WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La sanction pénale en droit de l'environnement. à‰tude comparée des droits camerounais et français.

( Télécharger le fichier original )
par Aminatou AKOBE ATCHOUM
Université de Limoges - Master 2 en droit international et comparé de l'environnement 2014
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CONCLUSION GÉNÉRALE

60

61

La sanction pénale en droit de l'environnement est une notion dont les contours restent difficiles à cerner tant en droit camerounais qu'en droit français. Certes, les législateurs camerounais et français se sont attelés à réglementer et à instaurer un cadre juridique de protection de l'environnement mais il en demeure que celui-ci laisse un goût d'inachevé.

Au regard des développements et des analyses faites dans ce travail, il ressort que la sanction pénale en droit de l'environnement est une notion qui préoccupe tous les partenaires sociaux ainsi que la communauté internationale des Etats dans son ensemble. Comme nous l'avons dit plus haut les problèmes environnementaux préoccupent tous les Etats quelle que soit leur forme, leur régime politique ou leur situation géographique. Pour assurer la protection de l'environnement, la promotion du développement durable, la mise sur pied d'un régime plus répressif s'avère être une urgence ».

Dans la première partie de notre travail, il était question pour nous de présenter la sanction pénale comme étant un concept partagé par les droits camerounais et français. Pour y parvenir, nous avons dans un premier temps ressortir la problématique de l'autonomie du droit pénal de l'environnement car il est clair que l'on ne saurait parler de sanction pénale sans mettre en exergue le problème de son autonomie. Sur ce point, il est apparu que le droit pénal de l'environnement est une discipline nouvelle qui tire ses origines de plusieurs disciplines à savoir le droit pénal, le droit de l'environnement et cet état de chose rend difficile son acceptation comme une discipline autonome. Sur ce point deux thèses s'affrontent à savoir la thèse positiviste pour qui le droit pénal de l'environnement serait une discipline autonome car elle a un objet et une méthode qui lui sont propres et la thèse négativiste qui veut que le droit pénal de l'environnement soit une discipline « accessoire au droit de l'environnement régissant les sanctions pénales qui donnent force à ses prescriptions »107. Pour trancher le débat, nous avons estimé qu'il serait plus méthodique d'opter en faveur d'une thèse intermédiaire qui intègre à la fois les éléments de la thèse positiviste et ceux de la thèse négativiste ce qui permettrait de clore ce débat houleux. L'accroissement de la criminalité environnementale a pratiquement forcé le Cameroun et la France à s'armer d'un droit de l'environnement qui était à l'origine inoffensif vers un droit désormais offensif. La sanction pénale permet donc au droit de l'environnement de retrouver toute sa vitalité. En droit camerounais, tout comme en droit français, la quasi-totalité des textes règlementant une branche du droit de l'environnement comportent des dispositions pénales ce qui permet au droit pénal de l'environnement de s'enrichir.

107 J-H Robert et M. Rémon GOUILOUD, Droit Pénal de l'environnement, MASSON, 1983, N°4.

62

Dans la seconde partie de notre travail, il était question de ressortir la spécificité du régime juridique de la sanction pénale en droit camerounais par rapport au droit français. Nous avons constaté que le législateur camerounais a prévu un régime hybride de la sanction pénale en distinguant celui des personnes physiques et celui des personnes morales. Le régime de sanction des personnes physiques se caractérise par une rigueur dissuasive tandis que celui des personnes morales se caractérise par une souplesse mesurée certainement à cause des impératifs de développement. Cependant, ce régime juridique souffre de nombreuses insuffisances dans sa mise en oeuvre car celle-ci se heurte au manque de spécialisation des juges camerounais droit de l'environnement ainsi qu'au laxisme des autorités compétentes en matière de constatation des infractions. En outre, la transaction au lieu de contribuer à la baisse de la délinquance environnementale constitue plutôt un facteur d'augmentation des atteintes à l'environnement au point de se demander si la transaction a encore sa place en droit de l'environnement compte tenu du fait qu'elle vient plutôt ajouter de l'huile au feu.

Quant au droit français, le régime juridique de la sanction pénale en droit de l'environnement se montre beaucoup mieux étoffé car ici on note un grossissement du quantum de la sanction pénale des personnes morales et une automatisation des peines complémentaires car le montant de l'amende va jusqu'à cinq fois le montant de celle encourue par les personnes physiques. Toutefois, la sanction pénale souffre de nombreux maux en droit pénal de l'environnement français car la problématique de la restitution intégrale demeure et la complexité des textes entraîne une accessibilité difficile. Face à ceci, l'on attend toujours que le parlement français adopte le rapport NEYRET qui viendrait faciliter un certain nombre de choses et améliorerait à coup sur le "climat environnemental" français.

La sanction pénale est d'une utilité pratique pour tout Etat qui veut améliorer son cadre juridique de protection de l'environnement. C'est une mesure qui permet d'assurer un confort raisonnable aux populations et une préservation durable des écosystèmes. Dans les PVD comme le Cameroun, on a assisté à de nombreuses tragédies qu'on aurait pu éviter si un certain nombre de dispositions avaient été prises. A titre d'exemple, on peut citer la catastrophe de NSAM qui s'est produite le 14 février 1998, grand incendie qui a semé la terreur dans la ville de Yaoundé capitale du Cameroun avec un bilan de 250 morts, 500 blessés et plusieurs déplacés environnementaux108, résultat d'un incivisme des entreprises qui

108 J.J. POUMO LEUMBE, Catastrophes et droits de l'homme au Cameroun, rapport des enquêtes de terrain CRIDEAU / OMIJ, 30 Juillet 2012.P.7

63

sont plus préoccupées à réaliser des bénéfices sans tenir compte des risques qu'une simple négligence peut causer. L'Etat camerounais s'était battu à réparer les préjudices subies par les populations mais celles-ci n'ont jamais été satisfaites car dans un pays où la réparation est considérée comme étant une « faveur »109 l'on a tendance à tolérer tout. Dans le bilan dressé par les autorités compétentes, on n'a noté aucune condamnation au pénal, ce qui est tout à fait ahurissant.

La sanction pénale est une solution indispensable au renforcement de l'efficacité du droit de l'environnement et son intégration effective que ce soit en droit camerounais ou en droit français ne peut se faire que par la prise en compte des faiblesses qui ont été relevées dans les développements précédents, étant donné que la problématique de la responsabilité pénale en droit de l'environnement demeure une préoccupation constante.

Fort de ceci, une question lancinante apparaît : la sanction pénale est-elle la seule solution pour lutter efficacement contre les atteintes à l'environnement ?

A cette question, nous répondons par la négative car depuis peu, on assiste à l'émergence de plusieurs types de mesures impulsées par la Convention-Cadre sur les changements climatiques et le protocole de Kyoto et ratifiées par les gouvernements camerounais et français, dans le but de prévenir la dégradation de l'environnement. Au rang de ces mesures nous pouvons citer :

? Le financement des programmes de sensibilisation, d'éducation et d'échanges d'expériences sur l'environnement conduits par les associations et ONG environnementales. Au Cameroun par exemple, l'article 75 de loi cadre de 1996, relative à la gestion de l'environnement stipule que toute opération contribuant à enrayer l'érosion, à combattre efficacement la désertification, ou toute opération de boisement ou de reboisement, toute opération contribuant à promouvoir l'utilisation rationnelle des ressources renouvelables, notamment dans les zones de savane et la partie septentrionale du pays bénéficie d'un appui du Fonds prévu par ladite loi. En France, l'article 13-III de la loi N° 2009/967 du 3 Août 2009 de programmation relative à la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement dite Grenelle 1 dispose qu'en matière des transports un programme estimé par les collectivités locales à 18 millions d'euros d'investissements. A titre illustratif, le gouvernement a prévu un

109 J. J. POUMO LEUMBE, op.cit. p.7.

64

financement à concurrence de 2,5 milliards d'euros aux projets obéissant aux objectifs de désenclavement des quartiers.

? L'adoption de mesures incitatives accordées aux promoteurs de projets faisant la promotion de technologies propres visant le développement d'une économie verte, moins émettrice de gaz à effet de serre. A titre d'exemple, l'article 76 de la loi cadre relative à la gestion de l'environnement au Cameroun stipule que « les entreprises industrielles qui importent des équipements leur permettant d'éliminer dans leur processus de fabrication ou dans leurs produits les gaz à effet de serre notamment le gaz carbonique, le chloro-fluoro-carbone, ou de réduire toute forme de pollution bénéficient d'une réduction du tarif douanier sur ces équipements dans les proportions et une durée déterminés, en tant que de besoin, par la loi de Finances. Cet article stipule en outre que les personnes physiques ou morales qui entreprennent des actions de promotion de l'environnement bénéficient d'une déduction sur le bénéfice imposable suivant des modalités fixées par la loi de Finances. En France, l'article 18 paragraphe 2 de la loi grenelle précitée, l'Etat s'engage à favoriser le développement des énergies renouvelables par la mise en place des mécanismes incitatifs pour favoriser la conception et la fabrication des produits et de procédés permettant de réduire les consommations d'énergie et de produire des énergies renouvelables notamment par les PME.

? La création de taxes spéciales retenues comme un moyen pouvant permettre l'assainissement du milieu environnemental par l'encouragement des comportements plus respectueux de l'environnement. Au Cameroun comme en France, on assiste de plus en plus à l'adoption de mesures fiscales à titre d'exemple, on peut citer les la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) et les marchés de permis en France. Au Cameroun, la fiscalité environnementale se fait également ressentir en matière pétrolière et gazière. C'est le cas de la taxe spéciale sur les produits pétroliers instituée par la loi des finances 1984/1985 et la taxe sur le chiffre d'affaires devenue taxe sur la valeur ajoutée.

Pour clore notre étude, nous pouvons affirmer que la sanction pénale est nécessaire

pour réprimer les atteintes à l'environnement, mais les législateurs ont bien raison de développer des mesures incitatives visant à prévenir les atteintes à l'environnement car le dicton : « prévenir vaut mieux que guérir » est très adapté à tout ce qui concerne l'environnement, un bien d'intérêt général, dont les dégâts qu'il subit sont parfois irréversibles et peuvent entraîner la destruction partielle ou totale de nos écosystèmes.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Et il n'est rien de plus beau que l'instant qui précède le voyage, l'instant ou l'horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses"   Milan Kundera