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Analyse de la gestion du périmètre irrigué de maury par les usagers


par Elove HÉRARD
Université d'état d'Haiti - Ingénieur-Agronome 2013
  

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CHAPITRE V : RÉSULTATS ET DISCUTIONS

Après avoir collecté puis traité les données, les résultats sont présentés puis discutés. Ils se déroulent autour de la situation du système sur le plan technique, organisationnel, administratif, financier et économique.

5.1. Présentation du périmètre

Le périmètre irrigué de Maury est situé au nord-ouest de Désarmes, dans la 3e section communale Guillaume Mogé de la commune des Verrettes. Sa superficie irriguée mesurée à l'aide du GPS en 2004 est de l'ordre 335.60 ha. Les données actualisées par le MARNDR en 1998 donnent 600 ha potentiellement irrigables. Avec les extensions, cette superficie irriguée se situerait aujourd'hui autour de 400 ha. Les usagers n'habitent pas vraiment le périmètre. Ils viennent des zones avoisinantes d'environ 1 à 3 km. Le périmètre est présenté par ses réseaux d'irrigation, de circulation et de drainage et ses systèmes de production.

5.1.1. Composantes du réseau d'irrigation

Pour irriguer, il faut mobiliser l'eau. Cette mobilisation se fait à travers des ouvrages. Les principaux ouvrages constituant le réseau d'irrigation de Maury sont les suivants :

- Un barrage situé au point de coordonnées géographiques 18o58'25.0»N et 072o22'32.2»W et constitué d'un seuil-déversoir en béton au niveau de la rivière Maury, muni de deux vannes de chasse et une vanne d'entrée dotée d'une grille ;

- Un canal tête morte d'une longueur de 160 m dérivant un débit de 495 l/s ;

- Un canal principal maçonné d'une longueur d'environ 7.5 km ;

- Trente et un (31) canaux secondaires partant du canal principal, maçonnés dans leur partie amont jusqu'à une certaine longueur à partir desquels partent les canaux tertiaires. Les vingt-six (26) premiers canaux secondaires accusent plus de 17 km de long au total tenant compte des extensions ;

- Cinq (5) aqueducs, neuf (9) dalots et neuf (9) chutes ;

- Dix-sept (17) bassins de distribution et quatre (4) bassins de dissipation d'énergie ;

- Cinq (5) lavoirs et deux (2) abreuvoirs dont les gens utilisent aussi pour laver ;

1 Cette prise est abandonnée en raison de son niveau élevé d'endommagement.

25

- Quatre (4) prises Tout Ou Rien, une sorte de déversoir où l'on aménage à un niveau plus

bas par rapport au bord du canal pour arroser quelques parcelles difficilement irrigables par les portes.

Le périmètre est divisé en onze secteurs dont chacun comprenant un à sept canaux secondaires présentés dans le tableau 2.

Tableau 2 : Les différents secteurs sur le périmètre et leurs canaux secondaires

Secteur

No

Canal secondaire
(nom complet)

Nom couramment
utilisé

Linéaire

Canaux
secondaires (m)

Canal
primaire (m)

1

1

Jean Louis Bocage

Bocage

93.00

36.92

2

Gustave Elmilus

Baptiste

160.00

0

3

Léraus Saint-Jules

Léraus

168.00

66.70

2

4

Barrière Maury

Barrière Maury

604.00

239.81

3

5

1er Alphonse Lahens

Lahens 1

660.00

262.04

 

2e Alphonse Lahens

Lahens 2

Non connu

535.2

6

Rosimène

Rosimène

273.00

108.39

4

7

Lamour Altidor

Lamour

353.00

140.15

8

Ironce Joseph

Madame Irons

375.00

148.89

5

9

Estrale Touloute

Estral

297.00

117.92

10

Zo (Joseph)

Zo (Joseph)

690.00

273.95

6

11

Gros-Morne

Gros-Morne

300.00

119.11

7

12

Madame Sonson

Madame Sonson

1,648.00

119.11

13

Dominique Occéus

Dominique

361.00

143.33

14

Yvon Servius

Yvon

882.00

350.18

8

15

Alcide Alcius

Alcide

515.00

204.47

16

Caridad Bruni

Caridad

648.00

257.28

17

Joam Milfleur

Joram

359.00

142.53

9

18

Mémé Jean-Baptiste

Mémé 1

1,637.00

649.94

19

Désilia Dossous (1prise abandonnée)

Dossous

Non connu

Non connu

20

Zèpèlin

Zèpèlen

900.00

357.33

10

21

Corel

Corel

1,993.00

791.289

22

Ilot

Ilot

721.00

286.26

26

 

23

5 portes

5 portes

969.00

384.72

24

Pistolé

Pistolé

675.00

268.00

11

25

Pierre Sainrilus (A. Jean Pierre)

Sainrilus

200.00

79.41

26

Lébaillard

Madame Lébayard

849

337.08

27

Philemond Simon

Philemond

Non connu

Non connu

28

2e Mémé

Mémé 2

Non connu

Non connu

29

Clébert Sainté

Clébert 1

Non connu

Non connu

30

St-Louijeune Jeune

Louijeune

Non connu

Non connu

31

2e Clébert Sainté

Clébert 2

Non connu

Non connu

Total

16,330.00

6,420.00

Source : Archives AIM. Travaux de Réhabilitation des Systèmes d'Irrigation de Liancourt et de Maury, 2009.

Les noms de ces canaux secondaires sont des noms d'usagers qui ont une influence d'une façon ou d'une autre sur le secteur en question. Il y a vingt six canaux secondaires qui sont irriguées normalement. Les derniers se trouvant en aval du canal primaire ne le sont pas en périodes d'étiage à cause d'un manque d'eau. Les derniers canaux secondaires, de 27 à 31, ont été ajoutés après ces mesures. Leur longueur n'est pas connue. Toutefois, on a pu estimer la longueur ajoutée au canal principal et elle passe de 6,420.00 m à 7,500.00 m environ. Il y a plusieurs prises clandestines au niveau du canal primaire arrosant des parcelles ne faisant partie d'aucun secteur précité à cause de leur position. De 2009 à nos jours, il y a des petites extensions qui se font de manière informelle de temps à autre sur les canaux secondaires.

5.1.2. Le réseau de drainage

Il n'y a pas un système de drainage artificiel au niveau du réseau. Par rapport à la disposition du périmètre, le drainage se fait de façon naturelle dans les parties amont et aval sans aucun problème. Cependant, dans la partie intermédiaire appelée Mogé, il y a un problème de drainage causant en quelques endroits des zones marécageuses en périodes pluvieuses. On utilise le plus souvent ces zones pour faire le riz lagon au cours de ces périodes. En périodes sèches, ces endroits ne sont généralement plus marécageux et sont utilisés comme les autres.

- La première campagne débute en novembre et prend fin en mars. Au cours de cette période, on rencontre le haricot généralement en culture pure et parfois en association avec

27

5.1.3. Le réseau de circulation

Sur le périmètre, on rencontre deux pistes principales favorisant la circulation dans la zone. La première part de carrefour Résigné sillonnant le canal principal dans la partie sud du périmètre et conduit à barrière Maury. Les principaux produits transportés à travers des véhicules dans la partie amont et intermédiaire du périmètre sont transités à travers cette voie. L'autre piste part également de carrefour Résigné et aboutit à la localité appelée Nan Passe. Cette voie est empruntée par des producteurs et marchands venant de l'autre rive du fleuve appartenant à la commune de Petite-Rivière de l'Artibonite issue de la localité de Savane-à-Roche. Ces pistes sont utilisées par des camions et des voitures. Cependant, en saisons pluvieuses, leur utilisation parait très compliquée voire parfois impossible à ces véhicules où seuls les tout terrains peuvent y accéder. A l'intérieur même du périmètre, la circulation se fait à pieds et par les animaux pour le transport des produits de récolte jusqu'à barrière Maury, à carrefour Résigné ou à Désarmes.

5.1.4. Les systèmes de production

Il s'agit de présenter les systèmes de culture et d'élevage existant au niveau du périmètre. 5.1.4.1. Systèmes de culture

Sur le périmètre, les systèmes de culture sont repartis en fonction de la topographie des zones qui détermine la circulation de l'eau. En amont, l'eau est en abondance, mais la zone est drainée de façon naturelle, les associations culturales sont beaucoup plus fréquentes. On y cultive le haricot, le maïs, la banane, la canne-à-sucre, la patate douce et le riz. Dans la zone intermédiaire, très marécageuse en saisons pluvieuses surtout, le riz est dominant avec quelques parcelles de mazombelle. La partie aval est drainée mais l'accès à l'eau reste pourtant très difficile à cause de la mauvaise gestion/gaspillage de l'eau entraînant sa mauvaise distribution en amont. Les cultures comme la canne-à-sucre, le maïs et la banane y sont pratiquées. Sur le périmètre, trois campagnes agricoles sont pratiquées par an :

28

la canne-à-sucre, la banane et le calalou. Certains agriculteurs cultivent des légumes sur leurs parcelles ;

- La deuxième campagne s'étend de mars à juin. On cultive surtout le maïs et la patate. On rencontre quelques parcelles emblavées parfois du manioc et de la canne-à-sucre dans cette période ;

- La troisième campagne va de juin à novembre. Cette campagne est dominée par le riz dans les zones où l'accès à l'eau est très facile. Dans les autres parties, on rencontre le maïs et parfois des légumes.

Le calendrier culturel des principales cultures pratiquées sur le périmètre se présente dans le tableau suivant.

Tableau 3 : Calendrier culturel des principales cultures pratiquées sur le périmètre

Mois

Cultures

J

F

M

A

M

J

J

A

S

O

N

D

Riz

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Haricot

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Canne-à-sucre

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Banane

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Maïs

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Patate

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Manioc

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Légumes

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Préparation de sol

 

Semis ou Plantation

 
 

Récolte

 

Chevauchement plantation/récolte

NB. Les sarclages se sont compris entre le semis et la récolte

Certaines cultures sont plantées et/ou récoltées tout au long de l'année avec des périodes de plus forte plantation et de plus forte récolte. C'est le cas pour la banane qui est préférablement plantée de mars à juin pour être récoltée à partir de 12 mois après. Le manioc et la canne-à-sucre sont plantés à priori entre mars et avril pour être récoltés entre décembre et janvier.

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5.1.4.2. Systèmes d'élevage

L'élevage est très peu pratiqué au niveau du périmètre irrigué de Maury à cause de la présence presqu'en permanence des cultures. Il faut aussi remarquer que cela est du en partie au fait que les usagers n'habitent pas vraiment le périmètre. Toutefois, ils possèdent des animaux comme les porcins, caprins, équins, bovins et volailles, mais ils les gardent en dehors du périmètre irrigué. Certains usagers entrainent leurs animaux sur les parcelles pendant quelques jours après les campagnes. Les déjections de ces animaux servent de fertilisants pour ces parcelles.

5.2. Gestion technique du système

La gestion technique concerne l'état du réseau et l'ensemble des activités qu'offre l'association en vue de permettre aux usagers d'avoir l'eau au moment opportun. Il s'agit entre autres du service technique, de la fonctionnalité des infrastructures, de la distribution et des tours d'eau, de l'entretien et de la maintenance du réseau, des conflits et modalités de résolution. Cependant, pour mieux comprendre la gestion du périmètre, la connaissance de son histoire est un outil important.

5.2.1. Historique du réseau d'irrigation

Le système de Maury a été fondé depuis le temps de la colonie. Par exemple, le réseau comprend plusieurs aqueducs fabriqués en chaux qui ont été mis en place par les colons. A l'origine, le système a été construit pour faire fonctionner les moulins qui devenaient dysfonctionnels après le départ des colons.

En 1941, certains ouvrages ont été construits en maçonnerie avec utilisation de pompes à cause d'un faible débit au niveau du réseau. A cette époque, il y avait Standard Food, une compagnie cultivant la figue banane sur le système qui l'avait utilisé pour irriguer leurs parcelles emblavées de figue banane. En 1946, pour cause politique, Standard Food s'en allait et le système devenait dysfonctionnel. En 1950, sous l'intervention de l'État et à travers le MARNDR, le système devenait fonctionnel. En 1978, l'État avait mis un syndic sur le périmètre. Les travaux de curage ont été faits surtout sous forme de combite durant presque tout son mandat. En 1994, la FAO

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avait commencé des travaux de réhabilitation, mais ils étaient inachevés. Sous le financement d'une organisation internationale appelée Nouvelle Planète, ODD avait continué ces travaux.

De 2007 jusqu'en mars 2009, CECI avait réalisé des travaux de réhabilitation sur le système. Le barrage a été consolidé par le MARNDR en 2010 dans le cadre du projet dénommé « PWOJÈ LAKANSYÈL/PWOJÈ IJANS POU KORE DEPLASE 12 JANVYE 2010 ». Ce travail a été exécuté par CECI et financé par USAID/OFDA. Le tableau suivant présente l'évolution des interventions sur le réseau de sa création du temps de la colonie à nos jours.

Tableau 4 : Historique du réseau d'irrigation de Maury

Date

Événement et organismes d'interventions

Au temps de la colonie

Création du système ;

Des aqueducs faits en chaux ont été mis en place par les colons ; Dysfonctionnement du système après le départ des colons.

1941

Remise en fonction du système par Standard Food et construction en maçonnerie de certains ouvrages avec utilisation de pompes à cause du faible débit au niveau du réseau ;

Utilisation du système par Standard Food pour irriguer les figues bananes.

1946

Dysfonctionnement du système et départ de Standard Food.

1950

Remise en fonction du système par l'État à travers le MARNDR.

1978

Mise en place d'un syndic sur le périmètre par l'État.

1994

Début des travaux de réhabilitation du système par FAO et continuation par ODD sous le financement de Nouvelle Planète.

Janvier 2007 à mars 2009

Réhabilitation du système par CECI.

Octobre 2010

Consolidation du barrage par le MARNDR.

Après la construction du périmètre au temps de la colonie, deux interventions d'envergure ont été faites sur le réseau notamment celles de 1994 et 2007. Ces interventions concernaient la construction du canal principal et en partie des canaux secondaires. Les autres interventions sont légères et concernent la construction de quelques ouvrages ou quelques tronçons de canaux en maçonnerie. Jusqu'à date, le réseau secondaire est en grande partie en terre avec des pertes énormes d'eau au niveau des zones de répartition de l'eau dans les différents canaux. Hormis la consolidation du barrage en octobre 2010, aucune réhabilitation n'a eu lieu sur le système depuis 2009, date de la fin de l'intervention de CECI.

31

5.2.2. Service technique

L'association ne dispose pas de service technique. Le minimum de service est fourni par 3 vanniers qui assurent la distribution de l'eau. Le CG nouvellement élu met en place une commission pour la gestion des infrastructures en vue d'une meilleure gestion de ces dernières. Cette commission est composée d'agriculteurs membres des CS. Cependant, vu leur faible niveau de formation, de connaissance et de technicité, cette commission risque de ne pas produire les résultats escomptés. Dans une logique de renforcement, l'association a signé des contrats de partenariat avec APDBA et GEDER de façon formelle et développé un lien avec ODD de façon informelle. Ces actions restent encore très limitées dans le sens qu'il y a une application très faible des protocoles d'accord.

5.2.3. Fonctionnalité des infrastructures

Sur le périmètre, certains canaux, en particulier les canaux tertiaires et les parties intermédiaires et aval des canaux secondaires sont obstrués par des sédiments et des débris, causant une perte d'eau et une diminution de la quantité d'eau devant arriver en aval des ramifications plus petites.

La prise et les vannes sont plus ou moins fonctionnelles. Elles sont entretenues de façon régulière en vue de faciliter la rentrée de l'eau dans le canal tête morte et l'évacuer quand il le faut, généralement en période de crues.

Figure 4 : Les 2 vannes de chasse du réseau et la vanne d'entrée accompagnée de sa grille

Figure 5 : Seuil-déversoir au travers de la rivière dérivant l'eau dans le canal tête morte

32

 

Par rapport à la position du canal primaire au flanc d'un versant dans la plus grande partie de sa longueur, surtout en amont, il est très exposé à la sédimentation par des sédiments légers, de grosses pierres et d'autres matériaux lors des averses et souvent se sédimente graduellement, ayant ainsi pour conséquence une diminution du débit qu'il transporte effectivement.

Figure 4 : Canal primaire au flanc d'un versant sans protection pour empêcher la sédimentation

Figure 5 : Tronçon d'un canal tertiaire très enherbé

Figure 6 : Partie d'un canal secondaire en terre battue faisant suite à la partie en maçonnerie

Le canal principal est en maçonnerie sur toute sa longueur. Quant aux canaux secondaires, la partie amont est en maçonnerie jusqu'à une certaine longueur et le reste, en grande majorité, est en terre battue. La quasi-totalité des canaux tertiaires est en terre battue. A cause de la forte infiltration dans les parties en terre battue des canaux, il y a une diminution assez élevée de la quantité d'eau devant arriver aux parcelles.

33

Les portes dérivant l'eau du canal primaire aux canaux secondaires sont endommagées, donc en mauvais état. Il y en a qui n'ont même pas de cadenas, ce qui rend beaucoup plus difficile le contrôle dans la distribution de l'eau. De plus, il n'y a aucun appareil sur le réseau pouvant contrôler le débit.

 
 

Figure 7 : Porte d'un canal secondaire dysfonctionnel sans cadenas ni appareil contrôlant le débit

5.2.4. Distribution et tour d'eau

Il y a un horaire au niveau du canal primaire jusqu'aux secondaires, mais pas de tour d'eau jusqu'aux parcelles. Cet horaire n'est défini pour être applicable qu'en période d'étiage, de novembre à mai. Il faut noter qu'en saison pluvieuse, le débit est très important au niveau du canal primaire. Ce qui laisse croire que le problème de disponibilité en eau ne se pose pas, mais celui de gestion ou de distribution.

La distribution de l'eau sur le périmètre et assurée par les vanniers. Les membres du CG épaulent les vanniers dans l'accomplissement de leurs tâches quand ils sont dépassés. Cependant, des usagers affirment que le service de distribution de l'eau n'est pas satisfaisant. Pour distribuer l'eau, on divise le périmètre en trois blocs avec un jour libre pour tous les blocs. Les différents blocs et leur horaire d'irrigation sont présentés dans le tableau suivant.

34

Tableau 5 : Les différents blocs et leur horaire d'irrigation

Blocs

Secteurs et portes

Portes

Jours et Heures

1

Secteurs 10 et 11 + porte 20 dans le secteur 9 (portes 20 à 26)

Portes 23 à 26

Du Lundi (6 : 00 AM) au Mardi (6 : 00 AM)

Portes 20 à 22

Du Mardi (6 : 00 AM) au Mercredi (6 : 00 AM)

2

Secteurs 7 et 8 + portes 18 et 19 dans le secteur 9

(portes 12 à 19)

Portes 15 à 19

Du Mercredi (6 : 00 AM) au Jeudi (6 : 00 AM)

Portes 12 à 14

Du Jeudi (6 : 00 AM) au Vendredi (6 : 00 AM)

3

Secteurs 1 à 6 (portes 1 à 11)

Portes 1 à 11

Du Vendredi (6 : 00 AM) au Dimanche (6 : 00 AM)

1, 2 et 3

Tous les secteurs

Portes 1 à 26

Du Dimanche (6 : 00 AM) au Lundi (6 : 00 AM)

Chaque bloc a des jours fixes dans la semaine pour recevoir l'eau et à l'intérieur de chaque bloc, on divise par porte en fonction de leur quantité. On priorise le plus souvent les cultures qui sont beaucoup plus sensibles à la sécheresse, ce qui cause généralement une sorte de réticence quant à la collecte des redevances, quand elle est réalisée, de la part des usagers possédant les cultures les moins sensibles à la sécheresse. Le dimanche reste libre pour les usagers qui ont manqué leur jour.

5.2.5. Entretien et maintenance

Le curage est le principal travail d'entretien réalisé habituellement sur le périmètre. Bien que rarement, l'association a l'habitude de réhabiliter des petits tronçons de canal endommagés. On réalise généralement deux curages par année sur le périmètre : en novembre, avant la campagne du haricot et en mai, au début de la saison pluvieuse. Ces curages pourraient être plus fréquents si l'association disposait assez de fonds à ces fins. Pour effectuer ces curages, sous forme de combite entre les usagers, on utilise les redevances, quand elles sont payées, et l'argent venant des services des motoculteurs après avoir enlevé le salaire des vanniers et l'argent pour la location du local de l'association. Ces curages se réalisent le plus souvent sur le canal principal. Parfois on touche à peine un petit tronçon des parties amont des canaux secondaires. Étant donné

35

que les canaux secondaires et tertiaires traversent des parcelles, les usagers font parfois un curage léger du tronçon traversant leurs parcelles pour pouvoir mieux utiliser l'eau.

Des fois, les travaux de curage se font en dehors des dates précitées quand l'État haïtien, à travers l'ODVA, octroie une assistance financière à l'association à ces fins. Beaucoup d'usagers sont généralement impliqués dans ces travaux et parfois, des habitants de la zone qui ne sont même pas usagers donnent leur aide.

5.2.6. Conflits et modalités de résolution

Plusieurs cas de conflits sont rencontrés sur le périmètre dont les causes sont de trois types : l'irrégularité dans la distribution, le détournement d'eau et le choix des vanniers.

- L'irrégularité dans la distribution de l'eau est une source de conflits entre les usagers. Ces cas sont souvent réglés à l'amiable.

- Dans le cas de détournement d'eau, on donne généralement un blâme psychologique, c'est-à-dire des dures observations aux gens qui y sont impliqués. On prévoit dans les cas les plus extrêmes où ces derniers n'acceptent pas de se soumettre, de saisir le tribunal compétent. Dans le dernier cas, on prévoit un versement d'une amende monétaire par les concernés, cas qui n'arrive pas encore. Le plus souvent, le tribunal de paix de Désarmes reçoit les usagers en cas de conflits terriens, voie de fer, cas qui ne concernent pas le CG.

- Le choix des vanniers est parfois une source de conflits. Des usagers ont pensé souvent qu'il y a de la partisannerie qui, d'après le comité de gestion, sera toujours ainsi. Généralement, ils sont obligés de les accepter et les laisser accomplir les tâches qui leur sont attribuées.

5.3. Gestion organisationnelle du périmètre

Le périmètre irrigué de Maury est géré par l'Association des Irrigants de Maury (AIM). Cette association est la dernière structure en date, mais dès le temps de la colonie on rencontrait déjà une forme de gestion que l'historique de la gestion du périmètre nous renseignera.

36

5.3.1. Historique de la gestion

La gestion du système connait beaucoup de changements depuis sa création. Au temps de la colonie, le système était géré par les colons. Le départ de ces derniers a entrainé le dysfonctionnement du système. Il fallait attendre l'arrivée de Standard Food en 1941 pour la remise en état et la gestion du système. Du départ de Standard Food en 1946 jusqu'en 1950, le système n'a été géré par aucun organisme. A partir de 1950, l'État a pris en charge le système et la gestion a été assurée par le MARNDR. En 1957, le MARNDR a laissé la tâche à l'ODVA, une de ses structures qui, vingt-et-un ans plus tard soit en 1978, a mis un syndic sur le système qui avait l'autorité d'appliquer des sanctions en cas d'infraction. Après les évènements sociopolitiques de 1986, l'autorité du syndic diminuait graduellement d'année en année jusqu'en 2007, où l'Association des Irrigants de Maury a vu le jour et gère le système à la place du syndic.

L'AIM est une structure qui a été mise en place dans le cadre de la réhabilitation des périmètres irrigués de Maury et de Liancourt, projet qui contenait un volet organisationnel. La création des associations d'irrigants tant à Maury qu'à Liancourt constitue une étape historique dans la structuration des petits périmètres irrigués de la Vallée de l'Artibonite pour leur gestion. A la longue, cette situation devrait permettre de clarifier le statut de ces derniers au sein de l'ODVA et pousser les responsables à définir le mode de gestion à adopter : serait-ce l'autogestion ou la co-gestion ? Toute intervention additionnelle sur ces réseaux devrait se donner comme objectif de répondre à cette question. Pour le périmètre irrigué de Maury, l'autogestion a été adoptée. Le tableau suivant présente l'évolution que connait la gestion du système du temps de la colonie à nos jours.

Tableau 6 : Historique de la structure de gestion

Date

Organisme de gestion

Au temps de la colonie

Les colons

1941

Standard Food

1950

MARNDR

1957

MARNDR via ODVA

1978

ODVA via un Syndic

8 Juin 2007

Création de l'AIM par CECI

8 Juin 2007 à nos jours

AIM

37

5.3.2. La structure actuelle de gestion

Le périmètre est géré par l'AIM. Il s'agit donc d'une autogestion. L'organigramme suivant donne une représentation schématique de la structure de gestion de l'AIM.

Figure 8 : Niveau d'organisation de l'AIM

Le périmètre est structuré autour de trois organes. Il s'agit de l'Assemblée Générale (AG), du Comité de Gestion (CG) et des Comités de Secteur (CS).

5.3.2.1. L'Assemblée Générale (AG)

Elle est l'instance suprême de l'association. Elle réunit tous les usagers travaillant sur le périmètre qui sont au nombre de neuf cents (900) environ. Le CG ne dispose pas une liste complète, actualisée et définitive des usagers, ce qui constitue un handicap dans l'autogestion. Un usager est membre de l'assemblée générale de l'association dès qu'il ait une parcelle irriguée sur le périmètre. Il n'y a pas de droit de membres, c'est-à-dire les usagers ne versent aucune

Chaque secteur envoie son représentant et l'ensemble de ces représentants forment le CG. Entre eux, ils réalisent les élections pour attribuer un poste à chaque membre envoyé par son secteur.

38

participation pour être membre de l'association. Selon les statuts, l'AG se réunit de façon ordinaire tous les mois de décembre pour prendre les grandes décisions telles :

- Examiner et sanctionner les rapports d'activités et financiers de l'année écoulée ; - Planifier la distribution de l'eau et fixer les redevances ;

- Discuter des points d'intérêt général.

Selon le CG, sur six AG, trois sont organisées respectivement pour les années 2009, 2011 et 2012, soit 50% de réalisation, avec de faible taux de participation. Pour 2011 et 2012, respectivement 60 et 58 usagers ont participé, soit 6.67% et 6.44% du nombre total des usagers, ce qui montre que leur participation dans les AG est très faible et loin d'être effective. Le procès verbal de l'AG de 2009 a été introuvable. Les procès verbaux, quand ils sont présents, sont très pauvres, c'est-à-dire ne disposent pas vraiment d'explications claires en ce qui à trait aux décisions prises. Tout ceci fait voir que l'association a un grand handicap en ce qui à trait à l'organisation des AG.

5.3.2.2. Le Comité de Gestion (CG)

Le CG est composé de onze membres dont 1 président, 1 vice-président, 1 secrétaire général, 1 secrétaire adjoint, 1 trésorier, 2 délégués, 2 conseillers et 2 membres. Il coiffe tout le périmètre et contient un membre par secteur.

Conformément aux statuts, pour être membre du CG, il faut passer un minimum de deux ans en comité de secteur mais lors des premières élections, tous les membres ont été élus pour une durée de trois ans. Pour les comités qui allaient suivre, les statuts ont prévu de procéder par tiers (1/3) et les postes sont bien définis avec leur durée dont 1/3 des membres pour 1 an, 1/3 pour 2 ans et 1/3 pou 3 ans. Ceci n'a jamais été appliqué puisque toutes les élections ont élu des membres pour une durée de 2 ans. Le CG vient d'être élu. Pour ce nouveau comité, on prend la résolution d'appliquer ce principe en attribuant une durée à chaque poste.

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Pendant deux fois, le CG contenait une femme, mais on n'a pas encore de femmes présidentes de ce comité.

Conformément aux statuts, le CG se réunit régulièrement chaque dimanche pour réfléchir sur le fonctionnement de l'association et prendre les décisions nécessaires. Selon les procès verbaux disponibles, les rencontres sont réalisées à plus de 90% au cours des 12 derniers mois. En moyenne, il y a entre 85 et 90% de présence au cours de ces rencontres. Sur le plan de réunion, le CG est fonctionnel. Toutefois, certains efforts doivent être consentis en vue d'élaborer des procès verbaux corrects et également sur la conduite des réunions.

5.3.2.3. Les Comités de Secteur (CS)

Les usagers exploitant un espace de terres bien délimité sur le périmètre forment un secteur. Le nombre de canaux secondaires qui dessert ces espaces dépend de leur taille et varie de un à sept. Le CS est calqué sur le découpage hydraulique du périmètre. En effet, on a au total onze secteurs sur le périmètre. Chaque secteur a un comité communément appelé Comité de Secteur. Ce dernier est le premier responsable de l'entretien et la maintenance des canaux du secteur où il se trouve. Il sert aussi d'interface entre le CG et les usagers du secteur en question. Conformément aux statuts, tous les comités de secteur doivent contenir sept membres avec une particularité pour le comité du secteur 1 considéré comme le secteur le plus petit du périmètre qui est composé de cinq membres; ce qui donne soixante quinze (75) membres au total pour l'ensemble des comités de secteur réunis. Il y a onze femmes sur ces 75 membres soit 14.67% de femmes. Parmi ces dernières, on trouve une vice-présidente pour le secteur 6. Chaque secteur est représenté par un membre dans le CG et ce membre ne peut pas être le président du secteur en question.

On est éligible à être candidat pour participer aux élections en vue de faire partir du CS dès qu'on ait une parcelle irriguée se trouvant dans le secteur et soit membre du secteur en question. Les élections pour élire un CS se font tous les deux ans et les électeurs sont les usagers faisant partie du secteur en question. Selon les règlements internes de l'association, le CG rencontre les présidents des différents CS tous les 2e et 4e dimanches des mois et tous les membres des CS en assemblée générale de comités de secteur tous les derniers samedis des mois. Ces rencontres

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n'ont jamais eu lieu, car les membres de ces comités ne sont pas intéressés sans pouvoir donner une raison valable, ce qui fait voir que ces comités ne sont pas fonctionnels en réalité.

Le tableau suivant donne un résumé de la structure de gestion du périmètre jusqu'à date et son mode de fonctionnement.

Tableau 7 : La structure de gestion du périmètre

Organe

Nombre de
membres

Conditions d'admission

Élections

Rencontre

AG

Tous les usagers du système

Dès qu'on ait une parcelle irriguée sur le périmètre

Pas d'organisation d'élections

Tous les mois de décembre

CG

11 dont un représentant de chaque secteur

Représentant sélectionné par les usagers du secteur en question dans le comité de secteur

Tous les 2 ans pour les postes après avoir été élu en comité de secteur et délégué comme représentant

Tous les dimanches

CS

5 à 7

Dès qu'on fasse partir du secteur en question et participer aux élections

Tous les 2 ans

Tous les 2e et 4e dimanches

Les AG régulières sont réalisées avec de très faible taux de participation et les procès verbaux ont de faible contenu. Le CG se réunit régulièrement mais les procès verbaux ont de faible contenu et les prises de décisions sont également très faibles. Les rencontres non tenues des CS peuvent être expliquées par la surcharge de réunions pour les membres.

Le comité de gestion nouvellement élu en avril 2013 décide de modifier les dates des rencontres

et ces dernières sont ainsi reparties ordinairement :

- AG : Tous les mois de décembre ;

- CG : tous les 2e et 4e dimanches des mois à partir de 3 heures ;

- Commissions nouvellement mises en place : une fois par semaine et le jour n'est pas fixé.

Les commissions se réunissent de façon indépendante les unes des autres ;

- Conférence des présidents des secteurs : tous les derniers dimanches des mois ;

- Assemblée des comités de secteurs : tous les 3 mois et la date précise n'est pas fixée.

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Toutefois, il peut y avoir des rencontres à l'extraordinaire quand il y a besoin. A part de l'AG, les statuts ne disent rien concernant les différentes rencontres et le CG peut modifier ces dates sans aucun problème.

Les commissions nouvellement mises en place par le CG sont au nombre de quatre dont trois mixtes : une pour l'administration, une pour les infrastructures d'irrigation et une pour les matériels et une commission de femmes. Cette décision a été soumise à l'AG et acceptée par cette dernière, mais ne se figurant pas dans les statuts de l'association. Ce comité prévoit l'amendement de la charte à la fin de son mandat dans l'objectif d'intégrer l'existence et le mode de fonctionnement de ces commissions. Le tableau suivant présente les différentes commissions de l'association.

Tableau 8 : Les différentes commissions de l'association

Commission

Membre

Objectifs/Raisons de mise en place

Fonction

Administration

5 membres dont 1 femme

Distribution des tâches pour le bon fonctionnement et une meilleure gestion de l'association

Penser pour l'association et gérer les fonds

Infrastructures d'irrigation

5 membres dont 1 femme

Contrôler l'état physique du réseau, recruter les vanniers, collecter les redevances et planifier la distribution de l'eau

Matériels

5 membres dont 1 femme

Gérer les matériels agricoles et de bureau

Femmes

5 femmes

Les partenaires de l'association exigent l'intégration des femmes dans la gestion du système

Travailler de concert avec le CG dans la gestion du système

5.3.3. Légalité, fonctionnalité et légitimité de l'AIM

L'association possède tous les textes légaux à savoir les statuts, les règlements internes, l'autorisation de la mairie de la commune et la reconnaissance du MAST. Selon le CG, l'accord de transfert de gestion avec le MARNDR ne se fait pas uniquement à cause du faible taux de

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recouvrement des redevances. L'association est donc légale compte tenu de ces textes légaux qu'elle possède.

Les procès verbaux des rencontres sont souvent élaborés ; la majorité des usagers connaissent l'AIM uniquement de nom ; les comités sont élus et les élections se font généralement à temps et dans la transparence mais beaucoup d'usagers ne votent pas ; l'AG n'a pas toujours eu lieu et très peu d'usagers y participent ; il n'y a pas une liste d'usagers complète et actualisée ; la majorité des usagers ne connaissent même pas les membres des comités ; à part des rencontres du CG, les autres réunions prévues n'ont jamais eu lieu. Tout ceci laisse croire que l'association est peu fonctionnelle et légitime.

5.4. Gestion administrative

L'administration de l'association est assurée par le CG. Le CG nouvellement élu met en place une commission spécifique à l'administration au niveau de l'association. Ce point présente le personnel et les biens de l'association.

5.4.1. Personnel

Le CG recrute trois vanniers sur le périmètre par année servant aussi de policiers d'eau pour la distribution de l'eau en fonction de leurs aptitudes à faire le travail. Ces vanniers contrôlent aussi le désordre, empêchent ceux qui ne paient pas les redevances de recevoir l'eau, etc. Quand ils sont dépassés, ils sont épaulés par le CG qui supervise leur travail. Des usagers enquêtés prétendent que la distribution de l'eau n'est pas toujours équitable. D'après eux, les vanniers prennent de l'argent de quelques usagers et ces derniers sont prioritaires lors des distributions. D'autres affirment que les tâches restent sur le papier, car les vanniers sont inefficients et/ou affichent un comportement de découragement dans l'accomplissement de leurs tâches. Cela est dû à la façon de les choisir et/ou à l'irrégularité dans le paiement.

Le comité de gestion prépare un contrat dans lequel il définit les tâches des vanniers. Le contrat est préparé pour un an renouvelable. On utilise le service des vanniers pendant cinq mois de l'année et chaque vannier reçoit une somme de deux mille cinq cents (2,500.00) gourdes par mois, somme venant des redevances et/ou des services des motoculteurs.

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5.4.2. Les biens de l'association

L'organisation ne dispose pas de son propre local. Elle est hébergée dans la localité de Désarmes dans une maison qu'elle a louée. C'est dans ce local que les réunions du comité de gestion se réalisent. C'est aussi dans ce local que se trouve les archives de l'association et ses biens, sauf les motoculteurs. Les biens que dispose l'association sont les suivants :

- Deux motoculteurs ;

- Une motocyclette ;

- Une génératrice de marque MAXIMA et de capacité 3,000 watts ;

- Des outils agricoles comme piquoi, pèle, râteau, brouette, houe et machette ;

- Des matériels de bureau :

· Un ordinateur ;

· Une vingtaine de chaise en bon état ;

· Une table de réunion ;

· Un classeur métallique ;

· Une photocopieuse ;

· Une imprimante ;

Pour les assemblées générales de l'association et des comités de secteur, on emprunte généralement des locaux de l'église au niveau de la communauté.

Les archives sont gérées par le CG. Un personnel formé dans ce domaine et qualifié se révèle nécessaire pour une meilleure gestion des archives de l'association.

5.5. Gestion financière

Les éléments de gestion financière que nous allons analyser sont les sources de financement, le budget, les redevances, la gestion de compte bancaire et les rapports financiers.

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5.5.1. Sources de financement

Les fonds de l'AIM proviennent des redevances, des services offerts par les motoculteurs tant qu'ils sont en service et des dons d'autres organismes. Des organismes comme FAO, ODD, CECI et MCC ont l'habitude d'apporter leur soutien à l'association.

Dans le temps, les usagers payaient une taxe d'irrigation qui n'était plus payée après 1986. En 2009, les redevances ont été instaurées. Bien que faible, l'AIM a perçue des recouvrements de 22.5, 33.75 et 15% respectivement durant les trois premières années. Le montant est nul pour l'année dernière. Cette absence est due à un manque de rigueur de l'AIM à forcer les usagers à payer. Si cette tendance persiste, le périmètre ne pourra plus compter sur cette source de financement plus stable et plus sûre.

Avant 2010, FAO avait l'habitude de distribuer des semences comme le haricot, le petit-mil, le pois congo et le chou de qualité à moitié prix et des outils agricoles comme le piquoi, la serpette, la machette, la houe, la pelle, etc. Selon les usagers, pour des raisons politiques, ceci n'a pas eu lieu depuis cette année. Les seuls bénéficiaires étaient toujours les membres des comités de secteur en raison de la faible quantité. Ces semences n'excèdent jamais une demi-tonne. Parfois, lors des curages, des organismes comme CECI, MCC et ODD assistent l'association à travers leur aide en argent, soit pour s'approvisionner en nourriture pour les gens participant dans les travaux, soit pour leur donner un petit sou.

5.5.2. Budget

Le comité de gestion ne calcule pas de budget de fonctionnement pour l'association. Il n'y a aucune prévision en ce qui à trait aux dépenses et rentrées d'argent.

5.5.3. Redevance

Les redevances ont été fixées à 300 gourdes par carreau, soit 3 gourdes par centième et par an depuis janvier 2009 sans être modifiées jusqu'à date. La période retenue pour la collecte des redevances va de décembre à mars, car cette période est considérée comme période critique pour les usagers. Ces derniers paient cash et on leur donne un simple reçu de paiement. On ne dispose pas de bordereau lors de la collecte. On utilise généralement un mégaphone pour annoncer le

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moment de paiement et les dates limites. On décide le plus souvent de ne plus distribuer l'eau aux usagers qui refusent de payer, ce qui entraine le plus souvent des cas de vols d'eau, d'où conflits entre usagers et CG et entre usagers eux-mêmes. En général, cette action n'est que passagère et la majorité des usagers ne paient pas les redevances. L'évolution de la collecte des redevances de 2007, date de fondation de l'AIM, à nos jours se présente dans le tableau suivant.

Tableau 9 : Évolution de la collecte des redevances de 2007 à nos jours

Périodes

Montant collecté
(gourdes)

Remarques

2007-2008

0

Le CECI travaillait sur le système pendant 2 ans. Durant ce temps, aucune redevance n'a été prévue et coolectée.

2008-2009

0

2009-2010

27,000

Bien que l'AIM n'ait pas un budget de fonctionnement, on n'atteint jamais un taux de recouvrement de 40% en regard à la superficie du périmètre et au nombre approximatif d'usagers, ce qui s'explique par une faiblesse dans la gestion par les usagers.

2010-2011

40,500

2011-2012

18,000

2012-2013

0

- Le débit était tellement faible au niveau du système au point qu'on ait décidé d'annuler la collecte des redevances par manque de contrôle dans la distribution ;

- Manque de planification et d'implication des autorités (les usagers affichent souvent un comportement de retissence en ce qui à trait à la collecte des redevances).

Pour la dernière période, les membres du CG prend beaucoup de prétexte pour expliquer pourquoi les redevances n'ont pas été collectées, comme le débit faible au niveau du réseau et le manque d'implication des autorités. Il s'agit de préférence d'un manque de suivi dans les décisions de la part des membres du comité, les sanctions sont faiblement appliquées. Le tableau suivant présente le pourcentage des redevances des dépenses consenties pour les différentes cultures.

Tableau 10 : Pourcentage des redevances des dépenses consenties pour les cultures

Description

Cultures

Haricot

Riz

Maïs

Banane

Canne-à-Sucre

Dépenses totales (HTG)

24,950

44,100

19,357

32,666

24,300

Redevances annuelles (HTG)

300

300

300

300

300

Redevances pour la campagne (HTG)

100

100

100

300

300

Pourcentage redevances des dépenses pour la campagne (%)

0.40

0.23

0.52

0.92

1.23

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Le pourcentage des redevances des dépenses consenties pour la campagne pour les principales cultures pratiquées sur le périmètre montre que les usagers pourraient payer les frais de redevances sans grande difficulté, car la redevance d'irrigation ne représente que 0.40%, 0.23%, 0.52%, 0.92% et 1.23% des dépenses réalisées respectivement pour le haricot, le riz, le maïs, la banane et la canne-à-sucre. Donc, le problème de refus de payer doit se trouver ailleurs, comme dans l'incapacité des responsables de l'AIM à bien organiser et contrôler la collecte des redevances. Il faut noter que les membres du CG décident de cotiser cette année pour couvrir une partie du montant des redevances qu'ils devaient collecter dans l'objectif de payer le local de l'association, ce qui est vraiment absurde, car les redevances sont perçues pour ces genres de dépenses. Ceci fait voir un certain niveau d'handicap en ce a trait à la collecte des redevances.

5.5.4. Gestion de compte bancaire

L'association dispose d'un compte à la Caisse Populaire de Désarmes (Kès Popilè Dezam : KPD) et les démarches sont en cours pour ouvrir un compte à la Banque Nationale de Crédit (BNC).

5.5.5. Rapports financiers

Le comité de gestion prépare généralement un rapport annuel dans lequel est inclut les rapports de toutes les activités réalisées au cours de l'année en question pour pouvoir le présenter aux usagers lors de l'AG. C'est un rapport dans lequel on présente de façon globale les rubriques avec leurs rentrées et sorties qui ont été faites au cours de l'année en question et il se trouve dans le même cahier que le CG prépare les ordres du jour et les procès verbaux de leurs rencontres hebdomadaires. Les documents administratifs et comptables comme facture, proformat, bordereau, etc. sont inexistants au niveau de l'association.

5.6. Gestion économique

Cette partie présente l'ensemble des services que l'AIM devrait offrir aux usagers ou leur faciliter à retrouver en vue de leur permettre d'améliorer leur situation socio-économique par une augmentation de leur production à travers des matériels, intrants et techniques appropriés. Les

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plus importants sont les services conseils, le crédit agricole et les boutiques d'intrants, le labourage et les revenus des agriculteurs.

5.6.1. Les services conseils

Les services conseils sont quasi-inexistants sur le périmètre, à part de CECI qui organisait parfois des séances de formation pour les membres du CG en général et quelques membres des comités de secteur ayant la capacité de transmettre les informations reçues. Parfois, on invitait des usagers considérés comme grands planteurs, ceux qui disposent d'une grande quantité de terre et les exploitent. La plus récente remonte en 2010.

5.6.2. Crédit agricole et boutiques d'intrants

Il y a l'Association des Planteurs pour le Développement du Bas Artibonite (APDBA) qui donne du crédit à un taux d'intérêt mensuel de 2% et la KPD avec un taux d'intérêt mensuel de 3%. La différence qui existe, c'est qu'APDBA donne le crédit en groupe de trois personnes et ne dépasse pas 100,000 HTG tandis que KPD donne son crédit de façon individuel avec le montant voulu, sauf qu'il doit y avoir un témoin appelé avaliseur qui doit disposer à payer la dette dans le cas de non solvabilité du débiteur. Une personne ne peut pas être témoin de deux personnes à la fois.

Il n'y a pas de services de production de semences dans la zone, les usagers utilisent les grains sur les marchés locaux, ce qui compromet souvent la réussite des productions à cause de la qualité. Pour les autres intrants, il y a des structures dans la zone au niveau desquelles les usagers peuvent s'en approvisionner.

5.6.3. Le labourage

L'AIM possède deux motoculteurs. L'un est un don de CECI en 2011 qui est fonctionnel pour le moment et l'autre provient d'un achat à crédit et à moitié prix de l'ODVA à la fin 2011. Pour ce dernier, non seulement l'association n'a pas encore abouti avec le paiement, il est aussi en panne et non fonctionnel pour le moment. Les usagers utilisent le service des motoculteurs en versant environ 75% du prix de labourage qu'ils en devaient s'ils utiliseraient le service d'un autre.

2 Le salaire des opérateurs est de 20% des rentrées totales

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L'argent obtenu des services de ces motoculteurs, les rentrées nettes dans le tableau ci-après, aident dans la rémunération des vanniers, la réalisation des curages, la collation lors des rencontres importantes, la location de bureau et parfois le dépannage de la motocyclette de l'association.

On utilise les services des motoculteurs de juin à octobre et les rentrées se présentent dans le tableau suivant.

Tableau 11 : Les rentrées d'argent à partir des motoculteurs

Date

Rentrées
totales
(HTG)

Entretien et achat
pièces pour
motoculteurs (HTG)

2Salaire
opérateurs
(HTG)

Rentrées
nettes
(HTG)

Juin à octobre 2011

91,000

50,800

18,200

22,000

Juin à octobre 2012

72,000

39,600

14,400

18,000

5.6.4. Revenus des agriculteurs

Les cultures les plus pratiquées sur le périmètre sont le haricot, le riz, le maïs, la banane et la canne-à-sucre. Leurs marges brutes se trouvent dans le tableau suivant.

Tableau 12 : Marges brutes des principales cultures pratiquées sur le périmètre

Description

Cultures

Haricot

Riz

Maïs

Banane

Canne-à-Sucre

Production (HTG)

51,056

14,4125

42,500

202,456

100,000

Dépenses totales (HTG)

24,950

44,100

19,357

32,666

24,300

Marge Brute (HTG)

26,106

100,025

23,143

169,790

75,700

En regard aux marges brutes réalisées à partir des cultures, on voit que le produit brut de ces parcelles est en mesure de couvrir largement les montants investis pour les opérations culturales, les intrants agricoles et autres. Les productions des usagers seraient de quantités beaucoup plus satisfaisantes si l'accompagnement technique existait et était fonctionnel sur le périmètre, car sans accompagnement, les agriculteurs arrivent à obtenir des marges brutes assez satisfaisantes.

49

5.7. Synthèse des résultats

L'étude a été axée sur les différents pôles de gestion. Le tableau suivant présente un résumé des résultats de l'étude.

Tableau 13 : Variables et indicateurs caractérisant le fonctionnement de l'AIM

Variables

Indicateurs

Situation actuelle

Pôle

technique

Horaire,

distribution et tour d'eau

- Existence d'horaire applicable uniquement en période

d'étiage ;

- Distribution par des vanniers par secteur suivant un horaire
bien défini sur papier par le CG.

Entretien et maintenance

Curages du canal principal aux mois de novembre et mai généralement sous forme de combite entre les usagers.

Assistance technique

Très peu

Résultat

La gestion technique est moyennement assurée

Pôle

associatif

Légalité

L'association possède tous les textes légaux à savoir statuts, règlements internes, autorisation mairie, reconnaissance MAST.

Légitimité

- Procès verbaux parfois présents ;

- La majorité des usagers connaissent l'AIM uniquement de

nom ;

- Comités élus mais beaucoup d'usagers ne votent pas ;

- Les élections se font généralement à temps et dans la

transparence mais très peu d'usagers y participent ;

- L'AG n'a pas toujours eu lieu et très peu d'usagers y

participent ;

- A part des rencontres du CG, les autres réunions prévues n'ont

jamais eu lieu ;

- Mise en place de 4 commissions par le CG nouvellement élu.

Fonctionnalité

- Il n'y a pas une liste d'usagers complète et actualisée ;

- Très peu de services sont offerts aux membres ;

- La majorité des usagers ne connaissent même pas les membres des comités

Genre

(représentativité)

Présence de femmes au niveau de l'AG et des CS. Il y en avait 2 dans le CG. N'importe quel usager peut accéder à n'importe quel poste dès qu'il remplisse les conditions.

Information

Informations disponibles mais circulent peu.

Gestion des conflits

Conflits réglés généralement à l'amiable, mais parfois on prévoit de recourir à la justice en cas de dépassement. Il y a de la partisannerie d'après quelques usagers enquêtés.

Résultat

La gestion associative est moyennement assurée

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Pôle

administratif

Policiers

d'eau/vannier

Existence de 3 vanniers servant aussi de policiers d'eau pour les distributions.

Espace de bureau

Location

Gestion des archives

Les archives sont gérées par le CG et se trouvent dans le local loué par l'association.

Résultat

L'association a une faible capacité de gestion administrative

Pôle financier

Rapports financiers

Non élaborés suivant les normes/présentation parfois dans des feuilles détachées les unes des autres.

Budget

Pas de budget élaboré.

Financement et don

Pas de financement formel/sûr. Des organismes comme CECI, MCC et FAO font des dons à l'association mais à des moments non définis.

Redevances

Taux de recouvrement très faible, voire nul parfois.

Résultat

L'association a une très faible capacité de gestion financière

Pôle

économique

Services conseils

Pas de services conseils.

Crédit agricole

Disponible au niveau de quelques structures privées de la zone.

Boutiques d'intrants

Les usagers s'approvisionnent en intrants sur les marchés locaux

Labourage

L'association dispose de 2 motoculteurs où elle offre ce service à meilleurs prix aux usagers.

Revenus

Acceptables par rapport à la situation des usagers

Résultat

L'association a une faible capacité de gestion économique

Un simple regard sur les indicateurs de bonne gestion du tableau précédent suivant les axes technique, organisationnel, administratif, financier et économique peut nous conduire à dire que la pérennité du système n'est pas garantie compte tenu de cette autogestion.

5.8. Les points de dysfonctionnement de l'association

Les points de dysfonctionnement enregistrés au niveau de l'autogestion du périmètre sont énormes et sont liés aux différents axes de gestion.

Sur le plan technique

L'association a une certaine limite dans les actions qu'ils devraient entreprendre, cela est dû à la faible assistance de la part des organismes capables de le faire. L'aide apportée par ODD, CECI et MCC est loin d'être suffisante pour entretenir le réseau de façon régulière. L'AIM ne dispose pas de service technique pour accompagner les usagers. De plus, l'État, à travers le BAC ne se fait pas sentir. Les usagers utilisent presque toujours les mêmes pratiques culturales. Des usagers

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enquêtés prétendent que la distribution de l'eau n'est pas toujours équitable. D'après eux, les vanniers prennent de l'argent de quelques usagers et ces derniers sont prioritaires lors des distributions. D'autres affirment que parfois, les vanniers affichent un comportement de découragement dans l'accomplissement de leurs tâches quand le CG ne peut pas honorer le contrat signé.

Sur le plan organisationnel

Bien que l'association soit légale et de bonne représentativité, elle est peu légitime et fonctionnelle ; les informations sont disponibles mais circulent peu. Certains usagers affirment qu'il y a une sorte de partisannerie en ce qui à trait à la gestion des conflits. Parfois, des gens qui devraient être jugés et payer une amende ne le sont pas. D'autres affirment que la majorité des gens faisant partie des comités, surtout le CG, disposent d'une trop faible quantité de terres au niveau du périmètre pour prendre en charges sa gestion, car il y aura un manque d'intérêt. Et pourtant, ceux qui en disposent de grandes quantités ne se présentent pas lors des élections.

Sur le plan administratif

L'association ne dispose pas de son propre local, elle est hébergée dans une maison de location, ce qui représente un risque pour les archives compte tenu des fréquents déplacements d'une maison à l'autre.

Sur le plan financier

Les rapports financiers ne sont pas présentés suivant les normes (présentation dans des feuilles détachées les unes des autres) ; il n'y a aucun budget élaboré ; l'association n'a aucune source de financement sûre et les dons se font très rarement ; le taux de recouvrement des redevances est très souvent nul, ce qui limite grandement l'association dans ses actions ; etc. Les enquêtes montrent que l'association compte pour beaucoup dans le faible taux de recouvrement des redevances habituellement collecté : les usagers ne trouvent pas assez de services les stimulant à payer ; l'horaire existe presque de nom, car souvent, des gens arrosent leurs parcelles en dehors de leurs jours sans être punis et des usagers définissent parfois leurs stratégies pour pouvoir

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arroser quand l'eau n'est pas disponible durant leurs jours ; il n'y a pas une stratégie bien définie du coté des membres du CG pour forcer les usagers à payer ; etc.

Sur le plan économique

Il n'y a pas de services conseils au niveau l'association. Cette dernière dispose uniquement de deux motoculteurs où elle offre ce service à meilleurs prix aux usagers. L'ensemble des services que l'AIM devrait offrir aux usagers en vue de leur permettre d'améliorer leur situation socio-économique par une augmentation de leur production à travers des matériels, intrants et techniques appropriés font gravement défaut.

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