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Presse congolaise et son financement

( Télécharger le fichier original )
par PASSI BIBENE
Senghor dà¢â‚¬â„¢Alexandrie - Master 2013
  

Disponible en mode multipage

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Presse congolaise et son financement

présenté par

PASSI BIBENE

pour l'obtention du Master en Développement de l'Université Senghor

Département Culture

Spécialité Communication & Médias

Le 18 avril 2013

Devant le jury composé de :

Sous la direction de

M. Jean Félix MAKOSSO, Maitre-assistant - Cames Université Marien Ngouabi (Brazzaville-Congo)

M. Jean-François FAU

Président

Directeur du Département Culture Université Senghor d'Alexandrie

Mme Gihane ZAKI

Examinateur

Professeur d'Egyptologie à l'Université d'Hélwan,

Directeur de l'Académie d'Egypte à Rome

M. Bernard SCHOEFFERT

Examinateur

Chef de service de Coopération à

Radio France International

Epigraphe

«Créer et animer une publication n'est pas un jeu de société ni une occupation de préretraité, mais un véritable travail qui exige la maîtrise de certaines techniques, de la rigueur, des compétences et des moyens»1(*)

«

I

Ne soyez ni griots serviles, ni détracteurs stériles»2(*)

Remerciements

À tous ceux qui, de loin ou de près, m'ont soutenu, directement ou indirectement, dans le cadre de cette formation et la réalisation du présent mémoire, que chacun d'entre vous trouve ici l'expression de ma profonde gratitude. Ne pouvant tous vous citer nommément, tellement vous êtes nombreux, je me limiterai à citer quelques noms, non sans vous dire qu'il y a plus de place pour vous tous dans mon coeur qu'à travers les quelques lignes de cette monographie.

Mes remerciements tout d'abord au Dr Jean Félix MAKOSSO, Maître - assistant à l'Université Marien Ngouabi, qui a bien voulu superviser ce travail.

Je pense à mes frères Idibouhou Mercia, Makita et Moukimou BIBENE ; à mes soeurs Moupégnou, Niongo et Limatsa BIBENE ; à mes oncles et tantes paternels et/ou maternels ;

- À tous nos condisciples de la XIIIe promotion pour une élévation spirituelle dans le sens des débats, de la solidarité et la discipline observées pendant ce parcours ;

- Je ne saurais oublier mes collègues du "Groupe Talassa" et particulièrement M. Ghys Fortune DOMBE BEMBA à qui je reste redevable pour des incessants encouragements ;

- Une pensée particulièrement affectueuse à Badia Malonda Dolores Princia ; à Arthur BAMASSOUMA, Mampassi Chabrol, Berthil Nzomambou, Diakoundila Ede Chevry, Guichard Boungou, Bakoutana Davy, Stany Okounza, Biankola-Biankola Marceleau, Massaro...

- Nous manquerons à notre devoir si nous n'adressons pas un vibrant hommage au Pr Ludovic Miyouna et surtout à Monsieur Jean François Fau, directeur du département Culture, aux membres du jury pour le temps consacré à l'examen du présent travail.

Dédicaces

A mon père, M. BIBENE MAKITA Jacques et

ma mère Mme BIBENE née MASSALA Simone

Résumé

Les médias congolais dont l'histoire remonte aux années 1950 sont des médias singuliers parce que depuis leurs origines, ils ont été et, sans doute restent un instrument de propagande politique et religieuse ou simplement des supports de relations publiques. Rattachés directement aux partis politiques avant l'indépendance, les organes de presse, créés et placés sous le contrôle des différents régimes de l'époque, ont bénéficié des financements publics (ou du parti-Etat) pour réaliser des tirages dépassant 10 000 exemplaires pour un quotidien. Une aventure dont l'unique exemple de succès est aujourd'hui le quotidien les Dépêches de Brazzaville, fortement financé par le régime en place. Ainsi peut-on dire, à cause de la nationalisation des entreprises et d'une administration directe traduite par le monopole de l'information exercé par l'État, l'initiative privée, dans le secteur de la presse particulièrement, va être longtemps étouffée. Seul le bihebdomadaire catholique du père De Gall (la Semaine africaine), bénéficiant d'une sorte d'immunité religieuse, sera épargné. Pour les médias congolais des années 1960 à 1990, tout dépendait de l'État : les rédactions, la ligne éditoriale (marxiste ou révolutionnaire généralement) ou les charges qui étaient entièrement supportées par le trésor public. Les organes d'information pouvaient ainsi se contenter de produire des idées et des comptes rendus aux goûts des dirigeants, sans jamais se soucier des bénéfices ou des pertes. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Suite à la dévaluation du franc CFA survenue en 1994, à la libre entreprise, mais aussi à l'ouverture politique, le désengagement de l'État oblige les médias congolais à concilier dépenses et bénéfices pour produire l'information, parce que la presse doit cesser d'être un instrument au service d'un pouvoir pour elle-même s'ériger en « garant (grâce au pluralisme de l'information) et régulateur (comme manifestation de la liberté d'information et comme lieux de débats) de la démocratie », pour ne pas dire en groupe de pression, mais également en entreprise capable de faire du profit. Mais comment alors y parvenir si la question du financement des médias n'est pas résolue ? Ainsi, la pléthorique presse congolaise libéralisée depuis 1991 vivote. On constate par exemple que le tirage des médias écrits, de façon générale, a baissé tandis que le nombre de titres ne fait qu'augmenter. Bien que dynamique, cette presse se cantonne dans les grandes villes où elle trouve facilement à public à qui l'information politique déclinée aujourd'hui sur un registre spectaculaire est proposée pour capter son attention (c'est la logique de l'économie de l'attention). Cependant, malgré la consécration de la liberté d'information, cette presse reste assujettie aux pouvoirs économiques. C'est donc à une presse domestiquée qu'on a affaire en République du Congo ; une presse dépendant fortement des pouvoirs économiques. D'où l'importance pour les promoteurs des médias de trouver des modèles économiques viables à leurs entreprises et, la nécessité pour l'État de financer la presse afin de protéger le pluralisme de l'information et promouvoir les valeurs démocratiques.

Mot-clefs Presse congolaise, financement, indépendance, modèle économique, pluralisme de l'information

Abstract

The Congolese media whose history lays back to the fifties is a special press because since it was born, it has been, and with no doubt, remains an instrument of political and religious propaganda or simply public relations bulletins. Directly linked to political parties before independence, the press media, created and placed under the control of different political systems of that time, benefited from public funding (or from the state party) to print more than 10,000 copies for a daily. In this experience, « Les Dépêches de Brazzaville » newspaper is the only successful case, highly and successfully funded by the current political system. Thus we can say, because of companies'nationalization and direct administration that results from the information monopoly held by the State, private initiative, in the press in particular, will be hindered for a long time. Only the Catholic two-weekly newspaper of the Father De Gall (La Semaine Africaine), enjoying a sort of religious immunity, will be spared from the gagging of the press. For the Congolese media from 1960 to 1990, everything depended on the State : Editorials where censorship commission could be found, editorial line (usually Marxist or revolutionary) where all charges were fully supported by the public treasury. The mass media could thus simply generate ideas and write reports that would please political leaders, without ever worrying about profits or losses. Today, it is quite the opposite. Following the devaluation of the CFA franc currency in 1994, the rising of free enterprise, but also the progressive political maturity, the disengagement of the State requires the Congolese media to reconcile expenses and profits to produce the information, because the press has to stop being an instrument to the service of Government so as to set itself up as « guarantors (by means of media pluralism) and regulators (as a consequence the freedom of information and as a place of debate) of democracy » in other words, to rise to become a lobby, but also an enterprise that can make a profit. But how can we then achieve this if the issue of media funding for most of our newspapers, or our media, is not resolved ? Thus, the Congolese press bloated scrapes liberalized since 1991. There is a circulation that curiously generally decreased while the number of titles is growing. Although dynamic, the press is confined in large cities where it is easily to public information policy that declined today on a spectacular registry is proposed to capture their attention (this is the logic of the economy attention). However, the predominance of political issues of the Congolese press is mainly due to the fact that despite the dedication of the freedom of information, this press is subject to economic powers (public institutions, private companies, non-governmental organizations) its main providers of advertisements and commercials. This is a press that we are dealing domesticated in the Republic of Congo ; press enjoying independence in multi dependence (dependence of economic powers, paper industries, printing). Hence the importance of the media for editors to find viable business models for their companies and the necessity for the state to finance the press in order to protect news diversity or pluralism and promote democratic values.

Key-words Congolese newspaper, media funding, business models, news diversity or pluralism

Liste des acronymes et abréviations utilisés

La liste suivante est illustrative et ne correspond pas aux acronymes ou abréviations utilisés dans ce document.

AEF : Afrique équatoriale française

ARPCE : Agence de régulation des postes et communications électroniques

CFDS : Centre de formation et de documentation sur le Vhi/sida

CNLS : Conseil national de lutte contre le sida

CO.GE.LO : Congolaise de gestion des loteries

CSLC : Conseil supérieur de la liberté de communication

DGGT : Délégation générale aux grands travaux

DRTV : Digital radio télévision

ENAM : Ecole nationale d'administration et de magistrature

ENMA : Ecole nationale moyenne d'administration

FFL : Forces françaises de libération

FLSH : Faculté des lettres et des sciences humaines

FRTDH : Forum radio/ télévision des droits de l'homme

IFI : Institutions financières internationales

MNR : Mouvement national de la révolution

MN-TV : Maurice Nguesso télévision

OCM : Observatoire congolais des médias

OCORA : Office de coopération et de radiodiffusion

OIF : Organisation internationale de la francophonie

ONG : Organisation non gouvernementale

PAO : Publication assistée par ordinateur

PNUD : Programme des Nations unies pour le développement

RFS : Reporter sans frontière

SMIG : Salaire minimum garanti

TPT : télévision pour tous

TV : Télévision

Table des matières

Table des matières VII

Introduction - 1 -

1 Jalons pour comprendre l'environnement d'une industrie médiatique - 7 -

1.1 Les spécificités économiques des biens informationnels - 7 -

1.2 Les sources de financement des médias et leurs répercutions - 10 -

1.3 Environnement de la presse congolaise - 12 -

2 Paysage médiatique congolais - 23 -

2.1 L'émergence de la presse écrite - 23 -

Quelques titres de la presse écrite congolaise avant l'indépendance - 25 -

2.2 La radiodiffusion 39

2.3 Télédiffusion au Congo-Brazzaville 47

3 Les raisons des difficultés des médias congolais 54

3.1 Les acteurs de la presse 54

3.2 Organisation des entreprises médiatiques 59

3.3 Les facteurs de péripéties des médias congolais 61

Charge financière dans la fabrication d'un journal: cas de Talassa 61

4 Quelques pistes pour renforcer la qualité et indépendance des média 67

4.1 Théorisation 67

4.2 Eléments de référence concrets 70

Conclusion 77

Introduction

L'avènement de la démocratie a favorisé l'émergence de la presse longtemps caporalisée au Congo par les différents régimes de parti unique qui se sont succédé à la tête de l'État. Depuis la fin du monopartisme au Congo, les médias sont mis à contribution dans diverses activités publiques comme d'ailleurs ils l'ont été lors de la conférence nationale souveraine de 1991. Chaque jour et/ou chaque semaine, en plus de la télévision, la radio, l'internet aujourd'hui, la presse congolaise, du jour au lendemain, s'enrichit progressivement de nouveaux titres. Elle s'emploie à « informer » le public sur l'actualité nationale et internationale, dans une moindre mesure. Commentaires, analyses, critiques, comptes rendus et bien d'autres genres journalistiques couvrent ainsi les colonnes des journaux, de la presse nationale congolaise en général et particulièrement la presse privée d'opposition l'on étale à même le sol à un point de vente ou dans quelques kiosques à journaux. Dans cette sorte de printemps de la presse congolaise, au rythme de leur périodicité et selon la taille et les moyens (financiers et logistiques) dont ils peuvent disposer ou disposent, ces organes de presse participent (en tant que quatrième pouvoir ?) à l'édification d'un état démocratique, d'un état de droit et à la fabrication d'un bien culturel, d'un produit marchand. Profitant de la libéralisation de l'information, beaucoup d'entreprises de presse privées nées de l'ambition d'« informer » doivent produire l'information et répondre aux exigences d'équilibre financier sans compter, comme les médias d'État, sur les subventions publiques pour leur fonctionnement.

Si l'on s'interroge sur la durée de vie, le rythme ou la fréquence de parution, la viabilité et la disparition de certains journaux qui constituent le paysage médiatique au Congo, il serait évident que des caractéristiques générales et spécifiques à chaque organe de presse se dégageraient. Ce qui est valable, non seulement lorsqu'il est question de faire une lecture du discours médiatique dans différents journaux qui composent la presse écrite congolaise dont les titres ne cessent de se multiplier, mais aussi quand il s'agit des moyens financiers des organes de presse écrite congolaise.

Face à cette ambivalence des entreprises de presse, on se trouve entre la recherche du profit et la mission d'informer. Les deux visées (éditoriale et économique) sont-elles opposées ? Il appartient alors à chaque organe de presse de proposer au public un contenu informationnel tout en s'assurant une viabilité économique. En tant qu'indicateur de démocratie jouant en même temps le rôle de contre-pouvoir qui lui est aujourd'hui reconnu, en théorie mais pas dans les faits, la presse dans sa double dimension amène à s'interroger sur son financement qui est le sésame d'une presse véritablement libre et indépendante. Ainsi, avant de parler de la liberté de la presse devait-on commencer par traiter de l'autonomie financière de la presse congolaise.

Le présent mémoire se divise en quatre grandes parties comprenant trois chapitres pour les trois premières parties et deux en ce qui concerne la quatrième partie. La première partie pose les jalons pour comprendre l'industrie médiatique tandis que la deuxième passe en revue le paysage médiatique congolais et les modes/sources de financement qui leur sont appliqués. La troisième partie se consacre à l'analyse des raisons expliquant les difficultés auxquels sont confrontés les médias congolais alors que la dernière partie propose quelques pistes de solution.

Intérêt et justification du choix du sujet

Le changement de paradigme appelle aujourd'hui à ne pas laisser de côté les études sur les médias tant sous un angle économique et financier que sous des aspects traditionnels : sociologique, sémiologique ou du structuralisme. Ce qui semble normal puisque le bouleversement introduit par Girardin a fait du marché de la presse un « double marché : le marché des médias et le marché de la publicité3(*)», c'est-à-dire un marché sur lequel le produit vendu (information) est proposé à deux clients différents : l'annonceur et le lecteur. Cependant, la « fragilité financière4(*) » des entreprises de presse en raison du coût élevé de l'impression et de la distribution dans la chaine économique est telle que le financement de la presse au Congo devait d'ores et déjà faire l'objet de recherches visant à aider la presse à prendre son autonomie et à trouver un modèle économique fiable et adapté à l'environnement socioéconomique congolais. Cela est un impératif comme le souligne Nathalie Sonnac : « l'organisation économique et sociale des industries de la culture et des médias est en pleine mutation. Des bouleversements d'ordre technologique, économique et social mettent en évidence la transformation de ces structures et nous amènent à nous interroger à la fois sur la nouvelle organisation qui se dessine, mais aussi sur les nouveaux défis qui l'accompagnent et auxquels les industries médiatiques dans l'ensemble, doivent faire face5(*) ».

Bien entendu, il est aussi question des Technologies de l'information et de la communication ! En effet, progressivement, la presse congolaise veut marquer sa présence sur le Web en dépit de la fracture numérique. Cette volonté à s'arrimer à la modernité n'est pas sans conséquences... Par rapport à cela, on est en droit de se demander comment les entreprises médiatiques africaines pourraient réussir cette transition dans un environnement économique où les rapports des médias avec la publicité restent timides dans la plupart du temps. La question du financement ainsi posée vient à point nommé pour le cas du Congo, compte tenu de l'importance d'une presse « indépendante » dans un pays qui aspire à la démocratie. Il y a donc tout intérêt à vouloir savoir qui finance les entreprises de presse ou comment elles se financent afin de savoir qui contrôle l'information. Ne dit-on pas : « information is power » ? C'est certainement ce que voulait dire Fanelly Nguyen-Thanh lorsqu'il écrivait : « si la société du XIXe siècle comme celle du XXe sont fondées sur l'énergie et la maîtrise de l'énergie, la société du XXIe siècle sera la maîtrise de la communication6(*) ».

La maîtrise de l'information implique donc que la cherche en communication ne se limite plus à étudier l'émetteur, le message et le récepteur. Qu'il s'agisse de communication politique, sociale, journalistique, une approche économique sur l'étude des médias ou de la communication sert aussi bien le sociologue que le politologue qui s'intéresse à la presse. Il va de soi que l'appréhension du degré de la liberté de presse, d'expression et de communication passe par le niveau d'indépendance (financière) de la presse. Tout compte fait, et si l'on considère la théorie de la mise en agenda - « les médias ne nous disent pas ce qu'il faut penser, mais nous disent à quoi il faut penser7(*)», on s'aperçoit que l'idéal de privilégier l'axe d'analyse socio-économique de la production de l'information ne vise autre chose que d'aider à comprendre le fonctionnement des médias sinon des messages médiatiques. Autrement, même sous l'angle économique, cette étude qui sort du cadre linguistique, sociologique, sémiologique ou sémiotique de l'information et de la communication reste complémentaire au fonctionnalisme, à la sociologie et la recherche en communication.

L'intérêt de cette recherche réside en ce qu'au Congo, à notre connaissance, le financement de la presse demeure un champ d'investigation non exploré. En raison du rôle des médias dans une démocratie, du pluralisme médiatique et de la diversité des titres qui permettent d'affirmer que la liberté de la presse est effective en république du Congo, il paraît intéressant de s'arrêter un instant sur le financement des médias.

Ainsi, notre étude à un double objectif : de manière générale, ce mémoire a pour ambition de dégager les principaux modes et sources de financement et d'appréhender les mécanismes de financement des médias congolais en même temps que de contribuer à la mise en place d'une presse qui peut prendre « aussi une part croissante comme garants (grâce au pluralisme de l'information) et régulateurs (comme manifestation de la liberté d'information et comme lieux de débats) de la démocratie8(*)» un "quatrième pouvoir", mieux un "groupe de pression", capable d'oeuvrer pour enraciner et veiller sur fonctionnement de la démocratie ;

Spécifiquement, l'objectif visé dans le cadre de cette étude est de proposer des pistes de solution pour une autonomie (financière) des entreprises médiatiques.

D'un point de vue scientifique, ce travail élargit le champ de connaissances sur les entreprises de presse congolaise dont on dispose, à ma connaissance, de peu de données. Ce qui confère, en matière économique, à cette étude l'ambition d'aider tout éventuel promoteur des médias à, non seulement rechercher le profit, mais également à défendre et assurer la liberté et le pluralisme de l'information tout en ayant une assez bonne connaissance des difficultés auxquelles sont confrontés les médias congolais.

Problématique

Suite à l'invention de l'imprimerie vers 1450 par Gutenberg9(*), la presse imprimée a cessé d'être artisanale, les copistes ayant cédé la place à la machine. Progressivement, la presse va "s'industrialiser" grâce à une meilleure reproductibilité offerte par l'électricité et les rotatives. Mais très vite aussi, la presse va se heurter aux coûts élevés de l'impression d'un journal, du papier et aux recettes limitées de la vente au numéro qui ne permettaient pas de réaliser des bénéfices. En 1836, c'est Emile de Girardin qui le premier va trouver la parade pour financer son journal La Gazette : la publicité qui aura l'avantage de rendre le journal accessible au plus grand nombre à un prix abordable pour tous. « Tandis que l'abonnement doit payer le papier, l'impression et la distribution, la publicité payera la rédaction et l'administration et fournira le bénéfice du journal10(*) », a écrit Emile de Girardin. « Depuis lors, le modèle économique de la presse se base sur la relation trilatérale lecteurs-éditeurs-annonceurs, où l'éditeur intervient sur un double marché des médias et de la publicité11(*) ». Cette innovation de Girardin marque les débuts de l'économie de la presse telle qu'on en parle de nos jours.

Ce changement a ouvert, non seulement des possibilités de réflexion et d'élaboration de théorie sur l'offre et la demande proposées par les médias, mais aussi il a sans doute permis d'orienter la réflexion sur les médias à la recherche de qui finance au lieu de qui fait quoi. Ainsi que l'écrit le professeur André Vitalis en préface de l'ouvrage Les médias et l'État sénégalais : l'impossible autonomie de Ndiaga Loum (2003)12(*), « les questions essentielles ne sont pas les questions du fonctionnalisme sur l'émetteur, le récepteur ou les contenus mais les questions suivantes : qui contrôle la communication ? Pourquoi ? Au bénéfice de qui ? »

D'où il est intéressant de transposer ce nouveau paradigme à la réalité des médias en République du Congo engagée sur la voie de la liberté d'opinion et d'expression depuis 1991. Au fil de temps, cet élan, cette envie d'informer", quelquefois occultée par certaines difficultés, demeure perceptible. La preuve c'est que la présence des nouveaux titres dans les kiosques dénote sans doute d'une jeune presse dynamique qui donne à penser à un État de droit et démocratique. Ce foisonnement de périodiques dans la sphère médiatique congolaise suscite tout de même des interrogations : comment sont financés les médias congolais ? Par qui ? Quels sont leurs mécanismes de financement ? La presse peut-elle demeurer libre et indépendante si elle ne dispose pas de véritables sources de financement ?

Hypothèses

Afin de résoudre la problématique telle que présentée, deux hypothèses sont considérées en vue de faire le pont entre l'autonomie financière d'un organe de presse et la liberté puis le pluralisme de l'information.

Dans nos lectures, il n'a pas été rare d'apprendre que le marché de la publicité est réduit ou encore qu'il existait un "manque de transparence du financement" de la presse en Afrique. Renaud de la Brosse signale un recours des médias africains à des sources parallèles de financement et indique qu'« en Afrique, la publicité ne représente que rarement plus de 20 % des ressources13(*)» de la presse. Ce qui autorise à penser : compte tenu des coûts de production intellectuelle et matérielle des périodiques que les médias congolais ont recours aux financements occultes au point où son indépendance vis-à-vis des groupes d'influence serait difficile à garantir ;

Sans doute pour cette raison, quand les modes et sources de financement sont peu transparents, la liberté de presse, d'information et le pluralisme de l'information peuvent être menacées. La mauvaise qualité des publications et l'irrégularité de parution de certains titres seraient-elles imputables au manque de financement ?

Méthodologie

Le présent mémoire se veut une base documentaire sur la situation financière et économique des médias au Congo-Brazzaville. Il a donc pour ambition de donner un éclairage factuel et analytique sur le sujet. Il est clair que ce travail ne saurait être exhaustif, compte tenu qu'il comporte des limites liées à la réticence des éditeurs à communiquer, à l'absence des données en rapport avec le sujet, à l'originalité du sujet, au temps très limité (notre enquête a été réalisée en trois mois, soit le temps du stage). Eu égard, le mémoire ne peut répondre à tous les critères que l'on peut attendre d'une recherche scientifique menée dans un laps de temps, non seulement pour collecter des données, mais aussi pour les traiter de manière pertinente. Cela dit, les résultats auxquels a abouti cette étude reflètent, au moins en partie, les degrés de précarité, de transparence et/ou d'opacité dans lequel évoluent les médias congolais.

Sans attestation de recherche, il a donc fallu se fier, dans certains cas, à des relations personnelles pour glaner des informations et tenter de briser le secret commercial, l'attestation d'inscription étant jugée insuffisante. Qu'à cela ne tienne, la recherche de l'objectivité reste pour nous une priorité dans le cadre de cette étude. Mais dans la mesure du possible, la démarche suivie dans la collecte des données a permis sans doute de dépasser le simple effet miroir que les éditeurs donnent de leurs entreprises, même si des questions scientifiquement légitimes à propos de l'objet étudié demeurent en suspens. En effet, pour mener cette étude, les outils de recherche retenus sont les suivants : l'observation empirique s'est avérée nécessaire en raison d'une foule d'informations qu'un dépouillement documentaire est susceptible de nous apporter. La bibliographie présentée par la suite indique un certain nombre d'ouvrages auxquels nous avons eu recours.

Aussi, avons-nous distribué un questionnaire dans plusieurs organes de presse en vue de nous faire une idée des moyens dont disposent ces organes et saisir, du même coup, des données sur les recettes et les mécanismes de financement de chacun de ces organes. Il s'agit de : L'Observateur, Le Patriote, Les dépêches de Brazzaville, Boponami, Nouvelle Vision, pour la presse écrite, et, à l'audiovisuel ; Radio Télé Nkayi, Radio Divouba, Radio Mossendjo, Radio Maria (Pointe-Noire), DVS +, Radio Solidarité, Radio Mayombe, Canal Océan, pour ne citer que les médias qui ont accepté répondre à notre sollicitation. Pour recouper les sources d'information, nous avons entrepris une série d'entretiens avec certains acteurs de presse congolaise dans l'espoir de nous rapprocher encore plus de la réalité congolaise que toutes les références bibliographiques auxquelles on a pu recourir. Ainsi, nous avons pu rencontrer à la fois des acteurs de la société civile, des structures privées et de l'État :

Le Président de l'Observatoire Congolais des Médias (OCM) et ancien directeur de publication de La semaine africaine, Bernard Makiza, avec qui les entretiens ont porté sur l'histoire de la presse congolaise et celle de l'organisation qu'il préside ;

Nous nous sommes entretenus au ministère de la communication avec Auguste Louviboudoulou, directeur de la presse et de l'édition depuis 2002 sur l'environnement de la presse écrite congolaise et le directeur départemental de la télévision nationale à Pointe-Noire, Charles Obassa, nous a fait un briefing sur le financement de l'audiovisuel public. Avec le journaliste du mensuel Maintenant, Marien Nzikou Massala, il a été question de la gestion dudit journal ; tandis que le directeur général et de publication du « quinzomadaire » Nouvelle vision, Pierre Nzissi-Bambi, nous a révélé les secrets financiers des journaux dont il a eu la responsabilité.

Enfin, un des moyens non négligeables dans notre collecte de données pour la réalisation de cette étude aura aussi été le stage conventionné de 10 semaines effectué au journal Talassa allant du 02 mai au 22 juillet 2012. Cette mise en situation professionnelle a été avantageuse en ce qu'elle nous a confrontées, au-delà de la rédaction dans un journal, au processus de fabrication et à la commercialisation d'un journal. En effet, pour avoir déjà servi à la rédaction du journal Talassa, il nous a semblé judicieux dans le cadre de ce stage d'explorer d'autres domaines d'activité qui participent à la fabrication du journal sans pour autant abandonner la rédaction. À cet effet, en accord avec la direction du bihebdomadaire Talassa, notre stage s'est pour l'essentiel déroulé dans ce qu'on a convenu d'appeler "service de la production et de vente". Ici, le travail a consisté à :

- acheter, réunir et transporter tous les intrants ou consommables (calques, rames de papier journal, plaques...) nécessaire à l'impression du journal ;

- Veiller au tirage du journal ;

- Coordonner le pliage (manuel) du journal ;

- Distribuer le journal à chaque nouvelle parution chez les abonnés et dans différents kiosques à journaux ;

- Assurer le dépôt légal et le recouvrement des créances ;

- Vendre les imprimés aux commerçants ou vendeurs à la criée ;

- Verser les frais d'impression ou de réimpression à l'imprimerie ;

- Faire des versements en banque.

À côté de ces tâches quasi quotidiennes, quelques fois, le paiement des primes de bouclage et de montage s'ajoutait à la liste des tâches à remplir. L'immensité de ces tâches était telle qu'il devenait parfois difficile de concilier la rédaction des articles journalistiques à celle des différents rapports de vente. C'est donc une observation qui a permis de tâter les recettes de vente et les dessous-de-table de Talassa (qui sera un de nos principaux exemples).

1 Jalons pour comprendre l'environnement d'une industrie médiatique

Consacrée à l'observation de la production, la distribution et la consommation de produits et services d'information, l'économie des médias vise à mettre en lumière et à expliciter les conditions de conception, de production et de diffusion des médias. Autrement dit, elle aide à dégager les spécificités économiques qui fondent l'activité des entreprises médiatiques en décrivant leurs modes de financement (ventes, publicité, produits dérivés, aides diverses) et les répercussions de ces différents modèles d'affaires sur les contenus médiatiques. Dans cette perspective, nous allons saisir certains contours définitionnels se rapportant à l'information et l'environnement des médias au Congo comme balises, avant de tabler sur les réalités de la presse congolaise.

1.1 Les spécificités économiques des biens informationnels

Appréhender le fait médiatique suppose au préalable de définir les contours d'un objet quelque peu simple mais tout de même complexe. L'information est en effet souvent envisagée comme un compte rendu honnête, impartial et complet d'événements qui intéressent et préoccupent le public (Duane Bradley, 1966). Cette conception tient à une insuffisante clarification du terme, notamment parce qu'elle se limite à la définition journalistique de l'information perçue comme un renseignement ou en tant que contenu convoyé par les médias, selon les critères géographiques et psychologiques construits sur l'actualité, la nouveauté ou l'extraordinaire. Sans vouloir ignorer ni évoquer les théories de l'information, nous nous limiterons à relever une possible confusion entre cette acception de l'information en tant que support du lien social et une conception économiste désignant l'information comme produit marchand ayant des caractéristiques spécifiques.

Le caractère périssable de l'information

L'information, prise au sens journalistique, est par essence éphémère. Ce caractère périssable oblige l'éditeur de la chaîne de valeur à mettre en place une infrastructure de production coûteuse comme c'est le cas des quotidiens dont la périodicité est courte, comparativement à celle des magazines. Le caractère périssable de l'information entraîne une contrainte bicéphale en termes de coûts : rapidité de production et rapidité de diffusion ; ce qui a pour conséquence l'embauche d'un nombre important de journalistes pour collecter et traiter l'information dans les meilleurs délais. Ainsi, l'impression puis la diffusion rapide de l'information supposent l'installation de rotatives pour assumer la reproduction du titre en un nombre d'exemplaires qui permettra de couvrir la demande (Le Floch & Sonnac, 2005).

Le caractère non rival d'un bien informationnel

Le caractère non rival de l'information - caractère partagé par l'ensemble des produits de contenu (musique, édition, télévision, etc.) - signifie qu'elle peut être consommée simultanément par un nombre arbitraire de consommateurs : la lecture par un individu des informations comprises dans un journal ne peut pas priver les autres individus de la possibilité de les lire à leur tour.

Information : un bien d'expérience

Un bien d'expérience est un produit marchand dont la qualité est connue après l'achat : c'est le caractère expérimental. L'information appartient à cette catégorie de bien qui se distingue des biens de prospection et de confiance. En raison de son caractère expérimental, un bien informationnel se distingue par une forte asymétrie d'information sur la qualité (du produit) pour le consommateur. D'où l'importance de la réputation et des stratégies visant à informer les consommateurs.

Cette caractéristique impose aux entreprises médiatiques des procédures de sélection et de signalisation capables de susciter le désir d'expérience. Ces procédures sont intenses dans le cas de biens informationnels et s'appuient sur l'identification de composantes connues : titre de presse, nom des journalistes, marque du groupe, etc.

Information : bien public/ produit marchand

Dans le cas d'un accès gratuit (comme pour la radio ou la presse gratuite d'information), l'information se définit comme un bien public pur. Cependant, lorsque le contenu - l'information - s'inscrit sur un support payant, où le consommateur est dans l'obligation d'acquitter un prix pour accéder à l'information, cette dernière est transformée en marchandise. Dès lors, le média écrit - contenu médiatique et support physique - s'est transformé en un bien public avec exclusion, appelé bien semi-public. Par conséquent, la presse gratuite est un bien public pur, tandis que la presse payante, un bien public avec exclusion. Mais toutes deux partagent le caractère de non-rivalité (Francis Balle, 2007).

Ainsi, c'est sur la base de ce caractère non rival d'un bien que se justifie économiquement l'intervention de l'État. Parce que la nature et la diversité des contenus médiatiques sont susceptibles d'exercer une influence non négligeable sur la formation du système des valeurs de la communauté, étant entendu que les médias sont des instruments potentiels du développement culturel, politique, informatif, de divertissement, de cohésion sociale et constituent des baromètres de la démocratie. On peut aussi ajouter le droit à l'information.

Limite d'un bien non-rival

Dans le cas d'un bien (non-rival) distribué gratuitement, il n'existe plus d'indicateur de préférences, le bien n'est plus véritablement choisi, au sens de l'économie traditionnelle. Dès lors, il est difficile de déterminer aussi bien les préférences des consommateurs que d'ajuster l'offre par rapport à la demande qui reste malgré tout inconnue. Ce qui rend difficile la prise en compte des préférences sociales du public (Arrow Kenneth, 1951).

La presse : un marché à deux versants

Le marché à deux versants n'est autre que ce qu'on désigne autrement par le produit hybride, c'est-à-dire que les médias profitent d'un double financement : le financement des activités éditoriales par le public (lecteur, auditeur, téléspectateur ou internaute), d'une part, et par les annonceurs, d'autre part.

Le mécanisme de fonctionnement du marché dit à deux versants est simple : les annonceurs achètent davantage d'espaces publicitaires dans un média quand la taille de son audience est grande dans l'espoir que l'impact du message publicitaire va croître avec la taille de l'audience ; tandis que le public de son côté (fut-il publiphobe ou publiphile), recourt aux médias à la recherche de leur contenu intrinsèque, tout en prenant en considération la publicité dans le média consommé.

Dans l'économie des médias, servir les lecteurs au coût marginal signifie les servir à un prix nul, avec l'assurance alors pour l'éditeur d'un déficit budgétaire. Ainsi, l'éditeur, en fixant le prix d'un journal à un coût marginal (donc à zéro), se voit contraint de se tourner vers d'autres sources de financement, tels la subvention publique, le sponsoring ou le financement publicitaire. Dans tous les cas, l'éditeur est confronté à deux logiques : la logique économique et la logique éditoriale.

Logique économique vs logique éditoriale

La vocation des médias consistant à informer (la démocratisation de l'information), le public se heurte, depuis l'invention de l'imprimerie, au souci capital et fondamental pour les acteurs des médias de réaliser du profit afin que subsistent leurs activités. Ainsi, on peut distinguer la logique éditoriale de la logique économique.

La logique éditoriale est celle sous-tendue par la vocation première d'informer. Dans cette perspective, on parle de la démocratisation de l'information compte tenu du fait que, non seulement l'accès à l'information participe des droits fondamentaux de l'homme, mais aussi parce que les médias sont censés jouer le rôle de garant de la démocratie.

Cependant, la logique économique quant à elle est traduite par la recherche du gain à travers les activités de la presse. Il ne s'agit pas ici seulement d'informer, mais aussi et surtout de générer un bénéfice sur la base des activités de la presse. En 1956, Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde disait à ce sujet : « s'il est vrai qu'un journal digne de ce nom comporte des éléments qui doivent rester hors du commerce, il est aussi, au sens le plus banal du terme, une entreprise qui achète, fabrique, vend et doit faire des bénéfices » (Nadine Toussaint-Desmoulin, 2006).

Depuis, il se pose un problème d'équilibre entre l'ambition éditoriale et la visée économique qui impose de rentabiliser l'activité éditoriale.

1.2 Les sources de financement des médias et leurs répercutions

Avec l'arrivée de Google sur le marché de la publicité, les médias traversent une crise qui a révélé la fragilité économique et financière de plus d'une entreprise médiatique. Aujourd'hui, la presse se cherche car il n'y a presque pas de modèle économique qui réussit. D'où l'existence d'une diversité de modes de financement et de bien d'autres modèles potentiels. Mais, nous nous limiterons ici aux sources de financement classique (la redevance, la publicité et le financement direct).

La publicité

C'est l'économie de l'attention (Xavier Greffe, 2012) consiste pour les médias à vendre l'attention du public aux annonceurs à la recherche de la visibilité à leurs produits ou services. Elle renvoie à l'audience car, normalement, les ressources de la presse sont proportionnelles à l'audience. Le terme audience est utilisé parce que les gens sont sollicités par plusieurs sources d'information. Ce qui suppose non pas la difficulté de trouver une audience, mais celle de capter l'attention d'un public en vue de la vendre aux annonceurs. Raison pour laquelle mobiliser et maintenir une attention (à vendre au plus offrant) constitue le souci des médias actuellement. De ce fait, la publicité vise à dicter ou orienter l'acte d'achat du consommateur des médias par l'image d'un produit ou des valeurs. Elle répond à de nombreuses conjonctures (économiques et politiques) et est soumise au rythme des campagnes des annonceurs (Nadine Touussaint-Desmoulin, 2006). Son influence sur le contenu est manifeste : « la dépendance à l'égard de la publicité conduit les médias, souvent plus soucieux de plaire aux annonceurs que de satisfaire les goûts minoritaires ou peu "rentables" de certains usagers, à vivre l'oeil rivé sur les sondages14(*) » Cependant, le succès de la publicité comme source de financement et les tarifs appliqués dépendent normalement de la taille de l'audience que peut mobiliser un média parce que les annonceurs qui utilisent les médias pour vendre leurs produits sont censés payer des tarifs élevés au média ayant une forte audience en vue de toucher un grand public. Pour que l'annonceur soit certain que le jeu vaut la chandelle, les médias devaient se référer aux statistiques régulières des rapports d'audience.

La redevance

La redevance est le moyen par lequel le contribuable finance le service public. Ce mode de financement est incorporé au Congo dans la facture de l'électricité. Mais à ce jour, la redistribution de la redevance audiovisuelle (RAV) n'est pas encore effective. La redevance a l'avantage d'être une recette prévisible, réconfortante et appréciable qui suppose que l'information est commanditée par le contribuable et qu'elle (l'information) devait servir l'intérêt du public selon les prescriptions définies par l'État : informer, éduquer/sensibiliser et divertir. Outre la redevance, le service public de l'audiovisuel dispose également d'une dotation du budget général de l'État. Seulement, ces deux moyens de financement exposent souvent à une faible indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics mais, avec l'avantage de tenir le média loin de l'influence des pouvoirs économiques à la poursuite des intérêts particuliers.

Le financement direct

Le financement direct (abonnement et vente au cash) confère à l'entreprise une avance de trésorerie qui dispense les médias des pénuries saisonnières de la publicité ou de toute forme de subordination liée au modèle de financement (redevance, publicité ou aide à la presse). Ici, l'investissement est sûr. Le client préfinance la production et se montre souvent exigeant par rapport à la qualité du produit qu'il paie et consomme. L'efficacité de l'abonnement implique le développement d'un large réseau d'abonnés qu'il convient d'entretenir, de suivre et de renouveler incessamment au moyen des stratégies marketing visant, entre autres, à mieux connaître leurs attentes. Il offre plus de possibilités d'indépendance et permet de mieux connaître son public. Le financement direct concerne aussi la vente au numéro (ou vente au cash), beaucoup plus pratiquée en presse écrite. Ce type de vente suppose un réseau de distribution (kiosques à journaux, messagerie) ou s'effectue à la criée.

L'aide à la presse

L'aide de l'État à la presse est destinée à maintenir l'équilibre financier des entreprises médiatiques (François Jost, 2010) et favoriser le pluralisme de l'information ainsi que la diversité des opinions pour ne pas que les nantis soient les seuls à se faire entendre. Elle répond au caractère de l'information en tant que bien public mais aussi aux dispositions en vigueur en matière du droit à l'information. Dans la pratique, cette aide consiste soit à l'octroi d'un fonds aux médias répondant à un certain nombre de critères définis par l'organe de régulation des médias, soit tout simplement à faire bénéficier les entreprises médiatiques de certains privilèges tel que l'exonération douanière. Dans les deux cas, on parle respectivement de l'aide directe et de l'aide indirecte à la presse. Très souvent, les subventions allouées font courir un risque de vassalisation des médias qui en sont bénéficiaires.

1.3 Environnement de la presse congolaise

Indissociables de la société, les médias sont quelquefois soumis, à quelques différences près, aux mêmes réalités de la vie. Seulement, l'ensemble de caractéristiques propres aux médias leur confère des spécificités variant selon le territoire, le régime juridique et politique en vigueur, l'importance de l'activité économique, la place des technologies de l'information et de la communication et aussi le rapport des citoyens/consommateurs aux médias.

Environnement économique

Classé 154e rang (sur 178 pays) dans l'indice de perception de la Corruption de Transparency International en 2012 et 183e sur un total de 185 pays au rapport Doing Business, le Congo ne représente pas un grand marché où la concurrence des entreprises peut générer des réelles retombées économiques pour les médias. Les sociétés pétrolières sont les plus grandes entreprises au côté des sociétés de téléphonie mobile qui sont des principaux annonceurs dans un pays à revenu intermédiaire où la croissance économique est passée de 9,5 % en 2010 à 5.3 % en 2013, selon les prévisions des institutions financières internationales. Admise à l'Initiative Pays pauvre très endetté (PPTE) en 2009, la République du Congo avait une l'incidence de la pauvreté 50,7 % en 2005 (Enquête Congolaise auprès des Ménages, ECOM 2005) : plus d'un Congolais sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté. Par ailleurs, les données récentes du PNUD (Indicateur de développement humain) indiquent 54.1 % de pauvres en 2012.

Entre 1980 et 2012 l'IDH de la République du Congo a augmenté de 0.8 % par an, passant de 0.470 à 0.534 aujourd'hui, ce qui place ce pays 142e de 187 pays disposant de données comparables. L'IDH de l'Afrique Subsaharienne en tant que région a passé de 0.366 en 1980 à 0.475 aujourd'hui, hissant Congo au-dessus de la moyenne régionale.

L'environnement sociodémographique

Le Congo compte environ 4 012 809 habitants répartis sur un territoire d'une superficie de 342.000 Km2 avec une densité de 11 habitants au km2. La jeune population congolaise (plus de 50 % des habitants ont moins de vingt ans) est l'une des plus modestes de l'Afrique centrale. Le niveau d'éducation est relativement élevé puisque le taux d'alphabétisation figure parmi les plus importants du continent soit 92,1 %. Pour corroborer ce propos, on peut citer le rapport 2010 l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui observe que la langue française est parlée par 56 % de la population congolaise (78 % des plus de 10 ans). Autre particularité du Congo, plus de 60 % de la population vivent dans les villes dont deux regroupent à elles seules 55 % de la population du pays (environ 1.000 000 d'habitants à Brazzaville et plus de 600 000 à Pointe-Noire) avec un ratio de 48 % des hommes contre 52 % de femmes. Le français est la langue officielle à côté deux de langues dites nationales (lingala et kituba) qui sont des langues véhiculaires.

Les femmes et les médias

Au Congo, le sexe ratio donne les femmes majoritaires à 52 % contre 48 % d'hommes. Parce que les écoles de journalisme accueillent de plus en plus de femmes, leurs places dans les entreprises médiatiques congolaises ne sont plus sujettes de plaidoyer. De la presse écrite à la presse audiovisuelle, l'observation directe nous a permis de noter que les femmes (présentatrices, reporters, cameramen, opératrices de prise de son ou rédactrice) ont investi tous le secteur des médias. Toutefois, la présence des femmes dans les médias reste relativement faible. Entre 2002 et 2005 par exemple, une étude dirigée par le Dr SAM'OVHEY-PANQUIMA recensait 21 signatures féminines15(*) dans la presse écrite contre plus d'une centaine de signatures masculines. Dans la majorité des entreprises médiatiques, très peu de femmes occupent des postes de responsabilité.

Environnement technologique

Connecté à Internet depuis 1999, le Congo a une des connectivités Internet les plus faibles d'Afrique. Selon un rapport de l'Agence de régulation des postes et communications électroniques (ARPCE), le nombre d'abonnés à Internet au Congo en 2009 s'élevait à 14 996 (ARPCE, Point d'échange Internet au Congo, Brazzaville mai 2011 sur www.arpce.cg), soit, en 2008, 4 % de la population utilisant Internet selon un rapport de l'ambassade des USA en République du Congo (brazzaville.usembassy.gov). Outre l'infrastructure insuffisante (voire inadéquate), cette faible connectivité pourrait aussi s'expliquer par le coût d'accès à internet dans le « cybercafé » (500- 1000 F CFA l'heure) auquel il convient d'ajouter le fossé (numérique) entre les grandes agglomérations et les compagnes.

Niveau de connectivité de quelques pays africains

Source : Arpce

Pour pallier cette faible connectivité, le gouvernement s'est engagé à déployer des infrastructures de télécommunications de haut débit. Une volonté politique se traduit par un projet de réalisation d'un backbone national en fibre optique et de son interconnexion avec le reste du monde (projet de câbles sous-marins WACS). Mais pour l'heure, la mutation au numérique ne semble concerner que très peu de médias congolais. Très peu d'entreprises de presse congolaises ont une édition en ligne, à l'exception des Dépêches de Brazzaville (www.brazzaville-adiac.com), La semaine africaine (www.lasemaineafricaine.com/), Talassa (www.talassa.org/) et/ou d'autres rares portails officiels d'informations tels que Congo site (www.congo-site.com/), Congo page (www.congopage.com). Des jeunes radios comme Radio Forum (www.frtdh.org/) et radio Mucodec (www.mucodec.com) se sont lancées comme pionniers en la matière grâce à leurs sites Web ou certains de leurs programmes auxquels on peut avoir accès en ligne grâce à la norme Digital Audio Broadcasting qui est aujourd'hui en vogue dans le monde entier. Pour résorber le problème de l'occupation anarchique des ondes qui oppose le Congo-Brazzaville au Congo-Kinshasa, chaque station de radio et de télévision devait déjà envisager l'abandon de l'analogique au profit du numérique. La mutation technologique en cours place les médias face au défi du numérique. Et l'Union Internationale des Télécommunications (UIT) veut accompagner tous les pays à relever ce défi sur le plan radiophonique. À ce sujet, l'échéance est fixée en 2015 pour la bande UHF et en 2020 pour la bande VHF (Balima Dimitri Régis, 2010).

Pour le Centre international des radios et télévisions d'expression française (CIRTEF), le passage au numérique facilitera l'organisation d'une exploitation qui correspond à l'environnement et limitera le phénomène de la piraterie.

« Le Continent rattrapera le standard qualitatif international et diminuera les échecs de diffusion internationale de contenus, non pour des raisons de sujets ou de langage audiovisuel mais pour des raisons purement techniques. Le numérique aidera aussi à résoudre le problème de la conservation des images et des possibilités de réutilisation. Le Web est un autre atout pour les TV africaines. Forte d'une grande proportion de jeunes, l'Afrique et en particulier les médias se doivent d'investir le net, penser à l'importance des formations et mieux développer l'interaction avec le public notamment en utilisant à bon escient les contenus générés par les utilisateurs »16(*).

Malheureusement, à l'heure où les opportunités technologiques offertes par Internet ont donné aux publics la possibilité de bousculer la position dominante hégémonique 17(*) bénéficiaient traditionnellement les journalistes, et à la lumière de l'analyse de Pierre MINKALA-NTADI sur l'appropriation de l'Internet dans la presse congolaise, on peut soutenir que le voeu du CIREF est loin de se réaliser au Congo.

En effet, sur la question de l'interactivité avec les publics, Pierre MINKALA-NTADI est parvenu à la conclusion que les médias congolais en ligne refusent volontairement d'intégrer des dispositifs d'interactivité dans leurs différents sites d'informations. Pour expliquer ce refus, il indique que « la dominance du champ politique induit le rejet du participatif ». Ainsi écrit-il :

« Dans la presse occidentale, l'évolution de la diffusion en ligne s'est également traduite par la mise en oeuvre des dispositifs sociotechniques d'interactivité, tels que les commentaires, les blogs, les forums, les chats, le partage sur les réseaux socionumériques (Facebook, Twitter, etc.). Ces dispositifs, qui sont favorisés autant par les mutations du numérique que par la demande sociale (Aubert, 2011), connaissent une réception assez mitigée au niveau des entreprises de presse congolaises que nous avons étudiées. Deux attitudes principales se dégagent à ce sujet. La première consiste dans une semi-intégration de ces dispositifs sur les sites Internet des journaux, où ils jouent une fonction d'alertes sur les réactions des publics par rapport à l'information publiée par le titre. La seconde attitude consiste dans le rejet pur et simple de ces dispositifs d'interactivité. Le rejet des dispositifs d'interactivité est donc lié au fait que, dans la société congolaise, le traitement de l'actualité semble être fondé sur la dominance du champ de l'action gouvernementale. C'est ce que le chercheur bolivien Luis Ramiro Beltràn S. appelle « l'élitisme », c'est-à-dire « la croyance en un ordre social naturel commandant la prédominance des uns et l'obéissance des autres » (Beltràn, 1978, p. 75). Il s'agit ici de la prédominance du champ de l'action gouvernementale, dont le discours se présenterait comme l'unique cadre social (Goffman, 1991) d'appréhension de toute la réalité congolaise. Dans ce cadre précis, l'information diffusée par la presse se confondrait avec le discours officiel des gouvernants ou de l'ensemble des acteurs de la classe politique au pouvoir. La presse ne serait alors qu'une simple caisse de résonance des institutions gouvernementales  »18(*).

Au-delà de ce rejet motivé par la crainte des débordements des internautes et surtout des réactions des pouvoirs politiques, MINKALA-NTADI a épinglé, en plus du fait qu'Internet est « Une technologie financièrement discriminatoire pour la presse congolaise », un manque de compétences de la part des professionnels des médias qui utilisent Internet. Dans ce sens, il fait l'observation suivante : «Le traitement de l'information généré par l'usage d'Internet pose un problème de compétences au niveau des professionnels de la presse. Car, pour produire une information multimédiatique, il faut acquérir d'autres compétences techniques, c'est-à-dire d'autres savoir-faire, d'autres manières de faire, mais aussi d'autres supports de diffusion, puisqu'il s'agit de passer du papier à l'écran (Ollivier, 2007). Le changement d'écriture implique ainsi un changement de compétences professionnelles. Cette réorganisation exige alors des moyens tant humains que matériels conséquents. Et l'acquisition de ces moyens passe par une mobilisation de ressources financières.»19(*)

Dans ce registre, la conséquence c'est que les acteurs des médias au Congo se sont approprié « Internet comme un support de diffusion plutôt qu'un mode d'écriture de l'actualité»20(*).

Il appartient donc d'une part aux dirigeants de saisir les avantages du numérique (dans la gestion des fréquences ou en matière de télévision numérique terrestre) et aux journalistes d'autre part de s'adapter à l'horizontalité qu'impose le web-journalisme. Il ne s'agit ni de se mettre à la marge ni de céder aux illusions technologiques, mais de faire des choix adaptés au développement auquel le Congo aspire.

Environnement juridique et institutionnel

La marche vers la liberté de la presse au Congo est étroitement liée aux conjonctures politiques. La démocratisation de la vie politique a pour cela constitué un tournant pour l'avènement de la liberté d'expression et d'opinion telle que définie par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Pour prendre comme repère historique la réalité congolaise, on peut dire que la liberté de l'information au Congo est advenue au rythme de grands épisodes de la vie politique nationale à travers des événements telle que la conférence nationale souveraine de 1991. Cette conférence marque le début d'une ère nouvelle et jette les bases d'une législation sur les médias. Ainsi, la liberté de la presse sera reconnue et garantie par les constitutions de 1992 et 2002.

Cadre juridique

La liberté de presse au Congo a été proclamée pour la première fois par la Constitution du 15 mars 1992. Plus précisément par la loi n° 30/96 du 02 juillet 1996 qui a doté le Congo d'un cadre législatif sur la presse. À la suite des conflits armés de 1997, la loi du 02 juillet 1996 jugée dangereuse a été abrogée par la loi n° 8-2001 du 12 novembre 2001 sur la liberté de l'information et de la communication. Cette loi sur la liberté de l'information et de la communication compte 422 articles dont 174 réservés à la presse écrite et audiovisuelle. Sur les 174 articles, 56 portent sur les peines à infliger aux journalistes en cas d'infraction. Comme bien des législations, la loi sur la presse au Congo -- Brazzaville comporte des dispositions normatives et répressives. Les journalistes en porte à faux avec la loi s'exposent à des sanctions pénales et administratives. Par exemple, les amendes prévues par cette loi vont jusqu'à trois millions de francs CFA, un montant pouvant être considéré trop élevé au regard de la conjoncture économico-financière actuelle de la presse congolaise. Par ailleurs, les poursuites judiciaires contre les journalistes étant souvent mal perçues, un code de déontologie professionnelle participe à la construction d'une éthique professionnelle en vue de prévenir toute dérive possible. « Il s'agit d'un code d'honneur qui fixe les droits et devoirs applicables à l'ensemble des métiers de l'information et de la communication », peut-on lire dans le préambule du code de déontologie des journalistes au Congo.

Pour revenir à la loi N°8-2001 du 12 novembre 2001 sur la liberté de l'information et de la communication, notons que cette dernière donne les grandes orientations sur le régime de l'information et de la communication qui est celui de la libre entreprise. A l'article 35 par exemple de cette loi, la possibilité est accordée à toute personne physique ou morale de créer un journal. Aux termes de cette disposition, la création des entreprises de presse n'est soumise à aucune restriction. La publication d'un journal est donc libre ainsi que la création d'une station de radiodiffusion ou de télévision. Néanmoins, un certain nombre de formalités administratives constituent un préalable à respecter, notamment une déclaration auprès du procureur de la ville dans laquelle le journal sera produit ; une fois obtenue, cette déclaration tient lieu d'autorisation... Même si la loi fait obligation à tout individu qui désire lancer une publication ou une chaîne audiovisuelle de déclarer le capital de la société propriétaire, on déplore cependant qu'il n'y ait pas un montant standard fixé avant de se lancer dans la diffusion de l'information. L'OCM épingle dans son rapport sur l'état de la presse en 2005 quelques manquements : « Il manque donc, un texte qui précise : les conditions de création d'une entreprise de presse ; les obligations de l'employeur et du travailleur ; l'exercice du droit syndical et de liberté d'opinion ; les conditions d'emploi, de conclusion du contrat de travail, de la période d'essai, de l'engagement définitif, de la formation professionnelle, de l'avancement et du reclassement, des affectations, de la suspension du contrat de travail, sans oublier les cas de maladies et d'accidents professionnels, de grossesse et de maternité, de mise en disponibilité, de chômage économique et technique, des préavis, d'indemnité de licenciement, de mise à la retraite, du décès du salarié, des congés, des primes, etc.21(*) ».

Qui plus est, malgré le caractère d'intérêt général de la presse - reconnu à l'article 7 de la loi n°8 - 2001 du 12 novembre 2001- celle-ci n'a pas encore bénéficié d'un régime fiscal spécial et ni de tarifs préférentiels pour les envois des journaux22(*).

Cette accumulation d'insuffisance au niveau juridique peut être considérée comme étant une des causes, entre autres, du non-respect des cahiers de charge et du non-respect, « du droit à une rémunération de nature à garantir l'indépendance du journaliste » (art.94) et, par conséquent, expose le journaliste à la « corruption active ou passive » contraire à la dignité professionnelle. (Art101).

Quoi qu'on dise, cet arsenal juridique a participé au développement de la libre entreprise, du pluralisme des courants de pensées et d'opinions ; la liberté d'accès aux sources d'information et à la dépénalisation des délits de presse. Dans cette optique, un organe de régulation des médias a été créé avec pour mission de veiller au respect des lois et textes qui fixent les limites de la liberté d'expression et déterminent les conditions dans lesquelles doivent ou devraient exercer les professionnels de l'information et de la communication en république du Congo.

Organes de régulation

On en distingue deux : le conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC) dont l'indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques est sujette à caution et l'observatoire congolais des médias (OCM) qui regroupe essentiellement les professionnels des médias et représente la société civile à travers un monitoring qui souffre d'insuffisance de moyens (humains, techniques et financiers).

Conseil Supérieur de la Liberté de Communication

Conformément à la Constitution congolaise du 20 janvier 2002, il a été mis en place un organe de régulation des médias appelé Conseil supérieur de la liberté d'information et de communication (CSLC), l'équivalent de l'autorité des médias sous d'autres cieux. Ce conseil fait partie des autorités administratives indépendantes (Placide Moudoudou & Jean-Paul Markus, 2005). Sa mise en place a sans doute été inspirée par le libertinage, le manque de professionnalisme ou les dérives déontologiques observées au sein de la presse congolaise au lendemain de la conférence nationale souveraine. En dehors de la constitution, on peut citer deux lois particulières applicables aux médias en République du Congo : il s'agit de la loi n° 8-2001 du 12 novembre 2001 sur la liberté de l'information et de la communication et la loi n° 15-2001 du 31 décembre 2001 relative au pluralisme dans l'audiovisuel public. Pour revenir au CSLC, c'est la loi organique n° 4-2003 du 18 janvier 2003 qui va déterminer les missions, l'organisation, la composition et le fonctionnement de cet organe chargé de la régulation des médias et de la communication.

Les missions du CSLC

Composé de 11 membres, le CSLC dispose d'un « pouvoir normatif23(*)» qui lui permet d'attribuer ou de retirer la carte de journaliste professionnel, les fréquences, les accréditations. Concernant à l'attribution de la carte professionnelle aux journalistes, rien n'a été fait dans le sens de son obtention au moment où nous concluons cette étude. Cette noble institution constitutionnelle a aussi compétence de fixer les règles pour la durée des campagnes électorales. La loi reconnaît au CSLC le pouvoir de sanction, mieux de suspension d'une entreprise médiatique qui ne se conforme pas aux dispositions légales en vigueur ou celles contenues dans le cahier de charges. Dans la même optique, il lui est reconnu un « pouvoir de conciliation » et un autre « consultatif ». Il sied cependant de signaler que le pouvoir de sanction conféré au CSLC couvre une mission de contrôle des entreprises médiatiques dont la « finalité [...] est de vérifier que ces entreprises se conforment bien ou non aux lois, aux règlements et aux cahiers de charges dans l'exercice de leurs activités24(*)». La suspension des journaux, radio ou télévisions est une pratique courante du CSLC. Certains acteurs de la presse y voient d'ailleurs un moyen subtil de restreindre la liberté de la presse. Mais disons-le, le rôle du CSLC n'est pas uniquement de sanctionner, mais également de promouvoir le professionnalisme et le respect de la déontologie professionnelle. C'est-là le cheval de bataille de l'observatoire congolais des médias qui plaide pour « la formation et la médiation » pour plus de professionnalisme.

Pour une meilleure régulation des médias, le CSLC garantit l'égalité d'accès aux médias (publics) en période électorale dans le souci d'éviter toute discrimination et de veiller au pluralisme des opinions. D'où « la mission de répartition de temps d'antenne, dans l'audiovisuel public, entre les partis, groupements politiques et les individualités25(*)» sur la base du principe d'équité. La mission de répartition concerne aussi la répartition des aides de l'Etat dont l'effectivité est toujours attendue par les promoteurs des entreprises de presse.

Les limites du CSLC

Dans l'exercice de ses missions, le CSLC est souvent confronté à des difficultés diverses. D'un point de vue technique, cette institution ne dispose pas à ce jour d'un plateau ou équipement technique lui permettant d'assurer simultanément le monitoring des programmes de chaînes de radios et de télévisions. Le CSLC prouve ainsi ses limites à contrôler intégralement la presse audiovisuelle aussi bien à Brazzaville que dans les autres localités du pays, parce qu'encore mal équipé et dépourvu d'un personnel adéquat. Cette remarque est valable pour ce qui est du contrôle des contenus des messages sur le Web. Sachant que le CSLC ne dispose pas encore d'un site Web ou du moins d'une connexion permanente au Web, ce contrôle reste pour l'instant mission impossible surtout dans la presse en ligne. Faut-il encore le rappeler, le Web a renforcé les défis des médias à l'ère du numérique, surtout pour le CSLC, appelé à jouer le rôle de la police des ondes ou de la communication. Mais, il faut également faire attention ici, sous le couvert de l'exercice des missions de contrôle, de porter atteinte à la liberté d'information à travers le développement d'un contrôle d'internet comme c'est le cas en Chine.

Sur le plan politique, le CSLC n'est pas exempt des manoeuvres politiciennes. L'universitaire Placide Moudoudou souligne qu'il ne parvient toujours pas à mettre la presse écrite, la radio et la télévision à l'abri des pressions politiques26(*). Les difficultés restent alors nombreuses quand on sait par exemple que la nomination récente d'un homme politique à la tête de cet organe n'est pas de nature à rassurer les professionnels des médias. Ainsi, les obstacles à l'action du CSLC sont d'autant plus réels que Roger Yenga en distingue deux : « La première difficulté est relative à la modicité des moyens mis à sa disposition, chaque année, dans le budget de l'État [...]. La deuxième difficulté concerne les réticences politiques qui se caractérisent essentiellement par la crainte d'une véritable indépendance du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication. Le décret n°2006-56 du 16 février 2006 fixant des modalités d'accréditation des journalistes professionnels exerçant pour le compte des organismes de presse étrangère en république du Congo en est la preuve. En effet, poursuit-il, en violation de l'article 18 alinéa 3 de la loi organique n°4-2003 du 18 janvier 2003, ce décret confie l'attribution et le retrait des accréditations au ministère des affaires étrangères, après avis du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication. Or, [...] l'alinéa précité confie la compétence exclusive de l'attribution et du retrait des accréditations au Conseil Supérieur de la Liberté de Communication. L'article 18 précité ne fait mention ni du ministère des affaires étrangères, ni d'un quelconque rôle consultatif que doit jouer le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication27(*)».

L'Observatoire Congolais des médias (OCM)

Il a été créé le 23 février 2002 à l'initiative des animateurs du bihebdomadaire catholique La semaine africaine et de l'hebdomadaire protestant (Église évangélique du Congo) Le Chemin28(*). Après la conférence nationale souveraine en 1990, un besoin de professionnaliser les médias s'est fait sentir suite aux dérives professionnelles qui avaient suivi la libéralisation de l'information en République du Congo. Il s'agit d'une structure d'autorégulation ou d'une sorte de tribunal des pairs ayant pour but :

d'améliorer les prestations des journalistes en matière des médias et de veiller à l'éthique et à la déontologie ;

de défendre le droit des citoyens à une information honnête et de favoriser un partenariat avec tous les organismes poursuivant le même objectif.

L'OCM s'était aussi donné un rôle de médiateur en privilégiant le règlement des problèmes à l'amiable, c'est-à-dire par la négociation, le dialogue plutôt que par la suspension. Depuis sa mise en place, l'OCM a deux activités principales : une activité ponctuelle qui consiste à organiser des séminaires, des rencontres et des colloques pour des formations continues à l'intention des journalistes et une activité permanente qui n'est autre que le monitoring. Il s'agit de lire les journaux et de relever les fautes déontologiques commises par les chevaliers de la plume et du micro. Un rapport mensuel est par la suite remis à tous les promoteurs des médias dont l'idéal est de mettre un terme aux atteintes à la moralité ou à l'objectivité. Malheureusement, le travail de monitoring, faute de moyens techniques, se limite à la presse écrite dont les supports (archives) sont disponibles et facilement accessibles.

Actuellement, malgré quelques projets réalisés en partenariat avec l'Union européenne, le Programme des Nations Unies pour le Développement ou l'Unesco, l'OCM vivote depuis que l'ONG suédoise Vie et Paix venue au Congo dans le cadre de la pacification du pays après les conflits armés de 1997 a quitté le Congo.

En dépit de cet environnement juridique et institutionnel ayant pour intention, voire mission, d'encadrer la liberté de l'information et de la communication, les fautes professionnelles dues à l'irrespect des principes déontologiques sont fréquentes, ainsi que l'indiquent les sanctions prononcées par le CSLC à l'encontre de certains périodiques.

La liberté de presse au Congo

Depuis 1997, les délits de presse sont dépénalisés au Congo-Brazzaville. Malgré les tensions politiques et les envolées éditoriales de certains médias, cette mesure prise par le Chef de l'État marque un tournant dans l'histoire de la presse et de la démocratie au Congo. Reporters Sans Frontières (RSF) estime d'ailleurs que la « situation des journalistes à Brazzaville est meilleure qu'à Kinshasa29(*)». En 2014 et 2013, la République du Congo est classée respectivement au 82e et 76e rang selon le Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF. Ce classement place le Congo dans le carré des pays ayant une « situation plutôt bonne ». Cependant, se limiter à cette évocation serait fermé les yeux sur une « liberté de presse en demi-teinte », au regard de menaces de tout genre, des nouvelles formes de censures et des restrictions aux sources d'information.

En effet, « relativement à l'abri de la répression brutale, les médias congolais sont exposés aux menaces, intimidations et poursuites judiciaires. En dépit d'une loi dépénalisant les délits de presse, les journalistes travaillent dans la peur et recourent à l'autocensure. Noyé sous des affaires de corruption au plus haut niveau de l'État, le cinquième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne peine à voir émerger des voix dissidentes au pouvoir autoritaire et népotique du président ». Reporters Sans Frontières rapporte qu'à Brazzaville, le 15 juillet 2009 par exemple, jour des résultats de l'élection présidentielle, Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud, envoyés spéciaux pour la chaîne de télévision France 24 et Thomas Fessy, correspondant de la BBC World Service ont été agressés par la police alors qu'ils couvraient une manifestation de l'opposition. Sommés de quitter les lieux, les journalistes ont été violentés et leurs équipements leur ont été confisqués. Bien avant la date du 15, le 12 juillet, jour du scrutin, une douzaine d'agents de sécurité du service des renseignements congolais, a fait irruption à l'Hôtel Saphir et prétextant une interview, ont demandé à voir Catherine Ninin, de Radio France Internationale (RFI), envoyée spéciale à Brazzaville. Le soir même, la journaliste recevait des menaces par téléphone d'un assistant du Président tandis que deux groupes supplémentaires d'agents de sécurité montaient la garde au pied de l'hôtel toute la nuit. En dehors de ces obstacles, les violences flagrantes de la liberté de presse et les exactions contre les journalistes sont rares, mais pas inexistantes autant que des pesanteurs administratives en matière de liberté de presse au Congo sur des dispositions comme l'offense au Chef d'État, la "manipulation de l'opinion", "l'atteinte à l'honneur et à la considération de certaines autorités de l'État30(*)" ou "l'incitation à la haine tribale et ethnique31(*)" qui donnent au CSLC le droit (ou un alibi ?) de suspendre un média doivent être définies pour mettre un terme aux "suspensions arbitraires".

2 Paysage médiatique congolais

Actuellement, le paysage médiatique congolais est composé d'une pluralité des médias (plus de 40 journaux, télévisions et radios) que l'on ne saurait toutefois comparer à celle de ses voisins le Cameroun et la République démocratique du Congo qui comptent chacun des centaines de journaux, de télévisions et de radios. Ces statistiques ne reflètent guère la vraie réalité des médias au Congo en termes de pluralisme de l'information, de modèles économiques, de fonctionnement et d'indépendance. Pour mieux cerner l'univers médiatique national actuel, une analyse rétrospective de la situation de médias au Congo s'impose. Comme dans presque tous les pays africains, l'histoire de la presse au Congo est marquée par trois types de presse : la presse des colons, la presse des missionnaires et la presse des Congolais. Et dans tous les cas, la presse (écrite et/ou audiovisuelle) en Afrique en général et au Congo en particulier est le fruit d'un transfert de techniques, d'installations et de savoir-faire allant du Nord vers le sud. Le sociologue français Rémy RIEFFEL parle d'une culture matérielle importée et domestiquée partout dans le monde32(*).

2.1 L'émergence de la presse écrite

Contrairement à la télévision et la radio, l'histoire de la presse écrite au Congo est encore mal connue. De ce fait, elle se confond avec l'histoire de l'hebdomadaire catholique La semaine africaine, le plus vieux journal congolais, devenu aujourd'hui bihebdomadaire. Créé en 1952, il est la référence dans l'histoire de la presse écrite congolaise qui commence à prendre corps dans les années 1950. Toutefois, des documents à valeur historique et scientifique permettent de situer le début de la presse au Congo à partir du XIXe siècle. La presse est alors essentiellement une presse coloniale et le fruit d'une initiative étrangère conduite par les colons ou les missionnaires sur le sol congolais. Ainsi, on peut distinguer cinq grandes périodes dans l'histoire de la presse écrite congolaise.

Les journaux précurseurs

La première période ou la période des journaux antérieurs à l'audiovisuel va des années 1800 à l'adoption de la loi-cadre Defferre le 23 juin 1956. Au cours de cette période, la presse est presque essentiellement une presse coloniale/missionnaire et le fruit d'initiatives des étrangers au Congo et animée par les missionnaires et les colons. Sans doute, l'impact des progrès scientifiques et surtout les deux grandes guerres mondiales ont beaucoup prévalu aux destinées de la presse en terre congolaise. Toutefois, l'histoire contemporaine de la presse nous renseigne que le Congo est l'une des colonies françaises où la presse écrite est apparue un peu tardivement. De manière chronologique, il a fallu attendre 1938 avant que Paris-Congo ne paraisse sur le sol congolais, tandis que France-Afrique est créé en 1933 à Abidjan et Paris-Dakar (premier quotidien d'Afrique noire) est fondé en 1935 par Charles Breteuil33(*).

Parmi les initiatives sus mentionnées, l'une des plus connues est la revue Liaison qui fit son apparition en 1949 avant de disparaître en 1960. « Comme son nom l'indique, c'est un organe de liaison entre les cercles culturels de l'Afrique Équatoriale Française (AEF) dirigée par le Général Félix Eboué. À vrai dire, la revue liaison n'est pas un organe de presse, mais plutôt une tribune où les jeunes intellectuels congolais liment la cervelle en mettant en exergue leurs talents littéraires34(*)». Donc, le premier journal imprimé au Congo est le journal officiel de l'Afrique équatoriale française (AEF) qui paraissait le premier et le quinze de chaque mois. L'entreprise éditrice était le service du gouverneur général. Cette revue, Liaison, fut animée par des intellectuels congolais comme Paul TCHIBAMBA, Jean MALONGA et MAMBEKE Boucher. Après Liaison, il y a eu AFP Nouvelle, L'information africaine et Carrefour des jeunes comme périodiques.

 

Bien avant l'apparition de la revue Liaison, il existe des traces d'un « journal bimensuel : La Catapulte, édité à Brazzaville en 1941 par les élèves du camp Colonna d'Ornano » avant que le prêtre missionnaire Jean de Gall fonde, en 1947, un bimensuel qui parait tous les quinze jours appelé Brazzaville. « L'intérêt des lecteurs pour Brazzaville conduit le père de Gall à fonder un journal local. Le 4 septembre 1952, la semaine de l'AEF sort sa première édition hebdomadaire. Le journal couvre alors les quatre territoires de l'Afrique Équatoriale Française (AEF). À la dislocation de l'AEF suite aux indépendances intervenues, la Semaine de l'AEF change de nom et devient, en 1960, La semaine africaine ».

Quelques titres de la presse écrite congolaise avant l'indépendance

Titre

Tirage

Date de création

Périodicité

Editeur

Le Congo français

 

1899

 

Administration coloniale

L'Etoile de l'AEF

 

1928

 

Administration coloniale

Le Journal de l'AEF

 

1932

 

Administration coloniale

L'AEF

 

Juin 1943

 

Administration coloniale

AEF Nouvelles

 

1948

Hebdo

PPC

L'Equateur

 

1950

Quotidien

 

Carrefour des jeunes

 

1950

3x/semaine

 

Liaison

 

1950

 
 

L'Informateur africain

6000

1950

 

RDA

France Equateur

 

1952

 
 

La semaine de l'AEF

 

1952

Hebdo

Eglise catholique

L'Islam de l'AEF

2000

1954

 
 

Le Progrès

 
 
 

UDDIA

L'Essor

 
 
 

MSA

France Equateur avenir

 

1958

Hebdo

 

Sources: Observatoire de l'information

L'expérience du pluralisme de l'information et de la liberté de presse

C'est cet intervalle temporel qui s'étend de 1957 à 1963. Dans ce laps de temps, les six premières années suivant l'adoption de la loi-cadre Defferre sont marquées par un pluralisme politique ayant pour corollaire le pluralisme de l'information. Cette liberté de presse est pour toute la presse africaine un héritage du décret du 27 septembre 1946, par lequel le gouvernement français avait décidé que l'ordonnance du 13 septembre 1945 modifiant la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, devait désormais être applicable dans toutes les colonies françaises (Adoni Sokemavu John-Bosco, 2000). Ce qui a entre autres également développé la presse en langues africaines et la formation de quelques indigènes aux rudiments du journalisme. Dans le cas du Congo, le pluralisme de l'information se lit à travers la diversité des titres qui représentait tant la société civile que toutes les sensibilités politiques de l'époque. Ainsi, après le lancement de La semaine de l'AEF (aujourd'hui La semaine africaine) par l'Église catholique en 1952, six ans plus tard, lorsque plusieurs partis politiques sont créés à la suite de la loi-cadre de Gaston Defferre, des journaux proprement congolais voient le jour. Parmi ces titres figurent en bonne place : Le progrès du parti Union pour la défense des intérêts africains de l'abbé Fulbert Youlou, L'essor du Mouvement socialiste africain de Jacques Opangault ainsi que d'autres périodiques comme L'indépendant et La croix du sud. Ces derniers titres ont survécu peu après la chute de l'abbé Fulbert Youlou en 1963.

Le règne d'une presse aux ordres

Cette période correspond aux 27 ans de règne des régimes marxistes-léninistes dictatoriaux en République du Congo. Dans un contexte de guerre froide, les nouveaux dirigeants arrivés au pouvoir après la chute de l'abbé Fulbert Youlou optèrent pour le bloc communiste. Ce fut la fin d'une presse pluraliste et le début d'une presse idéologique et du monopole du parti-Etat sur l'information.

Ainsi, de 1963 à 1990, la presse congolaise sera quasi essentiellement une presse gouvernementale, c'est-à-dire au service des dirigeants politiques, exception faite de La semaine africaine, un organe appartenant à l'Église catholique qui a bénéficié d'une sorte d'immunité religieuse. Avec l'arrivée du Président Alphonse Massamba-Débat au pouvoir, de nouveaux titres firent leur apparition. Parmi ces titres, on peut citer "Dipanda", La voix africaine, "Mwinda", La nouvelle congolaise, Le journal de Brazzaville, "Basali ba Congo" devenu La voix de la classe ouvrière et produit par la confédération syndicale congolaise, "Kento ya Congo" de l'Union révolutionnaire des femmes du Congo (URFC) et La voix de révolution. Lorsque le socialisme scientifique, prôné par le Président Massamba-Débat, est adopté comme mode de conduite des affaires publiques en République du Congo, les journaux qui ne s'étaient pas pliés à la ligne éditoriale du parti unique (le Mouvement national de la révolution), furent simplement interdits de parution. Dans ce bouleversement, le MNR crée son propre organe de presse "Etumba" en vue de promouvoir les idéaux du parti, conscientiser les masses populaires sur les questions idéologiques. "Etumba" deviendra plus tard l'organe central du Parti congolais du travail (PCT). Quelques années plus tard, à l'initiative du PCT, le journal "Mweti", quotidien national d'informations, voit le jour. Lancé en 1977, ce quotidien considéré comme un journal gouvernemental d'informations, était au départ un bihebdomadaire avant de paraître trois et puis quatre fois par semaine. Sous l'impulsion de M. Christian Gilbert Bembet alors ministre de l'information, un magazine (Congo-Magazine) et un hebdomadaire sportif (Le stade) sont créés. Fusionnés à Mweti, ces deux périodiques vont donner naissance au groupe de presse gouvernemental La Nouvelle république qui devait compter trois éditions : une édition quotidienne, une édition magazine et une autre sportive. À ce jour, seule l'édition hebdomadaire parait de façon sporadique.

Titre

Tirage

Date de création

Editeur

Dipanda

10.000

Octobre 1963

Gouvernement

Etumba

3000

Février 1965

Mouvement national de la révolution

Mweti

3000

1977

Gouvernement

La Semaine africaine

6000

1952

Eglise catholique

Congo magazine

2500

 

Gouvernement

Soldat du peuple

2000

 

Forces armées congolaises

La voix de la classe ouvrière (VOCO)

1500

 

CSC

Jeunesse et révolution

2500

 

Union de la jeunesse congolaise

L'Homme nouveau

3000

1960

Gouvernement

L'éveil de Pointe-Noire

400

 
 

L'effort

 

1972

Ministère du plan

Le Sportif

 
 
 

Quelques titres de la presse écrite congolaise entre 1963 et 1990 (Sources: Observatoire de l'information)

"L'âge d'or" de la presse congolaise

La chute du bloc communiste dans les années 90 a réouvert les portes du multipartisme et du pluralisme de l'information ou de la liberté de presse au Congo-Brazzaville. Ici, on assistera à la publication de plusieurs titres entre 1990-2000. Le déchaînement de la parole entraînera aussi bien des dérives que des vieux réflexes de tentatives de bâillonnement de la presse de la part des autorités au pouvoir. Au cours de cette période, la presse est très militante. Le manque de préparation et de formation tourne à l'invective et à la propagande. Pour encadrer la jouissance de la liberté de presse, la loi n°30/96 du 2 juillet 1996 sera mise en place après les états généraux de la presse. Jugée scélérate, cette loi a été remplacée par la loi n°8-2001 du 12 novembre 2001 sur la liberté de l'information et de la communication estimée plus évolutive.

En effet, la fin de la conférence nationale souveraine le 10 juin 1991 constitue, après la longue période de monopolisation de la presse par l'État, l'une des étapes importantes de l'histoire de la presse écrite congolaise marquée par la création de nombreux nouveaux titres. À la fin de la conférence nationale en 1991, il existait déjà plus de « 86 périodiques35(*) ». La presse est alors partisane et dispose de peu de moyens et manque de professionnels qualifiés. La faiblesse des tirages est aussi très notoire.

Des 86 périodiques parus au lendemain de la conférence nationale, rares sont ceux qui ont résisté au temps. Et depuis 1991, les périodiques se sont multipliés au Congo. Seulement, leur tirage a baissé restant parfois marginal et excède rarement 2000 exemplaires. Marquée par des troubles sociopolitiques, la décennie 1990-2000 est celle de l'apprentissage des règles de la liberté de presse et du pluralisme de l'information, mais aussi celle du rôle controversé des médias dans la montée du tribalisme qui a attisé les passions des guerres civiles. Ces guerres civiles ont occasionné aussi bien la mort de nombreux journalistes que fragilisé et anéanti gravement tous les acquis d'un apprentissage et d'un début douloureux.

Le renouvellement du paysage médiatique

À partir de 1997, la flamme de la presse congolaise s'était éteinte, suite aux conflits armés, pour se rallumer en début des années 2000 qui marquent la fin des conflits armés au Congo. Dans un sceptre de guerre pour le pouvoir, l'information officielle était érigée en vérité et toute voix discordante assimilée à la défense des milices rebelles. Il faut attendre le retour progressif à la paix pour que soit exorcisée la peur et relancé un secteur meurtri par la guerre.

C'est alors que la floraison notée dans la presse écrite congolaise en 1991 sera de nouveau perceptible avec la naissance de nouveaux titres comme Talassa créé en 2001, Boponami (2012), Le Troubadour et bien d'autres.

De 86 périodiques en 1991, le Congo disposait de 44 différents titres « dont 40 paraissant à Brazzaville, 2 à Pointe-Noire et 2 à Dolisie36(*)» en 2005 contre 54 journaux recensés en 2007 par le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), « dont 13 paraissant plus ou moins régulièrement ». Plus récemment, en 2011, les services du ministère de la communication ont recensé 50 périodiques37(*).

En dehors de La semaine africaine et de la Nouvelle République qui sont respectivement vieilles de 60 et 37 ans, la majorité des périodiques participant actuellement au paysage médiatique congolais ont vu le jour après la guerre civile de 1997. Hormis La Rue-Meurt, hebdomadaire d'opposition (à la périodicité très irrégulière depuis un certain temps) créé en 1991, la plupart des journaux nés de la Conférence Nationale souveraine ont disparu. Le Patriote, Talassa, Les Dépêches de Brazzaville et l'Observateur sont tous des créations récentes, c'est-à-dire, lancée après 1997.

Depuis ses débuts, la presse congolaise est une presse urbaine plutôt que nationale. Elle dispose d'un lectorat fantôme, l'information y est très politisée et elle se cantonne dans la couverture des activités officielles et institutionnelles.

Au cours de l'année 2011, les services du ministère de la communication ont recensé 17 « industries graphiques38(*) » au Congo, soit 16 imprimeries privées sur une seule et unique imprimerie appartenant à l'État congolais. À ce jour, l'imprimerie nationale, créée en 1909, n'existe plus que de nom. Il sied de signaler que de tous les organes de presse écrite congolais, y compris ceux de notre corpus, la Semaine africaine, les Dépêches de Brazzaville et le Chemin sont les seules entreprises médiatiques possédant une imprimerie.

Caractéristiques de la presse écrite congolaise

Il est question ici d'un certain nombre de détails à partir desquels on peut distinguer la presse écrite congolaise tels que l'identité éditoriale, le lectorat, la présentation physique ou encore le type d'information et les genres journalistiques de cette presse.

Aspect physique des titres

Physiquement, les titres congolais offrent des caractéristiques communes aussi bien dans le fond que dans la forme. En effet, la quasi-totalité des périodiques paraissant en République du Congo, non seulement utilisent le format A3 (42 cm H x 29,7 cm l), mais aussi impriment sur trois (3) à six (6) colonnes. Pour ce qui est du nombre de cahiers utilisés, peu de journaux, à l'exception de la Semaine africaine qui atteint parfois 6 cahiers (24 pages), les Dépêches de Brazzaville 4 cahiers (16 pages) ou Talassa dont, à certaines occasions, des suppléments font passer le nombre de cahiers de trois à cinq, impriment sur plus de trois (3) cahiers (12 pages). Donc, pour le reste des périodiques, le nombre standard de cahiers est trois. Par ailleurs, il n'est pas rare de noter des journaux comptant un cahier (Vision Nouvelle) ou deux (Echos-News777). Il en est de même pour le nombre de rubriques qui varient entre cinq et dix.

En toute vraisemblance, l'impression de la presse congolaise se fait soit totalement en noir (la semaine africaine, Maintenant) soit sur deux couleurs. La seconde couleur étant réservé au nom de l'organe et aux principaux titres à la une : noir bleu (Le Patriote, la Nouvelle République, les Dépêches de Brazzaville, la Griffe...); noir-vert (Talassa) ou noir rouge (Le Trottoir, la Voix du Peuple).

Présentation éditoriale et contenu informationnel

Dans cet ensemble presque homogène constitué essentiellement de journaux d'opinions, on ne distingue ni presse spécialisée ni presse féminine/féministe ou presse régionale/provinciale. Malgré les initiatives tel que Cri de Femmes de Sylvie Messo (lancé à Pointe-Noire) ou le Fanion (aujourd'hui en faillite), qui se voulait, en ses débuts, un journal sportif comme le Stade du groupe de presse La Nouvelle République, la presse écrite congolaise reste foncièrement une presse généraliste.

De manière générale, nombre de journaux congolais n'ont pas une ligne éditoriale clairement définie. Ils « oscillent entre indépendance et soumission non avouée aux bailleurs de fonds dans l'ombre ». « Cet état de choses, explique Carmella Dorelle, résulte de ce que le financement de la plupart des journaux n'est pas assuré par les créateurs des organes eux-mêmes39(*) ».

L'actualité politique est le dada de la presse écrite congolaise considérée très politisée. « Dans la quasi-totalité des journaux, elle [actualité politique] occupe 8 pages sur 12, soit près de 66 % de la surface imprimée totale40(*)... ». Une étude sur les questions de population et de développement dans la presse écrite congolaise fait le constat selon lequel il existe « très peu d'enquêtes » dans les journaux congolais dont les acteurs demeurent dans des activités de couverture quotidienne de l'actualité : ouverture d'un séminaire de formation, inauguration d'un chantier, coupure de ruban, visite de travail... Ainsi, « en donnant un large écho aux sujets politiques, la presse congolaise relègue les autres sujets au second plan41(*) ».

Les genres journalistiques dans la presse écrite congolaise

La presse écrite congolaise s'appesantit et se consacre moins aux faits. Les commentaires, l'analyse et l'interview sont les principaux genres journalistiques les plus usités et répandus à travers les colonnes des périodiques au Congo.

« La prédominance du reportage, du commentaire et de l'interview n'est pas forcément synonyme de qualification et de compétence chez les auteurs des articles comme cela pourrait le laisser croire, écrit Guy Noël Sam'Ovey. Au contraire, poursuit-il, elle est plutôt le fait de la combinaison de plusieurs facteurs négatifs qu'on trouve chez la plupart des journalistes congolais : faible niveau de qualification professionnelle, peu de connaissances des cadres juridiques et professionnels, peu de maîtrise de la langue française, absence de documentation personnelle, manque d'habitude de lecture et de fréquentation des bibliothèques et autres centres d'information et de documentation, peu d'enthousiasme pour un travail de fond42(*)».

Ainsi, la prédominance du commentaire comme genre journalistique dans la presse congolaise entraîne de facto à un discours monologue par lequel, l'énonciateur (journaliste) cesse d'être médiateur pour jouer beaucoup plus le rôle de prescripteur ; se mettant ainsi dans la peau du citoyen qu'il entend informer, et mieux convaincre, mais qu'il prive de parole dans ses articles.

Une presse urbaine

« La presse congolaise a une pénétration quasi-nulle dans l'arrière-pays43(*) », écrit J. C Gakosso. Lequel estime, à juste titre, que cela s'explique par la concentration des populations dans les grandes agglomérations, le pouvoir d'achat faible et l'analphabétisme (souvent très élevés en milieu rural) et un réseau national de communication défectueux rendant l'accès aux localités secondaires très difficile.

Partant, c'est donc à Brazzaville (capitale politique) et Pointe-Noire, la capitale économique, les deux principales agglomérations, dans lesquelles on note une forte concentration de la population et la présence d'un certain nombre d'infrastructures de base, qu'est diffusée la presse papier. Mais dans la plupart des cas, les journaux congolais sont édités à Brazzaville où sont implantées les imprimeries. D'ailleurs, cette presse ne traite souvent que de l'actualité citadine : le quotidien ou les réalités de la campagne quant à elles sont évoqués à l'occasion d'une "visite de travail" organisée par un ministre ou lors d'une "descente parlementaire" lorsqu'il s'agit d'un parlementaire. En dépit des tentatives d'acheminement des journaux à l'intérieur du pays, des organes de presse tels que Talassa, Le Patriote, La Semaine africaine et bien d'autres, n'ont jamais réussi à mettre fin au retard avec lequel les journaux sont livrés. Qui plus est, les tarifs fixés par des agences de messagerie ou de transport n'encouragent pas la diffusion de la presse dans le Congo profond.

Un lectorat fantôme

L'audience de la presse congolaise n'est pas encore mesurée et connue, cela d'autant plus que le projet d'enquête ou de sondage sur le lectorat de la presse écrite congolaise élaboré par la direction de la presse et de l'édition du ministère de la communication n'a jamais été réalisé « faute de moyens financiers44(*) ». La méconnaissance du lectorat par les organes de presse est étonnante d'autant plus que dans notre échantillon, à l'exception du Patriote et de l'Observateur, aucun autre périodique n'a pu donner une estimation sur son audience. Laquelle demeure concentrée dans les grands centres urbains. Le prix d'un imprimé, généralement fixé à 500 F CFA (1$ environ), est trop élevé entendu que plus de la moitié de la population congolaise vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire, avec moins d'un dollar par jour. Un écueil qui ne saurait favoriser tant l'élargissement du lectorat de la presse que ses recettes de vente au cash. Tout ceci combiné spécifiquement au faible pouvoir d'achat des paysans et des ruraux, à l'illettrisme anéantit les efforts et l'espoir d'élargir le lectorat de la presse écrite. Le mauvais état des réseaux de communication ne milite pas non plus à une large distribution de journaux qui d'ailleurs souffrent d'un manque de messagerie (publique ou privée).

Cependant, si l'on considère le faible pouvoir d'achat de la population congolaise dans son ensemble, en dépit du taux d'alphabétisation (92,1 % en 2011 selon le site officiel du gouvernement) qui constitue un atout pour investir dans la presse écrite, il convient de distinguer les potentiels clients des feuilles imprimées des simples lecteurs. Car les lecteurs de la presse ne sont pas essentiellement ceux qui déboursent de l'argent pour se procurer un exemplaire. Ce qui offrirait un large éventail de lecteurs que seul un sondage saurait déterminer le nombre. « Au-delà du cercle des acheteurs de presse, les lecteurs sont beaucoup plus nombreux. Chaque journal est lu par un ou plusieurs personnes dans la famille, au bureau, dans les salles d'attente ou les bibliothèques45(*) ».

Pourtant, avec ce taux d'alphabétisation (92,1 %), et fort du nombre d'interlocuteurs capables de lire et écrire le français (56 % de la population totale) », le Congo, notamment la presse écrite congolaise, peut atteindre et gagner un lectorat large d'autant plus que 60 % de la population vit dans les grands centres urbains. À cet égard, un rapprochement entre le taux d'alphabétisation et le nombre réel des lecteurs de la presse à travers la vente au numéro et les abonnements devrait être envisagé, pour peu qu'on se donne une idée plus ou moins claire sur l'audience de la presse écrite. Dès lors, il est donc de l'intérêt des promoteurs des médias d'avoir une parfaite connaissance, voire une maîtrise des différentes couches socioprofessionnelles pour savoir qui lit quoi. Une telle étude devait permettre non seulement aux périodiques de se spécialiser et de viser un public précis, mais aussi de vendre les espaces publicitaires en fonction tant de la taille du lectorat que de la place de l'annonce à travers les colonnes d'un journal. Pour les médias qui ont construit ou focalisé leur modèle économique sur la publicité, le développement de la logique du marché leur impose de ne pas ignorer que la culture de l'attention (logique basée sur le nombre d'entrées, de visiteurs, de lecteurs...) constitue le fondement du succès économique d'un média.

En résumé, la logique de la propagande l'emporte sur la logique éditoriale dans la presse écrite congolaise depuis la colonisation jusque dans les années 90. Inféodée à l'administration coloniale ou aux partis politiques qui la soutenaient financièrement, la presse s'est construite sur des bases partisanes. Le boum médiatique observé après l'ouverture politique aux débuts des années 90 - par la création de plus de 80 titres - illustre et renforce cette tendance de presse partisane parce que la plupart des titres étaient rattachés, directement ou indirectement, à un parti ou un homme politique : c'est le cas de La Rue Meurt, proche de Bernard KOLELAS, Le Choc, Le Flambeau, La Référence, Liberté, l'Espérance favorable à Denis SASSOU-NGUESSO et Le Temps, La Corne Enchantée, l'Alternative pro Pascal LISSOUBA. Dans les années 2000, la situation n'a pas beaucoup évolué comme on va le voir à la suite de cette partie.

Financement de la presse écrite congolaise

L'apport du financement classique demeure mitigé dans l'activité éditoriale au Congo. Dans l'ensemble, la masse salariale, l'impression et l'achat des intrants constituent des charges, pourtant fixes, mais les plus lourdes.

La plupart des organes de presse reconnaissent être en proie aux difficultés liées aux finances ou à la disponibilité de certains éléments nécessaires à la production matérielle d'un imprimé et évoquent l'intérêt de l'aide publique à la presse mais, n'indique pas clairement les stratégies mises en place pour surmonter ces difficultés. Cet état de choses nous conduit à revisiter les sources de financement classique de la presse (congolaise) en s'appuyant sur le cas de Talassa.

Le financement direct

Les recettes de vente au numéro, par rapport aux coûts de fabrication d'un journal, à la cherté des intrants et au prix de vente pratiquée par des journaux tels que les Dépêches de Brazzaville ou le Patriote, ne peuvent permettre un retour sur investissement ou, comme le préconisait Émile de Girardin, de « payer l'impression et la distribution46(*)». Car, dans la plupart du temps les recettes de vente ne sont bonnes que parce que des journaux sont vendus à prix dérisoire : c'est le cas des Dépêches de Brazzaville qui coûtait 100 francs CFA (0,16 €) avant 2013, du patriote vendu à 200 F CFA ou la Semaine africaine qui vend un exemplaire à 350 F CFA. Or, pour tous ces organes qui indiquent des recettes de vente « bonnes ou encourageantes », il convient de signaler que deux types de tarification sont pratiqués : le prix de gros ; pour les vendeurs à la criée qui achètent l'exemplaire à 60 F CFA pour les Dépêches de Brazzaville, 200 F CFA pour La semaine africaine ou 300 F CFA pour Talassa en vue de les revendre au prix indiqué dans le bandeau de chaque journal. En clair, tout se passe comme si environ 40 % des recettes de vente étaient investies dans la distribution des journaux déjà vendus en deçà de leur prix de revient. Dans ces conditions, plus d'un organe de presse écrite congolais est voué à l'échec car, éditer un hebdomadaire qui tire à 1000 exemplaires est un suicide économique du fait que le seuil de rentabilité se situe autour de 1500 exemplaires. Ce suicide économique est évident du moins pour les organes tels que Boponami, Maintenant ou Nouvelle vision dont le tirage ne dépasse pas 1500 exemplaires. Cependant, le simple fait pour Talassa par exemple d'atteindre, à certaines parutions, des recettes de vente au numéro de 500 à 600.000 F CFA augure sans doute des possibilités d'affaires. Le tableau ci-dessous donne plus de détails sur les recettes de vente du bihebdomadaire Talassa pour une période de plus douze (12) semaines.

Recettes de vente au numéro chez Talassa

Si l'exemple rapporté ne couvre pas une période de longue durée (12 mois par exemple) pour permettre de tirer des conclusions définitives, il a au moins le mérite de donner une vue panoramique des ventes dans un périodique tout en gardant à l'esprit qu'il y a des temps de récession et que, selon les événements dans le pays et les sujets traités dans l'actualité, les ventes peuvent être encourageantes ou non.Il sied de noter que les disparités sur le volume de tirage d'une édition à l'autre s'expliquent soit par le nombre de rames de papier utilisées pour l'impression, soit par les pertes de papier occasionnées par des machines encore très mécaniques. Ainsi, à cause de la pénurie ou de la mauvaise qualité du papier, le nombre d'exemplaires escomptés est souvent revu à la baisse.

Pour ce qui concerne la périodicité qui n'est pas fixe, l'obtention d'un encart publicitaire ou d'une annonce conduit souvent les dirigeants à anticiper ou retarder la parution d'une nouvelle édition de deux à trois jours ; cela au détriment du besoin de fidélisation et de respect des lecteurs. Pour avoir assuré la vente, la distribution et supervision de la production d'un journal, nous pouvons considérer au regard des recettes de vente au numéro, qu'il existe des possibilités d'affaires susceptibles de contribuer à la viabilité ou la viabilisation des entreprises de presse au Congo.

Comme cela peut transparaître, il est ici question essentiellement de la vente des imprimés et non de l'espace publicitaire. Les contrats ou le paiement des encarts publicitaires étant souvent du ressort des patrons de presse. Donc, ni les recettes publicitaires ni les recettes des abonnements et moins encore les recettes découlant des recouvrements de journaux déposés dans les librairies ou kiosques à journaux qu'elles soient importantes ou insignifiantes, ne sont pris en compte ici. Sur la base des données, bien qu'incomplètes, auxquelles nous avons pu accéder, Talassa a réalisé, en trois mois, une vente globale de 6.506.300 F CFA (9 919 €) contre une somme de 4.392.000 de F CFA (6 695 €) à titre de dépenses minimales représentées dans le tableau suivant.

Type de dépenses mensuelles d'un bihebdomadaire à Brazzaville (Talassa en 2012)

 
 

Très souvent, à cause de la pénurie, le prix de la rame de papier dépasse la somme de 20.000 F CFA. Ce qui peut considérablement affecter tant le tirage que la trésorerie des médias obligés de faire face à l'instabilité de ces coûts (qui seraient normalement fixes au même titre que les salaires).

Malgré l'avantage d'avance de trésorerie qu'offre l'abonnement, très peu d'organes de presse écrite congolais disposent d'un large éventail d'abonnés. Talassa par exemple compte moins de 30 abonnés, tandis que Le Patriote indique en avoir 200. Mais dans tous les cas, la vente par abonnement semble être négligée par les organes de la presse écrite qui ne procèdent pas aux campagnes d'abonnement.

La publicité : un marché marginal

Le marché de la publicité en République du Congo se développe dans une absence de règles éthiques et de codes de conduite régissant le secteur de la publicité. Concrètement, le manque d'encadrement du secteur est illustré par l'inexistence d'une législation, de textes réglementaires aussi bien pour ce qui est de la publicité commerciale que politique.

« En 1988, l'ensemble des entreprises commerciales du pays a déclaré un volume de publicité équivalent à près de 3 milliards de F CFA. Pourtant, jamais, ni Publi-Congo ni Afrimédia, qui ont, tour à tour, exercé le monopole en ce domaine, n'ont avancé de chiffre avoisinant 3 milliards47(*) ». Actuellement, avec la disparition de ces agences de publicité, il est difficile de cerner le marché de la publicité au Congo, même si André-Jean Tudesq notait en 1995 que « les ressources publicitaires ont facilité la gestion de la Semaine africaine48(*)». La réalité a peut-être changé actuellement, mais n'empêche que cela constitue un exemple de réussite.

À titre d'exemple, plus d'un périodique brazzavillois avait bénéficié d'un contrat publicitaire venant de l'Agence de régulation des postes et communications électroniques (ARPCE) de six (6) mois en 2011 sur une page (dernière de couverture) à raison de 1.000.000 F CFA (1 525 €) par mois. Ces genres de contrats sont rares, certes, mais pas introuvables. Ils attestent de l'existence d'un fort potentiel de rentrées du marché publicitaire. Ce potentiel est évident si l'on considère que « chaque mois, DVS + encaisse six (6) millions de Fcfa (reportages, dossiers, spots publicitaires, communiqués et autres entrées en espèces) et que sa masse salariale est de trois (3) millions de Fcfa ; tandis que les contrats avec les annonceurs rapportent aussi des sommes énormes à l'entreprise : la boisson énergisante Rox (12 millions de Fcfa/année), les opérateurs de téléphonie mobile MTN (1,4 million de Fcfa/mois) et Warid (1,5 million de Fcfa/mois)49(*)».

Dans une enquête sur les politiques culturelles des pays d'Afrique centrale, l'Organisation internationale de la Francophonie, en estimant à « 50,1 millions de francs CFA » le chiffre d'affaires de la filière de la presse et des médias, confirme presque ce potentiel. Toutefois, l'enquête recommande que les données concernant le chiffre d'affaires du secteur soient prises avec beaucoup plus de précaution à cause d'un taux de réponses de 3 % (tandis que pour l'ensemble du secteur, l'enquête a permis d'identifier 71 structures dont 25 journaux, 11 chaînes de télévision et 23 stations de radio50(*)). Cependant, il ne fait pas de doute que les rentrées liées à la publicité demeurent difficiles à déterminer avec précision en raison de ce que les transactions importantes dans le domaine se réalisent dans le secret, voire l'opacité. À défaut des contrats publicitaires alléchants, les organes de presse se contentent des petites annonces, certes ponctuelles, et des publireportages non négligeables, plus ou moins réguliers et bien plus nombreux que les encarts publicitaires. On sait par exemple que dans plus d'une rédaction, officiellement le prix d'une page entière (peu importe généralement l'emplacement) est fixé à 200.000 F CFA (305 €). Pour ce prix négociable qui varie d'un organe à un autre en fonction des clients, trois quarts des bénéfices seulement reviennent dans la "caisse" de l'entreprise de presse qui, parfois et même souvent, cède 25 à 30 % de la recette pour commission afin d'entretenir le réseau.

Pour indication, en moyenne par parution, le quotidien les Dépêches de Brazzaville (16 pages) a 9 publicités contre 19 pour le bihebdomadaire la Semaine africaine (20-24 page). La Semaine africaine consacre pour sa part au moins une dizaine de pages à la publicité, tandis que nous dénombrons au moins six (6) pages dédiées à la publicité pour le quotidien brazzavillois. Le tableau ci-dessous donne plus de détails à ce sujet.

Publicités parues dans deux titres brazzavillois

Sur neuf (9) parutions, le nombre de publicités (communiqués, encarts publicitaires, offres d'emploi, publi-info/reportage, appels d'offres...) pour ces deux titres se présente comme suit :

La comparaison entre ces deux titres mérite d'être faite d'autant plus qu'aucun autre périodique au Congo ne parvient à mobiliser autant d'annonces : la moyenne pour Talassa, par exemple, est de cinq publicités par parution. Une moyenne qui reste inférieure à cinq publicités pour bien d'autres titres tels que Le Patriote, Nouvelle vision ou Maintenant et Boponami qui, comme Talassa, espèrent bâtir un modèle économique se fondant plus sur les recettes de ventes au numéro. Par ailleurs, lorsque nous observons le système de tarification de chaque entreprise de presse, force est de remarquer que chaque entreprise médiatique facture ses produits selon des critères propres. Les données sur les grilles tarifaires des quelques médias suivants regroupées dans un tableau nous édifient un peu plus.

Quatre (4) organes de presse ont retenu notre attention à savoir : Les dépêches de Brazzaville dont le prix de vente est passé de 100 à 200FCFA en novembre 2013, La semaine Africaine, journal de référence pour son ancienneté, vendu à 350 FCFA, Talassa en raison de ses parutions quasi régulières et TerrAfrica (une qualité appréciable), sans oublier Radio Magnificat classée parmi les médias en situation régulière. Ces deux derniers périodiques sont chacun vendus à 500 FCFA.

Grille tarifaire de Radio Magnificat

Communiqués nécrologiques

- Français 1000 Fcfa

- Kituba 1000

- Lingala 1000

Spots publicitaires

- Fabrication spot: 7500

- Diffusion spot: 3000

- Deux diffusion/jour 6000

- Quatre diffusions/jour 11.000

NB: Pour deux diffusions par jour pendant une semaine: deux diffusions gratuites.

Pour deux diffusions par jour pendant un mois: cinq diffusions gratuites

Communiqués divers

- Français 1500 Fcfa

- Kituba 1500

- Lingala 1500

NB: le communiqué est diffusé deux (2) fois par jour

Publi-reportages (radio)

.15 minutes 50.000 Fcfa

.30 minutes 90.000

.Une heure d'émission sponsorisée: 70.000 Fcfa

.Une heure d'émission simple: 35.000 Fcfa

.Emission de promotion: sur devis

- Messages publicitaires (simple lecture)

Deux diffusions par jour en langue: 3000 Fcfa

 

- Reportage radio: sur devis

Tableaux comparatifs des grilles tarifaires appliquées dans quelques entreprises de presse en matière de publicité

Les Dépêches de Brazzaville

Bande 5

1/8 de page

1/4 de page

1/2 page

Pleine page

32.400 FCFA

54.000 FCFA

108.000 FCFA

225.000 FCFA

450.000 FCFA

49 €

82€

165€

345€

690 €

Les frais techniques : 15.000 FCFA

La Semaine Africaine

1/8 de page

1/4 de page

1/2 page

Pleine page

25.000 FCFA

50.000 FCFA

125.000 FCFA

300.000 FCFA

Talassa

1/8 de page

1/4 de page

1/2page

Pleine page

50.000 FCFA

100.000 FCFA

200.000 FCFA

400.000 FCFA

TerrAfrica

1/4 de page

1/2 page

Pleine page

300.000 FCFA

600.000 FCFA

1.200.000 FCFA

Tarifs HT (TVA 18 % + CCA 5 % au Congo et 19 % en France)

A cause de la part minime du marché publicitaire qui revient aux médias, certaines entreprises médiatiques essaient de compenser ce manque à gagner en réduisant considérablement le prix d'une page publicitaire ou d'une minute pour la diffusion d'un spot dans l'espoir de gagner davantage de publicités. Dans ce contexte, les acteurs de la presse n'hésitent pas à faire appel aux relations personnelles, facteur déterminant pour décrocher un contrat publicitaire. Par exemple, pour obtenir une annonce provenant d'une institution gouvernementale ou ministérielle, l'observation participante nous a permis de voir que les acteurs de la presse se disent « obligés » de rétrocéder 20 à 30 % du prix d'une annonce à titre de commission. C'est souvent le cas pour les appels d'offres provenant de la Délégation Générale aux Grands Travaux (DGGT) ou les sociétés de téléphonie mobile. Le manque de données susceptibles de nous renseigner en toute fiabilité sur les recettes publicitaires des médias, l'inexistence d'une régie publicitaire pouvant assurer l'attribution des annonces publicitaires aux organes de presse et l'opacité dans laquelle travaillent les entreprises médiatiques, ne permet pas de se faire une idée sur les recettes publicitaires récentes, ni d'accéder aux cahiers comptables des organes de la presse congolaise. Ce qui explique pourquoi ce secteur reste considéré comme marginal ou réduit ; le secteur privé (à travers l'absence de compétition et la faiblesse de la consommation) l'étant encore plus. Du coup, les institutions gouvernementales gardent une influence sur les médias.

Cependant, quelques fois, par crainte d'être associés à des médias présentés comme proches de l'opposition, certains annonceurs osent préalablement s'informer ou tenir compte de la ligne éditoriale de certaines entreprises de presse vis-à-vis des pouvoirs publics51(*).

Ainsi, le fait que les entreprises de presse n'indiquent pas le montant de leurs recettes publicitaires implique soit l'intention délibérée de ne pas communiquer sur le secret des affaires, soit un déficit organisationnel ou les deux en même temps.

Les canaux de distribution

Au sortir des imprimeries, la presse est distribuée aux marchands de journaux que sont les librairies et les kiosques à journaux. Cependant, le moyen de distribution le plus efficace et répandu au Congo reste la vente à la criée. Elle est assurée par des groupes de jeunes qui s'approvisionnent comme grossistes et arpentent généralement les grandes artères des centres villes et principaux centres administratifs pour y écouler leur marchandise. En l'absence de messagerie de presse, ces jeunes vont directement au contact des clients/lecteurs contrairement aux librairies et kiosques à journaux. Dans certains cas, les journaux sont vendus de la même façon que les livres chez les bouquinistes, c'est-à-dire, étalés à même le sol.

In fine, la presse écrite est d'une vitalité remarquable. Mais elle n'est pas pour autant à l'abri de la concurrence de la radio, un média très populaire qui s'adapte bien à la culture de l'oralité en Afrique.

2.2 La radiodiffusion

Les débuts de la radio au Congo remontent à la période de 1935 à 1936 (Jean Tudesq), date à laquelle M. Boileau crée Radio Club, « une modeste station équipée d'un émetteur à faible puissance qui permet aux Brazzavillois et aux habitants d'alentour d'être constamment informés des nouvelles du monde».52(*)

Ces installations seront renforcées par l'implantation de Radio Brazzaville en 1940. Alors que la France et l'Europe sombrent dans la guerre, cette station radiophonique de la France Libre de "quatre émetteurs" est créée à l'initiative du général De Gaule pour mobiliser et galvaniser les résistants aussi bien en Europe que dans les anciennes colonies françaises53(*). En 1946, Radio Brazzaville devient Radio AEF. Cependant, « En 1959, au terme de la convention signée à Brazzaville entre l'Oubangui-Chari, le Tchad, le Gabon et le Moyen Congo, Radio AEF devient radio Inter Équatoriale. La maison de la radio construite pour la circonstance est dotée de deux émetteurs de 25 watts54(*)». Malheureusement, cette aventure ne durera guère longtemps car, le 18 avril 1960, Radio Inter Équatoriale cesse d'émettre conformément à la convention signée un an plutôt. Le 25 mai 1960, Radio-Congo, station nationale est inaugurée par le premier président de la République du Congo, l'abbé Fulbert Youlou et hérite du matériel et du personnel de Radio Inter Équatoriale.

Pour éviter les changements inhérents à son statut, Radio-Congo bénéficie, pendant les premières années, de l'assistance française par le truchement de l'Office de coopération et de radiodiffusion (OCORA). En 1965, Radio Congo devient La Voix de la révolution congolaise, après la création, en 1964, du Mouvement national de la révolution (MNR), le parti unique instauré par la révolution aux dépens du multipartisme. La Voix de la révolution congolaise reçoit de la République populaire de Chine deux émetteurs de 50 watts. À partir de juin 1991 et suite à la conférence nationale souveraine, la Voix de la révolution congolaise redevient Radio Congo. Et cela jusqu'à ce jour.

Selon les sources officielles, la première radio non étatique au Congo est Radio Alliance, créée par les opposants au régime de Pascal LISSOUBA en 199255(*). Comme Radio Alliance, Radio Congo Liberté, aujourd'hui Radio Liberté, a vu le jour dans l'intention de servir d'instrument de propagande en réponse à la confiscation des médias publics par le régime en place à l'époque. Pour bon nombre de citoyens, Radio Congo Liberté dont la première émission fut diffusée le 9 juin 1997 « sur la fréquence de la radio nationale » en se servant « des installations du centre émetteur du Point Kilomètre 13 (PK 13), au sud de Brazzaville », est la première radio n'appartenant pas à l'Etat.

Aujourd'hui, l'espace radiophonique congolais s'est développé quantitativement. Dans chaque chef-lieu de département, il existe désormais une radio locale ou communautaire. En 2005, l'Observatoire congolais des médias (OCM), dans un rapport sur l'état de la presse, a répertorié 20 stations de radio au Congo contre56(*), selon le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), 24 stations de radiodiffusion privées (communautaires, associatives, commerciales et confessionnelles) auxquelles il faut ajouter plus de sept (7) stations départementales et trois (3) radios publiques, parmi lesquelles Radio-Congo, la chaîne mère, en 200757(*). Du côté de la radio, l'évolution a été lente. Ce n'est qu'après la guerre de 1997 qu'on a observé l'ouverture des radios privées et des radios de proximité : Radio Liberté chaîne locale privée est née pendant la guerre du 5 juin, Radio Brazzaville créée en 1999 sous la base d'un décret réorganisant Radio Congo la chaîne nationale, est une radio locale ; Canal FM appartenant au ministère de l'agriculture (2001) et Digital Radio et Télévision (DRTV), une chaîne privée créée en 2002.

Selon les résultats du contrôle administratif et technique des entreprises de presse, d'imprimerie et du recensement des médias lancés le 4 juin 2013 par le Conseil supérieur de liberté de la communication (CSLC) rendus publics le 8 octobre 2013, "la situation administrative des médias est alarmante au Congo". Il ressort de ce contrôle que cinq (5) chaînes de radio seulement sont en situation régulière (Radio-Congo, Radio-Brazza, Radio Rurale, Radio Magnificat et Radio Mucodec) contre 56 en situation irrégulière pour absence d'autorisation d'exploitation, manque de conventions conclues avec le CSLC et inexistence de cahiers des charges. Dans le cas de la télédiffusion, sur 29 chaînes de télévision existantes, à peine deux (Télé Congo et Télé Pointe-Noire, toutes des médias de service public) sont en situation régulière. Les 27 autres chaînes sont classées en situation d'irrégularité pour non-autorisation d'exploitation, manque de conventions conclues avec le CSLC et inexistence de cahiers des charges. Ce tableau sombre n'a fait que confirmer le constat selon lequel « Le Congo-Brazzaville est encore en retard en matière de liberté d'entreprises de communication audiovisuelle. Ce retard est dû à la peur politique et au manque d'une volonté politique vers une réelle ouverture démocratique. Seuls les plus forts, les géants, ont le droit, sans autorisation et sans cadre juridique, de monter des radios et des télévisions privées »58(*).

En évoquant ce dysfonctionnement, Gilbert MAOUNDONODJI & Pascal BERQUE dénoncent une « politique de deux poids deux mesures59(*)» de la part du CSLC accusé de favoriser les proches du pouvoir en place dans l'attribution de fréquences et des autorisations de créer des chaînes de radios et télévisions. Vraisemblablement, après la presse imprimée, la radio est le média le plus en vue. L'usage des langues locales sur la voix des ondes participe certainement à son adoption tant en milieu urbain qu'en milieu rural. D'ailleurs, dans chaque localité (département, commune et district) au moins une station radio émet en modulation de fréquence (FM). Mais de manière générale, la présence de la radio est importante en campagne. Cependant, que l'on soit en ville ou en campagne, quelques variables sont très remarquables pour la plupart des stations de radios de proximité.

Le marché de la radiodiffusion

Présente dans la quasi-totalité des foyers africains, la radio est le média de masse par excellence en Afrique. Ici, « la radio s'est intégrée, dans la société et dans la vie africaine. Elle n'est pas seulement, le média le plus utilisé, c'est aussi le mieux africanisé60(*) ». Ce phénomène radiophonique observé de façon générale sur le continent africain n'échappe sans doute pas au Congo étant donné que ce pays est parmi ceux qui ont très tôt hérité de la radiodiffusion. Ainsi, le paysage radiophonique actuel se présente en plusieurs segments de marché opérant simultanément : le marché international, le marché national et local. Au niveau international, il est à noter que les chaînes de radiodiffusion à vocation internationale émettent sur satellite et en ondes courtes. Il s'agit des radios étrangères : Radio France Internationale (RFI), BBC, La Voix de l'Amérique, Radio Vatican ou Africa n°1 contre lesquelles les radios congolaises ne peuvent rivaliser. Au niveau national par contre, Radio Congo, la chaîne nationale de radiodiffusion est en situation de monopole en matière de couverture de toute l'étendue du territoire national, tandis que le marché local est quant à lui adapté selon les zones géographiques ou les collectivités à partir desquelles des radios diffusent.

Le marché local est lui caractérisé tantôt par une situation de monopole (cas de Radio Mossendjo), tantôt par une situation d'oligopole (Dolisie et Nkayi où l'on compte plus de deux stations radios). Dans l'ensemble, on ne constate pas un effort de spécialisation des stations par le choix du public cible (auditoire jeune, adulte, vieux ; femme, homme). L'émergence d'autres types de radios que généralistes adaptés à un type d'auditeur particulier se fait encore attendre. Les similarités sont donc forte tant en termes de format, de couleurs d'antenne, de caractéristiques techniques qu'en termes de public visé.

Les stations de radiodiffusion au Congo émettent aussi bien sur la bande SW que FM, offrant ainsi des programmes certes variés mais peu originaux. Dans tous les cas, la taille et l'importance d'un marché (national ou local) doivent se définir et se mesurer par rapport au nombre d'auditeurs atteints par une station de radio. Certes, Radio Congo est la seule station à couvrir tout le pays, mais à l'instar des autres radios, son audience qui pourrait être estimée la plus large demeure inconnue. Pourtant, plus de la moitié de la population congolaise possède un poste radio et la réception des ondes radiophoniques via les téléphones mobiles et dans les véhicules contribue à l'élargissement sinon au maintien de l'audience de la radio malgré la concurrence des nouveaux médias. Tenant compte aussi du nombre de fournisseurs qui ne cessent de s'installer, l'hypothèse de la hausse de la demande des consommateurs des produits radiophoniques peut être posée.

L'affiliation des radios

En ville comme en campagne, force est de constater que les radios sont en majorité la propriété des acteurs politiques : à Nkayi, Radio Solidarité de l'ancien Ministre Émile MABONZO, Radio Divouba du feu député de l'UPADS, Jacques MOUANDA MPASSI ; et à Dolisie, Radio Télévision Nouvelle Alliance appartient à Pierre Michel NGUIMBI (ancien ministre). Les collectivités décentralisées sont aussi propriétaires des stations radiophoniques : Radio communautaire du Conseil départemental du Niari, Radio Télé Nkayi, pour le Conseil municipal de Nkayi ou Radio Mossendjo placée sous le contrôle de la mairie. Dans certaines localités, le ministère de l'agriculture est également un important propriétaire et commanditaire de stations radiodiffusion (Radio rurale à Brazzaville et d'autres Radios rurales dans le département de la Bouenza), au même titre que les hommes d'affaires. Seulement, une tendance se dégage : la plupart des hommes d'affaires patrons d'une station de radio sont dans l'ensemble des gens proches du régime au pouvoir : DRTV du général Norbert DABIRA ou Ponton Fm de François NDOUNA à Pointe-Noire. Heureusement, la société civile marque progressivement sa présence dans le paysage radiophonique congolais à travers des initiatives telles que Forum Radio Télévision des Droits de l'Homme (FRTDH) à Brazzaville et les radios confessionnelles (Radio Magnificat à Brazzaville, Radio Maria à Ouesso et Pointe-Noire ont pour propriétaire l'Église catholique, Radio Louzolo, Radio Centenaire de l'Église évangélique du Congo...), ce qui pourrait, en cas de dérives sur les ondes des autres stations, dépassionner l'information.

Les périodes de mise en place

Cette variable aurait pu être passée sous silence et ne représenter que peu d'intérêt. Mais dans l'échantillon des radios dont les acteurs politiques sont commanditaires, la quasi-totalité des stations de radiodiffusion ont été implantées à l'orée des échéances électorales. On note par exemple : à Brazzaville, DRTV est créée en novembre 2002, soit quelque mois après l'élection présidentielle, mais en pleine période des élections législatives ; à Nkayi, Radio Solidarité est installée et lancée en juin 2012 à la veille des législatives ainsi que Radio Télé Nkayi (Avril 2012) ou Radio Divouba en Avril 2009, soit quelques mois avant les élections présidentielles tout comme la radio Canal Océan, lancée le 19 novembre 2011 à Pointe-Noire. Certes, un regard sur les dates de création des radios comme Magnificat (2006) ou Maria (2008) impose de la prudence avant de se livrer à toute extrapolation ou généralisation. Mais il ne paraît pas moins vrai que cette coïncidence avec les calendriers électoraux n'est pas le fruit de la providence comme nous le verrons par la suite pour les cas de la télévision et de la presse écrite. Toutefois, il sied de noter l'exemple de la première radio privée au Congo (Radio Liberté) et celui de la radio nationale dont l'histoire ne peut masquer la visée des médias de propagande politique. D'ailleurs, la propagande (politique, commerciale, religieuse) est vraisemblablement la motivation qui sous-tend l'implantation des radios au Congo. Les radios rurales pourraient constituer une exception. Mais n'en demeure que la promotion de l'agriculture soit une forme de propagande à des fins socio-économiques.

C'est dire que les visées politiques ont sans doute convaincu les acteurs sociaux en général et les potentiels candidats aux différentes élections en particulier, de l'importance de la radio de proximité comme support par excellence pour mobiliser ou sensibiliser et rallier les communautés. Étant donné que la presse écrite est élitiste et urbaine. La faiblesse de la radio nationale, difficilement captée dans certaines localités situées dans le Congo profond, explique aussi cette nouvelle donne surtout si l'on considère que la grille des programmes de Radio Congo ne peut répondre aux attentes particulières des uns et des autres.

C'est ainsi que la radio peut consolider, quand elle ne les fragilise pas, les liens sociaux. La référence aux communiqués radiodiffusés, depuis les origines de la radio au Congo, illustre bien le rôle que la radio peut ou a pu jouer dans le maintien des liens entre les familles et les communautés, mais aussi comme puissant moyen de communication à une époque où le téléphone était un luxe et la radio un instrument remplaçant le tam-tam. Autrefois, la radio a servi à la construction de la sociabilité grâce à « l'écoute collective », réel facteur de l'oralité qui caractérise les sociétés africaines. Aujourd'hui, cette expérience concluante, en dépit des pratiques individualistes entraînées par les technologies de l'information et de la communication dans la consommation des médias, paraît encore envisageable pour peu que les vocations des médias (informer, sensibiliser et divertir) gardent une visée pédagogique. Dans cette optique, le rôle du journaliste doit être, comme le pense Sophie MOIRAND, « celui d'un intermédiaire qui manifeste des intentions de didacticité »61(*). Dans son rôle de médiateur ou de prescripteur, le journaliste devrait faire appel au savoir, c'est-à-dire au rationnel et laisser l'émotion et la séduction aux communicants. Et dans un État démocratique, la presse incarne le « rôle de critique vis-à-vis des pouvoirs politique, économique, scientifique ». Cette péroraison tient de mise en garde contre toute intention de transformer tout média en instrument de combat politique : le rôle controversé des radios dans le génocide rwandais et dans la guerre civile au Congo-Brazzaville et les « guerres médiatiques » (Francis Balle, 2007) en cours depuis la Seconde Guerre mondiale interpelle au plus haut point journalistes, futurs journalistes et enseignants dans les écoles de journalisme. Mais comment mettre en garde contre toute confusion des entreprises médiatiques dont les ressources elles-mêmes sont sujettes à incertitude ?

Les ressources

De manière générale, il faut distinguer deux situations : celle de la radio dans les grands centres urbains et celle de la radio dans les centres secondaires ou périphériques. Si l'on s'en tient aux statistiques du CSLC en 2008, force est de constater la domination de la radio comme support médiatique en campagne, ainsi que l'on peut le voir à travers le tableau suivant.

 

En campagne

Dans les centres secondaires, les stations de radios sont sous-équipées et ne disposent que de très peu de journalistes qualifiés et permanents ou presque pas. À Ouesso, deux « journalistes/animateurs permanents » tiennent Radio Maria, tandis qu'à Radio-Nkayi, on compte un journaliste permanent contre cinq journalistes/animateurs permanents à Radio Divouba. Le reste du personnel est composé de volontaires souvent retenus pour leur appartenance à l'église (catholique en l'occurrence). Ailleurs, les effectifs de tout le personnel confondu n'atteignent guère une dizaine de personnes. La rareté d'un personnel qualifié est la conséquence d'un manque de ressources financières nécessaires à la prise en charge des journalistes professionnels qualifiés.

D'une part, que ce soit la Radio Maria à Ouesso, RTNK, Radio Divouba ou Radio solidarité à Nkayi et Radio Mayombe à Dolisie ou Radio Mossendjo, aucune de ces stations de radio ne dispose d'un budget. Les services des animateurs sont ainsi rarement rémunérés. Quand ils le sont, les sommes versées aux animateurs excèdent rarement 30.000 francs Cfa (environ 46 Euros).

D'autre part, les recettes publicitaires en campagne sont inexistantes sinon dérisoires. En période faste, elles avoisinent à peine la somme de deux cent mille francs Cfa par an62(*). Ce qui ne permet pas un équilibrage entre, par exemple, les recettes et les dépenses tributaires à l'électricité, les charges salariales, les dépenses courantes et la production. Le déficit est tellement évident que ces radios sont transformées en grande partie en radio musicale, compte tenu de la place qu'elles occupent. Dans la mesure où on peut les identifier comme des radios communautaires, le niveau de vie des populations rurales, malheureusement, ne peut permettre à une communauté de prendre en charge et d'animer une radio. Certes, générer 100£ par mois est un défi que les radios en campagne ne parviennent pas à relever, mais l'hinterland représente un marché potentiel partout où la radio nationale est difficilement reçue et où les radios privées peuvent servir à la mobilisation des communautés.

En ville
Au regard des réalités socio-économiques propres au Congo, on peut dire que les radios installées en ville s'en sortent mieux. Dans les grandes agglomérations, le personnel de la radio est assez nombreux et le plateau technique mieux loti. On compte entre dix et vingt personnes en service dans une station de radio. Le personnel qualifié y est facilement identifiable en raison de la multitude d'étudiants sortis des écoles de journalisme prêts à faire carrière dans une entreprise médiatique. Seulement, les journalistes formés sur le tas sont aussi présents en bon nombre.

Sur le plan financier, les budgets demeurent un mystère et un souci qui soumet les radios publiques et privées à l'épreuve de la survie. Pour les rentes publicitaires, la radio nationale et DRTV, grâce à leur notoriété acquise à travers le temps, à notre sens, sont parmi les principaux bénéficiaires de la publicité. Cependant il n'en demeure pas moins vrai que la faiblesse de la majorité des médias locaux est leur incapacité à s'autofinancer. Cela pose le problème de l'avenir des radios qui pour l'heure restent de type généraliste. Car, en pratique, il n'y a pas de différence réelle dans les programmes entre les radios dites commerciales (DRTV, DVS +); confessionnelles (Radio centenaire - Église évangélique du Congo à Pointe-Noire, Radio Magnificat, Radio Louzolo), rurales, locales ou communautaires. Les radios généralistes qui ont vu leur public se tourner vers les radios chrétiennes ont réagi par la mise en place d'une programmation faisant place aux émissions et aux musiques religieuses qui constituaient leur particularité. Toutes se disputent le même public et toutes proposent quasiment les mêmes contenus : avis et communiqués, dédicaces, location du temps d'antenne... La confusion est grande. Malgré, le verrou de la méfiance et du secret commercial qui bloquent l'accès aux données comptables des entreprises de presse, « des bénéfices existent » 63(*). En revanche, l'instabilité de l'électricité, la production, la logistique, la masse salariale et les charges courantes ont forcément un coût important pour les radios de proximité qui constituent un support conséquent pour sensibiliser toute la population congolaise. En revanche, l'instabilité de l'électricité, la production, la logistique, la masse salariale et les charges courantes ont forcément un coût important pour les radios de proximité qui constituent un support conséquent pour sensibiliser toute la population congolaise.

Quelques sources de financement complémentaires en radio

On distingue parmi ces sources complémentaires :

- Les communiqués (nécrologiques et divers) radiophoniques : permettent aux radios d'engranger un peu plus de 50.000 francs Cfa (100 dollars) par mois. Très répondus et pratiqués dans toute l'Afrique, ils s'adaptent à tous les types de radio en ce que les naissances et décès rythment la vie de tous les jours dans toute société ;

- Les dédicaces payantes : c'est aussi une des spécificités des Africains qui adorent non pas seulement être vus, mais également cités. Ainsi, ces dédicaces sont transformées en véritable source de revenus pour les chanteurs congolais par exemple. Très rentables en période de fêtes de fin d'année, elles s'incrustent parfaitement dans les séquences d'animation d'antenne ou de variétés musicales et ont l'avantage, dans le cas du Congo où l'audience des médias n'est pas connue, de se faire un rapport d'écoute comme c'est le cas avec les émissions téléphoniques radio interactives. Mais cette source de financement complémentaire impose beaucoup de prudence car elle peut être récusée par des auditeurs qui y voient une défaillance au niveau de la grille des programmes. Actuellement, les dédicaces payantes sont gravement menacées par les émissions radio interactives. Le recours à la téléphonie mobile pour ce type d'émission profite bien plus aux sociétés de téléphonie mobile avec lesquelles les radios ne parviennent pas à négocier une part des recettes tirées des appels lors « des émissions à téléphone ouvert » ;

- La location de temps d'antenne : une pratique présente dans les médias publics et privés. À Radio Magnificat par exemple, le Haut-commissariat à l'instruction civique achetait un espace pour produire et diffuser son émission « Renaissance citoyenne », tandis que l'Association Congolaise Accompagner (ACA) disposait d'environ trente minutes d'antenne pour la promotion des soins palliatifs pour des personnes en fin de vie pour au moins 70.000 francs Cfa par mois. Sur Télé Congo, on pouvait autrefois noter l'espace accordé aux confessions religieuses (communauté islamique et l'Église évangélique du Congo) pour des émissions consacrées à la promotion de leur foi ;

- La vente des produits dérivés : est encore faiblement répandue et consiste beaucoup plus en la location du matériel ou la fabrication des spots. À l'exception de DRTV qui propose des coffrets de musique au public, aucune autre radio ne confectionne ni tee-shirt ni casquette estampillée du logo de la radio.

2.3 Télédiffusion au Congo-Brazzaville

Comparée à la radio, la télévision est d'une apparition relativement récente au Congo-Brazzaville. Elle a fait son apparition au Congo deux ans après l'accession à l'indépendance politique. C'est en 1962 que l'Office de Coopération Radiophonique (OCORA) expérimentait la télévision à Brazzaville, en réalisant un essai dans le cadre de l'Assistance Technique fournie par la France aux États africains. Ainsi, le 27 novembre 1962, Fulbert Youlou, premier Président de la République du Congo, inaugure à Brazzaville la télévision nationale congolaise (dite Télé-Congo), la toute première station de télévision en Afrique noire francophone au sud du Sahara64(*). Diffusées en noir et blanc jusqu'en 1970, ses « premières émissions (27-11-62) ont attiré environ 10.000 personnes ».65(*) Dans ses débuts, Télé-Congo, comme toutes les autres télévisions nationales d'Afrique francophone, est marquée par une « centralisation administrative excessive »66(*), mais aussi caractérisée par une forte dépendance technique à l'égard de la France, un manque ou, un peu plus tard une pléthore en personnel, tantôt par la prédominance des programmes étrangers dont « 90 à 95 % en provenance de Paris 67(*)». Suite à la guerre civile de 1997, les installations de la télévision seront endommagées, puis réhabilitées à la fin des conflits armés opposant les partisans de Denis SASSOU-NGUESSO à ceux de Pascal LISSOUBA. Depuis 2010, les programmes de Télé-Congo sont diffusés sur satellite, en plus du nouveau siège dont le plateau technique a été partiellement renouvelé.

En dehors de la télévision nationale, le Congo dispose de plusieurs chaînes de télévision privées estimées à 14 en 2007 (CSLC) et 17 en 2005, selon l'Observatoire Congolais des Médias. Le plus grand nombre de chaînes de télévision sont implantées à Brazzaville et Pointe-Noire, mais il faut signaler l'existence d'un peu plus de sept (7) télévisions départementales de proximité qui sont en quelque sorte des "antennes départementales" de relais pour Télé-Congo, la chaîne nationale. Parmi ces chaînes privées les plus récentes, on peut citer, à titre d'exemple :

- Digital Radio Télévision, créée le 28 novembre 2002 à la faveur d'un partenariat publicitaire (sur une période de trois ans pour un montant de 200 millions de F CFA) passé entre la Compagnie française de l'Afrique de l'Ouest (CFAO) et le général homme d'affaires Norbert Dabira ;

- Top TV, créée en 2009 par Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, fille du président de la République du Congo dans le but de soutenir la candidature de Denis Sassou-Nguesso, candidat à sa propre succession à la présidentielle de 2009. « Une fois celui-ci réélu, Top TV est devenue généraliste. Pour le moment, il n'est pas encore question de rentabilité, mais seulement de stabilité »68(*);

En 2009 est aussi fondé Média Numérique TV (MN TV) de Maurice NGUESSO, frère du président de la République pour un investissement global de 300 millions de F CFA.

Le marché de la télévision

En dépit de l'ouverture médiatique, « le parc télévisuel de l'Afrique reste le plus faible avec moins de 3 % du parc mondial en 2004 »69(*). Toutefois, au Congo, la diversification du paysage télévisuel a fait de la télédiffusion un terrain sur lequel les opérateurs publics et privés se livrent à la concurrence sans délaisser l'amateurisme. Ainsi, la plupart de ces chaînes émettent en ondes hertziennes et relève encore d'un système analogique. Peu d'entre elles sont sur satellite et assurent une couverture totale du territoire national. Pour les télévisions proprement congolaises, elles sont toutes des chaînes conventionnelles ne nécessitant aucun payement ou abonnement pour y avoir accès.

D'où le fait que la télévision à péage en terre congolaise (Canal + par exemple) est synonyme de télévision occidentale. Ce qui suppose que dans ce cas, le coût d'accès aux chaînes étrangères n'est pas nul comme c'est le cas avec les chaînes de la République démocratique du Congo (RDC). En effet, dans l'hypothèse d'un abonnement au bouquet de Canal +, le consommateur doit supporter le coût de l'installation de la parabole. Cette contrainte économique restreint l'accès à ces chaînes de télévision aux classes aisées et moyennes, bien que le coût de l'abonnement ait aujourd'hui baissé. Le succès rencontré par le groupe Canal + qui s'installe dans les grandes villes illustre tout de même la faiblesse de l'offre télévisuelle nationale limitée à la politique et faisant une faible place aux programmes de divertissements/ sport et musique.

Le site officiel du gouvernement (www.congo-site.com < http ://www.congo-site.com >) rapporte qu'en 2001, le nombre de postes téléviseurs pour 1000 habitants était estimé à treize (13). Cette faible possession de la télévision fait encore du petit écran un bien de luxe dans certaines familles et localités du pays, d'autant plus que cette possession dépend de l'électricité dont la desserte n'est pas assurée dans tout le pays.

Autrefois outil de ségrégation sociale et économique, aujourd'hui média de prestige et de séduction, la télévision est un support de communication onéreux en matière d'installation, d'équipement et de production. La télé reste un instrument de démarcation sociale entre différentes couches sociales tant en ville qu'en campagne. Son fonctionnement normal requiert plusieurs compétences et moyens à la fois ; ce qui peut, en partie, expliquer son faible développement au Congo.

Plus enclines à rechercher l'admiration voire l'adhésion du public à la vision des acteurs politiques, les télévisions congolaises perdent de la crédibilité devant l'offre médiatique internationale qui propose une « représentation médiatique fortement biaisée par un souci de spectacularisation et de représentativité »70(*), dans une visée sans doute de captation d'audience. Les télévisions congolaises se trouvent ainsi en marge de l'économie de l'attention soutenue qui commande les médias actuellement.

Télé Congo, la chaîne mère

Longtemps labellisée instrument de souveraineté nationale et symbole de pouvoir en République du Congo, elle a été historiquement caractérisée par un monopole se traduisant par le contrôle des pouvoirs publics ou tentative de contrôle par des forces non loyalistes pendant des périodes de crise. La télévision nationale est censée être un service public. Seulement, malgré le fait que les téléspectateurs s'acquittent de la redevance audiovisuelle, l'indépendance commerciale, l'engagement en faveur d'une programmation équilibrée et surtout l'un contenu politique équilibré ou impartial manquent gravement sur la liste des éléments qui fondent la notion de service public.

À ce titre, Télé Congo reste un support de légitimation de pouvoir convoité par tous les prétendants au pouvoir. De ce fait, l'audiovisuel public est confronté à ce que l'Unesco appelle trois influences contradictoires : l'ingérence éditoriale, les tâtonnements des régulateurs et le niveau d'exigence plus élevé d'un public qui dispose de nombreux éléments de comparaison.71(*) Au regard de ces éléments, il est capital que Télé Congo achève le passage d'une télévision d'État à un service public de l'audiovisuel. Pour cela, les médias contrôlés par l'État (Télé-Congo et Radio Congo particulièrement) doivent cesser d'être des médias d'État pour se transformer en service public de l'audiovisuel disposant d'un statut officiel clairement défini et libre de choisir une ligne éditoriale.

Par ailleurs, malgré ses nouvelles structures, la télévision nationale n'a pas encore migré vers le numérique et joue aux abonnés absents sur le Web demeurant ainsi à la marge de l'interactivité offerte par le Web. Pour autant, la télévision nationale congolaise dispose d'une belle « coquille [...] mais elle sonne creux », explique François Soudan. Ce journaliste, rédacteur en chef de Jeune Afrique décrie dans une de ses interventions au sujet de Télé Congo, des « lugubres comptes rendus d'audiences [...] des images aussi ternes qu'interchangeables, des suivis soporifiques de la moindre tournée préfectorale et du plus insignifiant des colloques, de cadrage et éclairage défectueux, de montages aléatoires, décalage de la bande-son, zoom obligé et complaisant sur le visage des personnalités »72(*)dont on ressasse les téléspectateurs quotidiennement.

Quelques caractéristiques du paysage télévisuel congolais

Submergé par la couverture quasi quotidienne des colloques, séminaires ou voyages de certains dirigeants, l'audiovisuel congolais ne développe presque pas une politique d'économie d'attention. Il véhicule des contenus majoritairement orientés vers la politique ainsi que le témoigne l'omniprésence des formations politiques sur le petit écran. Le public visé demeure fortement urbain et les programmes télévisuels proposés foncièrement généralistes et quasi-identiques. Et jusqu'à ce jour, seules deux opérateurs : Télé Congo (opérateur public) et DRTV (opérateur privé) ont pu se mettre sur satellite et étendre leur couverture. Cependant, même pour la télévision nationale, la couverture intégrale de toute l'étendue du territoire national congolais est aléatoire ou simplement une vue de l'esprit. La domination des télévisions de proximité telle que les signaux émis par un opérateur donné ne peut couvrir plusieurs localités à la fois. Dans un registre tout à fait différent, on remarque aussi que la télévision est aujourd'hui un outil de m'as-tu-vu. La pertinence d'une telle analyse est à chercher dans les propos du directeur général de DRTV lorsqu'il déclare : « Comme les Congolais aiment bien se voir à la télévision, nous allons les filmer et nous diffusons un reportage d'une minute sur leur vie ». Et nous associons volontiers cette affirmation à l'anecdote d'une directrice qui assiste au montage après la couverture d'un événement dans l'institution dont elle a la charge pour sélectionner les séquences (gros plan, plan large) sur lesquelles elle est télégénique. Beaucoup plus qu'une simple anecdote, ces récits donnent un aperçu sur la soif d'exposition qui caractérise les Congolais en général et leurs dirigeants en particulier. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir l'ouverture d'un colloque ou d'une conférence être retardée parce que la presse (allusion faite aux caméras de la télévision) n'est pas encore sur les lieux de la cérémonie.

Des télévisions au financement dérisoire

Au lancement, certaines chaînes de télévision ne disposent que de fonds de roulement aléatoire. Pour le cas de DVS + par exemple, « les fonds nécessaires au fonctionnement ne sortaient rien que de la poche du patron/promoteur »73(*). Dans cette structure comme dans bien d'autres, « il est difficile de parler d'un budget de fonctionnement par rapport à l'amortissement du matériel »74(*) qui nécessite un renouvellement permanent. DVS + représente un échantillon élargi des médias pour lesquels l'aide publique à la presse et la redevance audiovisuelle ne comptent pas parmi les sources de financement.

Dans certains cas, quoi que disposant de budget, plus d'une chaîne de télévision (publique comme privée) doit trouver des stratégies visant à surmonter les difficultés financières... Ainsi, en dépit de son budget annuel de 500 millions de francs Cfa75(*), DRTV qui à l'ouverture du paysage télévisuel en 2001 jouissait d'un monopole, est désormais soumise à l'épreuve de la rude concurrence qui n'a pas manqué de réduire les parts de ses recettes publicitaires. Selon un article de JeuneAfrique sur les télévisions privées à Brazzaville, la majorité d'entre elles sont « à la recherche d'une stabilité financière ».

Par ailleurs, du côté de l'opérateur public (Télé Congo), les budgets de fonctionnement alloués aux médias d'État sont aussi jugés limités. Détenue à 100 % par la société publique de radiodiffusion et télévision de l'État congolais, le Centre national de Radio Télévision congolais  (CNRTV), Télé Congo bénéficie d'un budget annuel de l'ordre de 135 millions de francs CFA. Cependant, ce budget est destiné au fonctionnement et non à la production et le « mécanisme de décaissement est lent »76(*). D'où l'arrivée tardive des fonds ; ce qui expose les directions de radio télédiffusions nationales à la précarité et la débrouillardise, mais aussi une dépendance (en matière de production audiovisuelle) vis-à-vis de la France.

Les télévisions : le modèle du tout payant

En réponse au déficit de financement, entreprises médiatiques et journalistes ont fait de l'information un produit intéressé. Dans une formule ironique un journaliste77(*) en poste à Télé Congo affirme : « on va en reportage chercher l'argent et non l'information ». Ce témoignage donne la mesure d'une prostitution de l'information et du métier de journaliste.

En plus d'une publicité au marché réduit où l'espace publicitaire est bradé, d'une part le spot d'une minute et demie est facturé au cas par cas selon la taille de l'annonceur : pour un salon de coiffure par exemple, le coût du spot s'élève à 30.000 Fcfa contre 50.000 Fcfa pour un transitaire78(*). D'autre part, faute d'un cadre juridique et professionnel organisé régissant la publicité, l'information en forme de journal télévisé, reportage ordinaire (à la différence du publireportage), communiqué ou émission, sert à générer des fonds. La recherche du profit semble l'emporter sur le droit du public à une information pluraliste, honnête, équilibrée, pertinente et neutre. Cette mauvaise pratique journalistique est très répandue de sorte que certains journalistes/présentateurs ou animateurs d'émissions sollicitent de leurs invités le versement d'une contribution financière ou d'une contrepartie financière officiellement destinée à l'achat du matériel de production (bande magnétique, minidisque, DVD...) alors qu'il existe un budget pour répondre à ce genre de besoins. Dès lors, une tendance à n'inviter que les plus offrants sur les plateaux de télévisions se dessine. À Télé Congo ou sur le plateau de DRTV, des invités au journal télévisé ne versent quelquefois pas moins de 150.000 francs Cfa pour un passage à l'antenne. Ce qui prédisposerait les entreprises médiatiques à accorder plus de visibilité aux classes sociales dont les revenus sont considérables. C'est peut-être d'ailleurs le cas au regard du « No Comment », une séquence pensée par la direction de DRTV pour combler le rétrécissement de son espace publicitaire au cours de laquelle ceux qui souhaitent la médiatisation de leur vie ou activité paient le prix d'un spot publicitaire, c'est-à-dire 45 000 F CFA [soit 68 euros], expliquait Paul Soni-Benga, directeur général de Digital Radiotélévision (DRTV) à JeuneAfrique79(*).

Repenser l'économie des médias audiovisuels au Congo

La réalité ainsi peinte souligne la nécessité de [re] penser l'économie des médias au Congo-Brazzaville avec l'impératif de trouver un équilibre entre la logique éditoriale et la logique économique. L'essor de l'audiovisuel économique viable au Congo n'autorise plus l'amateurisme et impose la mise en place des stratégies génératrices de revenus efficaces. Ces stratégies commandent un distinguo entre le gratuit et le payant, l'information et le publireportage et une connaissance fiable du public et de ses attentes. Une telle politique nécessite que des moyens (humains, financiers, techniques) soient proportionnels aux résultats escomptés. Ainsi, les entreprises de presse audiovisuelle doivent assurer un équilibre entre dépenses, production, fonctionnement et ventes (recettes). Pour cela, l'audiovisuel national doit relever des défis majeurs de la technologie, de la formation, du financement et de l'audience (CIRTEF, 2011).

Les médias congolais devraient cesser de servir la propagande et saisir le potentiel économique qui leur est aujourd'hui reconnu en tant qu'élément des industries culturelles capable de contribuer à l'économie nationale. Cette ambition suppose une programmation qualitative mobilisatrice du public au lieu des émissions de remplissage. C'est dire, pour se répéter, que chaque entreprise médiatique, chaque télévision doit pouvoir disposer des statistiques quantitatives et qualitatives renseignant sur l'audience réelle et potentielle puis sur les attentes satisfaites ou à satisfaire.

Avec une meilleure connaissance de l'audience, l'audiovisuel pourra au fur et à mesure se spécialiser en fonction des attentes et des goûts du public, et cesser d'être généraliste (cherchant à toucher tout le monde au risque de n'atteindre personne). Même dites généralistes ces chaînes ont toutefois des dominantes politiques, musicales. Or, être généraliste suppose aussi avoir un contenu réel, des programmes divers et variés. Malheureusement, dans le cas du Congo, il s'agit des programmes au rabais sans casting et évaluation en termes d'audience. Résultat, des émissions sont tenues par des animateurs sans référence au public et performances.

Grâce à la connaissance du public cible, l'opérateur audiovisuel peut mieux fixer ou négocier le prix de son espace publicitaire. Si le public qu'il cible et touche est trois fois plus important que celui d'un concurrent, il en disposera comme argument pour justifier le coût d'une minute de diffusion. Cette vision commerciale appelle à l'abandon de l'héritage historique qui fait des médias en Afrique un instrument de divertissement (télévision et cinéma) et de lutte sans souci économique, pour en faire une industrie, une source de rentabilité et un levier économique. Les propos de Michael Schudson trouvent un sens lorsqu'il souligne que « le but des médias est de faire gagner de l'argent à leurs propriétaires, de fournir du travail à leurs employés, de s'assurer une position prestigieuse parmi leurs confrères, de divertir leur public »80(*). Une telle réforme dépend aussi du professionnalisme, c'est-à-dire, de la formation et du recrutement d'un personnel qualifié et compétent à qui il convient de réserver un traitement digne... Dans cet élan de changement, il est capital de redynamiser la production audiovisuelle nationale. La définition d'un quota sinon d'un pourcentage de programmes de pure production congolaise peut ainsi être envisagée et soutenue par le versement de la redevance audiovisuelle et la mise en place d'un fonds national de la production audiovisuelle. La mesure est à notre sens doublement avantageuse. D'une part, elle permet de réduire une forte dépendance à l'égard de l'étranger et, d'autre part, garantit plus de visibilité, de promotion à la culture nationale sans toutefois céder à la « colonisation culturelle » et fournit un contenu nécessaire à une filière audiovisuelle nationale.

Sans vouloir remettre en cause tous les efforts déployés dans le secteur de la presse nationale pour plus de professionnalisme, nous considérons toutefois que la production dépasse le cadre d'une table ronde ou d'un radio-trottoir enregistré sur une cassette recyclée, utilisée et effacée plusieurs fois. C'est le prix à payer pour faire face à la concurrence nationale et à celle des télévisions étrangères qui ont envahi les ménages.

Il sied de dire dans un registre tout à fait proche de la production, qu'il se pose un problème de programmation sur les écrans congolais. Le divertissement (séries nord et sud américaines au même titre que le cinéma nigérian et les variétés musicales), nous semble-t-il, y occupe une place prépondérante au point que la recherche d'un équilibre avec les autres vocations, à savoir informer et éduquer, constitue une priorité pour des télévisions qui, dépourvues de moyens financiers conséquents destinés à la production locale, se tournent vers des programmes de stocks étrangers dans l'espoir d'offrir au public des programmes attrayants. Cela est important parce que générer des ressources rime avec l'amélioration de l'offre télévisuelle et la conquête ou la fidélisation du public. Malheureusement, la nouveauté, la primauté et l'exclusivité y font toujours et encore défaut.

Par ailleurs, selon Mectar Silla, les bons programmes dépendent aussi du respect des droits d'auteur qui lui-même est le pivot de la production audiovisuelle. Or, malheureusement, c'est l'un des maillons faibles de l'audiovisuel congolais sur lequel se greffe la piraterie. La solution pour l'auteur est « la défense du droit d'auteur par un organisme de radiodiffusion télévision, c'est la défense de ses propres programmes car il ne pourrait y avoir de bons programmes de radiodiffusion et de télévision sans un encouragement de la création, des créateurs, sans la défense du droit d'auteur qui constitue un salaire différé, et sans protection des oeuvres produites »81(*).

Ce parcours sur l'état de la télévision en république du Congo amène à s'interroger sur les écueils du paysage médiatique congolais actuellement.

3 Les raisons des difficultés des médias congolais

Selon l'enquête sur le Profil culturel en République du Congo en 2012, la filière de la presse et des médias a comptabilisé « 2054 emplois »82(*). En 2013, le recensement administratif des professionnels de la communication mené par le CSLC a abouti aux résultats suivants : il y a au Congo 709 journalistes professionnels, 980 journalistes non professionnels83(*), 234 journalistes assimilés, 27 journalistes indépendants et 35 journalistes honoraires. Malgré les potentialités d'emplois offertes par ce secteur, rares sont les rédactions dont les effectifs atteignent la vingtaine de personnes.

3.1 Les acteurs de la presse

La plupart des entreprises médiatiques fonctionnent avec des effectifs très insuffisants, pour minimiser les charges salariales. On note ainsi une grande différence entre la presse publique aux effectifs pléthoriques (Radio et Télé Congo comptent chacune plus de 100 agents) et une presse privée aux effectifs limités dans laquelle l'exception de DRTV, qui emploie une centaine de salariés et collaborateurs, suscite l'admiration.

Les effectifs des rédactions

Métier envahi par des amateurs, des militants, des opportunistes qui y ont élu domicile avec les conséquences que l'on imagine sur la réputation des professionnels, le journalisme au Congo présente deux tableaux : le premier est celui des médias d'État souvent en situation de pléthore (Tidiane Dioh, 2009) et le second correspond au cas des organes de presse privés avec des effectifs modestes voire réduits. Parmi les organes de presse écrite congolaise, les titres comptant plus d'effectifs sont La Nouvelle République, média public (plus de 22 journalistes), Les Dépêches de Brazzaville (20 journalistes), Le Patriote (13 journalistes), La Semaine africaine (8 journalistes), Talassa (9 journalistes dont trois permanents), Boponami (3), L'Observateur (2), Maintenant et Vision Nouvelle un seul. Dans le cas de Talassa, Boponami, l'Observateur, Maintenant et Vision Nouvelle, les journalistes et même parfois des propriétaires de journaux, ont souvent en charge diverses tâches en dehors de celle de la rédaction, des reportages : il s'agit pour illustration, de la distribution et de la vente du journal. En période électorale par exemple, le déploiement des équipes de reportage pour certains organes de presse est difficile à assurer vu qu'il n'y a pas de ressources humaines mobilisables. Dans l'audiovisuel, Télé Congo comptait en 2005 plus de 300 agents. DRTV, première chaîne privée emploie une centaine de salariés et collaborateurs tandis que DVS + en compte une vingtaine.

Journalistes et précarité

La précarité des journalistes congolais est la conséquence d'un manque d'emploi et du non-respect de la convention collective qui devait régir le traitement des chevaliers du micro et de la plume. Face au chômage, volontaire, bénévole ou jeune diplômé, considère le passage à la radio, la télévision ou la presse comme un tremplin vers des meilleurs emplois. Dans certains médias, on parle de pigistes qui, très souvent ne bénéficient d'aucune rémunération et ne vivent que de la camorra.84(*) Cette pratique est également répandue dans les médias publics où plus d'un diplômé sert pendant un certain temps gratuitement dans l'espoir d'une intégration aux effectifs de la fonction publique. La sûreté d'une Sécurité sociale en tant que journaliste dans les médias d'État est d'ailleurs, en dehors de la précarité de l'emploi dans le privé, une des motivations justifiant le recours au débauchage : des journalistes du secteur privé n'hésitent pas à quitter leur rédaction pour rejoindre les médias de service publics dès qu'une occasion se présente... Ce qui ne veut nullement dire que les journalistes dans les médias d'État sont dans l'aisance ; sinon ils ne réclameraient pas le statut particulier de journaliste fonctionnaire.

Du côté des médias privés, la recherche d'une expérience professionnelle et d'un moyen de survie, fut-il dérisoire, l'emporte plus sur la négociation ou signature d'un véritable contrat de travail. Dans cette conjoncture, "l'employeur", le patron de presse est pris pour un bienfaiteur. Or, l'attitude de ces derniers frise généralement l'exploitation : en cas cessation de collaboration, les journalistes ne sauraient s'attendre à un droit ou privilège. Dans les pires des cas, la collaboration entre l'organe employeur et le personnel peut se terminer devant l'inspection du travail comme ce fut le cas en 2006 pour le personnel de Radio Magnificat ou récemment en 2012 à DVS + à la suite d'une grève pour raison de salaires impayés. En 2013, sur douze mois d'arriérés de salaires85(*), les travailleurs exigeaient le paiement du quart (trois mois) avant de relancer les émissions en radio et en télévision. À TPT, une autre chaîne de télévision à Pointe-Noire, les travailleurs sont même arrivés à plus de trente mois d'arriérés impayés de salaires86(*), tandis que les salariés de Talassa ont accusé trois mois d'impayés en 2013. La situation aurait-elle pu être différente ? Sans doute l'inapplication de la convention collective par les patrons de presse et le manque de solidarité professionnelle dans la corporation des journalistes congolais est à cet effet un facteur non négligeable et une lourdeur qui ne profite qu'aux éditeurs/patrons de presse. Le traitement très divers et varié des journalistes d'un média à un autre en est la preuve.

Individualiste et porté par une soif de gloire et d'honneur, le journaliste congolais navigue entre militantisme et propagandisme. Les quelques organisations professionnelles existantes n'ont jusque-là pas pu se fédérer en véritable force syndicale capable de réclamer aussi bien les intérêts des journalistes que de défendre la liberté de presse lorsqu'elle est menacée. Les exemples ne manquent pas : le mutisme de la presse congolaise à la suite de la suspension de quatre périodiques en mai 2013 par le CSLC pour des raisons jugées fallacieuses par Reporters Sans Frontières (RSF) et la bastonnade dont a été victime SADIO KANTE, correspondante de Reuter à Brazzaville, alors qu'elle filmait la devanture de la maison d'arrêt au lendemain du verdict du procès sur les explosions du 4 mars 2012 à la caserne du premier régiment blindé. Cet individualisme révèle que chaque journaliste est directement ou indirectement (par le truchement de la ligne éditoriale ou la sensibilité politique du patron de presse) rangé derrière un homme/parti politique.

Cependant, dans la plupart des entreprises de presse, beaucoup de journalistes travaillent sans contrat ni Sécurité sociale. Leur rémunération est dérisoire et dépasse rarement ou de peu la somme de 100 euros par mois, sauf pour le cas des fonctionnaires ou, dans une certaine mesure, celui des journalistes évoluant aux Dépêches de Brazzaville. Dans son rapport sur l'état de la presse en 2005, l'Observatoire congolais des médias (OCM) indique que « si les agents des radios, des télévisions, périodiques d'État perçoivent des salaires régulièrement, leurs collègues du secteur privé se contentent de faibles rémunérations pour survivre. Aucune structure ne s'est jusqu'ici préoccupée du sort des agents des médias privés ».87(*) Ainsi, l'inapplication de la Convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC dans les entreprises de presse débouche sur un traitement des journalistes au cas par cas. Dans ces conditions, toutes les prestations que l'employeur sert au travailleur sont perçues comme des faveurs puisqu'il n'existe pas de contrat de travail dûment signé entre les deux parties. Or, « si la convention collective prévoit que le salaire minimum des journalistes est de 100.000F, l'employeur, lié par cette convention collective ne peut opposer au journaliste une loi prévoyant un salaire minimum plus bas, ni amener un journaliste à accepter un salaire plus bas. S'il essaie de le faire dans le cadre d'un contrat individuel de travail, les stipulations du contrat doivent être écartées au profit de la convention collective qui sert ainsi de statut minimum »88(*). Puisque les journalistes se font payer des per diem ou le déplacement par une personne intéressée par leurs services, la conséquence c'est que sur 100, « 70 % des journalistes congolais sont des propagandistes, et 20 % des griots »89(*) qui manquent de rigueur dans leur travail de rédaction. C'est donc à juste titre que l'OMC souligne que l'application de la « convention collective permettra de créer la fonction journalistique qui n'existe, au Congo, qu'au niveau de la Fonction publique ». Et de notre point de vue, le statut des journalistes semble être utilisé pour museler la presse.

Justification d'une convention collective appliquée à tous

Dans le document intitulé La convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC, la convention collective est définie comme « un accord ayant pour objet de régler les rapports professionnels entre les employeurs et les travailleurs soit d'une entreprise ou d'un groupe d'entreprises, soit d'une ou plusieurs branches d'activité » (P.73). Cette définition calquée sur les dispositions de l'OHADA en matière de droit du travail (Articles 177 et 181 de l'Avant-projet d' Acte uniforme OHADA portant droit du travail) vise sans doute à ne léser ni le travailleur, ni l'employeur dans un contrat de travail. Mais pour le juriste camerounais Jean Marie Tchakoua, l'intérêt de la convention collective pour les journalistes tient dans la particularité du métier du journalisme. Ce qui l'a conduit à évoquer le fait que « les recettes séculaires sur la répartition du temps de travail ne conviennent pas forcément à l'exercice de la profession de journaliste ».90(*) Il explique que malgré les dispositions des Codes du travail qui fixent les limites ou le nombre d'heures de travail et établit la nécessité de temps de repos (Articles 226 et 253 de l'Avant-projet d' Acte uniforme OHADA portant droit du travail), le travail du journaliste ne se plie pas à un découpage comme dans une entreprise de textile si bien que le journaliste ne peut bénéficier du même rapport au temps que les autres travailleurs parce que l'emploi du temps de travail des journalistes n'est pas facile à gérer. Aussi pose-t-il une question toute simple : « le journaliste peut-il interrompre un reportage parce qu'il doit prendre sa pause de la mi-journée voire son repos hebdomadaire à partir de 17 heures ? ».

Le raisonnement de l'universitaire camerounais chute sur l'idée de la nécessité d'un statut collectif des journalistes en Afrique centrale. Ce statut passe évidemment par la mise en pratique d'une convention collective qui peut aider à éloigner le journaliste des pratiques déshonorantes. Une allusion peut être faite à ce sujet selon les pays, au coupage (RDC), au gombo (au Burkina Faso) et à la camorra au Congo-Brazzaville. Cette pratique consiste pour les journalistes à arrondir leur gain en sollicitant des reportages et interviews moyennant de l'argent. À ce titre, la forte présence des journalistes à l'ouverture d'un colloque ou d'une conférence internationale - pour prendre "l'allocution d'ouverture" et de clôture - pour le dernier mot, constitue le moment où les organisateurs d'un événement « paient » les journalistes91(*). On comprend aisément que la motivation première des professionnels des médias n'est pas l'information mais la "camorra", l'argent.

Alors, la quasi-inexistence d'un genre journalistique comme l'enquête dans la presse imprimée par exemple est imputable non seulement à la paresse, mais surtout à un manque de moyens (financier, humain et logistique) et de rigueur. Il ne suffit donc pas de condamner les auteurs des articles, étant entendu que le mal s'enracine dans les conditions de travail des professionnels des médias. Parce que, ne pouvant réserver un traitement digne aux journalistes, les organes de presse limitent au mieux leur effectif rédactionnel et préfèrent, soit les services des stagiaires, soit les prestations des diplômés sans emploi qui s'essaient au journalisme, ou les offices des journalistes -- fonctionnaires prêts à arrondir leurs gains dans les colonnes d'un organe privé.

Par ailleurs, la condition socio-économique des patrons des médias est très souvent différente de celle de leurs employés. Généralement, ces patrons présentent une situation bien plus reluisante que celle des journalistes qui végètent. Les rares journalistes jouissant d'une situation relativement bonne sont souvent ceux qui cèdent au copinage avec les milieux politiques ou les lobbies économiques.

Formation au métier du journalisme

Très peu de journalistes formés à l'étranger exercent dans la presse congolaise. La plupart des journalistes congolais sont formés à Brazzaville et sont détenteurs d'une licence professionnalisante92(*) obtenue à la Faculté des lettres et des sciences humaines (FLSH) de l'université Marien Ngouabi à Brazzaville, au département des Sciences et techniques de la communication (STC) qui offre une formation initiale aux métiers du journalisme. Les autres professionnels suivent leur formation à l'École nationale moyenne de l'administration (ENMA) où il existe une filière "journalisme" comme à l'École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM). À l'ENMA, la formation de deux ans est sanctionnée par un diplôme professionnalisant équivalent au Bac + 2. Au pire des cas, c'est sur le tas que se fait l'initiation au métier de journaliste ou à partir des formations ponctuelles (séminaires organisés par l'OCM, le CSLC, le PNUD...), parce que le projet de création d'un institut des métiers de la communication ou d'une école de journalisme pour une formation technique n'est pas encore sorti des tiroirs. Il faut le souligner, la formation sur le tas devait être encadrée compte tenu de l'indisponibilité des rédactions congolaises à assurer une formation de longue durée ainsi que le recommande la convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC en son article 25 : « l'assistant journaliste sans diplôme de journalisme ne pourra être recruté en tant que journaliste professionnel qu'après une période de formation pratique et théorique de deux années consécutives au sein d'une ou plusieurs rédactions, dont au moins une année de manière ininterrompue dans la même rédaction ».

Les patrons de presse

Dans la plupart des cas, les organes de presse congolais sont nés d'une ambition personnelle d'un individu ou groupe d'individus. Sur l'échantillon qui est le nôtre, trois titres (Le Patriote, l'Observateur, Boponami) ont pour promoteur des journalistes. À la lumière de l'enquête sur le Profil culturel national de la République du Congo, on remarque à titre d'exemple que sur 24 entreprises de la presse écrite citées, 11 ont pour statut juridique celui d'une « entreprise individuelle » 93(*) et deux (2) appartiennent à des confessions religieuses tandis que le reste des organes de presse n'ont pas indiqué leur statut. Ce qui veut dire, en théorie, que les journalistes sont les principaux promoteurs des organes de presse, suivis des confessions religieuses puis des associations dont la représentativité demeure marginale. Cependant, l'index de viabilité des médias 2006-2007 est catégorique à ce sujet : « Au Congo-Brazzaville, les radios, télévisions et journaux [...], pour la plupart, appartiennent à des politiciens membres du parti au pouvoir »94(*).

De manière générale, l'observation de l'espace médiatique congolais présente trois catégories d'employeurs. La première catégorie est composée des patrons qui ne versent presque jamais de salaire à leurs employés. Le plus souvent, les journalistes arrivent dans ces entreprises médiatiques en qualité de stagiaire. Après plusieurs mois de prestation, le stagiaire est autorisé à prolonger indéfiniment son « stage ». Pour ce qui est de la contrepartie financière, les futurs professionnels des médias sont simplement avertis de ce que « l'entreprise ne dispose pas de moyens financiers suffisants pour leur réserver un traitement salarial ». Au regard de la pratique dans les entreprises médiatiques, cette absence de contrat écrit permet aux patrons de médias d'échapper aux poursuites judiciaires pour motif d'exploitation. En clair, les journalistes ont d'autres sources de revenu. Face à ce genre de patron, ils comptent souvent sur « la camorra »95(*)ou les « reportages juteux » au détriment de la couverture médiatique d'événements jugés « non rentables ».

La deuxième catégorie est celle des patrons qui, au début du contrat, s'engagent à garantir une rémunération à leurs agents. Malheureusement, avec une gestion approximative, la fragilité du modèle économique appliqué et les difficultés consécutives à la situation économique générale du pays, ces patrons volontaristes adoptent un régime très irrégulier. Ici, les arriérés de salaires sont presque érigés en norme de sorte que dans une année, percevoir 6 mois de salaires sur 12 relèves d'un exploit.

Ces deux premières catégories d'employeurs des journalistes sont celles qui prédominent largement dans le paysage médiatique congolais. La troisième catégorie qui pourvoit normalement aux salaires des journalistes est faiblement représentative et ne concernerait que deux à trois entreprises médiatiques. Si la régularité des salaires est à ce niveau un constat indéniable, il faut noter que le salaire proposé est souvent bas, des fois moins du SMIG. Par ailleurs, l'absence de prise en charge en cas de maladie et de garantie de Sécurité sociale demeure des faiblesses qui concourent à la précarisation du journaliste au Congo.

Tout compte fait, les conditions économiques de travail des journalistes congolais sont très difficiles. La plupart d'entre eux ne signent pas de contrat de travail avec leurs employeurs. Le recrutement se fait par accord tacite. Ainsi, les propriétaires des médias exploitent-ils ce vide juridique pour se livrer à toutes sortes d'abus et de libertinage qui n'ont d'égal que l'organisation de leurs différentes structures.

3.2 Organisation des entreprises médiatiques

Au-delà du manque de budget, les organes de presse congolais sont enclins à une gestion personnalisée et improvisée. Tout ou presque se fait au gré du patron dont le capital a aidé à la création du périodique. Les organes de presse sont ainsi mal organisés et gérés tant du point de vue des ressources humaines que des équipements, des finances ou du matériel. Leur statut juridique demeure flou. Quelques entreprises « individuelles » telle Talassa, Maintenant, l'Observateur, Boponami ou Vision Nouvelle n'ont pas d'organigramme, tandis que d'autres à l'instar de La Semaine africaine, Les Dépêches de Brazzaville, le Patriote, pour ne citer que les médias privés, témoignent d'une organisation et répartition de tâches à travers leurs organigrammes respectifs.

Au quotidien, ces entreprises de presse font face à un déficit de transparence sur les recettes issues de la vente ou de la publicité. Dans certains cas, le compte du journal est au nom du directeur propriétaire. On se retrouve dans une situation où la presse qui prêche la transparence dans la gestion des deniers publics refuse de donner l'exemple. Une seule particularité au niveau de l'audiovisuel public serait l'insubordination qui entraîne des crises d'autorité dans la chaîne de commandement, aboutissant à terme au laxisme. Pour anecdote, il n'est pas rare qu'un directeur général et un directeur de l'information ou des programmes appelés à collaborer se retrouvent en bisbille. Les aveux de l'actuel directeur général de Télé Congo sur son ignorance au sujet d'une nouvelle grille de programme élaborée en 2010 sont révélateurs de dysfonctionnement dans la chaîne de commandement. Il se pose à la fois un problème de leadership, et du management des médias.

Dans la perspective de faire de l'audiovisuel public un secteur performant, le Centre International des Radios et Télévisions d'Expression Française (CIRTEF) met en garde contre toute tentative du monde politique visant à contrôler aussi bien les médias publics que les responsables qui ont la charge de mettre en oeuvre les orientations retenues. Le CIRTEF précise ainsi qu'une entreprise publique n'est pas une administration et que les choix qu'elle devrait faire sont censés être des choix économiques et éditoriaux dont elle doit rester maîtresse96(*).

Les conditions de travail

Avec l'avènement des technologies de l'information et de communication, la presse a bénéficié des progrès techniques et technologiques qui ont rendu le travail des journalistes plus rapide. Malheureusement, c'est loin d'être le cas des organes de presse congolais qui pour la majorité sont sous-équipés en matériel informatique ou en moyens roulant97(*). Dans cette optique, on relève d'énormes inégalités en équipement et en potentialité de distribution des imprimés. La majorité des rédactions ne dispose pas d'un bâtiment propre servant de siège : Talassa et le Patriote ne possèdent pas de locaux propres, Boponami, l'Observateur, Maintenant et Vision Nouvelle n'ont pas de sièges, tandis que La Nouvelle République et la Semaine africaine font partie des rares organes de presse disposant d'un bâtiment propre. Pour ce qui est des parcs automobiles, la Semaine africaine, Talassa et les Dépêches de Brazzaville possèdent des véhicules, mais seul le quotidien brazzavillois les utilise pour le déplacement de la rédaction et distingue ses véhicules de service de ceux des particuliers, les propriétaires des organes de presse en l'occurrence. Certains de ces médias peuvent prétendre rivaliser avec des médias audiovisuels tels Top TV, DRTV, MN TV, Radio Liberté, Radio et Télé Congo qui disposent également des cars de reportage.

Au-delà de toutes ces observations, on peut retenir que La semaine africaine et le Patriote sont, après les Dépêches de Brazzaville, les organes de presse les mieux lotis et équipés de la sphère médiatique brazzavilloise. En effet, le journal quotidien Les dépêches de Brazzaville «...Dispose d'une rédaction confortablement informatisée et de sa propre imprimerie, dotée de la seule rotative du pays [...]. Ce journal bénéficie d'investissements massifs provenant du sommet de l'État »98(*). Cette entreprise bénéficie d'une situation privilégiée. Ce constat est d'autant plus vrai si, d'une part l'on compare Les Dépêches de Brazzaville à la Nouvelle République, organe de presse de service public officiellement reconnu, et si l'on compare d'autre part les Dépêches de Brazzaville, formellement un organe privé, aux autres médias privés. On est alors tenté de constater une concurrence déloyale organisée par les pouvoirs publics.

3.3 Les facteurs de péripéties des médias congolais

La fragilité des entreprises médiatiques congolaises tient essentiellement à leur incapacité à s'autofinancer. Ce handicap se double d'une gestion individualisée qui, non seulement éveille des soupçons de la part des employés, mais aussi met à mal la satisfaction de certaines contraintes nécessaires à la bonne marche d'un média dépourvu d'assises financières et de modèle économique viable et soutenable.

Les charges, un goulot d'étranglement

L'une des charges lourdes des entreprises médiatiques congolaises est la charge salariale. Le montant d'un salaire individuel étant culturellement gardé secret au Congo, il n'y a pas moyen de dresser un tableau renseignant sur les grilles salariales des différentes entreprises. Tout de même, le cas de Talassa dont la masse salariale (journaliste et autre personnel compris) équivaut à la somme de 1.115.000 F CFA (1 700 €) est édifiant. Or, si on considère que chaque mois, un bi-hebdomadaire tel Talassa doit dépenser 2. 928 000 F CFA (4 464 €) pour la production du journal (voir les détails en annexe 4.4), 1. 115 000 F CFA pour les salaires du personnel et 300.000 F CFA (458 €) de loyer, soit un total de 4. 343 000 F CFA contre de recette mensuelle de vente au numéro de l'ordre de 4. 222.200 F CFA (6 437 €), il est clair que les charges à supporter pour les entreprises de presse écrite sont bien plus considérables que les recettes (ou revenus), si l'apport de la publicité ou de tout autre moyen de financement ne vient pas en appoint.

Charge financière dans la fabrication d'un journal: cas de Talassa

Désignation

Prix unitaire en FCFA

Quantité moyenne par édition

Total

Nombre de parutions

Coût global

Rame de papier

18.000

10

180.000

12

4.160.000

Plaque

6000

6

36000

12

432.000

Impression

150.000

2000

150.000

12

1.800.000

Coût minimal pour 12 éditions

4.392.000 FCFA

De facto, il est aisé de comprendre pourquoi les domiciles de certains directeurs de publications font office de « siège social » à certains titres dépourvus de moyens. Dans ces conditions, la véranda, voire la cour du promoteur/directeur de publication peut servir de "salle de conférences" dans l'hypothèse où il existerait une équipe rédactionnelle d'au moins une dizaine de personnes. Malheureusement, ce n'est pas souvent le cas sachant que des promoteurs/propriétaires des périodiques préfèrent individuellement assumer plusieurs tâches à la fois et limiter le nombre d'employer dans l'intention de minimiser au mieux les charges qui, valent bien plus que ce que nous avons indiqué ici, si nous considérons les dépenses relatives à l'eau et l'électricité, à la communication (téléphone et Internet), au transport, à la distribution, aux fournitures de bureau... Les coûts sont énormes.

La descente aux enfers : la pluralité à la précarité

Dépourvus d'ambition et de modèle économique, ces titres ont pour la plupart simplement disparu du paysage médiatique comme du beurre au soleil. La Nation, Madukutsékélé, La Rumeur, Le Tam-Tam, la liste n'est pas exhaustive. Aujourd'hui encore, faute de base économique, nombreux sont les titres sans avenir : La Rue-Meurt, L'Observateur, Boponami, Nouvelle Vision et bien d'autres encore n'augurent pas des lendemains meilleurs. Face à l'étroitesse du marché de la publicité sur lequel les principaux annonceurs ou partenaires publicitaires (institutions gouvernementales pour l'essentiel et les ONG et entreprises privées dans une moindre mesure) détiennent les clés de l'indépendance, le recours à des méthodes peu orthodoxes et déontologiques pour survivre est inévitable pour ces entreprises de presse dont le principal modèle de financement reste la publicité. Dépendant des annonces et peu structurée, la presse se trouve alors domestiquer et instrumentaliser par les pouvoirs économiques : institutions gouvernementales, ONG et entreprises privées. Dans cette jungle médiatique, l'organe qui aura vivoté cinq (5) ans durant pourra s'estimer chanceux.

Toutes proportions gardées, au regard de l'absence de données chiffrées (fiables) avec des encarts publicitaires au prix dérisoire (200 à 100.000 F CFA la page), le marché reste embryonnaire. Et à chaque fois qu'un nouvel organe d'information voit le jour, l'émiettement des parts de la publicité aux médias devient considérable et réduit toute chance de rentabilité ou de rentabilisation... À cette réalité, on peut ajouter le décalage entre le tirage de chaque organe de presse et la population générale (environ quatre millions d'habitants) ou le taux d'alphabétisation (92,1 %) en République du Congo. Ce qui signifie que par rapport au nombre de la population et à celui des personnes sachant parler et lire le français au Congo (78 % en 2010), les capacités réelles des organes de presse écrite à informer ses potentiels lecteurs sont quasi-nulles. Dans ces conditions, les annonceurs ont-ils tort de jouer des organes de presse incapables de fixer le prix d'un encart publicitaire en fonction, non seulement de la place de la publicité dans le journal, mais également en tenant compte de la taille du lectorat ? Dans ce modèle économique introuvable, le financement direct ne saurait garantir un retour sur investissement, viabiliser ou rentabiliser l'activité journalistique, le projet éditorial. La pénurie du papier, intrant incontournable, représente aussi une externalité négative qui anéantit tout éventuel avantage lié aux coûts fixes sur lesquels les médias s'appuient souvent économiquement. La probabilité d'un fort taux de prise en main du journal par les lecteurs est faible si l'on considère le rapport aux éventuels invendus et la population générale. Ce qui signifie que la presse n'a pas les moyens de ses ambitions.

Par ailleurs, les écarts de tirage peuvent être expliqués par, cela est à relativiser, des écarts budgétaires entre ces différents organes de presse. Mais, cela signifie-t-il que le titre qui mobilise des capitaux élevés se soucie plus de la rentabilité de son activité ?

Plus de 30 ans durant, des années post-indépendances à la conférence nationale souveraine en 1990, la presse écrite congolaise a fait les frais de la monopolisation de la parole sévèrement contrôlée par l'État, freinant ainsi toute initiative privée ou individuelle. À cause de cette situation de monopole d'antan, malgré l'ouverture démocratique des années 90, nous distinguons deux catégories d'entreprises de presse écrite dans le paysage médiatique congolais : les organes de presse débrouillards et ceux relativement bien organisés.

Les organes de presse débrouillards

De façon générale, ils sont sous-équipés et ne disposent guère d'un budget de fonctionnement ni d'un fonds de roulement, ce qui explique l'irrégularité de parution de certains périodiques qui participent de cette catégorie. Ces organes de presse, en dépit de la rédaction présentée dans l'ours, ne dispose pas d'un organigramme. Ce qui traduit combien le fonctionnement de ces organes reste simplement une aventure. Car, non seulement les effectifs du personnel aussi bien administratif que rédactionnel permanents dépassent rarement une dizaine d'employés, mais également le promoteur et/ou propriétaire cumule les fonctions de directeur de publication, d'agent commercial ou de chargé de marketing et de directeur général. Il s'agit en gros soit des organes d'information à propriété déguisée ou des titres créés presque de façon spontanée contrairement à d'autres issus d'un projet éditorial et économique. Dans cette catégorie, on peut classer les organes suivants : les périodiques Vision Nouvelle et Boponami qui sont respectivement animés par une et trois personnes. Dans les deux cas, aucun de ces périodiques ne dispose d'un siège social : les adresses indiquées sur les bandeaux des imprimés étant les domiciles de chacun des directeurs de publication. Si Vision Nouvelle est une initiative « individuelle », Boponami quant à lui est le fruit d'une « mutualisation des fonds »;

Talassa : à la différence des deux périodiques cités supra, ce bihebdomadaire né d'une ambition personnelle dispose au moins d'un siège social et compte 19 agents dont neufs journalistes sur trois permanents. Ce bi hebdo ne dispose ni d'un organigramme ni d'un budget, deux facteurs clés pour une meilleure gestion et organisation. Par ailleurs, l'Observateur est animé par deux journalistes qui sont les hommes à tout faire. Quant à La Nouvelle République, organe de presse de service public comptant un personnel de plus 50 agents (journalistes et autres confondus), ni son nouveau siège inauguré le 10 août 2012 ni son budget annuel, « versé à compte goûte » et passé de dix-huit millions en 2008 à dix millions en 2012, ne lui permettent de paraître de façon régulière pour rivaliser avec les médias privés. Cet organe est pourtant bien organisé de par son organigramme, mais sa forte dépendance à l'égard du ministère de la communication semble le rendre contre-productif.

Les organes de presse relativement bien structurés

C'est le trio constitué par des entreprises de presse dont l'équipement, la qualité physique et le prix de vente des imprimés, comparé au prix des consommables, tranchent avec le reste des périodiques congolais. Dans cette galaxie, à la singularité des trois entreprises de presse dont il est question ici s'ajoute l'opacité avec laquelle sont financées certaines d'entre elles. Les dépêches de Brazzaville sont à ce jour l'unique quotidien congolais qui propose depuis bientôt un an des pages en quadrichromie grâce à son imprimerie ultramoderne. Avec le bihebdomadaire catholique La Semaine africaine, ce quotidien ayant un statut juridique de Société anonyme à responsabilité limitée (SARL), est le seul journal possédant une imprimerie et employant plus de 25 personnes ; ce qui sous-entend un important financement à leur disposition.

La semaine africaine est propriété de l'Église catholique nantie d'une grande expérience et d'une notoriété acquise grâce à son ancienneté. Ce périodique dont le prix de vente est passé de 500 à 250, et puis de 250 à 350 F CFA en moins de dix ans (signe de changement de stratégie ou de difficulté face à la concurrence du quotidien Les Dépêches de Brazzaville ?), a su rester une référence de la presse écrite congolaise avec une ligne éditoriale « sociale ». Enfin, Le Patriote, se révèle également être une société anonyme à responsabilité limitée pourvue d'un budget mensuel de 6.000.000 FCFA avec un site Web, au même titre que Les dépêches de Brazzaville et La semaine africaine dont les contenus sont régulièrement actualisés.

Moyens de survie d'une presse en proie aux difficultés

Le caractère faible ou inexistant de l'apport de l'une ou l'autre source de financement permet de se faire une idée sur la nature de l'entreprise de presse et son contenu. À la fois entreprise commerciale et vecteur de biens culturels, la presse écrite, vendue sur deux marchés (lecteurs et annonceurs publicitaires), de par cette caractéristique de son économie, comporte des risques énormes qui pèsent sur l'orientation éditoriale des publications. D'autant plus qu'en principe la presse papier est vendue à un prix inférieur au coût de revient. Cette précarité économique n'est pas sans conséquence sur le contenu des journaux. D'où la production de supports de relations publiques pour survivre et subsister financièrement grâce à des mains bienfaitrices invisibles.

Dans la mesure où le marché de la publicité est réduit, ce sont des articles orientés ou partisans qui aident certains organes, voire la majorité, à faire face aux difficultés qui sont les leurs. Si dans la presse proche de la majorité présidentielle bénéficiant un peu plus facilement des quelques rares annonces, la pratique éditoriale invite à l'admiration et à l'adhésion aux « efforts du gouvernement », la presse dite d'opposition avec laquelle les annonceurs préfèrent ne pas s'afficher, a opté pour un ton contestataire et polémique. Ainsi, nous avons pu observer que les scoops à scandale dans la presse dite d'opposition émanent généralement des milieux politiques (opposition et pouvoir en place) qui n'hésitent pas à alimenter la presse (en informations et financièrement) par achat d'espaces dans l'intention de détruire un adversaire ou de se faire bonne presse. Ce qui a pour conséquences des titres sensationnels, le journalisme assis, la précarité et la mendicité du journaliste, le chantage, l'information orientée, désorientée, une presse partisane ou militante.

L'analyse des sources de financement de la presse au Congo débouche sur une réalité qui autorise à considérer que la presse congolaise est alimentée financièrement par des milieux politiques. On observe des pratiques éditoriales dictées par une recherche effrénée du profit, et cela même par l'utilisation de méthodes peu déontologiques sacrifiant l'intérêt du public pour le profit financier. Le machiavélisme est ainsi érigé en règle du jeu. Face au manque de financement, les journalistes vont jusqu'à réaliser des interviews facturées sous forme de publi-infos. Pierre Nzissi-Bambi, directeur de publication du quinzomadaire Vision Nouvelle, avoue que l'interview du président fondateur de l'association politique Mbongui le jeune, publiée dans le N°001 à la page 4 de son journal, a rapporté 100.000 F CFA. Par ailleurs, Pierre Nzissi-Bambi soutient que « la presse écrite congolaise est inféodée aux partis politiques »99(*).Pour être convaincant, il a révélé que Le Flambeau, premier hebdomadaire qu'il a animé, avait été financé par un Ministre et que Vision Nouvelle attendait des financements d'une personne influente au sein du pouvoir en place. Ce qui explique pourquoi quelquefois, il arrive qu'une édition soit discrètement financée par un homme politique qui veut régler des comptes à un adversaire ou se faire bonne presse. Cette débrouillardise fait de la presse congolaise une presse sous perfusion soumise quelquefois aux caprices extérieurs à la rédaction, au point de voir une édition du journal retardée pour attendre un publireportage ou une insertion. D'ailleurs, dans une interview, Souleyman cortodin Nzélangani, Directeur de publication du journal Droit de cité, un hebdomadaire privé d'informations générales créé depuis 2005, est formel : « À vrai dire, la presse privée n'est pas indépendante au Congo ».

Un autre moyen utilisé pour faire face aux difficultés par la presse est la « per-diemisation » de l'activité journalistique ou le journalisme mendiant ou alimentaire, ainsi que l'indique l'OCM : « il arrive souvent qu'on assiège un cabinet ministériel ou une direction d'entreprise, après y avoir effectué un reportage, une interview. Lorsqu'on est à court d'argent, on improvise un reportage. On n'hésite pas à demander à un ministre, un directeur d'entreprise ou un représentant d'une institution les frais de reportage ; des volontaires ou des stagiaires non rémunérés sont envoyés couvrir des événements et [...] se font payer par celui ou ceux qui convoquent la presse. Ces stagiaires ou volontaires reverseraient une partie de la somme à celui qui les a désignés. Il existerait des personnalités, chasse gardée de certains journalistes influents ; des personnes sélectionnées en fonction de leur "générosité100(*)"».

Analysant la situation des médias écrits en Afrique centrale, Marie-Soleil Frère pense qu'en période électorale, les allégeances de la presse aux politiciens sont encore plus visibles. Ainsi écrit-elle : « Au Congo-Brazzaville également, l'argent récolté à l'occasion de la campagne a permis de renflouer les caisses des médias en difficulté »101(*). Pour étayer son propos, l'auteur cite le directeur de publication de La Semaine africaine qui avoue que les élections sont un moment faste à l'égard de la presse pour des communiqués rentables. Ce qui explique, en partie, l'apparition et/ou la réapparition de certains titres à l'orée des échéances électorales. Un constat étaye ce point de vue. Lors des élections législatives de 2012 par exemple, plus d'un nouveau titre a vu le jour dans le paysage médiatique congolais. Le cas de Boponami, Vision Nouvelle ou Le Troubadour (bimensuel satirique d'information) dont le N°00 a été mis sur le marché le 11 juillet 2012 et de L'oeil Neuf, tous nés en réalité pour servir de supports de campagne. Dans la foulée des échéances électorales, on a vu réapparaître des titres comme Echos-News 777, un « hebdomadaire » du Groupe Talassa, après plus de deux ans d'éclipse.

Le rôle de l'État versus le rôle des organisations professionnelles

L'État est un des acteurs majeurs dans le secteur de la presse. Le potentiel de production de la presse, les obstacles à sa viabilité économique ainsi que les conséquences (fastes et néfastes) qui résultent de la débrouillardise de la presse congolaise pour le développement et la démocratie posent le problème du rôle de l'État. Celui-ci doit à ce titre :

- Organiser la formation (initiale, continue). À notre sens, la formation sur le tas devrait être réservée à une certaine élite pour éviter de profaner le métier du journalisme. Il conviendrait alors d'exiger au futur journaliste un niveau d'étude supérieur ou égal au Bac + 5 ;

- Rendre effective l'aide (directe ou indirecte) à la presse modulée en fonction de la périodicité, la régularité du titre, du tirage, du nombre des journalistes professionnels employés dans un organe, de la diffusion, des charges sociales et du respect du cahier des charges et du dépôt légal, ceci après au moins deux ans de parution à la suite de la création d'un titre. Au regard de l'expérience du Tchad ou du Burkina Faso (Serge Théophile Balima et Marie- Soleil Frère, 2003), il serait préférable d'envisager une aide indirecte à la presse pour éviter que l'aide directe (financière) ne serve à d'autres fins et ne profite aux journalistes et à leur rédaction ;

- Exiger des organes d'information d'indiquer, à chaque parution, le nombre d'exemplaires totaux imprimés de l'édition précédente dans l'ours de leur journal, et exiger plus de transparence sur leurs activités en leur imposant des rapports mensuels sur leurs recettes ; supprimer les organes de presse écrite de service public en raison d'une absence de rentabilité et de productivité. Si ce n'est pas le cas, l'État consentirait-il une part de l'aide à la presse si un jour cette aide devenait effective ?

- Délivrer la carte professionnelle aux journalistes pour protéger la corporation des brebis galeuses et fixer un capital nécessaire pour la création d'un titre pour ne pas saturer inutilement le paysage médiatique et veiller au respect du SMIC dans le traitement des journalistes;

Par ailleurs, les associations des professionnels de l'information et des éditeurs ne sont pas dynamiques et unies. Par manque de soutien interne et externe, les groupements professionnels ne sont pas en mesure, non seulement de jouer le rôle de dialogue avec les pouvoirs publics pour défendre la corporation des journalistes, mais également de rendre service à leurs membres confrontés aux menaces des milieux politiques et exploités par des promoteurs. Et éditeurs ou promoteurs des organes de presse demeurent quant à eux dans une posture de concurrence sans se soucier des intérêts communs. Pour cela, ils doivent demander :

- L'application et le respect de la convention collective pour un meilleur traitement des journalistes par les employeurs et définir le prix d'une rémunération à la pige ;

- Plaider pour une centrale d'achat pour s'approvisionner en consommable ou grouper les achats et privilégier une concentration des organes de presse selon les tendances ou orientations éditoriales (pour ou contre le pouvoir en place), avec un conseil d'administration regroupant éditeurs de même tendance éditoriale en vue de bénéficier des économies d'échelle liées aux coûts d'impression toujours croissants et valoriser une audience plus importante auprès des annonceurs et garantir un meilleur traitement aux journalistes afin d'exiger d'eux un travail rigoureux et professionnel.

4 Quelques pistes pour renforcer la qualité et indépendance des média 

À travers ce chapitre seront exposés un idéal et non une recette toute faite grâce à laquelle la situation de la presse écrite congolaise pourrait s'améliorer. En clair, il s'agit ici d'une esquisse de pistes de solutions pour aider les organes d'information congolais à aller vers une autonomie financière, à trouver un modèle économique pour se viabiliser économiquement. Ainsi, une action doit être envisagée à deux niveaux, à savoir du côté des pouvoirs publics et du côté des promoteurs des médias.

4.1 Théorisation

« Des médias libres et indépendants sont un instrument important du développement. Ils favorisent une évolution positive en ce qui concerne les pratiques économiques et sociales, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et l'accès aux services sociaux essentiels [...].»102(*). À notre sens, l'importance de l'indépendance de la presse ne réside pas seulement dans le développement économique, mais également dans la stabilité sociale. Raison pour laquelle le développement des médias de la société civile peut constituer un motif d'espoir pour une information neutre et dépassionnée. Cependant, il convient de définir et circonscrire les contours de ce qu'on entend par indépendance de la presse et/ou du journaliste.

Forgée par la philosophie libérale anglaise au XVIIIe siècle, la liberté de la presse s'appuie sur trois piliers essentiels : l'indépendance d'un média par rapport à l'État, le pluralisme de l'information et l'autonomie financière d'une entreprise médiatique (Oloyode 2005, p.102). Sous cet angle, une presse libre correspond à une presse privée qui ne dépend pas financièrement ou économiquement de l'État. En 1991 à Windhoek, l'Unesco avait, dans l'article 2 de sa déclaration, approuvé cette vision libérale de la liberté de presse en précisant qu'une presse indépendante est « une presse sur laquelle le pouvoir public n'exerce ni emprise politique ou économique, ni contrôle du matériel et des équipements nécessaires à la diffusion des journaux, magazine et périodiques ». Consacré au pluralisme médiatique, l'article suivant (Art.3) définit la presse pluraliste comme « la suppression des monopoles de tous les genres et l'existence du plus grand nombre possible de journaux, magazine et périodiques reflétant l'éventail le plus large possible des points de vue de la communauté ». Aujourd'hui toutefois, le champ de cette indépendance ne se limite plus à la seule opposition au pouvoir politique. Une liberté vis-à-vis du cordon de la bourse des lobbies économiques complète la définition de l'indépendance des médias et l'élargit aux différentes contraintes (économiques et sociales) auxquelles les chevaliers de la plume sont souvent soumis.

Au regard de ce prologue, l'indépendance de la presse congolaise et de ses acteurs n'est pas chose évidente pour deux raisons principales. D'abord, pour un journaliste professionnel qui ne « tire pas l'essentiel de ses revenus de l'exercice de son métier »103(*), l'intégrité morale n'est pas garantie. Car une indépendance d'esprit pour un journaliste passe par un salaire décent qui le met tant soit peu à l'abri du besoin. Ensuite, quelle que soit la bonne volonté des journalistes ou des éditeurs, le modèle économique construit sur le « per diem » ou celui ayant la publicité comme principale source de financement expose malheureusement aussi bien l'éditeur que les chevaliers de la plume et du micro à une dépendance, pour des raisons économiques, vis-à-vis des principaux annonceurs ; en l'occurrence, les institutions publiques et les sociétés de téléphonie mobile. Or, comme nous l'avons vu supra, certaines entreprises privées craignent de s'afficher dans les médias dits de l'opposition (ou indépendants) pour ne pas être taxées de soutien à l'opposition. Dès lors, l'indépendance à l'égard des pouvoirs publics n'existe plus. C'est en fait l'indépendance dans la multidépendance. On peut simplement parler d'une indépendance d'esprit dont les contours définitionnels et l'effectivité sont des questions d'éthique individuelle.

Car, « la presse est entièrement dépendante de forces extérieures »104(*). Cette conception cadre avec la démonstration faite par Jérémie Nollet, en référence à la théorie de la double dépendance des médias [aux pouvoirs politiques et économiques] de Patrick Champagne, quand il soutient que « le journalisme doit ses conditions d'existence (et donc une partie de ses modalités de fonctionnement) aux champs politiques et économiques (et donc à leurs logiques) : l'indépendance gagnée sur l'un des deux l'étant très souvent au prix d'une dépendance accrue à l'autre ».105(*) Dans le cas du Congo, le champ politique est presque indissociable du champ économique étant donné que le secteur économique est sous développé, faisant des milieux politiques des potentiels pouvoirs économiques.

En réalité, malgré « l'indépendance » proclamée des médias sous les termes de liberté d'expression et/ou pluralisme de l'information, les pouvoirs publics tiennent toujours la presse entre leurs mains, puisqu'ils peuvent la priver de subsides sans toutefois demander la fermeture ou la suspension d'un titre. Ce qui sous-entend que la situation pléthorique dans laquelle patauge la presse congolaise, outre mesure, profite au pouvoir public. Cette pléthore de titres peut paradoxalement se révéler dangereuse en ce que chaque nouveau titre représenterait une menace au pluralisme de l'information (plutôt que le contraire), donc à la démocratie. Ainsi, le pluralisme médiatique de notre presse comporte des dangers qui lui sont propres. Ce qui signifie que le fait qu'il existe plusieurs journaux ne garantit pas nécessairement le pluralisme de l'information qu'il convient de distinguer du pluralisme médiatique. Par exemple, il existait bel et bien un pluralisme médiatique entre 1963 et 1990, mais cela n'a nullement occasionné le pluralisme de l'information. Exerçant le monopole de l'information, le parti-Etat avait en même temps le monopole de la vérité : l'information officielle relayée par tous les médias de l'époque était considérée comme vérité officielle. Et cette pratique peut donc s'exercer au mépris de la clause de conscience.

La clause de conscience

Considérée comme la garantie par excellence de l'indépendance professionnelle du journaliste vis-à-vis de son employeur, la clause de conscience est le premier levier susceptible de libérer le professionnel de la presse du joug patronal. Grâce à cette disposition offrant au journaliste la possibilité de quitter une rédaction lorsqu'une nouvelle orientation éditoriale heurte sa conscience ou sa morale, chaque professionnel, théoriquement, peut se prévaloir d'une indépendance ou autonomie d'esprit106(*). Seulement, comment soutenir et tenir pareille insoumission quand il est établi que le journaliste est avant tout un être humain, c'est-à-dire, un être appartenant à une race, une ethnie, un clan, une confession religieuse ou une religion ; un père (une mère) de famille, ou du moins un être ayant une sensibilité politique/idéologique et/ou un être soumis à des pressions sociales, économiques voire familiales ? Si le journaliste peut se placer au-dessus de toutes ces forces extérieures, comment doit-il en revanche réagir au devoir de subordination que lui impose le droit du travail ?

Il convient de bien situer le lien de subordination, indique Jean Marie Tchakoua en distinguant d'un côté l'idée selon laquelle un contrat de travail suppose la subordination du salarié à son employeur et, de l'autre l'inaliénabilité de la liberté du journaliste dans l'exercice de son métier. D'où l'on retient de sa conclusion qui se fonde sur « une liberté dans ou malgré la subordination »107(*), que ces deux contraintes ne sont pas inconciliables. L'interdépendance entre ces différentes variables n'est pas à notre avis de nature à dédouaner le journaliste du poids de toutes les sources de pression. Dans un article consacré à la Crise de l'indépendance de la presse au Congo108(*), Nadège Ela pose un diagnostic intéressant en distinguant des journalistes employés du secteur public et ceux du secteur privé.

«Dans le premier cas, les professionnels de la communication sont des fonctionnaires et des apparentés, donc soumis au statut de tout employé de l'État. En l'absence de toute autre législation protégeant sa liberté de conscience, il obéit aux injonctions de son employeur - l'État - propriétaire de son outil de travail et détenteur du cordon de la bourse. Jusqu'à ce jour, la démocratie n'a pas constitué à ce sujet une garantie. Bien au contraire, le contrôle des médias d'État s'est toujours renforcé. La politisation des communicateurs n'est pas désaccélérée, le traitement "orienté" de l'information reste de mise, la tendance à la légitimation de la pensée unique, celle des partis au pouvoir et des lobbies a toujours été forte. Le pluralisme s'est sitôt rétréci au bénéfice de "l'idéologie dominante" du régime en place : ici toute "bonne" vérité est officielle. » Ce qui expliquerait, en partie, pourquoi la plus grande partie de sujets traités par la presse congolaise porte sur la couverture des activités institutionnelles (voyages du chef de l'État, des ministres, députés, sénateurs ; séminaires de renforcement de capacité à gauche et coupure d'un ruban symbolique à droite) tant dans les médias publics que privés.

Pour le cas du secteur privé, l'influence des milieux politiques est plus qu'avérée par le fait que les acteurs politiques représentent environ plus de la moitié des commanditaires ou promoteurs des entreprises/organes médiatiques. L'universitaire Nadège Ela affirme d'ailleurs que la création d'un organe n'a, ici, jamais été innocente. Ceci est d'autant plus vrai qu'on assiste souvent à la mise en ondes de nouvelles stations de radio télédiffusion et à la publication de nouveaux périodiques à la veille des échéances électorales.

La piste de l'indépendance de la presse congolaise se referme finalement sur une impasse dont l'issue serait la voix de la neutralité, de l'objectivité ou de l'impartialité.

Neutralité, impartialité ou objectivité ?

Dans un contexte comme celui de la presse congolaise, il n'y a pas d'indépendance sans autonomie financière et le prix à payer pour rester neutre est coûteux. D'autres auteurs, comme Marie-Soleil Frère, en soulignent la portée : « le coût est double : au sens propre, l'équilibre et la neutralité nécessitent que l'on dispose des moyens qui garantissent l'indépendance. Au sens figuré, les médias peuvent se heurter à la désapprobation des pouvoirs en place »109(*). Si l'on considère ces contraintes politiques auxquelles il convient d'ajouter des contraintes sociales (préservation de l'emploi pour un journaliste), économiques (maintien d'un partenaire publicitaire) et religieuses, il est clair que la neutralité ou l'impartialité restent un idéal, voire n'existent pas en journalisme. Car, vivant dans la société, le journaliste a des convictions, appartient à un sexe autant que les opérateurs économiques ont un penchant pour la recherche du profit et la sauvegarde d'un certain nombre d'intérêts. C'est sans doute ce que voulaient dire Bill Kovach et Tom Rosenstiel lorsqu'ils soulignent que « l'impartialité et la neutralité ne sont pas des principes essentiels au journalisme »110(*). Cela va de soi, avec la publicité ou les milieux publics comme principale source de financement, la presse congolaise peut difficilement prétendre à l'impartialité. Et puis, le principe professionnel qui oblige à trouver un angle d'attaque à chaque sujet, restreint considérablement l'objectivité dans le travail du journaliste. Choisir un seul aspect pour traiter un événement permet certes de ne pas faire d'un reportage un fourre-tout, mais il n'en demeure pas moins que cette exigence professionnelle offre des possibilités de traiter un sujet sous un angle favorable aux sensibilités politiques ou religieuses d'un journaliste. Qui plus est, la définition des angles dépend souvent de la ligne éditoriale d'un média. L'exemple de la devise de Paris Match nous paraît édifiant : « le poids des mots, le choc des photos ». Cet exemple illustre comment un journal peut volontairement opter pour le sensationnalisme, la spectacularisation de l'information, voire la propagande ou l'invective, au détriment de la recherche de l'objectivité à travers une relation factuelle de l'actualité. Dans cette optique, on note l'apparition des nouvelles formes de subordinations dans la pratique du journalisme au Congo où l'on assiste à la "faillite d'un contre-pouvoir". Désormais, les pouvoirs politiques considérés de tout temps comme principaux oppresseurs de la liberté de presse font recours à des méthodes bien plus subtiles que la censure, l'assassinat ou l'emprisonnement des journalistes. Certes, les intimidations n'ont pas disparu et la dépénalisation des délits de presse est un acquis. Cependant, le contrôle exercé sur l'information a pris des formes bien plus insoupçonnables.

4.2 Eléments de référence concrets

Ces éléments tiennent, dans le cas des médias africains en général et ceux du Congo en particulier, à la viabilité économique et financière des médias. C'est un maillon important sans lequel les valeurs de neutralité, d'impartialité, d'objectivité et d'indépendance ne peuvent émerger comme nous allons le voir par la suite. Demander une information pluraliste, neutre et honnête au journaliste suppose du professionnalisme et des ressources considérables.

Viabilité des entreprises médiatiques

Par rapport à l'environnement économique, le marché congolais est peu favorable à la consolidation des véritables entreprises médiatiques ou d'une industrie médiatique. Le marché de la publicité, difficile à évaluer, ne constitue guère un levier économique pour la presse congolaise, si l'on s'en-tient à ce qu'il peut représenter sur les 20 % des flux publicitaires pour toute l'Afrique. Qui plus est, sa domination par des sociétés de téléphonie mobile et, pour le moins par les brasseries, expose les médias à une concurrence sauvage à laquelle seuls les annonceurs sont gagnants. On constate une inégale répartition de l'offre publicitaire entre, d'une part médias chauds (notamment la télévision) jugés plus prestigieux et les médias froids (la presse écrite), et d'autre part entre médias publics [subventionnés par l'État et bénéficiant d'une grande notoriété due à leur ancienneté] et les médias privés, selon qu'ils sont favorables ou non au régime au pouvoir.

Par rapport à cette réalité, les entreprises de presse restent tributaires des financements de leurs commanditaires ou promoteurs (les hommes ou milieux politiques généralement) et s'en départirent difficilement. Si les médias implantés dans les grandes agglomérations (Brazzaville et Pointe-Noire), où est concentrée la majorité de la population (60 %) et l'essentiel de l'activité économique et médiatique, peuvent se prévaloir des rentes publicitaires dans le financement de leurs activités, la réalité pour l'audiovisuel installé dans les localités secondaires est loin d'être la même.

En effet, les chaînes de télévision et de radios rurales (ou de proximité) qui représentent une part importante de l'audiovisuel national, ne survivent que grâce aux moyens financiers de ceux qui en sont les commanditaires. Or, dans la plupart des cas, quand il ne s'agit pas des entités administratives (ministère de l'agriculture, collectivités locales), il s'agit des hommes politiques : députés, ministres, sénateurs ou autres potentiels candidats à la recherche des suffrages. La publicité n'y a pas droit de cité du fait de la large couverture dont bénéficient les produits des sociétés de téléphonie mobile sur les ondes de la radio et la télévision nationales. Pour ces médias de campagne au statut flou, le communiqué divers est l'espoir d'une recette mensuelle d'au moins 50.000 Fcfa (72£)111(*). De plus, le recours aux bénévoles et volontaires qui représentent plus de 80 % du personnel est une constante qui traduit les limites financières de ces médias à engager des professionnels. Même pour les stations radio télédiffusion appartenant aux collectivités locales (Télé-Dol, RTNK, Radio du conseil départemental du Niari), les subsides ne viennent qu'occasionnellement : les médias et leurs acteurs demeurent en proie aux difficultés et sous l'emprise de la précarité.

Tout compte fait, la multiplication de titres, de radios ou de télévisions, nonobstant la pluralité médiatique, se révèle suicidaire en ce qu'elle réduit les parts potentielles de revenus publicitaires de chaque entreprise médiatique. Ce qui accentue la fragilité économique des médias dépourvus de modèle économique soutenable.

La restriction de l'accès aux médias

C'est l'un des maux qui minent les médias publics congolais. Ici, les opinions fortement représentées sont celles des politiciens. Le pouvoir en place se taille la part du lion et l'équilibre de l'information n'est pas souvent une règle journalistique observée. Lors des élections présidentielles, le monitoring de l'Union européenne au Congo en 2002 (cité par Marie-Soleil Frère) indique que les activités du Président Sassou-Nguesso n'ont pas reçu le même traitement que celles des autres candidats. "L'analyse du ton de la couverture radiophonique montre que le Président a toujours été présenté d'une manière extrêmement positive (71 % du temps d'antenne qui lui a été consacré), tandis que les autres candidats font l'objet d'une couverture neutre. Une tendance analogue est évidente à la télévision, où la tonalité de la couverture de la campagne du Chef de l'État sortant, M. Sassou Nguesso a été positive à 72 %". Cette dernière a été systématiquement associée à la certitude du maintien de la paix dans le pays et aux évaluations positives, voire enthousiastes, par les journalistes, de son action à la tête de l'État112(*).

Dans une certaine mesure, le verrouillage de l'espace médiatique s'étend jusqu'aux médias privés, surtout dans le cas de l'audiovisuel. En réalité, il est préférable pour les médias de ne pas inviter l'opposition à s'exprimer et de ne pas critiquer le gouvernement. Seul quotidien du pays, Les dépêches de Brazzaville sont réputées pour son prosélytisme zélé en faveur du pouvoir, contrairement au bihebdomadaire Talassa ou encore au site d'informations en ligne Mwinda. "Protégée" par son impact limité dû à la faiblesse du lectorat, la presse écrite ose dénoncer les malversations et la mauvaise gouvernance des Forces démocratiques unifiées, la coalition présidentielle. Un terrain sur lequel ne s'aventurent pas les radios et télévisions, beaucoup plus suivies113(*). Du coup, l'autocensure est érigée en règle dans un paysage médiatique largement dominé par des chaînes de radios et télévisions privées dont les commanditaires/propriétaires sont proches au pouvoir en place. Mais cela ne signifie nullement que l'audiovisuel privé est libre d'inviter les personnes-ressources de son choix. En 2007, selon des organisations de défense des droits de l'homme au Congo, Christian Perrin, directeur de l'information à TPT (Télévision Pour Tous), chaîne privée, fut arrêté "pour avoir donné la parole à Aimée Mambou Gniali, une opposante, afin qu'elle exprime son avis sur les désordres ayant accompagné les obsèques de Jean-Pierre Thystère Tchicaya"114(*).

Sur le terrain politique, la bataille pour l'accès aux médias est capitale. Certes, la répartition du temps d'antenne en période électorale pour tous les candidats est une bonne initiative, mais permet-elle de veiller à la diversité d'opinions au regard d'une "propagande inlassable" à laquelle se livrent certaines classes politiques par la voie des médias ? Or la psychologie, la sociologie de la communication et de l'information soulignent que la visibilité à travers les médias renforce, mais ne crée pas, la popularité d'un leader politique. L'occupation de l'espace médiatique peut également aider à la construction de la crédibilité des uns tandis que l'invisibilité peut plonger les autres dans l'oubli. Dans certains cas, la discrimination en matière d'accès aux médias touche des couches sociales rurales, vulnérables et défavorisées. C'est le cas des peuples autochtones victimes d'une discrimination géographique (les médias étant un phénomène urbain) et socio-économique (l'usage des langues comme le français et la faiblesse de leurs revenus pour se procurer un ordinateur, un poste télé ou radio) pour l'accès aux médias.

De la cooptation à la corruption

Elle concerne les journalistes jugés intègres ou à la plume critique sur lesquels les pouvoirs politiques n'ont pas d'emprise. Ce stratagème aboutit à terme à la domestication des journalistes voire à un bâillonnement des médias. En 2013, la nomination du directeur/propriétaire du mensuel Maintenant en qualité de conseiller à l'ambassade du Congo au Gabon est un exemple de "mise hors d'état de nuire" mais aussi la fin d'un journal jugé dérangeant. Réputé pour ses articles critiques à l'égard du régime en place, John Ndinga Ngoma, journaliste à Talassa, nous a révélé qu'il lui avait été demandé de quitter cet organe de presse pour servir aux Dépêches de Brazzaville avec à la clé une meilleure rémunération.

Selon les circonstances, ce stratagème peut varier d'une rédaction à une autre au point de se manifester sous le couvert du communautarisme. Quelquefois, les journalistes jugés ou soupçonnés peu favorables à un régime au pouvoir sont de moins en moins utilisés, responsabilisés et promus à des postes de responsabilité. Outre ces pratiques, le jeu de la corruption peut aussi être aussi discret qu'insoupçonnable. D'ailleurs, cette forme de subordination des journalistes se confond avec la cooptation. L'établissement des preuves confirmant cette pratique dans les milieux de la presse est difficile, voire impossible par rapport à l'indisponibilité des éléments probants susceptibles d'étayer une telle hypothèse. Mais dans la précarité, comment garder son intégrité morale sans se plier à la corruption comme moyen de survie financière ? La précarité des journalistes porte à croire que de la cooptation à la corruption, il n'y a qu'un pas à franchir. Et la situation alarmante115(*) dans laquelle patauge la presse renforce le risque pour les acteurs des médias de succomber à la corruption (passive ou active) dans laquelle patauge les médias renforce le risque pour les acteurs des médias de succomber à la corruption (passive ou active).

Les conflits d'intérêt dans l'exercice du journalisme

Faute de dispositions réglementaires, beaucoup de cas de conflit d'intérêt sont observables dans la pratique du journalisme au Congo. Le cas des journalistes mariés aux dirigeants politiques, s'il peut faire objet de polémique surtout en période électorale en France, ne saurait être le plus grave dans la presse congolaise.

En effet, la corporation des journalistes se trouve investie par des professionnels qui, tout en servant dans des rédactions, sont attachés de presse ou conseillers en communication dans des cabinets ministériels ou dans les directions des entreprises privées et/ou para-étatiques qui ne s'empêchent pas souvent de présenter l'actualité des structures considérées même quand cela est moins évident que sous des meilleurs jours sur les médias publics. Est-il compatible de travailler comme conseiller/chargé de communication ou attaché de presse dans un cabinet tout en continuant à pratiquer le journalisme dans une entreprise médiatique ? Si l'on considère la définition que Le Figaro.fr propose : un conflit d'intérêts est toute situation qui peut susciter un doute sur l'impartialité et l'indépendance d'un journaliste professionnel, il est évident que toute connivence avec des institutions ou les politiques expose le journaliste à des soupçons de complaisance, ce qui entame la crédibilité de l'information, du journaliste et du média qu'il représente puis engendre une "confusion déontologique".

En mi-février 2013, une journaliste de Télé Pointe-Noire (média public) a présenté le journal de 19 heures 30, habillé en camisole estampillée de l'image de Sassou116(*) tandis que sur Télé Congo, Niama-Ibouili animait Le Foncier dans l'uniforme des agents du ministère des affaires foncières. L'article 97 portant sur les droits et devoirs du journaliste reconnaît que le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait de nature contraire à la ligne générale de son entreprise [...]. Lorsqu'il est lié par le statut général de la fonction publique, il est tenu au respect scrupuleux de la neutralité politique, de l'obligation de réserve et de l'impartialité dans l'exercice de sa profession. Pour le cas de la journaliste présentatrice de Télé Pointe-Noire, son engagement affiché et assumé suscite des interrogations sur la compatibilité entre militantisme politique et l'exercice d'un métier qui repose sur les notions d'indépendance et d'impartialité de la part des journalistes. Certes, les textes déontologiques congolais semblent souffrir d'un vide en matière de conflits d'intérêts, mais il n'en demeure pas moins vrai que les comportements de nature à décrédibiliser aussi bien un média qu'un journaliste sont prohibés en journalisme.

Ainsi, les nominations aux postes de responsabilité dans les médias (d'État) devraient cesser de faire l'objet de pacte politique tacite. Une telle disposition épargnerait journalistes et médias du piège des relations publiques qui renforcent la confusion entre la communication et l'information (au sens journalistique du terme). Sur les antennes de la télévision nationale par exemple, la reprise du nom du programme de société du président de la République, « Le Chemin d'avenir », comme titre d'une émission télévisée ayant servi de tribune de visibilité aux membres du gouvernement ne saurait être anodine. Traitant des cas de conflits d'intérêts en Italie, Reporters Sans Frontières (RSF) souligne qu'ils constituent « une menace potentielle pour la liberté d'expression » (Enquête : conflit d'intérêts dans les médias : l'anomalie italienne, avril 2003). Il est évident que « le droit du public à une information de qualité, complète, honnête, libre, indépendante et pluraliste contenu dans la Déclaration des droits de l'homme, guide le journaliste dans l'exercice de sa mission ». Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen passe avant toutes autres pour éviter des pertes de crédibilité et d'audience.

La sédentarisation du journaliste

Un autre cas de figure qui menace l'indépendance des journalistes est ce qu'on peut aussi désigner comme des chasses gardées. Il s'agit en fait de la couverture médiatique de certaines activités organisées par différentes institutions (publiques et privées) assurée essentiellement ou généralement par un seul journaliste sur la base de ses affinités avec les organisateurs ou d'un contrat tacite. À titre d'exemple, figure en bonne place la couverture des activités organisées au ou par le Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza par un seul et unique journaliste de la télévision nationale et celle des voyages du Président Denis Sassou Ngesso par « La presse présidentielle ».

Le relais de l'information institutionnalisée

Beaucoup plus que des sources d'information pour la presse, les conférences, dîners et points de presse sont des outils entre les mains des communicateurs habiles. La diffusion des informations issues de ces sources nécessite le recoupage et l'équilibrage de l'information. « Or, la recherche de l'équilibre entre l'information et l'opinion est une des principales difficultés de la presse africaine actuelle partagée trop souvent entre propagande gouvernementale et l'opposition systématique »117(*). Ces difficultés sont sans doute tributaires du manque de moyens (financier, logistique et humain), de volonté pour enquêter, croiser et vérifier l'information. Conséquences : «...Bien des articles et reportages sont désormais de véritables lieux de faire-valoir et de promotion, voire de communication ou de publicités à peine déguisées »118(*).

Par ailleurs, à cause du financement douteux de la presse, les communicateurs peuvent facilement la soumettre. La reprise presque en intégralité des communiqués de presse dans les journaux donne la mesure d'une telle inquiétude dans un univers médiatique caractérisé par la couverture quasi quotidienne des séminaires de renforcement de capacités, ateliers de formation ou conférences de presse. À cela s'ajoute l'infiltration des milieux de la presse par des journalistes zélés qu'on peut qualifier de griot ou propagandiste. Les journalistes s'affrontent indirectement, chacun défendant son commanditaire ou la cause politique à laquelle il est acquis. Une émission a d'ailleurs servi de tribune de règlement de compte pour le directeur de publication du magazine AfriquEducation. C'était sur le plateau de Télé-Congo.

De toutes les valeurs précitées, il reste l'objectivité. Malheureusement, l'objectivité n'est qu'un idéal. Myriame El Yamani, après l'étude sur la classification des faits et l'analyse de contenu des journaux féministes français et canadien, conclut pour sa part que « L'objectivité comme telle n'existe pas »119(*).En journalisme, le fait de choisir un angle est déjà une opération subjective autant que le choix des sujets à traiter. De plus, le côté très relationnel du journalisme fait de lui un métier porté et fondé sur le subjectivisme malgré les techniques rédactionnelles ou les critères institutionnalisés de sélection de l'information en vigueur. Qui plus est, la presse congolaise est en général une presse d'opinion. Or, les opinions sont de nature subjective.

Certes, le commentaire est libre, mais les faits et la vérité sont sacrés. C'est dire que l'objectivité ne doit pas être considérée dans ce cas comme synonyme d'impartialité, mais comme une fidélité sans concession aux faits. À ce titre, à la différence d'un propagandiste ou manipulateur, est journaliste celui qui veille aux respects de la vérité et de l'intérêt de la société.

La manipulation de l'information

À tous égards, il existe certainement plusieurs méthodes utilisées par les acteurs des médias pour manipuler des informations avec la bénédiction des milieux politiques. Mais, nous notons particulièrement une stratégie de manipulation de l'information : le diktat des médias.

Le diktat des médias consiste à offrir aux auditeurs, téléspectateurs ou lecteurs une information secondaire en vue d'éloigner leur attention des questions vitales et essentielles. Cette pratique consiste à dissimuler des détails susceptibles de susciter une opposition bureaucratique ou politique dans la diffusion d'une information. Eu égard à cela, le contenu des médias est dominé par des généralités et l'information réchauffée. Nous constatons aussi que les acteurs des médias se servent du choix de l'angle d'attaque pour manipuler l'information. En effet, la possibilité de choisir un angle de traitement de l'information offre aux journalistes le loisir d'omettre volontairement certains faits significatifs ou peu favorables à la thèse défendue par un régime au pouvoir. Pour des journalistes acquis à une cause politique ou idéologique donnée, l'argument relatif à la liberté de choisir un angle d'attaque sert à la fois de prétexte et d'alibi pour justifier le manque d'équilibre dans le traitement d'un sujet d'actualité qui engage au moins deux protagonistes (généralement deux clans politiques). Seulement, au-dessus de l'angle d'attaque, la ligne éditoriale sert de facteur qui concoure à la fragilisation de la « sacralité des faits ».

En période électorale ou non, toutes ces tactiques de manipulation sont utilisées par les médias congolais inconsciemment ou consciemment. Cette dangereuse pratique ne permet pas malheureusement aux citoyens se construire soi-même une opinion objective lui permettant de prendre activement par au jeu démocratique.

Conclusion

Dans le paysage médiatique national congolais, les médias n'existent pas en dehors de la sphère politique, détentrice, directement ou indirectement, à la fois du pouvoir économique et administratif/judiciaire. L'appartenance des médias aux hommes politiques ou leur proximité avec ceux-ci ainsi que leurs lignes éditoriales rapprochent le système politique de communication de la République du Congo à celui des États où les médias fonctionnent dans un vaste mécanisme politique au sien duquel la liberté de presse ne possède aucune pertinence. Dans la pratique, c'est la classe politique qui se sert des médias en vue de rallier l'opinion publique à sa cause. Se faisant, la pratique journalistique au Congo place ce pays en marge de la norme internationale, beaucoup plus libérale, qui voudrait que tous les faits en rapport avec la gestion de la chose publique soient rapportés et que toutes les opinions soient placées sur le « marché des idées ». Les médias restent ainsi malheureusement beaucoup plus des supports d'orientation que d'information.

Ainsi, dans un contexte de crise sociopolitique et économique, les années 1990 avaient laissé espérer l'émergence d'une presse « indépendante » en République du Congo. Malheureusement, les conjonctures économico-politiques ont vite douché l'espoir de cette indépendance adoubée par l'ouverture politique. Les médias nés sans autre ambition que la propagande disparaissent aussi rapidement qu'ils sont apparus, faute de moyens (humain, financier, logistique) et de modèle économique construit et réfléchi sur la base d'une étude de marché avant leur lancement. Sur le marché des médias congolais on note une inégalité dans la diffusion et la réception des contenus médiatiques. Ce qui creuse ou approfondit le déséquilibre entre différentes catégories sociales : analphabètes et alphabètes, citadins et ruraux, riches et pauvres. C'est ce que Fouad Benhalla entend par "inégalité socioculturelle".

Au regard de ce qui précède, il n'est pas hasardeux d'affirmer que le mode de financement, le statut social du journaliste voire aussi la forte appartenance des médias aux acteurs politiques peuvent contribuer (s'ils ne le font pas déjà) au musellement, ou déboucher sur le contrôle des médias. Certes, la démocratie peut souffrir de la mort d'une presse d'opinion, mais l'information nuancée et moins passionnée de la part des médias d'une société civile non militante serait un produit de substitution idéale.

Dynamiques et pléthoriques, les médias congolais permettent la construction et l'affirmation de l'existence d'un État de droit démocratique grâce par exemple à des titres au ton polémique, revendicateur et contestataire. Des titres qui, pour certains, ne se conforment pas à la législation, c'est-à-dire, ne respectent pas le dépôt légal, le cahier de charges et sont publiés sans autorisation officielle, mais surtout fonctionnent avec des moyens rudimentaires dont l'origine reste floue et difficile à établir. Ce qui rend délicate la clarification des sources de financement de la presse congolaise, confirmant ainsi l'hypothèse selon laquelle cette presse a recours aux financements occultes. Ainsi, au terme de cette étude, il faut retenir comme principaux modes de financement des médias : le financement dans l'ombre, le modèle du communiqué final (le phénomène du coupage en RDC, le gombo au Burkina Faso ou la camorra à Brazzaville) et les ventes (des imprimés et de l'espace publicitaire). Cependant, qu'il s'agisse des rentes publicitaires, des recettes de vente au numéro et d'autres sources de financement, l'opacité dans laquelle opèrent les médias nous autorise à penser que malgré tous les écueils auxquels les acteurs des médias doivent faire face et malgré l'exiguïté du marché de la publicité, il existe des possibilités d'affaires dans ce secteur présenté peu ou pas rentable. Dans ces conditions, peut-on parler d'indépendance de la presse en République du Congo ? De toute évidence, il s'agit plus clairement d'une indépendance dans la multidépendance.

Or, il est évident qu'on ne peut parler d'indépendance sans autonomie financière dans quelques domaines que ce soit. Dès lors, le financement des médias congolais étant une nébuleuse, leur implantation en ville semble être dictée par des facteurs sociodémographiques, économiques, politiques et infrastructurels. En campagnes, bien que présents, les médias chauds peinent à s'imposer faute de productions conséquentes et attrayantes, mais aussi de desserte en électricité souvent cantonnée dans les grands centres urbains. Au demeurant, l'intérêt et l'enjeu des médias sur toute l'étendue du territoire national vont de cesse grandissant. L'on doit simplement retenir que l'entreprise médiatique au Congo-Brazzaville est malade. Les difficultés de ces entreprises de presse sont d'ordre conjoncturel et organisationnel (ou financier). D'où une presse de qualité douteuse et incapable de s'ériger en groupe de pression. Par manque de moyens pour encourager les journalistes à enquêter, croiser et vérifier les sources d'information, les journaux se transforment en « de véritables lieux de faire-valoir et de promotion... » (Sarah Finger & Michel Moatti ; 2010). Ainsi, la qualité doit également être recherchée en amont, c'est-à-dire à travers une rigueur dans la formation initiale des journalistes dans une société qui attend beaucoup des médias. Autrement, le tort des médias congolais est imputable, d'une part, à un déficit organisationnel qui se traduit par le mode de fonctionnement de plus d'un organe de presse où le personnel et/ou le propriétaire est polyvalent. Ce qui affecte la qualité du travail. Car, la répartition des tâches devrait l'emporter sur la personnalisation ou la concentration des pouvoirs. L'absence d'organigrammes constitue également, de ce point de vue, un des axes sur lesquels des efforts d'amélioration doivent être envisagés. Parce que cette absence d'organigrammes est une composante non négligeable d'une triste réalité renforcée par un statut flou (pour la plupart des organes de presse écrite) généralement synonyme d'amateurisme.

Par ailleurs, le fait que depuis l'indépendance jusqu'à ce jour, la majorité des médias parus au Congo est née dans une ambition partisane et propagandiste, sans réel projet éditorial n'a pas changé la perception du mode de financement des médias souvent sujet à caution. Ces derniers accordent presque exclusivement la parole à ceux qui ont un pouvoir économique important, des couches sociales dépourvues de moyens pour acheter l'espace dans les colonnes d'un journal ou sur la voix des ondes demeurent sans voix. Autrement dit, l'action sociale de la presse profite à la classe politique et/ou aisée. Le pluralisme de l'information se trouve ainsi mis à mal. L'arrivée de la société civile comme acteur médiatique est peut-être un signe salutaire. Mais, encore faut-il que la qualité et/ou la quantité des journalistes devant produire une information de grande facture, la capacité de distribution, l'équipement technique et logistique ainsi que les fonds de fonctionnement mis à la disposition d'une équipe donnée soient à la hauteur de la mission des médias. C'est dire que, dans le contexte qui est celui des médias congolais le financement est une des clés du succès, voire de l'indépendance des médias. Sans nier l'importance de l'aide publique à la presse, on peut observer qu'elle n'est pas la panacée pour le salut des médias... Il reste que son effectivité au même titre que la distribution de la redevance audiovisuelle et la mise en place d'un fonds pour la production audiovisuelle devraient participer au renforcement d'un objectif difficile d'indépendance. De plus, en tant que levier pour l'emploi, l'intervention des pouvoirs publics dans ce secteur aura également l'avantage de contribuer à la diversification de l'économie. Car, les médias sont des gisements inépuisables au même titre que les industries culturelles/créatives. Aussi, le souci d'une information pluraliste, indépendante et honnête impose une modification des dispositions légales afin que soit substituée à l'idée que l'État peut financer les médias l'impératif pour l'État de financer les médias. Sinon, la pénurie ou rareté des finances conduira toujours à des dérives aux conséquences parfois fâcheuses. C'est le cas pour la plupart des périodiques ayant une parution sporadique tributaire de la recherche des moyens financiers adéquats pour supporter la facture de l'impression. Ce qui génère, dans la presse congolaise, des journalistes vivants et travaillant dans la précarité et des publicistes au détriment des journalistes capables de jouer les rôles de garant et de régulateur de la démocratie. Cela à cause du recours aux financements peu orthodoxes pour pallier les difficultés...

Pour prévenir ces dérives, l'implication des pouvoirs publics est fortement sollicitée en vue de sauver et sauvegarder la liberté de presse et surtout le pluralisme de l'information et des opinions. Au niveau des questions éthiques et déontologiques, la réponse idoine réside dans la formation (initiale et continue) et non dans la répression. Car, un pluralisme imparfait est toujours préférable à une presse conformiste et alignée120(*). À la vérité, la crise (éthique ou déontologique et économique ou financière) qui frappe les médias n'est pas propre au Congo. Elle est internationale, du moins sur son aspect économique, et n'augure pas de solutions miracles depuis que le géant Google se taille la part du lion des annonces publicitaires. La réalité est inquiétante dans le contexte congolais, mais la solution n'est pas à portée de mains. Trouver un nouveau modèle économique - capable d'assurer à un média les moyens de ses missions pour garantir sa place dans le paysage médiatique - devrait être un défi pour les entreprises médiatiques qui désirent rester présentes et compétitives. Si, comme l'annoncent certaines études121(*), le journal papier dans les pays du nord n'a plus de longs jours, l'Afrique en général et le Congo en particulier peuvent par exemple encore se réjouir de la longévité avérée des imprimés en attendant que le tout numérique s'y répande largement.

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* 1 Louis Guéry et Pierre Lebedel; Comment créer et animer une publication, Paris, 1991; P.12

* 2 Hervé Bourges in Géopolitique africaine N°37 de Juillet-septembre 2010, P.340

* 3 Jean Gabszewicz & Nathalie Sonnac, L'industrie des médias ; Paris, 2006 ; P.26

* 4 François Jost, 50 fiches pour comprendre les médias ; 2010, fiche n°2

* 5 Nathalie Sonnac ; Economie de la presse, Les cahiers du journalisme N°20_Automne 2009, P.22

* 6 Fanelly Nguyen-Thanh, La communication : une stratégie au service de l'entreprise, Paris, 1991 ; P.9

* 7 Leteinturier & Rémy Le Champion ; Médias, information et communication, 2009 ; P.95

* 8 Loïc Jofredo, Eduquer aux médias, ça s'apprend ; ebook, 2012 ; P.6

* 9 Frédéric Bardier & Cathérine Bertho Lavenir, Histoire des médias, de Didérot à Internet, Paris, 2011 ; P.8

* 10 Gabszewicz & Nathalie Sonnac, Industrie des médias, Paris, 2006 ; P.26

* 11 Jean Gabszewicz & Nathalie Sonnac, L'industrie des médias ; Paris, 2006 ; P.26

* 12 Ndiaga Loum ; Les médias et l'Etat sénégalais : l'impossible autonomie, Paris, 2003 ; P.5

* 13 Renaud de la Brosse, Afrique subsaharienne en transition : des journaux nécessairement engagés, Les cahiers du journalisme, N°6 d'octobre 1999 ; P.112

* 14 Nadine Toussaint-Desmoulin, L'économie des médias, Paris, PUF, 2006 ; P.27

* 15 Guy-Noel Sam'ovhey-Panquima, Les questions de population et de développement dans la presse écrite congolaise, Brazzaville, Editions Hémar, 2007, P.92

* 16 CIRTEF, Produire plus et mieux Les défis des Radios Télévisions Africaines, Bruxelles, septembre 2011; p.9

* 17 « Si la tendance à la monopolisation de la relation « presse-publics » par les acteurs de l'action gouvernementale influe fortement sur l'appropriation professionnelle des dispositifs d'interactivité au niveau des journaux congolais, c'est parce que ces dispositifs sont porteurs d'un contrat de conversation (Granier, 2011). Ce contrat de conversation s'appuie sur « une idéologie, une vision des rapports humains et sociaux, en affinité avec les mythes fondateurs d'Internet tels que l'horizontalité, la réciprocité, la liberté » (Pynson, 2011, p. 64). L'horizontalité de la relation est bel et bien une caractéristique des interactions sociales promues par le mythe de la « société de l'information », en s'appuyant sur le type de relation ayant caractérisé « les pionniers de l'internet qui se considéraient comme "une communauté d'égaux où le statut de chacun repose sur le mérite évalué par les pairs" » (Granjon, 2001, p. 11). La mise en oeuvre d'une horizontalité de la relation dans

les interactions sociales induit donc une remise en cause du mode de fonctionnement « traditionnel » de la société, qui est plutôt fondé sur la verticalité de la relation qu'implique la hiérarchisation des statuts, rôles et fonctions dans les différentes organisations sociales. Et c'est sous ce mode d'organisation sociétale fondée sur la verticalité de la relation dans les interactions sociales que s'inscrit le fonctionnement « traditionnel » de la presse. Aussi la relation « presse-publics » était-elle une relation verticale, voire surplombante, les professionnels de la presse se présentant comme des experts (pédagogues) d'un savoir à transmettre à un public supposé être en situation d'apprentissage (Mehl, 1996). Ce qui plaçait les professionnels de la presse dans une position dominante hégémonique (Hall, 1994) qui, du reste, renvoyait à la supposée omnipuissance des médias. Or, cette position dominante hégémonique se trouve aujourd'hui contestée par les publics ».

Pierre MINKALA-NTADI, L'appropriation professionnelle d'Internet dans la presse congolaise, Article inédit. Mis en ligne le 9 avril 2013, Les Enjeux de l'information et de la communication http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux 2013 Vol. 14

* 18 Pierre MINKALA-NTADI, L'appropriation professionnelle d'Internet dans la presse congolaise, Article inédit. Mis en ligne le 9 avril 2013, Les Enjeux de l'information et de la communication http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux 2013 Vol. 14

* 19 Opcite

* 20 « Tous les autres journaux que nous avons abordés et qui diffusent actuellement en ligne, connaissent presque le même fonctionnement, tout au moins en ce qui concerne l'écriture de l'actualité mise en ligne et le mode d'accès : uniquement centré sur le texte et l'image fixe, le contenu est partout offert gratuitement aux publics. La seule différence que nous avons pu observer se situe au niveau des modalités de mise en ligne : si Les Dépêches de Brazzaville et La Semaine Africaine ont opté pour une transposition intégrale sur le Web du fichier PDF de l'édition papier, les autres journaux, tels que Le Patriote et Talassa, se limitent simplement à la transposition des rubriques papier sur le Web. Ainsi, au niveau du Patriote, par exemple, on ne trouvera pas en ligne toute la maquette du journal tel qu'il se présente en imprimé, mais plutôt toutes les rubriques du journal correspondant à l'ensemble des rubriques de l'édition papier en cours, avec le même contenu. En ce qui concerne Talassa, l'information mise en ligne ne semble pas suivre la même périodicité que l'édition papier, qui se présente tantôt comme un hebdomadaire, tantôt comme un bihebdomadaire ; on n'y retrouve pas non plus d'illustration, contrairement à l'édition papier qui associe le texte à l'image ».

Pierre MINKALA-NTADI

* 21 OMC, Etat de la presse en 2005, Brazzaville, mai 2006, P.6

* 22 Idem, P.4

* 23 Roger Yenga, Connaître le conseil supérieur de la liberté de communication, Publibook, Paris, 2007, P.33

* 24 Roger Yenga, Connaître le conseil supérieur de la liberté de communication, Publibook, Paris, 2007, P.40

* 25 Roger Yenga, Idem, P.48, 49

* 26 Placide Moudoudou & Jean-Paul Markus, Droit des institutions administratives congolaises, Paris, L'Harmattan ; 2005, P.133

* 27 Roger Yenga, Connaître le conseil supérieur de la liberté de communication, Publibook, Paris, 2007, P.53, 54

* 28 Entretien avec Bernard Makiza, Brazzaville le, 11 septembre 2012

* 29 www.ifex.org

* 30 Dans la délibération n°006-2013 du CSLC étaient contenues les accusations portées contre trois périodiques suspendus pour quatre mois (L'Observateur, Talassa et Le Trottoir) : « manipulation de l'opinion », « incitation à la violence et à la division » et « diffamation ou atteinte à l'honneur et à la considération de certaines autorités de l'Etat ». Le journal « Le Glaive » était accusé de « refus répété d'obtempérer et de répondre aux interpellations du Conseil ».

* 31 Amicale : suspendu pour six mois en décembre 2010 pour « Incitation à la haine tribale et ethnique ». la même année, « La Voix du peuple a écopé trois mois de suspension pour « Incitation à la haine tribale et ethnique et violation des normes juridiques, professionnelles, éthiques et déontologiques qui régissent l'exercice de la profession de journaliste»

* 32 Rémy RIEFFEL, Sociologie des Médias, Paris, Ellipses, 2010

* 33 Thierry Perret, Le temps des journaliste, l'invention de la presse en Afrique francophone, Paris, Karthala ; 2005, P.58

* 34 Livre d'or du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, Inédit, Brazzaville, 2010, P.105, 106

* 35 Jean Claude Gakosso, La nouvelle presse congolaise, du goulag à l'agora ; 1997, P.121, 122, 123

* 36 OMC, La presse congolaise en 2005, Brazzaville, mai 2006

* 37 CSLC, Régulation de la communication et des médias en République du Congo, Février 2008, P.8-9

* 38 Entretien avec Auguste Louviboudoulou, Directeur de la presse et de l'édition ; Brazzaville 22 juin 2012

* 39 Carmella Dorelle Ngouloubi, mémoire sur La place de la femme dans la presse écrite brazzavilloise

* 40 JC Gakosso, La nouvelle presse congolaise, du goulag à l'agora, L'harmattan, 1997, P.31

* 41 Guy-Noël Sam'Ovhey-Panquima, Les questions de population et de développement dans la presse écrite congolaise ; Brazzaville, 2007, P.75

* 42 Guy-Noël Sam'Ovhey-Panquima, Idem

* 43 JC Gakosso, Opcit

* 44 Entretien avec Auguste Louviboudoulou, Brazzaville, 22 juin 2012

* 45 François Jost, 50 fiches pour comprendre les médias ; septembre 2010, P.17

* 46 Jean Gabszewicz & Nathalie Sonnac, L'industrie des média ; Paris, La découverte, 2010, P.26

* 47 JC Gakosso, Opcit ; P.54

* 48 André-Jean Tudesq, Feuilles d'Afrique : une étude de la presse de l'Afrique subsaharienne, MSHA, 1995, P.91

* 49 Hebdomadaire congolais, L'Observateur n°520, P.6

* 50 Profil culturel des pays du sud membres de la Francophonie ; Un aperçu de trois pays de la CEMAC : Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon ; OIF, Paris, 2012, P.48

* 51 Entretien avec Marien Nzihou MASSALA, Brazzaville le 18 août 2012

* 52 Secrétariat du gouvernement; Livre d'or du cinquantenaire de l'indépendance du Congo ; Brazzaville, 2010 P.102

* 53 Voir : Les origines de la radio Brazzaville, article paru dans Espoir n°54, mars 1986, publié sur www.charles.de.gaulle.org

* 54 Idem

* 55 Livre d'or du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, P.111

* 56 OCM, Opcit, P.3

* 57 CSLC, régulation des médias en République du Congo, février 2008 ; P.8,9

* 58 Gilbert Maoundonodji & Pascal Berqué, Afrique centrale, cadres juridiques et pratiques du pluralisme radiophonique, Karthala, Paris, SD; P.129

* 59 Gilbert Maoundonodji & Pascal Berqué, Idem, P.130

* 60 André-Jean Tudesq, L'Afrique parle, l'Afrique écoute : les radios en Afrique subsaharienne, Karthala, Paris, 2002 ; P.285

* 61 Sophie Moirand, Les discours de la presse quotidienne: Observer, analyser, comprendre; P.U.F, Paris, 2007; P.70

* 62 Le cas de Radio Télévision Nkayi et Radio Solidarité

* 63 Entretien avec Bill Thierry, chargé des programmes, de la production et des ressources humaines à DVS+

* 64 Tidiane Dioh, Histoire de la télévision en Afrique noire francophone, des origines à nos jours ; Paris, 2009 ; P. 93

* 65 Bekombo Manga; Brazzaville à l'heure de la télévision congolaise. In: Revue française de sociologie ; http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/;

* 66 Tidiane Dioh, Histoire de la télévision en Afrique noire francophone, des origines à nos jours ; précité P. 226,

* 67 Idem; P.97

* 68 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2646p096.xml0/

* 69 Hervé Bourges in Géopolitique africaine n°37 de juillet-septembre 2010; P.338

* 70 Jocelyne Arquembourg, L'événement et les médias; Paris; 2011, P.6

* 71 Le Conseil International des Radios Télévisions d'Expression française - CIRTEF en collaboration avec le secteur de l'information et de la communication de l'Unesco; Produire plus et mieux Les défis des Radios Télévisions Africaines, Bruxelles, Septembre 2011, p.17

* 72 http://www.mwinda.org/using-joomla/extensions/components/content-component/article-categories/158-l-upads-aux-prises-avec-la-corruption-du-pouvoir

* 73 Entretien avec Bill Thierry, chargé des programmes, de la production et des ressources humaines à Diamasco Vidéo et Son Plus en signe DVS+ (chaîne de télévision commerciale créée le 1er mai 2006 par Martin Diafouka)

* 74 Idem

* 75 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2646p096.xml0/

* 76 Entretien avec Charles OBASSA, Directeur départemental de Télé Pointe-Noire

* 77 Discussion libre avec Ede Chevry Diazz, journaliste animateur de l'émission Art & Ames à la télévision nationale

* 78 Entretien avec Bill Thierry, chargé des programmes, de la production et des ressources humaines à DVS+

* 79 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2646p096.xml0/

Si d'autres chaînes comme Réhoboth, DVS Plus Télé, Canal Bénédiction Plus, Canal Océan, Canal 7 TV animent le paysage audiovisuel congolais, elles sont toutes confrontées à la même difficulté : l'étroitesse du marché publicitaire. Un spot d'une minute coûte entre 40 000 et 45 000 F CFA à peine, quand les clients ne marchandent pas !

* 80 Michael Schudson, Le Pouvoir des médias; Paris, 2001; P.252

* 81 Mectar Silla, Le paria du village planétaire ou l'Afrique à l'heure de la télévision; p.86, NEAS, 1994.

* 82Profil culturel national de la République du Congo; document «Programme d'identification des industries culturelles», OIF, Paris, SD; P.53.

* 83 Au terme de l'article 87 de la loi organique N°4-2003 du 18 janvier 2003 déterminant les mission du CSLC, le journaliste non professionnel est toute personne non qualifiée dans le traitement de l'information, mais qui travaille tout de même dans une entreprise d'information.

* 84 Petit per-diem remis aux journalistes par la personne ou institution qui convoque la presse pour une manifestation

* 85 L'hebdomadaire L'Observateur n°520 du 22 novembre 2013, p.7, Brazzaville

* 86 Idem

* 87 OCM, rapport sur l'état de la presse en 2005, Brazzaville, mai 2006; P.6

* 88 La convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC; document édité avec l'appui financier de l'OIF, Brazzaville, décembre 2008; P.82

* 89 Le bihebdomadaire La semaine africaine n° 3237 du vendredi 26 octobre 2012 - page 3

* 90 La convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC; document édité avec l'appui financier de l'OIF, Brazzaville, décembre 2008; P.75

* 91 Des journalistes sont envoyés couvrir des événements et se font payer par celui qui convoque la presse

* 92 C.D Ngouloubi Mpou, La place de la femme dans la presse écrite Brazzavilloise ; Brazzaville, 2011, P.XX- XXII

* 93 Profil culturel national de la République du Congo; document Programme d'identification des industries culturelles, OIF, Paris, SD; P.53-61

* 94 Index de viabilité des médias 2006-2007, www.irex.org/system/files/MSI07-Congo-FR-2.pd

* 95 La « camorra » c'est la pratique du per diem qui gangrène la presse congolaise. Les journalistes n'étant pas payés pour la plupart, ils vivent des per diems que paient les organisateurs de manifestations. Ce per diem varie entre Cinq mille (5 000) francs CFA et Dix mille (10 000) Francs CFA, d'où une chasse aux per diems à laquelle se livrent des journalistes.

* 96 CIRTEF, Produire plus et mieux Les défis des Radios Télévisions Africaines, Bruxelles, Septembre 2011; p.49

* 97 Enquête personnelle et Place de la femme dans la presse écrite brazzavilloise; Brazzaville, 2011, P.XVI

* 98 Marie Soleil Frère, Médias et élections en Afrique centrale; Paris, 2009 ; P.58

* 99 Entretien personnel avec Pierre Nzissi-Bambi; Brazzaville, 18 juillet 2012

* 100 L'OCM, Etat de la presse en 2005, Brazzaville, mai 2006; P.11

* 101 Marie-Soleil Frère, Élections et médias en Afrique centrale; Paris 2009, P.242.

* 102 Luc Grégoire, économiste principal, PNUD, «Pourquoi le bon journalisme est indispensable au développement», journée mondiale de la liberté de la presse (2005)

* 103 Articles 3 et 19 de la Convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC.

* 104 Michael Schudson, Le Pouvoirs des médias; Paris, 2001; P.253

* 105 Sous la direction de Ivan Chupin et Jérémie Nollet, Journalisme et dépendances, Paris, 2006; P.16

* 106 C'est la formule de la Convention collective cadre des journalistes de l'espace CEEAC; Art.14

* 107 Convention collective cadre des journalistes dans l'espace CEEAC, document édité avec l'appui de l'OIF; Brazzaville, Décembre 2008;p.76

* 108 In Le Creima N°11 de 2006, La crise de la liberté de la presse au Congo, p.3

* 109 Marie -Soleil Frère, Elections et médias en Afrique centrale; Paris, 2009, P.236

* 110 Bill Kovach & Tom Rosenstiel ; Principes du journalisme ; Paris, 2004, P.100,

* 111 C'est le cas de Radio Solidarité et Radio Télé Nkayi (RTNK) à Nkayi dans le département de la Bouénza, au sud du Congo

* 112 Marie -Soleil Frère, Elections et médias en Afrique centrale; Paris, 2009, P.193

* 113 http://fr.rsf.org/report-congo,12.html

* 114 http://www.rpdh-cg.org/news/2011/08/18/congo-brazzaville-restrictions-des-libertes-syndicales-et-de-linformation

* 115 Selon les résultats du contrôle administratif et technique des entreprises de presse, d'imprimerie et du recensement des médias lancés par le conseil supérieur de liberté de la communication (CSLC), la situation administrative des médias est alarmante au Congo. Il ressort de ce contrôle que cinq (5) chaînes de radio seulement sont en situations régulières (Radio-Congo, Radio-Brazza, Radio Rurale, Radio Magnificat et Radio Mucodec) contre 56 en situation irrégulière, pour absence d'autorisation d'exploitation, manque de convention conclue avec le Cslc et inexistence de cahier des charges. Dans le cas de la télédiffusion, sur 29 chaînes de télévision existantes, à peine deux (Télé Congo et Télé Pointe-Noire, toutes des médias de service public) sont en situation régulière. Les 27 autres chaînes sont classées en situation d'irrégularité pour non-autorisation d'exploitation, manque de conventions conclues avec le CSLC et inexistence de cahiers des charges.

* 116 Article paru dans Econews 777 n°60 2013 à la page 3

* 117 André-Jean Tudesq, Feuilles d'Afrique: Etude de la presse de l'Afrique subsaharienne, Paris, 1995; P.145

* 118 Sarah Finger & Michel Moatti, L'Effet-Médias: Pour une sociologie critique de l'information, Paris, 2010, P.191

* 119 Myriame El Yamani, Médias et féminismes minoritaires sans parole, 1998, P.198

* 120 Hervé Bourges in Géopolitique africaine n°37 de juillet-septembre 2010; P.340

* 121Newspaper extinction time line www.futureexploration.net






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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand