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Déforestation et dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf: contribution à  une anthropologie du développement


par Gilbert Aboushow NZIE
Université de Yaoundé I - Master recherche anthropologie 2015
  

Disponible en mode multipage

Le présent travail s'intitule « déforestation et dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf : contribution à une anthropologie du développement » Cette partie introductive, fait ressortirla procédure scientifique qui nous a permis de collecter, d'analyser et d'interpréter nos données. Elle est structurée par les éléments développés dans l'ordre chronologique suivant : le contexte de la recherche, la justification du choix du sujet, le problème, la problématique, les questions de recherche, les hypothèses, les objectifs, la méthodologie, l'interprétation, l'intérêt, les limites de la recherche et les difficultés rencontrées.

1. CONTEXTE DE LA RECHERCHE

La question relative à la déforestation, à l'érosion de la biodiversité, à la dégradation de l'environnement, au développement durable, à l'éthique environnementale et à la survie de des peuples autochtones, semblent constituer de nos jours, une préoccupation majeure pour les pouvoirs publics et la communauté scientifique. Elle s'inscrit dans les nouvelles politiques gouvernementales auxquelles, les cahiers de charge imposent une nouvelle vigilance. Déforestation, changement climatique, pollution industrielle, érosion de la biodiversité, matérialisent la manifestation des dangers et alertes résultant d'une action anthropique insoucieuse de l'avenir auxquels notre planète fait face. NKE-NDIH (2008), soutien d'ailleurs que la protection de l'environnement est devenue depuis quelques décennies, une préoccupation majeure pour la communauté internationale.

Au Cameroun, le problème de développement que tente de résoudre les pouvoirs publics depuis des décennies, passe par l'exploitation des nombreuses richesses qu'offre l'environnement. D'ailleurs, WILKIE et LAPORTE (2001), soutiennent que la couverture forestière au Cameroun est considérée comme la meilleure d'Afrique centrale. Cette exploitation implique alors la déforestation et le déboisement dans un cadre légal c'est-à-dire régie par des actes juridiques bien définis par le gouvernement central. Cependant, les zones forestières du Sud et de l'Est, qui ont deux types de populations que sont les Bantu et les Pygmées, sont les deux espaces environnementaux qui couvrent la majeure partie du massif forestier camerounais. Cet état des choses fait de ces deux régions l'un des foyers où la déforestation aux causes multiples s'est installée depuis plusieurs décennies et s'accélère à un rythme très inquiétant. DE WASSEIGE et al.,(2009), pensent que les causes de cette déforestation sont multiples et incluent l'augmentation de la pression démographique, l'intensification des pratiques agropastorales, l'expansion de l'industrie minière ou encore la multiplication des pratiques illégales. Pour certains, la tentation est grande de compter l'ensemble des sociétés forestières.

Comme certaines localités qui disposent d'une richesse forestière considérable, la zone de Lolodorf est une cible de la déforestation. Naturellement dans ce site vivent certaines sociocultures qui ont défini des rapports très liés avec la forêt : Les Nkola/Ngyéli. Pour BAHUCHET, S. et al.,(1999), Des milliers d'êtres humains y vivent et entretiennent avec ces forêts, des relations culturelles, sociales et symboliques, anciennes, intenses et profondes. Ces forêts et ces hommes ont évolué et continuent à évoluer ensemble. Leurs histoires et leurs destins sont étroitement liés.

Dans cette localité, la déforestation est pratiquée de façon légale et illégale par plusieurs acteurs. Qu'il s'agisse des firmes forestières, des acteurs isolés ou des bandes des populations locales et étrangères, les torts causés à la forêt sont énormes. Cependant, les communautés locales qui vivent dans ces forêts comme les Nkola/Ngyéli ou hors de ces forêts comme les Bantu, subissent les effets de cette érosion de la biodiversité sur plusieurs aspects. Mais les plus touchés par ce phénomène sont lesNkola/Ngyéli. Il en ressort dont de cette situation, des changements socioculturels liés à la dégradation de leur cadre naturel de vie. La destruction de la forêt n'étant pas exclusivement une disparition physique, à conséquence environnementale, est aussi une disparition culturelle et humaine et par conséquent, a un effet socioculturel direct sur les communautés qui en dépendent.

Progressivement, des multiples problèmes de survie auxquels les Nkola/Ngyéli font face se font ressentir à vue d'oeil et interpellent tant la communauté scientifique, les organismes d'aides que les pouvoirs publics. L'érosion de la biodiversité qui s'accélère de façon terrifiante dans leur milieu naturel semble ne plus favoriser efficacement leur système de vie. Inévitablement, leur culture est contrainte à des dynamiques de plusieurs ordres afin de s'accommoder aux réalités environnementales devenues hostiles et appauvries. Au regard de tout ce qui précède, nous voulons inscrire notre recherche, dans une approche socioculturelle afin d'évaluer l'impact de la déforestation sur la culture des Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

2. JUSTIFICATION DU CHOIX DU SUJET

Deux raisons majeures justifient le choix de notre sujet. La première est personnelle et la seconde est scientifique.

1. 2-1. Raison personnelle

Nous avons passé notre enfance à Nkouambpoer I, un des villages de l'arrondissement de Lolodorf qui abrite dans ses forêts, des campements Nkola/Ngyéli. Nous avons presque vécu au quotidien en voyant de moins en moins les activités intenses de déforestation et en percevant les modes de vie des Nkola/Ngyéli s'arrimer à l'abondance des richesses que leur procurait ce cadre naturel de vie. Mais au fur et à mesure où l'exploitation de la forêt va grandissante et par conséquent dégrade progressivement la forêt de ses ressources animales et végétales, les modes de vie des Nkola/Ngyéli changent également. Ces peuples qui vivaient de la chasse, la cueillette et du ramassage le font de moins en moins. De nos jours où ce phénomène a atteint sa vitesse de croisière, les Nkola/Ngyéli sont méconnaissables dans plusieurs aspects de leurs modes de vie longtemps connus. Il naît donc progressivement auprès de nous une réelle motivation à comprendre ce que deviendront les Nkola/Ngyéli de Lolodorf aux lendemains de la déforestation.

2. 2-2. Raison scientifique

La revue de la littérature relative à la déforestation et à l'histoire des Nkola/Ngyéli, leur organisation sociale, leur patrimoine culturel et leur vécu quotidien mentionne que la forêt est le cadre naturel de vie de ces derniers. Celle-ci très abondante, a majoritairement été faite sur approche clinique détournée de tout aspect culturel. Nous avons donc opté de mener une recherche sur ce pan en univers culturel Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

De toute évidence leur adaptation aux dynamiques socioculturelles et nouveaux modes de vie est d'une nécessité capitale et inévitable. Comment ces Nkola/Ngyéli font-ils face à l'érosion de leur milieu de vie ? Il apparait que plusieurs recherches et thématiques d'ordre scientifiques ont été développées à leur sujet. Ainsi, nous avons trouvé judicieux d'exprimer notre travail scientifique et méthodologique dans l'optique d'apporter notre modeste contribution à la littérature disponible sur les effets de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli, dans le cadre de l'anthropologie en général et de l'anthropologie du développement en particulier.

3. PROBLEME DE RECHERCHE

Selon, AKTOUF (1987), définir un problème de recherche, c'est, au-delà de la formulation de ses preuves et indices, apporter un éclairage le plus complet possible sur son étendue, les points principaux dont il appelle le traitement, sa position par rapport aux problèmes identiques déjà étudiés par d'autres, en d'autres lieux...

Le fondement de toute recherche scientifique repose sur un problème. Le problème scientifique ne surgit pas spontanément dans la conscience du chercheur. Il naît au sein d'un contexte qui le révèle. Le chercheur est également inséré dans un contexte culturel, social, institutionnel et scientifique donné. Les questions qu'il posera dépendront de ce contexte. Le problème est une série d'énoncés ou d'interrogations sur des phénomènes socioculturels.

La déforestation comme il a été évoqué plus haut se fait dans un souci de développement. Qu'il s'agisse de l'exploitation forestière, de la réalisation des grandes plantations, des champs agricoles, de la construction des routes, des barrages hydroélectriques, des ports en eaux profondes, d'infrastructures de santé, d'éducation, des espaces de loisirs, ou de la construction des logements, la forêt constitue par essence le cadre physique sur lequel reposent ces réalisations qui ont pour but d'améliorer les conditions de vie des populations. Cependant, ces travaux s'accompagnent toujours des changements socioculturels auprès des sociétés qui y vivent.

La superficie approximative de Lolodorf fait état de 12OO KM2. Dans cette localité vivent d'une part les Bantu mais aussi les Nkola/Ngyéli dont la vie dépend directement de la forêt. Mais à chaque fois que des actions de développement touchant la forêt sont engagées dans ces milieux, elles n'impactent pas de la même manière les modes de vie de ces deux groupes. Quand il s'agit des Bantu, la déforestation ne s'accompagne pas d'une modification substantielle de mode de vie. Mais quand il est question des Nkola/Ngyéli, l'érosion de la biodiversité se matérialise directement par un changement profond des modes de vie.

La réalité de cette déforestation est palpable à plusieurs niveaux. Les torts ainsi causés à cet environnement naturel ont un impact direct sur la culture de tous les peuples qui y vivent mais plus particulièrement sur les Nkola/Ngyéli. Pour ces peuples, la forêt est leur source de vie. Elle a toujours efficacement contribué à leur harmonie sociale, à leur bien-être. Il était donc non seulement déraisonnable de nier l'importance des différentes significations que revêt cette forêt, mais surtout aussi irrespectueux de s'attaquer à cette forêt qui pour ces peuples, constitue leur identité. Cette approche, fait des Nkola/Ngyéli, des peuples chasseurs et cueilleurs, vivant dans la forêt et avec la forêt. Cela atteste ces mots de MIMBOH (2000), ces populations qui vivent de /et dans la forêt.

Constat fait, il naît suite à la dégradation de l'environnement des difficultés de survie pour ces peuples de forêts. Dès lors, le problème qui émerge de cette contradiction est celui de la réaction différentielle de deux peuples (Bantu et Nkola/Ngyéli) face à un stimulus identique qui est la déforestation. GAUTHIER (1987), confirme par ailleurs qu'il y a problème de recherche lorsqu'on prend conscience de la nécessité de combler certaines lacunes dans nos connaissances de la réalité, ces dernières constituant un ensemble d'informations relativement organisées (théories, modèles, hypothèses, et....)

4- PROBLEMATIQUE

Par définition, nous pouvons dire qu'on désigne parproblématique, l'étape introductive du projet de recherche à l'intérieur de laquelle sont formulés le problème général de recherche, la question principale et les questions spécifiques de recherche. C'est l'ensemble des hypothèses, des orientations, des problèmes envisagés dans une théorie, dans une recherche. La problématique est l'approche ou la perspective théorique que l'on décide d'adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Trois temps peuvent caractériser la construction d'une problématique :

Ø exploitation des lectures et entretiens, détermination des différents aspects du problème posé par la question de départ ainsi que les liens qu'ils entretiennent entre eux.

Ø Choix de l'orientation qui semble la plus pertinente, ou élaboration d'une nouvelle orientation transcendant les précédentes à travers des points de vue ou des orientations théoriques.

Ø Explicitation du cadre conceptuel qui caractérise la problématique retenue, c'est-à-dire description du cadre théorique dans lequel s'inscrit la démarche de l'étudiant ; c'est la précision des concepts fondamentaux, des liens qu'ils ont entre eux.

L'exploitation forestière dans toutes ses dimensions, bat son plein dans le massif forestier de Lolodorf et particulièrement dans la grande forêt où vivent les communautés Nkola/Ngyéli depuis plusieurs décennies. Dans la phase de réalisation de ces travaux, les compagnies forestières ont de plus en plus transporté les billes de bois. Les forêts ont été dévastées avec fureur. Culturellement, il se trouve dans cette localité un peuple auquel la vie en dépend totalement. Dès lors, un certain nombre d'interrogations surgissent afin de mieux synthétiser la situation à laquelle les Nkola/Ngyéli font face suite à la dégradation de leur mamelle nourricière.

Au-delà de tout constat, il convient de souligner que la question de la crise environnementale a profondément modifié les modes de vie des communautés Nkola/Ngyéli. Cependant, étudier ces dynamiques socioculturelles nous invite à une imprégnation totale de leur culture. Comprendre ces changements, impose une réelle interrogation de ces modes de vie avant la déforestation et après la déforestation afin de palper ces mutations. Il sera ainsi question de revisiter plusieurs fragments de leur culture en donnant la parole aux Nkola/Ngyéli, et en les observant.

En interrogeant la théorie de l'écologie culturelle développée par J.H. STEWARD, de l'anthropologie écologique définie par Leslie WHITE, il conviendra de s'intéresser à l'interaction entre un groupe culturel donné et de son milieu naturel. La théorie du fonctionnalisme de MALINOWSKI et RADCLIFFE BROWN nous permettra de saisir la fonction que remplit chaque élément dans un ensemble culturel et quels changements peuvent entrainer la dysfonction de cet élément.

Notre problématique fait intervenir plusieurs questions de recherche.

5- QUESTIONS DE RECHERCHE

Cette recherche est adossée sur deux types de question : une question principale et deux questions secondaires.

3. 5-1. Question principale

La question principale se formule ainsi qu'il suit :

Ø Pourquoi la déforestation entraine-t-elle la dynamique de la culture chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf ?

4. 5-2. Questions secondaires

Ø Quels sont les modes d'expression de la déforestation dans la localité de Lolodorf ?

Ø Quels sont les fragments de la culture Nkola/Ngyéli qui sont affectés par la déforestation ?

6- HYPOTHESES DE RECHERCHE

Le terme hypothèse est étymologiquement formé de deux racines : hypo qui veut dire sous, en dessous, en deçà de... et thèse qui est une proposition à soutenir, à démontrer.

Les hypothèses constituent les soubassements, les fondations préliminaires de ce qui est à démontrer ou à vérifier sur le terrain.

Selon MBONJI, E(2005), l'hypothèse est proposition de savoir, c'est-à-dire une idée pour « voir », une réponse provisoire, anticipée, une tentative attendant confirmation ou infirmation au travers de l'épreuve des faits dont la mise en rapport d'antécédence de l'un avec l'autre fonctionne comme une relation de causalité, d'induction ou plus simplement de justification comme de l'ordre vécu par le recours à l'ordre conçu.

Les hypothèses qui sous-tendent cette recherche sont de deux ordres: une hypothèse principale et deux hypothèses secondaires.

5. 6-1. Hypothèse principale

Ø La déforestation est responsable de la dynamique culturelle chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf parce qu'elle détruit l'environnement physique qui leur sert de cadre de vie naturelle.

Cette hypothèse fait appelle à deux hypothèses secondaires.

6. 6-2. Hypothèses secondaires

Ø La surexploitation, la réalisation des champs agricoles, les champs industriels, la construction des routes, des infrastructures de recherche au développement sont autant des modes d'expression qui permettent de matérialiser la déforestation à Lolodorf.

Ø Les croyances, les habitudes alimentaires, la médecine, la santé, les relations avec autrui, les parures, bref plusieurs fragments de la culture Bakola/Bagyéli sont affectés par la déforestation.

7. 7- OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

Les objectifs à atteindre dans ce travail de recherche sont de deux types : l'un principal et les autres secondaires.

8. 7-1. Objectif principal

Ø Montrer comment et pourquoi la déforestation à travers la surexploitation, et la recherche au développement est responsable de la dynamique culturelle des Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

9. 7-2. Objectifs secondaires

Ø Identifier, décrire les manifestations et les pratiques de la déforestation dans la localité de Lolodorf.

Ø Présenter et décrire les fragments de la culture Nkola/Ngyéli qui sont affectés par la déforestation et qui attestent du changement de mode de vie.

10. 8-METHODOLOGIE

Selon AKTOUF (1987), la méthodologie peut se définir comme étant l'étude du bon usage des méthodes et techniques. A ce sujet, il ajoute qu'il ne suffit pas de les connaître, encore faut-il savoir les utiliser comme il se doit, c'est-à-dire savoir comment les adapter, le plus rigoureusement possible, d'une part à l'objet précis de la recherche ou de l'étude envisagée, et d'autre part aux objectifs poursuivis.

Dans le cadre de notre recherche, nous avons fait usage des deux orientations méthodologiques propres aux sciences sociales et humaines. A la suite de la recherche documentaire qui s'est effectuée dans la ville de Yaoundé, la recherche de terrain a eu lieu dans la localité de Lolodorf.

11. 8-1. Recherche documentaire

Il s'agit de présenter le déroulement de notre recherche bibliographique.

12. 8-1-1. Coordonnées spatio-temporelles

Il est question de faire une description des espaces et les périodes pendant lesquelles nous avons effectué notre recherche documentaire.

En effet, ellea été réalisée dans la ville de Yaoundé du 22 juillet 2013 au 20 septembre 2013 et s'est effectuée dans les bibliothèques suivantes :

Ø Bibliothèque de L'AEFALSH ;

Ø Bibliothèque de l'Université Protestante d'Afrique Centrale ;

Ø Bibliothèque du Ministère de la Recherche Scientifique et de l'innovation ;

Ø Bibliothèque centrale de l'Université de Yaoundé I.

Cette recherche nous a permis de constituer une fiche bibliographique de 135 ouvrages repartis en six (06) ouvrages généraux, soixante (59) ouvrages spécialisés, quarante-neuf (49) articles, quinze ouvrages méthodologiques(15), quatre (04) Thèses, deux (05) Mémoires et cinq (05) sites internet.

La plupart de ces ouvrages de références ont été soumis à la lecture et accompagnés de prise de note.

13. 8-1-2. Regroupement thématique

Il s'agit des différents thèmes que nous avons recensés et classés lors de nos lectures. La réalisation de ces fiches nous a conduit à la composition de huit (8) thèmes principaux:

Ø La déforestation au Cameroun ;

Ø La déforestation dans la localité de Lolodorf ;

Ø L'écologie

Ø L'environnement

Ø Le développement

Ø Les conséquences de la déforestation ;

Ø Les Pygmées en général ;

Ø Les Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

14. 8-2. Recherche de terrain

Il s'agit de la collecte des données auprès des informateurs sélectionnés dans notre site de recherche.

15. 8-2-1. Coordonnées spatio-temporelles

Cette partie concerne les lieux où la recherche a été effectuée, et le temps que nous avons mis à la collecte de nos données.

En effet, nos informations ont été collectées dans la localité de Lolodorf, auprès de huit campements Nkola/Ngyéli, deux bureaux administratifs, une agence de voyages, une gare routière, des espaces publics, une échoppe et auprès de deux centres de santé. S'agissant des campements Nkola/Ngyéli, la sélection des informateurs a donné lieu aux choix suivants. Pour le campement de Mimbiti, deux personnes ont été interrogées. Deux à Ngomanguelé, deux à Nséyéle, deux à Oding Otoh, deux à Yom, deux à Nabozouendi et deux à Mbango Pinda. Cesphases ont respectivement été réalisées du 05 novembre 2013 au 14 février 2014 suivant le passage ci-après :

Ø Mimbiti I et II : Les 07, 08, 09 et 13 novembre 2013 ;

Ø Ngomanguelé : Les 10, 15 et 16 novembre 2013 ;

Ø Nséyéle : Les 10 et 11 novembre 2013 ;

Ø Oding Otoh : Le 09 novembre 2013 ;

Ø Yom : Le 10 novembre 2013 ;

Ø Nkuongio : Le 02 décembre 2013 ;

Ø Nabozouendi : Le 04 décembre 2013 ;

Ø Mbango Pinda : Le 06 décembre 2013.

Pour les informateurs Bantu, cette collecte a été effectuée dans les lieux ci-dessous et suivant le calendrier ci-après :

Ø Lolodorf : Les 06, 24 Janvier 2014 ;

Ø Mbango : Le 15 janvier 2014 ;

Ø Mill : Le 15 janvier 2014 ;

Ø Ngovayang : Le 14 janvier 2014 ;

Ø Ngoyang : Le 12 janvier 2014 ;

Ø Nkouambpoer I : Le 13 janvier 2014 ;

Ø Samal : Le 13 janvier 2014.

16. 8-2-2. Justification du site de l'étude

Le choix de Lolodorf comme zone d'étude ne relève pas du hasard. Au regard de notre préoccupation relative à la thématique en étude et à la suite des interrogations qui se sont dégagées de notre problématique, la localisation d'un site forestier abritant les Nkola/Ngyéli était d'une urgence. C'est dans cette optique que ces campements ont retenu notre attention.

Tout d'abord, il y a eu l'exploitation forestière industrielle qui était organisée par les compagnies forestières et qui par la suite a entrainé une dégradation très avancée de l'environnement. Par ailleurs, s'est ajoutée à cette pratique, une forme plus récente d'exploitation traditionnelle de la forêt qui bat son plein dans cette même localité organisée cette fois-ci tant par les Bantou sous-traitant que des bandes isolées. De ces deux types d'exploitation découlent la dégradation de celle-ci et des nouveaux modes de vie chez les communautés Nkola/Ngyéli. C'est au regard de ces préoccupations que notre choix a été porté dans cette zone. Toutefois, il y a lieu de souligner que ces campements ne sont pas les seuls où les difficultés de survie face à la crise écologique font écho.

17. 9- Echantillon de la recherche

Constituer un échantillon dans une recherche revient au choix d'un sous-ensemble caractéristique d'une population ou d'un domaine d'activités. Celui-ci sous une forme réduite, doit être représentatif de la population concernée. Pour que l'échantillon soit représentatif d'une population dans une enquête d'opinions, il faut interroger des sujets appartenant à différents groupes d'âge, de sexe, de profession, de milieu, en proportion de leur importance réelle dans cette population.

Dans le cadre de notre recherche, nous avons constitué un échantillon de 32 personnes composées de sept femmes et 25 hommes. Ces informateurs étaient constitués des notables, des chefs traditionnels, des représentants de l'administration, des chasseurs, des exploitants forestiers, des ex agents des firmes forestières, des transporteurs, des guérisseurs traditionnels, et des gestionnaires des échoppes. L'âge des informateurs variait entre trente et quatre-vingt ans. S'agissant de la répartition ethnique, nous avons les Nkola/Ngyéli, les Boulou, les Ewondo, les Fang, les Mbvumbo et quelques allochtones.

A cette sélection ont été appliquées les techniques de collecte des données.

18. 9-1. Collecte des données

Le souci de mieux collecter les informations crédibles, nous a conduit à l'usage de quatre types de techniques fréquemment utilisées en sciences humaines et sociales. Il s'agit des entretiens individuels et approfondis, des entretiens non structurés des Focus group, et de l'observation directe.

19. 9-1-1. Entretiens approfondis

Ici, il a été question de donner la parole aux acteurs de la déforestation sur certains thèmes conçus en avance. Après avoir expliqué l'objet de notre présence, nous recevons le consentement verbal des informateurs. Ces entretiens nous ont permis de saisir les idées, les points de vue et les hypothèses développées autour de la déforestation. Nous avons donc pu saisir leurs différentes opinions sur la déforestation d'une part et sur le devenir des peuples qui en dépendent directement. Cette technique a été utilisée auprès des acteurs de la déforestation, les autorités administratives et traditionnelles, les Nkola/Ngyéli et les autres acteurs qui entrent dans cette longue chaîne.

20. 9-1-2. Entretien non structuré

Cette technique est largement utilisée en anthropologie culturelle. Ici, le chercheur a une certaine idée des thèmes qui doivent être couverts et peut utiliser une liste des thèmes comme aide-mémoire, mais doit exercer un contrôle minimal sur l'ordre dans lequel sont traités les thèmes et sur les réponses des participants.

Nous l'avons opérationnaliser auprès des Nkola/Ngyéli afin qu'ils nous parlent de leur culture avant la déforestation et après la déforestation. Il s'agit particulièrement de collecter les informations sur leurs modes vie et les changements qui ont été opérés. Par ailleurs nous l'avons opérationnaliser auprès des boutiquiers, des infirmiers et des gérants des débits de boissons qui sont censés recevoir les Nkola/Ngyéli pour des raisons multiples.

21. 9-1-3. Focus group discussion

C'est une méthode de recherche qualitative, une méthode d'animation du milieu, un processus de communication multidimensionnelle. Il s'agit d'une discussion organisée structurée de manière flexible qui regroupe de 6 à 12 participants. Elle dure normalement 1 à 2 heures et permet en effet d'assurer la participation de tout le monde et d'offrir un temps de parole à chaque participant.

Dans le cadre de notre collecte des données, cette technique nous a permis de rassembler les informateurs afin qu'ils nous livrent leurs points de vue, leurs connaissances et leurs représentations sur la déforestation d'une part et sur ses effets sur leur culture d'autre part.

Bref il était question de synthétiser le discours local développé par les informateurs sur les préoccupations de notre étude. Nous avons d'abord sélectionné les informateurs qui ont une certaine maitrise des thèmes que nous nous sommes fixé de débattre. Ensuite nous avons fixé un rendez-vous sur le jour, le lieu et l'heure qui paraissaient propice pour une bonne discussion. Il fallait également tenir compte de l'emploi du temps de nos informateurs. Une fois la présentation terminée, nous avons reçu le consentement libre et verbal des informateurs et la séance d'entretien pouvait commencer. Le but visé était d'avoir une compréhension considérable du sujet à l'étude. A travers cette technique, nous avons eu un portrait exact de la réalité de la déforestation telle qu'elle est vécue. Par ailleurs, elle nous a aussi permis d'évaluer les besoins et de formuler les interventions. A la fin de l'entretien, nous avons partagé avec nos informateurs, le rafraichissant réservé à cet effet.

22. 9-1-4. Observation directe

Cette méthode de collecte des données ethnographiques, nous a permis d'observer de près, les manifestations de la déforestation et les modes de vie actuelles des Nkola/Ngyéli. En effet, il était question de faire une immersion dans les sites où sont pratiqués la déforestation et auprès des campements Nkola/Ngyéli afin de toucher du doigt leur vécu quotidien. Nous avons donc pu assister à l'abattage des arbres, à leur découpage à leur transport et parfois à l'écoulement sur les points commerciaux de certaines essences. Auprès des Nkola/Ngyéli, nous avons cheminé en longueur de journée avec eux et nous avons ainsi perçu leur vécu quotidien.

23. 10- Analyse

Les informations glanées sur le terrain ont été dépouillées à la fin de chaque semaine. Ici, nous avons fait appelle à deux techniques d'analyse des données : l'analyse de contenu et l'analyse iconographique.

L'analyse de contenu est une technique d'étude détaillée des contenus de documents. Elle a pour rôle d'en dégager les significations, associations, intentions... non directement perceptibles à la simple lecture des documents.

Ces techniques nous ont permis de chercher les éléments de base qui structurent la réflexion et leur relation avec notre recherche. Les entretiens individuels, les entretiens approfondis et les focus group effectués en Nkola/Ngyéli, en Kwassio, en Ewondo, en fang et en Français ont été enregistrés par le biais d'un dictaphone et avec le consentement des informateurs sélectionnés. Après cet exercice, ces données ont été retranscrites et saisies à l'aide d'un ordinateur portable. Nous les avons ensuite rangées en fonction des objectifs de notre recherche.

S'agissant de l'analyse iconographique, il a été question de sélectionner les prises de vue que nous avons réalisées pendant la phase de notre terrain. En effet il était question à l'aide notre appareil photo numérique, de procéder au choix des images qui seront utilisées à titre illustratif dans notre recherche.

24. 10-1. Types des données

Notre recherche a fait l'objet de la collecte des données deux types : les données quantitatives et les données qualitatives.

25. 10-1-1. Données quantitatives

Cette partie a consisté à consulter auprès des statistiques administratives, les données relatives au nombre d'exploitants, aux essences exploitées et à la quantité des produits exploitées de façon journalière, mensuelle et annuelle.

26. 10-1-2. Données qualitatives

Il a été question de comprendre le discours des acteurs de la déforestation, les populations locales et la perception que les Nkola/Ngyéli se font de la déforestation. Ce discours a été complété par l'observation directe que nous avons effectuée.

11- INTERPRETATION

De façon général, interpréter c'est donner un sens, c'est rendre compréhensible. L'outil méthodologique qui permet d'interpréter c'est le cadre théorique. S'agissant de notre recherche, nous avons mobilisé deux théories anthropologiques qui nous ont permis d'apporter une signification à nos données collectées. Il s'agit principalement de l'écologie culturelle et du fonctionnalisme.

11-1. L'écologie culturelle

L'écologie culturelle ou l'anthropologie écologique explique les interactions complexes entre l'homme et son environnement. Toutes les sociétés humaines sont en contact permanent avec la terre et ont une influence sur le climat, les plantes, les animaux qui les entourent. Ces éléments et l'environnement ont également une influence réciproque sur l'homme. Elle tente de fournir une explication relevant du matérialisme culturel sur la société (culture), en tant que produit de son adaptation à des contraintes environnementales. Elle s'intéresse à la manière dont une population construit son environnement et aux moeurs subséquentes. Ces relations forment la vie politique, économique et sociale des populations.

Pour STEWARD, J (1955), l'écologie culturelle vise à appréhender la culture à partir des conditions écologiques. L'écologie culturelle montre que le genre de vie serait une réponse culturelle à l'environnement. Steward trouve que la nature aurait pour fonction principale, l'adaptation de la société à un environnement donné. Mais vers la fin des années 1960, les théories du déterminisme environnemental tombent en désuétude pour deux raisons. La première tient du fait que la supposition selon laquelle les traits culturels s'adaptent invariablement aux conditions environnementales est mise en rude épreuve par les observations empiriques. La seconde raison au déclin des théories déterministes a été la révolution de l'anthropologie sociale et culturelle contre les explications causales.

Selon SEYMOUR, S (1986), l'écologie culturelle doit fournir une explication matérialiste de la société humaine et de la culture comme le produit de l'adaptation à un environnement précis et chaque être humain a un potentiel à s'adapter à un environnement et tient compte de l'influence de cet environnement dans la construction de sa culture.

Cette théorie a connu la contribution de plusieurs auteurs dont les plus connus sont : LESLIE White (1900-1975), Julien STEWARD (1902-1972) et le contemporain MARVIN Harris. Parfois fondue dans leurs travaux, l'anthropologie écologique s'est voulue une approche globale des relations ou inter relation entre une communauté donnée, le volume de cette population, ses activités de production et de reproduction, bref son mode de vie global et l'environnement naturel dans lequel vit ladite population. Cette théorie se démarque de l'écologie classique d'Ernest HAECKEL, en dépassant le populisme et le caractère militant pour mettre en évidence le lien entre la sauvegarde du milieu de vie et l'exigence de compréhension scientifique de l'action de l'homme sur la nature.

S'apparentant à la socioécologie qui met en évidence la relation entre les pratiques humaines et l'apparition des déséquilibres dans les écosystèmes, la pollution et la dégradation de l'environnement. L'anthropologie écologique peut cependant revendiquer une certaine identité par l'impartition de ces comportements perturbateurs ou non à des corps culturels précis. Pour MBONJI,E(2005), en étudiant les mécanismes par lesquels certaines sociétés ont réalisé une sorte d'homéostasie entre le milieu naturel et la culture, l'anthropologie écologique ou écologie culturelle pourrait aider à comprendre l'attitude des peuples de forêt face aux mutations survenues dans leur environnement.

C'est autour des années 1950 que l'anthropologie écologique va prendre un véritable envol et l'explication causale des relations entre l'homme et son environnement est remplacée par des nouvelles façons de conceptualisation et de compréhension des données. Cet itinéraire évolutif a fécondé quelques grands courants de l'histoire de l'anthropologie écologique : le déterminisme écologique, l'écologie culturelle et l'ethnoécologie.

L'idée d'un déterminisme écologique prend corps dans la pensée anthropologique, du fait de l'affirmation selon laquelle les traits s'une société et la culture humaine sont explicables grâce à l'environnement dans lequel ils sont se développés. Cette conception est renforcée par l'enthousiasme suscité par les théories de DARWIN sur la diversité biologique. Il apparaît que c'est le milieu écologique qui donne forme à la culture.

Au demeurant, l'anthropologie écologique ou l'écologie culturelle est une science qui s'attèle à étudier et à comprendre les interrelations entre une communauté donnée, ses mécanismes de production, de reproduction, ses valeurs, ses coutumes, ses rites, sa religion ses modes de vie bref sa culture dans sa globalité et le milieu environnemental dans lequel elle vit et dépend.

Notre recherche établit la relation entre l'élément faunique de l'environnement et la culture des Nkola/Ngyéli dans un contexte d'érosion de la biodiversité. L'écologie culturelle permet de lire cette réalité à travers le principe de l'adaptation et de l'influence réciproque entre une population et son milieu de vie. De toute évidence, le fait que les Nkola/Ngyéli aient des modes de vie liés à la forêt n'est pas anodin. C'est justement parce que leur environnement leur influence qu'ils agissent ainsi. En effet, l'environnement offre à la culture Nkola/Ngyéli les ressources globales pour sa survie. Que ce soit au niveau de l'occupation de l'espace avec la construction des sites d'habitat ; de l'alimentation, de l'organisation sociale, des croyances, de la médecine, la santé, la maladie, l'économie, l'art, des parures, les relations avec autrui, l'environnement fournit à cette culture tout ce qu'elle a besoin pour vivre.

Comme l'environnement offre à la culture ses éléments, elle peut donc permettre de comprendre et d'expliquer la culture. C'est donc dans ce sens que l'écologie culturelle a aidé à comprendre que la déforestation explique au mieux la dynamique culturelle chez les Nkola/Ngyéli. La culture Nkola/Ngyéli étantredevable à l'environnement, son changement lié à la déforestation entraine obligatoirement le changement de la culture.

11-2. Le fonctionnalisme

Le fonctionnalisme est une théorie utilisée pour la première fois par Bronislaw MALINOWSKI dans l'ouvrage Les Argonautes du Pacifique occidental, produit d'un long travail d' observation participante qu'il réalisa dans les îles Trobriand. Le fonctionnalisme constitue une alternative aux théories anthropologiques alors dominantes, l' évolutionnisme et le diffusionnisme. L'évolutionnisme analyse les pratiques des différentes sociétés comme les résultats de leur évolution. Postulant l'unicité du genre humain, les évolutionnistes rendent compte des différences entre les sociétés par leur degré de développement. Au contraire, le diffusionnisme considère que les sociétés sont fondamentalement diverses. Les pratiques qui y sont observées sont le résultat d'emprunts culturels aux sociétés voisines. Les diffusionnistes expliquent le fonctionnement des sociétés à partir de l'histoire des transmissions de connaissance entre différents groupes.

La culture, c'est-à-dire le corps complet d'instruments, les privilèges de ses groupes sociaux, les idées, les croyances et les coutumes humaines, constituent un vaste appareil mettant l'homme dans une meilleure position pour affronter les problèmes concrets particuliers qui se dressent devant lui dans son adaptation à son environnement pour donner cours à la satisfaction de ses besoins. Il suppose donc que toute pratique ait pour fonction de répondre aux besoins des individus. Mais en même temps, c'est toujours la totalité de la société, et non ses éléments séparés, qui répond aux besoins individuels. La culture est un tout indivis dont les divers éléments sont interdépendants.

L'anthropologue britannique Alfred RADCLIFFE BROWN proposera une analyse alternative en rapportant les différentes fonctions de la culture non aux besoins des individus mais à ceux de la société prise comme un ensemble : La fonction d'un usage social particulier, c'est la contribution qu'il apporte à la vie sociale considérée comme l'ensemble du fonctionnement du système social

La théorie du fonctionnalisme est donc la réaction de ces deux auteurs face aux thèses évolutionnistes du 19esiècle postulant une trajectoire unilinéaire à la marche de l'humanité vers la civilisation. Le fonctionnalisme élabore une théorie faisant de la culture et donc de la fonction, un enjeu de satisfaction des besoins humains et sociaux ; la fonction étant définie comme le rôle joué, la contribution, la part, la fin ou la finalité. Selon Malinowski cité par MBONJI,E (2005) : dans tous les types de civilisation, chaque coutume, chaque objet, chaque idée, chaque croyance remplit une fonction vitale, a une tâche à accomplir, représente une partie indispensable d'une totalité organique.

En posant que tout item culturel répond à un besoin, à une fonction, MALINOWSKI invalide par là même la notion de survivance. En affirmant également que la fonction d'un élément culturel est le rôle joué soit pour satisfaire des besoins individuels, soit pour sceller la cohésion sociale, le fonctionnalisme se déploie dans deux directions : celle d'un fonctionnalisme psychologique avec MALINOWSKI mettant l'emphase sur l'être humain, et celle d'in fonctionnalisme sociologique ou structuro-fonctionnalisme attribué à Radcliffe-Brown s'intéressant davantage aux besoins sociaux.

Trois postulats majeurs ont été énoncés par King MERTON :

Ø Le postulat de l'unité fonctionnelle stipulant que les éléments d'une culture et d'une société sont fonctionnels pour le système social entier, ils constituent une totalité indissociable ;

Ø Le postulat de la nécessité fonctionnelle : tous les éléments d'une culture tels qu'ils coexistent sont indispensables et le caractère obligatoire de leur présence peut être démontré ;

Ø Le postulat de l'universalité fonctionnelle ou du fonctionnalisme universel : tous les éléments d'une société remplissent des fonctions sociales effectives.

Les postulats ainsi formés ont fait l'objet de beaucoup de réactions dont celle de Lévis Strauss soutenant que dire qu'un élément culturel remplit une fonction est un truisme ; en revanche, soutenir que dans un système social, tout a une fonction est une absurdité. Par ailleurs, les principes du fonctionnalisme ont inspiré les commentaires suivants de la part de Gérard LENCLUD(1988) soucieux d'en faire apprécier pleinement le contenu :

Ø A l'instar de tout organisme, la société possède un caractère de système ; elle est organisée en un tout ;

Ø Chaque élément constitutif de la société est doté d'une fonction ;

Ø Chaque élément de la société représente une partie indispensable à la totalité formée par la société ;

Ø On peut démontrer que toutes les formes d'organisations effectivement repérables à l'intérieur d'une société s'impliquent mutuellement ;

Ø Toute société tendrait à rechercher comme destination, un état sans cesse amélioré de cohérence ou d'intégration.

Par ailleurs, le fonctionnalisme est un courant qui donne à chaque fait social une ou des fonctions qui le déterminent. Autrement dit, chaque élément de la culture possède une certaine tâche à accomplir -une fonction-, qui présente une part irremplaçable de la totalité organique. La culture doit être vue dans une perspective synchronique. Si ce courant a connu des limites, notamment du fait de sa tendance à simplifier les réalités culturelles, néanmoins sa méthode de l'observation participante subsiste encore aujourd'hui. La fonction devient un principe explicatif: tout organe a une fonction (comme dans le corps humain). Les organes de la société ont pour fonction d'assurer la cohésion sociale (lien social entre les individus).

Somme toute, le fonctionnalisme est un corps de doctrines qui, partant du constat qu'il existe une relation de correspondance entre les faits, tire des conclusions théoriques sur la nature de la société. La notion de fonction renvoie à une fin intentionnellement recherchée, aux services mutuels que se rendraient les éléments les uns aux autres, avec un caractère de nécessité auquel s'ajoute le fait de la finalité dernière du tout social ; les institutions propres d'une société seraient des solutions aux problèmes universels qu'affrontent les sociétés humaines en général.

Dans le cadre de notre recherche, le fonctionnalisme nous a permis de voir le rôle joué et la fonction que remplit chaque élément dans le domaine de la déforestation. La déforestation se présente ici comme un corps composé de plusieurs éléments et ou chaque élément a une fonction bien déterminé pour la bonne marche de ce composite. Les fonctions remplies par chaque élément crée une complémentarité et peuvent être adaptés au postulat de l'unité fonctionnelle stipulant que les éléments d'une culture et d'une société sont fonctionnels pour le système social entier ; ils constituent une totalité indissociable.

Au niveau de la Loi, le rôle et la fonction régulateurs joués ont trait au cadrage juridique qui légifère l'effectivité de ce phénomène. Ce rôle consiste donc à délimiter et à créer l'orientation nécessaire de tout acte de déforestation ou d'exploitation de l'environnement. L'environnement appartenant à un territoire national, son exploitation ne saurait donc se faire hors des fondements juridiques bien établis, et qui éviterait toute dérogation. C'est dans ce cadre que des décrets, des arrêtés, et des décisions sont mis sur pieds afin d'assurer la bonne pratique de la déforestation. S'agissant des acteurs, leurs rôles consistent à mettre sur pieds des firmes forestières et des entreprises dans le but de mieux exploiter la forêt de ses ressources végétales et animales. Ce rôle va de l'exploitation, la consommation et la commercialisation des essences exploitées.

La technologie mobilisée dans la déforestation est un ensemble des équipements et matériels que les acteurs utilisent afin d'extraire les produits de la forêt. Pour l'environnement, son rôle consiste à donner à la culture, les produits nécessaires à sa survie. Le rôle de la culture quant à lui, consiste à façonner les personnalités de base et des modes de vie propres aux Nkola/Ngyéli.

Somme toute, le fonctionnalisme explique au mieux le rôle et la fonction qu'à chaque élément dans le processus de la déforestation. Il suppose donc que tout élément ait pour fonction de répondre aux besoins de la déforestation. Mais en même temps, c'est toujours la totalité des éléments, et non ses éléments séparés, qui répondent aux besoins de la déforestation.

12-Intérêt de la recherche

Au regard des thématiques su-évoquées, s'expriment des préoccupations d'une importance capitale liées à la déforestation, son impact sur la vie de l'humanité en général, celle des Nkola/Ngyéli en particulier. Question aux enjeux multiples depuis près d'un demi-siècle, l'on ne saurait aujourd'hui resté insoucieux du devenir et de l'avenir des générations futures. Les communautés Nkola/Ngyéli qui ont toujours constitué une curiosité scientifique de par leurs réalités socioculturelles sont classées dans le statut des peuples autochtones qui nécessitent une protection toute particulière car subissant la marginalisation et toutes sortes de discrimination des peuples bantous sur plusieurs aspects de la vie.

L'étude que nous nous proposons de mener s'inscrit dans une double mesure d'intérêt, tant théorique que pratique.

12-1. Intérêt théorique

Théoriquement, cette étude se veut une contribution d'abord à l'anthropologie du développement, car augmente notre compréhension des problèmes de développement liés à la déforestation. Ensuite, elle s'inscrit de façon générale à l'évolution de la science anthropologique.

12-2. Intérêt pratique

D'entrée de jeu, il faut reconnaitre les limites des politiques de développement auxquelles les pouvoirs publics font face dans leur projet d'amélioration des conditions de vie des populations. Le plus souvent, ces politiques de développement ne tiennent jamais compte des cultures des populations bénéficiaires et les multiples échecs observés auprès de ces projets de ne peuvent que contribuer progressivement au changement voir au mécontentement de ces communautés. Ainsi, ce modeste travail peut apporter sa contribution dans la mise sur pieds, des mécanismes et stratégies de conception et de réalisation des projets et programmes d'exploitation de l'environnement dans une zone donnée. Par ailleurs elle peut également répondre à une exigence importante dans la mise en oeuvre des méthodes participatives capables d'améliorer considérablement le bien être des sociocultures Nkola/Ngyéli dans leur environnement naturel.

Cependant, ce travail s'inscrira donc aux côtés des concepteurs, réalisateurs des programmes et actions de développement, aux exploitants forestiers, comme un document stratégique exhortant l'implication, la participation et la collaboration des communautés Nkola/Ngyéli dans tout processus de changement de leur milieu naturel, tout en tenant compte de leurs réalités socioculturelles.

13-Difficultés rencontrées

Aucun travail de recherche ne saurait se réaliser sans difficultés. Celles-ci s'expriment à plusieurs niveaux et constituent une réelle préoccupation à l'endroit des étudiants.

Sur le plan de la documentation, nous avons eu beaucoup de mal à trouver les documents dont nous avions besoin. La majeure partie de ces documents recensés n'étaient plus d'actualité. Très souvent ils faisaient une présentation sommaire de ce phénomène.

Sur le terrain la difficulté a été plus considérable. En effet, le manque de moyen financier ne nous a pas facilité la tâche. Nous avons réalisé que sans contrepartie, aucune information ne pouvait être livrée. A vue d'oeil, la majorité de nos informateurs surtout Bantu exprimait une certaine méfiance vis-à-vis de nous. Pour eux, nous étions considérés comme espion malgré le fait de leur avoir présenter notre autorisation de recherche. Les autorités administratives plongées dans l'exploitation illégale de la forêt ont de temps en temps cherché à nous intimider.

Les Nkola/Ngyéli à chaque fois que nous nous entretenons avec eux imposaient des cadeaux en se fondant sur l'idée que nous avons été envoyé par une ONG et par conséquent avons beaucoup d'argent. En outre, les Nkola/Ngyéli étaient lassés de répondre aux questions touchant leurs modes de vie actuelles et leur avenir. Pour eux, rien n'a raisonnablement été fait pour améliorer leurs conditions de vie et que les ONG sont là pour se moquer d'eux en prenant de financements importants auprès des bailleurs de fonds pour ne rien réaliser sur le terrain.

14- Plan du travail

Du lieu des notions ci-dessus indiquées, se matérialise la structuration de notre travail sur un ensemble de quatre chapitres outre l'introduction et la conclusion.

Le premier chapitre est intitulé : présentation des cadres physique et humain du site. Dans son contenu il est question de Lolodorf dans sa globalité physique et humaine. Les aspects développés ici ont trait à sa géolocalisation. Le volet humain présente l'ethnographie de ce site et l'ethnogenèse de ses communautés. Ensuite sont rappelés, les rapports entre le milieu physique et notre thématique d'une part et entre le cadre humain d'autre part, le sujet, les interactions avec les communautés citées et la forêt. Ce chapitre est long de 24 pages.

Le deuxième chapitre porte sur l'état de la question. Il fait intégrer les notions d'écologie, d'environnement, des Pygmées et de développement. Ici, il est question de présenter les approches écologiques de l'environnement et ses théories. Les généralités sur les Pygmées en sont aussi évoquées. En outre, ce chapitre s'attèle à présenter le développement comme une notion polysémique et le définit dans ses multiples facettes. Bref, il fait un rappel sur la revue documentaire mobilisée à ce sujet. Ce chapitre est composé de 30 pages.

Le troisième chapitre s'articule autour de l'ethnographie de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli. Il présente l'avènement de la reforme forestière au Cameroun, l'histoire de la déforestation à Lolodorf, ses acteurs, les technologies utilisées, les essences exploitées, les usages faits à partir de ces essences, les quantités exploitées et les activités développées autour de la déforestation. Ce chapitre est long de 27 pages.

Quant au dernier chapitre intitulé ethno-anthropologie de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli, il présente et décrit quelques fragments de la culture Nkola/Ngyéli avant ladéforestation, après la déforestation et ensuite montre à quel niveau le changement est intervenu. Il revient alors de montrer que la déforestation a impacté sur les modes de vie des Nkola/Ngyéli. Par conséquent ce chapitre nous livre l'apport de la déforestation dans le changement des modes de vie et montre dans quelle mesure l'érosion de la biodiversité est responsable des dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli. Ce chapitre est composé de 25 pages.

Le travail auquel notre recherche se déploie est construit autour de la responsabilité de la déforestation sur les dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf. Sa conclusion fait un rappel sur la méthodologie utilisée, et dresse un bilan sur les résultats auxquels nous sommes parvenus. Par ailleurs, elle essaie de projeter quelles suggestions et des perspectives liées à la question de la déforestation et aux Nkola/Ngyéli.

CHAPITRE I :

La présente recherche a été menée au Cameroun, dans la région du Sud, département de l'Océan et précisément dans l'arrondissement de Lolodorf qui abrite comme plusieurs autres zones, les Nkola/Ngyéliauxquels la forêt constitue le cadre de vie naturel.Ce chapitre sera consacré à la monographie de ce site en insistant sur les aspects géophysique et humain.

B. I-1. CADRE PHYSIQUE

Il est tout d'abord question de situer la région du Sud, puis le département de l'Océan, ensuite notre zone de recherche et enfin seront évoquer, ses aspects climatiques et de géolocalisation.

C. I-1-1. Localisation

Lolodorf se trouve en plein forêt équatoriale. Cette vieille bourgade allemande est administrativement un arrondissement rattaché au département de l'Océan et à la région du Sud. Elle est située à environ 190 KM de Yaoundé capitale politique du Cameroun, 250 Km de Douala capitale économique, 76 KM d'Ebolowa sa capitale régionale. La distance avec son chef-lieu de département est estimée à 110 KM. Lolodorf est culminée par la chaine montagneuse de Ngovayang. Cette unité administrative a une superficie approximative de 1200 KM2. Ses données de géolocalisation font mention de 3.23314° de latitude Nord et de 10.72852° de Longitude Est sur une altitude de 443,40 m.

Carte N°1 :Présentation duCameroun, de la région du Sud, du répartement de l'Océan, l'arrondissement de Lolodorf et quelques campements Bakola/Bagyéli.

Source :Google, 2014

D. I-1-2. Relief

Lolodorf fait partie du vaste plateau sud-camerounais d'altitude moyenne 650 m. son relief est très accidenté du fait de la présence de la chaîne montagneuse de Ngovayang et plusieurs autres montagnes qui surplombent la localité.

E. I-1-3. Végétation

La couverture végétale de Lolodorf est constituée de forêt équatoriale dense et humide sempervirente de basse et de moyenne altitude. Elle comporte de vieilles forêts secondaires, de jachères forestières et de jachères à chomolaena odorata. Les essences forestières sollicitées pour l'exploitation sont : le Bubinga, le Moabi, le Sapelli, le Sipo, le Tali, le Movingui, le Bibolo, l'Ayous, le Bilinga, l'Ekop, l'Azobé, l'Ebène et l'Iroko. On rencontre aussi des Produits Forestiers Non Ligneux(PFNL) tels que l'Andoo, l'Ezezang, la Cola, le Bitter cola.

Lolodorf abrite deux Unités Forestières d'Aménagement (UFA). Il s'agit de la 00001 qu'elle partage avec les arrondissements d'Eséka et Mvengue et de la 09027 qu'elle partage avec l'arrondissement de Bipindi. On rencontre aussi deux forêts communautaires dans les villages Bikoka/Bibondi et Mbango. On note également la présence d'une forêt de protection occupée par la chaîne montagneuse de Ngovayang.

F. I-1-4. Faune

Elle est surtout constituée du petit gibier regorgeant des animaux tels que les lièvres, les chats tigres, les porcs épics, les hérissons, les singes, les biches, les vipères, les rats palmistes, les varans... les zones de pêches que sont les cours d'eau regorgent du poisson, des crevettes et des crabes qui sont très peu exploités. Mais depuis quelques mois des ressortissants maliens exercent sur le fleuve principal, une activité intense de pêche.

G. I-1-5.Hydrographie

Le réseau hydrographique de Lolodorf est important et appartient au bassin de la Lokoundje. Ce bassin est un vaste réseau de rivière, des ruisseaux et de marécages. Les plus importants sont : la Mougué, la Mbikiliki, et Malang. Ces cours d'eau ont deux rythmes d'écoulement marqués par les épisodes pluvieux de hautes eaux rendant parfois ces rivières inaccessibles et une période d'assèchement. Mais, plusieurs petits ruisseaux tels queBibia Kaba, Mbango, Mvillé et Nkoumbala, viennent s'ajouter à ces rivières et conditionnent les activités quotidiennes des populations (Pêche artisanale, vaisselle, bain, lessive, rites de purification, milieu de vie des totems)

H. I-1-6. Climat

Lolodorf est soumis au climat de type équatorial chaud et humide, à quatre saisons.

Ø Une grande saison de pluies (mi-aout ; mi-novembre) ;

Ø Une grande saison sèche (mi-novembre ; mi-mars) ;

Ø Une petite saison de pluies (mi-mars ; mi-mai) ;

Ø Une petite saison sèche (mi-mai ; mi-aout).

La moyenne annuelle des précipitations est de 1700 mm et celle des températures mensuelles varient entre de 24°C et 27°C. Toutefois, comme nombre de localités camerounaises, il convient de noter que Lolodorf connait de très fortes perturbations du rythme saisonnier depuis quelques années.

I. I-1-7. Sol

Les sols appartiennent au groupe des sols ferralitiques. Ce sont des sols argileux tropicaux de couleur brun-jaunâtre à brun vif. Le PH est généralement acide. On rencontre aussi des sols hydromorphes très mal drainés dans les bas-fonds. De manière globale, il s'agit de sols qui, dans des bonnes conditions, supportent les cultures arbustives peu exigeantes comme le palmier à huile, l'hévéa. Ils sont généralement propices à la culture des tubercules.

J. I-1-8. Infrastructures routières

Pour y accéder, les tronçons reliant Lolodorf aux localités citées plus haut sont praticables à deux degrés.

A partir de Yaoundé, vers Douala, en franchissant la station de péage de Boumneyebel, c'est un parcours bitumé jusqu'à Lolodorf. Il fait 190 Km etest très dangereux vu l'incivisme et l'amateurisme auxquels plusieurs chauffeurs font montre, sans toutefois oublier l'état alarmant de cette route à partir de Boumneyebel.

Quant à la route Ebolowa-Lolodorf, son état est fonction des saisons. Non bitumée, elle est assez praticable pendant la saison sèche (décembre-mars ; mai-juillet) les autres mois imposent l'usage des véhicules tout terrain communément appelés 4×4. Les motos sont de plus en plus nombreuses sur cette route aux cotés des vieux taxis utilisés par les communautés pour les besoins de déplacement et d'écoulement des produits agricoles. Les camions lourdement chargés de billes bois y imposent leur loi. Les communautés sur ce tronçon attendent avec impatience la promesse des travaux de réalisation de cette route faite par le président de la république lors du dernier comice agropastorale tenu à Ebolowa en 2010.

S'agissant de l'axe Kribi-Lolodorf, cette vieille piste de plus d'un siècle constitue le véritable malheur des communautés Bagyéli, Bassa, Fang, Mabéa et Mbvumbo en majoritaire qui longent ce tronçon. Véritable parcours du combattant, il exige l'usage des véhicules tout terrain dans la mesure où la présence des bourbiers est constante tout le long de l'année. Vous trouverez plusieurs sites touristiques notamment la résidence du colon allemand Zenker Jorgen à Bipindi, le palais en ruine du célèbre chef supérieur Mbvumbo Minkoua Ntounga, les cascades de Mbikiliki, la station catholique de Ngovayang, la station protestante de Bibia. Le vieux pont français abandonné vous annoncera l'entrée à Lolodorf.

K. I-2- CADRE HUMAIN

Les aspects humains de cette partie, regroupent l'origine ethnonymique, l'ethnogenèsedes communautés, leur culture etleur utilisation de la forêt.

L. I-2-1.Grands groupes de peuplement de Lolodorf

Lolodorf est composé de deux types de groupe composés des autochtones et des allochtones. Ces deux types sont divisés en quatre grands sous-groupes de peuplement à savoir :

Ø Les Boulou ;

Ils sont présents dans les villages Mbango Boulou et Mvog Esson.

Ø Les Ewondo ;

Ceux-ci sont localisés dans les villages Bibondi, Bikoka, Madong I, Madong II et Ngoyang.

Ø Les Fang;

Ils sont localisés dans les villages Bibia, Kaba, Mbikiliki, Ngovayang I, Ngovayang II, Ngovayang III ;

Ø Les Mbvumbo ;

Majoritaires, on les trouve dans les villages Bibia,Bigbally, Bikalla, Bikui, Bingambo, Koumbizik, Mangouma, Mbango Bituer, Mbango Ngoumba, Mill, Mougue, Mville, Nkouambpoer I, Nkouambpoer II et Sabally.

Ø Les Nkola/Ngyéli

Ils sont localisés dans les forêts près des villages Bingambo, Mbango Bituer, Mbango Mbvumbo, Mbikiliki, Mill, Ngovayang, Ngoyang, Nkouambpoer I, Nkouambpoer II.

Ø Les autres populations

Elles sont composées des ethnies venant de l'Ouest, du Sud-Ouest, du Nord et Sud-Ouest, et quelques pays voisins.

Groupes ethniques

Localisations

Boulou

Mbango Boulou et Mvog Esson.

Ewondo

Bibondi, Bikoka, Madong I, Madong II, Ngoyang

Fang

Bibia, Kaba, Mbikiliki, Ngovayang I, Ngovayang II, Ngovayang III

Mbvumbo

Bigbally, Bikalla Bikui, Bingambo, Koumbizik, Mangouma, Mbango Bituer, Mbango Ngoumba, Mill, Mougue, Mville, Nkouambpoer I et II, Sabally.

Nkola/Ngyéli

Mbango, Mbikiliki, Mill, Ngovayang, Ngoyang, Nkouambpoer I et II,

Autres communautés

Bigbally, Bikui, Bikoka, Mougué, Ngovayang, périphéries urbains

Tableau N° 1 : Répartition et localisation des groupes ethniques de Lolodorf

Source : Nzie 2013

M. I-2-2. Ethnogenèse du peuplement

Située en pleine forêt équatoriale, Lolodorf est une ancienne station de commandement allemande. Plusieurs édifices en ruine encore présentes peuvent le témoigner.Avant l'arrivée des administrateurs coloniaux, les communautés qui y vivaient la nommaient Bikwui en Kwassio, Bikwéé en Ewondo et Bikôôn en Nkola/Ngyéli. Cette appléation vient du nom que porte le fleuve qui borde et longe les alentours de cette localité. Les tous premiers colons et exportateurs allemands seraient arrivés à Bikwui vers 1883 en provenance de Kribi à la recherche d'une zone stratégique. Ils vont y faire la connaissance de Louleh Koutang, chef de guerre et chef traditionnel du clan Bigbally. Avec l'installation du premier administrateur allemand et la création d'un poste administratif en 1886, la communauté prend le nom de Luledorf qui signifie le village de Louleh. Après le départ des allemands suite à la première guerre mondiale et l'installation du premier administrateur français en 1916, Luledorf deviendra Lolodorf. Cependant, les multiples ethnies autochtones de Lolodorf continuent à le nommer en leur langue. Les Mbvumbo majoritaires emploient l'expression Bikui. Les Ewondo parlent de Bikwéé d'autres plus radicaux face à la domination des Mbvumbo se réfèrent au terme Nkol mékuk « le mont des Mbvumbo ». Les Nkola/Ngyéli utilisent l'expression Bikôôn.

N. I-2-2-1.Les Boulou

Localisés dans les villages Mbango Boulou et Mvog Esson, les Boulou seraient arrivés à Lolodorf à la recherche des terres d'accueil. Ceux de Mbango Boulou seraient venus du côté d'Ebolowa. Ceux de Mvog Esson par contre viendraient de l'autre côté de Mekalat appartenant aussi à Ebolowa. En effet, pendant les périodes précoloniales, un chef Mbvumbo très puissant et influent du clan Limanzouang serait allé chercher les esclaves afin de les installer sur ses terres. Le rôle à leur conférer était de veiller et dénoncer toute personne étrangère qui voulait occuper ces terres. Les clans qu'on y trouve sont composés des Sankok à Mbango et des Yéwol à Mvog Esson.

O. I-2-2-1-1.La culture Boulou et ses rapports à la forêt

Sur le plan socioculturel, c'est une société patrilinéaire caractériséepar le principe gouvernant la transmission de la parenté par le père. Le lien tracé par la parenté est avant tout social. Cette société est composée des clans (groupe de descendants de plusieurs lignages et au sein duquel tous les membres se disent apparentés à partir d'un ancêtre unique souvent mythique), des lignages (groupe de descendants dont les membres peuvent définir leurs liens de parenté à partir d'un ancêtre commun)

L'organisation sociale longtemps restée attacher aux normes et valeurs culturelles d'origines, s'arrime de plus en plus à la modernité. Cependant, elle reste sous la direction d'un chef entouré de quelques notables chargés d'assurer la cohésion sociale et le bien-être des personnes. L'exogamie est appliquée et l'inceste, relation sexuelle prohibée entre individus apparentés à un degré qui interdit leur union ou appartenant à un groupe à l'intérieur duquel toute relation sexuelle ou tout mariage est fortement déconseillé et condamné. Les relations ego et oncle utérin restent présentes. Les habitudes alimentaires ont certainement évolué mais avec une prédominance à la consommation de l'arachide et du manioc. Au niveau de la danse, le bol qui est leur danse traditionnelle est de moins en moins pratiqué au profit des rythmes musicaux modernes.

Au niveau des croyances, la création du monde repose sur un être surnaturel appelé Nkùmbièm (créateur des choses) qui aurait à sa guise crée le monde et tout ce qui le peuple afin que l'humanité vive dans l'abondance et la plénitude. En dehors de la considération réservée aux défunts, les pratiques du fétichisme pour les cas de maladie et de sorcellerie, l'aspect religieux actuel semble s'arrimer aux églises modernes. Sur ce volet, ils sont en majoritaire protestants avec une prédominance d'appartenance à l'Eglise Presbytérienne Camerounaise en proie aux multiples divisions internes.

Leurs activités principales sont liées à l'agriculture itinérante sur brûlis, la pêche, le braconnage et l'usage de la pharmacopée. Mais la dégradation du tissu économique social encourage les Boulu à l'exploitation de la forêt avec la coupe et le sciage dubois anarchique et illégal.

P. I-2-2-2. Les Ewondo

Il est question de présenter ce peuple à travers son histoire migratoire vers Lolodorf, sa localisation actuelle, sa culture et son utilisation de la forêt.

Les Ewondo sont essentiellement localisés dans les villages Bibondi,Bikoka, Madong I,Madong II et Ngoyang. Les sources d'informations mentionnent que les Ewondo ne sont pas originellement autochtones de Lolodorf. Ceux de Bibondi viendraient d'Evuzok et auraient trouvé des Mbvumbo accueillants qui leur donnèrent cette hospitalité en leur offrant les terres afin de s'installer. S'agissant de ceux du village Bikoka, ils viendraient tous de Yaoundé et de Mbalmayo en passant par Ngomedjap à la fuite de guerres tribales fréquemment vécues dans leur zone d'origine, ceux-ci auraient pris le chemin vers la forêt du Sud à la recherche des espaces vitaux. Ils auraient trouvé les Mbvumbo hospitaliers qui leur ont cédé une partie de leurs terres et des alliances de reconnaissance et des pactes de non-agression auraient été signés. Pour ceux de Madong I et II, ils seraient venus de Ngomedjap fuyant la sorcellerie et autres guerres tribales qui devenaient très fréquentes. Certains auraient atterri au niveau du mont Mill avant de s'installer près des Mbvumbo accueillants et hospitaliers. Cette installation fait aussi suite à des pactes de non-agression et à la protection des uns en cas d'attaque. Ceux de Ngoyang aussi seraient venus de Yaoundé et de Mbalmayo à la recherche des espaces vitaux loin des guerres tribales qui sévissaient dans leur site d'origine. Ils trouvèrent que les Bassa avaient été chassé sur ce site par les Mbvumbo.

Somme toute, les Ewondo de Lolodorf sont originaires de Yaoundé, Mbalmayo et Ngomedjap. L'itinéraire suivi pour ces multiples déplacements serait partie de Yaoundé, Mbalmayo, Ngomedjap, Mvengue avant de se disperser à Lolodorf, Bipindi, Evuzok et Fifinda. Cette route s'appelle Ndzong Minkan.Les clans que l'on trouve sont les Mvog fouda, Mvog tsoung Mballa, Tsinga, Ngoué, Evuzok.... Ces mêmes clans sont localisés dans plusieurs autres cantons Ewondo.

Q. I-2-2-2-1. La culture Ewondo et ses rapports à la forêt

Il s'agit de faire une brève présentation de quelques aspects de cette culture et ses rapports à la forêt.

C'est une société patrilinéaire caractériséepar le principe gouvernant la transmission de la parenté par le père. Le lien tracé par la parenté est avant tout social. Cette société est composée des clans (groupe de descendants de plusieurs lignages et au sein duquel tous les membres se disent apparentés à partir d'un ancêtre unique souvent mythique), des lignages (groupe de descendants dont les membres peuvent définir leurs liens de parenté à partir d'un ancêtre commun)

L'organisation sociale longtemps restée attachée aux normes et valeurs culturelles d'origines, est de plus influencée par la modernité et la diffusion des traits culturels des autres communautés. L'éloignement de la culture d'origine a dont participé aux emprunts culturels. Cependant, cette organisation sociale reste sous la direction d'un chef entouré de quelques notables chargés d'assurer la cohésion sociale et le bien-être des personnes. L'exogamie est appliquée et l'inceste reste très condamné. Les relations ego et oncle utérin restent aussi important. Les habitudes alimentaires ont certainement évolué mais avec une prédominance à la consommation de l'arachide et du manioc. Au niveau des danses, les Ewondo continuent encore à matérialiser cette différence avec les Mbvumbo avec la célébration d'Abok Bokone « la danse des morts » et l'utilisation des balafons.

En ce qui concerne les croyances, la création du monde a été faite par un être surnaturel appelé Nkomyopyéésii (créateur des cieux et de la terre). Génie créateur cet être surnaturel aurait créé à sa volonté le monde et tout ce qui le peuple afin que l'humanité vive dans l'abondance et la plénitude. En dehors de la considération réservée aux défunts, les pratiques du fétichisme pour les cas de maladie et de sorcellerie, l'aspect religieux actuel semble s'arrimer aux églises modernes. Sur ce volet, ils sont à majoritaire catholique.

Leurs activités principales sont liées à l'agriculture itinérante sur brûlis, la pêche, le braconnage et l'usage de la pharmacopée. Mais la dégradation du tissu économique social et politique encourage les Ewondo à l'exploitation de la forêt avec le prélèvement des écorces appelées esoket au sciage desbois.

R. I-2-2-3. Les Fang

En provenance du Nord du Gabon et de la Guinée Equatoriale, les Fang nous dit-on seraient aussi à la recherche des espaces vitaux moins hostiles. Ils sont arrivés à Lolodorf par vagues et se seraient dispersés dans les villages actuels de Bibia, Kaba, Mbikiliki, Ngovayang I, II, III. Ils auraient reçu ces terres des Mbvumbo qui avaient chassé les Bassa au niveau de Ngovayang et Mbikiliki.

S. I-2-2-3-1. La culture Fang et ses rapports à la forêt

C'est une société patrilinéaire caractériséepar le principe gouvernant la transmission de la parenté par le père. Le lien tracé par la parenté est avant tout social. Cette société est composée des clans (groupe de descendants de plusieurs lignages et au sein duquel tous les membres se disent apparentés à partir d'un ancêtre unique souvent mythique), des lignages (groupe de descendants dont les membres peuvent définir leurs liens de parenté à partir d'un ancêtre commun)

Cette organisation sociale reste de moins en moins attachée aux normes et valeurs culturelles ancestrales. Celle-ci s'arrimede plus en plus à la modernité. Toutefois, cette organisation sociale reste sous la direction d'un chef entouré de quelques notables chargés d'assurer la cohésion sociale et le bien-être des personnes. L'exogamie est appliquée et l'inceste reste très condamné. Les relations ego et oncle utérin demeurent présentes. On y trouve comme clan, les Yembvam, les Yénang, les Essafane.

Les habitudes alimentaires évoluent mais avec une préférence sur la consommation de la sauce aux amandes de la mangue sauvage et de la banane plantain. Au niveau de la danse, les rythmes musicaux modernes ont progressivement envahi le terrain.

La création du monde au niveau des croyances, repose sur un être surnaturel appelé Nkùmsiiyéébièm (créateur de la terre et des choses) qui aurait à sa guise forgé le monde et tout ce qui le peuple afin que l'humanité vive dans l'abondance et la plénitude. En dehors de la considération réservée aux défunts, les pratiques du fétichisme pour les cas de maladie et de sorcellerie, l'aspect religieux actuel semble s'arrimer aux églises modernes. Sur ce volet, ils sont repartis entre catholique et protestant.

L'utilisation de la forêt est comme celle des autres groupes axée sur l'agriculture, la pêche, la chasse, la pharmacopée, le bois de chauffage. Les mêmes problèmes de misère et de pauvreté qui frappent les populations rurales obligent les Fang aussi à se retourner vers la forêt afin de satisfaire leurs multiples besoins.

T. I-2-2-4. Les Mbvumbo

Les connaissances sur le peuplement Mbvumbo restent encore scientifiquement moins éclairées. Il s'agit d'un grand ensemble ethnique appelé Kwassio « Collecteurs d'ivoire », composé des Mbvumbo, des Mabi, des Bissio et des Makinà. Les premiers sont localisés au Cameroun et principalement dans le département de l'Océan surtout vers sa partie Nord. Les Mabi occupent la zone côtière de L'océan atlantique. Les Bissio sont présents en Guinée Equatoriale et les Makinà au Sud du Gabon. Les Mabi/Mbvumbo seraient partis d'Egypte en passant par le Soudan, l'Ethiopie en Afrique orientale. Ce parcours migratoire se vérifie en ce sens qu'on retrouve au Rwanda et au Burundi des peuples qui ont le même parlé que les Mabi/Mbvumbo. Ensuite, ils sont arrivés dans la zone des grands lacs pour atteindre plus tard le sud de la république centrafricaine, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale.

Selon BOUH MA SITNA (2003), L'histoire migratoire des Mbvumbo est divisée en deux grands itinéraires. Le premier axe prend son point de départ à Massamena. Les Mbvumbo seraient venues de Somalomo, localité située entre Zoetélé et Massamena. Ils ont ensuite bifurqué par Ngoulémakong qui est le territoire des Béné. Ils passèrent un certain temps et le pacte de non-agression signé avec les Béné viendrait de cette époque. Une autre branche des Mbvumbo serait venue de Djoum et aurait remonté vers le village du grand chef Pygmée Lima. Cette branche a marqué un temps d'arrêt à cet endroit(...)Un jour les Boulou déferlent le village de Lima et s'inquiétèrent de la présence des Mbvumbo sur ces lieux. Les Mbvumboleur auraient expliqué l'objet de leur présence et ceux-ci intimèrent l'ordre aux Mbvumbo de vider les lieux dans les plus brefs délais. Lorsque les Boulou revinrent plus tard pour faire la guerre aux Mbvumbo, ils trouvèrent que ceux-ci avaient vidé les lieux. A la question de savoir où étaient passés les Mbvumbo, le Chef Pygmée Lima répondit qu'ils avaient simplement quitté le camp. L'histoire prétend que c'est suite à cette conversation que serait venu le nom Mékuk. Ce sont les Boulou nouvellement installées qui donnèrent ce nom à ceux qui venaient de fuir la guerre. Cette expression générique est encore de nos jours utilisée par les Béné, les Boulou les Ewondo voire même les Fang pour désigner les Mabi et les Mbvumbo. Fuyant l'agresseur Boulou, les Mbvumbo sont allés du côté de Ngoulémakong ; de là, ils sont descendus en biaisant par Ebolowa pour se retrouver à Lolodorf en passant par Koumbizik. A partir de cette base, plusieurs clans ont pris diverses directions. Certains d'entre eux se sont installés à Lolodorf d'autres ont voulu continué jusqu'à la cote à la recherche du sel. D'autres se sont installés à Bikalla et à Bidjouka et durent faire face à l'hostilité des Bakoko et des Bassa qui s'y étaient premièrement installés dans cette localité. On y trouve encore de nos jours des appellations bassa telle que Ngompbass à Bikalla.

U. I-2-2-4-1.La culture Mbvumbo et ses rapports à la forêt

Il s'agit de faire une présentation sommaire de quelques éléments de la culture Mbvumbo et aussi de ressortir son utilisation et ses rapports à la forêt.

C'est une société patrilinéaire caractériséepar le principe gouvernant la transmission de la consanguinité par le père. Le lien tracé par la parenté est avant tout social. Cette société est composée des clans (groupe de descendants de plusieurs lignages et au sein duquel tous les membres se disent apparentés à partir d'un ancêtre unique souvent mythique), des lignages (groupe de descendants dont les membres peuvent définir leurs liens de parenté à partir d'un ancêtre commun).

LesMbvumbo partagent comme plusieurs Bantu, les modes de vie similaires fondés sur l'organisation de la société traditionnelle, caractérisée par le regroupement en clan, en lignage et en famille dans les villages. Les structures sociales traditionnelles reposent essentiellement sur le système de parenté et les classes d'âge.Les principales structures claniques reposent surl'autorité d'un chef assisté des notables chargés d'assurer la cohésion sociale et le bien-être des personnes. La famille est la plus petite cellule du clan. Elle englobe outre le père, la mère et les enfants, les grands parents, les arrières grands parents et parfois des personnes n'ayant aucun lien de consanguinité avec les membres de cette famille. Chacun dans ce groupe a un rôle bien déterminé qui lui confère un statut au sein de son groupe d'appartenance.

Certains clans ont des noms totémiques accompagnés de symboles. Chez les Samal par exemple il est interdit de consommer la panthère parce qu'un mythe révèle qu'une fille Samal aurait accouché d'une panthère. Chez les Nti leurs filles respectent l'interdit sur la consommation du rat. La règle de l'exogamie qui dispose qu'on ne se marie pas à l'intérieur de son clan, la responsabilité collective et surtout la nomenclature classificatoire sont autant d'éléments qui harmonisent la structure sociale chez les Mbvumbo. Il est aussi observé quelques cas de lévirat et de sororat.L'inceste, relation sexuelle prohibée entre individus apparentés à un degré qui interdit leur union ou appartenant à un groupe à l'intérieur duquel toute relation sexuelle ou tout mariage est fortement déconseillé et condamné. De nos jours la polygynieofficielle est de moins en moins pratiquée.L'un des éléments fondamentaux du système de parenté chez les Mbvumbo est la relation ego-oncle utérin.Les Mbvumbo sont repartis en plusieurs clans. Mais les plus importants numériquement sont les Biwandi et les Nti.

Sur le plan alimentaire, le plat traditionnel des Mbvumbo est le BikuandébiiNdhuahnàsuassàtsir, une sauce des amandes mélangée aux bananes plantain avec une viande boucanée.

Le N'zongBidéequi a toujours été la danse par excellence des Mbvumbo est entrain de céder place aux rythmes musicaux actuels.En bref comme plusieurs ethnies Bantu, les Mbvumbo partagent certains aspects socioculturels avec certaines différences.

En ce qui concerne les croyances, les Mbvumbo représentent la création du monde par un dieu surnaturelle appelé Nkùmbur (créateur des hommes). Génie créateur cet être surnaturel aurait créé à sa volonté le monde et tout ce qui le peuple. En dehors de la considération réservée aux défunts, les pratiques du fétichisme pour les cas de maladie et de sorcellerie, l'aspect religieux actuel semble s'arrimer aux églises modernes. Cependant les Mbvumbo auraient récusé la volonté des missionnaires américains qui imposaient une évangélisation en langue Boulou depuis les années 1900. Ils se seraient révolté et auraient tourné le dos à la mission presbytérienne américaine. Suite à ces éclats de voix, la Société des Nations a donné droit aux Mbvumbo d'adorer Dieu en leur langue, d'où la création de l'église culturelle Mbvumbo en 1934 qui est devenue Eglise Protestante Africaine.

Sur le plan de l'occupation et de l'exploitation de l'environnement, la forêt est d'abord pour eux une source de vie. Les activités sont basées sur l'agriculture itinérante sur brûlis, la pêche, la chasse mais également pour la pharmacopée et plusieurs rites d'initiation. Mais suite à la dégradation du tissu socioculturel et politique, les Mbvumbo sont activement entrés dans l'exploitation anarchique et illégale de la forêt.

V. I-2-2-5.Les Nkola/Ngyéli

Il s'agit d'un bref aperçu sur cette société composée des Nkola et Ngyéli. Nous allons nous focaliser sur leur origine migratoire, leur culture et leurs rapports à la forêt.

La littérature écrite et orale mentionnent que les Nkola/Ngyéli présents à Lolodorf auraient approximativement fait le même parcours que leursmaitresMbvumbo. Ils étaient utilisés comme des éclaireurs chargés de localiser des espaces où l'occupation humaine n'était pas encore signalée. Ils sont composés des Nkola et des Ngyéli. La différence entre ces deux groupes est liée au partage effectué lors des compensations légalisant la signature des pactes de non-agression entre les Bassa et les Mbvumbo. Les Nkola se seraient rapprochés des Bassa et les Ngyéli des Mbvumbo. A Lolodorf, on trouve les campements Bakola dans les villages près des Bassa. Il s'agit principalement des villages Nkouambpoer I, II et Ngoyang. Avec les campements de Nfangla, Nkuongio, Nkogàpagu, Nvundé, Meh, Nkuliganga, Mimbiti I et II, Mougo Bandé, Ngomanguelé, Nkoapoudzé, Nseh yélé, Oding odoh, Yom, Matsindi I et II. Quant aux campementsBagyéli, ils sont localisés dans les villages de Mbango, Bikui, Mill, Ngovayang et Mbikiliki avec des hameaux tels que : Malang-si, Ngongo I et II, Nabozouendi I, II et III, Nabopouama, Madougou Mbier.Les clans qu'on y trouve sont fonctions des ceux des Bantu d'appartenance. On peut alors trouver les Samal, les Biwandi, les Biwyélé, les Sansiang, les Nti, les Sabally.

W. I-2-2-5-1.La culture Nkola/Ngyéli et ses rapports à la forêt

C'est une société patrilinéaire caractériséepar le principe gouvernant la transmission de la consanguinité par le père. Le lien tracé par la parenté est avant tout social. Cette société est composée des clans (groupe de descendants de plusieurs lignages et au sein duquel tous les membres se disent apparentés à partir d'un ancêtre unique souvent mythique), des lignages (groupe de descendants dont les membres peuvent définir leurs liens de parenté à partir d'un ancêtre commun). L'exogamie est le système de mariage recommandé. L'inceste, relation sexuelle prohibée entre individus apparentés à un degré qui interdit leur union ou appartenant à un groupe à l'intérieur duquel toute relation sexuelle ou tout mariage est fortement déconseillé et condamné. Chez eux, la responsabilité de la famille ne repose pas essentiellement sur l'autorité d'un chef suprême comme chez les Bantu. Il a essentiellement un rôle apparent chargé avec d'autres ainés de gérer les antécédents qui peuvent survenir entre les individus. La gestion du pouvoir est essentiellement gérontocratique.

S'agissant de la religion, les Nkola/Ngyéli sont solidement liés à leurs croyances ancestrales. Ils mentionnent qu'un être surnaturel doté de toutes forces et énergies aurait créé la terre, le ciel, les eaux, la forêt et l'homme. Cet être surnaturel est appelé nkômbàmamû. Pour eux, c'est cet esprit qui oriente et dirige la vie de toute chose. Au-delà de cette conception s'ajoute plusieurs autres dieux selon les différents aspects les plus importants de la vie. C'est pour cela qu'ils font recours à ces esprits pour les cas de maladie, de sorcellerie, de chasse, de protection, de malédiction, de mort, d'amour. Malgré l'évangélisation organisée par certaines églises modernes, auprès des Nkola/Ngyéli, ceux-ci ne manifestent pas un grand intérêt à ces mouvements religieux.

Pour leurs activités de survie, elles sont majoritairement basées etliées à l'utilisation durable de la forêt. Autrefois soudés à la forêt qui offraittout, Ils commencent à ressentir les torts causés à la forêt et font face à des difficultés significatives impactant sur leur mode de vie.

X. I-2-2-6.Les autres communautés

Il est question de faire une présentation sommaire des communautés allochtones de Lolodorf. Cette description touchera essentiellement les volets migratoires, les raisons de leur présence et leur utilisation de la forêt.

L'hospitalité des communautés autochtones de Lolodorf, fait de cette localité une zone d'accueil par excellence pour de multiples étrangers. On trouve donc des ressortissants de la région de l'ouest communément appelés Bamiléké. Ils sont regroupés en une communauté placée sous l'autorité du chef du village Bikui. Leurs principales activités sont basées sur la commercialisation des produits de consommation. Véritables acteurs économiques à Lolodorf, ils s'investissent dans tous les secteurs susceptibles de rapporter du bénéfice. Échoppe, taxi, moto-taxi, débit de boisson, mécanique, call-box, achat de terre, quincaillerie... bref tous les secteurs producteurs sont le domaine de prédilection des ressortissants de l'ouest présents à Lolodorf.

Solidement ancrés à leur culture, ils la perpétuent toujours mais le voisinage directe ayant effet sur eux, il très fréquent de réaliser qu'ils s'expriment en Boulou, en Ewondo, en Fang et en Kwassio. La célébration du culte des ancêtres ne se pratique jamais à Lolodorf, la grande partie de leurs défuntsest convoyée à l'Ouest pour les cérémonies funèbres.

Au niveau de l'occupation des terres, ils ont acquis leurs espaces vitaux par achat auprès des autochtones. S'agissant de l'exploitation forestière ils deviennent de plus engagés. Disposant de ressources financières, ils créent des entreprises illégales de coupe de bois. Des minables sommes d'argent sont proposées aux autochtones appauvris par la misère. Ce phénomène fait donc de ces gens de grands magnats de la déforestation à Lolodorf.

De plus en plus une communauté anglophone est aussi présente à Lolodorf. Les activités économiques et l'exploitation anarchique de la forêt font l'objet de leur séjour.

On trouve également à Lolodorf une petite famille ayant des origines grecques. A l'époque, ils ont évolué sur le transport et aurait formé toute une génération des chauffeurs. Ensuite se seraient reconvertis à la gestion d'un débit de boisson et à l'électronique. De nos jours cette famille partage son quotidien sur les petites activités économiques. Sur le plan culturel cette famille métissée n'a aucun lien avec la culture occidentale. Seule la couleur de la peau essaye de les distinguer des autres peuples de Lolodorf. Ils ont un mélange de culture tirés des Mbvumbo et des Fang.

Leurs activités sur l'exploitation forestière sont aussi signalées. En dehors cette famille on trouve aussi une poignée des expatriés de nationalité comorienne qui font sur la commercialisation des produits de consommation.

Y. I-2-3. Aspects administratifs

Cette partie est uniquement consacrée à l'organisation administrative décentralisée et aux chefferies traditionnelles de notre zone d'étude.

Lolodorf a longtemps été une unité administrative. Les Allemands furent d'abord les tous premiers à assurer l'administration à Lolodorf. Des Autorités des colonies françaises après la première guerre mondiale aux administrateurs civils camerounais, cette circonscription a déjà connu au total 90 Chefs de Terres.

Lolodorf compte 28 villages regroupés en chefferies de troisième degré divisés en 03 groupements de 2e degré correspondant aux quatre grands groupes ethniques que sont les Ewondo, les Fang-Boulou, les Mbvumbo et les Nkola/Ngyéli. A ces ethnies s'ajoutent 23 hameaux Nkola/Ngyéli dispersés essentiellement dans les villages Bikui, Bingambo, Mbango, Mbikiliki, Mill, Ngovayang, Ngoyang, Nkouambpoer I et II. On y trouve aussi des communautés originaires de l'Ouest du Nord, du Nord-Ouest et quelques occidentaux.

Toutes ces ethnies entretiennent des relations fraternelles et collaborent pacifiquement sauf quelques guerres froides constatées pendant les périodes électorales.

Lolodorf en tant que chef-lieu d'arrondissement a une sous-préfecture, un Commissariat spécial, un Commissariat de sécurité publique et une Brigade de gendarmerie. Ces unités administratives concourent à la gestion des affaires courantes, à la mise en application des prérogatives étatiques prônées par l'administration centrale et au rayonnement de l'ordre social et politique.

Toutefois, une délégation d'arrondissement en charge des questions forestières essaie tant bien que mal, de réguler l'exploitation forestière qui bat son plein. En outre l'on trouve également plusieurs autres services publics auxquels les objectifs s'inscrivent dans les cahiers de charge définis par l'administration centrale. Cependant, la Commune d'arrondissement qui reçoit de l'Etat, le transfert des compétences particulières et les moyens appropriés, est un vrai outil de développement local auquel l'objectif majeur est de promouvoir une amélioration des conditions de vie des communautés dans une approche participative et durable.

Z. I-2-3-1. Education

Il s'agit principalement de présenter le volet éducatif de notre zone de recherche

Le secteur éducatif à Lolodorf est considérable en infrastructure mais reste moins impressionnant en ressources humaines et matériels didactiques. Les enseignants de formation en si peu nombre, dotés de la science pédagogique ont du mal à assurer l'éducation et l'encadrement des élèves. Les dirigeants de ces établissements se trouvent dans l'obligation de recruter des vacataires d'une compétence parfois incertaine. Le niveau des élèves et les résultats lors des examens officiels ne peuvent que témoigner de cet état de chose. Par ailleurs, on note l'existence des collèges d'enseignement secondaire que l'on pourrait qualifier de fictif car n'ayant jamais fonctionné depuis leur création.

Il revient ici noter que la distribution des centres de formation et autre institution d'éducation serait devenue l'apanage des hommes influents et autres grands politiciens qui très souvent sans s'imprégner des réalités socioculturelles d'une localité décident d'allouer une institution de formation; d'où les multiples difficultés auxquelles ces institutions font face par rapport à leur fonctionnement et aux effectifs qui chaque année tendent vers une régression inquiétante dans les villages en proie à l'exode rurale. Par ailleurs le problème de la gratuité des frais scolaires au niveau de l'enseignement primaire public décrété par le Président de la république, demeure dans un flou dans la mesure où les frais exigés par les associations des parents d'élèves vont grandissant chaque année.

Toutefois, le phénomène de la pauvreté observé à Lolodorf, et l'exode rural des jeunes entraînent la déperdition scolaire et par conséquent est un réel obstacle à la pérennisation de la classe intellectuelle dans cette localité. Certains parents aussi insoucieux du devenir de leurs enfants, tendent à abandonner ceux-ci à leur propre sort, d'où la prolifération des déviances telles que la consommation de l'alcool frelatés vendus dans les sachets, de la drogue et la violence qui est devenue leur seul moyen de résolution des conflits.

Pour l'éducation des enfants Nkola/Ngyéli, l'école de Ngoyang offre avec l'appui d'une ONG, les moyens nécessaires pour ce travail. Ainsi, on peut trouver plusieurs enfants Nkola/Ngyéli de Lolodorf dans cet internat.

Cependant, les écoles d'enseignement primaire de Mill, de Nkouambpoer II, de Ngoyang, de Ngovayang qui éduquent les enfants Nkola/Ngyéli, font face au phénomène de déperdition scolaire. Ce phénomène est un indicateur inquiétant à l'émancipation intellectuelle des jeunes Nkola/Ngyéli. La répartition par genre fait mention de plus de garçons que des filles dans les salles de classe. Les filles disparaissent généralement pendant la saison de cueillette. Par contre à ce moment, les pères ne sont pas très proches de leur fils. Ils préfèrent se faire accompagner par leurs épouses pour mener leurs activités cynégétiques.

AA. I-2-3-2. Santé

Lolodorf connait une moyenne dotation en quantité des infrastructures sanitaires reparties dans quelques villages. Ce secteur comprend un hôpital de district, deux centres de santé intégré, deux centre de santé confessionnelle. Ce secteur fait face à plusieurs difficultés liées au fonctionnement de ces institutions. De plus en plus l'on a du mal à comprendre les motivations et les raisons qui poussent les populations à opter pour les soins auprès des infirmiers de rue. Par ailleurs l'ethnomédecine est fortement présente à Lolodorf. On trouve deux femmes guérisseurs Mbvumbo dans les villages Bingambo et Nkouambpoer II. Les Nkola/Ngyéli sont également les grands maîtres de cette médecine. On peut trouver dans plusieurs campements des guérisseurs. Les campements de références sont ceux de Ngomanguelé, Ngouonguio, Nabozouendi. Par ailleurs, certains homme d'église tendent bien que mal à procurer des soins de santé à travers des séances de prières et de délivrances. C'est très souvent le dernier recours face à la persistance de la maladie.

BB. I-2-3-3.Economie

Il s'agit dans cette partie de présenter et en même temps de décrire les activités économiques dans notre zone de recherche.

La forte densité des terres cultivables est un facteur favorable au développement de l'agriculture à Lolodorf. Cette activité est la principale dans l'ensemble des villages de Lolodorf. Mais de plus en plus, les méthodes archaïques et traditionnelles restent d'actualité : pas de mécanisation, travail manuel, agriculture itinérante sur brûlis, matériel végétal douteux, faible application des techniques de lutte phytosanitaire, quasi absence de fertilisation des sols... justifiant ainsi les résultats de production faible, et du coût des produits agricoles très élevés.

Les cultures vivrières aussi bien que les cultures de rente et les cultures fruitières sont décroissantes. Les produits vivriers sont principalement destinés à l'autoconsommation, les quelques surplus sont commercialisés.

Les cultures de rente dont la culture principale est le cacao sont destinées exclusivement à la commercialisation. On note une orientation de plus en plus poussée des producteurs vers le palmier à huile.

Les vergers d'arbres fruitiers sont quasi inexistants, les arbres poussent généralement de manière spontanée ou sont plantés autour des maisons.

Toutefois, on retrouve quelques associations des agriculteurs regroupées en Groupe d'Initiative Commune(GIC).

De manière générale, le secteur agricole connait beaucoup de problèmes qui limitent fortement ses performances.

CC. I-2-3-3-1. Elevage et pêche

Le système d'élevage dominant est l'élevage traditionnel en divagation. Les chèvres, les moutons et les porcs sont les principaux animaux élevés. A ceux-ci s'ajoutent une petite activité saisonnière d'élevage des poulets de chair à faible production. Dans ce système d'élevage extensif, très peu de soins sont accordés aux animaux réduisant ainsi leur rentabilité. Par conséquent, la production est très faible et est essentiellement destinée à l'autoconsommation. A cause des dégâts causés sur les champs principalement pas les porcs et les chèvres en divagation, cette activité est source de conflits dans les villages. Par ailleurs on note un élevage des cheptels bovins à Bikoka. La pisciculture quant à est très peu développée avec quelques étangs dans les villages Bingambo, Kaba et Ngovayang II.

DD. I-2-3-3-2. Chasse

Elle est pratiquée dans les forêts de Lolodorf. C'est une activité secondaire dont les produits sont destinés d'une part à l'autoconsommation, mais surtout de plus en plus à la commercialisation. Elle est aussi pratiquée par des braconniers ne disposant d'aucune autorisation.Les outils et les techniques de l'art sont demeurées traditionnelles avec l'usage des armes à feu la plus part achetées dans l'illégalité, les pièges, la chasse à courre très pratiquée par les Nkola/Ngyéli.

EE. I-2-3-3-3.Exploitation forestière

Lolodorf compte deux unités forestières d'aménagements : L'UFA 00 001 et L'UFA 09 027.Par ailleurs on trouve deux forets communautaires. Le deux UFA font l'objet d'une exploitation industrielle de bois. A côté de cette exploitation peu contrôlée, existe une forte activité de coupe sauvage de bois. Les conséquences de cette exploitation sont nombreuses.

FF. I-2-3-3-4. Artisanat

Malgré d'énormes potentialités locales, l'artisanat est très faiblement développé à Lolodorf. Cette activité concerne principalement la vannerie, la fabrication des pirogues, balafons, tamtams et la menuiserie. S'agissant du métier du bois, quelques fabricants des meubles évoluent traditionnellement dans ce domaine pour une clientèle locale ; toutefois la présence d'un marché de bois étant incertaine, le marché noir reste le seul moyen de se procurer du bois. Quelques Nkola/Ngyéli essayent encore de pérenniser l'artisanat avec la fabrication des hottes.

GG. I-2-3-3-5. Autres activités commerciales

Le commerce est moyennement développé à Lolodorf et concerne les produits très variés. Il s'agit essentiellement des produits manufacturés en provenance des grandes métropoles que sont Douala et Yaoundé. Nous avons entre autre, les boites de conserve, les produits brassicoles, la friperie, du poisson, des ustensiles de cuisines. Ces activités sont pratiquées en majoritaire par les ressortissants des régions de l'Ouest et du Nord-Ouest. Par ailleurs il existe des boulangeries aux techniques de production traditionnelles dirigées par ces ressortissants. On note aussi la prolifération des produits pharmaceutiques vendus sur les abords de route.

En dehors des activités économiques ci-dessus énumérées, plusieurs personnes occupent le secteur informel. Ces activités regroupent les Call boxeurs, les Moto taximen, les cordonniers, les coiffeurs, les vendeurs à la sauvette, les pousseurs, les menuisiers, les mécaniciens...

HH. I-3.RAPPORTS ENTRE LES CADRES PHYSIQUE, HUMAIN ET LE SUJET

Il s'agit de présenter les rapports qui existent entre les milieux physique et humain de notre site d'étude et la recherche que nous menons.

II. I-3-1. Entre le cadre physique et le sujet

Les forêts du bassin du Congo hébergent une biodiversité extraordinaire avec un niveau très élevé d'espèces endémiques. Cette richesse fait des forêts, un lieu de compétition ardue au niveau de son exploitation.Selon BILLAND (2012),les forêts situées près des côtes du Congo abritent la plus grande diversité d'espèces.

Pour le massif forestier de Lolodorf, c'estun réservoir génétique unique, notamment pour les espèces végétales bénéficiant d'un important potentiel pour les activitésmédicinales et commerciales. Cet environnement étant riche en couverture végétale, regorge des essences de grandes qualités que l'on peut trouver dans une forêt équatoriale. L'existence de ces essences fait de Lolodorf, une cible particulière pour l'exploitation forestière.Sa proximité avec l'océan atlantique en est également une raison favorable à la déforestation au niveau de l'écoulement des produits vers les pays étrangers.Malheureusement, cette exploitation qui sur papier est réglementée, est loin de protéger continuellement la vie des populations qui y résident.L'amélioration du réseau routier a aussi un rapport directà la déforestation dans la mesure où les produits issus de ce phénomène parviennent facilement à être écoulés vers les centres commerciaux. Par ailleurs, la construction des scieries au niveau local et la proximité avec celles construites à Eséka ne peuvent qu'être un atoutàce phénomène. Ainsi, au-delà dela richesse que regorge la forêt de Lolodorf, sa proximité avec la mer, et l'amélioration du réseau routier sont autant des facteurs qui rendent propice cette déforestation.

I-3-2. Entre le cadre humain et le sujet.

La diversité des communautés présentes à Lolodorf expliquent au mieux l'occupation et l'utilisation de la forêt que chacune essaie de mettre sur pieds.L'activité principale de ces communautés étant basée sur l'agriculture itinérante sur brûlis, celle-ci a un rapport direct à la déforestation dans la mesureoù les espaces considérables sont défrichés et abattus puis brulés pour les travaux champêtres. De plus en plus, la dégradation du tissu socioéconomique, politique et culturelle constitue une réelle source à la déforestation. La pauvreté et la misère qui spolient les populations autochtones font de ces dernières des acteurs favorables à la déforestation. Incapables de résoudre leurs multiples difficultés, ils sont obligés de se retourner vers la forêt pour survivre.Les Nkola/Ngyéli longtemps restés en étroite dépendance à la forêt, l'ont toujours exploité de façon durable. Mais de nos jours, les Mbvumbo, les Ewondo, les Fang-Boulou sont entrés dans l'exploitation anarchique de la forêt créant ainsi des torts aux Nkola/Ngyéli. En outre, les exploitants forestiers venant d'autres origines socioculturelles, ont développé des travaux d'exploitation insoucieux de l'avenir des communautés Nkola/Ngyéli.Par ailleurs la présence de plus en plus massive de ces personnes pour le transport des planches sciées est un atout à la déforestation.

Compte tenu de la situation inhérente aux interrelations entre les communautés présentes à Lolodorf et la forêt, et en se focalisant sur la réalité socioculturelle dans notre milieu d'étude, la forêt apparait comme l'ultime solution à tout problème de recherche de bien-être. Cependant, l'environnement ayant une influence sur l'humain, il en ressort que la dégradation de celle-ci cause un changement sur ses modes de vie. Ainsi, la forêt qui a toujours servi d'environnement vital naturel aux Nkola/Ngyéli de Lolodorf a longtemps assuré leur survie et développé en eux des modes de vie propres à cet environnement.Mais aujourd'hui la déforestation touche les parties les plus reculées de l'environnement vital des Nkola/Ngyéli de Lolodorf.Par conséquent, un changement est observé au niveau de leurs modes de vie et impulse des dynamiques socioculturelles de plusieurs ordres.

CHAPITRE II :

Ce chapitre vise à présenter les précisions terminologiques des conceptsclés de notre sujet à savoir : la déforestation, les dynamiques socioculturelles, les Nkola/Ngyéli, l'anthropologie et le développement. Outre ces délimitations, il passera en revue chacune des notions suivantes: l'écologie, les théories écologiques, l'environnement, les Pygmées, le développement, les théories du développement et les modes d'expression du développement. L'objectif escompté étant de montrer les limites de notre revue de la littérature afin de faire ressortir l'originalité de notre travail.

II-1. Approches définitionnelles

Littéralement, la forêt est un vaste terrain où sont plantés les arbres.Selon BERTRAND(1992), la forêt est le repère des esprits et le support des représentations mythiques collectives. La forêt est symbole de refuge, de protection et de perdition en même temps. C'est le royaume du diable et de la liberté. Elle est un peu partout un symbole de connaissances, un lieu d'initiation, on s'y perd pour se retrouver, on y renait adulte, chasseur ou shaman.

Pour les humains, la nature en général et la forêt en particulier, ne sont pas seulement des réservoirs de ressources pour la satisfaction des besoins matériels. La forêt et les arbres sont ainsi symboles de transformation et de renouvellement, ils sont des métaphores d'immortalité, de fécondité, de renaissance, de régulation parfaite et d'harmonie originelle. Le matériau bois est « vivant » même si l'arbre est mort, les cercueils en bois sont parfois la matrice pour une autre naissance, pour l'après-vie

Somme toute, la forêt est un milieu de culture et de vie sociale. Elle est utile à la formation de l'être et de la personnalité des populations semi-nomades. Elle leur donne tout : elle nourrit, soigne, habille et protège.

Ainsi suite aux multiples torts permanents auxquels la forêt fait face depuis des décennies, le phénomène de la déforestation est progressivement en train de s'accroitre à une vitesse inquiétante aux périls des communautés qui en dépendent. Qu'est-ce que la déforestation ?

La déforestation est synonyme de déboisement, c'est à dire l'action qui consiste à vider la forêt de son bois. Cette définition mécaniste et simplificatrice souligne le caractère imprécis du concept. Les chercheurs qui étudient la déforestation en milieu tropical privilégient tantôt les aspects purement écologiques (LENONARD et OSWALD, 1996 ; ROUSSEL, 1999 qui parle tantôt agro-écologiques, VERDEAUX et ALPHA, 1999 qui mentionnent une approche socio-historique, FAUROUX, 2000 ; MOIZO, 2000 ; et enfin MICHON et BOUAMRANE, 2000).

Pour les agro-écologues et les ethnobotanistes, la déforestation est comme un processus complexe d'enrichissement végétal et de succession culturale alternant couverts forestiers et cultures vivrières associées (DOUNIAS, 1996 ; MICHON et al. 2000 ; Emperaire et LESCURE, 2000).

Pour PUIG (2001), les écologues considèrent la déforestation comme une diminution ou perte de biodiversité forestière. Elle correspond au passage du couvert végétal d'un état « naturel » à un état artificialisé pouvant se traduire par la perturbation du fonctionnement de l'écosystème.

Du point de vue pratique, les experts et les organismes internationaux, intéressés surtout par l'aspect quantitatif, définissent la déforestation comme étant la transformation ou la conversion des forêts en d'autres types de couvert, désormais plus ou moins dépourvus de végétation ligneuse. Impulsée par l'accroissement démographique, la déforestation en milieu tropical correspondrait en ce sens au défrichement progressif de la forêt et à son remplacement par les champs, les villages, les pâturages, les villes, les aménagements hydriques, les infrastructures routières et les autres formes d'utilisation anthropique de l'espace.

Pour la FAO (2001), par exemple, la déforestation implique la disparition durable ou permanente du couvert forestier ainsi que le passage à une autre utilisation des terres (...). Elle inclut aussi les cas où la surexploitation et la modification de l'environnement affectent la forêt de façon telle qu'elle ne peut maintenir un couvert arboré dépassant le seuil de 10 pour cent ». Toutefois, cet organisme précise que le terme « exclut spécifiquement les zones où les arbres ont été enlevés par exemple pour en exploiter le bois et où la forêt devrait se régénérer soit naturellement, soit avec l'aide de mesures sylvicoles ».

La variété des acceptions que recouvre le terme déforestation, et donc l'imprécision de son contenu sémantique, appelle à une grande prudence dans l'emploi de cette expression. Cette situation souligne la difficulté qu'il y a à trouver une définition synthétique, car la réalité géographique et multidisciplinaire exprimée par le concept peut être différente d'un lieu à un autre, ou d'une discipline à une autre et très hétérogène dans le même espace.

Dans le cadre de notre thématique, il apparait que la déforestation est un phénomène qui s'effectue dans un souci de recherche du développement. Mais cependant, elle extermine les zones de vie naturelle des Nkola/Ngyéli. Toutefois, en tant que variable indépendante, la déforestation a pour variables intermédiaires l'appauvrissement de la biodiversité dans le massif forestier de Lolodorf. Les dynamiques socioculturelles et les nouveaux modes de vie chez ces peuples s'expriment ici en tant que variable dépendante à ce phénomène. Il revient donc d'affirmer que la déforestation repose sur la pression démographique, l'intensification des pratiques agropastorales, l'expansion de l'industrie minière ou encore la multiplication des pratiques illégales.

Au regard des approches définitionnelles ci-dessus évoquées, il en ressort que la déforestation est un phénomène qui bien que s'effectuant dans un souci de recherche de bien-être, dégrade et appauvrit aussi considérablement l'environnement notamment sa biodiversité. Ses conséquences s'expriment au niveau des changements constatés sur la culture desNkola/Ngyéli.

Par dynamiques socioculturelles, il est question du changement, de l'évolution à la transformation et aux mutations qui interviennent sur les aspects socioculturels et impulsent des nouveaux modes de vie au sein d'une communauté, d'un groupe humain. C'est un processus par lequel l'ordre existant d'une société, c'est-à-dire sa culture sociale, spirituelle et matérielle, passe d'un type à un autre. Les dynamiques socioculturelles englobent donc les processus plus ou moins rapides de changements dans la constitution politique d'une société; dans ses institutions intérieures et ses méthodes de colonisation territoriale; dans ses croyances et ses méthodes de connaissance; dans son instruction et ses lois; de même qu'en ce qui concerne ses outils essentiels et leur emploi, la consommation des biens sur laquelle est fondée son économie sociale. Cependant plusieurs auteurs ont développé des approches différentes sur les dynamiques socioculturelles. Ces approches tiennent compte des écoles de pensée et des courants idéologiques.

Pour MALINOWSKI (1941), l'évolution culturelle est un facteur permanent de civilisation humaine; elle se fait partout et en tous temps. Elle peut être provoquée par des facteurs et des forces jaillissant spontanément à l'intérieur de la communauté, ou elle peut se produire au contact de cultures différentes. Dans le premier cas, elle prend la forme d'une évolution indépendante; dans le second, elle constitue le processus qu'en anthropologie on appelle généralement diffusion.

Dans le cadre de notre étude, les dynamiques socioculturelles se matérialisent comme le processus de changement qui s'opère au sein des communautés Nkola/Ngyéli. Ces changements se matérialisent sur les aspects tant socioculturels. La forêt qui a longtemps été moins exploitée est aujourd'hui saccagée, pillée et détruite. La nature ayant une influence sur l'homme, les dynamiques socioculturelles se présentent comme une résultante face au phénomène de la déforestation.

Le mot pygmée vient du grec pygmaios, haut d'une coudée, qui désigne étymologiquement, un individu appartenant à des populations spécifiques caractérisées par leur petite taille, inférieure à 1,50 m de haut. Cette taille n'est pas liée au nanisme, maladie due à la mutation d'un gène, mais d'une adaptation morphologique au milieu de la forêt équatoriale dans laquelle vivent ces populations. Ce terme englobe les différents groupes ethniques disséminés le long de l' équateur dans de nombreux États de l' Afrique actuelle, tels que le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la République Centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, et l' Ouganda.

Dans l'antiquité, les Grecs ont appelé Pygmées des êtres, probablement fantastiques, hauts d'environ 70 cm et vivant au Sud de l'Egypte ou aux alentours de l' Inde. Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, fait le récit d'une rencontre avec ces Pygmées. Aristote mentionne l'existence de tels êtres, supposés habiter dans des grottes souterraines. Pygmée était aussi une divinité que les Carthaginois représentaient à la proue de leurs navires pour effrayer leurs ennemis.

Ce terme est également employé comme adjectif pour définir certaines espèces animales caractérisées par leur taille réduite comme le manchot pygmée, la baleine pygmée ou le ouistiti pygmée ou l' hippopotame pygmée. On trouve aussi les adjectifs : pygmoïde (en anthropologie), pygmiforme, ou pygméenne.

Par ailleurs, cette expression traduit le regard dévalorisant que certaines personnes peuvent porter à l'endroit des autres. Des propos dégradants tachés de mépris pour valoriser leur supériorité vis-à-vis des autres sont le plus souvent utilisés.

Pour les Nkola/Ngyéli, ce sont un des groupes des êtres humains vivant de la chasse, de la cueillette et du ramassage dans la forêt équatoriale. Selon MIMBOH (2000), les Pygmées Bakola /Bagyéli sont des groupes des nomades habitant principalement le Département de l'Océan qui compte six Arrondissements : Akom II, Bipindi, Campo, Kribi, Lolodorf, Mvengue et le District de Nyé'été. Cette région est habitée par d'autres peuples tels que les Bassa, les Batanga, les Boulou, les Ewondo, les Fang, les Mabéa, les Ngoumba. Cette région est traversée de bout en bout par la forêt équatoriale et connait un climat humide avec quatre saisons.

Dans le cadre de notre étude, les Nkola/Ngyéli font mention de ces communautés qui ont pour habitat naturel la forêt. Cette forêt est pour elles une source vitale inestimable car leur survie en dépend. Cependant, les modes de vie anciens qu'on nous présentait des Nkola/Ngyéli sont en perpétuel changement suite à la déforestation. Il nous revient donc ici de présenter les Nkola/Ngyéli comme des communautés en pleine dynamiques socioculturelles suite au phénomène de l'érosion de la biodiversité.

Le terme anthropologie vient de deux mots grecs, anthrôpos, qui signifie homme (au sens générique), et logia, qui signifie étude. Littéralement c'est l'étude sur l'homme. scientifiquement, l'anthropologie est la branche des sciences humaines qui étudie l' être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques ( anatomiques, morphologiques, physiologiques, évolutifs, etc.) et culturels ( socio- religieux, psychologiques, géographiques, etc.). Cette discipline vise particulièrement les faits spécifiques à l'humain par rapport aux autres animaux (faits anthropologiques comme homo ou anthrôpos) : langages articulés et figuratifs, rites funéraires, politiques ou magiques, arts, religions, coutumes, parenté, habitats, techniques corporelles, instrumentales, de mémorisation, de numération, de représentations spatiales et temporelles. Elle s'appuie notamment sur l'étude comparative des différentes sociétés et ethnies décrites par l' ethnologie, et envisage l'unicité de l'esprit humain à travers la diversité culturelle.

Selon M. HERSKOVITS, (1950) l'anthropologie est un discours sur l'homme, ses productions matérielles et immatérielles, ses coutumes, ses traditions, sa culture au sens de mode de vie globale d'un peuple. Il revient dont de dire que l'anthropologie en tant que discipline scientifique est l'étude de l'homme dans sa diversité culturelle.

S'inspirant des idées ci-dessus évoquées, il en ressort que l'anthropologie du développement serait une science humaine qui étudie les mécanismes et les stratégies que chaque socioculture met en place dans sa recherche de bien-être, et dans l'objectif de l'amélioration ses conditions de vie.

L'anthropologie du développement s'inscrit donc dans notre thématique comme la vision du développement d'une communauté donnée. Mais telle que la déforestation est pratiquée dans le massif forestier de Lolodorf, elle ne tient pas compte des réalités socioculturelles des communautés qui y vivent au quotidien. Elle est perçue et prônée par certains acteurs extérieurs à ce milieu forestier comme la recherche du bien-être économique récusant toutes les politiques de durabilité. Cependant la culture des Nkola/Ngyéli qui y vivent résiste difficilement à ce phénomène contrairement à celle des Bantu. Par conséquent, des nouveaux modes de vie prennent corps.

II. II- 2. ECOLOGIE

Il s'agit de parcourir quelques contours de ce concept et les théories émises puis développées par certains auteurs.

III. II-2-1. Généralités

L'écologie, entendue au sens large, désigne le domaine de réflexion qui prend pour objet l'étude des interactions, et leurs conséquences, entre individus (pris isolément et/ou en groupe constitué) et les milieux biotique et abiotique qui les entourent et dont ils font eux-mêmes partie.  La définition de manière précise de l'écologie semble assez difficile, néanmoins l'acception générale fait de l'écologie un domaine de réflexion très vaste, puisque par biotique il faut entendre la totalité du monde vivant (les animaux, les plantes, les micro-organismes, mais pouvant aussi inclure les autres individus, la société, etc.) ; et par abiotique il faut entendre tout ce qui n'est pas vivant (donc aussi potentiellement les objets, la technologie, la connaissance, etc.).

Dans le champ scientifique, le terme « écologie » désigne la science qui se donne pour objet les relations des êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes, etc.) avec leur habitat et l' environnement, ainsi qu'avec les autres êtres vivants. Elle est l'étude scientifique des interactions qui déterminent la distribution et l'abondance des organismes vivants. Ainsi, en science, l'écologie est souvent classée dans le champ de la biologie. Cette science étudie deux grands ensembles : celui des êtres vivants ( biocénose) et le milieu physique ( biotope), le tout formant l' écosystème.L'écologie étudie les flux d' énergie et de matières (réseaux trophiques) circulant dans un écosystème. L'écosystème désignant ici une communauté biotique et son environnement abiotique.

IV. II-3. QUELQUES THEORIES ECOLOGIQUES

Il s'agit de la présentation de quelques théories développées sur l'écologie.

V. II-3-1.Ecologie politique

C'est un ensemble de courants, largement diffusés depuis les  années 1970, qui insistent sur la prise en compte des enjeux écologiques dans l'action sociale et l'organisation politique. Mouvement culturel nourri d'influences divers (mouvements féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non-violents, libertaires, socialistes autogestionnaires...) l'écologie devient politique lorsque la défense d'une culture du quotidien converge avec la question de la survie de l'espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie. Alors que l' écologie s'était donnée pour objectif d'étudier les rapports entre un organisme et le milieu  naturel, l'écologie politique fait en quelque sorte suite à une prise de  conscience des limites de l' anthropocentrisme humain, mais pose aussi des questions essentielles à l' anthropologie pour le rôle écologique de l'espèce.

Somme toute, c'est une approche culturelle appliquée de l' écologie pour l' espèce humaine  qui a recours à la  politique pour assurer son avenir et celui de sa descendance. Elle constitue également un  mouvement social pour transformer la  société, dans un sens plus adapté à une vision écologique (globale, intégrant les  générationsultérieures) du  réel face aux  réalités.

VI. II-3-2. Ecologie réductionnelle.

D'après W.H. THORPE, l'un des fondateurs de cette théorie, le réductionnisme consiste à n'attribuer de réalité, exclusivement, qu'aux constituants les plus petits et à interpréter les niveaux supérieurs d'organisation, à partir des niveaux inférieurs. Aussi pour cette approche, l'écologie se doit de suivre le modèle proposé par la physique, afin de se prévaloir du titre de science exacte. En d'autres termes, faire l'écologie c'est pouvoir quantifier toutes les données recensées, afin de produire des analyses concrètes. Pour l'approche réductionniste, seules les données quantitatives sont fiables et acceptables.

VII. II-3-3. Hypothèse Gaïa.

C'est une théorie holiste qui a été développée par James LOVELOCK en 1969. Cette théorie stipule que l'ensemble des êtres vivants sur terre serait ainsi comme un vaste organisme appelé « Gaïa », d'après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la terre et réalisant l'auto-régularisation de ses composants pour favoriser la vie. L'hypothèse Gaïa repose sur un modèle scientifique qui se fonde sur plusieurs constantes écologiques, climatologiques, géologiques ou encore biologiques à travers la notion d'éco-évolution et est appelé Earth systemscience.L'hypothèse Gaïa, appelée également hypothèse biogéochimique, est une  hypothèse scientifique controversée, mais également évoquée par d'autres scientifiques avant lui, selon laquelle la terre serait « un système physiologique dynamique qui inclut la  biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d'années, en harmonie avec la vie ». Gaïa : une médecine pour la planète.

Pour LOVELOCK (2001),Gaïa est le nom de la Terre vue comme une entité vivante, un système physiologique unique qui, à l'instar des autres organismes vivants, autorégule sa chimie et sa température en vue d'un état favorable pour ses habitants. L'une des espèces habitantes, l'homme, par sa démographie galopante et son mode de vie polluant, semble perturber gravement l'état de santé de son hôte.Gaïa est-elle en train de couver des maladies graves dont les premiers symptômes seraient notamment les accidents climatiques dont nous sommes les témoins ?

Ainsi, James LOVELOCK soumet la planète à un bilan de santé. Comme le ferait un médecin auprès d'un patient, il examine son évolution depuis sa naissance, ses maladies d'enfance, son anatomie, sa physiologie, son métabolisme et sa biochimie. Il explore les symptômes : les pluies acides, le réchauffement global, le changement climatique, la déforestation... Le diagnostic est à la fois fascinant et terrifiant : l'histoire et l'avenir de la planète Terre sont en train de se jouer. Combien de temps Gaïa pourra-t-elle supporter les effets destructeurs de la surpopulation humaine et de ses agressions ? Survivra-t-elle ? Et nous qui sommes à la fois les agents de la maladie et les observateurs de ses effets, en serons-nous aussi les victimes ?

Devant la multiplication des désastres climatiques, il est nécessaire de tirer la sonnette d'alarme et de faire le bilan de l'état de santé de Gaïa. Face à la réticence des sociétés à prendre en compte le changement climatique, l'auteur exhorte les hommes à abandonner leur vanité, qui les persuade de leur aptitude à " gérer " le problème, et donne des solutions face à la crise planétaire, afin de nous éviter d'être victimes de la riposte d'une planète outragée.

VIII. II-4. ENVIRONNEMENT

Le terme environnement recouvre de nombreuses acceptions. A l'origine, il s'agit d'un anglicisme signifiant milieu. C'est le milieu dans lequel un être vivant fonctionne; ce milieu incluant l'air, l'eau, le sol et les ressources naturelles, la flore, la faune et les êtres humains. L'environnement est aussi, à un moment donné, l'ensemble des facteurs physiques, chimiques, biologiques et sociaux susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat et futur sur les êtres vivants et les activités humaines.Cependant, ce terme est considéré et perçu différemment en fonction des disciplines scientifiqueset d'appartenance socio-professionnelle. Pour un industriel, il sera question de pollution. Pour un artisan ou un commerçant, il s'agira plutôt d'une zone commerciale... le terme environnement est largement contesté par les écologistes qui y voient une connotation trop anthropocentriste.

Par définition,c'est l'ensemble des éléments (biotiques ou abiotiques) qui entourent un individu ou une espèce et dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins, ou encore comme l'ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles, susceptibles d'agir sur les organismes vivants et les activités humaines. La notion d'environnement naturel, souvent désignée par le seul mot « environnement », a beaucoup évolué au cours des derniers siècles et tout particulièrement des dernières décennies. Il est compris comme l'ensemble des composants naturels de la planète terre, comme l' air, l' eau, l' atmosphère, les roches, les végétaux, les animaux, et l'ensemble des phénomènes et interactions qui s'y déploient, c'est-à-dire tout ce qui entoure l' Homme et ses activités.Compte tenu du caractère pluridimensionnel que revêt l'environnement, la biodiversité apparaît comme une de ses composantes qui le définit au mieux.

Cependant par diversité biologique ou biodiversité,on désigne la variabilité des organismes vivants de toute origine (des plantes aux animaux, et microorganismes). La biodiversité se définit donc relativement à la variétédes espèces. Elle peut aussi être définieau regard de la variété desécosystèmes(déserts, forêts, zones humides, montagnes, lacs, cours d'eau, espaces agricoles..). Dans chaque écosystème, les êtres vivants, dont les êtres humains, forment un tout, et interagissent les uns avec les autres, mais aussi avec l'air, l'eau, et la terre qui les entourent. Ce système d'interactions entre différentes formes de vie, entre elles, et au sein d'un écosystème et milieu donné, évolue comme `un tout' : chacun de ses éléments étant interdépendant des autres. C'est pourquoi le devenir de l'humanité ne peut se dissocier du devenir de la biodiversité.

IX. II-4-1.Éthique de l'environnement

D'après BEAUCHAMP (1993) ; GANOCZY (1995) ; DES JARDINS (1995) ; LARRERE (2006) et HUYBENS (2010), il est généralement reconnu que trois modèles permettent d'expliciter différentes conceptions de l'éthique des interventions dans la nature.

Le modèle anthropocentriquesépare l'homme (sujet) et la nature (objet) et met la nature au service de l'humain, maître absolu ou intendant. Dans le modèle économique classique, l'humain est maître absolu de la nature. Il peut la soumettre à tous ses besoins sans contrepartie. Ce modèle a permis le développement de l'agriculture, des sciences et des technologies et laisse une empreinte environnementale démesurée parce que la nature est un objet exclu du champ de l'éthique. Dans la pensée du développement durable, l'humain devient plus un intendant qui doit pouvoir satisfaire ses besoins dans la nature et laisser aux générations futures des écosystèmes pourvoyeurs de tout ce dont elles auront besoin. L'éthique en lien avec la nature est utilitariste. Il s'agit de maximiser les conséquences positives pour l'humain au moindre coût, parfois y compris pour la nature, mais de manière récente seulement avec le développement durable. Ce modèle éthique conduit à anthropociser la nature, la rendre apte à répondre aux besoins humains.

Le modèle biocentriquevalorise le respect de toute vie. Tous les êtres vivants ont une dignité propre intrinsèque, quelle que soit leur utilité pour les humains. Il s'agit d'une remise en question fondamentale de la vision anthropocentrique. Elle dénonce la violence faite par les humains et ses techniques à la nature. Cette vision est basée sur une écologie métaphysique, l'éthique est déontologique : elle est faite de règles morales et d'interdits. Ce modèle éthique conduit à anthropomorphiser la nature : la nature a des facultés humaines comme le suggère James LOVELOCK dans l'hypothèse Gaïa, Terre-Mère se venge.

Le modèle écocentriquefait de l'humain un élément de la nature, comme n'importe quel autre, qui doit connaître et respecter les lois de la nature pour la maintenir dans l'état où elle se met sans lui. Une grande importance est accordée aux experts qui connaissent les lois de la nature pour prendre des décisions qui imitent son fonctionnement ou dans des versions plus édulcorées, s'en inspirent ou proposent « une gestion proche de la nature ». Les écosystèmes et leurs fonctionnements autorégulés sont centraux. Ce modèle éthique conduit à naturaliser l'humain. L'éthique est conséquentialiste (éviter les conséquences négatives sur les écosystèmes) en élaborant des bonnes pratiques basées sur les lois de la nature. Ces trois modèles sont possibles dans le cadre de l'ontologie naturaliste décrite par Descola.

Pour HUYBENS (2010),il faut métamorphoser l'éthique de l'environnement en articulant ce que chaque représentation a de mieux dans une forme renouvelée.Le modèlemulticentriquearticule les complémentarités et contradictions entre les différents modèles pour inventer une réponse contemporaine pertinente permettant d'envisager « l'économie verte » avec une nature partenaire. Elle a cependant l'avantage de mettre l'accent sur la nécessité de réfléchir les interventions humaines dans la nature en tenant compte de la « réponse » de la nature. Le caractère récursif de la relation ne s'arrête pas là cependant. Cette rétroaction de la nature sur l'humain façonne à son tour en partie l'action possible ou souhaitable de l'homme dans la nature.

Ce modèle éthique conduit à humaniser l'humanité dans ses relations avec la nature et pour cela à valoriser le dialogue entre les humains. Voir les forêts comme des « partenaires » et pas seulement comme des « ressources » ou seulement comme ayant une valeur intrinsèque ou sacrée permet de réfléchir sur les interventions humaines dans la nature comme s'il s'agissait de mettre en oeuvre une sorte de contrat qui devrait donner satisfaction tant à l'humain qu'à la nature. Concevoir un Co-pilotage, une influence réciproque entre les humains et la nature permettrait de participer à un monde plus libre (démocratique, diminue les inégalités), plus juste (création et répartition des richesses surtout avec les plus démunis, l'économie est un moyen et pas une fin), plus vert (partenariat avec la nature) et plus responsable (en portant la responsabilité avec les générations antérieures de la planète que nous laisserons aux générations futures).

Somme toute, l'environnement en tant que milieu, est une des bases de l'écologie qui privilégie les relations des êtres vivants entre eux et avec le milieu. L'environnement est un pilier et son respect est une condition sine qua non au développement durable. La plus importante différence entre les trois domaines de l'écologie, de l'environnement et du développement durable est la place et l'importance croissante de l'homme et de ses activités.

X. II-5.PYGMEES

Il s'agit de faire une présentation générale des Pygmées en Afrique, au Cameroun et dans la localité de Lolodorf en particulier.

XI. II-5-1. Généralités et localisations

Le mot Pygmée désigne les différents groupes ethniques disséminés le long de l' équateur dans de nombreux États de l' Afrique actuelle, tels que le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la République Centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, et l' Ouganda.

Selon BAHUCHET et PHILLIPART (1991),les Pygmées, ne pratiquant ni l'agriculture, ni l'élevage, font partie des rares peuples du monde vivant de l'exploitation des ressources spontanées, par la chasse et la collecteCes populations sont disséminées sur des très vastes zones géographiques dans le bloc forestier du bassin congolais. Ils forment en réalité plusieurs groupes différents au point de vue morphologique, linguistique et dans une certaine mesure également culturel. Très difficile à évaluer, le nombre de pygmées d'Afrique est estimé entre 100 et 200.000 âmes.

En Afrique, les Pygmées les plus célèbres sont les Bambutià l'Est de la République Démocratique du Congo. Les Baka, présents et repartis au Nord du Congo, au Sud-Est du Cameroun et en République Centrafricaine. Les Baaka,connus aussi sous l'appellation des Babinga ou Babenga, sont présents en Centrafrique et au Nord du Congo. Mais, une partie de ce groupe se nomme Bambenzele. Ces trois groupes vivent exclusivement dans la région forestière.

Au-delà des groupes auxquels l'importance numériquement vient d'être mentionnée, nous avons également l'existence d'autres peuples tels que les Nkola /Ngyéli au Sud-ouest du Cameroun, les Bédzan dans les plaines Tikar du Cameroun également. Pour les Aka encore appelés Babongo, ils se situent au Centre du Gabon. Enfin, une autre communauté aussi importante, mais morcelée et dispersée est basée au Burundi, au Centre-ouest du Rwanda mais aussi au Sud de la RDC : Ce sont les Batwa. Chasseurs-Collecteurs ils sont plus sédentaires et forment des castes au sein des sociétés, d'agriculteurs. Ainsi, certains Batwa du Rwanda sont spécialisées dans la poterie, activité que ne pratiquent pas d'autres groupes.

En dépit de ce qu'une importante bibliographie laisse supposer, l'approche scientifique des différents groupes Pygmées d'Afrique est très récente. Leur nomadisme saisonnier dans la forêt équatoriale humide et les relations étroites qu'ils entretiennent avec leurs voisins agriculteurs, ceux-ci se posant souvent en intermédiaires incontournables. Or ce sont justement leurs relations avec les autres populations forestières qui font l'originalité profonde des Pygmées d'Afrique.

Somme toute, la localisation des Pygmées en Afrique est effective dans les pays tels que, le Burundi avec les Batwa. Le Cameroun par les Baka, les Nkola/Ngyéli, les Bédzan. Au Congo Brazzaville on retrouve les Batwa, et les Aka ou Babongo. Le Gabon, fait état des Babongo.Au Rwanda, il est question des Batwa. En République Centrafrique, il en ressort la présence des Baka et les Aka.

Carte N° 2 : Localisation des différents groupes Pygmées en Afrique.

Source : ORSTOM 1978

XII. II-5-2. Pygmées du Cameroun

Dès 1890, les officiers et les membres scientifiques des colonnes allemandes d'exploration et de conquête ont signalé l'existence des Pygmées(Zwerge) dans les trois parties du Cameroun (Est, Sud et Centre). Sous le mandat français entre 1918 et 1945, quelques missionnaires et administrateurs, tels que M. BERTAUT, les Pères HOUSSAYE et Ternay, s'intéressent surtout aux Baka. Après la seconde guerre mondiale, Vallois marque l'intervention de quelques spécialistes provenant d'établissements universitaires ou scientifiques Français. Parmi eux, figurent vers la fin de l'époque coloniale, les jeunes G.ALTHABE et J.F.LOUNG, qui étudient plus particulièrement l'évolution économique et sociale. C'est également à cette époque qu'entre en scène le Père DHELLEMMES, qui se signalera surtout après l'indépendance par la collecte progressive des données démographiques dans les ressorts territoriaux des missions où il sera affecté, puis jusqu'à sa mort dans la zone du Projet Pygmées Est-Cameroun.

Cependant, la plupart des travaux effectués à l'époque coloniale ont été axés sur l'anthropologie physique et sociale. La localisation et le recensement systématique des communautés Pygmées n'ont jamais été organisés, contrairement à ce qui se passait pour les autres ethnies. En effet, ces populations de Chasseurs-collecteurs ne représentaient qu'un intérêt insignifiant pour les colonisateurs, dans la mesure où elles ne pouvaient pas être engagées avec profit dans les activités de mise en valeur et d'exploitation du territoire soit comme main d'oeuvre ou productrices autonomes, soit à titre d'assujetties à l'impôt et aux travaux obligatoires d'intérêt général, soit en qualité d'auxiliaires ou d'employées des secteurs public ou privés.

L'existence dans quelques publications des données géographiques et démographiques attestent certes certaines statistiques mais celles-ci font ressortir informations très en deçà de la réalité, échafaudées par les chefs des subdivisions.

Après l'accession du pays à l'indépendance, un changement d'optique marqua les mesures visant à améliorer les conditions d'existence de toutes les composantes de la jeune Nation. Les pouvoirs publics et certaines ONG ont alors pris l'initiative de mettre en oeuvre, des actions de développement au bénéfice des Pygmées. Il s'agissait ainsi de rompre avec la politique économique et sociale de l'époque coloniale qui privilégiait certaines régions et certaines ethnies.

D'après MVENG(1963),les Pygmées sont les premiers habitants de la forêt camerounaise. Ils constituent une minorité analphabète, primitive et totalement marginalisée, tant sur le plan social qu'économique ou politique. La répartition des pygmées au Cameroun, fait mention de trois groupes ethniques.

Pour LOUNG(1995),le Cameroun compte trois groupes ethniques Pygmées, d'importance extrêmement inégale. Les Baka, les Bakola/Bagyéli et les Bédzan.Ces premiers recensements administratifs de Pygmées ont eu lieu entre 1963 et 1968. Mais ils n'étaient organisés effectivement que dans certaines circonscriptions.

XIII. II-5-3. Répartition spatiale et effectif

Il s'agit de présenter les localités dans lesquelles on trouve les Pygmées au Cameroun, et leurs effectifs approximatifs.

XIV. II-5-3-1. Les Baka

LesBakasont implantés dans quatre départements, dont trois dans la région de l'Est et un dans celle du Sud : Boumba et Ngoko, Kadey, Haut Nyong et Dja et Lobo. A l'intérieur de ces grandes divisions administratives, les communautés se concentrent dans certains secteurs. Les statistiques vieillissantes et approximatives mentionnent qu'ils sont au nombre de 35000.

La Boumba et Ngoko rassemble à elle seule, plus de la moitié des effectifs. Environ 11.000 vivent dans l'Arrondissement de Moloundou et la zone de Salapoumbé. Près de 9.000 habitent l'Arrondissement de Yokadouma, où les contingents principaux se trouvent dans les cantons Konabembé et Mvong-Mvong. A cela s'ajoutent quelques centaines dans l'Arrondissement de Gari-Gombo.

Le Haut-Nyong compte environ 8.500 Baka. 4000 se répartissent d'une manière assez égale dans les divers cantons de l'arrondissement de Lomié, vient ensuite l'Arrondissement de d'Abong Mbang et 2000 se concentrent sur la route de Lomié. Celui de Massamena et le District de Somalomo avoisinent un millier d'individus. Les Arrondissements de Dimako et Ngoila comptent chacun quelques centaines d'individus et celui de Doumé quelques communautés. Dans la Kadey, seule la partie totalement forestière comprend un peuplement Baka. Un peu plus de 2.000 dans l'Arrondissement de Mbang, rassemblés dans les cantons Bangantou et Mézimé ; quelques centaines dans celui de Ndélélé.

Les effectifs du Dja et Lobo avoisineraient 3.000 personnes. L'arrondissement de Djoum y compte environ 1.500 individus dont la moitié se concentre dans les cantons Fang. Puis vient celui de Mintom, avec près d'un millier dont une importante partie établie sur la route d'Atali. Le reste est réparti entre les arrondissements de Bengbis du canton Boulu, Sangmélima (secteur Bikoula-Emvieng), Méyomessala (secteur de Bityé), et Oveng. Signalons enfin la communauté de Mébémenko, implantée à l'angle oriental de l'arrondissement de Mvangane, dans le département de la Mvila.

XV. II-5-3-2. Les Nkola /Ngyéli

L'aire de peuplement Bakola/Bagyéliest centrée sur le département de l'Océan. Celui-ci compte un effectif à peu plus de 3.700 personnes. Ceux-ci vivent dans les arrondissements de Lolodorf, Bipindi, Kribi, Akom II et Campo, ainsi que dans le District de Nyé'été. Il s'y ajoute d'une part la portion du département du Nyong et Kéllé situé au Sud du Nyong, et d'autre part dans quelques secteurs de la Vallée du Ntem. On peut distinguer six zones de regroupement des communautés. Celle de Bipindi, la plus importante, rassemble pratiquement le tiers des effectifs. Puis vient celle de Lolodorf et Kribi. L'autre partie s'étale entre la zone Ebemvok, Akom II, Nyé'été et une petite communauté à Campo.

Selon MIMBOH, P.-F, (2000),qui s'est consacré particulièrement sur notre site d'étude, les Pygmées Bakola /Bagyéli habitent principalement le département de l'Océan qui compte six Arrondissements : Akom II, Bipindi, Campo, Kribi, Lolodorf, Mvengue et le District de Nyé'été. Cette région est habitée par d'autres peuples tels que les Bassa, les Batanga, les Boulu, les Ewondo, les Fang, les Mabéa, les Ngoumba. Elle région est traversée de bout en bout par la forêt équatoriale et connait un climat humide avec quatre saisons. Les précipitations sont très abondantes et atteignent parfois 4.000 mm/an. On comprend dès lors que cette région ait une grande vocation agricole et renferme un potentiel forestier très riche et diversifié.

Les Nkola /Ngyéli de cette région avoisineraient 3.700 individus éparpillés sur tous les arrondissements et districts sus mentionnés, avec une proportion très faible dans le Sud de Mvengue. Il note par ailleurs un autre groupe dans la Mvila et le Nyong et Kéllé.

XVI. II-5-3-3. Les Bédzan

Pour les Bédzan, l'aire de peuplement se réduit à quelques centaines de kilomètres carrés dans la plaine Tikar, au secteur de Ngambé-Nditam. Elle comporterait en tout six communautés, installées dans les ressorts territoriaux des chefferies de Ngambé, Gah, Ngoume et Nditam.

XVII. II-6. CONCEPT DU DEVELOPPEMENT

Le dictionnaire français Larousse, admet plusieurs acceptions sur le mot « développer». De prime abord, c'est un verbe du premier groupe doté des significations plurielles : ôter de l'enveloppe, déployer, dérouler, faire connaitre, augmenter progressivement, exposer en détail, s'accroitre, sortir de l'état embryonnaire, faire apparaitre l'image sur un cliché. Le mot développement quant lui signifierait évolution vers un stade plus avancé.

C'est un concept polysémique qui évoque plusieurs dimensions à la fois théoriques et même idéologiques. Pour les uns, il relève de l'idéologie LATOUCHE (1990), tandis que pour d'autres, il relève de la croyance RIST (1996), ou encore de la théorie économique. La définition du concept de développement est très diversifiée et se heurte parfois à des versions quelque peu divergentes.

Pour MBONJI,E (1988),le développement est comme un processus multidimensionnel comprenant les structures de production et l'expression de la culture et la culture elle-même, l'ensemble des manifestations productrices tant technologiques qu'économique, artistique ou quotidienne, bref l'ensemble de tous les aspects de la vie(...)le développement comme étant une modalité, un paradigme parmi tant d'autre qui nécessite une vision anthropologique sur les différentes façons selon lesquelles les sociétés évoluent, changent. L'Hommeest le bénéficiaire du développement et celui-ci doit tenir compte de toute sa dimension culturelle. Il importe donc de préciser que le développement ne saurait se faire d'une façon uniforme, unicolore. Ainsi, chaque culture contient donc les germes de son développement, qui est un système de production et de consommation. Il est autour de nous, dans nos cultures, dans nos traditions, dans nos génies créateurs.

MBONJI, Einvite donc l'Afrique à opter pour cette approche du développement afin de sortir de son sous-développement. Le développement n'est pas une chose qu'on impose dans nos sociétés, mais un processus qui a pour principe et pour finalité l'Homme dans sa personnalité culturelle toute entière. Les cultures africaines ne sont donc pas un frein au processus du développement de l'Afrique. Il revient à tout projet et programme de développement d'intégrer les cultures dans le processus de la conception, de la réalisation et du suivi de ces actions, entendues comme amélioration des conditions de vie, et de recherche du bien-être total.

D'après L'UNESCO (1992),le développement est ce processus complet et holistique multidimensionnel qui va au-delà de la simple croissance économique pour intégrer toutes les dimensions dont la vie sociale et toutes les énergies de la communauté dont tous les membres devraient bénéficier des résultats qui en découlent. Pour l'UNESCO, la dimension économique n'est pas la seule dans le processus du développement. Le développement intègre toutes les dimensions de la vie. Ce processus qui concerne l'Homme doit être holistique.La dimension culturelle du développement ici étant importante.

Selon Olivier DE SARDAN (1995),le développement est un ensemble de processus sociaux induits par les opérations volontaristes de transformations d'un milieu social entreprises par le biais d'institutions extérieures à ce milieu mais cherchant à mobiliser celui-ci et reposant sur une tentative de greffe de ressource et ou des techniques et ou de savoirs. Pour lui, le développement peut être impulsé de l'extérieur par le biais des institutions et des agences de développement. L'Afrique ici attend le développement comme modèle standard pensé depuis l'Occident. Autrement dit, l'auteur nous présente le développement comme altérité anthropologique et non comme une opposition entre modernité et tradition.

Quant à Gilbert RIST (1996),le développement est assimilé au processus qui induit le changement dans l'évolution naturelle. De l'évolution naturelle au changement social, la transposition semble assez simple à réaliser. L'évolution et le changement social deviennent le processus de développement.

Au total,le développement apparaît comme un processus de changement ininterrompu, ayant des effets cumulatifs qui sont irréversibles et qui sont dirigés vers une finalité précise. Dans cette perspective, le développement est non seulement irréversible, mais il apparaît aussi inévitable.

XVIII. II-6-1. Trois approches du développement

Ces trois approches sont un aboutissement des travaux de Jean Pierre Olivier de Sardan, sur la notion du développement. Pour cet auteur, une grande confusion règne autour de l'anthropologie fondamentale du développement dans la littérature anglophone et francophone de ces dix dernières années.

XIX. II-6-1-1. Approche discursive

Elle présente le développement comme étant un discours, elle est avant tout une déconstruction des discours sur le développement c'est un courant influencé par le post modernisme et la remise en cause des discours officiels, critique l'écart entre les normes officielles et les normes pratiques. Le développement est perçu comme une action politique (une action volontariste de transformation d'une réalité extérieure) qui manipule donc un discours idéologique. En effet, ESCOBAR(1995), reprend les théories développées par E. Saïd sur « l'orientalisme » pour les appliquer au développement et créer la notion de développementaliste qui peut être définie par l'ensemble des discours et des représentations qu'ont les occidentaux sur les actions de développement dont ils sont à l'origine dans les pays du Sud. Les théories de SAÏD sont à l'origine du courant de pensée post moderne qui se structure autour de la remise en cause des discours du développement. Gilbert RIST (1996) dans son ouvrage « le développement : histoire d'une croyance occidentale » s'inscrit directement dans cette lignée de déconstruction.

XX. II-6-1-2. Approche populiste

Le développement est non seulement un discours mais en plus il asservit le peuple et néglige les savoirs populaires. Ce courant prône la dévalorisation des valeurs culturelles. Olivier de Sardan pense qu'il faut distinguer le populisme idéologique qui revient à l'exaltation des savoirs populaires d'un populisme méthodologique. Ce dernier nous dit que partout, les acteurs ont des savoirs et le rôle de l'anthropologue est de les connaître mais cela ne veut pas dire que ces savoirs sont forcément bons ou mauvais. Avant de vouloir transformer une réalité ou même l'étudier, il faut avant tout la connaître de façon fine et détaillée. Le populisme méthodologique revient donc à cet exercice qui consiste à chercher le sens du dedans d'une réalité culturelle ou sociale.

Ici, l'auteur fait une critique du populisme idéologique mais garde le populisme méthodologique. Cependant, cette question peut être soumise à la réflexion. En fait, il faut constater l'échec cuisant des politiques de développement pour s'inscrire dans une approche populiste.

XXI. II-6-1-3. Enchevêtrement des logiques sociales

L'un des intérêts de l'anthropologie est son approche à la fois holiste (transversale) et individualiste (en profondeur). Le chercheur en anthropologie doit se situer entre ces deux modèles types. La posture individualiste permet de ne pas sombrer dans le culturalisme. L'anthropologie appliquée du développement. Selon M. CERNEA (1986),depuis les années 1970, face au constat d'échec des programmes de développement, les institutions internationales intègrent de plus en plus de sociologue et les anthropologues avec une volonté de repenser les politiques publiques contre les approches classiques du développement dites trop technicistes et économistes. Son approche est un plaidoyer en faveur de l'intégration du savoir des sciences sociales dans les projets de développement. Il prône plutôt les raisons de l'importance des sciences sociales dans le monde du développement et la façon dont elles peuvent contribuer à améliorer les pratiques développementalistes.

Pour cet auteur, il ne s'agit pas d'élaborer de grandes théories en anthropologie du développement mais plutôt d'appliquer les multiples connaissances accumulées par les sciences sociales fondamentales dans les projets et les politiques publiques de développement. Pour M.CERNEA, l'anthropologie peut et doit se tourner vers l'action. D'une part, l'anthropologue doit s'impliquer dans les interventions de développement. D'autre part, il doit sortir du cadre étroit de sa discipline pour introduire ses travaux dans le processus même de l'élaboration des politiques publiques. L'anthropologue doit apporter une contribution plus large au phénomène de développement pour cela il doit identifier les multiples interventions des sciences sociales dans un projet de développement.

XXII. II-6-2. Quelques dimensions du développement

Si le concept de développement revêt un sens spécifique à travers les différentes définitions qui lui sont consacrées, il paraît impossible de définir une frontière sémantique étanche entre lui et les autres notions dont la diachronie de la pensée économique nous révèle qu'il procède. C'est un cas archétypal de système sémantique qui combine, entre autres, des concepts tels que: «croissance économique», «satisfaction des besoins fondamentaux» et «gouvernance» se rapportant chacun à une variante dimensionnelle que la notion de développement a progressivement intégrée au cours de son évolution.

XXIII. II-6-2-1. Dimension politique

Partant de l'idée que le développement implique une politique systématique et cohérente de l'État dans le but de promouvoir le progrès économique et social d'un peuple, il devient clair que le contenu du concept ne saurait, en aucun cas, se dissocier des impacts produits par l'intervention des pouvoirs publics dans le processus de développement. L'histoire contemporaine témoigne de l'importance du rôle joué par l'État dans les processus économiques. Déjà, durant la décennie des années 50, le débat sur le développement se centra autour de problèmes dont la dimension politique était déterminante : dégradation des termes de l'échange extérieurs, inadéquation du système des prix dans l'orientation des investissements, etc., mais ce complexe thématique fut quasiment toujours abordé à partir de cadres conceptuels totalement insuffisants. Avec l'analyse macro-économique de J.M. KEYNES qui restitua au politique sa primauté sur l'économique, la valorisation des centres de décisions nationaux conduisit à mettre l'accent sur la dimension politique de ce qui se présentait initialement comme problèmes strictement économiques et à imaginer du même coup le dépassement du sous-développement dans le cadre d'un projet politique. Ainsi prend forme la dimension politique du concept de développement cristallisé dans le rôle crucial que l'État est appelé à jouer dans le processus de croissance économique ainsi que dans les transformations sociales et infrastructurelles qui lui sont liées.

Les luttes pour l'indépendance, et dans certains cas des processus révolutionnaires, ont souvent donné à l'État un rôle décisif pour promouvoir le développement économique et créer des conditions structurelles pour opérer les transformations sociales indispensables y afférentes. Qui plus est, l'affirmation de l'indépendance nationale et de lasouveraineté des choix de développement vers lesquelles s'orientèrent les formations périphériques, et surtout l'émergence de l'idée d'intérêtnationalont généré dans la conception du développement la prise en compte de l'approche globalisante des processus économiques qui correspond à la prééminence de l'État comme agent propulseur et orienteur des activités économiques et arbitre des conflits de classe.

Même quand la plupart des projets, des politiques et programmes de développement communs à des ensembles mondiaux sont définis ou mis en oeuvre dans des cadres internationaux, force est de reconnaître que dans tous les cas, le cadre d'application des politiques de développement reste pour l'essentiel, national ou régional. Cependant, il s'avère impératif de souligner que ces politiques et programmes de développement, même conçus en dehors des espaces nationaux dans lesquels ils sont destinés à être appliqués, sont aussi porteurs de projets politiques spécifiques qui s'inscrivent pour la plupart dans la mouvance d'un paradigme idéologique dominant. Ils véhiculent, le plus souvent de façon implicite, soit une réduction, soit un renforcement des interventions de l'État dans le processus de développement.

A titre d'exemple, les décennies des années soixante et soixante-dix, ont été, dans la mouvance du paradigme de la modernisation, dominées par un économisme interventionniste où les institutions et les décisions politiques étaient présentées comme de simples instruments des stratégies de développement. A l'inverse, les années quatre-vingt furent celles des programmes d'ajustement structurelles véhiculant le respect de l'autonomie de l'économie par rapport aux décisions politiques à travers une séparation de l'État et du marché. BOUTAUD et DEBLOCK (1986),nous rappellent que l'application des politiques de développement dépend de la stabilité politique et sociale d'un Etat.

XXIV. II-6-2-2. Dimension socioculturelle

La fin des années 1960 marque une rupture qui se traduit potentiellement par une nouvelle vision du concept et des pratiques de développement. La prise de conscience des imperfections des modèles de développement axés sur l'économisme, le productivisme et le technicisme au détriment des véritables besoins humains et sociaux et des aspirations des populations a imposé une reconceptualisation des approches développementalistes et subséquemment, une redéfinition du concept de développement. À la floraison de stratégies technocratiques de développement économique des années 1960,succède dans les années 1970 l'inflation des recettes du développement humaniste. Comme le constata S. LATOUCHE (1986),le développementétait devenu la projection du désir et du délire du Tiers Monde, toutes les constructions possibles pourraient s'abriter désormais derrière ce concept qui, vidé de son contenu réel/rationnel, perd toute rigueur et devient le point de mirage de toutes les aspirations.

Ainsi, le concept de développement, en intégrant le social et l'humain, subit une véritable révolution sémantique et fait intégrer l'expression des valeurs culturelles des civilisations issues de l'histoire et des situations sociales spécifiques. Tous ces qualificatifs associés à la notion de développement ont pour but de concilier la croissance et le bien-être social, participant à la structuration du champ idéologique du développement et concourant subséquemment à la prise en compte par le concept des nouvelles dimensions qu'ils véhiculent. Cependant, pour illustrer la dimension socioculturelle du concept qu'il s'agit ici de mettre en évidence, nous faisons appel au concept des «besoins fondamentaux» pour rendre compte des aspects sociaux proprement dits et à la variante «dimension culturelle du développement».

La persistance de l'analphabétisme et de la pauvreté dans les pays de la périphérie et surtout leur incapacité de prendre en main leur développement nonobstant la croissance brute de leur économie, fit émerger une nouvelle conceptualisation de la notion de développement qui, pour concilier la croissance et la justice sociale, intègre dans son champ la satisfaction des besoins essentiels des populations des pays du Sud. Cette nouvelle approche dite des «besoins fondamentaux» consiste essentiellement à exhorter les gouvernements des pays de la périphérie à se préoccuper davantage des besoins humains essentiels, c'est-à-dire à améliorer la nutrition, le logement, la santé, l'éducation et l'emploi de leurs populations. La Banque Mondiale et l'OIT en ont fait d'ailleurs au cours des années 1970, le fer de lance de leurs stratégies de développement et les valeurs que cette approche véhicule traduisent bien la nécessité de la prise en compte du «social» comme l'une des variantes dimensionnelles incontournables du concept de développement. Parallèlement à ce vaste débat s'ajoute la notion du «développement culturel» qui est venue élargir le contenu de l'appareil conceptuel dégagé par la communauté internationale au cours des années 1970, notamment dans le cadre des conférences intergouvernementales sur les politiques culturelles organisées par l'UNESCO ou avec sa collaboration.

Le développement culturel, vite transformé en dimension culturelle du développement, est né de l'incapacité des modèles dedéveloppement ethnocentriques à dialoguer avec d'autres conceptions du monde.

Dans le même ordre d'idées, MBONJI, E (1988), pense que les cultures locales sont appelées au secours de la réalisation des projets conçus sans elles mais destinées à leurs populations. Ce n'est que lorsqu'on a compris que le développement ne sortira pas des conférences mais des hommes, que l'on a commencé à les étudier.

Un peu plus tard,MBONJI, E (2005),affirme qu'il importe donc de tenir compte de ces hommes, leurs traditions, de leurs systèmes de valeurs, autrement le développement ne passera pas. Rythmant ainsi ses joies et ses peines, ces traditions manifestent l'esprit d'un peuple. Elles lui ont permis de conserver son identité devant les agressions extérieures. Mais du même coup, elles rendent le changement nécessaire encore plus difficile, car les réticences ou les refus s'appuient sur des raisons qui dépassent la simple raison.

De toute évidence, il a fallu trouver une formule pour promouvoir un développement à visage culturel qui n'est d'ailleurs pas une chirurgie facile à opérer. Cette problématique relative à la dimension culturelle du développement a fait l'objet d'une production écrite foisonnante au cours des années 1980. En mettant en évidence la nature dialectique des rapports qui lient la culture au développement, cette notion a fortement contribué à la prise de conscience mondiale du rôle primordial de la culture dans les processus de développement ainsi que des effets de la modernisation sur les cultures. Qui plus est, l'émergence de cette dimension a permis de mettre en évidence les échecs et les dégâts culturels causés par les modèles uniquement fondés sur la croissance économique. Elle a fait mesurer, le coût économique, social et humain de la non prise en compte des spécificités socioculturelles telles le rapport à la nature, à l'espace, au temps, au travail, à l'argent et plus encore, le sens donné à la vie et à la mort.

L'évolution de toute société est un processus éminemment culturel, la culture doit être coextensive au développement car elle est cet élément dynamique fondamental qui donne aux groupes et aux sociétés la force de freiner ou au contraire de provoquer le changement social. La culture d'un peuple est la résultante dynamique de l'interaction souvent dialectique entre l'homme et le milieu environnant dans lequel il vit et évolue. C'est le génie d'un peuple et son art dans la recherche du progrès et du bonheur; donc un lieu de globalité où toute initiative de développement doit nécessairement se référer.

Dans ce contexte où la promotion d'un développement endogène et intégral s'est imposée comme une nécessité, la dimension culturelle du développement est devenue un leitmotiv incontournable. Celle-ci se présente indiscutablement comme un facteur déterminant voire structurant dans l'orientation fondamentale du développement, conditionnant le type, le style de développement et même les modalités de son application. Subséquemment, elle s'insère de façon explicite dans le contenu sémantique du concept de développement et participe potentiellement aux formulations définitionnelles qui lui sont consacrées.

XXV. II-7. QUELQUES THEORIES DU DEVELOPPEMENT

Toutes les théories du développement des années 50-60 sont émises par des économistes. Elles ont pour objet d'expliquer comment les pays sous-développés peuvent s'imprégner de l'exemple des pays développés afin de sortir de leur état actuel.

XXVI. II-7-1. Théorie du décollage ou des étapes de la croissance

La théorie du décollage fait référence à la théorie élaborée par Walt ROSTOW en 1961 qui renvoie aux étapes de la croissance économique pour marquer l'évolution de sociétés ou des espaces non développés vers le développement économique. Pour ROSTOW (1961),ces étapes de la croissance économique peuvent s'appliquer à toutes les sociétés et dans tous les pays non développés. Dans l'optique de cette théorie, les écarts de développement entre les différentes sociétés sont transitoires et l'égalisation des conditions est inéluctable. Ces étapes sont selon RIST (1996),la société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage ou du décollage, le démarrage, le progrès de la maturité et l'ère de la consommation de masse

Dans cette théorie, on retrouve la pensée évolutionniste qui a marqué les débuts des théories économiques. Encore une fois, le développement y est vu comme un processus d'évolution vers une finalité, soit la consommation de masse, qui est présentée comme l'étape ultime du développement. On retrouve aussi l'idéal uniformisant du développement qui propose que toutes les sociétés du monde puissent et doivent passer par les mêmes étapes pour accéder au développement, en l'occurrence le développement orienté vers la croissance et la production économique. À ce sujet, Gilbert RIST affirme que « c'est par un effet de sociocentrisme que l'historien de l'économie [en l'occurrence Rostow] imagine que toutes les sociétés se comportent de la même manière et nourrissent les mêmes désirs. Or l'homo oeconomicus, frustré par la rareté qui l'oblige à choisir parmi ses désirs illimités, n'est pas universel ».

XXVII. II-7-2. Théorie de la dépendance

Si la théorie du décollage a nourri les espoirs et les illusions sur le développement pendant plusieurs années, dans une perspective opposée, la théorie de la dépendance, dénommée aussi théorie du centre et de la périphérie, a mis en lumière les phénomènes d'accumulation des pays développés aux dépens des pays en développement. Les auteurs de la théorie de la dépendance (Samir AMIN, André GUNDER Frank, Pierre JALEE, Enzo FALETTO, etc.)d'inspiration marxiste, ces auteurs ont notamment proposé les concepts d'échange inégal et de la division internationale pour expliquer le cycle de la dépendance économique des pays en voie de développement par rapport aux pays dits développés. La théorie de la dépendance touchait à la fois aux dimensions interne et externe de l'exploitation des sociétés qu'elle analysait. C'est-à-dire qu'il ne s'agissait pas simplement de montrer les mécanismes de l'exploitation capitaliste des pays en voie de développement par des sociétés transnationales et multinationales, mais également de démontrer que le système d'exploitation capitaliste des économies nationales des pays dominés servait de support et de relais à l'exploitation capitaliste et monopolistique par des firmes internationales.

Pour RIST (1996),il s'agissait de penser le rapport développement et sous-développement de manière globale, dans une perspective historico-structurale, pour montrer que la domination externe est relayée par une domination interne et que les classes (ou les alliances de classes) au pouvoir changent en fonction de la structure interne des économies. Il y a donc dans cette optique un phénomène de lutte entre les classes sociales pour la domination et la direction de la société et les luttes à l'intérieur de chaque formation sociale sont caractérisées par le mode de production de chacune des sociétés concernées.

La théorie de la dépendance a constitué pendant plusieurs années la réponse des théoriciens des pays en voie de développement ainsi que des auteurs marxistes au système d'accumulation capitaliste mondiale. Cependant, cette théorie a fait l'objet de plusieurs critiques, notamment parce qu'elle ne remettait pas fondamentalement en cause l'économisme du système capitaliste fondé sur la croissance ininterrompue de l'économie.

XXVIII. II-7-3. Théorie des pôles de croissance

La théorie des pôles de croissance a été développée par l'économiste François Perroux dans les années cinquante. Elle postule que la croissance n'apparaît pas uniformément dans l'espace, mais qu'elle se concentre plutôt en pôle ou en zone de croissance dont les effets se diffusent sur l'économie immédiate. Selon Philippe AYDALOT (1985), la théorie des pôles de croissance est à la fois une théorie du développement économique, mais aussi une théorie de la diffusion spatiale de la croissance et du développement. L'avènement de cette théorie a marqué un changement important dans l'approche classique du développement économique, car selon cette conception, la vie économique ne résulte pas de l'action d'agents isolés en situation de concurrence, mais de l'action spécifique d'unités économiques [entreprises] qui par leur position et leur dimension peuvent jouer un rôle dominant.

Au plan de la localisation spatiale, la théorie des pôles de croissance tend à montrer que la croissance se concentre dans l'espace, alors qu'au plan du développement économique, le pôle est un mécanisme inducteur de croissance. La théorie des pôles de croissance a été très populaire et très utilisée dans le monde. Toutefois, il semble que le développement des pôles de croissance a aussi des effets pervers comme la polarisation du développement dans un espace délimité, ce qui contribue à créer des espaces marginalisés autour du pôle de développement. La théorie des pôles de croissance n'a pas toujours donné les résultats escomptés, à tout le moins pour le développement des régions excentriques.

XXIX. II-8.QUELQUES FACETTES DU DEVELOPPEMENT

Cette partieprésente quelques facettes du concept du développement et les thèses soutenues par certains auteurs.

XXX. II-8-1. Développement endogène

Le développement endogène est né avec la nécessité de freiner les inégalités du développement dans l'espace et de territorialiser le développement.C'est une conception du développement basé sur les ressources disponibles localement, notamment les savoirs, les expériences, les cultures et le leadership local. Il prend en compte la manière dont les populations se sont organisées localement et ont appris à vivre dans leur environnement, avec l'ouverture nécessaire pour intégrer les connaissances et les pratiques extérieures. Il inclut les systèmes d'apprentissage et d'expérimentation historiques générés localement, en vue de la satisfaction des besoins ressentis par les populations, et projette de construire des économies locales et suffisamment ouvertes pour permettre d'y retenir l'essentiel des bénéfices.

Pour Philippe AYDALOT (1985),le développement endogène est une approche territoriale du développement plus qu'une théorie de la croissance économique. Il est territorial, communautaire et démocratique. Ainsi, le territoire est à la base du développement ; c'est dans un espace particulier que le développement s'incarne et prend sa source. Il est le fruit de chacune des composantes territoriales d'un espace, c'est-à-dire les composantes naturelle, culturelle, économique et sociale. Il est communautaire puisqu'il fait appel à la participation de la population et démocratique puisqu'il suppose des structures démocratiques pour sa mise en oeuvre.

Pour certains auteurs le développement endogène concerne davantage les pays en développement que les pays développés. Il est vrai qu'au niveau international, le développement endogène, connu aussi sous le vocable « self-reliance ». D'autres (Stöhr, WEAVER, SACHS, PLANQUE, GUIGOU, BASSAND) parlent de développement autocentré. Pour Clyde WEAVER, il s'agit du développement par le bas, Bernard PLANQUE l'assimile au développement décentralisé, ou de développement ascendant pour Michel BASSAND. De plus, la prise de conscience environnementale et l'élaboration de théorie comme celle de l'écodéveloppement, énoncée entre autres par Ignacy SACHS, a influencé aussi la théorie du développement endogène.

Somme toute, le développement endogène est basé sur les besoins fondamentaux des personnes (alimentation, logement, éducation, travail) et non sur les besoins de la croissance du marché. Il est axé sur la valorisation des ressources locales au plan des ressources naturelles, au plan de la culture locale ainsi qu'au plan des savoir-faire locaux. Le développement endogène est un développement qui se veut intégré, qui s'effectue à petite échelle, qui peut parfois proposer une forme d'autarcie sélective. Le développement endogène s'effectue parfois dans un contexte d'économie informelle, c'est-à-dire une économie souterraine non comptabilisée et en dehors des normes de l'économie officielle.

Ainsi, pour RIST (1996),le concept de développement autocentré se situe comme une tentative pour objectiver de façon cohérente des principes et des modes de vie qui ont existé depuis le début de l'humanité. Selon lui, cette formalisation s'effectue par rapport au paradigme du développement fondé sur la croissance, l'accumulation, l'acquisition d'avantages liés à la concurrence, les gains du commerce international et l'exploitation des situations dominantes.

Au demeurant, Le développement endogène vise à rendre les populations responsables de leur destin commun, de leur insertion dans des ensembles régionaux plus étendus, et des opportunités qu'elles offrent localement aux générations futures.

XXXI. II-8-2. Développement participatif

Le développement participatif, basé sur le principe de l'approche participative sous-entend une vision du développement qui accorde une place privilégiée à l'implication des populations à la définition des problèmes locaux, à l'identification des solutions et à leur mise en oeuvre, afin de contribuer à donner plus d'efficacité et de durabilité aux programmes qui en résultent. Le principe fondamental de la participation étant le partage de savoir et de pouvoir, il invoque une approche participative stipulant que population n'est pas un gisement d'information mais un partenaire avec qui il faut échanger et partager l'information utile. La participation, c'est penser et faire avec et non pour, c'est la responsabilisation, la concertation et la négociation.

L'émergence de ce concept en Afrique, à la fin des années 1970, découle du constat des limites des stratégies de développement adoptées au cours des deux premières décennies des périodes postcoloniales. Ces approches qui étaient centralisées et verticales, ne laissaient aucune place à une participation des populations aux processus de prise de décisions. Au contraire, l'Etat s'est positionné comme étant en mesure de définir lui-même les besoins des populations et de décider des actions nécessaires pour les satisfaire alors que le seul moyen de réussir une politique c'est d'en confier la réalisation à ceux qui ont intérêt qu'elle réussisse.

Avec une vision plus globale, le développement participatif suppose davantage de démocratie, un plus grand rôle pour les organisations locales, une plus grande autonomie administrative, le respect des droits de la personne humaine, y compris les systèmes juridiques efficaces et accessibles.

XXXII. II-8-3. Développement durable

La définition classique du développement durable provient du rapport Brundtland 1972 de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement. « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Ce rapport rappelle le propos prêté à Antoine de SAINT-EXUPERY: « Nous n'héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants ». Ce rapport insiste sur la nécessité de protéger la diversité des gènes, des espèces et de l'ensemble des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques, et ce, notamment, par des mesures de protection de la qualité de l' environnement, par la restauration, l'aménagement et le maintien des habitats essentiels aux espèces, ainsi que par une gestion durable de l'utilisation des populations animales et végétales exploitées.

Cette préservation de l'environnement doit être accompagnée de la  satisfaction des besoins essentiels en ce qui concerne l' emploi, l' alimentation, l' énergie, l' eau, la salubrité. Cela étant, on se heurte à une difficulté, qui est de définir ce que sont les besoins des générations présentes, et ce que seront les besoins des générations futures. On pourrait retenir par exemple les besoins élémentaires pour se nourrir, se loger, et se déplacer.

Dans ce contexte, le développement durable a été inséré parmi les Objectifs du millénaire pour le développement fixés par l'ensemble des États membres de l'ONU. Afin de subvenir aux besoins actuels sans pour autant se reposer sur l'utilisation non durable de ressources non renouvelables, le développement durable repose sur trois principes fondateurs :

Ø Le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Deux concepts sont inhérents à cette notion ;

Ø Le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité ;

Ø L'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.

Ainsi, compte tenu de la vision du développement durable qui exige selon une nouvelle démarche : « agir local, penser global », cette formule employée par René Dubos au sommet sur l'environnement de 1972, est souvent invoquée dans les problématiques de développement durable afin de mettre sur pieds un ensemble de mécanismes d'actions environnementales propres à chaque communauté mais visant de façon globale à la survie de l'environnement et à la satisfaction des besoins des générations du futures

XXXIII. II-9. Limites de la littérature disponible et originalité du travail

Ce chapitre portait sur la revue de littérature déployée dans le cadre notre recherche. Les concepts suivants ont été analysés : l'écologie, l'environnement, les Nkola/Ngyéli et le développement. Il fait ressortir une littérature importante et riche. Celle-ci laisse apparaitre que l'écologie et l'environnement sont deux éléments complémentaires qui définissent et garantissent la survie de l'humanité si leurs gestions obéissent aux normes et principes d'éthique pouvant satisfaire les besoins des générations du futur.

Par ailleurs, au-delà de toutes les informations que nous avons collectées sur les Nkola/Ngyéli, l'état vieillissant de ces données et leur non actualisation au niveau de leur recensement, laisse apparaitre un flou sur l'effectif crédible de la population Pygmée en Afrique en général, au Cameroun, et à Lolodorf en particulier.

Les données glanées sont essentiellement descriptives et revêt un aspect purement clinique. Cependant, il revient de constater qu'un accent particulier n'a pas été porté sur leur délimitation à une socioculture donnée. Compte tenu de ces manquements et conscient de ces limites, nous avons trouvé judicieux d'exprimer l'originalité de notre travail dans un cadre purement anthropologique c'est-à-dire socioculturel dans la mesure où nous allons traiter la question de l'écologie, de l'environnement, et du développement dans un rapport direct à la culture desNkola/Ngyéli de Lolodorf.

CHAPITRE III :

Ce chapitre se propose de faire l'ethnographie de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf. En effet, il nous invite à présenter l'évolution de la déforestation au Cameroun et le cadre juridique sur le lequel il se fonde. Il fait ressortir sa fonction, son évolution, les textes, les lois les arrêtés et les décrets qui légifèrent ce phénomène.Par ailleurs, seront aussi développés, l'avènement de la déforestation à Lolodorf sur les aspects légaux, la machine institutionnelle qui intervient, les acteurs sur le terrain, les technologies mobilisées, les superficies couvertes, les espaces exploitées et les usages faits des produits exploités.

XXXIV. III-1. ORIGINE ET EVOLUTION DE LA DEFORESTATION AU CAMEROUN

L'exploitation forestière à des fins commerciales a débuté pendant la période coloniale, dans les années 1880, et a pris de l'ampleur après les années 1920. Depuis l'accession du pays à l'indépendance en 1960, l'interaction entre les sociétés commerciales d'exploitation forestière et les fonctionnaires de l'État, dans le cadre d'un fonctionnement clientéliste, a déterminé le rôle des forêts dans l'économie nationale.

La coupe du bois au Cameroun est en plein développement depuis la fin des années 1960. Le premier stimulant important date des années 1970, quand le réseau ferroviaire a été prolongé jusqu'à l'est du Cameroun. Des forêts équatoriales impénétrablessont ainsi devenues accessibles et les coûts des transports se sont considérablement réduits. C'est à cette période que denombreuses entreprises européennes ont étendu leurs activités ou ont quitté les zones déboisées d'Afrique de l'Ouest pour venir au Cameroun. Depuis 1980, le bois constitue la deuxième source de recettes d'exportation du Cameroun après le pétrole, avec environ 25 % des rentrées de devises du pays, surpassant de loin toutes les autres matières premières agricoles.

Cependant, un code forestier avait été promulgué en 1982 afin d'assurer l'exercice de l'exploitation forestière dans le territoire national. Mais, celui-ci n'était plus adapté aux nouveaux enjeux économiques, sociaux et environnementaux du début des années 1990. Les mêmes règles s'appliquaient indistinctement à toutes les zones forestières, sans tenir compte des intérêts spécifiques des communautés riveraines, des populations autochtones, de l'Etat ou de l'industrie. Les droits des populations locales, en particulier, se résumaient strictement aux seuls termes de « droits d'usage ». Le Code ne comportait aucune disposition imposant une gestion durable des forêts et les conventions d'attribution de titres à court terme (d'une durée maximale de cinq ans) encourageaient l'exploitation rapide. La fiscalité forestière était fondée sur les taxes à l'exportation. La possibilité d'utiliser la fiscalité pour encourager les pratiques de gestion durable était totalement ignorée.

C'est donc dans cette optique que des mesures seront prises pour concilier les enjeux économiqueset l'impact écologique et social en vue de la lutte contre la pauvreté. A cet effet, le Cameroun a révisé son code forestier et a par la suite adopté une nouvelle politique visant à exploiter durablement les forêts et impliquer les communautés locales. Cette initiative le place parmi les pays qui témoignent d'une forte volonté autant dans l'intention que dans l'agir, pour une gestion durable des ressources naturelles, de la conservation de la biodiversité et pour l'amélioration des conditions de vie de leurs populations. Mais si ce processus est porteur d'espoir pour certains, il crée des soucis à d'autres à cause des difficultés liées à l'avenir de certaines communautés vulnérables et marginalisées.

Pour que le secteur forestier camerounais évolue et contribue à la relance de l'économie, il fallait en modifier significativement le cadre législatif et réglementaire. C'est ainsi que le gouvernement a défini en 1993 pour sa politique forestière des orientations claires et à long terme.

XXXV. III-2. REFORMES LEGALES DE LA FORESTERIE AU CAMEROUN

Les politiques d'exploitations forestières mises en oeuvre par les administrations coloniales successives sont à l'origine des problèmes empêchant les populations, l'économie nationale et l'environnement de bénéficier des forêts du Cameroun. Cette situation s'est accentuée après l'indépendance, du fait d'un système d'influence et de clientélisme dans lequel les ressources forestières sont devenues l'une des monnaies d'échange du soutien politique.

Après la crise économique de 1985, le Cameroun a sollicité d'urgence le soutien de la communauté internationale pour l'aider à restaurer son équilibre macroéconomique, ses secteurs productifs et sa croissance. Initialement le secteur forestier ne fut pas considéré comme prioritaire par les responsables politiques. Toutefois, une évaluation réalisée en 1988 par le Plan d'Action sur les Forêts Tropicales (PAFT) a retenu l'attention générale parce qu'elle révélait que la contribution du secteur forestier à l'économie nationale, était largement inférieure à son potentiel et que l'industrie forestière était obsolète, peu rentable et préjudiciable à l'environnement.

Cependant, comme relevé plus haut, les forêts camerounaises faisaient partie d'un mode de fonctionnement politique entièrement investi par la corruption et le clientélisme. C'est dans ce contexte que sont nées les réformes du secteur forestier. Rétrospectivement il apparaît qu'elles se sont appuyées essentiellement sur trois piliers:

Ø La Loi de 1994 portant régime des forêts ;

Ø L'effet de levier économique ;

Ø Les synergies et rapprochements qui se sont noués entre les partisans

XXXVI. III-2-1. Loi de 1994 portant régime des forêts

La dévaluation du FCFA en 1994 a augmenté la pression sur les forêts équatoriales. Après cette dévaluation, les revenus del'exportation du bois ont doublé tandis que les coûts de production de la foresterie n'ont augmenté. Le bois du Cameroun est soudainement devenu beaucoup plus concurrentiel sur le marché mondial et les marges bénéficiaires pour les produits d'exportation ont sensiblement augmenté. L'augmentation de la production du bois s'est considérablement accélérée après la dévaluation de 1994 : durant l'année fiscale 1994-1995, la production de bois a augmenté de 34% par rapport à l'année précédente. Les années suivantes également, la récolte du bois a continué à croître. Outre la production du bois, l'intensité de l'abattage par hectare a également augmenté. Certaines essences de bois, dont l'exploitation ne semblait pas intéressante auparavant, ont également été abattues à partir de 1994. Un an après la dévaluation, l'exportation des produits du bois avait augmenté de 80 %. Le nombre d'entreprises forestières est passé au cours de cette période de 194 (1994) à 351 (1995). Le monde des affaires a marqué le plus grand intérêt pour l'exploitation forestière. Mais l'intérêt des investisseurs étrangers a également fortement augmenté après 1994. L'importance des activités malaises et thaïlandaises dans la foresterie camerounaise est particulièrement frappante.

Ces reformes constituaient le socle du projet de Loi portant régime des forêts présenté à l'Assemblée Nationale en 1994. Ce projet a introduit cinq réformes fondamentales :

Ø Le domaine forestier a été réparti en zones distinctes selon les types d'utilisations prioritaires : forêts permanentes, y compris aires protégées, forêts de production commerciale et forêts non permanentes ;

Ø Des titres d'exploitation forestière à long terme ont été attribués par le biais d'adjudications publiques fondées sur des critères techniques et financiers ;

Ø Les organes gouvernementaux ont été réorganisés pour assurer la gestion des forêts (fonctions de régulation et de contrôle). Les activités de production ont été transférées aux concessionnaires et aux forêts communautaires et communales ;

Ø Les sociétés privées qui s'étaient vu accorder des concessions à long terme pour l'exploitation des forêts permanentes de production, ont dû élaborer et mettre en oeuvre des plans d'aménagement forestier sous la supervision de l'administration chargée des Forêts ;

Ø Les communautés locales et les communes ont pu faire valoir leurs droits à gérer des forêts dans le cadre d'une relation contractuelle avec l'administration.

XXXVII. III-2-2. Effet de levier économique

La crise économique a fourni à la Banque Mondiale et au FMI l'occasiond'initier de profondes réformes dans le secteur forestier, permettant de le faire contribuer à la croissance économique et de s'attaquer au clientélisme. Le secteur forestier constituait en effet l'un des axes majeurs des trois Programmes d'Ajustement Structurel successifs négociés par le Cameroun auprès de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International: le Crédit de relance économique de 1994, les deuxième et troisième Crédits d'Ajustement Structurel - CAS II et CAS III - approuvés respectivement en 1996 et en 1998. Toutefois, le Crédit de relance économique et le CAS II ont peu intéressé le gouvernement, de sorte qu'ils n'ont pas fait avancer le programme des réformes. Contrairement aux précédents programmes d'ajustement structurel, le CAS III comportait des mesures détaillées spécifiquement relatives aux forêts. Ces dernières, visaient à générer et tester un engagement politique en faveur de la Loi de 1994, à créer un cadre réglementaire de mise en application, à définir un nouveau régime fiscal pour le secteur forestier, à améliorer la transparence et la gouvernance,et à lutter contre la corruption. L'ensemble de ces mesures devait aboutir à la mise en place d'un système d'accès aux ressources forestières plus transparent, mieux géré et durable, susceptible de bénéficier davantageaux populations camerounaises et à l'environnement.

XXXVIII. III-2-3. Synergie et partenariat

Les réformes n'auraient pu progresser sans l'énergie collective et les apports décisifs d'un ensemble de partenaires. Il est question d'un ensemble des partenaires nationaux et internationaux qui entrent dans la gestion des forêts, l'application, le respect du cadre juridique des forêts et le suivi de ces décisions. Il s'agit principalement de :

XXXIX. III-2-3-1. Fond monétaire international

L'accent mis par le FMI sur la transparence et la réforme économique, fut un moyen décisif d'inciter l'Etat à réformer son secteur forestier. Le Crédits d'Ajustements Structurel III et ses mesures concernant le secteur forestier, ont tenu une place majeure dans sa « Facilité pour la croissance et la réduction de la pauvreté », ainsi que dans le suivi de l'initiative PPTE. Les questions incessantes du FMI sur les avancées de la réforme forestière l'ont imposée dans les discussions et ont obligé les décideurs à s'en préoccuper.

XL. III-2-3-2. Communauté des bailleurs de fonds

Le dialogue sur les réformes forestières avait commencé entre la Banque mondiale et le gouvernement, mais le débat s'est considérablement élargi à la fin des années 1990 lorsque la communauté des bailleurs de fonds qui a fortement soutenu les réformes a remis en cause le déroulement des étapes et la priorité accordée à certaines mesures. Par exemple, la France et le Canada ont estimé que les institutions de BrettonWoods accordaient trop d'importance à la fiscalité ainsi qu'au mode d'attribution des concessions, et pas assez à la promotion de plans d'aménagement forestier. Bien que parfois houleux, les débats ont enrichi le contenu desréformes et favorisé le développement d'une approche commune. Cetteapproche a été formalisée par l'adoption d'un Code de Conduite paraphé en janvier 2006 par les représentants de 13 partenaires engagés de longue date dans le secteur et parmi lesquels se trouvent des organisations non gouvernementales internationales : le Canada, l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l'Union Européenne, la Banque Africaine de Développement, la Banque mondiale, l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour le Développement, le WWF, le SNV et l'Union mondiale pour la Nature (UICN). Ce Code comprend une grille adoptée conjointement par le gouvernement camerounais et la communauté des bailleurs de fonds pour l'évaluation des avancées dans le secteur forestier.

XLI. III-2-3-3. Organismes Non Gouvernementales

L'attention portée par les ONG aux objectifs de transparence dans la gestion et de conservation des forêts, la faiblesse institutionnelle du gouvernement et la nécessité où il était d'améliorer sa crédibilité internationale, ont donné à des ONG de renom l'occasion de prendre part aux réformes forestières.

Ø Global Witness et Resource Extraction Monitoring

Ces deux organismes permettent au gouvernement et à ses partenaires de détecter les activités suspectes dans les parcs et concessions et de rendre l'inaction difficilement justifiable. Des Observateurs Indépendants ont été associés aux adjudications de titres forestiers et aux contrôles de terrain, et ont préparé des rapports faisant état de la qualité de ces opérations. Ils ont aidé à créer un registre national des infractions forestières et fauniques. Avec le lancement de missions de courte durée financées par le Royaume-Uni en 2001, Global Witness est devenu le premier observateur indépendant de l'application des lois au Cameroun, avec le soutien, ensuite, de la Banque mondiale, du DFID et de l'Union Européenne. REM a succédé à GW en 2005, et collabore avec les agents du MINFOF en participant à des contrôles de terrain et à des études sur des questions spécifiques de gouvernance forestière. L'observation repose sur des techniques éprouvées d'investigation de terrain et utilise des informateurs locaux. Il participe au suivi des contentieux, et partage ses constats avec un Comité interne de lecture et directement avec le Ministre.

Ø Global Forest Watch

Cet organismesoutient les efforts de contrôle forestier du Cameroun par la télédétection et les systèmes d'information géographique, et tient à jour, à l'intention des utilisateurs, des gestionnaires des ressources forestières et d'autres acteurs intéressés par les forêts camerounaises, une base de données cartographiques et statistiques. La Banque mondiale a obtenu que soient nouées des relations officielles entre le gouvernement camerounais et le GFW dans le cadre du troisième Programme d'ajustement structurel (CAS III).

Ø World Wide Fund

Ila été impliqué dans la plupart des initiatives en matière de politique et de conservation forestière, dont l'organisation du premier Sommet des chefs d'État d'Afrique centrale sur la conservation et la gestion durable des Forêts tropicales tenue à Yaoundé en 1999. Ces assises ont mis sur pieds, l'élaboration des orientations nationales pour la préservation de la biodiversité et la gestion des principales aires protégées.

Ø LaWildlife Conservation Society

C'est une organisation engagée un important partenariat avec le MINFOF et CAMRAIL (la société camerounaise nationale de transport ferroviaire), elle leur apporte son assistance technique pour la protection de la diversité biologique des parcs nationaux et la lutte contre le braconnage.

Ø L'Union Mondiale pour la Nature

Elle contribue à l'élaboration de politiques de préservation de la biodiversité et de gestion des ressources naturelles, de la faune et de la viande de brousse. Elle soutient également la participation des parlementaires et de la société civile à l'élaboration de ces politiques et au suivi de leur mise en oeuvre.

Ø Last Great Ape Organization

Ses actions consistent à s'attaquer aux pratiques corrompues qui compromettent la protection de la biodiversité en collaborant avec le MINFOF dans la lutte contre le braconnage commercial et la vente des espèces protégées. En plus de participer au monitoring des infractions, LAGA est aussi impliquée dans toutes les étapes de l'application de la loi camerounaise sur la faune, depuis les interpellations de terrain jusqu'aux procès par les tribunaux. Elle entend également investiguer les opérations forestières dans la mesure où celles-ci faciliteraient les infractions à la loi sur la faune.

XLII. III-2-4. Autres applications juridiques

Les trois piliers ci-dessus évoqués ne sont pas les seuls cadres juridiques et législatifs qui entrent dans le domaine de la foresterie au Cameroun. Un ensemble des Arrêtés, Décrets et Décisions viennent compléter ces piliers majeurs. Il s'agit principalement de :

Ø Décret n° 95/531/PM du 23 août 1995 fixant les modalités d'application du Régime des forêts;

Ø 1997, attribution des deux premières forêts communautaires au Cameroun;

Ø Décision n° 253/D/MINEF/DF, portant adoption du document Intitulé : «Manuel deProcédures d'Attribution et des Normes de Gestion des Forêts Communautaires»

Ø Arrêté n° 252/A/CAB/MINEF/DF, portant adoption du modèle de Convention deGestion des Forêts Communautaires dans le Domaine National;

Ø 23 février 2001 : signature par le Ministre de l'Environnement et des Forêts d'une

Lettre circulaire limitant l'exploitation industrielle dans les Forêts communautaires;

Ø 21 décembre 2001 : signature par le Ministre de l'Environnement et des Forêts del'Arrêté fixant les modalités d'attribution en priorité aux communautés villageoisesriveraines de toute forêt susceptible d'être érigée en forêt communautaire;

Ø 26 juin 2002 : Décision du Ministre de l'Environnement et des Forêts fixant lesmodalités d'exploitation en régie dans le cadre de la mise en oeuvre des planssimples de gestion des forêts communautaires;

Ø Avril 2003 : présentation aux institutions financières internationales par le Cameroun, du Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP);

Ø Décembre 2003 : État des lieux de la foresterie communautaire au Cameroun.

XLIII. III-3. DEFORESTATION LEGALE AU CAMEROUN

Le Cameroun a une superficie de 475 000 KM2 et compte environ une populationde 20 millions d'habitants. Il se caractérise par une grande diversité de températures et de reliefs, du nord sahélien et sec au sud humide. Ce pays a une grande diversitéethnolinguistique et recèle plus de 200 groupes.Dans le sud humide et forestier, les groupes ethniques bantous dominants se caractérisent par une structure sociale qui tourne généralement autour du clan familial, avec une autorité plus diffuse. Un certain nombre de groupes ethniques marginalisés tirent également leur subsistance de ces forêts : les Nkola/Ngyéli.

L'exploitation forestière y date depuis. Elle est régit sur un ensemble de lois, décrets et décision. Les institutions étatiques qui entrent dans ce fonctionnement partent de l'administration centrale qui délègue ses pouvoirs et ses compétences aux Ministères en charge des Forêts, et de l'environnement.Toutes les institutions forestières au Cameroun agissent sous le contrôle de l'Etat. Il est le garant de cette politique et assure la mise sur pieds des textes et lois au niveau de l'Assemblée Nationale. Le ministère des Forêts devenu ministère de l'Environnement et des Forêts (MINEF) en 1992, puis ministère des Forêts et de la Faune en 2004 reste le principal acteur national dans le domaine de la foresterie au Cameroun.

Vu le statut décentralisé de l'Etat camerounais, l'administration centrale transfert certaines de ses compétences au niveau des délégations régionales, départementales jusqu'aux postes forestiers d'arrondissement. Au niveau de l'Administration Centrale, c'est-à-dire les Directions, les Sous directions, et les Cellules, il est question de la mise sur pieds des stratégies et mécanismes d'intervention qui orientent l'exploitation et la sauvegarde de la forêt. Quant aux services déconcentrés, le rôle revient d'appliquer sur le terrain les programmes d'actions émises depuis l'Administration Centrale. Toutes ces unités administratives décentralisées assurent chacun à son degré au respect des prérogatives étatiques mises sur pieds dans le cadre de la foresterie. Les collectivités locales décentralisées que sont les Communes, entrent aussi dans la gestion des forêts. L'objectif viséest depermettre aux populations riveraines de lutter contre la pauvreté en profitant des bénéfices issus de leurs forêts.

Mais, aucune exploitation forestière du Cameroun ne satisfait pour l'instant à la définition minimale de durabilité, à savoir laréalisation d'une récolte de bois durable.

XLIV. III-3-1.Déforestation dans le massif forestier de Lolodorf

Cette unité vise à présenter l'évolution de la déforestation dans le massif forestier de Lolodorf, les acteurs qui l'ont menée, les superficies couvertes, la technologie mobilisée, les espèces exploitées, les quantités journalières, mensuelles, annuelles et les usages faits des produits issus.

XLV. III-3-1-1. Bref aperçu historique et types de déforestations.

Le milieu physique de Lolodorf présente un environnement riche en ressources forestières. Cette situation a suscité l'intérêt de plusieurs exploitants. En dehors du fait que cet environnement a longtemps été propice à l'agriculture itinérante sur brûlis pratiquée par les populations autochtones, aucune activité d'exploitation industrielle n'avait alors jamais été signalée jusqu'aux années 1960. Il a donc fallu attendre les lendemains de l'indépendance pour voir les premières sociétés forestières foulées les forêts de Lolodorf. Mais cependant, les formes de déforestation connues sont de plusieurs types et les superficies couvertes varient selon le type d'exploitation.

XLVI. III-3-1-1-1. Déforestation liée à l'occupation de l'espace vital

Il est question d'une forme d'exploitation de l'environnement organisée dans le cadre de la construction des maisons d'habitation. Ces espaces peuvent variés en fonction de la taille de la population. Elle est négligeable dans les zones rurales et dans les campements Nkola/Ngyéli. La superficie couverte peut atteindre un demi-hectare.

XLVII. III-3-1-1-2. Déforestation liée à l'agriculture itinérante sur brûlis

C'est une forme de déforestation pratiquée par les populations rurales dans la réalisation des champs agricoles pour l'autoconsommation. Ses superficies couvrent en moyenne moins de 2 hectares.

XLVIII. III-3-1-1-3.Déforestation liée à la réalisation des espaces de loisirs et aux routes

C'est une forme d'exploitation de l'environnement qui répond aux besoins de réalisation des espaces de distraction, de loisirs et de communication. Elle concerne la construction des aires des jeux, des tribunes, des hangars et des routes. Les espaces occupées sont fonctions de l'infrastructure construite.

XLIX. III-3-1-1-4. Déforestation liéeaux champs industriels

Il s'agit d'une forme de déforestation mise sur pieds par les entreprises et les multinationales industrielles dans le cadre de la réalisation des champs et exploitations à rendement industriel. Les espaces mobilisés peuvent atteindre des dizaines d'hectares.

L. III-3-1-1-5. Déforestation liée à la coupe de bois

C'est la plus grande forme de déforestation qui affecte le plus l'environnement à Lolodorf.Elle impliquel'exploitation des essences et produits forestiers sur plusieurs aspects.Les superficies relatives à cette forme de déforestation peuvent atteindre des milliers de d'hectares.

LI. III-3-2. Différents acteurs sur le terrain

Les données recensées auprèsdes documents trouvés au service d'archives de la Sous-Préfecture de Lolodorf, et celles collectées auprès de certains informateurs mentionnent que l'exploitation était effectuée par les entreprises telles que la SAFOR et la SFIL. Dans la localité de Lolodorf cette exploitation de grande envergure s'est intensifiée dans les années 1980 avec la société Bois du Cameroun qui après changement de licence d'exploitation a procédé à la modification de son nom et est devenue SFOC. Par la suite, se sont installées la WIJMA, la BECOL, le PK et EXIBOIS.

LII. III-3-2-1. SAFOR

Cet acronyme renvoie à la Société d'Exploitation Forestière du Cameroun. Elle est une multinationale d'origine Française. Ses activités ont trait à l'exploitation des essences forestières par coupe. Ces produits sont envoyés à l'étranger en grume et d'autres sont débités ici dans les scieries. Elle a été l'une des premières sociétés forestières ayant exploité le massif forestier de Lolodorf.

LIII. III-3-2-2. SFIL

La signification de ce sigle fait référence à la Société Forestière et Industrielle de la Lokoundje. C'est une filiale de la multinationale d'origine Belge appelée Decdvenaere. Ses activités d'exploitation répondent également aux besoins de la satisfaction à la demande en bois industriel et architectural en Europe. Les produits sont envoyés à l'étranger en grume et d'autres sont débités ici dans les scieries. Elle a été l'une des premières sociétés forestières ayant exploité le massif forestier de Lolodorf.

LIV. III-3-2-3. SFOC

C'est la Société Forestière du Cameroun. A l'origine, elle s'appelait SEBC (Société d'Exploitation du Bois du Cameroun) c'est suite au changement de licence qu'elle est devenue SFOC. Elle est une multinationale Française qui fait dans l'exploitation forestière industrielle. Comme les autres, ses travaux portent sur la coupe de bois et la transformation dans les scieries avant exportation vers l'Occident. Elle est l'une des firmes forestières ayant exploitée le massif forestier de Lolodorf.

LV. III-3-2-4.WIJMA

Elle est une entreprise forestière d'origine Néerlandaise nommée Wood I-JoistManufacturers Association. Comme d'autres sociétés forestières, ces travaux d'exploitations sont basés sur la coupe de bois et la commercialisation vers les marchés occidentaux. Elle est l'une entreprise forestière ayant exploitée le massif forestier de Lolodorf.

LVI. III-3-2-5.BECOL

Cetacronyme renvoie à la signification Belize ElectricityCompagny. C'est une filiale britannique. Comme d'autres sociétés forestières, ses travaux d'exploitations sont basés sur la coupe de bois et la commercialisation vers les marchés occidentaux. Elle est l'une entreprise forestière ayant exploitée le massif forestier de Lolodorf.

LVII. III-3-2-6. PK

Ce diminutif renvoie à Paul et Khoury. C'est une filiale Française qui fait dans l'exploitation forestière industrielle. Ces travaux d'exploitations sont basés sur la coupe de bois et la commercialisation vers les marchés occidentaux. Elle a effectué ses travaux d'exploitation dans le massif forestier de Lolodorf vers les années 1994. Ses travaux étaient basés vers la partie Nord avec les villages Ngoyang, Nkouambpoer I et II.

LVIII. III-3-2-7. EXIBOIS

Cetacronyme signifie Export Industriel du Bois. C'est une firme Française. Ses travaux d'exploitations sont basés sur la coupe de bois et la commercialisation vers les marchés occidentaux. Elle les a effectués dans le massif forestier de Lolodorf vers les années 1994. Ses travaux étaient focalisés dans les villages Bigbally,Bikui, Kaba, Mbango où vivent plusieurs Ngyéli.

LIX. III-3-3. Technologies mobilisées

Les travaux d'exploitations forestières se passent dans un environnement hostile qui est difficile d'accès. Cette hostilité nécessite la mobilisation d'une technologie plurielle adaptée à chaque aspect de la déforestation. Cette technologie s'applique sur l'homme qui est l'acteur de la déforestation, sur l'environnement physique qui héberge les produits de la déforestation, et sur les produits de la déforestation destinés à la consommation.

LX. III-3-3-1. Au niveau de l'homme

Toutes les cultures ne font pas les mêmes distinctions entre les humains et les non-humains.L'homme, être biologiquement uniforme sur toute la planète aujourd'hui a produit une diversité de croyances, de valeurs, de représentations de la nature et du lien qu'il entretient avec la nature. Si nous sommes tous semblables par nature, nous sommes aussi tous différents par culture.

Selon HUYBENS (2010), L'arbre est un symbole axial : il pousse vers le haut et vers le bas, il relie le monde souterrain (les enfers), le monde terrestre (humain) et le monde divin. L'arbre à prières rend possible la communication avec le monde divin et rend accessible une information sacrée. Il est parfois lesigne de la présence de l'Absolu au sein de la réalité humaine.

Cependant, l'abattage d'un arbre invoque un rite ou une sorte de prière destinée à demander pardon à Dieu créateur, face à l'acte qui va être posé. Ce rite consiste à présenter à Dieu les difficultés de survie auxquelles on fait face et qu'à travers l'exploitation de cet arbre quelques solutions de bien être peuvent trouvées.

Ainsi s'agissant de la technologie mobilisée sur l'homme plusieurs éléments sont utilisés. Nous les tenues spéciales de couleurs moins claires pour la couverture du corps ; les gangs; les lunettes; un casque; des couvre oreilles; et les bottes.

Photo N°1 : Scène d'abattage traduisant la tenue arborée par un scieur. Cette tenue laisse apparaitre un casque de protection, des gants, une combinaison spéciale et les bottes. Cette scène a lieu dans la forêt de Nabozouendi.

Source : Nzie, 2012.

LXI. III-3-3-2. Au niveau de l'environnement

L'environnement est le cadre physique qui héberge les produits de la déforestation. A ce niveau, une technologie particulière est mobilisée :

Ø Les machettes et les limes utilisées dans le cadre de la création des pistes d'entrée en forêt, la prospection des essences et le nettoyage de la partie de l'arbre où la tronçonneuse va scier ;

Ø Les boussoles et les GPS servant à s'orienter dans les grandes forêts ;

Ø Les voitures tout terrain pour le transport des équipes de travail ;

Ø Les tronçonneuses;

Ø Les Bulldozers pour créer les pistes dans les forêts, remorquer les essences abattues, remorquer les grumiers en cas de difficultés.

Photo N°2 :Scène d'abattage dans un chantier de Mbango : ici elle traduit l'utilisation d'une tronçonneuse et décrit aussi la protection du scieur au niveau de la tête.

Source :Nzie, 2013.

Photo N° 3 : Bulldozer mobilisé pour la création des voies d'accès vers les forêts, le débarquage des billes de bois et le transport des employés.

Source :Nzie, 2011.

Photo N° 4 :Engin 928 mobilisé pour le chargement des camions grumiers dans un chantier de Ngoyang

Source :Nzie, 2013.

LXII. III-3-3-3. Au niveau des produits exploités

Les produits de la déforestation sont destinés à la consommation. Pour ce faire, ils doivent être transportés des forêts vers les lieux où ils seront écoulés. La technologie mobilisée est fonction du poids du produit. Pour cela quelques équipements sont utilisés :

Ø Les camions grumiers

Photo N°5:Camion grumier mobilisé pour le transport des billes de bois. Lourdement chargé, ce camion est en provenance de Koumbizikpour Douala.

Source : Nzie, 2013.

LXIII. III-4. PHASE PRATIQUE DE LA DEFORESTATION ET ESSENCES EXPLOITEES

Cette sous partie fait une description de la déforestation dans le massif forestier de Lolodorf, et les différentes essences exploitées.

LXIV. III-4-1. Phase pratique des travaux

D'après Ernest KOH, dans les années 85, où j'ai été recruté en tant que Chauffeur au sein de la société forestière SFOC, les travaux d'exploitation consistaient d'abord à la prospection des essences et à leur identification.

Avant l'entrée en forêt, le processus consistait à se rendre auprès de l'administration locale s'acquitter des modalités pratiques et des pots de vin. Les Populations riveraines qui devraient bénéficier des avantages issues de cette exploitation, ne recevaient que quelques sacs de riz, cartons de poissons du vin et du tabac. Et parfois toute opposition des villageois face à ce phénomène était sévèrement réprimandée par l'administration.

La coupe sélective intervenait donc avec les essences d'une grande importance. Etant donné que cette société avait une scierie à Eséka et une coupe de bois qui procédait à une exploitation en grume et en sciage, toutes les essences étaient exploitées dont les plus connus sont le Bubinga, le Moabi, le Movingui, l'Azobé. Elle s'occupait aussi de l'aménagement des voies forestières pour le transport de leurs produits. La destruction de la forêt et la dégradation de l'environnement ont été considérable avec une estimation mensuelle de près de 8000 à 9000 mètres cube jusqu'à sa fermeture en 1997 avec la compression des ouvriers.

Après il y a eu une autre société forestière nommée PK qui a étendu ses travaux d'exploitation de l'autre côté de la route dans le massif forestier de Ngovayang à partir de Ngoyang vers Melombo. Les processus d'exploitation étaient quasiment les mêmes mais avec certaines disparités. Au village Nkouambpoer I il eut un affrontement entre les employés de cette société et les villageois parce que les billes de bois avaient été déposées sur un terrain de football. Après quelques années d'exploitation, elle finit elle aussi par fermer ses portes avec des mois de salaires impayés aux ouvriers. La tonalité exploitée serait estimé à près de 4000 mètres cube le mois.

La forêt ou vivent les Bantu et les communautés Ngyéli de Ngongo I, II et Mbango Pinda a eu à son tour la présence de la société néerlandaise nommée WIJMA et EXIBOIS. Vers les années 90, ces sociétésont également entrepris leurs travaux d'exploitation dans la zone de Lolodorf et Bipindi. Bien qu'ayant pris en compte quelques doléances des communautés riveraines avec l'amélioration du réseau routier locale, la construction de certains bâtiments scolaires, l'emploi de certains jeunes, le processus n'a pas échappé à la politique des sacs de riz, cartons de poissons, bouteille de vin et des enveloppes considérables aux autorités administratives en place. Les populations locales étaient sommés sans mots dire de voir leur forêt partir en ruine. Pour les Ngyéli qui y vivent de façon quotidienne et dont dépendent leur bien-être, la désolation n'était que chaotique. Les besoins de chasse, de pêche, de collecte et en pharmacopée commençaient par s'exprimer en manque. Alors que les avantages que ceux-ci ont pu tirer des sociétés forestières sont limités, les inconvénients sont multiples. Par conséquent, la quantité et la qualité des essences exploitées demeurent inestimables.

Ainsi pour MASHUERPierre, un Ngyéli du campement de Mbango Pinda, l'attente des réponses satisfaisantes face à nos préoccupations demeurent dans une impasse. Où devons-nous vivre maintenant? Que mangeront nos enfants et nous-mêmes? Avec quelles écorces nous guérirons-nous ? Le gouvernement et nos frères Bantu tiennent-ils compte de notre situation? Allons-nous survivre avec la disparition de la forêt ? Autant d'inquiétudes qui matérialisent la situation des Nkola/Ngyéli face à l'érosion de la biodiversité.

Après les multiples études de faisabilité relatives au projet Pipeline, la phase pratique du lancement des travaux a pris effet en 2OO1. Le projet Pipeline Tchad-Cameroun avait pour principal objectif, la construction d'un oléoduc servant à transporter le pétrole brut des champs pétrolifères de Doba au Tchad, en traversant le Cameroun vers les côtes maritimes de Kribi. Il mesure 1070 kilomètres dont 890 sur le territoire Camerounais et son emprise large de 30 mètres. Le coût total du projet est d'environ 2 500 milliards de francs CFA.

L'oléoduc dans sa phase de réalisation a entraîné la destruction du couvert végétal et le décapage des sols le long de l'emprise foncière. En dehors de la déforestation à grande échelle, de la perturbation des écosystèmes, ses travaux ont aussi entraîné des déséquilibres socioculturels. Aujourd'hui encore le tuyau qui transporte ce pétrole crée des destructions environnementales importantes.

Voici d'ailleurs ce que nous a confié Nkouelisong, un Nkola de Nkouambpoer II : « nous avons cru que l'argent que les blancs nous ont donné lors du passage de leur pipeline sur nos cultures allait nous aider à réaliser quelque chose de durable mais cet argent maudit s'est envolé on a même encore revendu le matériel qu'ils nous ont donné à titre de compensation. Mais aujourd'hui ce long serpent est sous nos terres et on nous interdit fermement d'entreprendre quoi que ce soit sur son passage de peur de mourir ». Ces quelques paroles ne peuvent que traduire avec amertume, le regret de ce Nkola face au passage de l'oléoduc dans leur zone d'habitat.

Pour le projet GEIFEC qui a pris effet dans la forêt communautaire de Mbango, les travaux d'exploitation ont été effectués pendant deux ans. Bien que les populations riveraines aient tirés des petits avantages, les torts causés à l'environnement sont largement supérieurs. Les principes d'accès dans la forêt consistaient à des réunions de négociation avec l'administration et ensuite avec les populations locales. Etant donné qu'un haut cadre du commandement militaire était l'un des actionnaires de ce projet, les villageois ne pouvaient malheureusement s'opposer face au cahier de charge non respectée par celui-ci. Les essences exploitées ici étaient d'une importance capitale. Pour les Ngyéli qui y vivent les réserves de chasse ont été détruites avec la plus grande frayeur. Les sites pour cultes des ancêtres démolis, les essences très riches pour la pharmacopée ont également été emportées, laissant ceux-ci dans un lendemain inquiétant. La tonalité estimée pouvait faire en moyenne 3OOO mètres cube par mois, nous a confirmé Paul Felix MIMBOH, chargé du volet environnemental dans ce projet.

Toutefois, malgré le fait que ces exploitations ont grandement dégradé le couvert végétal de Lolodorf, elles ont néanmoins apporté d'une part, un soutien aux populations Bantu. Dans ce cas d'espèces, quelques personnes ont pu trouver des emplois permettant d'assurer le bien-être. Cependant les populations Nkola/Ngyéli n'ont pas à leur niveau ressenti les bienfaits de cette exploitation. Pour elles, le phénomène a considérablement détruit leur milieu de vie sans bénéfices durables.

Cependant, les essences exploitées sont d'une grande importance et concerne plusieurs types d'arbres. Le tableau ci-dessus présente au mieux les essences exploitées.

LXV. III-4-2. Usages des essences exploitées

Les essences exploitées dans le cadre de la déforestation sont soumises à des utilisations variées. Le tableau ci-dessus fait une description de l'utilisation des différentes essences exploitées dans le massif forestier de Lolodorf.

Noms scientifiques

Noms commerciaux

Usages

Enantiachlorantha

Enantia, moambe jaune

Médecine (écorce)

Entandrophragmacylindricum

Sapelli

Meuble menuiserie et sculpture

Entandrophragma utile

Sipo

Meuble menuiserie et sculpture

Baillonellatoxisperma

Moabi

Meuble, menuiserie, sculpture et Médecine

Guirbourtiatesmanii

Bubinga

Médecine/industrie du bois

Naucléadiderrichi

Bilinga

Médecine/Industrie du bois

Pterocarpussoyauxii

Padouk

Médecine/Industrie du bois

Miliciaexcelsa

Iroko

Industrie du bois

Terminaliasuperba

Fraké

Bois de coffrage

Triploclitonscleroxylon

Ayous

Bois de coffrage

Irvingiagabonensis

Mangue de brousse

PNFL (fruit et culinaire)

Coula edulis

Arbre à noisette

PNFL (fruit)

Rincinodendronheudoltii

 

PNFL (culinaire)

Garcinia cola

Bitter cola

PNFL (aphrodisiaque)

Tableau N° 2 : Quelques types d'essences et leurs utilisations

Source : Nzie, 2013.

LXVI. III-5. DEFORESTATION ILLEGALE ET TECHNOLOGIES MOBILISEES

Il s'agit de décrire la déforestation pratiquée dans l'ignorance totale de l'ensemble des prérogatives légales prévues par le gouvernement camerounais. Mais, notre attention sera focalisée sur notre site d'étude.

LXVII. III-5-1. Déforestation illégale

La corruption largement répandue et les rares contrôles sur le terrain favorisent les activités illégales dans le domaine de la foresterie.C'est un grave problème pour les autorités camerounaises car il génère d'importantes pertes de revenus. Ces pratiques constituent en même temps un grand obstacle pour le passage à des méthodes de foresterie durable. Le respect strict de la législation dans de telles circonstances est considéré comme un désavantage concurrentiel. Et il ne semble malheureusement pas que la situation soit près de changer.

En effet, la déforestation comme nous l'avons dit plus haute est conditionnée dans un cadre légal. Celui-ci impose la conduite à tenir pour être en commun accord avec l'administration. Cette légalité sous-entend, la possession des titres d'exploitation délivrée par l'administration centrale, les titres de coupe, et les autorisations d'exploitation dans le cas des forêts communautaires. Vient s'ajouter ici, le respect du payement des taxes fiscales auprès des services financiers de tutelle.

Cependant, une autre forme de déforestation dite illégale se produit dans l'ignorance totale de ces normes. Depuis quelques décennies, elle est en vue au Cameroun en général et à Lolodorf en particulier. Devant le silence conditionné des autorités administratives, et la pauvreté qui ruine les populations locales, l'accélération de cette pratique est le quotidien que subissent les forêts de Lolodorf de nos jours.

D'après MBPILE Moise, notable à la chefferie de groupement Ngoumba centre, « la coupe frauduleuse du bois a commencé au niveau de Mougué dans la grande forêt de Nkouambpoer I il y'a plus de dix ans. Le Chef de groupement a pris une décision relative à l'arrêt de cette exploitation mais celle-ci n'a pas connu grand effet compte tenu de la misère, la corruption et la pauvreté qui sévissent dans sa zone de compétence. Les populations autochtones font entrer dans leur forêts, des gens venant de tous les horizons. Ces exploitants sont en majoritaires composés des Anglophones avec leurs équipes de scieurs et de transporteurs. Le processus consiste d'aller camper en brousse en bande et puis passer à la prospection des essences importantes comme le Bubinga, le Moabi et d'autres essences forestières économiquement rentables. Après avoir localisé un arbre le Bantu à qui revient la parcelle de forêt vend cet arbre à une valeur très négligeable. Les produits issus de cette exploitation sont transportés ensuite par camion vers Lolodorf.

Un autre modèle est lié au prélèvement d'écorce de certains arbres. Celui-ci est effectuée en général par les populations Bantu et les jeunes Nkola/Ngyéli. Le principe consiste à localiser un arbre en pleine forêt à l'abattre et puis à le débarrasser de ses écorces.

Plusieurs exemples peuvent être ici énumérés. A Nkouambpoer I, un certain MAFANG Simon aurait bradé aux exploitants, un Bubinga qui servait à toute la communauté pour des besoins thérapeutiques. A titre compensatif, il aurait reçu une somme de 100000 F CFA. Convoqué par le chef du village, ce dernier déclara que l'arbre en question lui appartenait et qu'il était libre de le vendre afin de résoudre ses multiples problèmes. L'absence de cet arbre cause de nos jours, des sérieux problèmes aux populations Bantu et Nkola qui y vivent.

Au campement de Mougué situé à une dizaine de kilomètres de Nkouambpoer I, le même scénario s'était déroulé. Un exploitant serait venu corrompre les Nkola en leur proposant d'acheter le Bubinga qui leur servait de culte des ancêtres, de lieu de rites de purification et de consultations diverses. Ceux-ci après consommation d'alcool frelaté auraient accepté la transaction contre en plus de l'alcool, du tabac,d'un sac de riz, une somme de 50000 F CFA. L'arbre fut coupé alors que les Nkola étaient ivres. Le lendemain matin surpris par cet acte, ils durent s'exposer à ce que l'arbre soit débité. La situation entraina des conflits d'une ampleur inquiétante. Une fois l'administration consultée, l'arbre avait été débité et transporté vers la route. Mais face aux multiples évènements malheureux qui suivirent l'exploitant en question, celui-ci serait revenu présenter ses regrets aux Nkola. Peine perdue dans la mesure où l'arbre avait causé plusieurs accidents mortels avant d'atteindre sa destination finale.

Toutefois, il revient de souligner que Lolodorf devient de plus en plus une cible pour des multiples exploitants forestiers illégaux. Plusieurs agissent sous le couvert de certaines autorités administratives et politiques. Cependant, cette exploitation qui sévit sur les forêts sans aucune éthique des normes environnementales est loin de respecter les prérogatives inhérentes à la Loi N° 94 du 20 Janvier 1994 portant régime des forêts et de la faune au Cameroun.

Interrogé sur cette question, MABANG, un exploitant sous-traitant nous a livré ces informations : « Le Cameroun c'est le Cameroun qu'est-ce que tu appelles documents administratifs liés à l'exploitation forestière ? Toute cette paperasse ne nous sert à rien on sait comment ça se passe. Avant de lancer ton chantier dans un village, tu vas d'abord causer avec le Chef de terre, le Commandant de brigade, le Commissaire de sécurité publique, le Commissaire spécial et le Chef de poste forestier. Une fois l'arrangement passé avec ces autorités, le reste tu négocies sur place avec les villageois qui sont lessivés par la misère et les problèmes de toute sorte. Pour les Pygmées tu leur donnes juste un peu à manger, à boire et à fumer même s'ils se plaindront plus tard. Toutes les promesses que tu leurs feras ne seront totalement jamais tenues parce que tu sais que l'administration est à tes cotés. Et pour convoyer mes planches par camion vers Douala ou Yaoundé, je cause avec les autorités qui intiment l'ordre à leurs subalternes de ne pas déranger mon camion dans leur zone de compétence. Le reste se gère avec des arrangements sur les barrières de contrôles en route.

LXVIII. III-5-2. Technologies mobilisées

Dans ce cas d'espèce, la technologie mobilisée ici est différente de celle utilisée dans la déforestation légale. En général, elle s'applique aussi sur trois éléments que sont :

Ø L'homme : une tenue spéciale n'est pas requise. Ils adaptent leur tenue en fonction du contexte de travail;

Ø L'environnement : Elle fait intervenir les équipements comme : Les machettes, les limes, les tronçonneuses, les engins.

Ø Au niveau des produits, les Pick-up, les taxis, les motos, les tricycles, les camions plateaux et de sur quoi l'homme sont utilisés.

Photo N°6 : Moto utilisée pour le transportdu personnel, et du matérielprès deNgoyang

Source : Nzie, 2013.

Photo N° 7:Scène de sciage d'un arbre à l'aide d'une tronçonneuse reliée à une lame géante dans un chantier illégal de Ngomanguelé

Source : Nzie, 2013.

Photo N°8:Transporteur d'écorce de Womi en provenance de Mimbitivers le domicile d'un sous-traitant illégal à Nkouambpoer I.

Source : Nzie, 2013.

Par ailleurs, d'autres activités se développent grâce au phénomène de la déforestation illégale. Nous avons par exemple le petit commerce, la prostitution, la vente de la drogue, la prolifération de l'alcoolisme, les jeux au hasard, le vol à bande.

Bien que la quantité et la qualité exploitées soient inférieures à celles réalisées par les firmes industrielles d'exploitation, les populations locales d'une part et lesNkola/Ngyéli en sont les victimes immédiates. Les forêts sont détruites, saccagées, pillées à grande échelle, et les conséquences ne peuvent qu'être fâcheuses.

LXIX. III-5-3. Types d'essences exploitées

Les essences directement visées sont. L'Azobé, Le Bubinga, le Bibolo, le Doussié, l'Iroko, la Moabi,le Movingui, le Padouk, le Sapelli, le Sipo...En dehors de ces essences, on note aussi l'exploitation le du Womi et de l'Ezok pour leurs écorces.

Photo N° 9 : Stock des planches de Moabi cachées derrière une case à Nkouambpoer I

Source : Nzie, 2013.

Photo N° 10 : Stock d'écorces de Womi séchées près du campement d'Oding Otoh

Source : Nzie, 2013.

L'usage conféré à ces produits exploitésest fonction de type d'essences. Elles sont toutes utilisées à titre commercial. Cependant, les unes sont utilisées pour l'industrie de la menuiserie dans la fabrication des meubles, lits, décors intérieurs et extérieurs, les constructions d'habitat, les chantiers ferroviaires, les ponts... d'autres par contre sont utilisés pour la consommation directe et aussi pour les besoins médicinaux.

Somme toute, il apparaît clairement que loin d'être un facteur de développement tel qu'émis par les objectifs des pouvoirs publics, dans le processus de la recherche du bien-être des populations, les deux types d'exploitations ci-dessus indiquées sont plutôt un indicateur de sous-développement et de misère pour les communautés locales. Mais, les Nkola/Ngyéli sont les plus touchées dans la mesure où la recherche à la satisfaction des besoins qui repose sur la forêt, fait aux difficultés de plusieurs sortes.

CHAPITRE IV :

Ce chapitre montre la fragilité de la culture Nkola/Ngyéli face à la déforestation. Il explique en détail comment la culture des Nkola/Ngyéli a subit un changement avec l'avènement de la déforestation. Ce mécanisme de transformation s'observe lorsqu'on compare la culture des Nkola/Ngyéli avant la déforestation à leur mode de vie après la déforestation.

LXX. IV-1.MILIEU HUMAIN

En général, la plus part des Pygmées en Afrique centrale qui vivent dans la forêt,ont un mode de vie lié à leur environnement. Ils développent un style de vie traditionnel mis sur pieds de façon continue afin de répondre aux besoins de survie et de bien-être. Mais chaque fois que leur environnement est menacé, un changement s'opère au niveau de leur culture.

LXXI. IV-1-1. Mode d'occupation de l'espace avant la déforestation

L'occupation de l'espace chez les Nkola/Ngyéli se caractérisait par une structure d'habitat particulière, le campement était constitué d'un petit nombre de huttes hémisphériques disposées en cercle. Le campement, lieu géographique, était le cadre social de la vie économique ; c'était aussi et surtout, la matérialisation d'une communauté. La configuration spatiale en cercle l'indique clairement. La vie quotidienne se déroulait devant la hutte en plein air sur la place centrale sauf lorsqu'il pleuvait. Ce groupe local était constitué d'un certain nombre varié de familles conjugales généralement monogamiques.

En forêt, les Nkola/Ngyéliavaient deux sortes de résidence. Celui habité de façon permanente s'appelait le Mpbogà en Nkola et Kwàtoen Ngyéli. Village de lisière, ce milieu de vie était construit en fonction de l'environnement forestier et à côté des petits cours d'eau utilisés pour la lessive, la vaisselle, les toilettes, la pêche et pour certains rites. Les huttes qu'on y trouvaitétaient construites à base des larges feuilles de marantacées ou d'Anthocléista. D'après Aristide BITOUGA(2011),Ces feuilles étaient fixées à l'ossature végétale de l'habitat : une encoche était faite sur la nervure, près du pétiole et les feuilles étaient crochetées en rang. Cette disposition conférait un aspect en écailles de pangolin.A l'intérieur de ces huttes on trouvait des lits fabriqués à l'aide des matériaux locaux. Les peaux d'arbres servaient de matelas et les nattes aussi.

L'autre habitat ou campement de forêt était appelé Nyàgô.Il étaitconstruit par les Nkola/Ngyéli lorsqu'ils devraient s'absenter de leur campement permanent pour les activités cynégétiques. Le type d'habitat était le même mais imposait aussi une proximité avec un cours d'eau ou un ruisseau, qu'il s'agisse d'un camp de ligne de pièges, d'un bivouac pour quelques jours ou d'une partie de chasse collective pour plusieurs semaines. Pour Aristide BITOUGA (2O11), le choix de l'emplacement d'un campement est stratégique dans le sens où il tient de la configuration physique des lieux. En effet, la faible densité en gros arbres pour faciliter le dégagement du site ; un sol relativement meuble pour faciliter l'ancrage de l'ossature de l'habitat et peu inondable, tiennent lieu de ces exigences. En outre les Bakola/Bagyéli privilégiaient aussi des sites naturels propices à l'occupation humaine comme les abris sous roches.

Ici, la présence de plusieurs clans dans une même communauté donnait lieu à structuration clanique groupale. On retrouvait donc dans une communauté, plusieurs groupes.

Photo N° 11 : Campement de lisière pour chasse à Yom

Source : Nzie, 2013.

LXXII. IV-1-2. Mode d'occupation de l'espace après la déforestation

L'occupation de l'espace chez les Nkola/Ngyélide nos jours a considérablement changé pour plusieurs raisons liées à la déforestation. Les huttes sont de moins en moins présentes dans les campements. On note de plus en plus la présence des maisons construites en planche et en terre battu et avec un toit soit en tôles, soit en feuilles de paille de raphia. La quasi-totalité de ces maisons sont offertes aux Nkola/Ngyélipar des organismes d'aide au développement qui mesurent le degré de difficultés auxquelles les Nkola/Ngyéli font face suite à la déforestation qui a envahi leur lieu d'habitation et leur cadre de survie.

Depuis la volonté de l'Etat de sédentariser les Pygmées suite à la dégradation de la forêt, ces derniers ont progressivement trois types de résidence. Une résidence d'origine appelée Mpbogà qui est sert de campement d'origine et le cadre social de la vie économique ; c'est également la matérialisation d'une communauté. La vie quotidienne se déroule de moins en moins devant la hutte en plein air sur la place centrale parce que les distances considérables à parcourir en pleine forêt à la recherche des produits de survie imposent des temps important que les Nkola/Ngyéli passent en forêt. En dehors des Nkola/Ngyéli eux-mêmes, plusieurs Bantou passent une bonne partie de leur temps avec eux en brousse pour leurs travaux de déforestation. Les matelas sont fréquemment utilisés dans la mesure où les arbres qui fournissaient leurs écorces pour la fabrication des couchettes deviennent de plus en plus rares.

Photo N°12 :Maison symbolisantun mixage de matériau dans un campement de Matsindi.

Source : Nzie, 2013.

Le Nyàgô restel'autre type d'habitat de forêt. Il estconstruit par les Nkola/Ngyélidans le cadre des campagnes liées aux activités cynégétiques. Mais de plus en plus, il est utilisé aussi par certains Bantu et certains exploitants forestiers comme base de leurs activités de déforestation. Le troisième type d'habitat est celui construit à côté des Bantu. En effet, les Nkola/Ngyéli ont des résidences aux abords des routes. Ces résidences sont construites par eux-mêmes soit par les organismes d'aides. Ces lieux d'habitation sont utilisés par les Nkola/Ngyéli pour la recherche du bien-être. La forêt ne produisant plus assez des produits pour survivre, ils sont obligés de quitter momentanément la forêt pour y résider dans les villages Bantu à la recherche de la satisfaction de leurs besoins.

Photo N° 13 :CasesNkola construites à Samal, village Bantu pour la recherche du bien-être

Source: Nzie, 2013.

LXXIII. IV-1-3.Alimentation avant la déforestation

Pour subvenir à leurs besoins, les Nkola/Ngyéli ont mis sur pieds une organisation qui leur permet d'assurer leur alimentation journalière. Cette alimentation très riche en protéines, vient surtout des animaux chassés, consommés frais ou boucanés ; du poisson, des champignons, des ignames, des tubercules échangées avec les Bantu, du miel et d'autres produits collectés dans la nature. Ces aliments sont acquis de plusieurs manières.

LXXIV. IV-1-3-1. Chasse

Selon notre informateur, les Nkola/Ngyéline vivaient que de la chasse. Ils utilisaient différentes techniques et différents matériels pour chasser. Mais les outils de chasse les plus en vue étaientl'arbalète avec des fléchettes empoisonnées, des flèches, les filets et les chiens pour la chasse à courre. Le jeune chasseur devait d'abord subir un rituel qui constituait à se familiariser aux techniques et aux interdits liés à la pratique de la chasse.

L'alimentation principale des Nkola/Ngyéli reposait sur la consommation de la viande. A la diversité des animaux répondait une grande variété de techniques de capture. A l'aide d'arbalète et de fléchettes empoisonnées, on sait tuer les singes en haut des arbres, comme on enfume les porcs épics et les rats dans leur terrier. Pour la chasse au porc sauvage, l'équipe des chasseurs se constituait en petit groupe expérimenté. Mais pour capturer les petites antilopes, l'on se réunissait en large troupe pour rabattre ces derniers vers les filets de chasse. Mais l'action la plus grave, la plus prestigieuse, la plus dangereuse aussi, était la chasse à l'éléphant, pour laquelle les Nkola/Ngyéliétaient justement renommés depuis des siècles.

Les gibiers capturés ici servaient à l'autoconsommation, et aux dons faits aux Bantu d'appartenance. Ces animaux étaient préparés de différentes manières, généralement dans les sauces de fruits collectés en brousse. Et mangés à l'aide des ignames sauvages.

LXXV. IV-1-3-2. Pêche

Comme la chasse, la pêche était aussi un moyen de survit des Nkola/Ngyéli.Elle était pratiquée par les femmes. La technique consistait à constituer des barrières sur un cours d'eau en le segmentant et en vidant ces parties afin de collecter les poissons, les grenouilles Goliath et les toutes les variétés de crustacés que l'on pouvait trouver. La pêche se pratiquait pendant les périodes de février et Mars.

LXXVI. IV-1-3-3. Ramassage

Attentifs au rythme des saisons, fins connaisseurs des ressources disponibles, lesNkola/Ngyéli cherchaient chaque jour dans l'épaisseur du sous-bois, les légumes de leur repas. Les tubercules des lianes, d'ignames sont déterrés à l'aide d'un bâton à fouir, alors que certaines feuilles de lianes et d'arbustes étaient cueillies à la main. Pour les noix de certains arbres, elles étaient soigneusement cassées à l'aide d'une petite hache pour extraire l'amande oléagineuse. Les champignons étaient spécialement appréciés comme les bestioles, les chenilles comestibles, les termites, les escargots achatines. L'on pouvait également attraper quelques mammifères vertébrés qui se déplacent lentement sur le sol ou dans les arbres. La cueillette était une activité essentiellement réservée aux femmes.

Photo N°14 : Ignames sauvages collectées dans une forêt d'Oding Otoh

Source : Nzie, 2013.

LXXVII. IV-1-3-4. Troc

Il a longtemps été le système d'acquisition de certains produits consommables. En effet, le principe consistait à procéder à une sorte d'échange entre les Nkola/Ngyéli et les Bantu. Les produits échangés étaient d'une part le gibier, le miel, le strophantus du côté des Nkola/Ngyélicontre les tubercules de manioc, les régimes de banane douce, et l'alcool chez les Bantu.

LXXVIII. IV-1-4. Alimentation après la déforestation

De nos jours dans une forêt devenue pauvre, les Nkola/Ngyéli ont du mal à assurer leur bien-être comme il a été il y a quelques décennies. Cette alimentation repose de moins en moins sur du gibier devenu progressivement rare. Les techniques d'appropriation des aliments de consommations ont considérablement changées.

LXXIX. IV-1-4-1. Chasse

Notre informateur nous a livré ce point de vue : les Nkola/Ngyéline vivent plus que du gibier car il est devenu très rare suite à l'état de nos forêts. De plus en plus nous achetons du poisson dans les boutiques, du riz, du bâton de manioc. Les outils et les techniques pour chasser aussi ont changé. Certaines ne sont même plus utilisées de nos jours. Le fusil est devenu l'arme fatale sur laquelle les jeunes se ruent à son utilisation.

L'alimentation principale des Nkola/Ngyéli repose de moins en moins sur la consommation de la viande. Les bruits causés par la technologie mobilisée dans le cadre de la déforestation et le braconnage éloignent progressivement les animaux vers les parties les plus reculées de la forêt. Certains animaux sont devenus très rares. Au niveau des techniques, l'usage des filets et de l'arbalète ont disparu. Le fusil reste l'arme la plus redoutable utilisée par les chasseurs. Les gibiers capturés servent en dehors de la consommation, mais aussi à la vente.

LXXX. IV-1-4-2. Pêche

Comme la chasse, la pêche est aussi un moyen de survit des Nkola/Ngyéli.Mais elle est de moins en moins pratiquée sur les cours d'eaux à proximité des lieux où la déforestation sévit. Que ce soit les bruits causés sur les rivières, les déchets toxiques abandonnées dans ces cours d'eaux, la pauvreté en matière de poissons et de crustacés reste d'actualité.

LXXXI. IV-1-4-3. Ramassage

La déforestation ayant considérablement détérioré la forêt, lesNkola/Ngyéli pratique de moins en moins la collecte de leurs produits. En dehors de quelques tubercules d'ignames sauvages déterrés à l'aide de la machette, les noix de certains arbres, les champignons, le miel reste le plus grand produit cueilli de façon saisonnier. La forêt ne pouvant plus tout offrir, la pratique de l'agriculture avec la réalisation des champs et le petit élevage des poulets est plus en plus présente chez les Nkola/Ngyéli.

LXXXII. IV-1-4-4. Troc

Ce système d'acquisition de certains produits consommables est de moins en moins pratiqué chez les Nkola/Ngyéli. En effet, la rareté du gibier, du miel et leur accès à l'argent permet leur permet de vendre leurs produits et de s'acheter tout ce qu'ils ont besoin. Toutefois, le troc reste au niveau des produits come l'alcool et la cigarette contre du gibier et du miel. Par ailleurs quelques écorces d'arbres exploitées par les Nkola/Ngyéli sont aussi brandies sous forme de troc en échange des produits consommables.

LXXXIII. IV-1-5. Médecineavant la déforestation

Selon NKE-NDIH (2006),La santé a été toujours une préoccupation majeure dans la collectivité depuis l'aube de l'humanité. L'utilisation des ressources environnantes par les populations de cette époque peut être considérée comme origine de la pharmacopée.

Par définition, nous pouvons dire que la pharmacopée est l'ensemble des pratiques de santé propres à une communauté et dont les savoirs se transmettent de génération en génération. Pour les Nkola/Ngyéli, l'usage d'une pharmacopée très riche qu'offrait la forêt permettait de résoudreles problèmes de santé auxquels ils faisaient face.

Le domaine végétal était la base des produits de cette pharmacopée. Un grand nombre de recettes utilisaient des écorces, racines, feuilles, des épines et autres parties des plantes pour les soins. A partir de ces éléments, ils obtenaient des décoctions, des tisanes, des macérations, des cornets, de la poudre pour scarification, des onctions, des injections par voie nasale, des pâtes, etc. pour leurs différents soins. Le domaine animal contribuait de façon notable, à la fabrication des produits pour les soins quotidiens.

NKE-NDIH (2006), affirme à ce sujet, qu'il n'était pas rare de trouver un pendentif d'ossements de gorille tenu par une lamelle de peau d'animal autour du cou d'un enfant. Le but était de permettre à l'enfant en question d'avoir des os durs comme celui de l'animal en question. Les Pygmées Bakola/Bagyéli utilisaient aussi souvent des poils de certains animaux (genette servaline, Genettaservalina) qu'ils posaient soigneusement sur des brûlures pour les guérir. Les poils adhèrent à la peau pour reconstituer l'épiderme sans laisser de cicatrices.

Ils utilisaient aussi des dents bien séchées de vipère qu'ils appliquent comme des épines sur des articulations atteintes de rhumatisme. Ces applications font diminuer l'intensité des douleurs ou les font partir complètement. Les coquilles d'escargot dures étaient utilisées notamment pour soigner les enfants atteints d'oreillon. Les mandibules étaient massées par le côté pointilleux de cette coquille pour faire baisser le gonflement des joues qu'occasionnait cette affection.

Certains oiseaux comme les perroquets étaient chassés, non pas pour leur chair, mais beaucoup plus pour leurs plumes qui sont notamment utilisées pour des blindages ou autres utilités du domaine cosmique. L'avifaune était aussi présente dans leur pharmacopée par l'utilisation des oeufs pour certains mets cuisinés pour les soins des enfants. Les oeufs de poule étaient aussi utilisés pour des soins concernant certaines maladies relevant du domaine cosmique. Il n'est pas ainsi rare de trouver des oeufs cassés jetés à un passage public chez les Nkola/Ngyéli.Les soins de blindage étaientadministrés avec des poulets qu'on plongeait dans des marmites contenant nombreuses espèces (végétales, minérales, animales, etc.) trempées dans de l'eau. Ensuite le poulet était frappé à différents endroits du corps de la personne, afin de lui ôter de mauvais esprits qui ne pourraient plus l'atteindre.

Plusieurs espèces à cornes, sont prisées par les guérisseurs Nkola/Ngyéli, qui les utilisaient tantôt comme cornes pour invoquer les esprits, tantôt pour appliquer à certains endroits endoloris des malades. Nombreux était aussi des traitements qui demandaient des viandes particulières (tortues, etc.), mélangées à beaucoup d'autres espèces, tant végétales que micro-organiques.

Le domaine minéral n'était pas en reste. Les pierres utilisées étaient très lisse, soit de couleur blanchâtre, soit noirâtre. Ces pierres chauffées légèrement étaient utilisées pour certains massages.

LXXXIV. IV-1-6. Médecineaprès la déforestation

De plus en plus, la pharmacopée Nkola/Ngyélifait face à des sérieuses difficultés liées à la déforestation. Le domaine végétal qui était la base des produits de cette pharmacopée est devenu très pauvre parce que la forêt est progressivement vidée de ses ressources. La rareté des arbres médicinaux, la disparition et l'éloignement de certains animaux et oiseaux causent d'énormes problèmes à la médecine Nkola/Ngyéli. De nos jours, les pratiques de cette médecine ont considérablement changé à cause de la forêt devenue très pauvre. Cet état de chose fait perdre les lettres de noblesse à cette médecine. Certaines séances de traitement qui se déroulaient exclusivement en plein forêt sont de plus en plus déportées vers les résidences aux abords des routes.

De plus en plus, la médecine occidentale entrent progressivement dans les moeurs des Nkola/Ngyéli pour certains cas de maladie vue la perte de puissance de leur médecine.

LXXXV. IV-1-7. Maladie avant la déforestation

Lorsqu'on aborde le phénomène de la santé et de la maladie par le biais de l'ethnomédecine, en empruntant donc le chemin de la culture, on s'attend à s'éloigner du biologique pour entrer dans la sphère du symbolique. La santé, c'est la situation dans laquelle l'organisme réagit par une adaptation tout en préservant son intégrité individuelle. La santé est un état physique et mental relativement exempt de gêne et de souffrance qui permet à l'individu considéré de fonctionner aussi efficacement que possible dans son milieu. La santé, c'est un état qui permet à celui qui en jouit de se consacrer pleinement à son ou à ses projets et qui met toujours enjeu des forces socio-culturelles, non inscrites dans le code génétique. L'absence de cet équilibre se traduit alors par la maladie.

Lamaladie est une construction culturelle qui détermine la frontière entre le normal et le pathologique, et exemple de réification objectivant universelle, elle devient relative à un référentiel et s'analyse en ressenti pathologique, individuel et groupal. LONTSI D, cité par MBONJI, E (2009) affirme : le mot maladie, doit se lire «le mal a dit» c'est-à-dire ce que le mal nous a dit, nous invite à écouter la maladie ; la maladie est un langage à décrypter par le malade et l'entourage, un discours faisant ses à l'intérieur et à l'extérieur du patient, par rapport à son réseau de relation.

Pour les Nkola/Ngyéli, la maladie était perçue comme un problème physique et psychologique qui surgit suite à la fatigue de l'organisme physique et surtout au non-respect de certaines normes et interdit prescrits pas leur culture. Elle allait au-delà des apparences biologiques et du psychique pour intégrer l'aspect mystique. Chez eux, la maladie se vivait en différentes catégories. Les simples cas de maladie pathologique, psychiques et les maladies d'ordre mystique qui ont un statut particulier car liés à la compréhension des sorciers et autres initiés. Les maladies étaient plus considérées sous l'ordre mystique que de dysfonctionnement de l'organisme dû à un problème. Les guérisseurs sorciers étaient convoqués pour redonner la santé au sujet malade. Aucun cas de maladie n'était traité dans les hôpitaux qui d'ailleurs existaient moins.

LXXXVI. IV-1-8. Maladie après la déforestation

De plus en plus la représentation de la maladie est progressivement en train de changer chez les Nkola/Ngyéli. La forêt ne pouvant plus donner une pharmacopée riche, son efficacité de moins en moins crédible ne permet plus de résoudre les problèmes de santé de tout ordre. Seules les maladies d'ordre mystique continuent à être bien prises en charge et traitées. Les autres cas de maladie sont pris en charge et traités dans les hôpitaux. Et avec les multiples fréquentations et rapports entretenus avec les Bantu, l'existence de certaines maladies comme le VIH/SIDA sont de plus en plus présentes chez les Nkola/Ngyéli.

LXXXVII. IV-1-9. Système de croyances avant la déforestation

Les Nkola/Ngyéli fondent leur conception du monde et son origine sur « Kombàmàmû» créateur des choses. Cet être surnaturel créa le ciel, la terre, les eaux, la forêt et enfin l'Homme pour que celui-ci vienne vivre en abondance. Selon BAHUCHET et DE FOY (1991), pour les Pygmées, la forêt est le monde des esprits, où errent les âmes des défunts, sous la domination de l'esprit de la forêt, maitre des ressources. Ce sont eux qui permettent aux humains de prélever ce dont ils ont besoin pour survivre.

Le système de croyance des Nkola/Ngyéli reposait sur un Dieu créateur partagé à plusieurs autres sous dieux en fonction de chaque activité. Ainsi le Dieu esprit créateur qui s'est éloigné des humains est secondé auprès d'eux par Nkùgù. C'est le plus grand esprit de la forêt qui gouverne et oriente la vie des communautés Nkola/Ngyéli. Il était évoqué au travers des cérémonies rituelles pour les parties de chasse, de pêche, les séances de guérison. La cosmologie place monde invisible de mânes indifférenciés en position de médiateurs entre les vivants et un esprit de la forêt, « dieu actif » diffèrent du dieu créateur qui s'éloigné des humaines. Pour s'adresser aux esprits, il n'y a pas de caste responsable de cultes, et tout homme initié étaitconsidéré apte à cette action. Cependant, l'aîné du groupe était responsable des grands rituels éventuellement avec le devin et le maître chasseur. Les actes religieux se divisaient en deux types : de larges cérémonies publiques qui concernent la communauté dans son ensemble, ou bien des rites intimes de petite envergure, pour des propos d'ordre privé. Somme toute, ce système de croyance avait trois fonctions fondamentales :

Ø Se rendre propice avec l'aide des forces surnaturelles, afin de s'approprier abondance et fécondité (propitiation) ;

Ø Découvrir les causes des désordres ou le déroulement probable d'une action future (divination)

Ø Apaiser les esprits irrités, les mânes en période de pénurie ou de conflit social, ou les esprits animaux après la mort d'un grand animal au cours d'une partie de chasse (expiation)

LXXXVIII. IV-1-10. Système de croyances après la déforestation

De nos jours le système de croyances des Nkola/Ngyéli est progressivement en train de changer. Ce système de croyance qui reposait essentiellement sur la tranquillité de la forêt est considérablement et progressivement perturbé par la déforestation et les multiples bruits qu'elle occasionne au travers de sa technologie mobilisée. L'inefficacité de ce système de croyance se traduit par les multiples problèmes auxquels les Nkola/Ngyéli font face sur les plans socioculturels.

Face à cette situation, les croyances dites modernes fondées sur l'existence d'un Dieu suprême prônée par les églises sont de plus en plus encouragées chez les Nkola/Ngyéli qui éprouvent tant bien que mal la réelle volonté de leur appartenance à ces églises. On peut donc voir certains Nkola/Ngyéli fréquenter ces lieux de cultes malgré eux.Questionné sur cette question, un de nos informateurs du campement de Mimbiti I nous répondu en ces mots :« Nkola ti mérè bé nlannàndàndhéwàbasondonàntambongàNzambèminlùbàdîindzànà mo péésîgi. Bîimérébiising'linà N'zambé à kigàponi » « Le Nkola n'a rien avoir avec les histoires de messe ou de paroisse, ni la fréquentation de ces lieux même pas une certaine appartenance à ces églises dont les Bantu sont en train de nous imposer à adhérer. Nous savons que Dieu vit »

Photo N°15 : Plaque d'une église à Ngomanguelé

Source : Nzie, 2013.

LXXXIX. IV-1-11. Rapport à l'autre avant la déforestation

Les Nkola/Ngyéli ont longtemps mené une vie de soumission envers les peuples Bantu. Chaque communauté Bakola/Bagyéli donnée était la propriété d'un clan Bantu et puis une famille influente d'un clan pouvait également avoir sa famille Nkola/Ngyélidans le groupe appartenant au clan. Le nom du clan Bantu était directement donné au groupe Bakola/Bagyéli parrainé. Les noms de personnes respectaient également la volonté de ce contrat. Ainsi, les rapports étaient essentiellement basés sur les dons faits par les Nkola/Ngyéli en gibier, miel, strophantus et en main d'oeuvre lors de défrichage et d'abattage des espaces agricoles,et les soins de guérison.En outre ils étaient utilisés lors des cérémonies funéraires et festives avec la célébration de leur danse traditionnelle. En retour ils recevaient les vieux tissus d'étoffe, du sel, de l'alcool, du tabac, des chiots, des vieux habits. Le moindre dérapage était sanctionné par les bastonnades publiques et autre humiliations. En bref, les Nkola/Ngyéli ont toujours été les sujets de leurs grands maitres Bantu qui avaient tout pouvoir sur eux.

XC. IV-1-12. Rapport à l'autre après la déforestation

De nos jours les rapports entre les Nkola/Ngyéli et les Bantu ont considérablement changé. La relation Grand maître et petit sujet est complètement en train de donner place à une situation d'autonomie des Nkola/Ngyéli. La soumission qui a longtemps animé ces rapports est totalement dépassée. La sédentarisation de plus encouragée voire obligatoire des Nkola/Ngyéli suite à la destruction et à la pauvreté de leur environnement naturel fait de ces derniers les maîtres de leur destin. Les dons d'animaux aux Bantus n'existent presque plus. Tout travail d'un Nkola/Ngyéliauprès des Bantu est rémunéré. Les mariages entre ces deux types d'ethnie longtemps inexistants sont de plus en plus fréquents. Dans le campement de Nkuongio, un Nkola est marié à deux femmes Bantu et plusieurs jeunes hommes Bantu prennent pour épouses, des jeunes filles Nkola/Ngyéli.

Photo N°16 : Couple mixte entre une fille Bantu et un Nkola de Nséyéle, symbolisant le changement au niveau des relations entre les Nkola/Ngyéli et les Bantu.

Source : Nzie, 2013.

IV-1-13. Economie avant la déforestation

Par économie, il est question de l'ensemble des activités de production, de distribution et de consommation mise sur pieds par une communauté donnée. Chez les Nkola/Ngyéli, ce processus des mécanismes de production, de distribution et de consommation, reposait sur la chasse, la pêche, la collecte, le troc et une petite agriculture. Les produits étaient acquis grâce à ces méthodes. Au niveau de la production, la chasse, la pêche et le ramassage étaient les techniques de base. A celles-ci s'ajoutaient l'agriculture avec la réalisation de petits espaces agricoles, le troc fait avec les voisin Bantu et l'ethnomédecine qui faisait entrer des produits comme du poisson, de l'alcool, du tabac et les vieux habits. Au niveau de la distribution des produits le principe obéissait à l'appartenance clanique, familiale et aux classes d'âges. Par ailleurs, la distribution des gros gibiers allait aussi auprès du clan Bantu d'appartenance. Le système de consommation quant à lui reposait sur des aspects claniques et familiaux. Généralement les produits acquis étaient majoritairement destinées à la consommation. Une fois les aliments préparés, les repas se prenaient devant la cours et par classe d'âges, répartis comme suit : Les ainés du clan dans un campement avaient leur repas servi à part, les jeunes et les enfants. Le même principe était aussi appliqué chez les femmes. Les produits de leur économie étaient composés du gibier, du miel, du strophantus, et des produits comme le sel, du riz, le tabac, l'alcool, des tissus de pagne, des chiots acquis auprès des Bantu.

XCI. IV-1-14. Economie après la déforestation

L'économie reste un processus de production, de distribution et de consommation chez les Nkola/Ngyéli. Mais les méthodes d'acquisition qui ont longtemps reposées sur la déforestation ne sont plus les mêmes de nos jours suite à la déforestation. En dehors de quelques rares animaux capturés dans la forêt, l'agriculture est devenue une source principale de production de produits alimentaires. En outre, les autres produits sont achetés dans les boutiques. S'agissant de la distribution, plusieurs produits comme le gibier, le miel les écorces des arbres, les strophantus sont destinées de plus en plus à la commercialisation. Au niveau de la consommation, le gibier chassé, le miel cueilli sont de moins en moins destinés à la consommation.

XCII. IV-1-15. Parures avant la déforestation

Par définition, la parure est ce qui sert à parer, à décorer à orner ou encore l'ensemble des bisous utilisés par chaque socioculture afin de transmettre des messages et significations particuliers. Pour les Nkola/Ngyéli, les décorations utilisées étaient faites à plusieurs niveaux du corps. Les dents étaient taillées en signe de beauté chez les jeunes filles et jeunes garçons. Cette parure avait deux significations. Une avait trait à la puberté et l'autre à la capacité des dents à mieux consommer du gibier. Pour les bébés, des colliers étaient autour du cou et au tour des reins. Ces colliers en crocs d'animaux, des serpents et griffes de certains oiseaux, étaient des armes de protection contre des attaques des sorciers et des maladies infantiles. Au niveau du cou des jeunes garçons et jeunes filles, les Nkola/Ngyéli utilisaient des colliers en corde tirée de la forêt. Cette décoration laissait apercevoir la beauté des jeunes en âge de puberté. On pouvait aussi apercevoir ces cordes chez les Nkola/Ngyéli âgées et de deux sexes. A ce niveau il était question des tradipraticiens et autres femmes douées sur les soins des enfants et des femmes. Sur les bras, Ils utilisaient des bracelets en peau des petits félins et autres petits animaux comme les lièvres. Au niveau des doigts, des os des grands animaux étaient taillées en forme de bagues. Les dents des serpents étaient aussi entourées autour du cou pour protéger contre des morsures de serpent et éviter l'attaque des sorciers.

En ce qui est des plumes de certains oiseaux comme l'aigle, le perroquet, les calaos, ils étaient utilisés pour l'embellissement des outils de danse.

Somme toute, cette description de quelques éléments de la culture Bakola/Bagyéli avant la déforestation, laisse paraitre leur totale dépendance à la forêt. Mais de plus en plus, il se produit des modifications et des changements au sein de la culture des Nkola/Ngyéli suite à la dégradation de leur environnement naturel.

Photo N°17 : Enfant Nkola portant à son cou,un collierfait à base d'une corde sauvage avec os de chat tigre.

Source : Nzie, 2013.

XCIII. IV-1-16. Parures après la déforestation

La parure chez les Nkola/Ngyéli a longtemps été basée sur les produits tirés de la forêt. Mais de plus en plus avec le phénomène de la déforestation et la rareté des essences et animaux utilisés dans le cadre des décorations ce domaine est profonde mutation. De moins en moins l'on trouve les peaux d'animaux comme les panthères, les antilopes, les gros serpents car ceux-ci étant devenus rares suite aux multiples bruits orchestrés dans la forêt, leur lieu de résidence. La médecine moderne s'occupant des problèmes de santé des bébés, il devient de plus en plus rare de trouver des enfants avec des dents de serpents autour de leur cou ou des cordes spéciales autour de leur taille. Les jeunes Nkola/Ngyéli quant à eux arborent autour de leur cou des objets achetés dans les boutiques frisant la modernité.

Photo N°18 : Jeune Nkola de Nkuongio portant à son cou, un collier en perle.

Source : Nzie, 2013.

Somme toute, cette partie nous a permis de revisiter quelques éléments de la culture Nkola/Ngyéli avant et après la déforestation. Il en ressort de celle-ci qu'un changement observable se vit à plusieurs degrés. Pour mieux comprendre ce changement, il est indiqué de le soumettre à l'écologie culturelle et au fonctionnalisme que nous avons choisi comme grille théorique.

XCIV. IV-2.APPORT DE LA DEFORESTATION DANS LE CHANGEMENT DES MODES DE VIE DES NKOLA/NGYELI

Il s'agit de soumettre le changement constaté à la grille théorique anthropologique choisie dans le cadre de cette étude. L'écologie culturelle et le fonctionnalisme vont donc nous permettre de faire le constat de ce changement et ensuite de mener uneinterprétation anthropologique de ce changement.

XCV. IV-2-1. Constat du changement

Comme nous l'avons pu expliquer en détail, le massif forestier de Lolodorf a longtemps présenté une richesse énorme au niveau de sa biodiversité. Cet état physique a fait de cette zone, un milieu de prédilection pour les activités de déforestation. Dans ce même massif, vivent depuis des décennies, les Nkola/Ngyéli auxquels la vie est fortement dépendante. De façon progressive, la déforestation a grandement dépouillé les forêts de ses richesses. De plus en plus, elle devient pauvre et ne permet plus aux Nkola/Ngyélide satisfaire leurs besoins de survie. De l'occupation de l'espace vers les autres aspects socioculturels rien n'obéit plus aux modes de vie originels. De plus en plus en tout est en train de changer parce que la forêt n'est plus totalement cette mamelle nourricière qui offrait tout aux Nkola/Ngyéli. La structure de l'occupation de l'espace a cédé place aux formes et constructions modernes inspirées des Bantu voisins.

Les lieux de résidence ce sont multipliés pour faire face aux récurrentes difficultés de survie. Les nouveaux campements sur les abords de route matérialisent cette volonté de recherche des espaces de bien-être. L'alimentation longtemps basée sur la consommation des ignames, du gibier, du poisson et du miel est menacée suite à leur rareté liée à la déforestation. Aujourd'hui, les échoppes et autres petits boutiques sont fréquentées par les Nkola/Ngyéli pour l'achat des produits alimentaires comme du riz, du poisson, de l'huile raffinée, de l'alcool frelaté et des cigarettes modernes. La médecine moderne est en train de ravir la médaille à l'ethnomédecine Bakola/Bagyéli parce que l'efficacité de cette dernière est remise en jeu suite au manque des essences de leur pharmacopée.Il va sans dire que la pharmacopée Bakola/Bagyéli se trouve dans une situation très délicate face au mode d'exploitation anarchique de l'écosystème forestier à Lolodorf. Il n'y a pas qu'un mode de soins qui soit en péril, c'est aussi un mode de vie et tout ce qui est lié autour.Au niveau de la maladie, sa perception a considérablement changé. De plus en plus les sorts des maladies ne sont plus le seul aspect mystique mais font intervenir l'existence des maladies pathologiques pouvant influencer la santé du corps. Aussi les rapports sexuels entretenus avec les Bantu sont sujet aux transmissions des maladies.

Le système de croyance a fortement changé à cause de la fréquentation des Nkola/Ngyéliauprès des Bantu. Cette fréquentation est due à la recherche de bien-être hors des forêts suite à sa dégradation. Le volet relatif aux rapports avec les autres a grandement changé. Les Nkola/Ngyéli très fréquents aux cotés des Bantu à cause de la recherche du développement, commencent à désocialiser les relations anciennes. Le fait de voir comment la vie se passe dans la société Bantu les pousse à redéfinir ces relations jadis basées sur la domination du grand maître Bantu.

Sur le plan économique, les Nkola/Ngyéli sont pleinement entrés dans l'économie monétarisée. Le besoin d'argent est devenu une préoccupation importante. Tuer du gibier pour vendre, extraire les écorces d'un arbre pour vendre, administrer les soins de santépour se procurer de l'argent, défricher un champ pour avoir de l'argent chez les Nkola/Ngyélisemblent être de nos jours un des moyens efficaces pour se procurer des revenus. Partant dufait qui établit que l'environnement façonne et influence les modes de vie de chaque communauté, il en ressort que l'état actuel de la forêt liée à sa dégradation ne répond plus suffisamment, aux besoins des Nkola/Ngyéli. Par conséquent, les nouveaux modes de vie apparaissent afin de faire face à cenouvel environnement hostile. De nos jours, ces changements progressifs observés à plusieurs niveaux de leur vie, attestent le caractère dynamique de chaque société humaine. Autant d'illustrations qui prouvent combien de fois les modes de vie des Nkola/Ngyéli de Lolodorf sont inhérentes à leur environnement naturel. Cependant,cet environnement devenu dégradé suite la déforestation, subit un changement et par conséquent crée une influence sur la cultureBakola/Bagyéli qui en dépendent. De ce changement sont tributaires, les dynamiques socioculturelles observées de nos jours chez les Nkola/Ngyéli.

XCVI. IV-2-2. Lecture du changement

L'écologie culturelle et le fonctionnalisme sont les deux approches théoriques que nous avons mobilisées pour favoriser la compréhension de la déforestation sur la culture des Nkola/Ngyéli de Lolodorf. Cette grille de lecture nous permet de dévoiler la responsabilité de la déforestation sur les changements socioculturels observés chez sur leurs modes de vie.

En effet, l'anthropologie écologique ou l'écologie culture est une science qui s'attèle à étudier et à comprendre les interrelations entre une communauté donnée, ses mécanismes de production, de reproduction, ses valeurs, ses coutumes, ses rites, sa religion ses modes de vie bref sa culture dans sa globalité et le milieu environnemental dans lequel elle vit et dépend.

Notre recherche établit une corrélation entre la dégradation de l'écosystème forestier, milieu naturel de vie des Nkola/Ngyéli et les dynamiques socioculturelles qui y surgissent. L'écologie culturelle telle qu'énoncée, permet de lire cette réalité à travers le principe d'adaptation et de l'influence réciproque entre un cadre de vie naturel et la culture d'une communauté donnée. En effet, le phénomène de la déforestation n'est pas anodin à Lolodorf. Il se fait dans une volonté de recherche de l'amélioration des conditions de vie des communautés qui y vivent. Mais, comment les Nkola/Ngyéli qui sont les victimes directes de ce phénomène le conçoivent-ils ?

Le terme utilisé par les Nkola/Ngyéli pour désigner la forêt est « Siiguii » ou « Siiguiipùhmu » pour exprimer les profondeurs de la forêt. Pour eux, la forêt est représentée comme un corps humain composé de la tête du tronc et de quatre membres. Pour les Nkola/Ngyéli, ces composants s'assimilent aux esprits, aux arbres, aux eaux, à l'air, aux animaux, aux oiseaux, aux poissons, et enfin à l'Homme comme étant le maître absolu de tous ces éléments. Ce corps a un fonctionnement harmonisé et organisé qui définit la survie des humains et tout ce qui y est. Son dysfonctionnement impacterait sur la vie de ces derniers.

Voici ce que nous a révéléà propos de leur conception de la forêt, MATSIE Apollinaire, un vieillard Nkola de Ngomanguelé : « Siiguii lii nànyôlôngàmôrô lii buériimîhpâhgànàhboù. Miipâhgàtéh mii ndtàhnààhbiibuéri : Mih Nkùgù, biiléh, sùhlù, li mpèhpé, bàtsîrù, biinôhnii,bàsuèh, nàbôhrobàhbàhpàhgôbiisàhbiitéhbiissépèhnà à kigàmbpàh. »La forêt est un comme le corps de l'homme qui a beaucoup de parties. Ces parties-là sont que nous avons : les esprits, les arbres, les fleuves, les rivières, l'air, les animaux, les oiseaux, les poissons et l'Homme qui est le commandeur de toutes ces choses pour qu'il vive bien.

Pour NZIE Simon chef du campement de Mimbiti I, siiguiibuérikigui Bakola bèhzétahrèpilibàmbpàmbànàpànintébiibuàndzàhnàbiikigàmpbàndhideinBilùnàPàhnbàbuàtahrénàbàsilibôlàsiigii. Mbéhbàtéh bi buèrideinnà bi sibénàgulikigàmbpàpèhsiigii. La forêt contrôle toute la vie des Nkola depuis le temps de nos ancêtres jusqu'aujourd'hui nous vivions bien mais de nos jours, les Ngoumba et les Ewondo sont en train de couper tous les arbres de la forêt et depuis cet instant nous commençons à ne plus vivre bien ici en forêt.

Ces points de vue nous permettent de voir comment les Nkola/Ngyéli conçoivent et perçoivent la forêt. Pour eux, la forêt est un corps aux fonctions biologiques et anatomiques bien définies et composé de plusieurs éléments. L'homme est considéré comme le composantsuprême régnant sur les autres de cet ensemble dans le souci de son bien-être, son développement. En plus, elle a longtemps été une mamelle nourricière qui toujours assurer leur bien-être. Mais depuis l'avènement de la déforestation, les difficultés de survie commencent à se faire ressentir.

En se rapprochant de l'hypothèse Gaia développée par James LOVELOCK(1969) dans laquelle il stipule que l'ensemble des êtres vivants sur la terre seraient comme un vaste organisme vivant appelé Gaia, d'après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la terre et réalisant l'auto régularisation de ses composants pour favoriser la vie.Pour lui, la composition de l'atmosphère, aurait été régulée au cours du temps de manière à permettre le développement et le maintien de la vie.

Pour LOVELOCK (2001),Gaïa est le nom de la Terre vue comme une entité vivante, un système physiologique unique qui, à l'instar des autres organismes vivants, autorégule sa chimie et sa température en vue d'un état favorable pour ses habitants. L'une des espèces habitantes, l'homme, par sa démographie galopante et son mode de vie polluant, semble perturber gravement l'état de santé de son hôte.Gaïa est-elle en train de couver des maladies graves dont les premiers symptômes seraient notamment les accidents climatiques dont nous sommes les témoins ?

A partir de ce modèle développé par James LOVELOCK, la forêt apparaît comme l'élément fondamentalqui a longtemps assuré ces mêmes fonctions auprès de la culture Bakola/Bagyéli. De nos jours, la déforestation dans toutes ses formes cause des graves torts à ce vaste organisme et crée par conséquent un effet sur cette culture.

En langue Nkola/Ngyéli, le terme ou l'expression qui puisse définir le mot déforestation nous a paru difficile à trouver. Mais plusieurs explications nous ont été données afin de mieux l'appréhender et aussi dans le but de le contextualiser. Généralement les termes suivant sont utilisés pour désigner la déforestation. « Kwélé biiléhbiisiiguii » « couper les arbres de la forêt » cette conception est synonyme de déboisement. Nous avons encore « Bôhlàhsiiguii » « casser la forêt », « Boul'ssisiigii » « bouleverser la forêt », « semer des troubles dans la forêt » ; «gnàm'siisiiguii » « gâter la forêt » ; « Siilisiiguii » « finir la forêt » ; « Yôhlàsiiguii » « tuer la forêt »

A travers ces explications et les considérations faites de la déforestation par les Nkola/Ngyéli, il apparaît que ce phénomène est une source de bouleversement de fonctionnement du corps humain qu'est la forêt. La déforestation est perçue comme l'abattage des arbres, les casses sur la forêt, une désorganisation de cet ensemble, une fin de la forêt et sa mort.

Les relations et les interactions entre les Nkola/Ngyéli et la forêt sont profondes. Ils ont un attachement ontologique à la forêt comme cadre et moyen de vie. Leur vieéconomique, sociale et culturelle reste dominée et rythmée par les liens existentiels avec la forêt. Elle constitue et représente tout dans leur vie. Cette relation est plus dense, intense et intime. La forêt est leur mamelle nourricière, leur gardienne et leur protectrice, l'école de formation à la vie, la pourvoyeuse de médicaments, le lieu par excellence de recueillement, de recréation, de repos et de réalisation des activités rituelles. Comme l'a relevé le « Pygmée » Mbuti de Colin TURNBULL, « si nous quittons la forêt ou que laforêt meurt, nous mourrons aussi; car nous sommes le peuple de la forêt ». Les traditions sociales construites, entretenues et maintenues autour de la forêt, d'une génération à l'autre, sont valorisées et respectées en tant que symboles et fondements du maintien et de la reproduction de l'ordre social.

Au demeurant, l'écologie culturelle nous permet d'établir un rapport de dépendance entre la culture Nkola/Ngyéli et leur environnement dans la mesure où la culture dépend de cet environnement. En effet, l'environnement offre à la culture Bakola/Bagyéli les ressources globales pour sa survie. Que ce soit au niveau de l'occupation de l'espace avec la construction des sites d'habitat, l'alimentation, l'organisation sociale, les croyances, la médecine, la santé, la maladie, l'économie, l'art, des parures, les relations avec autrui bref dans la globalité culturelle, l'environnement fournit à la culture Bakola/Bagyéli tout ce qu'elle a besoin pour vivre. Cette dépendance s'exprime donc par le fait auquel l'expression de la culture est inhérente à l'environnement. Il revient dont de réaliser que l'écologie culturelle contribue à comprendre comment les Nkola/Ngyéli organise leurs activités de production et leur mode de vie en fonction de leur environnement qui en retour façonne leur identité socioculturelle.

Cependant, le gibier n'étant plus abondant, les produits forestiers de ramassage devenus progressivement rares, les essences utilisées pour la pharmacopée disparaissant à un rythme effroyable, il revient de constater la réaction de la culture face à son environnement devenu pauvre.

Le fonctionnalisme à travers ces trois postulats permet d'interpréter la réaction de la culture Nkola/Ngyéli suite à la modification de son environnement vital.

Le postulat de l'unité fonctionnelle permet donc d'affirmer que les éléments d'une culture et d'une société sont fonctionnels pour le système social entier, ils constituent une totalité indissociable : pour les Nkola/Ngyeli, l'érosion de la biodiversité entrainant irréversiblement un changement des modes de vie a un impact sur leur totalité socioculturelle. Ce qui aboutit inévitablement à une nouvelle culture.

Le postulat de la nécessité fonctionnelle qui explique que tous les éléments d'une culture tels qu'ils coexistent sont indispensables et le caractère obligatoire de leur présence peut être vérifié dans la mesure où tous les fragments de la culture Nkola/Ngyéli coexistent et produisent un mode de vie donné.

Le postulat de l'universalité fonctionnelle ou du fonctionnalisme universel affirmant que tous les éléments d'une société remplissent des fonctions sociales effectives peut nous aider àvoir le rôle joué et la fonction que remplit chaque élément dans le domaine de la déforestation. La déforestation se présente ici comme un corps composé de plusieurs éléments et ou chaque élément a une fonction bien déterminée pour la bonne marche de ce composite. Les fonctions remplies par chaque élément crée une complémentarité et peuvent être adaptés au postulat de l'unité fonctionnelle stipulant que les éléments d'une culture et d'une société sont fonctionnels pour le système social entier ; ils constituent une totalité indissociable.

Somme toute, le fonctionnalisme explique au mieux le rôle et la fonction qu'achaque élément dans le processus de la déforestation. Il suppose donc que tout élément ait pour fonction de répondre aux besoins de la déforestation. Mais en même temps, c'est toujours la totalité deséléments, et non ses éléments séparés, qui répondent aux besoins de la déforestation.

La déforestation dans ce massif forestier a donc insufflé les nouveaux modes de vie chez les Nkola/Ngyéli. Partant de l'organisation sociale aux activités quotidiennes de survie, ils doivent tenir compte de l'état actuel de cette forêt devenue hostile.

Conscient de l'état actuel de la forêt, un Nkola de Yom nommé MBPILE Pierre nous a confié ceci :Muànàwàhnbôrohbànàaniibàbuàhmàsiilibulsiinàbôlàsiiguiinà li ndàndhéwàmàmôhniinàyézéh li kiguiyàmbpà. NtéhpilibàmbpàmbàNkolandzàhkigà vé nàmàmûmâhsiigii. Ndih ndènbilùbàsilmàyôhlàsiigiiéhnà Nkola pfàngkigà ? Pèhvindàwàpèhsiigiipùhmulowébuàtahrégnéh Bakola ntéhwémpàgubugûbàkéyessékigàmpbà.

Mon fils les grandes personnes ont déjà fini de bouleverser et de casser la forêt à cause de la chose qu'on appelle argent et la quête de la bonne vie. Depuis l'époque de nos ancêtres, le Nkola vivait confortement avec les choses issues de la forêt. Mais aujourd'hui les Bantu ont déjà fini de tuer la forêt et comment le Nkola va-t-il vivre ? Afin d'éviter la mort ici en brousse, le Nkola se voit contraint d'aller en route chercher les palliatifs à sa survie chez les Bantu.

Ce propos exprime au mieux comment un environnement en tant que milieu de vie naturel, a longtemps garanti la survie des Nkola/Ngyéli tout en étant déterminant pour leur développement. Cependant les effets responsables de son état actuel ayant entraîné son changement, ont directement entrainé des répercussions sur leur culture. Cette lecture nous permet donc d'affirmer que la culture écologique des Nkola/Ngyéli liée à l'utilisation et à l'exploitation de la forêt était basée sur les méthodes de durabilité. Mais la déforestation est progressivement en train de céder place à une nouvelle culture chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

Le présent travail de rechercheportait sur déforestation et dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf : contribution à une anthropologie du développement.Le problème de fond qu'il tentait de résoudre était celui de la réaction différentielle de deux peuples (Bantu et Nkola/Ngyéli) face à un stimulus identique qui est la déforestation. La déforestation se faisant dans une volonté de développement ou de recherche de bien-être, impacte sur les cultures des communautés qui y vivent tout autour. Cependant, les causes de la déforestation sur le massif forestier de Lolodorf ne produisent pas les mêmes effets sur ces sociocultures.

La problématique qui a meublé ce travail a été soumise à une série d'interrogations qui tentait au mieux d'élucider cette recherche. La question centrale de recherche était formulée comme suit : Pourquoi la déforestation entraine-t-elle la dynamique de la culture chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf ?

Cette question principale était subdivisée en deux questions secondaires suivantes :

Ø Quels sont les modes d'expression de la déforestation dans le massif forestier de Lolodorf ?

Ø Quels sont les éléments de la culture Nkola/Ngyéli qui sont affectés par la déforestation ?

A ces questions de recherche ont été émises des hypothèses.

L'hypothèse principale était formulée comme suit :La déforestation est responsable de la dynamique culturelle chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf parce qu'elle détruit l'environnement physique qui leur sert de cadre de vie naturelle.

Deux hypothèses secondaires complètent laprincipale :

Ø La surexploitation, la réalisation des champs agricoles, les champs industriels, la construction des routes, des infrastructures de recherche au développement sont autant des modes d'expression qui permettent de matérialiser la déforestation à Lolodorf.

Ø Les croyances, les habitudes alimentaires, la médecine, la santé, les relations avec autrui, les parures, bref plusieurs fragments de la culture Bakola/Bagyéli sont affectés par la déforestation.

Pour réaliser nos hypothèses, nous nous sommes fixé des objectifs. L'objectif principal était d'analyser les dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli de Lolodorf face à la réalité du changement de leur milieu environnemental entrainée par le phénomène de la déforestation dans son massif forestier. Cet objectif central était subdivisé en deux objectifs secondaires:

Ø Identifier, présenter et décrire les modes d'expression de la déforestation dans le massif forestier de Lolodorf.

Ø Présenter et décrire les éléments de la culture Nkola/Ngyéli qui sont affectés par la déforestation.

Pour atteindre ces objectifs, nous avons fait recours à la procédure méthodologique recommandée dans les sciences sociales. Il s'agissait pour cela d'organiser cette recherche sur deux aspects : la recherche documentaire et la recherche de terrain.

S'agissant de la recherche documentaire, elle a été faite dans plusieurs bibliothèques en vue de la collecte des données écrites inhérentes aux éléments physiques et humains de la zone dans laquelle notre étude était focalisée. La consultation des travaux réalisés par nos prédécesseurs sur la déforestation et ses risques pour les peuples autochtonesdans le bassin du Congo en général et sur les Nkola/Ngyéli de Lolodorf en particulier, a été faite afin de savoir ce qui a déjà été énoncé d'avance et dans l'optique d'apporter une nouvelle orientation. Au sortir, cet exercice a contribué à la réalisation de notre fiche bibliographique.

Les données collectées sur le terrain ont été analysées et interprétées sous le prisme de l'écologie culturelle et du fonctionnalisme à travers les concepts d'adaptation, d'influence, de changement et de fonction. Nous avons montré avec ces deux approches comment les Nkola/Ngyéli ont développé certains modes de vie depuis les temps anciens jusqu'à l'accentuation du phénomène de la déforestation et ses conséquences sur la culture des Nkola/Ngyéli de Lolodorf.

Cette recherche de terrains'est appuyée sur les techniques usuelles de la recherche qualitative et des outils de collecte: recherche documentaire, observation directe, entretiens approfondis et les focus group discussion, le guide d'entretien, le dictaphone, l'appareil photo numérique et l'ordinateur portable.

La structuration de ce travail s'est matérialisée sur un ensemble de quatre chapitres outre l'introduction et la conclusion.

Le premier chapitre consistait à la présentation des cadres physique et humain de notre site de recherche. Dans son contenu il était question de Lolodorf dans sa globalité physique et humaine. Les aspects développés ici ont eu trait à sa géolocalisation. Le volet humain présentait l'ethnographie de ce site et l'ethnogenèse de ses communautés. Ensuite étaient rappelés, les rapports entre le milieu physique et notre thématique d'une part et entre le cadre humain d'autre part, le sujet, les interactions avec les communautés citées et la forêt.

Le deuxième portait sur l'état de la question. Il faisait intégrer les notions d'écologie, d'environnement, des Pygmées et de développement. Ilétait question de présenter les approches écologiques de l'environnement et ses théories. Les généralités sur les Pygmées étaient aussi évoquées. En outre, ce chapitre s'attelait à présenter le développement comme une notion polysémique et le définissait dans ses multiples facettes. Bref, ce chapitre faisait un rappel sur la revue documentaire mobilisée à ce sujet.

Le troisième chapitre s'articulait autour de l'ethnographie de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli. Il présentaitl'avènement de la reforme forestière au Cameroun, l'histoire de la déforestation à Lolodorf, ses acteurs, les technologies utilisées, les essences exploitées, les usages faits à partir de ces essences, les quantités exploitées et les activités développées autour de la déforestation.

Quant au dernier chapitre intitulé ethno-anthropologie de la déforestation chez les Nkola/Ngyéli, il était question de décriresous le prisme de l'écologie culturelle et du fonctionnalisme, quelques fragments de la culture Nkola/Ngyéli avant la déforestation, après la déforestation et ensuite de montrer à quel niveau le changement est intervenu. Il revenaitd'affirmer et d'attester à travers quelques éléments, l'impact de la déforestation sur les modes de vie des Nkola/Ngyéli. Par conséquent ce chapitre nous livrait l'influence de la forêt comme environnement naturel de vie sur la socioculture des Nkola/Ngyéli de Lolodorf. Cette influence à travers l'érosion de la biodiversité s'extériorise par des changements et des dynamiques socioculturelles chez les Nkola/Ngyéli.

Au moyen de cette démarche scientifique, nous sommes parvenu aux résultats suivants :

La recherche d'amélioration des conditions de vie des communautés s'effectue à travers l'exploitation forestière au Cameroun. Ce processus de développement repose sur la forêt dans la réalisation des infrastructures telles que : les ponts, les routes, les ports en eaux profondes, les centrales hydroélectriques, les aires de jeux, les maisons d'habitation, les champs agricoles, et les plantations industrielles. Elle se fait dans un contexte de grand gaspillage. Les arbres abattus à cette occasion pourrissent dans la forêt. Les routes sont souvent aménagées de manière peu judicieuse. Parfois, des tronçons très long sont réalisés (et de grandes parties de forêt ainsi détruites) pour l'exploitation d'un seul arbre.Une grande partie de l'arbre abattu (houppier, branches latérales, contreforts) reste abandonnée dans la forêt. Les exploitants ne s'intéressent qu'à la meilleure partie du tronc. L'abattage irréfléchi et le débardage des arbres abîment ou détruisent d'autres arbres et arbustes de la forêt. Certains troncs abattus n'arrivent jamais jusqu'à la scierie, notamment quand l'arbre a été abattu par erreur (pas de valeur commerciale). Lors du transport, de nombreux troncs se perdent parce qu'ils ont été chargés trop hâtivement sur les grumiers. Le plus souvent, il n'est pas rentable de récupérer les troncs perdus en cours de route : il suffit d'abattre quelques arbres de plus par la suite.

Pour le cas d'espèce, il en ressort que la couverture physique et humain de Lolodorf fait de ce site une zone de prédilection pour les activités liées à la déforestation qui se pratiquent tant légalement que illégalement. Aussi, dans ce site vivent des communautés Nkola/Ngyéli aux réalités socioculturelles dépendant de ces forêts. La culture des Nkola/Ngyéli demeure très fragile face à la déforestation.

Il en ressort donc de cette analyse que les Nkola/Ngyéli sont un peuple de forêt comme l'avait mentionné plusieurs auteurs. Leur vie est étroitement liée et la dépendance à la forêt marque leur appartenance socioculturelle.

Mais de plus en plus,les activitésde déforestation atteignent la forêt dans ses profondeurs les plus absolues. Ses mécanismes d'exploitation seraient une résultante de la dégradation du tissu socioculturel et économique faisant foi à Lolodorf. Ainsi, incapables de se nourrir convenablement, incapables de se soigner raisonnablement, incapables d'assurer la scolarisation de leurs enfants, inacceptable les conditions de vie, la misère et le sous-développement qui lessivent les populations locales, la forêt apparaît pour elles comme une solution idoine face à leurs multiples problèmes de bien-être.

Cependant, compte tenu de la totale dépendance des Nkola/Ngyéli à cette forêt, sa dégradation impacte directement sur leur mode de vie et les pousse aux changements observables à plusieurs niveaux.Progressivement,ce phénomène les conduit à la recherche du bien-être vers les villages Bantu et par conséquent, entraineune sédentarisation forcée et observée chez plusieurs d'entre eux.

Des aspects culturels liés au mode d'occupation de l'espace, à l'alimentation, à la médecine, à la maladie, au système de croyance, au rapport à l'autre, à l'économie et aux parures ont changé. Face donc à ce constat, il apparait clairement que la culture Nkola/Ngyéli repose depuis des siècles sur la forêt et ce peuple a été façonné en fonction de cet environnement naturel longtemps resté leur mamelle nourricière. Mais de nos jours où la forêt ne remplit plus leurs besoins vitaux suite à l'érosion de la biodiversité, plusieurs de fragments socioculturels se voient affectés et par conséquent donnent place à des nouveaux modesde vie dans une forêt devenue de moins en moins productrice.

Il en ressort donc de cette analyse que leur vie est étroitement liée à la forêt et sa modification entraine irréversiblement des transformations sur ces modes de vie. Ces dynamiques s'extériorisent sur plusieurs aspects notamment :

Ø Au niveau de l'occupation des espaces avec l'apparition des nouvelles résidences dans les villages Bantu d'appartenance ;

Ø Une sédentarisation forcée et l'intensification des conflits avec les Bantu ;

Ø Une alimentation basée de plus en plus sur la pratique de l'agriculture d'autoconsommation et l'approvisionnement des produits de consommation dans les échoppes;

Ø Une transformation progressive de la conception et de la représentation de la maladie et la médecine avec de plus en plus recours à la médecine dite moderne vue la récurrence des maladies auxquelles l'ethnomédecine Pygmée a du mal à trouver des solutions;

Ø La transformation progressive du système de croyance avec l'adhésion de quelques Nkola/Ngyéli dans les églises dites classiques;

Ø Une mutation au niveau des rapports avec autrui symbolisée par une intensification des mariages entre les Nkola/Ngyéli et les Bantu d'une part et entre les Bantu et les Nkola/Ngyéli d'autre part ;

Ø Une monétarisation économique qui a pris la place du troc longtemps pratiqué;

Ø Une adoption des habitudes vestimentaires et des parures à l'occidental;

Ø Une alphabétisation en légère augmentation.

L'esprit des déforestations normative et légale que nous avons évoqué était d'arrimer l'objectif du bien-être des populations, les Nkola/Ngyéli en l'occurrence (construction des routes, des écoles, des centres de santé, des aires de jeux, les forages, l'installation du réseau électrique et téléphonique, etc.) à celui de la protection de l'environnement (création des forêts communautaires, des unités d'aménagements forestières, des forêts protégées, sélection des espèces à exploiter, et surtout intensification des contrôles rigoureux dans le domaine de la foresterie) Il rejoignait de ce point de vue l'une des préoccupations majeures de l'écologie environnementaliste qui consiste à réconcilier les exigences du développement à celle de la préservation de la nature.

En conséquence de ce qui précède, il en ressort que la culture qui est l'objet d'étude de l'anthropologie est redevable à l'environnement physique. C'est cet environnement qui offre l'infrastructure nécessaire à l'édification de sa base matérielle. Ainsi, lorsque l'environnement physique change, la culture change elle aussi. Les modes de vie des Nkola/Ngyéli étant essentiellement assujettis au matériau sylvestre se trouvent substantiellement modifié lorsque ce dernier s'altère ou s'érode sous la bannière de la déforestation.

Au regard des objectifs fixés par cette recherche, le diagnostic réalisé, reste loin d'être bouclé. Autant la préoccupation d'aller au-delà de ce que nous venions d'élaborer comme investigation est forte, autant la nécessité de promouvoir et de financer des recherches multidisciplinaires ultérieures basées sur cette question se fait de plus en plus pressante.

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Noms et Prénoms

Fonctions

Lieux

Ages

Dates

ADA Joseph

Grand chasseur Nkola

Mimbiti

42

07/11/2013

08/11/2013

09/11/2013

ANGOUAH Marie

Artisane

Mimbiti

50

09/11/2013

13/11/2013

AWUM Lucas

Exploitant forestier

Oding Otoh

42

09/11/2013

14/11.2013

BEH Samuel

Chef du campement

Yom

45

10/11/2013

BIDZANG Paul

Chef de campement

Ngomanguelé

40

10/11/2013

15/11/2013

16/11/2013

BINZOULIJean.J

Médecin

Hôpital de Ngovayang

45

06/01/2014

BISSEH Auguste

Notable

Nséyéle

55

10 /11/2013

BOULBE Mathurin

Trafiquant forestier

Nkouambpoer I

50

11/11/2013

BOTSIMBO Jacques

Abatteur forestier

Samal

32

17/11/2013

DOUDAM José

Guérisseur

Yom

60

10/11/2013

KOH Ernest

Ancien Chauffeur de la SFOC

Lolodorf

50

20/11/2013

LAMBO Justin

Technicien eaux et forêts

Lolodorf

35

06/01/2014

MABANG Rufine

Sous-traitant forestier

Ngoyang

33

21/11/2013

MABALLI Louis

Assistant d'affaires sociales

Lolodorf

50

24/01/2014

MABARI Calvin

Chasseur

Nkuonguio

45

02/12/2013

MAPFOUNDOUR

Chasseur

Nkuonguio

30

02/12/2013

MASSABA

Guérisseur

Nabozouendi

41

04/12/2013

MASHUER Pierre

Notable Ngyéli

Mbango Pinda

42

06/12/2013

MATSIE MATSIE

Notable Nkola

Ngomanguelé

80

16/11/2013

MAYO Elie

Notable Bantu

Ngoyang

70

14/01/2014

MBEZELE Marie

Sage-femme

Mbango Pinda

35

06/12/2013

MBPILE Moise

Notable Bantu

Samal

45

13/01/2014

MBPILE Christelle

Gérant d'une boutique

Samal

31

1 3/01/2014

MBPILE Pierre

Menuisier Nkola

Nséyéle

50

10/11/2013

MIMBOH

Chercheur GEIFFEC

Mbango

50

15/01/2014

NDIG Robert

Guérisseur

Nabozouendi

60

04/12/2013

NGOUN Mesmin

Technicien d'agriculture

Mill

50

15/01/2014

NGOUE Jeanne

Tradipraticienne

Oding Otoh

60

09/11/2013

NKOUELI SONG

Chasseur

Ngomanguelé

45

16/11/2013

NTOCKE René

Adjoint d'Arrondissement

Lolodorf

60

05/01/2014

NZANG Jeanne

Chasseuse-collectrice

Nkuonguio

45

02/12/2013

VAL Olivier

Chef agence de voyage

Lolodorf

35

24/01/2014

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