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La strategie du Niger dans la lutte contre la radicalisation et l'extremisme violent: cas de la region de Tillaberi


par Moussa Hassabal kerim ABDEL-HADI
ENA-Niger - Maîtrise  2022
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
   
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4.1.2.3 Les moyens militaires

Selon Belkacem IRATNI (2017), sur le plan militaire, les groupes terroristes opérant dans le nord du pays sont presque totalement éradiqués à travers une vigilance continue, un redéploiement sur le terrain des forces de sécurité et l'acquisition d'équipement approprié à la lutte antiguérilla (satellites, radars de surveillances, détecteurs, drones).

En 2014, l'opération Zarmaganda, du nom d'un ancien royaume Djerma, est mise sur pied dans le Nord-Tillabéri afin de sécuriser la frontière avec le Mali. Après une série d'attaques contre les FDS, le président Issoufou juge le dispositif insuffisant et le remplace en juin 2017 par l'opération Dongo qui veut dire, « foudre » en langue djerma -, une « force mieux armée et plus mobile forte de 245 hommes principalement basés à Tilwa »24. Les autorités ont décidé de redéployer du personnel militaire à la frontière malienne et relancer l'opération Chara, en étroite coordination avec l'opération Zarmaganda. Après l'embuscade tendue aux forces de sécurité nigérienne à Ouallam le 22 février 2017 qui a fait 15 morts et 19 blessés et a été revendiquée par l'État Islamique au Grand Sahara. La France a annoncé qu'elle enverrait 80 commandos des forces spéciales pour soutenir les Nigériens (RFI, 2017).

À cet effet, il y a aussi l'opération conjointe Antiterroriste Niger-Burkina Taanli 3 qui veut dire alliance et cohésion en langue gulmancema, a comme les deux qui l'ont précédée, débouche sur de résultats plus satisfaisants.

Néanmoins, il y a quelques opérations militaires existantes dans la région de Tillabéri, et qui sont entre autres : Almahaw (Ouallam), Niya (rive droite), Yardi (Tillabéri-est), Fassa (Anzourou), Bataillon du G5 Sahel (Bankilaré) qui est installé à Ayorou et à Bankilaré et à Banibangou.

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Même si les opérations militaires ont finalement eu les effets pervers, elles ont fait reculer l'État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS). A titre illustratif, en septembre 2018, le groupe armé de l'EIGS s'est temporairement retiré de certaines parties du nord de Tillabéri sous la pression de l'action militaire.

4.1.2.4 Les moyens politiques

L'escalade de l'extrémisme violent dans la région a été conjuguée à l'ascension de la criminalité transnationale organisée, une sécheresse cyclique, les conflits locaux et autres actes de banditisme. Il convient de faire le point de l'état de la région et du bilan des diverses initiatives en matière de paix et de sécurité.

L'État, détenteur des prérogatives de la puissance publique, fait recourt habituellement à la force. Ce recourt peut-être source d'alimentation d'un cycle de provocation-répression-justification, qui induira une réponse du « berger à la bergère ». C'est de cette répression que les Groupes Armés Non Étatiques tirent une certaine `'crédibilité politique» de leur lutte et de leur opération (Linhart, 2004).

Aussi, la recherche d'une solution conciliant la force et le dialogue pourrait paraitre comme une approche utile et idoine. Il est souhaitable dans chaque conflit d'engager le dialogue avec les parties prenantes, les leaders communautaires et religieux influents qui sont soit acteurs au conflit soit directement exposés aux effets de la radicalisation et de l'extrémisme violent.

Ø La stratégie du dialogue

Le dialogue est la suite de stratégie adoptée par le Gouvernement du Niger dans le cadre de la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent au Niger notamment dans la région de Tillabéri. Le dialogue peut avoir pour but ultime d'offrir aux terroristes la possibilité de se repentir et de renoncer à la violence. L'objectif est de maintenir le contact avec les communautés qui sont

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issues de groupes extrémistes, et d'être en mesure d'identifier et de proposer des solutions aux aspirations des populations. En arbitrant les conflits dans lesquels elles peuvent être engagées, en particulier ceux du foncier pastoral25. Le dialogue politique avec les communautés, c'est prendre conscience de cette exclusion et réfléchir aux moyens d'y mettre un terme.

Les opérations militaires ne permettent pas à elles seules d'atteindre les objectifs d'un retour de la paix dans la région de Tillabéri, surtout si elles attisent des foyers de tension inter et intracommunautaires. Le dialogue entre Niamey et les communautés de la région de Tillabéri sera donc indispensable pour rétablir la présence de l'État dans les campagnes. Sur un plan concret, cependant, les autorités devront résoudre un certain nombre d'obstacles qui ont entravé les précédents efforts de dialogue. L'un de ces facteurs est le manque de coordination entre les différentes institutions de l'État chargées de regagner la loyauté des communautés mécontentes.

Le dialogue doit être sincère et s'accompagner de mesures concrètes pour empêcher le recrutement par les groupes armés non étatiques de se poursuivre. C'est ainsi que Bello Adamou, un expert nigérien de LASDL, indique :« Cette mission n'est pas impossible à condition de convaincre les populations d'adhérer au dialogue et d'accepter de vivre avec leurs anciens bourreaux ».

Cette approche permettra de rétablir la confiance et la sécurité, de réhabiliter les services sociaux de base, de déradicaliser les communautés locales et d'isoler l'extrémisme violent. Il faut également privilégier, en cas de conflit, les cadres officiels pour le dialogue et la consultation, ainsi que des mécanismes de médiation formels et informels y compris le dialogue inter et interreligieux avec les leaders d'opinion, le dialogue civilo-militaire, et inter et intracommunautaires.

25 Programme National de Prise en Charge de la Reddition, mai 2021, page 07.

26 Mission d'appui à l'élaboration du plan stratégique 2022-2026 de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix_HACP, rapport diagnostic, page 24-25.

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Ø Les renforcements des capacités des acteurs locaux

Les renforcements des capacités de leaders communautaires et leurs organisations (Chefferie traditionnelle, leaders religieux et organisation de la société civile), des jeunes et femmes, des collectivités décentralisées et des acteurs des médias qui visent à assurer efficacement leurs rôles en matière de prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violent ont été mentionnés dans la stratégie.

En effet, avec le soutien continu de diverses institutions locales en matière de gestion des conflits entrepris depuis 2015, avec l'appui à la structuration des comités communaux de paix, la HACP, comme d'autres institutions, renforce depuis deux ans ses appuis aux acteurs locaux dans la prise en compte des dynamiques de continuité de dialogue, et la prise en compte de la dimension « Paix et Sécurité » au niveau de la planification26.

L'appui aux comités communaux de paix est une pratique courante depuis plusieurs années, il concerne actuellement 38 communes et se traduit par un appui au fonctionnement et à la structuration de ces comités, mais aussi par le financement d'une partie des plans d'action desdits Comités.

Par ailleurs, le renforcement des capacités des acteurs locaux notamment par l'appui aux réunions élargies (mensuelles) des Conseils Départementaux de Sécurité (CDS) constitue la pierre angulaire vers un maillage de l'ensemble du pays de structures de concertation, de partage d'information et de message de transparence portée envers toute la population.

Ces réunions élargies se tiennent mensuellement et sont ouvertes à tous les acteurs « civils » qui participent non seulement au renforcement du dialogue sur les questions de sécurité, mais également à la restauration de la crédibilité de l'État et de la confiance des populations envers les FDS.

Pour une cohésion sociale réussie, il faut impliquer les différents acteurs tels que les familles ou communautés, les acteurs publics locaux, les

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Ø Le renforcement de la cohésion sociale

La cohésion sociale dans et entre les communautés, et entre l'État et la population locale a été affaiblie dans la région. Le conflit a altéré les relations entre les familles, entre les différents groupes ethniques et les communautés. La cohésion sociale est aussi mise à mal par l'augmentation des litiges liés aux droits fonciers et à l'accès aux ressources naturelles. Elle est également fragilisée par les comportements de forces de défense et de sécurité et le changement climatique. La cohésion sociale est donc un facteur déterminant pour construire la résilience face à ces menaces. Pour y parvenir, il faut, entre autres, établir une relation de confiance et d'échange entre les individus, les groupes et les communautés.

Dans cette optique, le gouvernement nigérien à travers le Ministère de l'Intérieur et de la Décentralisation a organisé en novembre 2021 un forum sur le maintien et le renforcement de la cohésion sociale pour discuter des questions de sécurité. Les participants à ce forum sont les acteurs de la Chefferie traditionnelle, les leaders religieux, les autorités administratives locales, les élus et les autres personnalités publiques, ressortissants des régions (Dosso, Tahoua et Tillabéri). Ainsi, l'un des intervenants a souligné que l'une des causes de l'insécurité est l'effritement de la cohésion sociale, car c'est un facteur important pour répondre à ce phénomène.

Les causes de déficit de la cohésion sociale sont : la collaboration timide pour se sécuriser, l'injustice au niveau des instances décisionnelles, les acteurs politiques qui augmentent les tensions intercommunautaires. Pour résoudre une crise qui touche en premier lieu la population, il faut se concentrer sur la population même. Plus spécifiquement, cela pourrait impliquer des mécanismes garantissant l'accès à la justice et le dialogue entre les populations locales, entre communautés et entre générations.

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associations de jeunes, le groupement des femmes et les espaces d'écoute et de concertation, les médias locaux et nationaux.

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