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Politique de l'enseignement universitaire en République Démocratique du Congo (1947-1993)

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par Aurélie Maketa
Université de Kinshasa - Licence 2011
  

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II. Le temps de l'autonomie

L'indépendance de la République du Congo amena à une carence de main d'oeuvre. Les Européens étant partis, il apparaissait clairement qu'il n'y avait pas suffisamment de cadres congolais formés pour satisfaire aux besoins du nouvel Etat. On pouvait compter en tout trente diplômés pour l'ensemble du territoire national. Le pays ne possédait aucun juriste diplômé, aucun médecin en titre, aucun ingénieur civil, aucun scientifique50. Face à cette carence et à ce besoin, des solutions complémentaires apparaissent.

A. L'Université de Kisangani et les instituts supérieurs techniques

De nombreux instituts supérieurs techniques furent donc créés.

47 Idem, p. 90

48 GILLON, L (Mgr), Op. Cit., p. 81

49 MALENGREAU, G., Op. Cit., p. 49

50MUTAMBA, J-M., Du Congo belge au Congo indépendant 1940-1960 : Emergence des « évolués » et genèse du nationalisme, Kinshasa, IFEP, p.154

Pour former des magistrats et des cadres administratifs, l'Ecole Nationale de Droit et d'Administration (E.N.D.A.) fut créée le 28 décembre 1960. De même, pour former des ingénieurs d'exécution pour les chantiers, l'Institut National des Bâtiments et des Travaux Publics (I.N.B.T.P.) ainsi que, l'Institut National des Mines (I.N.M.) de Bukavu furent créés en 1961.

Un Institut Pédagogique National (I.P.N.) est crée à Léopoldville en 1961. Puis des Instituts Supérieurs Pédagogiques (I.S.P.) surgissent un peu partout sur le territoire congolais, à Boma en 1963, Bukavu en 1965, Lubumbashi en 1966, Bunia et Mbuji Mayi en 1968. Car, il fallait assurer la formation d'enseignant pour le primaire et le secondaire51.

L'ordonnance loi n°160 du 10 juin 1963, créa une « Université Libre du Congo » à Kisangani. Cette dernière, comme Lovanium, n'était pas officielle mais confessionnelle privée ; elle était créée sous l'impulsion des églises protestantes. Cette université vint compléter le tableau. Après l'indépendance donc, l'on retrouve une Université catholique l'« Université Lovanium » à Léopoldville, une Université officielle l'« Université Officielle du Congo »52 à Elisabethville et une université protestante l'« Université Libre du Congo » à Stanleyville.

B. L'africanisation de l'enseignement

Avec l'indépendance et la prise en main de sa destinée par les Congolais, la donne changea. A présent, l'ancienne colonie belge devenait un Etat autonome. Désormais ce n'était plus des intérêts étrangers qui devaient primer mais plutôt les intérêts nationaux.

Au début de l'année académique 1966-1967, à l'U.L., l'on peut ressentir la satisfaction qui transparaît dans le discours des autorités académiques concernant le travail accompli : satisfaction par rapport aux nombreuses constructions et acquisitions :

« Le dynamisme constructeur de notre université, qui devient légendaire, ne s'est pas démenti... notre colline est toujours en chantier, à l'un de ses endroits... un home destiné à recevoir 450 étudiants sont en voie d'établissement. »53« Si nous nous tournons du côté de l'équipement scientifique et technique, nous devons signaler deux ou trois faits marquants... une acquisition importante vient d'être faite à l'université

51 BONGELI, E., L'université contre le développement au Congo-Kinshasa, Paris, l'Harmattan RDC, 2009, p. 60

52 Pendant la sécession, l'ordonnance présidentielle n°800/162 en fit l'Université de l'Etat à Elisabethville. Elle garda ce nom du 14 septembre 1960 à la fin de sécession en 1963.

53Discours académiques prononcé pour l'ouverture de l'année académique 1966-1967 par le vice recteur Tharcisse TSHIBANGU, pp. A1-A2

(...). La propriété d'un matériel d'une valeur de 50.000 dollars ... a été transférée à la République Démocratique du Congo(...). Le recteur de l'université a par ailleurs pu acquérir à notre institution un ordinateur électronique dans la série des plus perfectionnés qui existent en ce moment. »54

Mais aussi par rapport à une africanisation toujours plus visible :

« En même temps que l'Université essaie de développer sa vie académique, elle fait un effort toujours plus grand pour s'insérer davantage dans la réalité africaine sous tous ses aspects, c'est ce que nous nommerons son africanisation »55.

Malgré ce discours résolument optimiste, force est de constater que dans les faits, c'était un peu plus compliqué. Certes comme, le disait le vice-recteur, les cours continuaient, de nouveaux bâtiments étaient construits, mais à ce moment là il se posait un problème de taille : celui de la capacité de l'université à former des universitaires aptes à résoudre les nombreux problèmes qui se posaient dans la société. L'enseignement donné était- il vraiment apte à former des Africains et dans ce cas précis des Congolais, fiers d'abord de leur identité africaine, des Noirs conscients de leur Nation et de leurs devoirs, pouvant leur permettre d'aller de l'avant ?

C'est cette problématique de l'enseignement universitaire, de ses aspirations et de ce qu'elle entraina réellement que nous allons tenter de capter dans ce point en parlant d'un concept extrêmement important pour les universités africaines : l'africanisation.

Le concept d'africanisation de l'enseignement est tellement important qu'il revient dans les différents débats sur l'université au Congo.

Au commencement de l'Université, les promoteurs parlaient d'une université africaine. Il s'agissait de créer au Congo une institution d'où pourrait sortir une culture purement africaine.

Après l'indépendance, c'est un sujet qui porte débat, car si, pour prendre l'exemple de Lovanium, Monseigneur Luc Gillon dit d'elle qu'elle n'a jamais été une université belge en Afrique56. Pour d'autres, elle ne fut qu'une pâle copie de l'Université de Louvain au Congo, car avec l'indépendance politique, l'absence de correspondance entre la culture enseignée à l'université et la culture vécue par la société africaine se fait sentir57.

54 Ibidem

55Ibidem

56 GILLON, L. (Mgr), Op. Cit., p. 178

57 LACROIX, B., Op. Cit., p 6

Devant ces contradictions, se pose la question de savoir effectivement le sens de cette africanisation et dans quelle mesure elle a été effective dans nos universités.

Pour Monseigneur Tshibangu, l'africanisation comporte deux plans de réalisation : tout d'abord celui de l'africanisation des cadres, et ensuite la profonde insertion de l'établissement dans le milieu africain et son orientation spirituelle.

Selon cette définition, on doit donc d'abord tenir compte de l'africanisation des cadres.

Dans les différentes universités congolaises, cette donne n'a été vraiment effective que vers la fin des années 60.

A Lovanium, le premier recteur congolais n'apparaît qu'en 1968 avec Monseigneur Tshibangu et à Lubumbashi, il ne viendra qu'en 1970 avec le professeur Ferdinand Ngoma. La majorité du corps enseignant des universités jusqu'à la réforme de 1971 se composait presque exclusivement des professeurs étrangers, surtout européens et belges.

Cette constatation peut s'expliquer par le fait que les études universitaires ayant commencé relativement tard dans nos universités, il fallait donner le temps à la relève congolaise de se former. Il fallait que les universités sortent des assistants, des chargés de cours, des professeurs congolais.

Le deuxième facteur relevé par Monseigneur Tshibangu, a été l'orientation spirituelle de l'université grâce aux programmes de cours, leurs contenus, leur mode d'enseignement utilisé, les approches épistémologiques et aussi la référence à des préoccupations spécifiquement africaines. Cela pour aboutir à la reprise, la recréation et au développement d'une culture africaine renouvelée, enrichie par des acquisitions venant de l'extérieur58. Au-delà de l'emplacement de l'université59, ou de la nationalité de ses membres. Dans une université, la formation reçue doit pouvoir permettre aux étudiants de détruire les formes sociales anciennes pour en faire sortir une société nouvelle, meilleure et plus adaptée.

Pour parler simplement, disons qu'une université est africaine lorsqu'elle contribue le mieux possible à connaître et à résoudre les contradictions des sociétés africaines ; lorsqu'elle prend une part importante dans la création de forme sociale nouvelle dans une Afrique confrontée au défi de son développement et de son adaptation au monde moderne60. Pour cela, les universitaires doivent connaître la société qu'ils entendent

58 Rapport académique prononcé par Mgr Th. Tshibangu p. A15

59 En Afrique ou en Europe

60 VERHAEGEN, B., L'enseignement universitaire au Zaïre : de Lovanium à l'UNAZA 1958-1978, Paris-BruxellesKisangani, L'Harmattan-CRIDE-CEDAF, 1978, p. 74

transformer ; ils doivent comprendre les structures qui existent déjà, le système de pensée et les valeurs existantes61. Un médecin ne peut soigner une maladie qu'il n'a pas diagnostiquée.

Il semble pourtant que cette norme soit très peu prise en compte au Congo, puisque dans les programmes des cours une place extrêmement réduite voir quasi inexistante dans certaines facultés est donnée à la société congolaise. Les programmes tendent plus à définir la société européenne que la société africaine. Comme le dit le professeur Bongeli « l'apprentissage de la science occidentale dans le milieu universitaire congolais s'accompagnait de l'acquisition du mode de vie occidentale. (...) Il était question de former des blancs à peau noire »62.

Dans les facultés, on faisait table rase du passé africain, pour ne prendre en compte que l'apport européen. Dans le programme, le cours d'histoire n'était pas mentionné, de même que l'ethnologie africaine. Le département d'histoire à Lovanium ne sera créé qu'en 1967. La société, le système de valeurs congolais est exclu de la réflexion des étudiants congolais. Lors de la réforme qui intervient en 1971, l'un des griefs retenus contre le système antérieur, était que : l'enseignement qui est dispensé est en réalité un enseignement étranger, nullement adapté à notre système de valeurs, à notre milieu, à nos problèmes, à notre culture. De même, il n'y a pas de lien suffisant entre les thèmes de recherche de l'enseignement et nos secteurs d'activités nationales ni entre les résultats de cette recherche et leur utilisation pratique.63

Les années 50 sont une période d'ébullition dans le monde du savoir, par rapport à l'Afrique et à sa place réelle dans l'histoire de l'humanité. L'historiographie de l'Afrique prend de nouveaux chemins, dès 1947, des revues comme « Présence Africaine », militent pour une histoire de l'Afrique décolonisée, moins européocentrique64. Cette tendance est, de plus en plus, présente dans certaines universités européennes : à l'université de Londres par exemple, en 1950, il existait une « School of Oriental and African Studies ». A la Sorbonne en France, une chaire

61 Idem, p. 75 : la transformation des sociétés africaines, qui doit leur permettre d'intérioriser et de poursuivre ce développement en l'africanisant, implique d'abord une connaissance en profondeur et totalisante de l'Afrique et non pas une connaissance externe, analytique, c'est-à-dire, nécessairement aliénante ... il faut une appréhension globale, historique et dialectique, des sociétés africaines en tant que totalité concrètes, c'est-àdire dans toutes leurs relations avec leur passé et leur culture d'une part, avec les composantes du monde moderne, y compris les survivances coloniales.

62 BONGELI, E., Op. Cit., p. 92

63 Discours de Mgr Tshibangu p. A14

64 FACE, J.D., « Evolution de l'historiographie de l'Afrique » dans Histoire générale de l'Afrique I dirigé par Joseph Ki-Zerbo, Paris, UNESCO, 1980, p. 59

d'histoire africaine avait été créée durant la même période.65 En Afrique même, une génération de fils du continent s'était plongée dans des recherches sur leur continent. Au Congo belge toutefois, ces nouveaux champs de recherche n'ont aucun écho.

Mais au-delà de la réalité de l'insertion de l'étudiant dans sa société, on remarque à l'université, l'absence de grands débats sur l'Afrique et des réflexions ayant conduit à l'indépendance. La compréhension du message des chantres de la décolonisation était découragée. Les étudiants se plaignaient que le fait de parler de Sékou Touré pouvait les faire renvoyer des établissements66.

Il est intéressant de noter que parler d'une africanisation totale de l'enseignement est comparé pour les autorités à une baisse de niveau de l'enseignement67, comme si pour que l'enseignement garde un niveau acceptable et international, il fallait qu'il continue à utiliser les programmes calqués sur les universités belges uniquement.

La question qui se poserait ici serait de savoir comment on pourrait tenter de transformer une société sans savoir ce qu'elle était réellement.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon