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La migration andine, rapport à la terre et conquête de la ville. Entre Huancavelica et la Vizcachera. De la Sierra à Lima.

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par Tiphaine POULAIN
Université Paris VII - Denis Diderot - Maitrise Ethnologie 2005
  

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Churcampa et la fête. Liens avec Lima

La fête patronale - exemple des carnavals de Churcampa, dans la province et à lima

L

 

Le 15 août à Churcampa c'est la fête de la Sainte Patronne : la Virgen Asunta44 (aussi appelée "mamacha45 Asunta"). Quand on est élu mayordomo de la Virgen Asunta en août 2004, on s'engage pour deux fêtes : comadres (la fête de toutes les Saintes du village), qui a lieu en février 2005, pendant carnaval, toujours un jeudi, et le 15 août 2005.

Il y a aussi des mayordomos de San Juan et de San Pedro à Churcampa : ils s'engagent de la même manière vers le 18-19 août et sont chargés de

 
 
 
 

la fête de compadres (la fête de tous les Saints du village), qui a lieu en février, une semaine

avant comadres, toujours un jeudi, et puis le 16 (San Pedro) et 17 août (San Juan).

En fait, s'engager avec un Saint, c'est s'engager pour les deux fêtes : comadres ou compadres ainsi que le mois de la fête du Saint (fête patronale).

Dans d'autres villages on honore aussi comadres et compadres mais ensuite, la fête la plus importante n'a pas forcément lieu en août, elle dépend du saint patron (par exemple : la Virgen del Carmen est en juillet).

L

Avant chaque fête : on fait "llantakuy" : les gens qui veulent aider, vont couper du bois (llanta en quechua = bois sec) - on le stocke pour cuisiner le jour de la fête, environ 3/4 mois avant. Puis, une semaine auparavant : on prépare la chicha46 , le trago47 ... et quelques jours avant : les petits "bizcochuellos" , "bobs" et autres "sara roscas48" que l'on distribuera aux gens pour les "comprometer49" dans la fête, c'est-à-dire les engager à participer, les inciter à collaborer (avec quelque chose)...

44 La vierge de l'assomption

45 « petite mère »

46 A base de maïs fermenté

47 Souvent à base de Cana, alcool de canne à sucre, ou une imitation, appelé « quemadito ».

48 NOMS des petits pains et douceurs préparées en l'occasion.

49 Compromettre. Engager

Février est l'époque des carnavals. Oui, comme chez nous ! On ne se demandera pas pourquoi... Aussi de nombreuses "traditions" lui sont liées. Chacune des "activités" engage des gens pour l'année suivante, qui devront la réorganiser et d'autres, collaborer. Epreuve de grand prestige, le mayordomn devra fournir l'essentiel (nourriture et boissons et banda etc...) pour que la fête soit réussie. Tout dépend de lui et des gens qui collaborent.

A côté de cela, plus liées au "carnaval" en tant que tel, se déroulent les festivités comme le churanacuy, cortamonte51, etc.

Aussi, lors des fêtes, on voit revenir de nombreux émigrés. Nombreux, n'exagérons pas. Il en revient un certain nombre, souvent parti depuis déjà très longtemps, certains tous les ans, d'autres occasionnellement selon leurs possibilités (coût trop élevé) et les liens qu'ils ont gardés ou pas.. La mayordoma que j'ai vue cette année, habite à Lima. Elle est de ces « gens d'ici qui vivent à Lima ». De la même manière, on entendra dire « Lui est churcampino52 mais il vient de Lima ». La mayordoma organise toute la fête, et surtout celle, plus importante, du 15 août, pour laquelle plus d'émigrés (de l'étranger, de Lima, de Huancayo...) reviennent. Il s'agit d'une dépense très importante.

Il y a une différence fondamentale entre les "gens du lieu" et les gens de l'extérieur, qui sont venus s'installer. Les migrés, même partis depuis longtemps, sont bien plus du lieu que les gens venus s'établir depuis un certain temps : ce sont toujours des étrangers...

« Churanacuy »

La bande est le groupe musical fait de cuivres. Parfois, c'est quelqu'un d'autre qui se charge de payer la bande, c'est sa façon de collaborer, mais aussi de se lier dans un rapport de réciprocité avec autrui : en effet celui qui reçoit la bande devra en retour collaborer quand son tout viendra...

51 On danse par couple autour d'un arbre. Celui qui coupe l'arbre sera le mayordomo de cette activité de l'année à venir, il devra donc l'organiser et la financer.

52 Habitant de Churcampa

Pendant ce temps (ou presque !), à. Lima, dans le local de l'association des gens de Churcampa, la même fête est organisée. La même fête, aux saveurs liméniennes. La fête comme là-bas, faite par les émigrés, c'est-à-dire la fête des émigrés finalement, autrement dit, une autre fête, réinventée par les migrants, d'inspiration de "là-bas". Si l'on refait le caria monte, le churanacuy, le plat typique, etc., le tout est groupé en une journée ou deux. L'organisation n'est pas la même, les enjeux de participation qui lient les gens non plus, les rapports entre la communauté et la fête encore moins... Bref, c'est une autre fête, celle des migrants, où l'on se souvient, de la coutume, où l'on se lie entre personnes du même endroit, ou l'on se rencontre. On peut y inviter des émigrés que l'on connaît d'autres provinces aussi. Si des émigrés de la communauté à Lima se rendent aux fêtes de "là-bas", les gens de "là-bas" ne viennent pas aux fêtes d'ici. Les migrants créent donc leur propre fête, ce n'est plus tant la culture du lieu comme une simple copie, mais on peut parler d'un culture de migrants.

Qui n'y retrouvai-je pas ? La mayordoma, liménienne, de la "vrai" fête de Churcampa. C'est bien sûr une autre mayordoma pour la fête de Lima !

Alors on participe aux deux, ou alors on ne participe plus qu'à celle des migrants... le lieu des origines se transpose...

On entend beaucoup dire que les migrants « reproduisent leurs coutumes » ; certes, mais ils les "réadaptent" et y intègrent quelque chose de nouveau. Associées à d'autres fêtes53, elles jouent un tout autre rôle pour la communauté.

Il est surprenant --quoique, de voir des gens arrivés il y a longtemps à Lima, très jeunes, s'impliquer dans les "traditions" liées à leurs origines. A travers ce lien, on décèle une transmission assez forte à travers ces générations (aujourd'hui, cette transmission semble moins forte). Il y a même des gens (pas tout jeunes) nés à Lima, de parents provinciaux, qui y participent toujours : « nos coutumes sont belles, elles sont importantes. Mes terres me viennent de ma mère, de ses grands parents et de ses ancêtres ! ». On voit aussi les derniers arrivés à la capitale... Viennent-ils retrouver une certaine cohésion, un réseau fiable ? Faut-il de nouveau s'intégrer dans le groupe de gens très anciens de Churcampa, qui n'ont plus grand-chose à voir avec là-bas ? Un réseau à reconstruire... Mais peut-être l'un des plus sûrs, après la famille.

« Ily a beaucoup de gens d'avant qui ne viennent plus, parce que ça a changé de local, ils se sont divisés... Avant c'était mieux, c'était un petit groupe d'une migration plus ancienne, tout le monde se connaissait. Et c'est vrai que maintenant, il y a beaucoup de churcampinos à Lima 1 »

Peut-être qu'à travers ces fêtes liméniennes d'origine provinciale, les rapports se nouent d'une autre façon.

Aussi, les migrants qui se rendent "là-bas" appartiennent encore au réseau de là-bas, ou celui des "retournants", en même temps qu'ils appartiennent à celui des gens de là-bas à Lima. Ce ne sont pas les mêmes. On peut aussi appartenir aux réseaux du lieu de provenance de différentes villes... Une dame de Churcampa a ses filles à Lima et à Huancayo. Elle

53 D'autres fêtes d'autres provinces, mais aussi, les fêtes que l'on crée pour le nouveau quartier fondé. C'est le cas avec la fête de la croix dans la porcherie de la Vizcachera, ou sur un des cerros de Carnpoy où la croix était également en fête au mois de mai, agrémenté d'un mélange de traditions d'ici et de là... Lors de cette fête, un homme me disait : « cela fait 15 ans que les gens habitent ici, ils sont vraiment liméniens maintenant, enfin... leurs enfants surtout. »

appartient donc à Churcampa, son village, au réseau des churcampinos de Huancayo et des churcampinos de Lima !

Certains retournent sur leurs terres juste pour les fêtes, certains y vont très régulièrement pour semer (ce sont souvent les plus anciens, pour qui le lien à la terre semble plus fort, ou sont-ce d'abord ceux qui disposaient de plus de terres qui ont migré ?), d'autres, par exemple, parce que le corps de la mère y repose. Le cas échéant, ils ne reviennent que très rarement.

Une dame lors d'un carnaval de Jauja :

Venue avec sa fille, une dame au style très citadin, disait : « quand j'étais plus jeune et que j 'habitais ici, je n'allais pas au carnaval. C 'est seulement depuis que je suis à Lima que j'y participe. Mes parents ne voulaient pas : ils disaient que j'allais M'enrhumer » La fille semble venir pour la première fois.

Un jeune étudiant de Huancayo proposait son interprétation, ou sa vision des gens qui migrent :

« Quand enfin, ils gagnent bien, qu'ils ont une bonne situation, ils envoient là-bas, des cadeaux, des aides...

« S'ils n'ont pas une bonne situation, ces sont leurs familiers de là-bas qui les aident...

« Quand ça y est, ils sont bien, depuis un moment, ils reviennent pour les carnavals comme des visiteurs, ils sont bien considérés.

Sayad parle de la façon dont les émigrés (« en vacances ») participent aux actes de ferveurs religieuses ou de sociabilité traditionnels par pure ostentation avec une sorte d"hyper correction". Le cas est différent, mais c'est peut-être un peu ce qu'il se passe, parfois, à travers le retour de certains émigrés pour les fêtes...

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"Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit."   La Rochefoucault