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La migration andine, rapport à la terre et conquête de la ville. Entre Huancavelica et la Vizcachera. De la Sierra à Lima.

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par Tiphaine POULAIN
Université Paris VII - Denis Diderot - Maitrise Ethnologie 2005
  

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3EME PARTIE
DU RAPPORT A LA TERRE 1

LE MANQUE, LA TERRE DEVENUE PAUVRE ? MAL ETRE DE LA PAYSANNERIE ? 3

LA RELATION A LA TERRE. Du SYMBOLIQUE AU SOCIAL. 4

Des termes au sens de la terre 4

La communauté et son territoire 6

Attachement à la terre. La chacra ? Propriété ? 8

Évolution 8

LE DROIT A LA TERRE... 9

Propriété privée vs. Propriété communale 9

La communauté et les terres. 9

L 'évolution 12

Communauté campesina et terres 12

Des liens. Lima /Sierra 13

RETOUR SUR LA MIGRATION A LIMA 14

Que font-ils de leurs terres quand ils s'en vont 2-2 14

Ou sont-ils enterrés 2 15

LES MIGRANTS ET LA TERRE : DE L'INVASION A LA "FORMALISATION" 16

L 'invasion 16

La formalisation à Lima, par l'institution COFOPRI 17

TERRITOIRES ET PROPRIETE 19

De l'importance du territoire commun 19

Le sens de la lutte vers la propriété 20

Du rapport à la terre

« Immigration et émigration sont les deux faces indissociables d'une même réalité, elles ne peuvent s'expliquer l'une sans l'autre". »

Faut-il penser l'origine avant de penser l'arrivée ? Penser l'arrivée puis remonter aux origines ? Cela n'a que peu de sens. C'est un réel va et vient. Il n'est pas un seul lieu de départ qui amène à un point d'arrivée. Le processus est plus complexe. La coupure existe parfois, tacite ou nette. Mais le lien peut rester très fort. La migration est une possibilité, la migration est un fait, elle traverse le temps, et transgresse les espaces. Aussi faut-il la penser en de multiples dimensions...

La question de la terre est centrale dans la migration dans la question migratoire. La terre comme territoire d'appartenance, la terre comme lieu de l'activité paysanne, la terre comme lieu du souvenir, la terre comme propriété, la terre conquise pour l'installation, la lutte pour la propriété... On y établit une forme d'organisation, elle devient le lieu du soi que l'on défend...

Le rapport à la terre évolue. C'est par la migration que la quête pour la propriété semble s' exacerber.

Il est important de comprendre quel lien lie les hommes à la terre, dans un rapport symbolique, social et enfin juridique (tous étant d'ailleurs liés). Aussi, on peut s'interroger sur le sens et le rapport à la terre pour les habitants des Andes, et sous quelles formes il s'exprime à Lima, notamment dans la lutte pour la propriété, et la défense du territoire. Non pas pour peindre une vision romantique des paysans (d'ailleurs tous les migrants ne sont pas des paysans !) qui migrent. Simplement, la conquête et la lutte pour le territoire à Lima sont avérées. Aussi le lien au sol des communautés urbaines est très fort (Cf. la Vizcachera et autres).

On pourra aussi se rendre compte qu'il y a toujours une lutte sous-jacente, lutte pour la reconnaissance de ses terres, lutte parce qu'il faut toujours lutter, rien n'est acquis.

On pourrait aussi tenter d'appréhender l'évolution du rapport à la terre au fil du temps dans les Andes, dans les processus de formalisation et de propriété (dans les Andes), et aussi à travers la migration (rapport avec les terre de "là-bas", rapport à la propriété "ici").

Ce qui semble d'ailleurs éminent dans la migration c'est le rapport à la terre, en tant que lieu des origines, le rapport au nouvel espace conquis, les aspirations à la propriété ; tout cet ensemble qui questionne sur le sens de l'appartenance à travers une terre, un espace, des lieux.

C'est aussi comprendre les rouages qui rendent difficile la condition paysanne (problème d'accès à la terre...)

C'est enfin, trouver un sens à la conquête et redonner vie à une communauté, recréer une identité.

On pourra aussi remarquer, sans systématiser ou "plaquer" des similitudes, le rapport entre des pratiques dans les Andes et leurs nouvelles formes dans la ville.

1Sayad. Ibid.

Ce qui à travers tout cela semble prégnant, c'est la communauté. Le sens de la communauté et les rapports qui la construisent. C'est aussi ce croisement entre diverses communautés d'appartenances, phénomène accru par la migration.

I/

Un regard sur l'accès aux terres et la condition paysanne peut être intéressant pour appréhender la réalité de la communauté et de ses membres ; et pour comprendre le rapport à la propriété qui se joue ici, et là-bas (à Lima), à travers la conquête d'un nouvel espace. La propriété est source de conflits et de changements dans l'ensemble de la vie paysanne et se joue dans la migration.

Soulever la question de la paysannerie permet aussi d'interroger les moteurs de la migration. En effet qu'en est-il de la condition paysanne pour que tant de gens la délaisse ? D'autre part, quels problèmes liés à la terre, à la propriété sont source de mal-être de la condition paysanne ? (Peu de terres ?)

Le rapport à la terre peut aider à réfléchir sur l'attachement qu'elle suscite et la difficulté vécue par ceux qui en ont peu. Le problème de la terre semble avoir traversé les siècles, depuis la colonisation. Contrairement à d'autre pays latino-américains, le Pérou n'est plus un pays de grands latifundia2. La réforme agraire3 a voulu redonner la terre à celui qui la travaille... Mais celle-ci semble avoir été un échec de part et d'autre: les grands propriétaires naturellement se plaignent d'avoir perdu beaucoup de terres ; et pour les autres, elle a été mal redistribuée, de manière peu organisée... (régime collectiviste de la propriété agraire, puis libéralisation dans les années 90...) On peut se demander si une meilleure redistribution et organisation de la terre n'aiderait pas les gens à sortir de l'abîme dans lequel ils se sentent précipités.

2 Les immenses propriétés foncières représentaient jusqu'à 80% des terres labourables. Aussi, la multitude d'exploitation familiale minuscule était menacée en permanence par l'expangion latifundiste, émiettée par le jeu des partages de succession, privées [...] obligeant la majorité de la population agricole à tenter la survie dans les conditions misérables du minifundiura.1.1

« pour résister à la concurrence du secteur capitaliste moderne, le latifundium traditionnel péruvien réagit, entre le MX' et le )O( siècle, en aggravant l'exploitation et l'em)oliation des communautés indiennes, il ne fait que traduire à sa façon les lois du développement inégal. Le vrai responsable de l'expansion latifundiste précapitaliste qui se produit au début du _XX' siècle dans les Andes péruviennes, c'est la pression exercée sur le secteur latifundiste traditionnel par le capitalisme agraire lui-même ». (Jean Piel, Le latifundium traditionnel au Pérou jusqu'en 1914. Marginalisation et résistance, Etudes rurales)

3 1969, sous Velasco. Voir annexe

Le manque, la terre devenue pauvre ? Mal être de la paysannerie ?

«La faim, ce n'est pas seulement ce qu'il faut te mettre dans le ventre, c'est aussi la faim du dos [qu'il faut habiller], des pieds [qu'il faut chausser], du mal de ventre [qu'il faut soigner], du toit, de la tête [éducation des enfant]. 11 ne faut pas que tu aies besoin de quelque chose mais surtout que tu aies besoin d'argent. Or c'est d'argent que tout le monde a besoin, même au village, tout s'achète comme en ville. » Un paysan d'Algérie4.

Un modèle qui s'impose ? Manque ressenti. Pour certains, une évidence : il n'y a plus rien à espérer de la chacra, autrement dit, de la vie paysanne. On vit tout juste dans l'autosubsistance, et on cherche autre chose. On est pauvre, de plus en plus pauvre. L'Etat ne nous aide pas. On ne doit pas rester dans cette situation, mais aller au-delà. Plutôt que de rester dans l'abandon et l'enfermement, ils vont chercher ailleurs... Ils laissent leurs terres car elles n'apportent pas d'espoir de mieux. Pis, on possède de moins en moins ; le prix de la pomme de terre baisse (à 0.03 € le kilo pour les plus bas !), et les années où il y a des sécheresses, qu'a-t-on en substitution ? Rien, ou pas grand-chose. Vicissitudes du monde paysan. C'est à la ville, que se trouvent les opportunités ; d'autres ont réussi. C'est un peu la démarche qui semble sous-jacente à ces départs, la paysannerie étant devenue trop limitée... ?

Comme le souligne Sayad, « croire encore, ne serait-ce qu'un temps, à la condition paysanne, adhérer à la terre, avec toute la vigueur du néophyte, ne peut être qu'une attitude de défi ». En sont-ils arrivés au Pérou à un tel engourdissement de l'esprit paysan ? Je me pose la question, pour ne pas tomber dans le fatalisme, et ne pas me résigner comme beaucoup le font : pourquoi resteraient-ils dans la Sierra Ils ne peuvent plus rien ! C'est ce que l'on entend dire de la part de tous, les paysans arrivés à Lima ou partis comme les autres. Pourquoi ne pas aussi chercher avec eux les solutions à l'accomplissement de leurs aspirations, dans le cadre de leur vie quotidienne, sans pour autant rejeter le choix de la migration qui est aussi un choix de vie, une stratégie pour réinventer ce qui ne fonctionne plus.

Ils savent bien que c'est à la ville qu'ils trouveront des opportunités : il faut un travail, un travail rémunéré parce qu'il procure de l'argent devenu indispensable aujourd'hui. Et pourtant, combien ne diront pas que la difficulté de la ville, de Lima, c'est que "tout est argent"... Ici, non...

« Tu travailles tous les jours sans compter, tous les jours que Dieu a fait, tu rapportes ce qu'il te faut pour vivre et ne vis que de ce que tu rapportes. » paysan d'Algérie...

Je reprends ces paroles d'une culture qui, penserait-on, n'a rien à voir avec les campesinos péruviens... Et pourtant, c'est dans le même ordre d'idée ! Cela se rapporte à cette phrase si souvent répétée... Ça donne juste de quoi manger »

Aussi, la conception du travail semble avoir changé aujourd'hui (mais qu'était-elle avant ?) : le travail des terres n'est pas un travail, aussi pénible soit-il... Trop ingrat ? D'où cette recherche de « travail », parce que c'est ça qui procure de l'argent, et non pas le travail de forcené dans les champs, qui ne mènerait qu'à l'autosubsistance, aujourd'hui (en tout cas condition qui est rejetée désormais). C'est peut être pour cela qu'on considère toujours qu'il n'y a pas de "travail" dans la Sierra (d'ici ou de là-bas). Travail renvoie maintenant au salaire... Alors ils s'en vont pour recueillir ce salaire.

Et pourtant la terre de la sierra, c'est aussi l'abondance. Combien ne se sont pas étendus dans
de longues énumérations pour évoquer les produits d'ici, la sierra, ou de "là-bas", pour ceux

4 A. SAYAD. La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré Seuil. 1999.

qui sont à Lima. Même s'ils donnent une vision négative de la vie agricole et paysanne, les produits qu'offre la terre sont toujours une grande fierté ! C'est toujours ce qu'il y a de si positif quand on parle de "sa terre". (Cf. les histoires de vie, ou les commentaires des autorités, ou des gens en général...)

450 KM

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mouvements migratoires

forêt

piedmont en cours de défrichement culture de la coca

le littoral

dé5ert

cultures irriguées: légumes, coton

les Andes

- montagnes «hauts platem

agticulture vivrière, élevage extensif

l'Amazonie

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La relation à la terre. Du symbolique au social.

« Cette relation est présente où que ce soit, mais cette présence peut-être donnée en creux ou en interrogation, laissant le soin des pleins à l'univers culturel et ses racines. »

En Afrique : « où que ce soit, l'homme, lors même qu'il est nomade, y est la terre. Cette terre est pour toute globalité culturelle, une mère partagée, et ce partage enveloppe des échanges, il se développe en faisant de la terre une terre partagée. » Jaulin

La terre s'offre comme épouse, elle enfante (d'où la "terre mère"), afin qu'un univers humain soit enfanté. Vision symbolique, reposant sur des conceptions dites traditionnelles, elle peut néanmoins être interrogée. L'espace est toujours un espace partagé et conquérir un nouvel oblige à réinventer, recréer. Il s'agit de partager le inonde avec des gens qui nous sont liés ou pas.

Des termes au sens de la terre

I.« De la terre à « mi tierra »

Il existe un grand nombre d'acceptation différente pour le concept de terre, cette polysémie nous révélant les différents sens qu'elle peut avoir, en tant qu'élément.

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1 . 4 . r-

1/ Elément solide qui supporte les êtres vivants et leurs ouvrages, et où poussent les végétaux ; 1/ Surface sur laquelle l'homme, les animaux se tiennent et marchent Le sol.

2/ Matière qui forme la couche superficielle de la croûte terrestre. C'est là que l'on enterre. 3/ Elément où poussent les végétaux, étendue de ces éléments.

4/ Etendue limitée, bornée, de surfaces cultivables, considérées comme objet de possession (bien, domaine, héritage, propriété).

5/ vaste étendue de la surface solide du globe (territoire, zone)

II/ le milieu où vit l'humanité ; notre monde.

1/ Ensemble des lieux où l'homme peut aller, considérés à l'échelle humaine. 2/ Le milieu où vit l'humanité 3/ notre monde considéré comme un astre.[...]

Au Pérou, on peut ajouter les sens d'appartenance "en mi tierra" que l'on ne rencontre pas ici... Là-bas « en mi tierra », disent les émigrés. Je vais rendre visite à "mi tierra". Ma terre, ma région, ma communauté, mes origines.

Mais bien d'autres, il est d'autres mots en quechua pour signifier certains concepts de terre. Mais il est des mots en quechua qui ont une signification bien plus large et complexe que la simple terre.

-1-- La pachamama

Au Pérou (mais aussi dans toute la partie andine du continent), on entend parler de la pachamama ou mamapacha (Cf. poème Lida Aguirre), ce qui peut vouloir dire la « terre mère ». Ce concept se rapporte notamment à la fertilité de la terre. Aussi, on lui fait des offrandes, par exemple, on lui donne beaucoup de chicha, de cocci pour qu'elle soit contente, elle peut se mettre en colère ! De la même manière, il faut des offrandes aux Apus (les montagnes ou les divinités, les seigneurs qui vivent dans les montagnes). Il faut être bienveillant avec eux parce que sinon, ils se vengent : ils volent du bétail, font des huaycos6...

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Mais le terme quechua "pacha" est à la fois un espace et un temps... "kay pacha" c'est "ce monde" - d'ici (par différence avec le paradis et l'enfer --vision transmise par les missionnaires !) et de maintenant (par différence avec d'autres périodes... comme celle des Gentils' (quand le soleil n'était pas encore là) puis la période des Incas, puis la période des espagnols...

D'autres mots s'utilisent. La terre des champs c'est "allpa" (comme la revue "allpanchis" : notre terre), c'est dans le sens de "la matière". Mais le champ c'est la chacra, c'est l'endroit, l'espace. ?

De la cosmogonie andine...

Nous voici au coeur de l'ethnologie, telle qu'on la vue chez les grands classiques ! On peut lire un ensemble de représentations cosmogoniques qui semblent être plutôt une vision idéale du monde andin qu'une réalité...

Pacha et le temps...

Ainsi que Grillo le suggère: "Dans les Andes, il n'existe pas de distinction catégorielle ou
antinomique entre le "passé" et le "futur" parce que le "présent" les contient tous deux. existe, par

5 La feuille de coca

6 Les haycos sont les glissements de terrains sur la chaussée pendant la période des pluies.

Les Gentils : il y encore leurs os dans des grottes et ça peut donner des maladies, ils vivaient avant que le soleil n'apparaissent, ils se mariaient entre frères et soeurs, ils vivaient dans "le péché" ; et ensuite, le soleil est arrivé alors : ils ont été brûlés mais pas tous car certains se sont réfugiés dans des grottes et ils continuent à provoquer des maladies aujourd'hui avec leurs os, c'est pour cela que les gens ont peur de toucher les os des grottes...

contre, la notion de séquence, la notion d'avant et d'après, mais ceux-ci ne s'opposent pas l'un à l'autre comme le font le passé et le futur dans le paradigme Occidental. Ils se retrouvent ensemble dans le présent, dans le "toujours", toujours re-créé, toujours régénéré".

La cosmogonie Andine est également intimement liée à la nature de l'environnement de l'agriculture, la nature du terrain, des plantes cultivées, des animaux et ainsi de suite.

Il semblerait que le temps soit considéré comme cyclique plutôt que linéaire.

Le temps est intimement relié au flux de la vie: les rythmes et les cycles de la lune_ du soleil. du climat. et les cycles de l'agriculture. Les activités agricoles. tels que les différents "crianzas" (dons, soins à la vie), les rituels et les festivités ne sont pas déterminées par un calendrier mais suivent le rythme des cycles saisonniers. »

Mais parfois les interprétations, transpositions et applications de concepts vont plus loin.... On personnifie la chacra, le champ. On en fait un monde harmonieux, interpénétré...

Et la chacra...

« Chaque chacra, tout comme chaque semence, est unique, avec son propre mode d'être et sa propre personnalité. Cela requiert une grande sensibilité de la part des membres de rayllte afin d'entrer en résonance avec ses besoins. »

« Les concepts de Pacha qui forment le tout vivant s'interpénètrent sur le site de la chacra. Mais la chacra est aussi tout site où la communauté humaine, la communauté naturelle et la communauté surnaturelle conversent et entretiennent des rapports de réciprocités pour régénérer la vie 9 »_

La conclusion du PRATEC : « partout dans les Andes et à Lima, les germes de la non sujétion ont poussé et ont donné leurs fleurs en régénérant tranquillement un monde ancien mais toujours nouveau ».

Cela montre un peu dans quelle perspective se trouvent ces mouvements. Réinventer une
tradition perdue ? Lutter contre l'occidentalisation ou l'univers totalitaire (Cf. Jaulin) qui

« envahi » le monde andin

Visions idéales, romantiques, passéistes se mélangent. C'est aussi toute une littérature indigéniste qui mythifie un peu la culture andine. En outre, les élites --ou intellectuels des villes- qui s'y intéressent semblent avoir cette tendance à réinventer la tradition, redonner une identité andine parfois passéiste, parfois tout droit sortie de l'invention des anthropologues ou autre... Ou des associations de soutien aux communautés andines et à l'agriculture, qui cherchent à "revalorise?' le monde andin...

La communauté et son territoire

Il est important d'évoquer la façon dont on peut « plaquer" » des réalités sur des questions de

« Société et identité » et surtout de « Communautés et ethnicité »12.

s Relation de parenté entre les membres de la communauté

La régénération de la culture andine. La cosmovision traditionnelle du paysan andin tel qu'il se régénère à l'heure actuelle. PRATEC. Interculture. n°126

PRATEC (Proyecto Andino de Tecnologias Campinas). Objectif : donner de la vigueur d la culture et l'agriculture andines. Groupe d'auteurs autochtones des Andes péruviennes (ONG fondée en 1987). Ils cherchent à contrer l'influence du système éducatif officiel qui dévalorise la façon de faire et de vivre du paysan. en récupérant des pratiques et connaissances que les jeunes générations ont abandonnées, [Reirivention de la tradition ? Réaction contre "l'univers totalitaire"qui s'est imposé ? (Cf. Jaulin)

Il Ce terme n'est pas très élégant. mais il correspond bien à cette attitude ellmocentriste de nos jugements et interprétations...

On a tendance aujourd'hui à identifier les gens qui parlent quechua comme des « quechuas ». Il s'agit plutôt d'une confusion entre identité linguistique et identité ethnique13. A l'époque coloniale, le terme « quechua » n'était employé que dans un sens linguistique et ce n'est qu'au début du 19ème siècle qu'il apparaît pour la première fois, sous la plume d'intellectuels créoles (criollos), pour désigner une catégorie ethnique. Rien n'est pourtant plus étranger à l'histoire et à. la réalité sociale andines qu'une telle assimilation.

On est de telle communauté ou de telle région. Le parler quechua du Cuzco distingue dans son vocabulaire deux catégories ethniques : les runa ou « Indiens » et les misti ou « non Indiens ». A la première catégorie appartiennent les personnes qui sont membres d'une communauté ; à la seconde toutes celles qui ne le sont pas, depuis les petits agriculteurs ou petits commerçants d'un bourg de province jusqu'aux touristes étrangers, en passant par les membres de la communauté qui ont émigré et rompu leurs liens avec celle-ci.

Seule l'appartenance à une communauté définit le statut d' « indigène » aux yeux de la société. L'appartenance communautaire est quant à elle fondée sur un sentiment de parenté entre ses membres, comme l'indique le terme qui la désigne en quechua, ayllu, qui désigne un ensemble d'éléments appartenant à une même espèce, ayant une même origine.

Elle possède un territoire réputé avoir été constitué dans les temps très anciens par des êtres mythiques : les Gentils. Les membres actuels de la communauté se considèrent comme leurs héritiers, sinon comme leurs descendants et ne peuvent en principe vendre hors de la communauté aucune parcelle de ce territoire ancestral.

Après la disparition des Gentils, la communauté a été refondée par un Saint ou une Vierge, qui constitue dans le présent une espèce de divinité tutélaire des membres de l'ayllu.

La communauté possède également des terres communes, essentiellement des pâturages, et tous ses membres y ont accès à la mesure de leurs besoins. Enfin, les membres d'une communauté sont liés par des obligations de travail en commun (nettoyage des canaux, construction d'une route ou d'une école) et de réciprocité : on ne peut refuser son aide à un voisin qui vous sollicite pour un travail agricole ou pour construire sa maison. On recevra en échange une prestation de travail équivalente (ayni) ou une compensation en nature (mink' a). »

Notons aussi que les dits indiens des Andes sont désormais appelés "campesinos", c'est-à-dire paysan. Cela renvoie plus à la notion de communauté paysanne que d'ethnicité... Il est vrai que le terme « indio » était connoté négativement...

La communauté semble être le lieu même de l'appartenance et de l'identification. Elle est située en un territoire, la terre des ancêtres. Cette forme d'existence semble se retrouver à travers la migration, mais sur une autre terre, dans un nouveau territoire que l'on construit et défend ensemble. Il serait intéressant de voir quelles relations, en dehors du rapport au sol peuvent encore exister. N'oublions pas que les rapports de réciprocités et de solidarités sont encore très forts...

L'héritage semble être une dimension importante, et souvent les terres restent à l'intérieur de la communauté... mais la tendance à la propriété privée ne va-t-elle pas changé ce principe 'h

12 D'après César Itier, Parlons quechua, L'Harmattan, 199'7p. 26

13 Qui correspond davantage à l'histoire de l'Europe contemporaine qu'au contexte andin

Attachement à la terre. La chacra ? Propriété ?

Je ne sais pas dans quelle mesure ces représentations demeurent (ou meurent) aujourd'hui et comment elles ont évolué (ou réellement existé). Des changements de modèle, pas seulement "cosmogoniques" (peut-être même pas du tout) poussent à la migration (mais peut-être tout simplement la pauvreté, ou la non possession de terres obligent à aller ailleurs...). C'est une dynamique de vie qui permet à la communauté de ne pas dépérir en allant chercher ailleurs, mais ce sont aussi d'autres aspirations qui ne font plus croire en la condition paysanne.

Cependant, on constate un certain attachement, de manière générale, à la terre, sous ses différents vecteurs... Les gens donnent un nom à leur chacra (par exemple "wayra para" "cdturitas del viento" "petite hauteur du vent"... Les gens qui en ont peu (les gens « hurnildes » -humbles, comme ils les dénomment) l'appelle de manière affective : « mi chacrita » (mon petit champ) Tout le monde sait à qui appartiennent les champs dans la province. Même les enfants ! Ils savent aussi de qui ils ont hérité telle ou telle terre, ou si c'est une expropriation ou combien elle a été vendue. Cela montre que la terre doit être importante pour eux. Dans quelle mesure ? Le rapport avec elle et donc avec les autres ? La possession ?...

Les gens gardent précieusement des titres de propriété vraiment anciens (sans valeur officielle, mais qui servent quand même de preuve pour ce processus de formalisation !), mais c'est aussi parce qu'aujourd'hui la lutte pour la terre est tenace et que de nombreuses mutations (vers la propriété, ou problème de délimitation des parcelles ou invasions, etc...)

Il est important d'avoir des terres à soi (pour s'en sortir, mais aussi par rapport à l'attachement que l'on a au sol, aux choses à soi...), de ne pas louer (les terres d'autrui, sa maison). Ceux sont les plus pauvres qui sont dans ce cas là.

Les migrants laissent d'ailleurs parfois leurs terres en location.

Évolution

Est-ce que l'évolution du rapport à la terre fait tendre vers la propriété ? Attachement... car c'est aujourd'hui la seule garantie ? Le seul moyen de la faire vivre encore ?! Les réformes sont-elles celles qui décident ces changements juridiques en dehors des volontés communautaires, influant sur les aspirations des gens ?

Il est vrai que dans la migration, la propriété peut être un avantage pour la revente lorsque l'on part, et ensuite à travers la recherche d'une casa propia et du terrain à soi.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984