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Epiceries sociales et solidaires : histoire et typologie


par Mathieu Gros
Université Aix-Marseille Economie et Gestion - Master II RH ESS 2014
  

Disponible en mode multipage

Septembre 2014

MASTER II RH ESS : ORGANISATION ET PROJET

Aix-Marseille Université

Aix-Marseille Université

Faculté d'Économie et de Gestion

eb(

Facultë d'Économie et de Gestion

Aix - Marwille lanitierSi`
·'S

Master II Ressources Humaines - Économie Sociale et Solidaire
Organisation et projets

Les Epiceries Sociales et Sol idaires : histoire et typologie Vers une typologie à partir du cas des Bouches du Rhône

Mémoire présenté et soutenu par : GROS Mathieu -- étudiant Master ESS

Directrice de mémoire :

MARIVAL Céline, chercheuse au LEST-CNRS

Septembre 2014

MASTER II RH ESS : ORGANISATION ET PROJET

Aix-Marseille Université

Aix-Marseille Université

Faculté d'Économie et de Gestion

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Facultë d'Économie et de Gestion

Aix - Marwille lanitierSi`
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Master II Ressources Humaines - Économie Sociale et Solidaire
Organisation et projets

Les Epiceries Sociales et Sol idaires : histoire et typologie Vers une typologie à partir du cas des Bouches du Rhône

Mémoire présenté et soutenu par : GROS Mathieu -- étudiant Master ESS

Directrice de mémoire :

MARIVAL Céline, chercheuse au LEST-CNRS

Les opinions exprimées dans ce mémoire sont celles de l'auteur et ne sauraient en
aucun cas engager le directeur de mémoire ou Aix Marseille Université

«J'aime mieux me battre avec n'importe qui qu'avec la faim. »

Plaute, extrait de «Stichus », 628 - Ile siècle ay. J. -C

«Nous vivons au milieu d'une mer de pauvreté. Néanmoins on peut réduire cette mer. Notre travail n'est qu'une goutte dans un seau, mais cette goutte est nécessaire. »

Mère Teresa, religieuse (1910-1997)

« Plus la misère est insupportable, plus on l'ignore. »

Yvon RIVARD, écrivain québécois (XXÎ siècle)

Remerciements

Je tiens à remercier l'ensemble des personnes qui ont directement ou indirectement contribué au résultat de ce travail de recherche et d'écriture de plus de 6 mois, sans qui, je n'aurais pu récolter d'informations, de données, rédiger, mettre en page, relire, corriger :

Mes parents et ma famille qui m'ont soutenu dans ma démarche de projet de formation professionnelle ainsi que ma compagne, Elodie, pour son soutien au quotidien. Ma mère, Christine, qui a pris beaucoup de temps pour relire et corriger mon travail. Un grand merci à elle.

Mon employeur, la Caisse d'Epargne Provence-Alpes-Corse, qui a accepté mon projet de formation diplômante en m'autorisant une absence de 12 mois, pour congé individuel de format ion.

Ma directrice de mémoire, Céline MARIVAL, qui m'a apporté énormément en méthodologie de rédaction et mise en page, réflexion et méthode de travail. Pour le temps qu'elle a passé avec moi sur des moments d'échanges, de réflexion autour du sujet. Merci pour sa patience lors des relectures, car n'ayant pas un cursus universitaire, la rédaction n'a pas été facile pour moi, mais j'y ai pris plaisir grâce à son accompagnement. Merci pour le professionnalisme qu'elle a su mettre à mon service.

Anne et Camille, équipe de direction du centre social « le 285», à Endoume, quartier et centre social de mon enfance, qui ont gentiment accepté que je vienne faire mon stage professionnel au sein de leur structure. Lors de ma demande de stage en juillet 2013, dans le cadre du Master II ESS, elles m'ont fait part du projet d'épicerie solidaire qui était né quelques mois auparavant, en janvier 2013, élément déclencheur de mon sujet d'étude. Je n'oublie pas de remercier également l'ensemble des équipes d'animation du centre (plus de 20 personnes) qui m'ont réservé un accueil très chaleureux dont je leur suis extrêmement reconnaissant. Cela m'a permis de me sentir intégré dans l'équipe pendant ces 8 mois de stages.

L'équipe de l'épicerie solidaire d'Endoume, Marie et Begona avec qui j'ai passé de très bons moments. J'ai énormément appris à leur côté sur le métier, le lieu et les activités qui en découlent. J'ai pu faire des rencontres enrichissantes, notamment avec des adhérents (Sonia, Jacqueline, Françoise) tous très sympathiques et j'en garde de bons souvenirs. Merci à Marie, responsable de l'épicerie, pour son professionnalisme tout au long du stage, ses conseils, les moments d'échanges très intéressants, les contacts qu'elle a pu me donner et pour m'avoir associé aux réunions de l'épicerie avec les partenaires financiers et sociaux. J'ai pu participer à de multiples entretiens (PACT13, Conseil Général 13, CUCS) pour mon travail de recherche. Merci à Begona pour sa bonne humeur, le temps qu'elle a pris pour m'expliquer son travail au quotidien au sein de l'épicerie. Enfin, merci à toutes les deux pour la confiance qu'elles ont mis en moi lors des missions qu'elles m'ont confiées.

Les bénévoles de l'épicerie, Annick et Jacky, qui par leurs actions, permettent la réalisation de certaines tâches au sein de l'épicerie. Tous les mardis, entre 15h et 17h3o, j'ai pu discuter de mon travail avec Annick et comprendre ses motivations à venir aider l'épicerie solidaire du quartier. Merci pour son accueil et pour tout ce qu'elle amène à l'équipe de l'épicerie.

Les épiceries qui ont bien voulu m'ouvrir leurs portes pour un entretien ou visite exploratoire. L'épicerie solidaire « la courte échelle » avec François Sandoz et son équipe qui à chaque visite, m'ont réservé un accueil chaleureux. L'épicerie sociale du CASIM et Clara Ghez, infatigable, qui a gentiment répondu aux questions dans la limite de ses fonctions. L'épicerie d'Aubagne « L'atelier de mai » avec Séverine et son équipe dynamique. Pour terminer, l'épicerie solidaire itinérante de l'association «Garrigues» avec Mathieu Galland et toute son équipe qui m'ont fait découvrir l'ensemble de leurs activités sociales. Merci à tous ces porteurs de projet, salariés qui ont pris de leur temps pour répondre à mes questions.

Les deux professionnelles du social, Anne Haudiquet de la CAF et Anaïs Pappalardo du CCAS de Saint Lambert qui ont pris sur leur temps de travail pour réaliser un entretien me permettant d'avoir leur vision des épiceries sociales et solidaires. Elles ont répondu avec simplicité et compétence, leurs réponses ont fait émerger des mots, des conceptions propres au monde du social et c'est ce qui a rendu le résultat des recherches

encore plus riche. Je n'ai malheureusement pas pu approcher d'autres professionnels d'autres territoires, certains ayant directement refusé, d'autres par manque de temps (période estivale).

Sonia, adhérente de l'épicerie solidaire d'Endoume qui a accepté de témoigner de son passage à l'épicerie et de son parcours personnel. Un entretien sous le signe de la sincérité. Sonia est devenue bénévole de l'épicerie depuis quelques mois maintenant, on a travaillé ensemble à la mise en place d'un espace dont elle s'occupe désormais : « L'effet partage », boutique vestimentaire pour enfant. Quelques jours par semaine, avec une autre adhérente, elles viennent plier, ranger les vêtements et assurer la vente. Il s'agit là d'un bel exemple de ce que peut faire naître le projet d'une épicerie.

Enfin, je remercie toutes les personnes que j'ai croisées lors du stage ou que j'ai eues au téléphone (FranceAgriMer, l'ANDES) et avec qui j'ai échangé sur le sujet, me permettant de faire évoluer mes grilles d'analyses et mon questionnement.

SOMMAIRE

Remerciements

Table des sigles et abréviations

Introduction

Méthodologie de recherche et d'analyse

s - Genèse, contexte et évolution de l'aide alimentaire

2 - Cadrage théorique : fonctionnement et organisation de la production des épiceries sociales et solidaires

3 - Présentation des critères d'observation et de la grille d'analyse

4 - Résultats des recherches : vers la construct ion d'une typologie

Conclusion

Bibliographie

Table des matières Annexes

Table des sigles et abréviations

AEC : Association des Equipements Col lect ifs

ANDES : Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires

AS : Assistante Sociale

AVISE : Agence d'Ingénierie et de Service pour Entreprendre autrement

BA : Banque Alimentaire

CA : Conseil d'Administration

CAE/CUI : Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi /Contrat Unique d'Insertion

CAF : Caisse d'Allocation Familiale

CASIM : Comité d'Action Sociale Israélite de Marseille

CCAS : Centre Communale d'Act ion Sociale

CESF : Conseillère en Economies Sociales et Familiales

CG : Conseil Général

CIAS : Centre Intercommunal d'Act ion Sociale

CNES : Crédit National pour les Epiceries Solidaires

CPCA : Conférence Permanente des Coordinat ions Associat ives

CUCS : Contrat Urbain de Cohésion Sociale

DLC : Date Limite de Consommat ion

DLUO : Date Limite d'Utilisation Optimale

DGCCRF: Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et la Répression

des Fraudes

DREES : Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluat ion et des Statistiques ESS : Economie Sociale et Solidaire

ES : Epicerie Sociale et Solidaire

ESI : Epicerie Solidaire Itinérante

FAO : Food and Agriculture Organization

FEAD : Fond Européen d'Aide aux plus Démunis

FEBA : Fédération Européenne des Banques Alimentaires

FFBA : Fédération Française des Banques Alimentaires

GASE : Groupement d'Achat Service Epicerie

GPEC : Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences

INSEE : Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques

MDS : Maison De la Solidarité

ONU : Organisation des Nations Unies

PEAD : Plan Européen d'Aide aux plus Démunis

PNAA : Plan National d'Aide Alimentaire

PNB : Produit National Brut

RAV : Reste A Vivre

RH : Ressources Humaines

RSA : Revenu Solidaire d'Activité

SCIC : Société Coopérative d'Intérêt Commun

UE : Union Européenne

WTC : World Trade Center

-1-

INTRODUCTION

Le contexte du gaspillage alimentaire et de la pauvreté accrue, de la famine

touchant des milliers de personnes sur la planète, ne laisse pas indifférent. Voir des personnes laissées pour compte ou pire mourir de faim pendant que la production de denrées alimentaires est parfois en sur régime, est incompréhensible et soulève des questions morales et sociales. L'accès à l'alimentation est pourtant un droit fondamental et irrévocable.

La Déclaration universelle des droits de l'homme (1789) confirme (article 25) que : «Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ».

Une aide alimentaire qui s'est considérablement développée pour faire face aux crises

Pour comprendre le développement de l'aide alimentaire, il faut prendre en compte l'évolution de la situation économique mondiale. Les différentes crises financières' qui ont ébranlé le monde occidental depuis le début du XXe siècle jusqu'à la crise des «subprimes» de 2007-2009 et ses conséquences actuelles, ont eu un impact indéniable sur nos sociétés et nos modèles économiques européens. On en constate de nos jours, les nombreux effets : des inégalités sociales de plus en plus fortes, une pauvreté en développement constant et des cas de famines chroniques dans le monde, y compris dans des pays développés.

Ces crises expliquent le développement et la démultiplication d'initiatives solidaires, l'émergence de comportements de consommations alternatives en vue de contrer une

1

http://www.fao.org/docrep/o18/i3458f/i3458f.pdf: 842 Millions de personnes, ONU 2011-2013

2

Pour ne citer que les plus connues : krach boursier de 1929, crise financière de 1971, chocs pétroliers de 1973 et 1979, crise de la dette des pays en voie de développement de 1982, krach de 1987, crise du système monétaire européen en 1992, crise économique asiatique en 1997, attentats du WTC en 2001 suivis de la hausse des taux d'intérêts

-2-

économie de consommation de masse et de lutter contre le gaspillage alimentaire. De ce fait, l'apparition de formes d'auto-organisation des populations permet de répondre à leurs besoins. L'aide alimentaire en est une forme. C'est aussi une logique de survie, car faute de ressources suffisantes, peu de choix restent possibles et des solutions doivent être trouvées.

Parmi les solutions envisageables, on compte les épiceries sociales et solidaires. Quant à leur définition, on trouve dans les lectures et via l'Internet, seulement la définition du réseau national des épiceries, l'ANDES. Ce réseau les définit comme des lieux d'accueil de personnes en difficultés pour «faire de l'aide alimentaire autrement»3. Les ES, par la diversité de leurs projets, très actives en 2014, peuvent répondre à de nouveaux besoins demain.

L'influence de militants dans le développement de l'aide alimentaire

L'aide alimentaire a considérablement évolué depuis la Révolution française sous des formes beaucoup plus anciennes. Il faut souligner que l'aide alimentaire en 2014, a été inspirée et portée en France, depuis les années 1980, par des militants tels que Jacques Delors, ex-Président de la Commission Européen et Coluche, artiste-humoriste.

4

Elle s'est notamment institutionnalisée (loi «Coluche » de 1988 ). La prise de conscience qui en découle a permis la modification de certaines représentations sociales dont celui de la pauvreté, considérée, au fil des années comme très marginale dans notre société française.

5

De la loi sur l'aide à domicile de 1791 aux premières soupes populaires de 1812, en passant par de nombreuses initiatives caritatives religieuses et humanistes, il faut attendre les années 1980 en France, pour de nouveau observer un acte militant fort. En effet, en 1985, deux hommes vont créer un projet de solidarité pour venir en aide aux

3

Extrait du compte rendu du 08/10/13, rencontre régionale PACA des épiceries sociales et solidaires adhérentes à l'ANDES sur le FEAD

4

Extrait de la loi « coluche » à partir du site internet légifrance :

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArt icle=LEG IARTI0000245i586o&cidTexte=LEGITEXT000006o64577

5

RECMA Revue Internationale de l'Economie Sociale N°279- Alain Clément - « Etats et associations dans l'histoire du secours alimentaire » (page 33)

-3-

plus démunis, le PEAD.

Les enjeux du développement de l'aide alimentaire

La lutte contre la pauvreté, les inégalités sociales ou encore le gaspillage alimentaire, sont des sujets que l'on retrouve de plus en plus dans les débats publics et les hommes politiques français et européens sont confrontés à de vrais enjeux de société.

Les États cherchent des solutions adéquates pour endiguer cette pauvreté mais les taux de chômage et de pauvreté en France et en Europe atteignent des sommets (+ 11 % de la population, INSEE 2014). Ceci a entraîné un fort développement d'initiatives d'aide alimentaire et on parle davantage des épiceries sociales et solidaires car elles se développent pour faire front à la crise économique.

Publier des chiffres de la pauvreté et de la famine permet, certes une meilleure sensibilisation du grand public sur des sujets de société qui sont majeurs et qui peuvent toucher « monsieur tout le monde » mais peuvent aussi stigmatiser les publics accueillis au sein des structures de l'aide alimentaire. Ces publics sont de plus en plus variés, on y trouve autant de jeunes que de «jeunes» personnes âgées (LEGROS, 2009).

Cela fait l'effet d'une sonnette d'alarme indiquant qu'il faut agir et innover socialement afin de trouver de nouveaux moyens permettant de répondre à ce fléau pérenne. Ces nouvelles formes d'aide alimentaire que sont les épiceries s'inscrivent dans un mouvement de développement d'initiatives relevant de l'économie solidaire, inséré dans l'ESS.

Celle-ci se définie comme un modèle alternatif à l'économie capitaliste aux effets négatifs. Elle se veut plus proche de la population et porteuse de sens. «Elle est un instrument au service du développement humain qui peut sembler fonctionner par elle-même de manière quasi-indépendante ou au service d'un groupe restreint »6 (SSF, 2009).

Pour nous permettre de mieux définir la notion d'économie solidaire, les approches théoriques de LAVILLE seront abordées. Nous verrons aussi la théorie de l'échec de l'État et du marché d'après les travaux de WEISBROD pour tenter de comprendre l'émergence

6

Définition proposée dans les « Nouvelles solidarités, nouvelle société» lors des Semaines Sociales de France en 2009

de ces épiceries et enfin, les travaux de Dl MAGGIO et POWEL sur l'isomorphisme pour comprendre et situer les « dérives » ou orientations de certains modèles dont celui qui a tendance à s'orienter vers une finalité plus marchande.

Une transformation de l'aide alimentaire

Les différentes formes d'aide alimentaire ont évolué depuis l'antiquité grecque.

En 2014, ce qui constitue un outil innovant d'aide alimentaire correspondant au contexte économique actuel, ce sont les épiceries sociales et solidaires, apparues vers la fin des années 1990 en France. Il existait des systèmes de distribution de nourriture sans contrepartie mais pas encore de « boutiques » d'aide alimentaire à vocation solidaire, voire d'insertion sociale et professionnelle comme on en rencontre sur le territoire français.

Les ES s'adaptent aux problématiques d'aujourd'hui, de manière différente. C'est ce qui fait la véritable originalité des projets que l'on rencontre.

Ces épiceries adoptent un fonctionnement différent selon les modèles : certaines ont des logiques sociales, et d'autres plus marchandes, sans doute en lien avec l'influence du contexte européen de régulation de l'aide alimentaire.

Un modèle remis en question parla régulation européenne

Depuis fin 2012, l'Europe travaille sur la refonte du système de distribution de l'aide alimentaire qui repose sur la distribution des excédents agricoles aux organisations humanitaires. Ces excédents étant aujourd'hui insuffisants, d'après l'Europe, il faut trouver d'autres sources de financement.

La réforme européenne pousse donc certains projets d'épicerie sociale et solidaire à tendre vers une finalité économique au détriment du projet social initial.

Mais entre course contre la pauvreté et conquête d'un « marché », où se situent réellement les Épiceries Solidaires?

D'autres questionnements émergent :

Le développement des épiceries sociales et solidaires ne comporte-t-il pas un risque de banalisat ion de l'offre ? Des dérives ne risquent-elles pas d'apparaître ?

Ne pourrait-on pas supposer que les épiceries les plus récentes sont plus à même de s'adapter aux changements que les plus anciennes ?

Une autre hypothèse serait de penser qu'il existe différents modes d'organisations de ces épiceries en fonction du territoire sur lequel elles interviennent. Le modèle économique, le public accueilli, les prix et les produits, chaque épicerie a sa particularité et différents types pourraient être observés.

Pour cette raison, il est important de se pencher sur ces épiceries «pas comme les autres» en observant les différents modèles existants sur le territoire. En conséquence, on observera leur organisation et leur fonctionnement et nous ferons ressortir les différents types d'épiceries existant dans les Bouches du Rhône et ceux qui auraient tendance à aller vers une finalité plus ou moins marchande ou sociale.

La première partie traitera de la genèse de l'aide alimentaire et de ses différentes formes, du contexte européen et français, de son évolution à un état des lieux des épiceries solidaires de nos jours. La deuxième partie sera consacrée à un cadrage théorique des épiceries et à la présentation de leur fonctionnement, ce qui permettra dans une troisième partie de présenter les critères d'observation et d'analyse. En quatrième et dernière partie, une typologie des épiceries sociales et solidaires sera présentée.

METHODE DE RECHERCHE ET D'ANALYSE

1. Méthode de travail

L'objet de ce mémoire étant de faire émerger les différents types d'épicerie sociale et solidaire qui existent, j'ai mis en place des étapes de recherche et d'analyse.

Dans un premier temps, j'ai souhaité vérifier et affiner le sens d'un certain nombre de termes ou concepts, tels que pauvreté, misère, économie solidaire, épicerie sociale et épicerie solidaire et définir les différents modèles économiques.

J'ai ainsi été amené à mettre en place une méthode de recherche « qualitative », déclinée autour de modes de recherche d'informations comme la collecte de documents officiels et de rapports, l'observation participante, la conduite d'entretiens.

Étude des documents spécialisés et de la littérature sur les épiceries

J'ai pris connaissance de la charte du réseau ANDES, par le biais d'un stage à l'épicerie solidaire d'Endoume à Marseille, ce qui m'a permis de comprendre ce que sont les ES. Par la suite, j'ai orienté mes recherches sur ce sujet pour trouver des éléments complémentaires sur les épiceries (voir bibliographie).

Une observation participante

Pour mener mes recherches au coeur d'une épicerie solidaire, j'ai opté pour la méthode d'observation participante.

En effet, j'ai effectué un stage pratique dans l'épicerie solidaire gérée par le Centre Social «285» à Endoume, dans le 7e arrondissement de Marseille, dans lequel je me suis rendu tous les lundis et mardis entre le mois d'octobre 2013 et le mois de juin 2014.

Sur les traces d'un patronage (1907), le Centre Socioculturel d'Endoume, situé dans le quartier qui porte le même nom, a vu le jour en 1974. « Depuis 40 ans, l'objectif du centre est d'être et de rester un lieu d'accueil et d'information, ouvert sur son arrondissement et

-7-

aux besoins de sa population »'. On y trouve une vingtaine d'activités sociales, culturelles et sportives. Des projets de solidarité, d'insertion, de loisirs et d'environnement sont également développés au sein du centre social. Doté d'une équipe de plus de 20 salariés, le centre accueille chaque année, plus de 2 000 familles et de nombreux visiteurs et curieux lors des manifestations telles que «1,2,3 Noël», «CinéMars», «La Grande Braderie» ou encore «La Kermesse». Le centre social dispose également d'un réseau important de bénévoles à l'année pour les activités où lors des manifestations, leur nombre pouvant atteindre les 200 sur une journée.

Placé en situation professionnelle, j'ai ainsi pu analyser le fonctionnement de cette épicerie en temps réel. J'ai tenu un carnet de notes me permettant de faire un rapport journalier de mes actions ou des réunions avec l'équipe et la direction du Centre Social. Grâce à l'accueil qui m'a été réservé, j'ai pu assister à des réunions de travail avec les travailleurs sociaux et avoir le contact d'autres épiceries de la région PACA.

Puis, j'ai effectué la synthèse de mes prises de note en classant les informations par thèmes (horaires, activités, prix, fonctionnement, etc.), ce qui m'a permis par la suite, de préparer une étude comparative et rechercher d'autres modèles d'épiceries pour répondre à ma problématique.

Etude comparative de 5 autres épiceries sociales et solidaires

J'ai fait le choix de cibler 5 autres épiceries de la région PACA pour avoir un échantillon assez large lors de mes entretiens et observations de terrain, en me limitant aux Bouches du Rhône et au Var.

En faisant des recherches d'épiceries sur le site de l'ANDES ou sur internet, je me suis aperçu qu'il y avait déjà des différences dans la dénomination de celles-ci : épicerie sociale, solidaire, itinérante, boutique sociale. Ce sont ces particularités qui ont guidé mon choix pour effectuer une enquête et mettre en évidence différences et similitudes.

· Boutique sociale du CASIM (Comité d'Action Sociale Israélite de Marseille) Le CASIM est une association dont l'ancrage territorial date de 1906. La Boutique Sociale

7

Site internet du Centre Socioculturel : http://www.cscendoume.fr/pr%C3%A9sentation/

a vu le jour en 2009, donc je me suis appuyé sur l'ancienneté de la structure pour voir son évolution. Je me suis également intéressé à cette structure pour son caractère propre et interrogé pour savoir si le fait que l'association soit communautaire a un effet sur les personnes accueillies.

· Épicerie Sociale de la Croix-Rouge de Marseille

La Croix Rouge agit depuis longtemps dans le social et la lutte contre la pauvreté, donc possède un savoir-faire évident. De plus, «l'espace solidaire hybride», comme l'appelle la Croix-Rouge, créé récemment sur le boulevard Baille en remplacement de l'ancienne boutique à la rue du Camas, innove avec l'hybridation de deux concepts : épicerie sociale et espace de puériculture. Une particularité qui mérite que l'on s'y attarde aussi.

· Épicerie Solidaire Itinérante de l'Association Garrigues

J'ai choisi d'étudier et d'observer cette structure car elle a la particularité d'être, comme son nom l'indique, itinérante. D'après les informations recueillies sur internet, elle couvre environ 3o communes. Mais comment fonctionne-t-elle financièrement, sur quel modèle économique ? Est-elle si différente des autres à part sa mobilité ?

· Épicerie Sociale « l'atelier de mai »

Située en plein centre-ville d'Aubagne, cette épicerie a vu le jour à l'initiative du CCAS. C'est une particularité importante puisque à ce jour, peu de communes disposent de ce type de service. Comment fonctionne l'organisation d'une structure «publique» par rapport à des structures privées?Y-a-t-il également une hybridation des ressources? Où est-ce un modèle d'épicerie à part ?

· Épicerie Solidaire « La Courte Échelle »

Implantée à la limite du Vaucluse, dans la commune de St Rémy de Provence, cette épicerie est gérée par l'association qui porte son nom. La particularité de cette épicerie est qu'elle accueille tout public et que son projet prévoit un approvisionnement en circuit-court. Il s'agit donc d'un commerce classique à première vue mais qui est solidaire par la politique de prix mise en place et les liens avec le territoire. Il existe d'autres exemples dans la région, comme celui d'Arles (Épicerie SOLID'ARLES).

-g -

Construction de la grille d'analyse

M'inspirant des travaux du LESNT-CNRS, qui ont mis au point une grille d'analyse permettant d'évaluer l'innovation sociale dans le service à la personne, j'ai conçu une grille d'analyse comparable pour y consigner les résultats de mon enquête.

Les données récoltées seront retraitées sous forme de schémas.

2. Outils d'enquête

En complément de mes recherches documentaires et mes enquêtes de terrain, j'ai choisi de mettre en place des entretiens semi-directifs avec différentes personnes qui interviennent de près ou de loin dans les ES car cela me permettait de rebondir ou de relancer des sujets, de réorienter l'entretien et de définir des thèmes (voir annexe 1).

· Avec qui s'entretenir ? Et pourquoi ?

J'ai fait le choix d'interviewer les responsables des différentes épiceries que j'ai observées. Ils sont au coeur du projet au quotidien et certains ont un parcours particulier : ils connaissent les « bénéficiaires », travaillent avec des travailleurs sociaux, avec des associations caritatives ou bien ils sont gestionnaires, commerciaux, travailleurs sociaux, etc... La richesse de leur poste m'a permis de récolter un maximum d'informations.

Par ailleurs, je me suis entretenu aussi avec un ou plusieurs travailleurs sociaux intervenant sur des épiceries : AS (Assistante Sociale) ou CESF (Conseillère en Économie Sociale et Familiale) qui travaillent souvent ensemble, se croisent dans des réunions et ont une connaissance des difficultés des adhérents de ces épiceries.

Enfin, malgré quelques difficultés, j'ai pu interroger une personne qui fréquente une de ces épiceries « alternatives » et exploiter le ressenti des usagers au travers de mon travail à l'épicerie et de mes enquêtes de terrain.

Souvent appelé adhérent, bénéficiaire voir client, les usagers sont acteurs, parfois décideurs de leur parcours au sein d'une épicerie. Cela m'a permis de comprendre comment ils perçoivent le lieu et le « service » rendu, s'il est plus innovant que l'existant, et par ailleurs de voir comment ces personnes sont associées ou non au projet.

- 10 -

Les thèmes des grilles d'entretien diffèrent en fonction de l'interlocuteur (voir annexes 2 à 4).

Pour les responsables ou salarié des épiceries :

Origines du projet, personnes ressources, valeurs et finalités, partenariats, définition des ES, publics, accompagnement social, richesses humaines, modèle économique, produits et territoire.

Pour les travailleurs (euses) sociaux (iales) :

Origines informations sur les ES, relation avec les ES, définition, valeurs et finalités, publics, accompagnement social, richesses humaines, modèle économique, produits et territoire.

Pour les bénéficiaires :

Origines informations sur les ES, orientation, définition, valeurs et finalités, publics, accompagnement social, richesses humaines, modèle économique, produits et territoire.

· Questionnaire exploratoire

Lors de mes premières recherches, j'ai réalisé un sondage exploratoire, ouvert à un public très large simplement pour savoir si l'existence des Épiceries Solidaires était connue du grand public.

Ce sondage intitulé « Épicerie Solidaire, ça vous parle ?» a été diffusé par mail dans mon entourage professionnel, relationnel et familial, au cours des mois de décembre 2013 et janvier 2014, 51 personnes y ont répondu. Je me suis servi de l'option « Formulaire » du service de partage de fichiers «Google Drive» qui permet de construire des questionnaires, sondages en ligne et de les diffuser. Un outil facilite également le traitement des réponses en ligne et leur présentation sous forme de graphiques ou de diagrammes pour une meilleure lecture et analyse des réponses.

S'agissant d'un questionnaire exploratoire, j'ai choisi de ne pas mettre de critères d'âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle, etc. pour avoir un résultat le plus large

8

possible. Il est consultable en ligne .

8

https://docs.google.com/forms/d/w-8RvsDJ RAYXxnMU MzS8nhYi-CiWPtRj htZPiRQpjdU/viewform?usp=send_form

- 11 -

I. Genèse, contexte et évolution de l'aide alimentaire

1. Repères historiques et évolution des mentalités face à la pauvreté Comme le souligne Alain Clément, l'aide alimentaire constitue un dernier recours dans la

9

panoplie des soutiens existants aux populations démunies . Présente sous différentes formes en France et dans le monde, l'aide alimentaire a parcouru des siècles avant d'être connue sous ses formes actuelles, telles que les Épiceries Solidaires, Restos du coeur, Banque Alimentaire ou colis d'urgence. Souvent sujet de curiosité et d'intérêt, elle apparaît finalement comme une pratique empirique de secours et elle est indissociable du comportement et de l'opinion de la société sur les « pauvres ».

Comment se définit un pauvre ? Y-a-t-il un bon et un mauvais pauvre ? A qui doit réellement profiter l'aide alimentaire? Toutes ces questions, encore d'actualité, ont réellement fondé l'aide alimentaire.

Certaines périodes historiques de l'aide alimentaire, font ressortir de fortes similitudes avec notre actualité. L'évergétisme antique avec les premières formes de dons

10

alimentaires et de philanthropie sont « les prémisses d'une politique de redistribution » au moyen-âge. On peut citer l'exemple du XVIe siècle où une période de « hausse des prix non compensée par une hausse des salaires » va entraîner et accentuer la paupérisation de certaines populations, paysannes, en les chassant de leurs terres pour les envoyer vers les villes où ils deviendront mendiants et «vagabonds». Ces notions ne sont pas très différentes de ce que l'on voit actuellement.

On continue à entendre parler de populations entières contraintes de se déplacer pour tenter de trouver du travail, se faire soigner ou tout simplement manger à leur faim. Il est important de rappeler qu'il s'agit d'un droit irrévocable, article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1789, extrait : «Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment

9

RECMA N°279, De l'évergétisme antique aux restos du coeur, État et Associations dans l'histoire du secours alimentaire. ParAlain Clément, 2001, page 26.

10

Ibid, page 31.

- 12 -

l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ».

1.1 La pauvreté, une vision relative et abstraite

La notion de pauvreté est relative car on peut considérer que chacun est pauvre par rapport à d'autres qui le sont moins ou que l'on perçoit comme riches, elle recouvre différentes acceptions qui ont évolué avec le temps.

Les pauvres ont toujours dérangé la société et les gouvernants, suscitant le mépris, la méfiance voire même la haine de leurs contemporains. Durant la Révolution, ils sont apparus « dépravés et sanguinaires » symbolisant l'esprit de destruction de l'ordre établi et pour cela repoussé dans les marges, exclus du double champ politique et

11

social .Synonyme de désordre, la pauvreté était combattue pour repousser hors les murs

ces indésirables. Cette vision de la pauvreté a perduré, considérée comme une menace à la fois pour le pouvoir mais aussi pour les citoyens qui ne voyaient dans les pauvres que des paresseux et des voleurs.

Au lendemain de la Révolution française de 1789, la déclaration des droits de l'homme affirmera que la nation doit nourrir « ses pauvres », désormais l'aide alimentaire devient un droit et non plus une simple aide marginale.

En 2014, l'INSEE, l'Observatoire des inégalités en Europe et même l'ONU considèrent qu'a Un individu (ou un ménage) est pauvre » lorsque son « niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté »12.

On le voit bien, la manière de traiter la pauvreté a changé au cours des différentes périodes historiques.

Pour certains auteurs comme Majid RAHNEMA~3, qui a réfléchi à la notion de pauvreté, dans son livre «Quand la misère chasse la pauvreté», la pauvreté n'est pas péjorative et dans certaines situations, être pauvre peut rendre plus « riche », c'est ce qu'il appelle la

11

D'après Jean-FrançoisWagniart, «Au nom des pauvres », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], loi 12007, mis en ligne le 20 septembre 2009, consulté le o6 août 2014. URL : http://chrhc.revues.org/4o9

12

En France, le « seuil de pauvreté » est de 977 € par mois

13

Essayiste iranien, ancien diplomate et ministre iranien des années 60-70.

- 13 -

« pauvreté volontaire » soit, un « choix libre et éclairé pour un mode de vie basé sur une éthique de simplicité ».

Depuis l'antiquité, on cherche à stigmatiser et écarter les pauvres pour éviter qu'ils ne renvoient une mauvaise image de la société. Pour RAHNEMA, « Les pauvres sont souvent pris comme un sujet de manque. Or si l'on prend cette approche, tout le monde, sans exception souffre d'un manque. Par conséquent, tout le monde peut être considéré, d'une

14

manière ou d'une autre, comme pauvre ».

Le terme pauvreté recouvre en fait plusieurs dimensions : monétaire, sociale et intellectuelle. Monétaire pour qualifier qu'une personne vit sous un certain seuil, le «seuil de pauvreté»; sociale pour qualifier une personne seule ou n'ayant pas ou peu d'entourage et enfin intellectuelle pour qualifier une personne n'ayant pas beaucoup de réflexion (« une personne qui ne dit que des pauvretés», déf. LAROUSSE). RAHNEMA nous apprend que le terme pauvreté ne signifie pas toujours être pauvre au sens économique du terme. Il est donc intéressant de s'attarder sur la définition que nous avons de la pauvreté.

Comment percevons-nous les « pauvres » que nous connaissons ou que nous croisons dans la rue ?

Depuis toujours, la société allie la pauvreté à une notion pécuniaire du terme. On utilise l'expression « vivant sous le seuil de pauvreté », pour considérer les personnes ayant un revenu en dessous du salaire minimum national. De ce fait, l'acception courante s'intéresse uniquement au « porte-monnaie » de l'individu et non à ses choix de vie. Une personne peut faire le choix de vivre de manière plus sobre en acceptant un travail moins bien rémunéré mais qui en contrepartie le rendra peut-être plus «riche» en savoirs, expérience ou humanité.

De la même façon, une personne peut faire le choix de se mettre en retrait de la société de consommation en réduisant son niveau de vie. La frugalitél5 est d'ailleurs une valeur

~4

Interview de Majid RAHNEMA sur son livre «Quand la misère chasse la pauvreté », http://mots.extraits.free.fr/interview majid rahnema.htm

i5

Article de libération sur l'économie frugale : http://www.liberation.fr/economie/2oî4/o3/oz/I-economie-frugale-faire-mieux-avec-moins 981974

-14-

qui commence à se répandre dans notre société, même si elle reste très marginale. L'écrivain agriculteur, Pierre RABHI, en parle également dans son livre «Vers la sobriété heureuse » (2010).

Quelle que soit la définition que nous en avons, la pauvreté n'est pas un terme générique permettant de qualifier une personne. Le terme misère conviendrait mieux comme indicateur financier, pour décrire la situation de personnes démunies.

De la charité chrétienne aux initiatives solidaires d'aujourd'hui, les enjeux que représente la lutte contre la pauvreté sont immenses.

1.2 L'alimentaire comme variable d'ajustement

Dans les périodes de mutation économique, de « nouveaux» pauvres vont resurgir. Une partie de la population est marginalisée, l'aide alimentaire sera un prétexte pour solutionner les problèmes en dernier recours. Le sociologue Michel LEGROS explique : « l'alimentaire arrive, dans cette période de crise plus fortement, comme une variable d'ajustement » (2009).

En effet, dans le budget d'un ménage, des dépenses prioritaires sont incompressibles : le logement, l'énergie, l'eau,...alors que l'alimentaire va obligatoirement s'ajuster aux ressources du foyer. Cet ajustement devient rapidement drastique dans les familles en difficultés. Bien évidemment, des carences alimentaires risquent d'apparaître, entraînant elles-mêmes des problèmes de santé, surtout chez les enfants. Il s'agit là d'une réalité choquante n'étant pas de la responsabilité de l'individu mais une des conséquences des répliques des séismes économiques du passé. L'aide alimentaire intervient alors comme une « rustine » sur une roue de vélo, au sens qu'elle fait face à l'urgence sans traiter les problèmes de fond.

Par ailleurs, Michel LEGROS, pense même « qu'il y a donc toujours une association forte,

16

dans les périodes récentes, entre pauvreté et aide alimentaire » . Il est vrai qu'au regard de

l'histoire, les périodes de mutation de l'aide alimentaire ont souvent été associées à des périodes de grande pauvreté comme : la crise de subsistance et de famine dans

i6

Quatrièmes rencontres nationales des épiceries solidaires du 8 octobre 2009, Espace Rungis. Nouveaux paysages de lutte contre la pauvreté. L'impact de la crise économique. Par Michel LEGROS. Page i.

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l'antiquité; les premiers clivages entre riches et pauvres sous l'Empire Romain, accentués au Moyen-Age; l'arrivée d'une économie marchande dans les campagnes dans la période des Temps Modernes. Plus tard, la Révolution française réintégrera les pauvres dans la société puis l'industrialisation et le libéralisme provoqueront à leur tour une extrême pauvreté qui stigmatisera l'aide alimentaire.

En 2014, dans un contexte de crise économique, l'aide alimentaire revient à ses sources avec ce que l'on pourrait appeler un « évergétisme citoyen » bénéficiant en parallèle de l'évolution de l'Économie Sociale et par conséquent du monde associatif. On retrouve en effet une démarche philanthropique de la part de certaines personnes sensibles à ces situations et l'émergence de regroupements à caractère humanitaire.

1,

Alain CLEMENT le souligne dans son article «c'est bien le secteur associatif qui semble

pallier les insuffisances de l'État... ». Cela fait référence aux travaux de WEISBROD (1975) qui développe la théorie de l'échec de l'État pour justifier l'existence d'organisations à but non lucratif.

Chronologiquement, l'évolution de l'aide alimentaire peut se découper en 7 étapes majeures, (Tableau 1, ci-dessous) :

1. L'antiquité et les premiers actes citoyens (évergét isme)

2. L'Empire Romain et les prémisses de l'institutionnalisation

3. Le Moyen-Age et les débuts de la charité chrétienne

4. Les temps modernes et la laïcisation des secours

5. Les temps révolutionnaires, symbole de changement pour l'aide aux plus démunis

6. Révolution industrielle et libéralisme: remise en cause des secours et mutation de l'aide alimentaire charitable et citoyenne.

7. De la Ille république à nos jours : création d'une politique d'assurance sociale et de solidarité et nouvelles formes de l'aide alimentaire.

17

RECMA N°279, De l'évergétisme antique aux restos du coeur, État et Associations dans l'histoire du secours alimentaire. ParAlain Clément, 2001, page 38,

Tableau 1. Evolution des formes d'aide alimentaire à travers la vision de la pauvreté

Périodes
historiques

Situ

Vision de la
pauvreté

Intervention de l'État

Formes d'Aide
Al imentaire

 

L'Évergétisme
antique (405-85
avant JC)

Crises de subsistances et famines

Pas de distinction

Faible

Philanthropie, Solidarité familiale et/ou voisinage. Création du premier fonds privé céréalier.

L'Empire Romain
(600 av JC à 300
après JC)

Famines

Sectorisation des pauvres. Indifférence à la situation des «vrais» pauvres

Forte. Existence de services impériaux. Création d'une loi Gracchus (62 av J-C)

Création de «l'annone» (distribution gratuite de blé). « Pain fiscal ».

Le Moyen-âge

Famines et creusement des inégalités entre seigneurs et travailleurs. Apparit ion du chômage.

Sélection entre les pauvres; « Pauvres honteux » (classe moyenne et riche) et « Pauvres involontaires» (infirmes, vieillards)

Faible. Forte intervention de l'Église (rôle de médiation)

Charité individuelle; Premières Corporat ions de secours mutuel.

« Service à la porte » par les monastères. Système de jetons.

Les temps
modernes (XVe et
XVIe siècles)

Développement démographique fort et productions agricoles insuffisantes. Hausse des prix, développement de l'économie marchande et apparition du chômage ou de la notion de

« travailleurs pauvres ».

Pauvres moins marginalisés mais répressions envers les vagabonds. La mendicité est interdite (toujours d'actualité)

Laïcisation et implication du « pouvoir central ». En Angleterre, les « poors laws» régissent l'assistance aux « bons pauvres »

Aumônes générales, chambres des pauvres, bureaux des pauvres. Création d'ateliers de travail (première forme d'insertion?)

Les temps
révolutionnaires

(1789-1900)

Soulèvement du peuple face à la pauvreté; Révolution Française de

Les pauvres commencent à être reconnus « on peut être pauvre et travailleur ». L'assistance aux pauvres devient une dette publique.

1789. État providence en lien avec l'église et des organisations privées (coopératives ou associations)

Aide à domicile (loi de 1791). Ateliers de charité. Premières sociétés philanthropiques(comme celle de Paris en 1780). Fourneaux économiques (début du XIXe siècle). Caisses de secours.

Révolutions

industrielles et

e

libéralismes (XIX )

Révolution industrielle de 188o et prolétarisation de la populat ion. Chômage, faibles salaires. Courant libéral sur l'Europe.

Forte stigmatisation des pauvres, surtout des travailleurs. Remise en cause du secours alimentaire apporté aux pauvres

Désengagement progressif de l'État et émergence de nombreuses institutions privées charitables (Armée du Salut et Saint Vincent de Paul, en 1881).

Retour aux ateliers de travail. Créat ion des bureaux de bienfaisance en 1796 (premier signe d'hybridation des ressources : fonds publics et privées). Soupes populaires (1812)

e

Ill République à

nos jours (fin XIXe au XXle siècles)

Crises économiques à répétition, pénuries de ressources monétaires. Début d'un surplus de production agricole. Vieillesse, invalidité et chômage en masse.

La pauvreté est reconnue et moins sectorisée. L'assistance publique est un droit commun. Aide alimentaire fortement stigmatisée par les pouvoirs publics. Mise en place de critères d'éligibilité. Principe de réciprocité

Retourà l'État providence. Créat ion d'une politique d'assurance sociale et de solidarité (lois de 1893 et 1905).

Forte implication des associations (apparues dès le XIXe siècle :1884 les pionniers de Rochdale, caisses de secours mutuel) qui jouent un rôle d'intermédiaires.

Mutualisation des risques par un système d'assurances. Revenus complémentaires.

Années 8o, création des Banques alimentaires et des Restos du Coeur.

Colis-repas, bons d'achats, tickets-services, remise de produits alimentaires. Épiceries sociales et solidaires

- 17 -

1.3 Le rôle de substitution du monde associatif dans l'aide alimentaire L'apport du monde associatif dans l'aide alimentaire est très important depuis le XIXe

1s

siècle. L'État redevient providentiel (les dépenses sociales dépassent les 20 % du PNB) , mais la pauvreté continue d'exister et les inégalités augmentent.

Les années i800 voient l'apparition de la société civile de Saint-Vincent de Paul (sous obédience Catholique) et de l'Armée du Salut (d'obédience Protestante, 1865) avec les premières soupes populaires gratuites. Ces deux associations caritatives entretiennent des relations étroites avec l'État (subventions, «87 % des soupes ont été délivrées contre des bons acquittés par des fonds publics en 1812 »). Mais ces secours pouvaient-être aussi d'initiatives municipales (Bordeaux / Nantes) avec les fourneaux économiques ou les soupes, servies en lien avec les associations locales.

La pauvreté existe toujours au XXe siècle, dans les années 8o, les évolutions technologiques ont permis d'utiliser les médias (radios, TV) pour communiquer avec la population et la mobiliser autour de grandes causes. Vont apparaître alors différentes

19

initiatives citoyennes comme les « Banques Alimentaires» (1984) et les célèbres « Restos du Coeur» (1985) portés et créés par Coluche, soutenues par une médiatisation qui perdure encore aujourd'hui.

A la fin des années 8o, le Secours catholique, l'Armée du Salut, la Croix-Rouge, la société de Saint-Vincent de Paul, participent à l'action alimentaire à côté d'autres actions complémentaire tandis que les Restos du coeur, les Banques alimentaires et le Secours Populaire (1945) n'interviennent que sur l'aide alimentaire. Les banques alimentaires (98 banques en France), jouent le rôle d'entrepôts d'approvisionnement pour plus de 5 000

20

associations et organismes sociaux adhérents (CCAS notamment) . Les Restos du coeur, la Croix-Rouge et le Secours Populaire disposent également de leur propre réseau.

18

RECMA N°279, De l'évergétisme antique aux restos du coeur, État et Associations dans l'histoire du secours alimentaire. ParAlain Clément, 2001, page 38.

19

http://www.ba nquea limentaire.org/sites/default/files/historique.pdf

20

http://www.banqueal imentaire.org/a rt icles/nos-resultats-et-comptes-2o12-oo72

- 18 -

Ces réseaux fonctionnement essentiellement sur le bénévolat (4841 bénévoles permanents en 2010 pour les Banques Alimentaires) mais aussi avec des aides financières et en nature. Ces aides financières proviennent surtout de l'aide Européenne, des dons et collectes auprès de l'industrie agroalimentaire, du secteur de la distribution (grandes surfaces) et des particuliers. Cette forme d'organisation qui hybride 3 formes d'économie : Marché, État et Réciprocité (EME/LAVILLE/POLANYI, XIXe siècle) est inclus dans ce que l'on appelle l'Économie Sociale et Solidaire. Cela confirme que ces organisations se substituent à l'Etat pour répondre à un besoin social peu ou mal satisfait.

Les politiques sociales montrent leurs limites indépendamment d'une situation de surplus agricoles. Le nombre de personnes en situation de pauvreté croît. Le monde associatif a un rôle à jouer dans la mise en oeuvre d'une aide alimentaire efficiente. Les associations caritatives vont alors endosser un rôle de substitution mais aussi d'intermédiaire entre les donateurs/producteurs et les receveurs.

1.4 Une économie plus solidaire pour une aide alimentaire plus efficace

Le terme « solidaire » de cette économie est apparu au XIXe siècle. LAVILLE insiste sur le caractère «politique» de l'Économie Solidaire précisant que le regain coopératif et associatif dès le XIXe siècle et la nouvelle forme de « coopérative sociale » sont apparus dans « les pays où les régimes d'État providence n'avaient pas ou peu sollicité les associations, parce que les services publics dominaient et parce que les associations étaient

21

limitées du point de vue de leurs activités économiques »

L'Économie Solidaire apporte différentes solutions à ces problèmes de société «que le service public n'arrivait pas â assumer» (LAVILLE, 2013). Trois notions socio-économiques importantes sont liées à cette économie alternative : la création de nouveaux services ou l'adaptation des services sociaux, l'insertion dans l'emploi des populations exclues du marché du travail et enfin la not ion de territoires prioritaires.

LAVILLE attache aussi beaucoup d'importance au caractère « réciprocitaire » de cette

21

L'économie solidaire, une perspective internationale Ed. Pluriel. 2013. Page 81

- 19 -

économie. Elle se caractérise par le « sens » qui lui est donné par les acteurs et favorise l'apparition d'actions de «socialisation ». C'est également l'objectif des Épiceries Solidaires à savoir la co-construction du projet individuel et collectif. Pour reprendre un terme de LAVILLE dans son ouvrage, « les services ainsi élaborés » comme les Épiceries Solidaires, peuvent être appelés « services de proximité ».

Tout comme l'aide alimentaire, l'économie solidaire est née dans un contexte socio-économique de crise financière. La diversité des initiatives solidaires tend à faire croire que rien ne peut unifier les pratiques. Mais si l'on regarde de plus près, on s'aperçoit qu'elles sont au contraire unies dans la diversité. Certes, il faut prendre en compte les disparités de territoire, conditions sociales et locales mais souvent, on retrouve souvent un intérêt particulier pour le «faire ensemble ». On peut alors parler de « contrat social» (LAVILLE, 2013) partagé par les différentes initiatives.

2. Evolution de l'aide alimentaire : une aide alimentaire institutionnalisée

Cette institutionnalisation se traduit par l'organisation en réseau de l'aide alimentaire. Deux réseaux principaux seront ainsi présentés.

2.1 La Fédération des Banques Alimentaires

Fondée le 11 octobre 1985, la FFBA a été inspiré des banques alimentaires américaines, les Foods Banks. Mais la particularité de ce réseau, c'est l'union de 5 importantes structures humanitaires (Secours Catholique, Emmaüs, Armée du Salut, Entraide d'Auteuil et l'Entraide protestante) suite à l'appel d'une religieuse, Soeur Cécile BIGO, lors d'un article intitulé «j'ai faim » paru dans le journal LA CROIX du 13 mars 1984.

Aujourd'hui, on compte encore 98 Banques Alimentaires en France dont les principes fondateurs sont : la lutte contre le gaspillage alimentaire, le partage, le don, la gratuité, le bénévolat et le mécénat. Il existe également des Banques Alimentaires dans 21 pays européens qui sont rassemblées dans une Fédération Européenne des Banques Alimentaires, la FEBA. La Fédération est également reconnue comme association de bienfaisance et donc habilitée à recevoir et distribuer l'aide alimentaire.

Dotées d'un fort réseau de bénévoles (environ 5 000 en 2012), les BA salarient également 400 personnes à l'année dont 5o % sont en insertion. Les journées de collecte nationale,

- 20 -

organisées chaque année au mois de novembre, peuvent mobiliser jusqu'à soo 000 bénévoles pour un résultat permettant de fournir plus de 25 millions de repas. Elles ont plusieurs fonctions permettant d'animer le réseau national : la collecte, la lutte contre le

22

gaspillage alimentaire (environ 52 000 tonnes récupérés en 2012 ), le tri et le stockage des denrées, la distribution, l'accompagnement des personnes et enfin la formation des bénévoles et adhérents.

Aujourd'hui, la FFBA ce sont 5 300 associations et organismes sociaux (CCAS et CIAS) qui distribuent soo 000 tonnes de denrées alimentaires, soit 890 000 personnes (1% de la population française) pour 200 millions de repas. Parmi les 5 300 organismes adhérents, 700 sont des épiceries sociales et solidaires. Certaines peuvent être également adhérentes de l'ANDES, leur permettant ainsi de développer leurs sources d'approvisionnement. Tout comme l'ANDES, la FFBA a élaboré une charte à laquelle chaque organisme qui adhère doit se plier. Elle comporte 4 parties, l'approvisionnement, la distribution, le fonctionnement et l'animation.

Plus localement, la BA des Bouches du Rhône, une des plus importante de France, a

23

distribué en 2013 plus de 3400 tonnes de produits soit une équivalence d'environ io millions d'euros de denrées. La BA 13 compte actuellement 8 salariés et 136 bénévoles permanents. La collecte nationale de 2013 a enregistré une baisse par rapport à 2012 avec 365 tonnes contre 400 en 2012. Ainsi, plus de 40 000 personnes ont pu bénéficier de l'aide alimentaire soit environ 7 millions de repas sur l'année.

2.2 L'ANDES

Aujourd'hui, d'après les chiffres de l'ANDES et des Banques Alimentaires Françaises, on compte un peu plus de 700 épiceries solidaires sur le territoire, 729 épiceries d'après les

24

chiffres officiels de l'État et du Ministère des Affaires Sociales et de la Santé .

Créée en 2000, l'ANDES a édité une charte qu'elle diffuse lors de chaque ouverture

22

23

24

http://www.banquealimentaire.org/articles/lutte-contre-le-gapillage-alimentaire-oo2o q

Assemblée Générale de la Banque Alimentaire des BdR du 29/04/13, dans les locaux de la BA13 à la Valentine http://www.social-sante.gouv.fr/actual ite-presse,42/breves, 2325/les-729-epiceries-sol idaires,1711o.html

d'épicerie qui souhaite adhérer. Depuis sa création, l'idée de l'ANDES est qu'une épicerie sociale ou solidaire doit redonner son sens à l'alimentation qui, dans notre société, est source de plaisir et de convivialité. Pour l'ANDES, une épicerie sociale ou solidaire a aussi plusieurs finalités. Elle permet de :

- Réduire la part de l'alimentaire dans le budget des ménages les plus précaires;

- Rompre avec la notion d'assistanat et participe à ce que la personne redevienne acteur de sa vie;

- Retrouver liberté et autonomie (ramener les personnes vers les mêmes pratiques que tout le monde en matière de courses alimentaires);

- Assurer un travail d'accompagnement et de sensibilisation (ateliers thématiques).

A ce jour, le réseau ANDES compte plus de 25o épiceries sur le territoire français (dont 19 dans les Bouches du Rhône) et il existe des épiceries un peu partout en Europe.

Le réseau a plusieurs missions : animation, formation, approvisionnement, développement d'outils de gestion et aide à la création.

Pour l'animation de son réseau, l'ANDES dispose de huit animateurs répartis dans plusieurs régions, permettant ainsi de couvrir la quasi-totalité du territoire français. Deux experts en création sont à disposition pour l'accompagnement des projets de création.

Le réseau propose également des formations gratuites sur plusieurs thèmes comme l'hygiène et la sécurité alimentaire, l'utilisation du logiciel de gestion Escarcelle, la cohésion d'équipe, etc. Il participe au développement d'outils de gestion tel que le logiciel Escarcelle, par le biais de la société Soft innov, qui permet entre autre de gérer les adhérents ou clients, le stock, les ventes, etc.

Deux dates clés sont à noter pour l'ANDES, 2010 et 2013. En 2010, l'ANDES a rejoint le Conseil National de l'Alimentation et en 2013, elle a été habilitée par l'État (soit par le Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt et Ministère des Affaires Sociales et de la Santé) comme structure nationale d'aide alimentaire et donc à recevoir des contributions publiques destinées à la mise en ouvre de l'aide alimentaire (cf. arrêté ministériel du 25 février 2013). Cette habilitation permet aussi à l'ANDES d'habiliter à son

- 22 -

tour les épiceries de droit privé, membres du réseau. Celles de droit public (CCAS ou CIAS) ne sont pas soumises aux mêmes réglementations.

2.3 Une institutionnalisation impulsée par des militants

Dans la continuité de l'institutionnalisation de l'aide alimentaire, deux «militants» que sont Jacques DELORS et Coluche, portent un projet d'aide alimentaire ambitieux à l'échelle européenne, celui du PEAD en 1987. Plan qui est toujours d'actualité et qui sera remplacé fin 2014 par le FEAD.

Le PEAD a été inclus dans la PAC pour que les excédents agricoles européens soient utilisés pour deux fins: lutter contre le gaspillage et aider à l'alimentation des populations les plus démunies. Sur la base de ce plan européen, il faut construire une organisation propre à chaque pays dans le respect des règles en vigueur, pour atteindre

25

les objectifs et ainsi répondre aux 84 millions d'européens touchés par la pauvreté

(Observatoire des inégalités, 2010). En 2012, l'enveloppe du PEAD était de 113,5 Millions d'euros répartis entre les 20 pays membres de l'UE, soit une diminution de 50o millions d'euros par rapport aux budgets précédents.

Les surplus agricoles se faisant plus rares, le programme a perduré grâce à des achats de matières premières et de produits auprès d'industriels sous forme d'appels d'offres émis par chaque Etat. L'aide alimentaire constitue ainsi un marché lucratif pour les industriels de l'agroalimentaire. Un certain nombre de pays européens dont l'Allemagne ont remis en quest ion ce programme bientôt remplacé par un nouveau fond européen.

Le cas de l'Allemagne est intéressant car il fonctionne sans faire appel à ce programme. Il est essentiellement basé sur la redistribution des excédents produits par la société (agriculture, grande distribution, magasins locaux, etc.) et géré majoritairement par les deux grandes associations caritatives catholique et protestante qui, à elles seules, représentent 6o% des associations du territoire allemand. On apprend dans un article

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publié sur le site Internet du journal L'EXPRESS que «Le fonctionnement de ces

25

http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

26

http://lexpa nsion.lexpress.fr/a ctua 1 ite-econom igue/a ide-a 1 i menta i re-1-a l le mag ne-n-a-t-e l le-pas-de-restos-d u-coeur_i400778.html

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organisations allemandes repose exclusivement sur des volontaires et les besoins financiers se limitent donc â la couverture de frais d'essence et de véhicule ainsi que d'achat de matériel de cuisine et de couverts ».

Il s'agit d'une particularité européenne qui fait évidemment débat en France et dans d'autres pays, accusant l'Allemagne de ne pas respecter la solidarité de la communauté européenne. Ce modèle Allemand d'aide alimentaire, pourrait être aussi une expérience enrichissante pour certains pays manquant de moyens financiers. Un modèle qui repose sur plusieurs principes : la lutte contre gaspillage alimentaire, la solidarité du grand public et sur une volonté nationale par le biais d'une politique sociale.

Néanmoins, l'article de l'Express, pourtant favorable à ce modèle, y apporte un bémol en indiquant que le taux de pauvreté en Allemagne reste important, 11% (chiffre

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approximatif car l'observatoire des inégalités qui publie les données d'Eurostat, affiche 9,6 %voire 16,1% en fonction du seuil de pauvreté retenu28).

Par conséquent, suivant la lecture que nous en avons, l'Allemagne serait en effet légèrement en dessous du taux de pauvreté européen (16,9 %, soit 84 millions de personnes, 2013) et laisserait penser que ce dispositif est assez efficace face à la crise.

3. Les évolutions du contexte européen : un nouveau programme de l'aide alimentaire

3.1 Un nouveau programme qui fait débat

Le programme 2007-2013 étant arrivé à son terme, il faut soit le proroger, soit le refondre. Pour rappel : le projet initial (1985) était de redistribuer les excédents agricoles européens. En 2014, les excédents ne sont plus suffisants pour pouvoir continuer à alimenter les organismes d'aide alimentaire comme les Banques Alimentaires ou l'ANDES.

27

http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

28

Ici, l'observatoire se base sur un seuil de 6o % du salaire médian Allemand.

-24-

Cela signifie la remise en question de toute une organisation en place depuis plus de 30 ans pour l'aide alimentaire et io ans pour les épiceries.

Depuis début 2014, un nouveau programme a pris la relève : le FEAD. Doté d'environ 3,8

29

Milliards d'Euros , ce fonds ne dépendra plus de la PAC mais de la cohésion sociale. Il

sera effectif sur le prochain programme européen 2014-2020. Il est pertinent de lier ceci à la «Stratégie 2020», également motivée par l'Europe depuis 2010, qui fixe certains objectifs dont celui de réduire de 20 millions, le nombre de personnes touchées par la pauvreté en Europe. Comme l'a proclamé Juan Manuel BARROSO, Président de la Commission Européenne, lors du lancement de cette Stratégie en 2010: « Dans un monde en mutation, l'Union doit devenir une économie intelligente, durable et inclusive. Ces trois priorités qui se renforcent mutuellement doivent aider l'Union et ses États membres â

31

assurer des niveaux élevés d'emploi, de productivité et de cohésion sociale » .

Ce nouveau fonds permettra à chaque État bénéficiaire, de réaliser un appel d'offre pour passer commande de produits spécialement destinés à l'aide alimentaire. En France, 7 des 11 associations nationales habilitées ont été agréées pour bénéficier des produis FEAD et les redistribuer aux structures d'aide alimentaire (juin 2013). Cette enveloppe est gérée par le biais d'un organisme public qui est FranceAgriMer, en charge de la gestion des fonds européens et nationaux comme le PNAA.

La gestion de ces aides prend différentes formes : les appels d'offres (Marché Public) et les aides financières directes. Les appels d'offres concernent 5o produits de bases (lait, beurre, pâtes, riz, etc.) et sont renouvelées chaque année.

3.2 L'émergence de dérives économiques

Ce nouveau plan induit également des dérives que l'on ne soupçonne pas au premier abord. Analysons-les.

29

http://ec.europa.eu/socia I/main.jsp?catld=îo89&langld=fr

30

Stratégie de coordination des politiques économiques de l'union européenne

31

http://ec.e uropa.e u/e uropezozo/i ndex_fr. htm

Une des dérives de ce nouveau fonds est la création directe d'un nouveau marché très lucratif pour les industriels de l'agroalimentaire. Ce sont des contrats importants qui sont à la clé et on retrouve de grands groupes comme DHUMEAUX (OVIMPEX), CELTIGEL (famille Le GRAET), CHARRIER, Paul Dischamp, etc. (annexes 5 et 6).

Une autre dérive, constituant la principale « nouveauté » de ce fonds est l'obligation de gratuité des produits issus du FEAD pour les bénéficiaires. L'Europe s'oppose à ce que les produits soient vendus par les structures qui délivrent de l'aide alimentaire. Cette mesure va à l'encontre du projet des épiceries solidaires qui est «de rompre avec la notion

32

d'assistanat» , comme l'indique le fondateur du réseau ANDES, Guillaume BAPST.

Les épiceries sociales et solidaires se défendent de cette « participation » demandée aux bénéficiaires par le fait qu'elle s'inscrit dans un souci de respect de la dignité et de l'autonomie des personnes. Elle constitue également une part des recettes non négligeable pour les budgets, souvent fragiles, des épiceries usant d'une forte hybridation de leurs ressources (subventions, mécénat, autofinancement, participation des usagers).

33

Ce nouvel amendement (n°COM-2o12-0617 du 12 juin 2013) a fait débat entre

associations caritatives mais a été adopté par le Parlement Européen le 24 Février 2014

34

(n° P7_TC1-COD-2o12-0295) . Il acte que l'Europe s'oppose à ce que les produits issus du FEAD soient « vendus » aux bénéficiaires par les structures délivrant l'aide alimentaire et quel que soit le fournisseur d'origine (réseau des Banques Alimentaires ou l'ANDES).

Les menaces que représente ce nouveau programme, peuvent être identifiées en quatre points :

- Gratuité des produits distribués aux bénéficiaires et réduction des recettes marchandes

- Remise en cause du fondement des épiceries basé sur la réciprocité dans l'échange

- Risque d'enfermement des bénéficiaires dans une logique « d'assistanat »

33

34

Compte-rendu exposé du 28/10/2009, Guillaume Bapst, La Solidarité en Libre Service, Les Amis de l'École de Paris page 3. http://www.europarLeuropa .eu/sides/getDoc.do?type=TA&refe rence=P7-TA-2o13-o2g7&language=FR&ring=A7-2013-oî83 http://www.europarl.europa .eu/sides/getDoc.do?type=TA&refe rence=P7-TA-2o14-oî24&la nguage=FR#t itle 2

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32

-26-

- Réduction des crédits pour les épiceries bénéficiaires et membres des réseaux FFBA (Fédération Française des Banques Alimentaires) et ANDES.

Grâce au travail sur la typologie des épiceries sociales et solidaires, on va pouvoir voir comment cela se traduit sur le terrain.

4. En 2014 : une aide alimentaire qui montre ses limites

Aux côtés des organismes publics comme FranceAgriMer ou les collectivités locales, les différents réseaux associatifs militants comme les Banques Alimentaires ou encore les Restos du coeur, s'organisent pour venir en aide aux plus démunis dans les conditions fixées par l'Europe.

En 1997, les restos du coeur ont distribué 59 millions de repas pour 575 000 bénéficiaires, les banques alimentaires 97 millions de repas ou colis pour 830 000 personnes.

En 2012, près de loo 000 tonnes de denrées alimentaires ont été distribuées par le réseau des Banques alimentaires, soit l'équivalent de 318 millions d'euros de denrées

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alimentaires pour plus de 800 000 personnes accompagnées .

Ces chiffres montrent à quel point l'ampleur de la tâche est difficile pour ces structures mais également que la demande non satisfaite reste grandissante.

Si les années 1996-97 sont actuellement celles où le taux de pauvreté a été le plus élevé

36 37

(14,5% de la population vivant sous le seuil de pauvreté) , en 2010, selon l'INSEE , 14,1% de Français vivent encore sous le seuil de la pauvreté. Plus localement, en PACA, le chiffre de 2010 est plus significatif puisque ce taux est de 16,3% (soit près de 8o5 500 personnes, en augmentation de o,6% par rapport à 2009). Des chiffres alarmant au vu des efforts fournis par toutes les structures.

Alain Clément, dans son article de 2001, explique que «l'existence de critères d'éligibilité plus sévères» peut poser les limites de ces modèles. De fait, en 2014, une personne qui

35

36

37

http://www. ba nquea l i menta i re.org/a rt icles/nos-resultats-et-comptes-2o12-oo72 http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg id=o&ref id=NATSOSo444 02 INSEE ETUDES PACA, Synthèse n°59, juillet 2013, www.insee.fr

 

souhaite avoir accès aux restos du coeur, doit remplir un dossier souvent complexe. Cela constitue un frein pour la personne peu ou prou avertie sur le sujet.

L'idée de réciprocité entre le donateur et le receveur apparu sous la Ille république fait son chemin et s'accentue de nos jours. Michel LEGROS explique que les politiques sociales d'aujourd'hui mettent «une pression forte sur les gens» et que pour lui «nous sommes passés de politiques d'insertion, à des politiques d'activation». Il confirme également que « la tendance, à l'heure actuelle, est de durcir les contreparties». La « socialisation » des individus est moins mise en avant dans les programmes politiques ou certaines init iat ives solidaires.

Comme le rappelle Michel LEGROS, «il faut balayer un mythe...qui est que l'aide alimentaire serait une réponse très ponctuelle à une situation de détresse voire de famine » et « l'histoire économique des relations entre l'alimentation et la pauvreté nous montre qu'il faut s'inscrire dans des cycles longs ». Les chiffres de l'INSEE montrent que l'évolution de la pauvreté s'appuie sur un « socle de pauvreté qui est à peu près stable depuis 25 ans ». En 2014, la pauvreté peut toucher n'importe qui, et comme précise Michel LEGROS on voit même apparaître une pauvreté qui touche des personnes âgées, mais «des «jeunes» personnes âgées ».

Suite à ces constats, l'aide alimentaire ne peut pas rester sur des bases anciennes. Elle doit trouver d'autres solutions d'organisations innovantes permettant la prise en compte des nouveaux facteurs qui prédisent un investissement sur le long terme dans le social.

5. Développement des épiceries sociales et solidaires

Avant de présenter et analyser le contexte de développement des ES, il est intéressant de se pencher sur la définition d'une épicerie sociale et épicerie solidaire.

Existe-t-il une définition officielle? En consultant les professionnels du social, la littérature et Internet, on s'aperçoit qu'il n'existe pas vraiment de définition précise de ces épiceries.

-2ô-

5.1 Tentative de définition d'une épicerie sociale et épicerie solidaire Seuls les réseaux d'aide alimentaire se prêtent au jeu pour définir le concept. On se

38

basera sur celle de l'ANDES : « Une épicerie sociale relève d'une municipalité ou une

communauté de communes, donc essentiellement financée par un CCAS ou CIAS. Les épiceries solidaires procèdent d'un regroupement d'individualités et d'associations : elles font appel à des financements croisés et ont une forme associative». Ces définitions soulèvent des questionnements quant à leurs justifications. En effet, ces définitions ne caractérisent pas précisément épicerie solidaire et épicerie sociale et n'indiquent pas comment les différencier.

On pourrait alors dire que les épiceries sociales ne relèvent pas de l'Economie Sociale et Solidaire mais plutôt du secteur public, contrairement aux épiceries solidaires qui dépendent du secteur associatif, donc de l'ESS. Les épiceries sociales et solidaires sont à la croisée des chemins entre régulation publique et autogestion.

Sur le terrain, grâce aux entretiens effectués avec des professionnels et «clients» des épiceries, on peut affirmer que les seules définitions existantes ne sont pas claires. Certaines épiceries gérées par des associations sont appelées «boutique sociale» ou «épicerie sociale» et le terme solidaire n'apparaît pas. En interrogeant les porteurs de projet, on s'aperçoit également que les approches sur les termes employés ne sont pas les mêmes.

Pour le Directeur de l'Epicerie Solidaire La Courte Echelle, François SANDOZ, basé à Saint Rémy de Provence, l'appellation «sociale» d'une épicerie s'oriente vers «l'assistance» des personnes, ou comme un « outil supplémentaire à l'assistance». Le terme solidaire serait alors « une question de moyens » de mise en oeuvre du projet.

Pour Mathieu GALAND, directeur de l'épicerie solidaire itinérante de St Maximin (Var), une épicerie solidaire est «solidaire» car elle développe plusieurs dimensions : «cogestion» et «participation». Elle a un rôle de «partage et de solidarité» entre les membres.

38

http://www.epiceries-solidaires.org/qu est ce qu une epicerie sociale ou sol ida ire.shtml

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La directrice de l'épicerie solidaire du Centre Social d'Endoume, Marie CELLIER, reprend les termes de partage et de solidarité pour définir une épicerie solidaire (ES). Elle précise également qu'une ES est à « la croisée des chemins entre le social et le solidaire » et que le système français veut que l'on «mette des termes sur des services», la définition peut être propre à chaque initiative ou projet. Mais ce qui ressort de son témoignage est que le terme solidaire prend tout son sens si le projet est bien de «travailler avec et pour les gens ». La solidarité prend le pas sur le social, et ce qui est important, c'est «la vie au sein du groupe ». L'épicerie fait bien « une action sociale mais pas de l'assistanat», la solidarité et le partage permettent la «remobilisation de l'individu».

Le regard des professionnels du social n'est pas très différent de celui des responsables des épiceries. Pour Ana'is Pappalardo, Conseillère en Economie Sociale et Familiale (CESF) au CCAS de St Lambert, dans le 7ème arrondissement de Marseille, une épicerie solidaire « ce n'est pas qu'un accès â une épicerie, cela engendre plusieurs choses derrière», c'est un « travail d'ensemble et un cheminement de la vie de la personne en difficulté », alors qu'une épicerie sociale serait «plus liée à l'urgence de la situation», voire de « répondre à un besoin social précis ». Pour l'assistante sociale de la CAF, Anne Haudiquet, en charge du 6ème et 7ème arrondissement de Marseille, la différence entre une épicerie solidaire et une épicerie sociale est qu'une épicerie solidaire comme celle du Centre Social d'Endoume permet de «travailler sur différents thèmes à la fois» comme sur « l'isolement, l'alimentaire, le conseil et le soutien » alors qu'une épicerie sociale serait plus « institutionnalisée » et serait plus dans « l'accompagnement des personnes en difficultés ».

Enfin, observons l'opinion des adhérents et clients d'une épicerie sociale et solidaire. Pour Sonia, adhérente de l'épicerie solidaire d'Endoume à Marseille, une épicerie solidaire est «moins stigmatisant» qu'un colis alimentaire. C'est un «lieu d'accueil» qui permet « d'échanger avec d'autres personnes», car pour elle « il y a l'alimentaire et puis ensuite le côté humain » qui est important. Elle ajoute, « c'est un endroit où on peut se poser, discuter, boire un café » et ça « c'est très important».

La tentative de définition de ces épiceries sociales et solidaires n'est pas simple.

Néanmoins, après ces témoignages, tous très riches, nous pourrions élaborer deux définitions:

EpicerieSociale: Espace d'aide alimentaire à destination des personnes en difficulté, en majorité géré par des organisations publiques comme un CCAS ou CIAS. Elles sont plus institutionnalisées et anciennes.

Epicerie Solidaire : Lieu d'accueil et d'accompagnement social dont l'entrée est l'aide alimentaire, majoritairement géré par des organisations privées non lucratives (association loi 1901, groupements). Plus récentes, ces épiceries développent un esprit alternatif.

5.2 Contexte et développement des épiceries sociales et solidaires

Trois motifs seraient à l'origine du développement des ES et en particuliers celles sous forme associative : le contexte social et économique difficile, les limites de l'État et le développement, depuis les années 1980, du courant « solidaire » de l'ESS.

Elles sont apparues vers la fin des années go avec une aide alimentaire en pleine mutation et un contexte économique et social complexe. Les premières épiceries sont portées par des organisations publiques telles que les CCAS. Quelques années après, des associations ou des groupements de personnes voulant offrir plus de solutions aux personnes dans le besoin vont également créer des épiceries solidaires.

C'est en 1996, dans la ville de Nièvre, que la première épicerie solidaire sous forme associative a vu le jour, initiée par Guillaume Bapts, Fondateur et Directeur de l'ANDES. Devant l'ampleur des demandes de conseils pour ouvrir une épicerie, il décide en 2000 de créer le réseau ANDES qui fédère en 2014, plus de 25o épiceries.

Elles sont en plein développement depuis plus de dix ans et leur répartition sur le territoire est vraiment très disparate. D'après la carte ci-dessous (image 1), on peut s'apercevoir que quelques régions comme l'Alsace-Lorraine, la Bretagne, le Massif central ou les Pyrénées-Atlantiques, sont dépourvus d'épiceries sociales et solidaires.

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Image 2.-- Carte des épiceries solidaires membre du réseau ANDES, en France (2o12)*

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*les couleurs des repères n'ont pas d'importance ici.

D'après les chiffres récents de l'ANDES (2012), la tendance est à la hausse au niveau du nombre d'épiceries adhérentes sous forme associat ive (67%) et il ressort que seulement

33 % sont gérées par des CCAS ou CIAS39 .

Cette nouvelle forme d'aide alimentaire prend donc de l'ampleur et d'après les chiffres officiels publiés en 2013 par les réseaux, on dénombre 700 ES adhérentes des Banques Alimentaires et plus de 25o pour le réseau ANDES.

Dans les Bouches du Rhône, on dénombre à la Banque Alimentaire environ 190 associations distribuant de l'aide alimentaire (la répartition entre association et/ou CCAS n'est pas précisée). Concernant l'ANDES, on compte 19 épiceries adhérentes au réseau dont 6 sont gérées pas un CCAS (soit un taux de 32 %, comparable au chiffre national).

Première spécificité rencontrée au cours du stage professionnel, celle d'une épicerie solidaire gérée par un centre social. La direction du «285» a ouvert un service « épicerie solidaire » en Janvier 2013. L'idée originale remonte à 2009 suite à un travail collectif avec les travailleurs sociaux du territoire. Un constat d'accroissement des demandes en matière d'appui social a été repéré par l'accueil du centre. Cette initiative liée au projet

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http://www.epiceries-solidaires.org/files//Rapport d act ivite_2012_VF.pdf

social du centre a fait l'objet d'une enquête diagnostic du quartier pour d'établir un constat des besoins d'une population locale peu ou pas satisfaits.

Les résultats ont montré que ce quartier, réputé pour être un territoire statistiquement favorisé, abrite également des personnes en situation de grande précarité (financière, sociale, immobilière, etc.). Les résultats, confortés et étayés par les référents sociaux, expriment un réel besoin d'accompagnement.

Il est à remarquer que l'aide alimentaire, sur Marseille et les Bouches du Rhône, reste très peu développée au vu des chiffres de la pauvreté. En effet, le taux de pauvreté sur les Bouches du Rhône est au-dessus de la moyenne nationale (14,1%) avec un taux de 17,7 % en 2010. Ce modèle d'épicerie développé par un centre social n'est pas commun. Il faut se rendre en Bretagne, dans le Gard ou en Picardie pour trouver d'autres exemples de ce type. Une rencontre imprévue lors du stage avec une chargée de mission de l'ANDES, nous a appris que Marseille comptera un deuxième projet similaire dans le 11ème arrondissement, à l'AEC des Escourt fines, titulaire d'un agrément Centre Social.

En sus de l'existant, depuis quelques années, apparaissent de nouvelles formes d'épiceries solidaires basant leur projet sur une consommation alternative qui intègre une aide alimentaire. Elle développe un modèle économique innovant et local qui permet d'avoir accès à des produits alimentaires à moindre coût. Ce modèle se base sur le «circuit-court», c'est à dire sur la proximité des produits vendus et la réduction des intermédiaires dans le circuit de distribution. Deux exemples fonctionnant avec une synergie forte entre les acteurs du territoire peuvent être cités sur la région, celui de «Solid'Arles» (Arles), une épicerie solidaire portée par un collectif d'associations et le CCAS, l'épicerie solidaire de la Courte Échelle (St Rémy en Provence) portée par une association du même nom.

Nous savons que les ES existent depuis plus de 20 ans et qu'elles continuent de se développer sous différentes formes.

Mais comment fonctionnent-elles vraiment ? Quelles sont leurs caractéristiques?

C'est ce que nous allons voir dans une seconde partie, présentant le cadrage théorique et l'analyse approfondie de leur fonct ionnement.

II. Cadrage théorique et fonctionnement des épiceries sociales et solidaires

Nous avons vu dans les parties précédentes que l'aide alimentaire existait depuis des siècles et qu'elle a fortement évolué depuis. Elle s'est institutionnalisée, mais montre également des signes d'insuffisance face à l'ampleur du nombre de personnes à secourir (plus de 14% de pauvreté en France et plus de 16% en Europe depuis 2011). Depuis quelques années, l'aide alimentaire est dans une nouvelle phase de développement, elle doit se réinventer pour continuer à exister et surtout innover pour s'adapter aux nouveaux besoins sociaux d'une population appauvrie par les crises économiques, financières et sociales à répétition.

L'objectif de cette partie est de tenter de caractériser les différents modèles économiques, les richesses humaines et les alliances qui s'appliquent aux organisations pour ensuite arriver à une grille d'analyse nécessaire à l'étude menée. Les approches théoriques mobilisées pour appréhender les épiceries seront les suivantes : l'entreprise sociale, l'hybridation des ressources, théorie des conventions et de l'acteur réseau, ESS, ressources humaines, « bénéfices col lect ifs ».

1. Cadrage théorique des épiceries sociales et solidaires

Un modèle économique permet d'étudier l'environnement et le fonctionnement d'une organisation. Qu'en est-il de celui d'une épicerie sociale ou solidaire? Les ES ne sont pas basées sur un seul modèle économique. Certaines vont avoir tendance à avoir une logique plus économique et s'orienter vers le modèle de l'entrepreneuriat social. Un modèle qui se positionne sur une posture marchande avec des activités commerciales mais dans le respect de la lucrativité limitée et en maintenant une finalité sociale.

1.1 Les épiceries : des organisations économiques aux multiples dimensions

Comme pour toute organisation, les épiceries doivent mobiliser plusieurs ressources pour mener à bien leur projet initial : des moyens humains, techniques, administratifs et financiers.

-34-

Pour VIENNEY (1994), une organisation est un «ensemble de comptes sociaux, interconnectés, avec des participants, fournissant des contributions et recevant des contreparties». Pour cela, l'organisation fonctionne selon un modèle économique qui constitue la structure des moyens dont elle dispose. Les épiceries sociales et solidaires étant majoritairement représentées par des associations (67% pour l'ANDES), nous orienterons le cadrage sur le modèle associatif. Un modèle qui d'après le rapport Lipietz de 1998 « entraîne des effets externes comme : du réseau, du lien et du capital social ». Ce modèle présente des approches différentes selon une orientation marchande ou non marchande au niveau des ressources, de la finalité et de l'activité.

Sur le marché « lieu de rencontre entre l'offre et la demande », il y a une logique de prix. Ce prix dépend des coûts de product ion et de la marge de l'entreprise.

Pour les ressources :

- Marchande : lorsqu'on couvre le coût de production par un prix.

- Non marchande : les biens et services sont mis à disposition des usagers en dehors du marché et leur financement n'est pas assuré par un prix. Son financement est alors composé d'autres ressources : fonds publics, dons ou cotisations d'usagers.

Pour la finalité :

- Marchande : finalité lucrative dans le but de rémunérer le capital généré

- Non marchande : la finalité n'est pas la recherche de lucre, ni de rémunération du capital et peut être sociale.

Pour l'activité :

- Marchande : lorsque le projet est d'ordre privatif

- Non marchande : quand le projet est d'intérêt général ou reconnu d'utilité publique

Les ES ont donc plusieurs dimensions économiques dont celle de l'entreprise sociale. Ce modèle qui s'oriente vers une dimension marchande, respecte tout de même le principe de lucrativité limitée en maintenant une finalité sociale. On peut donc supposer que des liens avec l'entreprise sociale sont présents. D'une manière générale, les ES font appel aux mêmes ressources qu'une entreprise, mais d'où vient ce modèle d'entreprise sociale ?

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1.2 La dimension de l'entrepreneuriat social

Les recherches montrent que l'entrepreneuriat trouve ses sources au début du XIXe siècle avec l'économiste SAY qui parle de nouvelles combinaisons de ressources dans une loi qui porte son nom, la loi SAY (1803). Par la suite, on trouvera également un grand investigateur de l'entrepreneuriat, SCHUMPETER (1950) qui considère « l'agent» comme un « acteur de changement». Pour lui «un entrepreneur est une personne qui veut et qui est

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capable de transformer une idée ou une invention en une innovation réussie» . On peut

citer également Peter DRUCKER (1985) qui parle d'innovation dans l'entrepreneuriat « un entrepreneur est à la recherche d'opportunité de changement». Plus récemment, dans les années 2000, par la loi du 28 juin 2001, un nouveau statut d'entreprise a été créé, dérivé de la loi des coopératives de 1947, celui de la SCIC.

Au niveau européen, l'émergence des entrepreneurs sociaux a permis des recherches sur ces organisations et le réseau EMES (International Research Network) propose une définition qui représente plus un «idéal-type» qu'une réelle définition normative. Cet idéal-type est basé sur trois dimensions : économique entrepreneuriale, sociale et gouvernance participative. Il a pour but de caractériser les différentes typologies existantes.

Pour le chercheur Patrick GIANFALDONI (2013) les entreprises sociales sont «des organisations privées n'ayant pas pour finalité le profit et fournissant des biens et services ayant pour but explicite de bénéficier à la communauté ».

Pour DRAPER! (2003), « l'entreprise sociale s'intègre bien dans l'économie sociale puisqu'elle répond à des besoins sociaux non satisfaits et fonctionne selon des principes

41

démocratiques » .

Ainsi, au cours des vingt dernières années, ces nouvelles formes d'économie sociale se sont étendues à de nouveaux secteurs dont les épiceries sociales et solidaires. Mais certains voient également en cette mutation, «un risque de hiérarchisation des défis sociaux à travers le prisme du marché» (DEFOURNY, NYSSENS, 2013) ou bien un

40

http://fr.wikipedia.org/wiki/Entrepreneuriat

41

RECMA n°288 page 66 : http://recma.org/sites/default/files/288_o48o66.pdf

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isomorphisme (Dl MAGGIO, POWELL 1983) qui consisterait à enraciner le concept d'entreprise sociale dans la tradition de l'ESS.

Voyons à présent les points communs qui rapprochent les ES d'une entreprise sociale à travers leur fonctionnement et leur organisat ion.

2. Fonctionnement et organisation des épiceries sociales et solidaires

Les travaux de VIENNEY (1980-82; 1994), par le biais du Triptyque « acteur=>règles=>organisat ion » qui porte son nom, permet d'avoir une approche nouvelle (différente de l'analyse néoclassique) sur l'économie sociale. En effet, après avoir choisi son statut juridique, l'organisation doit mettre en place des règles pour mener à bien son projet. La construction de ces règles passe par une continuité d'éléments : Organisation => ressources => activités (nature, degré) => objectif (celui-ci prime sur l'activité).

L'axe financier des ES doit prendre en compte des besoins: l'investissement et le financement de l'activité pour laquelle elle a été créée. Les investissements vont concerner l'immobilier, le matériel alors que le financement de l'activité recouvre les besoins pour réaliser le projet associatif, et le fonctionnement de l'association. Chacune de ces logiques s'appuie sur des leviers différents.

2.1 Une mixité des ressources

Concernant les ressources des ES, dans la majorité des cas on observe qu'elles respectent un des principes fondamentaux de l'ESS, à savoir celui de l'hybridation de trois formes d'économie et de ressources : le Marché, l'Etat et la Société Civile (ou Réciprocité).

On entend par « Marché », les ressources issues des clients. On le retrouvera surtout au sein des ES évoluant sous un schéma mixte d'accueil du public. D'après des chiffres de 2011 sur le secteur associatif, les ressources privées issues des ventes représentaient

42

environ 36 % de leur budget. Mais ce modèle de mixité du public reste marginal. On

compte très peu d'épiceries sociales et solidaires sous cette forme-là. Par exemple en PACA, on en dénombre seulement deux, à Arles et à St Rémy. On trouvera également le

42

Contribution à l'analyse des modèles socio-économiques associatifs. CPCA-Janvier 2014. page 6

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mécénat d'entreprise et les fondations, qui ne représentent que 4% des budgets des associations, en 2011, mais qui pourraient à l'avenir prendre une tout autre part, puisque les subventions publiques tendent à diminuer. Mais les fondations ou philanthropes accepteront-ils de s'y substituer?

On entend par « Etat », les ressources issues des subventions et des marchés publics que perçoivent les épiceries pour mener à bien leur projet. D'après les budgets étudiés, ce type de ressources représente en moyenne près de la moitié du financement des épiceries sociales et solidaires, et peuvent parfois atteindre jusqu'à go % du budget global.

De l'Europe aux communes, chaque intermédiaire territorial contribue au financement des projets en fonction de ses compétences et de ses priorités politiques. On observera une tendance forte aux financements publics dans une épicerie portée par un CCAS ou CIAS ou bien une association ayant un projet social fort. On pourrait alors parler de «délégation de service public» d'après Mathieu GALAND, directeur de l'association Garrigues et gérant d'une épicerie solidaire itinérante dans le Var (83).

Lorsqu'on observe les chiffres de l'étude sur les typologies des modèles économiques des associations, on y apprend en effet, que les commandes publiques ou marchés publics sont en forte progression sur les six dernières années au détriment des subventions. « Elles sont passés en 5 ans de 1/3 des financements publics à 50%», ce qui par conséquent signifie que les associations entrent dans un champ concurrentiel et sont de moins en moins financées sur leur projet associatif ou «mythe», comme l'appelle ROUSSEAU dans son ouvrage «Gérer et Militer». Comme le souligne ROUSSEAU, quand une association se développe, elle entre dans une vision de gestion (geste social) et perd souvent son sens associatif (mythe-tribu). C'est pour cela qu'elle doit sans cesse remettre en question son projet et créer des outils de gestion du sens.

Enfin, on entend par « Société Civile » ou « Réciprocité », « la relation établie entre des groupes ou personnes grâce à des prestations qui ne prennent sens que dans la volonté de manifester un lien social entre les parties prenantes » (LAVILLE, 2001). C'est un principe qui s'oppose à l'échange marchand. On y trouvera uniquement les cotisations des bénéficiaires des épiceries sociales et solidaires. D'après l'étude citée ci-dessus, en 2011, les cotisations représentaient 10,7% des revenus des associations. Pour les épiceries

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sociales et solidaires, il est difficile de faire un constat car la présence d'une cotisation est très aléatoire et souvent symbolique (entre 1 et 2 € maximum), ce qui ne permet pas de définir un pourcentage précis.

Dans ce contexte de diminution des subventions, certaines épiceries sociales et solidaires ont une démarche d'automatisation financière par la diversification des sources de revenus, notamment privées. Mais elles ne sont pas destinées à remplacer les financements publics, seulement à les compléter. L'hybridation des ressources devient alors « gage de pérennité » pour la structure.

2.2 Les richesses humaines : la coexistence de salariés et bénévoles aux tâches multiples

Souvent considérée comme la principale ressource d'une organisation, la structuration de la richesse humaine mobilisée au service du projet associatif est fondamentale pour comprendre le modèle de fonctionnement de l'organisation. En fonction de l'implication des bénévoles et salariés, le modèle économique d'une épicerie sociale ou solidaire ne s'organise pas de la même manière. Dans certains cas, la masse salariale sera le premier poste de charges, pouvant atteindre 6o% voire 8o% du budget (d'après une étude menée

43

par Le CPCA sur 150 structures).

Au sein des épiceries sociales et solidaires, on trouve des salariés qui ont en charge les tâches courantes ou des actes de gestion mais également des bénévoles qui peuvent venir en aide sur des tâches annexes ou bien amener leurs savoir-faire sur des actions ponctuelles d'acte de gestion (trésorerie, secrétariat, stock, etc.). De taille très hétérogène, les effectifs des épiceries peuvent aller de un salarié à une dizaine quant au bénévolat il dépasse parfois soixante-dix personnes.

2.2.1 «Au-delà de l'épicier », des métiers multiples

Rien ne semble différencier les épiceries sociales et solidaires, des épiceries classiques par la présence de denrées alimentaires, de produits d'hygiène, de rayonnages, d'un espace d'accueil et d'une caisse. Mais les particularités de ces épiceries, se situent dans le

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Site internet du CPCA, lien vers l'étude : http://lemouvementassociatif.org/actualite/articles/typologie-des-modeles-de-ressources-financieres

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regroupement de plusieurs métiers au sein d'un même lieu et la création de nouveaux espaces. Ceux-ci vont se traduire par un espace d'accueil caractérisé par la présence d'une table, de chaises, parfois une machine à café, des journaux, pour créer une ambiance « conviviale » d'échanges et de rencontre. On trouve assez souvent un coin enfants, un espace information et documentation ainsi qu'un espace social indépendant de la boutique consacré à l'accompagnement et au suivi du public accueilli.

Des ateliers thématiques sont proposés de façon régulière, animés par des intervenants extérieurs ou bien par des travailleurs sociaux (assistant(e) social(e), conseiller (ère) en ESF). Plus rarement, l'ensemble est complété par des services annexes tels que coiffeur, manucure, livraison à domicile, etc.

Les métiers rencontrés dans les ES sont :

- hôtesse de caisse et d'accueil

- responsable, coordinateur de l'épicerie

- assistant(e) social(e) ou conseiller (ère) en ESF.

Il est rare que les fonctions exercées par les salariés se limitent à la qualification mentionnée sur la fiche de paie. S'ajoute par moment un rôle d'accompagnateur social (échanges verbaux en caisse, accueil d'un public parfois difficile, animation de l'espace convivial).

Le salarié doit être capable de maîtriser plusieurs fonctions afin de répondre le mieux possible aux besoins des publics visés et assurer l'ensemble des tâches courantes. Ces tâches vont de l'accueil du public, mise en rayon des produits, gestion du stock, vente et gestion de caisse, gestion administrative, communication, aménagement, gestion du personnel et des bénévoles, veille tarifaire, animation et gestion des ateliers, élaboration des dossiers de subventions, jusqu'au lien avec la direction générale et/ou le conseil d'administration suivant la forme juridique.

Lorsque l'on ne connaît pas l'organisation de ces épiceries « pas comme les autres», on n'imagine pas, pour certaines d'entre elles, le travail social à accomplir en complément de celui des référents sociaux (accueil du public, accompagnement dans la démarche, conseil sur les produits et le budget, suivi du dossier, orientation vers d'autres structures, animation des d'ateliers, etc.). Ce travail est pris en charge par une équipe de salarié, qui

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souvent, ne présente pas un parcours professionnel adapté. Comme le souligne Guillaume BAPST « Le rôle des épiceries solidaires ne s'arrête pas â la vente de produits moins cher. Elles assurent aussi tout un travail d'accompagnement et de sensibilisation,

44

notamment à travers des ateliers de cuisine et d'éducation à la nutrition et à la santé » .

Il peut s'agir là d'un réel problème pour les épiceries sociales et solidaires, quant à la formation initiale des salariés. Un travailleur social sera-t-il mieux placé pour travailler dans une ES ?

A noter par ailleurs, que l'ANDES travaille depuis 2009 sur l'élaboration d'une formation diplômante permettant à des personnes de se spécialiser sur ce type de métier, appelé par l'ANDES «épicier solidaire ». Toujours selon Guillaume BAPST, il s'agit là d'une « particularité du métier» qui comporte trois dimensions : sociale, logistique et politique.

Les ES ont donc créé un nouveau métier, celui « d'épicier solidaire », non reconnu par un diplôme mais validé par l'expérience. Dans certains cas, les épiceries ont trouvé une autre solution : insérer une équipe de professionnels du social (AS et CESF) au sein de l'organisation. Ce sera le cas notamment d'épiceries sociales gérées par un CCAS ou CIAS mais aussi exceptionnellement par certaines associations ayant fait évoluer leur projet initial.

2.2.2 Des salariés aux parcours professionnels atypiques

Quand on se penche sur les profils rencontrés, on découvre que certains ont travaillé plusieurs années dans le commerce de proximité, les centres sociaux, le prêt-à-porter ou bien complètement à l'opposé, dans des domaines aussi variés que ceux de l'ingénierie, la banque ou l'enseignement. Ceci représente une richesse supplémentaire pour ces structures car, à y réfléchir, ce sont des mondes différents qui interfèrent entre eux.

45

En effet, comme le souligne la théorie des conventions (BOLTANSKI, THEVENOT, 1991), la coopération entre acteurs s'intéresse à des formes de coordinations qui ne sont pas forcément des contrats, des contraintes, mais qui reposent sur des principes communs

44

« La solidarité en libre-service» parGuillaume BAPST (exposé), Les amis de l'école de Paris du 28/05/2008, page 4.

45

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomies_de_la_grandeur

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qui s'inscrivent dans les relations sociales. Il ne suffit pas de mettre des gens ensemble pour qu'ils coopèrent, il faut alors trouver des personnes permettant et favorisant le maillage, des «traducteurs» selon la théorie de l'acteur réseau ou de la traduction de

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(CALLON/LATOUR, 2006) . Chaque acteur apporte sa spécificité, son expérience, ses compétences, sa vision du monde, sa mentalité, provoquant des interactions positives pour mener à bien le projet de l'épicerie et entrevoir d'autres solutions de développement.

Selon les principes de l'ESS, il arrive que le salarié ait une «double qualité» (DRAPER!, 2010), celle de salarié-acteur. Dans ce cas, il aura un lien de subordination avec sa direction mais également un statut de partie-prenante (Théorie des stakeholders, FREEMAN 1984) car il participe, dans la majorité des cas, à la co-construction du projet de l'épicerie.

2.2.3 Le bénévole, une dynamique indispensable

La place du bénévole n'est pas évidente dans cette organisation. Pourtant, dans certains cas, l'apport d'une équipe de bénévoles va être plus que primordial pour mener à bien le projet. On observe que les contrats de travail des salariés sont généralement des emplois aidés (environ 70 % des épiceries visitées) et souvent à temps partiels. Il n'est pas évident de réaliser l'ensemble des tâches qui leur sont confiées et la présence ou non de bénévoles peut s'avérer déterminante.

Si l'on s'intéresse au bénévolat, on constate dans un premier temps que travail et bénévolat sont en opposition. « Le bénévolat est hors travail, c'est un don de soi et il est basé sur la gratuité du travail réalisé » (B. GIRAUD, cours de sociologie du travail, 2014). Il n'en reste pas moins qu'il est très développé dans l'ESS. La majorité des produits et services sont essentiellement réalisés par des bénévoles. On estime qu'il y a en France près de 20 millions de bénévoles (étude menée par FRANCE BENEVOLAT, 2013), ce qui représenterait plus de 1 milliard d'heures par an. Cette étude montre également que 3 secteurs dominent dans l'engagement : le social, caritatif avec 31%, les loisirs avec 25

et le sport avec 23 %. La proximité et la variété des actions à mener seraient des raisons

46

http://fr.wikipedia.org/wikifTh%C3%A9orie de l'acteur-r%C3%A9seau

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qui justifient l'attractivité de ces trois secteurs. On retrouve, dans le secteur du social et caritatif les ES.

L'organisation d'une épicerie va bénéficier de l'apport des bénévoles sur plusieurs points. Tout d'abord, ils permettent de réaliser des tâches que le salarié ne peut pas réaliser, faute de temps, tels que le rangement du stock, l'étiquetage des produits, de petits travaux, des rangements divers, la décoration, etc. De même, lorsqu'on observe l'environnement externe d'une épicerie solidaire, on constate que ce sont là aussi souvent des bénévoles qui permettent l'approvisionnement en denrées alimentaires. En effet, les Banques Alimentaires, décrites dans la partie I, disposent d'un réseau important de bénévoles permettant de trier, stocker et distribuer les produits.

D'autre part, le bénévole va, dans certains cas, apporter son ou ses savoirs et savoir-faire au reste de l'équipe salariée et devient co-producteur du service. Le bénévole endosse alors une double qualité de «acteur-producteur» et devient essentiel à l'organisation des ES.

On peut également rajouter que cette richesse humaine est importante à valoriser économiquement pour les structures. Le bénévolat est en effet estimé à près de 40 milliards d'euros en France (étude le RAMEAU, 2014), le prendre en compte permet de faire reconnaître son importance et de présenter aux partenaires l'évaluation stricte des besoins pour réaliser les object ifs.

2.3 Une organisation du travail et des horaires très hétérogènes

Comme nous l'avons vu précédemment, les épiceries sociales et solidaires ont des particularités qui permettent de les différencier des épiceries classiques. Il en est une autre qui se situe au niveau de l'organisation du travail et des horaires d'ouverture au public.

Dans toute organisation, il y a à la base, un projet social qui implique un projet économique nécessitant des ressources humaines et financières (Régis GUILLEMETTE, cours sur la GPEC, 2014) et des horaires d'ouverture au public différents de ceux du personnel.

Dans les ES, un modèle type n'existe pas, chacune a sa propre organisation du travail. A ce propos, le poste de gestion des ressources humaines n'est pas à négliger.

On s'appuiera sur les travaux de PICHAULT et NIZET (1995), pour analyser plusieurs situations au sein des ES. Tout d'abord, on pourra observer une coordination du travail en «supervision directe» quand le responsable ou coordinateur de l'épicerie est en position de donner des consignes, des ordres et contrôle le travail effectué. Dans d'autres cas, on parlera d'un «ajustement mutuel» quand les échanges verbaux, les discussions entre les acteurs sont privilégiés.

De même, au niveau de la configuration de l'organisation, deux types prédominent, les «configurations entrepreneuriale et adhocratique » (PICHAULT et NIZET, 2000, p.48 tableau1).

Entrepreneuriale car la division du travail est généralement d'ordre verticale forte, les salariés sont séparés des concepteurs du travail avec souvent peu d'autonomie. La supervision directe est régulièrement employée et la qualification des salariés est souvent faible ou peu appropriée.

Adhocratique car dans certaines situations, la division du travail sera faible tant par la dimension verticale qu'horizontale. Les salariés effectuent un grand nombre de tâches diversifiées et conçoivent aussi le travail qu'ils exécutent. L'ajustement mutuel est régulièrement adopté pour concevoir et organiser le travail. Et on trouvera des salariés dont la qualification est plus élevée.

2.4 Horaires et accueil du public

Pour les horaires d'ouverture au public, deux cas de figures peuvent se rencontrer :

- Accueil du public en continu : l'épicerie va avoir des horaires proches de ceux d'une épicerie classique, à savoir l'ouverture sur la semaine et des horaires plus larges. Il y a donc peu de contraintes pour l'usager.

- Accueil du public discontinu: l'épicerie va ouvrir seulement quelques jours dans la semaine, parfois sur une demi-journée (exemple de l'épicerie d'Endoume : Mardi toute la journée et Jeudi après-midi) et les horaires sont fixes. L'usager doit se plier aux jours et heures d'ouverture pour venir faire ses courses. Il s'agit d'une contrainte pour certaines personnes éloignées du lieu, ayant des contraintes de travail ou de famille.

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On pourrait trouver paradoxal qu'une épicerie ne fonctionne que quelques jours par semaine, alors qu'elle a pour but d'accueillir un public pour des courses alimentaires. Ce modèle entraîne de fait la nécessité pour l'usager de s'approvisionner en grandes quantités avec le risque de dépasser parfois ses besoins réels et ses ressources. A cela s'ajoute aussi la difficulté du stockage adapté des denrées. Enfin, dans certains cas, cette organisation incite la personne bénéficiaire à solder le montant qui lui a été alloué dans un temps restreint, ce qui produit un effet pervers.

Pour les salariés, l'organisation est tout autre. L'accueil du public représente un des objectifs principaux de l'ES mais l'ensemble des tâches à accomplir pour permettre son accueil doit être réalisé dans le temps imparti. Pour cela, les différentes tâches seront réparties sur la semaine et en fonction du type de contrat des salariés. Bien souvent, on rencontre des temps partiels en CAE-CUI, ce qui complique la réalisation des tâches sur la semaine. De plus, les épiceries qui disposent de moins de 3 salariés, devront avoir une gestion du travail rigoureuse et sans l'apport d'un ou deux bénévoles, la charge de travail reste importante et difficile à assumer.

2.5 La fixation du prix ou de la «participation solidaire »

Pour fonctionner, une organisation doit avoir des ressources financières. Une de ces ressources provient du prix des biens et services vendus. Les épiceries sociales et solidaires mettent en place des politiques de prix leur permettant de couvrir une partie ou la totalité des charges. Les ES ont une particularité rappelée ici par Guillaume BAPST, qui « n'est pas dans le don pur et simple » comme nous pouvons le trouver dans d'autres formes d'aide alimentaire telles que les colis d'urgence ou les Restos du coeur, puisque « les utilisateurs doivent s'acquitter d'une participation » qui permet «de réduire leur sentiment de redevabilité ».

Au sein des ES on parlera rarement de prix ou de tarifs, mais plutôt de « participation solidaire» qui s'avère être parfois symbolique et une logique sociale est donc présente. «Le but des épiceries solidaires est de rompre avec la notion d'assistanat» souligne G. BAPST, et s'acquitter d'une participation ou d'un prix permet cela. De même, il est inscrit dans la charte de l'ANDES à l'article 4 (voir annexe 7) que «chaque adhérent se voit attribuer un montant d'achats en fonction de la composition de son foyer et s'acquitte d'une

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participation financière inférieure ou égale â 3o % de la valeur marchande des produits ». Ce qui signifie que l'ensemble des épiceries adhérant au réseau ANDES doivent respecter et appliquer ce principe. A ce propos, il arrive que des bénéficiaires ne puissent pas utiliser l'intégralité du montant auquel ils ont droit, faute de moyens financiers, en fin de mois par exemple ou parce qu'ils ont dû faire face à d'autres dépenses urgentes.

De nos jours, les denrées alimentaires essentielles à la santé sont de plus en chères. Dans un article paru dans le magazine LA SANTE DE L'HOMME, des études sur la consommation nous apprennent que dans le commerce classique, «la structure de prix

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des denrées alimentaires est plutôt défavorable â l'équilibre alimentaire » . Les fruits et légumes, les poissons, les viandes vont être plus onéreux que les produits salés, sucrés, gras nettement meilleurs marché. De fait, les ménages en difficulté, auront alors tendance à faire le choix des produits les moins coûteux, mettant au second plan les principes d'hygiène alimentaire et donc leur santé.

La santé à tout « prix »

En France, il existe un seuil critique pour se nourrir qui est actuellement évalué à 3,5 euros par jour et par personne. Les études menées sur le sujet insistent sur le fait que « le budget alimentaire des personnes pauvres est insuffisant pour se procurer une alimentation

48

équilibrée» (SANTE DE L'HOMME, 2009). En complément, l'étude Abena 2011-2012

menée sur « l'état nutritionnel des bénéficiaires de l'aide alimentaire » fait ressortir que l'état de santé des usagers de l'aide alimentaire est «préoccupant avec des prévalences des pathologies liées â la nutrition (obésité, hypertension artérielle, diabète, certains déficits vitaminiques) particulièrement élevées ».

Les épiceries sociales et solidaires vont alors mettre en place des solutions pour adapter les «prix» aux publics accueillis et leur permettre ainsi l'accès à des produits plus sains, répondant aux besoins alimentaires. C'est d'ailleurs un engagement inscrit dans la charte de l'ANDES à l'article 2 qui impose la « diversité des produits».

47

Manger équilibrer pour 3,5 euros parjour: un véritable défi, LA SANTE DE L'HOMME n°402, page3.3, 2009

48

http://www.inpes.sante.fr/30000/actus2oi3/oo9-abena2oii-2o1.2.asp (Partenariat scientifique et financier de l'INVS, l'ORS IdF, INPES et le Ministère de la Cohésion Sociale).

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Les « prix» s'établissent de deux manières :

- Par pourcentage : ce mode de calcul est généralement mis en place dans les épiceries dont l'accueil du public est non mixte (uniquement un public précaire). On trouvera un pourcentage du prix réel du produit inférieur ou égal à 30 %. Pour cela, une veille tarifaire est réalisée par le salarié en charge du stock. Dans certains cas, le calcul est le suivant : 10 % sur les produits secs, 20 % sur les fruits et légumes, viandes, poissons et 30 % sur les produits d'hygiène. La logique sera alors sociale.

- Par prix fixe: ce mode de fixation s'observera essentiellement au sein des ES développant un projet d'accueil du public mixte jumelé avec un modèle basé sur le circuit-court. On trouvera alors deux prix affichés, un prix dit « normal » et un prix dit «solidaire». Un coefficient solidaire est alors calculé pour permette un équilibre budgétaire (par exemple 1,55 pour le prix solidaire au lieu de 2 ou 3 pour le prix normal). Ce modèle s'inscrit dans une logique plus marchande.

2.6 Approvisionnement : une multitude de solutions alternatives

Pour approvisionner les rayons, les épiceries sociales et solidaires développent plusieurs stratégies. Il s'avère que cette tâche, primordiale pour le bon fonctionnement du lieu et l'atteinte des objectifs, constitue un pari au quotidien. Elle permet d'assurer au public, des produits de qualité en quantité suffisante.

On peut identifier jusqu'à quatre sources d'approvisionnement : les aides financières de l'État et des collectivités locales (PEAD, FEAD, PNAA), les invendus de la grande distribution, l'achat direct et enfin le « circuit-court ». Pour chacune de ces sources, cela relève de la mise en place, souvent à l'échelle locale, de partenariats «gagnant-gagnant », afin d'offrir des produits de qualité à des prix raisonnables pour le public tout en rémunérant au plus juste les producteurs et les salariés.

- Aides de l'Europe, de l'État et des collectivités locales (type ressource Etat)

Les surplus agricoles européens seraient désormais insuffisants, de ce fait, l'Europe et les États achètent des denrées alimentaires auprès de grands groupes de l'agroalimentaire, par le biais d'appels d'offres régis par le code des marchés publics (le PEAD représentait plus de 50o millions d'euros par an entre 2009 et 2013). En France, c'est l'organisme FranceAgriMer qui gère les aides européennes (environ 7o millions d'euros par an) et qui

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s'occupe de la gestion des appels d'offres (d'après leur service, 1/3 des produits provient

49

de l'Union Européenne, le restant provient de France) . Ces produits sont par la suite

so

confiés à de grands réseaux habilités tels que les Banques alimentaires, les Restos du

Coeur, le Secours Populaire, la Croix-Rouge et l'ANDES (depuis le mois de février 2013).

L'État français a décidé de compléter cette aide par différents plans nationaux tels que le PNAA depuis 2004, dont le budget est d'environ 8 millions d'euros destinés à l'achat de denrées alimentaires non couvertes par le PEAD. Depuis le premier trimestre 2014, le CNES, doté également d'une enveloppe d'environ 8 millions d'Euros, vient en complément, directement versé équitablement aux deux principaux réseaux, Banques Alimentaires et ANDES. Par la suite, ces réseaux mettent en place des systèmes de redistribution financière à leurs adhérents (un montant multiplié par le nombre d'adhérents actifs) qui sera destiné à l'achat de denrées alimentaires complémentaires. Enfin, les collectivités locales et territoriales (villes, départements, régions) contribuent également au financement des structures associatives. On peut parler de logique économique pour ce mode d'approvisionnement.

- Les invendus de la grande distribution (type de ressource Marché)

La lutte contre le gaspillage alimentaire est également une des forces du concept des ES.

s1

La FAO estime en 2011 que « Le tiers des aliments produits chaque année dans le monde

pour la consommation humaine, soit environ 1,3 milliard de tonnes, est perdu ou gaspillé », soit entre 95 et 115 kg par an et par consommateur. Compte-tenu des aides financières présentées ci-dessus, on peut se demander s'il n'est pas paradoxal de continuer à acheter et donc produire de la nourriture qui par ailleurs sera perdue ou gaspillée (cf. cas de l'Allemagne en partie 1).

Pour mettre en place ce type d'approvisionnement et ainsi lutter contre le gaspillage alimentaire, les ES doivent passer des partenariats locaux avec les grandes surfaces

49

Entretien téléphonique avec Monsieur DEHEN de FranceAgriMer, en charge de l'établissement des appels d'offres concernant l'aide alimentaire.

50

Chaque association caritative doit être habilitée par l'État pour recevoir les aides européennes

51

http://www.fao.orginews/storyfir/item/7433.2/icode/

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désireuses de participer à un projet à la fois solidaire et environnemental. Guillaume BAPST précise que « les entreprises privées fournissent énormément de denrées alimentaires â travers les « produits de dégagement », c'est â dire les produits d'épicerie qui n'ont pas été écoulés dans les délais prévus ».

En effet, la réglementation en vigueur (DGCCRF - Articles R.112-1 du Code de la 52

consommation ) précise que les emballages doivent indiquer deux types de dates: la

DLC (Date Limite de Consommation) et la DLUO (Date Limite d'Utilisation Optimale). De plus, les règles d'hygiène en vigueur et les règles propres aux grandes surfaces entraînent un surplus de perte et de gaspillage (les produits approchants la DLC sont

53

sortis du rayon, les fruits et légumes non conformes sont jetés). Une autre règle permet aux ES de proposer à leur public des produits à DLUO dépassée, sans risque pour la

54

santé .

Les grandes surfaces n'ont ni l'habitude, ni le temps de mettre de côté les invendus, « la casse » (emballages ouverts par exemple) pour les redistribuer autrement. C'est dans ce cadre-là qu'un partenariat entre une grande surface ou commerce de proximité et une ES pourrait être mis en place. Il s'agirait alors d'un accord « gagnant-gagnant » étant donné que cela réduirait considérablement les déchets pour le donateur et constituerait pour le bénéficiaire du don, de denrées alimentaires encore comestibles et gratuites.

On peut parler de logique sociale voire solidaire pour ce type d'approvisionnement. - L'achat direct (type de ressource Marché)

Il peut arriver qu'épicerie n'ait pas suffisamment de produits issus de l'aide alimentaire européenne ou des invendus des grandes surfaces. Elle est alors amenée à acheter directement les produits dans une grande surface ou un commerce de proximité. Ce sera notamment le cas des produits d'hygiène qui sont extrêmement rares voire inexistants

52

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArt icle=LEG IARTI000006292756&cidTexte=LEGITEXT000006069565&dateTex te=2o11o2o9&fastPos=1&fastRegld=1636262521&oldAct ion=rechCodeArt ide

53

http://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Publ icat ions/V ie-prat ique/Fiches-prat iques/Date-I imite-de-consommat ion-DLC-et-DLUO-

54

http://alimentation.gouv.fr/dateperemption

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dans les dons ou produits de l'aide européenne. L'achat de ces denrées et produits pourra alors se faire grâce aux financements des collectivités, au CNES ou encore par un partenariat avec une entreprise privée sous forme de chèques cadeaux ou d'enveloppe. On peut parler de logique économique dans ce mode d'approvisionnement.

Les épiceries ayant fait le choix de ne pas passer par l'aide alimentaire classique ou autres réseaux ressources, seront amenées à s'approvisionner directement auprès de fournisseurs ou producteurs locaux, à travers la mise en place d'un circuit-court.

- Circuit-court (type de ressource Marché)

De par leur rôle d'acteur économique fort sur le territoire, l'organisation de la production des épiceries sociales et solidaires peut s'apparenter à celle du circuit-court. Cela va au-delà des alliances avec les producteurs locaux puisque des échanges économiques sont contractés avec des acteurs de secteurs différents tels que la grande distribution, les producteurs locaux, les pouvoirs publics et des entreprises privées du territoire.

D'après le ministère de l'agriculture, les circuits-courts se définissent comme étant «un mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu'il n'y ait qu'un seul

ss

intermédiaire» .

Plus généralement, on peut qualifier le circuit-court comme étant un circuit de distribution dans lequel intervient au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

Les lectures montrent que « Les circuits-courts émergent de pratiques socio-économiques dont les implications relèvent des différentes dimensions du développement durable. Ils participent notamment d'un empowerment non seulement des producteurs, mais aussi de l'ensemble des partenaires territoriaux autour de la mobilisation en faveur d'une alimentation durable » (CHIFFOLEAU, PREVOST, 2012).

Sur le terrain, cela se traduit par des accords directs sur les prix avec les producteurs locaux afin de leur garantir une rémunération convenable et assurer la mission d'aide

SS

http://a I imentat ion.gouv.fr/circuit-court-internet

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alimentaire par des prix accessibles en épicerie. Aujourd'hui, l'implication des producteurs dans le pilotage du projet est une des conditions pour que la structure fonctionne bien. Les difficultés résident dans le choix des producteurs à cause de la méconnaissance du tissu agricole local et l'établissement d'une relation de confiance.

On peut donc parler de logique plus économique pour ce mode d'approvisionnement. 2.7 La production des épiceries, une source de «bénéfices collectifs »

Les actions menées par une épicerie sociale ou solidaire s'exercent sur un territoire précis qui peut être urbain, rural. Elles ont donc un impact direct sur l'activité économique du secteur. Les alliances passées entre les acteurs constituent à proprement parler une sorte de «contrat social» (J-L LAVILLE, 2006). Cela signifie que nous n'avons pas simplement une énième proposition de service ou assistance, mais bel et bien un nouvel outil de « vivre ensemble » offrant de nouvelles solutions et opportunités.

De plus, ces nouvelles modalités de conception des services sociaux à partir d'une « impulsion réciprocitaire » peuvent être intrinsèques (produits pour eux-mêmes) ou extrinsèque (conçues par eux pour d'autres acteurs). Dans les deux cas, la réciprocité va prendre en compte l'espace et le temps de chaque personne à laquelle le service est proposé. Par conséquent, comme le propose LAVILLE, on peut qualifier les épiceries sociales et solidaires de «services de proximité ».

Comme nous l'avons vu précédemment, les ES développent des «valeurs de partage et de solidarité». De même, elles créent des valeurs plus subjectives comme la reconnaissance, l'estime de soi et l'autonomie. Il y a également une création de « valeurs économiques» de la part des ES par l'instauration d'un «projet personnel» lors de l'accès à l'épicerie qui va permettre à la personne de réaliser une épargne. Cette épargne va essentiellement servir pour un projet d'insertion sociale : reprise du paiement d'un loyer, soins de santé, règlement d'une dette d'énergie, permis de conduire, etc. L'économie réalisée sur le budget alimentaire permet de réinjecter une autre valeur dans l'économie locale. Par exemple sur Endoume, l'épicerie solidaire a fait réaliser aux adhérents une épargne de plus de 12 000 € en 6 mois durant l'année 2013.

Le nombre de personnes soutenues et accompagnées est également une « bénéfice collectif» pour le territoire. L'aide alimentaire dans le département des Bouches-du-

-51-

Rhône, a permis de nourrir plus de 40 000 personnes soit environ 6,5 millions de repas (chiffres publiés par la BA13). Si l'on fait un focus sur deux épiceries, on constate par exemple que l'épicerie d'Endoume, qui agit essentiellement sur le 7ème arrondissement

56 57

de Marseille (qui compte 36 332 habitants) , a aidé près de 1274 personnes durant l'année 2013, soit près de 4% de la population locale. L'épicerie solidaire itinérante de l'association «Garrigues» à Saint Maximin, couvre par ses activités, plus de 30

58

communes du Var (Provence Verte et Haut Var Verdon, soit près de 124 000 habitants) .

Elle a permis à plus de 2 000 personnes de bénéficier des services sociaux qu'elle développe (épicerie solidaire, garage solidaire, ressourcerie, petits travaux, locations de véhicules) soit 2 % de la population des territoires couverts. Ces personnes peuvent alors retrouver un emploi, une formation, une vie sociale et familiale stable, etc.

Certains économistes, comme Jean GADREY qualifieraient ce type d'action comme étant un « bien quasi-collectif» tant sa contribution permet l'établissement de «bénéfices collecte». On peut également citer les travaux d'Alfred MARSHALL, économiste britannique et père fondateur de « l'économie néoclassique », sur les «externalités positives». Elles désignent des situations où un agent économique (ménage, entreprise, État) bénéficie de l'action des tiers sans contrepartie financière.

GADREY fait également ressortir trois types de bénéfices collectifs :

- la réduction des inégalités et de l'exclusion;

- le renforcement de la solidarité, du global au local, et la sociabilité;

- l'amélioration des conditions collectives du développement humain durable (dont font partie l'éducation, la santé, la culture, l'environnement et la démocratie).

Ce sont ainsi des coûts sociaux évités pour le territoire qui permettent la mise en place de solutions sociales à long terme pour les personnes aidées sur une période relativement courte.

56

http://www.a nnuaire-mairie.fr/mairie-marseil le-7e-arrond issement.html

57

58

Ce chiffre englobe le nombre total de personnes composant le foyer (adultes, enfants)

http://www.insee.fr/fr/insee regions/provence/themes/dossier/doso9/payspv.pdf, http://habitatcg83.over-blog.com/pages/Haut_Var Verdon-w44959.html

-52-

3. Le public des épiceries : différents profils et modes d'accès

Les épiceries sociales et solidaires ont vocation à accueillir ce que l'on appelle « un public ». Mais à y regarder de plus près, on s'aperçoit qu'il y a différentes approches au sein des ES. Certaines vont axer leur projet sur l'accueil d'un seul public, dit « précaire » et d'autres vont au contraire élargir leur projet pour accueillir un public dit «mixte» (précaire et non précaire).

De ce fait, le public va avoir plusieurs dénominations en fonction du projet choisi. Habituellement, une personne qui fait ses courses dans une épicerie classique est appelée «client»; au sein des épiceries sociales et solidaires, on utilisera plutôt des termes que l'on retrouve dans le domaine social comme «usager», «bénéficiaire» ou encore un terme proche du secteur associatif, « adhérent ».

3.1 Analyse des modalités de chacune des approches d'accueil

Intéressons-nous à une analyse plus sociologique du public « précaire » accueilli dans ces épiceries sociales et solidaires et arrêtons-nous brièvement sur la notion de « précarité ».

Souvent usité en sociologie, la « précarité » reste néanmoins une notion large avec une définition plutôt floue. Pour la sociologue, Mircea VULTUR, de l'Institut national de la recherche scientifique à Québec au Canada, il s'agit d'un «concept fantôme» qui est aujourd'hui « bien établi dans la rhétorique institutionnelle et médiatique, dans les représentations individuelles et collectives et dans les analyses sociologiques du monde du

59

travail » .

La définition du Haut Comité de la Santé Publique, empruntée au père Joseph WRESINSKI (fondateur du mouvement ATD QUART-MONDE, 1956), est plus normative : « La précarité est l'absence d'une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et familles d'assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits

59

http://sociologies.revues.org/3287

- 53 -

fondamentaux. L'insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des

6o

conséquences plus ou moins graves et définitives » .

Enfin, pour la DREES « Les situations de précarité renvoient tout autant à des difficultés d'intégration sociale (ou à des situations de rupture des liens sociaux) et/ou à des difficultés d'insertion professionnelle (ou à des situations de précarité professionnelle). Dans tous les cas, précarité sociale et professionnelle se traduisent par une précarité des conditions de vie caractérisée par un ensemble de difficultés pouvant se cumuler dans différents domaines

61

(emploi, logement, santé, etc.) » .

Ces trois définitions nous montrent qu'il est aussi difficile de proposer une définition précise de la précarité que de la pauvreté, comme nous l'avons vu précédemment.

Le public précaire accueilli dans les épiceries sociales et solidaires dépend du territoire et de la variété des prescripteurs sociaux.

On ne trouvera pas le même public suivant que le territoire est urbain ou rural. De même, chaque prescripteur social (CAF, CCAS, MDS, PACT, etc.) travaille avec un public différent (bénéficiaire du RSA, Chômeur, Handicapé, +6o ans, etc.). Le public sera distingué par

des dénominations spécifiques telles que : familles monoparentales, familles
nombreuses, travailleurs pauvres, personnes âgées, etc. Le sociologue Michel LEGROS apporte un éclairage particulier sur les personnes âgées dont les caractéristiques ont évolué. Il distingue deux typologies de personnes aidées :
«des gens très âgés,..., au minimum vieillesse, autour de 8o ans » et des personnes « nouvellement pauvres parce qu'elles sortent de 20 el 25 ans de passage dans des dispositifs...et avec des retraites très faibles» qu'il appelle des «jeunes» personnes âgées.

D'autre part, un autre phénomène prend de l'ampleur depuis plus de 20 ans, celui des «travailleurs pauvres» (TP), que l'on trouve parmi des «gens en situation de travail et dans des ménages dont les revenus globaux ne leur permettent pas de se situer au-dessus de la pauvreté ».

6o

http://www.irdes.fr/Publications/Rapports1996/rapii29.pdf-- Enquêtes sur la santé et les soins médicaux en France, 1991-1992

61

http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/serieetud8i.pdf-- La prise en charge des populations dites précaires dans les établissements de soins -- n°81, novembre 2008 - page 8

-54-

Toutes les épiceries ne disposent pas d'un logiciel permettant d'établir des chiffres précis

62

des compositions familiales ou des types de bénéficiaire, mais certaines d'entre-elles peuvent nous éclairer sur les publics qui les fréquentent. Pour compléter, on s'appuiera sur l'étude Abena 2011-2012 « alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l'aide alimentaire» qui présente, en page 3 de la synthèse, les «profils sociodémographiques» des populations fréquentant les structures de l'aide alimentaire. Cette étude confirme les chiffres et données étudiées sur le terrain.

En nous basant sur leurs rapports d'activité, on peut conclure qu'en grande majorité, les épiceries sociales et solidaires accueillent des personnes vivant seules à 8o %, et 40 % d'entre elles sont seules avec enfants. Au niveau des âges, une majorité se situe entre 26 et 59 ans et les 6o ans et plus ne représentent que 5 et 8 % (territoires urbain et rural confondus). Concernant les revenus, la majorité des personnes sont « bénéficiaires » du RSA à 6o %, les autres revenus étant très hétérogènes en fonction du territoire. On peut citer le cas de l'épicerie solidaire d'Endoume, située en zone urbaine, où les travailleurs pauvres ne représentent que 4% des personnes accueillies alors que sur St Maximin, zone plus rurale, le taux est de 16 %.

3.2 Les deux approches

3.2.1 Approche d'accueil orienté vers un public précaire

L'emploi des termes usager ou bénéficiaire est utilisé au sein des épiceries sociales et solidaires accueillant un public ciblé en situation de précarité. L'orientation s'effectue dans le cadre d'un engagement dans un «cursus personnel d'insertion sociale» par le biais d'un « projet d'épargne ». Même si le terme « bénéficiaires » ne fait pas l'unanimité au sein des épiceries, le public accueilli bénéficie bien d'un service social d'aide alimentaire. Dans certains cas, l'épicerie proposera à la personne d'adhérer au projet social, moyennant une adhésion symbolique comprise entre 1 et 2€. Il pourra participer à la vie démocratique de l'épicerie (comité d'usagers, animation d'ateliers, boite à idées, etc.) et ainsi endosser une double qualité d'« adhérent-usager » ou de «concepteur-acteur ».

62

Epicerie solidaire d'Endoume (rapport d'activité 2013) et Epicerie solidaire itinérante «Garrigues « (rapport d'activité 2012)

- 55 -

Concernant l'accès à ce type d'épicerie, on trouve encore plusieurs approches. Certaines vont développer une « commission d'attribution », d'autres vont se contenter du travail de repérage et d'orientation des prescripteurs sociaux. Dans ce schéma-là, la relation avec les travailleurs sociaux (TS) est souvent étroite et se traduit par la présence d'un TS à la commission, à des permanences, ou à l'animation d'ateliers.

Ces épiceries pourraient avoir en commun les « critères d'accès » généralement basés sur plusieurs points :

· la composition du foyer et son « reste à vivre » (RAV) : « Il s'agit du revenu diminué de la charge financière nette, rapporté au nombre d'unités de consommation du ménage. Il permet de mesurer le revenu par unité de consommation disponible pour les autres dépenses que celles liées au logement »

63

(source INSEE) . Seul le montant du « reste à vivre » peut varier d'une épicerie à l'autre mais en général on va retrouver un RAV compris entre 2 et 6 €. Plus rarement, certaines vont jusqu'à ouvrir un champ plus large en mettant un RAV de o à 15 € par jour et par personne, c'est le cas de l'ES! Garrigues à St Maximin.

· la zone de résidence: généralement située dans un rayon proche de celui de l'épicerie (quartier, commune, communauté de commune). Une épicerie sur Marseille (l'épicerie sociale du CASIM) a mis en place un système de livraison qui permet de toucher des communes environnantes comme Martigues (soit un rayon de plus de 40 km) de même que Saint-Maximin qui couvre plus de 3o communes du Var.

· le projet d'épargne ou «dynamique d'implication personnelle ». Il s'agit d'un projet qui peut avoir plusieurs natures : financière, sociale, familiale, sanitaire ou professionnelle. La différence que l'on peut trouver se situe au niveau de la durée d'accompagnement de ce projet. En moyenne, elle varie de 3 à 6 mois maximum renouvellement compris, mais peut atteindre plus de 12 mois pour permettre à l'usager de mener à bien son projet sans contrainte de temps. En règle générale,

63

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?regid=20&refid=3.6259&page=alapage/alap133/alap133 def.htm

la majorité des projets sont respectés et la personne peut retrouver une vie sociale « normale ».

Les caractéristiques de cette approche permettant de dessiner un type d'épicerie sont les suivantes : public précaire, projet social et critères d'accès « sociaux ».

3.2.2 Approche public mixte

Cette approche, plus similaire à une épicerie classique, est basée sur l'accueil d'un public mixte, jumelant le public précaire et non précaire. Une des richesses de cette approche et qu'elle permet le «tissage» de liens entre les usagers ou clients. Sous cette forme-là, on distinguera les clients, qui peuvent acheter l'ensemble des produits sans adhérer à l'épicerie, et les usagers/bénéficiaires qui peuvent adhérer. Mais contrairement aux ES dont l'accès est limité à un public précaire, les fonctions sociales seront moins développées. Par exemple, elles n'ont généralement pas de commission et les critères sociaux d'accès sont ceux définis par les prescripteurs sociaux eux-mêmes. La relation avec les prescripteurs et travailleurs sociaux est rarement développée et se limite parfois à une simple communication téléphonique ou à un courrier d'acceptation. La durée d'accès n'est pas limitée et laissée à l'appréciation du référent social de la personne accueillie.

Les caractéristiques de cette approche permettant de dessiner un type d'épicerie sont : le public mixte, des critères d'accès sociaux absents et une logique marchande.

On trouvera ci-dessous, un schéma de synthèse de l'organisation globale d'une épicerie sociale et solidaire (schéma 1). Pour respecter la spécificité de chacune, un schéma par épicerie est disponible (annexes de 8 à 13).

Schéma 1-- Schéma générique d'une épicerie sociale ou solidaire

de

Demand, ~Ast0004.

Conception outils de gestion (logiciels) Animation ateliers

Informations, documentations Financements (Appels d'offres) Formations

Orientation du public Animation d'ateliers Présence en commission

Rapport d'activité annuel

Réponses t des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Approvisionnement en produits

(ventes, dons)

Achats ou récupération des produits

Financement Réglementation Agrément Prêt de locaux

PRESCRIPTEURS SOCIAUX

- CCAS

- CAF

- MDS (Maison de la solidarité)

- CG 13

- Associations

Outil d'aide alimentaire

Investissement en logiciel de gestion

Formation des salariés Demande de subventions

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

Ventes de produits Services sociaux

FOURNISSEURS

- Banque alimentaire 13
-ANDES
- Invendus grandes surfaces
- Commerces (achats directs)
- Dons particuliers

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

- Europe

RTENAIRES RESSOURCES

ANDES

BA 13

Associations

Fondations

~eprises p

ées lucrative

PUBLICS

- Clients

- Adhérents

- Clients et adhérents

Nous venons de détailler l'évolution des épiceries sociales et solidaires et leur fonctionnement : du modèle économique au public accueilli en passant par la provenance des produits et les prix, cela nous a permis de mieux cerner ces épiceries «pas comme les autres» qui font de l'aide alimentaire leur clef d'entrée, avec ou sans services sociaux. Pour cela, des grilles d'analyse et d'entretien ont été mises en place pour étudier la typologie des épiceries.

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Ill. Présentation de la grille d'analyse

Afin d'observer les épiceries dans leur ensemble, permettre de répondre aux hypothèses de départ et d'établir des modèles, il faut mettre en place des critères d'observation et des indicateurs permettant de les valider. Dans le tableau ci-dessous (tableau 2), les critères sont définis par catégories de variables et justifiés par des variables et modalités sur le terrain. Deux points sont visés, un sur l'analyse du « public » et un deuxième sur « l'épicerie et son organisation ».

64

Cette grille a été élaborée grâce à l'analyse précédente et inspirée des travaux réalisés

par la CPCA (Conférence Permanente des Coordinations associatives) sur les modèles socio-économiques des associations, en janvier 2014, en partenariat avec de multiples structures d'accompagnement du monde associatif comme l'AVISE, ADEMA, France Active, Le Rameau, etc., ainsi que différents mémoires et thèses dont je me suis servi.

La grille d'analyse présentée ci-dessous (Tableau 2) permet de recueillir plusieurs informations :

Publics

- La qualité de l'utilisateur du service : Est-il simplement adhérent? Client de l'épicerie? Ou bien les deux?

- Joue-t-il un rôle dans la vie de l'épicerie et endosse-t-il par conséquent une double qualité ?

- Quel est le public visé ? Uniquement précaire ? Ou y-a-t-il une mixité dans les types de publics accueillis?

Epicerie et son organisation

- Les principales caractéristiques (date de création, forme juridique, territoire) :

La date de création permettra de voir l'ancienneté des différentes épiceries étudiées sur le territoire et de savoir si les plus récentes sont plus à même de s'adapter aux évolutions contextuel les.

64

http://www.avise.org/sites/default/files/atoms/files/2inei cpca contribut ionanalysemodelessocioecoasso.pdf

- 59 -

La forme juridique sera un indicateur permettant de confirmer ou non que la forme associative soit plus souvent présente sur le terrain.

Le territoire d'action de l'épicerie sera également important à prendre en compte car un territoire urbain n'offrira pas les mêmes perspectives qu'un territoire rural.

- Les partenariats (qualité du partenaire et motivation) :

Stratégique pour les épiceries sociales et solidaires, cette catégorie de variable permet de voir le comportement des ES en matière de partenariats ou d'alliances. Avec qui s'allient-el les ? Les pouvoirs publics ? Des organisations privées non lucratives ou lucratives ?

Quelles sont leur motivation première: Sociale? Pour le développement des services sociaux proposés. Economique ? Pour assurer la survie du projet. Ou bien politique ? Pour influencer le pouvoir et tenter de faire changer les mentalités.

- Les services rendus (types de services, mécanisme de fixation des prix des services, conditions d'accès aux services, critères de choix des produits) :

Cette catégorie de variable est essentielle pour répondre à la problématique. En effet, les variables qui seront observées ici concernent les services rendus au sein de l'épicerie. Elles permettront de qualifier les différentes typologies d'épiceries existantes sur le terrain par la mise en place ou non de ces types de services. Le projet de l'épicerie étudiée s'arrête-t-il à la vente de produits alimentaires ou est-il associé à une activité sociale ? Les prix émanent-ils d'un mécanisme tenant compte de critères économiques et sociaux ou bien sont-ils fixes? Existe-t-il des conditions d'accès pour bénéficier des épiceries sociales et solidaires ou est-ce en libre accès? Et enfin, y-a-t-il du choix dans les produits proposés ou bien la qualité et la variété sont-ils limités?

- Provenance des produits (type de fournisseurs, forme de transaction) :

Cette catégorie de variable étudie quel circuit économique met en place une épicerie pour s'approvisionner en denrées alimentaires et autres produits. Se limitent-elles à l'aide alimentaire classique (réseaux nationaux d'aide alimentaire comme ANDES et BANQUE ALIMENTAIRE), aux producteurs locaux, aux invendus des grandes et petites surfaces ou y-a-t-il une hybridation des fournisseurs ? Et sous quelle forme la transaction se présente-t-elle ? Par de l'achat direct, du don, voire les deux?

- Richesses humaines (nombre de salariés, de bénévoles, fonctions ou poste, formation des salariés et connaissance du projet) :

Comme nous l'avons vu précédemment, les richesses humaines sont une des principales ressources d'une organisation. Cette catégorie permettra de voir les différents effectifs au sein des épiceries et si elles travaillent avec un réseau de bénévoles plus ou moins important. Quelles sont les fonctions qui existent au sein d'une épicerie et qui fait quoi entre le salarié et le bénévole? La formation initiale du salarié est-elle liée à son activité? Et enfin, les salariés sont-ils tous conscients du projet dans lequel ils travail lent ?

- Ressources financières (origine et répartition) :

Principales ressources après les richesses humaines, les épiceries sociales et solidaires sont obligées de mener un combat au quotidien pour trouver des ressources financières leur permettant d'atteindre leurs objectifs. Mais quelle est l'origine de ces ressources? Sont-elles publiques, privées ou les deux (hybridation des ressources)? Sont-elles réparties de manière égale ou y-a-t-il une dominante publique ou privée? C'est ce que nous permettra de voir cette catégorie de variable.

Tableau 2 : Grille d'analyse d'une épicerie (ci-dessous)

- 61 -

PUBLICS

Variables

Modalités ou indicateurs

Qualité de l'utilisateur

Client et adhérent

 
 

Rôle de l'util isate urdans la
vie de l'épicerie

Participation

 

Public cible

Précaire

 
 
 

EPICERIE ET SON ORGANISATION

Catégories de variable

Variables

Modalités

Principales caractéristiques

Date de création

Récente (<10 ans)

 
 

CCAS/CIAS

 
 

Urbain

 

Projet initial

Ressources

Directeur, pouvoirs public, employé

 

Constat, rapport, commande

 

Sociale, économique

Partenariats

Qualité du partenaire

Pouvoirs publics

 
 
 
 

Sociale

 
 

Services rendus

Types de services

Produits alimentaires uniquement

 
 

Fixe (coefficient)

 
 

Adhésion obligatoire

 
 

Liberté et quantité illimité

 

Provenance des produits

Catégorie de
fournisseurs

Banque alimentaire, ANDES

 
 
 

Achats

 

Ressources humaines

Personnel

Nombre, CDD/CDI, Bénévoles

 

Responsable, Directeur ou coordinateur

 
 
 

Lien avec le social

 
 

Implication forte

 

Ressourcesfinanciëres

Origines

Publiques

 
 
 

Dominante publique

 
 
 

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IV. Présentation des résultats des recherches à partir des entretiens et observations

1. Les différents types d'épiceries sociales et solidaires

Cet exercice de typologie est un outil pour entrer dans une réflexion autour des épiceries sociales et solidaires. Elle peut les aider à se repérer dans leur écosystème afin de mieux identifier les différents leviers à actionner ou à modifier concernant leur modèle économique ou leur projet. En aucun cas il ne s'agit de jugement porté sur un projet, mais un résultat de recherche et d'observation se basant sur des théories économiques et sur un travail d'analyse.

On distingue trois types d'épiceries sur le territoire de recherche.

1.1 Epicerie de type A -- Logique «conviviale» ou «de partage »

Publics

Principalement tournée vers le ciblage d'un public précaire, les épiceries qui développent une « logique conviviale » mettent l'accent sur l'accueil du public. Convivialité, partage, solidarité sont les maîtres mots de ce type. La qualité de l'utilisateur est celle d'« adhérent » car il s'acquitte d'une adhésion annuelle symbolique comprise entre 1 et 2 €, lui permettant d'accéder aux différents services. Le rôle de l'usager dans la vie de l'épicerie est primordial et une participation active est souvent observée. La présence d'une boite à idées, de moments d'échanges verbaux en caisse ou d'un espace convivial aménagé montre un intérêt pour la co-construction du projet. Généralement situé à l'entrée de l'épicerie, cet espace de convivialité est le «pilier» du projet, pour reprendre l'expression de Mathieu Galland, Directeur de l'épicerie solidaire itinérante «Garrigues ».

La principale caractéristique de ce type est la participation du public.

« Sur chaque lieu de passage, un coin convivial est prévu pour les ateliers et autres services »

Directeur de l'épicerie solidaire itinérante de St Maximin.

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L'épicerie et son organisation Caractéristiques principales :

Les épiceries sont récentes, moins de io ans d'ancienneté et la forme associative est majoritaire, cependant on observe un cas sous forme de CCAS. La plupart sont situées dans un environnement urbain mais on observe que l'une d'entre-elles est dans un environnement « autre », avec une dominante rurale.

Directeur de l'épicerie solidaire itinérante à St Maximin

Ill« II y a dix ans, il y avait peu de solutions innovantes autres que les colis alimentaires»

Partenariats :

Les partenaires sont plutôt à dominante publique mais il existe également des alliances avec des organisations privées non lucratives. Les motivations liées à ces partenariats sont diverses : économique, sociale et politique.

Économique pour les demandes de financement auprès des pouvoirs publics et organisat ions privées non lucrat ives et lucrat ives (fondations, entreprises).

Sociale avec des organisations privées non lucratives pour les animations d'ateliers, pour la prescription du public et l'appui social.

Politique pour faire valoir et défendre le projet ou alerter sur des faits en lien avec l'aide alimentaire, le cas échéant, influencer les décisions des pouvoirs publics. On peut également qualifier ce rôle de « lobbyiste » par son engagement.

« Des liens étaient déjà tissés vu que le centre social existe depuis 40 ans »

Responsable de l'épicerie solidaire d'Endoume

Services rendus :

Le type de service rendu observable dans ces épiceries est la vente de produits associés à une activité sociale forte ponctuée par une convivialité du lieu. Le service « convivialité » mis en place est à la base du projet. Créer un cadre agréable et permettre à la personne

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de ne pas se limiter à l'acte d'achat s'avère être une particularité de ces épiceries. Cela permet de rompre la sensation d'isolement chez les usagers, en majorité des personnes vivant seules.

On peut donc trouver au niveau de l'entrée de ces épiceries, une table avec des chaises, du café et/ou du thé à disposition, un espace enfants, des journaux, pour que l'usager se sente bien, prenne son temps et retisse du lien avec d'autres personnes.

Les ateliers thématiques sont fortement développés et sur différents thèmes, grâce notamment au réseau de professionnels qui entourent l'épicerie.

Certaines d'entre elles développent des partenariats externes avec d'autres structures ou développent elles-mêmes des activités dans le but d'orienter à son tour le public. On peut citer: « Emmaüs Connect » (facilitateur en communication), un garage solidaire, une plateforme multiservices, une plateforme d'aide à la mobilité, « Lire c'est partir» (mise à disposition et vente de livres à moindre coût).

Le mécanisme de fixation des prix se traduit par un pourcentage compris entre io et 30 %, appliqué au prix réel du marché, calculé en fonction du quotient familial.

Les conditions d'accès sont encadrées par des critères précis : le « reste à vivre », le territoire, le projet économique et la durée. Il y a généralement la présence d'une « commission » pour l'attribution des dossiers présentés par les prescripteurs sociaux, dans laquelle siègent généralement des représentants des organisations sociales (CAF, MDS, CCAS, etc.) et le ou la directrice de l'épicerie.

Enfin, on trouvera une grande diversité de produits (fruits et légumes, produits secs, frais, hygiène, maison), parfois jusqu'à 30o références de produits différents, offrant la liberté de choix. Les équipes surveillent l'approvisionnement ce qui permet à chacun de trouver ce dont il a besoin.

« C'est un lieu d'accueil...non stigmatisant...on peut se poser, discuter, il y a les ateliers...on rencontre des personnes qui comprennent notre situation et des personnes dans la même situation »

Une adhérente de l'épicerie solidaire d'Endoume

« L'espace convivial est un plus dans les épiceries...cela permet de lutter contre l'isolement, apporte du conseil, un soutien et une aide alimentaire »

Assistante sociale de la CAF des BDR

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Provenance des produits :

Majoritairement affiliées à un réseau d'aide alimentaire comme l'ANDES ou Banques Alimentaires (13 ou 83), ces épiceries mettent en place une «hybridation des fournisseurs». En plus du circuit classique de l'aide alimentaire, ces épiceries vont également acheter certains produits manquants en direct dans les grandes surfaces mais aussi développer des partenariats avec des producteurs locaux. A cela s'ajoutent la récupération des invendus des commerces de proximité et les dons alimentaires directs qui ne représentent pour le moment qu'une partie infime des ressources en denrées alimentaires.

Richesses humaines :

Ces épiceries ont un nombre de salariés variant entre 2 et 10 et dispose d'un réseau de bénévoles pouvant atteindre 7o personnes. Les principales fonctions rencontrées sont : un/une responsable, agent de caisse ou d'accueil, et parfois des travailleurs sociaux sont intégrés à l'épicerie, notamment pour les épiceries de plus grande taille.

La présence d'un directeur ou coordinateur permet une meilleure autonomie dans les prises de décisions, rapportées par la suite à la direction générale ou au Conseil d'Administration.

Concernant l'expérience des salariés, en majorité ce sont des personnes qui ont une expérience dans le social et qui ont une forte connaissance du projet développé.

Ressources financières :

Il y a une hybridation des ressources financières. C'est à dire que des financements publics se mêlent à des financements privés. Cependant, il y a une dominante publique c'est à dire une forte dépendance aux subventions publiques.

Bilan synthétique

 

Principaux points forts

- effort sur l'accueil du public

- capacité à fédérer un réseau de partenaires - variété et liberté de choix des produits - externalités positives

Principaux points faibles

- dominante ressources financières publiques

Dépendance spécifique

- dépendance aux subventions

 

- 66 -

1.2 Les épiceries de type B -- Logique sociale

Publics

Ces épiceries ciblent uniquement un public précaire dont le rôle est moins important que dans les épiceries de type A c'est à dire que le public sera plus passif que dans le modèle précédent où il est «acteur». Sa participation se limite à l'acte d'achat et à des échanges verbaux en caisse. Le projet porte essentiellement sur l'aide alimentaire.

La qualité de l'utilisateur du service est celle d'« adhérent » car il doit s'acquitter d'une adhésion comprise en 1 et 2 €.

Employé de l'épicerie sociale du CASIM

Ill« C'est un lieu ouvert à tous qui permet de dépanner les gens quand ils en ont besoin »

Epicerie et son organisation Principales caractéristiques :

Relativement ancienne, ces épiceries ont en majorité une forme associative et se situent sur un territoire urbain.

Partenariats :

La qualité du partenaire qui prédomine dans cette typologie est représentée par les pouvoirs publics. Il existe également des partenariats avec des organisations privées non lucratives comme des associations ou fondations.

Les motivations seront plutôt d'ordre social et économique. La notion politique sera moins forte dans cette logique-là. La motivation économique interviendra surtout avec les pouvoirs publics, dans le but d'obtenir et de maintenir des financements pour l'activité, le fonctionnement et l'investissement. La motivation sociale sera surtout développée avec des organisations privées pour garantir une qualité de service au public (qualité des produits et des activités sociales dont les ateliers).

Services rendus :

Le type de service rendu observable dans ces épiceries est la vente de produits associés à une activité sociale. L'activité sociale se traduit par l'existence d'ateliers sur des

- 67 -

thématiques précises telles que : cuisine, loto ou budget. Certaines épiceries développent également des services annexes comme salon de coiffure ou service de manucure. L'aide alimentaire reste le principal service au sein de ces épiceries.

Le mécanisme de fixation des prix est semblable à celui des épiceries de type A, à savoir un pourcentage sur le prix réel du produit calculé en fonction du quotient familial de l'usager.

Les conditions d'accès aux services sont généralement laissées à l'appréciation des travailleurs sociaux. Ils peuvent être rattachés à la structure dont dépend l'épicerie, ou bien par des travailleurs sociaux externes. La présence d'une commission d'attribution n'est pas généralisée.

La variété et la liberté de choix des produits sont limitées. Des quantités maxima de produits sont instaurées par usager pour que tout le monde puisse en profiter.

Le faible développement de partenaires (limitation aux circuits de l'aide alimentaire classique) pour l'approvisionnement ne permet pas la diversité des produits qui restent néanmoins de bonne qualité.

« Le coin convivial est à l'état de projet depuis longtemps...mais pas encore en place »

Employé de l'épicerie sociale du CASIM

Provenance des produits :

Ces épiceries fonctionnent avec le circuit classique de l'aide alimentaire, à savoir par le biais de la BA13 et de l'ANDES. Des dons modestes de grandes surfaces viennent ensuite. Les formes de transactions comme la récupération d'invendus ou le partenariat avec les producteurs locaux ne sont pas d'actualité pour le moment. Seul l'achat direct et les dons sont présents dans ces épiceries. On trouvera des produits essentiels comme les fruits et légumes, les produits secs, les produits d'hygiène puis les produits frais et surgelés, soit en moyenne une centaine de références de produits.

Richesses humaines :

Le nombre de salariés rencontré ne dépasse pas les trois personnes. En revanche, concernant le bénévolat, cela peut aller au-delà de dix personnes (en l'occurrence, cela

concerne une association d'envergure nationale où le bénévolat est très développé, la Croix-Rouge).

Les fonctions rencontrées dans ces épiceries sont essentiellement celles d'agents de caisse ou d'accueil, salariés ou bénévoles, elles sont souvent très hiérarchisées.

Le responsable ou coordinateur est rarement sur les lieux et reste le plus souvent au siège de la structure. Les personnes sur le terrain sont des opérationnels et les décisions sont prises par la direction, à distance. Dans certains cas, les salariés ne sont pas conviés aux réunions de prises de décision, ni associés à l'organisation. De la même manière que les usagers, il y a peu de participation.

Au niveau de l'expérience des salariés et des bénévoles, c'est très hétérogène. Des salariés viennent du monde du commerce, et d'autres sont issus de milieux associatifs. Leur connaissance du projet est parfois limitée à la vente des produits et à l'accueil du public. Le manque de formation peut s'avérer parfois problématique suivant le public rencontré.

« Je suis une simple employée »

Clara Ghez, de l'épicerie sociale du CASIM

Ressources financières :

Il existe une hybridation des ressources financières, avec une dominante publique, soit une forte dépendance aux pouvoirs publics.

Bilan synthétique

 

Principaux points forts

- suivi social

- expérience et ancienneté - lien au territoire

Principaux points faibles

- dominante ressources financières publiques - faible implication des salariés - faible implication des usagers

Dépendance spécifique

- dépendance aux subventions

 

1.3 Les épiceries de type C -- Logique marchande ou « élitiste »

Public

Ce type d'épicerie a la particularité de ne pas cibler de public en particulier. Il y a donc une mixité du public au sein de ces épiceries avec un public précaire à plus haut revenu. Le public précaire rencontre un public non précaire au sein d'un même lieu et endosse la double qualité d'adhérent-client. Il est adhérent car il adhère au projet de l'épicerie en contrepartie d'une adhésion de 1€ en moyenne; il est client car il effectue ses courses comme dans une épicerie classique. Seule une carte d'adhérent va le distinguer lors du passage en caisse. Le rôle de l'utilisateur ne sera pas développé au sein de ces épiceries observées parce qu'il a une participation quasi-nulle.

« Soutien à l'agriculture locale et accès aux fruits et légumes pour la population locale en difficulté »

Directeur de l'épicerie solidaire « La Courte Echel le »

Epicerie et son organisation Caractéristiques principales :

De création récente, elles ont pour la plupart une forme juridique associative et se situe sur un territoire rural.

« Lors d'un conseil municipal en 2009, le choix de la Mairie a été de déléguer le portage du projet à une association locale »

Directeur de l'épicerie solidaire « La Courte Echel le

Partenariats :

Dans ce type d'épicerie, les partenariats vont être assez peu développés. La qualité du partenaire la plus représentée est celle d'organisations privées lucratives comme les producteurs locaux ou entreprises locales, notamment pour l'approvisionnement. Ici les motivations seront d'ordre économique et politique.

Économique car le projet consiste à développer un circuit-court des produits proposés à la vente et à dégager des bénéfices

Politique car les partenariats liés à l'aide alimentaire permettent une sensibilisation de la population et des collectivités.

Services rendus :

Le type de service rendu observable dans ces épiceries est la vente de produits alimentaires uniquement. L'activité sociale est quasi inexistante, se limitant à l'accès à des produits alimentaires de très bonne qualité à moindre coût.

Le mécanisme de fixation des prix se fait sur le modèle des épiceries classiques, soit par un coefficient applicable sur le prix d'achat du produit constituant ainsi une marge commerciale. L'usager aura donc un prix fixe à payer, quelle que soit sa situation.

Les conditions d'accès ne sont pas encadrées par des critères propres à l'épicerie mais par des critères propres aux travailleurs sociaux avec qui elles sont en lien, c'est à dire en majorité le CCAS de la commune puis le Conseil Général, la Maison de la solidarité ainsi que quelques entreprises.

Une simple fiche de liaison permet l'accès au «tarif préférentiel » pour une durée de 12 mois renouvelable sur l'avis du travailleur social.

La variété des produits proposés est limitée mais présente une qualité supérieure par le caractère local de la production parfois labellisée «bio». On trouvera des fruits et légumes en quantité, des produits secs, des produits frais mais peu ou pas de produits d'hygiène.

« Nous ne sommes pas un lieu d'accueil »

Directeur de l'épicerie « La Courte Echelle»

Provenance des produits :

Contrairement aux types A et B, les épiceries de type C ne passent pas par la voie classique de l'aide alimentaire. Les partenariats avec la Banque Alimentaire ou l'ANDES seront peu ou pas développés. Les types de fournisseurs sont essentiellement des producteurs et agriculteurs locaux. Les transactions se limiteront à l'achat des produits.

-71-

Le « glanage »65 ou la récupération d'invendus ne sont pas développés au sein de ces épiceries pour le moment.

Richesses humaines :

Entre 2 et 4 salariés, ces épiceries ne souhaitent pas faire intervenir un réseau de bénévoles aux côtés des salariés, cependant quelques-uns interviennent dans la gestion comme la trésorerie ou l'administratif. Les fonctions rencontrées au sein de ces épiceries sont celles de directeur ou coordinateur, agents de caisses ou d'accueil.

L'expérience des salariés n'est pas en lien avec le social et leur connaissance du projet reste faible.

« Les vendeuses créent un cadre convivial selon leur bon vouloir...il y a une recherche de ne pas stigmatiser les gens qui viennent acheter »,

i

« les salariés sont informés mais pas sensibilisés car eux-mêmes sont parfois dans un cursus d'insertion »

Directeur de l'épicerie solidaire « La Courte Echelle»

Ressources financières :

Il existe une hybridation des ressources avec une dominante pour les ressources privées. La participation des usagers et les encaissements clients représentent, en effet, la majorité des recettes de l'épicerie. Les subventions publiques ne représentent qu'une partie infime du budget.

Bilan synthétique

 

Principaux points forts

- qualité des produits

- innovation sociale et économique

- mixité du public et lieu non stigmatisant - autofinancement

Principaux points faibles

- activité sociale inexistante - gouvernance associative - réseau de partenaires

Dépendance spécifique

- clients

 

65

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gla nage

2. Synthèse des types

Chacun des types d'épiceries répond à des logiques différentes et mobilise des pratiques de terrain très différentes. Voir tableau 3 ci-dessous.

Chaque épicerie s'organise autour de « dominantes », c'est à dire des axes sur lesquels la répartition des ressources ou des pratiques est la plus forte.

Après analyse, le choix méthodologique a porté sur la caractérisation de la «logique» développée au sein de l'épicerie. En effet, comme pour toute organisation, il est nécessaire que les pratiques soient en adéquation avec le projet développé, le statut juridique ou la dénomination ne suffisant pas.

L'identification à un modèle dominant permet à l'épicerie d'opérer un choix, sur des leviers adaptés à son activité et répondant aux besoins du projet associatif et politique. Soulignons que les épiceries portées par un CCAS relève du service public et respectent le projet politique développé parla commune à laquelle elles sont rattachées.

Trois logiques se distinguent :

- Logique conviviale ou de partage :

Le principe de convivialité est au coeur de ces épiceries, qu'elles soient sociales ou solidaires (cf. définition partie I). Un espace dédié à l'accueil du public est identifiable et permet la créat ion d'un environnement favorable pour l'épanouissement de la personne. L'aide alimentaire est une entrée pour l'accueil du public précaire et non une finalité. Un réseau important de partenaires ressources est développé.

- Logique sociale ou d'assistance :

L'accueil du public se fait essentiellement autour de l'aide alimentaire pour un public précaire uniquement. On remarque par ailleurs que la dénomination «sociale» pour qualifier l'épicerie est la plus usitée. Les services rendus annexes comme les ateliers thématiques vont être peu développés. Le réseau de partenaires ressources sera faible ou interne à la structure.

- Logique marchande ou « élitiste » :

La principale spécificité de cette logique est l'accueil mixte du public. C'est à dire que le public précaire rencontre un public «classique». La mise en place d'un système d'approvisionnement, basé sur le «circuit-court», présente un intérêt pour la création d'un nouveau circuit économique de l'aide alimentaire. Le public précaire accueilli est parfaitement autonome, car aucun service social n'est proposé, à l'exception de prix solidaires pouvant être assimilés à de l'aide alimentaire. Les prix restant élevés par rapport aux deux autres types, certains publics ne peuvent pas en bénéficier, d'où le caractère élitiste de ce type. Sur les alliances, les ressources internes seront priorisées.

Tableau 3 -- Les différents types d'épiceries sociales et solidaires

Type A

Il

Type B

Type C

Logique conviviale ou de
partage

Logique sociale ou
d'assistance

Logique marchande ou
« élitiste »

* Epicerie Solidaire d'Endoume

* Epicerie Solidaire Itinérante Garrigues

* Epicerie Sociale L'Atelier de Mai

* Boutique Sociale du CASIM

* Epicerie Sociale de la Croix- Rouge

* Epicerie Solidaire La Courte Echelle

 

3. Retours des entretiens avec les professionnels des épiceries

Dans cette sous-partie, il s'agira de faire ressortir les mots, expressions clés issus des entretiens réalisés avec les différents acteurs qui composent une épicerie sociale ou solidaire. Certains n'ont pas répondu à mes demandes ou n'étaient pas présents pour les réaliser, d'autres m'ont répondu par téléphone mais ils ont tout de même nourri mes réflexions.

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Ces conversations menées depuis le mois de Janvier 2014 ont permis de récolter des données intéressantes quant au regard de différentes personnes sur :

- les épiceries : comment elles les qualifient, pourquoi elles existent, à quoi elles servent et comment elles vont évoluer

- le travail social qui existe ou non et pourquoi

- le lien avec le territoire

- les externalités qu'elles peuvent dégager

Ces rencontres ont été d'une richesse incroyable et ont permis à la plupart des personnes de s'exprimer avec leurs mots et surtout leur coeur.

3.1 Vision de l'acteur de terrain : porteur de projet, directeur ou coordinateur, salarié

L'origine du projet, une vision commune mais des constats différents

Tous les acteurs rencontrés parlent d'un même « constat » à l'origine du projet : des demandes croissantes d'aide pour s'alimenter, étayées par les professionnels du social.

Deux d'entre eux font ressortir les limites de l'offre existante :

« L'offre de l'aide alimentaire existante ne suffit plus »

Marie Cellier, «animatrice-responsable» de l'épicerie solidaire d'Endoume

Sur St-Maximin, on peut formuler deux remarques : la «pression foncière de plus en plus forte» pousse les gens à sortir des villes pour se loger; il y a aussi un phénomène « éloignement de la côte avec un endettement immobilier important». Par conséquent, « certains se retrouvent dans une situation de quasi surendettement, ne pouvant plus se nourrir correctement alors qu'ils sont dans une situation active avec un travail ».

On apprend que dans le 7e arrondissement de Marseille, à Endoume, l'épicerie solidaire a entamé sa réflexion fin 2009 suite à un « recensement des demandes effectuées â l'accueil ». La direction du Centre social, dont fait partie l'épicerie, a organisé, lors de la refonte de son projet social en décembre 2009, une «journée de solidarité » avec les usagers, les bénévoles, des professionnels et le Conseil d'Administration (CA). Une «commission

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épicerie-famille » a été créée pour le montage de ce projet qui a vu le jour en Janvier

2013.

Les personnes ressources à l'initiative de la création du lieu diffèrent.

[

François Sandoz, responsable de l'épicerie sur Saint Rémy de Provence

«C'est le service social de la Mairie qui, lors d'un conseil municipal en zoog, a mis en place quatre thèmes de réflexion dont celui de l'agriculture »

Les constats d'une pauvreté importante sur le secteur et celui d'une agriculture locale en berne ont alors donné lieu à la création de l'épicerie. Il précise que « le choix de la mairie a été de déléguer le portage de projet à une association locale », et depuis le mois de mai 2011, l'épicerie suit son cours.

Pour le CASIM, c'est le directeur général qui est à l'origine de ce projet (M. UZAN). Il y a quinze ans, des réflexions ont été menées « car la pauvreté devenait de plus en plus importante » souligne Clara Ghez, salariée de l'épicerie depuis sa création.

Sur Aubagne, le service social de la Mairie a entamé les réflexions dès 2008 « devant les demandes d'aide alimentaire au guichet du CCAS » précise Séverine JOFFRES, responsable de l'épicerie et conseillère en ESF.

Concernant l'épicerie itinérante de St-Maximin, Mathieu Galland nous explique que l'origine du projet d'itinérance vient du fait que «le contexte urbain devenait difficile». Il avait déjà géré deux épiceries fixes sur l'aire toulonnaise et il y a eu une prise de conscience commune avec le conseil d'administration qu'un projet devait être monté « pour toucher un plus large public sur lequel il y avait peu de choses faites », notamment dans les villages éloignés. Dès 2004, le projet d'une épicerie solidaire itinérante est né pour mener « une action de proximité dans les villages ».

Des finalités et des valeurs nuancées

Si pour certains le projet d'une épicerie est synonyme de «solidarité », de « partage », «d'insertion» et de «vivre ensemble», pour d'autres, ce sera «dépannage» ou encore «soutien». En effet, lorsqu'on interroge les acteurs de terrain sur les finalités et les valeurs défendues par une épicerie ou la leur, on s'aperçoit qu'il y a plusieurs conceptions qui confirment les différentes typologies existantes.

Sur St Rémy de Provence, François expose les valeurs de l'association « La Courte Echelle» que sont : la promotion de l'ESS, le partage de projet et propose ensuite deux finalités : que sont le « soutien à l'agriculture locale » et « l'accès aux fruits et légumes pour la population locale en difficulté ». Ce qui nous permet de constater que le projet présente un ancrage dans le territoire.

Pour le CASIM et Clara Ghez, la principale valeur est qu'il s'agit d'un lieu « ouvert à tous » « qui permet de dépanner les gens quand ils en ont besoin ».

Mathieu Galland, après avoir présenté les activités de l'association Garrigues, indique que le projet de l'épicerie s'inscrit dans leurs activités « d'insertion solidaire » où le principe de co-gestion est un axe majeur. Dans un second temps, il précise que «l'épicerie solidaire est entièrement cogérée par des personnes souvent soutenues auparavant» et insiste sur les valeurs de partage et de solidarité que porte le projet de l'épicerie solidaire itinérante par sa dimension « participative ».

Du côté d'Endoume, Marie Cellier met en avant trois valeurs principales : « la solidarité, le partage et le vivre ensemble qui permettent la création de lien social». Elle précise que l'entrée est alimentaire mais que l'épicerie regroupe trois dimensions : «un accueil social », « une aide économique » et « une accessibilité à l'ensemble des activités dont les ateliers». Pour elle, le fait d'être au sein d'un centre social et culturel permet «d'être support d'une nouvelle action d'aide alimentaire sur le territoire », notamment par les «passerelles entre les différents secteurs du centre social». Un travail de repérage est effectué au sein de l'épicerie pour orienter les personnes entre les services. Il y a également un «gros travail de valorisation des compétences et savoir-faire des personnes ».

Des critères d'accès qui font débat

M«Il n'y a pas de critères d'accès» ... «...on fait confiance aux travailleurs sociaux qui orientent les personnes »

François Sandoz, ES de Saint-Rémy

Dans l'épicerie du CASIM, Clara nous indique qu'il n'y en a pas non plus mais précise tout de même que « ce sont les assistantes sociales du CASIM qui gèrent ça ». Elle pense que le critère est le RSA mais n'ayant pas accès à ces informations elle signale que «lâ-haut (le siège de l'association), je ne sais pas comment ça se passe». On comprend ainsi que les décisions sont centralisées sur une plateforme sociale interne.

Sur les autres épiceries, on retrouve un discours commun concernant l'existence de critères.

«Ils entrent dans une démarche dynamique d'accompagnement de la personne »

Marie Cellier, Responsable de l'ES d'Endoume

« Accompagnement dans la durée pour s'acquitter d'un projet »

Mathieu Galland, Directeur de l'ES! de St Maximin

Mais ce qui fait débat, c'est la mise en oeuvre des critères, qui varie selon le territoire, par la présence d'une commission d'attribution par exemple.

Marie rappelle « qu'il n'existe pas de critères nationaux» et que les épiceries sont libres de fixer leurs critères. Elle pense aussi que «redonner des objectifs aux personnes par la formalisation de l'accompagnement» permet de les remobiliser dans leur vie.

L'accueil du public, des positionnements clairs

Si pour certains la «convivialité» du lieu est prioritaire pour l'accueil du public, pour d'autres, cela n'est pas indispensable pour atteindre les objectifs.

Quand on pose la question de l'importance de l'existence d'un lieu d'accueil hospitalier au sein des épiceries, les réponses sont très diverses.

Ill« La convivialité est le pilier du projet »

Mathieu Galland, Directeur de l'ES! de St Maximin

-77-

Pour Séverine, sur Aubagne, « l'alimentation est un outil, un support», l'accueil du public est très important et elle souhaite mettre en avant le «bien-être» de la personne. Pour elle, cela permet de créer « un lien social avec l'humanité », « de penser à autre chose » et « réviser un circuit économique ».

A St-Maximin, « sur chaque lieu de passage, un coin convivial est prévu pour les ateliers et autres services» précise Mathieu Galland. Pour lui, demander de l'aide alimentaire est « un moment de la vie terrible », d'où la nécessité de soigner l'accueil.

Marie rappelle qu'un des objectifs est de «rendre le lieu le moins stigmatisant possible» et que l'espace convivial est « un support pour l'épicerie pour son travail social», « c'est un moment de détente après les courses ou un entretien ». Elle termine sur un propos très intéressant, en estimant proposer un «accueil bienveillant» et non un «accueil compatissant ».

Dans les autres structures, on ne tient pas tout à fait le même raisonnement. Pour Clara Ghez et le CASIM, « c'est à l'état de projet depuis longtemps » mais pas encore en place. Seule une salle sombre au fond de l'épicerie est prévue pour l'accueil et les moments de détente. Clara a pourtant proposé à maintes reprises de mettre en place ce projet d'aménagement mais précise «je suis une simple employée », donc elle ne prend pas part aux décisions. Du côté de St-Rémy, François Sandoz a un discours plus tranché sur la question, «nous ne sommes pas un lieu d'accueil», et rajoute que «les vendeuses créent un cadre convivial selon leur bon vouloir». Le responsable justifie sa position en expliquant qu'il y a quand même «une recherche de ne pas stigmatiser les gens qui viennent acheter». Les salariés sont informés du projet mais ne sont pas sensibilisés au fait qu'il y ait un public en difficulté car «eux-mêmes sont parfois dans un cursus d'insertion », et «il n'y a pas de distinction entre client». Il rajoute, pour terminer, que «la double tarification est affichée dans l'épicerie pour informer les clients du projet dans lequel ils viennent dépenser leur argent ».

Des alliances plus ou moins fortes

Nous l'avons vu dans les parties précédentes, les alliances avec des partenaires peuvent s'avérer primordiales dans un projet d'épicerie sociale et solidaire. Mais là encore, des différences sont flagrantes dans la manière de les développer ou non.

Pour l'épicerie solidaire d'Endoume, la mise en place d'alliances n'a pas nécessité énormément d'efforts étant donné que « des liens étaient déjà tissés vu que le centre social existe depuis 4.0 ans ».

Pour le directeur de St-Maximin, il y a deux types de partenaires au départ: les «partenaires actions» et les «partenaires financiers». Pour les partenaires actions, il précise qu'a il faut que les AS s'approprient le projet et en comprennent le sens ». Pour les partenaires financiers, la démarche a été plus simple car « nous sommes reconnus sur le terrain par les collectivités locales». Sur les liens avec les pouvoirs publics, Mathieu estime que les « activités développées par l'association répondent aux politiques sociales du territoire » et rajoute « on est un peu sur de la délégation de service public». Ceci pourrait, d'après lui, montrer que des liens forts avec les pouvoirs publics peuvent se créer facilement, car « si on arrête tout, que deviennent tous ces gens ?» termine- t-il.

Néanmoins, pour la responsable de l'épicerie d'Endoume, il a fallu convaincre les politiques que « ce territoire, pourtant identifié comme privilégié, comptait cependant un certain taux de personnes en situation précaire». Elle précise que c'est grâce à un travail collectif, rudement mené avec les partenaires sociaux de terrain (CAF, CCAS, MDS, etc.) que les difficultés du territoire ont été étayées et que cela a facilité le travail de persuasion. Elle termine son propos en indiquant que «sans les partenaires financeurs, le projet n'aurait pas vu le jour».

Sur Aubagne, l'épicerie développe des partenariats, mais la directrice précise «qu'il ne faut pas être trop ambitieux», il faut parfois rester «petit», à «taille humaine» pour «ne pas se perdre dans ses objecte». La responsable de l'épicerie déclare qu'elle se limite à des alliances avec des associations, pour des ateliers, ou avec des producteurs locaux et ajoute que le projet « dépend de la politique de la ville ».

Pour le Directeur de l'épicerie de St Rémy, « il y a plein de choses â faire mais on ne sait pas par où commencer». En effet, il n'y a pas d'autres initiatives de ce genre dans le secteur et les liens avec le CCAS se sont affaiblis. Le «manque de temps» dit-il, ne permet pas la prise de contact avec d'autres partenaires donc pour le moment « les seuls partenariats sont commerciaux ».

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Une vision de l'avenir portée par les convictions

Quelle perspective les responsables ont-ils de la continuité du projet? Certains n'ont pas pu répondre à cette dernière question mais d'une manière globale, tous s'accordent sur le fait qu'ils sont plus ou moins dans l'incertitude.

Mathieu Galland, ES de St Maximin

Ill« C'est difficile à dire car on est dans le flou complet »

Il explique également que « la région PACA se désengage totalement sur les épiceries », et qu'au niveau du CUCS «St Maximin sort du plan». Il continue en indiquant que «le contexte n'est pas du tout sécurisé» et qu'il va falloir «se battre» car ce sera difficile au quotidien. Une lutte qu'il ne compte pas abandonner de sitôt car dit-il : «il faut être sûr de nos convictions ».

Pour Marie Cellier, ce n'est pas la même logique, elle précise que « chacun arrive avec son parcours, certaines ES ont 15 ans d'expérience, nous seulement 18 mois ». Concernant les financements et les réformes en cours, elle répond : «on n'a pas les éléments de lecture pour savoir ce que seront 2014 et 2015 », « donc on développe mais... ??». El le explique : «nous sommes dans une période de consolidation» du fait que l'épicerie n'a qu'un an d'ancienneté.

Le regroupement, une solution ?

La région PACA, la Fédération des Banques Alimentaires incitent les organisations à se regrouper pour mutualiser les moyens et faire face aux contraintes à venir.

Quand on interroge les responsables sur cette question et sur le rôle des réseaux nationaux, voici leurs réponses :

Pour Mathieu Galland, il faut «faire attention », il précise : « concernant les réseaux d'aide alimentaire, le risque c'est qu'ils pompent les fonds destinés aux structures ». Il poursuit en affirmant : « Pour les regroupements, le danger c'est qu'on passe d'une activité militante â une activité professionnelle, sous peine d'accepter n'importe quoi ». Le positionnement de l'association Garrigues face à une éventuelle pression des pouvoirs publics est le suivant : « si on veut nous faire faire autre chose, on ne le fera pas ». Enfin, sur le rôle des réseaux,

-$1-

pour lui il faut «être présent dans les lieux de décisions», « là où devraient être les réseaux ».

« Nous sommes à la croisée des chemins d'un nouveau modèle sur le territoire »

Marie Cellier, ES d'Endoume

Selon elle, «les réseaux en France sont sur le qui-vive». Concernant le principe du regroupement, elle ne semble pas contre « c'est toujours intéressant d'être dans le partage des pratiques » mais pose la question : « qui nous donne les moyens du regroupement?Car la mutualisation demande quand même des moyens humains donc financiers». Elle termine en indiquant que « les choses sont à construire car on est dans l'innovation au quotidien ». L'avenir nous le dira.

3.2 Perception des travailleurs sociaux

Les deux professionnelles du social qui ont bien voulu répondre à mes questions font partie de deux structures différentes, la CAF et le CCAS. Elles ont un parcours professionnel différent : Anne Haudiquet, AS de la CAF, est sur le terrain depuis de longues années quant à Anaïs Pappalardo, CESF d'un CCAS, elle a débuté sa carrière il y a 5 ans.

Les épiceries sociales et solidaires, une question de territoire

Toutes les deux ont connu les épiceries sociales et solidaires à travers la mise en place d'un projet. Anne Haudiquet nous explique qu'elle a «travaillé sur le 15ème arrondissement de Marseille sur le montage d'un projet d'épicerie avec l'association Voisins et Citoyens en Méditerranée », il y a quelques années. Anaïs Pappalardo a découvert les épiceries sociales dans la presse, «j'avais entendu parler de ça mais je les ai connues parla participation du CCAS» et d'autres organismes sociaux, au projet de création de l'épicerie solidaire d'Endoume, qui existe maintenant depuis janvier 2013.

Chacune d'entre-elles a un secteur d'action bien défini qui comprend le 6ème et 76' arrondissement de Marseille. Elles orientent des personnes dans le besoin vers des structures de l'aide alimentaire et notamment les épiceries sociales et solidaires dont celle d'Endoume. Le problème, souligne Anaïs, «c'est que après (Endoume), y en a pas

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d'autres ». Elle cite tout de même celle de la Croix-Rouge, située au boulevard Baille, mais indique : « c'est autre chose et ils sont plus sur de l'urgence ».

Anne confirme en expliquant « qu'il n'y en a pas d'autres comme celle d'Endoume » et que cela pose un problème parce que le critère de territoire de l'épicerie ne correspond pas toujours au leur. Elle développe : «il arrive que certaines personnes de mon secteur ne puissent pas intégrer l'épicerie d'Endoume car elles n'entrent pas dans la zone » et elle poursuit en disant qu'il existe un « véritable casse-tête des territoires entre les organisations sociales, la CAF, le CG, la MDS. Chacun a son territoire et parfois le même i ».

Un vrai partenariat social

Les deux professionnelles du social sont bien d'accord pour plébisciter les épiceries solidaires. Pour Ana'is « il s'agit d'un outil supplémentaire dans le plan d'aide aux personnes » et «j'apprécie la non stigmatisation du lieu». Anne parle « d'enrichissement personnel» et de «liens forts avec l'épicerie», chose qu'elle ne retrouve pas avec le colis alimentaire ou un autre dispositif, «il y a plus de transparence que le colis ».

Anne Haudiquet explique que la relation dépend aussi de la forme de l'épicerie. Dans le cas d'Endoume, « l'épicerie gérée au sein d'un centre social sera différente d'une épicerie solidaire ou sociale classique comme celle d'Aubagne gérée par un CCAS ». « Cela dépendra de trois choses : du lieu, des personnes qui la composent et de la relation ». Enfin pour Anaïs, la notion de partenariat répond à trois objectifs : « économique, alimentaire et social ».

En amont du partenariat social, un travail de repérage du public est effectué par les équipes des prescripteurs sociaux.

Du repérage à l'orientation

Le repérage se fait de différentes manières suivant l'organisme auquel est rattaché le travailleur social. Pour la CAF des Bouches-du-Rhône, Anne Haudiquet nous indique qu'il y a deux voies possibles : « les gens appellent d'eux-mêmes » ou bien « c'est le service administratif de la CAF qui nous envoie les dossiers des nouveaux percepteurs du RSA ». Concernant le RSA, elle explique qu'ail existe un engagement réciproque avec la personne» et en fonction du projet de la personne, si l'épicerie peut l'aider, alors Anne

effectue une orientation mais uniquement pour «des difficultés passagères». Quant à son public, elle reçoit essentiellement des jeunes femmes.

Anaïs explique qu'elle reçoit au CCAS : « uniquement des personnes de plus de 6o ans, retraitées » et qu'elle a pour mission « le budget et le logement». Le repérage s'effectue de deux façons : « soit les personnes appellent pour déclarer une situation de détresse soit je les rencontre dans le cadre de rendez-vous réguliers ». Par la suite, elle effectue une évaluation budgétaire et fait « une proposition de plan d'aide en fonction ».

Une finalité à forte valeur ajoutée

C'est indéniable, d'après Anaïs et Anne les épiceries sociales et solidaires « apportent un truc en plus ». Pour Anaïs, il s'agit « d'un outil qui permet un cheminement dans la vie de la personne», pour Anne cela permet de « remettre le pied à l'étrier...au moment où une personne trébuche, cela permet de la faire repartir du bon pied ».

Elles précisent que les finalités sont multiples.

Pour Anaïs : « il y a une finalité sociale et économique car cela force la personne à avoir une gestion budgétaire cohérente ».

Pour Anne, « cela permet de lutter contre l'isolement, apporte du conseil, un soutien et une aide alimentaire ». Anas rajoute que le « concept est non stigmatisant et sans doute encore plus dans les épiceries mixtes» et quant à la présence ou non d'un lieu de convivialité, elles s'accordent sur le fait que «c'est un plus» inexistant dans les épiceries classiques qu'elles connaissent.

La finalité la plus citée durant les entretiens est « la création de lien social» engendré par la présence d'ateliers ou d'un espace convivial. Mais, comme le précise à juste titre Anaïs : « tout ceci dépend de la manière dont c'est fait et le parcours du porteur de projet est important ».

Une seule personne a bien voulu me répondre. Il s'agit de Sonia, adhérente de l'épicerie solidaire d'Endoume.

3.3 Avis de l'usager

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Elle ne connaissait pas les épiceries avant d'y avoir été orientée suite à un «soucis de revenus avec la CAF», « un incident de parcours » dit-elle, datant d'il y a un peu plus d'un an. En attendant la confirmation de son accès, Sonia a fréquenté un autre dispositif d'aide alimentaire, le colis d'urgence, par le biais d'une association de bienfaisance du quartier. Elle aura donc un regard éclairé sur le sujet.

Une définition spontanée et sincère

Avant de définir une épicerie solidaire, Sonia réfléchit quelques secondes puis donne des éléments intéressants : « c'est un lieu d'accueil », « où on peut échanger avec d'autres personnes » et précise qu'il n'y a pas que « les courses», « il y a le côté alimentaire mais aussi le côté humain qui est important». Elle résume en disant qu'il s'agit d'un lieu où : « on peut se poser, discuter, il y a un très bon accueil et on s'y sent bien ».

Elle continue sa définition : « et puis il y a les ateliers » dit-elle, « c'est important», « on peut prendre du temps pour nous, changer d'air, et on y fait des rencontres ».

Une des choses les plus importantes pour elle, c'est que le lieu devient «non stigmatisant» car « on rencontre des personnes qui comprennent notre situation et des personnes dans la même situation ».

Pour elle « c'est un modèle qui devrait être fait partout»; «je trouve ça génial » mais précise « tant que c'est fait pour que les gens se sentent à l'aise ».

« Pas seulement des courses »

Lorsqu'on aborde le sujet des critères d'accès, Sonia ne semble pas parfaitement les connaître, mais a tout de même un avis bien tranché sur la question.

L'exigence d'un projet économique, elle trouve ça «important», «c'est bien d'avoir un projet». En ce qui la concerne, son projet était de « mettre de l'argent de côté pour la caution de son prochain appart », Sonia était logée auparavant par une amie.

Sur la durée d'accès, elle trouve que «le fait que ça soit temporaire, pousse les gens à mieux gérer leur argent » et aussi que ça permet « un retour à la vie réelle». Pour elle, c'est tout le sens de l'épicerie : « il n'y a pas que les courses », « tu ne fais pas tes courses et puis tu t'en vas » et rajoute qu' « il y a un véritable projet de retour â la vie ».

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Sur le critère du « reste à vivre », elle a également son idée sur les épiceries qui ouvrent l'accès à ceux qui ont un RAV à zéro : «o euro, ce n'est pas la même chose », « là le projet c'est de manger et rien d'autre ».

Au sujet de la mixité du public au sein des épiceries, elle n'est pas contre : « sauf si ça se limite aux courses». Elle trouve les exemples de St-Rémy ou de Solid'Arles intéressants, elle irait sans doute y faire ses courses mais trouve ça « moins humain » car il n'y a «pas de lien, pas de contact ».

La présence d'un espace de convivialité est «primordial» pour elle, « c'est un lieu de vie pour nous » et rajoute : « même si je suis seule, je viens et je prends mon café après ou avant les courses », « c'est mieux que de boire un café dehors où tu vois personne, seulement passer les voitures ». Les occasions de rencontre avec les autres adhérents sont régulières, «c'est un lieu pour ça» et précise aussi que l'équipe de l'épicerie «est disponible », « prend le temps avec nous ». Sur ce dernier point, elle insiste aussi sur le fait que cela dépend beaucoup «du parcours des personnes». Pour elle, ce serait «super différent» avec un professionnel du social à la caisse ou dans les ateliers; elle explique qu'a il y a une barrière avec un professionnel ». «le ne peux pas tout dire comme je le fais avec Begona, qui n'est pas assistante sociale».

Un avenir« compliqué »

Après quelques secondes de réflexion, elle explique que se projeter dans l'avenir : 111 « C'est compliqué car de plus en plus de personnes sont dans le besoin »

Sonia, adhérente ES d'Endoume

Elle indique également «il ne faudrait pas qu'il y ait trop de monde non plus dans les épiceries car cela deviendrait trop compliqué de tout gérer». Concernant l'évolution des épiceries et des différents modèles, pour elle, «il faut que les choses restent telles quelles », « chacun a son rôle » car « chaque projet a son objectif».

Un passage favorable

« Ca m'a apporté beaucoup dans ma vie »...« si il n'y avait pas eu l'épicerie, je n'aurais pas découvert le centre social pour mon fils »...«je n'aurais pas rencontré tous ces gens »...«je

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ne serais jamais devenue bénévole ». « L'alimentaire m'a vraiment dépanné et j'ai pu mettre de l'argent de côté »...«j'ai tout rempli mes objecte ».

Ces entretiens, tous très riches, abordent le sujet de l'alimentation et de la manière de le faire. Mais s'alimenter peut avoir plusieurs approches en fonction des origines, des rythmes et autres traits de chacun.

4. Discussion autour de l'alimentation

Nous pouvons élargir notre réflexion sur la façon de s'alimenter.

Pour rappel, les épiceries sociales et solidaires ont pour but d'aider les personnes à se nourrir à leur faim, mais aussi, celui de leur redonner ou conserver le plaisir de manger. Il s'agit alors de recréer du lien social par l'alimentation. Cela peut paraître utopiste, déconnecté de toute réalité, mais il semble essentiel de nos jours de redonner leur valeur aux moments conviviaux comme les repas.

Dans un monde où, la plupart du temps, on mange « sur le pouce », « en vitesse » pour repartir travailler, repenser l'approche que l'on a de l'alimentation peut être une solution à d'autres problèmes connexes dont celui de l'isolement.

On constate d'ailleurs, depuis quelques années, l'accroissement de multiples initiatives de consommat ions alternat ives ou « responsables » sous différentes formes.

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Le mouvement « Slow-food » peut être cité. Apparu en Italie dans les années 8o pour contrer les «fast-foods », il fait de plus en plus d'adeptes en France mais aussi dans le monde (15o pays). Il ne consiste pas seulement à manger plus « lentement » en bonne compagnie, de bons plats, mais « envisage un monde où chacun puisse avoir accès à une nourriture bonne pour lui, pour ceux qui la produisent, et pour la planète ».

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Le projet « Disco-Soupe » est également une alternative intéressante dans la mesure où il réunit des citoyens d'un lieu donné, autour de la préparation et la consommation d'une

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http://www.slowfood.fr/

67

http://discosoupe.org/lemouvement/

soupe réalisée à partir de légumes revalorisés (fin de marchés, fruits et légumes abîmés, etc.) sans échange d'argent.

Enfin, les ateliers cuisine, réalisés dans les épiceries, peuvent également permettre de redonner à l'individu le goût de préparer les repas, de cuisiner des produits simples, de découvrir de nouveaux produits et de mettre en pratique des conseils diététiques.

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Ce travail nous a conduits également à examiner l'aide alimentaire telle qu'elle est en 2014 pour que le lecteur ait une meilleure connaissance de la réalité des choses. Il existe

CONCLUSION

Sur la base des travaux de recherches exposés, il apparaît qu'il existe une typologie des ES sur le territoire des Bouches-du-Rhône et à proximité. Soulignons que des modèles ont tendance à aller vers une finalité marchande au détriment du social.

À l'origine, l'aide alimentaire a toujours constitué une aide sociale envers une population défavorisée, « pauvre ». Après des mutations naturelles et institutionnelles, cette aide empirique a évolué avec le temps et s'est transformée. Elle a permis de nourrir des milliards de personnes à travers le monde et continue en 2014 d'aider plus de 800 000 personnes par an en France. Cependant, on observe que l'aide alimentaire pourrait également devenir un « commerce », un « système d'échange ».

L'étude menée a permis de montrer qu'il existe différents types d'épiceries, définies par leur finalité : conviviale, sociale ou marchande. Elles ont des points de similitude : le projet de l'aide alimentaire et l'accueil du public. Mais elles ont également des points de divergence, sur la manière d'organiser l'accueil du public et leur production. Le « modèle économique », les différencie également.

Nous avons ainsi pu dégager le modèle d'épicerie sociale ou solidaire qui oriente son projet vers une finalité marchande. C'est le cas de l'épicerie de type C. Cette épicerie est motivée par un projet basé sur la vente de produits issus de la production locale intégrant une aide alimentaire. Les conclusions des recherches ont montré que cela ne constitue pas une dérive. Il s'agit d'un modèle innovant s'appuyant sur un circuit alternatif à celui de l'aide alimentaire classique, le « circuit-court ».

Au cours de cette étude, nous nous sommes intéressés dans un premier temps à l'évolution de l'aide alimentaire à travers les siècles et ces variations au cours des périodes historiques. Nous avons réfléchi sur la notion de « pauvreté » de manière à faire ressortir une perception globale du terme et non une vision minimaliste basée uniquement sur l'aspect pécuniaire de la pauvreté.

des réalités sociales et économiques que nous vivons tous au quotidien, cependant un sondage réalisé dans le cadre de mon entourage fait ressortir que :

· 58 % des personnes n'ont jamais entendu parler du PEAD ou PNAA

· 88% approuvent l'utilité d'une aide alimentaire envers les populations les plus démunies.

À l'heure actuelle, il semblerait donc que peu de personnes s'informent spontanément sur l'aide alimentaire et que les initiatives en ce domaine ne prennent leur réalité que si elles sont relayées par les médias. On pourrait citer un évènement très médiatisé qui met en lumière chaque année, un des outils de l'aide alimentaire, celui des « Restos du coeur» par le biais du concert caritatif des « Enfoirés ».

Est-ce vraiment représentatif de tout ce qui est fait sur le terrain? N'y-a-t-il pas là une hiérarchisation des associations caritatives? Voire une marchandisation de l'aide alimentaire à des fins commerciales ? Si on peut difficilement remettre en cause les motivations «militantes» de Coluche, en son temps, qu'en est-il des motivations des artistes sur scène en 2014? II pourrait alors s'agir d'une dérive de l'aide alimentaire.

Le fonctionnement et l'organisation des épiceries a été décortiqué pour permettre une meilleure connaissance et sensibilisation de ces épiceries « pas comme les autres ». Lors de l'enquête exploratoire, j'ai pu me rendre compte que le grand public connaissait mal les épiceries, puisque selon ce sondage :

· 64 % des personnes interrogées ne connaissaient pas du tout les ES

· 24 % d'entre-elles ont eu connaissance des épiceries parla presse,

· 45 % l'entourage étant la première source d'information.

De nos jours, il est nécessaire de se connecter sur Internet ou d'aller sur des forums pour découvrir des initiatives locales oeuvrant également dans ce secteur. La médiatisation de l'aide alimentaire ne devrait pourtant pas se limiter aux « Enfoirés», une fois l'an. Il serait intéressant et d'intérêt général de promouvoir largement des initiatives qui luttent contre le gaspillage alimentaire et qui permettent de nourrir des milliers de personnes gratuitement au quotidien.

-91-

Le mouvement « Disco-soupe », déjà cité, est né en 2012 en France. Ce « mouvement solidaire etfestif» a pour but de sensibiliser la population au gaspillage alimentaire parla mise en place d'un événement éphémère sur des marchés. Les passants sont invités par exemple, à venir préparer une soupe avec les bénévoles, qui sera ensuite distribuée gratuitement. Les denrées proviennent de deux sources : du « glanage », récupération des produits invendus et/ou abîmés d'une exploitation agricole ou issus des grandes surfaces. On peut lire ainsi sur leur page d'accueil : « 180 Disco Soupe ont été organisées entre janvier et juin 2014 dans 86 villes et io pays différents, soit 25 000 kilos de fruits et légumes sauvés de la poubelle et 3o 000 repas servis ! Bilan des 6 premiers mois de l'année ».

68

Autre initiative, les GASE , sont actuellement en plein développement en France et notamment en Bretagne où la Région finance les projets depuis 2009. Ces groupements sont basés sur le principe du circuit-court et fonctionnent en autogestion avec des bénévoles et adhérents. L'idée est de donner l'accès à des produits bio, locaux et équitables, aux personnes à revenu modeste.

69

En Finlande , autre exemple certes beaucoup plus marginal, dans une banlieue résidentielle d'Helsinki, le partage de la nourriture est organisé entre voisins. Dans un local d'immeuble aménagé en «garde-manger», chacun peut mettre à disposition des produits à DLC ou DLUO arrivant à expiration ou autres et laisser une marque de son passage sur un registre. Une page « Facebook » permet de mettre les stocks à jour. Au-delà de la lutte contre le gaspillage, cela crée du lien social par cet échange profitable et encourage une consommation responsable.

Évolutions et questionnements

Quelles évolutions possibles pour les épiceries sociales et solidaires?

Dans ce travail, nous avons examiné les différents outils de l'aide alimentaire et notamment le PEAD (1985-2013) qui est remplacé depuis début 2014 par le FEAD. Le principe de gratuité des denrées alimentaires distribuées en épiceries sociales et

68

Groupe d'Achat Service Epicerie, http://www.aboneobio.com/blog/post/2oî3/11/13/Le-GASE-Groupement-dAchat-Service-Epicerie

69

http://www.zominutes.fr/monde/finla ndeho97463-f inlande-contre-gaspillage-immeuble-partage-nourriture

-g2-

solidaires est désormais acquis. Il s'agit d'un véritable changement d'orientation de la part des parlementaires européens qui peut être source de questionnement.

Que vont devenir les épiceries sociales et solidaires si elles ne peuvent plus demander une participation financière, si symbolique soit-elle, à ses «clients» ?

Cette question interpelle aujourd'hui les employés des épiceries de type A et B, reposant sur le système basique de l'aide alimentaire. Bien que les réseaux nationaux aient lancé une pétition nationale contre ce nouveau plan pour tenter de conserver leur spécificité, le Parlement européen n'a pas fléchi (amendement de février 2014) et elles doivent désormais s'adapter ou innover pour poursuivre leur act ion.

Cette réflexion peut faire penser que les épiceries de type C sont en partie dans

70

l'innovation sociale , parce qu'elles apportent des «réponses nouvelles â des besoins

sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales». Le manque d'implication et de collaboration de leurs clients apporte un bémol à cette notion d'innovation sociale. En effet, dans la notion d'IS, le processus participatif (co-production, co-construct ion,...) est déterminant.

On pourrait préconiser aux ES souhaitant faire évoluer leur projet, de faire évaluer leur niveau d'innovation sociale, parla CRESS PACA par exemple, qui a mis au point une grille

71

en collaboration avec le LEST-CNRS .

Cette étude fait émerger une autre préconisation, celle du regroupement. On entend par regroupement, la constitution d'un collectif et non une fusion ou absorption comme on peut le constater parfois. Il est actuellement encouragé par les Banques Alimentaires, chaque épicerie conserve son projet mais partage ses expériences pour aider les autres structures à se développer. Il s'agit également d'un outil où la motivation peut-être politique : agir à plusieurs face aux élus peut s'avérer déterminant dans certaines situations.

70

Définition de l'innovation par l'AVISE : http://www.avise.org/decouvrir/innovation-sociale/de-quoi-parle-t

71

http://www.cresspaca.org/ess-enjeux-innovat ions.html

On se rend compte qu'il existe de multiples «groupements» d'épiceries sociales et solidaires via Internet tels que le GESRA (Rhône-alpes), GALISOL (Nord) ou encore le GESMIP (Midi-Pyrénées) dont les principaux objectifs sont la solidarité et la mutualisation. On peut se demander pourquoi aucun regroupement n'a encore été initié en PACA.

Les collectivités locales et territoriales sont amenées à réduire leurs budgets et les politiques sociales ne vont pas toujours dans le bon sens. L'existence d'un groupement pourrait jouer le rôle de « lobbyiste » lors de réunions majeures où se prennent les décisions.

Dans la situation actuelle, les réseaux nationaux (BA et ANDES) ne montrent-ils pas leur limite au niveau local ?

Dans l'histoire de l'aide alimentaire, nous avons vu qu'à chaque crise économique correspondant à une période historique, les organisations caritatives ont toujours fait preuve d'innovation pour parer aux contraintes qui se présentaient à elles. On peut penser qu'elles continueront à s'adapter.

En 2014, les chiffres du chômage atteignent des sommets, la pauvreté continue de toucher des classes sociales diverses et variées, l'accès à l'alimentation devient de plus en plus difficile à cause des prix élevés des produits de première nécessité. De plus l'organisation de l'aide alimentaire semble devenir complexe et inadaptée.

Alors, plusieurs questions peuvent se poser :

Les épiceries sociales et solidaires vont-elles rester ancrées dans leur rôle « d'assistance alimentaire » ou au contraire s'ouvrir à un plus large public ?

Le fait qu'il n'y ait plus de personnalité charismatique médiatisée pour porter l'aide alimentaire ne risque-t-il pas de représenter un frein pour son évolution ?

Enfin, faut-il continuer de produire toujours plus ou simplement mieux produire pour mieux consommer?

Bibliographie

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Table des matières

Remerciements

SOMMAIRE

 

7

11

Table des sigles et abréviations

 

12

INTRODUCTION

 

1

Une aide alimentaire qui s'est considérablement développée pour faire face aux

crises

1

 

L'influence de militants dans le développement de l'aide alimentaire

2

 

Les enjeux du développement de l'aide alimentaire

3

 

Une transformation de l'aide alimentaire

4

 

Un modèle remis en question par la régulation européenne

4

 

METHODE DE RECHERCHE ET D'ANALYSE

 

6

1. Méthode de travail

6

 
 

Étude des documents spécialisés et de la littérature sur les épiceries 6

Une observation participante 6

Etude comparative de 5 autres épiceries sociales et solidaires 7

Construction de la grille d'analyse 9

2. Outils d'enquête 9

· Avec qui s'entretenir? Et pourquoi ? 9

· Questionnaire exploratoire 10

I. Genèse, contexte et évolution de l'aide alimentaire 11

1. Repères historiques et évolution des mentalités face à la pauvreté 11

1.1 La pauvreté, une vision relative et abstraite 12

1.2 L'alimentaire comme variable d'ajustement 14

1.3 Le rôle de substitution du monde associatif dans l'aide alimentaire 17

1.4 Une économie plus solidaire pour une aide alimentaire plus efficace 18

2. Evolution de l'aide alimentaire : une aide alimentaire institutionnalisée

2.1 La Fédération des Banques Alimentaires

2.2 L'ANDES

19

20

19

2.3 Une institutionnalisation impulsée par des militants

22

 

3. Les évolutions du contexte européen : un nouveau programme de l'aide

alimentaire

 

23

3.1 Un nouveau programme qui fait débat

23

 

3.2 L'émergence de dérives économiques

24

 

4. En 2014 : une aide alimentaire qui montre ses limites

 

26

5. Développement des épiceries sociales et solidaires

 

27

Il.

5.1 Tentative de définition d'une épicerie sociale et épicerie solidaire

5.2 Contexte et développement des épiceries sociales et solidaires

Cadrage théorique et fonctionnement des épiceries sociales et solidaires

1. Cadrage théorique des épiceries sociales et solidaires

1.1 Les épiceries : des organisations économiques aux multiples dimensions

1.2 La dimension de l'entrepreneuriat social

2. Fonctionnement et organisation des épiceries sociales et solidaires

2.1 Une mixité des ressources

2.2 Les richesses humaines : la coexistence de salariés et bénévoles aux tâches

multiples

 

28 3o

33

33

35

36

36

38

2.2.1 «Au-delà de l'épicier», des métiers multiples

38

 

2.2.2 Des salariés aux parcours professionnels atypiques

40

 

2.2.3 Le bénévole, une dynamique indispensable

41

 

2.3 Une organisation du travail et des horaires très hétérogènes

 

42

2.4 Horaires et accueil du public

 

43

2.5 La fixation du prix ou de la « part icipat ion solidaire »

 

44

La santé à tout « prix »

45

 

2.6 Approvisionnement : une multitude de solutions alternatives 46

2.7 La production des épiceries, une source de « bénéfices collectifs » 5o

3. Le public des épiceries : différents profils et modes d'accès 52

3.1 Analyse des modalités de chacune des approches d'accueil 52

3.2 Les deux approches 54

3.2.1 Approche d'accueil orienté vers un public précaire 54

3.2.2 Approche public mixte 56

Ill. Présentation de la grille d'analyse 58

IV. Présentation des résultats des recherches à partir des entretiens et observations 62

1. Les différents types d'épiceries sociales et solidaires

1.1 Epicerie de type A -- Logique « conviviale » ou « de partage »

1.2 Les épiceries de type B -- Logique sociale

62

66

62

1.3 Les épiceries de type C -- Logique marchande ou «élitiste»

69

 

2. Synthèse des types

 

72

3. Retours des entretiens avec les professionnels des épiceries

 

73

3.1 Vision de l'acteur de terrain : porteur de projet, directeur ou coordinateur,

salarié

74

 

3.2 Percept ion des travailleurs sociaux

81

 

3.3 Avis de l'usager

83

 

4. Discussion autour de l'al imentat ion

 

86

CONCLUSION

 

89

Bibliographie

 

94

Table des matières

 

99

Liste des Tableaux et Schémas

 

102

Table des annexes

 

103

Liste des Tableaux et Schémas

Tableau 1: Evolution des formes d'aide alimentaire à travers la vision de la pauvreté

p. 16

 

Image 1: Carte des ES adhérentes du réseau ANDES

p. 31

Schéma 1: Schéma générique d'une épicerie sociale ou solidaire

P. 57

Tableau 2 : Grille d'analyse d'une épicerie

p. 61

Tableau 3 : Les différents types d'épicerie sociale et solidaire

P. 73

Table des annexes

Annexe 1: Suivi visites et entretiens

Annexe 2 : Grille d'entretien adhérent

Annexe 3 : Grille d'entretien travailleur social

Annexe 4 : Grille d'entretien porteur de projet

Annexe 5 : Extrait d'un avis de marché public d'aide alimentaire

Annexe 6 : Extrait d'un avis de marché public d'aide alimentaire

Annexe 7 : Charte de l'ANDES

Annexe 8 à 13 : Schémas des différentes épiceries

Annexe i

Suivi visites terrain - MÉMOIRE Master II RH ESS- 2013 /2014 - Mathieu GROS

Nom Epicerie ou organisme

Asso/ CCAS

Adresse

Commune

Contact ou responsable

Mail

Téléphone

Date d'entretien ou de visite

 
 
 
 
 
 
 
 

to Courte Echelie

Asso

176, route de mailla ne

St Remy (13)

François Sand oz

 

04 13 3983 10

29/01/2014
Et le 07/07/14

Garrigues

Asso

164 traverse Saint Jean

St Maximin (83(

Mathieu Galand

osso.garrigues@free.fr

0494599563

10/07/14

La Boutique Sociale (CASIM)

Asso

36, rue roger brun

Marseille Sème

Clara Guez

 

0491259345

07/07/20149h30

L'atelier de Mai

CCAS

avenue joseph Lafond

Aubagne (13(

Severine Rimes

 

0442181708

06/02/201413830

Croix-Rouge Baille

Association

boulevard Raille

Marseille Sème

Laurence

 

04 91 71 94 20

Pas de réponse

Arme Llrudiquet

CAF

Epicene Endoume

 
 
 
 

29/06/14

guais Pappalardo

CCAS

Epicerie Endoume

 
 
 
 

02/07/14

cars Tourves

CCAS

 
 
 
 

494729301

refus

cars St Remy provence

CCAS

 
 
 
 
 

pas de retour

Sorrio

Adhérente

Epicerie Endoume

 
 
 
 

1S/07/14

Annexe 2

Grille d'entretien en direction des adhérents, clients

Caractéristique du modèle générique d'une épicerie :

Comment avez-vous pris connaissance de l'existence des épiceries solidaires ou sociales?

Avez-vous déjà été dans d'autres épiceries ?

Comment avez-vous été orienté ? Par qui ?

Pourriez-vous définir ce qu'est une épicerie sociale ou solidaire ? Et pourquoi ?

D'après vous, quelles sont les finalités/objectifs d'une épicerie solidaire ou sociale ?

Caractères communs et/ ou distinctifs des différentes épiceries solidaires :

Publics et accès

D'après vous, quel type de public peut accéder à une épicerie solidaire ?

Que pensez-vous du ou des critères d'accès ?

Saviez-vous qu'il existe des épiceries qui accueillent un public mixte (clients et adhérents) ? Qu'en pensez-vous ?

Que pensez-vous de la durée d'accès à une épicerie solidaire ? Pourquoi ? Accompagnement social

Que pensez vous des épiceries qui proposent un espace d'accueil convivial (café, journaux, etc.) ? Pourquoi ?

Que pensez-vous de la présence ou non des ateliers thématiques? Quels bénéfices en tirez-vous?

Quel regard portez-vous sur le travail d'accompagnement social d'une épicerie (entretien d'accès, entretien de sortie, fiche de suivi, etc.)? N'est-ce pas similaire au travail d'une assistante social ou CESF ?

Richesses humaines

Pensez-vous que l'équipe de salarié est suffisante ?

Avez déjà rencontré des bénévoles de l'épicerie ?

Souhaiteriez-vous également devenir bénévole voir salarié d'une épicerie ?

Financement et modèle économique

Savez-vous comment sont fixés les tarifs appliqués en épicerie solidaire ?

Qu'en pensez --vous ?

Produits

Que pensez-vous de la diversité des produits disponible en épicerie solidaire (fruits et légumes,

produits frais, etc.) ?

Et de la qualité des produits?

Avez-vous connaissance du circuit de distribut ion de ces produits ?

Que pensez-vous des produits issus de l'aide alimentaire en France ?

Territoire et synergie

Savez-vous avec quels partenaires travaille une épicerie ?

Les avez-vous déjà rencontrés sur l'épicerie ? Comment ?

Grille d'entretien en direct ion des travail leurs sociaux

Caractéristique du modèle générique d'une épicerie :

Comment avez-vous pris connaissance de l'existence des épiceries solidaires ou sociales?

Travaillez-vous avec plusieurs épiceries ?

En quoi consiste la relation avec une épicerie ?

Comment s'effectue le repérage des personnes et son orientation ?

Pourriez-vous définir ce qu'est une épicerie sociale ou solidaire ? Et pourquoi ?

D'après vous, quelles sont les finalités d'une épicerie solidaire ou sociale ?

Caractères communs et/ ou distinct ifs des différentes épiceries solidaires :

Publics et accès

Quel type de public orientez-vous dans les épiceries ?

Existe-t-il des critères d'accès spécifiques pour chaque épicerie ? si oui, sous quelles formes ?

Pensez-vous que le critère du « reste à vivre » soit suffisant?

Que pensez-vous de la présence ou non de commission d'accès?

Que pensez-vous des épiceries qui accueillent un public mixte (clients et adhérents) ?

Que pensez-vous de la durée d'accès à une épicerie solidaire ? Pourquoi ?

Accompagnement social

Que pensez-vous des épiceries qui proposent un espace d'accueil convivial (café, journaux, etc.)? Pourquoi ?

Avez-vous connaissance des ateliers thématiques proposés par certaines épiceries? si oui, qu'en pensez-vous ?

Quel regard portez-vous sur le travail d'accompagnement social d'une épicerie (entretien d'accès, entretien de sortie, fiche de suivi, etc.) ? N'est-ce pas concurrent à votre travail d'assistante social ou CESF ?

Richesses humaines

Comment jugez-vous les conditions de travail des salariés des épiceries (horaires, lieu de travail) ?

Financement et modèle économique

Savez-vous comment sont fixés les tarifs appliqués en épicerie solidaire ? Qu'en pensez --vous ?

Produits

Que pensez-vous de la diversité des produits disponible en épicerie solidaire (fruits et légumes, produits frais, etc.) ?

Avez-vous connaissance du circuit de distribut ion de ces produits ? Que pensez-vous des produits issus de l'aide alimentaire en France ? Territoire et synergie

Avez-vous des liens avec les autres principaux partenaires/prescripteurs qui soumettent ou envoient des adhérents?

Quelles modalités de partenariat avez-vous avec les épiceries avec qui vous travaillez ?

Grille d'entretien en direction des épiceries sociales et solidaires

Caractéristique du modèle générique d'une épicerie :

Qui est à l'origine du projet?

Pour quelle raison ce projet a-t-il été mis en place ?

Comment avez-vous pris conscience des besoins du territoire ?

Quel les sont les finalités visées par votre structure ?

Quelles valeurs défendez-vous ?

Quels sont les partenariats qui ont permis de faire aboutir le projet?

Pensez-vous que vous être une épicerie sociale ou solidaire ? Et pourquoi ?

Caractères communs et/ ou distinctifs des différentes épiceries solidaires :

Publics et accès

Pour quel type de public votre épicerie a-t-elle été créée à l'origine ?

Quel type de public est accueilli aujourd'hui ?

Quelle répartition y a-t-il dans le type de revenus (rsa, chômage, etc.) ?

Avez-vous mis en place des critères d'accès à l'épicerie ? si oui lesquels ? Comment procédez-vous ?

Accompagnement social

Avez-vous mis en place un espace ou lieu d'accueil convivial (table, chaises, café ou thé, journaux, jouets,

etc.) ?

Proposez-vous des ateliers thématiques aux adhérents ? si oui, lesquels et à quel rythme ?

Avez-vous un espace d'information social au sein de l'épicerie (documentations, affiches, etc.)?

Avez-vous mis en place des outils de suivi (fiche d'adhérent, entretien, etc.)? si oui, lesquels et à quelle

fréquence ?

Richesses humaines

Combien de salariés travaillent au sein de l'épicerie (plein temps ou temps partiel) ?

Combien de bénévoles aident au développement du projet ?

Dans quelles conditions s'opère le travail au quotidien ? Horaires, lieu de travail, salaire ?

Financement et modèle économique

Quels sont les liens entretenus avec les partenaires institutionnels (associations, collectivités locales et

territoriales) ?

Quel est le pourcentage des fonds publics dans le budget de votre épicerie ?

Comment est financé le reste du budget ? Quel les modalités sont mise en place ?

Quel est votre budget annuel ?

Pratiquez-vous des tarifs différenciés selon des critères ? si oui, lesquels ?

Avez-vous des partenariats financiers avec les agriculteurs locaux, ou autres fournisseurs?

Avez-vous des activités complémentaires développés ? des services ?

Produits

Quels sont les types de produits vendus au sein de l'épicerie ?

Quelle est la provenance des produits (agriculteurs locaux, banque alimentaire, autres)? et dans quelle

proportion ?

Instaurez-vous une limitation dans la quantité disponible pour chaque adhérent?

Territoire et synergie

Quel est le territoire sur lequel est développée l'épicerie ? Pourquoi ?

Quel a été votre plan de communication pour vous faire connaitre ?

Quels sont les principaux partenaires/prescripteurs qui vous soumettent ou envoient des adhérents?

Quels sont vos principaux partenaires opérationnels, avec qui vous menez des actions ?

Quel les modalités de partenariat avez-vous avec vos fournisseurs et partenaires ?

Annexe 5

 

BOAM Pfr

..wt.. Amin, . h.,nr, e rutruuuQur 7LARLAJ513

Bulletin officiel des annonce des rnarchOs publics

SA PAULDISC:HAMP ZA de la Vemede, F--63530 Sayat_ VA) Informations sur le montant dry marché

V.5) Le marche est susceptible d'âtre sous-traité : Lat aa° : 165

Intitulé .- En contrepartie de 7072:394 tonnes d'orge d'intervention stockées ea France_ fourniture de gateau de semoule nappage caramel_

V.1) Date d'attribution du marche = 22 mars 2011

V.2) Nombre d'ogres reçues : 4

V_3) Nom et adresse de d ôperateur économique err faveur duquel une decision d'attribution du marche a été. prise

SA PAULDISCHAMP, ZA de la Veruede, F-,63530 Sayat_

V_4) Informations sur le montant dry marche V.5) Le marche est susceptible d'âtre sons-traité : Lat h°: 105

Intitulé : En contrepartie de 3462,252 tannes d'orge d'intervention r oc rées en France. fourniture de farine type 65.

V.1) Date d'attribution du njar.rhe : 22 mars 2011

V.2) Nom bre d'offres reçues : 4

V3) Nom et adresse de l'opérateur économique en faveur duquel rare decision d'attribution dry marché a été prise :

SFRC_. 220_ chemin Saint Jean du Disert_ F-.13012 Marseille_ V.4) Informations saur le montant du marche :

V.5) Le marche est susceptible d'âtre sons-(raite :

Lat u°:111

IMtifr~2é : En contrepartie de 30843.695 tonnes d'orge d'inten-entian stockées en France. faura.iture

Annexe 6

M

lido.
· Épürl
· Fryryrn4/
B A m

REeueuire FwAnçm de

Pfr

Bulletin officiel des annonces des marchés publics

V.1) Date d'attribution du marché : 12 juillet 2012

V.2) Informations sur les offres : Nombre d'offres reçues : 6

V.3) Nom et adresse de l'opérateur économique auquel le marché a été attribué : CELTIGEL, ZA des 4 voies

B.P 23 - PLELO, F-,22170 Châtelaudren.

V.4)

Informations sur le montant du marché : Estimation initiale du montant du marché :

Valeur : 349 114,00 EUR. hors TVA.

V.5) Informations sur la sous-traitance : Lot n° : 336

Intitulé : Ratatouille

V.1) Date d'attribution du marché : 18 juillet 2012

V.2) Informations sur les offres : Nombre d'offres reçues : 4

V.3) Nom et adresse de l'opérateur économique auquel le marché a été attribué :

Société Française des Riz de Choix (SFRC), 220, chemin saint jean du désert, F-,13012 Marseille.

V.4) Informations sur le montant du marché : Estimation initiale du montant du marché :

Valeur : 1 061 608,97 EUR. hors TVA.

V.5) Informations sur la sous-traitance : Lot n° : 337

Intitulé : Riz long étuvé

page 21

Annexe 7

111

Charte
du réseau national des épiceries sociales et solidaires A
·N
·D
·E.S.

Missions de l'association nationale

 

Missions de l'épicerie sociale/solidaire

 
 

Créée en avril 2000, l'A.N.D.E.S. est le réseau national des épiceries sociales et solidaires. Sa mission est de favoriser l'accessibilité d'une alimentation diversifiée et de qualité, et de promouvoir l'accès au droit commun des personnes en situation de difficulté financière. L'association soutient le développement des épiceries sociales et solidaires et leur implantation durable.

Ellefavorise une dynamique collective et les échanges au sein du réseau.

Principes de fonctionnement

Art. 1 Liberté de choix

L'épicerie sociale/solidaire se présente comme une épicerie classique: les produits y sont proposés en libre-service. Les adhérents sont des clients autonomes e1 responsables qui font leurs courses librement. Les bénévoles e1 salariés restent disponibles à la demande des adhérents,

Art. 2 Diversité des produits

Afin de répondre aux besoins alimentaires des adhérents, l'épicerie propose une gamme diversifiée de produits de qualité, répartis dans 7 grandes catégories alimentaires fruits e1 légumes, féculents, produits laitiers, viande/poisson/veuf, matières grasses, boissons, produits sucrés,

L'épicerie veille à proposer des produits frais.

Elle propose également des produits d'hygiène e1 d'entretien de la maison,

Idéalement, elle dispose au minimum de 100 références de produits.

Art. 3 Accès à l'épicerie sociale/solidaire

Les adhérents de l'épicerie sont des personnes rencontrant des difficultés budgétaires diverses.

Ils accèdent à l'épicerie pour une durée déterminée

· en fonction de critères financiers,

· en s'engageant dans un projet personnel.

L'accès à l'épicerie est validé par une commission d'attribution. Pour éviter les préjugés, les situations sociales sont soumises anonymement lors de cette commission.

Art. 4 Participation financière

Chaque adhérent se voit attribuer un montant d'achats en fonction de la composition de son foyer et s'acquitte d'une participation financière inférieure ou égale à 30% de la valeur marchande des produits.

Art 5 Confidentialité

Le respect de la dignité des personnes, la confidentialité, la bienveillance et le non jugement sont des règles incontournables. Les salariés et bénévoles s'engagent à ne pas divulguer des informations confidentielles et personnelles sur les adhérents.

CHARTE ADOPTÉE LORS DLI CONSEIL D'ADMINISTRATION Du 31/03/2012

La mission de l'épicerie sociale/solidaire est de contribuer à l'insertion durable des personnes en situation de difficulté financière e1 de faciliter leur accès au droit commun.

Elle propose une aide alimentaire participative et de qualité, respectueuse de la liberté de choix et de la dignité de l'Homme.

C'est un lieu de sociabilité, d'écoute et de partage, qui valorise les compétences e1 les savoir-faire des personnes accueillies e1 contribue à restaurer la confiance e1 l'estime de soi.

Tous les membres de l'épicerie veillent au respect des principes de fonctionnement énoncés dans la charte. Ils s'engagent à tout mettre en oeuvre pour atteindre les objectifs de la charte et à rendre compte annuellement de son application.

Les utilisateurs des épiceries adhèrent au projet et à la charte ; de ce fait, ils sont désignés ici par le terme adhérents v.

Art. 6 Accueil, convivialité, lien social

L'épicerie sociale/solidaire est, par définition, un lieu chaleureux, facilitant la création de liens,

La file active de l'épicerie doit être maîtrisée pour permettre l'accueil individualisé et les échanges avec chaque adhérent L'épicerie propose un espace de convivialité où adhérents, bénévoles, salariés et travailleurs sociaux peuvent se retrouver, échanger, s'informer et tisser des liens.

Art. 7 Égalité des adhérents

L'épicerie sociale/solidaire est un lieu apolitique et laïque. Tous les adhérents peuvent se prévaloir des services de l'épicerie, sans distinction aucune, notamment d'origine, de couleur, de religion, de sexe, ou d'opinion.

Les seuls critères qui déterminent l'accès à l'épicerie sont ceux cités à l'article 3.

Tous s'engagent à respecter les différences et les opinions de chacun.

Art. 8 Travail en réseau

L'épicerie s'inscrit dans le tissu social et économique local e1 agit en complémentarité avec les acteurs du territoire,

C'est un outil d'accompagnement social des adhérents,

L'épicerie travaille en réseau avec les partenaires associatifs et institutionnels (Conseil Général, CCAS, CIAS, CPAM, CAF, centres hospitaliers, associations diverses...) pour :

· l'orientation des adhérents,

· l'apport d'informations et l'organisation d'actions autour de la santé, de l'alimentation, du bien-être, du logement, de l'emploi, des activités culturelles, de la parentalité.,.

· l'accès au droit commun.

Art. 9 Implication des adhérents

Dans un objectif de réelle citoyenneté, l'épicerie sociale/solidaire proposera aux adhérents de prendre une part active dans l'organisation et le fonctionnement de la structure (lieu de parole et de représentation des adhérents, Assemblée Générale, Conseil d'Administration...). La participation se fait sur la base du volontariat.

Art. 10 Sécurité alimentaire et traçabilité

L'épicerie s'engage à respecter la réglementation en vigueur et à faciliter les contrbles.

Elle doit assurer la traçabilité physique et comptable des produits proposés et garantir l'hygiène e1 la sécurité alimentaire.

Annexe 8

Schéma - Epicerie solidaire de la Courte Echelle

Orientation du public Animation d'ateliers Présence en commission

Conception outils de gestion (logiciels) Informations, documentations Financements

EPICERIE

- Salariés

- Bénévoles

Investissement en logiciel de gestion

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

Doti! d'aide alimentaire

de

Ventes de produits Services sociaux

PUBLICS

Mixité

- Clients et adhérent

PRESCRIPTEURS SOC IA

CCAS

PARTENAIRES RESSOURCES

- Fondations

- Entreprises privées lucratives - ANDES

Rapport d'activité annue!

Réponses t des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Approvisionnement en produits

Financement Réglementation Agrément NO de locaux

Achats des produits

iFOURNISSEURS

Circuit-court

- Producteurs locaux

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales

Annexe 9

Schéma 2 --Boutique Sociale du CASIM Marseille

Rapport d'activité moue]

Réponses à des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Approvisionnement en produits (ventes, dons)

Financement Réglementation Agrément Prêt de locaux

PRESCRIPTEURS SOCIAUX Interne

EPICERIE

- Salariés

- Bénévoles

-Assistante sociale14 Ou

- Conseillère économique sociale et familiale

Achats ou récupération des produits (dons)

Formations Animations d'ateliers

Conception outils de gestion (logiciels) informations, documentations Financements

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

- Europe

FOURNISSEURS

- Banques alimentaires -A.N.D.E.S.

- Invendus grandes surfaces

l

Formations du personnel Investissement en logiciel de gestion

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

TENAIRES RESSOURCES

ANDES

CODES

Associations culturelles, spécialisés

Fondations

Entreprises privées lucratives

Ventes de produits Services sociaux

Demande d'aide sociale

PUBLIC

- Adhérents

(public précaire uniquement)

Annexe io

Orientation du public Animation d'ateliers Présence en commission

Conception outils de gestion (logiciels) Animation ateliers Informations, documentations Financements Formations

Ventes de produits Services sociaux

9ppV vo ~!

Schéma -- Epicene solidaire du Centre Social d'Endoume

Rapport d'activité annuel

Réponses à des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Financement Réglementation Agrément

Achats des produits

Approvisionnement en produits

Inv estissement en logiciel de gestion

Formation des salariés

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

Outil d'aide alimentaire

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

FOURNISSEURS

- Banque alimentaire 13
-ANDES
- Invendus grandes surfaces
- Dons particuliers

PRESCRIPTEURS SOCIAUX

- CCAS - CAF - PACT 13 - MDS - CG 13

NAIRES RESSOURCES

- Fondations

- Entreprises privées lucratives

- ANDES

- CODES

- Associations

PUBLIC S

Public précaire -Adhérents

Annexe ii

Schéma -- Epicerie solidaire itinérante La Garrigues

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

PRESCRIPTEURS SOC IA

il

- CCAS des communes

-CG 83

Approvisionnement en produits

Rapport d'activité annuel

Réponses à des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Financement Réglementation Agrément

-Agriculteurs locaux

- Grandes surfaces (achat direct)

Logistique

Animation ateliers Informations, documentations

Financements

Formations

Services solidaires annexes (garage, petits travaux, etc.)

Orientation du public

Outil d'aide alimentaire

Ventes de produits Services sociaux

Achats des produits

Formation des salariés

Orientation Public vers service solidaires

TENAIRES RESSOURCES

- Fondations

- Entreprises privées lucratives

- Associations

- Association La Garrigues (gestionnaire)

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

- Europe

Public précaire -Adhérents

Annexe 12

Schéma --Epicerie sociale L'atelier de Mai (CCAS Aubagne)

Rapport d'activité annuel

Réponses à des besoins sociaux per ou mal satisfait

Approvisionnement en produits (ventes, dons)

Achats ourécupération des produits (dons)

Financement Réglementation Agrément PrIt de locaux

EPICERIE

- Salariés

- Bénévoles

Formations du personnel Investissement en logiciel de gestion

Formations

Animations d'ateliers

Conception outils de gestion (logiciels) Informations, documentations Financements

NAIRES

S

Repérage

Orientation du public

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

- Europe

FOURNISSEURS

:anques alimentaires

- A.N.D.E.S.

- Invendus grandes surfaces

- Grande surface (achat direct)

11111

PRESCRIPTEURS SOC IAUX

Interne

-Assistante sociale
·

Ou

- Conseillère économique sociale et familial

Ventes de produits

 
 
 

Services sociaux

 

- AND ES

SCRIPTEURS SOCIAUX

 
 

RESSOURCE)

- COD ES

Externe

 

Adhésion

- Asso dations

 
 

Achats des produits

- Fond arions

 

Demande d'aide sociale

Utilisation des services sociaux

- Entreprises privées lucratives

- CG13

 
 
 

- MDS

 
 
 

- CAF

 
 

-Associations

 
 

PUBLIC

-Adhérents

(public précaire uniquemen

Annexe 13

Repérage

Orientation du public

Conception outils de gestion (logiciels) Animation ateliers Informations, documentations Financements Formations

Ventes de produits Services sociaux

cippVvo ai

Schéma -- Epicerie sociale de la Croix-Rouge (Marseille)

Rapport d'activité annuel

Réponses à des besoins sociaux peu ou mal satisfait

Financement Réglementation Agrément

Achats des produits

Approvisionnement en produits

lov estissemeot en logiciel de gestion

Formation des salariés

Adhésion

Achats des produits

Utilisation des services sociaux

Outil d'aide alimentaire

POUVOIRS PUBLICS

- Collectivités locales

- Collectivités territoriales - Etat

FOURNISSEURS

- Banque alimentaire 13
-ANDES
- Invendus grandes surfaces
- Dons particuliers

PRESCRIPTEURS SOCIAUX

- CCAS - CAF - MDS - CG 13

TENAIRES RESSOURCES

- Fondations

- Entreprises privées lucratives - ANDES

- Associations

PUBLIC S

Public précaire -Adhérents

Mots clés : aide alimentaire, pauvreté, précarité, épicerie sociale et solidaire, typologie

Aix-Marseille Université

Faculté d'Économie et de Gestion

el7 ( Faculté d'Économie

et de Gestion

Ai x
· Marseille U niversITO

MASTER RH-ESS : organisation et projet

Les Epiceries Sociales et Solidaires : histoire et typologie

Vers une typologie à partir du cas des Bouches du Rhône

Auteur : Mathieu GROS Septembre 2014

Résumé :

De la Grèce antique, avec les premiers élans de philanthropie, à aujourd'hui, avec les Epiceries Sociales et Solidaires, l'aide alimentaire a traversé les siècles sous différentes formes. Ces épiceries « pas comme les autres », qui font de l'aide alimentaire «autrement», ont un fonctionnement différent et peuvent être classées par type. Les préjugés de la société sur la pauvreté, la précarité ou encore l'alimentation, évoluent grâce au travail quotidien de ces «services de proximité». Il en ressort également d'importants « bénéfices collectifs » pour le territoire sur lequel elles agissent.

Dans les années à venir, l'aide alimentaire, à travers les épiceries sociales et solidaires et avec la régulation européenne, devrait poursuivre sa mutation. Mais sera-t-elle plus responsable ? Plus juste ?