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La conservation du dugong en Nouvelle-Calédonie. La mobilisation et la confrontation de savoirs et pratiques relatifs à  une « espèce emblématique ».

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par Audrey Dupont
Université Aix-Marseille - Master Pro Anthropologie et Métiers du développement durable 2014
  

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IV.2. Mobilisation des « savoirs locaux »64 au service de la protection environnementale : l'aire marine protégée Hyabé / Lé-Jao

IV.2.1. Clans de la mer et gestion maritime à Pouébo

La mer est un élément important dans la commune de Pouébo puisque nombre de tribus se réclament d'être du bord de mer, comme la tribu de Saint-Denis de Balade (district de Balade au nord), les tribus de Yambé et Diahoué (district de Lé-Jao au sud). Suivant la position géographique d'un foyer dans une tribu65, les habitants se définissent comme issus de la « chaîne » ou du bord de « mer », ce qui modifie considérablement leurs univers spirituels et leur pratiques sociales.

Dans la tradition locale, un clan de la « terre » et un autre de la « mer » ne se référaient pas aux mêmes espèces végétales ni animales. Par exemple, les indicateurs temporels observés par la population dans le milieu naturel variaient selon le lieu d'habitation. Si les tribus de bord de mer de la commune de Pouébo savent lorsqu'ils doivent planter l'igname en fonction de l'apparition des baleines, les tribus de la chaîne repèrent cette période grâce aux feuilles jaunissantes d'un arbre précis. De même, les membres interrogés de ces tribus ont souvent exprimé leur illégitimité à parler du milieu maritime parce que, pour eux, « on ne parle que ce qu'on connaît ». Or, comme ils sont davantage reliés aux plantes et aux animaux de la forêt, ils peuvent difficilement aborder le thème de la mer.

En outre, en fonction de leurs environnements naturels proches, la population ne pratiquait pas les mêmes activités. Si les clans d'une tribu n'étaient pas tous dévolus à la même tâche, seuls certains clans de la montagne étaient habilités à chasser, et d'autres clans de bord de mer à pêcher. Ce faisant, ils n'observaient pas non plus les mêmes rituels de préparation à ces activités. D'après un entretien réalisé auprès d'une employée de la médiathèque de Pouébo-village, depuis les années 1870, les tribus de la chaîne s'approvisionnent occasionnellement en poissons auprès des clans de pêcheurs. Ils faisaient une demande et un geste auprès d'un individu de la tribu de bord de mer qui, en réponse, organisait une pêche collective66. Selon cette même personne, l'inverse était aussi vrai concernant les clans de bord de mer et l'approvisionnement en viande.

L'organisation traditionnelle de la vie entre les tribus de la commune de Pouébo reposait sur la répartition entre « peuple de la mer » et « peuple de la terre » qui étaient reliés par un système d'échanges réguliers entre les deux milieux. Ce grand partage, encore reconnu aujourd'hui, oriente certaines règles sociales et certains modes de penser, ce qui signifie que les personnes n'ont pas les mêmes perceptions de la mer en fonction de leur lieu d'origine. Pour résumer, il existe une distinction entre ceux qui sont nés près de la mer et ceux qui ne la connaissent « que de loin » et ce sont bien les clans de la mer qui sont traditionnellement garants de sa gestion.

64 En l'occurrence de « savoirs traditionnels » kanak ou « savoirs autochtones ».

65 Selon que la tribu se situe du côté « mer » ou du côté « terre » le long de la route provinciale.

66 Samuel Cornier explique la même chose dans son mémoire (2010 : 81).

Juin 2015 80

DUPONT A, ETHT7, La conservation du dugong en Nouvelle-Calédonie : la mobilisation et la confrontation de savoirs et

pratiques pour la protection d'une espèce « emblématique » menacée

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams