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Mise en oeuvre de la prévention des risques dans une entreprise de travaux publics. Cas de la SADE-CGTH.


par Jhon Fezeu
Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris - Master de sciences et technologie 2009
  

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4.2.5.2 Interpretation des résultats

Il est à rappeler que nous entendons ici par « évènement » tout phénomène indésirable (accident ou incident) survenu sur le lieu du travail ou sur le chemin aller ou retour entre sa résidence et le lieu du travail, ou entre le lieu du travail et le lieu où le salarié se restaure habituellement et portant atteinte à l'intégrité physique de celui-ci.

Dans un souci de recherche d'efficacité, nous n'avons pas fait de différences entre les évènements dont ont été victimes les intérimaires et ceux dont ont été victimes les employés Sade.

Il est à rappeler que le calcul des taux de fréquence et de gravité au sein de la direction régionale, ne tient compte que des accidents de travail avec arrêt dont ont été victimes uniquement les employés Sade.

? Répartition selon l'âge

Les populations dont l'âge se situe entre 20 et 39 ans sont au centre de 66,66 % d'évènements survenus, avec un pic observé au niveau de la population d'âge situé entre 20 et 24ans et qui est victime de 18,52 % en moyenne d'évènements. Nous relevons donc que les populations à risque sont celles se trouvant dans cet intervalle (entre 20 et 39 ans). Et qu'est ce qui pourrait l'expliquer ?

Ces populations comme nous le constatons sont bien des populations jeunes, représentant en terme de nombre la couche la plus importante, soit plus de 60% de l'effectif. Plus on est nombreux, plus grande sera la probabilité d'être victime d'un accident. Cela ne saurait justifier le taux d'évènements observés chez cette population. La piste la plus plausible serait d'expliquer cela par le fait, que les jeunes semblent faire preuve de plusieurs facteurs qui joueraient en leur défaveur à savoir :

· Leur jeunesse : qui bien que synonyme de vigueur et de vitalité, est aussi très bien assimilée à de l'inconscience, au manque d'expérience.

· De leur prise d'initiative : bien des jeunes ont tendance à vouloir jouer aux «hommes», à prendre des initiatives et à se passer le plus souvent des mesures de protection pour accomplir leur tâche au quotidien (la plupart ne sont pas sensibilisés au risques qu'ils encourent). N'assimile-t-on pas les travaux publics à un boulot d'hommes ?

Les jeunes sont très facilement influençables par les comportements de leurs collaborateurs sur le terrain. Ainsi, leur fonctionnement serait régi par ce que l'on appelle «l'effet de groupe», cet effet qui les amènerait à copier des habitudes et des façons de se comporter bonnes ou mauvaises. Malheureusement, il se trouve que ces jeunes ne retiendraient que ce qui est dangereux pour leur sécurité et leur santé.

· Une autre piste nous a semblé plausible : c'est celle de l'encadrement des jeunes depuis l'accueil sécurité qui leur est fait jusqu'à leur déploiement sur le terrain au quotidien. Et la question qui nous vient à l'esprit est celle de savoir si ces jeunes sont réellement encadrés et s'ils bénéficient d'une attention particulière.

? Répartition selon le mois, le jour et l'heure

· Selon le mois

Avec 12,54 % d'évènements observés en moyenne, juin passe pour être le principal mois le plus accidentogène, suivi de juillet et septembre avec respectivement 9,97 et 9,69 % en moyenne d'évènements. La similitude qui existe entre les mois de juin et juillet est qu'ils précèdent le mois d'août qui est celui des grands congés ; des vacances. Ainsi au cours de ces deux mois (juin et juillet), on observerait un surcroit d'activité dû au fait que les compagnons voudraient achever leurs chantiers avant les vacances, ce qui le plus souvent est une exigence du client. Travailler dans la précipitation multiplierait la probabilité de survenance d'un accident.

Quant au mois de septembre (avec 9,69 % d'évènements), il correspond en fait au retour des vacances de la grande majorité des effectifs et donc à la reprise de la totalité des activités. La reprise étant le plus souvent un peu difficile, les compagnons auraient de la peine à retrouver le rythme laissé juste avant les vacances.

· Selon le jour

La répartition des évènements indésirables par jour, indique que plus des 2/3 des évènements ont lieu les trois premiers jours de la semaine soit 68,94% en moyenne.

Le premier jour de la semaine de travail qui est le lundi, il a été enregistré le plus grand taux d'accidents soit 25,64 % d'évènements, c'est un jour qui correspond en fait à un retour de week-end donc, à un changement d'activité.

Avec 23,93% d'évènements observés, le mercredi est le second jour le plus accidentogène. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que nous arrivons en milieu de semaine et, suite aux efforts fournis depuis le début de semaine (efforts le plus souvent assez physiques et intenses), le corps en prend un coup de par la surcharge et la tension de travail.

Contrairement à ce à quoi on aurait pu d'attendre, le vendredi n'est pas pour nous à la direction régionale d'Arras, un des jours les plus accidentogènes. Il passe même pour être le jour de la semaine de travail où il est observé le taux d'évènements le plus bas, soit 13,96 % d'évènements enregistrés.

· Selon les heures

Pour ce qui est des horaires, nous relevons que certains horaires sont propices à la survenance d'évènements indésirables. Nous allons décomposer ces horaires en grandes zones (zone orange et zone rouge).

- Les horaires compris entre 7h et 9h, qui correspondent en fait à une zone plus ou moins

calme dans l'ensemble, et qui renferme près de 19,08 % des évènements (zone orange)

- Les horaires compris entre 9h30 et 11h30, dans lesquels se retrouve plus du tiers d'évènements survenus, soit 35,60 %. Il s'agit en fait de la première zone rouge, avec le pic enregistré aux alentours de 10h avec 9,97 % d'évènements observés. Ce pic vient en fait confirmer ce qui a été observé lors de l'analyse des données pour les différentes années à savoir que cette heure reste en fait celle où l'on enregistre le plus d'événements indésirables.

- La seconde zone rouge, située en milieu d'après-midi, c'est-à-dire entre 14h et 15h30, , renferme plus du quart d'accidents soit 27,63% en moyenne d'évènements indésirables. Un pic est aussi relevé dans cette zone aux alentours de 15h, zone dans laquelle sont observés 8,83 % d'événements survenus.

Ces deux zones couvrent 63,23 % d'évènements survenus au cours de ces 3 dernières années et les zones où les pics sont observés, à savoir 10h et 15h, représentent 18,80 % d'évènements.

Nous pensons en fait que ces périodes dites «rouge» où l'on observe le plus d'accidents, et ces pics enregistrés à certaines heures de ces périodes pourraient s'expliquer par les effets secondaires (baisse de la concentration et maladresse) d'une hypoglycémie suite à une activité physique prolongée et trop intense.

? Répartition par ancienneté dans l'entreprise

Le plus grand nombre d'évènements indésirables survient sur les populations dont l'âge d'ancienneté dans l'entreprise est compris entre 0 et 8 ans, ce qui représente un pourcentage moyen de 86,05 % d'évènements survenus, avec un pic observé pour ceux dont l'âge est inferieur à un an (39,89 %), suivi des populations dont l'âge est compris entre 1 et 2 ans (23,08%).

Ces trois types de populations (ceux dont l'âge d'ancienneté dans l'entreprise est compris entre 0 et 2 ans) sont victimes de près des 2/3 d'accidents soit 62,97 %, ce qui bien entendu représente un taux assez élevé rien que pour trois types de populations.

Ces tranches d'âge (de 0 à 2 ans) représentent la grande majorité de notre population à risque. Les jeunes arrivants (nouveaux embauchés et emplois précaires) seraient sujettes aux accidents. Mais, qu'est ce qui pourrait expliquer cela ?

Il apparait donc que, l'environnement dans lequel ces « jeunes » évoluent, reste un facteur déterminant pour leur stabilité et leur épanouissement. Le temps d'appréhender la structure, le temps de comprendre quels sont les mécanismes qui font rouler la machine, le temps de comprendre comment roule la machine, sont autant d'éléments qui pendant leur phase d'adaptation, laissent planer un moment de vulnérabilité chez ces nouveaux compagnons.

Le temps de sortir leur isolement afin de se fondre dans la masse, le temps de se faire accepter par les autres passerait par ces moments de vulnérabilité, moments pendant lesquels les compagnons (nouveaux dans l'entreprise) chercheraient leurs repères et se battraient pour se faire

accepter par le groupe. Ces compagnons n'hésitant parfois pas à braver les interdits afin de convaincre les anciens de leurs performances.

Ce taux élevé d'évènements dans cette tranche d'âge (0 à 2 ans d'ancienneté dans l'entreprise), pourrait aussi s'expliquer par la présence du stress chez cette catégorie de personne qui, aurait tendance à croire que pour intégrer le groupe, il faudrait fournir deux à trois fois plus d'effort que les anciens. Aller au-delà de leurs limites pour ainsi démontrer leur «indispensabilité», leur «professionnalisme» et décrocher ainsi le fameux sésame qui est l'acceptation de soi par le groupe, l'intégration au sein de celui-ci et la reconnaissance ultime comme membre à part entière du groupe.

? Par éléments matériels

Au cours de ces 3 dernières années, la cause principale d'accidents au sein de la direction régionale d'Arras fut l'élément matériel « objets en cours de manipulation ». Cette rubrique, à elle seule, est cause de 31,34 % en moyenne d'évènements survenus sur nos chantiers.

Vient en seconde position, l'élément matériel « outils mécaniques tenus ou guidés à la main », qui est mis en cause dans 9,97 % d'accidents en moyenne.

Nous retrouvons en troisième et quatrième positions, les éléments matériels « accident de plain pied » et « chute avec dénivellation », respectivement mis en cause dans 8,55 et 7,98% en moyenne d'accidents. Les divers quant à eux sont mis en cause dans 8,55% d'évènements.

L'élément commun à ces tous ces évènements est bien la présence d'un matériel. On entend par élément matériel (dans la survenance d'un évènement), l'élément matériel en liaison directe avec la lésion. La classification de ces éléments matériels utilisés dans le cadre de ce travail, est celle utilisée par la CNAM (Caisse Nationale d'Assurance Maladie) et qui est utilisée officiellement lors de la rédaction d'une déclaration d'accident de travail.

Quant aux divers, il s'agit en fait des agents matériels non classés dans la classification retenue. Cela contient entre autres des animaux, des insectes, l'insolation, les engins de guerre...qui régulièrement sont mis en cause dans nombre d'accidents.

Il apparait clairement qu'à la vue de ces chiffres, toute manipulation de matériel semble être un souci majeur pour les opérateurs et au vu des statistiques on se poserait les questions suivantes :

Les opérateurs sont-ils suffisamment formés sur les procédés d'utilisation du matériel mis à leur disposition ? Si non, il faudrait commencer par réaliser un travail à cette échelle et si oui, on est en droit de se poser cette autre question, qui est celle de savoir si les opérateurs bien qu'étant formés, respecteraient-ils les consignes qui leur sont données ? Si non, un travail devrait être fait à cette seconde étape, et si oui, une troisième question mérite d'être soulevée : les conditions dans lesquelles il leur est demandé d'appliquer les procédures, sont-elles conformes à l'environnement dans lequel elles se déploient ? Si oui, alors nous sommes amenés à conclure que les opérateurs font preuve soit de violation, soit d'indiscipline. Si non, un travail à ce niveau devrait être mené pour aboutir au final à une adéquation entre les procédures de travail et l'environnement dans lequel cela devrait s'appliquer.

On n'entend par violation un écart volontaire à des fins opérationnelles et par indiscipline, un écart volontaire à des fins personnelles.4

Les travaux de Rasmussen (ergonome Danois) ont mis en évidence que l'on pouvait décrire 3 niveaux de contrôle de l'activité :

- face à une situation nouvelle, que l'on n'a jamais rencontrée, le fonctionnement est basé sur les connaissances. La mise en oeuvre des solutions demande de mobiliser toutes es ressources et de chercher dans ses connaissances des informations.

- face à une situation déjà rencontrée, le fonctionnement ici est basé sur les règles acquises, ce qui permet d'économiser son attention en élaborant des règles du style "si ... il se passe ceci... alors... je fais cela".

- face à une situation familière, on applique des solutions à partir de quelques indicateurs, sans chercher à comprendre en profondeur la situation. Le comportement devient automatique, on fonctionne en mode routine, par reflexe. Si ce mode de fonctionnement est très économique (car ne mobilisant pas trop de ressources), il présente tout de même des failles. L'accident dans ce cas peut survenir suite au fait que l'on donne très peu d'attention aux opérations que l'on fait et du coup, tout interruption ou évènement externe à l'opérateur peut perturber le déroulement de l'action enclenchée.

De ces 3 niveaux de contrôle de l'activité, le psychologue Reason a décrit 3 types d'erreurs possibles

:

- les erreurs de connaissance ; il s'agit d'erreurs suite soit à une mauvaise représentation de la situation qui implique l'application d'une règle inadéquate ou tout simplement par manque de connaissance.

- les erreurs par application d'une mauvaise règle ou élaboration d'une règle inadaptée. L'erreur survient lorsque la règle choisie n'est pas la bonne ou lorsque le contexte analysé n'est pas réellement celui qui convient à cette règle.

- les erreurs de routine ou d'habitude.

L'activité des travaux publics est assez singulière, car le contexte de travail n'est pas statique comme dans l'industrie, où le fonctionnement basé sur les règles, semble trouver un terrain propice à son application. Dans les travaux publics, chaque situation, même celle déjà rencontrée ou celle qui nous semble familière, présente des particularités infimes soient-elles. Le contexte de travail évolue constamment selon chaque chantier, chaque lieu. Les aléas tels que les conditions météorologiques variables, rendent encore plus complexe l'activité. Ce qui nous pousse à dire que les travaux publics est un secteur d'activité ou l'adaptabilité semble être la règle. Mais seulement, on ne peut développer dans ce cas de figure son adaptabilité si déjà on n'a pas la connaissance et on ne maîtrise pas les règles. La connaissance et l'application des règles, des méthodes de travail seraient une condition nécessaire à une bonne adaptabilité.

Tout compte fait, il ne s'agit nullement pour nous, de demander qu'à chaque fois qu'il y aurait un accident suite à des éléments matériels, de remettre systématiquement en cause les procédures. Il s'agit de montrer que, malgré le fait que ce sont les éléments matériels qui soient en cause, que la genèse même de la défaillance ayant conduit à l'évènement en passant par l'élément matériel est bien-sûr l'homme lui-même ; l'opérateur. Cet opérateur qui doit respecter les procédures et qui, le plus souvent ne le fait pas, soit parce qu'elles sont parfois désuètes ou inadaptées, soit parce qu'elles sont « lourdes à mettre en place» par eux (car faisant parfois perdre du temps) et du coup, il by- passe les procédures, ce qui n'est pas un succès à tous les coups.

4 Cours mines-paritech , Valot, 2009

Comme suggestion, nous préconiserons ceci:

y' Les compagnons doivent être systématiquement formés à l'utilisation du matériel qu'ils doivent utiliser, et la grande majorité, sinon tous devraient passer par une formation PRAPE (Prévention aux Risques liés à l'Activité physique et à l'Ergonomie) pour éviter les risques dorso-lombaires (très souvent présents sur les chantiers).

y' Il faudrait mettre sur pied une espèce de suivi périodique ou un système d'évaluation et d'appréciation (sécurité, santé) des opérateurs ayant suivi des formations spécifiques pour qualification, habilitation et autres. Contrôle qui pourrait être fait sous forme de questionnaire afin de réévaluer leurs connaissances en termes de sécurité. Ceci ne devrait être en aucun cas une évaluation sanctionnant ceux qui n'auraient pas la «moyenne». Cela permettra de recadrer les choses et de définir des formations continues face aux attentes des opérateurs en termes de sécurité, de santé et de comportement face aux risques sur nos chantiers. Il serait préférable que ce genre de suivi soit fait par entretien individuel ou collectif. Quant à la périodicité de ce suivi, elle devrait être définie.

Nous voudrons aussi souligner ici que bien souvent, ceux qui sont victimes d'accidents, ne sont pas toujours ceux qui sont habilités ou qualifiés à l'utilisation d'un matériel. C'est bien souvent leurs compagnons, ouvriers sans qualifications particulières, qui payent le prix fort pour les erreurs des autres. Ce type de suivi leur permettrait de prendre déjà conscience des risques que leur tâches pourraient générer pour les autres compagnons et de les garder en mémoire. Car si on sait se protéger des risques générés par ses propres tâches, on ne se sait pas toujours protéger les autres des risques provoqués par soi. D'où donc, cette prise de conscience est nécessaire afin de les aider, non seulement à se protéger, mais aussi à protéger les autres.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery