autriche le 23 mars, mais il n'était guère résolu à se lancer dans un conflit au profit d'un sentiment national dont il craignait le caractère révolutionnaire. Cette incertitude, conjuguée à sa tentative de provoquer le rattachement de Milan aux Lombardie et Piémont, fit que les troupes piémontaises n'arrivèrent en vue des Autrichiens sur le Mincio que le 8 avril !

Les premiers succès de ce même mois, dont la victoire des volontaires de Manara à Salo le 2 avril sur de maigres contingents autrichiens, provoquèrent un immense espoir à travers toute la Péninsule. Sur pression de leurs opinions publiques, les princes italiens, y compris Pie IX, lancèrent des troupes soutenir les piémontais : le général de Laugier se trouvait à la tête de 8000 toscans, le napolitain Pepe commandait 16000 hommes. Quelle ne fut pas la déception des Italiens lorsque, le 29 avril, Pie IX se prononça comme opposé à la guerre et à la révolution ! Il craignait -souci par ailleurs fort légitime- un schisme des catholiques autrichiens et allemands. Son allocution retira à la cause italienne le prestige de la papauté. Ordre fut donné au général Durando, qui venait de franchir le Pô, de faire demi-tour. Le pape fut ainsi le premier des princes italiens à se retirer d'une alliance dont seul le roi Charles-Albert tirait profit. Il fut suivi dans son initiative par le Re Bomba (Ferdinand II) qui, fort de l'appui des modérés lassés du désordre régnant dans le royaume (agitation incessante, risque de communisme dans les campagnes), dissolvait son Parlement le 15 mai et (re-) mettait sur pied sa traditionnelle politique de répression sans limite. Qu'importe ! Seul ou accompagné, le Piémont poursuivrait sa lutte -les armées rappelées n'obéirent d'ailleurs pas à leurs souverains. Progressivement, des doutes s'éveillèrent sur les intentions de Charles-Albert de Savoie qui s'annexait Parme, Plaisance, Modène puis la Lombardie et Venise (3 juillet). Déjà on le voyait roi de toute l'Italie. Les révolutionnaires siciliens émirent même l'hypothèse de se détacher de Naples et de mettre à la tête de leur île le duc de Gênes (10 juillet), second fils de Charles-Albert ! Mais ce dernier commit trois graves erreurs : après l'échec sur Vérone (6 mai), il laissa le front s'immobiliser. Les troupes autrichiennes se remirent facilement de leurs pertes. De plus, il omit de s'entourer d'un allié fiable comme le souhaitaient les Lombards6(*). Enfin, le roi déçut tous les espoirs nationaux en négociant avec l'Autriche par l'intermédiaire de l'Angleterre, la seule acquisition du Milanais. La lutte entière était donc réduite à une affaire concernant le Piémont seul et sa dynastie, et non plus la patrie italienne. Finalement, Radetzky reçut l'ordre de passer à l'offensive : le 25 juillet, il battait les Piémontais à Custoza, près de Vérone. Charles-Albert se vit obligé de signer l'armistice de Salasco (9 août) qui replaçait la Lombardie-Vénétie, de même que les Duchés, sous l'autorité des Habsbourg7(*). Le 13 août, Garibaldi appelait les Italiens à poursuivre la lutte. Il occupa Varese (18 août) mais son armée fut défaite par l'ennemi huit jours plus tard.

Cette première phase révolutionnaire eut pour résultat la défiance des patriotes à l'égard des monarques constitutionnels puis, par la suite, un grand nombre de soulèvements républicains. L'idéal mazzinien, révolutionnaire, débordait désormais en Italie centrale. Dès l'automne 1848, Daniele Manin proclamait à nouveau la République de Venise. Dans la ville de Florence également l'insurrection reprenait de plus belle et deux hommes, Montanelli et Guerazzi, contraignaient Léopold II à fuir ses Etats pour se réfugier à Gaète. A Rome, le ministère Mamiani, que Pie IX ne portait pas dans son coeur vu son esprit laïc et ses aspirations sociales, tombait au lendemain de Custozza. Lui succédait le comte Pellegrino Rossi8(*) (12 septembre). Opposé à la guerre, il fut assassiné par un fanatique le jour de l'ouverture du Parlement (15 novembre). Son décès déclencha une émeute dans Rome obligeant le pape, auquel la bourgeoisie s'opposait depuis l'allocution d'avril, à fuir ses Etats pour Gaète -lieu très prisé en cas d'exil- où le roi de Naples lui offrit l'asile (24 novembre). De là, le pape en appela au secours des puissances catholiques. Le 21 novembre, une junte du gouvernement faisait élire une assemblée constituante qui proclamait la fin du pouvoir temporel et mettait sur pied une République romaine (9 février). On installa à sa tête un triumvirat composé d'Aurelio Saffi, Carlo Armellini et Giuseppe Mazzini, lequel en assurait la direction effective. Il poursuivit une politique libérale, non révolutionnaire et relativement efficace. C'est en vain que Pie IX tenta de provoquer des soulèvements sanfédistes depuis Gaète.

En toscane également le régime fut renversé au profit du dictateur Guerrazzi. Au début de 1849, Léopold II, incapable de faire face aux troubles, quittait ses Etats. Une tentative de Mazzini de se rallier les toscans se solda par un échec, la Constituante toscane -élue début mars- préférant sauvegarder sa liberté municipale. Charles-Albert de Piémont n'était pas sans craindre que le mouvement s'étende à son royaume comme l'avaient fait, quelques temps auparavant (1847), les réformes libérales de Pie IX. Et déjà certains hommes politiques motivaient les foules à reprendre la guerre contre l'Autriche malgré les efforts du gouvernement Gioberti, devenu ministre en décembre, mais incapable de se concilier une majorité dans une chambre déchirée entre conservateurs et démocrates mazziniens. Gioberti aurait voulu intervenir militairement à Rome et Florence sous prétexte d'y rétablir l'ordre. Ce stratagème était censé lui permettre par la suite d'imposer Charles-Albert sur les deux états. Trop tard. Il chutait en février 1849. Ratazzi lui succédait. Le 12 mars, Charles-Albert, une fois encore sans avoir pu se concilier quelque allié que ce soit, décidait, sur pression du gouvernement, de rompre l'armistice. La défaite ne se fit pas attendre : le 23 mars, il abdiquait sur le champ de bataille à Novare, laissant le trône à son fils Victor-Emmanuel II, 29 ans, qui parvint à négocier une paix se réduisant à une importante indemnité de guerre et à l'interdiction faite au Piémont d'élargir ses territoires. Grâce à l'intervention française, le Piémont évitait de justesse une occupation autrichienne.

Cette victoire de Radetzky livra l'Italie à la répression autrichienne. Dès juillet 1849, Léopold II recouvrait son trône de Toscane et l'Autriche y rétablissait l'absolutisme. Pour ce qui était de la République romaine, sa résistance se voulut également de courte durée : l'expédition française envoyée par le Prince Président -qui lui-même, 18 ans plus tôt, se battait dans les rangs des patriotes italiens- sur la pression du parti catholique, et commandée par le général Oudinot, rétablissait le pouvoir temporel du souverain Pontife9(*) (30 juin), non sans éprouver quelques difficultés contre les 10 000 hommes héroïques à la tête desquels se trouvait Garibaldi. Les représailles sur Rome furent plus modérées grâce à la présence des Français. Soit dit en passant, la France ouvrait ici la porte à la fameuse « Question romaine » qui, durant plus de 20 ans, allait brouiller l'ensemble des relations internationales. Enfin, à Venise, vu les bombardements de la flotte de François-Jospeh, les progrès de la famine et les épidémies de typhus et choléra, le gouvernement de Manin se voyait dans l'obligation de capituler le 26 août 1849. Toutes les institutions libérales, si durement gagnées, étaient abolies par les Autrichiens. Seul un Etat évita les vengeances austro-hongroises : le Piémont. Le gouvernement de Victor-Emmanuel rétablissait, après avoir soumis la ville de Gênes qui s'était révoltée (juillet), une autorité presque intacte.

Les causes et les enseignements de l'échec de ce « printemps » des peuples italiens sont multiples. On peut tout d'abord insister sur le manque de cohésion des révolutionnaires italiens. Ce manque se comprend aisément dans une Italie aussi bigarrée que celle du XIXe siècle. Force est de constater, malgré tout, que l'idée d'une nation unie avait, pour la première fois, dépassé le seuil des élites pour s'étendre à une part plus ample de la population. Ce sentiment national grandit dans les esprits au détriment de l'occupation autrichienne qui apparaissait comme de plus en plus malvenue. Ensuite, insistons sur l'imprudence de Charles-Albert qui, deux fois de suite, se lança dans une entreprise d'une taille considérable sans s'assurer qu'il disposait d'appuis extérieurs valables. On saura, à l'avenir, compter sur les puissances européennes pour en finir avec les Habsbourg. Enfin, à force d'expérimenter des solutions -en l'occurrence, néo-guelfe et mazzinienne, il apparaissait comme de plus en plus clair aux futurs « Italiens » que l'unité devait être l'oeuvre non pas de plusieurs mais d'un seul monarque, plus puissant et capable que les autres. La monarchie sarde demeurait un espoir évident pour les nombreux partisans de l'unité.

Le temps de l'action (1850-1870)

Au lendemain de 1848, alors que le Piémont conservait son régime constitutionnel -ce qui lui valait d'accueillir les réfugiés politiques en provenance du reste de la Péninsule-, tous les autres états employaient les grands moyens pour tenir au pas leurs populations. Ainsi, à Mantoue, neufs chefs d'un réseau révolutionnaire local, dont faisait partie le prêtre Enrico Tazzoli, furent pendus (mars 1853). A Naples, Ferdinand II intentait à Settembrini et à ses partisans un procès pour trahison. En Toscane, Léopold II supprimait la constitution octroyée en 1852. Dans le duché de Modène, François V montrait une telle férocité que nombre de libéraux préférèrent fuir. Enfin, Parme assistait au meurtre de son duc Charles III, conséquence de sa politique trop répressive. Dans les états de Parme et Modène se perpétuait l'action de faible envergure des mazziniens.

En effet, malgré son insuccès flagrant, Mazzini demeurait convaincu qu'une remise en marche du mouvement révolutionnaire, alors en « stand-by », permettrait d'unifier la Péninsule. Il suffisait, pour que cela fonctionne, que les peuples des différents pays révoltés (Allemagne, Pologne) s'unissent. Il créait ainsi à Londres un Comité central démocratique européen (juillet 1850) qui tâchait de propager ses idées. Début des années 1850, Mazzini organisait un puissant réseau dans les Etats Pontificaux, en Toscane, dans les Ligurie et Lombardie. Son influence n'atteignait cependant pas le Sud. Progressivement, il s'alliait aux confréries ouvrières et artisanales, aux milieux populaires, et projetait de nouvelles insurrections comme celle de février 1853 qui devait toucher les grandes villes du Nord. A la vérité, seuls quelques révoltés milanais (les Barabba) descendirent en rue et leur émeute fut facilement écrasée. Mais Mazzini ne s'avouait pas vaincu. Réfugié à Gênes durant trois années, il créait le Parti d'action et s'appuyait sur les élites révolutionnaires qui lui étaient fidèles, afin d'entraîner les masses dans la révolution. Avec l'aide de Carlo Pisacane10(*), un de ses anciens disciples remis à son service, il projetait de soulever les villes de Gênes, Livourne et le royaume de Naples. Ce fut à nouveau une défaite pour Mazzini dont les anciens partisans optaient désormais pour des positions plus modérées. Plutôt que d'affaiblir l'oeuvre de Cavour, on peut dire que les diverses tentatives mazziniennes l'ont consolidée en poussant le politicien à agir afin de ne pas se faire distancer pas le courant républicain.

Les années 1848-50 voyaient éclore en Piémont de graves tensions intérieures. Effrayé des aspirations révolutionnaires des peuples qui l'entouraient, Victor-Emmanuel se résigna en août 1849 à signer la paix avec l'Autriche qui, malgré l'insistance de cette dernière, tint bon dans l'application de son Statuto, comme nous venons de le voir ci-dessus. L'extrême-gauche décida alors de soulever les masses contre l'armistice, contre ce pseudo-régime constitutionnel et contre les Savoie eux-mêmes, accusés par Brofferio d'avoir mené une guerre non nationale mais dynastique. Le ministère du général de Launay (27 mars-7 mai) -dont Gioberti incarnait une des têtes pensantes-, confronté à une chambre ingérable -elle menaçait notamment de relancer la guerre- remettait sa démission. Simultanément, le pouvoir montrait ses faiblesses : la ville de Gênes, transformée en « République de Ligurie », invitait les grands personnages de l'Etat à venir délibérer en ses murs sur l'avenir de la Patrie.

De nouvelles élections en juillet 1849 amènent une majorité de démocrates belliqueux au pouvoir, ce qui n'arrangeait rien à la situation. Déboussolé, le roi appelait à la tête de l'Etat Massimo d'Azeglio. Celui-ci promit de s'en tenir à la Constitution seule et à garder en tête la mission nationale que s'était fixée le Piémont. Pour freiner l'enthousiasme guerrier de son peuple, Victor-Emmanuel, appuyé par son nouveau ministre, menaçait, dans sa proclamation de Moncalieri (20 novembre 1849), d'en revenir à un régime autoritaire :

« Avant de convoquer le Parlement j'adressai à la nation et particulièrement aux électeurs, des paroles sincères. Dans ma proclamation du 3 juillet 1849 je les avertissais d'avoir à suivre une ligne de conduite qui ne rendît pas impossible l'application du Statut. Mais un tiers seulement des électeurs, ou à peine un peu plus, prenait part aux élections. Le reste négligeait ce droit, qui est en même temps le devoir strict de chacun dans un Etat libre. J'avais fait mon devoir, pourquoi n'ont-ils pas fait le leur ? (...)

Cette promesse, ces serments, je les exécute en dissolvant une chambre devenue impossible, je les accomplis en en convoquant une autre immédiatement, mais si le pays, si les électeurs me refusent leur concours, ce n'est pas sur moi que retombera désormais la responsabilité de l'avenir et, dans les désordres qui pourront survenir, ils n'auront pas à se plaindre de moi, ils auront à se plaindre d'eux-mêmes. Si j'ai cru de mon devoir de faire entendre en cette occasion des paroles sévères, j'ai confiance que le bon sens et la justice publics reconnaîtront qu'elles sont empreintes en même temps d'un profond amour de mes peuples et de leurs vrais intérêts, qu'elles viennent de ma ferme volonté de maintenir leur liberté et de la défendre contre ses ennemis tant de l'intérieur que de l'extérieur.

Jusqu'à présent, jamais la maison de Savoie n'a recouru en vain à la fidélité, à la sagesse, à l'amour de ses peuples. J'ai donc le droit, dans l'occasion présente, d'avoir confiance en eux et de tenir pour certain que, en restant unis, nous pourrons sauver le Statut et le pays des dangers qui les menacent11(*). »

La chambre était donc à nouveau dissoute. Les nouvelles élections, auxquelles prirent part 80 000 électeurs -le message semble être bien passé !- engagèrent dès ce moment le Piémont dans une voie modérée et constitutionnelle, où la pensée de Cavour, centre-droit, allait enfin pouvoir s'épanouir. Il devint ministre de l'agriculture, de l'industrie et du commerce le 11 novembre 1850. A ces portefeuilles s'ajoutaient ceux des finances (février 1851) et de la marine (février 1852). Au mois de mai, un conflit s'ouvrait entre Cavour, l'homme qui monte, et un d'Azeglio, pour ainsi dire passé de mode. Il se solda le 16 mai par la démission du président du Conseil.

Les artisans de l'unité. Cavour et Victor-Emmanuel II.

Avant de détailler l'unité proprement dite, arrêtons-nous quelques instants sur les personnalités de ses deux grands artisans. Le baron de Rimini décrivait Victor-Emmanuel II comme « incapable de s'occuper d'autre chose que de chasse, de femmes et de champagne12(*). » Ce jugement sévère, quoique pas dénué de vérité, mérite nuance. Certes la chasse, la guerre et surtout... l'amour occupaient la majeure partie du temps du souverain. L'homme n'était guère cultivé et exécrait avoir à s'attarder aux besognes quotidiennes de l'administration. Cependant il retenait de son éducation l'ancienneté de sa famille et le rôle qu'elle pouvait éventuellement jouer dans une union des Italiens. Victor-Emmanuel se rendit populaire par sa loyauté, sa bravoure et ses propos grivois. Ceux qu'il tint à l'impératrice Eugénie (alors enceinte) lors de son passage à Paris en 1855 ne manquèrent pas de la choquer. Viel Castel laissa un portrait peu louangeur du jeune souverain dans ses Mémoires : « C'est un véritable sous-officier. Il en a le ton et les manières ; il fréquente beaucoup les filles et paraît fort disposé à traiter fort cavalièrement toutes les femmes. Sa conversation est plus que légère ; la légèreté du fond n'est même pas gazée par la pudeur de l'expression, il aime le terme grossier. Il parle sans retenue de ses bonnes fortunes et il nomme les femmes les plus considérables de Turin en disant simplement « Celle-là a couché avec moi.13(*) » » En dépit de cette panoplie de défauts, le monarque disposait de certaines qualités. Ainsi, il prit presque toujours garde à faire passer la raison d'Etat avant la passion. Ce fut une des clefs de son succès qui n'aurait jamais vu le jour s'il n'avait su s'entourer d'hommes de génie comme d'Azeglio, Ratazzi et surtout Cavour.

Cavour vint au monde le 10 août 1810 à Turin dans une riche famille dont les ancêtres paternels avaient vaillamment servi la cause piémontaise. Sa mère provenait d'une famille libérale et protestante de Genève qui eut beaucoup d'influence sur le jeune comte. Les tantes de celui-ci avaient épousé des aristocrates français, ce qui lui fournissait ses entrées dans le beau monde parisien. Le jeune Cavour s'orienta en premier lieu vers une carrière dans l'armée, mais il quitta bien vite ce milieu (1830), incapable de se soumettre plus longtemps à l'exigeante discipline militaire. Il voyagea alors à travers l'Europe (France, Genève, Belgique, Grande-Bretagne). Dans ces deux dernières nations, il s'inspira de la monarchie libérale censitaire. Son temps libre, il le consacrait à l'étude, notamment des questions économiques. Il se déclarait d'ailleurs disciple d'Adam Smith et de Jean-Baptiste Say. En 1833, il négociait l'achat du domaine rizicole de Leri, où il allait mener une vie de propriétaire terrien actif et très curieux des nouveautés techniques. Il se constitua une solide fortune grâce à cette activité dans l'agriculture. Déjà, il montrait un intérêt certain à la cause de l'unité italienne.

Ecoeuré par l'échec de la tentative de libération de 1848, il entra en politique. Malgré les apparences, Cavour n'était nullement un démocrate. Il se voulait un conservateur à l'intelligence aiguë, capable de tout pour atteindre un but fixé : il bluffait volontiers et usait de méthodes quelque peu fantaisistes aux yeux de ses confrères. De passage en Italie en 1857, le journaliste et politicien français Charles de Rémusat, qui eut l'occasion de s'entretenir à plusieurs reprises avec Cavour, tentait de percer son génie politique : « Je trouvais, dans ce rare homme d'Etat, le libéralisme franc, hardi et pratique d'un bon whig, les lumières d'un publiciste et d'un économiste, le tempérament calme et gai d'un ministre de bonne humeur, la clairvoyance désabusée de l'homme du Midi, la finesse sans duplicité ni fausseté, la confiance sans fatuité, la hardiesse sans aveuglement, la grandeur des vues sans les chimères du rêveur, ni l'infatuation du sectaire, un plan avec de la flexibilité, de la fermeté et point d'entêtement ; enfin le plus précieux assemblage des qualités politiques que j'aie rencontré. Il était au niveau de l'entreprise qu'il avait formée et il en a fait preuve.14(*) »

Mais sans courage, le génie ne peut s'exprimer. Or, Cavour s'avérait être un dévoreur de travail. Si l'on en croit Théodore Juste, « Il se levait de grand matin, à quatre ou cinq heures au plus tard, et travaillait jusqu'à dix. Avant de se rendre aux bureaux de son ou de ses ministères, il avait déjà expédié les principales affaires. Quand il avait fait le tour des bureaux, il se rendait chez le roi, au conseil, au sénat ou à la chambre des députés. Après le dîner, il reprenait son travail et le prolongeait fort tard15(*). » Terminons la présentation de l'homme par son apparence physique, bien connue de tous les turinois de l'époque : « Il était de courte taille, avec une redingote mal faite qui bouffait sur la poitrine et l'engonçait aux épaules. Son regard interrogateur brillait derrière des lunettes d'or et correspondait au sourire de ses lèvres épaisses ; la figure était plate, remarquablement intelligente, et le front paraissait énorme sous les cheveux désordonnés16(*). » Ainsi se présentait le principal concepteur de l'Italie. En dix ans à peine, il acquit un tel prestige qu'on pouvait noter de lui : « Un mot, un ordre de Cavour en Italie en 1859, 1860, 1861 étaient exécutés, coûte que coûte, comme des arrêts émanés de la Providence17(*). » 

Une remarque s'impose ici. Si les deux hommes que nous venons de présenter formaient une équipe politique performante, n'oublions pas que leurs deux personnalités s'opposaient très fréquemment. Dès leur première rencontre, Victor-Emmanuel se méfia de ce personnage bien moins soumis qu'un d'Azeglio ou qu'un Rattazzi. Très vite, leurs rapports s'envenimèrent : en 1855, Cavour n'hésita pas à s'immiscer dans la vie privée de son souverain qui souhaitait épouser sa maîtresse Rosine issue d'un milieu peu recommandable...

Arrivé au pouvoir, Cavour cherchait avant tout l'appui d'une majorité. Pour ce faire, il inaugurait le fameux connubio (ou mariage, expression formulée par le conservateur Pinelli) entre son parti modéré et les centristes de gauche, à la tête desquels se trouvait Rattazzi, lui-même nommé ministre de la Justice en 1853. Cette alliance, qui se prolongea jusque 1857, permettait au ministre des Finances d'éliminer les partis extrémistes de droite -emmenés par Solar de la Margherita et le marquis savoyard Pantaléon Costa de Beauregard- et de gauche -dont le leader est Brofferio-. Avant de se lancer dans une politique italienne proprement dite, Cavour a en tête de moderniser complètement les structures administratives, économiques et religieuses de son pays. Sa pensée suivait, à ce sujet, deux grandes lignes de force : d'une part rationaliser et centraliser les administrations ; d'autre part, mener une politique de laïcisation de l'Etat. En décembre 1852, face à l'opposition du Sénat, le Gouvernement abandonnait un projet de loi sur le mariage civil. En décembre de l'année suivante, de nouvelles élections confortaient la position de la majorité. Une crise s'ouvrit cependant suite à la présentation à la Chambre des représentants du projet de loi Rattazzi sur les corporations religieuses. Le texte prévoyait la fermeture pure et simple des couvents et corporations de contemplatifs, avec confiscation de leurs bien : la fameuse « incamération18(*) ». Le roi lui-même, sur pression de son entourage et de son ancien précepteur, monseigneur Charvaz, pria Cavour de calmer le jeu. Sa Majesté avait d'autant plus de raisons de s'effrayer lorsque, sur les deux premiers mois de 1855, il perdit successivement sa mère, sa femme, la reine Adélaïde et son frère le duc de Gênes. Comment ne pas y voir une punition divine ? Quoi qu'il en soit, la loi fut finalement adoptée par la Chambre en mars 1855. Nouveau rebondissement de l'affaire : en mai, le sénateur Nazari di Calabiana -aussi évêque de Casale- proposait un dédommagement des paroisses du royaume en réparation de cette loi Rattazzi. Cavour, contrarié par l'insuccès de ce projet dont l'Etat devait pourtant tirer des revenus indispensables, proposa sa démission au monarque qui la rejeta aussitôt. Après toutes ces péripéties, on vota l'adoption de la loi dont l'application se révèlera tout aussi problématique... et le connubio sortit affaibli du conflit.

Les efforts de modernisation de l'Etat par le ministre touchent absolument tous les domaines. Les réformes dans l'armée sont confiées au général Alfonso Ferrara della Marmora, dont l'action efficace est décrite par un contemporain qui lui était très favorable :

« Les réformes, dont l'urgence avait été démontrée par les campagnes de 1848 et 1849, ne portaient pas seulement sur des points  de détail ; elles portaient sur les institutions fondamentales de l'armée même, c'est-à-dire sur les lois organiques, puisque c'était de ce côté spécialement qu'on avait pu remarquer des inconvénients très graves dans l'organisation piémontaise ; on a voulu faire croire que tout le mérite du général de Lamarmora se réduisait à quelques innovations de peu d'importance ; mais c'est là une fausse  appréciation dont l'histoire se fera justice.

Le nouveau ministre de la guerre, qui prit le portefeuille en 1849, s'attaqua à toutes les grandes questions d'organisation, les étudia longuement et les résout avec une ferme décision, conservant tout ce qui pouvait être conservé, changeant sans hésiter tout ce qui était reconnu vicieux. Il froissa bien des susceptibilités, il se fit bien des ennemis, mais il ne recula jamais devant une mesure qu'il croyait avantageuse ; il fut quelques fois intolérant et obstiné, parce que ses convictions étaient profondes, et grâce à sa volonté inflexible, il réussit dans sa tâche. La loi sur le recrutement, sur l'état des officiers, sur les pensions, le code pénal, le règlement de discipline, l'organisation des écoles militaires, toutes ces bases fondamentales d'une armée, il les transforma ou les perfectionna de manière à les mettre en harmonie avec les nouvelles formes politiques du pays, avec les progrès de la civilisation, avec l'état de l'opinion publique. Après les questions organiques, qui sont les plus essentielles dans une armée, il aborda les questions spéciales, et il y porta un esprit d'ordre et de progrès qui lui fit adopter des innovations et des perfectionnements qu'on a vu, des années après, introduire les armées des plus grandes nations d'Europe. (...)

Il nous serait impossible de donner un aperçu même sommaire de l'oeuvre du général Lamarmora, qui donna dans toutes les branches de l'organisation militaire des traces de son intelligence et de son activité ; il nous suffira de dire qu'ayant, lors de son avènement au ministère, trouvé l'armée sous le coup d'un grand malheur, qui en avait abattu le moral et fait ressortir les défauts de sa constitution, il la releva et la reforma de telle manière que, quelques années après, elle pu (sic) figurer dignement, pour l'instruction, la discipline et les qualités guerrières, à côté des armées les plus estimées de l'Europe. C'est uniquement par les résultats qu'il faut juger les organisations militaires ; or, on ne peut nier que les « résultats ne soient tout en faveur du général Lamarmora ; la campagne de Crimée et celle d'Italie de 1859 furent la pierre de touche de ce système, qui avait provoqué une si vive opposition et qui, après avoir rallié à lui presque toute l'armée italienne, a eu les honneurs de l'imitation chez les autres peuples.19(*) »

Intervention sarde en Crimée et intégration du concert européen des puissances lors du Congrès de Paris (1856).

Avec pour objectif d'intégrer le concert européen des Puissances, Cavour entraîna son pays dans un conflit armé qui, a priori, ne le concernait pas le moins du monde. Ainsi pensait la majorité lorsque les troupes Sardes partaient pour le front, en Crimée20(*). L'intervention italienne se faisait sur le tard : les alliés, empêtrés dans le siège de Sébastopol, cherchaient activement un allié qui serait plus franc que la statique Autriche. Un appel fut lancé au roi de Naples qui ne réagit pas. On pensa alors à un rapprochement avec Cavour qui servit essentiellement à faire pression sur Vienne. Mais l'empereur allemand ne réagissait toujours pas, tandis qu'en Italie, le ministre des Affaires Etrangères Dabormida traînait les pieds à l'idée d'entrer dans ce conflit pour les beaux yeux de Cavour. Ce dernier se vit contraint de le sacrifier et s'ensuivit une convention franco-anglo-sarde le 20 janvier 1855, ratifiée par les Chambre et Sénat respectivement les 10 février et 3 mars. Le corps expéditionnaire de Lamarora n'arriva sur place que le 8 mai et dut tenir en ligne 15 000 hommes. Il joua un rôle décisif dans la bataille de la Tchernaïa ou de Traktir en août, mais fut écarté de l'assaut final de Sébastopol le mois suivant. Les Sardes perdent un peu plus de 2200 des leurs dont 2150 morts de choléra pour 28 tués par le feu ! Le conflit se conclut par un célébrissime Congrès : celui de Paris qui se tient au Quai d'Orsay du 25 février au 16 avril 1856.

Là se réglèrent les contentieux sur l'autonomie des Moldavie et Valachie, et sur la protection française sur les chrétiens de l'Empire turc. L'Angleterre obtint l'intégrité de l'Empire ottoman et la fermeture des Détroits et le la Mer noire pour la Russie. Plus intéressant pour nous, une séance complémentaire fut ajoutée au Congrès à la date du 8 avril : enfin Cavour put s'interroger, face à l'Europe -et au grand dam des représentants autrichiens, sur l'avenir des provinces italiennes toujours sous tutelle. Il déclara, à l'issue du Congrès : « Pour la première fois dans notre histoire, la question italienne a été portée et discutée devant un congrès européen, non pas, comme autrefois à Laybach et à Vérone, afin d'aggraver les maux de l'Italie et de lui river de nouvelles chaînes, mais dans l'intention hautement proclamée de rechercher un remède à ses maux et de faire connaître la sympathie des grandes nations envers elles. Le congrès est fini ; la cause de l'Italie est portée maintenant devant le tribunal de l'opinion publique. Le procès pourra être long, les péripéties peut-être nombreuses... Nous en attendons l'issue avec une entière confiance21(*). » Même s'il espérait d'autres résultats, le premier pas était franchi. Ainsi que l'écrit Pierre de la Gorce : « Le jour où la Question d'Orient s'apaisa fut celui où s'ouvrit la Question d'Italie22(*). »

En 1856, Cavour rencontrait des opposants non plus uniquement parmi les politiques mais aussi parmi le peuple. En effet, la rénovation du royaume nécessitait une fiscalité toujours plus lourde. Les recettes des impôts grimpèrent de 75% de 1850 à 1858 ! Cela ne suffisait hélas pas à Cavour pour mener à bien sa politique économique. Il aurait souhaité pourtant agir exclusivement à partir de capitaux piémontais. Il lui fallut faire appel à des aides extérieures : anglaises (maisons Baring et Hambro) et surtout françaises. Les capitaux des Rothschild permirent d'entamer de nombreux travaux d'irrigation (Canal Cavour terminé en 1857) et de constructions ferroviaires, tandis que l'industrie métallurgique montrait ses premiers signes de décollage. Les très nombreux emprunts contractés à l'étranger accélérèrent le développement économique du pays mais, ne l'oublions pas, accrurent considérablement la dette publique qui doubla pratiquement de 1850 à 1858, passant d'environ 400 millions de lires à 700 millions ! Toutes ces dépenses ne restèrent pas sans résultat : le niveau de vie augmenta remarquablement sur une dizaine d'années. Enfin le commerce avec l'extérieur connut une croissance surprenante, due notamment à la signature de traités de libre-échange.

Italie et France : premières tentatives d'approche.

Un premier voyage de Cavour et Victor-Emmanuel en France eut lieu en novembre 1855 mais on ne discuta que superficiellement d'une éventuelle aide française puisque, au même moment, Napoléon III était toujours tenté de négocier avec l'Autriche. Ce rapprochement avec le souverain italien lui servit tout au plus de « chantage » afin de presser le pas au Gouvernement de Vienne. Toujours était-il que le couple impérial reçut à nouveau les Italiens en décembre à Compiègne. Là, on se parla plus franchement et l'empereur aurait même déclaré à Cavour : « Ecrivez confidentiellement à Walewski ce que vous croyez que je puisse faire pour le Piémont et l'Italie23(*). » Mais Louis-Napoléon, fidèle à lui-même, restait fort hésitant face à une action en Italie risquant de faire disparaître l'Etat pontifical et éveillant une nouvelle fois la rage des catholiques. Il n'en restait pas moins sensible à la cause de cette future Italie où il avait passé une bonne partie de sa jeunesse. Il avait d'ailleurs promis, lors de son exil à New York, suite à l'Affaire de Strasbourg, que « le jour où il présiderait aux destinées de la France, il soutiendrait de toutes ses forces les revendications nationales italiennes24(*). »

Il les soutint d'autant plus, au début de 1858, suite à un attentat contre sa personne alors qu'il se rendait à l'opéra accompagné de l'Impératrice, où se jouait un acte de « Guillaume Tell » suivi de « Marie Stuart ». Arrivés rue le Peletier, devant l'Opéra, trois explosions se succédèrent sur quelques secondes. La population, de sortie en nombre par cette douce soirée, accompagnait sa fuite par d'horribles gémissements. Le couple impérial n'était pas touché et décida, sur les conseils des proches, d'assister comme prévu à la représentation. On dénombrait 8 morts et 156 blessés. Grâce à l'arrestation d'un jeune toscan, la police parvint rapidement à remonter jusqu'au chef de la bande : Felice Orsini, membre de la société Giovane Italia. Son procès fut fixé aux 25 et 26 février. Dans sa cellule, le meurtrier écrivit plusieurs appels à Napoléon dont une lettre lue au procès et publiée le 27 dans le Moniteur universel, quotidien officiel de l'empire, ce qui montre bien l'intérêt que le souverain lui portait.

Napoléon souhaitait d'ailleurs le gracier mais le Conseil Privé refusa. Orsini et deux de ses complices furent condamnés à mort. L'attentat eut pour conséquence la multiplication de démarches auprès des Etats voisins pour obtenir des mesures contre les réfugiés politiques. Seule la Grande-Bretagne s'opposa à modifier le statut des exilés : elle abritait Simon Bernard, français qui aurait motivé Orsini dans son acte, et devint finalement, aux yeux du Gouvernement et de l'opinion, le principal auteur de l'attentat. Rémusat ne voit qu'un prétexte dans cette accusation : « L'habileté la plus vulgaire conseillait donc de s'emparer, de se prévaloir de cette circonstance, de se vanter de n'avoir jamais eu rien à craindre d'un des sujets de l'Empire (...) Rien n'avait été conçu, rien n'avait été préparé sur le sol de la France. Orsini avait apporté ses bombes explosives d'Angleterre et s'il n'avait été ni découvert, ni suivi, ni soupçonné, ce pouvait être la faute de la police, ce n'était la faute ni des lois existantes, ni de la conduite des partis, ni de l'état de l'opinion. La France n'avait pas bougé, personne ne s'y était douté de rien25(*). »

Aussi se réveillait la volonté de l'empereur d'aider le Piémont dans sa tâche de libérateur. Des négociations secrètes démarrèrent entre Turin et Florence. Elles allaient durer plusieurs mois et aboutir sur la célèbre entrevue de Plombières, où Napoléon, qui y prenait alors les eaux, invita Cavour à le rejoindre les 21 et 22 juillet 1858. De cette entrevue d'à peine quatre heures, ressortirent les premières idées d'une alliance : la France fournirait quatre cent mille hommes contre l'Autriche. Mais que ferait-on des terres italiennes une fois les Autrichiens chassés ? On créerait au Nord un royaume de Haute-Italie, comprenant les Etats sardes grandis des Lombardie et Vénétie, de Parme et Modène, et éventuellement des Terres romagnes pour un total d'environ 11 millions d'habitants. On formerait un second royaume d'Italie centrale englobant la Toscane, les Marches et l'Ombrie, les Etats de l'Eglise réduits à Rome et au Latium et le Royaume de Naples laissé aux Bourbons ou restitué au descendant du Prince Murat, Lucien.

En échange de son aide précieuse, l'empereur réclamait la Savoie et le comté de Nice, que Cavour n'était guère disposé à accorder. Enfin, il restait, avant de se quitter, à régler la question d'un éventuel mariage entre la jeune princesse Clotilde de Savoie et Jérôme Bonaparte, alias Plon-Plon, cousin de l'Empereur. Cela semblait désormais en bonne voie de réalisation.

Le premier souci de Napoléon avant de se lancer dans la bataille était de s'assurer un appui étranger, en l'occurrence celui de la Grande-Bretagne où le pro-français Palmerston venait de chuter au profit du Lord Derby, beaucoup moins conciliant. Un plan de séduction vit le jour : Victoria et son époux Albert furent reçus à Cherbourg par l'empereur, en août 1858, pour l'inauguration d'un nouveau port militaire...dirigé contre l'Angleterre ! L'entrevue ne fut pas des plus joyeuses et Napoléon ne put que compter sur la neutralité de l'île.

Le projet du mariage italien suscitait aussi des difficultés : le volage Plon-Plon (35 ans) ne semblait guère au goût de la pieuse et chaste Clotilde (15 ans !). En France, l'opinion publique ne manifestait aucun enthousiasme patriotique à l'idée d'un nouveau conflit. Le 9 février paraissait la brochure « Napoléon III et l'Italie », signée de La Guéronnière, mais relue et corrigée par l'empereur lui-même. Elle exposait ses vues pour la future Italie et rendit le pape fou de rage. Le 1er janvier 1859, il provoquait l'affolement des chancelleries européennes en confiant à l'autrichien Hübner : « Je regrette que nos rapports ne soient pas aussi bons que je désirerais qu'ils fussent, mais je vous prie d'écrire à Vienne que mes sentiments pour l'empereur sont toujours les mêmes26(*). » Cette phrase ambiguë lui valut le surnom de « sale type » auprès de François-Joseph ! De son côté, Victor-Emmanuel déclarait devant le Parlement, le 10 janvier, qu'il ne pouvait rester insensible aux cris de douleur qui s'élevaient dans toute l'Italie. Le 26 janvier, la version définitive d'une alliance offensive et défensive était signée. Soudain pris de remords -Victoria ne l'appuiera pas dans ce dangereux conflit-, Napoléon III fait savoir au « Galant homme » qu'il préférerait régler le conflit par la voie diplomatique ! Trop tard pour faire machines arrières : le Parlement italien venait d'entériner le budget extraordinaire pour le financement de la guerre et Garibaldi enrôlait déjà les volontaires qui affluaient par milliers ! Sur la demande de l'empereur des Français, le Tsar Alexandre II de Russie proposait la réunion d'un congrès qui aurait pour mission de trouver un arrangement à la Question italienne. Le coeur lourd, Cavour devait bien acquiescer à cette idée quand, tout à coup, un ultimatum en provenance de Vienne (23 avril) exigeait le désarmement immédiat des Sardes et le renvoi des volontaires dans les trois jours. François-Joseph, persuadé d'avoir derrière lui les princes de la Confédération germanique, n'avait certainement pas l'intention de voir ses provinces lui passer sous le nez sans réagir : « Il ne peut, soutenait-il, pas être question et il ne sera jamais question d'un gouvernement italien qui serait indépendant des administrations centrales de Vienne (...) Une telle institution était possible il y a cent ans mais aujourd'hui elle équivaudrait à une sécession complète des provinces italiennes (...) Il ne faut jamais oublier que la solidité de notre position et de notre influence en Italie repose moins sur l'importance et le développement de nos provinces italiennes que sur le poids de la Monarchie dans sa totalité27(*). » Quelle aubaine pour Cavour qui, évidemment, rejeta l'ultimatum ! Les troupes commandées par le général Giulay franchissaient le Tessin le 29 avril.

La guerre.

Chose promise, chose due, Napoléon ferait la guerre, et il la ferait bien. Déjà à la fin du mois d'avril les Français quittaient leurs foyers pour le front. Le peuple semblait en fin de compte enchanté de la situation : partout on fredonnait la Marseillaise, la victoire semblait certaine. Un premier groupe de soldats comprenant deux corps d'armées commandés par Niel et Canrobert traversa les Alpes et se rassembla dans le val de Suse. Le second, avec à sa tête Mac-Mahon et Baraguay d'Hilliers débarqua à Gênes et Savone en compagnie de l'empereur. Garibaldi et son régiment devaient agir de leur côté, le long des Alpes, plus au nord, l'empereur ayant refusé de les intégrer aux troupes « officielles ». L'état-major français ne disposait nullement d'un plan précis de bataille, tout au plus s'inspirait-on vaguement de celles livrées au même endroit une soixantaine d'années auparavant (1796-1797) par un certain général Bonaparte. Du côté autrichien, la principale stratégie consistait à se réfugier dans les forteresses, réputées imprenables, du fameux « quadrilatère » : Peschiera, Vérone, Mantoue et Legnano. Ainsi s'engageait-on dans un conflit où désordres et imprévus allaient régner en maîtres. Dès le début des hostilités, les autrichiens commirent l'erreur de l'hésitation : Giulay, craignant un encerclement, n'osa foncer droit sur Turin, alors qu'il en avait le temps, puisque la totalité des troupes françaises n'arriva à destination que dans la seconde partie du mois de mai ! Le 20 mai, les Franco-sardes signaient leur premier succès en venant à bout d'un corps de 20 000 Autrichiens au nord de Marengo. Une victoire qui permit aux coalisés de franchir le Pô et de marcher en direction de la capitale lombarde. Une offensive fut repoussée à Palestro (30 mai), tandis que Garibaldi prenait Côme. L'armée impériale put passer le Tessin et affronter les Autrichiens à Magenta le 4 juin. L'issue de la bataille -à laquelle les Sardes ne prenaient pas part, retardés qu'ils étaient par les difficultés de communication- demeura bien longtemps indécise. L'arrivée, en dernière minute, du corps d'armée de Mac-Mahon, fit pencher la balance en faveur des alliés. On dénombrait 7000 tués parmi les Autrichiens et 3000 de moins dans le camp adverse. Au lieu de profiter de leur avantage et d'en finir avec l'ennemi, Napoléon et Victor-Emmanuel préférèrent entrer glorieusement dans Milan (8 juin) où le premier, par une déclaration, invitait les peuples italiens à se rattacher au Piémont : « La fortune de la guerre me conduit aujourd'hui dans la capitale de la Lombardie ; je viens vous dire pourquoi j'y suis. [...] Je ne viens pas ici avec un système préconçu pour déposséder les souverains ni pour vous imposer ma volonté ; mon armée ne s'occupera que de deux choses : combattre vos ennemis et maintenir l'ordre intérieur ; elle ne mettra aucun obstacle à la libre manifestation de vos voeux légitimes. La Providence favorise quelques fois les peuples comme les individus en leur donnant l'occasion de grandir tout à coup ; mais c'est à la condition qu'ils sachent en profiter. [...] Souvenez-vous que sans discipline il n'y a pas d'armée ; et animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats, demain vous serez citoyens libres d'un grand pays28(*). » Et Dieu sait qu'il fut entendu !

Depuis le mois d'avril, une vague de ralliement avait vu le jour. La Toscane chassait son grand-duc Léopold et proclamait un gouvernement provisoire avec à sa tête le bien connu Bettino Ricasoli, qui s'offrait à la Sardaigne. Le roi acceptait et nommait Buoncompagnoni Commissaire Royal à Florence. Venait ensuite le tour de François IV de Modène, chassé de ses états à la suite d'une émeute (11 juin). La duchesse Marie-Louise de Parme abdiquait inutilement en faveur de son fils : comme à Modène, un gouvernement provisoire proposait la réunion au Piémont qui y envoyait son Commissaire extraordinaire, le comte Pallieri. Enfin, début juillet, Bologne en profitait également pour chasser son cardinal légat. Le 14 juillet, Pérouse se libérait de la tutelle du pape qui frappait fort en reprenant la ville aussitôt grâce à ses mercenaires. On se rend compte que toutes ces turbulences mettaient en échec les prévisions de Plombières : la formation d'un royaume d'Italie centrale tombait à l'eau !

Villafranca.

Les alliés reprenaient leur marche vers l'Est tandis que les Autrichiens, enhardis de leurs nouveaux renforts, pressaient le pas vers l'Ouest. A la surprise générale, les deux armées tombèrent nez à nez à Solferino, dans les collines jouxtant le lac de Garde. François-Joseph, qui prenait désormais les commandes de ses 134 000 combattants secondé du général Hess, faisait face à 96 000 Français et 37 000 Sardes, qu'on pouvait déjà qualifier d'« Italiens » puisque 35% des hommes du roi de Piémont étaient des volontaires en provenance des divers états de la Péninsule. Des assauts se succédèrent, interminables, pour la possession d'une tour au sommet d'une colline. Cette épouvantable tuerie choqua tellement ses contemporains qu'elle suggéra au genevois Henri Dunant la création d'une Société Internationale de Secours aux blessés militaires qui prit pour emblème la célèbre croix rouge... Pas moins de 40 000 cadavres recouvraient ce champ de bataille. Les Autrichiens, vaincus, se retirèrent vers le « quadrilatère ». Alors que les Sardes entamaient le siège de Peschiera, on apprit que les deux empereurs, à l'insu de Cavour, venaient de signer les préliminaires de la paix lors d'une entrevue dans la bourgade de Villafranca (11 juillet). Le traité stipulait la cession de la Lombardie à la France, chargée de la remettre dans les mains du Piémont. Une confédération comprenant la Vénétie serait présidée par le pape : Venise deviendrait autonome... tout en restant autrichienne ! Enfin, les souverains d'Italie centrale seraient restaurés, mais on ne précise pas de quelle manière. Victor-Emmanuel, rassuré de conserver ses prérogatives, se soumit à ce texte mais Cavour, enragé, démissionna de son poste.

Comment expliquer l'attitude du souverain des Français ? Tout d'abord par l'horreur que lui a suggéré le carnage de Solferino. Napoléon savait désormais qu'il n'était pas fait pour le feu et le sang. Ensuite, n'oublions pas que l'empereur, même s'il en était éloigné, devait tenir compte de son pays et de son opinion. Or, il mécontentait à ce moment deux classes puissantes : les financiers qui voyaient la bourse baisser et les catholiques, apeurés des répercussions du conflit sur l'autorité du Pontife. « Si je me suis arrêté, déclare-t-il aux grands corps de l'Etat, ce n'est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que, dans mon coeur, quelque chose parlait plus haut encore : l'intérêt de la France29(*). » Enfin Napoléon redoutait l'élan subit de solidarité des princes membres de la Confédération germanique -la Prusse massait en effet la bagatelle de 400 000 hommes sur le Rhin !- à l'égard des Habsbourg.

Il va sans dire qu'une fois l'armistice conclu, Napoléon III n'osa même pas réclamer Nice et la Savoie à l'Italie puisque sa mission initiale, à savoir la création au profit de la Sardaigne d'un royaume d'environ 11 millions d'habitants, n'avait nullement été remplie. « Votre gouvernement, aurait-il déclaré à Victor-Emmanuel avant de reprendre la route de sa capitale, me paiera les dépenses de la guerre, et nous ne penserons plus à Nice et à la Savoie30(*). » L'Italie se trouvait dans une situation bien incertaine au lendemain de la guerre : les souverains chassés dès le mois d'avril devaient être à présent restaurés, mais qui allait s'en occuper ? Ni Victor-Emmanuel, qui avait accepté les préliminaires « pour ce qui le concerne », ni François-Joseph, car Napoléon n'avait pas envie de le voir reprendre les armes. Pierre de la Gorce rapporte à ce propos une anecdote intéressante : « A travers tous les indices confus et contradictoires, une parole se répétait, singulièrement réconfortante, et d'autant plus précieuse qu'elle était tombée, disait-on, des lèvres de l'empereur : « Le traité consacrait la restauration des princes mais ne pourrait s'exécuter par la force. » ; mot merveilleux, mot secourable, mot vraiment sauveur, surtout si cette défense d'employer la force ne s'appliquait qu'à l'Autriche et à ses clients31(*) ! »

L'issue de cette situation tenait essentiellement dans l'opinion française qui, quand elle y réfléchissait, ne voyait guère ce que lui avait rapporté ce conflit, si ce n'était des morts et des dépenses pour lesquels les Italiens se voulaient à peine reconnaissants ! Depuis Leri, Cavour tentait d'enrayer par tous les moyens l'exécution de Villafranca. Les différents dictateurs de provinces réunissaient des Assemblées constituantes qui votaient l'union à la monarchie sarde et mettaient sur pied une ligue militaire dirigée par Fanti et Garibaldi. Le 10 novembre, la paix de Zurich confirmait Villafranca sans insister sur la restauration des souverains qui devait se régler par la suite. L'amélioration du climat international incita Napoléon à tâter les nations étrangères pour connaître leurs réactions en cas d'achèvement de l'unité italienne, mais surtout d'annexion de Nice et la Savoie par la France. En effet, il craignait beaucoup la mauvaise humeur des Prussiens, Autrichiens, Russes et Anglais même si, chez ces derniers, un ministère whig (libéral) était revenu au pouvoir en juin, avec Lord Russel comme chef du Foreign Office.

Pour ce faire, une nouvelle brochure intitulée Le pape et le Congrès (22 décembre) exposait ses vues sur le futur des Etats pontificaux et signait la rupture entre l'empereur et les catholiques français. Elle conseillait au souverain Pontife de renoncer à tout pouvoir temporel en dehors de Rome et de participer à un futur Congrès qui tracerait les nouvelles frontières intérieures de la Péninsule. « Le pouvoir temporel du pape [...], peut-on y lire, n'est possible que s'il est exempt de toutes les conditions ordinaires du pouvoir, c'est-à-dire de tout ce qui constitue son activité, ses développements, ses progrès. Il doit vivre sans armée, sans représentation législative et, pour ainsi dire, sans code et sans justice. C'est un régime à part et qui se rapproche plutôt de l'autorité de la famille que de l'administration d'un peuple32(*). [...] » On imagine l'enthousiasme de Pie IX à l'idée d'être dépossédé par celui qui, depuis 1849, faisait mine de le protéger dans ses Etats !

L'amitié avec la Grande-Bretagne était garantie par la signature d'un traité de libre-échange signé le 22 janvier 1860. L'empereur faisait maintenant le ménage dans ses ministères en vue de son action prochaine : Walewski, peu adepte de la cause unitaire, perdait sa place au profit de Thouvenel33(*) (21 novembre) tandis que s'installait, à Turin, le nouveau représentant français, monsieur de Talleyrand (2 février 1860). Dans la capitale sarde, Cavour faisait un retour en force (20 janvier 1860) et plaçait un de ses fidèles à Paris : Constantin Nigra34(*). De nouvelles avances de Napoléon à Victor-Emmanuel et son ministre furent acceptées de suite -elles concernaient notamment la renonciation à la Vénétie et l'organisation de plébiscites, si chers au Second Empire, en Emilie et Toscane (11 et 12 mars) pour la Sardaigne ; à Nice (15 avril) et en Savoie (22 et 23 avril), pour la France. Les populations interrogées votèrent majoritairement leur annexion à ces deux pays. Napoléon s'engageait sans le savoir dans un cercle vicieux dont il ne pourrait plus de dépêtrer. Les bases de l'unité italienne étaient posées et la rupture définitive avec le parti catholique se rapprochait.

La conquête du Sud.

Une nouvelle et laborieuse étape se présentait alors dans la construction italienne : la conquête du royaume des Deux-Siciles. A Naples, le décès du Re Bomba, le 22 mai 1859, ce roi qui était parvenu à préserver son pouvoir absolu tout au long de son règne, avait vu son jeune fils, François II, monter sur le trône. Emilie Ollivier dresse un portrait peu flatteur du jeune homme : « [...] grêle, pâle, imberbe, d'intelligence médiocre, tout aux pratiques de dévotion, conduit par sa marâtre Marie-Thérèse d'Autriche et son confesseur, (il) avait le culte de son père et ses idées35(*). » Cavour ne l'appréciait guère plus. Il confiait à Constantin Nigra : « La conduite du roi de Naples est tellement ignoble qu'il ne peut en aucun titre continuer à régner36(*). » François II se retrouvait à la tête d'un royaume qui vivait pour ainsi dire hors du temps. Tout ici était figé, rien ne progressait si ce n'était le nombre des pauvres et autres lazzaroni. Début du mois d'avril 1860, le nouveau souverain donnait un avant-goût de ce que serait son règne en réprimant, dans un véritable bain de sang, une conspiration qui avait vu le jour dans la ville de Palerme. Bien entendu, cette méthode ne fit qu'exciter la haine des habitants de l'île à l'encontre de cet individu qui ignorait tout ou à peu près du gouvernement d'un royaume aussi capricieux que l'était le sien.

Des noyaux d'insurgés se constituèrent dans les alentours des grandes villes comme Messine et Catane, qui n'attendaient qu'une aide venue de l'extérieur pour bondir et renverser l'ordre en place. Cavour ne demandait pas mieux, mais il ne pouvait se permettre -du moins, officiellement- de répondre à ces cris de douleur. Une idée d'expédition dans le Sud n'était pas neuve et elle prit forme essentiellement grâce à l'émigré sicilien Francesco Crispi qui, aidé de Bixio, persuada, au printemps 1860, Garibaldi -alors le seul individu suffisamment compétent et populaire pour accomplir une telle mission- de prendre la tête d'un petit nombre d'hommes chargés de soumettre l'île. Celui-ci accepta sans difficulté et les volontaires embarquaient déjà les 5 et 6 mai dans le port de Quarto, près de Gênes, sur deux bateaux à vapeur en mauvais état de la compagnie Rubattino : Piemonte et Lombardo.

Le nombre de volontaires se portait probablement à 1089 individus, que la mémoire collective a baptisés les « Mille ». Ces hommes étaient issus de milieux assez étonnants : on comptait une majorité de bourgeois, d'intellectuels et un grand nombre d'étudiants italiens ou étrangers venant chercher ici un brin d'aventure. Ils avaient tous pour mot d'ordre « Italia e Vittorio-Emmanuele. » Une première escale eut lieu au sud du littoral de la Toscane. Il s'agissait de créer une diversion -qui fut un échec- sur la véritable destination de ce voyage, en envoyant un groupe de 70 hommes dans les Etats pontificaux. Deux navires anglais escortaient les Mille qui débarquèrent le 11 mai 1860 à Marsala où l'accueil n'était pas des plus chauds. Les hommes avançaient progressivement dans la campagne sicilienne et grossissaient leurs troupes grâce au ralliement des habitants locaux et de sardes. Très vite les combats tournèrent à leur avantage. Ils signèrent une importante victoire sur une première colonne napolitaine le 15 mai. Le 27 mai, Palerme était prise et un gouvernement provisoire, dirigé par Crispi, proclamé. Enfin un mois plus tard (20 juillet), les Mille venaient à bout d'une contre-offensive napolitaine lors de la bataille de Milazzo, à proximité du Détroit de Messine.

Dès le mois de mai, Garibaldi s'autoproclamait dictateur de l'île. Il souhaitait poursuivre son chemin jusqu'à Rome qu'il proclamerait capitale. Mais ses ambitions sans cesse grandissantes et le renvoi de plusieurs émissaires piémontais dont La Farina -qui avait fourni des armes aux Mille et était chargé d'annexer l'île immédiatement- ouvrirent un conflit sourd entre lui et Turin, où Cavour veillait, de loin. « Garibaldi, écrit ce dernier à son envoyé dans la Ville lumière, Constantin Nigra, a une grande puissance morale, il exerce un immense prestige non seulement en Italie, mais surtout en Europe. [...] Si demain j'entrais en lutte avec Garibaldi, il est possible que j'eusse pour moi la majorité des vieux diplomates, mais l'opinion publique européenne serait contre moi, et l'opinion publique aurait raison, car Garibaldi a rendu à l'Italie les plus grands services qu'un homme pût lui rendre. [...] Nous ne pouvons entrer en lice avec Garibaldi que dans deux hypothèses : 1° S'il voulait nous entraîner dans une guerre avec la France ; 2° S'il reniait son programme en proclamant un autre système politique que la monarchie avec Victor Emmanuel. Tant qu'il sera fidèle à son drapeau, il faut marcher d'accord avec lui37(*). »

Il est généralement admis aujourd'hui que ces craintes n'avaient que peu de chances de se réaliser. Le chef des chemises rouges comptait honorer ses paroles et s'effacer au moment voulu, au profit de la monarchie sarde. Soudain, il réclama à Victor-Emmanuel le droit de débarquer sur le Continent pour prendre Naples. Officiellement, le roi refusa aussi net. Officieusement, Garibaldi était prié de faire vite ! Il accostait le 20 août et traversait victorieusement la Calabre. Le 7 septembre, il prenait la capitale du royaume de François II et confirmait sa fidélité au roi. Pendant ce temps, Cavour ne perdait pas une seconde et obtenait l'autorisation de Napoléon III d'envoyer les troupes sardes à Naples, afin de ne pas laisser tout le prestige de cette victoire aux chemises rouges et à leur chef. Napoléon accepta, à condition qu'il respecte l'intégrité du territoire de Rome. François II et sa cour n'avaient plus qu'à faire leurs valises. Ils se réfugièrent dans la forteresse de Gaète, d'où ils menèrent la résistance, jusqu'au mois de février de l'année suivante.

Les Marches et l'Ombrie furent traversées par les troupes qui étaient attendues de pied ferme par les zouaves pontificaux du général de Lamorcière. Le 18 septembre, ils étaient battus à plate couture par les soldats du général Cialdini à Castelfidardo tandis qu'une dizaine de jours plus tard (29 septembre), Ancône et Pérouse passaient sous contrôle sarde. Enfin, les premier et deuxième jours d'octobre, les troupes bourboniennes connaissaient une ultime défaite à Volturno. Le royaume était donc entièrement soumis au Piémont, exception faite de Gaëte, où François II s'était réfugié. Toujours dans l'optique de contenter la France, des plébiscites étaient organisés où, évidemment, une majorité écrasante des populations des Marches et de l'Ombrie votaient en faveur de l'annexion (21 octobre et 4 novembre). Le 26 octobre, Garibaldi saluait Victor-Emmanuel à Teano comme roi d'Italie. C'est finalement le 7 novembre que le roi sarde faisait son entrée à Naples. Garibaldi refusa toute récompense.

Cavour s'assurait de la dissolution des Mille et Garibaldi se retirait dans une petite île de la Sardaigne appelée Caprera. Il ne manquait plus que quelques proclamations officielles pour en finir avec l'unité, puisque François II avait capitulé le 13 février. Ce fut fait : le premier parlement italien se réunit à Turin le 18 février 1861, et on proclama Victor-Emmanuel II roi d'Italie « par la grâce de Dieu et la volonté de la nation », le 14 mars. Le 23 mars, le premier gouvernement italien se formait. Cavour cogitait toujours sur la question de Rome -il proposait au pape son fameux mot « l'Eglise libre dans un Etat libre »- lorsqu'il s'éteignit, épuisé, le 6 juin 1861.

La reconnaissance du royaume.

Tout cela se passait sous le regard bienveillant de la Grande-Bretagne qui se chargeait de faire reconnaître diplomatiquement l'existence de ce nouveau royaume par le reste de l'Europe. Elle fut en effet le premier état à notifier à son représentant napolitain la rupture de leurs relations dès le 26 février 1861. Et le 30 mars, le Foreign Office déclarait reconnaître le fait accompli38(*). La France, qui n'avait pas totalement rompu les relations avec le cabinet de Turin depuis qu'il avait trahi les clauses des traités de Villafranca et Zurich, suivait de près les événements. Le 18 juin, le ministre des Affaires étrangères Thouvenel envoyait aux chefs des légations françaises à l'étranger une note justifiant le pourquoi de la reconnaissance du nouvel état. La reconnaissance par la France fut le déclic pour toute une série de nations : la Suède et la Hollande ou encore le Portugal marchaient dans ses pas. Il restait à l'Espagne, l'Autriche, la Russie, la Belgique et la Prusse, à se décider39(*). Les deux premières, ennemies jurées de l'Italie, ne réagiraient certainement pas ; la Russie, foncièrement opposée à toute action libérale, ferait de même. A la Belgique, donc, de prendre position.

Elle était gouvernée par un ministère libéral, emmené par Charles Rogier40(*). Le baron de Vrière, en charge des Affaires étrangères, temporisait. A la fin de son règne, la politique de Léopold Ier s'était davantage tournée vers les grandes puissances de l'Europe du centre. On avait d'ailleurs marié le duc de Brabant à une archiduchesse, et il était presque impossible de contrarier l'Autriche41(*). Cependant, la Belgique, si elle se maintenait dans cette position, risquait de perdre gros : elle vivait principalement de son industrie exportatrice et la jeune Italie, avec ses 25 millions de consommateurs réunis d'un bloc, représentait un marché considérable. De son côté, Turin y mettait du sien et sauta sur l'occasion de se faire apprécier en offrant des funérailles dignes d'un souverain au représentant belge Lannoy, qui venait de décéder d'un cancer de l'estomac42(*).

La question de la reconnaissance était ouverte, mais il fallait veiller, pour les libéraux, à ne pas mécontenter les catholiques belges qui avaient remporté trois sièges supplémentaires lors des élections du 10 juin 1861. Certes ils n'étaient pas majoritaires mais ils auraient néanmoins pu causer de graves embarras au gouvernement en cas de désaccord43(*). La mort de Lannoy posait la question de sa succession. On voulut donner le titre à son remplaçant, non plus de simple représentant, mais d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Une vive polémique s'engagea à ce propos. Elle aboutit sur la démission de de Vrière. Rogier s'empara immédiatement de son portefeuille et, le 07 novembre, il notifiait la reconnaissance du comte de Montalto comme ministre du roi d'Italie, autrement dit, la Belgique reconnaissait le nouvel état des choses. Bien entendu, ces événements eurent leur répercussion à la Chambre où un débat des plus vifs s'ébauchait entre catholiques et libéraux. On vota finalement un sous-amendement au discours du trône proposé par monsieur Orts qui fut adopté le 29 novembre par 62 membres de la droite, contre 47 de la gauche44(*).

A présent, il fallait s'attendre à des protestations de la part du Saint-Siège. Le cardinal Antonelli et le sous-secrétaire d'Etat Berardi manifestèrent leur mécontentement à l'envoyé belge près le Saint-Siège, Carolus. Pour déstabiliser les autorités belges, sans toutefois risquer une rupture totale des relations diplomatiques, le Saint-Siège mit quelques temps à envoyer à Bruxelles le nouveau nonce apostolique, monseigneur Ledochowski. Son prédécesseur, monseigneur Gonella, avait été rappelé pour incompétences45(*). Finalement, Ledochowski rejoignit son poste dans les premiers jours de janvier. La Belgique se tira donc sans encombre d'une situation qui aurait pu lui susciter de nombreux ennuis.

Une nouvelle guerre d'indépendance : la prise de Venise.

La tâche n'était pas des plus simples pour les successeurs de Cavour. Ceux-ci devaient faire face à des rivalités politiques internes, et surtout à la situation désastreuse dans l'ancien royaume de Naples où les brigands et la Camorra, mafia napolitaine, régnaient en maîtres, rançonnant et exploitant les masses rurales. Enfin on trouvait en toile de fond une dépression économique dramatique, à un tel point qu'on avait du, en 1866, suspendre la libre convertibilité des billets en or afin d'éviter la banqueroute.

Déjà lors de la proclamation du royaume, Cavour avait en tête l'inachèvement de l'unité à laquelle il manquait Rome, qui devait devenir la capitale, et bien sûr Venise. Une campagne de recrutement des patriotes, menée par les mazziniens et garibaldiens, allait bon train depuis 1861. Il fallait réunir les hommes et s'emparer des territoires manquants. Du côté de Vienne, on s'acharnait à rendre autrichien ce qui ne l'était pas. La germanisation territoriale et juridique se heurtait cependant à un farouche esprit révolutionnaire. Plus un opéra de Verdi ne pouvait être représenté sans que des cris et émeutes s'ensuivent. Prendre possession de Venise était une chose. Se trouver un allié dans ce combat, une autre. Il apparut très vite aux yeux des politiques que l'idéal était une alliance avec la Prusse. Un rapprochement avec Bismarck s'effectuait, notamment par la signature de traités de commerce ou encore par l'association des deux pays dans la réalisation du tunnel du chemin de fer du Saint-Gothard. L'italien Govone partait pour Berlin. Et il ne rentra pas les mains vides : un traité secret d'alliance avait été signé au mois d'avril (le 08) entre les deux nations : l'Italie s'engageait à déclarer la guerre à l'Autriche en cas de conflit entre la Prusse et l'Autriche. En outre, le traité obligeait la Prusse à déclarer cette guerre avant trois mois ! C'en fut fait le 17 juin 1866. Trois jours après, l'alliée des Prussiens s'engageait dans le conflit. Sa première intervention, sous le commandement du général de Lamarmora, se solda d'ailleurs par un froissant échec à Custoza, le 24 juin, pour l'armée, et à Lissa (20 juillet) pour la flotte. Pendant ce temps, le 03 juillet, les Prussiens avaient écrasé les ennemis à Sadowa. Le 21 juillet, les préliminaires de la paix étaient signés, puis confirmés à Prague un mois plus tard (23 août). Par le traité de Vienne du 03 octobre, l'Italie humiliée recevait des mains de la France la Vénétie. Un plébiscite confirma massivement la récente annexion.

De Florence à Rome il n'y a qu'un pas. Rome capitale.

Enfin nous arrivons à la dernière étape de l'unité italienne, celle de la conquête de la future capitale, Rome. Au mois d'août 1862, Garibaldi décidait de marcher sur Rome aux cris de « O Roma o morte ! (Rome ou la mort !) ». Parti de la Sicile, il débarquait avec ses volontaires en Calabre mais était arrêté net par les troupes italiennes à Aspromonte (29 août).

Depuis 1865, Victor-Emmanuel avait élu domicile à Florence. Cette décision avait été prise de commun accord avec la France, en 1864, lors de la signature de la célèbre Convention de Septembre avec Napoléon III qui préparait par ailleurs l'évacuation dans les deux ans du corps expéditionnaire. On pouvait y lire :

« Article Ier. L'Italie s'engage à ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père, et à empêcher, même par la force, toute attaque venant de l'extérieur contre ledit territoire.

Article II. Le France retirera ses troupes des Etats pontificaux graduellement et à mesure que l'armée du Saint-Père sera organisée. L'évacuation devra néanmoins être accomplie dans le délai de deux ans.

Article III. Le gouvernement italien s'interdit toute réclamation contre l'organisation d'une armée papale composée même de volontaires catholiques et étrangers, suffisante pour maintenir l'autorité du Saint-Père et la tranquillité tant à l'intérieur que sur la frontière de ses Etats, pourvu que cette force ne puisse dégénérer en moyen d'attaque contre le gouvernement italien.

Article IV. L'Italie se déclare prête à entrer en arrangement pour prendre à sa charge une part proportionnelle de la dette des anciens Etats de l'Eglise.

(Protocole annexe.) La convention signée en date de ce jour... n'aura de valeur exécutoire que lorsque Sa Majesté le roi d'Italie aura décrété la translation de sa capitale du royaume dans l'endroit qui sera ultérieurement déterminé par Sa dite Majesté. Cette translation devra être opérée dans le terme de six mois, à dater de ladite convention. (15 septembre 1864.)

(Protocole annexe.) Le délai de six mois pour la translation de la capitale de l'Italie commence, ainsi que le délai de deux ans pour l'évacuation du territoire pontifical, à la date du décret royal sanctionnant la loi qui va être présentée au Parlement italien. (03 octobre 1864.)46(*) »

En 1866, Napoléon rappelait effectivement ses troupes de la Ville éternelle. Elles eurent à peine le temps de rejoindre le pays, qu'il fallait repartir pour Rome lutter contre une nouvelle tentative de Garibaldi pour prendre la ville, en octobre 1867. Il partait sans l'accord du roi. Mais, évidemment, s'il y réussissait, c'était tout profit pour ce dernier. S'il y échouait, alors Victor-Emmanuel II n'avait qu'à le blâmer pour sa conduite. Les garibaldiens purent se vanter d'une victoire contre les Français à Monterotondo, mais ils furent défaits le 03 novembre à Mentana, par les troupes du général Failly. Cette intervention fut lourde de conséquences : le Prince Président avait enfreint la Convention de Septembre et par là, mécontenté tous les Italiens.

La prise de Rome se fit finalement par les troupes italiennes elles-mêmes, le 20 septembre 1870. Les Français occupés contre la Prusse, avaient rappelé le corps expéditionnaire. On pénétra par la porta Pia, sous les ordres du général Cadorna. Le 02 octobre, un plébiscite donnait une majorité écrasante des Romains en faveur de l'annexion. La Chambre des Représentants proposait, le 09 novembre, de faire de Rome la capitale du royaume. Victor-Emmanuel attendit cependant, pour s'y installer, que le Parlement ait voté la Loi des Garanties (13 mai 1871), réglant le sort du Saint-Siège. Le pape restait souverain et inviolable, possédait les palais du Vatican et du Latran. On lui assurait également une dotation de 3 225 000 livres l'an. Pie IX rejeta la loi des Garanties et le différend entre les papes et l'Etat ne sera réellement réglé que par les accords du Latran... en 1929. La chute de Rome correspondait également à la fuite de François II vers l'Autriche -il résidait à Rome depuis la chute de Gaète le 13 février 1861, dont il fut l'invité jusqu'à sa mort, en 1896.

2. La cour de Rome aux alentours de 1860.

Décrivons ici la société romaine des années 1860. Il s'agit d'un passage obligé puisque tous ces personnages furent fréquentés, de près ou de plus loin, par Alfred de Trazegnies d'Ittre lors de son voyage en Italie. Nous ne pouvons évoquer la Ville éternelle sans aborder les personnalités des grands politiques et conseillers de Pie IX : Antonelli et de Merode.

A partir de 1860, le gouvernement de Rome, et surtout le pape, apparaissaient aux yeux du commun des mortels comme « les symboles de la résistance à outrance à l'oeuvre de l'unification de l'Italie dans la forme concrète qu'elle avait prise sous l'égide de la monarchie piémontaise47(*). » Mais, ainsi que le faisait remarquer Aubert, jamais la résistance du pape ne fut réellement active. Il a certes travaillé ardemment à faire appliquer les stipulations du traité de Zurich de 1859, demandant la reconstitution de ses territoires tels qu'ils étaient à la veille de la guerre, mais il n'a jamais pris « aucune initiative positive qui aurait eu pour but de torpiller le jeune royaume, dont les débuts ne furent pas toujours faciles, et il est frappant de comparer l'éclat de ses discours avec la modération de ses démarches effectives. »

Jacques Antonelli naquit le 02 avril 1806 dans une famille de marchands de bois à Sonino, près de Frosinone. Il suivit rapidement les cours du Séminaire romain tandis que sa famille quitte Sonino pour s'installer à Rome. Docteur en droit civil et en droit canonique à 21 ans, il souhaitait entrer dans la prélature de justice, ce qui était fait en 1830, alors qu'il n'avait que 24 ans. Il devint vite un des favoris du pape Grégoire XVI. Celui-ci le fit prélat et assesseur au tribunal criminel supérieur. Il fut ensuite délégué à Orvieto, Viterbe, Macerata. En 1841, Grégoire XVI, à la recherche de chefs capables d'influencer l'opinion, le faisait sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur. A ces fonctions s'ajoutaient celles de grand trésorier ou ministre des finances. L'arrivée au trône de Pie IX lui fut directement profitable : Jacques accédait au cardinalat en juin 1847 alors qu'il n'avait même pas été ordonné prêtre. Simultanément, il présidait la fameuse consulte d'Etat censée proposer les réformes urgentes pour les Etats Pontificaux. Ses propositions ne furent cependant jamais prises en compte. En mars 1848, le pape confiait au cardinal la direction du Conseil des Ministres, mais les pressions révolutionnaires causèrent son évincement au profit de Mamiani et, plus tard, de Pellegrino Rossi, dont on connaît le tragique destin. Les conditions devenant insoutenables aux yeux du Pontife, il prit la fuite pour Gaète, notamment sur le conseil d'Antonelli, où il l'appela à son service.

Revenu à Rome, le pape récompensait sa fidélité en le nommant, le 12 avril 1850, secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères48(*). A ce poste, il fit appel aux puissances catholiques afin d'obtenir leur appui et de conserver la totalité des domaines pontificaux. Ainsi qu'il le déclarait : « Le Saint-Père est obligé par son devoir vis-à-vis du monde catholique de conserver dans son intégrité le patrimoine de l'Eglise et la souveraineté qui y est annexée, si indispensable pour maintenir sa liberté et son indépendance comme chef suprême de l'Eglise elle-même... (...) Le Saint-Père, se reposant dans l'intérêt religieux de ces puissances (n.d.l.a. Il s'agit de l'Autriche, le France et les Deux-Siciles), filles de l'Eglise, réclame avec pleine confiance leur intervention armée pour délivrer les Etats du Saint-Siège49(*). »

Dans un premier temps particulièrement libérale, l'action du cardinal devint, dès le retour de Gaète, réactionnaire et farouchement anti-italienne. La presse libérale du temps se fit un plaisir de montrer une image du cardinal dévoué à la cause autrichienne tandis que Charles de Rémusat en brossait un portrait peu flatteur dans ses mémoires : « il a beaucoup d'esprit, une conversation agréable, une possession pleine de lui-même, de l'esprit de conduite, de la prudence et de la mesure, deux choses dont il ne manque que là où les lumières lui font défaut, et il n'est ni éclairé, ni instruit. (...) Il ne connaît rien du monde politique ; il n'a jamais quitté Rome que pour faire le voyage de Gaète50(*). » Il admettait cependant qu'il était « beaucoup plus doué pour les affaires » que le pape. C'est dire l'estime que devait avoir le journaliste pour ce dernier... Au portrait de Rémusat, le catholique Louis Veuillot répondait que « personne ne voit et n'interroge plus de témoins de l'état du monde ; personne n'a mieux étudié la politique européenne51(*). » Il semble en tout cas que la position délicate dans laquelle s'est trouvé cet homme d'état a fait qu'il a plus souvent privilégié la temporisation à l'action. A un tel point qu'Edmond About52(*) notait qu'en « dix ans de dictature, il n'a gagné ni l'estime d'un étranger, ni la confiance d'un romain. Il a gagné du temps et rien de plus53(*). » S'il décidait d'agir, c'était de manière défensive et non offensive : l'essentiel était à ses yeux d'empêcher le démantèlement des Etats. Ainsi que le faisait remarquer de la Gorce, il réussit, vis-à-vis de la France, à « ne jamais rien faire de ce qu'elle demandait et de ne se brouiller avec aucun de ses représentants54(*). »

Le cardinal occupa une place de premier rang au Vatican jusqu'à sa mort. Cependant il n'eut d'autre choix que de s'effacer - temporairement - lorsque vint occuper le devant de la scène un prélat belge, Xavier de Merode. Celui-ci naquit à Bruxelles le 15 mars 1802. Il était le plus jeune fils du comte Félix de Merode dont le rôle dans l'indépendance de la Belgique n'est pas à rappeler. En 1839, il entrait à l'école militaire de Bruxelles et, trois ans plus tard, passait ses derniers examens et recevait le brevet d'officier. Il acquit le grade de sous-lieutenant. Mais la Belgique, puissance neutre, n'avait sans doute pas de quoi distraire bon nombre de soldats qui choisirent de s'initier aux combats sous d'autres drapeaux. Ce fut le cas de Xavier qui se retrouva ainsi attaché à l'état-major du maréchal Bugeaud. Sous ses ordres, il combattit les kabyles en Algérie. Sa conduite exemplaire lui vaut d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. Il ne se borna pas à sa campagne militaire d'Algérie, il choisit aussi de visiter le pays, ce qui le conduisit d'ailleurs à la rencontre d'un certain général de Lamorcière dans la ville d'Oran55(*).

Depuis longtemps déjà, l'idée de se donner à Dieu turlupinait notre homme. Bien des choix de monseigneur de Merode doivent être mis en rapport avec son adulé beau-frère, Montalembert, qui l'influença grandement. Comme le prélat l'expliquait lui-même à ce dernier, « Vous avez pu me décider à aller faire la guerre en Algérie, vous me déciderez bien mieux à la faire pour l'Eglise et pour Jésus-Christ56(*). » Et le beau-frère d'approuver immédiatement cette décision. En décembre 1847, Xavier arrivait à Rome, suivait les cours du collège romain. Le 22 septembre 1849, il était ordonné prêtre. En à peine plus de six mois, il gagna la confiance de Pie IX qui le fit camérier secret participant (14 avril 1850). Les camériers sont chargés d'« introduire auprès du Saint-Père les personnes honorées d'une audience ; ils accompagnent le pape dans toutes ses sorties, qu'il s'agisse d'une cérémonie ou d'une promenade ; ils passent chaque jour plusieurs heures avec lui57(*). » Leur nombre est limité à quatre. Merode aurait mille fois préféré rester simple prêtre et continuer à parcourir les hôpitaux pour y soigner les malades français, comme il en avait l'habitude. Cependant le Saint Père ne voulut rien entendre.

Nul doute que ce personnage a dû choquer plus d'un des hôtes du Vatican. Son allure négligée et son franc-parler lui valurent rapidement la haine d'une bonne partie du corps diplomatique, particulièrement de la diplomatie française58(*). Xavier se voulait avant tout un travailleur infatigable et un homme de terrain. Il mena à bien plus d'une réforme, comme la réorganisation pénitentiaire dans les Etats du pape. Les anecdotes abondent sur son comportement hors du commun. L'historien de la Gorce raconte, par exemple, qu'on lui refusa un jour la visite de contrôle d'un établissement pénitentiaire. Insatisfait, il appela à son service des ouvriers qui abattirent le mur et il pénétra par la brèche59(*) !

Merode ne montrait aucune sympathie pour Louis-Napoléon Bonaparte. D'ailleurs, la présence des troupes françaises sur le territoire pontifical l'insupportait profondément, il aurait préféré la mise sur pied d'une armée propre au Saint-Siège, ce qu'il réalisa dès la fin de l'année 1859, au moment où la Question Romaine préoccupait à nouveau Pie IX, qui désormais optait pour une politique d'action, orchestrée de main de maître par son nouveau Ministre des Armes. Le prélat belge négocia alors secrètement l'engagement d'un général déjà rencontré en Afrique, à savoir Lamorcière.

Si l'influence du « parti Merode » primait sur celle du « parti Antonelli » au printemps 1860, elle ne se prolongea que pour cinq années. Au bout de ce terme, le cardinal avait rassemblé autour de lui tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, étaient lassés de son caractère impulsif et provocateur. La majorité des Italiens le considérait quant à elle comme l'adversaire à toute hypothèse de rapprochement entre les Etats Pontificaux et le nouveau royaume. Il n'était pas l'homme du compromis. C'est donc au plus terre-à-terre Antonelli que revinrent les pleins pouvoirs le 20 octobre 1865.

L'action des différents partis romains ne peut se comprendre que située dans le cadre de l'occupation française de la Ville éternelle. N'oublions pas, en effet, qu'un corps expéditionnaire était présent dans la ville depuis les événements de 1848. Napoléon se refusa toujours à l'évacuer, car c'était la laisser libre aux interventions étrangères. Et Dieu sait que Sa Sainteté Pie IX n'avait pas de quoi tenir tête à ces interventions. Le corps comptait une trentaine de milliers d'hommes à la fin du siège. Il fut ramené à une seule division en 1850. Dix ans plus tard, environ 7 500 hommes constituaient les garnisons de Rome et Civitavecchia, base stratégique. Début de l'année 1860, l'empereur envisageait sérieusement de rapatrier ces hommes, tandis qu'on ferait quitter ses états à Pie IX. On jasait énormément de ce départ dans le corps diplomatique. Les britanniques disaient tenir du Palais royal français que les troupes allaient quitter la ville sous peu60(*). Ces bruits continuaient à se répandre au mois d'avril 186161(*). Pourtant, le ministre des Affaires étrangères, Thouvenel, assurait fermement l'ambassadeur français, le duc de Gramont62(*), qu'aucune solution n'avait encore été prise par l'empereur sur la question de Rome. Selon Gramont, « évacuer immédiatement serait livrer le Saint-Siège à la révolution, parce que son armée, bien qu'en bonne voie d'organisation, n'est pas encore capable de suffire à la tâche qui lui reviendrait. Il faudrait donc, (...) stipuler un délai de quatre mois par exemple et une évacuation graduée63(*). » Quoi qu'il en soit, ce ne fut qu'en 1864 que Napoléon III obtenait la garantie que le nouveau royaume n'attaquerait pas le territoire pontifical et qu'il empêcherait toute agression. Un plan d'évacuation échelonné sur deux ans fut mis en place. Mais l'Italie ne respecta pas sa promesse. En 1867, Garibaldi marchait sur Rome. On dut recréer le corps expéditionnaire de Rome sous les ordres du général de Failly. Ce corps ne laissa sur place qu'une seul brigade qui fut rappelée lors du conflit avec la Prusse64(*).

Pour la période que nous étudions, le corps expéditionnaire est dirigé par le général de Goyon65(*). Ce personnage ambigu donna bien du fil à retordre à ses collègues. Il peut s'avérer intéressant de noter qu'au mois d'août 1860, alors qu'il allait rendre des comptes à l'empereur, Goyon mettait en garde le cardinal Antonelli : son retour à Rome était particulièrement incertain. Il désirait à tout prix qu'on lui accorde un renfort de 15 000 hommes qui lui permettraient de couvrir la frontière méridionale des Etats de l'Eglise66(*). Il fut entendu. En octobre, un corps d'occupation à deux divisions fut constitué afin de défendre les états du pape entre Velletri et Viterbe.

3. Immigrés napolitains.

Le 14 février 1861, François II adressait le message qui suit à ses troupes :

« Généraux, officiers et soldats de l'armée de Gaète,

La fortune de la guerre nous sépare. Après cinq mois de souffrance pour l'indépendance de la partie, pendant lesquels nous avons partagé les mêmes fatigues et les mêmes privations, le moment est venu pour moi de mettre un terme à vos héroïques sacrifices. La résistance était devenue impossible, et, si d'un côté mon devoir de soldat était de défendre avec vous le dernier rempart de la monarchie, mon devoir de roi, mon amour de père me commandent aujourd'hui d'épargner l'effusion du sang qui, dans les circonstances actuelles, ne serait que la manifestation d'un héroïsme inutile.

Pour vous, mes fidèles compagnons d'armes, par égard pour votre avenir, par considération pour votre loyauté, votre bravoure et votre constance, je renonce à l'ambition de repousser les derniers assauts d'un ennemi qui, pour s'emparer d'une place défendue par de tels soldats, eût été obligé de semer des cadavres sur son chemin.

Soldats de l'armée de Gaète, depuis six mois vous avez combattu avec un courage sans pareil !

La trahison intérieure, l'attaque des bandes révolutionnaires, l'agression d'une puissance se disant amie, rien n'a pu arrêter votre bravoure, ébranler votre constance.

Au milieu des souffrances de tout genre, traversant les champs de bataille et affrontant les trahisons, plus terribles que le fer et le plomb, vous êtes venus à Capoue et à Gaète. Vous avez laissé, sur les rives du Volturno et du Garigliano, les traces de votre héroïsme, et vous avez défié pendant plus de trois mois, dans ces murs, les efforts d'un ennemi qui dispose de toutes les forces de l'Italie. Grâce à vous, l'honneur de l'armée des Deux-Siciles est intact ; grâce à vous votre souverain pourra lever la tête avec orgueil, et, sur la terre d'exil où il attendra la justice du ciel, le souvenir de l'héroïque fidélité de ses soldats sera la plus douce consolation de ses malheurs.

Une médaille spéciale vous sera distribuée en mémoire du siège, et, quand mes chers soldats rentreront dans leurs familles, tous les hommes d'honneur courberont la tête à leur passage ; les mères montreront à leurs fils, pour modèles, les braves défenseurs de Gaète.

Généraux, officiers et soldats, je vous remercie tous ; je vous serre la main avec effusion d'affection et de reconnaissance. Je ne vous dis pas adieu, mais au revoir. Conservez toujours intacte votre loyauté, comme se conservera la gratitude et l'affection de votre Roi.

François67(*). »

Le siège de Gaète touchait à sa fin. François II n'avait pas vraiment fait preuve de sang-froid lors des combats, durant lesquels « il tremblait de tous ses membres, les mains crispées sur sa tête en récitant des psaumes68(*). » Marie-Sophie, elle, supporta mieux le choc. On peut même lui attribuer d'avoir tenu tête aux Piémontais. Quoi qu'il en soit, on partait en exil. La question d'un refuge ne se posa pas longtemps. Le pape ouvrit généreusement les portes de la Ville éternelle aux souverains napolitains et à leurs fidèles. Ils débarquèrent le 14 de la Mouette -bateau gracieusement prêté par l'empereur des français- à Terracine, vers 20 heures, non sans être accueillis par les cris hostiles des détracteurs libéraux. Le général de Bailliencourt69(*) recevait d'un de ses amis la description cet épisode : « Vous avez su que le général de Goyon et moi avons reçu le roi de Naples à son arrivée ici, la nuit. Quel triste spectacle c'était, mon cher ami, et quelle chute imméritée, que celle d'un bon et charmant prince de 23 ans. La jeune reine est admirable de courage et de dignité ; elle toussait beaucoup en entrant au Quirinal ; elle avait tant souffert dans sa Casemate. Je ne puis vous dire la sympathie qu'ils inspirent, même dans l'armée française où l'esprit est... ce que vous savez70(*). » Des photos du couple royal sont disponibles dans les annexes.

Pie IX offrit à ses hôtes l'hospitalité du Palais du Quirinal, résidence qu'il n'occupait lui-même que quelques semaines par an puisqu'il avait élu domicile au Vatican depuis 1850. Le cardinal Antonelli reçut la cour dans la salle des Suisses, rappelant encore le plaisir qu'il avait de rendre l'hospitalité accordée au pape par le Re Bomba une dizaine d'années plus tôt. François et son épouse s'installèrent dans les appartements des papes. La reine-mère avait précédé le couple royal. Avec elle, étaient également arrivés son homme d'affaires Don Philippe Battinelli, le précepteur des princesses Borelli, monseigneur Gallo, ses 4 filles et les jeunes princes. Ranucci, chargé du contrôle de la Maison royale et Ruitz, secrétaire du monarque, étaient aussi logés au palais. Les ministres Ulloa71(*) et Del Re occupaient le palais de la Dateria. Entassés les uns sur les autres, ces napolitains habitués au luxe et au lucre ne tardèrent pas à se chamailler. Tout commença le soir même de l'arrivée. La reine-mère s'étant attribué la place d'honneur à la table du souper, l'épouse du roi exigea que son repas - pris aux frais du Vatican - lui fut servi dans une autre pièce, où elle dîna en compagnie de son mari. Petit à petit, on vit l'entourage du roi lui chercher querelle et comploter dans son dos. Les comtes de Trapani (frère du roi) et de Trani devinrent des spécialistes en la matière. Pendant ce temps, les généraux Clary72(*) et Bosco73(*) s'efforçaient tant bien que mal de recruter une légion étrangère. Une des premières apparitions publiques de la cour eut lieu le dimanche des rameaux. Tout le corps diplomatique y assistait. S'ensuivirent des réceptions en grandes pompes au Quirinal afin de recevoir celui-ci au mieux. Simultanément, le roi procédait à de nouvelles nominations. L'amiral Del Re, qui présidait le Conseil depuis la chute de Gaète, reçut le poste de ministre des Affaires Etrangères fin février, début du mois de mars 186174(*). Le fidèle conseiller Pietro Ulloa prenait la responsabilité du Département de la Guerre.

L'arrivée à Rome des familles patriciennes de Naples ne manqua pas de teinter la quelque peu terne vie romaine de joie méridionale -au grand dam des familles aristocratiques locales, malgré la gravité des circonstances. Il est évident que cette subite incursion réactionnaire conduisit les assemblées libérales de la ville (Comité National ou encore le Comité d'Action) à fomenter quelque complot tapageur afin de faire perdre toute crédibilité à la famille royale. L'affaire des photographies truquées, sur lesquelles on pouvait voir un sosie de la reine Marie-Sophie dans des positions pour le moins licencieuses, ne manqua pas de choquer l'entièreté des corps diplomatiques et politiques présents à Rome ou ailleurs, puisque le roi Victor-Emmanuel lui-même en reçut copie75(*) ! On colportait également tout un tas d'anecdotes sur la `cruauté' de l'ex-reine. Certains affirmaient qu'elle battait ses domestiques à coups de stylet. D'autres qu'elle tirait, depuis sa fenêtre du Quirinal, sur tous les chats de passage ! Il faut dire que sa nouvelle vie ne convenait guère à Marie-Sophie, femme de terrain. Elle montait à cheval, partait pour de longues randonnées pédestres à travers le Latium en compagnie de sa soeur Mathilde, devenue comtesse de Trani. Mais rien n'y faisait. Marie-Sophie voulait se battre, François ne la comprenait pas. La jeune reine oublia alors son ennui et son insipide époux dans les bras d'un gentilhomme belge au service du pape...

François II demeura souverain depuis son arrivée à Rome jusqu'au mois de mai. Néanmoins il s'habitua vite à sa vie d'exilé. Il s'adonnait avec plaisir à l'étude ou à l'archéologie, et c'était très mollement qu'il soutenait le clan des partisans désireux de le restaurer. Une aventure vint illuminer sa vie paisible : il tomba éperdument amoureux d'une jeune femme rencontrée au Quirinal peu de temps après son arrivée. On s'adressait billets doux et messes basses, mais cela n'alla pas plus loin. Tout au plus le roi eut-il l'audace de tenir le bras de la demoiselle lors d'un bal masqué ! Monseigneur Gallo lui avait en effet fortement déconseillé cette incartade.

Très affecté par les événements, le roi ne s'exprimait guère sur ses projets futurs. Le duc de Gramont, ambassadeur français près le Saint-Siège, le définissait comme « un enfant sur lequel les considérations politiques paraissent avoir fort peu de prise76(*). » L'incertitude la plus complète régnait quant à sa situation à Rome. Tandis qu'il faisait tout son possible pour que le roi quitte la ville77(*), le ministre des Affaires étrangères français s'arrangeait pour que l'ex-souverain récupère une partie, voire la totalité de son capital. Il avait en effet abandonné son pays sans rien emporter. On vivait de la vente de chevaux, de voitures ou de bijoux78(*). La France se devait à présent de faire des démarches auprès des autorités turinoises afin qu'on lui restitue ses biens79(*), sans quoi il continuerait à justifier sa présence à Rome dans le but « de sauvegarder le peu qu'il lui restait de sa fortune privée80(*). » Tout cela se perdit en d'interminables pourparlers. En février 1862, Carolus81(*) exprimait son inquiétude quant à la position financière de Sa Majesté qui paraissait « extrêmement gênée82(*). » Afin de le renflouer, et surtout de l'empêcher définitivement de s'installer dans la « Dominante », Napoléon III songea très sérieusement à racheter les possessions du roi déchu. Il s'agissait entre autres d'acquérir le Palais Farnèse - afin d'y installer l'ambassade de France, la Farnésine et les jardins farnésiens sur l'emplacement du palais des Césars83(*). François II semblait d'accord84(*). Finalement, le cardinal Antonelli fit en sorte que le palais Farnèse ne puisse être vendu qu'au Saint-Siège, qui n'avait en fait aucunement envie de l'acquérir. Napoléon III abandonna le projet85(*).

Assurée qu'elle ne saurait vendre son palais, Sa Majesté sicilienne décida de s'y installer « définitivement », en fait jusqu'à la prise de la ville par les Piémontais en 1870. Elle entama dès lors de restaurer la splendide bâtisse. Le prince Pignatelli engagea, pour ce faire, un architecte de grande réputation, Antonio Cipolla. Les Trani s'installèrent dans les salons du Nord-ouest. Le comte de Caserte occupait l'étage supérieur. On y logea en plus Pietro Ulloa et ses deux frères, Ruiz, le vice-amiral Del Re et de très nombreux fidèles et serviteurs. Les autres grandes familles durent s'installer dans Rome. Le duc de la Regina, par exemple, qui représenta à plusieurs reprises François II auprès du Saint-Père, habitait le petit palais Borghèse. Une liste interminable de princes et d'ecclésiastiques composait la cour de « Francheschiello », comme on l'appelait. On remarquait, entre autres, le prince de Montemileto di Trigiano, le marquis di Guidomandi, les ducs de Gallo, de Maddaloni, les comtes Grifeo, Statella, Laurenzana, Salvatore Carbonelli86(*), ministre des finances ; et son fils Domenico, attaché aux Affaires étrangères ; le général Pasca, Salvatore Murena, Pascale Governa, l'archevêque de Naples, Sisto Riario-Sforza ; l'archevêque de Bénévent, Dominico Carafa87(*).

Les généraux Bosco, Clary, Torenteros, Afan de Rivera88(*) esquissaient à grands traits la reconquête future du royaume, mais, à force de discours, omettaient d'agir... Parmi les courtisans, deux clans s'affrontaient : les « constitutionnels » (plus libéraux) et les ultras. Le roi écoutait davantage ces derniers, comme le lui recommandait sa mère. On s'inquiétait d'avantage, note Garnier, de savoir pour quel type de gouvernement on opterait une fois le pays repris, plutôt que de la manière dont on reprendrait le pouvoir perdu. Et François II prenait plaisir à répéter au représentant belge à Rome que seul un système constitutionnel, identique à celui du pays de son interlocuteur, pouvait convenir à ses Etats89(*).

Un témoin de l'époque, A. S. Kauffmann90(*), nous présente la cour napolitaine au palais Farnèse. « Les fonctions de la chancellerie royale doivent être aujourd'hui réduites à peu de chose : l'expédition de quelques brevets des ordres napolitains accordés par l'ex-roi à ceux qui le servent et espèrent encore le voir remonter sur le trône ; des nominations à des grades impossibles donnés à des hommes qui essayent en vain d'élever le brigandage à la hauteur d'une lutte de parti ; petit semblant de puissance auquel on a tant de peine à renoncer, parce qu'il rappelle ce qu'on a perdu. (...) François II reçoit les ambassadeurs de quelques puissances qui n'ont pas reconnu le royaume d'Italie. (...) Dans cette ombre de cour qui entoure le spectre d'une royauté disparue, une certaine activité règne encore. Il y a au Palais Farnèse des conseils de ministres titulaires où l'on discute des éventualités fantastiques ; il y a des réunions de conseillers sans titre, par qui tous les faits sont commentés, exagérés, expliqués dans le sens d'une restauration prochaine91(*). »

En effet, François II recevait encore les ambassadeurs étrangers. Parmi les nations ayant maintenu leurs ministres auprès du roi déchu étaient l'Autriche, la Bavière, la Russie, les Etats du pape et l'Espagne. Un premier groupe de pays avait retiré ses représentants immédiatement après la retraite du roi de Naples : l'Angleterre, la France et les Etats-Unis d'Amérique. Un second groupe s'y était pris à la chute de Gaète. Il s'agit de la Prusse, du Portugal, du Brésil et des Pays-Bas92(*). Quant à l'envoyé belge auprès du Saint-Siège et de Naples, Carolus, Charles Rogier lui demandait de mettre un terme à ses rapports le 17 novembre 186193(*). Comme exemple de réception du corps diplomatique toujours accrédité auprès du roi François, on peut citer celle organisée au début du mois de février 1861 à Gaète94(*) ou encore, celle du 7 septembre, à l'occasion de la fête de la reine95(*).

A vrai dire, le représentant belge entretenait de très (trop ?) bons rapports avec Sa Majesté Sicilienne. Le premier mars 1861, Carolus et son épouse étaient reçus en audience auprès du roi96(*). Ce n'était qu'une des nombreuses entrevues qu'eurent les deux hommes. Carolus a, semble-t-il, eu du mal à avouer au souverain déchu que ses rapports avec lui touchaient à sa fin, du fait de la reconnaissance par la Belgique du royaume italien. A plusieurs reprises, il notifiait à son ministre des Affaires Etrangères, Rogier, quelle attitude il devait adopter à l'égard de François II. Rogier ne pouvait que lui rappeler qu'il disposait de tous les éléments nécessaires dans ses correspondances précédentes97(*)... Le 8 décembre 1861, le ministre de Belgique à Rome rencontrait le roi de Naples pour une audience à titre « privé98(*) ». François II lui aurait alors déclaré : « quant à vous, cher ministre, en cessant vos rapports officiels avec moi, ne m'oubliez pas et venez me voir de temps en temps comme ami99(*). » Carolus comptait s'entendre avec ses collègues du Portugal et des Pays-Bas afin de « régler ce qu'ils auront à faire officieusement vis-à-vis de la famille royale de Naples à l'occasion du nouvel an. » Rogier approuvait cette attitude100(*).

Cette proximité de la personne du roi n'ira pas sans éveiller les soupçons des autorités piémontaises. Déjà vers la moitié de 1860, avant l'annexion du Sud italien, Villamarina craignait qu'en cas de revers des troupes napolitaines, celles-ci ne s'unissent à celles du général de Lamorcière afin de reprendre l'offensive sur Naples. Lamorcière prendrait le commandement de la totalité des troupes. Selon Villamarina, l'intermédiaire de cette intrigue n'était autre qu'Henri Carolus, qui avait eu une série d'entretiens avec le roi François101(*) !

4. Le brigandage méridional post-unitaire.

Qu'entend-on par brigandage ?

Le grand dictionnaire du XIXe siècle du libéral Pierre Larousse nous donne la définition suivante du brigandage : « Volerie, pillage commis à main armée, et le plus souvent par des malfaiteurs réunis en troupe102(*). » La définition que nous propose le grand Robert de la langue française actuel n'a guère évolué. Le brigandage consiste à voler, mais dans quel but ? Il a varié selon le temps et le lieu. La question du temps est particulièrement intéressante. Si l'on n'avait pas encore admis ce qui se cache sous l'appellation populaire du « plus vieux métier du monde », il serait tout à fait légitime de penser qu'il s'agit du brigandage. En effet, le but premier des hommes réunis en société a été de survivre. Or, dès que les conditions de vie posent problème, le naturel de l'homme tend toujours à s'emparer de ce nécessaire de survie que possède l'autre, quitte à passer par l'assassinat pour l'obtenir. Comme l'homme par nature est lâche, il a préféré agir en bande que seul. Voilà plus ou moins à quoi correspond le brigandage qu'ont connu les antiques. Nous parlions du lieu. Il peut être un facteur déterminant dans le développement du brigandage. Les forêts de la Gaule et de la Germanie de l'antiquité servaient d'excellents refuges pour les anciens malfrats qui vivaient ainsi en quelque sorte en marge de la société.

La péninsule italienne connaît le brigandage « depuis des milliers d'années, note Armand Dubarry103(*). L'âge n'est pas toujours la marque des choses respectables104(*). » Selon Pierre Larousse, seule l'Italie est en droit de disputer à l'Espagne le titre de terre classique du brigandage. Elysée Reclus, enfin, y voyait « l'un des grands fléaux de l'Italie méridionale105(*). » Le pays est-il véritablement la terre par excellence du brigandage ? Cette affirmation se vérifie au XIXe siècle, où les régions de la botte qui ne connaissent pas un brigandage, au moins à l'état endémique, sont de pures exceptions. Si l'on met traditionnellement à l'avant-plan, à juste titre d'ailleurs, le brigandage des provinces napolitaines, n'en oublions pas qu'il est un phénomène qui touche fortement non seulement les Etats Pontificaux, mais aussi la Sicile106(*).

Le royaume de Naples et le brigandage.

L'histoire a cependant voulu que Naples, ou, à plus grande échelle, le Royaume des Deux-Siciles, soit un véritable « laboratoire » du brigandage. Ceci n'est pas étranger à la dynastie régnante des Bourbons de Naples, qui en fait maintes fois usage afin d'étouffer dans l'oeuf les manifestations -qui peuvent être de simples aspirations- à caractère libéral. A quatre reprises dans l'histoire de cette Maison (1799, 1808, 1848 et à partir de 1860), le brigandage, qui de toute manière est un état permanent, passe d'un état « endémique » à un état « épidémique ».

Le brigandage rencontré sous les Bourbons ou sous leurs prédécesseurs, les vice-rois espagnols, consiste généralement en pillages exercés par des paysans affamés qui se révoltent contre le système féodal. Certes ces brigands ont connu des chefs sanguinaires mais le brigand « de base » n'était autre qu'un paysan désirant se venger des années difficiles. Ces structures sociales importées par les normands subsistent encore au XIXe siècle et il n'est pas impossible d'encore en trouver des séquelles aujourd'hui. La féodalité disposait dans le Mezzogiorno de points d'appui remarquables : une densité de population très mince ainsi que des espaces ramassés qui ont obligé les peuples à se rassembler dans des petits bourgs tenus de main ferme par un seigneur. Du temps des espagnols, des barons oppresseurs régnaient avec hargne sur leurs terres et exerçaient la justice de façon à s'attirer nécessairement la haine paysanne. Durant les deux siècles de domination des vice-rois, jamais un conflit intérieur au Royaume ne se produisit sans qu'une des parties ennemies n'ait mis les brigands à son service107(*).

Le brigandage prend véritablement des couleurs politiques à partir de 1799. C'est l'époque de la République parthénopéenne, la famille royale se réfugie en Sicile. Fomentée par les Français, elle ne contente guère que les aristocrates abhorrant la famille royale et les esprits élevés. Tandis que la Grande-Bretagne, via Nelson, vient vaille que vaille en aide à Ferdinand IV, elle aurait pu perdurer, si le cardinal Fabrizio Ruffo108(*) n'avait eu l'idée de reconquérir le royaume en soulevant les masses prolétaires. Il choisit de parcourir les régions infestées de brigands depuis la Calabre, en passant par la Basilicate et les Pouilles, réunissant autour de lui ces banditi, comme on les appelait encore, sous le signe « de la Sainte-Croix et de leur bien-aimé souverain109(*). » Tandis que Ruffo agit à Naples, d'autres chefs de brigands acquièrent une célébrité internationale, ainsi en est-il de Mammone ou Michel Pezza, alias Fra Diavolo (frère diable), en Terre de Labour. Ces personnages reçoivent des hautes places dans l'armée, des titres de noblesse et des pensions considérables pour le service rendu tandis que leurs palpitantes aventures sont contées en Europe dans une littérature de pacotille.

L'arrivée de Murat (1806) sur le trône de Naples provoque une fois de plus la fuite de la famille royale sur l'île voisine d'où elle agite le brigandage. Il ne sera pas difficile d'encore éveiller le feu qui sommeille dans la classe paysanne car celle-ci ne profite toujours pas du droit d'accès à la propriété de la terre. Un transfert du pouvoir s'est simplement opéré de l'aristocratie à la bourgeoisie, accroissant toujours le mécontentement110(*). Fra Diavolo faisait toujours des siennes tandis qu'une impressionnante quantité de nouveaux venus peuplaient désormais les rangs du brigandage de haut vol comme Taccone, maître absolu du nord de la Basilicate ou encore Antonelli dans les Abruzzes. Murat, voulant absolument en finir, fait appel au général français Manhès qui n'était pas homme de compromis. Il instaura l'interdiction de vendre des vivres aux brigands sous peine de mort. Antonelli est pendu, des milliers d'hommes massacrés et certains villages détruits. On rappelle souvent l'épisode suivant de sa répression sans limite : à Serra, où les brigands disaient vouloir se rendre, une audience leur fut accordée par le maire de la ville. Il firent irruption dans la salle d'audience et tuèrent absolument tous les membres de l'autorité. Le général exigea alors que toutes les églises de la ville soient murées et que les prêtres soient emmenés à l'extérieur. Les enfants allaient naître sans baptême, les vieux mourir sans sacrement. Dans un pays aussi croyant et mystique que le Sud italien, on a du mal à imaginer l'impact énorme qu'eut une telle mesure. Manhès n'ôta l'interdit que quand la population locale eut massacré la totalité des brigands. En quelques mois à peine, il débarrassa les provinces napolitaines de presque tous les brigands qui les peuplaient111(*).

La troisième grande phase de recrudescence du brigandage date de 1848. Car la cour napolitaine n'échappe pas aux courants libéraux qui secouent l'Europe entière. Elle se voit contrainte d'octroyer une constitution. Les princes encouragent alors le soulèvement des petites classes. Ils pensent pouvoir la supprimer en montrant qu'elle n'apporte rien sinon l'anarchie.

La quatrième et dernière poussée du brigandage, poussée simultanée à l'unité italienne, nous intéresse ici. L'historiographie actuelle prend l'habitude de la séparer en trois périodes distinctes112(*). La première correspond à la lieutenance générale mise sur pied par le Gouvernement Cavour à Naples entre l'automne 1860 et l'automne de l'année suivante. Le poste lieutenant-général est particulièrement instable. Farini, le prince de Carignan, Ponza di San Martino et le général Cialdini (1811-1892) s'y succèdent. Durant cette phase, le brigandage se présente comme une réaction légitimiste face au nouvel état des choses. François II réfugié à Rome encourage le mouvement. On s'accorde aujourd'hui à penser que la révolte paysanne qui eut lieu dans le Melfese (Basilicate) au mois d'avril 1861 marque la naissance du grand brigandage. Suivent ensuite les années 1862, 1863 et une grande partie de 1864. Elles marquent l'apogée du brigandage. La lutte est conduite, du côté italien, dès l'automne 1861, par la général Lamarmora désormais préfet de Naples et commandant de la fameuse 6e armée. Enfin la dernière manifestation du mouvement se tient entre 1864 et 1869/1870. Ces années voient le lent déclin du brigandage.

Cette étude porte dans son essence sur les deux premières phases du brigandage. Cette importante guérilla paraît aujourd'hui avoir sombré dans l'oubli, en tout cas hors de la Péninsule, où des vastes études les concernant sont financées par divers instituts. Pourtant, on ne peut ignorer l'omniprésence de ces événements dans l'ensemble de la presse européenne aux alentours de 1860. Pas un seul jour, le lecteur n'échappait, dans les rubriques « nouvelles d'Italie », aux récentes prouesses des chefs de bandes. L'Italie était évidemment parmi les pays plus préoccupés. De passage à Naples à cette époque, le célébrissime Hippolyte Taine écrivait d'ailleurs : « Toujours les brigands, on ne parle pas d'autre chose. » Mais pour toutes les nations, le brigandage était également le parfait prétexte d'une lutte entre catholiques et libéraux. « Selon les gazettes libérales, ajoutait Taine, ce sont des scélérats dignes du bagne ; selon les gazettes cléricales, ce sont des insurgés martyrs113(*). » Avant de s'intéresser aux événements, il est bon de distinguer quelles furent les causes fondamentales qui déclenchèrent le brigandage.

Principales causes du brigandage post-unitaire.

Nombre d'écrivains contemporains des faits ont proposé comme explication principale au brigandage celle des structures socio-économiques des provinces méridionales. Nous avons évoqué la société napolitaine sous le royaume espagnol. Suite à l'annexion au royaume d'Italie, elle est encore transfigurée. Désormais, il n'y a plus guère de personnages de l'ancienne noblesse : elle a en général fui pour Paris ou Rome, où elle mène une résistance toute relative. Il demeure donc, selon Marc Monnier114(*), deux groupes sociaux à distinguer : et les lettrés, et le peuple115(*). Les premiers, on s'en doute, n'interviennent pas dans le brigandage. Les seconds sont les lazzoroni, pauvres de Naples, et autres Mezzi galantuomini, petits propriétaires des campagnes. Ces pauvres du Royaume ne voulaient que deux choses : d'une part manger à leur faim et donc obtenir une baisse du prix des denrées, et en particulier du pain ; d'autre part que les abus des grands propriétaires cessent.

Marc Monnier laissait entendre que toutes les classes aisées napolitaines n'avaient pas disparu en même temps que la dynastie qui les entretenait. Il est certain qu'elles sont restées en place un certain temps, et ont même favorisé le brigandage en le finançant. Si cela n'avait pas été le cas, le secrétaire de la légation belge à Rome, Théodore de Bounder, n'aurait probablement pas fait remarquer, en date du 19 juillet 1862, que « les partisans de François II commencent à avouer que depuis que la réaction n'est plus soutenue par les classes élevées de la population des Deux-Siciles chez lesquelles un découragement s'est glissé, les bandes qualifiées autrefois par elles de réactionnaires se livrent maintenant à des actes de vrai brigandage116(*). »

Voici comment le libéral Maxime Du Camp117(*) justifie, pour sa part, le comportement du petit peuple napolitain sous Victor-Emmanuel : « Après la chute de François II, il y eut, dans les provinces napolitaines, une explosion de telles et si vives espérances qu'il est naturel qu'elles n'aient point toutes été réalisées ; il y eut donc là une déception, une sorte de souffrance générale qui pesa sur chacun en particulier118(*). » Cette souffrance générale aurait conduit les mécontents à gonfler les rangs des brigands. A tous ces membres potentiels du brigandage, Marc Monnier oublie d'ajouter les soldats licenciés de l'ancienne armée napolitaine. Pour réparer cette erreur commise, le nouveau gouvernement pense à rappeler à son service au minimum les levées de 1858 et 1859. Mais San-Martino, alors gouverneur, et le général Durando, commandant de la 6e armée, ne disposent pas de troupes suffisamment fortes pour assurer la rentrée des levées : le premier n'a que cinq mille carabiniers ou gendarmes et le second les régiments fort disséminés de Durando119(*).

Nitti propose comme cause facilitant particulièrement le brigandage, le manque de routes120(*). La population vivait de manière concentrée dans les provinces et ne disposait presque d'aucune voie de communication. En conséquence, on parcourait des sentiers peu sûrs pendant plusieurs kilomètres, sur lesquels les transports se voulaient lents et difficiles. Par exemple, en Basilicate, principal centre du brigandage, seules 33 municipalités sur 124 disposaient de routes en l'an 1863 ! Tout cela favorisait nécessairement les brigands qui préparaient de fougueuses apparitions dans la plaine avant de prendre la fuite dans les forêts. Et on sait combien le terrain du sud italien, « séparé en petites contrées que divisent des montagnes parfois inaccessibles, semble fait exprès pour donner asile aux bandits121(*). »

Autre cause évidente, l'encouragement prodigué dans un premier temps depuis Gaète, puis depuis le Quirinal et le Palais Farnèse, par le roi François et sa petite cour. Il semble aujourd'hui certain que cette action a favorisé le mouvement. Surtout dans les premiers mois de l'exil. Les libéraux français, ardents défenseurs de l'unité, tiendront à tout prix à faire passer le brigandage napolitain comme n'ayant aucune couleur politique. Les hommes ne sont pas entrés en rébellion pour aider François II, le roi de Naples ne leur sert que de cautionnement. « La situation du parti bourbonien à l'égard des brigands est donc précisément inverse de celle qu'on lui suppose généralement, notait Rotrou122(*). Ce ne sont pas eux qui demandent d'avoir François pour leur Roi, mais lui qui tient à honneur d'avoir les brigands pour soldats et défenseurs ; si demain la famille des Bourbons signait toute entière son abdication, le brigandage n'en continuerait pas avec tout autant d'activité ; il n'est lié avec aucune dynastie et s'il daigne reconnaître la suprématie nominale de François II, c'est qu'avant tout elle ne le gêne plus, puis qu'ensuite, de temps en temps, elle lui apporte quelque bénéfice123(*). » Et Maxime Du Camp de renchérir : « On peut affirmer sans crainte qu'il n'y a aucune foi politique chez ces hommes, qui sont le rebut d'une société trop violemment remuée par des crises formidables ; ils font aujourd'hui la guerre à Victor-Emmanuel en criant Vive François II ! comme ils feraient demain la guerre à François II en criant Vive Victor-Emmanuel ! Pour eux le brigandage est un métier et l'attachement aux Bourbons un prétexte124(*). »

Le 26 avril 1861, le vice-amiral Del Re et le roi édictaient un manifeste contenant ces dires :

« ... le jour, où le mécontentement sera à son comble et les populations, par un effort sérieux et simultané, seront décidées à rentrer en possession de leur indépendance, le Roi n'abandonnera certainement pas leur cause, et en quelque lieu qu'il se trouve, au prix des plus grands périls, il accourra se mettre à la tête de ses loyaux sujets pour délivrer la commune patrie. Mais jusqu'à ce que ce moment arrive, ses devoirs de souverain, son amour paternel, sa conscience chrétienne, ses prévisions politiques, tout lui défend de provoquer de stériles agitations, d'assumer la responsabilité du sang inutilement versé, et d'accepter des sacrifices généreux et prématurés. (...) Les efforts du Roi ont pu prévenir la guerre civile, mais non éviter les mouvements isolés qui échapperont partout à sa direction. De loin on ne gouverne, on ne réprime pas par la seule persuasion de la force du respect. L'exaspération toujours croissante d'une grande partie du peuple, le mécontentement général, l'amour de l'indépendance, l'attachement à une dynastie trahie, l'oppression, la dilapidation, la misère, ont poussé et pousseront chaque jour davantage les coeurs généreux à la révolte contre la domination étrangère125(*). »

Autant dire : ne vous soulevez pas, mais soulevez-vous tout de même !

On peut s'étonner des vues pour le moins naïves de l'envoyé belge près le Saint Siège concernant l'aide prodiguée aux brigands par le roi de Naples. Le 30 avril 1861, Carolus notait « on dit, et je le crois, que Sa Majesté n'a point provoqué les tentatives réactionnaires qui se sont produites dans les états napolitains mais elle doit avoir laissé faire ; et dès lors ne s'est-elle pas exposée à ce que naturellement on les lui attribue126(*) ? » François II réservait le même discours à l'ambassadeur français, le duc de Gramont. Celui-ci notait : « Il [n.d.l.a. le roi] repousse de la manière la plus formelle et la plus catégorique tout ce qui pourrait ressembler à un désir de fomenter des troubles et de perpétrer des luttes à main armée127(*). » Gramont était cependant persuadé qu'un « parti », contre lequel François II et le gouvernement du pape luttaient, continuait à intriguer. Selon lui, le comte de Trapani, frère de François II, n'y était pas étranger, bien que le roi l'ait prié de ne pas se livrer à ce genre de « commerce128(*) ». François II était-il bon comédien ? Ou le corps diplomatique était-il de parti pris ? Ceux-ci estimaient sans doute que le roi « leur devait et leur disait la vérité129(*). »

Du reste, ce dernier cachait son jeu. Tandis qu'il protestait contre toute participation directe ou indirecte à la réaction, on attribuait les actes de brigandage, dans son entourage, au parti démocratique...130(*) Le roi donnait néanmoins l'impression de s'intéresser à l'oeuvre des légitimistes. Lorsque ceux-ci étaient en mauvaise posture, lui et son entourage paraissaient très découragés, confiait Théodore de Bounder131(*). François II insistait sur le fait qu'il n'oserait jamais s'impliquer dans les agissements réactionnaires pour ne pas « compromettre le gouvernement du Saint-Siège qui lui a donné si généreusement asile132(*). » Il allait jusqu'à affirmer à Lord Odo Russel133(*), représentant officieux de la Grande-Bretagne à Rome, qu'il condamnait les mouvements réactionnaires et que le brigand Chiavone agissait de sa propre initiative. Celui-ci voulait obtenir une entrevue avec Sa Majesté, ce qu'il avait refusé net. Il espérait désormais que le gouvernement pontifical l'arrêterait le plus vite possible...134(*)

Mais peut-être ce gouvernement était-il lui aussi impliqué, d'une manière ou d'une autre, dans la réaction. Il paraît frappant de remarquer que l'ensemble des dispositions prises par les Bourbons à Rome aboutirent sans problème. A un tel point que des bureaux de recrutement pour le brigandage avaient été installés au grand jour. L'un se trouvait place Campo di Fiori, en face du palais Farnèse, l'autre place Montanara135(*). Une partie du corps diplomatique avait également une attitude suspecte. En juillet 1861, les gendarmes français retrouvaient au Palais Galitzin, où étaient abrités le ministre de Bavière, le premier secrétaire de la légation de Russie ainsi que le consul de Belgique, des documents et des armes sur le point d'être expédiées à Albano136(*), endroit où, par le plus grand des hasards, François II venait de louer une villa pour échapper aux fortes chaleurs de l'été romain. Cela nous conduit à supposer un certain laisser-faire voire un total encouragement de la part des autorités pontificales pour la cause légitimiste. Etudions de plus près les relations entre la cour napolitaine et le catholicisme.

L'entourage du pape a, pour sa part, toujours démenti une quelconque participation. A plusieurs reprises, le gouvernement du pontife fit arrêter et désarmer des membres de la réaction afin d'attester « qu'il veut rester étranger aux intrigues des partis et aux événements dont Naples est la théâtre137(*). » Lorsque le 12 novembre 1861, Antonelli reçut une dépêche télégraphique annonçant un succès de la bande de Chiavone, il sembla, notait Carolus, « n'y attacher aucune espèce d'importance138(*). » Et le ministre belge de renchérir : « Le gouvernement pontifical est très contrarié des mouvements réactionnaires napolitains qui se produisent à sa frontière et amènent des conflits ; il a prescrit des mesures pour les prévenir139(*). » En plus de s'innocenter, le cardinal Antonelli prenait la défense du roi de Naples, clamant haut et fort qu'à la chute de Gaète, celui-ci avait pris toutes les mesures nécessaires afin de dissoudre les forces napolitaines qui restaient organisées dans les Abruzzes et la Calabre...140(*) Lord Odo Russel ne se voulait pas dupe des manigances du roi et du Saint-Siège. Fin juin 1861, il notait clairement : « le roi François et monseigneur de Merode continuent à organiser leurs bandes réactionnaires pour les Abruzzes, et leurs procédés illégaux rencontrent l'approbation du pauvre vieux pape, mais même sa bénédiction ne leur donne pas plus de succès141(*). » Le remplaçant du duc de Gramont -le marquis de Lavalette142(*)- montrait un peu plus d'esprit et de clairvoyance que son prédécesseur. Son rapport du 20 juin 1862 reconnaissait que « la réaction recrutant ses chefs parmi les aventuriers et ses soldats parmi les gens sans aveu et sans ressources dont Rome est, en ce moment, le refuge, n'existe, en réalité, que par l'appui plus ou moins déguisé que lui donnent les autorités pontificales. » L'ambassadeur allait même plus loin : « on serait tenté de croire qu'elle se fait plutôt à l'instigation et au profit de ces dernières que pour le compte du roi François II143(*). »

On ne peut plus nier aujourd'hui l'aide évidente promulguée aux brigands par le gouvernement mais aussi et surtout par le clergé, qu'il soit régulier ou séculier. Sous l'influence de Merode, Antonelli donnait son aval à l'abbé Ricci di Faenza, organisateur de manifestations prônant le Christ-Roi, pour le recrutement, la nuit aux alentours de Montecitorio, dans l'intérêt du brigand Chiavone, dont nous reparlerons. Les prêtres, quant à eux, garantissaient le ciel aux enrôlés tombés pour la cause légitimiste. La police vaticane était évidemment au courant de ces agissements mais faisait mine de les ignorer. La secrétairerie d'Etat elle-même était impliquée. Elle transmettait au consul du Saint-Siège à Naples, Pietro de Mandato, des correspondances napolitaines chiffrées qu'il fallait ensuite faire parvenir au Comité du comte Camaldodi144(*).

Nous en arrivons à présent au troisième parti impliqué dans l'aide au brigandage, quoi que son rôle semble plus ambigu. Il s'agit bien sûr du corps expéditionnaire français présent à Rome et de son chef, le général de Goyon. Dans les premiers mois de 1861, celui-ci était apparemment décidé à enrayer le brigandage. De nombreuses perquisitions étaient menées et les arrestations pleuvaient, de telle sorte que, au mois de mai, le duc de Gramont faisait remarquer la sévérité du général afin d'empêcher « qu'on envoie des sous napolitains dans les Abruzzes145(*). » De même, Théodore de Bounder de Melsbroeck pouvait écrire : « L'armée française veille avec un soin scrupuleux à ce que ne parte d'ici aucun secours d'hommes ou d'argent pour les provinces napolitaines146(*). » Le secrétaire de la légation poursuivait sa missive en précisant que les autorités militaires françaises se plaignaient beaucoup que des journaux italiens et même des personnages politiques les représentassent comme prêtant la main à la réaction « prétendument organisée ici. »

Ces soupçons n'étaient pourtant pas abusifs. Paris réagit en tout cas et reprocha au général de faire beaucoup trop pour le gouvernement pontifical. D'après Carolus, de Goyon se trouvait dans un grand embarras147(*). Cela ne l'empêchait pas de proclamer, quelques temps plus tard, « qu'il ne se prêterait à aucun prix à accomplir des actes ayant le moindre caractère hostile vis-à-vis du Saint-Siège148(*). » Quant aux prisonniers que les Français pouvaient faire, s'il s'agissait de ressortissants français, on les renvoyait généralement dans leur pays d'origine. Ce fut notamment le cas d'un légitimiste trop ardent, monsieur de la Pierre149(*). Dans le cas de brigands d'autres nationalités, on s'attendait toujours à ce que le Conseil de Guerre français les acquitte sans leur faire trop de souci150(*). Turin voyait d'un mauvais oeil les agissements du général français. Dans un télégramme daté du 21 décembre 1861, le président du Conseil Ricasoli ne mâchait pas ses mots : « On organise une nouvelle expédition pour le brigandage formée de plusieurs bandes, on prépare un demi-million de cartouches qu'on expédie avec les armes à la frontière par Tivoli. Les français voient tout cela, mais indifféremment. Ils ont simulé une perquisition pour rechercher Chiavone, pendant que tout le monde savait sa demeure [n.d.l.a., ailleurs]151(*). »

En novembre 1861, Lord Odo Russel ne comprenait pas que le « distingué » général de Goyon ne puisse en venir à bout du brigandage, alors qu'il lui aurait suffi d'à peine un mois. Il connaissait ses origines et l'avait vu être organisé voire subventionné sous ses propres yeux, non pas sans réagir. Au contraire. Selon Russel, les officiers français qui s'appliquaient trop à poursuivre les brigands étaient blâmés, tandis que le peu de légitimistes qui tombaient entre leurs mains étaient directement amenés, avec leurs armes, aux autorités pontificales, qui se chargeaient de les remettre en liberté. Goyon justifiait cet agissement par le manque de moyens pour entretenir ces hommes en prison. Par ailleurs, les brigands ne pouvaient être remis aux autorités italiennes avec lesquelles le pape n'avait jamais signé aucun traité d'extradition152(*). Enfin, lorsque les troupes piémontaises approchaient de trop près ses frontières, le Vatican faisait des remontrances aux Français du corps expéditionnaire, et s'ensuivait une correspondance belliqueuse entre les autorités françaises et italiennes...153(*) Russel admettait cependant que le général de Goyon ne savait lui-même à quoi il devait précisément s'en tenir. Il fallait, s'écriait-il, que des ordres du Département de la guerre viennent confirmer les suggestions du nouvel ambassadeur français, monsieur de Lavalette, que Goyon faisait constamment mine de ne pas entendre154(*).

Cet imbroglio extraordinaire fit beaucoup rire la presse et ses lecteurs du temps. La caricature hilarante que vous pouvez observer dans les documents annexés montre quelle ampleur la polémique a pu prendre. Elle montre en effet Napoléon III cachant le pape, qui lui-même abrite François II, qui enfin protège le brigandage. Napoléon III et Pie IX couvriraient donc le mouvement. Pour le libéral Armand Lévy155(*), cela ne faisait aucun doute, « les instigateurs du brigandage dans les provinces méridionales de l'Italie, ce sont le ci-devant roi de Naples et la cour de Rome. Si l'on a fait quelque part des voeux pour qu'un miracle s'accomplit (sic) dans Gaète et que la dynastie bourbonienne en sortît victorieuse, assurément c'est au Vatican. Mais le gouvernement du Saint-Père ne se borna pas à prier ; il laissa s'organiser sur son territoire des bandes156(*). » Et monsieur Monnier complétait ces allusions comme suit : « Le clergé déclara la guerre à l'Italie dans toutes les provinces et même à Naples ; d'abord timidement, nuitamment, dans des prédications clandestines, bientôt en plein jour, dans des prêches hérissés d'allusions où Victor-Emmanuel était désigné sous le pseudonyme d'Hérode. Au lieu de François II, le curé disait Jésus-Christ. Dans les campagnes, la soutane et le froc péroraient ouvertement contre le roi excommunié, complotant une croisade en règle157(*). »

Le brigandage légitimiste à la chute du Royaume de Naples.

Premiers mouvements dans les Abruzzes.

Les premiers soulèvements se firent dans les Abruzzes vers le mois d'octobre de l'année 1860. Parmi les généraux de François II, mettons en évidence le comte de Christen158(*). Il quitta Paris pour Rome dans la première quinzaine d'avril 1860. Il y resta jusqu'au mois de septembre. Grâce à une lettre de Monseigneur de Falloux, il se fit présenter au roi François, en exil à Gaète. Il obtint du souverain le commandement d'un corps franc. Il se rendit alors vers Itri, auprès du général Lagrange159(*), avec lequel il devait agir de concert. Ils avancèrent en Terre de Labour et dans les Abruzzes jusqu'à Aquila, qu'ils prirent. D'accord avec le général Scotti, qui venait d'Isernia, ils devaient marcher l'un vers l'autre et se retrouver à Popoli. Scotti tomba cependant dans les mains des Piémontais avec huit mille hommes deux jours avant que Klitsche de Lagrange ne partit d'Avezzano pour marcher sur la capitale des Abruzzes160(*).

Alors que les hommes de de Christen et ceux de Lagrange se repliaient dans les Etats romains, ils furent désarmés par un détachement de troupes françaises. Christen proposa ensuite de céder la direction du foyer d'agitation des Abruzzes au comte de Kalkreuth161(*), afin de se jeter sur la Calabre. Le roi refusa. Il prit alors (décembre 1860) la route de Bauco (Sora) en compagnie de Kalkreuth162(*) et Coataudon163(*). Là, ses hommes occupèrent dans un premier temps Carsoli et Tagliacozzo où ils mettent en fuite 400 Piémontais164(*), avant de se rendre sur Avezzano. Rejoints par les troupes de Luigi Alonzi, dit Chiavone, ils résistèrent vaillamment, à Bauco, à un détachement piémontais commandé par le général Sonnaz165(*).

Au bout d'un moment, les deux parties décidèrent de négocier. Monsieur de Christen reçut l'autorisation de se retirer n'importe où pourvu qu'il ne se batte plus dans les Abruzzes et la Calabre tant que le roi se tiendrait à Gaète166(*). En mars 1861, grâce à l'intervention du duc de Gramont, le roi de Naples et Victor-Emmanuel se mettaient d'accord pour que les volontaires de la colonne Christen bénéficient des conditions de la capitulation de Gaète. L'action du comte de Christen dans le brigandage prit fin peu de temps suite à cette bataille. Présent à Naples en juin 1861, il était reconnu et arrêté. Il passa une année entière dans la prison de Santa-Maria-Apparente. Les multiples interventions de la diplomatie française, mais aussi de l'Imépratrice Eugénie et de lady Jersey, lui évitèrent d'être fusillé. Il fut condamné à 10 ans de bagne par la cour d'assises de Naples mais le roi Victor-Emmanuel le graciait le premier novembre 1863167(*).

Pour Monnier, les expéditions purement légitimistes prirent fin lors de la chute de Gaète168(*), le 13 février 1861. François II, dans le commencement de 1861, toujours décidé à enflammer l'étincelle, adressait la proclamation qui suit aux paysans des Abruzzes :

« Quand l'étranger menaçait de détruire les fondements de notre patrie ; quand il n'épargnait rien pour anéantir la prospérité de notre beau royaume et faire de nous des esclaves, vous m'avez donné des preuves de votre fidélité. Grâce à votre sévère et noble attitude, vous avez découragé l'ennemi commun et ralenti la marche d'une révolution qui s'ouvrait la voie par la calomnie, la trahison et tout genre de séductions.

Non, je ne l'ai pas oublié !

Loyaux Abruzzais, redevenez ce que vous fûtes ; que la fidélité, l'amour de votre sol, l'avenir de vos fils, arment de nouveau vos bras. Nous ne pouvons en un seul instant nous laisser prendre aux insidieuses perfidies d'un parti qui veut tout nous ravir. Non, ne nous assujettissons point à sa volonté, mais revendiquons plutôt la liberté de nos lois, de nos coutumes et de notre religion.

Mes voeux vous accompagnent toujours et partout. Le ciel bénira vos actions169(*). »

Le 15 janvier 1861, s'embarquaient à Marseille le vicomte de Noë, le comte de Saint-Martin et le vicomte de la Pierre. Ils naviguaient vers Messine, d'où ils devaient rejoindre la Calabre, qu'on leur avait indiquée comme étant la « vraie Vendée » de l'Italie du Sud. Ils projetaient de fonder, à Monteleone, une capitale provisoire pour le royaume de Naples. Quelle pouvait être leur motivation ? Pour Benedetto Croce, ces jeunes hommes étaient tels des « cavaliers errants170(*). » Croce reproduit ces mots tirés de l'ouvrage du comte de Noë, Trente jours à Messine : « le sentiment chevaleresque se réveilla à la vue du faible opprimé : tel fut le sentiment qui s'empara de nous, en nous jetant dans une expédition considérée comme aventureuse et désespérée171(*). » Une semaine après l'arrivée des ressortissants français, le 22 janvier, débarquait à Messine un personnage qui ne nous est plus inconnu : le comte de Kalkreuth. On connaît sa fin tragique. Quant aux français, ils furent dénoncés auprès des autorités piémontaises par leur domestique, un certain Jean-Louis Bondaille, et par un médecin. Le vicomte fit immédiatement appel à l'agent consulaire français, Boulard, lui clamant son innocence.

Selon Boulard, une frégate russe se trouvait à Messine avec, à son bord, un général, quelques officiers napolitains et un banquier local, Jaeger et C. Celui-ci avait reçu l'ordre de mettre à la disposition des napolitains une somme de 3 millions de francs français. Le consul russe, qui supervisait toute l'affaire, était dépositaire d'une somme de 400 à 500 mille francs. Ils avaient pour instructions de faire sortir deux ou trois bataillons de la citadelle de la ville pour les débarquer ensuite sur Reggio et la Calabre. Sans doute était-ce parmi ces hommes que devaient se retrouver les français interpellés. Le 21 janvier, ceux-ci étaient transférés de l'hôtel, où ils étaient retenus prisonniers, vers le fort Gonzague. Ils firent, à cette occasion, l'expérience d'un bain dans une foule totalement gallophobe depuis Villafranca. Le 10 février, les trois hommes -et Kalkreuth- étaient emmenés de la forteresse au port. Ils embarquaient sur le bateau sarde baptisé « Il plebiscito »... pour être conduits à Gênes puis à Turin. Pendant ce temps, Thouvenel, faisait les démarches nécessaires afin de sortir ses compatriotes hors des mains des Piémontais. Cavour finit par céder. Les hommes, qui devaient être exécutés dans les 24 heures, avaient la vie sauve. En échange, le Président du Conseil italien aurait souhaité que l'autorité française intervienne en faveur d'une trentaine de prisonniers piémontais détenus à Rome. Ceux-ci avaient été pris à la frontière pontificale par des zouaves qui leur tuèrent un homme. Le Général de Goyon admit finalement que les soldats pontificaux avaient pris leur rôle trop à coeur et il les fit remplacer par des troupes françaises. Sergio Romano voit, dans cet incident, un premier pas vers la reconnaissance, par l'Hexagone, de la nation italienne172(*).

Le brigandage commandité depuis Rome.

Au mois d'août 1861, un jeune vendéen, dont le père était bien connu pour ses actions dans la chouannerie, vint à Rome offrir ses services au roi. Il s'agissait du comte de Cathelineau, ce personnage qui, moins d'un an plus tôt, proposait son aide aux zouaves de Xavier de Merode.

Il arriva à Rome à la tête d'une soixantaine d'hommes recrutés par lui dans les anciennes provinces de la Bretagne, du Poitou et de la Vendée et dont certains d'entre eux portaient des noms particulièrement évocateurs, comme Cadoudal, ce qui n'allait pas sans inquiéter le cardinal Antonelli, qui jusque-là s'était tenu à l'écart des recrutements de de Merode. Se débarrasser définitivement de Cathelineau et de ses hommes supposait entrer en conflit ouvert avec le prélat belge. L'issue étant bien incertaine, Antonelli préféra attendre la fin de l'entrevue entre le prélat et Cathelineau, dont ce dernier sortit fortement irrité, car Merode avait insisté pour que lui et ses hommes vinssent se confondre dans les rangs des volontaires à pied. Le cardinal proposa alors de loger le Vendéen et ses soldats dans un couvent appelé Retiro-Sacro et anciennement occupé par les jésuites.

Se produisit alors quelque chose de fort curieux : on vit dans ce couvent ripailler et festoyer, aux frais du Saint-Siège, tous les personnages ayant refusé de s'enrôler dans les volontaires à pied. Ils ne risquaient plus ainsi de toucher aux armes. Merode réagit violemment au stratagème de son ennemi et déclara aux hommes que « tant qu'ils resteraient dans la demeure somptueuse où les avait placés le cardinal, il ne souffrirait pas qu'une seule arme leur fut confiée, parce qu'il ne verrait pas en eux des soldats ; que s'ils étaient venus à Rome avec la ferme pensée de soutenir la cause du Saint-Père, le seul moyen d'atteindre ce but était d'entrer aux Franco-Belges, où ils trouveraient des jeunes gens nobles comme eux et comme eux dévoués aux principes monarchiques et religieux ; qu'en hommes de coeur qu'ils étaient, ils devaient préférer un travail glorieux, utile pour la cause qu'ils soutenaient, à une oisiveté d'autant plus coupable qu'elle coûtait chaque jour des sommes considérables au souverain pontife173(*). » Suite à cette intervention, Cathelineau quitta Rome tandis que ses croisées prirent place parmi les franco-belges.

Le 13 août 1861, Cathelineau recevait le mot suivant de François II :

« Monsieur, je viens avec la présente vous prier de faire une course ici pour pouvoir vous parler personnellement. Croyez toujours à votre

François174(*). »

De retour à Rome le 11 septembre vers 20 heures, il se présenta aux souverains une demi-heure plus tard. On se plaît à rapporter quelles furent alors les paroles de Marie-Sophie : « J'aime mieux mourir dans les Abruzzes, au milieu des braves, que de vivre à Rome175(*). » La reine voulait lancer immédiatement une opération de grande envergure. L'hiver était imminent et le roi semblait fort indécis. Il accepta cependant qu'on fasse les démarches nécessaires. On envoya un messager dans les Abruzzes prendre des nouvelles de la situation et savoir ce que pensait le brigand Chiavone, qui était sur place, de l'état d'esprit des populations. L'envoyé rapporta que 360 hommes accompagnaient le chef. Le roi ordonna alors le départ du français Henri Arnous de Rivière auprès du général en chef avec l'ordre « d'organiser, mais de conserver toujours, pour ce chef, le respect et les attentions qu'il méritait176(*). »

Le 20 septembre, François II présentait à Cathelineau le prince de Caserte, prêt à partir pour le front, s'il le fallait. Le roi s'exprima ainsi en faveur du Français : « Quand on s'appelle Cathelineau, qu'on a quitté sa famille, son pays, pour répondre à l'appel d'hommes qui ont fait tant de fautes, on mérite la confiance la plus entière. Je vous confie mon jeune frère : non-seulement parce que je sais que vous défendrez sa vie au péril de la vôtre ; mais encore parce que je suis certain que vous veillerez sur son âme, dont le salut m'est infiniment plus cher que celui de son corps, malgré ma tendre affection pour lui177(*). » Le roi s'apprêtait-il donc à envoyer son frère à la mort ? C'était sans compter sur l'influence de l'ambassadeur espagnol que François II semblait écouter tel un prophète, monsieur Bermudez. Celui-ci fit dans un premier temps mine d'accepter le projet de départ, bien que l'hiver approchât et que le moment ne fût pas des plus propices. Mais, puisque telle était la volonté de la reine... Sur ces entrefaites, Arnous de Rivière revenait, s'il faut en croire Cathelineau, avec les meilleures impressions du front. La prise de Sora était une chose simple. Il n'y avait plus, ensuite, qu'à se réfugier dans les montagnes qui la surplombaient178(*).

Soudain, le roi, sur pression de Bermudez -et sans doute aussi prenait-il peur-, fit volte-face. Il ne songeait désormais plus à envahir les Abruzzes mais bien les Calabres. François II s'exprimait en ces termes : « Nous venons de passer un mois à travailler pour organiser une entrée dans les Abruzzes, j'étais décidé à y aller moi-même ; cependant, je change d'avis. Ma position à Rome est délicate, je suis l'hôte du gouvernement du Pape, je craindrais de le compromettre vis-à-vis du gouvernement français si je m'y rendais personnellement. Un prince, mon frère, peut me remplacer : mais je ne crois pas que le moment soir favorable ; il vaut mieux s'organiser pendant l'hiver179(*). » Enervé, Cathelineau voulut s'entretenir avec Bermudez (début octobre 1861). Il discutèrent un long moment, mais sans résultat. Vers la même époque, Cathelineau se rendait auprès de monseigneur de Merode qui l'avait fait demander. Ses dires se passent de commentaires : « Monsieur de Cathelineau, je viens vous prévenir que si vous êtes ici pour quelque motif politique que ce soit, je vous ferai partir de Rome, et si j'apprends que vous fassiez un seul enrôlement pour les Abruzzes, je vous ferai saisir par quatre gendarmes et conduire à Civitavecchia. Je tenais à vous prévenir, car il n'est pas agréable de se trouver enlevé au milieu de la nuit180(*). » A quoi Cathelineau ne put rien répondre d'autre qu'il demandait à voir cela. Peut-être Cathelineau exagère-t-il le contenu de cette entrevue ? On sait, en tout cas, que depuis que le prélat belge ne lui avait pas fait de propositions susceptibles de l'intéresser l'année précédente, les relations entre les deux hommes n'étaient plus au beau fixe.

Installé à l'hôtel de la Minerve, Cathelineau prit contact avec le Comité légitimiste de Rome et ses membres. Mis à part les deux bureaux précédemment cités, le couvent de Jésus-Maria au Corso était le siège d'un sous-comité, également spécialisé dans l'enrôlement. Y étaient actifs l'ex-préfet de police Governa, l'ex-directeur de police Mazza... Vagnozzi s'était fait spécialiste du recrutement pour les Abruzzes tandis que les frères Perfetti se spécialisaient dans la fourniture d'armes. Cathelineau entretenait de nombreux rapports avec l'extérieur afin de recruter au maximum et de récolter des fonds, mais également avec les autres grands généraux de François II, comme Chiavone, dont nous venons de parler. A la mi-octobre, le roi confia une vague mission au Vendéen en Autriche. Il devait remettre une lettre au duc de Modène de la part du roi et un mot à la duchesse de Berry de la part de Marie-Sophie. Sans doute s'agissait-il de l'éloigner de Rome un certain temps. Il partit, accompagné de son beau-frère, le marquis de Kermel, zouave pontifical sous les ordres du commandant Charette181(*).

A côté de ce français, nous avons à évoquer la figure de Luigi Alonzi, dit Chiavone. Il fut sans aucun doute l'un des plus importants généraux de François II. Il eut en tout cas une autorité relativement durable sur une région plus ou moins déterminée, il l'exerçait sur les alentours de Sora et sur une bonne partie des Abruzzes. Ce personnage emblématique fit à lui seul couler beaucoup d'encre.

Alessandro Bianco di Saint Jorioz nous donne un portrait détaillé de l'homme en question. Il était originaire de Sora182(*) où il exerçait le métier de garde forestier. Il s'était engagé dans l'armée de Ferdinand II où il fut condamné pour mauvaise conduite. Il se faisait remarquer par son existence déréglée, son impétuosité et un appétit sexuel sans égal. Il fut un des premiers à prendre le chemin de la montagne pour mener la rébellion contre le Gouvernement national. Son physique s'accordait parfaitement à son caractère : sombre, féroce et dur. Il y avait cependant quelque chose de songeur dans sa physionomie, qui n'était pas sans offrir un certain attrait. Cela lui donnait l'apparence d'un homme peu banal et d'esprit ouvert, mais ce n'était qu'une apparence : il n'avait en réalité « aucun talent et aucun génie. » Saint Jorioz ajoute qu'il n'a jamais fait preuve d'une sagesse militaire ou d'une hardiesse plus importantes qu'un autre. Cependant il fut probablement le meilleur de tous les capitaines de bandes de son espèce, excepté le célèbre espagnol José Borgès. Il aimait à se vêtir théâtralement, comme le faisait son prédécesseur, Fra Diavolo. Pratiquement illettré, il écrivait malgré tout sans arrêt. Avide d'argent, il aurait détourné des fonds qui lui avaient été confiés par le roi François afin de mener la résistance à l'envahisseur ! Ce trésor, il l'aurait enfui dans une caverne à proximité de la maison de sa maîtresse, la veuve du bandit Cocco, qui résidait à Scifelli, afin que le jeune fils de celle-ci, dont il s'était pris d'affection, en hérite. Lors de l'arrestation du jeune Cocco, ni les interrogatoires, ni les menaces et les perquisitions répétées ne permirent de mettre la main sur ces prétendues richesses183(*). Reportez-vous aux annexes pour visualiser des photographies de Chiavone.

Les appréciations envers le général de Sa Majesté François II furent très mitigées. Pour un conservateur comme A. Insogna, Chiavone était « l'homme qui fit mobiliser toute l'armée piémontaise et donna le signal de la révolte184(*). » Pour les libéraux, il ne représentait rien d'autre qu'une marionnette que le roi de Naples agitait dans tous les sens mais qui ne disposait d'aucune influence. Il est vrai que la technique de brigandage du personnage avait de quoi surprendre. Elle consistait à longer la frontière séparant les Etats Pontificaux et le royaume de Naples, principalement entre Sora et Frosinone. Si aucun risque ne se présentait, alors on s'enfonçait de peu dans les anciennes terres de François II. Dès que les Piémontais menaçaient de les intercepter, lui et ses hommes franchissaient de nouveau la frontière et se trouvaient en sécurité. A ce propos, l'agent consulaire français Rotrou faisait remarquer que la bande se maintenait sur le territoire romain « afin d'être à l'abri de toute surprise et de permettre à ces messieurs de dormir sur leurs deux oreilles. » Pour le français, Chiavone n'était qu'une « plaisante invention de l'évêque de Sora, derrière laquelle se cachent les sommités militaires du brigandage officiel qui ont toujours tenu à ne pas s'éloigner de la caisse et de Rome. Cela vaut à Chiavone de pouvoir arracher de temps à autre quelques sommes au ministre de la guerre in partibus de François II ; et franchement on les doit bien au pauvre diable, car sa bande, plus prudente que les autres, fût morte de faim si elle n'avait pour se soutenir que ses propres exploits185(*). » Tandis que Marc Monnier voyait en lui un « drôle », dont même les feuilles libérales françaises exagéraient l'importance186(*), Armand Lévy le traitait de bandit187(*).

Les troupes du `général' Chiavone auraient sans doute connu une existence plus éphémère si elles n'avaient disposé de l'aide efficace du Saint Siège. Presque systématiquement, en effet, les brigands capturés par les Piémontais étaient remis aux gendarmes pontificaux. Ceux-ci prenaient alors en charge de les ramener à Rome et... de les libérer. Au mois de novembre 1861, Lord Odo Russel pestait justement sur ce gouvernement pontifical qui interdisait formellement d'emprisonner Chiavone ou ses agents sans un ordre express en provenance de Rome188(*). Selon Monnier, on pouvait lire dans de nombreuses dépêches officielles des gendarmes pontificaux, portant les armes du pape, que tel ou tel brigadier gratifiait Luigi Alonzi du titre d'Excellence. D'autres missives encore assuraient que les gendarmes prenaient soin d'escorter les convois de bandits de telle manière qu'ils échappent à la vigilance des soldats français189(*) !

Chiavone attirait les foules, et plus particulièrement les jeunes gens de toute l'aristocratie européenne. On ne s'étonnera pas de lire les plaintes du cavalier Uccelli, présent à Paris. Selon lui, la rumeur court que 20 à 25 jeunes Français veulent aller se battre sous l'étendard de Chiavone et reproduire dans les Abruzzes ce qu'avaient fait de Charette et de Larochejacquelin en Vendée190(*). Dans ce même ordre d'idée, Lord Odo Russel assurait qu'aucun Napolitain respectable ne se trouve dans les rangs de Chiavone. De plus, « tous ses officiers sont des étrangers, Français, Belges, ou Espagnols, envoyés par les Comités légitimistes de Marseille, tandis que ses hommes sont recrutés parmi la plus basse populace191(*). »

La célébrité de l'homme apparut vers le milieu de 1861. C'est en effet à cette date qu'on trouve les premières mentions le concernant dans la presse et la correspondance diplomatique. Le représentant britannique à Rome, Lord Odo Russel notait, à la date du 16 mai, qu'un individu du nom de Chiavone, qui semblait avoir de l'argent à la demande, avait recruté 400 ou 500 hommes. Il aurait attaqué le village de Monticelli, situé sur la gauche de Postella, tué le syndic local et pris possession de la place fortifiée. Une attaque des gardes nationaux le lendemain avait été repoussée par les brigands. La garnison française de Terracine avait été lancée à ses trousses mais sans effet, les guides des Français étant tous des gendarmes pontificaux192(*). Cette expédition prenait en fait place le 3 mai. Les chiavonistes occupèrent successivement Monticelli, Pastena, Pico et Lenola, abattant tous côtés les drapeaux de la maison de Savoie et jetant au feu les archives communales et judiciaires dans lesquelles se trouvaient les dossiers de nombreux membres de la bande193(*). Une vingtaine de jours plus tard, le 27 mai, Chiavone attaqua à nouveau Sora, qui demeurait sa cible favorite, mais il fut repoussé194(*).

Vers la mi-juillet, craintifs de s'aventurer à l'intérieur des terres napolitaines, les Chiavonistes préfèrent agir sur la grande bande du Val Roveto, dévastant San Vicenzo et San Giovanni, occupant Collelongo et Villavallelonga, dans l'intention de se réunir aux bandes des Abruzzes, comme celle de Centrillo, afin de mener une action de plus grande portée. Il n'ignorait pas, cependant, que la route par Pescasseroli était barrée par un détachement du 35e régiment d'infanterie. Chiavone et ses combattants renoncèrent finalement à tous leurs projets ultérieurs, repassant le Liri près de Balsorano195(*).

Dans presque toutes les villes d'Italie méridionale, on pouvait lire des appels pour la défense de la patrie signés de la main du général, qui se complaisait à édicter toutes sortes de tracts -bien que certains d'entre eux fussent de la main de François II, ou du moins de son entourage- et autres ordres du jour dans lesquels l'orthographe catastrophique rivalisait avec la piètre qualité de la syntaxe.

« Aux armes, aux armes ! La patrie est la proie de l'étranger, nous sommes des esclaves ; il nous insulte, nous calomnie, nous frappe, et nous fusille sans pitié. Nos maisons sont saccagées, nos campagnes brûlées, nos plus honnêtes citoyens ont été poignardés ou condamnés à divers genres de mort. Les prisons sont remplies des meilleurs d'entre nous ; les évêques ont été battus, le roi a été bombardé, les arsenaux et la flotte ont été pillés, et tout ce que nous possédions de noble et de grand a été souillé, ravagé et détruit ! La mesure des outrages est comble : levons-nous tous ! Liberté et indépendance ! Chassons l'étranger !

Une horde de sectaires est venue de toutes les parties de la terre saccager notre pays ; un roi, qu'on nomme le galant homme, est entré comme un voleur sur notre territoire pour dépouiller son neveu et enchaîner les Napolitains. Les calomnies, les mensonges, les trahisons ont abattu le trône de Roger et anéanti notre nation ; mais, animée d'une généreuse colère, elle s'élève maintenant contre le mensonge et contre les oppresseurs ; elle veut son roi, ses lois, sa religion : elle répond au plébiscite des sectes par un non terrible qui retentit d'un bout à l'autre de l'Europe.

Il y a six mois j'ai levé le drapeau de la patrie et je l'ai agité devant les yeux de nos audacieux ennemis. Ce Dieu, qui secoure les opprimés et confond l'iniquité tyrannique, m'a donné la force de triompher, avec quelques braves qui m'accompagnent, de la faim, des périls et des désastres, et dans beaucoup de combats inégaux nous avons vu se courber les épaules des orgueilleux héros de Palestro et de San-Martino. Toutes les forces asservies de l'Italie n'ont pu nous chasser de nos libres montagnes, car la main du Seigneur humilie les superbes.

Mais maintenant je ne suis plus seul. Les Abruzzes, les Pouilles, les Principati, la Basilicate et la Calabre se lèvent pour frapper les destructeurs couverts de sang, ceux qui fusillent les faibles, les hérétiques saccageurs des églises qui tournent en dérision Dieu et les saints. Tout le royaume combat, animé d'une grande colère, et les os de nos ancêtres frémissant dans leurs tombes et nous crient : chassez l'étranger.

Aux armes ! chaque ville, chaque bourg voit ses fils prendre les armes pour la patrie.

Que toutes les bandes se jettent sur ces vandales piémontais. Nous combattons pour le sol natal, pour nos autels, pour nos femmes et nos enfants. Il faut vaincre ou mourir !

Employons toutes les armes ; les épées, les fusils, les bâtons, les pierres des Apennins elles-mêmes deviendront des armes dans les mains d'un peuple qui revendique sa liberté.

Montrons-nous dignes de nos ancêtres, dignes de François II, le fils d'une sainte et le défenseur de nos droits. Portons-le sur nos bras afin qu'il reconquiert son royaume ; relevons la Patrie et le trône, et abattons sur cette terre des volcans les sectes corruptrices de la société. Aux armes196(*) ! »

En septembre 1862, Théodore de Bounder de Melsbroeck notait qu'un sursaut d'espoir avait vu le jour dans l'entourage de François II. On parlait en effet de faire venir à Naples des condottieres espagnols afin de relancer la réaction. L'instigateur de ces mouvements n'était autre que le ministre d'Espagne auprès de Sa Majesté Sicilienne, le marquis de Lema197(*). Celui-là même qui encourageait fermement le roi à poursuivre sa résistance depuis Gaète. Selon de Bounder, tous ces Espagnols, une fois arrivés sur place, « ont lâché pied et ont été se réfugier dans les bois198(*). »

Parmi ces hommes issus de la Péninsule ibérique, un célèbre Catalan, Don José Borjès199(*). Il avait fait ses preuves de général d'armée en tenant tête, avec 300 carlistes à 12000 soldats de la reine Isabelle. Il n'arrivait pas à proprement parler d'Espagne puisqu'il était réfugié en France depuis quelques années. Il y exerçait la profession de relieur, à Lyon. Arrivé sur place, Borjès fut très désagréablement surpris. On lui avait promis une armée et des moyens considérables. Il trouvait un souverain désargenté et des hommes qui se lançaient dans le brigandage davantage pour s'enrichir que pour sauver une cause perdue d'avance. Marc Monnier reproduit la lettre d'instructions que lui fit parvenir le général de Clary. Il est intéressant d'en prendre connaissance. Chiavone reçut probablement des consignes similaires :

« Afin d'animer et de protéger les peuples des Deux-Siciles, trahis par le gouvernement piémontais, qui les a opprimés et détrompés ;

Pour seconder les efforts spontanés de ces peuples généreux qui redemandent leur légitime souverain et père ;

Pour empêcher l'effusion de sang en dirigeant le mouvement national ;

Pour empêcher les vengeances privées qui pourraient conduire à de funestes conséquences,

M. le général Borgès ira dans les Calabres pour y proclamer l'autorité du roi légitime François II.

En conséquence, il observera les instructions suivantes, qu'il modifiera, bien entendu, suivant les circonstances et d'après la prudence ; car il est impossible de donner des règles fixes, mais seulement les principes généraux qui règlent sa conduite :

1° Après avoir réuni le plus grand nombre d'hommes qu'il pourra, en raison des moyens qui lui seront fournis, M. le général s'embarquera pour se rendre à un point de débarquement sur les côtes de Calabre qui peut offrir le moins de dangers et d'obstacles.

2° A peine aura-t-on gagné un point quelconque, et après avoir pris les précautions militaires les plus convenables, il y établira le pouvoir militaire du roi François II avec son drapeau. Il nommera le syndic, les adjoints, les décurions et la garde civique. Il choisira toujours les hommes d'un complet dévouement à la religion et au roi, en évitant soigneusement les individus qui, sous un semblant de dévouement, ne veulent qu'en profiter pour satisfaire leurs haines et leurs vengeances privées, chose qui, en tous les temps, a attiré une spéciale attention du gouvernement, à cause de la fierté de ces populations.

3° Le général proclamera le retour au drapeau de tous les soldats qui n'ont pas encore fini leur temps, et de ceux qui voudront servir volontairement leur bien-aimé souverain et père. Il aura soin de partager en deux sections les soldats : 1° ceux qui appartenaient aux deux bataillons de chasseurs ; 2° ceux des régiments de ligne et autres corps.

Leur nombre augmentant, il en formera les cadres des différentes armes : artillerie, sapeurs, infanterie de ligne, gendarmerie et cavalerie. Il aura soin de ne pas admettre d'anciens officiers, au sujet desquels il recevra des ordres particuliers. Il donnera le commandement des différents corps aux officiers étrangers qui l'accompagnent ; il choisira un officier capable et honnête qui sera commissaire de guerre, et successivement des officiers administratifs et sanitaires. Le général Clary enverra peu à peu des guides de Bourbon, qui, quoique armés de carabines, serviront d'officiers d'ordonnance et d'état-major. Les bataillons seront de quatre compagnies ; la force augmentant, ils seront portés à huit.

L'organisation définitive de tous ces camps sera fixée par Sa Majesté le roi.

Les bataillons prendront les noms suivants : 1° Roi-François ; 2° Marie-Sophie ; 3° Prince-Louis, 4° Prince-Alphonse. Leur uniforme sera selon le modèle qu'enverra le général Clary.

4° A peine il aura une force suffisante, il commencera les opérations militaires.

5° Leur but étant la soumission des Calabres, ce but sera atteint en obtenant cette soumission. Le général Borgès fera connaître au général Clary tous ses mouvements, le pays qu'il aura occupé militairement, les nominations de fonctionnaires qu'il aura faites provisoirement, en réservant toujours à la sanction du roi l'approbation, modification ou changement.

6° Il ne nommera pas les gouverneurs des provinces ; car Sa Majesté, par le moyen du général de Clary, enverra les personnes qui devront occuper cette haute position.

Le général s'empressera de reconstituer les tribunaux ordinaires, en excluant les individus qui, sans donner leur démission, ont passé (sic) au service de l'usurpateur.

M. le général Borjès pourra faire verser à la caisse de son armée toutes les sommes dont il aura besoin, en rédigeant chaque fois des procès-verbaux réguliers ; il se servira de préférence : 1° des caisses publiques ; 2° des biens des corporations morales ; 3° des propriétaires qui ont favorisé l'usurpateur.

7° Il fera une proclamation dont il enverra copie au général Clary, et promettra au nom du roi une amnistie générale pour tous les délits politiques. Pour les méfaits communs, ils seront déférés aux tribunaux. Il fera comprendre que chacun est libre de penser à sa façon, pourvu qu'il ne conspire point contre l'autorité du roi et contre sa dynastie. Une proclamation imprimée sera envoyée par le général Clary, pour être publiée à peine débarqué en Calabre.

8° Afin d'éviter la confusion et les ordres douteux, il reste bien établi, en principe, que le général Borjès et tous ceux qui dépendent de lui n'obéiront qu'aux ordres du général Clary, quand même d'autres pourraient s'appuyer sur les ordres du roi. Ces ordres ne viendront que par le moyen du général Clary. Les ordres que M. le général et ses subordonnés ne devront pas suivre, même venant du général Clary, sont seulement ceux qui tendraient à violer les droits de notre auguste souverain et de notre auguste souveraine et sa dynastie.

En ces temps-ci, au premier succès brillant, le général Borjès se verra entouré de généraux et d'officiers qui voudront servir ; il les éloignera tous, car Sa Majesté lui enverra les officiers qu'elle jugera dignes de revenir sous les drapeaux.

9° En Calabre, il doit exister plusieurs milliers de fusils de munition (sic) ; M. le général Borjès les fera rendre immédiatement au dépôt de Monteleone, et punira sévèrement tout individu qui ne les livrerait pas dans un bref délai.

La fonderie de Mongiana, les fabriques d'armes de Stilo et de la Serra seront de suite mises en activité.

10° M. le général Borjès fera les propositions pour les avancements et les décorations pour les individus qui se distingueront dans la campagne.

11° Il aura les plus grands égards pour les prisonniers, mais il ne leur donnera pas la liberté, et ne laissera pas les officiers libres sur parole. Si un individu commet des insolences ou offense les prisonniers ennemis, il sera jugé par un conseil de guerre subitaneo et immédiatement fusillé.

M. le général Borjès n'admettra pas d'excuses sous ce rapport ; cependant il se servira vis-à-vis des Piémontais du droit de représailles.

12° Toute modification que l'urgence ou les diverses circonstances feront apporter aux présentes instructions, sera rapportée à M. le général de Clary.

Marseille, 5 juillet 1861.

G. Clary200(*). »

Bien entendu, il s'agit d'instructions couchées très facilement sur le papier. La réalité à affronter était toute autre. D'abord parce que les hommes voulant se rallier à la cause des Bourbons ne se bousculaient pas. Borjès notait, dans son Journal, combien il rêvait d'avoir sous ses ordres ne serait-ce que 300 voire 400 hommes afin de combattre dignement201(*). Parlant des populations méridionales, il notait : « Ce monde-ci veut son autonomie et son roi ; mais la crainte qu'on brûlera leurs maisons et qu'on empoisonnera leurs femmes et leurs enfants les retient202(*). » Ensuite, parce qu'une multitude d'hommes, n'ayant pas reçu d'instructions officielles de la part de Sa Majesté, mais qui exerçaient le brigandage depuis déjà bien longtemps et pour leur compte, entravaient sa route. Parmi eux, les célèbres Crocco203(*) et Nino Nanco204(*). Ceux-ci opéraient en Basilicate. Ils se réunirent au général qui le leur demanda205(*), vers la fin du mois d'octobre 1861. Une ou deux fois, comme le 25 octobre, près du bois de Lagopesole, les troupes agirent de concert. Mais ce fut tout206(*). Crocco et Nanco étaient bien trop indépendants que pour se laisser mener par un étranger. Avec eux, on remarquait également Augustin Marie de Langlais207(*), dont le patronyme fut estropié dans tous les ouvrages du temps sous la forme de « de Langlois ». Selon Borgès, celui-ci « se donne comme général et agit en imbécile208(*). » Face à ces personnages, l'Espagnol n'eût plus qu'à reconnaître qu'il avait perdu toute autorité sur ses hommes. « On m'a destitué assez maladroitement, écrivait-il le 20 novembre209(*). » Borjès prit alors la décision de rentrer à Rome, faire état de ce qu'il avait pu voir sur le terrain. Il fut arrêté à proximité de Tagliacozzo le 8 décembre 1861, et fusillé quelques moments plus tard dans cette même ville, sur les ordres du major Franchini210(*). Il fut trahi par les empreintes laissées derrière lui dans la neige. Cette mort fit grand bruit en Europe. Victor Hugo s'écriait : « Le gouvernement italien fusille les royalistes211(*) ! »

Vers la même époque, on pouvait croiser, entre la Terre de Labour et les Abruzzes, un Autrichien du nom de Ludwig Richard von Zimmermann212(*). Ses hommes l'appelaient « il tedesco » ou le « conte Luigi Ricardo ». Zimmermann était parti pour l'Italie à la moitié de 1861, muni d'un passeport suisse. Il arriva à Rome le 28 août et se mit aussitôt à la disposition des souverains François et Marie-Sophie. Ceux-ci l'envoyèrent s'unir à la bande de Chiavone en qualité d'officier. Il confiait, dans ses mémoires, qu'il n'était pas venu se battre pour la cause légitimiste. A ce moment de sa vie, il n'avait aucune pensée politique précise. Par ailleurs, il ne s'agissait pas non plus de défendre le Saint-Siège : Zimmermann était protestant et ses écrits regorgent de critiques à l'égard des prêtres. La fièvre romantique qui habitait bien des esprits se lançant dans une telle aventure ne l'affectait que très peu. Sa motivation principale fut finalement une sorte d'élan du coeur, d'envie d'aider ces malheureuses populations du sud, motivée par sa passion de la guerre213(*). Zimmermann était un proche ami du comte Edwin dans lequel il se reconnaissait. Il lui dédia d'ailleurs ses mémoires ainsi qu'un long poème.

Au commencement du mois de septembre 1861, Zimmermann rencontrait Chiavone et lui montrait ses décrets royaux. Il devait s'unir à lui afin de combattre l'envahisseur. Chiavone refusa évidemment cette alliance. Il tedesco s'en retourna alors à Rome, auprès du nouveau chef d'armée que le roi venait de nommer : Cathelineau. Etait également présent dans la Dominante, un Français, Henri Arnous de Rivière214(*), militaire de carrière. Il avait quitté l'armée, pour laquelle il avait beaucoup combattu à l'étranger : en Perse, en Turquie ou encore en Afrique, raconte Saint-Jorioz. Les généraux napolitains décidèrent alors que Kalkreuth et Zimmermann seraient affectés, en tant que lieutenants-colonels, à la troupe d'Henri de Rivière. Peu après, on assista, une fois de plus, à une tentative d'union aux chiavonistes. Rivière alla trouver le chef de bande à la frontière des Etats pontificaux le 19 octobre. Chiavone se voulait toujours plus préoccupé par ses uniformes et ses proclamations grandiloquentes que par le combat. Dégoûté de ce « métier » de chef de bande, le Français s'en retourna à Rome où il fut arrêté sur les ordres de la police de la ville en novembre 1861215(*). A-t-il été directement relâché, ou a-t-il purgé une peine quelconque ? Nous n'en savons rien.

Zimmermann n'abandonnait pas, pour sa part, l'idée de se battre. Aidé de l'Irlandais O'Keef, il s'attaqua aux troupes de la garde nationale le 05 novembre, au lieu dit Lanterra. Les brigands occupèrent Castellucio.

Les dernières actions de Chiavone prirent place à la fin de l'automne. Il assaillait toujours la ville de Sora et ses alentours. Le 11 novembre 1861, une partie de ses hommes se fit prendre lors de l'assaut donné sur San Giovanni Incarico. 53 d'entre eux furent fusillés. Parmi ceux-ci, un jeune marquis belge de nom d'Alfred de Trazegnies d'Ittre. Nous parlerons en détail de cette expédition du 11 novembre dans le chapitre se rapportant au marquis.

Fin du mois de novembre 1861, Cathelineau rentrait de son périple en Autriche. A nouveau, le roi lui fit miroiter une éventuelle expédition dans ses anciens Etats. Lors de ses entretiens avec le Vendéen, il se serait exclamé : « Oui, je veux rentrer dans mes Etats, je veux retourner à Naples pour sauver l'Eglise, pour combattre la révolution ; trouvez-moi 3000 hommes pour le 15 février et, non seulement je vous donne un prince, mais je marche à votre tête216(*). » Nouveau revirement : il n'était plus question d'un quelconque départ... Ne sachant plus que dire, Cathelineau expliquait que, selon lui, si l'on attendait encore six mois avant d'intervenir, ce ne serait alors plus possible du tout. C'était donc maintenant ou jamais. Cathelineau demanda alors un congé pour s'occuper de ses affaires de famille. Le roi se dit particulièrement chagriné. Pour le retenir, il l'intégra dans une Commission composée du duc de Popoli et du général de Clary, qui comme lui, « aiment le drapeau blanc217(*) » ! Il s'agissait de s'unir dans la formation d'un petit corps d'armée que conduirait le roi. Clary se chargeait des affaires militaires, le duc de Popoli correspondait directement avec le roi tandis que Cathelineau se chargeait de raviver les relations avec la France et les pays étrangers.

Pour ce dernier, le seul moyen de se « tirer d'embarras » consistait à intéresser en la faveur du roi les « gens d'argent et les hommes généreux218(*). » Il fallait rassembler des capitaux, faire des emprunts. Selon Cathelineau, la Commission d'action pensait comme lui : on devait le munir de lettres du roi afin de traiter avec les puissances favorables à sa cause. Dans le même temps, Cathelineau entretenait une correspondance avec monsieur des Dorides, parti pour Paris fin février 1862, pour remettre en route les comités napolitains dont l'activité laissait à désirer219(*). Ses instructions étaient doubles. Il devait d'une part « s'assurer du concours du comité légitimiste de Paris, donnant son adhésion à la Commission d'action », d'autre part, savoir « s'il marcherait d'accord avec elle dans toutes les questions d'ordre politique ou militaire qui lui seraient soumises, et s'il ferait tous ses efforts pour l'éclairer sur l'opinion publique, et sur les moyens d'obtenir des fonds soit à Paris, soit en province220(*). »

Dans le compte-rendu de son voyage, des Dorides expliquait qu'il avait dû essuyer un grand nombre de reproches de la part des partisans du roi en ce qui concernait la première instruction. Mais, finalement, ils se rallièrent à lui. Par contre, au sujet de la seconde proposition qui leur était faite, « ils ne voulaient pas comprendre que l'ordre de l'Etat, c'est l'hérédité légitime. » Pour lui, l'échec de ses démarches trouve sa cause majeure dans l'absence du roi221(*). On voulait le voir et l'entendre s'exprimer fermement sur ses souhaits pour le futur. On n'avait droit qu'à des agents sans épaisseur.

Quoi qu'il en soit, toutes ces démarches furent, une fois de plus, inutiles ! Les lettres réclamées par Cathelineau n'arrivaient pas. De plus, « les jours s'écoulaient et les hommes, au lieu de se réunir pour travailler avec ardeur au salut de la plus belle des causes, ne faisaient que se déchirer mutuellement. » Le 21 mars, le duc de Popoli avait le culot d'annoncer à Cathelineau, de la part de Sa Majesté sicilienne : « il est tard et les fonds n'arrivant pas, je prie Cathelineau de vouloir bien partir, afin de réunir au moins des 120 000 francs indispensables pour l'expédition. Mais je voudrais qu'il se hâte de revenir, et je trouve bien long les trois semaines qu'il demande pour son voyage222(*). » Cathelineau allait remettre ses adieux au roi quand celui-ci le pria de tenter « un dernier effort. » Le 25 du mois, il reçut enfin les lettres tant réclamées. Puis il partit demander l'aide du comte de Chambord. A son retour cependant, les grands généraux napolitains avaient été arrêtés par le gouvernement français. Le projet fut définitivement abandonné et Cathelineau rentra dans son pays natal223(*).

Pendant ce temps, un nouveau personnage d'envergure était placé à la tête d'une bande. Il s'agissait d'une connaissance de José Borjès : l'espagnol Rafael Tristany. Il accompagnait le duc de Modène dans sa retraite à Mantoue en 1859. Un an plus tard, il proposait son aide à François II. Ce dernier l'envoya en mission à Naples à deux reprises avant de le nommer maréchal de camp, le 05 février. Tristany partait ensuite pour la frontière afin d'évaluer le potentiel militaire de la bande de Chiavone. Le but était d'organiser une offensive depuis le début des Abruzzes et qui se terminerait à Sora. L'espagnol vit de suite que les troupes étaient complètement désorganisées et indisciplinées. Il retourna à Rome rendre des comptes, emportant avec lui Kalkreuth, qu'il fit son chef d'état-major général. A plusieurs reprises, Zimmermann se réunit à Tristany, avant de quitter les troupes en juillet 1862 pour Rome. Il rejoint l'Autriche trois mois plus tard.

En mai 1862, Tristany rejoignait de nouveau Chiavone pour prendre son poste. Chiavone fit mine de ne pas comprendre. Il désarma le comte Edwin von Kalkreuth et ses hommes, dont nous avons déjà parlé. Cependant, en juin, Tristany réunissait un Conseil de guerre, présidé par Zimmermann, afin de juger Chiavone pour ce méfait. Il l'accusait par ailleurs de complot contre sa personne224(*). Le général en chef de Sa Majesté le roi François était fusillé le 28 juin 1862 près de Trisulti.

Bien que mal nourris et épuisés, les hommes de Tristany se battirent vaillamment le 04 août à Pastena, le 31 à Castelnuovo et le 07 septembre à San Vincenzo. La situation se compliqua encore à l'arrivée de l'hiver et bien des hommes, dont Zimmermann, quittèrent la bande dont le quartier général avait pris place à Monte Corvo. L'Espagnol maintint malgré tout ensemble une trentaine d'hommes jusqu'au début de l'année 1863 quand, arrêté par les autorités françaises, il fut expédié en exil en France. La fin du brigandage légitimiste se signait ici225(*).

Sans aucun doute, l'insuccès des troupes de brigands contre le nouveau pouvoir trouva-t-il ses racines et dans les conflits internes qui régnaient parmi eux, et dans l'incertitude qui rongeait en permanence l'ex-souverain des Deux-Siciles.

L'évolution du brigandage et sa répression226(*).

Permettons-nous de dire encore un mot de ce que fut le destin des brigands, traqués par l'autorité piémontaise. Tout le Mezzogiorno fut touché profondément jusqu'en 1865. Pas moins de 120 000 soldats durent être envoyés sur place, soit environ deux cinquièmes des effectifs totaux de l'armée. La sévérité avec laquelle on réprima le brigandage fut sans égale. Elle varia en fonction du personnage qui se trouvait à la tête des provinces.

Dès la fin d'octobre 1860, les généraux Cialdini et Pinelli décrétaient que les personnages opposant une quelconque résistance au nouveau royaume devaient être fusillés. Fanti instaura des tribunaux militaires spéciaux aux compétences illimitées. A ce moment commencèrent les massacres de prisonniers, comme à Scurgola, en janvier 1861. Le nombre de fusillés fut tel que le général Della Rocca, commandant en chef à Naples, pria ses hommes de ne plus fusiller que les chefs de bandes. Dès lors, le nombre de chefs se multiplia... et les exécutions continuèrent pareillement.

La garde nationale constituait une intéressante ressource dans la lutte contre les brigands. L'armée manquait non seulement d'effectifs mais aussi d'armes. Le 05 avril 1861, on distribua 61 168 fusils -provenant en majorité des hommes de Garibaldi qu'on avait désarmés sans ouï-dire. Cela ne suffisait toujours pas. L'arrivée du général Cialdini comme lieutenant et chef du 6e commandement de l'armée allait marquer les premiers progrès dans la suppression du mouvement. Il s'en prit aux personnages qui étaient les véritables propagateurs : les aristocrates toujours fidèles aux Bourbons et le Clergé. Ainsi fut arrêté et expulsé du royaume l'archevêque de Naples, Riario Sforza. Cialdini proclama l'enrôlement en masse de gardes nationales mobiles, donnant sa préférence aux anciens volontaires garibaldiens. Il fut entendu : fin 1861, il y avait encore 15 000 à 20 000 gardes nationaux en fonction. Par ailleurs, il pensait que le nombre de soldats officiels devait, lui aussi être largement accru. Aussitôt dit, aussitôt fait : quand il céda son commandement à Lamarmora en octobre 1861, ce dernier pouvait se targuer du commandement de 50 000 hommes ! Ce chiffre ira grandissant jusqu'en 1864 où, nous l'avons dit, il atteindra les 120 000 individus. Cialdini mena une guerre défensive, toujours prêt à intervenir là où les brigands se trouvaient. Il fractionna le territoire du Sud et mit, à la tête de chaque section, un général. Govone227(*) se trouvait à la frontière pontificale, Pinelli en terre de Labour, Villarey en Molise, Franzini s'occupait de la Basilicate. Les efforts de Cialdini payèrent : il était parvenu à empêcher un soulèvement général. Certaines exagérations étaient à noter. On vit fusiller des personnes qui transportaient du pain parce qu'on pouvait penser qu'elles s'en allaient nourrir des brigands...228(*) Cependant, le brigandage n'était pas enrayé. Il venait en fait de changer de couleur en cessant d'être politique à partir de septembre 1861. Nous avons évoqué le cas de José Borjès et de sa fin tragique. On s'est parfaitement rendu compte qu'à cette époque, les chefs de bandes n'avaient plus aucune ambition légitimiste.

Après Aspromonte, Lamarmora prenait ses quartiers à Naples comme préfet et commandant du 6e corps de l'armée. Il maintint plus ou moins les dispositions qui avaient été prises par son prédécesseur. Il choisit cependant d'attendre un certain temps, de concentrer au maximum ses troupes et d'attaquer enfin un grand coup. Cette stratégie fut jugée comme trop passive et on critiqua sa politique par le terme de « il lamarmorismo ». Il perdit de son crédit auprès de la bourgeoisie agraire qui résidait dans les campagnes et pour laquelle le brigandage était une réalité quotidienne. Il étendit, à tout le Mezzogiorno, l'état de siège qui ne touchait encore que la Sicile. Cet état incluait la suppression du droit de réunion et d'association, la censure de tous les journaux non gouvernementaux, la censure des communications postales et télégraphiques et enfin l'arrestation de nombreux démocrates dont deux députés de la gauche parlementaire. Il voulait par là instaurer une dictature militaire. Il ordonna le désarmement des gardes nationales. En finale, cela ne fit qu'accroître le trouble dans lequel étaient plongées les provinces. A présent, le gouvernement ne pouvait même plus compter sur l'appui des classes libérales. Et ces efforts furent en quelque sorte vains puisque les premiers mois de 1862 virent une forte recrudescence du brigandage. S'entama alors une nouvelle phase d'exécutions sommaires contre les proches des brigands et tous les suspects.

Vers cette époque, la gauche parlementaire eut l'idée d'instaurer une commission d'enquête pour la répression du brigandage229(*). Celle-ci eut un effet bénéfique. Les députés en charge de l'enquête se rendirent dans les recoins des provinces du Sud et reçurent des masses impressionnantes de propositions de la part des syndics, gardes nationales, etc. La Commission attira surtout l'attention sur les problèmes économiques et sociaux comme éléments moteurs du brigandage méridional.

A partir de 1863, on travailla à rendre la police plus efficace. Mais ce n'était pas assez : les bandes proliféraient. Des chefs comme Crocco étendaient leur autorité sur pas moins d'une quarantaine de groupes différents ! On pensa alors à instaurer une législation exceptionnelle. A l'été (15 août), la loi « Pica » confirmait que les tribunaux militaires (installés à Potenza, Foggia, Avellino, Caserta, Campobasso, Gaeta, L'Aquila, Cosenza, Bari, Catanzaro, Chieti et Salerno) ne pouvaient infliger que la peine de mort aux brigands. En cas de circonstances atténuantes, on pouvait toutefois réduire -question de point de vue- cette peine à la prison à perpétuité... Des commissions provinciales imposaient aux suspects de demeurer à domicile. Ces commissions restèrent en place jusqu'à l'automne 1864 tandis que les tribunaux militaires étaient supprimés l'année suivante. La dureté de cette loi suscita bien des interpellations.

Enfin on remplaça Lamarmora par Pallavicini. Celui-ci se montra très énergique et compétent. Avec lui, le grand brigandage n'allait plus être qu'un mauvais souvenir, en à peine un an (automne 1863-automne 1864). A l'automne 1863, il mit la main sur le brigand Caruso et ses collaborateurs, ce qui libérait le Bénévent, le Molise et la Capitanata. Durant l'hiver 1863-1864, il isola la bande de Crocco dans le Melfese, tandis que ses comparses comme Nino Nanco trouvèrent la mort. Enfin, entre le printemps et l'été 1864, Pallavicini écrasait Crocco. D'autres grands chefs comme Schiavone, Masini,... étaient morts.

Le brigandage n'était pas totalement éradiqué. Il y eut bien quelques soubresauts, notamment en 1868. Mais, deux ans plus tard, il n'était plus.

Nous avons écrit que la répression avait été d'une rare violence. Donnons-en ici un court aperçu.

Précisons d'abord qu'il fallait agir en toute discrétion. Il est évident qu'un nouvel état dont la plupart des puissances venait d'accepter l'existence, ne pouvait que jeter un voile pudique sur ce qui se passait dans ses provinces du Sud. Comme l'écrivait le comte Vimercati, ancien envoyé personnel de Cavour à Paris, à Ricasoli, « Fusillez, mais point de tapage230(*). » Des villages entiers furent rasés afin d'intimider les populations. Sans compter le nombre d'exécutions sommaires : vers 1863, plus de 1000 hors-la-loi avaient été fusillés sommairement, 2413 avaient été tués au combat et plus de 2750 faits prisonniers ! Franco Molfese a étudié les chiffres officiels. Du premier juin 1861 au 31 décembre 1865, 13 853 brigands furent mis hors d'état de nuire. 5212 d'entre eux avaient été tués au combat ou fusillés, 5046 arrêtés, 3597 s'étaient constitués prisonniers de leur propre chef. Ces chiffres ne tiennent cependant pas compte des premiers et des derniers mois de la répression. D'autres données officielles donnent des chiffres encore plus effroyables : du mois de janvier 1861 au mois d'avril 1863, 3500 brigands auraient trouvé la mort. Parmi eux, 2500 seraient morts au combat et 1000 auraient été fusillés231(*). Au total, on peut compter sur une dizaine de milliers de brigands tués.

En ce qui concerne la période où Alfred de Trazegnies trouva la mort, Alessandro Bianco di Saint Jorioz donne les chiffres qui suivent. Pour le second semestre 1861, 46 brigands auraient été fusillés, 109 seraient morts au combat, 120 auraient été arrêtés tandis que 106 se seraient rendus. Cela porte leur nombre à 381. Pour l'année 1862, ces chiffres deviennent respectivement : 45, 61, 88 et 135. Le total des hommes perdus s'élevait alors à 329232(*). Bien entendu, il faut les prendre en compte avec précaution, nous ne savons pas où il a puisé ces données. Peut-être avait-il accès aux sources officielles en tant qu'ancien soldat ? Ce qui nous intéresse ici est simplement de montrer combien le second semestre de 1861 fut meurtrier pour le brigandage.

Les forces chargées de réprimer le mouvement avaient, pour leur part, perdu autant d'hommes que dans l'ensemble des guerres du Risorgimento ! Dans cette même année 1863, les brigands commettaient, dans la région de Melfi seule, 432 meurtres, 454 chantages, 73 assauts de courriers. 11000 têtes de bétail avaient disparu.

En ce qui concerne la méthode d'arrestation, on ne se posa guère de questions : tous les proches des brigands étaient mis sous les verrous. Les parents étaient arrêtés, quelquefois jusqu'au troisième degré !

5. L'affaire du marquis de Trazegnies.

L'héritage d'une famille.

La famille est originaire non pas du Namurois, comme on pourrait le supposer, mais du Brabant. Sous l'Ancien Régime, la terre des seigneurs de Trazegnies constituait une marche entre les pays de Hainaut, de Brabant, de Liège et de Namur, sous la forme d'un territoire neutre. Au niveau de son administration diocésaine et de la juridiction, Trazegnies relevait de la principauté de Liège. Depuis l'an 1135 et durant les trois siècles suivants, les Trazegnies servirent les comtes de Hainaut. A de nombreuses reprises, les ducs de Brabant tentèrent de mettre la famille à leur service et surtout d'absorber leur territoire. Les Trazegnies résistèrent longtemps à ces velléités, s'accrochant à leur ancestrale neutralité. Dès la fin du XVe siècle, il parut de plus en plus difficile de conserver un territoire tel que le leur, totalement détaché du souverain du pays. C'est pourquoi, à partir de Maximilien Ier, les Trazegnies se lièrent aux archiducs d'Autriche et aux rois d'Espagne, souverains des Pays-Bas. En 1614, Trazegnies reçut des archiducs le titre de marquisat. Du XVIIe siècle à la fin de l'Ancien Régime, Trazegnies fut une terre franche en Brabant. Cette situation offrait certains privilèges aux habitants mais obligeait le marquis à cotiser tandis que le Brabant y envoyait patrouiller ses soldats233(*).

La généalogie de la famille est très complexe. Retenons-en les grands événements. En 1418, Anseau de Trazegnies et de Silly s'éteignait, ne laissant qu'une fille, Anne. Celle-ci épousa le Liégeois Arnoul de Hamal. Ils eurent plusieurs enfants dont Anseau, qui hérita des domaines en provenance de sa mère. Ses descendants se firent appeler, encore durant deux générations, de Hamal de Trazegnies. Après quoi, le nom patronymique de Hamal fut négligé. La descendance des Trazegnies fut assurée. La branche des Trazegnies d'Ittre naquit au XVIIIe siècle, par le mariage, le 07 octobre 1769, d'Eugène Gillion Alexis Ghislain, marquis de Trazegnies et de Marie Victoire Dominique François Xavière de Rifflart, marquise héritière d'Ittre.

Tandis que la branche aînée de la famille s'éteignait en 1862, à la mort du célibataire Alexandre Gillion de Trazegnies, le rameau d'Ittre procréait234(*). Eugène et Marie eurent 4 enfants, dont Gillion Charles Joseph Henri Thérèse Eugène. Celui-ci épousait, en 1803, la comtesse de Nassau, Amélie Constance Marie. Le marquis y gagna le château de Corroy, dans la famille de Nassau depuis XVIe siècle235(*). De cette union virent le jour six enfants, parmi lesquels le père d'Alfred de Trazegnies d'Ittre : Charles Constant Gillion Jospeh, né en 1804 à Bruxelles ainsi que sa soeur, Euphrasie, future madame de Thysebaert, dont nous reparlerons. Charles épousa une jeune femme dont le père, Charles Philippe Joseph de Romrée (1760-1820), était maréchal de camp au service de la couronne espagnole236(*). Elle se prénommait Raphaëlle et, au moment du mariage (03 octobre 1825), était orpheline.

Charles et Raphaëlle eurent à leur tour plusieurs enfants. Il y eut Félix-Gillion, mort quelques jours après sa naissance (1826). Suivirent Edouard (1827-1829), Herminie (1829-1910), Alfred (1832-1861), Théodore (1837-1854), mort de tuberculose à 17 ans et Edouard (1839-1910). L'entourage de Charles s'installa définitivement à Corroy-le-Château à la mort du vieux Gillion de Trazegnies (1847), ce personnage qui dilapida une partie de sa fortune au profit de dames peu recommandables. On opéra à cette occasion de grands travaux de rénovation, dont la bastide avait bien besoin237(*). En annexe, vous pouvez voir une prise de vue de la maison familiale.

Corroy-le-Château est une petite bourgade située en province de Namur. Au XIXe siècle, elle comptait environ 800 habitants dont 300 d'entre eux vivaient de la culture de la terre. Olivier de Trazegnies donne une parfaite description de l'endroit vers le milieu de ce siècle : « L'agriculture était prospère, car le village se trouvait comme aujourd'hui à l'extrémité du plateau hesbignon, mais les terres étaient morcelées et les gens pauvres. Il n'y avait dans le bourg que deux bâtiments recouverts d'ardoises : le château et l'église. Les autres maisons alignaient leurs humbles toits de chaume dans un paysage bocager. (...) Les gens étaient d'autant plus superstitieux que la masse redoutable du château, séparé du village par une digue qui traversait le marais, permettait aux âmes simples d'imaginer les plus sinistres légendes. Pour conjurer les mauvais esprits, certaines personnes allaient déposer sur l'eau sombre de petites nacelles d'écorce où brillait une bougie allumée. (...) Les curés de Corroy étaient généralement des gens instruits, plus proches du châtelain que du cultivateur. Henri Brosius faisait des vers (exécrables, bien entendu), cependant que l'abbé Doyen, bachelier en théologie et membre de la société littéraire de l'Université de Louvain, prononçait des oraisons funèbres incompréhensibles pour qui n'avait pas lu Bossuet238(*). »

Charles de Trazegnies d'Ittre, qui régnait sur environ 1000 hectares de terres, fut bourgmestre de Corroy-le-Château durant plus de 40 ans239(*). Selon la presse du temps, il était détenteur d'une fortune de 300 000 francs de rente. Il s'intéressait à l'industrie puisque, en 1841, on créa sur le terrain appelé « la baraque Tricot » et appartenant à son père, une poudrière. Cet établissement qu'il co-gérait, préparait différentes sortes de poudres utilisées par les fusils, canons,... Endommagée en 1860 par une explosion, elle ferma ses portes quatre années plus tard240(*).

A Rome.

Quelques temps avant son départ, vers le 12 septembre, Alfred de Trazegnies demandait une entrevue à monseigneur de Montpellier afin d'obtenir sa bénédiction avant de rejoindre les troupes du roi de Naples. L'évêque de Liège le reçut directement et combattit dans un premier temps cette idée saugrenue. Puis, Alfred lui donna « de si bonnes et de si honorables raisons » de s'éloigner, qu'il finit par lui promettre d'intervenir en sa faveur auprès de la curie romaine241(*).

Le 10 octobre 1861, Alfred quittait effectivement la maison familiale pour Rome242(*). Il détaille lui-même son séjour à la comtesse de Romrée dans une missive de huit jours postérieure à son départ. Il se dit en parfaite santé et son voyage s'est parfaitement bien passé. Cependant, « Rome est une des villes les plus ennuyeuses à habiter, qu'il y ait au monde. Un tas de petites rues qui ne sont pas éclairées, pleines d'ordures et désertes pour la plupart : à tout moment une fenêtre s'ouvre, et si vous n'avez pas de bonnes jambes, vous recevez sur la tête le contenu de toute espèce de vase. Jusqu'à présent, j'ai eu de bonnes jambes heureusement. (...) En un mot, je voyage depuis mon départ de désillusions en désillusions. Je ne veux pas pourtant que vous pensiez, que c'est de parti pris, que je trouve tout si laid. Il y a de fort belles choses ; mais on voit un Palais magnifique, dans une rue étroite et sale : quelques belles maisons, puis un quartier tout entier où la totalité des chemises de la population pend aux fenêtres. En un mot, c'est je pense le cas ici d'employer le mot de tohu-bohu243(*). » Alfred termine en précisant qu'il sera de retour à Corroy aussi vite que possible. Il réside Place de la Minerve, dans le grand hôtel éponyme, où le Vatican retenait habituellement des chambres à ces « soldats de Dieu », venus des quatre coins de l'Europe pour gonfler les maigres rangs des zouaves pontificaux censés tenir tête aux ambitions annexionnistes de Cavour. Cet établissement se compte encore aujourd'hui parmi les hôtels de grand luxe de la Ville éternelle.

Lors de son passage à Rome, A. Sébastien Kauffmann signalait qu'une mesure était en cours d'application dans la ville. Elle se voulait si « étrange, si en dehors des habitudes des autres pays, que l'on se demande si ces gens-là ont tout à fait perdu la raison, s'ils agissent sous l'empire d'un cauchemar, ou s'ils ont un but secret, inconnu du vulgaire, et, dans ce cas, où ils veulent en arriver244(*). » Selon Kauffmann, il s'agit de supprimer toutes les insignes des commerces rédigées en français, afin de montrer à quel point la domination du corps expéditionnaire n'a aucune espèce d'importance. Or, le propriétaire de l'Hôtel de la Minerve, établissement connu des voyageurs français « pour être le rendez-vous des légitimistes, des papalins les plus ardents », a été averti de l'obligation de se conformer à cette mesure, ce que son propriétaire a refusé à deux reprises. Son enseigne fut arrachée et l'hôtelier condamné à payer une amende. Il a eu recours à un certain monsieur de Sartiges afin de n'y être pas soumis mais ce fut un échec. Finalement, l'édit municipal accorda aux établissements d'avoir une enseigne française répétant l'enseigne italienne. Ainsi, en novembre 1861, l'Hôtel de la Minerve possédait deux intitulés. Cet incident banal montre l'attitude des Romains vis-à-vis de l'occupant.

Dans une lettre de quelques jours postérieure à la première, le jeune homme prend des nouvelles de la santé de son père et lui apprend que le chanoine de Woelmont lui a présenté Son Excellence monseigneur de Merode, Ministre des Armes de Pie IX, qui a été pour lui « on ne peut plus aimable245(*). »

Peu connu, le chanoine de Woelmont fut sans doute une des figures belges les plus importantes du Vatican des années 1860, avec son compatriote et très proche ami de Merode. Provenant du Namurois, il était une excellente connaissance de la famille de Trazegnies et, surtout, ami d'Alfred depuis 1843246(*). Il naquit à Namur le premier septembre 1824 et grandit au château d'Hambraine. Enfant, il était atteint d'un mal que les médecins jugèrent incurable mais il guérit miraculeusement. Déjà, sa destinée était tracée : il consacrerait sa vie au chevet des malades et en mourrait à 46 ans à peine. C'est avec monseigneur de Merode que l'ecclésiastique prodigua ses soins aux blessés des champs de bataille lors de la République romaine. Lorsqu'en 1849 la fièvre et le typhus décimaient l'armée française à Civita Vecchia, Edouard se dévoua une fois de plus nuit et jour au soin des malades peuplant les hôpitaux. Six semaines plus tard, il était lui-même atteint par la maladie et les derniers sacrements lui étaient administrés. Son frère Ferdinand le ramena en Belgique. Edouard guérit et, pour le récompenser de sa bravoure, monseigneur de Hesselle, évêque de Namur, le nomma chanoine.

En décembre 1849, monseigneur de Montpellier l'ordonnait prêtre. Il passa alors quelques années à Namur puis se rendit au Proche-Orient où, suite à la guerre de Crimée, le typhus et d'autres fièvres dévastaient les populations. Nommé aumônier en chef, il se dévouait nuit et jour, ce qui lui valut d'être décoré de la Légion d'honneur par Napoléon III. De retour en Italie, il soignait les victimes du tremblement de terre napolitain qui fit des milliers de victimes en 1857. Deux ans plus tard, les guerres franco-autrichiennes le poussaient une fois encore à se dévouer pour les blessés. De retour à Namur dans la seconde moitié du mois de mars 1860, Woelmont rencontrait son ami Merode qui lui confiait ses préoccupations quant aux dangers que représentaient les Piémontais. Revenu à Rome, le chanoine était accueilli par le Saint Père qui s'exclamait : « voilà l'aumônier magnifique ! Ce n'était pas une parole en l'air, écrivait Woelmont, car j'ai reçu ma nomination d'aumônier honoraire de toutes les troupes pontificales, ce qui me donne juridiction sur dix mille personnes. On m'a spécialement attaché au corps franco-belge. J'ai deux cent cinquante malades à visiter tous les jours. Dans les moments de répit, je travaille à organiser deux petites oeuvres, un cabinet de lecture et une infirmerie. Nos braves jeunes gens ont une certaine horreur de l'hôpital. Nous n'y enverrons plus que les cas les plus graves et nous soignerons en famille les indispositions passagères247(*). » Dans cette fonction, il se distingua au combat de Corèze (1861) et à Mentana (1867). Entre-temps, il était de retour à Namur en 1866 et apportait son aide aux malades atteints par l'épidémie de choléra. Pie IX le nommait Camérier. Il s'éteignait finalement le 16 juillet 1870, atteint d'une altération du sang248(*).

Pour savoir comment Alfred est entré en contact avec le roi François, il faut se reporter aux dires de l'abbé Bryan Y Livermore, reproduits par son ami de l'Académie Pontificale Ecclésiastique, Edmond de Moreau d'Andoy, originaire du pays de Namur. Présentons ces deux personnages primordiaux dans le séjour romain du jeune homme.

Précisons avant toute chose qu'ils sont membres d'une importante institution romaine, l'Académie des nobles ecclésiastiques249(*). Cette académie fut fondée en 1701 par l'abbé Pierre Garagni. Elle fut primitivement appelée Académie des Nobles ecclésiastiques et implantée dans le Palais Gabrielli à Monte Giordano. Le pape Clément XI la déplaça vers l'ancien Palais Severoli, place de la Minerve, qu'elle occupe toujours actuellement. Selon un nouveau règlement élaboré par Pie IX, qui la remettait en marche suite aux troubles provoqués par la République romaine, elle devait désormais « former les jeunes ecclésiastiques ou pour le service diplomatique du Saint-Siège, ou pour le service administratif dans la Curie ou dans les Etats Pontificaux250(*). » Là se sont formés tous les grands hommes de la Curie romaine : les Consalvi, les Antonelli et plusieurs papes dont Pie IX et Léon XIII.

Le premier personnage cité se nomme Thomas Bryan Y Livermore. Il n'était encore qu'un inconnu en 1861. Il sera cependant évêque de Murcie-Carthagène entre 1885 et 1902. Il naquit à Malaga d'une famille d'origine irlandaise et partit étudier à Marseille. Il quitta la France pour l'Angleterre où il étudia au collège Sainte-Marie d'Oscott, tout près de Birmingham. Il devint ensuite ingénieur de l'Ecole Centrale de Paris. De retour en Espagne suite au décès de ses parents, il obtenait le baccalauréat à l'Université de Madrid et, en 1857, il entrait au Séminaire de Malaga et fut ordonné prêtre. Il se rendit dans un premier temps à Rome où il étudia à l'Académie des Nobles Ecclésiastiques, dont il était le 910e membre, inscrit en 1859251(*). C'est durant cette période qu'il servit d'intermédiaire entre la famille de Trazegnies et les autorités piémontaises, notamment en ce qui concernait la restitution du corps d'Alfred. Il continua ensuite ses études à l'Université grégorienne. Six ans plus tard, on le retrouvait à Malaga où il était devenu chanoine et enseignant du Séminaire local. En novembre 1883, il était préconisé évêque de Carthagène et était élu Sénateur pour la province ecclésiastique de Grenade. Toute sa carrière, il lutta contre les erreurs modernes. Beaucoup de ses lettres pastorales furent reproduites dans la presse espagnole du temps et elles firent couler beaucoup d'encre252(*).

Monsieur de Moreau d'Andoy était le 913e membre inscrit à l'Académie Pontificale Ecclésiastique. Il était, comme le laisse à penser sa correspondance, très grand ami de monsieur Bryan ainsi que de la famille de Trazegnies, étant, à leur image, originaire du Namurois. Quant au chanoine de Woelmont, il notait lui-même que « nous avons ici (n.d.l.a. au Vatican) M. Van den Berghe et M. l'abbé de Moreau dont la société a un grand charme pour moi253(*). »

Voici un extrait de la missive de Bryan recopiée par Moreau : « J'étais à Tivoli quand Alfred est arrivé à Rome et ne m'ayant pas trouvé chez moi, il vint me voir pour me demander la lettre de recommandation dans laquelle tu me disais qu'il venait dans ce pays pour entrer dans les troupes pontificales ; mais aussitôt que j'ai eu lu ma lettre, il me dit qu'il ne pensait nullement à prendre du service à Rome parce qu'il ne goûtait pas trop de faire la vie de caserne et parce qu'il croyait que si ces troupes devaient jamais se battre, ce serait comme par le passé pour se faire écraser par le nombre sans chance de succès. Il était au contraire décidé à aller dans les calabres (sic) et il désirait que je lui donnasse des renseignements là-dessus et surtout sur le moyen d'y aller. Tu comprends combien j'étais peu à même de le satisfaire car je ne sais que ce que m'apprennent les journaux que je ne lis pas tous les jours. Il me demanda alors s'il y avait moyen d'avoir une audience du roi de Naples, et je dus encore lui répondre que je n'en savais rien mais que peut-être les autres personnes pour qui tu lui avais donné des lettres pourraient lui indiquer le moyen, quand je pensai à monseigneur de Cornulier qui se trouvait à Rome et se vante, comme tu sais, d'être fort bien en cour. Je lui donnai une lettre pour Cornulier et il repartit pour Rome, où d'après ce que j'ai su il a eu son audience et il a pu connaître les personnes qui pouvaient lui donner les renseignements qu'il désirait254(*). »

Bryan précisait encore qu'Alfred lui avait rendu visite à son domicile pour lui annoncer qu'il partirait prochainement se battre dans les rangs d'un dénommé Chiavone. Il avait fait ensuite préparer ses affaires avant de prendre définitivement la route pour la montagne, le jeudi 7 novembre vers midi. Alfred partait dans l'idée de ne jamais revenir. Il se confia au chanoine de Woelmont, le 6 novembre, dans les termes qui suivent : « Adieu, cher chanoine, vous apprendrez probablement bientôt ma mort ; priez alors pour moi, car je ne vous laisserai tranquille, que lorsque je serai en Paradis...255(*) »

Nous savons peu de choses à propos de monseigneur de Cornulier, si ce n'est qu'il était un important « directeur de conscience » au Vatican. Il portait le titre de comte et provenait de Nantes. Son adhésion à l'Académie Pontificale Ecclésiastique datait de 1857. Il en était le 902e membre inscrit256(*). Il avait de bons rapports avec monseigneur Gallo, prêtre de la cour napolitaine, ce qui lui permit d'obtenir rapidement l'audience réclamée par le jeune Belge257(*).

Cette entrevue entre François II et le ressortissant Belge ne dura sans doute pas plus d'une heure. Le témoignage montre bien que les deux hommes ne s'étaient jamais rencontrés auparavant. Etant donné que l'entrevue a dû avoir lieu aux alentours du 6 novembre, il paraît logique qu'aucune correspondance n'ait été échangée entre les deux personnages jusqu'au 11 novembre, date de décès du marquis. C'est du moins ce qui ressort de la consultation des papiers de François II conservés aux Archives de l'Etat à Naples.

Nous avons déjà esquissé un portrait du brigand Luigi Alonzi. Lors de l'arrivée du marquis de Trazegnies à Rome, on peut considérer que sa bande s'organisait comme suit :

Commandant en chef :

Général Luigi Alonzi, dit Chiavone ;

Etat Major :

Colonel Henri Arnous de Rivière ; lieutenant-colonel comte Edwin Kalckreuth ; major Ludwig Richard Zimmermann ; capitaine, adjudant-major Vincenzo Mattei ; Alfieri Lecart e Danglais ; chirurgien Agostino Serio ;

Détachements :

Corps de guides sorane : un sergent, deux caporaux, un trompettiste, 17 guides ;

1e compagnie : un capitaine, le français Georges Villiers de l'Isle Adam ; un porte-drapeau, Giovanni Mattei ; 67 hommes de grande expérience militaire ;

2e compagnie : un capitaine, Antonio Salvati ; 45 hommes étant en grande partie des volontaires siciliens ;

3e compagnie : un lieutenant, Antonio Teti et 51 hommes ;

4e compagnie : un capitaine allemand, Heinrich Birnbaum ; un lieutenant irlandais O'Reef et 47 hommes ;

5e compagnie : un capitaine, ancien officier de la garde royale, Pasquale Alonzo ; le lieutenant Giuseppe Terracini et 60 hommes ;

6e compagnie : un capitaine, Giuseppe Gallozza et 44 hommes, presque tous de la région de Molise ;

7e compagnie : un lieutenant probablement suisse, Mignot ; un porte-drapeau, le français Bacault ainsi que 45 hommes pratiquement tous issus des Abruzzes ;

8e compagnie : le capitaine Giuseppe Conte ; le porte-drapeau Cappucci, napolitain de la Garde royale, ainsi que 42 hommes ;

La troupe entière regroupant un total d'environ 430 hommes, parmi lesquels 20 officiers, un médecin, 59 sous-officiers et caporaux, 7 trompettistes et 343 soldats258(*). Pour ce qui est de l'armement, les hommes peuvent se reposer sur quatre canons de montagne, 220 bombes « à la Orsini », 180 grenades et une forte quantité de fusils et carabines. Les vivres abondent, comme le bétail. Le camp de Chiavone pouvait quant à lui accueillir plus de 2000 hommes tandis que les couvents de Casamari, Trisulti et Scifelli, fournissaient d'importants secours, subsides et appuis tacites259(*).

Les incidents d'Isoletta et de San Giovanni Incarico260(*).

Alfred de Trazegnies a probablement rejoint les troupes de Chiavone dans la matinée du vendredi 8 novembre 1861261(*), comme le fait remarquer l'abbé Bryan. Elle se tenait probablement près de la frontière entre les Etats Pontificaux et le royaume de Naples, juste au-dessus de Sora262(*). Tentons de retracer l'activité de la bande dans les quelques jours qui précèdent l'arrivée du marquis.

Pour A. Bianco di Saint Jorioz, il ne s'est rien produit de remarquable au mois d'octobre 1861. La bande de Chiavone continuait à roder le long de la frontière pontificale sans se faire trop remarquer tandis que ses rangs grossissaient toujours. Les brigands méditaient cependant un coup qui, « s'il réussissait, serait certainement fatal, notait-t-il263(*). »

Le 6 novembre, Chiavone envoyait un détachement d'hommes afin de s'emparer de bestiaux destinés au ravitaillement des Piémontais. Ce fut un succès. Les royalistes retournèrent à leur camp où ils furent assaillis par une partie de la garnison piémontaise d'Isola, envoyée par le capitaine Benzoni, qui venait d'apprendre ce qui s'était passé. Un combat d'environ une heure s'engagea mais il ne fit pratiquement aucune victime car les deux parties étaient placées à une trop grande distance l'une de l'autre. Se sentant menacés, les Piémontais se retirèrent vers Castelluccio afin de prendre appui sur un détachement de leurs troupes voire sur la garde nationale. Benzoni, inquiet du sort de ses hommes, partit les aider à la tête des garnisons postées à Isola. La difficulté étant plus importante que prévu, les Piémontais reculèrent peu à peu sur Isola tandis que les légitimistes rentraient à Castelluccio où ils furent accueillis, selon les dires de la correspondance de la Gazette de Liège, sans aucune résistance. Là, ils incendièrent quelques maisons et fusillèrent le chef de la Garde nationale et un autre individu qui refusèrent de crier « Vive François II. » Après quelques heures à occuper le village, les réactionnaires retournèrent auprès des leurs sur le mont Favone. Pour son échec, Benzoni fut traduit devant le Conseil de Guerre à Gaète.

Quelques jours plus tard, le dimanche 10 novembre, Chiavone et ses hommes descendirent de la montagne pour se poster en face de Sora où le colonel Lopez commandait environ 600 hommes qui possédaient 8 pièces de canon. Lopez s'enferma dans la ville, pointa ses canons sur l'extérieur et attendit l'assaut des chiavonistes. Or, toute la nuit se passa sans qu'aucune attaque ne soit donnée. Tout au plus se contentait-on, du côté royaliste, de faire entendre quelques coups de feu de-ci, de-là afin de faire croire à une éventuelle attaque à l'aube. Les Sardes étaient donc retenus dans Sora tandis que Chiavone opérait à son aise ailleurs. Il partit vers Isoletta, franchit, sur une échelle de fortune, le fleuve Tibreno à hauteur du village de Fontana. Il devait être aux alentours de quatre heures du matin. Après avoir rompu les lignes télégraphiques, la bande se dirigea vers Isoletta, où se trouvait une forteresse commandant de passage du Liri. Les douaniers, trouvés dans les divers postes le long de leur route furent faits prisonniers.

Aux alentours de 8 heures du matin (11 novembre), les hommes arrivèrent discrètement à Isoletta, bourg de 300 à 400 habitants264(*). La date de l'attaque ne fut pas innocemment fixée au 11 novembre. Il s'agissait en effet du jour de la fête de Saint-Martin. Dans le monde paysan du Sud, elle marquait le commencement de l'année agraire. Attaquant ce jour, Chiavone s'attendait à trouver une population plus détendue qu'à l'accoutumée265(*). Ce fut le cas. D'après la presse conservatrice, une partie des habitants se rangea de leur côté aux cris de « A bas les Piémontais, vive François II, vive le Roi ! » Une garnison piémontaise d'à peine 18 hommes faisant partie du 45e régiment d'infanterie était présente dans la citadelle avec quatre pièces de canon. Commandée par le sergent Eracliano Cobelli266(*), elle arbora rapidement le drapeau parlementaire. Les brigands donnèrent un quart d'heure de réflexion aux Piémontais : soit ils abandonnaient la lutte, soit le combat reprenait sur le champ. On opta pour la seconde solution. Battus d'avance par la puissance des canons, les royalistes foncèrent au pied de la forteresse, détruisirent une porte à coups de hache ainsi que les fenêtres et pénétrèrent dans la cour du château où ils furent accueillis par les coups de feu des Piémontais. Le combat, qui fit huit victimes piémontaises267(*) et quatre bourboniennes268(*), tourna finalement à l'avantage des chiavonistes. Selon Zimmermann, le colonel de Rivière et Mattei auxquels des projectiles avaient transpercé la main durant l'assaut, étaient dans les premiers à entrer dans l'édifice à travers les fenêtres du premier étage. En leur compagnie, le jeune marquis de Trazegnies avait hardiment passé son épreuve du feu269(*). Une fois les canons encloués, les brigands partirent pour San Giovanni Incarico (qui comptait 2500 âmes) vers 9 heures et demie.

A midi, après une courte sieste, ils étaient aux pieds de la ville où la Garde nationale et les garnisons piémontaises les attendaient de pied ferme. Le signal d'attaque fut donné immédiatement. Trop tôt, selon Zimmermann, car la troupe était encore dans l'euphorie de la victoire qu'elle venait de remporter. La lutte fut beaucoup plus longue et plus sanglante aussi que ce qu'elle avait été à Isoletta. Après deux heures de combats, les Piémontais du capitaine Teccio di Bayo se retiraient dans l'ordre et les drapeaux blancs flottaient dans le vent. D'après Zimmermann -qui n'a pas assisté personnellement à la scène-, « les hommes prenaient leurs quartiers dans les maisons du pays, quelques-uns se déshabillèrent et tous se reposèrent sans préoccupation aucune. De même, le capitaine Mattei, blessé ; son fils, le marquis de Trazegnies et les autres officiers furent assez imprudents que pour s'accorder du repos, faisant confiance à la vigilance des 3e et 5e compagnies qui montaient la garde aux avant-postes. » Une huitaine de brigands s'en prit, par exemple, à la maison du pharmacien Ottavio Tasciotti. Ils étaient commandés par Antonio Perna, originaire de Castelliri et résidant à Isoletta. On raconte que Perna reconnut dans la femme du pharmacien une ancienne camarade dont la famille avait aidé la sienne dans le passé. Il s'excusa et fit évacuer la pharmacie sans rien emporter270(*).

Vers 15 heures, les hommes durent quitter le bourg à toute vitesse : le capitaine Teccio di Bayo avait réuni ses hommes à ceux de son homologue Cesare Gamberini, de la 43e compagnie, qui venait de Pico. Ils assaillirent le pays et chassèrent les brigands. Chiavone recula sur le village de Pastena, avant de remonter se reposer dans les montagnes271(*) où il fut bientôt rejoint par Kalkreuth. La localité reconquise, les Piémontais ramassèrent 57 cadavres. Le marquis de Trazegnies fut arrêté les armes à la main et directement fusillé avec trois autres de ses comparses.

Circonstances du décès.

Pourquoi et comment le marquis fut-il pris et fusillé par les Piémontais ? Cette question demeure bien obscure. Tentons de confronter les multiples témoignages.

L'abbé Bryan, qui avait pris quelques renseignements sur place en allant récupérer le corps du marquis, comme nous l'expliquerons, écrit qu'il n'était malheureusement pas parvenu à savoir comment Alfred est tombé aux mains des Piémontais. Une foule de récits contradictoires lui ont été contés, parmi lesquels celui qui suit lui a paru le plus vraisemblable : « Après avoir été épargné des balles dans les rencontres où il s'était engagé, il paraît qu'il était un peu souffrant et très fatigué d'une longue marche et qu'il n'a pas pu suivre les siens dans la retraite. On m'a dit à San Giovanni in Carico l'avoir trouvé caché dans une maison, mais je ne sais pas trop si c'est réellement ainsi qu'il a été fait prisonnier272(*). »

Le comte Louis Michel273(*) renchérissait sur le trouble de la situation en déclarant qu' « on est pas d'accord sur la manière dont monsieur de Trazegnies a été pris, les Piémontais prétendant l'avoir pris dans une maison de San Giovanni ; d'autres prétendant, d'après le rapport fait au général français de Géraudon274(*), que monsieur de Trazegnies aurait été surpris sur le territoire pontifical, puis ramené à San Giovanni où il a été fusillé à 5 heures du soir275(*). » Toujours selon Michel, Trazegnies a dû se confesser au curé de San Giovanni et faire connaître sa qualité d'étranger. Au moment de le fusiller, les soldats piémontais lui ont demandé de leur tourner le dos, car « un brigand ne devait pas être fusillé par devant. » Alfred se serait contenté de tourner la tête et, à ce moment précis, une balle fit sauter le derrière de sa tête, « passant derrière l'oreille et sortant au-dessus de l'oeil ».

La correspondance romaine du Journal de Bruxelles en date du 23 novembre relate que Trazegnies, qui avait surpris les mouvements de troupes des Piémontais qui comptaient reprendre San Giovanni, parcourut la ville afin de prévenir ses hommes. Il s'égara cependant et fut pris quelques instants plus tard. Les Piémontais l'exécutèrent sans ouï-dire276(*). Quelques jours plus tard, le journal offrait une nouvelle variante de l'arrestation : il faisait état d'une course-poursuite qui se serait engagée entre d'une part le jeune marquis et, de l'autre, les soldats piémontais. Alors qu'il avait fait plus d'un mille à l'intérieur du territoire pontifical, les soldats s'emparèrent de lui et le conduisirent à San Giovanni où il fut fusillé sur-le-champ. Le curé de l'endroit aurait juste eu le temps de le confesser avant la sentence finale277(*). Le correspondant W. M. confirme cette version le 7 décembre278(*).

Dans son ouvrage datant de 1862, Marc Monnier nous conte que Trazegnies crut sans doute « plaire à Dieu en jouant au Chiavone. » Il fut entraîné dans des excès qu'il eût sans doute désavoués le lendemain. Les soldats italiens l'arrêtèrent dans une maison qu'il ravageait, « brisant de sa main tous les meubles. » Selon Monnier, sur le lieu de l'exécution, il prétendait qu'on n'oserait pas passer à l'acte. Il se retourna pour parler aux soldats quand une balle lui brisa le crâne279(*). Armand Lévy, de pensée fort similaire, reprend les dires de Monnier en y ajoutant quelques lignes puisées chez A. Bianco di Saint-Jorioz280(*). Le Précurseur d'Anvers, reproduisant un article de la Patria de Naples, proposait une version fort similaire de l'incident : Alfred était appelé `le major' par ses hommes. « Armé d'un revolver à six coups, il menaçait les femmes qui le suppliaient de s'apitoyer sur leur sort, et montrait lui-même comment on devait s'y prendre pour incendier plus promptement les maisons. Il était comme enivré de ce spectacle horrible ; il était tellement absorbé dans l'oeuvre de destruction qui s'accomplissait, qu'il n'entendit peut-être point la trompette vengeresse, ou qu'il ne s'en soucia pas, ou qu'il n'entendit pas le terrible sauve-qui-peut des brigands. Quoi qu'il en soit, il fut pris dans la maison de Santoro, où on le trouva brisant, mettant en pièces tout ce qui tombait sous la main, pour donner plus d'aliment aux flammes281(*). » Le récit explique enfin qu'Alfred fût conduit en face du major Savini282(*) qui, sur les plaintes de la population et sur l'avis des officiers, ordonna qu'il fût passé par les armes directement. Selon la correspondance du Journal de Bruxelles, le major Savini provenait de Viterbe. Il appartenait à l'armée pontificale mais fut chassé de Rome en 1849 pour sa conduite « abominable » à l'époque de la République. « C'est un émule des Zambianchi, des Capanna, des Galenga, des Orsini et de tous ces sectaires que l'ordre des maîtres masqués arme du poignard ou de la bombe aux moments solennels. Ils sont soldats-assassins, députés-assassins, journalistes-assassins, avocats-assassins. Voilà ceux que le Piémont s'est associé dans la grande iniquité de l'unification283(*). »

Exactement un an après le décès du marquis, une lettre de monsieur de Mousty284(*), lieutenant aux Zouaves pontificaux, et qui l'avait bien connu, donne une nouvelle version de son arrestation. Il narre dans un premiers temps les faits déjà bien connus de la prise d'Isoletta suivie de la prise de San Giovanni in Carico. Comme cette dernière ville était une bonne prise, on désigna à Trazegnies les plus grandes canailles de l'endroit chez lesquelles il alla, en compagnie de ses hommes, manger et boire à volonté. Ses troupes firent alors des excès de boisson et, n'ayant encore que trop peu d'expérience, le jeune lieutenant commit la faute de s'éloigner d'elles. Tandis que la Garde nationale profitait de cette occasion pour tomber sur les troupes et les chasser de l'endroit, Trazegnies, « du haut d'une maison, explorait les environs avec sa longue-vue. Tout à coup, une voix lui cria : jetez vos armes, rendez-vous ou la mort. Il se retourna : il se trouvait au bout du canon d'un garde national. Il descendit et dans la rue, se trouva entouré d'une bande d'ennemis285(*). » Il tenta en vain de parler au capitaine français commandant le détachement de Ceprano. Tout au plus lui a-t-on promis de remettre au capitaine un papier qu'il venait de rédiger. Il fut ensuite amené devant l'église de San Giovanni, les bras liés, où il fut fusillé par derrière. Mousty précise que l'homme de qui il détient ces détails les a vus de ses propres yeux. Il n'était donc pas un témoin direct.

L'ensemble des sources est en tout cas d'accord sur deux points. Premièrement, juste avant d'être fusillé, le marquis écrivit sur une feuille de papier qui il était, déclarant sa parenté avec la comtesse de Montalto, femme du représentant de Victor-Emmanuel II à Bruxelles. Le maréchal de France de Saint-Arnaud et son frère avaient quant à eux épousé deux de ses cousines. Enfin, il se disait neveu de Xavier de Merode et parent de la famille royale de Hollande286(*). Deuxièmement, l'exécution eut lieu Place de l'Annonciation, là où se trouve actuellement la maison communale de San Giovanni Incarico287(*).

Les nombreux mariages avaient effectivement tissé des liens entres les Trazegnies d'Ittre et les grandes familles du royaume et d'ailleurs.

La famille avait ses entrées dans le monde diplomatique. La soeur du dernier marquis de Trazegnies (branche première) avait épousé le ministre plénipotentiaire de Victor-Emmanuel II, Lupi Moiriano, comte de Montalto le 27 juin 1848288(*).

Charles de Trazegnies avait pour cousine germaine Louise de Trazegnies, issue de la branche cadette de la famille de Trazegnies d'Ittre. On se doute de l'influence que pouvait avoir l'épouse (depuis 1843) de « l'homme » de la guerre de Crimée, le fameux maréchal Louis Adolphe le Roy de Saint-Arnaud, à l'aube du Second Empire. Peu après le coup d'Etat, Charles et Raphaëlle furent d'ailleurs les hôtes des bals de Louis-Napoléon Bonaparte. Mais ces sorties parisiennes furent éphémères. D'une part parce que l'impératrice se refusa toujours de prendre pour dame d'honneur madame de Saint-Arnaud avec laquelle elle s'entendait peu ; d'autre part, parce qu'une fois le maréchal tué à la bataille de l'Alma, la maréchale se retira définitivement à Arcachon, d'où elle gardait néanmoins des contacts avec sa famille en Belgique289(*).

Comme nous l'explique le marquis de Trazegnies, la famille a contracté six ou sept alliances, au cours de l'Histoire, avec les Merode, essentiellement via la branche de Hamal. Alfred n'était que très lointain cousin de cette famille.

Enfin, les Trazegnies étaient, comme l'écrivit Alfred, parents avec les Nassau et donc, lointains cousins de Sa Majesté le roi de Hollande. En effet, la grand-mère d'Alfred était née Constance-Amélie de Nassau (1784-1832), comtesse héritière de Corroy, Frasnes, Zwevegem, Hallennes, etc. Elle était l'unique héritière d'une branche des Nassau-Dillenburg, formée au début du XVIe siècle par Alexis de Nassau, fils légitimé de Henri, comte de Nassau-Dillenburg, Vianden, etc. et de sa cousine Elisabeth de Rosembach290(*). Cependant, les deux familles ne s'entendaient plus depuis que les Nassau avaient essayé, par tous les moyens, de récupérer Corroy. On peut dès lors se demander pourquoi Alfred invoquait cette parenté. Probablement voulait-il se donner une épaisseur encore plus grande auprès de ses `agresseurs'.

On l'aura compris : certains libéraux modérés firent d'Alfred de Trazegnies un jeune homme qui avait sombré dans l'excès, sans doute sous l'influence des mensonges des cléricaux. On peut ainsi lire dans l'Indépendance belge -modérée en ce qui concerne l'affaire du marquis- du 28 novembre 1861, qu'on « ne peut comprendre ce que faisait ce gentilhomme parmi cette bande de pillards. Il les aura pris pour des royalistes sérieux : voilà le danger des mensonges réactionnaires291(*). » Les libéraux plus radicaux le transformèrent en un monstre, assassinant et pillant pour son bon plaisir. Sous la plume des écrivains catholiques et conservateurs, enfin, Alfred devint un sacro-saint martyr victime des cruautés des Piémontais...

Scipion Fabrizi, le coupable idéal ?

« Monseigneur de Merode vient de me dire qu'un individu, qui aurait arrêté le marquis de Trazegnies sur le territoire pontifical et qui, après l'avoir entraîné sur le territoire napolitain, lui aurait tiré un coup de pistolet dans la tête, pendant que l'on discutait sur son sort, que cet individu était, en ce moment, en prison à Rome ; et qu'on se livrerait à une enquête qui, selon Son Excellence, prouvera que le malheureux marquis a été, non pas fusillé mais assassiné292(*). » Ainsi s'exprimait Henri Carolus, le 21 décembre 1861.

En moins d'une semaine, cette nouvelle stupéfiante avait parcouru les 1700 kilomètres séparant la Ville éternelle de la future capitale de l'Europe. Et déjà on s'exclamait, dans le Journal de Bruxelles, qu'un agent secret au service de Victor-Emmanuel II avait surpris le marquis de Trazegnies alors qu'il se trouvait sur le territoire pontifical. Il l'avait ramené aux Piémontais. Alors que les soldats se disputaient pour savoir que faire du jeune homme, les uns proposant de le tuer s'il était belge, mais de le garder en vie, par prudence, s'il était français, l'agent secret se serait impatienté. S'écriant qu'il fallait en finir -la voglio finita293(*) !-, il aurait vidé son chargeur par derrière, à bout portant, sur la tête du marquis. Le commandant Savini, ne voulant pas compromettre un de ses précieux agents, aurait proposé de simuler une exécution régulière. Le chanoine baron de Woelmont confirmait cette version aux parents. « La justice romaine s'occupe de cette affaire et samedi prochain, on fera l'autopsie ; j'y assisterai et vous ferai couper des cheveux294(*). » Le suspect aurait même avoué son crime295(*).

Le 8 janvier 1862, le Journal de Bruxelles, décidément très au fait de l'affaire du marquis de Trazegnies, proposait une courte biographie de l'assassin présumé d'Alfred de Trazegnies, tout en reconnaissant que les preuves manquaient encore pour prouver définitivement sa culpabilité. L'homme se nommait Scipion Fabrizi. Certains l'appelaient Fabrizi Nicola. Originaire de Torrice, il résidait officiellement à Falvaterra, à proximité de Frosinone, où il n'exerçait aucune profession. Il faisait partie des troupes de douane pontificale quand il décida d'intégrer, en 1849, la colonne mobile de Callimaco Zambianchi, dont il devint rapidement l'un des plus proches collaborateurs. Fabrizi aurait été présent lors de l'assassinat de plusieurs prêtres par Zambianchi, notamment celui du curé de la Madone du rosaire arrêté et fusillé à Monte Mario. Il avait certainement assisté aux interrogatoires que fit subir Zambianchi aux prêtres arrêtés à l'église Saint-Calixte. Il avait atteint le grade de sergent et aurait pris part à des combats livrés par des volontaires républicains contre les troupes napolitaines et françaises. Retiré à Falvaterra, il s'est mis au service des Piémontais comme il l'avait fait, dans le passé, pour Mazzini et Zambianchi296(*). Depuis Falvaterra, Scipion Fabrizi se rendait fréquemment dans le royaume de Naples, où il disposait de contacts avec les libéraux. En plus du meurtre du marquis, il devait répondre de trois autres assassinats politiques en 1849297(*).

Le 21 décembre, l'autopsie avait lieu à Saint-Julien des Belges. Il apparut que la balle n'était pas de celles qu'employaient les troupes régulières298(*). Le juge Colle Massi instruisait l'affaire299(*). Nous disposons du témoignage d'un témoin oculaire de l'autopsie, celui du chanoine de Woelmont qui avait promis d'y assister. D'après ses dires, « la partie du crâne, derrière l'oreille gauche, a été emportée ; et la balle est sortie au dehors de l'oeil droit, ce qui conforme la version que le coup a été tiré à bout portant. Il n'y avait pas sur le corps d'autre blessure, quant à l'identité, il ne peut y avoir aucun doute300(*). » Le chanoine coupa une mèche de cheveux qu'il fit parvenir à la famille, à Hyères. La photocopie de cette mèche, conservée par le marquis Olivier de Trazegnies, est disponible en annexe.

Pendant ce temps, la presse s'emparait de cet « assassinat ». A plusieurs reprises, la feuille française Le Monde plaçait des réclamations à sa une : « On se demande comment le gouvernement piémontais peut accepter la responsabilité morale de ce crime en le cachant et en se rendant complice d'une odieuse comédie d'exécution militaire ? » La suite se perdait dans une curieuse métaphore : « Mais la passion aveugle des hommes qui, de sang-froid auraient repoussé jusqu'à la pensée d'une telle conduite, ces hommes ne sont plus libres ; ils font partie d'un système, d'une machine à broyer, et ils vont jusqu'à ce que cette machine rencontre le grain de sable qui doit la faire éclater301(*). »

Le procès du présumé coupable s'ouvrit en 1862. Scipion Fabrizi fut jugé par le « Supremo Tribunale della Sacra Consulta302(*). » Une impressionnante instruction est mise sur pied par le juge. Elle se prolongera pas moins de 7 mois ! Des dizaines d'interrogatoires sont menés. Tous les proches d'Alfred de Trazegnies à Rome et surtout d'éventuels témoins de l'assassinat sont appelés à attester de ce qu'ils ont vu ou entendu. Dans son intéressant article, Fraccacreta remet en question la partialité du juge. Tout concourt en effet à nous faire penser qu'on a trouvé un coupable pour en trouver un...

Fabrizi, au long du procès, a constamment nié les faits. De nombreuses personnes assuraient avoir entendu parler de l'affaire. Mais il n'y avait en fin de compte qu'un seul témoin oculaire. De plus, ses dires furent en partie contradictoires. Il se nommait Alfonso ou Socio Piccirilli. Originaire de Falvaterra, il était depuis longtemps domicilié à San Giovanni Incarico. Son interrogatoire fut possible car, à l'époque de l'instruction, il résidait à Ceprano. Or, les auditions de témoins se firent exclusivement dans les bourgs de Ceprano et Falvaterra. Ses penchants pour la réaction laissaient présumer que ses affirmations n'étaient probablement pas toutes objectives. Il expliqua que, vers la tombée de la nuit303(*), le prisonnier fut tiré hors du corps de garde de la garnison par de nombreux Piémontais et conduit au mur situé face à l'église de l'Annonciation. Personne ne parlait et il n'y avait que Fabrizi qui voulait que le prisonnier se mette face au mur, ce à quoi s'opposait le marquis, disant qu'il n'était pas un brigand et, dès lors, qu'il n'avait pas à subir une telle exécution. Fabrizi, sans doute ennuyé des discussions, l'aurait placé de vive force contre le mur et s'éloignant du marquis d'environ 6 ou 7 pas, il vida son chargeur304(*). Fraccacreta donne une raison supplémentaire pour mettre en doute la crédibilité du témoin : celui-ci se serait empressé de quitter la ville car il risquait sa vie. Il venait en effet de s'unir aux chiavonistes dans la matinée ce 11 novembre. Dès lors, comment peut-il assurer avoir assisté à l'exécution du belge ? Se promenait-il en simple curieux alors que les Piémontais avaient repris le pouvoir à San Giovanni ?

L'officier français qui s'était rendu à San Giovanni afin de récupérer le cadavre conservait la balle qui avait causé la mort du jeune homme. Un tel projectile n'aurait vraisemblablement pas pu être tiré par l'arme de Fabrizi. D'une part, on la lui avait confisquée lors de son arrivée à Falvaterra. D'autre part, la balle fut déclarée par un expert assermenté comme ayant été « déchargée d'un fusil ou d'un pistolet de grande dimension, de forme ancienne et non rayé305(*). » Or, l'ancien comparse de Zambianchi disposait d'une arme de construction récente et rayée ! L'arme du crime est aujourd'hui conservée au Musée du Risorgimento de Mantoue. Vous en trouvez la photographie parmi les documents annexés. Elle nous a été fournie par Marco Sbardella, historien à San Giovanni Incarico.

On peut encore lire, dans les papiers du juge Massi, une déclaration faite en 1884 par un certain Angelo Berni, qui était capitaine au 43e régiment d'infanterie en novembre 1861. Celui-ci affirme que jamais on n'aurait laissé à un civil, même à un homme comme Fabrizi, qui avait une certaine influence sur les soldats piémontais, le droit de donner un ordre qui relevait exclusivement du domaine militaire. L'ordre de l'assassinat devait selon lui, et il confirme finalement les dires de la presse du temps, être attribué au major et comte Savini.

Apparemment, la seule présence de Fabrizi lors des événements de la Saint-Martin et surtout le fait qu'il se soit, par la suite, vanté du meurtre d'Alfred de Trazegnies, ont suffi pour que la population entière l'accuse. Le 12 septembre 1862, la sentence du tribunal tombait. Fabrizi fut condamné aux galères à vie pour conspiration, non contre la personne du marquis de Trazegnies d'Ittre, mais bien contre le souverain et l'Etat. D'ailleurs, à la veille du procès, un ordre supérieur avait interdit définitivement toute discussion concernant la mort du marquis belge...306(*) La presse en avait-elle été informée ? Il n'y a eu, d'après nos recherches, aucune allusion au procès Fabrizi et à son issue.

Le deuil d'une famille.

Quoi qu'il en soit, Alfred était bel et bien décédé. En Belgique, la triste nouvelle arriva à ses parents sans doute vers la mi-novembre. Une première lettre de monsieur Edouard de Moreau datée du jeudi 14 novembre 1861, alors présent à Liège, indiquait qu'un télégramme venait de l'avertir de la mort du jeune homme. Il espérait que le courrier de dimanche lui apprendrait qu'il était mort saintement307(*). On sait par ailleurs que l'abbé Bryan avait télégraphié à la famille sur le décès vers cette époque.

Quatre jours plus tard, le marquis de Trazegnies recevait un télégramme de `la main' de l'abbé Bryan qui l'informait qu'il partait le lendemain chercher le corps de son malheureux fils tandis que le chanoine de Woelmont était rentré à Rome la veille308(*).

A Namur, le notaire de la famille, Eloin, était tenu au courant par l'évêché de Liège, et plus particulièrement par le chanoine Lupus309(*), fidèle de l'évêque Théodore de Montpellier. Son télégramme du 18 novembre signalait qu'il n'y avait toujours aucune nouvelle concernant Alfred310(*).

Le lendemain, c'est au tour de monseigneur de Merode de signaler la disparition du jeune homme. Il complète son télégramme311(*) par une lettre contenant de plus amples informations sur ses rapports avec le marquis qu'il essaya de « détourner de ce projet, lui montrant toutes les objections, tous les périls qu'on pouvait croire devoir le faire reculer312(*). » Le pourquoi et le comment de l'arrestation du marquis demeurent très obscurs : certains ont dit qu'il avait été surpris dans une maison où il cherchait à prendre quelque repos, d'autres l'ont supposé pris les armes à la main, d'autres enfin laissaient entendre qu'il aurait succombé au cours de la fusillade. Heureusement, pense Merode, « les derniers jours qu'il a passés à Rome ont été employés à se préparer à la mort au devant de laquelle il semblait courir. Il avait communié la veille de son départ, c'est-à-dire trois jours avant celui qui devait être le dernier313(*). » Le père de Villefort l'avait en effet confessé314(*). Le corps qui devrait être ramené d'ici peu de jours par l'abbé Bryan sera probablement entreposé dans l'Eglise Saint-Julien des Belges.

Dans une lettre datée du 19, le chanoine de Woelmont présentait ses excuses à la famille de Trazegnies d'Ittre pour n'avoir pas annoncé lui-même la triste nouvelle aux parents. Il regrette que cette tâche ait incombé à quelqu'un de totalement inconnu de la famille, à savoir l'abbé Bryan y Livermore315(*). En effet, Woelmont se trouvait à Marino lorsqu'il a appris la nouvelle. Il s'est directement mis en route pour Rome. Woelmont espérait qu'on pourrait au plus vite faire parvenir le corps d'Alfred en Belgique, puisque tel était le désir du marquis Charles316(*).

Le 29 novembre, le chanoine de Woelmont recevait une lettre du marquis de Trazegnies lui annonçant qu'il viendrait prochainement à Rome. Le lendemain, le chanoine félicitait cette initiative qui serait sans doute « du meilleur effet », d'autant plus que le roi de Naples rencontrerait le père d'Alfred avec beaucoup de plaisir. Le marquis ne donnait cependant aucune nouvelle quant à ses intentions sur un éventuel retour du corps en Belgique, comme il l'avait laissé entendre quelques jours plus tôt. Le corps reposait toujours à l'église de la Minerve317(*).

Début du mois de décembre, la famille recevait les condoléances d'Adolphe Charles Klitsche de Lagrange. Celui-ci était probablement un des six fils du brigand Klitsche dont nous avons parlé. Cela explique pourquoi il signait sa lettre « Klitsche de Lagrange Figlio (fils). » Il n'avait jamais rencontré Alfred mais se sentait néanmoins son frère d'armes. « Il a été martyr de la sainte cause de la religion et de la royauté, écrivait-il à propos d'Alfred, et on doit glorifier sa mort, comme un triomphe du plus sublime des dévouements. (...) L'histoire n'oubliera jamais la mémoire glorieuse de votre fils, et soyez sûr que son noble sang trouvera son vengeur318(*). » A sa lettre se trouvait annexé un poème de sa plume, destiné à honorer la mémoire du marquis. Vous pouvez retrouver ce poème parmi les documents annexés.

En Belgique, l'organisation d'offices en la mémoire d'Alfred allait bon train. Une première célébration était organisée fin novembre à Corroy. Les familles les plus notables de la région étaient représentées. Même l'évêque de Namur avait souhaité rendre un dernier hommage à ce jeune homme mort « en combattant pour la justice et le droit319(*). » On observait enfin toute la population du village en habits de deuil ainsi que des députations nombreuses venues de Gembloux et des communes environnantes. La seconde célébration, au début du mois de décembre, prenait place dans la cathédrale de Namur. Les faire-part suivants étaient envoyés à qui de droit :

« Les Jeunes Gens de la Province de Namur, Amis de Monsieur le Marquis Alfred de Trazegnies, Vous prient de vouloir bien assister au Service funèbre qu'ils feront célébrer pour le repos de son âme, le 14 Décembre 1861, à dix heures, en l'église Cathédrale de Namur320(*). »

Peu après le 14, l'Ami de l'Ordre de Namur rendait compte de la cérémonie. L'office fut célébré par monsieur Roubaud, archiprêtre, assisté d'un nombreux clergé. « L'autel et le choeur de la paroisse, narre le journal, étaient ornés de magnifiques tentures noires portant les armoiries de la famille du marquis de Trazegnies d'Ittre. Le catafalque construit dans des proportions imposantes était garni d'un nombreux luminaire entremêlé de pots à fen (sic). L'appareil du deuil ajoutait encore à l'effet du recueillement, de la pénétration et de l'affliction de toute l'assistance. » Les grandes familles nobles et bourgeoises de la région de Namur ainsi qu'un grand nombre de membres du Clergé paroissial, des Pères et des élèves du collège Notre-Dame de la Paix, où le défunt avait fait ses études, assistaient à la cérémonie. Parmi les personnalités, on pouvait voir le gouverneur de la Province, le comte de Baillet ainsi qu'une grande partie des personnages déjà présents à l'office de Corroy-le-Château321(*).

A la fin du mois de décembre, Charles de Trazegnies était apparemment résolu à ne pas se rendre à Rome. Tout porte néanmoins à croire que la famille ne demeurait plus à Corroy-le-Château depuis quelques temps. En effet, avant que n'arrive l'incident, il était prévu que les Trazegnies se rendent chez la soeur de Charles, Euphrasie de Thysebaert, à Hyères, dans le Var. Le marquis lui écrivait d'ailleurs, fin novembre, que le nouveau malheur qui le frappait dérangeait ses projets de départ. Il comptait cependant partir directement après la messe, prévue à la paroisse de Corroy-le-Château le 29 novembre322(*), de sorte qu'ils arriveraient tous à Hyères aux alentours du début du mois de décembre323(*). On sait que la messe des amis d'Alfred a eu lieu le 14 décembre. La famille y a-t-elle assisté ? Probablement. Peu après, elle aura sans doute pris le chemin d'Hyères. Ceci expliquerait pourquoi la correspondance du marquis lui parvient à cette adresse à partir de cette date. Ce fut notamment le cas de la lettre de Léon Vafflard, dont nous allons parler.

En réalité, Charles de Trazegnies ne fit la demande pour rapatrier le corps d'Alfred que le 18 décembre. Il s'adressa au Service Général des Pompes Funèbres de la ville de Paris, situé au numéro 10 de la Rue Alibert. Le prix du transport du cercueil depuis Rome à Namur s'élevait à 2 700 francs, non compris les doits d'exhumation à Rome, qui pouvaient être évalués à environ 100 francs, selon le directeur des pompes funèbres, Léon Vafflard324(*). Le transport se ferait par voies rapides, à savoir le chemin de fer et le bateau. Le corps voyagerait dans un wagon spécial sous la conduite d'un agent. Le prix d'un transport en voiture s'élevait, quant à lui, à 4 300 francs. La voiture serait placée successivement sur le chemin de fer et sur le bateau sans que le corps ait à être déplacé plusieurs fois325(*).

Le marquis avait vraisemblablement abandonné l'hypothèse de rapatrier le corps au pays, vu la dépense exorbitante. A ce prix, il fallait ajouter, prévenait le chanoine de Woelmont, le droit qu'avait le curé de la Minerve d'accompagner le corps -droit qu'il n'abandonnerait pas- jusqu'à sa sépulture et de recevoir, pour la cause, un écu par mille ! Le prêtre était toutefois d'accord d'abandonner cet appointement pourvu qu'on lui paie tous les frais de son voyage. Le marquis demanda alors au chanoine de Woelmont la permission du Saint-Père pour le faire enterrer dans le caveau du Collège des Belges, où reposaient déjà Alfred de Limminghe326(*) et Auguste Misson327(*). Pie IX était tout à fait d'accord. On n'attendait plus que l'ordre de Charles pour enterrer le corps328(*).

Le 13 janvier 1862, Alfred de Trazegnies d'Ittre était enterré à l'église Saint-Julien des Belges329(*). Le chanoine Edouard de Woelmont chantait la messe d'enterrement330(*). L'abbé Bryan conservait encore les affaires laissées à Rome par Alfred. Il ne les restituerait que sur une demande d'un membre de la famille. Il s'agissait de 4 chemises, 20 mouchoirs de poche, 3 gilets en flanelle, 4 caleçons, 3 pantalons, 3 paletots, 1 habit d'habillé, 1 manteau, 12 paires de bas, 2 chapeaux, 4 paires de pantoufles ainsi que son nécessaire de toilette331(*). Alfred aurait beaucoup aimé que son frère porte son manteau332(*).

Revenus en Belgique, les Trazegnies s'occupèrent des formalités du décès. Il fallut notamment aller faire une déposition au Tribunal de Namur. L'abbé Bryan, présent en Belgique333(*), y était convié. Il ne pouvait malheureusement s'y rendre car il était engagé, ce jour-là, à Haltinne. Il suggérait néanmoins que l'avocat de la famille lui apporte la pièce à signer le dimanche chez monsieur Alphonse de Montpellier vers 13 heures car il prenait le train de l'heure suivante. Si cela se révélait impossible, le chanoine de Woelmont pouvait très bien faire la déposition à sa place334(*). Après réflexion, le marquis opta pour cette proposition. Le chanoine de Woelmont apparaît en effet avec le marquis Charles comme témoin sur le certificat de décès conservé aux Archives de l'Etat à Namur. Sur celui-ci, on peut lire :  

« A l'honneur de vous exposer Charles Gillion marquis de Trazegnies, rentier et propriétaire, domicilié à Corroÿ le Château, que son fils Alfred Gillion Ghislain de Trazegnies, âgé de 31 à 32 ans, domicilié à Corroÿ le Château, a été tué sur le territoire napolitain, à San Giovani in carico, le onze ou le douze novembre 1800 soixante et un ;

Qu'à cette époque les autorités et même la population en grande partie avaient quitté cette ville qui était devenue le siège de la guerre.

Qu'aucun acte de décès n'a été dressé mais que son corps a été restitué à Monsieur Brian (sic) Camérier du Pape, prêtre espagnol, qui l'avait réclamé pour l'inhumer à Rome.

Que le corps du défunt a été reconnu avant son inhumation à Rome par Mr le Baron Edouard de Woelmont, Chanoine honoraire à Namur ;

Qu'il n'a été également dressé d'acte de décès ni à Rome, ni à Corroÿ le Château,

C'est pourquoi l'exposant vous prie de vouloir bien l'admettre à prouver le décès dudit Trazegnies fils, par témoins pour, après cette preuve être ordonné que ce décès sera inscrit sur les registres de l'Etat Civil de Corroÿ le Château, dernier domicile du défunt.

Et vous ferez justice.
Signé Desneux, avoué de Tribunal.

Vu la requête qui précède,

Ouï Mr Stevart de Blochausen juge en son rapport et le ministère public en son avis conforme.

Ouï en outre 1° Mr Charles Marquis de Trazegnies, âgé de 58 ans, propriétaire à Corroÿ le Château - 2° Edouard Baron de Woelmont, âgé de 38 ans, Chanoine, domicilié à Namur, le premier père et le second ami de feu Alfred de Trazegnies ; lesquels entendus sous serment ont déposé conformément à la requête. (...)

Ordonne en conséquence que l'acte de décès de Alfred Gillion Ghislain de Trazignies, sera rédigé et inscrit sur les registres de l'Etat civil de la commune de Corroÿ le Château comme étant décédé à San Giovanni, territoire Napolitain le onze novembre 1800 soixante et un, âgé de 29 ans, fils de l'exposant et de Marie Delpillar Raphaël Emmanuel Lucie Antoinette Barbe Thomas Comtesse de Romrée, son épouse.

Prononcé en audience publique des vacations le vingt sept septembre 1860 deux.

Présents MM. Dupré juge ff. de Président, Stévart de Blochausen, juge ; Lecocq, juge suppléant ; Dubois substitut du procureur du Roi. L/Suesma (?) commis Greffier.

Signé/ E. Dupré, V. Suesma335(*). »

Ce n'est qu'une à deux années plus tard que la comtesse de Romrée se décida à prendre contact avec le prêtre s'occupant du Collège des Belges, monseigneur Sacré336(*). Elle fit auprès de lui deux démarches : l'une consistait à placer une pierre funéraire sur le caveau d'Alfred placé dans l'église de Saint Julien des Belges, l'autre à récupérer le Saint-Sacrement afin de le placer dans la chapelle du château de Corroy337(*). La fabrication et la pose de la pierre revenaient à exactement 383 francs dont la marquise pouvait s'acquitter, par facilité, chez le frère de Sacré qui habitait Bruxelles, Marché aux charbons, numéro 80338(*). Sacré faisait remarquer à la marquise qu'il était d'usage, dans des églises nationales comme la sienne, que la famille du défunt offre un cadeau ou bien une somme d'argent. Les familles des autres belges ensevelis dans le caveau de cette église s'étaient, disait-il, toutes conformées à cet usage. La marquise n'avait qu'à ajouter un supplément au tarif de la pierre tombale.

Parmi les documents annexés, vous pouvez observer le croquis de la pierre tombale d'Alfred de Trazegnies dans l'église des Flamands à Rome. Il a été envoyé par l'abbé Sacré à la marquise. L'inscription est la suivante :

« HEIC CORPORE TRANSLATO

AB AGRO FREGELLANO S JOANNIS

UBI A COPIIS SUBALPINIS

REGNUM FRANCISCI II INVADENTIBUS

PEREMPTUS EST

III IDUS NOVEMB A MDCCCLXI

QUIESCIT ALPHREDUS GILLO GISLENUS

DE TRAZEGNIES ET DE ITTRE MARCHIO

CAROLI ET RAPHAELIS DE ROMREE F

DOMO NAMURCO

TRIDUO ANTE SE ROMAE SACRO

CHRISTI DOMINI CORPORE REFECERAT

TE IN PACE CHRISTUS339(*) » 

En ce qui concerne le Saint-Sacrement, l'abbé Sacré avait fait diverses démarches dès 1863 afin d'obtenir l'autorisation du Saint-Père de les emporter. Il fallut rédiger une supplique que le secrétaire des Brefs340(*) soumit au pape341(*). On apprit que le pape sollicitait des informations supplémentaires sur la famille ainsi que l'avis de l'évêque de Namur. Là s'arrête la correspondance conservée entre le prêtre et la comtesse de Romrée. Nous ne connaissons donc pas le fin mot de cette histoire.

Un incident d'ampleur internationale.

Le 16 novembre, les autorités belges présentes en Italie s'occupent de prévenir le ministère belge des Affaires Etrangères. Le vice-consul Le Riche342(*) signalait « qu'un fait d'armes a eu lieu ces derniers jours sur le territoire napolitain. (...) Un jeune homme belge d'une famille distinguée de Namur, combattant au milieu des bandes de Chiavone a été pris les armes à la main et fusillé le 12 (sic). Il n'eut que le temps d'écrire son nom, Alfred de Trézignés (sic) et son cadavre fut jeté en terre avec 64 de ses compagnons d'armes fusillés ou tués pendant le combat. (...) Je crois devoir en informer sa famille par l'organe de Monsieur le Gouverneur de la province de Namur343(*). » Le vice-consul joint à son mot une lettre destinée au Gouverneur de la province de Namur, monsieur le comte Léon de Baillet344(*), lui précisant qu'il a prévenu le syndic du lieu afin qu'il en dresse l'acte mortuaire et en fasse délivrer les extraits pour la famille. Le vice-consul a invité le syndic à retirer le corps si on parvenait à le retrouver et à le faire placer dans une bière dans un terrain séparé en attendant les dispositions de la famille. Le Riche clôt sa lettre en réclamant que la famille mette quelque argent à sa disposition « si elle se résolvait à une détermination qui nécessitât quelques frais345(*). »

Les 18 et 20 novembre, le Préfet de police de Terre de Labour faisait savoir au vice-consul de Belgique que ses ordres avaient été appliqués à la lettre. Sur le corps d'Alfred de Trazegnies, retiré de la fosse commune, on trouva une carte de visite et deux lettres. Son portefeuille ainsi que les papiers qui y étaient contenus furent déposés au 6° Grand commandement militaire. Ils devaient ensuite être expédiés à Turin, où on pourrait les récupérer. Le syndic de San Giovanni Incarico avait récupéré l'extrait mortuaire du jeune homme, sur lequel « le nom est inscrit monsieur le marquis de `Trévignes', mais il ne devrait pas y avoir de doute sur l'identité de la personne346(*). » Nous avons pu mettre la main sur cet extrait de décès que nous reproduisons ici dans sa version originale :

« Estratto dello statto civile di San Giovanni Incarico

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Estratto di morte :

Num: di ordine sessanta quattro.

L'anno mille ottocento sessantuno il di undici del mese di novembre, alle ore ... avanti di noi Francesco Battaglini syndaco, ed uffiziale dello statto civile del commune di San Giovanni Incarico distretto di... provincia di Terra di Lavoro, sono comparsi Erasmo Lepori di anni quarantotto di professione industriante, regnicolo, domi. in questo comune. Ed Antonio Crispo di anni quarantuno di professione calzalajo, regnicolo dom. iri. Quali an dichiarato, che nel giorno indici del mese di Novembre, inno sopradetto, alle ore ventiune é morto nella Piazza dell'annunziata ALFREDO DI TREVIGNES, nato in Belgio, di anni trenta di professione marchese, domiciliato ... figli di ... di professione ...

Per esecuzione della Legge ci siamo trasferiti in sieme coi detti testimoni presso la persona defunta, e ne abbiamo riconosciuta la sua effettiva morte.

Abbiamo indiformato il presente atto. che abbiamo inscritto sopra i due régistri, e dutane lettura ai dichiaranti si é nel giorno. ed mese ed anno come sopra segnato da noi, dai dichiaranti Erasmo Lepori letta Antonio Crispo Testimone F. Battaglini Sindaco, Francesco san r--Palombo Segretario.

Dato in S. Gio. Incarico li 4 del mese di agosto mille ottocento sessantatre.

Visto per la légalito Per estratto conforme

Per il sindaco Il Segretario

L'assessore eff de Franco Sann Palombo

F. Battaglini347(*) »

De son côté, le susdit abbé Bryan ne chômait point. Selon lui, la meilleure façon d'obtenir le corps conservé par les autorités piémontaises était encore de faire appel aux forces françaises de l'occupation présentes à Rome. Probablement s'était-il assuré, dans sa démarche, l'appui du représentant belge car, le 22 novembre, celui-ci faisait savoir à Charles Rogier que le concours le plus complet serait donné par les autorités françaises à Rome pour « faciliter l'enlèvement du corps et arriver à la découverte de la vérité sur tout ce qui se rapporte à ce triste événement. » La veille, le comte de Gabriac348(*) lui avait parlé dans ce sens : on annonçait la venue du corps d'Alfred deux jours plus tard349(*).

Bryan s'adressa alors au général de Géraudon qui donna les ordres nécessaires au major Grégoire du 19e de ligne et commandant les troupes françaises du cercle de Frosinone et jusqu'à la frontière. Il se rendit avec cet officier et le capitaine Bauzil à San Giovanni in Carico et, grâce à leur intervention au nom du général de Goyon350(*), le corps d'Alfred fut retiré de la fosse commune pour être transporté directement à Rome. « Le commandant Grégoire et le capitaine Bauzil, note l'abbé Bryan, ont pris un grand intérêt dans toute cette triste affaire, ils ont assisté avec moi à l'exhumation et reconnaissance du cadavre et à son transport et ont acquis par là des droits au bon vouloir de tous ceux qui s'intéressent à feu monsieur votre fils351(*). » Bryan n'aurait pu reconnaître Alfred parmi les dizaines de cadavres nus s'il n'avait disposé d'un signe distinctif : le jeune homme avait en effet les incisives supérieures brisées en forme de V352(*).

L'exhumation ne se passa pas sans une certaine tension entre Bryan et les Piémontais. Alors que l'abbé reprochait qu'on ait enseveli le marquis avec tous les autres brigands d'un rang inférieur, il lui fut répondu par le capitaine italien qui avait fusillé Trazegnies qu' « on ne pouvait pas mieux l'honorer qu'en lui donnant, mort, la troupe qu'il avait choisie volontairement de son vivant ». Bryan riposta en faisant savoir qu'il était un bon chrétien. Ardemment, l'italien lui lança : « Je ne crois pas que la religion chrétienne enseigne de tuer les habitants sans défense, et de brûler et saccager les villes à la tête d'une bande de brigands pour une cause qui n'était pas la sienne ; mais je veux bien croire que les principes religieux du malheureux, dont le cadavre se trouve ici, furent bons et droits, il n'en est pas moins vrai cependant que celui-ci fut trahi par les perfides conseils d'amis plus perfides encore353(*). »

De plus, selon la correspondance du Journal de Bruxelles, on voulut faire signer une lettre ainsi conçue à l'abbé Bryan : « Je soussigné déclare avoir reçu le cadavre de... FUSILLE COMME BRIGAND faisant partie de la bande des chiavonistes, trouvé armé et chargé de mettre à feu et à sac cette commune. » Bryan aurait énergiquement refusé d'apposer sa signature. Grégoire refusa également et rédigea au bas du papier, en français, « je soussigné chef de bataillon au 19e de ligne, reconnaît avoir reçu le corps de M. le marquis de Trazegnies, fusillé par les Piémontais à San Giovanni Incarico354(*). » Toujours selon la correspondance, le prêtre ayant entendu la confession du marquis ne comprenait pas un traître mot de français. Alfred se serait fait comprendre à l'aide de signes...355(*) Le 30 novembre, le Précurseur d'Anvers empruntait au Temps sa correspondance napolitaine selon laquelle les Piémontais avaient opposé une vive résistance à la remise du corps du marquis. Le syndic de San Giovanni, Francesco Battaglini356(*), se serait d'abord opposé à la restitution puis, après de multiples pourparlers par le télégraphe, monsieur Mayr, préfet de Caserte, émis un avis inverse357(*). Et en effet, Bryan confiait à son ami de Moreau d'Andoy qu'il lui fallut attendre pas moins de deux jours avant que la décision soit prise358(*). Apparemment, les Piémontais écrivirent, sur une carte de visite du marquis, le terme « brigante », ainsi qu'on le constate sur la reproduction disponible en annexe. Cette carte de visite est aujourd'hui conservée au musée du Risorgimento de Bologne, à l'image de l'arme du crime.

Les espérances du représentant belge près le Saint-Siège n'étaient pas vaines : le 22 novembre, vers 19 heures, Merode signalait au marquis Charles que le corps de son fils venait d'arriver dans la ville éternelle359(*). Le corps reposait à l'église de la Minerve, où il attendait que la famille de Trazegnies fasse connaître ses intentions. Au 24 novembre, le jour de la célébration de l'office n'avait pas encore été fixé360(*).

C'est vers la même époque (19 novembre) que ce qui restait du gouvernement napolitain en exil se chargeait de prévenir son représentant en Belgique, le commandeur Targioni361(*). Le baron Salvatore Carbonelli précisait que « Sa Majesté le Roi a été profondément émue par cette mauvaise nouvelle et il veut que tu te rendes tout de suite auprès du marquis de Trazegnies et que tu lui présentes les condoléances de Sa Majesté le Roi pour la mésaventure qui a touché son fils362(*). » A la mort d'Alfred, le fils de Ferdinand II se serait effectivement exclamé : « Nous en sommes aussi affligés que si nous avions perdu un frère363(*). »

Nous étions le 25 novembre lorsque le représentant napolitain à Paris, Canofari364(*), recevait un mot de la main du vice-amiral Del Re, pour le moins curieux. En voici la retranscription : « Dites à Targioni qu'il suspende la visite de Trazegnies365(*). » Canofari communiqua sans tarder cet ordre au représentant napolitain de Bruxelles366(*). Trois jours plus tard, ce dernier écrivait à son homologue à Paris pour lui signaler que le marquis Charles de Trazegnies était à Bruxelles la veille. L'envoyé du roi de Naples n'était cependant pas en état de le recevoir pour cause de maladie, il le pria de venir le trouver à son domicile. Au 28 novembre, Charles de Trazegnies n'était toujours pas venu et « je préférerais éviter la rencontre », écrivait Targioni. Le commandeur était au courant qu'il s'était procuré la veille un passeport pour se rendre à Rome. Peut-être était-il déjà en route367(*). Le 29 novembre, Targioni confirmait à son ministre des Affaires Etrangères Del Re qu'il n'avait toujours par rencontré le père du défunt et que celui-ci était probablement en route pour Rome368(*). Le même jour, le baron Carbonelli faisait parvenir à Canofari une narration « rigoureusement exacte » de la fin tragique du marquis, afin qu'il puisse s'en servir dans la presse369(*).

Il semble légitime de se demander pourquoi le gouvernement napolitain craignait à ce point la rencontre avec les parents du défunt. Il n'est pas impossible que ces derniers aient considéré le pouvoir napolitain, voire le roi François II lui-même, comme personnellement responsable de la perte de leur fils. En effet, nous savons que la famille de Trazegnies s'était rendue à Rome pour rendre un dernier adieu à son enfant. Le roi et la reine de Naples auraient alors manifesté le désir de leur être présentés. Il n'en fut rien : la comtesse de Romrée fit savoir qu'elle était venue à Rome pour pleurer sur la tombe de son fils. Et pas pour défendre la cause du roi de Naples370(*). La situation fut si tendue qu'aujourd'hui encore, Olivier de Trazegnies, descendant direct du frère d'Alfred de Trazegnies, n'ose en parler avec le prince Antoine de Bourbon-Siciles qui réside à Bruxelles371(*).

Le 26 novembre, la correspondance romaine du Monde n'avait pas froid aux yeux en affirmant qu'on « s'entretient beaucoup des détails de M. le marquis de Trazegnies. C'est une grosse affaire pour le Piémont. On dit qu'en France et en Belgique il s'élève des réclamations considérables372(*). »

Des réclamations, il s'en élevait, en effet. Il fallut tout de même attendre la fin du mois de novembre 1861 (28) pour que les parlementaires belges s'intéressent de près à l'affaire du marquis, tandis qu'on discutait du budget du Ministère des Affaires Etrangères et de la reconnaissance toute récente du royaume italien. La première interpellation fut celle du baron Nothomb373(*). Se faisant l'écho d'un bruit selon lequel un de nos compatriotes aurait été fusillé par les troupes de Sa Majesté Victor-Emmanuel, il demande au Ministre des Affaires Etrangères de bien vouloir l'informer à ce propos. Si ce meurtre est vrai, il constituerait, aux yeux de Nothomb, une « criante et scandaleuse violation nouvelle du droit des gens. Dans le droit des gens, le prisonnier est sacré, il n'y a que les peuplades barbares qui massacrent leur prisonnier374(*). » Nothomb se permet de rappeler que, quelques temps auparavant, trois français avaient été arrêtés à Messine alors qu'ils se rendaient dans les rangs de l'armée napolitaine. Sur une simple intervention de l'agent consulaire français, ils furent directement libérés. Dès lors il se pose la question suivante : « Devrions-nous être moins bien traités, nous, une nation si amie, si empressée à reconnaître les annexions piémontaises sans réserve aucune ? » S'en suit une longue diatribe de la part du député concernant les bienfaits et les excès de toutes les révolutions. Il clôt son exposé comme ceci : « Nous sommes pour la révolution honnête et légitime. Nous sommes pour 89 contre 93, nous sommes pour la révolution qui fonde, non pour celle qui détruit. Nous sommes pour celles des Washington, Franklin, des Mounier, des Lafayette, des Barnave, nous ne sommes et nous ne pouvons pas être pour la révolution de M. de Cavour et encore moins pour celle de M. Mazzini. »

La réponse du ministre Rogier ne se fit pas attendre. Oui, il avait entendu parler de cet incident. Il précisait que plusieurs versions circulaient sur cette mort. Soit l'homme aurait été pris les armes à la main et n'aurait eu le temps que d'écrire son nom et celui de la ville qu'il habite avant d'être fusillé. Soit il aurait été tué dans le combat. Quoi qu'il en fût, Rogier ne voulait « pas blâmer le jeune belge qui est allé servir contre la cause italienne ; mais il devait savoir à quels dangers il s'exposait ; il savait que là où il allait combattre, les lois de la guerre sont barbares, cruelles ; loin de moi de vouloir en aucune manière applaudir ces lois cruelles ; je les déplore profondément. Mais si l'on vient demander au gouvernement quelles mesures il a prises ou prendra pour protéger en Italie les Belges qui, de part ou d'autre, voudront aller prendre les armes, je dois déclarer que le gouvernement ne s'en est pas occupé et ne s'en occupera pas. Les Belges iront en Italie comme ils ont été en Espagne ou Portugal ; ils iront à leurs risques et périls...375(*) » Rogier rappelle le départ de certains belges partis se battre en Espagne pour ou contre le gouvernement de la reine Isabelle. Beaucoup d'entre eux avaient été fusillés et jamais on n'était venu demander au Gouvernement belge ce qu'il comptait faire afin de protéger ses ressortissants. Pour lui, ces hommes qui avaient abandonné leur pays avaient en même temps perdu leur qualité de belge. Ceci était valable également pour le jeune marquis de Trazegnies : Rogier restera intraitable sur cette question.

On se doute qu'une telle fermeté ne tarda pas à faire bouillir de rage la presse conservatrice. Le lendemain de la séance, le Journal de Bruxelles présentait le discours du député de Turnhout comme « plein d'élan, de courage et de patriotisme. » La réponse du Ministre des Affaires Etrangères était quant à elle empreinte d'un « laisser-aller des plus inconvenants. » « Qu'on se le tienne pour dit, s'exclame le journal, le gouvernement piémontais peut fusiller impunément tous les Belges qui se rendront en Italie pour combattre en faveur du droit, sous le drapeau des petites nationalités. Quoi que le piémontisme fasse à ce sujet, le cabinet mai-novembre se lavera les mains ; il y a plus, au lieu de se plaindre, il reconnaîtra le nouveau royaume d'Italie : nous assisterons ainsi à ce navrant spectacle de voir donner une accolade par la Belgique à une nation qui fusille les Belges376(*) ! » L'Ami de l'ordre, très attentif à l'assassinat de cet enfant du pays, notait que « le Gouvernement de Turin n'a pas été sans s'émouvoir puisqu'il cherche à atténuer sa position par la version transmise au ministre des Affaires étrangères377(*). » Tandis que le Bien Public de Gand reprenait plus ou moins les mêmes idées que le quotidien catholique national378(*), la libérale Indépendance belge s'attachait à montrer combien la réponse de Rogier était judicieuse : « Il est bien certain qu'en allant se ranger parmi les fauteurs et les soutiens de la guerre civile, (...) on perd tout droit à se plaindre de la rigueur des procédés dont on se sert soi-même à l'occasion. » ; et l'intervention de Nothomb, ridicule : « M. Nothomb a montré, du reste, une fois de plus comment la droite, si pointilleuse en apparence quand il s'agit de notre neutralité, entend et pratique les devoirs qu'elle nous impose ; la violence de l'honorable député de Turnhout à l'égard de l'Italie a dépassé toutes les bornes379(*). » En Italie, les correspondants de quotidiens tels que la Gazzetta ufficiale del Regno, dont la couleur n'est pas à préciser, évoquaient la discussion de la Chambre du 28. Ils se gardaient bien évidemment, de faire remarquer que le meurtre du marquis avait suscité une interpellation380(*). De son côté, la feuille libérale « l'Opinione » admirait « le bon sens belge » qui avait tout de suite compris que le marquis était seul responsable de ses actes381(*).

Les interpellations parlementaires concernant la mort du marquis n'étaient pas spécifiques à la seule Belgique. Les Italiens aussi eurent droit à une réclamation de la part du sénateur Linati382(*), au début du mois de décembre. Selon le Campanile de Turin, le ministre de la guerre, sans doute Alessandro della Rovere383(*), chercha à excuser l'exécution du marquis « en l'attribuant à l'effervescence de la lutte. » Il a manifesté son désaccord par rapport à de telles pratiques et a rappelé que dans des cas similaires, le gouvernement avait sanctionné des officiers s'étant rendus coupables de tels actes. « C'est là une bien maigre excuse qui ne remédie à rien, critique le Campanile. Elle empire l'état des choses puisqu'elle montre que le gouvernement n'est plus respecté par ses populations, ni obéi par ses subordonnés384(*). »

Peu après, Henri Solvyns385(*) s'entretenait de l'assassinat de son compatriote avec le baron Ricasoli, alors ministre des Affaires Etrangères. Il lui demanda d'instruire une enquête à son sujet et d'en faire parvenir les résultats à Montalto qui le ferait connaître au gouvernement belge. Ricasoli acquiesça et promit de faire recueillir tous les détails possibles386(*).

Alfred de Trazegnies était décédé depuis cinq mois quand on entamait, à la Chambre des Représentants belges, la discussion du budget du ministère des Affaires Etrangères. Il était question du chapitre relatif aux traitements des agents politiques belges présents à l'étranger. Le traitement de l'agent présent à Turin, monsieur Solvyns, avait été majoré de 13 000 francs à 52 000 francs. A la contestation de Dumortier387(*), Charles Rogier répondit que le ministre présent sur place avait désormais un grand nombre de consuls sous ses ordres. Par ailleurs, sa position ayant changé, l'augmentation était largement justifiée. L'intervention de Dumortier n'était en fait qu'un prétexte afin d'introduire sa préoccupation réelle : celle de l'assassinat du marquis de Trazegnies. Il se plaignit de n'avoir jamais reçu de précisions à ce sujet de la part du ministre Rogier. « Si c'est pour récompenser le Piémont de s'être conduit de la sorte vis-à-vis d'un des enfants de la patrie, que l'on propose cette augmentation de traitement, je dis que cette augmentation doit être rejetée par nous tous. (...) Quand je vois assassiner, comme on a assassiné notre digne et excellent concitoyen, une foule de femmes et d'enfants, quand je vois brûler des villes, massacrer des hommes sans défense, je dis le devoir du gouvernement belge est de protester contre de pareils actes et d'exiger que les agents fassent les plus grands efforts pour mettre un terme à une aussi odieuse barbarie digne des cannibales et des sauvages et qui couvre de honte notre époque et les peuples civilisés388(*). » Il était, selon lui, inadmissible de qualifier de brigands des hommes prenant les armes contre un envahisseur étranger. Tout homme défendant sa patrie contre l'envahisseur est un héros qui mérite qu'on lui élève une statue.

Monsieur de Theux389(*) appuyait les réclamations de son collègue Dumortier. En effet, « c'est aux pays représentatifs qu'il appartient de faire prévaloir les idées de générosité et d'humanité. Jamais je ne saurais donner mon approbation à des actes semblables à ceux que M. Dumortier a signalés à la Chambre ; je ne puis les considérer qu'avec la plus profonde horreur. »

Souhaitant calmer le jeu, Goblet390(*) expliquait que toutes les causes engendraient des morts. Il ne fallait certainement pas juger la conduite d'un gouvernement par un cas isolé, comme le faisait son confrère Dumortier. En effet, les causes que ce dernier avait lui-même soutenues n'étaient pas non plus dépourvues d'incident de ce genre. Il y avait certes des excès en Italie, mais ceux-ci étaient menés au nom de la liberté, là était l'important. Et s'il y avait des excès en Italie, qui donc étaient responsables ? Sans aucun doute, les réactionnaires. « Si la réaction cessait d'exciter la guerre civile, de soudoyer les brigandages dans le royaume de Naples, il n'y aurait plus d'excès à déplorer. » Il félicitait enfin le gouvernement d'avoir donné à la légation turinoise le rang qui lui était dû.

Aux réclamations, Charles Rogier reproduisait exactement le discours qu'il avait tenu au mois de novembre de l'année précédente. Le gouvernement belge n'était nullement responsable des malheurs qui frappaient ses citoyens se rendant dans les pays en pleine guerre civile. Il demandait d'ailleurs ouvertement par quel moyen il pouvait bien intervenir pour les protéger ? Le gouvernement turinois lui-même ne contrôlait pas les conflits qui ensanglantaient le royaume de Naples. Usant de la ruse, Rogier proposa finalement aux députés de voter en faveur de l'augmentation de crédit destinée à Solvyns : « Si nous voulons pourvoir adresser des réclamations à un gouvernement quelconque, nous devons faire en sorte que le ministre qui nous représente auprès de ce gouvernement, soit dans une position respectable391(*). »

L'augmentation du crédit alloué au représentant belge fut finalement adoptée mais de manière serrée. Sur 66 membres votant, seulement 36 votèrent pour. Etait-ce le meurtre d'Alfred qui séparait tant les députés ? Toujours est-il que le vote ressemblait à un solide bras de fer entre catholiques et libéraux392(*) dont ces derniers sortirent vainqueurs. Vous remarquerez aisément, parmi les partisans du « non », certains personnages présents à l'office funèbre du jeune marquis, organisé le 14 décembre 1861. Il s'agit de de Montpellier et de Moncheur. Il est étrange que le frère du chanoine de Woelmont, sénateur, n'ait pas porté l'affaire devant le Sénat de Belgique.

Cette intervention parlementaire eut un écho beaucoup plus sourd que la première dans la presse quotidienne. Peut-être l'histoire du marquis de Trazegnies était-elle déjà passée de mode ? Faut-il en effet rappeler que les journaux catholiques n'en parlaient plus depuis le mois de janvier 1862, tandis que les feuilles libérales ne s'y intéressaient plus depuis la fin du mois de novembre 1861 ! Dans le Bien public, on lisait que Dumortier avait protesté, avec raison, contre l'assassinat impuni du marquis de Trazegnies, sans plus de commentaires393(*). La Gazette de Liège394(*) se disait quant à elle abasourdie par le commentaire que faisait l'Indépendance belge du discours de monsieur Goblet : « M. Goblet l'a dit avec raison : toutes les révolutions ont leurs crimes, tout liquide généreux a son ferment. Il faut déplorer les crimes ; il faut jeter l'écume et ne point juger par la surface ce qu'enfantent de bon et durable ces grandes commotions de l'humanité. »

Une vingtaine de jours plus tard, Carolus apprenait à son supérieur la présence du marquis Charles de Trazegnies à Rome afin de constater légalement le décès du jeune homme. Trazegnies aurait demandé que Charles Rogier intervienne auprès de Solvyns afin d'obtenir la restitution des objets qui avaient appartenu à son fils, et qui se trouvaient dans les mains des autorités piémontaises depuis son décès. Une fois les objets obtenus, Solvyns devait les renvoyer en Belgique395(*).

Charles Rogier exécuta directement le voeu formulé par le père du défunt dès qu'il fut en possession de la missive de Carolus. Solvyns avait, nous l'avons vu, peu de jours après son arrivée à Turin, demandé à monsieur Ricasoli qu'il lui fournisse quelques éclaircissements sur la mort du marquis. Celui-ci n'avait cependant jamais répondu à sa demande. Rogier incita alors Solvyns à réitérer sa demande auprès du successeur de Ricasoli, le général Durando car, écrit le ministre belge, « Le Gouvernement italien doit savoir parfaitement à quoi s'en tenir sur les faits dont monsieur de Trazegnies a été la victime. A-t-il été fusillé ou est-il tombé sous les coups d'un assassin ? (...) S'il y a eu assassinat, l'assassin a-t-il été arrêté et châtié396(*) ? » On le voit, le ton de Rogier commençait à monter. Lui qui, quelques jours plus tôt, entendait ne pas se mêler de l'affaire, y montrait à présent un certain intérêt.

Le 3 mai 1862, une nouvelle missive de Rogier était reçue à Turin afin de récupérer les éventuelles affaires laissées par le marquis. Le secrétaire d'ambassade entretint directement le général Durando à ce sujet. Celui-ci ne savait nullement en quelles mains se trouvaient ces affaires mais s'occuperait de les retrouver sans retard397(*).

Trois jours plus tard, dans la soirée, Henry Solvyns rencontrait Ratazzi à Naples et lui faisait part des réclamations de son supérieur. « Mr. Ratazzi, qui paraissait ne se rappeler que très imparfaitement le nom et la mort de notre infortuné compatriote, a promis d'agir, et d'agir sans retard, notait le ministre398(*). » Solvyns en vient ensuite à d'intéressantes considérations sur le droit du nouvel Etat de fusiller ses ennemis. Le gouvernement italien n'ayant pas déclaré l'état de siège dans les provinces méridionales n'a, par conséquent, pas suspendu l'action régulière des tribunaux. Il n'a donc aucunement le droit de faire fusiller les hommes pris les armes à la main. En Belgique, en France ou en Italie, personne ne s'est posé la question de la légitimité de ces actes. Le marquis de Trazegnies a donc été assassiné. Cependant, « on pourrait en dire autant des quatre mille hommes passés par les armes depuis le commencement du brigandage. » Solvyns pose alors la problématique différemment : l'officier qui a opéré l'arrestation du marquis de Trazegnies était autorisé à agir de la sorte grâce aux instructions dont il était porteur. Mais le gouvernement était-il autorisé à donner des instructions semblables à ses officiers ? Voilà, selon lui, le fond du problème.

Ratazzi sembla, pour sa part, tenir promesse. Il s'entretint avec le général Lamarmora et écrivait, deux jours plus tard, à son collègue des Affaires Etrangères Durando, lui demandant qu'on fournisse les éclaircissements sur la mort du marquis de Trazegnies au comte de Montalto. Le gouvernement belge en avait besoin rapidement car on l'accusait d'avoir toléré l'assassinat du jeune homme sans avoir protesté. Durando trouverait toutes les informations nécessaires auprès du Ministère de l'Intérieur auquel Ratazzi s'apprêtait à transmettre les rapports ainsi qu'un portefeuille ayant appartenu au condamné, qu'il fallait restituer à la famille399(*). Dans le même temps, le président du Conseil faisait savoir à Solvyns qu'il avait fait les démarches nécessaires. Il espérait que le jour même, on pourrait télégraphier à Bruxelles les informations concernant le marquis400(*).

Le 9 mai, Charles Rogier venait de recevoir une lettre du vice-consul à Naples lui laissant supposer que les affaires du marquis étaient entreposées auprès de l'administration turinoise. Il priait dès lors Solvyns de récupérer le colis et le lui faire parvenir à Bruxelles aussi vite que possible401(*). Il fallut attendre pas mois de 20 jours pour que les autorités piémontaises, peu organisées, fassent parvenir le colis à Solvyns ! Le secrétaire général du Département des Affaires Etrangères, monsieur de Melegari, confia à Solvyns qu'un rapport détaillé sur les circonstances de la mort de Trazegnies avait été adressé à Ratazzi. Malheureusement, « par suite de la confusion extrême qui règne dans les bureaux de l'administration italienne, ce rapport n'aurait pas encore été retrouvé402(*). » Melegari a promis de ne rien négliger afin que le gouvernement belge entre en possession de ce document. D'après les informations que Solvyns avait pu recueillir jusque là, il lui paraissait pratiquement certain que le marquis n'avait pas été assassiné mais bien exécuté par derrière, comme on procédait avec tous les brigands.

Le 2 juin, le marquis Charles de Trazegnies était de passage à Bruxelles. Charles Rogier s'empressa de lui remettre le colis en mains propres403(*).

A cette date prend fin la correspondance diplomatique concernant l'assassinat du marquis de Trazegnies. On ne sait si le rapport le concernant arriva jamais au gouvernement belge.

L'expédition du marquis belge restait cependant dans toutes les têtes. Les 3 et 4 mai 1863, le député Giuseppe Massari faisait la lecture à la Chambre, réunie en comité secret, du rapport de la commission d'enquête sur le brigandage. Il n'oubliait pas de mentionner l'action du jeune capitaine belge, engagé dans la bande de Chiavone, lors des combats d'Isoletta et San Giovanni Incarico404(*).

Peu de temps après, dans son discours au Sénat (15 mai 1863), le ministre de l'Intérieur Italien Ubaldino Peruzzi405(*) se permettait de faire un bref historique du brigandage dans les Provinces méridionales. « Eh bien, ce brigandage dont je parle, avec de l'or, avec des armes, avec les intrigues de Rome et de l'étranger, est dirigé vers une tentative de restauration de l'Ancien régime. Le moyen, assurément, n'est pas conforme à la morale ni à la civilisation, mais il est digne de la cause que l'on veut ainsi servir. A diverses reprises, nous voyons, en effet, ou par voie de mer, ou par voie de terre, des brigands venir de la frontière romaine, tantôt unis et tantôt isolés ; et fréquemment il nous arrive de saisir parmi eux des étrangers qui portent des noms connus dans la réaction européenne. Je n'entrerai point dans les détails à ce sujet : il me suffit de rappeler que, l'année dernière, un belge fort distingué, le marquis de Trazégnies (sic), fut pris aux environs de Sora ou Isoletta ; que naguère deux prussiens furent arrêtés parmi les brigands et déjà d'autres prussiens l'avaient été ; que des membres du parti légitimiste français et des Irlandais ont été trouvés de même dans des bandes406(*). »

Les motivations.

Quelles furent les causes qui poussèrent un jeune homme qui avait - à première vue - tout pour mener une existence heureuse et sans histoire, à partir pour un pays plongé dans une véritable guerre civile, dont il savait assurément qu'il ne reviendrait jamais ?

Il n'est pas inutile de replacer ce jeune homme dans l'époque qui le vit naître, à savoir le milieu du XIXe siècle. Ainsi que l'exprime fort bien Olivier de Trazegnies, « pour la première fois depuis les invasions barbares, une classe fortunée pouvait envisager de vivre et de ne rien faire. Fini l'obligation de vivre et de mourir pour son souverain. (...) Jamais en fait les structures ne furent plus qu'au siècle dernier favorables à ceux qui se trouvaient de l'autre côté de la barrière : ils bénéficiaient de droits substantiels et n'avaient presque aucun devoir407(*). » Naquit alors ce qu'on appela le « mal du XIXe siècle ». Les jeunes gens favorisés, à peine entrés dans la vie, ressentaient comme un manque profond et inexplicable. Un manque de vie, d'action. C'est pourquoi le XIXe siècle fut aussi celui des aventuriers, de personnages oeuvrant constamment à effacer cette trame d'ennui qui les poursuivait. « Tous ces jeunes gens ont une incroyable fureur de vivre, écrit Georges Minois, et, puisque les minutes leur sont comptées, ils cherchent à tirer de chacune les plus fortes sensations. Vivre intensément pour ne pas atteindre l'horrible vieillesse. Être jeune et mourir : telle semble être leur devise408(*). »

Dès lors, de nombreux auteurs, voire la plupart d'entre eux, ont vu en Alfred de Trazegnies un fol aventurier. Selon Cardinali, on interrogea Alfred sur les motifs qui l'avaient fait quitter son pays et se mêler à cette cause qui ne le concernait pas. Il aurait répondu, hardiment, qu'il faisait du brigandage « en amateur409(*) ». I. Gelli notait, quant à lui, qu' « aimant l'aventure, au lieu d'aller la chercher au centre de l'Afrique, en chassant le lion, les tigres, les panthères410(*) »,... il préféra rejoindre la bande de Chiavone.

A ce cadre psychologique, il faut ajouter une nouvelle conception du déplacement, de l'ouverture vers d'autres horizons en cette fin de XIXe siècle. Les rapports entre les pays européens, et donc entre la jeune Belgique et l'Italie en formation, croissent d'une manière considérable. Les causes de ces ouvertures culturelles sont à chercher dans l'industrie en pleine expansion qui permit de développer les voies ferrées favorisant les déplacements. Vers 1840, il fallait toujours une trentaine de jours pour descendre jusqu'à Rome, soit presque autant qu'au Moyen âge ! De plus, le trajet restait onéreux. Le train bouleversa ces dimensions. Dans ses Nouvelles lettres d'Italie, Emile de Laveleye raconte que désormais « je prends le train rapide, que nous appelons `la malle des Indes' et qui l'est devenu depuis l'ouverture du Gothard. Je pars de Liège à cinq heures du soir ; demain à six heures je serai à Bâle, et le soir, vers sept heures, je serai à Milan. C'est vraiment la baguette du magicien ou le manteau de Faust qui vous transporte à travers l'espace, presque aussi vite que le vol des oiseaux voyageurs. Quelle chance411(*) ! » Les tarifs devenaient, par la même occasion, plus abordables.

Tout cela a sans doute concouru au départ d'Alfred de Trazegnies. Mais la véritable et profonde raison du départ fut toute autre. Et, curieusement, elle était déjà connue en décembre 1861 par les lecteurs du quotidien italien L'Opinione. Sa correspondance à Bruxelles lui écrivait en ces termes : « Il est vrai qu'un marquis Alfred de Trazegnies a été fusillé dans les provinces napolitaines. Il avait quitté la Belgique à cause d'un chagrin amoureux. Il n'avait pas 29 ans et il avait voulu épouser une charmante demoiselle ; mais comme celle-ci n'avait ni la naissance ni la fortune, son père s'y opposa et, en conséquence de ce refus, le jeune homme s'en alla prendre du service à Rome auprès des troupes du pape, mais quand il y arrivait, les partisans des Bourbons l'ont envoyé près de Chiavone. Voilà la douloureuse histoire412(*). » Le moins qu'on puisse dire, c'est que le journal était bien informé. Comment avait-il obtenu cette version presque correcte des faits qui, de plus, n'avait été divulguée par aucun de nos grands journaux nationaux ?

D'après les auteurs du temps, Alfred était « un magnifique jeune homme d'une trentaine d'années, d'allure fort distinguée, de manières désinvoltes et fières, grand et bien fait, pâle, cheveux et barbes noirs -bien que tous les journaux de l'époque l'aient dit blond-, vêtu élégamment à la mode, en costume de chasse, avec revolver, poignard et une carabine de bersaglier. » Saint Jorioz ajoute qu'on trouva sur lui une boucle de cheveux et le portait d'une fort jolie femme du monde. Sans doute s'agissait-il de mademoiselle de Rosée. Il possédait également des lettres affectueuses de sa soeur Herminie. Il raconte enfin qu'Alfred avait mené joyeuse vie à Bruxelles, se perdant dans le jeu et les filles... 413(*) Des portraits du marquis, confirmant l'exactitude des dires de Saint Jorioz, sont reproduits dans les annexes.

Le dépouillement des actes du procès de Fabrizi à Rome confirme que le jeune homme s'était amouraché de la fille du baron de Jacquier de Rosée, Caroline. La tradition familiale rapporte également cette histoire. Charles de Trazegnies n'approuva pas de s'unir à cette famille qui, à son goût, manquait d'éclat414(*). Alfred se soumit à la décision paternelle. Probablement n'avait-il plus, maintenant, qu'à aller chercher la mort là où elle se trouvait...

Sur cette histoire d'amour, monseigneur Stanislas de Cornulier fournissait quelques précisions. Selon ses déclarations lors de l'instruction du procès Fabrizi, le marquis lui avait confié être parti de sa maison dans l'intention de se changer les idées car il s'était épris de Caroline de Rosée. Il lui avait promis de l'épouser. Voyant le désaccord de son père, il avait préféré s'éloigner. Alfred confia enfin à Cornulier que si cette union n'était pas possible, alors il aimait mieux périr, chose qu'il lui répéta encore juste avant de partir rejoindre Chiavone...415(*)

Présentons en quelques lignes l'élue du coeur d'Alfred de Trazegnies, dont les frères Camille et Clément assistaient à la messe donnée en l'honneur d'Alfred le 14 décembre à Namur. Caroline de Jacquier de Rosée naquit à Moulins (Warnant) le 2 juillet 1839. Son père, Alphonse Marie Eugène de Jacquier de Rosée, avait obtenu la concession du titre de baron, transmissible de mâle en mâle et par ordre de primogéniture, par lettres patentes du 22 octobre 1852. Né à Anthée en 1797, il épousa en 1823 à Lesve, Marie Joséphine Charlotte Ghislaine Cécile, baronne de Goër de Herve de Forêts. De leur union naquirent 7 enfants dont Caroline était la cadette416(*). Son aventure avec Alfred terminée, la jeune femme épousa - à contre coeur ?-, le 12 octobre 1865, Arthur Marie Antoine Ghislain Félix, comte de Cornet de Ways Ruart, né à Bruxelles en 1838417(*). Ce même homme qui assistait à la célébration donnée en souvenir d'Alfred, le 14 décembre 1861.

Le marquis Olivier de Trazegnies nous précise que descendent de Caroline, les comtes Cornet de Braine-le-Château, ainsi que Pauline Cornet, qui épousa le baron de Selys Longchamps dont la fille, Sibylle, n'est autre que la mère de Delphine Boël...

6. Conclusions.

Nous avons montré, dans le chapitre concernant le brigandage, comment le roi François II entendait le soutenir. Quelquefois en secret, d'autres fois au grand jour. Dans sa tâche, il fut aidé par le Saint-Siège et les autorités françaises de Rome, en particulier par le très spécial général de Goyon. Peut-être était-ce ici la première exhumation de la correspondance des diplomates belges à ce sujet. Nous avons vu que les opinions de Carolus et du duc de Gramont se rejoignaient, pour croire dur comme fer que le roi de Naples était innocent dans tout ce qui se tramait. D'où venait une telle naïveté ? La question reste posée. Lord Odo Russel se voulait, pour sa part, plus clairvoyant, de même que le successeur du duc de Gramont, le marquis de Lavalette. Quoi qu'il en soit, il est certain que le brigandage méridional a pu voir le jour grâce au laisser-faire qui régnait de toutes parts dans la Rome de Pie IX. Le roi attira ainsi à lui une série de personnages, aristocrates en mal d'aventures -Fernand Hayward les qualifiait de « plus ou moins tarés418(*) », dont les motivations variaient mais, dans leur essence, restaient les mêmes : la sauvegarde d'un idéal monarchique en plein déclin.

Cette partie de l'Histoire que nous venons d'évoquer a du, en son temps, faire rêver plus d'un individu. Tout comme les aventures du jeune marquis de Trazegnies.

L'étude de l'assassinat du marquis nous a montré quelle taille pouvait prendre un tel événement. Ses répercussions dans les grands pays d'Europe sont incontestables. Nous n'avons pas eu l'occasion de dépouiller les journaux britanniques, mais nous savons, par l'intermédiaire de notre presse francophone belge, que des réclamations se sont également élevées sur l'île. On l'a vu, les plus importants journaux français allèrent jusqu'à placer la mort d'Alfred de Trazegnies à leur une. Deux remarques doivent être ici formulées.

D'abord, il faut souligner que, si on s'est employé à tant parler du marquis, c'était évidemment lié à ses origines prestigieuses et donc à sa particule. Il y a fort à parier qu'un roturier n'aurait pas eu droit à de tels égards. La meilleure preuve confortant cette théorie réside dans l'instruction montée de toutes pièces contre Scipion Fabrizi. Celui-ci était loin d'être un saint, mais on peut presque affirmer qu'il n'assassina pas le marquis. L'ordre de ne pas évoquer la mort d'Alfred durant le procès, et la condamnation de Fabrizi pour conspiration contre la personne du Roi sont, à ce point de vue, révélateurs. Nous avons également montré combien il aidait d'appartenir à un grand lignage lorsqu'on désirait se faire introduire dans les milieux du Vatican et de la petite cour de François II.

Ensuite, il est évident que l'assassinat du marquis servit de prétexte politique. Les discussions sur la reconnaissance du nouveau royaume allaient bon train dans toute l'Europe. Les catholiques, farouches adversaires de l'unité, firent donc de ce décès leur cheval de bataille. Ceci explique les interpellations à la Chambre des Représentants belges.

Quant aux discussions qu'a engendré cette mort dans le corps diplomatique, nous devons leur donner une juste valeur. Il n'y a pas eu, selon nous, de risque de rupture des relations entre les deux pays. En effet, si les pressions exercées par le Parti catholique à la Chambre des Représentants étaient considérables -il faut évidemment tenir compte des élections de juin 1861 qui offrirent de nouveaux sièges à ce parti, le seul et unique maître du jeu était Charles Rogier. Or, celui-ci a toujours défendu la même position : les quelques belges allant mourir dans un pays étranger pour une cause étrangère, partent à leurs risques et périls ; et il est inutile d'espérer une intervention de la part du gouvernement. Néanmoins, nous avons pu constater une forme d'irritation de la part du ministre des Affaires étrangères à partir du moment où l'administration turinoise, totalement désorganisée, lambinait à donner des nouvelles claires et nettes sur le décès.

Si la rupture ne fut pas nette entre les corps diplomatiques belge et italien, on peut affirmer en revanche qu'un terrible contentieux s'ouvrit entre la famille du défunt et la dynastie déchue.

Une déception amoureuse a poussé le marquis à partir à la mort. Il va de soi que son choix de mort était en rapport avec l'éducation du gentilhomme. On aurait été étonné de le retrouver dans les troupes du roi galant homme, par exemple. Donc, il ne faut pas ôter à la démarche d'Alfred de Trazegnies d'Ittre toute coloration politique ou religieuse. Celui-ci a agi en homme de son temps et de son milieu en faveur d'une cause qui, si elle ne primait pas dans la raison de son geste, lui était néanmoins sympathique.

BIBLIOGRAPHIE

a) SOURCES

Sources manuscrites

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Dossiers 3932-3938 : Notes du comte François Van der Straten-Ponthoz concernant l'histoire de la famille de Trazegnies et ses alliées, 19e siècle, 7 liasses.

ARCHIVES ITALIENNES

ARCHIVES DE L'ETAT DE NAPLES (ASNA) : ARCHIVES BOURBONIENNES

Correspondance de François II et de ses ministres, du siège de Gaète à l'exil (1860-1890).

Dossier B. 1370, documents 484 à 500 :

Notices relatives à la mort du fils du marquis de Trassigny (sic) fusillé par les Piémontais près de Sora ; dans la correspondance entre le ministre des Affaires Etrangères et le délégué à Paris Canofari.

Dossier B. 1715, documents 140 à 142 :

Notices relatives aux morts des chefs de bandes Alfred de Trazegnies d'Ittre et José Borjès. Sous forme de Chronique.

ARCHIVES PRIVÉES

ARCHIVES DE LA FAMILLE BELGE DE TRAZEGNIES D'ITTRE (APT), conservées par monsieur le marquis Olivier de Trazegnies au château de Corroy-le-Château (Province de Namur) :

Cahier concernant l'assassinat d'Alfred de Trazegnies, probablement rédigé par sa mère, la comtesse de Romrée.

Correspondances diverses de la famille de Trazegnies au sujet de l'exécution d'Alfred.

Dossier composé par monsieur le marquis Olivier de Trazegnies, arrière petit-fils du frère d'Alfred de Trazegnies, au sujet du meurtre. Il contient entre autres la correspondance du marquis avec diverses personnalités -dont monsieur Sbardella de San Giovanni Incarico- s'intéressant à l'assassinat du jeune marquis.

Imprimés 

Documents

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Journaux et périodiques utilisés419(*)

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La Gazette de Liège

L'Indépendance belge

Le Journal de Bruxelles

Le Précurseur d'Anvers

Le Bien Public

L'Ami de l'ordre

Revues belges

Revue Risorgimento

Bulletin de l'Institut historique belge de Rome

Le Journal historique et littéraire

La Revue catholique (néant)

La Revue trimestrielle

La Revue générale (néant)

Revue générale belge

Journaux français

Le Moniteur universel

L'Union

Le Monde

L'Ami de la religion

Revues françaises

Le Correspondant (néant)

La Revue des Deux Mondes

Mercure de France (néant)

La Revue nationale et étrangère, politique, scientifique et littéraire

La Revue contemporaine

Revue des Temps modernes

L'Illustration (néant)

Journaux italiens

Gazzetta ufficiale del Regno

Osservatore romano

L'Opinione

Revues italiennes

Rivista Storica italiana

Rassegna storica del Risorgimento

Nuova rivista storica

Archivio storico per le province napoletane

Nuova Antologia

La Voce

La Critica

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SBARDELLA Marco, Un nobile europeo votato alla causa del legittimismo borbonico : Alfred de Trazegnies, dans «Relazione tenuta al convegon su `Il brigantaggio post-unitario' ad Aquino (Fr) il 5 aprile 2003

SBARDELLA Marco, Un gentiluomo vittima dei suoi principi, dans «La Provincia», IV, 25 octobre 2002, 293, p. 49

* 1 Pour ce chapitre, on se réfèrera avec intérêt aux publications qui suivent : BELOFF Max, RENOUVIN Pierre, SCHNABEL Franz, VALSECCHI Franco, L'Europe du XIXe et du XXe siècle (1815-1870). II, Problèmes et interprétations historiques, Marzorati Editeur, Milan, 1959 ; BERSTEIN Serge, MILZA Pierre, Histoire de l'Europe contemporaine. Le XIXe siècle. De 1815 à 1919, Hatier, Paris, 1992 ; BERSTEIN Serge, MILZA Pierre, L'Italie contemporaine. Des nationalistes aux européens, Collection U, Armand Colin, Paris, 1973 ; BOURGIN Georges, Histoire de l'Italie, « Que sais-je ? », Paris, PUF, 1963 ; BOURGUINAT Nicolas, PELLISTRANDI Benoît, Le 19e siècle en Europe, Armand Colin, Paris, 2003 ; BRICE Catherine, Histoire de l'Italie, Collection « Tempus », Perrin, Paris, 2003 ; CARON Jean-Claude, VERNUS Michel, L'Europe au XIXe siècle. Des nations aux nationalismes. 1815-1914, Armand Colin, Paris, 1996 ; CRAIG Gordon A., Europe since 1815, Holt, Rinehart and Winston Inc., New York, 1991 ; DROZ Jacques, GENET Lucien, VIDALENC Jean, L'époque contemporaine I : restaurations et révolutions (1815-1871), « Clio », PUF, Paris, 1953 ; GAILLARD Jean-Michel, ROWLEY Anthony, Histoire du Continent européen. De 1850 à la fin du XXe siècle, Editions du Seuil, Paris, 1998 ; GALASSO Giuseppe (diretta di), Storia d'Italia, Unione Tipografico-Editrice Torinese, Torino, 1981 ; GODECHOT Jacques, Histoire de l'Italie moderne. 1770-1880, Le Risorgimento, Hachette, Paris, 1971 ; GUICHONNET Paul, L'unité italienne, Collection « Que sais-je ? », PUF, Paris, 1961 ; GUILLAUME André, LESCURE Jean-Claude, MICHONNEAU Stéphane, L'Europe des nationalismes aux nations, Editions SEDES, Paris, 1996 ; GUT Philippe, L'unité italienne, « Dossiers Clio », PUF, Paris, 1972 ; PEARSON Raymond, The Longman Companion to european nationalism 1789-1920, Longman Group, London-New York, 1994 ; PÉCOUT Gilles, Naissance de l'Italie contemporaine. 1770-1922, Collection U, Armand Colin, Paris, 2004 ; PROCACCI Giuliano, Histoire des Italiens, Librairie Arthème-Fayard, Paris, 1998 ; ROMANO Sergio, Histoire de l'Italie du Risorgimento à nos jours, Collection Points Histoire, Seuil, Paris, 1977 ; SALVADORI Massimo, Cavour and the unification of Italy, Collection «An Anvil Original», D. Van Nostrand Company Inc., Princeton, 1961 ; Storia d'Italia, Unione Tipografico-Editrice Torinese, Torino, 1965 ; Storia d'Italia, Giulio Einaudi editore s.p.a., Torino, 1973.

* 2 Cet adulateur de Pie IX fonda en 1848 l'éphémère revue l'Ere nouvelle dans laquelle il couvrait de louanges l'oeuvre du nouveau pape. L'homme n'était donc pas des plus objectifs, il n'empêche qu'il restait un des meilleurs connaisseurs de l'Italie de l'époque.

* 3 Cité dans GAY J., Les deux Romes et l'opinion française. Les rapports franco-italiens depuis 1815, Librairie Félix Alcan, Paris, 1931, p. 33.

* 4 Giuseppe Mazzini (1805-1872). Dès l'âge de 16 ans, il s'enthousiasmait pour la cause de l'unité italienne. Arrêté par la police du Piémont, il se réfugiait en 1831 à Marseille où il fondait sa société secrète, « Jeune Italie ». Elle se voulait favorable à l'instauration d'une République unitaire et démocratique par l'insurrection populaire. Agitateur professionnel, il ne cessait de publier tracts et manifestes exposant ses idées. En 1834, il fondait le Mouvement Jeune-Europe. Trois ans plus tard, on le retrouvait à Londres, encourageant Pie IX à prendre la tête de l'unification. Il prit une part considérable aux événements de 1848. En 1859, il s'opposa à l'alliance de la France et du Piémont, tandis que son influence diminuait. En 1872, il vint mourir en Italie sous un faux nom.

* 5 Dans BOGDAN Henri, Histoire des Habsbourg. Des origines à nos jours, Perrin, Paris, 2002, p. 277

* 6 Ceux-ci auraient volontiers fait appel à la France mais elle restait impassible d'autant plus qu'elle se remettait à peine de la crise du mois de juin.

* 7 Dans BOGDAN Henri, Histoire des Habsbourg... op. cit., p. 281.

* 8 Pellegrino Rossi (1787-1848). Ce personnage partisan d'une fédération italienne sous la présidence du pape était hostile aux piémontais et aux républicains. Il mena une politique de réformes (développement des voies ferrées,...) et de répression des abus.

* 9 Dans MILZA Pierre, Napoléon III, Perrin, Paris, 2004, pp. 170-171 et 305.

* 10 Carlo Pisacane (1818-1857).

* 11 Dans ORSI P., Histoire de l'Italie moderne (1795-1910), Armand Colin, Paris, 1911, pp. 205-207 ; cité par GUT Philippe, L'unité italienne, « Dossiers Clio », PUF, Paris, 1972, pp. 48-49.

* 12 Dans DE VEZZANI GRISCELLI, Mémoires de Griscelli de Vezzani dit le Baron de Rimini, ex-agent secret de Napoléon, Cavour, Antonelli, François II et de l'Autriche, Imprimerie Ch. et A. Vanderauwera, Bruxelles, 1871, p. 205.

* 13 Dans DE VIEL CASTEL HORACE, Mémoires sur le règne de Napoléon III, Tome I, 1851-1864, Les auteurs associés, Bruxelles, 1942, p. 255.

* 14 Dans POUTHAS Charles H., Charles de Rémusat. Mémoires de ma vie. V. Rémusat pendant le Second Empire, la guerre et la guerre et l'assemblée nationale, gouvernement de Thiers et ministère de Rémusat aux Affaires Etrangères (1852-1875), Librairie Plon, Paris, 1967, p. 84.

* 15 Dans JUSTE Théodore, Le comte de Cavour, « Galerie historique », Bibliothèque Gilon, Verviers, 188 ?, pp. 38-39.

* 16 Dans DU CAMP Maxime, Souvenirs littéraires, dans « Revue des Deux Mondes », tome LI, 15 juin 1882, p. 802.

* 17 Dans DE VEZZANI GRISCELLI, Mémoires de Griscelli de Vezzani dit le Baron de Rimini... op. cit., p. 199.

* 18 Selon ce principe, les biens confisqués sont gérés par une caisse ecclésiastique chargée de payer les traitements de la -faible- partie du Clergé séculier à la charge de l'Etat.

* 19 Dans RICCI A., La question militaire en Italie, dans « Revue contemporaine », tome XXXIII, mai-juin 1863, pp. 387-389.

* 20 Ici s'impose un bref rappel du contexte de ce conflit baptisé de « première guerre moderne » par Alain GOUTTMAN dans son récent et excellent ouvrage La guerre de Crimée. 1853-1856, Perrin, Paris, 2003. La France, l'Angleterre et la Sardaigne s'opposaient à la Russie, fidèle à sa traditionnelle ambition d'atteindre les Détroits. Le tsar Nicolas Ier exigeait de se voir reconnaître, s'appuyant sur un vague traité de 1774, des droits reconnus à la France depuis 1740, et plus récemment en février et décembre 1852, pour la protection des catholiques latins dans l'Empire turc. Il ne s'agissait là que d'un prétexte qui masquait la véritable volonté impériale : entamer le dépècement de l' « homme malade », selon son mot, et y faire participer François-Joseph, qui avait pu s'appuyer sur les baïonnettes russes en 1849 pour écraser un soulèvement hongrois. C'était sans compter sur la formation, en Europe de l'Ouest, d'un front anti-russe : la Grande-Bretagne fit tout pour éloigner les Russes de la Méditerranée orientale -elle rejeta une proposition de partage en janvier 1853- tandis que Napoléon III ne laissa pas bafouer si facilement les droits de son pays, d'autant plus qu'il disposait, derrière lui, de l'appui des catholiques français. Par ailleurs, si l'Autriche demeura longtemps hésitante tout au long du conflit, ce n'était pas sans une raison valable : la Prusse, apeurée de voir le prestige des Habsbourg augmenter en cas de victoire, avait vite pressé la Diète de la Confédération germanique de voter contre une participation autrichienne (octobre 1854) ! Le tsar dépêcha à Constantinople un envoyé extraordinaire, Menchikov, chargé d'obtenir la reconnaissance d'un protectorat russe sur les chrétiens orthodoxes de l'Empire ottoman. Sur les conseils de l'ambassadeur britannique, le sultan Abd ul-Mejid refusa aussi net et, le 31 mai, ne tint pas compte de l'ultimatum russe menaçant d'occuper les principautés moldo-valaques. Le sultan refusa toute médiation étrangère et le Grand Conseil de l'Empire déclara la guerre le 8 octobre 1853. Des troupes franco-britanniques faisaient route vers les Dardanelles dès le début du mois de juin. La destruction d'une flotte turque dans la mer noire motiva la France et l'Angleterre à se mêler également au conflit (28 mars 1853). Leurs armées étaient respectivement commandées par le maréchal de Saint-Arnaud -parent du marquis Alfred de Trazegnies, sur lequel porte ce mémoire- et le lord Raglan. Ils reçurent l'ordre d'assiéger l'imprenable forteresse de Sébastopol, vaillamment défendue par Todleben. Elle ne fut prise qu'en septembre 1855 par Mac-Mahon ! Le décès de Nicolas Ier amena Alexandre II au pouvoir. Celui-ci se résigna à signer la paix de Paris (30 mars 1856), lorsque l'Autriche et la Suède menacèrent de se joindre aux alliés. Retenons que la guerre de Crimée consuma la rupture du groupe conservateur Russie-Autriche-Prusse qui avait dominé la politique internationale depuis le Congrès de Vienne. François-Joseph se trouvait désormais seul, incapable d'empêcher la réalisation des unités allemande et italienne...

* 21 Cité dans JUSTE Théodore, Le comte de Cavour, « Galerie historique », Bibliothèque Gilon, Verviers, 1882, pp. 49-50

* 22 Dans DE LA GORCE Pierre, Napoléon III et sa politique, Plon, Paris, 1933, p. 48 ; cité dans GOUTTMAN Alain, La Guerre de Crimée... op. cit., p. 391

* 23 Cité dans MILZA Pierre, Napoléon III... op. cit., p. 338

* 24 Cité dans PRADALIÉ Georges, Le Second Empire, « Que sais-je ?», Paris, PUF, 1966, p. 93.

* 25 Dans POUTHAS Charles H., Charles de Rémusat. Mémoires... op. cit., p. 86.

* 26 Dans BLED Jean-Paul, François-Joseph, Fayard, Paris, 1999, p. 231.

* 27 Idem, p. 229.

* 28 Dans OLLIVIER Emile, L'empire libéral. Etudes, récits, souvenirs. Napoléon III et Cavour, Garnier frères, Libraires-éditeurs, Paris, 1899, pp. 188-189.

* 29 Cité dans OLLIVIER Emile, L'empire libéral... op. cit., p. 272.

* 30 Cité dans GUICHONNET Paul, L'unité italienne... op. cit., p. 496.

* 31 Dans DE LA GORCE PIERRE, Histoire du Second empire, tome III, Librairie Plon, Paris, 1906, p. 130.

* 32 Dans DE LA GUÉRONNIÈRE (vicomte), Le pape et le Congrès, Paris, 1859 ; cité dans GUT Philippe, L'unité italienne... op. cit., p. 53

* 33 Edouard Antoine Thouvenel (1818-1866). En 1854, il était envoyé comme attaché à l'ambassade de Bruxelles. L'année suivante, il partait pour Athènes comme chargé d'affaires par intérim. Il reçut, en janvier 1849, le poste de ministre plénipotentiaire. Présent en Grèce en 1850, on l'envoya ensuite vers Munich où il fut très bien reçu. Dès le coup d'Etat du 02 décembre, on le retrouvait à la direction politique des Affaires étrangères. En 1855, il était ambassadeur à Constantinople. Suite aux difficultés engendrées par la question italienne, il remplaça Walewski à la tête du ministère des Affaires étrangères, début janvier 1860. Le 15 août 1862, il cédait sa place à Drouyn de Lhuys, pour avoir été partisan de l'abandon de Rome aux Italiens. (Dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1870, pp. 1753-1754 et dans TULARD Jean, Dictionnaire du Second Empire, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1995.)

* 34 Constantin Nigra représente S.M. Victor-Emmanuel II auprès du gouvernement de Paris. Il naît le 12 juin 1827. En 1848, il prend part à la lutte contre l'Autriche et est blessé à Tivoli. Il entre ensuite dans la carrière diplomatique en 1856. Dans un premier temps secrétaire de Cavour au Congrès de Paris, il obtient le poste de secrétaire des plénipotentiaires italiens aux négociations de Zurich. Nommé ministre à Paris, puis attaché au prince de Carignan lors de sa mission à Naples, il est nommé une seconde fois ministre à Paris et enfin ambassadeur. Il demeure dans la capitale française jusqu'en 1876. Il poursuit ensuite une remarquable carrière diplomatique qui le mènera notamment à représenter son pays auprès de la cour saint-pétersbourgeoise. (Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur. Correspondance confidentielle et inédite échangée entre M. Thouvenel, le duc de Gramont et le général comte de Flahault 1860-1863, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1889, volume 2, pp. 530-531.)

* 35 Dans OLLIVIER Emile, L'empire libéral... op. cit., p. 428.

* 36 Lettre de Cavour à Constantin Nigra datée du 9 juin 1860 et citée dans R. COMMISSIONE EDITRICE (A CURA DELLA), Il carteggio Cavour-Nigra dal 1858 al 1861. Volume 4 : la liberazione del Mezzogiorno, Nicola Zanichelli Editore, Bologna, 1929, p. 19. 

* 37 Lettre de Cavour à Nigra datée du 9 août 1860 et citée dans R. COMMISSIONE EDITRICE (A CURA DELLA), Il carteggio Cavour-Nigra dal 1858 al 1861... op. cit., Volume 4, pp. 144-145. 

* 38 Dans TERLINDEN Charles, La reconnaissance du royaume d'Italie par la Belgique, dans « Mélanges d'Histoires offerts à Henri Pirenne par ses anciens élèves à l'occasion de sa quarantième année d'enseignement à l'Université de Gand 1886-1926 », Vroman & Co. imprimeurs-éditeurs, Bruxelles, 1926, p. 485.

* 39 Idem, pp. 495-496.

* 40 Charles Rogier (1800-1885). On ne présente plus ce célébrissime politique belge. Homme d'Etat libéral. Il fit son droit (1826) avant de devenir rédacteur dans le journal -qu'il avait co-fondé- Mathieu Laensbergh de Liège. Il prit part aux combats de 1830 avec des volontaires liégeois, dont J. Demarteau. On le retrouvait, à cette époque, membre du gouvernement provisoire et du Congrès national. Il représenta les arrondissements de Turnhout (1831-1837), Anvers (1837-1854 et 1857-1863), Bruxelles (1856-1857) et Tournai (1863-1885). Il fut gouverneur de la Province d'Anvers, ministre de l'Intérieur (1832-1834, 1847-1852 et 1857-1861), ministre des Travaux publics (1840-1841) et enfin ministre des Affaires étrangères entre 1861 et 1868. (Dans Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, H. Thiry-Van Buggenhoudt, Bruylant-Christophe, Bruxelles, 1907, tome XIX, colonnes 693-781 ; dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894, Commission de la Biographie Nationale, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1996, pp. 489-490 ; dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges, Le Cri édition, Bruxelles, 1998, volume 2, pp. 196-197 ; etc.)

* 41 Idem, p. 488.

* 42 Idem, p. 499.

* 43 Idem, p. 501.

* 44 Idem, p. 507.

* 45 AMAE, légation Saint-Siège, lettre du représentant belge Carolus au ministre des Affaires étrangères Adolphe de Vrière, 05 octobre 1861. Carolus expliquait qu'il avait rencontré monseigneur Ledochowski à Lisbonne, « où il était auditeur de la nonciature. Ses formes sont parfaites, son instruction étendue, sa conversation agréable et son esprit conciliant. On n'aura pas (...) l'occasion de lui faire, comme à son prédécesseur, le reproche de ne s'occuper de rien et de n'écrire presque jamais. »

* 46 Reproduit dans GUT Philippe, L'unité italienne... op. cit., pp. 58-59.

* 47 Dans AUBERT Roger, Pie IX et le Risorgimento, dans « Risorgimento », 1961, tome II, p. 68.

* 48 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, p. 466.

* 49 Cité dans VEUILLOT Eugène, VEUILLOT Louis, DE RIANCEY, Célébrités catholiques, Librairie Calmann-Lévy, Paris, 1870, p. 38.

* 50 Dans POUTHAS Charles H., Charles de Rémusat. Mémoires de ma vie, volume 5, Rémusat pendant le Second Empire, la guerre et l'Assemblée nationale, gouvernement de Thiers et Ministère de Rémusat aux Affaires Etrangères (1852-1875), Librairie Plon, Paris, 1967, pp. 108-109 et 137-138.

* 51 Dans VEUILLOT Eugène, ..., Célébrités catholiques..., op. cit., p. 48.

* 52 Edmond About (1828-1885). Journaliste anticlérical et auteur de romans.

* 53 Dans ABOUT Edmond, La Question romaine, M. Lévy frères, Paris, 1861, p. 116.

* 54 Dans DE LA GORCE PIERRE, Histoire du Second empire, tome III, Librairie Plon, Paris, 1906, p. 362.

* 55 Dans VEUILLOT Eugène, ..., Célébrités catholiques... op. cit., p. 6.

* 56 Cité dans BESSON (Mgr), Frédéric-François-Xavier de Merode, ministre et aumônier de Pie IX, archevêque de Mélitène, sa vie et ses oeuvres, Retaux-Bray Librairie-Editeur, Paris, 1886, p. 67.

* 57 Dans Dans VEUILLOT Eugène, ..., Célébrités catholiques... op. cit., p. 11.

* 58 Dans AUBERT Roger, Monseigneur de Merode. Ministre de la guerre sous Pie IX. (I), dans « Revue générale belge », mai 1956, pp. 1102-1116

* 59 Dans DE LA GORCE PIERRE, Histoire du Second empire... tome III... op. cit., p. 364.

* 60 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 1, lettre du duc de Gramont à monsieur Thouvenel, 27 novembre 1860, p. 307.

* 61 Idem, volume 2, lettre du duc de Gramont à monsieur Thouvenel, 09 avril 1861, pp. 51-53.

* 62 Antoine Alfred Agénor de Gramont (1823-1881). Il fut d'abord connu sous le nom de duc de Guiche puis, à partir de la mort de son père le 03 mars 1854, il s'appela prince de Bidache et duc de Gramont. Admis à l'école polytechnique en 1837, il passa à l'école d'application de Metz d'où il sortit sous-lieutenant d'artillerie en octobre 1839. Il démissionna moins de deux ans plus tard. Il reprit du service dans la garde nationale en 1848. Le coup d'Etat du 02 décembre coïncide avec son entrée dans la carrière politique. Il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire à Cassel, puis à Stuttgart (1852) et à Turin (1853). Enfin il devint ambassadeur à Rome en 1857. Selon les différentes sources, les relations de Gramont avec les autorités pontificales -et en particulier avec le cardinal Antonelli- devinrent si délicates, qu'il dût demander sa mutation. Il n'est pas impossible que ce soit la publication du Livre jaune français, comprenant sa correspondance -quelques fois très agressive vis-à-vis du Saint-Siège- avec monsieur Thouvenel, qui ait provoqué la mésentente. D'après les dires de Théodore de Bounder de Melsbroeck, le duc avait alors « perdu de son autorité et de son influence. » On le transféra comme ambassadeur à la cour d'Autriche où il resta en fonction jusqu'au 15 mai 1870. Il devint ensuite ministre des Affaires étrangères à la place du comte Daru. Il joua un rôle considérable dans l'affaire du Luxembourg et celle concernant la candidature du prince Léopold au trône d'Espagne. Tombé en 1870, en même temps que le gouvernement Ollivier, il se réfugia l'année suivante à Londres. De retour en France, il écrivit quelques ouvrages sous des pseudonymes. Il était l'époux d'Emma-Marie Mac Kinnon depuis décembre 1848. (Dans Dictionnaire de biographie française, Librairie Letouzey et Ané, Paris, tome XVI, 1985, colonnes numéros 920-921 ; dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1870, p. 795 ; dans BITARD Ad., Dictionnaire de biographie contemporaine française et étrangère, comprenant les noms, prénoms, pseudonymes de tous les personnages célèbres du temps présent, l'histoire de leur vie, de leurs actes et de leurs oeuvres, la date de leur naissance et des principaux événements de leur carrière, etc. Augmenté d'un supplément comprenant les additions et changements divers survenus pendant l'impression, Léon Vanier, Paris, 1880, pp. 582-583 ; dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 1, lettre du duc de Gramont à monsieur Thouvenel, 19 février 1861, pp. 434-439 et AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 31 août 1861.)

Adolphe Pierre Aloys de Vrière (1806-1885). Homme politique libéral. Docteur en droit de l'Université de Leiden (1825), il fut d'abord collaborateur au journal Standaerd van Vlaenderen de Bruges avant de devenir commissaire d'arrondissement de Bruges de 1830 à 1841. Il entra dans la carrière diplomatique en tant que secrétaire de légation adjoint à la Mission en Saxe et en Prusse en 1831. De 1841 à 1845, on le retrouvait chargé d'affaires à Copenhague, puis à Lisbonne (1845-1847). Il fut successivement gouverneur des provinces de Namur, de Hainaut et de Flandre occidentale. Enfin nous le rencontrons, dans ce mémoire, comme ministre des Affaires étrangères (novembre 1857-octobre 1861). A la Chambre, de Vrière représenta Bruges entre 1857 et 1863 puis entre 1864 et 1870. (Dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894, Commission de la Biographie Nationale, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1996, pp. 253-254 et dans Nationaal Biografisch Woordenboek, Koninklijke Vlaamse Academiën van België, Brussel, tome XVI, 2002, colonnes 929-930.)

* 63 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, lettre du duc de Gramont à monsieur Thouvenel, 27 avril 1861, pp. 75-76.

* 64 Dans CORVISIER André (sous la direction de), Histoire militaire de la France, tome II, De 1715 à 1871, PUF, Paris, 1992, pp. 508-509.

* 65 Charles Marie Augustin de Goyon (1803-1870). Il entra à Saint-Cyr en 1819 et sortit deux ans plus tard sous-lieutenant au 17e chasseurs à cheval. Il participa, dans ce grade, à la Campagne d'Espagne en 1823. Lieutenant au premier cuirassé en 1825, il devint en 1846 colonel du 2e dragons à la tête duquel il contribua à la répression de l'insurrection de 1848. Promu général de brigade en avril 1850, puis général de division trois ans plus tard, il dirigea l'école de cavalerie de Saumur. En 1854, il commanda le camp de Lunéville avant d'être affecté, deux années plus tard, commandant du corps expéditionnaire à Rome. Là, il eut de nombreuses disputes, notamment avec Monseigneur de Merode. Son ambassadeur, le duc de Gramont, rapportait que Merode aurait tenu le discours suivant au général français : « vous êtes le dernier oripeau qu'emploie votre maître pour cacher son infamie ! » Goyon affirmait à son supérieur que la seule solution à la question romaine était le départ du pape de sa capitale. Mais adressait-il les mêmes paroles au Saint-Père ? En juin 1861, le représentant belge près le Saint-Siège, Henri Carolus, pouvait écrire qu'on se montrait, au Vatican, très irrité contre le général de Goyon. Celui-ci resta malgré tout en place. Il fut même nommé général en chef du corps d'occupation au mois de novembre 1861. Au mois de décembre, Firmin Rogier, représentant de la Belgique à Paris, rapportait l'anecdote suivante : le général avait été saluer leurs majestés François II et Marie-Sophie en uniforme officiel, alors que les instructions qu'il avait reçues le priaient de s'y rendre en « frac noir et sans aucun caractère officiel. » L'outrecuidance de Goyon envers ses supérieurs devait prendre fin. Le premier mai 1862, Firmin Rogier assurait qu'on se trompait en pensant que la présence du général à Rome était agréable au Saint-Siège. Par sa conduite, notamment en ce qui concernait la répression du brigandage, Goyon était plutôt devenu `persona ingrata'. Le général fut effectivement rappelé auprès de l'empereur, qui avait reconnu « que le tort était du côté du général militaire, qui empiétait sans cesse sur le domaine politique réservé à l'ambassadeur » Lavalette. Le prince-président, qui apparemment le couvrait, l'éleva à la dignité de Sénateur. Le duc se rangea du côté des bonapartistes catholiques. 5 ans plus tard, il était nommé commandant du 6e corps d'armée à Toulouse. Arrivé à la limite d'âge en 1868, il fut placé dans le cadre de réserve. Il décédait deux ans plus tard. (Dans Dictionnaire de biographie française,... op. cit., tome XVI, 1985, colonnes 867-868 ; dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains... op. cit., p. 792 ; dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., lettres du duc de Gramont à monsieur Thouvenel datées du 02 octobre 1860 et du 10 novembre de la même année ; AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Henri Carolus à de Vrière, 19 juin 1861 et AMAE, légation France, lettres de Firmin Rogier à Charles Rogier datées du 12 décembre 1861 et du premier mai 1862.)

* 66 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 1, lettre du duc de Gramont à monsieur Thouvenel, 11 août 1860, p. 168.

* 67 Dans INSOGNA A., François II roi de Naples, Histoire du royaume des Deux-Siciles 1859-1896, Delhomme et Briguet éditeurs, Paris, 1897, pp. 180-181. Cet ouvrage se veut particulièrement engagé en faveur du roi de Nalples. Il connut une édition italienne auprès de la tipografia Gambella, Naples, 1898. Très peu d'informations sont disponibles sur son auteur, Insogna. D'après ce que Benedetto Croce avait pu apprendre à son sujet, Isogna était docteur en médecine. Dans son livre, le fait que les ministres et généraux du roi aient voulu prendre les décisions à sa place devenait, selon Croce, comme une obsession. (Dans CROCE Benedetto, Uomini e cose della vecchia Italia. Serie Seconda, coll. Scritti di Storia letteraria e politica, Gius. Laterza & Figli, Bari, 1943, pp. 405-406.)

* 68 Dans DUFOUR Hortense, Sissi. Les forces du destin, Editions Flammarion, Paris, 2003, p. 265.

* 69 Comte Jérôme-Benoît-Philogène de Bailliencourt (1808-1869). Né à Béthune, il entre à l'école de Saint-Cyr le 19 novembre 1826. Il se lie à Louis-Napoléon Bonaparte dès 1840 quand il est chargé de la garde du fort de Ham où celui-ci est retenu prisonnier. Il se fait remarquer durant les insurrections de juin 1848 en enlevant 18 barricades dans le quartier de la rue Mouffetard et passe ainsi lieutenant-colonel au mois de juillet. Ce n'est que dix ans plus tard qu'il atteint le grade de général de brigade. Il ne prend nullement part aux guerres de 1859 mais s'occupe longuement du corps d'occupation présent à Rome (1852-1859). Général de division en 1869, il prend le commandement de la division militaire de Grenoble et s'éteint quelques mois plus tard dans cette même ville. (Dans Dictionnaire de Biographie française, Librairie Letouzey et Ané, Paris, tome IV, 1933, colonne 1303.)

* 70 Lettre datée de Rome, 05 mars 1861. Citée dans DE BAILLIENCOURT Jérôme-Benoît-Philogène, Feuillets militaires : Italie 1852-1862. Souvenirs, notes et correspondances, Firmin-Didot, Paris, 1894, pp. 357-361.

* 71 Pietro Calà Ulloa (1801-1979). Né à Naples, il fut dès sa jeunesse attiré par la littérature à laquelle il consacra de nombreuses études. En 1829, il fut professeur d'éloquence au Collège militaire. En 1836, il était nommé juge au Tribunal civil d'Avellino. L'année suivante, il obtenait le poste de Procureur général auprès de la Grande Cour criminelle de Trapani. En 1844, il était promu procureur géréral auprès de la Grande Cour civile de Messine. Deux ans plus tard, on le retrouvait dans la même fonction à l'Aquila. En 1847, il gardait les mêmes fonctions à Avellino. Lors des événements de 1848, il fut l'un des premiers à soutenir la cause des Bourbons. Cela lui valut d'être nommé Conseiller de la Cour suprême de Justice à Trani, où il resta jusqu'en 1854. A cette date, il obtint enfin le poste similaire dans la capitale. S'impliquant dans la politique en 1860, il tenta de former des ministères opposés à Garibaldi mais ce fut un échec. Il accompagna le roi à Gaète en tant que ministre de l'Intérieur dans le Cabinet Casella. En novembre 1860, on l'envoya chercher de l'aide à Rome et à Paris. Cette mission se révéla infructueuse. A la chute de la forteresse, il fut président du gouvernement en exil à Rome et fut écouté par le roi jusqu'en 1866. Calà Ulloa s'opposa fermement à l'utilisation du brigandage afin de reconquérir le royaume. A la chute de Rome, il s'en retourna vivre dans sa ville natale pour s'adonner à l'étude de l'histoire locale. (Dans Dizionario biografico degli italiani, Instituto della Enciclopedia italiana, Roma, tome XVI, 1973, pp. 469-472.)

* 72 Tommaso Clary (1798-1878). Il joua un rôle important dans les combats contre les Garibaldiens envahissant la Sicile, ce qui lui valut d'être fait maréchal de camp. A Rome, il fit de son mieux pour accroître l'activité des brigands. On lui devait notamment d'avoir fait venir sur place l'espagnol José Borjès, dont nous reparlerons. Il pousuivit ses activités jusqu'en 1863 quand, sur pression du gouvernement italien, les Français le reléguèrent à Civitavecchia où il devait rester pour quelques temps. Cela ne l'empêcha pas de se trouver encore, en 1868, dans un comité bourbonien à Palerme. On ignore totalement ce que fut sa vie après les événements de la Porta Pia, probablement demeura-t-il à Rome jusqu'à son décès. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome XXVI, 1982, pp. 148-150.)

* 73 Ferdinando Beneventano Bosco (1813-1881). A peine ses études terminées, ce jeune homme au caractère bien trempé devenait-il lieutenant en second des grenadiers de la Garde. En 1848, il était promu capitaine. En 1850, Ferdinand II de Bourbon le décorait de la médaille d'or de première classe. Sept ans plus tard, on le transférait temporairement en Sicile. L'année suivante, il était fait major. Le 10 juin 1860, on le retrouvait colonel. Il s'embarquait pour la citadelle de Messine où il rencontrait le général de Clary. A la chute du fort, il s'en retournait à Naples où il fit son possible afin d'éloigner le roi vers Gaète, Garibaldi menaçant. A ce moment, il accédait au grade de général de brigade. Il tint la tête à Garibaldi, puis, arrêté, on lui accorda de partir en exil en France. C'était pour aller mieux retrouver son souverain à Rome, peu de temps après. Sur place, il fut l'un des principaux organisateurs de la réaction, en compagnie des généraux Vial et Clary. Bosco ne désespérait pas de restaurer un jour son maître. En 1866, il se trouvait à Barcelone, recrutant des hommes dans ce but. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome XIII, 1971, pp. 206-208.)

* 74 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Carolus à Adolphe de Vrière, 11 mars 1861.

* 75 Dans HAYWARD Fernand, Le dernier siècle de la Rome pontificale, Pie VII (la Restauration), Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX, 1814-1870, Payot, Paris, 1928, pp. 301-304.

* 76 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 21 mai 1861, p. 115.

* 77 Idem, lettre de Thouvenel au duc de Gramont, 31 mars 1861, etc., p. 29.

* 78 Idem, volume 1, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 16 mars 1861, p. 491.

* 79 Idem, lettre de Thouvenel au duc de Gramont, 16 mars 1861, pp. 2-3.

* 80 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 06 mai 1861.

* 81 Henri Carolus (1811-1867). Il représenta la Belgique auprès du Saint Siège depuis le premier novembre 1859 jusqu'au 13 août 1867, date de son décès. Plusieurs secrétaires se succédèrent à son service durant ce mandat. Il s'agissait de Pierre Bartholeyns (01 février 1860 - 01 septembre 1860), Albert Paternostre (attaché entre le 18 décembre 1859 et le 21 novembre 1860, date à laquelle il devient secrétaire jusqu'au 03 décembre 1862) et Théodore de Bounder (01 septembre 1860 - 06 février 1864), pour ne citer que les premiers d'entre eux. Carolus naquit à Anvers le 14 mai 1811. Aspirant du génie, il devint aide de camp du général Willmar le 26 août 1836 et fut promu capitaine en second un an plus tard. En 1840, Carolus accompagna le général à Berlin en tant que secrétaire de légation (7 juillet). Il passa capitaine en premier le 21 juillet 1842 et le 8 octobre 1842, un arrêté royal lui accordait le titre de secrétaire de légation honoraire. Le 4 juin 1845, il reçut le titre de secrétaire de légation de première classe et assura, dès le mois d'août, la gestion de la légation de Berlin. Consul général à Darmstadt en 1846 puis conseiller de légation à Paris en juin 1848, il y demeura quelques années avant de se rendre en tant que ministre plénipotentiaire à Lisbonne dès la fin de juillet 1856. Un arrêté royal le désigna, enfin, au premier novembre 1859, comme envoyé auprès du Saint Siège. A Rome, Carolus mena une politique souvent mise en doute par les autorités turinoises, comme nous l'expliquons. En ce qui concerne les rapports entre Carolus et le Vatican, nous savons que les méthodes de monseigneur de Merode ne lui plaisaient guère, il reconnaissait cependant les capacités et l'énergie du Ministre des Armes. Nous ne pouvions évoquer la figure de ce personnage sans reproduire la description succulente que nous en a laissé Henri d'Ideville. « Le ministre de Belgique, écrivait-il, est un ancien officier d'artillerie. Aujourd'hui c'est un gros homme à lunettes, un peu lourd, souvent malade, mais d'un esprit assez fin. Il a loué près de Sainte-Marie des Anges, dans un quartier reculé, une villa avec grand jardin appartenant à son compatriote, M. de Merode. M. Carolus est un vieux connaisseur et un grand amateur de jolies choses ; il a de bons tableaux, des objets d'art et de fort belles porcelaines. Le plus charmant bijoux de sa collection est cependant sa jeune femme, dont il semble être le père. Madame Carolus est fort jolie, excellente personne sans méchanceté aucune ; elle s'occupe beaucoup de ses toilettes, de sa petite fille et même de son vieux mari. » (Dans BRAIVE G., MONDOVITS I., Le corps diplomatique et consulaire belge en Italie (II), dans « Risorgimento », XIIIe année, 1970, tome I, pp. 68-69 ; dans Idem,... (I)..., pp. 46-47 ; dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges, Le Cri édition, Bruxelles, 1998, volume 2, p. 229 ; dans LECONTE J. R., Les origines de la diplomatie en Belgique. Officiers diplomates à l'époque de Léopold Ier, dans « Revue internationale d'histoire militaire », numéro 24, 1965, pp. 405-406 ; dans Biographie nationale de Belgique, publiée par l'Académie royale des Sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, tome XXXIV, colonnes numéros 159 à 163, notice de Jacques-Robert Leconte ; dans AUBERT Roger, Monseigneur de Merode. Ministre de la guerre sous Pie IX. (II), dans « Revue générale belge », XCIIe année, juin 1956, p. 1318 et dans D'IDEVILLE Henry, Journal d'un diplomate en Italie, notes intimes pour servir à l'histoire du Second Empire. Rome 1862-1866, Librairie Hachette et Compagnie, Paris, 1873, p. 45.)

Henri Amédée Le Lorgne d'Ideville (1830-1887). Il fut secrétaire d'ambassade à Turin (1859), Rome (1862), Dresde (1867) et Athènes (1868). Il se retira en 1870 puis devint préfet d'Alger un an plus tard, jusqu'en 1873. Après quoi il se retira définitivement. Il laissa d'intéressants écrits sur ses activités diplomatiques, notamment. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome XXVIII, 1994, colonne 133.)

* 82 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Charles Rogier, 19 février 1862.

* 83 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 1, lettre de Thouvenel au duc de Gramont, 10 février 1861, p. 400.

* 84 Idem, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 26 février 1861, p. 457.

* 85 Idem, volume II, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 16 avril 1861, pp. 59-64.

* 86 Salvatore Carbonelli (1820-1906). En 1860, il fut appelé à faire partie du gouvernement constitutionnel de François II en tant que responsable des Travaux publics. Lors du remaniement ministériel de Gaète, le roi le fit ministre des Finances. En exil à Rome, il conserva ce poste. Légitimiste convaincu, il fut impliqué dans la frappe de fausse monnaie afin de financer les expéditions légitimistes du roi. En 1865, il démissionna du gouvernement avec son collègue Del Re, des Affaires étrangères, à cause d'un malentendu avec le ministre Ulloa. Ce dernier était partisan de la constitution, tandis que les deux démissionnaires expliquaient que si François II avait usé de la manière forte en 1860, jamais il n'aurait perdu son royaume. Lors de l'invasion de Rome en 1870, il partit pour la Suisse où il séjourna jusqu'en 1877. Après quoi il rentrait à Naples pour se retirer dans la vie privée. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome IXX, 1976, pp. 708-711.)

* 87 Dans DE NAVENNE Ferdinand, Le Palais Farnèse pendant les trois derniers siècles, Librairie ancienne Honoré Champion, Paris, 1923, tome II, p. 233.

* 88 Gaetano Afan de Rivera (1816-1870). Il participa à la campagne de Sicile et à la prise de Messine en septembre 1848. Nommé brigadier en 1855, il fut commandant de brigade à Palerme, avant d'être élevé au grade de maréchal de camp en avril 1860. Il lutta contre les garibaldiens en Sicile, puis suivit les Bourbons en exil à Rome. Il continua à s'occuper de la réaction jusqu'à sa mort en 1870. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome I, 1960, p. 346.)

* 89 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 03 avril 1861.

* 90 A.-Sébastien Kauffmann (1800-1868).

* 91 Dans KAUFFMANN A. Sébastien, Chroniques de Rome. Tableau de la société romaine sous le pontificat de Pie IX, G. Barda, Paris, 1865, p. 27.

* 92 AMAE, légation Saint-Siège, lettre du représentant belge Carolus au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 10 novembre 1861.

* 93 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Charles Rogier à Henri Carolus, 17 novembre 1861.

* 94 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 09 février 1861.

* 95 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 07 septembre 1861.

* 96 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à de Vrière, 02 mars 1861.

* 97 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Charles Rogier à Henri Carolus, 17 novembre 1861.

* 98 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Charles Rogier, 07 décembre 1861.

* 99 AMAE, légation Saint-Siège, le même au même, 10 décembre 1861.

* 100 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Charles Rogier à Henri Carolus, 26 novembre 1861.

* 101 Lettre de Villamarina à Cavour datée du 31 juillet 1860, dans R. COMMISSIONE EDITRICE (a cura della), La liberazione del Mezzogiorno e la formazione del regno d'Italia, Nicola Zanichelli Editore, Bologna, 1949, volume 1 (gennaio-luglio 1860), p. 421.  

* 102 Dans LAROUSSE Pierre, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle français, historique, géographique, etc., Administration du Grand dictionnaire universel, Paris, 1867, volume 2, pp. 1270-1271.

* 103 Dubarry Armand (1836- ?). Ecrivain et journaliste français né à Lorient en 1836. Rédacteur en chef de l'Italie à Turin et à Florence, il quitte la capitale pour Venise où il travaille pour le compte de l'Etendard et soutient la restitution de la Vénétie à l'Italie. Il se rend enfin à Rome et travaille pour plusieurs journaux français comme L'Opinion nationale et la Liberté. Il est alors un spécialiste reconnu de la Question italienne. La guerre de 1870 le ramène au pays où il poursuit une brillante carrière comme rédacteur au Figaro ou encore directeur politique de La Gazette. (Dans Dictionnaire de Biographie française, Librairie Letouzey et Ané, Paris, volume 11, 1967, colonne 871.)

* 104 Dans DUBARRY Armand, Le brigandage en Italie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, E. Plon et Cie imprimeurs-éditeurs, Paris, 1875, p. 1.

* 105 Dans RECLUS Elisée, Nouvelle géographie universelle, tome I, L'Europe méridionale, Paris, Hachette, 1875, p. 505.

* 106 Dans VIALLET Jean-Pierre, Réactions et brigandage dans le Mezzogiorno péninsulaire (1860-1869), dans « Recherches régionales Côte d'Azur et contrées limitrophes », XXIIIe année, 1982, tome IV, p. 291.

* 107 Dans NITTI Francesco S., Le brigandage de l'Italie méridionale à l'époque des Bourbons, dans « Revue politique et parlementaire », VIIe année, tome XXV, 1900, p. 129.

* 108 1744-1827. Il est dans un premier temps trésorier de Pie VI qui le fait Cardinal en 1791, alors qu'il n'occupe que la fonction de diacre.

* 109 Dans TREVISANI Silvano, Borboni e briganti. Intervista con Gianni Custodero, Capone Editore, Lecce, 2002, p. 41.

* 110 Dans TULARD Jean, Napoléon, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1977, p. 231.

* 111 Dans NITTI Francesco S., Le brigandage de l'Italie méridionale... op. cit., pp. 148-151.

* 112 Dans VIALLET Jean-Pierre, Réactions et brigandage... op. cit., p. 294 et dans TUCCARI Luigi, Memoria sui principali aspetti tecnico-operativi della lotta al brigantaggio dopo l'Unità (1861-1870), dans «Archivio Storico Per le Province napoletane», tome CI, 1983, p. 334.

* 113 Dans TAINE Hippolyte, L'Italie et la vie italienne, dans « Revue des deux Mondes », tome LIV, 1864, p. 841.

* 114 Marc Monnier (1829-1885). Ecrivain, poète et professeur français. Il naît à Florence de parents français et manifestera toujours un attachement certain pour l'Italie. Son port d'attache reste la ville de Naples jusqu'en 1864 où son père est hôtelier. Il est ensuite professeur d'histoire comparée des littératures à l'Université de Genève jusqu'en 1885. Ses multiples publications sur la Péninsule italienne lui vaudront d'être reconnu comme un des plus grands spécialistes de la question. Notre compatriote Le Hon, de passage à Naples en mai 1864, le présente comme étant un « écrivain de grand talent et de plus un grand penseur. » Son ouvrage sur le brigandage méridional fait figure de référence et fut publié en italien et en français. Dans un article publié en 1862 sur l'état des choses à Naples en 1861, François-Tommy Perrens précisait qu'il n'aborderait la question du brigandage que de manière succincte étant donné qu' « un homme distingué qui habite Naples, monsieur Marc Monnier, prépare à ce sujet un travail dont il a puisé les éléments aux sources les plus sûres. » (Dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1870, pp. 1292-1293 ; ATTINGER Victor, GODET Marcel, TüRLER Henri, Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, Administration du dictionnaire historique et biographique de la Suisse, Neuchâtel, 1928, tome IV, p. 780 ; dans LE HON Henri, Correspondance d'Italie, dans «Revue trimestrielle», XIe année, 1864, tome IV, p. 160 et dans PERRENS François-Tommy, Naples en 1861, dans « Revue nationale et étrangère, politique, scientifique et littéraire », 1862, tome IX, pp. 571-572.)

Henri Le Hon (1809-1872). Officier et professeur à l'école militaire, il se fait remarquer par une série de travaux concernant la géologie. Il est également un peintre de paysages et marines. (Dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges, Le Cri édition, Bruxelles, 1998, tome II, p. 58.)

François-Tommy Perrens naquit à Bordeaux en 1822. Il fit ses études dans le lycée de cette ville et fut élève de l'Ecole normale de 1843 à 1845. Successivement professeur à Bourges, Lyon et Montpellier, on le chargea en 1853 du cours de seconde au lycée Bonaparte. Sa thèse de doctorat, présentée en 1854, portait sur Jérôme Savonarole. (Dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel... op. cit., p. 1424.)

* 115 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale, Michel Lévy Frères libraires-éditeurs, Paris, 1862, p. 5.

* 116 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Charles Rogier, 19 juillet 1862.

* 117 Du Camp Maxime (1822-1894). Son père, chirurgien urologue décède lorsqu'il n'a que deux ans. Sa mère le quitte 13 ans plus tard. Riche héritier, Du Camp est un mal-aimé de l'écriture. Il reste célèbre pour avoir voyagé 18 mois en Orient avec son comparse Flaubert, au sortir de ses études (1844-1845). Après un second voyage en Asie Mineure (1849-1851), il publie le premier ouvrage illustré de photographies. Plus tard, en Italie, il accompagne Garibaldi lors de l'expédition des Mille. Devenu collaborateur de la Revue des Deux Mondes, il ne cache pas ses opinions anti-catholiques. (Dans Dictionnaire de Biographie française, op. cit., tome XI, 1967, pp. 1131-1133 et dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel... op. cit., p. 571.)

* 118 Dans DU CAMP Maxime, Naples et la société napolitaine sous le roi Victor-Emmanuel, dans « Revue des Deux Mondes », XXXIIe année, 1862, tome IXL, p. 7.

* 119 Dans ZELLER Jules, Pie IX et Victor-Emmanuel. Histoire contemporaine de l'Italie, 1846-1878, Librairie Académique Didier et Compagnie, Paris, 1879, p. 439.

* 120 Dans NITTI Francesco S., Le brigandage de l'Italie méridionale... op. cit., pp. 134-135.

* 121 Dans DU CAMP Maxime, Naples et la société napolitaine... op. cit., p. 9.

* 122 Rotrou C. L., agent consulaire de France à Chieti. Le consul général de France à Naples, qu'il est chargé d'informer, est monsieur Soulange-Bodin. (Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage... op. cit., p. 153.)

* 123 Dans ROTROU C.L., Des causes du brigandage dans les provinces napolitaines, Gianni et Comp. éditeurs, Turin, 1863, p. 60.

* 124 Dans DU CAMP Maxime, Naples et la société napolitaine... op. cit. , p. 12.

* 125 Cité dans DE CESARE Raffaele, Roma e lo stato del papa. Dal ritorno di Pio IX al XX settembre (1850-1870), Newton Campton Editori, Roma, 1975, p. 450.

* 126 AMAE, légation Saint Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 30 avril 1861.

* 127 Cité dans GARNIER Jean-Paul, Le dernier roi de Naples. Naissance de l'Italie, Librairie Arthème-Fayard, Paris, 1961, p. 121.

* 128 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 21 mai 1861, pp. 115-116.

* 129 Dans GARNIER Jean-Paul, Le dernier roi de Naples... op. cit., p. 121.

* 130 AMAE, légation Saint Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 08 mai 1861.

* 131 AMAE, légation Saint Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 21 septembre 1861.

* 132 AMAE, légation Saint Siège, le même au même, 03 août 1861.

* 133 Odo William Leopold Russel, premier baron Ampthill (1829-1884). Il voyagea beaucoup dans son enfance aux côtés de son père diplomate. Il alla peu de temps au Collège et fut surtout élevé par sa mère et des tuteurs étrangers. Ainsi, à 20 ans, il pouvait se targuer de parler, en plus de l'anglais, français, italien et allemand. Il démarra sa carrière diplomatique comme attaché à l'ambassade britannique de Vienne en 1849. Employé au Foreign Office (1850-1852), il devint attaché d'ambassade à Paris (1853) puis à Constantinople (1854). Il passa ensuite à l'ambassade de Washington avant de prendre la route de l'Italie où il resta un peu plus d'une dizaine d'années (1858-1870). Sa fonction officielle était d'être attaché à la légation florentine, mais il résidait à Rome. Il pratiquait la religion protestante. Selon Henry d'Ideville, Odo Russel était « fort bien vu de tous dans la société romaine, homme du monde, aimable et séduisant, il ne néglige aucune coterie. Accueilli avec distinction chez les princes et les amis les plus dévoués du Saint-Siège, il est également lié avec les membres du parti d'action, du comité italien de Rome, dont il écoute très-complaisamment les confidences, et auquel il sert, disait-on, d'intermédiaire. (...) Vivant à Rome, comme un simple touriste, en voyageur épris de ce séjour, Russel (...) voit (...) souvent le Saint-Père, mais surtout le cardinal Antonelli. » Le pape apprécia sa discrétion lors du Concile Vatican. En 1870, on le désigna comme assistant sous-secrétaire au Foreign Office. Il partit en mission spéciale la même année aux quartiers généraux de l'armée allemande jusqu'en 1871. Ses bons rapports avec Bismarck lui valurent d'être nommé ambassadeur à Berlin (1871-1884) en octobre. Il fit preuve de beaucoup de finesse et de discrétion dans ce poste, notamment lors du Congrès de Berlin, à l'occasion duquel il fut élevé à la dignité de 3e ministre plénipotentiaire britannique (du Congrès). Il ne cachait pas son admiration pour la nouvelle Allemagne. Il mourut d'une péritonite en 1884 dans sa villa d'été de Postdam. Bismarck le trouvait irremplaçable. (Dans MATTHEW H. C. G., HARRISON Brian, Oxford Dictionnary of National Biography. From the earliest times to the year 2000, Oxford University Press, Oxford, 2004, tome IIL, pp. 324-326 ; dans D'IDEVILLE Henry, Journal d'un diplomate en Italie ... op. cit., p. 43 et dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question... op. cit., pp. ix-xxxviii.)

* 134 Dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question. Extracts from de dispatches of Odo Russel from Rome, 1858-1870, Chapman and Hall, London, 1962, lettre d'Odo Russel à Lord John Russel, 16 mai 1861, pp. 175-176.

* 135 Dans HAYWARD Fernand, Pie IX et son temps, Librairie Plon, Paris, 1948, pp. 284-285.

* 136 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Charles Rogier, 13 juillet 1861.

* 137 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 03 août 1861.

* 138 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Charles Rogier, 12 novembre 1861.

* 139 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 21 mai 1861.

* 140 AMAE, légation Saint-Siège, le même au même, 06 mai 1861.

* 141 Dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question... op. cit., lettre d'Odo Russel à Lord John Russel, 22 juin 1861, pp. 180-181.

* 142 Charles Jean Marie Félix de Lavalette (1806-1881). Il entra dans la carrière diplomatique sous Louis-Philippe, en 1837, comme secrétaire d'ambassade à Stockholm. Il fut ensuite consul général à Alexandrie (1841), ministre plénipotentiaire à Cassel (1846). La même année, il était élu député de Bergerac. Rappelé au pouvoir après une courte pause-carrière, le Prince-Président en fit l'envoyé extraordinaire de la France à Constantinople. Promu ambassadeur en 1852, il demande néanmoins son rappel l'année suivante, de peur de devenir un obstacle au succès d'une conciliation, vu le rôle qu'il avait joué dans la question des lieux saints. En juin 1854, il est fait sénateur. Le 21 mai 1860, il fut de nouveau accrédité à Constantinople dans une situation délicate. Fin du mois d'août de l'année suivante, on le nomma ministre plénipotentiaire auprès du Saint-Siège. Il y resta jusqu'à la retraite de Thouvenel des Affaires étrangères (octobre 1862). A Rome, le nouveau représentant sera bien vu de son homologue anglais, Lord Odo Russel, qui trouve en lui le reflet de ses idées. Au contraire, le cardinal Antonelli n'appréciait guère le personnage. Il fut ensuite ministre de l'Intérieur dans le Cabinet Druyn de Lhuis (1865-1866) avant de passer aux Affaires étrangères en 1868. Contraint de se retirer le 17 juillet 1869, il partait comme ambassadeur pour Londres. Cette situation fut éphémère : la constitution du Cabinet Ollivier entraîna sa chute. (Dans Dictionnaire de biographie française, op. cit., tome IXX, 2001, colonne 1518 ; dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains... op. cit., pp. 1072-1073 ; dans TULARD Jean, Dictionnaire du Second empire, op. cit., p. ; dans BITARD A., Dictionnaire général de biographie contemporaine française et étrangère... op. cit., p. 783-784.)

* 143 Lettre du marquis de Lavalette au ministre des Affaires étrangères français datée du 20 juin 1862, reproduite dans GARNIER Jean-Paul, Le dernier roi de Naples... op. cit., p. 201.

* 144 Dans GARNIER Jean-Paul, Le dernier roi de Naples... op. cit., pp. 184-185.

* 145 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, lettre du duc de Gramont à Thouvenel, 28 mai 1861, p. 123.

* 146 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 07 août 1861.

* 147 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière, 05 octobre 1861.

* 148 AMAE, légation Saint-Siège, le même au même, 26 octobre 1861.

* 149 AMAE, légation Saint-Siège, le même au même, 10 juin 1861.

* 150 AMAE, légation Saint-Siège, lettre d'Henri Carolus à Charles Rogier, 09 mai 1862.

* 151 Dans I documenti diplomatici italiani, Prima serie 1861-1870, Ministero degli Affari Esteriori, La liberia dello Stato, Roma, 1959, p. 549.

* 152 Dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question... op. cit., lettre d'Odo Russel à Earl Russel, 18 janvier 1862, pp. 200-201.

* 153 Idem, lettre d'Odo Russel à Earl Russel, 16 novembre 1861, pp. 187-188.

* 154 Idem, le même au même, 5 janvier 1862, pp. 199-200.

* 155 Lévy Armand (1827-18 ??). (Dans www.gallica.bnf.fr.)

* 156 Dans LEVY Armand, La cour de Rome, le brigandage et la convention franco-italienne, J.-B. Vasseur libraire-éditeur, Paris, 1865, p. lxxix.

* 157 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., p. 71.

* 158 Théodule de Christen (1835-1870). Fils d'un officier des Gardes suisses. Il partit combattre lors de la guerre de Crimée à seulement 17 ans. Il se rendit ensuite à Rome et organisa plusieurs expéditions dont nous parlons ci-dessus. Arrêté le 16 juin 1861 à Naples, libéré deux ans plus tard, il se préparait à prendre le commandement d'un corps franc lors de la guerre franco-allemande. Il n'en eut pas le temps : la mort vint le terrasser le 20 septembre 1870, alors qu'il séjournait au château de Ronno. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome VIII, 1956, colonne 1286.)

* 159 Theodor Friedrich Klitsche (1799-1868). Il était le fils du prince Ludwig Ferdinand von Breussen et de la française catholique Marie de Lagrange, ce qui explique pourquoi il se faisait appeler Klitsche de Lagrange. Il participa à la campagne de 1815 où il fut blessé. En 1822, il passa à l'Eglise catholique et perdit, à cette occasion, le soutien du roi Friedrich Wilhelm III. Il entra alors au service du duc Ferdinand de Unhalröthen qui était devenu catholique. Durant une quinzaine d'années, il servit le pape qui le fit lieutenant-colonel et lui offrit une pension. Il quitta Rome pour aller s'établir à Naples auprès de Ferdinand II (1855). Là, il devint correspondant de la gazette d'Augsbourg. Le roi des Deux-Siciles lui versait également une pension pour les services qu'il rendait. Plusieurs missions lui furent confiées par Ferdinand II, puis par son fils François, dont une secrète à Rome. Durant les huit derniers mois de règne des Bourbons, il vivait à Caserte. Il s'occupait surtout de maintenir l'agitation dans les Abruzzes. Il avait six fils dont un fut fait officier de l'armée bourbonienne par François II. (Dans Allgemeine Deutsche Biographie, Aus veranlassung und mit unterstützung seiner majestaet des königs von Bayern, Dunder & Humblot, tome XVI, 1882, pp. 199-200 et dans R. COMMISSIONE EDITRICE (a cura della), La liberazione del Mezzogiorno... op. cit., volume 5, p. 391.)

* 160 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., pp. 38-39. Voyez également DE TIBERIIS Giuseppe F., Alle origini del brigantaggio politico nelle Abruzzi : la spedizione del colonnello Teodoro Klitsche De La Grange (sic). Ottobre 1860, dans «Rassegna Storica del Risorgimento», juillet-septembre 1984, p. 313.

* 161 Edwin von Kalkreuth. La vie de ce brigand prussien demeure très obscure. Il était né le 28 août 1822. Il fut capitaine de cavalerie en Autriche, avant de prendre le chemin de l'Italie. Il fut arrêté le 22 janvier 1861 à Messine. Il était habillé en bourgeois et débarquait par le paquebot postal français. Il tentait d'échapper à la surveillance de la police en se confondant aux autres passagers. Celle-ci ne fut cependant pas dupe. On l'arrêta. Il n'avait aucun papier sur lui et se disait brésilien. Ses bagages renfermaient des armes, des décorations, des brevets, des cartes chorographiques de l'Italie et en particulier des Calabres, une somme de 3000 francs en or, un passeport anglais et un brevet saxon. Interrogé une seconde fois, il expliqua aux autorités être du duché de Posen. Il était porteur d'importants documents officiels : une lettre des dames de Toulouse à François II, une demande de trois mois de congé adressée au général Casella, ministre de la guerre à Gaète et une troisième note priant le général Fergola, commandant de la citadelle de Messine, de faire le nécessaire afin que Kalkreuth puisse remplir au mieux sa mission. Kalkreuth possédait enfin des lettres en allemand, signées « C ». Sans doute était-ce son diminutif. Elles étaient destinées au ministre de Saxe, le baron Olivin de Seebach et à la princesse de Seebach. Dans ces documents, on trouvait des détails sur la mauvaise situation de Gaète et on accusait les ministres napolitains. Pietro Ulloa était dit inactif et le secrétaire du roi, Carbonelli, infidèle à son maître. Enfin l'auteur des lettres expliquait qu'on lui avait confié une mission dans les Calabres dont il doutait fort de la réussite, étant donné qu'il ne parlait pas l'Italien. Il espérait y rencontrer le général Afan de Rivera. Le procès du comte, selon Cavour, devait se poursuivre devant le Conseil de Guerre à Gênes. On le fusilla à Gaète le 29 mai 1862. (Lettres de Cavour au comte Brassier de Saint-Simon (ministre de Prusse à Turin) datées des 02 et 09 février 1861, dans R. COMMISSIONE EDITRICE (a cura della), La liberazione del Mezzogiorno... op. cit., volume 4, pp. 269 et 285-287. Les annexes à la lettre du 09 février se trouvent dans Idem, volume 5, pp. 386 à 381, notamment ; et dans CROCE Benedetto, La strana vita di un tedesco capo di briganti nell'Italia meridionale e giornalista anticlericale in Austria : L. R. Zimmermann, dans «La Critica, rivista di letteratura, storia e filosofia», tome XXXIV, fascicule 4, 1936, pp. 308-312.)

* 162 Dans BARRA Francesco, Il brigantaggio in Campania, dans «Archivio Storico per le Province napoletane», tome CI, 1983, p. 118.

* 163 de Coataudon arriva à Rome en avril 1860. Or, à cette époque, monsieur de Blumensthil avait été chargé de la réorganisation de l'artillerie pontificale. L'homme trouvait que les destriers faisaient particulièrement défaut et il fut décidé d'en acheter. Par souci d'économie, on choisit des chevaux plus ou moins sauvages. Quelle aubaine pour l'ancien élève du Haras du Pin et ancien écuyer civil à l'école de Saumur qu'était Coataudon. Venu à Rome avec des lettres de recommandation du général Oudinot pour monseigneur de Merode, il n'avait en effet toujours aucune nouvelle de la part du prélat sur une éventuelle place qui serait disponible. Malgré l'opposition de de Merode, il obtint qu'une école de dressage soit créée dans la villa di Papa Julio. On y envoya d'abord un maréchal des logis, chargé de la police et de la comptabilité, avec un détachement d'abord de 7 ou 8 hommes, porté ensuite à 18 ; ils provenaient en majeure partie du bataillon des franco-belges, ce qui n'allait pas sans irriter de Becdelièvre. Messieurs de Cossette, de Maillé et de la Béraudière furent adjoints à Coataudon. On envoya à l'école une quinzaine de chevaux sauvages. Coataudon utilisait cependant la fort lente méthode de Saumur pour dresser ces derniers. Après 5 semaines, aucun cheval n'avait encore été livré et monseigneur de Merode supprima l'école. Le détachement de la villa di Papa Julio fut versé aux chevaux-légers, les trois attachés de Coataudon s'en allèrent pour Viterbe tandis que lui-même alla offrir ses services au roi de Naples. (Dans FRAISSYNAUD Paul, L'armée pontificale sous le commandement du général de Lamorcière II., dans « Revue contemporaine », XXIe année, 2ème série, novembre et décembre 1862, tome XXX, pp. 309-311.)

* 164 Dans INSOGNA A., François II roi de Naples, Histoire du royaume des Deux-Siciles 1859-1896, Delhomme et Briguet éditeurs, Paris, 1897, pp. 199-200.

* 165 Dans MOLFESE Franco, Il brigantaggio meridionale post-unitario (II : La rivolta contadina del 1861), dans «Studi Storici (rivista trimestriale)», IIe année, 1961, tome II, p. 302.

* 166 Dans DE CHRISTEN (comte), Journal de ma captivité suivi du Récit d'une campagne dans les Abruzzes, E. Dentu éditeur, Paris, 1866, pp. 217-262.

* 167 Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, pp. 486-487.

* 168 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., p. 47.

* 169 Dans LEVY Armand, La cour de Rome... op. cit., p. lxxxi.

* 170 Dans CROCE Benedetto, Uomini e cose della vecchia Italia. Serie Seconda, coll. Scritti di Storia letteraria e politica, Gius. Laterza & Figli, Bari, 1943, p. 323.

* 171 Dans DE NOË (vicomte), Trente jours à Messine en 1861, Dentu, Paris, 1861, cité dans CROCE Benedetto, Uomini e cose della vecchia Italia... op. cit., p. 323.

* 172 Dans ROMANO Sergio, Il brigantaggio e l'Unità d'Italia, dans Nuova Antologia, février 1974, pp. 219 à 228.

* 173 Dans FRAISSYNAUD Paul, L'armée pontificale... II... op. cit., pp. 314-315.

* 174 Dans Le général comte de Cathelineau, Chevalier de la Légion d'honneur, Commandeur de l'ordre de Pie IX, Chevalier de la Tour et l'Epée et de don Miguel de Portugal. Sa vie et ses mémoires, Société Saint-Augustin, Desclée, De Brouwer et Cie, Rome-Paris-Lille-Bruxelles, 1892, p. 173.

* 175 Idem, p. 174.

* 176 Idem, p. 176.

* 177 Idem, p. 178.

* 178 Idem, p. 182.

* 179 Idem, p. 184.

* 180 Idem, p. 186.

* 181 Idem, p. 187.

* 182 Luigi Alonzi naquit en 1825 et fut fusillé 37 ans plus tard, au mois de juin 1862. (Dans GELLI Iacopo, Banditi, briganti e brigantesse nell'ottocento, R. Bemporad & Figlio Editori, Firenze, 1931, p. 189 et dans .)

* 183 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia dal 1860 al 1863. Studio storico-politico-statistico-morale-militare, Milano, Daelli, 1864 (ristampa anastica Adelmo Polla editore, Cerchio (Aq), 2001), pp. 63-65. Bianco di Saint Jorioz était un capitaine piémontais. Il portait donc un jugement particulièrement négatif sur le brigandage méridional. Cependant, son ouvrage constitue, aujourd'hui encore, une source irremplaçable qui a inspiré à peu de choses près tous les ouvrages concernant les expéditions de Chiavone ou encore la fin tragique du marquis Alfred de Trazegnies, dont nous parlerons en temps voulu. (Dans CORRADINI Ferdinando, 11 novembre 1861 : i briganti assltano Isoletta e San Giovanni Incarico, dans «La Voce, periodico di attualità, politica e cultura a diffusione gratuita», numéro 8, 2001, p. 3.)

* 184 Dans INSOGNA A., François II... op. cit., p. 211.

* 185 Dans ROTROU C.L., Des causes du brigandage dans les provinces napolitaines... op. cit., pp. 62-63.

* 186 Dans Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., p. 102.

* 187 Dans LEVY Armand, La cour de Rome... op. cit., p. lxxx.

* 188 Lettre de Lord Odo Russel au Comte John Russel datée du 16 novembre 1861, dans dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question, Extracts from the dispatches of Odo Russel from Rome 1858-1870, Chapman and Hall, London, 1962, pp. 187-188.

* 189 Dans MONNIER Marc, Naples et le brigandage de 1860 à 1864, dans « Revue des Deux Mondes », 1864, tome L, p. 557.

* 190 Dans I documenti diplomatici.. volume 1... op. cit., p. 297.

* 191 Lettre de Lord Odo Russel au Comte John Russel datée du 17 décembre 1861, dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question... op. cit., pp. 191-192. Beaucoup d'allusions similaires peuvent se lire dans la presse du temps. Prenons l'exemple de l'Osservatore romano, en date du 03 janvier 1862, qui soutenait que les bandes de Chiavone contenaient une majorité d'Espagnols et de Belges...

* 192 Dans BLAKINSTON Noel, The Roman Question... op. cit., lettre de Lord Odo Russel au ministre des Affaires Etrangères britanniques Lord John Russel datée du 16 mai 1861, p. 175.

* 193 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio... op. cit., pp. 106-107.

* 194 Dans BARRA Francesco, Il brigantaggio in Campania, dans «Archivio Storico per le Province napoletane», tome CI, 1983, p. 118.

* 195 Dans MOLFESE Franco, Il brigantaggio... II... op. cit. p. 332.

* 196 Dans INSOGNA A., François II roi de Naples... op. cit., pp. 211-213.

* 197 Il est important de présenter ce personnage qui interviendra dans la suite du récit. Son véritable nom était Bermudez de Castro. Il représentait l'Espagne auprès de la cour de Naples depuis 1853. Il avait gagné l'admiration de la reine Marie-Sophie par son courage lors du siège de Gaète. Il était « de petite naissance, écrivait de Navenne, d'une bravoure froide, d'un orgueil fou, mais habile à ménager ses intérêts, il ne manquait pas d'esprit, encore moins de cette confiance en soi qui en impose si facilement à la naïveté des autres. » Bermudez avait été fait marquis de Lema par Isabelle II d'Espagne, puis duc de Ripalda par le roi de Naples, lequel lui offrit, pour l'anecdote, un tableau de Raphaël qu'il s'empressa d'accepter. Il vivait auprès de la cour de Naples en exil à Rome. La comtesse de Trani tomba, dit-on, sous le charme pour cet individu aux allures de capitaine d'aventure. (Dans de NAVENNE Ferdinand, Le Palais Farnèse pendant les trois derniers siècles... op. cit., pp. 235-237.)

* 198 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Adolphe de Vrière, 21 septembre 1861.

* 199 José Borjès (1813-1862). (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome XII, 1970, pp. 792-793.)

* 200 Dans Monnier Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., pp. 160-165.

* 201 Dans Journal de Borgès, 19 octobre 1861, p. 205, reproduit dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale, Paris, 1862, pp. 171-238.

* 202 Idem, 5 octobre 1861, pp. 186-187.

* 203 Carmine Crocco (1830-1905). Il fut le plus important brigand de Basilicate. Sa bande comptait environ 60 hommes. Incarcéré pour homicide, il s'évada vers la moitié des années 1850 et, en avril 1860 s'en prit aux habitants de Langopesole avant de se rendre à Ripacandida. Il encourageait le peuple à se soulever contre les notables. Des habitants de San Fele, Muro, Ruoti, Avigliano ou encore Melfi entrèrent dans ses rangs. S'attaquant à la milice dirigée par le capitaine Gennari, il perdit de nombreux hommes et dut aller se réfugier dans les bois de Monticchio et de Langopesole. N'ayant plus de succès autour de Melfi, il passa dans la province d'Avellino mais, battu par la milice de Davide Mennuni, il alla rejoindre les bandes de Borjès et Langlois. Plus tard, il unit ses forces à celles du brigand Schiavone -à ne pas confondre avec le Chiavone précédemment cité- pour infester la vallée du fleuve Ofanto. Il alla vivre un temps à Rome puis fut conduit dans les mains de la police italienne vers la fin de 1870. Son procès eut lieu à la Cour d'Assises de Potenza. Condamné à mort, sa peine fut commuée en travaux forcés à vie. Il mourut en 1905. (Dans LA SORSA Saverio, Un quinquennio di brigantaggio in Basilicata (1860-1864), dans «Rassegna storica del Risorgimento», 48e année, 1961, tome III, pp. 441-443 ; dans DONATELLI Carmine (dit CROCCO Carmine), Come divenni brigante, Piero Lacaita editore, Bari-Roma, 1994 et dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome XXXI, 1985, pp. 173-176.)

* 204 Nino Nanco (? -1863). Originaire d'Avigliano, il alla offrir ses services à Garibaldi en 1860. Il fut refusé et dut s'en retourner au pays. Il prit alors le `maquis', comme on dirait aujourd'hui. On ne comptait plus, dans sa région, le nombre d'incendies et d'attaques à main armée qu'il avait perpétrés. De nombreuses fois, il fut encerclé par les troupes piémontaises, mais toujours il parvint à fuir, perdant au passage beaucoup de ses hommes. Un jour, un délégué d'Avigliano, Costantino Polusella, et le capitaine du 13e régiment, Luigi Capoduro, souhaitaient parlementer. Ils n'en eurent pas l'occasion et furent massacrés avec le peu d'hommes qui les avaient accompagnés. Nino Nanco fut finalement pris par la garde nationale le 13 mars 1863. (Dans LA SORSA Saverio, Un quinquennio di brigantaggio in Basilicata... op. cit., pp. 443-444 et dans SCARPINO Salvatore, Il brigantaggio dopo l'unità d'Italia, Piccola biblioteca di base (La Storia), Fenice, Milano, 2000, p. 31.)

* 205 Dans Journal de Borgès... op. cit., 19 octobre 1861, p. 205.

* 206 Idem, 25 octobre 1861, p. 208.

* 207 Augustin Marie de Langlais (1822-1902). Né à Nantes, il était fonctionnaire des douanes. Les siens le considéraient comme une tête brûlée. Echappé de l'Italie du Sud, il devint chef de la gare du Mans. (Dans GARNIER Jean-Paul, Le dernier roi de Naples... op. cit., p. 192.)

* 208 Dans Journal de Borgès... op. cit., 23 octobre 1861, p. 207.

* 209 Idem, 20 novembre 1861, p. 230.

* 210 Dans SCARPINO Salvatore, Il brigantaggio dopo l'unità d'Italia... op. cit., p. 62.

* 211 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., p. 246.

* 212 Ludwig Richard Von Zimmermann (mort en 1887). Né à Alstadt, en Hesse-Darmstadt, il entra très jeune dans l'armée autrichienne. Il prit part à la campagne de 1859 et combattit à Solferino dans le régiment « Grand-Duc de Hesse ». Après ses aventures dans le brigandage méridional, il revint en Autriche définitivement où il devint journaliste. En 1864, il travaillait pour un journal militaire. Deux ans plus tard, il était correspondant à Böhmen lors du conflit concernant le Schleswig et le Holstein. En 1867, il fondait à Graz le journal radical « Freiheit », dont le mot d'ordre était : « Guerre sans quartier à la violence, à la duperie et à la stupidité, fidélité immuable à la liberté, à l'honneur et à la raison. » Ses écrits, d'une rare violence, s'en prenaient à l'église. Ils lui valurent bon nombre de procès. Le gouvernement autrichien finit même par perdre patience. Le 26 janvier 1861, il fut expulsé comme citoyen indésirable sur le territoire de l'empereur ! Il se retira en Allemagne, non sans protester, et continua à écrire des articles anticléricaux. (Dans CONSTANT VON WURZBACH (Dr.), Biographisches lexikon des kaiserthums oesterreich, enthaltend die lebensskizzen der denkwürdigen personen, welche zeit 1750 in den oesterreischen kronlaendern geboren wurden oder darin gelebt und gewirkt haben, K. K. Hof- und Staatsdruckerei, Wien, tome LX, 1891, pp. 128-129 et dans CROCE Benedetto, La strana vita di un tedesco capo di briganti nell'Italia meridionale e giornalista anticlericale in Austria : L. R. Zimmermann, dans «La Critica, rivista di letteratura, storia e filosofia», tome XXXIV, 1936, pp. 305-316.)

* 213 Dans CROCE Benedetto, La strana vita di un tedesco... op. cit., pp. 303-305.

* 214 Henri Guillaume Marie Arnous de Rivière (1828- ?). Il entra comme sous-lieutenant au 47e de ligne en mai 1848. Il quitta ce poste l'année suivante pour voyager en Amérique. En décembre 1852, il reprit du service dans le 56e de ligne. L'année d'après, il demanda un nouveau congé. Aussitôt celui-ci obtenu, il partait une fois encore pour l'Amérique. En décembre 1853, il servait la légion étrangère sous le commandement du colonel Bazaine. En juin 1854, il prenait part au siège de Sébastopol, à l'occasion du conflit en Crimée. Sa conduite exemplaire lui valut d'être promu lieutenant. Sans autorisation, il partit ensuite pour cinq ans en Amérique. En 1861, il rentrait en France, s'occupait d'importantes affaires industrielles et commerciales et repartait probablement aussitôt pour l'Italie, bien que l'auteur de sa notice biographique -le colonel Boudot- passe sous silence cet épisode de sa vie. Sans doute n'en était-il pas informé. En mars 1865, sa démission de l'armée française, plusieurs fois proposée, fut finalement acceptée. Il partit cette fois pour l'Amrérique du Sud où on le retrouvait chercheur de guano et de chlorure d'argent en Bolivie ! Fin août 1870, il rassemblait une troupe d'éclaireurs français et offrait ses services à l'empereur. Le général de Cissey lui confiait le commandement de toutes les troupes réunies à Moulins-les-Metz. Il fut cependant fait prisonnier de guerre avec toute l'armée du Rhin. Il s'évada de Wiesbaden et reprit du service à Tours. En janvier 1871, il conduisait sa femme et ses enfants à l'abri à Londres lorsqu'il apprit la découverte du filon d'argent, dit de Caracollès. Ce filon qu'il avait lui-même découvert quelques années auparavant. Ses collègues, qui le croyaient mort, s'étaient emparé d'une considérable partie des bénéfices qui lui revenaient. Il entama alors un procès international afin de récupérer ses droits sur les concessions du groupe minier « Descubridoras. » (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome III, 1939, colonnes 1016-1018.)

* 215 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., p. 70.

* 216 Dans Mémoires du général comte de Cathelineau... op. cit., p. 196.

* 217 Idem, p. 197.

* 218 Idem, p. 198.

* 219 Idem, p. 199.

* 220 Idem, p. 204.

* 221 Idem, p. 205.

* 222 Idem, p. 208.

* 223 Idem, pp. 209-211.

* 224 AMAE, légation Saint-Siège, lettre de Théodore de Bounder de Melsbroeck à Charles Rogier, 19 juillet 1862.

* 225 Dans BARRA Francesco, Il brigantaggio in Campania... op. cit., p. 121.

* 226 Voir à ce sujet la publication de MOLFESE Franco, La repressione del brigantaggio nel Mezzogiorno continentale, dans «Archivio Storico per le Province napoletane», tome CI, 1983, pp. 33-64 ou SCARPINO Salvatore, Il brigantaggio dopo l'unità d'Italia, Piccola biblioteca di base (La Storia), Fenice, Milano, 2000, pp. 74-89 et enfin dans AUCIELLO F., Prime ipotesi di studio sulle vittime del brigantaggio, dans «Archivio Storico per le Province napoletane», tome CI, 1983, pp. 397-406.

* 227 Giuseppe Govone (1825-1872). (Dans Dizionario biografica degli italiani... op. cit., tome LVIII, 2002, pp. 177-180.)

* 228 Dans ROMANO Sergio, Il brigantaggio e l'Unità d'Italia, dans «Nuova Antologia», février 1974, p. 235.

* 229 La Commission d'enquête sur le brigandage était composée, en plus des auteurs du rapport, de messieurs Saffi, Sirtori, Giovanni Bartolo Roméo (1835-1887), Achille Argentino (1820- ?), monsieur Morelli, Cesare Leopoldo Bixio et monsieur Ciccone. Retenons surtout les personnages de Massari (1821-1884) et Castagnola (1825-1891). Le premier fut napolitain. Il prit part aux mouvements de 1848 à Naples. Il fut un grand ami de Gioberti dont il publia les oeuvres. Il se consacra beaucoup au journalisme et fut directeur, à Turin, de la Rivista contemporanea et de la Gazzetta officiale piemontese. Il fut même correspondant pour la bien connue Indépendance belge lors des bouillants événements de 1859-1860. Durant le Congrès politique tenu à Turin en mars 1849 sous la présidence de Gioberti, il alla représenter Naples en compagnie de Silvio Spaventa et Pier Silvestro Leopardi. Elu député au Parlement, il obtint le poste de secrétaire dans lequel il se distingua et participa à plusieurs commissions. On lui doit des publications variées, parmi lesquelles des travaux politiques et historiques comme les biographies consacrées au général de La Marmora et à Victor-Emmanuel. (Dans Indice biographico italiano..., op. cit., fiches numéros F 630/ 210-223 ; dans VAN NUFFEL Robert O. J., Giuseppe Massari, corrispondente dell'Indépendance belge, dans «Atti del XXXVII congresso di storia del Risorgimento italiano», Roma, 1961, pp. 200-214 et dans VITERBO Michele, Giuseppe Massari e la relazione sul brigantaggio, dans «Atti del XXXVII congresso di storia del Risorgimento italiano», Roma, 1961, pp. 275-284.) Le second recevait son diplôme de droit civil et canonique à l'Université de Gênes en 1847. Il exerça comme avocat quelques temps. En 1848, il fut dans les premiers à se montrer favorable aux ambitions du roi Charles-Albert. Il s'enrôla dans le corps de volontaires génois commandé par le général Bes et prit part au siège de Peschiera. Il passa ensuite sous les ordres du général Lyons. De retour à Gênes, il fut élu comme membre du conseil communal et fit, dans cette position, la promotion de l'unité nationale. Dès 1857, il représentait la ville de Gênes au Parlement. Il demeurait député dans le nouveau Parlement du Royaume en 1861. Il fut également conseiller provincial. Au Parlement, il fut membre d'importantes commissions, concernant la révision des codes de procédure en droit pénal ou encore la répression du brigandage dans les provinces méridionales. Depuis le 14 décembre 1869 jusqu'au 10 juillet 1873, il fut ministre de l'Agriculture, de l'Industrie et du Commerce dans le cabinet Lanza-Sella. Il passa ensuite aux ministères de la Marine (1870) et des Travaux publics (1871). Enfin, il se consacra au droit, traitant surtout des rapports entre l'Eglise et l'Etat. En 1889, il était fait sénateur du royaume. Il décédait 2 années plus tard. (Dans Indice biographico italiano..., op. cit., fiches numéros F 268/ 124-132.)

* 230 Lettre du comte Vimercati au Président du Conseil et ministre de l'Extérieur Cavour datée du 22 juillet 1861, dans I documenti diplomatici italiani, Prima serie 1861-1870, Ministero degli Affari Esteriori, La Liberia dello Stato, Roma, 1959, volume 1, p. 269.

* 231 Chiffres reproduits dans VIALLET Jean-Pierre, Réactions et brigandage dans le Mezzogiorno péninsulaire (1860-1869), dans « Recherches régionales Côte d'Azur et contrées limitrophes », 23e année, 1982, tome IV, p. 301.

* 232 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia dal 1860 al 1863. Studio storico-politico-statistico-morale-militare, Milano, Daelli, 1864 (ristampa anastica Adelmo Polla editore, Cerchio (Aq), 2001), p. 166.

* 233 Dans Biographie nationale... op. cit., tome 25, 1930, colonnes 555-567. Pour l'histoire de la famille durant la période médiévale, on consultera avec intérêt : PLUMET J., Les seigneurs de Trazegnies au Moyen âge. 1100-1550, Mont-Sainte-Geneviève, 1959 ainsi que DEVILLERS, Trazegnies, son château, ses seigneurs et son église, dans « Annales de l'Académie d'Archéologie de Belgique », tome 39.

* 234 Voyez à ce propos STROOBANT C., Notice historique et généalogique sur les seigneurs d'Ittre et de Thibermont, dans « Bulletin et annales de l'Académie d'archéologie de Belgique », tome II, 1844.

* 235 Dans DE SEYN Eugène, Dictionnaire historique et géographique des communes belges, Etablissements Brepols s.a., Turnhout, 3e édition, volume 1, pp. 265-266 et dans DOUXCHAMPS-LEFÈVRE Cécile, Inventaire des archives du Fonds de Corroy-le-Château, Ministère de l'Education nationale et de la Culture, Bruxelles, 1962, p. 13.

* 236 Raphaëlle naquit le 12 octobre 1804 de l'union de Charles Philippe Joseph (1760-1820) comte de Romrée et du Saint Empire, et de Marie Antoinette Cebrian y Enriquez. Charles de Romrée occupait une place importante dans le régiment des Gardes royales wallonnes qui lutta, aux côtés des Espagnols, contre l'invasion de l'Espagne par la France napoléonienne en 1808. Charles de Romrée avait été engagé par l'Assemblée supérieure de Valence le 28 mai 1808 en tant que colonel du régiment de Bourbon. Il occupa les points de Ofelfa et du Tuéjar. A partir du 07 juillet de la même année, il rejoignit les troupes du général belge Philippe Le Clément de Saint-Marcq pour qui il exerçait les fonctions de commandant en second et major général de division. Il partit pour Cuenca combattre le général Frère puis, sur une injonction de l'Assemblée de Valence, il se porta au secours de l'Assemblée de Saragosse. Ne remportant aucun succès, il dut se retirer au sud de Pampelune, aux alentours de Tudela, où il reçut les renforts en provenance de Valence. Lors de la bataille de Tudela (23 novembre), il couvrit la retraite des troupes vaincues jusqu'à Saragosse. Il prit alors la tête du secteur de Santa Engracia jusqu'à la reddition. Pour les services rendus, on le fit maréchal de camp. Prisonnier en 1809, il s'évader et alla de nouveau offrir ses services à l'armée de Valence, dont il obtint le commandement de l'avant-garde en 1811. De nouveau prisonnier lors de la reddition de 1812, il fut conduit en France où il resta jusqu'au rétablissement de la paix. Il mourut à Valence, où il était finalement revenu, le 28 janvier 1820. (Dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 9, 1867, pp. 298-299 et dans JANSEN André, Les Gardes royales wallonnes. Histoire d'un régiment d'élite, Editions Racine, Bruxelles, 2003, pp. 185-186.)

* 237 Dans DE TRAZEGNIES Olivier, Un grave incident diplomatique entre la Belgique et l'Italie en 1861 : l'assassinat d'Alfred de Trazegnies I., dans « Bulletin du cercle art & histoire de Gembloux et environs a.s.b.l. », IV, octobre 1980, p. 57.

* 238 Dans DE TRAZEGNIES Olivier, Un grave incident diplomatique... I... op. cit., pp. 51-52.

* 239 Dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 9, 1867, p. 299.

* 240 Dans HASQUIN Hervé (sous la direction de), Communes de Belgique. Dictionnaire d'histoire et de géographie administrative, Crédit communal de Belgique-La Renaissance du livre, Bruxelles, 1980, volume 1, p. 340.

* 241 APT, correspondances diverses, lettre de monseigneur de Montpellier, évêque de Liège, au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 novembre 1861.

* 242 APT, cahier de la comtesse de Romrée, inscription sur la page de couverture.

* 243 APT, cahier de la comtesse de Romrée, lettre d'Alfred de Trazegnies à sa mère datée du 18 octobre 1861.

* 244 Dans KAUFFMANN A. Sébastien, Chroniques de Rome... op. cit., p. 197.

* 245 APT, cahier concernant Alfred, lettre d'Alfred de Trazegnies à son père et datée du 30 octobre 1861.

* 246 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica a S. Giovanni Incarico (Caserta) l'11 novembre 1861, Fratelli Palombi, Roma, 1938, p. 3. Dans une lettre au marquis Charles de Trazegnies, Woelmont qualifie Alfred d'un de ses meilleurs et plus anciens amis. (Dans APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 novembre 1861.)

* 247 Lettre du chanoine Edouard de Woelmont au baron Ferdinand datée du 29 décembre 1860, citée dans LEFEBVRE Ferdinand (docteur), Vie de Monseigneur Edouard-Antoine-Emmanuel-Ghislain baron de Woelmont d'Hambraine, H. Goemaere libraire-éditeur, Bruxelles, 1875, p. 246.

* 248 Dans GRAINDOR Marcel, I. L'avouerie et les anciens seigneurs de Soiron. II. La maison de Woelmont, dans « archives verviétoises », tome X, 1968, pp. 159-164.

* 249 L'Académie se nomme aujourd'hui l'Académie pontificale ecclésiastique.

* 250 Dans www.vatican.va.

* 251 Dans www.vatican.va.

* 252 Dans BAUDRILLART Alfred (cardinal, commencé sous la direction de), Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, Letouzey et Ané éditeurs, Paris, tome I, 1912, p. 252.

* 253 Lettre du chanoine de Woelmont au baron Ferdinand datée du 29 décembre 1860, citée dans LEFEBVRE Ferdinand (docteur), Vie de Monseigneur de Woelmont... op. cit., p. 246.

* 254 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau au père d'Alfred de Trazegnies, sans date.

* 255 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 19 novembre 1861.

* 256 Dans www.vatican.va.

* 257 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica... op. cit., p. 3.

* 258 Dans M. FERRI, D. CELESTINO, Il brigante Chiavone, Casalvieri, 1984 ; cité dans IZZO Fulvio, I Guerriglieri di Dio. Vandeani, Legittimisti, Briganti, Controcorrente, Napoli, 2002, pp. 206-207.

* 259 Dans IZZO Fulvio, I Guerriglieri di Dio... op. cit., p. 207.

* 260 Vous pouvez suivre l'itinéraire des brigands sur les cartes placées dans les documents annexés.

* 261 Cette date du 8 novembre correspond d'ailleurs aux dires de Zimmermann dans ses mémoires. Celui-ci annonce l'arrivée du marquis parmi eux le 9 novembre, or ses mémoires sont décalées d'un jour. C'est ainsi qu'il fixe la date de l'assassinat du marquis au 12 novembre 1861. (Dans ZIMMERMANN Ludwig Richard, Erinnerungen eines ehemaligen Briganten-Chefs, Zwediter, Berlin, 1868, reproduit dans IZZO Fulvio, op. cit.)

* 262 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau au père d'Alfred de Trazegnies, sans date.

* 263 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., pp. 115.

* 264 Dans L'Opinione datée du 20 novembre 1861.

* 265 Dans CORRADINI Ferdinando, 11 novembre 1861... op. cit., p. 3.

* 266 Dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo votato alla causa del legittimismo borbonico : Alfred de Trazegnies, dans «Relazione tenuta al convegon su `Il brigantaggio post-unitario' ad Aquino (Fr) il 5 aprile 2003», p. 1.

* 267 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., p. 115.

* 268 Dans IZZO Fulvio, I guerriglieri di Dio... op. cit., p. 208.

* 269 Idem.

* 270 Dans CORRADINI Ferdinando, 11 novembre 1861... op. cit., p. 3.

* 271 Dans la Gazette de Liège du jeudi 21 novembre 1861.

* 272 APT, correspondances diverses, lettre de l'abbé Bryan Y Livermore adressée au marquis Charles de Trazegnies et datée du 26 novembre 1861.

* 273 Le comte Louis Michel était soldat dans le 62e régiment de ligne du corps d'occupation français présent à Rome. Il fut un infatigable défenseur de la cause bourbonienne. Congédié par le pouvoir français, il ne s'occupa bientôt plus que de défendre la cause du roi François, menant à bien différentes missions en tant qu'agent de liaison ou encore en tant que préposé à l'approvisionnement des armées. Il fut cependant arrêté, envoyé à Marseille et définitivement tenu à l'écart du territoire italien. Il fut un ami très proche d'Alfred de Trazegnies durant son court séjour à Rome. Selon les dires de Stanislas de Cornulier, ils étaient constamment ensemble. Alfred de Trazegnies avait connu ce personnage il y avait plus de cinq ans. Il l'avait rencontré à Tour en Touraine. Selon le membre de l'Académie pontificale ecclésiastique, Michel était « un brave homme, élevé par la famille du maréchal Mac-Mahon. » (Dans IZZO Fulvio, I Guerriglieri di Dio... op. cit., pp. 229 et 237 et dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica a S. Giovanni Incarico (Caserta). L'11 novembre 1861, Fratelli Palombi, Roma, 1938, p. 09.)

* 274 Il s'agit probablement du général Joseph-Jules-Eugène de Géraudon (1803-1881). Il embrassa de bonne heure la carrière des armes. Au sortir de ses études, il entra à Saint-Cyr d'où il sortit, en 1820, sous-lieutenant d'infanterie. Il resta quelque 10 années avec le même grade et, suite à la révolution de Juillet, il devint lieutenant puis passa capitaine en 1833. Nommé chef de bataillon 7 ans plus tard, il se distingua en Algérie, ce qui lui valut le grade de lieutenant-colonel. En 1845, il prit du galon et devint colonel. Il atteint le grade de général de brigade en septembre 1851. Dévoué au Prince-Président, il se trouva mêlé aux événements qui restaurèrent l'empire. Le 12 août 1857, Louis-Napoléon le faisait général de division tandis qu'il était fait Grand Officier de la Légion d'honneure 5 ans plus tard. Passé cadre de réserve en 1868, il vécut retiré à Paris où il mourut. (Dans Dictionnaire de biographie française, op. cit., tome 15, 1982, p. 1257 et dans Archives biographiques françaises, microfiche numéros I. 448/411-412.)

* 275 ASNA, Archivio Borbone b 1370-488/489, lettre du comte Louis Michel datée du 24 novembre 1861.

* 276 Dans le Journal de Bruxelles daté du samedi 30 novembre 1861

* 277 Dans le Journal de Bruxelles daté du dimanche 1er décembre 1861.

* 278 Dans le Journal de Bruxelles daté du samedi 14 décembre 1861.

* 279 Dans MONNIER Marc, Histoire du brigandage dans l'Italie méridionale... op. cit., pp. 158-159.

* 280 Dans LÉVY Armand, La cour de Rome... op. cit., pp. xc-xci.

* 281 Dans le Précurseur d'Anvers, daté du samedi 30 novembre 1861.

* 282 Francesco Savini (comte), (1818- ?). Il naquit à Viterbe. Nommé major-général à partir du 17 décembre 1893, il était en réserve depuis le 18 mai 1874. Il fut chevalier des Ordres des saints Maurice et Lazare et de la couronne d'Italie. Pour s'être distingué lors de l'incendie du palais Companari à Bauco (Frosinone), il reçut une médaille honorifique. Il fut également décoré de la médaille commémorative d'argent de l'Emilie à l'occasion des combats de 1848 et de la médaille romaine pour les combats de Vicence. Il fit les campagnes de 1848-1849, de 1859 et de 1866. (Dans NAPPO Tommaso, NOTO Paolo (a cura di), Indice biografico italiano, K. G. Saur Verlag Gmbh, München, 1993, fiche 891/155.)

* 283 Dans le Journal de Bruxelles daté des jeudi et vendredi 26 et 27 décembre 1861.

* 284 Victor Joseph Mousty (1836-1878). Officier et journaliste. Originaire de Saint-Hubert, il devint clerc dans une étude notariale de Namur. En 1860, il répondait à l'appel du général de Lamorcière et s'enrôlait dans les zouaves pontificaux. Il était engagé le 6 juin, participait à la bataille de Castelfidardo et puis était nommé sous-lieutenant (octobre 1861) et enfin lieutenant des zouaves (12 août 1862). En septembre 1862, plus chanceux que son collègue de Limminghe, il échappait à une tentative d'assassinat. Le 31 mai 1867, Mousty est contraint de démissionner de l'armée pontificale car il est soupçonné d'avoir favorisé l'évasion d'un zouave américain nommé Watson, présumé complice dans l'assassinat du président Lincoln. Il n'abandonne pas Rome pour autant et reste actif en assurant entre autres les liaisons entre les zouaves belges et le Comité de Bruxelles qui les soutient financièrement. En 1870, lors de la prise de la ville par les Piémontais, il s'occupe activement du rapatriement des zouaves Belges. De retour en Belgique, Mousty participe notamment à la fondation de l'abbaye de Maredsous avant de se consacrer exclusivement au journalisme à partir de décembre 1873. Il crée un journal destiné aux catholiques ultramontains belges et appelé La Croix. Le succès ne semble pas au rendez-vous. Mousty est pratiquement le seul rédacteur de son journal. Usé par sa besogne, il meurt de manière prématurée le 04 janvier 1878. (Dans Nouvelle biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, tome IV, 1997, pp. 277-278 ; CERBELAUD-SALAGNAC, Les zouaves pontificaux, Editions France-Empire, Paris, 1963, pp. ; sur la tentative d'assassinat, voyez le Journal de Bruxelles des 23 et 29 septembre 1862.) Par l'intermédiaire de la baronne de Thysebaert, la famille de Trazegnies fit prendre des renseignements sur monsieur Mousty. Si on voulait croire à sa version des faits, il fallait s'assurer qu'il était digne de confiance. Euphrasie écrivit donc à la duchesse de Chevreuse afin de savoir si son beau-fils, monsieur de Sabran, avait connu Mousty. Celle-ci répondit en ces termes : « Mon gendre croit, chère madame, que vous pouvez parfaitement vous en rapporter au récit de monsieur Mousty qui a été plus qu'un autre à même d'avoir des détails sur la mort de monsieur votre neveu et qui l'a vengé en battant à Ceprano 160 Piémontais avec 18 hommes. Il a été décoré pour ce fait comme il l'avait déjà été à Castelfidardo pour sa conduite énergique. Monsieur Mousty est belge et mon gendre se souvient parfaitement qu'à cause de cela il avait cherché à savoir des détails sur la mort de son compatriote. Agréez etc. Signé : Duchesse de Chevreuse. » (APT, correspondances diverses, lettre de la duchesse de Chevreuse à Euphrasie de Thysbaert datée du 27 mars 1866.)

* 285 APT, correspondances diverses, extrait d'une lettre de monsieur de Mousty envoyée par le curé de Saint-Louis, au curé de Corroy-le-Château, Brosius, en date du 11 novembre 1862.

* 286 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., p. 73 ; l'Indépendance belge datée du 28 novembre 1861 ;

* 287 Dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo... op. cit., p. 2.

* 288 Albert Médard Joseph Marie Lupi Moiriano, comte de Montalto. Il naît à Acqui, en Sardaigne le 09 juin 1808 et meurt à Bruxelles le 07 novembre 1875. C'est à la date du 7 novembre 1861 qu'il est reconnu par le Cabinet de Bruxelles comme ministre du roi d'Italie. Sa mission essentielle consiste évidemment à prôner la reconnaissance du nouveau royaume auprès des autorités belges. Mission qu'il remplit avec succès, comme nous le savons. (Dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique, recueil historique, chronologique, généalogique et biographique complet de toutes les maisons nobles reconnues de la Belgique, Tome X, Imprimerie Henri Carion, Paris, 1867, pp. 471-472, dans DE STEIN D'ALTENSTEIN Isidore, Annuaire de la noblesse de Belgique, Auguste Decq libraire-éditeur, Bruxelles, 1898, p. 2325 et dans TERLINDEN Charles, La reconnaissance du royaume d'Italie par la Belgique, dans « Mélanges d'Histoires offerts à Henri Pirenne par ses anciens élèves à l'occasion de sa quarantième année d'enseignement à l'Université de Gand 1886-1926 », Vroman & Co. imprimeurs-éditeurs, Bruxelles, 1926, pp. 490, 497 et 502-503.)

* 289 Dans DE TRAZEGNIES Olivier, Un grave incident diplomatique... I... op. cit., pp. 55 et 59.

* 290 Explications fournies par le marquis Olivier de Trazegnies en date du 06 août 2005.

* 291 Dans l'Indépendance belge datée du jeudi 28 novembre 1861.

* 292 AMAE, légation Saint Siège, lettre du représentant belge à Rome Carolus au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 21 décembre 1861.

* 293 Dans Le Monde daté des jeudi et vendredi 26 et 27 décembre 1861.

* 294 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 décembre 1861.

* 295 Dans le Journal de Bruxelles daté du 04 janvier 1862 (correspondance romaine du 28 décembre 1861).

* 296 Dans le Journal de Bruxelles daté du 20 janvier 1862.

* 297 APT, correspondances diverses, lettre de la maréchale Eugénie de Saint-Arnaud au marquis Charles de Trazegnies datée du 14 janvier 1862. Elle y reproduit quelques lignes concernant Frabrizi qui sont tirées du journal Le Pays daté du 09 janvier.

* 298 Dans le Journal de Bruxelles daté des jeudi et vendredi 26 et 27 décembre 1861.

* 299 Dans la Gazette de Liège datée du 26 décembre 1861 (correspondance romaine du 21 décembre).

* 300 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 12 janvier 1862.

* 301 Dans Le Monde daté du 31 décembre 1861.

* 302 La totalité des actes de ce procès et sa sentence sont conservées aux Archives centrales de l'Etat à Rome sous les références `Sacra Consulta', numéro 1351 rouge, bu. 347 et numéro 1351 noir, bu. 276. De nombreux actes de ce procès sont reproduits dans les deux ouvrages déjà cités, de Fraccacreta et de Fulvio.

* 303 Nous nous permettons ici de rappeler que l'ensemble des autres sources indique qu'Alfred de Trazegnies a été fusillé dans l'après-midi du 11 novembre, aux environs de 15 heures.

* 304 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica a S. Giovanni Incarico (Caserta). L'11 novembre 1861, Fratelli Palombi, Roma, 1938, pp. 04-05.

* 305 Idem, p. 05.

* 306 Idem, p. 07.

* 307 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau au marquis de Trazegnies (qu'il intitule monsieur le Comte) datée du 14 novembre 1861.

* 308 APT, correspondances diverses, télégramme de l'abbé Bryan adressé au marquis Charles de Trazegnies daté du 18 novembre 1861.

* 309 Joseph Lupus (1810-1888). Le chanoine Lupus était un proche collaborateur et un ami sincère de l'évêque Théodore de Montpellier. Il fut ordonné prêtre en 1833 et nommé vicaire à Florennes où il obtint, l'année suivante, l'église succursale de Saint-Aubin. C'est en 1835 que le chanoine Théodore de Montpellier l'appela à son service. Lorsque de Montpellier devint évêque, Lupus l'accompagna à Liège où il s'installa également au Palais épiscopal. Toutes les circulaires épiscopales étaient rédigées par Lupus à partir des idées de Monseigneur de Montpellier. Lupus avait d'ailleurs fait preuve d'un grand talent d'écrivain en participant à la rédaction du Feuilleton belge et de l'Ami de l'ordre à Namur. Il dirigeait l'enseignement dans les petits séminaires et les collèges épiscopaux. Curieux de tout, Lupus s'intéressa de près au projet de loi concernant les fabriques d'églises, au sujet duquel la Chambre des Représentants belges ne cesse de parler durant la session 1861-1862. Il rédigea à ce propos des observations intéressantes que Monseigneur de Montpellier adopta. Il étudia également l'art gothique et pris part aux importants travaux de rénovation de la Cathédrale de Liège. A la fin de 1869, le chanoine Lupus se rendit à Rome avec l'évêque de Liège pour participer au Concile Vatican I (1869-1870). Là, il recevait la distinction de docteur en théologie. Selon Daris, Lupus « menait une vie très simple, dans la solitude de sa chambre, ne s'occupant que d'études et de prières. Il était très généreux envers les bonnes oeuvres. Ayant étudié une masse de choses, il s'était formé, sur toutes, des convictions auxquelles il tenait avec fermeté. » (Dans DARIS Joseph, Le diocèse de Liège sous l'épiscopat de Monseigneur de Montpellier. 1852 à 1879, Librairie Catholique Louis Demarteau, Liège, 1892, pp. 185-188.)

* 310 APT, correspondances diverses, télégramme adressé par le chanoine Lupus au notaire Eloin de Namur et daté du 18 novembre 1861.

* 311 APT, correspondances diverses, télégramme adressé par Monseigneur de Merode au marquis Charles de Trazegnies daté du 19 novembre 1861.

* 312 APT, correspondances diverses, lettre de Monseigneur de Merode adressée au marquis Charles de Trazegnies et datée du 19 novembre 1861.

* 313 Idem.

* 314 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies, sans date.

* 315 L'abbé Bryan avait appris la nouvelle par monseigneur de Cornulier. Celui-ci la tenait d'un peintre français dénommé Picliart. Picliart en fut pour sa part informé par une lettre d'Henri Arnous de Rivière qui participait aux invasions d'Isola et de San Giovanni Incarico. (Dans APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies, sans date et dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica... op. cit., p. 3.)

* 316 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont à madame la marquise de Trazegnies d'Ittre datée du 19 novembre 1861.

* 317 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies et datée du 30 novembre 1861.

* 318 APT, correspondances diverses, lettre d'Adolphe Klitsche de Lagrange au marquis Charles de Trazegnies datée du 09 décembre 1861.

* 319 Dans l'Ami de l'ordre daté du 03 décembre 1861. Les personnalités qu'on pouvait observer lors de ce service funèbre étaient les suivantes : monseigneur Gengler, monseigneur de Moreau. Parmi les parents, il y avait monseigneur de Romrée de Vichenet, monsieur de Saint-Arnaud, monsieur le baron Louis de Néris, le comte de Namur d'Elzée, le baron de Godin, le comte Charles d'Oultremont, messieurs les barons Louis, Alexandre et Henry de Woelmont. - Dans la nef se trouvaient, messieurs les généraux de Villiers et Berten, le marquis Ernest de Crooy, le baron et sénateur Ferdinand de Woelmont, le baron Wyckersloth, le comte Edmond de Baillet, les comtes de Liedekerke de Pailhe, de Liedekerke de Saint-Fontaine, le vicomte Desmanet de Biesme et son fils, le baron de Blommaert de Soye et son fils, le comte de Pardieu, le baron Desmanet de Boutonville, le baron de Pasquet d'Acos, messieurs de Montpellier d'Arbre, de Montpellier de Vedrin, du Roy de Blicky, le baron Guillaume de Coppin, le comte d'Aspremont Lynden, le baron de Pitteurs, le baron de Rosée de Moulins, le comte de Noidans, le baron de Gaiffier d'Hestroy, le comte Joseph de Meeus, messieurs Van Schoor de Grandmanil, de Grimprele du Goulot, Alphonse et Ernest de Baré de Comogne, les barons Ernest, Félicien et Anatole Fallon, le vicomte de Cunchy, Harou de Biesme, Manderbach.

* 320 APT, cahier de la comtesse de Romrée. Une copie de cette invitation se trouve dans les annexes.

* 321 Dans L'Ami de l'ordre daté du 17 décembre 1861. On rencontrait à cette célébration : le sénateur et baron F. de Woelmont, le sénateur et baron du Pont d'Ahérée, les députés Moncheur, Wasseige et Charles de Montpellier ; le président du tribunal civil Bouché, le général Berten ainsi que son officier d'ordonnance Bertrand, le président du conseil provincial Dury, le comte d'Oultremont de Warfusée, le comte L. de Beaufort, le marquis de Croix de Franc-Waret, les comtes Guillaume et Charles d'Aspremont-Lynden, le baron d'Auvin, le baron Florimond de Woelmont, le baron Alexandre de Woelmont de Brumagne, monsieur Constant de Montpellier de Vedrin, le comte de Gourcy de Melroy, le vicomte de Beughem, les barons Camille et Clément de Rosée de Moulins ; Henri de Liem, le chevalier Léopold de Moreau d'Andoy, Del Marmol, Charles Gomrée, Manderbach, Alfred Bequet, le major de Lavallée Poussin, A. de Lavallée Poussin, Emile et Adolphe de Séverin de Beez, Alphonse et Frédéric de Zualart, les barons Guillaume et Eugène de Coppin, du Roy, officier d'ordonnance de Son Altesse Royale le comte de Flandre ; Harou de Biesme, de La Barre, juge d'instruction ; le baron de Carlier d'Yves, les barons Ernest, Anatole et Félicien Fallon ; E. de Baré, Edouard Wasseige, les comtes Ferdinand et Félix de Cunchy, Charles et Jules de Montpellier d'Annevoie, le comte Arthur de Ways-Ruart, Baude, vice-président du tribunal de Bruxelles ; Bauchau d'Oetinghem, Victor Bodart, de Lehoye, le comte Louis de Liedekerke de Saint-Fontaine, le baron de Gaiffier d'Hestroy, le notaire Eloin, le baron Constant de Gerlache, le baron Théodore de Woelmont, de Thysebaert, Adelin de Montpellier d'Arbre, Alphonse Licot de Nisme, l'avocat Capelle, le notaire Petitjean d'Eghezée, le notaire Demarteau de Gembloux, Charles et Eugène de Halloy de Waulsort, le baron E. d'Huart, le baron d'Hoogavorst, le comte de Levignen, Alexandre Amand, Evrard, Bribosia, le baron Félix d'Ahérée, Paul de Bruges, etc.

* 322 Dans l'Ami de l'ordre daté du novembre 1861.

* 323 APT, cahier de la comtesse de Romrée, lettre du marquis de Trazegnies à Euphrasie datée du 26 novembre 1861.

* 324 Léon Vafflard (1814-1887) fut d'abord directeur chez Langlé avant de devenir son concurrent lorsqu'il fonde, en 1847, la Société Vafflard, Paris et Cie. Elle fut éphémère puisque, l'année suivante, les deux hommes décidèrent de fusionner leurs activités pour une durée de 50 ans. L'Entreprise Générale des Pompes funèbres était née. Dans les statuts de l'entreprise, on pouvait lire qu'elle permettait « l'éxécution dans toutes les villes de France, et même dans les villes étrangères s'il y a lieu du service des Pompes funèbres. » En 1862, les deux hommes entrèrent cependant en conflit. Vafflard obtint alors de la ville de Paris la concession des enterrements au détriment de Langlé qui mourut quelques années plus tard (1867). Dans une lettre au prêtre de Saint-Germain-L'Auxerrois, Vafflard présente la philosophie de sa firme : « Une entreprise particulière dont le premier soin doit être de veiller à sa propre conservation en satisfaisant les familles qui ont recours à elle. Or, pour en arriver à ce résultat, il faut que les convois, services et enterrements qu'elle est chargée de commander, soient exécutés avec décence et convenance, de manière enfin à ce que les familles puissent se féliciter d'avoir eu recours à cette compagnie qui, tout en leur évitant les démarches nombreuses et pénibles que nécessite un décès, a su comprendre ce qu'il était nécessaire de faire pour la pompe et l'enterrement. » (Dans www.varu.be.)

Joseph Adolphe Fardinand de Langlé (1798-1867). Auteur de divers ouvrages et surtout de pièces de théâtre qui lui valurent une grande popularité auprès de ses contemporains. A la fin de sa vie, il fut directeur de l'administration des pompes funèbres. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome 19, 2001, colonnes 739 et 740.)

* 325 APT, correspondances diverses, lettre du directeur des Pompes Funèbres de la ville de Paris, Léon Vafflard, au marquis Charles de Trazegnies et datée du 26 décembre 1861.

* 326 Alfred-Marie-Antoine de Limminghe (1834-1861). Ce botaniste commença ses études à Fribourg et les termina, probablement à peu de distance d'Alfred de Trazegnies, au collège Notre-Dame de la Paix à Namur, où le professeur Bellynck lui donna le goût de la botanique. Il étudia les plantes en profondeur à partir de 1855. Pour ce faire, il rassembla une grande quantité d'ouvrages de botanistes étrangers et se créa un musée botanique et une serre contenant de nombreuses orchidées exotiques. En 1860, influencé par sa famille, il partit offrir ses services au pape. Il prit part à la bataille de Castelfidardo où il fut blessé. Il revint en Belgique puis partit à nouveau pour Rome l'année suivante. La Ville éternelle le fut aussi pour lui : il ne revint jamais de ce voyage. Selon François Crépin, rédacteur dans la Biographie nationale, Limminghe mourut deux jours après avoir reçu un coup de revolver dans la soirée du 16 avril. Louise Colet, elle, se rappelait qu'un avocat était venu la prévenir de l'assassinat de Limminghe, cousin de monseigneur de Merode et capitaine des zouaves pontificaux, d'un coup de couteau. Plus intéressant est le rapport qu'en fit Henri Carolus. Il expliquait, à la date du 30 avril 1861, que de Limminghe avait reçu un coup de pistolet dans la soirée du 16. Il en était mort dans la nuit du 17 au 18. Il était revenu à Rome porteur de la somme nécessaire pour acheter une machine à rayer les canons dont il voulait faire don au gouvernement pontifical, mais sans avoir l'intention de reprendre du service. Il se disposait d'ailleurs à repartir vers la Belgique. Le hasard fait parfois mal les choses : le premier bateau que le comte voulut prendre était complet. Il attendit un second. Il ne le prit jamais. Les médecins donnèrent le bulletin suivant : « Plaie par arme à feu, pénétrant dans l'abdomen avec lésion probable du rein correspondant et péritonite consécutive ; blessures très graves. » Selon les dires de la victime elle-même, elle aurait été frappée entre 9 heures et 10 heures du soir, dans une des rues voisines de la place Trajane. Limminghe avait passé la journée avec des amis puis les avait quittés pour aller assister, seul, aux fêtes de la béatification de Saint Jean du Latran. Plus tard, il se sera égaré dans les rues désertes de ce quartier mal famé et y aura été frappé. Selon un grand nombre de ses camarades, « il aurait été victime d'une vengeance politique ; différentes circonstances me portent jusqu'ici à ne point partager cette opinion, notait le ministre belge. » Comme cela se fera pour Alfred quelques temps plus tard, on célébra un office dans l'église de Santa Maria Sopra Minerva. Une semaine plus tard, Carolus confirmait que les causes de la mort restaient inconnues, tandis que le père et le frère (Léon) de Limminghe étaient à Rome afin de constater le décès. La famille offrit à son défunt fils une pierre tombale au Collège des Belges. Monseigneur Sacré s'occupa de la faire réaliser, sur les plans du chevalier Rossi, par le sculpteur Galli. Il y a fort à parier que ces deux hommes furent également les auteurs de la tombe d'Alfred de Trazegnies. Le jeune Limminghe fréquentait le même monde qu'Alfred : on retrouvait parmi ses connaissances monseigneur de Merode, le chanoine de Woelmont, monsieur de Villefort, monsieur l'abbé de Moreau ou encore le bien connu de Christen, qui était alors à Rome. L'étude publiée quelques semaines après la mort du jeune homme par Pruvost ne nous apprend rien quant au meurtrier. Certains assuraient que Limminghe était à Rome « pour des motifs non avouables », d'autres qu'il était là dans le seul but de défendre l'honneur de l'église. Aujourd'hui encore, ce meurtre demeure fort ténébreux. A sa mort, les collections du zouave furent dispersées. (Dans Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, H. Thiry-Van Buggenhoudt, Bruylant-Christophe, Bruxelles, 1892-1893, tome 12, pp. 206-208 ; dans COLET Louise, L'Italie des Italiens, E. Dentu, Paris, 1864, volume 4, pp. 279-280 ; AMAE, légation Saint-Siège, lettres d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière datées du 30 avril et du 06 mai 1861 et dans PRUVOST Alexandre, Notice sur la vie et la mort du comte Alfred de Limminghe, H. Goemaere Imprimeur-éditeur, Bruxelles, 1861.)

* 327 Auguste Misson (1840-1861). Issu de la branche cadette de la famille belge des Misson, s'était engagé dans le bataillon des zouaves pontificaux franco-belges. Il mourut le 04 juin 1861, non pas au combat mais d'une très forte fièvre causée sans doute par l'épuisement de la vie militaire. (Dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique, recueil historique, chronologique, généalogique et biographique complet de toutes les maisons nobles reconnues de la Belgique, Imprimerie Henri Carion, Paris, 1866, tome 7, p. 313 et dans PRUVOST Alexandre, Notice sur la vie et la mort du comte Alfred de Limminghe... op. cit., pp. 89.)

* 328 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 décembre 1861.

* 329 Au XIe siècle, les marchands flamands se réunirent dans la Confrérie de Saint-Julien et construisirent une petite chapelle et un hôpital pour les pèlerins. En 1536, Charles Quint, alors qu'il visitait Rome, devint membre de la confrérie. En 1830, la chapelle troqua son appellation d'origine contre celle de « Saint-Julien des Belges » mais, en 1975, le roi Baudouin lui rendit son nom original. L'église se trouve via del Sudario au numéro 40.

* 330 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 12 janvier 1861.

* 331 APT, correspondances diverses.

* 332 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 décembre 1861.

* 333 L'abbé Bryan écrit sa missive depuis le château d'Andoy. On peut supposer qu'il réside à cet endroit, résidence de la famille de Moreau d'Andoy, et donc de son collègue et ami de l'Académie des Nobles ecclésiastiques, l'abbé de Moreau.

* 334 APT, correspondances diverses, lettre de l'abbé Thomas Bryan Y Livermore au marquis Charles de Trazegnies datée du 26 septembre 1862.

* 335 AEN, fonds Corroy-le-Château, 104, Alfred-Ghislain-Gillion de Trazegnies d'Ittre. Déposition faite au Tribunal de première instance de Namur au sujet de sa mort à San Giovanni Incarico, sur le territoire napolitain, 27 septembre 1862, copie authentique, 1 pièce.

* 336 Pierre-Jospeh-François Sacré (1825-1895). Il fit de brillantes études au Séminaire de Malines. En 1849, le cardinal Sterckx l'ordonnait prêtre et l'envoyait terminer ses études à l'Université de Louvain d'où il sortit licencié en théologie. Il quitta la Belgique pour Rome et suivit les cours du Collège des Belges fondé en 1843 par monseigneur Aerts. Aerts ayant été rappelé en Belgique, Sacré devint président du Collège. Il n'avait pas 29 ans. Il fit son travail de main de maître durant une quinzaine d'années. De grands ecclésiastiques vinrent étudier auprès de lui, comme le futur évêque de Liège Doutreloux. En 1860, Pie IX le nommait camérier secret. Merode, à la recherche d'un aumônier d'origine belge pour ses zouaves pontificaux, proposa le poste à Sacré qui l'accepta. Il fut premier aumônier des tirailleurs. Dans les combats contre le Piémont, Sacré risqua plusieurs fois sa vie et fut fait prisonnier. Il rejoignit ensuite Rome où il continua à s'occuper du Collège, ce qui ne l'empêcha pas d'assister à nouveau les mourants lors de la bataille de Mentana. Le 29 juin 1868, Sacré était de retour en Belgique en tant que curé-doyen de Notre-Dame d'Anvers. En 1890, il participa activement au congrès eucharistique d'Anvers. En 1893, une fête, qui rassembla 15 000 personnes, célébrait la vingt-cinquième année de son entrée en fonction. Il mourut moins de deux ans plus tard. (Dans Biographie nationale, op. cit., tome XXI, 1911-1913, pp. 21-24 et dans CERBELAUD-SALAGNAC, Les zouaves pontificaux... op. cit., p. 38.)

* 337 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 27 septembre 1863.

* 338 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 18 octobre 1864.

* 339 APT, dossier du marquis Olivier de Trazegnies. Voici une traduction toute relative de cette épitaphe : « En ce lieu a été transféré depuis la terre (frugale ?) de San Giovanni, où il fut tué le 11 novembre 1861 par les troupes subalpines qui envahissaient le royaume de François II, Alfred Gillion Ghislain marquis de Trazegnies et d'Ittre, fils de Charles et de Raphaëlle de Romrée, de la ville de Namur. Trois jours auparavant à Rome, il s'était renouvelé dans le corps sacré du Christ. Va dans la paix du Christ. »

* 340 Les brefs sont des lettres du pape moins importantes que les bulles. Elles ne portent pas le sceau pontifical.

* 341 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 23 septembre 1864.

* 342 Paul Le Riche. Successeur de A. Sepinola (22 mars 1833 - 30 octobre 1860), il est d'abord consul intérimaire en 1853 puis, en décembre de la même année, vice-consul. Il conserve ce titre durant les deux années qui suivent le décès de son prédécesseur. Il reste à son poste jusqu'au 04 août 1876, date à laquelle son fils Henry lui succède jusqu'en février 1886. (Dans BRAIVE G., MONDOVITS I., Le corps diplomatique... (II)..., op. cit., p. 140.)

* 343 AMAE, correspondances consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche au Ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 16 novembre 1861.

* 344 Charles Léon de Baillet (1812-1884). Il fut secrétaire de légation à Washington, puis Commissaire d'arrondissement à Malines à partir du 25 novembre 1840. Le premier novembre 1847, il fut nommé au même poste à Anvers. Conseiller provincial d'Anvers, il fut enfin gouverneur de la province de Namur. Il était officier de l'Ordre de Léopold. Le 11 mai 1841, il épousait Henriette Marie Adélaïde Cogels née à Anvers en 1816, fille de Henri François Xavier et d'Adélaïde Marie Joséphine Van Havre. Pierre Joigneaux, de passage dans notre pays, notera avoir conservé un bon souvenir de Léon de Baillet. D'après lui, « tout jeune encore et presque à son entrée dans la vie, il s'était nourri l'esprit, paraît-il, des écrits de Chateaubriand, et ce grand charmeur l'avait si bien séduit qu'il ne résista pas à la tentation d'aller, après lui, visiter les sites sauvages de l'Amérique. Il y trouva la sauvagerie, mais absolument dépourvue de la poésie dont Chateaubriand l'avait embellie. Il en revint donc tout désillusionné, et à partir de ce moment, il se fit une existence positive. (...) Je ne vous cache point que les téméraires de cette trempe me vont ; ils ont d'ordinaire le coeur chaud, l'intelligence ouverte, les résolutions fortes et ne ressemblent pas à tout le monde.  » (Dans Almanach royal de Belgique, 1858 et 1866 ; dans JOIGNEAUX Pierre, Souvenirs historiques, Marpon et Flammarion, Paris, 1891, volume 2, pp. 239-240 et dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 1, 1863, p. 306.)

Pierre Joigneaux (1815-1892). Elu plusieurs fois député, ce politicien et journaliste d'extrême gauche reste célèbre pour ses articles piquants. Après le coup d'Etat de 1851, il fut expulsé de France et vint s'établir dans les Ardennes belges, à Saint-Hubert. Il publia de nombreuses études agronomiques. Un an avant sa mort, il obtenait une place de sénateur. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., 1939, tome 3, colonnes 707-708 et dans MAITRON Jean (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Première partie : 1789-1864, de la Révolution française à la fondation de la Première internationale, Les Editions ouvrières, Paris, tome 2, 1965, pp. 380-382.)

* 345 AMAE, correspondances consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche adressée au Gouverneur de la province de Namur Léon de Baillet et datée du 16 novembre 1861.

* 346 AMAE, correspondance consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche adressée au ministre belge des Affaires Etrangères, Charles Rogier et datée du 23 novembre 1861.

* 347 AEN, Fonds Corroy-le-Château, dossiers 3932-3938 : Notes du comte François Van der Straten-Ponthoz concernant l'histoire de la famille de Trazegnies et ses alliées, 19e siècle, 7 liasses.

* 348 Jospeh-Paul-Marie de Cadoine de Gabriac, 1830-1903. Il fit ses études à Paris à l'Ecole d'Administration créée en 1848 et, à l'image de son père ambassadeur à Bern, il se destina à la carrière diplomatique. Il commença par être attaché aux Archives des Affaires Etrangères (1849). Deux ans plus tard, on le trouvait parmi les secrétaires de la Commission de liquidation des créances françaises au Mexique. Il fut ensuite attaché au Cabinet Drouyn de Luys puis à celui du comte Walewski. Le 6 juin 1859, il était nommé secrétaire d'ambassade à Naples où il resta une demi-année. Il reçut la même fonction à Rome le 10 décembre 1859, où il assista le duc de Gramont avec efficacité. Le duc dira de lui qu'il est « un garçon consciencieux et intelligent qui peut (...) inspirer confiance et (...) il est fort au courant des affaires [n.d.l.a. de Rome]. » Il quitte la ville éternelle pour devenir secrétaire à Munich, le 29 janvier 1862. En décembre 1866, il était premier secrétaire à Saint-Pétersbourg avant d'y être nommé chargé d'affaires pour 1870-1871. Suite au conflit franco-allemand, Gabriac reçut le poste de chargé d'affaires à Berlin. Il ne resta à cette place que 8 mois. En effet, 1872 marquait sa nomination au rang de ministre plénipotentiaire. Il exerça de son influence successivement à La Haye (1876), Bruxelles (1876) et enfin auprès du Saint-Siège (1878) où il demeura jusqu'au 23 janvier 1880. Dans cette dernière fonction, il parvint à faire entrer trois nouveaux cardinaux français à la Curie romaine. Démissionnaire en 1880, suite aux décrets Ferry contre les congrégations religieuses, il mourut 13 ans plus tard. (Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, pp. 178 et 502 et dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome 14, 1979, p. 1502.)

* 349 AMAE, correspondances légation auprès du Saint Siège (11), lettre du représentant belge à Rome Carolus au Ministre des Affaires Etrangères datée du 22 novembre 1861.

* 350 Dans CARDINALI Emidio, I briganti e la Corte Pontificia ossia la cospirazione Borbonico-Clericale svelata, Editori L. Davitti e C., Livorno, 1862, volume 2, p. 77.

* 351 APT, correspondances diverses, lettre de l'abbé Bryan Y Livermore au marquis Charles de Trazegnies en date du 26 novembre 1861.

* 352 Dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo... op. cit., p. 8.

* 353 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., p. 74.

* 354 Dans le Journal de Bruxelles daté du 14 décembre 1861.

* 355 Dans le Journal de Bruxelles daté des jeudi et vendredi 26 et 27 décembre.

* 356 Dans GROSSI E., L'11 novembre 1861. Contributo alla storia del brigantaggio clerico-borbonico, Fondi, 1903, p. 66, cité dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo... op. cit., p. 8.

* 357 Dans le Précurseur d'Anvers daté du 30 novembre 1861.

* 358 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 novembre 1861.

* 359 APT, correspondances diverses, télégramme de Monseigneur de Merode au marquis Charles de Trazegnies daté du 22 novembre 1861.

* 360 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-488/489, lettre du comte Louis Michel datée du 24 novembre 1861.

* 361 Monsieur Targioni représenta le roi de Naples à Bruxelles. Il est bien difficile de se renseigner sur ce représentant napolitain. Néanmoins avons-nous pu glaner quelques informations concernant la rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et Naples dans la correspondance diplomatique. Il en ressort que Targioni a eu du mal à l'admettre, de même que la royauté belge, qui semblait réticente à mettre un point final à leurs relations. Le nouveau ministre italien à Bruxelles, Montalto, confiait à ce propos ses inquiétudes à Ricasoli, alors président du Conseil et Ministre de l'Extérieur : « M. Le Commandeur Targioni, ancien Ministre du Roi de Naples, se trouvant encore à Bruxelles, M. Rogier se trouve un peu embarrassé pour lui faire sentir qu'il ne lui reconnaît plus un caractère diplomatique. » Il est à supposer que Rogier a demandé oralement au commandeur de faire ses bagages puisque celui-ci aurait contesté ce manque de procédure et le Ministre belge des Affaires Etrangères aurait été contraint de lui rédiger une note en bonne et due forme, stipulant qu'il ne pouvait plus traiter avec lui et son gouvernement puisqu'ils ne représentaient plus l'autorité établie de fait dans les Deux-Siciles. A cela, Targioni aurait répondu par une lettre de six pages menaçant le gouvernement belge de « vengeance céleste » ! Le roi Léopold lui-même aurait fait de sévères reproches au ministre Rogier au sujet de la lettre adressée au représentant napolitain. Toujours est-il qu'à partir de cette date, les relations entre la Belgique et les Deux-Siciles sont définitivement rompues. Ce qui n'empêcha pas Targioni de s'attarder en Belgique puisqu'il s'occupait, fin novembre, d'informer son gouvernement au sujet de la mort du marquis de Trazegnies. (Dans I documenti diplomatici italiani, Prima serie 1861-1870, Ministero degli Affari Esteriori, La Liberia dello Stato, Roma, volume 1, 1959, Lettres du Ministre à Bruxelles Montalto au Président du Conseil et Ministre de l'Extérieur Ricasoli datées des 04, 12 et 14 novembre 1861, p. 462, 482-482 et 487-488.)

* 362 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-484/485, lettre du comte Carbonelli au représentant napolitain à Bruxelles Targioni et datée du 19 novembre 1861.

* 363 Dans L'Ami de l'ordre daté du 24 novembre 1861.

* 364 Canofari (1790-1872). Celui-ci naquit en 1790 dans la famille d'un haut magistrat au service des Bourbons de Naples. Il fit son droit et, en 1830 et 1831, devint membre de la Consulte générale du Royaume. Agent de légation dès mars 1836, il devint secrétaire de seconde classe et fut envoyé à Londres en février 1848. Chargé d'affaires à Madrid en 1851, il acquit enfin la fonction identique mais à la cour de Turin. Là, il fit preuve d'un sens aigu de la diplomatie et instaura un climat relativement sain malgré la tension régnant entre Naples et Turin. Il fut ensuite appelé, le 28 juillet 1860, à remplacer à Paris le marquis Antonini. Destitué par un décret du 11 octobre 1860, il poursuivit cependant ses fonctions, à l'image de Targioni en Belgique. Aux alentours de 1860, il entretint de nombreux rapports avec le ministre des Affaires Etrangères de France et, surtout, maintint la cohésion des émigrés napolitains présents à Paris en les rassemblant dans de nombreux banquets au cours desquels il prenait la parole en faveur de la restauration de François II. Peu de temps avant son décès, il aurait été chargé par l'ex-roi de Naples d'une mission secrète auprès des empereurs d'Autriche, d'Allemagne et de Russie. Selon Thouvenel, il était un hôte fidèle du salon de Monsieur Thiers. Avant cela, il avait ses entrées dans le monde légitimiste tandis que la Société du Second Empire l'appréciait également beaucoup. « Il a laissé à tous ceux qui l'ont connu le souvenir d'un caractère aussi distingué que sûr. » (Dans Dizionario biografico degli italiani, Instituto della Enciclopedia Italiana, Roma, tome XVIII, 1975, pp. ; dans I documenti... op. cit., volume 1, lettre d'Uccelli au Président du Conseil et Ministre de l'Extérieur Ricasoli datée du 30 juillet 1861, p. 296 et dans Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur,... op. cit., volume 2, pp. 481-482.)

* 365 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-490, lettre de l'amiral Del Re au représentant napolitain à Paris, Canofari, datée du 25 novembre 1861.

* 366 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-498, lettre du représentant napolitain à Paris Canofari au ministre des Affaires Etrangères Del Re datée du 30 novembre 1861.

* 367 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-492, lettre du commandeur Targioni au représentant napolitain à Paris Canofari datée du 28 novembre 1861.

* 368 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-496, lettre du commandeur Targioni au ministre des Affaires Etrangères napolitain Del Re datée du 29 novembre 1861.

* 369 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-494, lettre du baron Carbonelli di Letino au représentant napolitain à Paris Canofari datée du 29 novembre 1861.

* 370 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione... op. cit., p. 10. Cette anecdote fut racontée à Fraccacreta par le comte Cornet d'Elzius.

* 371 Lettre du marquis Olivier de Trazegnies à l'auteur de ce mémoire datée du 20 janvier 2005.

* 372 Dans Le Monde datée du 03 décembre 1861.

* 373 Nothomb Alphonse (1817-1898). Homme politique catholique, il obtint son doctorat en droit en juillet 1835. D'abord attaché au Ministère de la Justice (1836-1837), il fut avocat au barreau d'Arlon jusqu'en 1839. Le premier janvier 1839, il était nommé substitut du Procureur du roi au Tribunal de Première instance d'Arlon avant de devenir lui-même procureur du roi à Neufchâteau (1844-1853). Il fit ses premières armes politiques en représentant le Canton d'Arlon au Conseil provincial de 1842 à 1848. Au début des années 1850 (1853-1855), Il poursuivait sa carrière en tant que substitut du Procureur général à la Cour d'Appel de Bruxelles. Ministre de la Justice en 1857, il fut l'un des auteurs de la loi sur les Couvents, visant à donner la personnification civile aux fondations charitables, qui entraîna la chute du Cabinet De Decker. A la Chambre, il représenta les arrondissements de Neufchâteau (1851), Turnhout (1859-1892), Arlon (1892-1894). Il fut enfin choisi comme sénateur pour le Sud de la Province du Luxembourg (1894-1898). A la fin de sa vie, il se rallia à la démocratie chrétienne naissante et se prononça en faveur du suffrage universel qui, ironie du sort, lui avait valu de ne pas être réélu lors des élections du 18 octobre 1894... (Dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894, Commission de la Biographie Nationale, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1996, pp. 440-441 ; DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire... op. cit., tome 2, p. 138 et dans Biographie nationale..., op. cit., tome 37, 1971-1972, colonnes 609 à 618.)

* 374 Dans Annales parlementaires de la Chambre des Représentants de Belgique, session 1861-1862, séance du 28 novembre 1861, p. 89.

* 375 Dans Annales parlementaires de la Chambre... Idem, p. 91.

* 376 Dans le Journal de Bruxelles daté du vendredi 29 novembre 1861.

* 377 Dans l'Ami de l'ordre daté du samedi 30 novembre 1861.

* 378 Dans le Bien Public daté du samedi 30 novembre 1861.

* 379 Dans l'Indépendance belge datée du vendredi 29 novembre 1861.

* 380 Dans la Gazzetta ufficiale del Regno datée du lundi 02 décembre 1861.

* 381 Dans l'Opinione datée du lundi 09 décembre 1861.

* 382 Linati Filippo (comte), 1816-1895. Sénateur, poète et philosophe. Né à Barcelone, il était issu d'une très ancienne famille parmesane. Il arriva à Parme à seulement deux ans et se considéra toute sa vie comme issu de cette ville. En 1823, sa famille s'y installait définitivement. Curieux de tout, il maîtrisait parfaitement plusieurs langues et acquit un savoir encyclopédique. Libéral, il participa de très près aux révolutions de 1848 pour la cause nationale. Le 02 août 1859, il fut délégué auprès de Napoléon III afin de lui présenter une protestation contre le rétablissement des Bourbons à Parme. Il fut nommé sénateur grâce à Farini le 18 mars 1860. Dans ce poste, il se distingua par ses questions de portée surtout économique, juridique et financière. Il fit partie du Conseil d'Etat durant de nombreuses années. (Dans NAPPO Tommaso, NOTO Paolo (a cura di), Indice biografico italiano, K. G. Saur Verlag Gmbh, München, 1993, tome 3, p. 827 et dans Archivio biografico italiano, fiche numéro F. 568.)

* 383 Alessandro della Rovere (1815-1864). Il occupa un temps la lieutenance des provinces napolitaines. Il fut nommé à la tête du ministère de la Guerre lors du remaniement ministériel de juin 1861. Il conserva ce poste jusqu'en 1864, successivement sous les cabinets de Ricasoli et Minghetti. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome 37, 1989, pp. 331-333 et dans AMAE, légation à Turin, lettre du représentant belge à Turin Lannoy à Charles Rogier, 11 juin 1861.)

* 384 Dans le Bien public daté du vendredi 13 décembre 1861.

* 385 La Belgique est représentée auprès du jeune royaume par Henri Solvyns entre le 05 novembre 1861 et le 18 octobre 1872. Ses secrétaires seront Pierre Bartholeyns, depuis le premier septembre 1860 jusqu'en février 1865 et H. Noidans-Calf (entre le 28 décembre 1863 et le 08 février 1865). Henri Orban sera dans un premier temps (05 janvier 1862 - 14 février 1863) attaché au ministre belge à Turin, avant d'en devenir également le secrétaire jusqu'au 17 octobre 1863. Né d'un père écrivain et d'une mère catholique anglaise, Henri Solvyns (1817-1894) est candidat en droit à l'Université de Gand, étudie l'économie politique, la statistique et les langues étrangères (il parle le français, le néerlandais, l'anglais ainsi que l'allemand). D'abord attaché au cabinet du Roi en 1837, il entre dans la carrière diplomatique. Il passe par divers postes d'attaché et de délégué avant de devenir conseiller de légation (1852-1858) puis Ministre résident à Constantinople et Lisbonne (1858-1861) et finalement envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Turin et Londres (octobre 1872). (Dans BRAIVE G., MONDOVITS I., Le corps diplomatique et consulaire belge en Italie (I), dans « Risorgimento », XIIe année, 1969, tome 2, p. 49.)

* 386 AMAE, légation à Turin, lettre du représentant belge Henri Solvyns au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 16 janvier 1862.

* 387 Barthélemy Charles Joseph Dumortier (1797-1878). Homme politique catholique, avocat et historien. Il fut très actif à Tournai durant la Révolution belge. Il fut d'abord représentant de l'arrondissement de Tournai (1831-1847) puis de celui de Roulers, jusqu'à sa mort. Dans ses discours, il défendit la liberté de l'Eglise contre l'installation d'une nonciature en Belgique et se battit en faveur de l'autorité communale par opposition à celle de l'Etat. Il prit une part active au Congrès catholique de Malines en 1863. Il publia beau nombre d'ouvrages historiques concernant Tournai et fut d'ailleurs membre de la Commission royale d'histoire (1838-1878). Il s'intéressa également à la botanique et co-fonda la Société royale de Botanique de Belgique dont il fut le président entre 1862 et 1875. (Dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., pp. 286-287, dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges... op. cit., tome 1, p. 209 et dans DE KONINCK A., Bibliographie nationale. Dictionnaire des écrivains belges et catalogue de leurs publications 1830-1880, Nendeln (Liechtenstein), Kraus Reprint, volume 1, 1974, pp. 623-624.)

* 388 Dans Annales parlementaires de la Chambre...op. cit., session 1861-1862, séance du 03 avril 1862, pp. 1099 et 1100.

* 389 Barthélemy de Theux de Meylandt, (1794-1874). Homme politique catholique, il prit une part active aux événements de 1830 et fut élu, par le disctrict d'Hasselt, député suppléant au Congrès national. Il représente l'arrondissement d'Hasselt entre 1831 et 1874. A la Chambre, il joua un rôle non négligeable au sein de la commission chargée d'élaborer les lois provinciale et communale. Il fut ministre de l'Intérieur à plusieurs reprises dans les années 1830 ainsi que ministre des Affaires Etrangères entre 1836 et 1837. Il fut chef du Cabinet de 1834 à 1841, avec Malou de 1846 à 1847 et, enfin, de 1871 à sa mort. Tout au long de sa carrière, il se distingua par ses idées modérées et se montra adepte convaincu de l'unionisme. (Dans Biographie nationale de Belgique... op. cit., tome 24, 1960, colonnes 771-782, dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., p. 244 et dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges... op. cit., tome 2, p. 250.)

* 390 Louis François Magloire Goblet d'Alviella (1823-1867). Politicien libéral, il représenta l'arrondissement de Bruxelles de 1858 à 1867. En 1843, il était attaché de légation. L'année suivante, il gagnait le grade de secrétaire de légation de deuxième classe. L'année suivante, il épousait Caroline Anne Charlotte, comtesse d'Auxy de Neufvilles. Il passa ensuite au département de l'Intérieur puis devint adjoint à la direction politique des Affaires étrangères (1845-1853). Il fut Conseiller provincial entre 1856 et 1858, ainsi que secrétaire provincial de Brabant en 1858. Il présida l'association libérale et Union constitutionnelle de Bruxelles. (Dans RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., p. ? et dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 4, p. 25.)

* 391 Dans Annales parlementaires de la Chambre...op. cit., session 1861-1862, séance du 03 avril 1862, p. 1101.

* 392 Votèrent « oui » : Venderstichelen, Van Humbeeck, Van Iseghem, Van Volxem, Allard, Braconier, Crombez, de Boe, de Breyne, de Brouckere, de Florisone, De Fré, de Gottal, de Renesse, de Ridder, de Rongé, Devaux, d'Hoffschmidt, Dolez, Frère-Orban, Frison, Goblet, Grandgagnage, Hymans, Jacquemyns, Jamar, Loos, Moreau, Muller, Orban, Pirson, Rogier, Sabatier, A. Vandenpeereboom, et Vervoort. Votèrent « non » : Vande Woestyne, Van Overloop ; Vermeire, Verwilghen, Coomans, Coppens, de Haerne, de Liedekerke, de Man d'Attenrode, de Montpellier, de Naeyer, de Ruddere de Te Lokeren, Desmedt, de Terbecq, de Theux, B. Dumortier, d'Ursel, Faignart, Kervyn de Volkaersbeke, Magherman, Mercier, Moncheur, Nothomb, Royer de Behr, Snoy, Tacq, Thibaut, Thienpont, Van Bockel et Vander Donckt.

* 393 Dans le Bien public du samedi 05 avril 1862.

* 394 Dans la Gazette de Liège du vendredi 04 avril 1862.

* 395 AMAE, correspondances Saint Siège, lettre du représentant belge à Rome Carolus au ministre des Affaires Etrangères Rogier datée du 25 avril 1862.

* 396 AMAE, légation de Turin, lettre du ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier au représentant belge à Turin, le ministre Solvyns, datée du 28 avril 1862.

* 397 AMAE, légation de Turin, lettre du secrétaire d'ambassade Henri Orban au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 08 mai 1862.

* 398 AMAE, légation de Turin, lettre du représentant belge à Rome, Henry Solvyns, au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 07 mai 1862.

* 399 Lettre du président du Conseil Ratazzi au ministre des Affaires Etrangères Durando datée du 08 mai 1862, dans I documenti diplomatici... op. cit., volume 2, p. 342.

* 400 AMAE, légation de Turin, lettre du président du Conseil Ratazzi au représentant belge à Turin, Henry Solvyns, datée du 08 mai 1862.

* 401 AMAE, légation de Turin, lettre du ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier au représentant belge à Turin, Henry Solvyns datée du 9 mai 1862.

* 402 AMAE, légation de Turin, lettre du représentant belge à Turin, Henry Solvyns, au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 29 avril 1862.

* 403 Idem, note ajoutée par le ministre Rogier.

* 404 Dans MASSARI Giuseppe, CASTAGNOLA Stefano, Il brigantaggio nelle provincie napoletane. Relazioni parlamentari, Ferrario, Milano, 1863, p. 83. Vous retrouverez la traduction française de ce rapport dans LÉVY Armand, La cour de Rome... op. cit., pp. 43-175.

* 405 Ubaldino Peruzzi (1822-1891). Homme politique né à Florence, il fit ses études au collège Cigognini di Prato, avant de partir pour Paris étudier les mathématiques. En 1848, il fut élu député à la Chambre toscane. Lorsque le Grand-duc de Toscane accepta l'occupation autrichienne, il démissionna en signe de protestation et, à partir de ce moment, conspira contre le pouvoir en place durant dix ans. En 1859, à la fuite du Grand-duc, il entra dans le gouvernement provisoire où il avait la charge des Affaires étrangères et des Affaires de l'Intérieur. Il se battit pour le rattachement de la Toscane au Piémont. Il partit ensuite en mission en France. Son activité ne fit que croître avec la nouvelle Italie : il fut ministre des Travaux publics sous le premier ministère Ricasoli puis ministre de l'Intérieur pour Minghetti, avec lequel il s'occupa de la fameuse Convention de 1864, qui transporta la capitale à Florence. Il fut président du Conseil provincial de 1865 à 1870 et maire de Florence entre 1870 et 1878 et apporta du dynamisme à la ville, notamment en accueillant des congrès scientifiques. (Dans Indice biografico italiano... op. cit., fiches numéros 768/ 221-251 et dans MERENDONI S., MUGNAINI G. (a cura di), La provincia di Firenze e i suoi amministratore dal 1860 a oggi, Leo S. Olschki Editore, Firenze, 1996.)

* 406 Dans LÉVY Armand, La cour de Rome... op. cit., pp. 28-29.

* 407 Dans DE TRAZEGNIES Olivier (Marquis), Un grave incident diplomatique entre la Belgique et l'Italie en 1861 : l'assassinat d'Alfred de Trazegnies I, dans « Bulletin du cercle art & histoire de Gembloux et environs a.s.b.l. », IV, octobre 1980, p. 50.

* 408 Dans MINOIS Georges, Histoire du mal de vivre. De la mélancolie à la dépression, Editions de La Martinière, Paris, 2003, p. 272.

* 409 Dans CARDINALI Emidio, I briganti e la Corte Pontificia... op. cit., p. 75.

* 410 Dans GELLI Iacopo, Banditi, briganti e brigantesse nell'ottocento, R. Bemporad & Figlio Editori, Firenze, 1931, p. 114. Cet ouvrage très inspiré de celui de Cardinali fut abondamment critiqué lors de sa parution. Gino Doria lui reprochait notamment de répéter toutes les vieilles erreurs, voire de les aggraver. En plus des fautes matérielles, tous les noms y sont constamment estropiés. On y lira De Cristen ou De Crysten pour de Christen, Kalreuth pour Kalkreuth, De Trazeignes pour de Trazegnies, Klanzler pour Kanzler, de Contodon pour de Coataudon, etc. Le célèbre Fra Diavolo y est présenté comme calabrais alors que nous savons tous qu'il provenait d'Itri en Terre de Labour. (Dans DORIA Gino, Per la Storia del birgantaggio nelle province meridionali, dans Archivio Storico per le Province napoletane, tome LVI, 1931, p. 399.)

* 411 Dans DUMOULIN Michel, Découvertes de l'Italie par les Belges aux 19e et 20e siècles ou la psycho-géographie d'un malentendu, dans DUMOULIN Michel, VAN DER WEE Herman, Hommes, cultures et capitaux dans les relations italo-belges aux XIX e et XX e siècles, Actes du colloque organisé à l'occasion du 50e anniversaire de l'Academia Belgica sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi (Rome 20-23 novembre 1989), Institut historique belge de Rome, Bruxelles, 1993, p. 119. Voyez aussi Dumoulin Michel, Hommes et culture dans les relations italo-belges. 1861-1915, dans « Bulletin de l'Institut historique belge de Rome », 1982, pp. 139-185.

* 412 Dans L'Opinione datée du 09 décembre 1861.

* 413 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia dal 1860 al 1863. Studio storico-politico-statistico-morale-militare, Milano, Daelli, 1864 (ristampa anastica Adelmo Polla editore, Cerchio (Aq), 2001, pp. 73-74.)

* 414 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione... op. cit., p. 8, voir aussi DE TRAZEGNIES Olivier (Marquis), Un grave incident diplomatique... I... op. cit., pp. 62-63.

* 415 Dans IZZO Fulvio, I Guerriglieri di Dio. Vandeani, Legittimisti, Briganti, Controcorrente, Napoli, 2002, p. 229.

* 416 Dans DE STEIN D'ALTENSTEIN Isidore, Annuaire de la noblesse... op. cit., 1888, pp. 256-257.

* 417 Idem, p. 128.

* 418 Dans Hayward Fernand, Pie IX et son temps, Librairie Plon, Paris, 1948, p. 285.

* 419 La mention « néant » signifie que le périodique a été dépouillé sans succès.