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L'émigration dans le Damga: l'exemple du village de Wodobéré dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal

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par Abdoulaye THIOYE
Université Cheikh Anta Diop - Maà®trise en Géographie 2009
  

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INTRODUCTION

En permanente recherche du bien être, de meilleures conditions de vie et de l'équilibre social, l'homme est au coeur des mutations. Guidé par des facteurs socioéconomiques et dès fois contraint par des facteurs écologiques ou politiques, il essaie de tirer le maximum de profit de son environnement immédiat et/ou lointain. Ses besoins changent dans le temps et dans l'espace.

L'Afrique, après plusieurs siècles de pillage, par l'entremise de ses élites, cherchait tant bien que mal à sortir de l'ornière. Ainsi, au lendemain des indépendances plusieurs politiques ont vu le jour pour réorganiser l'espace et structurer les économies nationales. En effet, ces politiques, loin de se démarquer de l'expertise coloniale, ont adopté les mêmes habitudes, les mêmes pratiques léguées par les puissances coloniales. Très rares sont les pays africains où l'on a essayé de construire une économie à l'image des besoins des nationaux.

Au Sénégal, des politiques agricoles ont été amorcées ça est là par la puissance coloniale. A partir de 1935, avec la Mission d'Aménagement du Sénégal (MAS), l'on commençait déjà à réfléchir sur l'aménagement de la vallée du fleuve. C'est dans ce cadre que les premiers casiers irrigués furent conçus, dans l'optique de fixer les populations dans leur terroir. Cette politique a été renforcée après l'indépendance par la mise sur pied des structures sous régionales telles que l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) mais aussi par la construction d'un barrage en amont du fleuve Sénégal. L'un des objectifs majeurs de l'OMVS, en construisant ce barrage régulateur de débit, était d'assurer la mise en valeur des terres arables et la fixation des populations.

Cependant, les autorités sénégalaises avaient du mal à se démarquer de la politique agricole instaurée par la puissance colonisatrice. Les mêmes pratiques culturales ont été de mise au lendemain de l'indépendance du Sénégal. Le bassin arachidier qui a été le joyau de la Métropole resta le domaine des cultures de rente par excellence alors que le fleuve perdait de plus en plus son rôle. Le fleuve constituait un trait d'union entre les comptoirs commerciaux et l'intérieur de l'Afrique. Alors, il servait aux colons de moyen de communication pour relier l'intérieur de l'Afrique aux comptoirs commerciaux. Pendant plusieurs années, le fleuve a permis à la puissance coloniale de ponctionner des villages de leurs populations pour l'exploitation des terres du centre du Sénégal. Cette tendance a demeuré au lendemain de l'indépendance et aucune activité économique significative pouvant intéresser les populations riveraines n'était pratiquée.

En effet, dans le même temps, les problèmes fonciers se multipliaient entre l'Etat, qui voulait avoir une mainmise sur l'ensemble des terres, et les chefs coutumiers soucieux de conserver leurs domaines. L'essentiel des aménagements hydro-agricoles entrepris par l'Etat par le biais de la Société d'Aménagement et d'Exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal (SAED) connût un échec avant même que le Damga n'en bénéficiât. Ainsi, au moment où la sécheresse des années soixante frappait de plein fouet les écosystèmes, les cultures en milieu diéri étaient pratiquement abandonnées et les populations se désintéressaient de celles en milieu walo.

Ces cycles de sècheresses combinés aux effets conjugués des politiques citées cidessus et aux critères structurels tels que la hiérarchisation de la société vinrent perturber l'organisation sociale. L'accès à la terre étant difficile pour certains, la monétarisation de l'économie et une baisse notoire de la pluviométrie au début des années soixante dix déclenchèrent une émigration qui prend très vite une ampleur considérable. Les populations de la vallée du fleuve Sénégal en général et celle du Damga en particulier étaient frappées de plein fouet par des disettes et des manques criards de ressources. Ainsi, elles adoptèrent la même voie de sortie de crise qui fut l'émigration vers d'autres régions plus propices et moins touchées par ces difficultés économiques.

En outre, au-delà de ces paramètres, il faut noter que les Halpulaar ont toujours été de véritables migrants. En remontant l'histoire, on constate qu'ils étaient même venus par le nord pour peupler cette partie du Sénégal et « ils ont émigré dès le moyen âge avec les Peuls du Fouta Djallon fuyant probablement les querelles du Fouta Toro »1. Au XIème siècle déjà on retrouvait des Halpulaar au front des djihads pour propager l'Islam. Les migrants sont constitués également de Peuls qui, pour la recherche de pâturages, sont contraints de se déplacer périodiquement vers les endroits où il existe de l'eau et des pâturages pour leurs animaux.

Cependant, dans la présente étude nous nous intéressons aux migrations à caractère économique, c'est-à-dire celles qui se font dans le souci de trouver une situation économique meilleure que celle offerte par la zone départ. Il s'agit de l'émigration interne et internationale à partir de Wodobéré.

Le village de Wodobéré, situé à l'extrême nord Est de la communauté rurale de Ouro-Sidy dans la Province du Damga est une localité sans activités pouvant retenir la population active en proie à une émigration qui ne cesse d'augmenter. Ainsi, la stagnation

9

1 Diop Abdoulaye Bara : Société Toucouleur et migration : enquête sur l'immigration toucouleur à Dakar, p62

10

de l'économie de subsistance combinée à la tradition migratoire des Halpulaar et des rapports sociaux contrastés sont des facteurs qui ont favorisé une émigration sans commune mesure au niveau de cette localité.

Ces facteurs, combinés aux effets conjugués de la conjoncture internationale et des différentes politiques d'ajustements structurels (PAS) font qu'aujourd'hui la dynamique migratoire est beaucoup plus complexe et connait des reconfigurations importantes. Ils agissent aussi bien dans la temporalité des migrations que dans la distribution géographique des flux.

Ainsi, notre T.E.R. intitulé « L'émigration dans le Damga : l'exemple du village

de Wodobéré dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal » est structuré en trois parties :

- en première partie nous ferons une présentation générale du village de Wodobéré, - dans la deuxième partie nous analyserons les facteurs fondamentaux et le

déroulement de l'émigration,

- les transferts d'argent et les facteurs négatifs de l'émigration sur la population résidente feront l'objet de la troisième et dernière partie.

PROBLEMATIQUE

Définie comme << le passage d'habitants d'un pays dans un autre [...] et employée par extension pour désigner le départ de population d'une région vers une autre région ou vers une ville >>2, l'émigration est un phénomène qui touche toutes les composantes des sociétés dans le monde. De cette tentative de définition, nous retenons que l'émigration a toujours existé même si les formes et les critères qui la déterminent ont beaucoup évolué. Ainsi, le peuplement de la terre n'est rendu possible que par les déplacements des habitants d'un lieu vers un autre. L'homme aurait quitté l'Afrique orientale, berceau de l'humanité (si l'on se fie à l'archéologie), pour gagner par la suite le reste de la planète. C'est ainsi dire que la migration est aussi vieille que l'humanité. Toutefois, elle diffère dans ses formes et dans ses fins selon le temps et l'espace. D'un continent à un autre, d'une époque à une autre nous enregistrons différentes sortes de migrations.

En Europe occidentale, malgré l'existence des mouvements migratoires depuis l'antiquité, c'est au début du XIXème siècle qu'apparurent les flux les plus importants. Son déficit en main-d'oeuvre et l'écart économique par rapport à l'Europe de l'est ont fait d'elle une zone d'accueil. << Des différences de gains allant parfois de plus de cinquante pour cent à presque cent pour cent et au-delà sont évidemment susceptibles d'inciter un travailleur même pourvu d'un emploi normal à chercher un travail à l'étranger >>3. Il s'agit d'une émigration économique. Cela est vrai dans la mesure où l'essentiel des ouvriers de l'époque était constitué par des européens de l'Est. Cette période est marquée par une véritable ruée des populations de l'Est vers l'Europe occidentale mais également vers l'Amérique.

Dans ce dernier continent, le peuplement est essentiellement lié aux mouvements de populations venues du monde entier. Hormis l'occupation des Etats-Unis par les amérindiens, c'est à partir du XVIème siècle qu'on a commencé à noter des mouvements importants de populations. L'existence des terres, l'esclavage et la découverte de l'or à Sutter's Mill en janvier 1846 ont été des facteurs qui avaient favorisé une immigration intense. Et << pendant plusieurs siècles, les Etats-Unis, véritable terre d'accueil et de rencontre, ont servi d'exutoire aux persécutés politiques et religieux, aux victimes de la révolution agricole et industrielle de l'Europe, aux insoumis et aux déportés >>4. L'existence de l'or mais également la stabilité politique ont stimulé une forte

2 Pierre George : Dictionnaire de la Géographie, p166

3 OCDE : L'OCDE et les migrations internationales, p14
4Ciss Gorgui : << Mobilité et espace aux Etats-Unis >>, p25

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immigration5. Ils furent une terre d'immigration des asiatiques, des australiens et des européens fuyant la misère ou la persécution politique. Il s'agissait là d'une double émigration c'est-à-dire de l'émigration économique et de l'émigration politique. Cette dernière peut être en effet forcée. Différentes politiques d'immigration y virent le jour pour encourager, limiter ou contraindre les mouvements.

L'Afrique se singularise par son niveau économique très faible, son instabilité politique et par la rareté des ressources économiques. Ainsi, famines et guerres, entre autres, contraignent la population à se déplacer vers les zones assez apaisées et à économie relativement importante. L'émigration « se traduit sur le plan humain par l'espoir d'améliorer son propre niveau matériel de vie (dans le présent ou dans l'avenir, grâce aux possibilités d'épargne)»6. En plus d'une économie très faible, depuis quatre décennies, on assiste à une péjoration du climat en Afrique et donc de sa pluviométrie. Ceci rend les productions agricoles mauvaises et installe des situations de crise alimentaire. Dans ce même ordre d'idée on peut noter un déséquilibre notoire entre la bande côtière et l'intérieur des pays. Les principales villes sur les littoraux des différents pays ouest africains font l'objet d'une concentration de l'essentiel des services au détriment de l'arrière pays.

Tous ces paramètres font de l'Afrique un continent qui se cherche et dont les populations sont en perpétuel mouvement. Avec une démographie galopante et une rareté des ressources, « les sociétés rejettent au dehors leurs surplus »7. Il y a surplus de population non pas par rapport à la surface occupée mais par rapport à la disponibilité des ressources. Ainsi, les régions disposant des économies plus prospères ou des possibilités d'emploi accueillent les populations des autres contrées. C'est dans ce cadre que la Côte d'Ivoire, avec une économie relativement prospère, avait accueilli les sénégalais, les burkinabés, les maliens entre autres qui étaient à la recherche de meilleures conditions de vie au début des années soixante et soixante dix. Ce fut également le cas sur les deux rives du Congo avec l'existence de ressources minières. Au Nigeria, c'est l'exploitation de l'or noir au cours du siècle dernier qui avait impulsé une forte immigration.

En effet, nous assistons aujourd'hui à des mouvements inverses. Les pays d'accueil, il y a moins d'un siècle, sont devenus des potentiels pourvoyeurs d'émigrants. Cela s'explique par de nombreux problèmes notamment d'ordre conjoncturel comme

5 Immigration : l'émigration vue du coté des lieux d'accueil

6 OCDE : Op.cit., p15

7Sorre Max : Les migrations des peuples, p15

l'instabilité politique. La présence des nigérians, ghanéens, ivoiriens et congolais au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso en est un exemple illustratif.

En outre, à l'intérieur d'un même pays les disparités économiques notées ci-dessus sont de mise. Un développement économique déséquilibré entre les capitales et leur arrière-pays serait à l'origine des mouvements de populations. L'inégalité des régions en équipements, en infrastructures, en services sociaux de base ; la disponibilité des ressources et de meilleures conditions climatiques font de Dakar une région d'accueil par excellence au détriment du reste du pays. Au Sénégal et partout en Afrique « les Etats ont maintenu une infrastructure (santé, école) dans les différentes capitales régionales. Au niveau du monde rural, ils se sont contentés de prélever l'impôt sans pour autant apporter une quelconque contrepartie >>8. L'essentiel des services du secondaire et du tertiaire est concentré dans la capitale. Il y existe également les meilleures possibilités de travail. Ce qui crée un fossé économique entre les régions entrainant ainsi des mouvements de populations. Ainsi, « Les personnes se déplacent parce qu'elles y trouvent un avantage, une amélioration de leurs ressources, un cadre de vie plus agréable, [...] >>9. Ce qui fait que Dakar enregistre le taux le plus important de migrants internes et internationaux du pays.

La quasi-totalité des régions de l'intérieur du Sénégal est touchée par les migrations vers la capitale, voire d'autres horizons. La région du Damga, objet de notre étude, possède un taux d'émigration inquiétant qui fait de cette partie septentrionale du Sénégal une réserve qui alimente aussi bien l'émigration interne qu'internationale. L'histoire du Damga en corrélation avec son évolution écologique et socio-économique nous permet de défendre la thèse selon laquelle, elle constitue une zone de départ par excellence.

Dans le Damga et partout ailleurs au Fouta il existe une société très hiérarchisée. Ainsi, à l'intérieur d'un même terroir on retrouve différents groupes statutaires. C'est dans ce cadre qu'on perçoit des libres/nobles, des dépendants/castés et des descendants de captifs qui ont chacun des attributs bien déterminés. Selon le groupe on peut ou non détenir un patrimoine foncier. Pour pratiquer l'agriculture, certains groupes statutaires doivent prendre en métayage ou emprunter les champs aux propriétaires qui sont pour l'essentiel des nobles. Ceci pourrait constituer une raison suffisante pour que ceux qui n'ont pas de terre émigrent.

En plus de cette inégalité sociale, le Damga se situe dans une zone qui connaît depuis plus de quatre décennies une pluviométrie déficitaire. Sa proximité avec la

8 Daum Christophe : Quand les immigrés du Sahel construisent leurs pays, p22

9 Dumont Gérard François: Les migrations internationales : les nouvelles logiques migratoires, p77

Mauritanie fait de lui une partie très influencée par le désert. Ainsi, si d'aucuns soutiennent que ce n'est pas << l'évidence tautologique des écarts de revenus potentiels »10 qui serait à l'origine des départs mais plutôt << la transformation de l'organisation socio-économique du monde rural qui exige le départ d'une fraction de sa population »11, l'étude du Damga montre que c'est inéluctablement l'amenuisement de chances de trouver un emploi qui serait à l'origine des départs.

Notons cependant que le Damga possède une partie de son territoire constituée essentiellement de plaines alluviales pouvant abriter les cultures de décrue et une aire importante pour les cultures sous pluies. C'est ainsi dire que l'émigration ne devrait pas être l'une des rares réponses de l'homme face à un environnement hostile.

Wodobéré, cadre géographique de notre étude, est une partie intégrante du Damga. Ce qui conduit à dire que ce village est marqué par les mêmes caractéristiques sociales, économiques et climatiques citées ci-dessus. En effet, ce qui retient notre attention dans ce village c'est la quasi-absence des hommes en âge de procréer et une prépondérance des femmes, des vieux et des jeunes. Paradoxalement, en dépit de l'absence des hommes valides on constate une nette transformation du bâti et des conditions de vie meilleures par rapport aux villages environnants.

Le village de Wodobéré nous intéresse dans la mesure où, malgré l'abondance de la littérature sur la problématique des migrations, il n'existe pas, à notre connaissance, des chercheurs qui y sont intéressés. Alors que l'émigration à partir de cette localité est importante aussi bien en terme de personnes concernées que par les retombées positives qu'elle génère. Les ménages ont, dans leur majorité, un ou plusieurs éléments émigrés qui participent substantiellement à l'amélioration des conditions de vie de la communauté. Aujourd'hui, nonobstant l'absence de l'action de l'Etat, beaucoup de réalisations ont pu être effectuées dans ce petit village situé aux confins du Sénégal grâce aux fonds générés par l'émigration.

L'intérêt que nous accordons au sujet réside dans le fait que l'émigration régit l'activité sociale, économique et culturelle de ladite localité. Il n'existe aucune autre activité pouvant intéresser les jeunes puisque dans les débats, sous l'arbre à palabres et à toutes les rencontres, trouver les moyens de quitter reste l'unique équation qu'ils cherchent à résoudre. Sous un autre aspect, ce choix se justifie par le fait que malgré la disponibilité

10 AMIN Samir : << Introduction », in Les migrations contemporaines de l'Afrique de l'ouest, p33

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11 AMIN Samir : Ibid., p33

de l'eau et de la terre, la population active est quasi absente du terroir. L'émigration touche l'essentiel de la population.

Pour cerner la dimension géographique du thème - l'émigration est un concept analysé par des sociologues, des anthropologues, des économistes etc.- posons-nous la question de savoir quels sont les facteurs géographiques qui sous-tendent l'émigration dans cette localité et l'engouement qu'en nourrit la population de Wodobéré ? A quelle époque s'estelle véritablement déclenchée ? Quels sont les principaux facteurs qui incitent à l'émigration ? Quel est le processus et quelles sont les différentes phases et étapes que franchissent les émigrants ? Quels sont les principaux pays d'accueil ? Les retombées de l'émigration permettraient-elles de compenser les moyens investis pour sa réalisation ? Quelles conséquences aurait-elle sur la zone de départ ?

Les réponses à ces questions nous permettront de mieux appréhender la problématique de l'émigration à partir du Damga. Elles faciliteront également une meilleure compréhension des déterminants, des typologies et des conséquences de l'émigration dans le Damga à partir de l'exemple de Wodobéré.

v' L'objectif principal de ce TER, au-delà de l'initiation à la recherche, est d'analyser la problématique de l'émigration à partir du Damga en prenant l'exemple du village de Wodobéré.

Nous avons élaboré les objectifs spécifiques suivants afin de mieux cerner notre champ d'analyse :

- le premier objectif spécifique est de montrer l'ampleur et la typologie de l'émigration dans ce village.

- le deuxième objectif spécifique de cette étude est de faire une analyse allant des facteurs qui motivent le choix des populations à la finalité de l'émigration.

-le troisième objectif spécifique est d'analyser les changements engendrés par l'émigration sur le milieu d'origine.

v' Pour atteindre ces objectifs, nous avons dégagé quelques hypothèses :

- les motifs d'émigration qui sont étroitement liés à l'absence d'activités pouvant impulser un développement endogène seraient à l'origine des départs.

-la péjoration du climat, des conditions écologiques et la réussite de ceux qui sont
déjà partis ne serait ce que par la prise en charge de parents et amis constitueraient

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des facteurs qui suscitent l'envie de ceux qui sont au pays et le départ de nouveaux candidats.

- malgré les effets positifs de l'émigration sur le village, elle aurait fortement contribué à la désagrégation des liens sociaux qui étaient naguère la fierté de tout un peuple et mis à genou l'économie locale.

METHODOLOGIE DE RECHERCHE

Comme tout travail scientifique, en géographie nous avons besoin d'une méthodologie adaptée pour mener à bien notre étude. En effet, la réussite dans l'analyse d'un thème d'étude et de recherche est étroitement liée à la méthodologie adoptée. Ceci, parce que c'est dans cette méthodologie qu'on doit définir la procédure, la méthode et les techniques auxquelles nous allons nous atteler pour entamer le travail.

Ainsi, l'étude de la problématique de l'émigration dans cette partie du Sénégal, dominée par une population analphabète, du moins qui n'a pas fréquenté l'école de type occidental, nécessite une certaine souplesse dans les méthodes d'approche. Cet aspect a guidé substantiellement notre démarche.

L'historique de la recherche

L'observation directe

De prime abord, nos recherches ont été guidées par les fréquents séjours que nous avons effectués dans la zone d'étude dès notre inscription en Maîtrise en janvier 2008. Ces séjours nous ont permis de constater l'importance accordée par les populations à l'émigration. Ainsi, pour parer à tout handicape, pour formuler nos hypothèses de recherche et faciliter l'élaboration du questionnaire, nous avions effectué des observations directes sur le terrain.

Il s'agissait pour nous, dans un premier temps, de nous rapprocher des candidats à l'émigration et d'observer sur une période donnée l'évolution des préparatifs jusqu'au jour du départ. Ainsi, après le départ de l'émigré du village, nous essayons régulièrement d'acquérir de ses nouvelles auprès de sa famille.

Nous avions également profité des affinités que nous avons entretenues avec certaines familles d'émigrés pour observer directement les réalisations effectuées dans ce cadre et de constater de vue les montants mensuels envoyés par les émigrés à leurs familles respectives et à la communauté villageoise. C'est ainsi que nous avions pu constater beaucoup de choses afférentes à l'émigration dans cette localité, choses à partir desquelles nous avons élaboré des questionnaires et un guide d'entretien.

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Revue documentaire

Cette première phase du travail nous a permis d'appréhender la question de l'émigration et de mieux connaître les limites des travaux déjà existant et portant sur la problématique de l'émigration.

Ainsi, pour mieux appréhender la question de l'émigration en général et celle concernant le Damga en particulier, nous avons tout d'abord fait une revue documentaire et par les différents services, collecté des informations relatives à la problématique de l'émigration.

C'est dans ce cadre que nous avons, dans un premier temps, sillonné les différentes bibliothèques de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, susceptibles de contenir des informations relatives à notre thématique. Il s'agit de la bibliothèque centrale, de la bibliothèque du département de géographie, et celle de l'IFAN.

La lecture des différents ouvrages nous a été d'une utilité capitale. Elle nous a beaucoup facilité la rédaction de ce mémoire dans la mesure où certains passages de livres nous ont servi à illustrer notre argumentaire. Elle nous a également permis de retracer l'histoire des émigrations et du peuplement de la vallée du fleuve Sénégal.

Ainsi, à la bibliothèque centrale, nous avons consulté entre autres, le livre d'Abdoulaye Bara Diop, Société Toucouleur : enquête sur l'immigration des Toucouleur à Dakar, 1965, IFAN, 231p. Ce livre nous intéresse dans la mesure où il détermine les formes, les causes et les conditions de vie des Toucouleur à Dakar. Nous avons prêté une attention particulière à la partie où il examine les causes de l'émigration des toucouleur. En effet, ses limites se situent dans le fait qu'il ne traite que les problèmes de l'immigration et ses causes sans pour autant parler des réalisations émanant de cette immigration. Contrairement, il s'agit pour nous, de faire l'étude de l'émigration d'une localité très précise et non de l'ensemble des Toucouleur.

Nous avons également consulté le livre de Gérard François Dumont : Les
migrations internationales
, 1995, Paris, SADES, 223p, dans ce livre comme dans celui de
Max Sorre : Les migrations des peuples, 1955, Paris, Flammarion et Cie, 265p, notre
intérêt s'est porté sur les définitions et les descriptions des différentes formes de
migrations. En effet, ils n'ont nullement parlé de l'émigration et de ses impacts sur Damga.
En outre, Sylvie Bredeloup, dans son livre La Diams'pora du fleuve Sénégal :
sociologie des migrations africaines,
2007, Toulouse, PUM, éd. IRD, nous fait une analyse
de l'émigration des diamantaires du fleuve Sénégal et les impacts socioéconomiques dans

les zones de départ. Ce livre nous intéresse dans la mesure oü il s'agit des émigrés de la vallée du fleuve Sénégal et nous permet de retracer les itinéraires de ces derniers.

Nous avons également été à l'IRD, à l'Agence Nationale des Statistiques et de la Démographie (ANSD), et à l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) oü nous avons eu à consulter d'autres documents et à recueillir des données pouvant nous servir dans notre recherche.

En ce qui concerne les données du village, nous nous sommes rendus aux différents services de la région de Matam comme la SAED mais également à la Direction de l'Aménagement du Territoire(DAT) et à la Direction des Travaux Géographiques et Cartographiques (DTGC). L'internet a été d'une grande utilité dans la recherche des ouvrages que nous n'avions pas pu trouver ni dans les bibliothèques ni dans les librairies. Il nous a permis également, à défaut d'une carte administrative, de récupérer avec Google earth une photographie satellitaire du village. La délimitation de la province du Damga nous a été facilitée par le Professeur Pape Demba Fall (Laboratoire de géographie de l'IFAN).

Les phases d'enquête et visite de terrain

Les entretiens exploratoires

L'étude des migrations ne peut se faire qu'avec la complicité étroite des concernés. C'est ainsi, que nous avons organisé des rencontres informelles avec certains émigrés qui sont de retour pour écouter leurs témoignages, leurs récits de voyage et collecter des informations pouvant appuyer notre argumentaire. Cela a été rendu possible grâce aux causeries autour du thé communément appelées << Grand'place » auxquelles nous avons participés et que nous avons pu transformer en << focus group ».

Les structures de transfert d'argent

Tour à tour les différentes structures de transfert d'argent, c'est à dire les services postaux et les << points fax », nous ont permis de collecter l'ensemble des données ayant trait avec les transferts financiers des émigrés. Malgré la réticence de la population dans la disposition des informations, nous avons pu recueillir, aussi bien au niveau des structures formelles, à savoir les différents services du bureau de poste, qu'au niveau des structures informelles telles que les << points fax » des GIE, les montants envoyés mensuellement vers le village.

L'échantillonnage

Selon le questionnaire, nous avons adopté une technique d'échantillonnage appropriée. Il s'agit de prendre en compte les spécificités de chaque population en se basant sur ses différentes variables.

Echantillonnage du questionnaire destiné aux chefs de ménages

Sur une population parente de 276 ménages que constitue le village de Wodobéré, nous avons procédé à un échantillonnage par quota selon des critères guidés par nos hypothèses de recherche. Cette méthode a été nécessaire, d'une part, pour pallier l'épineuse question de l'absence d'une base de sondage, étant donné que nos chances de trouver une liste exhaustive de la population parente sont nulles, et, d'autre part, pour répondre aux exigences de nos objectifs de recherche. La technique d'échantillonnage par quota a consisté à diviser la population parente en classes correspondant à la variable retenue à savoir l'appartenance sociale. Par la suite, pour obtenir le quota de chaque classe nous avons procédé par le rapport entre le pourcentage de chaque classe et la taille des pourcentages que nous avons multiplié par N. En d'autres termes nous avons fait, par

exemple pour la classe des Sebbe, 54% de 100x60. C'est-à-dire (54/100) 60=32. Ce qui donne le tableau qui suit :

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Castes

 

Effectifs/Nombre de
concession

Pourcentage des castes

Quota dans l'échantillon
(% de 100xN)

Sebbe

148

54

32

Toorobe

18

6

4

Suubalbé

19

7

4

Macuube

55

20

12

Lawbe

5

2

1

Sakkeebé

8

3

2

Awlube

3

1

1

Wahilbé

8

3

2

Fuulbé

12

4

2

TOTAL

276

100%

60

Echantillonnage du questionnaire destiné aux émigrés

Notre choix est guidé par le caractère spécifique des enquêtés. Ce sont des émigrés, donc il était beaucoup plus judicieux de cibler les périodes de congés, car la plupart d'entre eux qui a un travail fixe dans les régions d'accueil revient périodiquement au village.

Notre échantillon s'est porté sur une population de 100 personnes. Par ailleurs, nous n'avons établi aucun critère pour l'échantillonnage. Il a était question de recenser l'ensemble des émigrés qui étaient de passage au village durant la période de notre enquête jusqu'à atteindre le taux d'échantillon préalablement fixé.

L'enquête proprement dite

Tout d'abord, nous avons élaboré un plan de sondage pour l'enquête portant sur les émigrés. Cela a consisté à réaliser une enquête sur deux phases.

Une première phase qui s'est déroulée du 06 août au 30 septembre 2008 qui nous a permis de rencontrer 57 émigrés. Une deuxième et dernière phase qui va du 1er décembre 2008 au 15 février 2009 nous permettant d'administrer 43 questionnaires.

Ensuite, nous avons élaboré une autre stratégie d'enquête pour le questionnaire relatif aux ménages. Il s'agissait, après avoir affecté un quota à chaque caste et repéré les ménages, de diviser le village, à l'aide de la structuration des quartiers, en cinq parties. Ainsi, dans chaque patté de maisons, nous déposions le matin un ou deux questionnaires pour les récupérer l'après midi. Cette opération, avec un échantillon de 60 chefs de ménage, s'est déroulée en février 2009 sur une période de 10 jours à raison de 6 questionnaires par jour. Parmi les chefs de ménages enquêtés il y a 57 qui ont un ou plusieurs émigrés dans leur famille et 3 seulement qui n'en ont pas. Cependant, les 3 ménages sans émigrés reçoivent des transferts d'argent de la part de leurs proches mais à une fréquence irrégulière. Nous avons délibérément opté de les considérer comme étant ménage avec des éléments émigrés.

Enfin, à travers la population de notre échantillon sur les ménages, nous avons consacré une rubrique toute entière au décompte de tous les membres de la famille de l'enquêté, absents du village ou pas. Ce qui nous a permis de recenser une population totale de 1101 habitants de sexes et d'âges différents. A l'aide de cette population, nous

22

avons établi des statistiques nous permettant de faire le rapport entre les absents et les présents selon l'âge et le sexe.

Les outils de l'enquête

Il s'agissait pour nous de recueillir des données à la fois qualitatives que quantitatives. Pour se faire, les questionnaires et le guide d'entretien nous ont permis d'avoir ces données.

Le questionnaire :

Sur les deux questionnaires que nous avons élaborés, il était question de chercher des informations relatives au fonctionnement des ménages, d'une part, et au déroulement de l'émigration, d'autre part. La population enquêtée était appelée à répondre à la fois à des questions ouvertes et fermées.

Le guide d'entretien

Le guide d'entretien était conçu spécialement pour recueillir les récits de voyage des émigrés en retraite. Il est structuré car on se permettait de guider l'interviewé dans son argumentaire en lui donnant les points saillants sur lesquels il devrait apporter des éclaircissements. Ainsi, à l'aide d'un dictaphone nous avons enregistré les discussions.

Traitement des données

Après la phase de collecte, nous avons procédé au traitement des données. D'abord, il a été question de dépouiller l'ensemble des données pour une lecture beaucoup plus simple mais aussi de transcrire les propos des interviewés, recueillis à l'aide d'un dictaphone, du Pulaar en français. Les logiciels EXCEL et WORD nous ont permis respectivement de présenter les données sous forme de tableaux et de graphiques pour mieux faciliter l'analyse et de rédiger le document final.

Les difficultés rencontrées

Faire une première initiation à la recherche est difficile mais il l'est encore beaucoup plus quand il s'agit de faire une recherche chez soi. A notre grande surprise, notre connaissance du milieu et de ses habitants a joué à notre défaveur. À peine nos enquêtés répondaient à nos questions. Pour eux, il était insensé de venir faire des recherches chez soi parce que nous connaissions déjà les réponses aux différentes interrogations. Ce qui a constitué un handicap majeur dans la phase d'enquête.

En plus de cet état de fait, nous avions rencontré énormément de problèmes pour trouver une carte en guise de présentation de la localité. Etant géographe, nous avions voulu élaboré une carte jusque là inédite de la localité mais notre ambition a été freinée par le manque de matériel. Nous avons recherché un GPS durant toute la durée de l'étude mais en vain. Il en est de même pour la recherche documentaire. Malgré l'abondance de la littérature sur les migrations, les ouvrages les plus précis dans ce domaine n'existent presque pas dans les bibliothèques et dès fois introuvables dans les librairies.

En fin, nous étions confrontés à des problèmes financiers pour couvrir les dépenses liées à nos voyages. Les effets conjugués des routes dégradées et de la cherté du transport ont beaucoup impacté sur le nombre de voyages que nous avions voulu effectué.

PRESENTATION GENERALE DU VILLAGE DE WODOBERE

PREMIERE PARTIE

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CHAPITRE I : Présentation du cadre physique et humain I. Le cadre physique

I.1.Le site et la situation géographique

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"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"   Martin Luther King