WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les logiciels libres, une économie coopérative

( Télécharger le fichier original )
par Jason BOMHALS
Haute Ecole de la Province de Namur - Bachelier Assistant de direction - langues 2014
  

Disponible en mode multipage

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Année académique 2013 - 2014

HAUTE ÉCOLE DE LA PROVINCE DE NAMUR

Catégorie économique

Baccalauréat en secrétariat de direction option langues

Enseignement économique supérieur

PE/tc

rue Henri Blés
5000 NAMUR

TRAVAIL DE FIN D'ÉTUDES

Les logiciels libres, une économie

coopérative

Auteur:

Jason BOMHALS

Année académique 2013 - 2014

HAUTE ÉCOLE DE LA PROVINCE DE NAMUR

Catégorie économique

Baccalauréat en secrétariat de direction option langues

Enseignement économique supérieur

PE/tc

rue Henri Blés
5000 NAMUR

TRAVAIL DE FIN D'ÉTUDES

Les logiciels libres, une économie

coopérative

Auteur:

Jason BOMHALS

Je ne saurais trouver les mots appropriés pour exprimer mes remerciements à tous ceux qui ont contribué, de quelque manière que ce soit, à la réalisation de ce travail. Je tiens tout d'abord à remercier mon promoteur, M. Thierry CHEFFERT, pour avoir accepté de me suivre tout au long de ce travail et pour ses conseils avisés. Je remercie également Mme Béatrice PERRAD, dont les cours ont été d'une importance capitale pour pouvoir me préparer à ce travail, et l'ensemble du corps enseignant de la Haute École de la Province de Namur.

Je me dois aussi de remercier l'ensemble du staff d'EUROCONTROL pour le soutien qui m'a été apporté dans la réalisation de ce travail. Je remercie particulièrement M. Nick STOOP, mon maître de stage, ainsi que MM. Marc BOURGOIS, Jean-Luc HARDY, Jean-Marc DUFLOT, qui a gentiment accepté de devenir mon garant scientifique, et Marc WAUTERS pour leurs conseils et pour m'avoir fourni des informations essentielles à la réalisation du présent travail.

Sommaire

Remerciements 2

I Partie introductive 6

Glossaire 7

Glossaire des sociétés et organismes 7

Glossaire des logiciels 8

Glossaire des sigles et acronymes 10

Glossaire des mots 11

Introduction 12

Généralités 12

Objectifs 13

Procédure 13

II Partie théorique 14

1 Cadre théorique du logiciel libre 15

1.1 Introduction du contexte théorique 15

1.2 Définitions 15

1.2.1 Le logiciel libre 15

1.2.2 Le logiciel Open Source 16

1.2.3 Le logiciel propriétaire 17

1.3 Les types de licences libres 17

1.3.1 Les licences avec obligation de réciprocité 17

1.3.2 Les licences permissives 18

1.3.3 Le domaine libre 18

1.4 Les logiciels libres et le droit belge 18

1.4.1 Logiciel libre et droit d'auteur 18

1.4.2 Licence libre et droit belge 19

1.4.3 Le domaine libre en Belgique 19

1.5 Conclusion du contexte théorique 20

2 Historique 21

2.1 Introduction de l'historique 21

2.2 La philosophie du libre 21

2.3 L'application du libre pour les systèmes

d'exploitation 22

2.4 Le cas des logiciels de bureautique 23

2.5 Conclusion de l'historique 24

3 Développement des logiciels libres et

parts du marché 25
3.1 Introduction de l'étude théorique des parts

du marché 25

3.2 Les logiciels libres et Internet 25

3.3 Les parts du marché évaluées 27

3.3.1 Les systèmes d'exploitation 27

3.3.2 Les navigateurs Internet 29

3.4 Les logiciels libres et les administrations belges 30

3.5 Les logiciels libres et le cinéma 31

3.6 Les logiciels libres et ce travail 32

3.6.1 Pourquoi LATEX? 33

3.6.2 Pourquoi ShareLaTeX? 34

3.7 Conclusion 36

4 La réponse du monde propriétaire 37

4.1 Introduction 37

4.2 La réponse de Microsoft 37

4.2.1 Diminution des prix 37

4.2.2 Différenciation 37

4.2.3 Fidélisation de nouveaux clients 38

4.2.4 Autres réponses 38

4.3 La réponse d'IBM 39

4.4 La réponse de Google 39

4.5 Conclusion 40

5 Avantages et inconvénients 41

5.1 Introduction - Quels logiciels choisir? 41

5.2 Avantages 41

5.3 Inconvénients 42

5.4 Conclusion - Quels logiciels choisir? 43

6 L'économie libre 44

6.1 Introduction à l'économie du libre 44

6.2 Les logiciels libres et le profit économique 44

6.2.1 L'édition 44

6.2.2 La distribution 45

6.2.3 Les services 45

6.3 L'importance des logiciels libres pour l'économie 46

6.3.1 Gardien de la concurrence 46

6.3.2 Réduction du coût de l'innovation 46

6.4 Le libre hors du monde logiciel 47

6.4.1 Le projet Ara 47

6.5 Conclusion - Le modèle économique du libre a-t-il de l'avenir? 47

7 Conséquences pour les assistant(e)s de

direction 49

7.1 Introduction 49

7.2 Quelles sont les conséquences? 49

7.3 Conclusion 50

8 Avenir du logiciel libre 52

8.1 Introduction à l'avenir du libre 52

8.2 L'offre pour répondre à la demande 52

8.3 Un secteur des services plus efficace 53

III Partie pratique 54

9 Introduction à la pratique 55

10 L'Open Source et l'ATM 56

10.1 Le rapport du projet OSIFE 56

10.2 L'enjeu de l'Open Source pour l'ATM 57

10.3 Les principaux freins à l'Open Source en ATM 57

10.3.1 La crainte d'être volé 57

10.3.2 L'Open Source n'est pas professionnel 58

10.3.3 On ne peut gagner de l'argent avec le modèle libre 58

10.3.4 L'Open Source n'est pas sûr 58

10.4 La création d'une communauté Open Source en ATM 61

10.5 Les projets concrets 62

10.5.1 Albatross Display 62

10.5.2 NoGoZone 63

10.6 La création d'un projet OSS 63

10.7 Pourquoi pas la bureautique? 65

11 Étude du changement de logiciels pour l'ERP à EUROCONTROL . . 68

11.1 Que sont les ERP? 68

11.2 Démarches 68

11.3 Différences de capacités 70

11.4 Coût global du logiciel 71

11.4.1 Récolte des informations 71

11.4.2 Acquisition ou création puis intégration du logiciel 72

11.4.3 Déploiement du logiciel 72

11.4.4 Formations des utilisateurs 72

11.4.5 Utilisation et maintenance du logiciel 73

11.4.6 Abandon du logiciel 73

11.4.7 Conclusion - La solution Open Source coûte-t-elle moins cher? . . 73

11.5 Conservation du savoir au sein de l'agence 74

11.6 Test comparatif d'OpenERP et des solutions

actuellement utilisées à EUROCONTROL 74

11.7 Conclusion - Pourquoi Oracle? 77

12 Conclusion de la pratique 78

IV Partie conclusive 79

Conclusion 80

Bibliographie 83

Ouvrages écrits 83

Mémoires 83

Sites Internet 83

Première partie

Partie introductive

7

Glossaire

La première occurrence de chaque mot expliqué dans ce glossaire est suivie d'un astérisque.

Glossaire des sociétés et organismes

AdaCore, Inc Fournisseur américain de solutions logicielles.

Advanced Micro Devices Constructeur américain de semi-conducteurs.

Apple Multinationale américaine spécialisée dans l'électronique, le matériel informatique et le logiciel informatique.

BAE Systems Entreprise britannique spécialisée dans la défense et dans l'industrie aérospatiale.

Codenomicon Société privée finlandaise spécialisée dans les tests de sécurité informatique.

Danone Entreprise française de produit laitier ayant adopté OpenERP en Colombie, en Argentine et en Australie.

Dell Multinationale américaine spécialisée dans la fabrication d'ordinateurs mais s'occu-pant aussi de logiciels et de périphériques multimédias.

EUROCONTROL Organisation inter-gouvernementale pan-européenne spécialisée dans la gestion du trafic aérien, la coopération dans le domaine aérien et le prélèvement des taxes aériennes.

Fondation Apache Association américaine développant des logiciels libres.

Free Software Foundation Organisation fondée par Richard Stallman pour promouvoir le logiciel libre.

Google, Inc. Société américaine connue pour son moteur de recherches et ses nombreux services Internet.

Hewlett-Packard Multinationale américaine d'électronique fabriquant des ordinateurs, des imprimantes et des périphériques multimédias.

Intel Constructeur américain de semi-conducteurs.

International Business Machines Multinationale américaine s'occupant du matériel, du logiciel et des services informatiques.

Laboratoires Bell Filiale R&D de la société Alcatel-Lucent.

Microsoft Multinationale américaine d'informatique spécialisée dans le développement et la vente de systèmes d'exploitation et de logiciels.

8

Mozilla Foundation Association américaine qui promeut l'ouverture, l'innovation et la participation sur Internet.

Netscape Communications Entreprise d'informatique américaine à la base du projet Mozilla.

Nvidia Fournisseur américain de processeurs graphiques.

OpenERP sa Société privée belge responsable de la création et de la maintenance du progiciel OpenERP.

Open Source Initiative Organisation fondée pour promouvoir l'utilisation des logiciels Open Source.

Oracle Corporation Entreprise américaine spécialisée dans la conception de logiciels.

Philips Groupe mondial basé aux Pays-Bas, spécialisé dans l'électroménager, l'équipe-ment médical et l'éclairage et engagé dans la communauté Open Source.

Red Hat Multinationale américaine spécialisée dans l'édition de distributions Linux. Slovenia Control Agence slovène de contrôle aérien.

Skysoft-ATM Société spécialisée dans l'édition et la vente de logiciels de gestion du trafic aérien.

Sun Microsystems Entreprise américaine spécialisée dans la fabrication d'ordinateurs et la conception de logiciels rachetée en 2009 par Oracle Corporation.

The Document Foundation Organisation fondée pour développer le logiciel LibreOf-fice.

Glossaire des logiciels

Albatross Display Interface graphique d'ATC permettant de visualiser en temps réel des données comme la position d'un avion.

Apache HTTP Server Serveur HTTP, c'est-à-dire logiciel gérant les protocoles de communication HTTP.

Apache OpenOffice Suite bureautique libre créée suite à la cession du projet OpenOf-fice.org par Oracle après le rachat de Sun Microsystems.

Avira Free Antivirus Logiciel antivirus gratuit mais propriétaire.

Berkeley Software Distribution Système d'exploitation de la famille UNIX développé à l'Université de Californie à Berkeley 1.

Blender Logiciel libre de modélisation 3D.

ChronoGestor Logiciel de gestion des ressources humaines et des absences. Drupal Logiciel libre de gestion de contenu utilisé par EUROCONTROL.

1. McKusick, Marshall Kirk, Twenty Years of Berkeley Unix: From AT&T-Owned to Freely Redistri-butable, 2000, http://oreilly.com/catalog/opensources/book/kirkmck.html, consulté le 19 octobre 2013

9

GIMP Outil Open Source d'édition d'images.

Google Chrome Version propriétaire publiée par Google du navigateur Web libre Chromium.

Internet Explorer Navigateur Web propriétaire de Microsoft.

Internet Information Service Serveur HTTP propriétaire de Microsoft.

Kile Éditeur de texte libre pour les documents écrits en LATEX.

LibreOffice Suite bureautique libre dérivant du projet OpenOffice.org et développé par The Document Foundation.

Linux Système d'exploitation entièrement libre de la famille UNIX.

Mac OS Système d'exploitation propriétaire de la famille UNIX édité par Apple.

Mantis Bug Tracker Outil libre de suivi d'anomalies logicielles.

Maya Logiciel propriétaire de modélisation 3D.

Microsoft Access Logiciel de gestion de bases de données publié par Microsoft.

Microsoft DOS Premier système d'exploitation créé par Microsoft.

Microsoft Excel Logiciel tableur édité par Microsoft.

Microsoft Office Suite de bureautique propriétaire distribuée par Microsoft.

Microsoft PowerPoint Logiciel de création de présentations créé par Microsoft.

Microsoft Windows Système d'exploitation créé par Microsoft pour succédé à DOS.

Microsoft Word Logiciel de traitement de texte édité par Microsoft.

Mozilla Firefox Navigateur Web libre créé par Mozilla.

Nginx Serveur HTTP libre.

NoGoZone Algorithme d'ATC permettant de réaliser des calculs en temps réel pour éviter des collisions entre aéronefs lors de la planification des routes aériennes.

OpenERP Logiciel libre de gestion des entreprises fondé en Belgique et soutenu par une grande communauté. Il s'agit de la suite ERP Open Source la plus téléchargée au monde, d'après Audaxis.

OpenOffice.org Suite de bureautique libre créée suite à la libération du code source de StarOffice par Sun Microsystems.

OpenSSL Outil de chiffrement libre le plus utilisé, victime d'une terrible faille de sécurité dévoilée en avril 2014.

Oracle EBS Suite informatique proposée par Oracle pour la gestion des entreprises.

Oracle Fusion Suite informatique nouvelle génération de gestion des entreprises proposée par Oracle.

Peoplesoft Suite informatique de gestion des entreprises rachetée par Oracle en 2004. Planisware Logiciel propriétaire de gestion des projets.

Remedy Action System Request Système propriétaire de suivi d'erreurs logicielles.

10

SAP Logiciel propriétaire de gestion d'entreprise.

StarOffice Suite de logiciels de bureautique propriétaire de Sun Microsystems. Steam Plate-forme propriétaire de distribution de contenu.

TeX Live Distribution libre fournissant un environnement LATEX complet.

UNIX Système d'exploitation dont sont dérivés les systèmes Mac OS, BSD ou encore Linux.

Glossaire des sigles et acronymes

AMD Advanced Micro Devices

ATC Air Traffic Control - Contrôle du trafic aérien

ATM Air Traffic Management - Gestion du trafic aérien

BSD Berkeley Software Distribution

CeCILL CEA CNRS INRIA Logiciel Libre

ERP Enterprise Resource Planning - Progiciel de gestion intégrée

EUPL European Union Public Licence

FAA Federal Aviation Administration

FSF Free Software Foundation

GIMP GNU Image Manipulation Program

GNU GNU's Not UNIX

GPL General Public Licence

HEPN Haute École de la Province de Namur

HMI Human-machine interface - interface humain-machine

HP Hewlett-Packard

HTTP Hypertext Transfer Protocol - protocole de transfert hypertexte

IBM International Business Machines

IIS Internet Information Service

IT Information Technology - technologie de l'information

MIT Massachusetts Institue of Technology

MS Microsoft

OOo OpenOffice.org

OS Operating System - Système d'exploitation

OSI Open Source Initiative

OSIFE Open Source Initiative For EUROCONTROL

OSOR Open Source Observatory and Repository

11

OSS Open Source Software - Logiciel Open Source

RHEL Red Hat Enterprise Linux

SPOSS Surveillance Products and Open Source Software SSLL Société de services en logiciels libres

TCO Total Cost of Ownership - coût global de possession TVAC Taxe sur la valeur ajoutée comprise

USB Universal Serial Bus - bus universel en série

Glossaire des mots

Bus informatique Système de communication entre les composants d'un ordinateur, généralement un matériel et un logiciel.

Code source Liste des instructions d'un programme exprimées dans un langage que l'homme peut aisément manipuler.

Copyleft Méthode générale pour rendre libre un programme (ou toute autre oeuvre) et obliger toutes les versions modifiées ou étendues de ce programme à être libres également.

Format ouvert Un format ouvert est un format de données indépendant d'un logiciel particulier et dont les normes techniques sont publiques.

Licence Contrat par lequel le titulaire d'un logiciel délimite les droits du co-contractant.

Progiciel Logiciel générique spécialement dédié à un ensemble de tâches déterminées correspondant généralement à un métier.

2. L'ensemble des abréviations utilisées et leur signification se trouvent dans le glossaire des sigles et acronymes.

12

Introduction

Généralités

Il est impossible de nier l'importance de l'informatique de nos jours, que ce soit pour les particuliers ou pour les entreprises. Et quand on dit informatique, on pense généralement "ordinateurs". Il faut reconnaître que si l'informatique ne se limite pas aux ordinateurs, elle est tout de même fortement liée à ces machines.

Les ordinateurs sont composés d'un nombre incalculable de composants, tant matériels que logiciels. Et pourtant, un seul coup d'oeil à un ordinateur personnel permet généralement de se rendre compte que ces composants sont souvent le fruit des mêmes compagnies: International Business Machines*2 (IBM), Microsoft* (MS), Hewlett-Packard* (HP), Dell* ou encore Apple*. Ces sociétés dominent le monde de l'informatique et y imposent leurs standards.

Depuis les années 1980, un mouvement se propage cependant de plus en plus, le mouvement du logiciel libre. Ce mouvement, qui vise à garantir certaines libertés à l'utilisateur d'un logiciel, est très étroitement lié aux formats ouverts et permet une meilleure standardisation des formats de fichiers. L'utilisation des logiciels libres, c'est une philosophie; c'est l'application de la liberté dans le domaine informatique, ce qui n'est pas négligeable dans un monde où l'informatique prend de plus en plus d'importance; c'est aussi la défense d'une démocratie informatique, impliquant une contribution citoyenne importante.

Alors que les logiciels propriétaires, comme Microsoft Office*, restent très présents dans les entreprises et chez les particuliers, les logiciels libres sont, depuis quelques années, de plus en plus répandus; à tel point que nous serions en droit de nous demander s'ils ne pourraient pas remplacer un jour les logiciels propriétaires, aussi appelés logiciels privateurs. Et pourtant, en dehors des secteurs spécialisés dans l'informatique, le phénomène des logiciels libres reste relativement méconnu des gens et, autre constat, les formations restent très souvent centrées sur l'utilisation des logiciels propriétaires, comme c'est d'ailleurs le cas dans l'école où je suis actuellement mes études, la Haute École de la Province de Namur (HEPN). C'est d'ailleurs en partie parce que les cours étaient donnés sur des logiciels propriétaires de la suite MS Office que je me suis demandé si l'utilisa-tion croissante des logiciels libres pourrait avoir une incidence sur notre futur métier. En partant de cette interrogation initiale, j'ai pu découvrir que mes connaissances dans le domaine des logiciels libres étaient encore bien plus limitées que je ne le pensais et que, sous l'apparente gratuité qu'entraînent souvent ces logiciels, se cache une économie très complexe. Je profiterai donc de ce travail pour tenter d'approfondir mes connaissances

13

sur l'utilisation des logiciels libres dans les entreprises européennes et les implications que cela entraîne tant d'un point de vue pratique que d'un point de vue économique.

Objectifs

Par ce travail, je cherche avant tout à déterminer si les logiciels libres sont une alternative possible aux logiciels propriétaires dans le monde professionnel. En effet, une idée très répandue sur les logiciels libres est qu'ils ne peuvent pas être aussi efficaces que les logiciels privateurs car ils seraient faits par des amateurs programmant uniquement sur leur temps libre. D'après certaines personnes avec lesquelles j'ai parlé, la preuve que ces logiciels sont moins efficaces que les logiciels privateurs est qu'ils sont gratuits. Mais ce dernier point est-il vrai? Une des questions principales que je me poserai sera d'ailleurs: "Les logiciels libres sont-ils réellement gratuits pour les entreprises ou, au contraire, impliquent-ils des coûts cachés?". Enfin, j'espère pouvoir, par ce travail, déterminer si le phénomène des logiciels libres pourrait influencer le métier d'assistant de direction.

Procédure

J'ai, bien entendu, commencé ce travail en collectant un maximum d'informations sur le sujet. Armé d'un ensemble de documentations sur le sujet, de plusieurs témoignages d'administrations étant passées à l'Open Source ainsi que du "soutien" d'une personne au sein du Service public fédéral (SPF) Économie, je me suis lancé dans la rédaction de ce travail.

Après avoir précisé ce que signifie logiciel libre et logiciel propriétaire, cela dans le but d'éviter tout malentendu, et avoir placé le contexte historique du mouvement du logiciel libre, j'analyserai la situation actuelle du marché informatique. Je vais aussi lister les principaux avantages et inconvénients des logiciels libres, tant du point de vue des déve-loppeurs que des utilisateurs. Viendra ensuite l'étude du modèle économique libre afin de déterminer si ce modèle est viable sur le long terme. La partie théorique sera terminée par une analyse des incidences que pourraient avoir les logiciels libres sur le métier d'as-sistant de direction et par une analyse des possibilités d'avenir pour ces logiciels. Cette partie théorique sera suivie par l'analyse de la possibilité d'utilisation des logiciels libres à EUROCONTROL*, organisation intergouvernementale s'occupant du trafic aérien en Europe. En effet, cette organisation pan-européenne, qui sera mon lieu de stage, a déjà demandé la réalisation d'une étude pour envisager l'utilisation des logiciels libres dans la gestion du trafic aérien. Pourtant, si cette demande semble montrer l'envie d'envisager le libre dans ce domaine très pointu, les logiciels de bureautique utilisés sont toujours des logiciels propriétaires. Je vous expliquerai donc les raisons qui poussent EUROCONTROL à ne pas passer aux logiciels libres et les changements, positifs comme négatifs, que provoqueraient les logiciels libres.

Deuxième partie

Partie théorique

3. Larousse, Encyclopédie LAROUSSE, s.d., http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/l ogiciel/47666, consulté le 18 octobre 2013

15

Chapitre 1

Cadre théorique du logiciel libre

1.1 Introduction du contexte théorique

Au cours de ce chapitre, je vais placer les logiciels libres dans leur contexte afin de comprendre ce qu'ils sont réellement et de voir quels sont les types principaux de logiciels libres que nous connaissons. Ce chapitre, fort théorique, est nécessaire pour pouvoir envisager la suite de ce travail.

1.2 Définitions

Avant de voir ce qu'est un logiciel libre, il faut s'assurer de savoir ce qu'est un logiciel. Un logiciel est un ensemble de programmes, procédés et règles [...] relatifs au fonctionnement d'un ensemble de traitement de données3. Je vais simplifier en disant qu'un logiciel est un programme informatique permettant d'effectuer une tâche quelconque.

Je tiens à préciser qu'un logiciel est écrit dans un langage compréhensible par l'homme, le code source*, qui est traduit dans un langage compréhensible uniquement par l'ordina-teur, le code binaire.

1.2.1 Le logiciel libre

Un logiciel libre est un logiciel apportant une certaine liberté à son utilisateur: la liberté d'exécuter ce logiciel, d'accéder à son code source, de le modifier et de le redistribuer. N'importe qui peut donc redistribuer des copies, après les avoir modifiées ou non, gratuitement ou non, sans avoir besoin de l'accord du créateur du logiciel et sans devoir lui verser une quelconque somme d'argent. Il y a toutefois plusieurs types de licences* parmi les logiciels libres. Par exemple, le copyleft* force le distributeur à laisser le logiciel, modifié ou non, en tant que logiciel libre. Certaines licences peuvent également imposer qu'en cas de modification du code source, on change le nom du logiciel, on retire son logo et qu'on prenne crédit de ces modifications. Voici une partie de la définition officielle d'un logiciel libre selon la Free Software Foundation* (FSF):

16

"Un programme est un logiciel libre si vous, en tant qu'utilisateur de ce programme, avez les quatre libertés essentielles:

-- la liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0);

-- la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1); l'accès au code source est une condition nécessaire;

-- la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin (liberté 2);

-- la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3); en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements; l'accès au code source est une condition nécessaire." 4

1.2.2 Le logiciel Open Source

Le terme de logiciel Open Source (OSS) caractérise plus ou moins le même type de logiciels avec quelques différences minimes. Ainsi, certaines licences jugées trop restrictives par les logiciels libres sont reconnues par les logiciels Open Source. Par exemple, la Nets-cape* Public License est une licence libre, reconnue par la FSF, mais non Open Source. L'exemple opposé est l'Apple Public Source License version 1 qui, bien qu'étant approuvée par l'Open Source Initiative* comme étant Open Source, était rejetée par la FSF. Ces cas étant particuliers, les deux termes sont souvent équivalents et l'utilisation d'un terme par rapport à l'autre est généralement une question de choix personnel. Globalement, la définition d'un logiciel libre se concentre plus sur l'aspect philosophique, considérant qu'un logiciel libre est meilleur qu'un logiciel propriétaire justement parce qu'il respecte les libertés de l'utilisateur, tandis que la définition d'un logiciel Open Source se concentre sur l'aspect technique en jugeant qu'un logiciel est meilleur si tout le monde peut améliorer son code source. La définition complète d'un logiciel Open Source peut être trouvée en anglais, dans sa version 1.9, sur le site Internet de l'OSI5 et une traduction peut être trouvée sur le site de Linux* France 6. En voici une synthèse en français:

1. redistribution gratuite: tout le monde peut vendre ou distribuer gratuitement le logiciel, et ce sans devoir verser un quelconque montant pour cette distribution;

2. code source: le logiciel doit inclure le code source ou bien le code source doit être facilement téléchargeable. Cette condition permet à tout le monde d'étudier et d'améliorer le logiciel;

3. travaux dérivés: la licence doit autoriser les modifications au code source ou son utilisation dans le cadre d'autres logiciels. De plus, ces travaux dérivés doivent pouvoir être distribués sous la même licence;

4. intégrité du code source de l'auteur: la licence peut obliger un logiciel dérivé à porter un nom ou un numéro de version différent du logiciel d'origine;

4. GNU, Qu'est-ce que le logiciel libre?, 2013, http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html, consulté le 5 octobre 2013

5. Open Source Initiative, The Open Source Definition, s.d., http://opensource.org/docs/osd, consulté le 5 octobre 2013

6. Perens, Bruce, La définition de l'Open Source, 1999, http://www.linux-france.org/article/t hese/the_osd/fr-the_open_source_definition_monoblock.html, consulté le 5 octobre 2013

17

5. pas de discrimination envers des personnes ou des groupes: le logiciel ne peut pas être réservé à certaines personnes ou certains groupes de personnes;

6. pas de discrimination de domaine d'application: le logiciel ne doit pas être exclusivement réservé à un certain domaine d'activité;

7. distribution de la licence: la licence est applicable pour toutes les personnes auxquelles le logiciel a été distribué sans aucune condition supplémentaire;

8. la licence ne doit pas être spécifique à un produit: si le programme fait partie d'une distribution de logiciels, la licence s'applique également à ce programme s'il est distribué en dehors de cette distribution;

9. la licence ne doit pas restreindre l'usage d'autres logiciels: la licence ne peut pas forcer l'utilisation de certains logiciels ou certains types de logiciels;

10. la licence doit être neutre technologiquement: le logiciel ne peut normalement pas imposer l'utilisation d'une technologie précise pour être acquis ou pour fonctionner.

Je tiens à préciser que, si l'Open Source fait beaucoup parler de lui en informatique, c'est un modèle bien plus vaste qui constitue un extraordinaire vecteur pour l'enrichisse-ment des connaissances grâce à une approche collaborative et mutualiste. Ainsi, le système juridique est un excellent exemple de l'efficacité de l'Open Source. De fait, la jurisprudence est composée d'interventions individuelles mises à la disposition de tout le monde pour épauler les lois, plutôt que de recommencer à débattre d'un cas déjà étudié auparavant.

1.2.3 Le logiciel propriétaire

Un logiciel propriétaire est un logiciel dont l'utilisation, la redistribution et la modification requièrent une autorisation de la part du propriétaire du logiciel. Contrairement au logiciel libre, un logiciel privateur distribué à un utilisateur reste la propriété unique de l'ayant-droit. L'utilisateur ne peut dès lors faire avec ce logiciel que ce qui a été prévu par la licence protégeant le droit intellectuel du créateur du programme.

1.3 Les types de licences libres

1.3.1 Les licences avec obligation de réciprocité

La plupart des logiciels libres sont des logiciels copyleftés, souvent par utilisation de la licence publique générale (GNU-GPL). Cette licence permet l'obtention et l'utilisation du logiciel par n'importe qui. Pour pouvoir modifier et/ou redistribuer le logiciel, il faut par contre accepter les conditions de la licence GPL. Ainsi, toute personne voulant redistribuer un logiciel copylefté doit impérativement distribuer le code source du logiciel en même temps et doit placer cette redistribution du logiciel sous la même licence que le logiciel source. La particularité du copyleft est d'utiliser le copyright (droit d'auteur) pour accorder des droits à l'utilisateur, l'opposé du but originel du copyright. Cette forme "extrême" de

Il y a également d'autres droits qui protègent les logiciels libres, comme les droits moraux, dont on ne peux se défaire, comme le droit de paternité, permettant à l'auteur

18

licence libre peut même aller jusqu'à empêcher l'utilisation d'une partie du code-source d'un logiciel copylefté pour l'intégrer au sein d'un logiciel propriétaire.

Si la licence GPL, rédigée en anglais, est la plus connue et la plus utilisée des licences libres, elle ne possède aucune traduction officielle en français. Bien que cela n'empêche aucunement son utilisation dans les pays francophones, une licence équivalente écrite en français a été créée, la licence CEA CNRS INRIA Logiciel Libre (CeCILL), ainsi qu'une licence européenne disponible en 22 langues, l'European Union Public Licence (EUPL). Ces deux licences ayant été approuvées par l'OSI et la FSF, tout logiciel protégé par une de ces licences est un logiciel libre et Open Source.

1.3.2 Les licences permissives

Certains logiciels libres ne sont pas copyleftés et les copies de tels logiciels peuvent dès lors ne plus être libres du tout. Les contraintes des licences permissives sont quasi-inexistantes et peuvent se limiter à la mention du copyright original. Les licences permissives, aussi appelées non-restrictives, regroupent notamment la licence BSD, la licence MIT et la licence CeCILL-B, pour le droit français.

1.3.3 Le domaine libre

Un cas particulier de logiciel libre non-copylefté est le logiciel dont le code source est dans le domaine libre, c'est-à-dire qu'il n'est pas soumis au copyright. De ce fait, tout le monde peut se servir de ce code source, le redistribuer et le modifier. Puisque le code source n'est pas soumis au droit d'auteur, personne ne peut, en revanche, demander de l'argent en échange de la distribution de ce code source. Il est également utile de préciser que, selon la convention de Berne, qui regroupe 167 États membres en 2013, toute oeuvre artistique ou littéraire, dont les logiciels informatiques, sont automatiquement placés sous droit d'auteur. Pour placer son code source dans le domaine libre, l'auteur de ce code source doit donc faire les démarches nécessaires dans son pays pour renoncer au copyright.

1.4 Les logiciels libres et le droit belge 1.4.1 Logiciel libre et droit d'auteur

Comme je vous l'ai dit dans la section précédente, ce n'est pas parce qu'un logiciel est libre qu'il n'est pas protégé par le droit d'auteur. C'est d'ailleurs grâce à ce droit d'auteur que le propriétaire du logiciel peut céder aux utilisateurs différents droits. Le droit belge considère par ailleurs qu'un logiciel libre, avant d'être libre, est un logiciel et est donc protégé par le droit d'auteur.

19

de demander à être identifié comme tel, et le droit de divulgation, permettant à l'auteur de choisir s'il présente ou non son logiciel au public. Les droits moraux permettent aussi à l'auteur d'un logiciel libre de s'opposer à une modification du logiciel s'il y a atteinte à son honneur ou sa réputation (la modification du logiciel doit théoriquement améliorer ce logiciel). Pour terminer, les logiciels libres sont protégés par le droit des contrats, puisqu'ils sont accompagnés d'une licence.

1.4.2 Licence libre et droit belge

Les licences informatiques sont des contrats n'entrant dans aucune qualification juridique. La doctrine belge considère donc que ce sont des contrats «sui generis» soumis uniquement au consentement des parties impliquées et à l'ordre public. Une licence informatique n'est donc valable que si elle n'entre pas en conflit avec la loi belge et l'ordre public.

La célèbre licence GPL est donc entièrement valable dans le droit belge, même si elle est issue du droit nord-américain. La création des licences EUPL et CeCILL n'est donc pas due à une absence de valeur légale de la GPL. Il s'agit simplement de licences cherchant à gagner la confiance des Européens grâce à des licences issues du droit européen (EUPL) ou français (CeCILL) tout en restant compatibles avec la licence GPL.

1.4.3 Le domaine libre en Belgique

En Belgique, un logiciel tombe dans le domaine libre, ou public, 70 ans après la mort de son auteur. Théoriquement, il serait donc impossible de faire entrer un logiciel directement dans le domaine public en Belgique. On sait pourtant qu'un auteur peut, contractuelle-ment, se défaire de ses droits patrimoniaux et économiques. Mais le cas des droits moraux est plus sujet à polémique.

La Convention de Berne consacre un droit de paternité et un droit à l'intégrité mais pas de droit de divulgation. Or, ce droit de divulgation est repris dans la loi belge et, dans le droit belge, il existe un principe d'inaliénabilité du droit moral et une interdiction de toute renonciation future ou globale 7. Dans les faits, le droit belge admet néanmoins des renonciations partielles et des renonciations à l'égard d'atteintes déjà portées, considérant que l'ayant droit agit alors en connaissance de cause. Dans tous les cas, l'auteur aura toujours le droit de protester en cas d'atteinte à son honneur et à sa réputation. Dès lors, un logiciel peut dans la pratique être considéré comme faisant partie du domaine public si son auteur renonce contractuellement à ses droits dans les limites légales, s'il ne revendique pas les droits dont il ne peut se défaire légalement et s'il n'intente pas d'action en justice8.

7. Article 1er §2, al. 1 et 2 LDA (loi relative au droit d'auteur)

8. De Patoul, Fabrice, Logiciel libre et droit d'auteur: les droits moraux et les règles contractuelles, Bruylant, Bruxelles, 2005, p. 91

20

1.5 Conclusion du contexte théorique

Dans ce premier chapitre, j'ai tenu à attirer l'attention sur le fait que les logiciels libres, bien que souvent associés à la gratuité, sont des logiciels accordant plusieurs libertés à leurs utilisateurs. Même si la plupart des logiciels libres sont gratuits, ils ne le sont pas forcément tous (par exemple, la distribution Red Hat* Enterprise Linux (RHEL) est libre mais est payante) et, inversement, certains logiciels gratuits ne sont pas des logiciels libres mais bien des logiciels propriétaires (comme Avira Free Antivirus*).

De même, bien que la définition d'un logiciel Open Source soit un peu plus restrictive, pour des cas particuliers, que celle d'un logiciel libre, le terme Open Source est surtout utilisé pour s'éloigner de cette croyance que tous les logiciels libres sont gratuits. L'OSI soutient qu'un logiciel est meilleur s'il est plus puissant et plus fiable alors que, d'après la FSF, le meilleur logiciel est un logiciel respectant la liberté de ses utilisateurs. Dans la pratique, ces deux mouvements se rejoignent et tentent d'améliorer l'efficacité des logiciels en garantissant une certaine liberté à leurs utilisateurs.

Les logiciels libres, ou Open Source, peuvent être distribués sous de nombreuses licences plus ou moins restrictives. Ces licences sont reconnues comme des contrats particuliers par le droit belge. Elles sont donc valables tant qu'elles n'entrent pas en conflit avec la loi belge.

Enfin, il est impossible de se défaire entièrement de ses droits moraux, donc, théoriquement, de faire entrer immédiatement un logiciel dans le domaine public.

21

Chapitre 2

Historique

2.1 Introduction de l'historique

Je vais poursuivre avec un bref historique du logiciel libre afin de mieux comprendre la place qu'il occupe de nos jours.

2.2 La philosophie du libre

Aux débuts de l'informatique, seules les grandes organisations avaient les moyens de se payer des ordinateurs. Les grandes agences gouvernementales ou les grands centres de recherche, comme dans les universités, étaient donc parmi les seuls utilisateurs de l'outil informatique à ce moment. Les universités jouaient d'ailleurs un rôle central dans le développement de l'informatique. Elles créaient des programmes et les partageaient avec les autres universités. Leur objectif n'était pas de vendre leur logiciel mais de développer des outils aidant la recherche et l'éducation.

Fin des années 1970 et début des années 1980, le marché des logiciels propriétaires commença à prendre une proportion telle que cela eut un impact sur la communauté informatique du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), réputé comme étant la meilleure école d'ingénieurs au monde et étant à la pointe de la technologie. Effectivement, alors que les chercheurs du MIT avaient l'habitude de travailler plus ou moins librement sur le code source des logiciels qu'ils obtenaient (il n'existait pas encore, à l'époque d'intérêt commercial à fermer l'accès au code source), cette situation commença à changer et de plus en plus de restrictions étaient appliquées aux logiciels, au détriment de la recherche. Le fondateur du mouvement du logiciel libre est Richard Stallman , programmeur au MIT. En 1979, son laboratoire reçut une nouvelle imprimante Xerox 10 qui souffrait de quelques problèmes de bourrage de papier. Stallman décida alors de modifier le logiciel de l'imprimante pour l'améliorer mais c'était sans compter sur Xerox, qui refusait de distribuer le code source du logiciel.

Persuadé que le partage des connaissances ne pouvait être que bénéfique pour l'huma-nité, il se révolta contre l'aspect propriétaire et secret des logiciels et il lança dès 1984 le

9. Programmeur américain né le 16 mars 1953, initiateur du projet GNU et fondateur de la Free Software Foundation.

10. Entreprise américaine ayant inventé les photocopieurs xérographiques.

22

projet GNU (acronyme récursif de GNU's Not Unix*). Il publia ensuite en mars 1985 le Manifeste GNU, qui décrivait les principes du logiciel libre tout en abordant les aspects pratiques comme le financement du logiciel libre.

En 1985, la FSF fut créée pour mettre sur pied une communauté de personnes qui travailleraient sur le projet GNU initié par Stallman. Ce dernier insistait bien, et insiste toujours, sur le fait qu'un logiciel libre n'est pas obligatoirement gratuit, et que la liberté de vendre un logiciel libre est importante, notamment pour récolter des fonds dans le but de développer les logiciels.

En 1998, un autre groupe dominant vit le jour, l'Open Source Initiative. Cette organisation est née d'une scission au sein de la communauté du logiciel libre. Selon l'OSI, il fallait se concentrer plus sur la réalité technique, c'est-à-dire la programmation, et économique des logiciels libres. Dès lors, si la FSF et l'OSI défendent toutes les deux le libre accès au code source des logiciels, elles ne le font pas pour les mêmes raisons: la FSF le fait par philosophie alors que l'OSI le fait parce que, d'après ses membres, seule l'ouverture du code source peut permettre une amélioration maximale d'un logiciel.

2.3 L'application du libre pour les systèmes d'exploitation

Un des composants de base d'un ordinateur, du point de vue logiciel, est le système d'exploitation (OS). Sans entrer dans les détails, on peut définir un système d'exploitation comme une interface permettant de faire le lien entre le matériel et les logiciels. En fait, le système d'exploitation est le logiciel permettant de gérer l'ordinateur (allocation de mémoire, système de fichiers, etc.).

Dans les années 1970, les laboratoires Bell* développèrent un système d'exploitation qu'ils nommèrent UNIX. Cet OS fut rapidement adopté par des universités, les laboratoires et les agences gouvernementales, entre autres 11. Ce système était distribué avec son code source mais la propriété de celui-ci était conservée par AT&T, la société-mère des laboratoires Bell. Par conséquent, les utilisateurs de cet OS ne pouvaient pas utiliser librement le code source pour l'améliorer et le redistribuer.

L'application des principes du libre aux systèmes d'exploitation trouve ses origines dans les efforts de Stallman et son envie de créer, dès 1983, un système d'exploitation basé sur UNIX mais complètement libre, GNU. La réalisation concrète de ce projet fut toutefois le produit d'un Finlandais, Linus Torvalds 12, qui, en 1991, acheta un ordinateur relativement puissant pour l'époque. Cet ordinateur était fourni avec le système d'exploi-tation qui était alors le plus fréquemment fourni pour le grand public: Microsoft DOS*. Torvalds aurait cependant préféré avoir sur son PC un autre système d'exploitation, utilisé dans la plupart des universités mais trop cher pour le commun des mortels, UNIX.

11. The Open Group, History and Timeline: UNIX Past, 2012, http://www.unix.org/what_is_uni x/history_timeline.html, consulté le 19 octobre 2013

12. Informaticien finlandais né le 28 décembre 1969, créateur du noyau Linux.

23

Il acheta donc le code source d'une version réduite de ce système d'exploitation et, en automne 1991, il diffusa un message annonçant la création de son OS et la mise à disposition de son code source en appelant les personnes ayant développé des fonctionnalités pour le système dont il s'était basé à contribuer à améliorer le code de son OS. Extrêmement rapidement, une communauté se forma autour du projet de Linus Torvald et lui permit de publier, en 1994, la première version officielle de Linux.

Au cours des années 1990, le développement de Linux s'accéléra de manière exponentiel de sorte que dans les années 2000, ce système d'exploitation, qui existe désormais sous forme de nombreuses distributions, spécifiques aux attentes de chacun, est un des plus répandu, avec Mac OS* X et Microsoft Windows*. De plus, s'il est traditionnellement considéré comme étant réservé aux informaticiens ou autres experts en la matière, les distributions Linux sont aujourd'hui de plus en plus conviviales et peuvent donc être utilisées par n'importe qui. Le succès de Linux auprès des principaux fabricants de matériel informatique (comme IBM ou HP) peut s'expliquer par le fait que développer un OS coûte cher avec peu de retour sur investissement. Les fabricants profitent donc du soutien libre de l'énorme communauté Linux.

2.4 Le cas des logiciels de bureautique

Parmi les logiciels les plus utilisés, tant au niveau professionnel qu'au niveau privé, se trouvent sans aucun doute les logiciels de bureautique. Les premiers logiciels de bureautique populaires sont les logiciels qui constituent aujourd'hui la suite Microsoft Office. Ainsi, en 1981, MS Word* fut le premier logiciel de traitement de texte à afficher une certaine mise en page (limitée à l'époque) directement à l'écran. Il faudra attendre 1985 pour les Macintosh et 1987 pour les ordinateurs fonctionnant avec Windows avant de voir apparaître le célèbre tableur Excel*. PowerPoint* fut commercialisé par une société privée en 1987 et racheté la même année par Microsoft pour être distribué pour la première fois sous Windows en 1990. Enfin, en 1992, Microsoft commercialisa la première version d'Access*, son gestionnaire de base de données. C'est dès 1989 que Microsoft décida de rassembler ses logiciels de bureautique, dont la gamme n'a cessé de croître jusqu'à nos jours, au sein d'une suite de logiciels: Microsoft Office.

Mais, bien qu'il fût moins connu et répandu, il existait un autre logiciel de bureautique à l'époque qui regroupait déjà les différentes fonctionnalités de MS Office, StarOffice*. Ce logiciel propriétaire fut racheté par Sun Microsystems* en 1999. Très vite, Sun publia une partie du code source sous licence libre. Cette variante libre de StarOffice donna naissance à OpenOffice.org* (OOo), qui fut dès lors le principal concurrent libre de Microsoft Office. OpenOffice.org était développé par une communauté nombreuse et très active et sponsorisé par Sun Microsystems, qui réutilisa le code source libre d'OOo pour les versions suivantes de StarOffice, qui restait un logiciel propriétaire.

24

Cet OSS devint une alternative de plus en plus répandue et valable à MS Office mais connut une scission en 2010, après que Sun fût racheté par Oracle Corporation*. OOo et StarOffice furent alors renommés Oracle Open Office mais la majorité de la communauté d'OOo continua à développer sa propre variante du logiciel qui sortit en janvier 2011, LibreOffice*.

Se retrouvant sans le soutien de sa communauté de développeurs, Oracle mit finalement de côté le développement d'Open Office et céda ses droits sur le logiciel à la fondation Apache*, créant l'Apache OpenOffice*.

De nos jours, ces logiciels libres sont donc des concurrents valables à MS Office mais ils souffrent de la séparation entre OpenOffice et LibreOffice ainsi que de la mise en place d'une stratégie commerciale de la part de Microsoft visant à fidéliser ses clients en les habituant à une interface particulière.

2.5 Conclusion de l'historique

Trouvant ses origines dans les années 1980, le mouvement du logiciel libre s'est fortement développé depuis la fin des années 1990, et ce malgré quelques scissions au sein de la communauté du libre. Dans les années 2000, le mouvement du logiciel libre a même réussi à obtenir le soutien de sociétés informatiques comme Oracle ou la fondation Apache.

25

Chapitre 3

Développement des logiciels libres et

parts du marché

3.1 Introduction de l'étude théorique des parts du marché

Je trouve important de faire le point sur la situation actuelle. Je vais par conséquent vous donner, dans ce chapitre, quelques chiffres-clés concernant l'utilisation de logiciels libres sur Internet, ce qui est un domaine où il est plus facile d'obtenir des statistiques que pour les utilisations privées ou internes aux entreprises, au niveau des OS, dans les administrations belges et dans le domaine de la modélisation et de l'animation 3D, ce qui est un domaine où on peut rapidement observer les différences entre les résultats de logiciels privateurs et d'OSS. Il est toutefois relativement difficile d'obtenir des données globales fiables concernant l'utilisation des logiciels libres. Je vais donc me concentrer sur certains types de logiciels libres.

3.2 Les logiciels libres et Internet

Avant de parler des parts de marché dans ce secteur, j'aimerais expliquer globalement le fonctionnement de l'hébergement d'un site Internet. Un site Web est un ensemble de pages qui sont hébergées sur un ordinateur, le serveur. Ce serveur possède, comme tout ordinateur, un système d'exploitation mais aussi des logiciels permettant au serveur de communiquer avec les clients, c'est-à-dire les ordinateurs tentant d'accéder au site Web hébergé sur le serveur. Ces logiciels comprennent en autres un serveur HTTP, qui permet la communication entre le serveur matériel et l'ordinateur des clients et un gestionnaire de bases de données.

Les données analysées dans cette section proviennent du site w3techs.com, qui analyse les différents sites présents sur le Web pour déceler l'utilisation de certaines technologies par ces sites, comme le serveur HTTP utilisé, l'OS utilisé par le serveur matériel ou encore les différents langages informatiques utilisés.

D'après w3techs.com, en avril 2014, 38,7 % des sites Internet au monde sont hébergés sur un serveur utilisant un système d'exploitation de type Linux, qui est un système libre, contre 32,5 % de sites qui sites hébergés sur un serveur Windows.

26

FIGURE 3.1 - Schéma de la communication entre un serveur Web et un client dans le cas d'un site statique. Source: PHPdebutant, Débutez, 2004, http://www.phpdebutant.org/article118.php, consulté le 7 novembre 2013

Toujours dans le même domaine, mais concernant les serveurs HTTP cette fois, nous pouvons constater que le serveur le plus utilisé par les sites Internet est Apache HTTP Server*, un serveur (logiciel) libre qui domine le marché avec 60,6 % des parts, suivi par un autre logiciel libre, Nginx*, qui représente 20,5 % du marché. Windows-IIS* n'arrive qu'en troisième position avec 15,3 % et a encore perdu 0,3 % entre le 1er mars et le 30 avril 2014. Un inconvénient majeur d'IIS est qu'il ne fonctionne que sous Windows alors que le serveur d'Apache est multiplate-forme.

13. Auteur anonyme

27

3.3 Les parts du marché évaluées 3.3.1 Les systèmes d'exploitation

"Windows est l'OS le plus vendu car tous les ingénieurs l'achètent pour le débuguer...20 ans que ça dure!13"

FIGURE 3.2 - Évolution des parts de marché des principaux OS d'avril 2009 à avril 2014. Source des données: StatCounter, StatCounter Global Stats, 2014, http://gs.statcounter.com/, consulté le 5 avril 2014

D'après StatCounter, les systèmes d'exploitation les plus utilisés en août 2013 en Europe sont Windows 7 (51,28 %), Windows XP (18,68 %) et Mac OS X (7,34 %). Le premier système d'exploitation libre dans ce classement est Linux qui ne représente que 1,77 % des parts du marché. Si on regarde l'évolution de ces statistiques entre avril 2009 et avril 2014, on remarque que les parts de Linux sont restées, d'après ce site, relativement stables. On peut aussi remarquer que Windows XP a perdu sa position dominante en 2011, au profit de Windows 7, mais reste le deuxième système le plus utilisé en avril 2014, bien qu'il ne soit plus pris en charge par Microsoft.

La position dominante de Windows peut aisément s'expliquer par la stratégie de marketing de Microsoft, la vente liée, qui fait que la plupart des PC sont vendus avec un système d'exploitation Windows.

28

FIGURE 3.3 - Évolution des parts de marché des principaux OS d'avril 2013 à avril 2014 pour les mobiles et tablettes. Source des données: StatCounter, StatCounter Global Stats, 2014, http://gs.sta tcounter.com/, consulté le 5 avril 2014

Sur smartphones et tablettes, cependant, le système d'exploitation libre de Google*, Android*, est le plus utilisé depuis août 2013 et ne cesse de creuser l'écart avec son concurrent principal, le système propriétaire d'Apple iOS. Cela semble bien démontrer que, en général, les utilisateurs utilisent l'OS installé par défaut sur l'appareil qu'ils achètent, peu importe qu'il soit Open Source ou privateur.

29

3.3.2 Les navigateurs Internet

FIGURE 3.4 - Parts de marché des principaux navigateurs en août 2013 dans le monde. Source des données: StatCounter, StatCounter Global Stats, 2013, http://gs.statcounter.com/, consulté le 15 octobre 2013

Le site StatCounter affirme que Google Chrome* représentait, en août 2013, 42,78 % des parts du marché, suivi par le navigateur propriétaire de Microsoft, Internet Explorer* (25,55 %) puis par le logiciel libre Mozilla* Firefox* (19,25 %). En se penchant sur les données du même site concernant l'évolution de ces parts de marché depuis avril 2009, on remarque néanmoins qu'Internet Explorer a été le navigateur le plus utilisé dans le monde jusqu'en mai 2012. A partir de cette date, c'est Google Chrome qui est devenu le navigateur le plus utilisé. L'influence de Firefox et d'Internet Explorer n'a depuis cessé de diminuer. En Europe, Firefox est plus utilisé qu'Internet Explorer mais est également moins utilisé que Chrome depuis juillet 2012.

30

FIGURE 3.5 - Évolution des parts de marché des principaux navigateurs d'avril 2009 à avril 2014 dans le monde. Source des données: StatCounter, StatCounter Global Stats, 2014, http://gs.statcounter.com/, consulté le 5 avril 2014

La percée de Firefox et, surtout, de Chrome est un exploit. En effet, Windows, présent sur la plupart des PC suite à la stratégie de vente liée de Microsoft, est accompagné de son navigateur Web par défaut, Internet Explorer. Le succès des logiciels de Microsoft auprès du grand public peut donc facilement s'expliquer par le fait que beaucoup d'utilisateurs ne prennent pas la peine de changer les logiciels installés par défaut sur leur machine. Pourtant, Firefox et Chrome ont réussi à s'imposer, démontrant par là une certaine faiblesse, probablement technique, du côté d'Internet Explorer.

Bien que Google Chrome soit un logiciel propriétaire, je tiens à soulever son caractère particulier. Lorsque Google a décidé de créer un navigateur Web, le code source de ce navigateur a été libéré. Ce code source libre a donné naissance au projet Open Source Chromium. Une communauté s'est donc développée pour améliorer le code source de ce navigateur et Google a repris le code source amélioré pour créer Google Chrome. Ce navigateur est donc un exemple type de la nouvelle stratégie de Google qui est de disposer des avantages des logiciels libres (la coopération permettant une innovation plus rapide et à moindres coûts) tout en distribuant un logiciel finalement propriétaire.

En Belgique, les administrations commencent, depuis 2003, à prendre en considération les formats ouverts* et donc, a fortiori, les logiciels libres. Je peux ainsi citer l'exemple

3.4 Les logiciels libres et les administrations belges

31

de la ville de La Louvière, qui a adopté OpenOffice en 2006. Les estimations d'économies réalisées en ayant migré vers un logiciel libre plutôt qu'en ayant mis à niveau MS Office sont de € 208 761 TVAC. Aucune formation n'a été dispensée aux utilisateurs mais la ville regrette légèrement cette absence de formation, certains utilisateurs moins habitués à l'outil informatique ayant été perturbés par la disparition de leurs repères habituels 14.

3.5 Les logiciels libres et le cinéma

FIGURE 3.6 - Rendu d'un pain avec Blender 2.67b. Source: Price, Andrew, How to create realistic bread, 2013, http://www.blenderguru.com/videos/how-to-create-realistic-bread/, consulté le 7 novembre 2013

L'informatique est également de plus en plus présente dans le domaine de l'audiovisuel, et notamment dans l'industrie du cinéma. Je pense que cette industrie est un bon exemple à prendre étant donné que vous pourrez directement apprécier l'efficacité des logiciels. Le logiciel libre de modélisation 3D et d'animation le plus connu et le plus abouti est Blender*. L'image 3.6 est un exemple des capacités de modélisation et de rendu photoréaliste de Blender. En effet, si cette photo vous semble parfaitement normale à première vue, sachez que rien n'est réelle dans cette image, entièrement modélisée en 3D avec Blender.

La première utilisation connue de Blender dans le domaine du cinéma professionnel, ce fut par l'équipe de développement du film Spider-Man 215. Pour ce film, Blender fut uniquement utilisé pour la phase de développement et, à ma connaissance, il n'y a pas de passage de Spider-Man où les effets spéciaux auraient été réalisés avec Blender.

Encore une fois, les studios professionnels utilisent pour la réalisation de leurs films des logiciels propriétaires parce qu'ils ont fortement financé le développement de ces logiciels et qu'ils les utilisent depuis longtemps. Le coût des licences propriétaires est donc préféré à une perte de rentabilité due à l'utilisation d'un logiciel libre. En effet, Blender, le seul

14. Union des Villes et Communes de Wallonie, OpenOffice: un choix judicieux pour les communes, 2006, http://www.uvcw.be/articles/3,90,39,39,1219.htm, consulté le 6 octobre 2013

15. Zierhut, Anthony, Animatics for Motion Pictures, 2007, http://web.archive.org/web/ 20070221025521/ http://www.blender.org/features-gallery/testimonials/, consulté le 19 octobre 2013

32

logiciel libre de modélisation 3D rivalisant avec les grands logiciels propriétaires de ce domaine d'activités, n'est distribué librement que depuis fin 2002 16. De plus, les studios disposent généralement de scripts et de plugins propriétaires qu'ils ont développés pour un logiciel en particulier. Changer de logiciel représenterait donc un énorme investissement pour eux, même s'il s'agit de passer à un logiciel libre.

Malgré cette absence parmi les grandes productions cinématographiques, Blender est plein de promesses et il n'est pas impossible d'imaginer de nouveaux studios de cinéma prêts à utiliser ce programme. Ainsi, je vous invite à jeter un coup d'oeil aux films d'ani-mations libres créés par la Blender Foundation comme Big Buck Bunny, Sintel ou encore Tears of Steel17. Ces courts-métrages montrent les incroyables capacités du logiciel Blender et du modèle de développement libre.

3.6 Les logiciels libres et ce travail

Pour la réalisation directe de ce travail, il me semble bon de préciser que je n'ai utilisé que des logiciels libres. Ainsi, les graphiques que j'ai réalisés ont été fait à partir du tableur de LibreOffice et les captures d'écran ont été retouchées avec GIMP* pour masquer les données éventuellement confidentielles. Ce travail est écrit en LATEX avec l'aide de l'ensemble TeX Live* et Kile* sur mon ordinateur portable (Linux) ou avec l'aide depuis mars 2014, de la plate-forme Open Source en ligne ShareLaTeX. C'est également en LATEX que je réaliserai la présentation (diaporama) pour la défense orale de mon travail.

Je reconnais cependant avoir utilisé à la fois Mozilla Firefox, navigateur libre, et Google Chrome, navigateur propriétaire basé sur un projet libre, pour aller sur Internet.

16. Blender Foundation, History, 2013, http://www.blender.org/blenderorg/blender-foundation /history/, consulté le 19 octobre 2013

17. Blender Foundation, Blender Open Projects, s.d., http://www.blender.org/features-gallery/ blender-open-projects/, consulté le 19 octobre 2013

33

3.6.1 Pourquoi LATEX?

Listing 3.1 - Exemple d'utilisation du LATEX

\chapter*{Titre chapitre} \thispagestyle{fancy} \addcontentsline{toc}{chapter}{Titre chapitre} \section*{Titre section} \addcontentsline{toc}{section}{Titre section} Premier paragraphe

Second paragraphe\footnote{note de bas de page}

\section*{Titre section}

\addcontentsline{toc}{section}{Titre section} Premier paragraphe %commentaire

\section*{Titre section}

\addcontentsline{toc}{section}{Titre section} Premier paragraphe \emph{texte mis en valeur}

Une question légitime est de se demander pourquoi avoir choisi d'écrire en LATEXpuis compiler en PDF plutôt qu'avoir écrit directement avec MS Office ou même avec LibreOf-fice. Selon l'usage que je fais des traitements de textes, MS Office et LibreOffice ont des capacités semblables et se différencient principalement par l'interface. J'ai remarqué que MS Office était en général un peu plus rapide au démarrage mais me semble également moins stable que LibreOffice. Si j'ai choisi d'écrire en LATEX, c'est parce que, d'après mon expérience personnelle avec Word, les lois suivantes, énumérées par un certain Andy Roberts 18, s'appliquent particulièrement à MS Office:

1. La probabilité de plantage est proportionnelle à l'importance du travail.

2. La probabilité de plantage est inversement proportionnelle au temps restant avant

la date limite du travail.

3. La probabilité de plantage est proportionnelle à la durée écoulée depuis la dernière

sauvegarde.

Plus sérieusement, Word a souvent du mal à gérer des documents de plusieurs dizaines de pages, surtout si ces documents contiennent des images ou, encore pire pour Word, des formules mathématiques. Word devient alors peu réactif et a tendance, quelques fois, à planter. Il est également possible, comme je l'ai fait pour se travail, de séparer le document en plusieurs fichiers (par exemple un fichier par chapitre). Ces fichiers, plus petits et donc plus facilement manipulables, font toutefois partie du même projet; il est dès lors très aisé de passer d'un document à un autre et les éléments comme la numérotation des pages et des chapitres ne sont pas perturbés. De plus, le compilateur va automatiquement assembler ces fichiers lors de la création du fichier PDF. Mais c'est loin d'être

18. Informaticien et co-fondateur du service Jellybooks

34

la seule raison pour préférer LATEX! Tout d'abord, LATEX sépare le fond de la forme. En effet, il s'agit d'un langage informatique à balises, comme le HTML. Cette séparation permet en général d'éviter de perdre du temps à travailler sur la forme du document en oubliant de retravailler le fond. De plus, ce langage défini automatiquement les styles, qui peuvent toutefois très facilement être modifiés comme on le souhaite. C'est en quelque sorte équivalent à l'utilisation des styles et des niveaux avec Word si ce n'est qu'en LATEX, on est contraint de structurer le contenu de son texte tandis qu'avec Word, beaucoup de personnes ne prennent pas la peine de définir correctement styles et niveaux, provoquant ensuite des problèmes de mises en forme automatiques. En fait, le LATEX impose une rigueur permettant au final de simplifier fortement la réalisation des documents.

LATEX est également beaucoup plus flexible que Word, chacun des paramètres pouvant être modifié et, surtout, un nombre incroyable de packages existe, permettant de faire tout ce que l'on peut souhaiter. Je pense que beaucoup de personnes se sont déjà retrouvées dans le cas d'un document Word minutieusement formaté dans lequel on ajoute une simple ligne de texte, déplaçant alors toutes les images, tous les tableaux et, par conséquent, tous les paragraphes de notre document. Ce genre de cauchemars n'arrive pas avec LATEX, qui, s'il prend par défaut des décisions pour nous, accepte également de nous donner un contrôle total. Au point même qu'on peut très bien forcé un texte à rester sur une ligne même si cette ligne déborde de la page (le logiciel nous prévient néanmoins de ce problème).

3.6.2 Pourquoi ShareLaTeX?

Une deuxième question que l'on pourrait se poser est "pourquoi ShareLaTeX?". Comme c'est généralement le cas quand il existe une solution en ligne (ou portable) et une solution à installer, la solution à installer est plus complète, éventuellement plus personnalisable et plus rapide. Cependant, l'utilisation d'une solution en ligne a aussi ses avantages. En ce qui me concerne, l'avantage principal était de pouvoir travailler facilement sur mon TFE depuis n'importe quel ordinateur sans rien devoir installer dessus. Pour cela, deux solutions principales existaient (il en existe d'autres mais aucun de ces outils n'offre les possibilités des solutions suivantes): ShareLaTeX et writeLaTeX. Alors que le premier est devenu Open Source depuis fin février 2014, writeLaTeX est une solution propriétaire. Pour un usage en ligne, cela ne change pas énormément pour moi, les deux proposant des fonctionnalités avancées aux personnes prenant un abonnement payant mais offrant une version de base gratuite. ShareLaTeX propose désormais son code source librement afin de créer une communauté de développeurs améliorant le service mais aussi pour permettre aux clients de cette solution d'installer leur version locale de ShareLaTeX, ce qui permet notamment aux entreprises de disposer de ShareLaTeX sur leur intranet, par exemple, sans risquer de compromettre la confidentialité des documents. Pour l'instant, le projet n'étant que depuis très récemment libre, il n'y a pas réellement d'avantages pour moi à utiliser cette solution si on ne prend que ça en compte. Si j'ai préféré ShareLaTeX à writeLaTeX, c'est pour d'autres raisons.

35

 

ShareLaTeX

writeLaTeX

Projets:

Illimités

jusqu'à 1 GB d'espace de stockage

Fichiers par projet:

Illimités

60

Historique:

Non

Oui

Vérificateur orthographique:

Oui

Non

Compilation live:

Non

Oui

Collaboration:

1 collaborateur

Non

TABLE 3.1 - Comparatif ShareLaTeX et writeLaTeX

Tout d'abord, ShareLaTeX propose plus de fonctionnalités dans sa version gratuite que son concurrent propriétaire. Le tableau ci-dessous montre un comparatif des fonctionnalités que j'ai pris en compte pour les versions gratuites des deux solution. Sont soulignés, dans ce tableau, les avantages de chaque solution.

Je n'avais évidemment pas besoin d'un nombre illimité de projets et de fichiers dans ces projets mais je préférais malgré tout ne pas être limité, d'autant plus que writeLaTeX offre en réalité beaucoup mois que 1 GB d'espace par défaut. Pour obtenir plus d'espace, il faut réaliser des actions comme compléter son profil, suivre writeLaTeX sur Twitter ou encore parrainer des amis.

La fonctionnalité d'historique de writeLaTeX est en revanche très intéressante et permet de garder les traces des anciennes versions de son projet grâce à un système de numéro de versions très pratique. Bien que cela constitue une sécurité non négligeable, je n'ai jamais fait appel à cette fonction et j'ai donc décidé qu'elle ne serait pas capitale pour ce TFE. Je tiens également à préciser que, le code source étant disponible, cette fonctionnalité fait partie de la version que l'on peut installer pour utilisation locale.

Le vérificateur orthographique est très utile, surtout quand on écrit en LATEX car il est parfois difficile de déceler une faute de frappe parmi le code typique du langage LATEX. Le vérificateur de ShareLaTeX existe dans un nombre impressionnant de langues, même s'il ne reconnaît pas tous les mots en français.

La compilation live est, en général, une bonne chose. Mais lors de mes expériences passées avec writeLaTeX, il m'est arrivé d'être gêné par cette fonctionnalité ralentissant fortement l'ordinateur quand il s'agit de compiler de gros documents. Il est possible de désactiver la compilation automatique mais je n'ai jamais réussi à demander à writeLaTeX de compiler sur demande, ce qui est très facile à faire sur ShareLaTeX.

36

Enfin, la collaboration n'est pas quelque chose dont j'avais réellement besoin pour mon TFE mais il s'agit d'une fonctionnalité utile permettant de travailler à plusieurs sur un même projet en même temps. Cependant, la collaboration rend plus importante la possibilité de conserver un historique avec des numéros de versions.

3.7 Conclusion

Les statistiques analysées lors de ce chapitre tendent à montrer que les logiciels propriétaires restent de loin les plus utilisés sur le marché. Néanmoins, dans certains domaines, les logiciels libres ont déjà réussi à s'imposer et la popularité croissante de ces logiciels laisse envisager un changement de ces chiffres dans les années futures. Je tiens aussi à faire remarquer la difficulté d'obtenir des données précises quant aux parts d'utilisation des logiciels. La technique utilisée par w3techs est relativement fiable puisqu'elle consiste à analyser les sites Internet pour obtenir des informations comme le serveur HTTP utilisé ou l'OS du serveur physique. On peut supposer que les données concernant les navigateurs Internet sont également fiables vu qu'il est également assez aisé d'analyser le trafic Internet pour savoir quel navigateur est utilisé pour accéder à certains sites. En revanche, l'utilisation de l'OS sur les ordinateurs personnels me semble plus difficile à évaluer, principalement parce que, si on peut connaître le nombre de licences Windows ou Mac vendues, on ne connaît que le nombre de téléchargement des systèmes Linux. Or, un téléchargement peut servir à plusieurs utilisateurs ou n'être plus en fait utilisé par aucun. Sur smartphone et tablette, l'OS est toujours lié à l'appareil et, même s'il est possible de changer d'OS, il n'existe pas encore beaucoup d'alternatives et le procédé est parfois compliqué. On peut donc évaluer facilement les parts d'utilisation en regardant le système installé lors de la vente.

37

Chapitre 4

La réponse du monde propriétaire

4.1 Introduction

Les grandes sociétés informatiques, dont les bénéfices proviennent des logiciels propriétaires, ont toutes, d'une manière ou d'une autre, subi les conséquences de l'arrivée des logiciels libres. Face à l'apparition de cette nouvelle concurrence, dont la force principale était sa gratuité récurrente, les entreprises dominantes ont dû s'adapter. Elles ont cependant toutes eu des comportements différents.

4.2 La réponse de Microsoft

Fondée en avril 1975, Microsoft Corporation est depuis les années 1990 une société incontournable dans le domaine de l'informatique. Ayant remporté un énorme succès financier grâce à la stratégie de la vente liée, cette société est souvent considérée comme le principal adversaire des logiciels libres.

4.2.1 Diminution des prix

La première réaction de Microsoft a été de diminuer les prix de ses logiciels. L'intérêt financier des logiciels libres était en effet très probablement l'argument le plus convaincant en faveur des logiciels libres auprès du grand public, surtout à une époque où le mouvement du libre n'en était encore qu'à ses débuts. Une diminution des prix a donc permis à Microsoft de réduire la force de cet argument.

4.2.2 Différenciation

Une nouvelle stratégie développée par Microsoft est la différenciation, c'est-à-dire que Microsoft tente de différencier ses logiciels en modifiant des caractéristiques, principalement visuelles, afin de rendre ces logiciels uniques aux yeux des utilisateurs, et ce dans le but d'empêcher ses clients de se tourner vers les solutions libres. Cette stratégie peut aisément se remarquer avec l'arrivée du célèbre "ruban" de Microsoft Office, depuis la version 2007, ou encore avec la mise en place de la nouvelle barre de tâche, cette barre

38

horizontale se trouvant en bas de l'écran des ordinateurs fonctionnant sous Windows, lors de la sortie de Windows 7.

Ces nouveaux éléments, pour lesquels Windows possède les droits d'auteur, permettent de modifier la manière de travailler de l'utilisateur afin de l'habituer aux produits Microsoft. La force de ces éléments est qu'ils sont beaucoup plus conviviaux pour l'utilisateur, qui a dès lors plus facile de s'habituer à ces éléments que de s'habituer à travailler sans.

4.2.3 Fidélisation de nouveaux clients

Afin de maintenir sa place de leader sur le marché informatique, Microsoft tente d'at-teindre de nouveaux marchés tout en conservant ses marchés actuels. Pour conserver sa place sur les marchés où l'entreprise est déjà présente, Microsoft a proposé des éditions spéciales à prix réduits pour les étudiants. Cette stratégie, très efficace, permet à Microsoft de toucher un public qui ne dispose pas encore d'habitudes dans le domaine des logiciels et d'ainsi les fidéliser aux suites propriétaires de Microsoft.

Mais Microsoft ne se contente pas de s'assurer que les écoles et les étudiants utilisent ses produits. La société propose également des éditions réservées aux pays du tiers-monde. Ainsi, en fin 2007, une initiative fut lancée par Microsoft pour permettre aux pays en voie de développement acceptant de fournir gratuitement des ordinateurs dans leurs écoles d'acheter des "packs" Microsoft contenant Windows XP, Microsoft Office 2007 et quelques autres programmes éducatifs. Cette initiative à l'apparence très généreuse n'était rien de plus qu'une stratégie de marketing très réussie visant à combattre à la fois l'utilisation de copies piratées des logiciels propriétaires et les logiciels libres 19.

4.2.4 Autres réponses

Microsoft a créé quelques sites Internet comme CodePlex. Ce site d'hébergement de projets permet aux développeurs de créer des modules libres pour les logiciels de Microsoft comme MS Office 20. Cela semble donc indiquer que Microsoft, bien qu'étant le principal opposant au modèle du libre, a compris l'utilité de ce modèle de développement pour la création de nouveaux programmes informatiques.

Face à la popularité croissante du libre, Microsoft a également décidé de créer ce qui semble être un compromis entre propriétaire et libre. Ainsi, Microsoft a publié les détails de plusieurs de ses formats de fichiers sans en dévoiler le code source pour autant. De plus, Microsoft a lancé la Shared Source Initiative qui est une initiative de partage du code source de plusieurs produits de Microsoft sans pour autant qu'il soit légal d'utiliser ce code source ou de le redistribuer. Ainsi, malgré une certaine ouverture, les licences Shared Source de Microsoft ne sont pas des licences libres.

19. Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010, p. 96

20. Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010, pp. 97-99

39

Microsoft a développé ce projet de code source partagé pour plusieurs raisons. Tout d'abord, cela permet aux programmeurs de développer plus facilement des modules complémentaires pour les logiciels Microsoft. Ensuite, cela permet d'utiliser l'avantage des codes sources ouverts concernant l'amélioration, notamment en matière de sécurité, grâce à l'évaluation par les pairs. Enfin, ce projet permet aux étudiants en informatique d'étu-dier et d'analyser le code source des logiciels distribuées sous les licences Shared Source.

4.3 La réponse d'IBM

International Business Machines a été fondée en 1911 aux Etats-Unis. A l'époque, l'en-treprise fabriquait des tabulatrices, qui étaient en quelque sorte l'ancêtre des ordinateurs actuels. En 1944, IBM lança le premier ordinateur numérique au monde, appelé Harvard Mark I. En 1956, IBM se fit également remarquer en programmant un ordinateur pour créer un logiciel de jeu d'échecs pouvant "apprendre" par lui même, posant les bases de l'intelligence artificielle. L'année suivante, IBM créait le disque dur. Cette entreprise est donc une pionnière de l'informatique, responsable de nombreuses inventions et avancées dans ce domaine.

IBM, qui est donc un géant de l'informatique, est également un des principaux contri-buteurs au développement des logiciels libres, dont Linux, Apache ou encore Mozilla. Ainsi, d'après un rapport de la fondation Linux21, IBM était la sixième entreprise soutenant le plus le développement du noyau Linux en 2012. Lors d'une conférence Linux aux Etats-Unis en ce mois de septembre 2013, IBM a annoncé son intention d'investir $ 1 milliard dans le développement de Linux et des technologies de l'Open Source pour les serveurs d'IBM.

4.4 La réponse de Google

Google, Inc. a été fondée en 1998 par Larry Page et Sergey Brin 22. Le premier produit de cette société, son produit le plus connu, est le moteur de recherche Google. Mais l'entreprise a bien évolué depuis sa création et propose désormais énormément de solutions informatiques, que ce soit le navigateur Web Google Chrome, des applications Web comme Gmail, Google Drive ou Google+ voire même des OS comme Android et Chrome OS.

Contrairement aux services de Microsoft, la plupart des services de Google sont utilisables gratuitement. La principale source de revenu de cette société est en effet la publicité. A l'heure actuelle, Google utilise énormément de code source libre mais, d'un autre côté, le code source produit par Google est dans la très grande majorité des cas propriétaire 23.

21. Corbet, Jonathan, Kroah-Hartman, Greg et McPherson, Amanda, Linux Development Kernel: How fast It is Going, Who is Doing It, What They are Doing, and Who is Sponsoring It, Linux Foundation, s.l., 2013, p. 9

22. Google, La mission de Google: organiser les informations à l'échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous, s.d., http://www.google.com/about/company/, consulté le 19 octobre 2013

23. Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010, p. 62

40

4.5 Conclusion

Comme je vous l'ai montré le long de ce chapitre, les plus grandes sociétés du secteur informatique sont également touchées, d'une manière ou d'une autre, par le phénomène des logiciels libres. Certaines entreprises tentent de résister aux logiciels Open Source, d'autres tentent de s'adapter à leur apparition alors que d'autres encore se sont mises à soutenir directement ces nouveaux logiciels. Nous remarquons actuellement que plusieurs sociétés ont décidé de distribuer leurs logiciels également pour Linux, alors que ces logiciels étaient auparavant réservés à Windows et à Mac OS. On peut citer par exemple le cas de la plate-forme de téléchargement légal de jeux Steam, disponible sur Linux depuis 2012. Toujours en 2012, la société Nvidia, spécialisée dans la construction de cartes graphiques, a rejoint la fondation Linux, comme Intel et Advanced Micro Devices (AMD) quelques années plus tôt.

41

Chapitre 5

Avantages et inconvénients

5.1 Introduction - Quels logiciels choisir?

Dans ce chapitre, je vais énumérer et détailler les principaux avantages et inconvénients, d'une part, du développement des logiciels libres et, d'autre part, de l'utilisation de ces logiciels. Cette énumération me semble très importante puisqu'il s'agit d'un très bref résumé des raisons qui devraient permettre aux entreprises de choisir entre logiciels libres et propriétaires.

5.2 Avantages

+ Réduction des coûts liés à l'achat des licences: le fait que n'importe qui peut redistribuer une copie d'un logiciel libre fait que dans la plupart des cas, les logiciels libres sont disponibles légalement sans devoir payer. Cela permet aux entreprises de faire d'énormes économies quand on voit les prix, parfois exorbitants, de certains logiciels propriétaires (exemples: licence Maya* à partir de € 3 900 , MS Office 2013 Pro à partir de € 539 , etc.). Ainsi, l'Institut de Recherche et d'Informations Socio-économiques (IRIS) a évalué que le gouvernement canadien aurait pu économiser au moins 19 % du coût du renouvellement de ses licences informatiques, soit une économie de $ 256 millions. Selon le même institut, le gouvernement finlandais a quant à lui réalisé des économies de plus de 70 % en passant des logiciels propriétaires aux logiciels libres.

+ Indépendance face aux grandes sociétés informatiques: le fait d'utiliser un logiciel libre permet d'être indépendant des développeurs et des grandes sociétés informatiques. En effet, tout le monde peut modifier le code source du logiciel et il est possible de changer à tout moment de logiciel sans devoir attendre la fin d'une licence ou d'un contrat. De plus, une entreprise utilisant un OSS au travers d'une SSLL (société de services en logiciels libres) pour changer de SSLL sans pour autant changer les produits utilisés.

+ Augmentation de la rentabilité de production: le développement de logiciels libres est plus rentable que le développement des logiciels propriétaires, dans le sens où il est plus facile de partir d'un code source existant pour l'améliorer et y ajouter des fonctionnalités que de créer un logiciel à partir de rien. Ainsi, si une société A crée un logiciel libre pour ses besoins spécifiques, une entreprise B peut facilement

42

reprendre ce logiciel et l'améliorer ou l'adapter à ses besoins alors que dans le cas de logiciels propriétaires, la société B aurait dû créer son propre logiciel depuis le début.

+ Amélioration de la fiabilité et de la sécurité: le code source d'un logiciel libre étant accessible à tout le monde, les failles de sécurité et autres défauts de programmation sont plus vite repérés et corrigés qu'avec les logiciels propriétaires. De plus, les développeurs de logiciels propriétaires peuvent parfois être tentés de ne pas dévoiler l'existence d'une faille dans leur code source pour ne pas se discréditer, au risque de laisser la possibilité à d'éventuels pirates informatiques de s'attaquer au système.

+ Utilisation simplifiée: l'utilisation d'un logiciel libre n'est pas plus difficile que l'uti-lisation d'un autre logiciel, elle demande juste de l'habitude. Cependant, alors que les sociétés informatiques distribuant des logiciels propriétaires ont tendance à utiliser des interfaces graphiques conviviales mais qui ont surtout pour but d'accrocher et d'habituer l'utilisateur à ce style d'interfaces, les logiciels libres présentent généralement des interfaces plus sobres visant avant tout la performance.

+ Utilisation de formats standards et ouverts: L'utilisation de formats standards permet une compatibilité parfaite entre les différents logiciels libres. Tandis que les logiciels propriétaires tentent de se différencier en utilisant des formats qui leur sont propres, et qui sont parfois différents d'une version à l'autre (différences de formats entre les logiciels des suites Microsoft Office 2003 et 2007), les logiciels libres n'ont aucun intérêt, au contraire, à chercher à se différencier de cette sorte. Cela permet de garantir une meilleure circulation des fichiers et aussi une plus grande liberté de choix de logiciel: on peut en outre à tout moment décider de changer de logiciel libre sans pour autant devoir convertir tous les fichiers dont on dispose.

5.3 Inconvénients

- Incompatibilité avec les logiciels propriétaires: l'adoption de logiciels libres par les entreprises est parfois fortement entravée par l'incompatibilité entre les logiciels libres et propriétaires. C'est parfois vrai au niveau du format des fichiers existants mais c'est également le cas pour les serveurs (un serveur Microsoft peut nécessiter l'utilisation de logiciels Microsoft). Il faudrait alors également changer les serveurs de l'entreprise, ce qui est coûteux et chronophage.

- Adaptation: le passage des logiciels propriétaires aux logiciels libres requiert souvent un temps d'adaptation et de formation pour les utilisateurs. Cela est avant tout dû aux stratégies commerciales des sociétés distribuant des logiciels propriétaires qui, en plus d'essayer d'empêcher la compatibilité avec des logiciels libres ou venant d'un autre éditeur, tentent d'implémenter des options d'accessibilités et des repères permettant de fidéliser les clients, même si l'utilité réelle de ces options reste sujette à débats parmi les professionnels. Ainsi, par exemple, le ruban Office de MS Office depuis la version 2007 rend le passage aux logiciels libres comme OpenOffice ou LibreOffice très difficile. D'un autre côté, la communauté de ces

43

logiciels n'a à ce jour pas encore implémenté une fonctionnalité semblable à ce ruban suite au débat faisant rage selon l'utilité de ce ruban qui, s'il facilite la tâche d'après certains utilisateurs, ne change rien voire ralentit l'utilisation du logiciel pour d'autres.

- Limites de la coopération dans le cas de secteurs spécialisés: dans le cas de secteurs très spécialisés, il peut être difficile de disposer du public nécessaire pour l'appli-cation d'un système de développement basé sur la coopération. Certains types de logiciels réservés à un public limité peut donc avoir beaucoup plus de mal à se développer de manière libre. Ceci est toutefois possible grâce aux sociétés de développement informatique fournissant des logiciels libres.

- Manque de certaines fonctionnalités: le phénomène des logiciels libres est en pleine expansion mais possède un certain retard sur les logiciels propriétaires, qui ont dès lors développé des fonctions qui ne sont pas encore abouties pour les logiciels libres. De plus, les sociétés éditant les logiciels propriétaires disposent en général de ressources financières plus importantes à investir dans le développement de ces fonctionnalités.

- Trop grand choix: le choix entre les distributions de logiciels libres étant tellement grand qu'il est difficile de savoir quel logiciel choisir. En effet, d'un seul projet peuvent dériver des centaines de logiciels légèrement différents. Il n'est dès lors pas toujours aisé de savoir quelle distribution de Linux choisir, pour ne citer qu'un exemple.

5.4 Conclusion - Quels logiciels choisir?

Les logiciels libres semblent être un excellent choix sur le long terme, permettant de meilleurs rendements grâce à une interopérabilité, une fiabilité et une rentabilité accrues. Néanmoins, avant de passer à l'Open Source, il est peut-être préférable de s'assurer qu'une communauté existe ou puisse exister pour soutenir ce projet. De plus, les logiciels libres souffrent encore actuellement d'un manque de soutien et de confiance de la part de certains acteurs importants pour l'industrie informatique.

44

Chapitre 6

L'économie libre

6.1 Introduction à l'économie du libre

Au sein de ce chapitre, je vais parcourir avec vous le fonctionnement de l'économie des logiciels libres. En effet, quand on dit logiciel libre, on pense souvent à logiciel gratuit. Pourquoi alors certaines entreprises produisent-elles de tels logiciels afin de les distribuer? Pourquoi certaines sociétés investissent-elles dans le développement de ces logiciels? Comment une économie peut-elle se construire autour des logiciels libres? Il n'y a pas de réponse unique à ces questions. Je vais donc apporter des pistes de réponses tout au long de ce chapitre et vous ouvrir les portes d'un monde économique nouveau.

Initialement, le monde des logiciels libres différait énormément du monde des logiciels propriétaires du fait que la recherche de profit n'était absolument pas l'objectif principal parmi la communauté du libre. Tandis que les sociétés informatiques publiaient des logiciels propriétaires créés de manière très organisée dans le but d'engendrer des bénéfices, les logiciels libres étaient créés de manière volontaire, par des passionnés, et ce sans aucune autorité centrale.

Il est tout d'abord important de faire remarquer que l'économie du logiciel est loin de se cantonner à la simple création d'un logiciel et à sa distribution. Une part importante de ce système économique repose également sur les services liés: l'installation des logiciels, les dépannages, la maintenance, etc. De plus, ce modèle économique ne s'applique pas uniquement aux logiciels mais est bien plus global.

6.2 Les logiciels libres et le profit économique

6.2.1 L'édition

Certaines sociétés informatiques proposent leurs logiciels sous licence libre mais éditent également des logiciels plus spécialisés ou plus poussés qu'ils vendent sous une licence propriétaire afin d'en tirer un bénéfice.

D'autres sociétés d'édition de logiciels utilisent une autre stratégie consistant à vendre le logiciel sous licence propriétaire puis à libérer le code-source suite à la sortie d'une nouvelle version, qui sera elle-même vendue sous licence propriétaire.

45

Enfin, certaines entreprises créant du matériel informatique distribuent librement le code-source de leurs pilotes, l'achat de leur matériel étant de toute manière obligatoire pour que ce code-source soit utile et l'activité principale de ces compagnies n'étant pas l'édition et la vente de logiciels. Plus généralement, on peut dire qu'il est profitable de distribuer le code-source librement d'un produit à faible plus-value afin de tirer bénéfice d'un produit à plus grande valeur ajoutée.

6.2.2 La distribution

Certaines sociétés, comme Red Hat, distribuent des systèmes d'exploitation de type Linux avec un ensemble sélectionné de logiciels libres. Les gens leur font alors confiance pour avoir sélectionné les logiciels qui leur correspondent le mieux, dans la version idéale. Plus précisément, Red Hat utilise un modèle de double licence (Fedora/RHEL). Ainsi, la version Fedora, distribuée gratuitement, a permis de créer une communauté et se sert de cette communauté pour le développement et le test de la distribution tandis que la version RHEL, distribuée avec documentation, support technique et garantie, permet de faire des bénéfices.

Les entreprises peuvent également gagner de l'argent en distribuant un logiciel libre par CD-ROM ou avec la documentation correspondante par exemple.

Un critère important à prendre en compte est que certaines sociétés parviennent à vendre des logiciels libres parce qu'elles ne vendent pas le code-source du logiciel mais bien leur marque. Les gens choisissent alors ces logiciels parce que la marque est un garant de fiabilité et de sécurité. C'est d'ailleurs sur ce principe que s'est basé Google en distribuant (gratuitement néanmoins) Google Chrome. C'est également cette stratégie qu'utilise le projet Arduino, développant du matériel informatique Open Source mais ayant enregistré son nom comme une marque déposée.

6.2.3 Les services

Une part importante de l'économie du libre tourne autour des services informatiques. Des sociétés sont spécialisées dans les services informatiques libres. Ces services peuvent être une assistance technique, l'installation des logiciels libres et l'application des mises à jour ou encore la prise en charge des formations nécessaires à l'utilisation des logiciels libres.

Il faut reconnaître que choisir son logiciel libre et choisir la version de ce logiciel libre à installer est parfois loin d'être une tâche aisée. C'est pourquoi il peut être nécessaire de faire appel à des entreprises spécialisées pour s'occuper de cela. Pour reprendre l'exemple de Google Chrome, les gens sont plus tentés d'installer Google Chrome que Chromium pour plusieurs raisons. Certes, la marque Google sert déjà de garant de fiabilité, mais ce n'est pas tout. Google utilise le code source de la dernière version stable de Chromium

46

pour créer la dernière version de Google Chrome. Cela évite donc aux utilisateurs inexpérimentés de se retrouver avec un logiciel qui possède des fonctionnalités n'ayant pas encore été testées et potentiellement boguées.

6.3 L'importance des logiciels libres pour l'économie 6.3.1 Gardien de la concurrence

Les logiciels libres sont un excellent moyen pour de nouvelles sociétés d'édition informatique de se lancer dans les affaires. En effet, s'il est extrêmement difficile, et donc coûteux, de créer un logiciel complexe à partir de rien, le modèle des logiciels libres permet d'écrire un code-source plus modeste et de s'appuyer sur une communauté de volontaires pour l'améliorer.

De plus, la libre distribution des logiciels libres est un avantage de poids pour faire face aux logiciels propriétaires bien connus et très utilisés. De fait, plus un logiciel est facile à obtenir, plus il a de chance d'être adopté par un nombre important d'utilisateurs.

Comme dit précédemment, certaines entreprises, comme Google, ont compris l'im-portance des logiciels libres et les utilisent pour diminuer les parts de marché de leurs concurrents.

6.3.2 Réduction du coût de l'innovation

Un modèle économique reposant sur les logiciels propriétaires risque de voir apparaître énormément de gaspillage, les développeurs devant "créer" du code qui a peut-être déjà été écrit par quelqu'un d'autre. Les logiciels libres permettent aux développeurs de reprendre le travail déjà fourni précédemment, ce qui favorise l'innovation. Il est notamment important pour les agences publiques et les universités de développer de tels logiciels. Grâce aux logiciels libres, un développeur peut reprendre le travail là où il a été arrêté par les autres développeurs et améliorer le logiciel. Pour arriver au même résultat, les coûts liés à l'innovation sont donc moindre que s'il avait fallu refaire l'entièreté du code.

De plus, quand un développeur publie un logiciel libre, tout le monde peut en profiter. Ces utilisateurs vont alors améliorer le logiciel libre, ce qui pourrait profiter au développeur original. C'est pourquoi une société développant un logiciel pour ses propres besoins a tout intérêt à publier le code source de ce logiciel, qui pourrait bien se voir améliorer sans aucun frais supplémentaires pour l'entreprise24.

24. Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010, p. 77

47

6.4 Le libre hors du monde logiciel 6.4.1 Le projet Ara

En octobre 2013, Google annonça son intention de créer, sous le nom de code Ara, un smartphone modulaire. Il s'agirait en fait d'un simple squelette métallique construit par Google sur lequel viendraient se greffer des "modules" comme l'écran, le clavier, la batterie, etc. Cela permettrait aux utilisateurs de remplacer facilement les pièces défectueuses, prolongeant l'espérance de vie du téléphone et laissant aux utilisateurs la possibilité de personnaliser entièrement leur appareil, que ce soit du point de vue matériel que logiciel.

Il s'agit là du premier projet de production Open Source de téléphone, les dévelop-peurs pouvant utiliser la plate-forme de Google pour développer leurs propres modules. Cela devrait permettre à de petits développeurs ne disposant pas des moyens de créer des systèmes complets rivalisant avec les grandes marques de produire et distribuer leurs modules, augmentant la concurrence et diminuant potentiellement le prix global du smart-phone.

Lors de la première conférence dédiée aux développeurs du projet Ara, qui a eu lieu ce 15 avril 2014, Google a dévoilé que le squelette en métal serait disponible en trois versions (petit pour $ 50, moyen pour $ 100 et grand pour $ 150) dès janvier 2015 et qu'il faudrait encore attendre jusqu'à avril 2015 pour que la plupart des pièces détachées soient disponibles25.

6.5 Conclusion - Le modèle économique du libre a-t-il de l'avenir?

Suite à ce chapitre, je pense pouvoir affirmer que l'économie du libre a une possibilité d'avenir. Cependant, ce modèle économique est différent du modèle propriétaire et nécessite des ajustements majeurs par rapport à ce que nous connaissons aujourd'hui. Si ce changement peut faire peur au départ, certains sont déjà passés au libre et semblent très bien s'en sortir. Si les grandes entreprises informatiques s'y mettent suffisamment vite, il me semble tout à fait envisageable qu'elles survivent à ce qui pourrait être une révolution au sein du monde informatique. Mais si elles ne parviennent pas à s'adapter, l'Open Source pourrait bien faire s'effondrer les géants que nous connaissons et permettre la naissance de multitudes de nouvelles petites sociétés informatiques.

Enfin, ce chapitre me permet aussi de rappeler que l'Open Source n'est pas uniquement limité aux logiciels informatiques mais peut aussi être utilisé pour la création de matériel, comme dans le cadre du projet Ara, ou encore dans le domaine de l'éducation, ce qui

25. Huffington Post, Date de sortie du Google Phone (Project Ara), 2014, http://www.huffingt onpost.fr/2014/04/16/project-ara-google-lancement-janvier-2015-google-phone-date-de-sortie_n_5159007.html, consulté le 20 avril 2014

48

est d'ailleurs utilisé par le MIT, dont les cours sont accessibles librement depuis le site Internet de l'université.

49

Chapitre 7

Conséquences pour les assistant(e)s de

direction

7.1 Introduction

Étant étudiant assistant de direction, j'ai choisi, dans ce chapitre, de vous expliquer en quoi les logiciels libres pourraient impacter les assistants de direction. Je n'ai pas la prétention de vouloir vous expliquer, ni même mentionner, toutes les conséquences que les logiciels libres pourraient avoir mais je vais tenter d'aborder le cas le plus courant pour les assistants de direction, la bureautique, et mettre cela en parallèle avec les études que nous avons suivies.

Le but de ce chapitre est de déterminer si l'utilisation de logiciels libres de bureautique par les entreprises pourrait affecter les assistants de direction et, si oui, dans quelle mesure.

Pour cela, je compte imaginer le cas où l'entreprise pour laquelle travaillerait un assistant de direction décidait soudainement de remplacer MS Office 2007 ou 2010 par LibreOffice. Cela me permettra de dégager les différents aspects utiles pour comprendre l'impact de ces logiciels sur le personnel administratif.

7.2 Quelles sont les conséquences?

Cela dépend évidemment de plusieurs facteurs, notamment la part de logiciels libres dans l'entreprise. Globalement, on peut considérer que l'activité principale qui pourrait, à l'heure actuelle, être affectée par les logiciels libres est la bureautique. L'utilisation de logiciels libres aurait, à cet égard, de nombreux impacts sur les assistants de direction.

Prenons notre exemple: à la Haute École de la Province de Namur, nous avons des cours de bureautique et d'informatique grâce auxquels nous savons utiliser Word, Excel, Access, PowerPoint, Outlook ou encore Publisher. Tous ces logiciels de Microsoft Office, nous les avons étudiés dans leur version 2007 ou dans leur version 2010. J'imagine assez aisément que, parmi nous, ceux n'ayant jamais utilisé d'autres logiciels de bureautique auront du mal à utiliser des logiciels comme LibreOffice, à l'interface beaucoup plus austère. Cependant, cela n'a aucun rapport avec le statut propriétaire ou libre des logiciels. Si nous étions habitués à utiliser LibreOffice mais pas à utiliser MS Office, nous aurions

50

également des difficultés à changer. La différence, c'est qu'un logiciel libre est développé afin de servir efficacement ses utilisateurs, tandis qu'un logiciel propriétaire a également l'objectif de fidéliser l'utilisateur pour qu'il continue à utiliser ce logiciel.

Cela veut-il dire que l'utilisation de LibreOffice "nuirait" aux assistants de direction? Encore une fois, je ne le pense pas! Le passage d'Office 2003 à Office 2007 n'a certainement pas été une partie de plaisir pour les habitués à l'ancien système. Et pourtant, ils n'ont pas eu le choix, car Microsoft a décidé pour eux. Cela a beaucoup moins de chance d'arriver avec les logiciels libres. Si le passage aux logiciels libres pour les personnes habituées à Microsoft peut être difficile, je pense que c'est une chose à faire le plus tôt possible. L'idéal serait en tout cas que les futurs assistants de direction apprennent à s'habituer aux logiciels libres, quitte à apprendre davantage l'utilisation de MS Office. Cela permettrait de rendre l'éventuel passage à l'Open Source beaucoup plus facile. Or, ce sera bien là la seule fois où il faudra s'adapter. Effectivement, une fois le(s) logiciel(s) Open Source choisi(s), le risque de voir ce logiciel prendre une direction totalement différente est minime. Imaginons que MS Office ait été un logiciel libre. Quand Microsoft a décidé de lancer la version 2007, avec sa nouvelle interface graphique profondément modifiée grâce à l'apparition du ruban et avec ses nouveaux formats de documents, la communauté d'utilisateurs aurait très probablement continué à développer une version d'Office basée sur l'interface graphique de 2003. De plus, l'utilisation d'une version du logiciel ou d'une autre n'aurait pas d'influence sur les documents et relèverait donc d'un choix personnel, les documents étant tous en formats ouverts. Par exemple, lorsque je suis arrivé sur mon lieu de stage, EUROCONTROL, pour la première fois, mon ordinateur utilisait Office 2003, le standard dans cette agence. Mais après quelques jours seulement, je me suis retrouvé avec un ordinateur utilisant Office 2010, qui allait devenir le nouveau standard dans les mois à venir. Ce n'était pas seulement la suite Office qui changeait entre les deux ordinateurs mais aussi le système d'exploitation, qui passait de XP à Seven. Je n'ai personnellement pas eu de problème, étant déjà habitué à cet OS et à Office 2010, mais certaines personnes semblaient avoir du mal, malgré les formations dispensées. Mais après ma "migration", comme ils appelaient cela, j'ai dû faire face à des problèmes de compatibilité entre les documents que je créais et les documents de mes collaborateurs, la plupart d'entre eux utilisant toujours l'ancienne version d'Office. Ce genre de problème ne se serait pas posé si l'agence utilisait des logiciels libres.

D'un autre côté, je vois difficilement en quoi le passage à l'Open Source bouleverserait entièrement le métier d'assistant. Même si les interfaces des logiciels propriétaires et de leurs alternatives libres sont assez différentes, l'utilité et les capacités des logiciels ne le sont pas tant que ça.

Pour résumer, je dirai que le passage aux logiciels libres pourrait se révéler être un changement plus ou moins difficile pour les personnes habituées à travailler avec MS Office,

7.3 Conclusion

51

ce qui pourrait nécessiter des formations de la part des entreprises adoptant l'Open Source. Mais, une fois les utilisateurs habitués à l'Open Source, les avantages du modèle libre se feraient ressentir et garantiraient une utilisation sur le long terme, un logiciel libre, même abandonné par sa société de développement initiale, se voyant généralement toujours soutenu par sa communauté d'utilisateurs. Sur le court terme, le passage au libre est donc synonyme de changement brutal mais, sur le long terme, il est le garant d'une plus grande continuité et stabilité. Les logiciels libres pourraient donc bien affecter les assistants de direction mais pas, à eux seuls, provoquer de "révolution" dans ce métier. De plus, les conséquences les moins positives sont principalement dues au changement de logiciel, pas au fait que le nouveau logiciel soit libre.

52

Chapitre 8

Avenir du logiciel libre

8.1 Introduction à l'avenir du libre

Tout au long de ce travail, je vous ai montré les différentes raisons qui pourraient nous pousser, nous, utilisateurs, à préférer, ou pas, les logiciels libres ainsi que les raisons qui pourraient pousser les entreprises à développer de tels logiciels ou à préférer les logiciels propriétaires. Dans la conclusion du chapitre 6, je déclarais que le modèle économique du libre était, d'après moi, viable, mais je vais à présent résumer les perspectives d'avenir du logiciel libre.

8.2 L'offre pour répondre à la demande

Les utilisateurs chercheront toujours les logiciels les plus performants aux prix les plus bas. Or, comme je vous l'ai précédemment expliqué, les coûts de production d'un logiciel libre sont répartis au sein de la communauté de développeurs plutôt que payés par une seule entité et les coût d'acquisition seront dès lors inévitablement plus faibles que les coûts de production d'un logiciel propriétaire. Pour cette raison, il y aura toujours une demande théoriquement infinie pour les logiciels libres et, suivant la loi de l'offre et de la demande, il se créera une offre tendant vers l'infini 26.

Ainsi, même si les grandes compagnies jugeaient que les logiciels libres n'étaient pas assez rentables, il y aurait toujours des communautés de volontaires qui se feraient et qui créeraient des logiciels libres. Cette situation, qui a été celle des logiciels libres à leur création, n'est tout de même pas idéale puisqu'elle laisse les logiciels libres dans une position d'outsider.

Si j'applique cette loi de l'offre et de la demande en ne considérant plus uniquement que les clients particuliers mais également les entreprises, j'arrive toutefois à la conclusion que les grandes entreprises de tous les secteurs, qui ont toujours besoin d'outils informatiques, formeront également des clients pour les logiciels libres et préféreront ces logiciels aux logiciels propriétaires. Ainsi, il est fort probable que le monde du libre obtiendra toujours le soutien de certaines entreprises qui verront l'intérêt qu'il y a à investir dans les communautés de logiciels libres afin d'utiliser par la suite leurs logiciels à moindre coûts.

26. Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010, p. 80

53

8.3 Un secteur des services plus efficace

Comme vu précédemment, les services informatiques forment une source de revenus majeure pour le monde du libre. Les services informatiques existent également avec les logiciels propriétaires mais ce modèle peut être largement étendu grâce aux logiciels libres. Tandis que seules les entreprises possédant le code source d'un logiciel propriétaire sont parfaitement à même de proposer leurs services, n'importe qui peut proposer ses services pour le cas d'un logiciel libre, tout le monde pouvant étudier le code source de tels logiciels.

Pour ces raisons, je suis convaincu que l'Open Source a un bel avenir devant lui, même s'il souffre encore trop souvent d'un manque de confiance de la part d'utilisateurs et de développeurs potentiels et s'il est encore trop méconnu. De plus, pour l'instant, les grandes entreprises informatiques parviennent souvent encore à conserver leurs clients principaux grâce à un lobbying très actif.

Troisième partie

Partie pratique

55

Chapitre 9

Introduction à la pratique

Maintenant que je vous ai fait part de la théorie concernant les logiciels libres en entreprise, je peux enfin passer à un cas des plus concrets. Tout au long de cette partie, je vais vous montrer ce qu'il en est des logiciels libres dans l'entreprise où j'ai réalisé mon stage: EUROCONTROL, une agence intergouvernementale composée d'États membres venant principalement de la région européenne, y compris, depuis 2002, la Commission européenne. Le rôle de cette entreprise est d'aider ses États membres à assurer des opérations aériennes sûres sur l'espace européen. À cette fin, EUROCONTROL prend entre autre part à la gestion du trafic aérien (ATM), à la coopération entre États, à la coopération entre aviation civile et aviation militaire, à la gestion des taxes aériennes et à la recherche dans le domaine de la gestion du trafic aérien.

Lorsque j'ai commencé à penser au sujet qui nous occupe en ce moment, je me suis dit que je pourrais étudier les possibilités d'utilisation des logiciels libres à EUROCONTROL, qui me semblait entièrement plongé dans le monde privateur. Mais après quelques recherches sur le site de l'agence, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu'une étude avait été menée, en partie par EUROCONTROL, pour déterminer les possibilités d'utiliser des logiciels Open Source pour l'ATM. Pourtant, après cette étude, il n'y avait plus de mention officielle aux logiciels libres par l'agence. Je vais donc partir des conclusions de cette étude pour voir si elles sont toujours valables aujourd'hui. Je tenterai aussi, par cette partie, de répondre à une question qui m'est venue à l'esprit dès que j'ai eu fini de lire le rapport d'EUROCONTROL sur les logiciels libres: pourquoi se pencher sur les logiciels libres dans un domaine aussi particulier que l'ATM tandis que des tâches comme l'administration et la bureautique restent liées aux logiciels propriétaires? Le dernier chapitre de cette partie pratique sera consacré à l'étude du cas des progiciels* de gestion intégrés (ERP) au sein d'EUROCONTROL. Ces suites de logiciels très complètes et complexes sont d'une importance cruciale pour les entreprises et j'aimerais découvrir la possibilité d'utiliser du code libre dans ce domaine dominé par des géants comme Oracle ou SAP*. J'ai pu bénéficier, pour m'aider à répondre à toutes ces questions, de l'aide de MM. Marc Bourgois et Jean-Luc Hardy, qui ont fait partie des organisateurs du projet OSIFE, de M. Jean-Marc Duflot, expert en ATM et en Open Source, et M. Marc Wauters, architecte logiciel à l'agence.

27. Bourgois, Marc et al., Potential of Open Source Software for Air Traffic Management, s.e., s.l., 2006, p. 75

56

Chapitre 10

L'Open Source et l'ATM

10.1 Le rapport du projet OSIFE

Le projet OSIFE est une étude demandée par EUROCONTROL en 2005 pour déterminer le potentiel des logiciels libres concernant l'ATM. Pour réaliser cette étude, l'agence a fait appel à des experts extérieurs travaillant pour plusieurs organismes comme Philips*, l'Université de Cambridge ou encore AdaCore Inc*.

En décembre 2005, le rapport concluait que les logiciels libres étaient déjà, au moins partiellement, présents dans la plupart des entreprises, certains logiciels propriétaires utilisant de toute manière du code source provenant de logiciels libres. EUROCONTROL remarquait également que beaucoup de personnes ne savaient pas réellement à quoi correspondait le terme de logiciel libre et le confondait souvent avec le terme de gratuiciel (freeware en anglais). Le rapport soutenait aussi que les licences libres ne seraient pas un frein pour l'utilisation de logiciels Open Source par EUROCONTROL mais que le grand nombre de licences libres, bien qu'étant une bonne chose car garantissant qu'il existera des licences répondant aux besoins de chaque éventuel projet, était effrayant pour les personnes ne possédant pas des connaissances approfondies en droit et pouvait être déroutant. Une des principales forces de l'Open Source dégagée par EUROCONTROL était le soutien d'une grande communauté de développeurs mais cette force semblait être moindre dans le domaine de l'ATM, qui ne suscite manifestement pas suffisamment d'in-térêt chez les développeurs. Cela me semble finalement être la principale raison, en plus d'une autre remarque faite par le rapport concernant l'absence d'expériences d'utilisa-tion de logiciels libres dans des domaines critiques, au fait qu'EUROCONTROL n'a pas, depuis lors, adopté les logiciels libres en grand nombre.

Pour résumer, voici les affirmations du projet OSIFE27 que je vais reprendre pour la suite de mon travail:

1. Les logiciels libres sont une réalité pour toutes les entreprises, dans tous les domaines;

2. Les licences ne sont pas un problème;

3. Les logiciels libres ont besoin de communautés actives pour les soutenir, ce qui n'est pas le cas du secteur de l'ATM;

28. BAE Systems, Newsroom - BAE Systems, 2014, http://www.baesystems.com/news-&-features-rzz/news?_afrLoop=915450659628000, consulté le 8 avril 2014

57

4. Les logiciels libres permettent de créer de la valeur ajoutée et ne changeraient pas réellement le commerce des entreprises proposant des solutions pour l'ATM;

5. Il n'y a pas d'expériences d'utilisation de logiciels libres dans des domaines critiques.

10.2 L'enjeu de l'Open Source pour l'ATM

Si la gestion du trafic aérien a, jusqu'à présent, souffert d'une structure très fragmentée reflétant la complexité géopolitique de l'Europe, la tendance est de nos jours à l'harmonisation et à la coopération. Le but du projet Single European Sky est d'ailleurs d'harmoniser l'ATM européen au maximum pour en accroître l'efficacité tout en réduisant les coûts liés. Dans un tel contexte, il est inconcevable de ne pas partager ses connaissances avec les autres. Les différents acteurs de l'ATM devront de plus en plus travailler ensemble et partager leurs savoirs.

Depuis la naissance de l'ATM, la fragmentation et le caractère propriétaire de ce secteur a poussé ses acteurs à réaliser des travaux peu productifs qui étaient, dans de nombreux cas, les mêmes travaux que leurs voisins réalisaient également. Ces vains efforts pourraient être arrêtés de nos jours grâce au modèle libre, qui permettrait aux différentes compagnies de travailler ensembles sur un projet commun et d'en tirer les bénéfices par après. La réalisation collaborative d'un projet unique à la place de la réalisation individuelle de multitudes de projets permettrait une économie de temps et de ressources qui pourraient alors être employées pour des projets avec plus de valeur-ajoutée. Si, de nos jours, les entreprises impliquées dans l'ATM utilisent déjà plusieurs logiciels Open Source, les centres de contrôle du trafic aérien (ATC) utilisant par exemple depuis longtemps Linux, elles n'investissent toujours pas dans le développement de solutions libres.

10.3 Les principaux freins à l'Open Source en ATM 10.3.1 La crainte d'être volé

Le secteur de l'ATM est un secteur extrêmement conservateur pour lequel la seule manière de travailler est de conserver tout caché afin de ne pas voir les technologies être dérobées. Cependant, collaborer avec d'autres experts dans leur domaine permettrait vraisemblablement un meilleur rendement. Une plus grande collaboration entre entreprises permettrait également de pouvoir réduire les budgets liés à la protection du savoir. Selon un sondage de BAE Systems* 28, 47 % des entreprises américaines craignent plus que tout un vol de leurs propriétés intellectuelles et 60 % des entreprises sondées ont augmenté de manière conséquente le budget lié à la sûreté informatique suite à une vague de cyberattaques en décembre 2013 et janvier 2014.

58

10.3.2 L'Open Source n'est pas professionnel

Pour beaucoup de sociétés encore, les logiciels libres sont des logiciels créés par des geeks dans le fond de leur garage. Ces logiciels sont donc de mauvaise qualité et présentent des failles de sécurité incompatibles avec les besoins très stricts en matière de fiabilité et de sécurité pour un domaine comme le contrôle aérien. Ces idées préconçues sont toutefois entièrement fausses et, pour reprendre les mots de M. Jean-Marc Duflot:

"Quand on voit un gars arriver en Ferrari pour nous parler d'Open Source, on se dit que c'est sorti du garage/"

Il faut savoir que, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, les projets libres sont très structurés et organisés. Le fait qu'un logiciel soit produit en se basant sur la collaboration ne veut pas dire que n'importe qui peut y faire n'importe quoi. Dans la communauté Open Source, les nouveaux sont exclus de la participation aux gros projets jusqu'à ce qu'ils aient pu démontrer leurs capacités et tout est toujours scrupuleusement surveillé afin de ne laisser passer aucune faille.

10.3.3 On ne peut gagner de l'argent avec le modèle libre

Beaucoup de personnes voient encore les logiciels libres développés par des amateurs bénévoles mais les choses ont changé. Même s'il y a certainement toujours autant de bénévoles qu'auparavant, plus des trois-quarts des logiciels libres sont aujourd'hui développés par des professionnels payés par de grandes sociétés informatiques comme IBM. Cela leur permet de réduire les coûts initiaux de l'investissement. Comme expliqué dans la théorie, les sociétés distribuant les logiciels augmentent leurs bénéfices en réduisant les coûts de production mais aussi en vendant plus. Même si, ce qui n'est pas obligatoire, la société distribue gratuitement le produit développé, elle sera en position dominante pour fournir des services payants concernant ce produit grâce à l'expertise acquise durant la phase de production et développement.

10.3.4 L'Open Source n'est pas sûr

Comme je l'ai déjà fait remarquer à plusieurs reprises, beaucoup de personnes voient les logiciels libres comme des logiciels créés par des amateurs d'informatique bénévoles. Outre l'image peu reluisante de ces logiciels, cela pose aussi, pour ces personnes, un soucis de sécurité du logiciel. En effet, ces logiciels sont très certainement remplis d'erreurs de programmation et de failles que des professionnels auraient corrigées immédiatement. En fait, c'est totalement l'inverse. Même dans le cas, loin d'être obligatoire dans le monde libre, où un logiciel serait uniquement développé par des bénévoles, la disponibilité du code source permet toujours d'augmenter les chances de déceler ces erreurs et des les corriger. On appelle ce principe la Loi de Linus29, selon laquelle les problèmes d'un code

29. Raymond, Eric S., La cathédrale et le bazar, s.e., s.l., 1998, p. 5

FIGURE 12.1 - Explication de la faille Heartbleed. Source: xkcd, xkcd: Heartbleed Explanation, 2014, http://xkcd.com/1354/, consulté le 17 avril 2014

59

sont corrigés plus rapidement et plus efficacement s'il existe un nombre de testeurs et de développeurs le plus grand possible. En effet, il paraît logique d'affirmer qu'un code source ouvert à tout le monde sera soumis à plus d'inspections qu'un code fermé, qui ne peut être revu que par quelques dizaines d'informaticiens.

Le cas d'Heartbleed

OpenSSL* est un outil de chiffrement Open Source très répandu, notamment pour la sécurité sur Internet et pour le chiffrement des emails et des messageries instantanées. Le 1e avril 2014, une équipe de sécurité de Google aurait informé l'équipe de développement d'OpenSSL de l'existence d'une faille très importante au sein du code source de cet outil. Cette faille, due à une erreur de programmation, permet de lire des données transmises à OpenSSL. Le 2 avril, la société de sécurité informatique Codenomicon* découvre également cette faille de manière totalement indépendante. Le lendemain, Codenomicon alerte le centre national de sécurité informatique finlandais au sujet de cette faille 30. Enfin, le 7 avril, l'existence du bug, appelé Heartbleed, est dévoilée au public en même temps que la nouvelle version d'OpenSSL, corrigeant la faille.

Le problème avec cette faille est que la version du logiciel posant problème est utilisée depuis mars 2012. Ainsi, cela fait longtemps que des malfaiteurs peuvent avoir découvert ce problème et s'en être servi pour récupérer des données confidentielles comme des mots de passe ou des données bancaires. Cette terrible faille bouleverse fortement la foi envers le modèle libre! Pourquoi a-t-il fallu deux ans pour découvrir une faille alors que les logiciels libres sont censés être plus sécurisés? Le modèle libre doit-il être remis en question? Je ne pense pas, et ce n'est pas non plus l'avis de Simon Phipps31. Tout d'abord parce que cette faille est due à un simple oubli de la part d'un programmateur d'OpenSSL qui est passée inaperçue lors de la révision qui se fait avant publication du code. Cela aurait donc très bien pu arriver avec un logiciel propriétaire. La différence, c'est que Google et Codenomicon n'auraient peut-être pas découverts cette faille s'ils n'avaient pas eu accès au code et que, même si quelqu'un avait découvert le problème, il est possible que personne n'en aurait jamais entendu parler et que l'éditeur aurait simplement attendu la publication de la version suivante pour corriger le problème. Tandis que dans ce cas-ci, l'erreur a été corrigée rapidement et la nouvelle version a été publiée immédiatement pour limiter les risques de fuites de données. Heartbleed provient d'une fonctionnalité d'OpenSSL permettant à un utilisateur d'envoyer une requête à un serveur, qui doit répondre s'il est actif.

Comme vous pouvez le voir dans l'illustration au verso de la page précédente, l'utilisa-teur envoie une requête en précisant la taille de la réponse, normalement pour des raisons de sécurité, mais peut demander à ce que le serveur transmette plus de données que la

30. The Sydney Morning Herald, Heartbleed disclosure timeline, 2014, http://www.smh.com.au/it-pro/security-it/heartbleed-disclosure-timeline-who-knew-what-and-when-20140415-zqurk.html, consulté le 17 avril 2014

31. Informaticien ayant travaillé pour IBM puis pour Sun Microsystems, poussant Sun à publier la plupart de ses logiciels en Open Source, et étant actuellement directeur de l'OSI

Deuxièmement, OpenSSL est un service qui est, comme je l'ai déjà dit, extrêmement

60

réponse, ce qui pourrait potentiellement dévoiler les données conservées en mémoire par OpenSSL, comme des mots de passe.

Voici la partie du code principalement responsable de cette faiblesse:

hbtype = *p++; n2s(p, payload); pl = p;

Dans ce code, p peut être vu comme la requête initiale. La première ligne permet de récupérer le type de message (requête ou réponse). La deuxième ligne est une fonction permettant de récupérer la longueur, qui est affectée à la variable payload. La dernière ligne affecte finalement les données restantes à la variable pl, qui contient l'information réellement demandée. Jamais dans ce code, on ne vérifie que la longueur demandée est bien la longueur réelle de l'information! Désormais, un correctif a été appliqué à ce code:

if (1 + 2 + 16 > s->s3->rrec.length)

return 0; /* silently discard */

hbtype = *p++;

n2s(p, payload);

if (1 + 2 + payload + 16 > s->s3->rrec.length)

return 0; /* silently discard per RFC 6520 sec. 4 */

pl = p;

Cette nouvelle version du code vérifie tout d'abord que l'utilisateur ne transmet pas une requête vide (tout en demandant un réponse d'une certaine taille). Ensuite, ce correctif vérifie que la longueur réelle de la requête n'est pas plus petite que la longueur précisée par l'utilisateur. Comme vous pouvez le voir, il ne fallait pas grand chose pour corriger cette erreur, qui est vraisemblablement une simple erreur de distraction de la part du développeur de ces lignes de codes.

Toutefois, il est étrange qu'il ait fallu tant de temps pour que quelqu'un découvre (ou en tout cas dévoile) cette faille. On peut là voir deux problèmes pratiques importants ayant permis ce problème de sécurité informatique.

Premièrement, les experts en informatique s'accordent généralement pour dire que le modèle libre permet des logiciels plus sûrs car le nombre important de personnes ayant accès au code augmente les chances de trouver les failles. Néanmoins, si les gens aiment parfois profiter de ce modèle, y contribuer est autre chose. Ainsi, les utilisateurs considèrent souvent que le logiciel est plus sûr parce qu'il est libre mais c'est faux, dans la pratique. La vérité est qu'un logiciel libre peut être plus sûr, pour peu que les utilisateurs vérifient effectivement le code source. Évidemment, je ne parle pas de tous les utilisateurs lambda du logiciel. Mais ce logiciel est utilisé par énormément de sites Internet, par les banques, par de grandes sociétés qui disposent d'experts en informatique... Ces experts ont-ils seulement vérifié le code source? Aujourd'hui, je me permets d'en douter!

61

répandu et est, évidemment une application critique, d'une importance capitale pour la sécurité informatique. Pourtant, le budget de ce projet, obtenu sur base de dons, est extrêmement faible. Il me semble paradoxal que tant de sociétés utilisent OpenSSL et que si peu soutiennent ce projet. Trouvez-vous normal que des entreprises, comme les banques, qui utilisent cet outil, n'investissent pas pour assurer sa fiabilité? D'après moi, cela démontre l'importance du modèle double-licences utilisé par Red Hat. Le code source d'OpenSSL devrait être ouvert pour permettre de bénéficier des avantages du libre mais il devrait exister une version payante fournie avec support et documentation afin d'assurer un certain budget au projet, qui pourrait alors payer des informaticiens supplémentaires pour vérifier le code source avant publication. Une chose est certaine, les gens attendent énormément du mouvement Open Source mais ce mouvement ne dispose pas du soutien nécessaire pour répondre à la demande. C'est pourquoi il est d'autant plus important d'augmenter le soutien envers l'Open Source.

Pour terminer cette parenthèse sur ce fait d'actualité, je tiens à signaler que, comme me l'a fait remarquer M. Duflot, si cette faille avait été exploitée, et bien que cela ne laisserait pas de trace "informatique", les entreprises utilisant OpenSSL se seraient certainement rendues compte beaucoup plus tôt que des données avaient été volées et utilisées et auraient cherché, et trouvé, cette faille très vite. De plus, il est très difficile de dire quel type d'informations cette faille pourrait avoir effectivement laissé passer.

10.4 La création d'une communauté Open Source en ATM

Après la fin du projet OSIFE, la société Skysoft-ATM* a décidé de mettre sur pied une communauté Open Source, la communauté Albatross. Cette communauté développe et propose des versions libres des produits de Skysoft. En 2009, Skysoft produisait également une étude, nommée Surveillance Products and Open Source Software (SPOSS), pour le compte d'EUROCONTROL afin d'étudier à nouveau le cas de l'Open Source en ATM. Cette étude m'a semblé beaucoup plus optimiste quant à la possibilité d'utilisation d'OSS en ATM que le rapport du projet OSIFE et pourtant, en 2014, EUROCONTROL ne développe toujours pas de logiciel libre d'ATM. C'est toutefois suite à l'étude SPOSS que la communauté Albatross a été créée.

La première option étudiée a été d'héberger le projet sur la plate-forme de la Commission européenne appelée Open Source Observatory and Repository (OSOR), qui avait pour but d'aider à la distribution de logiciels développés par les institutions européennes. Cependant, pour une question d'image, il a plutôt été décidé d'utiliser une forge spécifique à l'ATM: Albatross.

Albatross ayant été fondée et étant gouvernée par Skysoft, les autres sociétés développant des logiciels ATM n'ont aucune envie d'investir dans cette communauté. En effet, tout investissement dans un projet Open Source d'Albatross pourrait être réutilisé par

62

Skysoft. Ce problème fait perdre toute crédibilité à la communauté Albatross, qui n'a manifestement que peu de chances, dans l'état actuel des choses, de s'imposer suffisamment que pour permettre le développement de projets Open Source rentables de grande envergure.

10.5 Les projets concrets

10.5.1 Albatross Display

FIGURE 10.1 - Aperçu d'Albatross Display. Source: Albatross, Albatross Display, 2014, http://www.al batross.aero/projects/projects-list/project-details.php?p=NA==&s=TGVhcm5Nb3Jl, consulté le 8 avril 2014

Albatross Display* est une interface humain-machine (HMI) de contrôle aérien (ATC) développée par la communauté Albatross. Il s'agit donc d'une interface graphique pour visualiser la position et la direction des avions en temps réel. La version professionnelle de cet OSS a été choisie en 2011 par Slovenia Control* comme logiciel ATC afin de pouvoir avoir, plus facilement, une influence directe sur l'adaptation du produit à leurs besoins.

63

10.5.2 NoGoZone

FIGURE 10.2 - Aperçu de la fenêtre de vitesse et d'altitude avec conflits. Source: Source Forge, NoGo-Zone, 2014, http://sourceforge.net/projects/nogozone/, consulté le 8 avril 2014

NoGoZone* est un outil permettant aux contrôleurs aériens de résoudre les conflits de trajectoires et ainsi éviter des collisions entre aéronefs. Cet algorithme a été développé dans les années 1990 à EUROCONTROL et est devenu un projet Open Source en 2007 en tant que mise en pratique du projet OSIFE.

10.6 La création d'un projet OSS

Dans cette section, je vais étudier comment mettre sur pied un projet Open Source, principalement dans le monde de l'ATM, en me basant sur les études réalisées à ce sujet, notamment l'étude SPOSS.

Avant toute chose, il paraît évident qu'il faut mettre sur pied les fondements du projet, le délimiter et déterminer comment il va être géré. Dans le monde libre, il existe plusieurs manières de gérer la propriété du logiciel. Ce logiciel peut notamment être la propriété d'une société privée, d'une société publique, d'une organisation Open Source ou d'une communauté d'utilisateurs. Le cas d'une société privée existe déjà puisque c'est le cas de la communauté Albatross, qui est en fait un projet de Skysoft-ATM. Comme je vous l'ai déjà expliqué, ce modèle est peu efficace. La possession du projet par une communauté d'utilisateurs serait problématique dans le cas de l'ATM pour plusieurs raisons. D'abord, ce type de communauté est peu stable et est sujette à une fragmentation du projet, ce qui serait l'opposé de l'objectif recherché. De plus, l'ATM ne pourrait disposer d'une communauté très large étant donné le nombre réduit d'utilisateurs dans ce secteur. Les projets dirigés par des associations Open Source sont souvent efficaces mais, encore une fois, le secteur ATM est trop particulier et les fondations libres n'auraient ni la motivation,

64

ni les compétences de diriger un tel projet. Restent donc les sociétés publiques. Il est inconcevable de penser à un organisme public national car cela augmenterait encore la fragmentation de l'ATM international. Il faut donc un organisme plus global, mais pas trop. En effet, faire appel à un organisme mondial serait irréaliste étant donné que les besoins actuels en matière d'ATM ne sont pas les mêmes partout dans le monde et qu'il n'existe, de toute manière, aucun organisme capable de gérer l'ATM au niveau mondial. C'est donc à l'échelle continentale qu'il faudrait regarder, et c'est là qu'intervient l'agence. Cet organisme européen est, d'après moi, extrêmement bien placé pour superviser un projet libre d'ATM visant à une harmonisation du secteur. Même si EUROCONTROL n'a pas pour vocation de réaliser des bénéfices par l'édition et la distribution de logiciel, il est de l'intérêt de l'agence de voir les meilleurs logiciels être développés aux prix les plus bas.

Puisque je pense qu'EUROCONTROL est l'entreprise la mieux placée pour gérer un projet Open Source, il serait du devoir de l'agence de s'assurer que tout code source utilisé est bien en règle au niveau des droits de propriété intellectuelle. Ensuite, il faut déterminer un modèle commercial. Le modèle le mieux adapté, d'après les études réalisées pour EUROCONTROL, serait le modèle de double-licence. Selon ce modèle, une version du logiciel serait libre et l'autre serait une version propriétaire fournie avec les services en échange d'une cotisation annuelle, qui ne seraient pas des bénéfices mais un recouvrement des coûts d'investissements. C'est sur ce modèle que fonctionnent de nombreux projets Open Source à succès comme Red Hat.

Le modèle de double-licence repose sur l'existence d'une version libre du logiciel, accessible gratuitement et librement dans un but de développement - contrôlé par le responsable du projet - et de test, et d'une version propriétaire assemblée à partir du code source de la version libre par le distributeur du projet. Cette version doit absolument être suffisamment documentée et être parfaitement stable, ce qui implique qu'elle doit avoir été rigoureusement testée par la communauté et finalement approuvée par le responsable du projet. Cette version propriétaire peut alors être distribuée suivant un principe d'abonne-ment reprenant l'accès au logiciel, le support technique, la maintenance et les formations. Dans le cas d'EUROCONTROL, cet abonnement pourrait simplement être l'ensemble des cotisations versées par les différents États membres. La licence idéale pour appliquer ce modèle économique à EUROCONTROL serait la LGPL, forçant toute version du logiciel à rester libre tout en permettant l'utilisation du code source avec du code source propriétaire. Il serait donc possible d'utiliser ce code source libre au sein d'un logiciel propriétaire. En clair, nous aurions le schéma suivant:

-- EUROCONTROL conserve tous les droits intellectuels, dirige le projet et décide de la stratégie à adopter;

-- Les contributeurs approuvés du projet participent au développement du logiciel; -- La communauté développe le projet sous licence LGPL (partie publique de la forge);

-- Le produit, sous licence LGPL mais accompagné de conditions générales d'utili-sation, est testé et la documentation destinée aux utilisateurs est écrite (partie

65

restreinte de la forge);

-- EUROCONTROL distribue le produit sous forme d'exécutables accompagnés de la documentation.

Il peut être intéressant de remarquer qu'à l'heure actuelle, EUROCONTROL utilise déjà un schéma relativement similaire, tout en étant le seul contributeur au projet. Effectivement, EUROCONTROL fait appel à des interventions externes en laissant, dans certains cas, les utilisateurs du futur produit déterminer la stratégie, ou encore en utilisant ces utilisateurs pour tester les produits. Dans l'état actuel des choses, si ce modèle Open Source se mettait en place, EUROCONTROL serait le seul développeur, impliquant des coûts maximaux pour un projet libre. D'après les estimations réalisées lors de l'étude SPOSS, il faudrait compter € 100 000 pour créer une forge interne, € 50 000 pour ouvrir cette forge et € 20 000 par an pour soutenir cette forge. Ces coûts seraient toutefois compensés par les abonnements annuels payés par les utilisateurs des logiciels. De plus, comme pour tout projet libre, l'augmentation du nombre de fournisseurs permettrait de réaliser des économies grâce à une baisse des prix de vente et de maintenance.

En résumé, EUROCONTROL s'intéresse aux logiciels libres mais il reste encore une certaine méfiance vis-à-vis de ces logiciels et de ce modèle économique. L'utilisation de logiciels Open Source n'est pas un problème, les serveurs d'EUROCONTROL étant des serveurs Linux depuis de nombreuses années, mais le développement de logiciels suivant ce modèle ne fait toujours pas l'unanimité. Au site de Maastricht, s'occupant du contrôle aérien, Linux est très utilisé et, dans un rapport de 2008, l'agence concluait qu'il n'y avait pas de problèmes de sécurité liés à Linux, que le risque d'erreurs critiques lié à l'utilisa-tion de Linux sur plusieurs sous-systèmes était très faible, et que le niveau d'expertise concernant Linux était déjà très élevé au sein d'EUROCONTROL. Dès lors, le rapport recommandait au centre de Maastricht de limiter l'utilisation de versions "Entreprise" de Linux avec un support permanent et de profiter de l'expertise présente au sein de l'agence pour créer une cellule de support interne.

10.7 Pourquoi pas la bureautique?

Je vais terminer ce chapitre en tentant d'apporter une réponse à cette question qui m'est tout de suite venue à l'esprit, à savoir pourquoi s'intéresser aux OSS en ATM alors que les ordinateurs des services de support (administration, services financiers, gestion des ressources humaines, etc.) fonctionnent sous Windows avec la suite propriétaire MS Office. Quand je suis arrivé, en février 2014, les ordinateurs tournaient toujours sur Windows XP, dont le support allait toutefois s'arrêter le 8 avril 2014, avec MS Office 2003. La migration des ordinateurs vers Windows 7 avec Office 2010 était toutefois déjà prévue et avait commencé dans certains services. Pourtant, un mémo datant de 2010 demandait à ce que la piste des OSS soit envisagée dans ce domaine, ce qui permettrait de réduire les coûts de licences de € 2 000 000 à € 2 500 000 par an. Plus précisément, le coût total de possession (TCO) d'un ordinateur était évalué à € 930 et, selon ce mémo, le passage aux OSS aurait

66

permis des économies de € 630 à € 830 par machine par an32!

Tout d'abord, je vais me pencher sur le cas du système d'exploitation. Je pense que passer à une distribution Linux aurait été relativement difficile pour l'agence pour la simple et bonne raison que, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, EUROCONTROL utilise un nombre important de logiciels privateurs provenant d'éditeurs différents. Or, il est relativement peu probable que tous ces logiciels existent en version Linux, la communauté des utilisateurs Linux étant généralement plus intéressée par les solutions libres et les éditeurs propriétaires n'ayant par conséquent pas d'intérêts majeurs à investir dans un développement sur Linux. Pour changer d'OS en passant de Windows à Linux, il aurait fallu qu'EUROCONTROL réalise une étude concernant la plupart de ses logiciels. Cependant, une telle étude a également dû être menée, certainement moins en profondeur, pour la migration à Windows 7 afin de tester la compatibilité du nouvel OS. Toutefois, je pense qu'il est vraiment dommage que l'agence soit ainsi passée à Windows 7. Effectivement, de nombreux utilisateurs d'XP n'ont pas du tout apprécié ce changement de système, pourtant rendu obligatoire par l'arrêt du support. Passer à une distribution comme Li-nux Mint aurait certainement pu satisfaire beaucoup mieux les utilisateurs. L'interface de Linux Mint est relativement proche de celle d'XP et est extrêmement personnalisable. Ainsi, il existe des thèmes pour cette distribution permettant de lui donner parfaitement l'apparence de Windows XP, de Windows 7 ou encore de Mac OS X. Cela aurait permis aux utilisateurs de Windows XP de ne pas être trop perturbés par ce changement tout en permettant aux personnes habituées à utiliser Windows 7 ou Mac chez eux de travailler sans perdre leurs repères. De plus, Mint est réputé pour sa compatibilité avec les fonctionnalités multimédia (il reconnaît plus de formats que Windows et a moins souvent besoin de pilotes supplémentaires pour faire fonctionner des périphériques comme les imprimantes ou les clés USB), sa fiabilité et ses performances supérieures à Windows. Malheureusement, il n'existe à l'heure actuelle aucune version "Entreprise" de Linux Mint. Bien sûr, il aurait été tout à fait envisageable pour l'agence de lancer un appel d'offres aux SSLL afin de voir si certaines d'entre elles ne seraient pas prêtes à s'occuper de l'installation et des mises à niveau de Linux Mint... EUROCONTROL a néanmoins visiblement choisi la voie la plus facile en migrant simplement à Windows 7, dont le support standard s'arrê-tera déjà le 13 janvier 2015 et dont le support étendu est prévu jusqu'au 14 janvier 2020. Même s'il s'agissait de la voie la plus facile, la migration vers Windows 7 s'est avérée être plus difficile que prévue. Ainsi, le projet a été fortement retardé suite à un ensemble de difficultés techniques. Alors que tous les ordinateurs devaient initialement être migrés pour fin 2013, la migration n'a réellement démarré à grande échelle qu'à partir de février 2014 et le nombre d'ordinateurs migrés par mois était beaucoup plus faible que prévu. Cela a par ailleurs contraint EUROCONTROL à payer Microsoft pour bénéficier d'une prolongation de support. De plus, il existait encore des problèmes de compatibilité entre Windows et certains logiciels utilisés par l'agence. Ainsi, alors que je devais utiliser un système de gestion de contenu pour préparer des réunions, j'ai appris que l'agence ne possédait pas les licences pour la version supportée par Windows 7, m'empêchant de préparer

32. Cramet, Benjamin et al., OSS for Desktops - Alternative Study Report, s.e., s.l., 2009, p. 4

67

ces réunions, en tout cas à partir de mon ordinateur. Apprenant ce problème, le chef de l'équipe Procurement, pour qui je devais préparer les réunions, a bloqué le processus de migration pour les membres de son équipe afin de ne pas mettre en péril tout le processus de passation de marchés.

En ce qui concerne la suite bureautique en elle-même, le fait d'être resté à MS est pour moi beaucoup plus étonnant que la migration à Windows 7. En effet, il n'y a, a priori, aucun risque de problèmes de compatibilité entre les logiciels tiers utilisés par l'agence et LibreOffice, qui serait la solution que je conseillerais pour remplacer MS; les utilisateurs habitués à Office 2003, utilisé par l'agence jusqu'à la migration, aurait eu beaucoup plus de facilités à s'habituer à LibreOffice qu'à la nouvelle interface de MS Office 2010; Li-breOffice est compatible avec les formats MS ancienne génération et nouvelle génération; LibreOffice est Open Source et bénéficie du support actif d'une énorme communauté de développeurs; il n'y a pas de frais d'acquisition liés à sa licence. Pourquoi alors être passé à Office 2010? Soupçonnant que ce soit suite à une offre combinée de Microsoft, j'ai décidé de contacter les responsables des services IT d'EUROCONTROL. On m'a alors expliqué que, MS Office et Windows étant très utilisés internationalement, il était beaucoup plus simple pour l'agence d'utiliser ces solutions également. De plus, EUROCONTROL a développé des macros pour les logiciels de la suite Office et préfère donc rester avec cette suite. Ces faits ont alors été présentés à Microsoft qui a fait une "excellente" proposition à l'agence. Pour ma part, je pense que les fonctionnalités de MS Office ne sont pas réellement plus avancées que celles de LibreOffice et je ne vois absolument pas en quoi le fait qu'une majorité de contacts extérieurs utilisent MS Office poserait problème, puisque LibreOffice lit très bien les formats de Microsoft. Apparemment, l'agence a considéré que la "rupture" provoquée par un passage au libre risquait de générer un surcoût, se basant sur un rapport de la Commission européenne. Un groupe d'experts, dont faisait partie M. Duflot, a alors été chargé de réaliser une contre-expertise mais cela n'a pas suffi à passer au libre, la faute à un planning trop serré pour cette contre-expertise... Évidemment, le changement est toujours quelque chose qui fait un peu peur, ce qui semble au final être le principal obstacle réel aux logiciels libres. Toutefois, M. Wauters m'a assuré à nouveau qu'il n'y avait absolument aucune opposition particulière aux OSS puisque l'agence utilise Drupal*, un OSS de gestion de contenu, Apache HTTP Server, dont j'ai déjà parlé dans la partie théorique, Mantis*, un logiciel utilisé pour la gestion d'incidents et qui a remplacé le logiciel propriétaire Remedy Action Request* dans certaines unités, ou encore les distributions RHEL 5 (disponible depuis 2007) et RHEL 6 (disponible depuis 2010). De plus, la piste des logiciels libres reste étudiée à EUROCONTROL...

68

Chapitre 11

Étude du changement de logiciels pour

l'ERP à EUROCONTROL

11.1 Que sont les ERP?

Les Enterprise Resources Planning (ERP) sont des logiciels pouvant gérer de façon complète une entreprise tant d'un point de vue commercial que d'un point de vue comptable ou de gestion des ressources humaines. Ce sont donc des logiciels extrêmement complets et généraux pouvant traiter des tâches relativement différentes.

11.2 Démarches

Lorsque je suis arrivé à EUROCONTROL en début février 2014, j'ai appris que le contrat de l'agence avec Oracle, développeur des ERP utilisés jusque-là, arrivait à son terme et devait être renouvelé. N'est-ce pas là une incroyable opportunité pour étudier la possibilité de remplacer les solutions propriétaires d'Oracle par une alternative libre? J'ai eu la chance de pouvoir assister à la présentation finale d'Oracle. Durant cette présentation, l'entreprise américaine affirmait que renouveler la solution actuelle serait le choix le plus coûteux pour EUROCONTROL. Ainsi, Oracle proposait que l'agence passe au nouvel ERP d'Oracle, Fusion*. Dès la présentation terminée, j'ai fait part à M. Marc Wauters de mon intention de voir s'il existait des alternatives libres. M. Wauters m'a alors d'em-blée annoncé que c'était une alternative possible et intéressante d'après lui, mais qu'un tel changement risquait de rencontrer pas mal de résistance au sein d'EUROCONTROL.

Le 6 mars, je rencontrais à nouveau M. Wauters pour m'entretenir des OSS pouvant remplacer Oracle EBS*. Il m'a ainsi expliqué la structure particulière des ERP au sein de l'agence. En effet, notre département, la Direction des Ressources, regroupe de nombreuses fonctions autrefois séparées dans différents départements. Aujourd'hui, si toutes ces fonctions font partie d'un seul et même département, différents ERP sont toujours utilisés. Ainsi, Oracle EBS est utilisé dans le domaine des finances, Peoplesoft* dans le domaine des ressources humaines, Planisware* pour la gestion du temps et des projets, Chronogestor* pour la gestion des absences, et ainsi de suite. Durant cet entretien, j'ai aussi compris que le modèle des ERP ne se contentait pas de proposer des solutions suivant les demandes des principaux clients, généralement de grandes entreprises américaines

69

privées et commerciales, mais que ce modèle imposait ces solutions à ses clients. Or, EU-ROCONTROL ne correspond pas du tout au profil d'une entreprise commerciale et n'a par conséquent pas les mêmes besoins. Ainsi, cette entrevue m'a permis de dégager quatre principales solutions pour l'agence: continuer à mettre à niveau les solutions existantes, profiter de la fin de la licence d'Oracle EBS pour s'en débarrasser et utiliser Peoplesoft partout, utiliser le logiciel développé par la Commission Européenne pour ses institutions ou s'approprier d'un logiciel libre. Un approfondissement du sujet avec M. Wauters m'a permis de découvrir qu'il n'envisageait aucunement une participation au développement d'un logiciel Open Source mais plutôt une utilisation du code disponible d'un projet libre pour développer un programme propre à l'agence et ses besoins. J'ai trouvé sur Internet un projet Open Source digne d'intérêt, OpenERP*, et cette solution a également éveillé la curiosité de M. Wauters. L'idée était dès lors de développer un logiciel propre à EUROCONTROL et pouvant remplacer la plupart de ces logiciels, voire tous.

Le 11 mars 2014, un délégué commercial d'OpenERP sa*, la société belge responsable de la création d'OpenERP, est donc venu pour nous présenter cette solution. Lors de cette rencontre, le délégué commercial nous a, évidemment, présenté son entreprise et les raisons du succès d'OpenERP, logiciel libre reposant sur un énorme catalogue de modules et s'adaptant donc facilement aux besoins des clients d'OpenERP sa. Nous avons ensuite pu profiter d'une démonstration du logiciel dans sa dernière version stable et dans sa version de test. Malheureusement, cette démonstration a été quelque peu perturbée par le fait que l'ordinateur mis à la disposition du délégué fonctionnait avec Windows XP et une ancienne version d'Internet Explorer, ce qui n'était apparemment pas bien supporté par OpenERP. Nous avons alors mis à la disposition du délégué un ordinateur avec Windows 7 et Firefox et tout a fonctionné. Après la démonstration, M. Waulters et moi-même nous sommes entretenu pour faire un débriefing. Ce débriefing a permis à M. Wauters de me faire part de ses craintes concernant le langage de programmation d'OpenERP, le Python, alors que les solutions d'Oracle sont écrites en JAVA. Ayant appris le Python lorsque j'étudiais à l'Université de Liège, j'ai cependant tenu à le rassurer: Python est un langage de haut niveau à la fois relativement simple à développer et très efficace. SAP, le principal concurrent propriétaire d'Oracle EBS, est quant à lui programmé en ABAP. Pour réaliser la même tâche (génération d'un rapport), SAP dispose de 111 lignes de codes tandis qu'OpenERP ne nécessite que 13 lignes de Python 33. Voici un exemple de code pour faire apparaître "Hello, world!" en JAVA:

33. Delsart, Yves et Van Nieuwenhuysen, Christelle, OpenERP evaluation with SAP as reference, Tiny sprl, s.l., 2011, p. 59

70

public class HelloWorld

{

public static void main (String[] args)

{

System.out.println("Hello, world!");

}

}

Voici le même code en Python:

print "Hello, world!"

Vous pouvez tout de suite vous rendre compte de la simplicité d'un programme écrit en Python comparé à un programme écrit en JAVA ou en ABAP.

Fin de ce mois de mars 2014, un des responsables d'OpenERP sa a contacté EURO-CONTROL pour proposer plusieurs dates, toutes en avril, mais l'agence a demandé à OpenERP sa de proposer des dates au mois de juin. Il faudra donc attendre le mois de juin pour voir la présentation complète du logiciel et pour que l'analyse approfondie des possibilités de développement et de personnalisation de l'OSS pour l'agence soit menée.

11.3 Différences de capacités

Évidemment, la première question que je me suis posée après avoir découvert l'exis-tence d'OpenERP est: ce logiciel offre-t-il des possibilités équivalentes à celles d'Oracle Financials, utilisé dans l'unité au sein de laquelle je réalisais mon stage. En fait, j'ai rapidement découvert que cette question, qui paraît pourtant légitime au premier abord, n'a pas réellement de raison d'être. puisque les ERP comme Oracle Financials proposent des possibilités qui ne sont pas souhaitées par l'agence et qui, parfois, compliquent la réalisation de tâches qui seraient sans cela simples. La vraie question est donc de savoir si OpenERP dispose des fonctionnalités utiles et nécessaires pour l'agence. Évidemment, OpenERP est un logiciel beaucoup moins mature que les solutions d'Oracle ou encore que SAP. Néanmoins, le modèle Open Source permet au logiciel de rattraper rapidement son retard. Ainsi, en décembre 2011, OpenERP disposait de 1 745 modules et les prévisions indiquaient qu'il y aurait 3 583 modules en janvier 2014 34. Le 12 mars 2014, ce sont 3 782 modules qui sont disponibles sur le site d'OpenERP35. Les prévisions étaient donc assez exactes! Petit à petit, OpenERP propose un éventail de fonctionnalités ne cessant de s'étoffer pour répondre à un maximum de besoins.

Cependant, les besoins d'EUROCONTROL sont particuliers et ne correspondent pas aux besoins et attentes des entreprises privées. C'est pourquoi le délégué commercial re-

34. Delsart, Yves et Van Nieuwenhuysen, Christelle, OpenERP evaluation with SAP as reference, Tiny sprl, s.l., 2011, p. 23

35. OpenERP, OpenERP, 2014, https://www.openerp.com/, consulté le 12 mars 2014

71

connaissait lui-même qu'il faudrait certainement développer la plupart des fonctionnalités afin d'adapter le logiciel sur mesure. La petite démonstration du logiciel a permis de voir qu'OpenERP était une solution tout à fait capable et disposant d'une interface graphique étonnamment agréable et intuitive. Il restait toutefois à savoir ce qui existait déjà dans le code du logiciel afin de pouvoir développer autour. Pour EUROCONTROL, il n'était pas envisageable d'adopter cette solution si au moins 50 % du code source ne pouvait pas être réutilisé.

11.4 Coût global du logiciel

En ce début d'année 2014, la société Oracle a présenté à EUROCONTROL son étude selon laquelle la mise à niveau des logiciels Oracle déjà mis en place serait la solution présentant le coût total de possession le plus élevé des solutions présentées. L'autre solution consistait à adopter un nouveau logiciel d'Oracle, Oracle Fusion. Pour réduire au maximum le TCO, Oracle proposait d'utiliser une solution In the Cloud, c'est-à-dire où les logiciels seraient stockés sur des serveurs d'Oracle et où EUROCONTROL n'aurait plus qu'à s'occuper de l'utilisation même du logiciel. Jamais dans cette étude, cependant, les logiciels libres n'ont été abordés. J'ai donc cherché à déterminer si le TCO d'un logiciel Open Source était plus élevé que le TCO d'une logiciel propriétaire en analysant les différentes composantes du TCO.

11.4.1 Récolte des informations

La première étape lors de l'adoption d'un logiciel est la collecte d'informations sur les différentes offres existantes. Cette collecte d'informations avait, dans le cas présent, déjà été réalisée avant mon arrivée à EUROCONTROL. Évidemment, prendre en compte les logiciels libres a pour conséquence une augmentation des coûts liés à cette étape car il faut prendre en compte plus de logiciels et parce que ces logiciels sont moins connus. De plus, que ces logiciels soient développés par des communautés ou par des sociétés, ils ne disposent pas toujours des mêmes budgets et ne peuvent donc pas toujours se permettre des techniques de marketing et de lobbying comme les sociétés éditrices de logiciels propriétaires. Ici, par exemple, Oracle a proposé de réaliser son étude gratuitement, réduisant donc les coûts d'EUROCONTROL mais ne permettant pas de prendre en compte toutes les offres possibles.

Cependant, la prise en compte des logiciels libres a également des avantages. Premièrement, il s'agit d'un investissement direct qui peut avoir de nombreux avantages car cette étape est très importante. Négliger cette étape en ne prenant pas en compte toutes les offres parce que ça coûterait trop cher, c'est prendre le risque de passer à côté d'une solution potentiellement très avantageuse. De plus, les informations récoltées sur les logiciels Open Source, si elles sont plus difficiles à obtenir, sont également plus souvent correctes et proches de la réalité car il y a une plus grande transparence dans le domaine des logiciels libres.

72

11.4.2 Acquisition ou création puis intégration du logiciel

L'acquisition d'un logiciel libre coûte moins cher, principalement parce que les licences sont, dans beaucoup de cas, gratuites. La création d'un logiciel libre revient aussi moins cher, comme je vous l'ai expliqué dans la partie théorique, de par son mode de développement collaboratif. Une fois que le logiciel existe et qu'il a été acquis, il faut encore l'intégrer à l'entreprise suivant les besoins et les obligations techniques. Le coût de l'inté-gration est difficile à juger mais, comme pour la création, il est normalement moins élevé pour les logiciels libres.

Si je me base sur la liste des prix disponible sur le site d'Oracle et sur mes observations concernant l'utilisation d'Oracle Applications par EUROCONTROL, je pense pouvoir faire une évaluation du prix par utilisateur. L'agence utilise iProcurement ($ 115 de licence et $ 25,30 de support) et Financials ($ 4 595 de licence et $ 1 010,90 de support). Cela fait un total de $ 5 746,2 par utilisateur.

Si le code source du logiciel OpenERP est disponible gratuitement, il existe une formule "Entreprise" dont le prix de base est de € 35 par mois et par utilisateur (le prix en cas de grand nombre d'utilisateur doit être demandé). Cette formule comprend la possibilité d'installer facilement des modules supplémentaires, des mises à jours automatiques, le support technique et la possibilité d'hébergement In the Cloud. Ce prix reste, malgré tout, plus faible que le prix de la suite d'Oracle. Une grande inconnue reste toutefois le prix du développement des fonctionnalités nécessaires à l'agence. C'est d'ailleurs l'importance de ce montant qui risque fort de déterminer le choix d'EUROCONTROL. Le grand avantage d'OpenERP est qu'on ne paie pas pour la licence du logiciel mais uniquement pour la maintenance et le développement.

11.4.3 Déploiement du logiciel

Le coût du déploiement du logiciel est toujours difficile à juger. Il s'agit de l'ensemble des coûts nécessaires pour que le logiciel soit opérationnel sur tout le système. On peut se dire qu'il serait éventuellement plus élevé dans le cas d'un logiciel libre, qui ne bénéficiera peut-être pas de stratégies de déploiement aussi développées et adoptées aux entreprises que les logiciels propriétaires mais cela ne semble aucunement être le cas d'OpenERP, qui est une solution qui a déjà été déployée dans de grandes organisations comme Danone*.

11.4.4 Formations des utilisateurs

Le coût lié aux formations n'a vraisemblablement aucun lien avec le statut libre ou propriétaire du logiciel. Traditionnellement, les logiciels propriétaires ont longtemps disposé de documentation destinée aux nouveaux utilisateurs plus complètes et de formations organisées par des professionnels tandis que l'apprentissage des logiciels Open Source se faisait souvent grâce à la lecture de tutoriels faits par d'autres utilisateurs. Mais la situation change et, désormais, certaines sociétés proposent des formations pour les logiciels

Dans l'état actuel des choses, je ne peux pas affirmer que la solution Open Source coûte moins cher que la solution propriétaire. Cependant, je tiens à souligner certains

73

libres, qui bénéficient aussi d'un autre avantage. Même dans le cas d'une documentation peu fournie, la disponibilité du code source permet de comprendre le fonctionnement du logiciel plus facilement et les entreprises utilisant de tels logiciels peuvent donc plus facilement prendre eux-mêmes en charge les formations.

La communauté d'OpenERP propose ainsi différents types de formations. Il existe notamment des séminaires gratuits d'une journée pour découvrir le logiciel, des formations techniques durant cinq jours destinées aux développeurs et qui coûtent € 3 025 TVA comprise, ou encore des formations fonctionnelles de cinq jour destinées aux utilisateurs, également au même prix de € 3 025 TVAC.

11.4.5 Utilisation et maintenance du logiciel

C'est dans cette partie du TCO que les logiciels Open Source peuvent montrer leurs avantages. En effet, les coûts seront certainement moindre pour la maintenance d'un logiciel dont le code source est ouvert, ce qui signifie en effet que toute correction de failles dans le code se fera plus rapidement et sans nécessairement l'intervention seule de la société éditrice du logiciel. De plus, l'accès au code source peut permettre à une entreprise de s'occuper elle-même de la maintenance d'un logiciel qu'elle utilise sans devoir se reposer sur des contractants extérieurs.

C'est pourquoi, si EUROCONTROL décidait d'utiliser un logiciel Open Source pour l'ERP, il serait possible de mettre sur place une cellule au sein de l'agence s'occupant de la maintenance du logiciel, et cela de manière totalement indépendante. Cela permettrait de devoir moins dépendre d'une autre société et de conserver le savoir-faire au sein de l'agence.

11.4.6 Abandon du logiciel

Cette étape n'est pas à négliger lorsque l'on cherche à estimer le TCO d'un logiciel. En effet, les technologies de l'information ne sont pas éternelles. Pour ce point souvent sous-évalué, je pense pouvoir dire que les logiciels libres ont un net avantage, l'utilisa-tion de formats ouverts et standards facilitant grandement la transition d'un logiciel à un autre. Dans le cas présent, l'utilisation d'OpenERP permettrait d'annuler ou en tout cas de réduire fortement ce coût en prolongeant le cycle de vie du produit. En effet, alors que les contrats pour les logiciels propriétaires sont limités dans le temps, forçant EURO-CONTROL à mettre les logiciels à niveau ou à changer de logiciels, l'agence disposerait indéfiniment du code source d'OpenERP. Pourquoi alors se défaire d'un tel logiciel?

11.4.7 Conclusion - La solution Open Source coûte-t-elle moins cher?

74

points. Premièrement, il n'y a aucun coût lié à l'acquisition du code source ni à la licence d'OpenERP, ce qui permet de réaliser une économie par rapport à un concurrent propriétaire. Ensuite, l'ensemble de l'argent payé à OpenERP sa est destiné au support, à la maintenance et au développement, ce qui permet d'un côté à OpenERP sa de réaliser des bénéfices et de l'autre côté à EUROCONTROL d'obtenir un retour direct sur l'argent dépensé. Enfin, troisièmement, les frais de maintenance pourraient très bien être également réduits, en tout cas sur le long terme, grâce à la conservation interne du savoir concernant le logiciel et au principe de concurrence qui s'applique davantage dans le cas de services informatiques pour des logiciels libres que pour des logiciels propriétaires. Il est de toute manière certain que, même si la solution libre ne coûtait pas moins cher, l'argent dépensé le serait pour l'amélioration des logiciels et le confort d'utilisation plutôt que pour la simple utilisation de ces logiciels.

11.5 Conservation du savoir au sein de l'agence

La conservation du savoir au sein de l'agence est relativement importante pour certaines personnes au sein d'EUROCONTROL. Pourtant, il est clair que cela revient beaucoup moins cher à l'agence de faire appel à des contractants extérieurs plutôt que de payer des fonctionnaires pour faire le même travail, ce qui explique la tendance actuelle à externaliser tout ce qui n'est pas core business. Cependant, une certaine conservation de savoir peut être importante. Ainsi, l'idéal serait de conserver un noyau de personnes capables de comprendre le code source du logiciel et le fonctionnement du logiciel afin que ces personnes puissent encadrer les contractants nécessaires lors des maintenances ou des problèmes. Cela permettrait toutefois de pouvoir conserver une certaine indépendance et, ainsi, de s'assurer de ne pas être bloqué avec un prestataire de services particulier mais de pouvoir, au contraire, choisir la SSLL la plus adaptée.

11.6 Test comparatif d'OpenERP et des solutions

actuellement utilisées à EUROCONTROL

Dans cette section, je vais tenter de voir quelles sont les possibilités d'utilisation d'Ope-nERP pour réaliser des tâches que je réalise habituellement lors de mon stage avec Oracle EBS, ChronoGestor ou d'autres logiciels propriétaires. Évidemment, je remarque tout de suite ne pas pouvoir réaliser les mêmes tâches dans la version de test d'OpenERP que dans la version d'Oracle EBS personnalisée pour EUROCONTROL. Par contre, je remarques que les fonctionnalités de ChronoGestor, c'est à dire la gestion des absences des employés, est au moins aussi développée dans OpenERP. Dans ChronoGestor, une demande d'ab-sence se fait en remplissant un formulaire sobre mais complet. Dans OpenERP, on peut demander une absence à partir d'un calendrier ou à partir d'un formulaire. Dans ce formulaire, le nombre de jours de congés disponibles pour le travailleur et le nombre de jours

75

de congés déjà pris apparaissent clairement. Cependant, comme vous pouvez le voir dans les captures d'écran ci-dessous, des options ont été prédéfinies dans ChronoGestor pour indiquer une absence pour une journée complète, une matinée ou une après-midi alors que dans OpenERP, il faut encoder soi-même les heures.

FIGURE 11.1 - Demande d'absence avec ChronoGestor

FIGURE 11.2 - Demande d'absence avec OpenERP

FIGURE 11.3 - Demande d'absence soumise avec OpenERP

Je ne sais malheureusement pas tester OpenERP pour voir comment fonctionnerait le système de présence avec l'aide de badges comme utilisé actuellement avec ChronoGestor. J'ai donc décidé de regarder une autre fonctionnalité liée aux présences, la répartition du temps de travail des employés sur les différents projets qui leur sont confiés. Pour cela, EUROCONTROL utilise actuellement Planisware. Voici un aperçu de ce logiciel.

76

FIGURE 11.4 - Encodage d'une TimeCard avec Planisware

OpenERP propose un ensemble de modules permettant de réaliser de manière très intuitive la même chose que Planisware. De plus, j'ai remarqué que la version de test que j'utilisais semblait même plus réactive que le logiciel propriétaire.

FIGURE 11.5 - Encodage d'une timesheet avec OpenERP

Grâce aux deux captures d'écran précédentes, vous pouvez constater qu'il n'y a pas vraiment de grandes différences sur ce point. Nous retrouvons dans les deux cas le code et le nom du projet, le nombre d'heures passées chaque jour sur chaque projet, le nombre total d'heures validées par jour et le nombre total d'heures passées sur chaque projet par semaine. D'après mon utilisation quotidienne de ChronoGestor et de Planisware, je pense qu'il ne serait pas trop difficile de remplacer ces logiciels par OpenERP, qui dispose aussi de fonctions très intéressantes pour le recrutement de personnel, l'évaluation des employés, la gestion des projets, la gestion des budgets ou encore l'approbation des dépenses. Un élément que j'aurais cependant aimé tester et que je n'ai pas trouvé tel quel dans OpenERP est la gestion des missions. Dans Oracle EBS, nous pouvons encoder une mission en reprenant le voyageur, le lieu de départ, le lieu d'arrivée, les dates de départ et d'arrivée, les dates et heures de début et de fin de la réunion et, surtout, les

77

différentes dépenses liées à cette mission. Il est alors possible de soumettre cette mission à l'approbation du manager afin d'autoriser la mission puis, une fois la mission effectuée, de soumettre les données encodées pour permettre de rembourser les frais liés à la mission.

11.7 Conclusion - Pourquoi Oracle?

A l'heure actuelle, EUROCONTROL n'a pris aucune décision et est toujours dans les premiers stades de l'étude. OpenERP sa devrait réaliser une analyse des besoins exacts d'EUROCONTROL afin de déterminer la quantité de développement qui sera nécessaire à l'utilisation d'OpenERP et d'autres pistes doivent également être étudiées par EURO-CONTROL avant qu'une quelconque décision soit prise. Néanmoins, il faut reconnaître que rester avec Oracle est une solution qui est, ou tout du moins qui semble, plus facile que passer à OpenERP mais qui est aussi certainement plus coûteuse que les autres possibilités.

78

Chapitre 12

Conclusion de la pratique

Cette partie pratique a eu pour objet l'étude de l'état actuel et des possibilités d'avenir pour les OSS à EUROCONTROL. Lors de cette étude, j'ai pu découvrir qu'il y avait eu à plusieurs reprises, au sein de l'agence, des initiatives pour pousser EUROCONTROL à envisager la piste du modèle Open Source. Malheureusement, ce changement de modèle est un changement qui fait peur et le secteur de l'ATM, généralement conservateur et excessivement prudent, ne parvient pas, pour l'instant, à l'envisager réellement. Pourtant, les logiciels libres ont été adoptés avec succès dans certains domaines et le modèle Open Source en lui-même a su à plusieurs reprises montrer son efficacité, notamment dans le cas de Red Hat mais aussi dans le cas d'OpenERP sa, qui connaît un franc succès. L'agence est également limitée dans ses tentatives de publication libre par la difficulté que représente parfois la justification des dépenses et des investissements auprès des États membres.

En dehors de l'ATM, les OSS sont envisagés dans le cadre des ERP. Par contre, je pense sincèrement qu'une opportunité a été manquée lors de la fin du support étendu de Windows XP. Effectivement, EUROCONTROL est passé de Windows XP à Windows 7 plutôt que d'envisager une solution libre. C'est cependant certainement l'Open Source qui, dans ce cas particulier, a manqué une opportunité en ne parvenant pas à faire parler suffisamment de lui à la fin de vie de l'OS propriétaire de Microsoft.

Enfin, il est apparu, au cours de cette partie, que l'Open Source manque cruellement de soutien. Et pourtant, ce modèle de développement collaboratif a permis de créer des projets très importants, rivalisant et parfois dépassant des projets propriétaires malgré la différence flagrante de moyens. Ce fait est, pour moi, la preuve que l'Open Source est, dans de nombreux cas, une méthode de développement plus efficace et avantageuse que la méthode propriétaire!

Quatrième partie

Partie conclusive

80

Conclusion

Ce travail de fin d'études a eu pour finalité principale de déterminer s'il est possible d'utiliser les logiciels libres dans le monde professionnel afin de remplacer les logiciels propriétaires. Je pense pouvoir conclure de ce travail qu'il n'y a, a priori, aucun élément technique qui pourrait faire dire que les logiciels propriétaires - en général - sont meilleurs que les logiciels libres. Au contraire, l'ouverture du code source d'un logiciel semble être le meilleur moyen de corriger rapidement les faiblesses de ce logiciel et d'ajouter de nouvelles fonctionnalités. A l'inverse de ce qui pourrait être cru, les communautés de développement de logiciels Open Source sont extrêmement structurées afin de s'assurer que seules les contributions de qualité sont ajoutées aux différents projets libres. Malgré cela, certaines entreprises sont toujours réticentes à passer d'un logiciel propriétaire connu et éprouvé à un logiciel libre qui n'a pas encore fait ses preuves. Actuellement, cette crainte m'a cependant semblé être plus liée à la maturité des logiciels plutôt qu'à leur statut libre ou privateur. Là où il y a parfois une réticence due au statut libre des logiciels, c'est dans le développement. Effectivement, certaines entreprises, dont EUROCONTROL, hésitent à développer des logiciels et à publier le code source par après. Ce code est perçu comme un bien, et le céder librement semble impensable. Pourtant, le développement d'un logiciel en utilisant le modèle libre et communautaire possède indubitablement des avantages non négligeables avec principalement un développement plus rapide et moins coûteux. S'il y a moins de coûts liés au développement des logiciels Open Source, les sociétés développant des logiciels sont toutefois en droit de se demander comment réaliser un bénéfice.

C'est là qu'arrive la réponse à ma deuxième question, qui concernait la prétendue gratuité des logiciels libres pour les entreprises. Il se trouve qu'utiliser des logiciels libres a également des coûts. Or, qui dit coûts pour la société utilisant ces logiciels dit bénéfices pour une ou plusieurs autres sociétés. L'Open Source apporte en effet un modèle économique entièrement neuf dans le monde de l'informatique. En développant un logiciel libre, on ne réalise pas de bénéfices en redistribuant le code source de ce logiciel mais en assurant des services comme la maintenance des logiciels, la prise en charge de l'installation des logiciels et des mises à jour, la prise en charge des formations ou encore le développement de fonctionnalités à la demande du client; en liant ces logiciels à d'autres biens (matériels ou logiciels) payants ou encore en "garantissant" les logiciels, c'est-à-dire en vendant la marque de la société plutôt qu'en vendant le produit lui-même. Le modèle économique du libre semble donc viable pour les sociétés éditrices de logiciels. Cela ne veut pas dire cependant que les logiciels Open Source n'apportent pas d'avantages financiers aux entreprises les utilisant. S'il y a un coût d'utilisation, il n'y a pas de coût pour l'acquisition du code source en lui-même. L'ensemble de l'argent dépensé pour un logiciel libre est donc dépensé pour faciliter l'utilisation de ce logiciel ou pour améliorer ce logiciel, par exemple.

81

En ce qui concerne le métier d'assistant de direction, je vois difficilement comment les logiciels libres pourraient bouleverser profondément la manière de travailler. Cela ne changerait de toute manière pas plus que de passer d'un logiciel propriétaire à un autre. A l'opposé, cela pourrait apporter une plus grande stabilité grâce à l'utilisation de formats standards permettant de choisir le logiciel libre ou, en tout cas, la version du logiciel que l'on souhaite sans automatiquement devoir passer à un logiciel ou à une version à l'interface ou aux fonctionnalités différentes. En fait, l'utilisation d'un logiciel n'a pas vraiment de lien avec l'ouverture du code source et le modèle de développement de ce logiciel. En vérité, je pense pouvoir dire au terme de ce travail que comparer logiciel libre et logiciel privateur n'a pas tant de sens qu'on pourrait le penser, du point de vue de l'utilisation tout du moins. Les logiciels Open Source sont développés différemment mais on ne peut pas en déduire qu'un logiciel libre est meilleurs qu'un logiciel propriétaire ou l'inverse. De plus, si on ne paie pas pour le code d'un logiciel libre, rien ne garantit que les services liés à ce logiciel ne seront pas plus élevés que les services d'un concurrent propriétaire. Je pense donc qu'il faut étudier cela au cas par cas mais le principal est de ne pas écarter certains logiciels parce qu'ils sont libres ou parce qu'ils ne le sont pas!

Enfin, j'ai pu constater en réalisant ce travail que les logiciels Open Source ont déjà réussi à pénétrer dans les domaines les plus courants mais qu'ils ont encore du mal à être développé dans les secteurs plus particuliers. Ainsi, s'il est facile de trouver une solution libre en bureautique par exemple, la situation est extrêmement différente en ce qui concerne l'ATM. En fait, les deux cas que j'ai envisagé avec EUROCONTROL étaient très particuliers. Il est clair que l'ATM est un domaine très spécialisé et sécurisé n'offrant donc pas énormément de solutions logicielles différentes. Il n'existe par conséquent pas de projet complet et mature sur lequel l'agence peut s'appuyer et, même si elle développait, ou demandait à ce que soit développer, une solution libre, les avantages du modèle communautaire seraient fortement limités car EUROCONTROL serait probablement un des seuls grands contributeurs et bénéficiaires d'une telle solution, voire le seul. L'autre domaine envisagé était l'ERP. Là, des solutions existent car l'ERP intéresse beaucoup plus d'en-treprises que l'ATM. Néanmoins, les besoins d'EUROCONTROL sont particuliers et ne correspondent ni aux besoins des nombreuses PME, ni aux besoins des grandes entreprises privées utilisant les ERP. Je reste pourtant convaincu qu'OpenERP est une alternative possible et intéressante à Oracle EBS pour EUROCONTROL. D'après ce que j'ai pu voir lors de la visite du délégué commercial et de par les tests que j'ai moi-même réalisé avec OpenERP, ce dernier possède le potentiel de rivaliser avec ses plus grands concurrents. Je reconnais tout de même qu'il faudra que l'agence investisse dans OpenERP afin de permettre le développement de certaines fonctionnalités ou, au moins, l'adaptation des fonctions d'OpenERP aux besoins spécifiques d'EUROCONTROL. L'étude réalisée par l'agence n'est cependant pas encore finie et, si OpenERP est la solution choisie, il faudra encore attendre plusieurs mois avant de voir ce logiciel utilisé par l'organisation. J'in-vite toutefois un(e) étudiant(e) à poursuivre et approfondir mon travail afin de voir ce qui est sorti de cette étude. Quelle aura été la solution choisie et pourquoi? Dans le cas où OpenERP serait choisi, comment se sera passé la transition et quels seront les résul-

82

tats de ce choix? Ces question m'intéressent au plus haut point et méritent certainement que quelqu'un se penche dessus dans un avenir relativement proche. De même, il serait intéressant d'étudier les capacités du modèle Open Source en dehors de l'informatique!

83

Bibliographie

Ouvrages écrits

-- s.a., Les modèles économiques du Logiciel Libre, s.e., Paris, 2007, Collection April -- Benamrane, Djilali et al., Les télécommunications, entre bien public et marchan-

dise, Ed. Charles Léopold Mayer, Paris, 2005, Enjeux des logiciels libres face à la

privatisation de la connaissance, pp. 299-314

-- Bourgois, Marc et al., Potential of Open Source Software for Air Traffic Management, s.e., s.l., 2006

-- Corbet, Jonathan, Kroah-Hartman, Greg et McPherson, Amanda, Linux Development Kernel: How fast It is Going, Who is Doing It, What They are Doing, and Who is Sponsoring It, Linux Foundation, s.l., 2013

-- Cramet, Benjamin et al., OSS for Desktops - Alternative Study Report, s.e., s.l., 2009

-- Curtis, Keith, After the Software Wars, s.e., s.l., 2010

-- De Patoul, Fabrice, Logiciel libre et droit d'auteur: les droits moraux et les règles contractuelles, Bruylant, Bruxelles, 2005

-- Delsart, Yves et Van Nieuwenhuysen, Christelle, OpenERP evaluation with SAP as reference, Tiny sprl, s.l., 2011

-- Elie, François, Economie du logiciel libre, Ed. Eyrolles, Paris, 2009, Collection Accès Libre

-- Raymond, Eric S., La cathédrale et le bazar, s.e., s.l., 1998

-- Weber, Steven, The Success of Open Source, Harvard University Press, s.l. 2004

Mémoires

-- Niyonsenga, Jean-Baptiste, Le logiciel libre (Open Source) dans les PME: analyse des freins et incitants à l'adoption, 2007-2008

Sites Internet

-- Albatross, Albatross Display, 2014, http://www.albatross.aero/projects/proj ects-list/project-details.php?p=NA==&s=TGVhcm5Nb3Jl, consulté le 8 avril 2014

-- Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, Licences libres, 2013, http://aful.org/ressources/licences-libres, consulté le 7 novembre 2013

84

-- BAE Systems, Newsroom - BAE Systems, 2014, http://www.baesystems.com/n

ews-&-features-rzz/news?_afrLoop=915450659628000, consulté le 8 avril 2014 -- Blender Foundation, History, 2013, http://www.blender.org/blenderorg/ble

nder-foundation/history/, consulté le 19 octobre 2013

-- Blender Foundation, Blender Open Projects, s.d., http://www.blender.org/feat ures-gallery/blender-open-projects/, consulté le 19 octobre 2013

-- Daffara, Carlo, Les réalités économiques du logiciel libre, 20013, http://www.fram

ablog.org/index.php/post/Libres-conseils-40, consulté le 7 novembre 2013 -- GNU, Qu'est-ce que le logiciel libre?, 2013, http://www.gnu.org/philosophy/f

ree-sw.fr.html, consulté le 5 octobre 2013

-- GNU, Licences commentées, 2013, http://www.gnu.org/licenses/license-li st.html, consulté le 13 octobre 2013

-- Google, La mission de Google : organiser les informations à l'échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous, s.d., http://www.google.com/abo ut/company/, consulté le 19 octobre 2013

-- Guillemin, Christophe, La France est devenue "un pays phare pour le logiciel libre", 2008, http://www.zdnet.fr/actualites/la-france-est-devenue-un-pays-ph are-pour-le-logiciel-libre-39377576.htm, consulté le 7 novembre 2013

-- Halpanet, Logiciels libres et propriétaires, s.d., http://www.halpanet.org/?q=co ntent/logiciels-libres-propri-taires, consulté le 18 octobre 2013

-- Huffington Post, Date de sortie du Google Phone (Project Ara), 2014, http://www. huffingtonpost.fr/2014/04/16/project-ara-google-lancement-janvier-2015-google-phone-date-de-sortie_n_5159007.html, consulté le 20 avril 2014

-- IBM, IBM Commits $1 Billion to Fuel Linux and Open Source Innovation on Power Systems, 2013, http://www-03.ibm.com/press/us/en/pressrelease/41926.ws s, consulté le 6 novembre 2013

-- Jefferson, Richard, Why should a multinational (e.g Monsanto) participate in an open source initiative?, 2008, http://blogs.cambia.org/raj/2008/02/28/why-should-a-multinational-eg-monsanto-participate-in-an-open-source-init iative/, consulté le 7 novembre 2013

-- Larousse, Encyclopédie LAROUSSE, s.d., http://www.larousse.fr/dictionnai res/francais/logiciel/47666, consulté le 18 octobre 2013

-- McKusick, Marshall Kirk, Twenty Years of Berkeley Unix: From AT&T-Owned to Freely Redistributable, 2000, http://oreilly.com/catalog/opensources/bo ok/kirkmck.html, consulté le 19 octobre 2013

-- Moody, Glyn, Google's Secret Weapon, 2008, http://redmondmag.com/articles/ 2008/01/01/googles-secret-weapon.aspx, consulté le 7 novembre 2013

-- Mozilla, The Mozilla Foundation, 2013, http://www.mozilla.org/en-US/found ation/, consulté le 18 octobre 2013

-- OpenERP, OpenERP, 2014, https://www.openerp.com/, consulté le 12 mars 2014 -- Open Source Initiative, The Open Source Definition, s.d., http://opensource.o rg/docs/osd, consulté le 5 octobre 2013

85

-- Perens, Bruce, La définition de l'Open Source, 1999, http://www.linux-france.o rg/article/these/the_osd/fr-the_open_source_definition_monoblock.htm l, consulté le 5 octobre 2013

-- PHPdebutant, Débutez, 2004, http://www.phpdebutant.org/article118.php, consulté le 7 novembre 2013

-- PME KMO, Les logiciels libres sont-ils faits pour vous?, 2013, http://www.pmekmo .be/entreprendre/807-pme-et-informatique-les-logiciels-libres-sont-il s-faits-pour-vous.html, consulté le 6 novembre 2013

-- Price, Andrew, How to create realistic bread, 2013, http://www.blenderguru.co m/videos/how-to-create-realistic-bread/, consulté le 7 novembre 2013

-- Robert, Gilbert et Schütz, Frédéric, L'entreprise doit-elle adopter les logiciels libres?, 2001, http://dit-archives.epfl.ch/FI01/fi-sp-1/sp-1-page3.html, consulté le 6 novembre 2013

-- Scoffoni, Philippe, Quel usage des logiciels libres en entreprise?, 2010, http://ph ilippe.scoffoni.net/usage-logiciels-libres-en-entreprise/, consulté le 7 novembre 2013

-- SPF Economie, Propriété intellectuelle des logiciels, 2013, http://economie.fgo v.be/fr/entreprises/propriete_intellectuelle/propriete_intellectuelle_ logiciels/, consulté le 7 novembre 2013

-- StatCounter, StatCounter Global Stats, 2014, http://gs.statcounter.com/, consulté le 5 avril 2014

-- The Open Group, History and Timeline: UNIX Past, 2012, http://www.unix.o rg/what_is_unix/history_timeline.html, consulté le 19 octobre 2013

-- The Sydney Morning Herald, Heartbleed disclosure timeline, 2014, http://www.sm h.com.au/it-pro/security-it/heartbleed-disclosure-timeline-who-knew-what-and-when-20140415-zqurk.html, consulté le 17 avril 2014

-- Therrien, Yves, Logiciel libre: Québec aurait pu économiser 265 millions $, 2013, ht tp:// www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/techno/201309/20/01-4691638-logiciel-libre-quebec-aurait-pu-economiser-265-millions-.php, consulté le 16 octobre 2013

-- Union des Villes et Communes de Wallonie, OpenOffice: un choix judicieux pour les communes, 2006, http://www.uvcw.be/articles/3,90,39,39,1219.htm, consulté le 6 octobre 2013

-- Viseur, Robert, Le modèle du bazar, s.d., http://www.logiciellibre.net/ossf show.php, consulté le 7 novembre 2013

-- w3techs, Web Technology Surveys, 2014, http://w3techs.com/, consulté le 30 avril 2014

-- xkcd, xkcd: Heartbleed Explanation, 2014, http://xkcd.com/1354/, consulté le 17 avril 2014

-- Zierhut, Anthony, Animatics for Motion Pictures, 2007, http://web.archive.or g/web/20070221025521/ http://www.blender.org/features-gallery/testimon ials/, consulté le 19 octobre 2013






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre"   Paul Eluard