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Les acteurs de l'art contemporain à  Marseille et à  Istanbul

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par Fanny Roustan
Université Paul Cézanne Aix-Marseille III, IMPGT - Master 2 de Management des Organisations et des Manifestations culturelles 2009
  

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Rapport de stage

1. Le lieu

J'ai effectué mon stage en Turquie à Istanbul, dans une institution culturelle privée à but non lucratif impliquée dans l'art contemporain. En Turquie, une grande partie des financements liés à la culture sont d'origine privée, surtout en ce qui concerne l'art contemporain, peu considéré par l'institution publique. De manière générale, chaque grande banque fonde sa galerie d'art ou son centre culturel. Garanti Bank est l'une des plus importantes banques de Turquie et a par conséquent fondé son propre centre d'art contemporain, Garanti Platform, et sa galerie, Garanti Galeri. Ces deux institutions distinctes à l'origine prévoient de fusionner l'année prochaine et d'intégrer des locaux spacieux plus appropriés à leur activité. Officiellement, j'ai effectué mon stage chez Platform mais ai en fait travaillé pour Platform et Galeri.

Platform et Galeri se décrivent comme des lieux favorisant la pratique de l'art contemporain mais aussi la recherche. Les locaux possèdent une bibliothèque, connue comme étant la plus importante bibliothèque de publications artistiques à Istanbul, essentiellement tournée vers l'art contemporain, le design et l'architecture et des archives d'artistes. Le centre propose également un programme de résidence pouvant accueillir jusqu'à huit artistes en majorité étrangers152(*), et de préférence non-établis, et constitue ainsi un lieu de rencontre et d'échanges pour artistes d'art contemporain, commissaires et critiques. Platform organise des expositions, des conférences, des ateliers et rencontres qui ciblent avant tout une audience jeune La langue d'échange et de travail est donc l'anglais. Divers fonds de différents pays dont la France financent ce programme de résidence.

Platform153(*) a été fondée en 2001 par la banque Garanti et sous l'administration de Vasif Kortun. Il s'agit d'une interface considérée par beaucoup comme la plus importante entre les scènes d'art contemporain turque et internationale. Selon Vasif Kortun, le lien entre la banque et le centre artistique est uniquement d'ordre financier, et n'a aucune influence sur les programmes de Platform154(*). D'autres disent cependant que les mécènes ne respectent pas toujours l'autonomie artistique des fondations privées ou qu'ils choisissent de financer une organisation qui saura refléter leur image. Platform Garanti a un budget annuel d'environ 100 000 dollars. La banque Garanti ne finance que les activités propres à Platform telles que les expositions et conférences. Pour le reste, comme pour le programme de résidence, Platform recherche des fonds supplémentaires, qu'elle trouve en général dans le soutien d'institutions publiques nationales ou régionales de pays le plus souvent européens comme les Pays-Bas, la Suisse, la France, la Finlande, la Grèce, la Norvège, ou l'Espagne. Platform souhaiterait accueillir davantage d'artistes balkaniques ou du Moyen-Orient mais trouve difficilement le soutien financier nécessaire dans ces pays-là. Platform s'est aussi donné pour mission de créer la première bibliothèque sur l'art contemporain turc, l'architecture et l'urbanisme (en collaboration avec Garanti Galerie), et les premières archives complètes de plus de cent quarante artistes turcs. L'administration est officiellement composée de seulement trois employés, le directeur Vasif Kortun, la vice-directrice Öykü Özsöy, et la responsable de la bibliothèque et des archives, Sezin Romi. D'autres travaillent sur des projets spécifiques, et les stagiaires sont volontiers accueillis. Platform a su réunir une grande audience, même si cela n'est fait pas partie de ses objectifs, et certaines institutions plus classiques prennent maintenant exemple sur son modèle.

2. La mission « Design against crime »

Pour être dans des bureaux temporaires ne disposant que d'un espace restreint pour organiser des événements, Platform et Galeri ont du ralentir leur activité locale actuelle, mais pense déjà les projets qui auront lieu dans les futurs locaux. Une de leurs intentions est d'impliquer la population avoisinante, et donc du district dans lequel le centre se situe, Beyoðlu.

Dans un premier temps, j'ai principalement été chargé de faire des recherches sur le quartier, son histoire, ses particularités architecturales, et d'étudier le phénomène de son évolution dans l'objectif d'une future exposition. Beyoðlu, le quartier concerné, possède une très riche histoire. Anciennement le lieu de résidence et de commerce des riches Grecs et Arméniens, il constitue maintenant ce qu'on appelle l' « Istanbul moderne ». Dans ce district se regroupent autour de l'axe principal, l'avenue Istiklal155(*), quasiment toutes les institutions culturelles et galeries d'art de la ville, ainsi qu'environ 300 bars, cafés et restaurants.

Le quartier voisin s'est vu isolé dans les années 1980 par un grand boulevard qui a favorisé le déclin économique où vit une population très hétérogène. Les principaux habitants sont des immigrés de l'Est de la Turquie, ou plus récemment d'Afghanistan, d'Irak et d'Afrique ou encore font partie de la communauté transsexuelle d'Istanbul. Nous étions intéressés par le constat de la criminalité croissante dans ce quartier. Mes recherches m'ont amené à étudier le phénomène de « désorganisation sociale » qui attribue la fréquence de délits dans un quartier à l'absence d'institutions communes (la famille, l'école, la religion...) et de relations entre les gens due à leurs origines variées. De là, nous nous sommes intéressés à savoir en quoi l'architecture et le design d'un lieu pouvait inciter au crime ou au contraire le défavoriser. J'ai donc mené des recherches exhaustives sur le thème « Design against crime » et ai notamment étudié le concept de « Crime Prevention Through Environmental Design » ou CPTED.

J'ai même pensé à choisir ce sujet pour mon mémoire : l'utilité de l'exploitation du design contre la criminalité par le secteur public. Je voulais montrer comment l'aménagement du cadre de vie des populations défavorisées par le design l'urbanisme et l'architecture pouvait donner accès à la culture. Il s'agit d'une culture instaurée dans le quotidien sans impact direct, contraire aux manifestations élitistes telles que des expositions par lesquelles les quartiers défavorisées ne sentent pas concernés, mais qui peut revaloriser un quartier et ses habitants, comme par exemple l'implantation de lieux culturels.

Nous étions trois stagiaires étrangers à travailler sur le design. L'étudiant allemand sur le design dans les jeux vidéo, l'étudiante italienne sur le design environnemental, et moi sur le design contre la criminalité. En plus de l'étude de ces concepts et d'une compilation de documentation, nous dressions grâce à ces recherches un état des lieux de ce qui se faisait dans le monde artistiquement parlant autour de ces sujets. Nous nous sommes finalement tous rassemblés autour des thèmes du design contre la criminalité et de la peur du crime pour proposer un projet commun au département de design interactif et communication de l'université publique de Yýldýz Teknik. Après avoir assisté aux examens oraux pour faire connaissance avec les étudiants de cette section et avoir une idée de leur capacité, nous avons développé plusieurs idées de projets à leur soumettre156(*). Nous avons ainsi commencé avec l'université un travail commun en suivant le travail des étudiants. Parallèlement, nous avons invité le philosophe hollandais Gijs Van Oenen à donner une conférence sur le thème de l'architecture, de la sécurité et de « l'interpassiveté » un terme qui lui est propre.

3. Les autres missions

A la mission principale s'ajoutaient d'autres travaux temporaires.

J'ai effectué des traductions pour différents projets. Pour le compte de Garanti Galeri, j'ai participé à la préparation de la version française et réduite de « Mapping Istanbul ». Il s'agit de soixante-dix cartes du monde ou d'Istanbul, qui faisaient à l'origine partie de l'exposition « Becoming Istanbul » tenue pour la première fois en 2008 au DAM157(*) à Francfort. Cette exposition est une base de données interactive sur l'Istanbul contemporaine. « Mapping Istanbul », exposée au Palais des Beaux-arts de Lille jusqu'en juillet 2009 dans le cadre de «Europe XXL: East is the new West is the new East...» gérée par Lille 3000158(*).

J'ai également été chargée de la traduction française des cartels de présentation des oeuvres d'Hüseyin Alptekin, artiste contemporain turc décédé l'année dernière, à qui Lille 3000 réservait une exposition rétrospective de son oeuvre à la Maison Folie Wazemmes de Lille. J'ai d'ailleurs rejoint Vasif Kortun et mon collègue Boysan Yakar plus tard à Lille pour aider au montage de l'exposition en question, « Global Mockery », et préparer le vernissage.

D'autres travaux moindres étaient attribués ponctuellement aux stagiaires, tels que l'accueil du public lors des conférences, rencontres ou journées portes ouvertes dans les studios des artistes résidents, où nous nous devions donc de recevoir le public et d'être en mesure de le renseigner ; des rapports brefs sur des sujets précis ; la rédaction de biographies d'artistes ; la correction syntaxique de rapports rédigés en anglais ; des travaux d'archivage, de tri ou de reclassement du fonds documentaire...

De façon générale, j'ai apprécié de faire ce stage. Même si je ne pense pas qu'il m'ait apporté beaucoup sur le plan managérial, il m'a permit une approche privilégiée du réseau fermé de l'art contemporain à Istanbul, un art pour lequel j'émettais beaucoup de réserves. L'accueil réservé aux stagiaires est motivant.

Synopsis de projets:

1. Broken Windows

Ø Idea:

The idea is to verify the theory of the «Broken Windows» expressed by James Q. Wilson and George L. Kelling in 1982. The theory is that if one window is broken in a house, soon all the windows of this house will be broken as well. Being a sign of neglect, a broken window attracts vandalism. The presence of decay and disorder in a neighborhood also inspires fear to the inhabitants. In other words, the maintenance of a place helps to keep away vandals and prevents fear of crime in the neighborhood.

Ø Aim:

The aim will be to bear out if the "Broken Window" theory formulated in the 1982 still has its place in the present context of Istanbul. If the theory is verified, then the work shall show the necessity to look after its neighborhood to prevent the expansion of vandalism, and fear of crime.

Ø Process:

The students, by little groups, will find a place in Istanbul and follow its evolution during 3 months by the mean of pictures, short walking-films, sketches... It is up to the students to find the way to illustrate the evolution. The place shouldn't be well upkept, so that a possible deterioration can be observed along the months. The students will create an online screen of the observed place and may combine their findings of the appearance of the place according to different dates.

Ø Final product:

The final product will be an exhibition in the university. The works will be also put on an online interface that will present the different places that have been observed and the different stages of their evolution. This project itself isn't so difficult to realize so the students will have to pay greater attention to the technical and aesthetic sides of the way they will present it, and should make it understandable to the public.

Problem: If the place isn't subjected to any deterioration, that is to say if the Broken windows theory cannot be verified, the project loses its relevance. Let's just hope that a car gets burnt!

2. Interpassivity in gated communities

Ø Idea:

Gated communities in Istanbul have a security system diametrically opposed to the natural surveillance method proposed by Crime Prevention Through Environmental Design (CPTED), such as territoriality, natural surveillance, sense of ownership, natural access control, image and maintenance, lighting... They also illustrate the phenomenon of interpassivity observed by the philosopher Gijs Van Oenen who describes the contemporean public space as an «interpassive securityscape» where the people deny their «public responsibility» regarding security matters and delegate it to public authorities or private security systems.

Ø Aim:

The aim would be to denounce this phenomenon of passivity by showing that people can be responsible of their own security, and don't need to rely exclusively on others.

Ø Process:

The students will pick up a gated community of Istanbul and virtually redesign it in a way that the inhabitants become responsible for their neighbourhood. This means removing all the unnatural surveillance such as cameras or security guards and reorganize the place according to the CPTED strategies.

Ø Final product:

The existing gated community and the redesigned one will be available to consultation online. The work will be a tool to compare two ways of dealing with security. Gijs Van Oenen could be invited for a «Transdisciplines» lecture in the department.

3. Fear of crime

Ø Idea:

Istanbul is the European capital with he lowest rate of crime. However, the rate of fear of crime is the highest after Athens. Fear of crime may induce crime. Fear of crime fosters the withdrawal of people and reduce their sense of community. And a neighbourhood where the inhabitants aren't involved in the local life offers more opportunities for crime. What provokes fear is not necessarily crime, disorder can be enough. Consequently, the methods to reduce fear of crime and the actual crime wouldn't be the same.

Ø Aim:

The aim of the work is to show the discrepancy between fear of crime and actual crime. The final work will underline the resulting designs adapted to two different perspectives: one to respond to the need of people to feel safe and the other to the need to prevent crime.

Ø Process:

The students would be separate in two teams.

Both team will be provided some literature about the CPTED strategies and some data about what provokes fear of crime.

Both team will be given the same list of items to create a neighbourhood: a defined number of houses, streetlights, shops, playgrounds etc. The neighbourhood can be an existing one to redesign or a virtual one to create.

The first team will design or redesign a neighbourhood with the utopian objective of a 0% crime rate, complying with the CPTED strategies.

The second one will design a neighbourhood in a way that the inhabitants would feel very safe.

Ø Final product:

The two resulting works will be put online. The people can interact with the 3D neighbourhood by clicking one or combinative option to change the virtual neighbourhood. For every part of the neighbourhood you can choose to see the «no fear» design or the « no crime» design. That way, you can surf in the neighbourhood.

4. Mapping the City

Ø Description:

The main idea of this project is to work with real urban situation in Istanbul. According to the survey of Nilgun Ergun, Cengiz Gýrýtlýoglu and Funda Yýrmýbesoglu the crime rate in Turkey and especially in Istanbul are very low compared to other metropolitan cities in Europe. Nevertheless there are still some districts and areas in Istanbul with high crime ratio. Ergun explains the existence of the crime with the failure of integration of migrated groups in the old areas of Istanbul. Another survey points out that despite the low crime rate in Istanbul there exists a high fear of crime. According to these facts, the main issue of this project is the perspective of analyzing the current situation in certain districts of Istanbul, revealing the problems (where the crime is happening and why) and trying to develop alternatives or giving recommendation how the current situation can be improved.

The enhancement of the living conditions and the feeling of safety could be reached by adopting the ideas of «Design against Crime» and «Crime Prevention Design.» The main idea of these fields is to recreate existing areas towards a «natural» security. This means that the security should not be achieved by increasing the number of technical devices (CCTV) or amplifying the presence of the police or military forces. Instead it can be reached by simple changes of given factors (for example the danger of dark places can be decreased by installing street-lamps).

Furthermore, the re-designing of «unsafe» places leads not only to the reduction of crime, but also creates an atmosphere, where people can feel safe and are not afraid of becoming a victim

Ø Questionnaire

Where are the «problem» areas of Istanbul?

Which changes can improve the «natural» security?

How the idea of safety can reach the inhabitants of Istanbul?

How the project can decrease the fear of crime?

Ø Process

In the first step students should be informed about the idea of «Design against Crime» and «Crime Prevention Design.» The surveys on crime could give an overview about the crime situation in Istanbul. The students can work with the real data and find out which area of Istanbul is suitable for the project. From this point the students could make field study by visiting the chosen district and mapping the area (documenting the given situation by taking pictures, making videos, description etc.) (Goggle Maps could be useful for the mapping the «unsafe» places.)

The next step could be to think of how the situation in these critical places could be improved (virtually or factually) and how this information can be presented to the public. One of way could be an online presentation in the form of a homepage. The map of the area serves as a starting point (the range of the realization can reach from a simple 2D map (Goggle Maps) up to complicated 3D plans). The collected data about the problematic places should be made visible for the visitor of the Internet site. By clicking on the location there should be information about what is problematic and why; and proposals of improvement should be given (text or in 3D).

The students could visualize «unsafe» places and think about the possibilities of change. They should re-design these areas in order to make it safer.

The visitor of the site will be able to have an overview over the district and the critical zones. By clicking on the enlightened locations he can get more information about the place. The map should compare the situation before and after the «re-designing». Students should describe the changes, so the visitor of the page can retrace the reason and the goal of the modifications.

Ø Final product:

As an outcome we have an existing Internet site, which on the one hand documents the work of the students and on the other give the visitors of the site an opportunity to get information about the crime situation in Istanbul in general and due to the case study in particular.

The aim of the project is to inform the inhabitants about the specific of certain locations and to evoke an awareness of the problem.

Problems: When the project remains just virtually based, just a small group of people can be reached. But the main question is whether this project has the ability to activate the feeling of safety and reduce the fear of crime.

Maybe the range of the project is too wide (theory, field study, online presentation) and cannot be realized within a period of three month.

* 152 Seules quatre programmes de résidences d'art contemporain existent à Istanbul, celui de BM Contemporary Art Centre (qui n'accueille que des artistes de Berlin), Apartman Projesi, Garanti Platform et Borusan Art Center/IStanbul.

* 153 www.platformgaranti.blogspot.com

* 154 Istanbul's cultural constellation and its European prospects, Dr. Dragan Klaic, p.9.

* 155 Istiklal = Indépendance.

* 156 Voir synopsis à la fin du rapport de stage.

* 157 Deutsches Architekturmuseum/DAM, Frankfurt-sur-le-Main.

* 158 www.lille3000.com

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