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La production littéraire tchadienne écrite d'expression française : essai d'analyse sociologique.

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par Robert MAMADI
Université de Ngaoundéré - Master ès Letrres 2010
  

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3.1 Les poètes de renommée internationale

Les guerres et les violences politiques ont poussé des milliers de jeunes tchadiens à l'exil. Pendant la dictature, le manque de liberté et la recrudescence de l'oppression, ces jeunes, témoins de l'histoire sociopolitique retracent dans leurs poèmes les désespoirs et les espérances. Les oeuvres de ceux-ci, bien que produites et éditées à l'extérieur du Tchad, sont pleines du déséquilibre lié à l'éloignement. Quatre poètes au niveau international ont produit huit recueils de poèmes. Bourdette-Donon (2000) reconnait que :

Que ce soit chez Nimrod, qui vit et écrit à Paris, chez Moïse Mougnan et Abdias Nébardoum refugiés à Montréal ou chez Koulsy Lamko, errant entre Lomé,

Limoges et Ouagadougou, on retrouve au niveau des mondes forgés par ces poètes, un même tiraillement généré par leur appartenance souvent conflictuelle, à plusieurs cultures, à des systèmes de valeurs différents. (Bourdette-Donon, 2000 : 17)

Le résultat de l'enquête présente les poètes suivants : Nimrod Bena Djanrang, Koulsy Lamko, Moïse Mougnan, Nébardoum Derlemari Abdias et Nocky Djédanoum. (Annexe 1, question 20).

Le philosophe Nimrod Bena Djanrang est une grande figure en poésie tchadienne. Il s'impose dans ce domaine par Silence des chemins (Pensée universelle, 1987, connu par 10% des enquêtés, Pierre, poussière (Obsidiane, 1989), connu à 20% et Passage à l'infini (Obsidiane, 1999), connu à 10%. Le poète donne sens et vie au silence, celui du départ, de la peur, du découragement. Pour ne pas tomber dans le « silence totalitaire », dans son premier titre, le poète essaye de rendre compte du silence à travers les chemins. Pierre, poussière est l'évocation de la mort, cette mort qui est éternel recommencement. La plaine de Ham est de

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refuge de la mort et l'harmattan est l'agent de celle-ci et l'herbe folle ses vestiges. Le poète est convaincu enfin que tout sur la terre est passage à l'infini, un cycle sans fin.

Koulsy Lamko est dramaturge mais, occupe-t-il une bonne place parmi les poètes grâce à des poèmes engagés qu'il rédige, déclame et place quelquefois dans ses pièces de théâtre. Ces poèmes les plus célèbres sont La Danse du lab et Terre bois ton sang, tous deux parus dans Exil en 1994 et connus respectivement à 15% et 25% des enquêtés. On retrouve également le premier poème dans Mon fils de mon frère (pièce de théâtre). Les jeunes hommes sortis nouvellement de l'initiation dansent au lab. Terre bois ton sang est une chanson des morts errants à la recherche d'une sépulture. Elle est aussi une danse permettant aux revenants de rejoindre leur tombe dans La phalène des collines.

Dans ces poèmes, on découvre une volonté de décrire l'ailleurs pour dissiper les souffrances. Dans Exils, le poète exprime correctement cette révolte en ces termes : « Le Tchad lui-même est un théâtre où se jouent toutes les passions inspirées par Thanatos ! Il y a tout pour bâillonner les muses, les faire s'envoler de toutes leurs petites ailes. Heureux que l'on puisse encore chanter, même dans la douleur» (Koulsy, 1994 : 28)

Moïse Mougnan est le deuxième poète prolifique après Nimrod, mais il est moins lu au Tchad. Ses textes représentatifs Le Rythme du silence et Des Mots à dire (éditions d'Orphée, 1986 et 1987, Montréal) sont cités respectivement à 25% et 10% par les enquêtés. Ces deux recueils combattent de par leur contenu le silence qui est complice selon le poète. Il le substitue par le cri et les mots contre la dictature. Mougnan résume sa pensée inspiratrice dans Le Rythme du silence :

En tant qu'être humain, je ne peux pas être insensible aux malheurs de millions de mes semblables [...]/Je ne peux pas être sourd aux cris de douleur des orphelins, des veuves, des opprimés [...]/ Et en tant que poète, je ne peux pas être silencieux au génocide de mon peuple car mon silence sera synonyme de complicité et de lâcheté. (Mougnan, 1986 : préambule).

Dans Des Mots à dire, c'est toujours le thème de l'engagement, celui-ci est pour le poète, une obligation, un devoir : « Je crierai [...]/ Car de ma bouche sortira toujours une flèche [...]/Alors tous les hommes auront droit au soleil [...]/ Une femme criera « Liberté » [...]/Afin que la terre devienne terre» (Mougnan, 1986, op. cit, in Taboye, 2003: 318). Le poète reconnait qu'ils étaient plus de 500 000 personnes à partir. Mais il est optimiste quant à

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l'issu de ce combat: « A travers les chemins qui vont de Sarh/Moundou/À Abéché/Se construiront des routes qui mèneront à bâtir/Un pays/Nouveau. (Mougnan, 1987,"croire encore" : 20). Ayant constaté que « les routes de l'exil/ ce sont toujours des routes de rupture. / [...] de fracture/ [...] de déchirure» (Mougnan, 1987, "l'Exil": 23), le poète désire, à la même page, être le dernier exilé : « Mon Dieu, faites de moi le dernier exilé de mon pays ! ».

Nébardoum Derlemari Abdias voit en la poésie, une arme pour délivrer les opprimés. C'est pour cela qu'il s'engage aussi fermement que Moïse Mougnan. Abdias avait produit des textes critiques sur l'instabilité politique parmi lesquels Le Labyrinthe de l'instabilité politique au Tchad (Paris, L'harmattan, 1998). Il a d'autres ouvrages, analyses et synthèses de débats à son actif. Cris sonore (édition d'Orphée, Montréal, 1987) est le premier texte qu'il inscrit sur la liste des poètes tchadiens. Dans ce recueil cité par 10% de la population enquêtée, il dénonce la situation catastrophique du pays. Pour Taboye :

Le poète ne fait pas que dénoncer l'imposture, la dictature, il accuse le monde et l'Afrique d'indifférence et de complicité. Il refuse de se résigner, et crie son incompréhension et son impuissance. Il continue d'espérer et l'espoir pour lui réside dans la poésie ; c'est là qu'il crie sa douleur et sa déception (Taboye, 2003 : 290).

Le poète regrette qu' « Il y a un dictateur /Qui fait/Ces millions d'exilés/Ces millions de réfugiés/Ces millions d'apatrides... » (Nébardoum, 1987, "apatride" : 35.) Le poète regrette également que la France put abandonner le Tchad au chaos : « quelle nourrice/ Ne donne que pus/Au nourrisson affamé ?/Dites/Quel pasteur/Ne mène son troupeau/Que par les sols arides ?/ [...] Souffrance de sous-France/ N'en finit et/Souffrance de sous-France/ça saoule la France» (Nébardoum, 1987, "souffrance" :18) Pour ne pas garder le silence complice, le poète préfère écrire un poème qui ne sera fait ni de vers, ni de prose, moins encore de mots, mais de cri, le cri de son peuple. Il estime que ce cris éveillera ceux qui dorment sur les hécatombes des enfants de son peuple sera « Le cri/D'un enfant/Qui criera/LIBERTÉ» (Nébardoum, 1987, "J'écrierai un poème" : 50). Par un "je" maître du discours, le poète ne perd jamais espoir. Puisqu'un dictateur fait partir de millions de personnes, le poète peut défendre ceux-ci : « Puisque j'espère/Je me tiendrai/Devant le tribunal du monde/J'élèverai ma voix/Que ma voix retentisse jusqu'aux extrémités de la terre/

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Je réclamerai/Justice/Paix/Liberté/Pour les millions de coeurs désespérés» (Nébardoum, 1987, "Puisque j'espère" : 20).

L'auteur de la pièce : Illusions, primée par le CTI de RFI, Nocky Diombang Djédanoum est connu dans le monde littéraire par les oeuvres théâtrales et son engagement pour le festival de littérature des arts et médias qu'il dirige depuis 1994 dont il est le fondateur. Dans le cadre du projet collectif « Rwanda : écrire par devoir de mémoire », il écrit Nyamirambo (Lille, Fest'Africa et Bamako, le figuier, 2000, le titre de ce recueil de poème est le nom d'un quartier de Kigali, la capitale rwandaise, et qui veut dire « amoncèlement de cadavres, colline ou montagne de cadavres, et cela bien avant même le génocide de 1994 » (Taboye, 2003 : 332). Ce texte connu par 25% de la population enquêtée fait de lui le poète de la mort, le dénonciateur des crimes. Les évènements de 1994 ont rendu le quartier de tous les espoirs un lieu de désespoir et de haine : « Depuis ce jour d'avril 1994/Où le soleil a éclipsé derrière des collines sans crier gare/ [...]/La terre de nos rêves/Est devenue terre que je peine à nommer » (Nocky, 2000, cité par Taboye, 2003 : 334). Le poète ne désespère pas malgré cette déception, il préfère réorganiser cette terre et donner espoir à ceux qui y vivent. C'est pourquoi il dit à cet effet : « Quoi que je dise/Quoi qu'elle fasse/Terre de tous les noms/Cette terre est mienne» (Nocky, 2000, cité par Taboye, 2003 :334.).

L'analyse faite des poètes et de leurs oeuvres peut se présenter de la manière suivante :

Auteurs

OEuvres

Pourcentage

Achat

Visibilité

Lecture

1

Nimrod Bena Djanrang,

Silence des chemins

 

10

 

Pierre, poussière

5

20

5

Passage à l'infini

 

10

 

2

Koulsy Lamko,

Danse du lab

 

15

 

Terre bois ton sang

 

25

 

3

Moïse Mougnan,

Le Rythme

 

25

 

Des Mots à dire

 

10

 

4

N. Derlemari Abdias

Cris sonore

 

10

 
 

Nocky Djédanoum

Nyamirambo

 

25

 

Tableau V : Les poètes de renom suivis de leurs recueils représentatifs

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"Le doute est le commencement de la sagesse"   Aristote