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Notion de système formel. Prolégomènes à  une logique cognitivisme à  partir de Donald Davidson

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par Tamis MUAMBA NGUESHE
Université de Kinshasa - Licence 2010
  

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I.1.5. Que faut-il entendre par logique cognitiviste ?

Nous partons de quatre présupposés. Le premier est la théorie des mondes possibles. Celle-ci, nous l'avons vu, permet d'évaluer un énoncé par rapport à un monde possible, à une modalité.

Le deuxième présuppose est la nécessité d'embrigader le langage ordinaire en vue de l'épurer.

A vrai dire, le langage ordinaire n'a d'ordinaire que son nom. Il est artificiel, conventionnel et donc un produit de la culture et non de la nature. Descartes, dans sa lettre du 20 novembre 1629, adressée à Mersenne, lettre dans laquelle il traitait de la question d'une langue universelle, nous apprend ce qui suit : « ... il n'ya que deux choses à apprendre en toutes les langues, à savoir la signification des mots et la grammaire » (23(*)).

L'invention et la signification des mots, nous semble-t-il, sont une contingence de l'histoire, car il a fallu que les hommes, ayant atteint un certain niveau de culture et voulant désigner et exprimer ce qu'ils avaient à l'esprit, décidèrent que telle chose s'appellera ceci, telle autre cela, etc.

Quant à la grammaire, elle a été inventée, entre autre, pour des raisons euphoniques, c'est-à-dire pour éviter la mauvaise rencontre des lettres, laquelle ferait des sons désagréables et insupportables à l'ouïe. « .... Toute la différence des inflexions des mots ne s'est faite par l'usage que pour éviter ce défaut » (24(*)).

Descartes proposait deux choses :

- Que l'invention des mots de cette langue puisse ressortir des caractères communs des mots primitifs et que leur écriture puisse répondre au sens et non pas aux syllabes,

- En second lieu, il voulait qu'une telle langue puisse obéir à un algorithme semblable à celui des nombres.

En clair, le langage ordinaire a été toujours et est embrigadé par des restrictions d'ordre grammatical. Au delà de cette forme grammaticale, il est important de dégager la forme logique.

Diego Marconi, en paraphrasant Quine, affirme ce qui suit : « le langage naturel doit être autant que possible reconduit au langage de la logique. Il ne doit pas être remplacé par un langage symbolique, mais il s'agit plutôt de retrouver dans le langage naturel lui-même, du mieux que l'on peut, cette structure logique que le langage symbolique exhibe avec une pleine évidence » (25(*)). L'objectif est donc celui d'articuler, mieux de rendre vivante la structure logique profonde (et non superficielle) commune à toutes les langues possibles à la manière de Montague.

Le troisième présupposé est la théorie de l'action de Donald Davidson. En effet, notre auteur considère l'action comme une sorte d'événement, mais un événement qui est caractérisé par l'intentionnalité. Cette dernière est le critère de l'action. En corollaire, toute action est susceptible de recevoir une description intentionnelle. En revanche, si à un événement aucune description intentionnelle ne s'applique, alors il s'agit d'un événement qui « arrive » simplement et non de quelque chose qui est «  faite » ou exécutée ».

Aussi, donner les raisons de l'agent, c'est rationnaliser l'action au moyen d'une pro-attitude (état conatif) et d'une croyance (`état cognitif). A ce propos, Davidson affirme que : «chaque fois que quelqu'un fait quelque chose pour une raison, on peut donc dire a) qu'il avait une sorte de pro-attitude à l'égard d'actions d'un certain type, et b) qu'il croyait (ou savait, percevait, remarquait, se rappelait) que cette action était de ce type »(26(*)).

Dans la rubrique a, il faut inclure des désirs, les volontés, etc., pour autant qu'on puisse interpréter ceux-ci comme les attitudes d'un agent dirigées vers des actions d'un certain type.

Dans la rubrique b, il faut inclure les croyances, les perceptions, etc., en ce sens qu'elles sont des représentations des moyens supposés appropriés pour atteindre un certain but.

Notons que la rubrique a et la rubrique b ou l'état conatif et l'état cognitif constituent la raison primaire d'une action, c'est-à-dire sa cause. Davidson souligne que : « R est une raison primaire pour laquelle un agent a accompli l'action A sous la description d que si R consiste en une pro-attitude et en la croyance de l'agent que A, sous la description d, a cette propriété »(27(*)). Ceci peut s'illustrer par l'exemple suivant : Antoine faisait de l'exercice et voulait maigrir et pensait que l'exercice le ferait maigrir.

La volonté ou le désir de maigrir (état conatif) et la croyance au fait que faire de l'exercice est le moyen approprié pour maigrir (état cognitif) constituent la raison primaire ou la cause de l'action d'Antoine.

A la lecture de l'oeuvre de Davidson, nous pouvons distinguer trois catégories d'événements (qui son tous des actions, c'est-à-ire des choses que l'agent fait), à savoir : les événements mentaux, les événements illocutoires et les événements physiques.

En effet, quelqu'un peut objecter que les événements mentaux ou les intentions pures ne sont pas des actions. A cette objection, Davidson répond de la manière suivante : «il faut dire qu'une action implique la formation d'une intention, alors que l'intention pure est l'état d'un agent qui a formé une intention (et qui n'a pas changé d'avis). Il vaut mieux recourir à un concept plus neutre et parler d'individus qui se trouvent avoir une intention, changement qui peut se produire si lentement ou si imperceptiblement chez un agent qu'il ne peut pas dire quand il a lieu. Il n'en reste pas moins que c'est là un événement, que nous pouvons très bien décider d'appeler cela une action, ou tout au moins quelque chose que l'agent fait sans pour autant être observable »(28(*)).

Quant aux événements illocutoires, Davidson note ce qui suit : «Un autre mode d'approche consiste à s'intéresser aux actes de langage explicite. Dire que l'on a l'intention de faire quelque chose ou que l'on le fera, est indubitablement une action, et a quelques une des caractéristiques de ce qui se produit quand on forme des intentions. Dire, dans des circonstances appropriées, que l'on a l'intention de faire quelques choses ou qu'on le fera, peut nous engager à le faire, si l'acte ne s'ensuit pas, il est approprié de demander une explication »(29(*)).

Il sied de noter que le caractère performatif des événements illocutoires diffère de celui des événements mentaux. Les premiers dépendent de conventions spécifiques alors qu'il n'y a pas de conventions qui gouvernent la formation des intentions.

Pascal Engel insiste sur le fait que « Davidson ne renonce pas à sa thèse initiale de 1967, selon laquelle une théorie de la signification est une théorie empirique testable, qu'on puisse rattacher, de manière spécifiable, à l'usage des phrases par des locuteurs.... Il conçoit ce problème comme fondamentalement le même que celui d'une théorie de la mesure des degrés de croyances et de désirs dans la théorie classique de la décision. La solution qu'il cherche à apporter à ce problème est également inspirée de celle-ci et prend la forme d'une théorie unifiée du langage et de l'action (30(*)).

En résumé, il existe pour chaque événement une description physique et une description mentale. Toutefois, chaque événement peut être médiatisé par les actes du langage. Ce genre d'identité présuppose des lois de corrélation entre le mentale, le langage et le physique.

Notre travail va donc consister à dégager la structure logique profonde qui sous-tend cette corrélation.

Pour ce, il faudrait recourir à un quatrième présupposé, celui des intelligences artificielles, plus spécialement la notion de frame. Diego Marconi note que : « la recherche en intelligence artificielle a produit différentes méthodes de représentation de la signification des mots : les plus rependues sont les réseaux sémantiques et les frames. Dans les versions les plus développées, les réseaux sémantiques sont équivalents à des systèmes de postulats de signification commandés par une logique de premier ordre. Les frames (Minsky, 1975) sont au contraire une forme de représentation non reconductible à celles traditionnelles.... Dans un frame, les valeurs sont des valeurs possibles qu'une propriété peut assumer ; la valeur par défaut est la valeur qui est attribuée automatiquement à une propriété en absence d'informations précises. Les valeurs possibles représentent la possibilité de variation des propriétés... » (31(*)).

Ainsi, fort de ces quatre présupposés, nous pensons que la logique cognitiviste, du moins telle que nous l'entendons devrait avoir deux dimensions : la première est dite démonstrative et la seconde, cognitive.

La première dimension aurait pour vocation d'étudier l'aspect démonstratif, c'est-à-dire la validité de nos énoncés (entendez par là les conditions de vérité et la signification de nos énoncés). Cette validité (au nom de principe d'interprétation radicale de Davidson), nous la voulons généralisée.

Aussi, nous faisons de la sincérité du sujet et de la performativité de l'énoncé deux nouvelles modalités à coté des modalités traditionnelles telles que la nécessité, la possibilité, la permission, etc.

La sincérité, pour peu qu'elle dépende du sujet, serait une modalité relative. Quant à la performativité, elle serait une modalité absolue (ontique) dans la mesure où elle dépasse le sujet (32(*)).

Cette première dimension prendra en charge les événements illocutoires (33(*)).

La seconde dimension, c'est-à-dire la dimension agentive, aurait pour rôle de déterminer la structure logique qui sous tend la corrélation entre les événements mentaux et les événements physiques. En principe, cette corrélation devrait s'exprimer par la formule générale suivante :

x y [(x = y) ? (E x ? Ey)]

Nous avons deux variables individuelles (x et y) et une constante individuelle (E). x et y représentent respectivement la description mentale et la description physique de l'événement E, la constante.

Cette formule, cependant, ne tient pas compte du mouvement qu'il y a entre les événements mentaux vers les événements physique. D'où, il faudrait recourir à un autre modèle, celui des frames.

Nous savons déjà que les états conatif et cognitif composent les événements mentaux. Ces derniers constituent la cause de l'agent. Mais concrètement, il y a toujours des facteurs psychophysiques qui interviennent pour la détermination effective de l'action de l'agent. Ces facteurs psychophysiques, nous les appelons coefficient de conjoncture. Le coefficient de conjoncture peut, d'une certaine façon, influencer les événements mentaux. Schématiquement, nous obtenons la formule suivante :

{{[(p^q)?r] ^ ? [r?(p^q)]} ^ (r? s) }?[(p^q) ? s]

En fait, nous avons posé les valeurs suivantes :

p : état conatif

q : état cognitif

r : coefficient de conjoncture

s : action de l'action

A ce niveau, il faudrait établir un frame pour chaque variable et ensuite réaliser une combinatoire de ces frames à la manière de Raymond Lulle.

Formellement, nous obtiendrons le schéma suivant :

Evénement mental

?

? ?

Coefficient de conjoncture

?

Evénement physique

Etat conatif

^

Etat cognitif

 

Facteurs psychophysiques

 

Action de l'agent

frame

 

frame

 

frame

 

frame

* 23. René DESCARTES, op.cit , p.911.

* 24. Idem, p.913.

* 25. Cfr. Diego MARCONI, op.cit, §28.

* 26. Donald DAVIDSON, Actions et événements, Paris, PUF, 1993, p.16.

* 27. Idem, p.18.

* 28. Ibidem, p.127.

* 29. Idem, p.128

* 30. Pascal ENGEL, op.cit, p.109.

* 31. Diego MARCONI, op.cit, §33.

* 32. Ce point sera développé de façon détaillée au troisième chapitre.

* 33. Sur ce point nous nous référerons aussi à Daniel VANDERVEKEN

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