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Le voleur de Georges Darien, ou l?apprentissage du vol littéraire


par Gwladys Choisnet
Université Paris IV - Sorbonne - Master 1 de Lettres Modernes Appliquées 2014
  

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Bibliographie critique

Cette bibliographie critique contient à la fois des thèses consacrées à George Darien et des ouvrages qui m'ont été fort utiles pour former quelques idées, mais qui ne sont pas des études littéraires à proprement parler. Par ailleurs, les études consacrées au roman Le Voleur de Georges Darien sont toutes incluses dans des thèses plus généralistes sur le romancier. Je les ai lues en entier, et j'ai donc écrit ma critique sur la totalité de ces thèses, et non sur des passages consacrés au seul Voleur.

- FEYS Jeanine, La représentation de la société dans les romans de Georges Darien, thèse de doctorat dactylographiée : littérature française. Sous la direction de Pierre Albouy, Université Paris Diderot Paris 7, 1974.

Cette thèse se veut dotée d'une perspective clairement sociologique dans son approche des oeuvres romanesques de Darien. Etude littéraire pionnière dans ce domaine (Darien n'avait fait l'objet que d'une seule biographie par Auriant en 1955), on ne peut donc pas lui reprocher un manque de sources critiques. Par contre, elle privilégie largement les citations des romans étudiés et des analyses paraphrastiques de celles-ci plutôt que d'avoir des problématiques développés en profondeur sur l'ensemble de sa thèse. La première partie, intitulée « Les romans et le réel » « vérifie » les faits relatés dans chaque roman de Darien : faire la liste des évènements en arrière-plan ne me paraît pas essentiel quand on étudie de la fiction romanesque, c'est-à-dire un univers créé par le romancier qui s'inspire en partie seulement de la société de son temps. Comme Jeanine Feys le dit elle-même : « cet ouvrage [Le Voleur] prend ses distances avec le réel et n'entretient avec lui que des rapports épisodiques ». La deuxième partie, « la vision sociale de Darien » est consacrée aux réflexions développées par Darien sur certaines institutions, comme l'armée, l'Eglise, la bourgeoisie parlementaire et financière. Elle fait du Voleur le roman d'une révolte contre ces instances, si bien qu'il devient, sous la plume de Jeanine Feys, une succession de micro-conflits. Cette partie m'apparaît être un catalogue de petites synthèses sur les différents aspects de la société dans les romans de Georges Darien, plutôt qu'une réflexion argumentée courant sur la longueur.

Dans la troisième partie, intitulée « L'individu et la société », elle analyse la symbolique des passages relatifs à l'enfance et aux interdits sociaux. Le Voleur n'est plus beaucoup cité, si ce n'est pour commenter les images métaphoriques qui illustreraient la morale bourgeoise chrétienne dans un monde social figé et pétrifié (sic). L'ensemble de la thèse me paraît avoir un parti pris teinté de marxisme anticlérical, conduisant à des amalgames entre bourgeoisie et Eglise catholique (voir notamment la fin de la deuxième partie et la conclusion de la thèse : Darien a 3 fondamentaux dans ses romans : « une exigence morale rigoureuse, un patriotisme intransigeant et ardent, et enfin une haine profonde, protestante, dirions-nous, contre l'Eglise catholique, apostolique et romaine »), alors que Darien critiquait toutes formes de pouvoirs religieux conduisant à l'oppression de l'individu au prétexte du bien commun, qu'ils soient catholiques ou protestants.

- TERRONE Patrice, L'Individu dans l'oeuvre romanesque de Georges Darien, thèse  de  doctorat sous la direction de Pierre Glaudes, Grenoble  3, 1992.

Patrice Terrone a écrit une étude toute en finesse des oeuvres romanesques de Darien, ou le Voleur occupe une place importante. Sa première partie étudie le personnage qu'est Darien : comment l'auteur se met en scène dans ses romans, comment il donne à ses personnages certains de ses traits de caractère ou certains souvenirs d'enfance. La deuxième partie étudie l'idéologie individualiste anarchiste qui imprègne ses oeuvres : en présentant d'abord les sources de sa pensée anarchiste (Proudhon et Stirner), Patrice Terrone expose les divergences d'idéologie apparaissant dans ses romans. Darien veut être à tout prix libre de toute influence, et pousse ses héros à faire de même. Sa troisième partie étudie l'écriture de Darien, et donne des propositions pertinentes pour expliquer l'ironie mordante ou la préface étonnante que l'on retrouve dans le Voleur. On pourrait reprocher à Terrone de vouloir à tout prix déceler des velléités révolutionnaires derrière chaque phrases de Darien (« à quoi bon annoncer la fin d'une société décadente si Darien ne propose pas d'alternative? » est une critique que l'on retrouve souvent) mais sa thèse offre par ailleurs une étude complète et très enrichissante sur l'écrivain inclassable qu'est Georges Darien.

- GREAU Valia, Darien et l'anarchisme littéraire, Tusson, Du Lérot, 2002.

Contrairement aux études de patrice Terrone et Jeanine Feys, qui privilégient l'analyse de l'oeuvre romanesque selon un point de vue thématique, cette étude propose un regard sociologico-historique sur tous les écrits de Darien : la thèse découpe chronologiquement sa vie et observe son engagement anarchiste au travers du témoignage que constituent ses écrits (romans, pièces de théâtres, pamphlets, brochures, articles de presse, et correspondance personnelle). Du jeune libertaire à l'écrivain individualiste, en passant par le militant anarchiste, Valia Gréau analyse précisément les subtilités de la pensée anarchisante de Darien. Elle fait du Voleur une étape importante dans son engagement anarchiste : pour elle, ce roman marque le début de la critique de l'anarchisme. En effet, Darien finit par prendre ses distances avec le courant politique, tout en revendiquant (comme Randal, son « double littéraire ») une liberté extrême, allant jusqu'à caricaturer un théoricien anarchiste dans les pages du Voleur. Elle consacre une sous-partie sur la finalité du roman et de la révolte de Randal, en démontrant que si le Voleur parvient à se libérer et à trouver sa rédemption, c'est parce qu'il s'est mis à écrire ses mémoires

- REDFERN W. D., Georges Darien: Robbery and Private Enterprise, Amsterdam, Rodopi, 1985.

Chaque partie de cet ouvrage anglais est consacrée à un roman : on peut regretter que cette disposition interdise des comparaisons entre les oeuvres de Darien, mais Redfern peut ainsi se concentrer sur tous les aspects du Voleur quand celui-ci est abordé. Le chapitre qui lui est consacré s'intitule : « Two-way robbery : le Voleur » L'analyse est construite linéairement, et est brillamment ponctuée de citations appropriées ; elle allie explications littéraires et historiques pour montrer à quel point ce roman regorge de symboles et de lectures ambivalentes. Seul bémol à apporter : Redfern dresse un catalogue des personnages masculins puis féminins, mais ne propose pas une étude transversale pour démontrer comment ils sont tous liés au protagoniste. Vers la fin de son étude, Redfern propose une idée très intéressante sur la fonction du narrateur dans le roman : « Robbery, in this novel, is practised also on the reader : he is relieved of his breath and his expectations. »205(*) (p 153).Il montre en fait que l'écriture de Randal se veut une osmose entre son passé et son présent : il se met en scène dans ses mémoires pour s'inventer une autre personnalité littéraire. La conclusion de l'étude s'attache à explorer toutes les facettes du personnage de Randal, en dessinant des comparaisons avec les écrivains influencés par Darien, comme Gide, Sartre, Genet, et bien sûr Maurice Leblanc et Hormung, créateur de Raffles206(*). Il en fait donc un écrivain profondément attaché à démêler les problématiques de son époque, comme tous les autres écrivains réalistes qu'il cite.

- CONGOSTE, Myriam, Le Vol et la Morale, Toulouse, Anacharsis Editions, coll. Les Ethnographiques, 2012.

Il s'agit d'une enquête anthropologique mené dans la banlieue de Bordeaux, centrée sur un voleur nommé Youchka. Pour donner à son enquête anthropologique une ouverture littéraire et mythique, l'auteur propose une comparaison entre son voleur, celui de Darien et de Jean Genet. « L'oeuvre de deux romanciers, qui ont remarquablement décrit dans un cadre fictif ce à quoi j'étais confronté dans la réalité, m'aidera à ébaucher le portrait du voleur qu'est Youchka »207(*) . Si la comparaison paraît un peu trop rapide (rapidité parfaitement compréhensible : après tout, nous sommes là pour lire le quotidien de Youchka, pas celui de personnages fictifs), elle a le mérite d'ouvrir sur des réflexions pertinentes quant à la parole du voleur, son sens de la communauté et son rapport à la morale, réflexions dont je me suis inspiré pour les appliquer au roman de Darien. La modernité de sa pensée est d'ailleurs démontrée par Myriam Congoste : « 'Mais entendons-nous bien... Et puis, à quoi sert-il que l'on s'entende ?'208(*) Voilà une phrase que j'aurais pu prononcer à chaque fois que je rencontrais Youchka et qu'il était question entre nous de prendre en compte la version de celui qui est volé, ou d'évaluer le problème que pose le vol à la société dans son ensemble »209(*). C'est cette modernité qui fait tout l'intérêt pour cette anthropologue, et pour tous les lecteurs de Darien aujourd'hui.

- HENRY Dorothée, Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur : un nouveau type de personnage ?, Thèse de doctorat : littérature française. Sous la direction de Daniel Compère, Paris III, 2007.

Cet ouvrage propose un panorama complet des romans d'Arsène Lupin, et s'interroge dans un premier temps sur ses influences : le Voleur de Darien y est comparé au légendaire gentleman- cambrioleur. Seul huit ans séparent Le Voleur de la première nouvelle où apparaît Arsène Lupin, et il est très difficile de dire si Maurice Leblanc avait lu Darien. Pour Dorothée Henry, Georges Randal marque un tournant littéraire : c'est une figure crée de toute pièces, mêlant anarchisme et dandysme, qui revendique l'action illégale comme moyen de survie. Contrairement à Darien, Maurice Leblanc se voulait détaché de toute considération politique (le mot « anarchie » est soigneusement évité dans les romans et nouvelles qui composent l'univers d'Arsène Lupin), et donne à voir par comparaison un Georges Randal précurseur du type du gentleman-cambrioleur. Sa désinvolture et son individualité extrême le rapproche du légendaire Arsène Lupin, mais sa révolte et la fin de ses mémoires - que Dorothée Henry dépeint comme pessimiste - le rende sensiblement différent. Des réflexions très enrichissantes sur l'identité multiple du voleur et sa capacité à se grimer sont exposées. Le reste de l'ouvrage est consacré à la définition du type du gentleman-cambrioleur et aux héritiers de Lupin.

- BANCAUD-MAENEN Florence, Le roman de formation au XVIIIème siècle en Europe, Paris, Nathan, collection 128, 1998.

Destiné à un public plus large que les ouvrages précédemment cités, cette étude propose une présentation des schémas, thèmes et problématiques traitées dans une dizaines de romans de formation datant du siècle des Lumières, Je m'y suis référé surtout dans ma première partie pour montrer combien Randal était l'héritier des héros picaresques de ce sous-genre, au moins pour l'image de lui-même qu'il projette dans sa narration. L'ouvrage se conclut par un rapide panorama sur les genres héritiers du roman de formation : le roman d'apprentissage, type les Illusions perdues, et le roman de formation personnelle du XXème siècle, type A Rebours, de Hyusmans.

- BOSC David, Georges Darien, Paris , éditions Sulliver, 1996.

Cette biographie de Darien a pour but d'analyser en profondeur l'idéologie de l'écrivain, en relation avec ses croyances religieuses et politiques. David Bosc fait tout d'abord un constat de la situation historique et politique de l'époque de Darien, puis s'attache à reconstruire la vie de Darien selon deux problématiques : dans la première partie, c'est la révolte qui prime, et dans la deuxième, la vision prophétique du monde. Cette analyse a pour avantage de mêler des évènements dans la vie de Darien avec des passages pris dans ses romans : Bosc mène une enquête conjointe sur les racines de l'idéologie de Darien et sur celles des personnages qu'il a créés. Parfois confuse, cette analyse mène à des raisonnements aux accents presques mystiques, notamment dans la deuxième partie. Néanmoins, elle a l'audace de relire sa vie à contre-courant des autres biographies dont Darien a fait l'objet (celle d'Auriant est citée à de nombreuses reprises). Les références à la vie littéraire et philosophique de son époque, ainsi qu'aux croyances protestantes et révolutionnaires sont très riches, et m'ont été utiles pour comprendre le système de pensée de Randal.

* 205 « Dans le roman, le vol s'exerce également à l'encontre du lecteur : son souffle et ses attentes sont coupés court ».

* 206E.W.Hornung, Raffles, Penguin, 1976.

* 207 p 101.

* 208 Le Voleur, p 341.

* 209 Le vol et la morale, p104.

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