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Le personnel diplomatique camerounais(1960-1982)

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par Georges Patrice ETOA OYONO
Université de Yaoundé I - diplome d'études approfondies en histoire des relations internationales 2008
  

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DEUXIEME PARTIE ~

CHAPITRE DETAILLE

CHAPITRE 1 : DE LA CREATION DU MINISTERE DES AFFAIRES

ETRANGERES A L'ORGANISATION DU CORPS DES

DIPLOMATES (1960-1982)

L'histoire du personnel diplomatique camerounais de 1960 à 1982, est une histoire Intéressante, entrecoupée de multiples étapes et faits. Ces faits peuvent se comprendre dès la création du Ministère des Affaires étrangères, en 1960. Dans les lignes qui vont suivre, nous nous proposons d'étudier, les raisons de la création du MINAE, la structure et l'évolution, enfin, l'organisation du corps des diplomates.

A- De la création du MINAE 1-Les raisons de la création

Le souci de coopérer du Jeune Etat qu'est le Cameroun est à mettre en exergue parmi les principaux faits qui peuvent justifier le pourquoi de la création du Ministère des Affaires étrangères.

Etant donné que les membres de la société internationale ne peuvent pas vivre isolés et repliés sur eux-mêmes, ils doivent donner une certaine cohérence à la conduite de leurs affaires extérieures. Un Etat à travers la conduite d'une certaine politique extérieure poursuit des buts qui seront souvent différents, voire opposés aux buts poursuivis par d'autres Etats. C'est la raison pour laquelle le Cameroun, dans le but d'harmoniser, de communiquer et de bien gérer ses relations avec les autres Etats du monde, crée sur le plan interne, une structure devant servir de relais comme le Ministère des Affaires étrangères. Cette disposition intra-étatique remonte à l'antiquité et constitue aujourd'hui l'un des piliers de la diplomatie moderne.38

38 A., Mouzong, `'Du Ministère des Affaires Etrangères...», p.10

L'internationaliste Philippe Cahier dans son droit diplomatique

contemporain, vient l'étayer en ces termes :

Lorsque les événements historiques firent apparaître la nécessité des rapports suivis entre les divers Etats, les gouvernements furent dans l'obligation de créer un organisme spécial, un cabinet particulier chargé de la correspondance politique et de la direction des affaires étrangères.39

C'est ce cabinet auquel fait mention Philippe Cahier, qui est appelé au Cameroun, le Ministère des Affaires étrangères.40

Pour le Président Ahidjo, le fait d'harmoniser et de veiller à la bonne marche de toutes les affaires relatives à la coopération inter-étatique se présentait comme une nécessité. C'est donc en vertu de cette coutume propre à tout Etat souverain, que le Cameroun crée le 19 Janvier 1960 par le décret n° 60-9, le Ministère des Affaires Etrangères. La création dudit ministère répondait à la logique politique qui prévalait à cette époque qui, dès janvier 1960, était de « créer des institutions éthiques modernes, (...) qui seraient dirigées par des camerounais compétents, intègres et patriotes »41

Il serait fastidieux de ne pas relever l'aspect lié à la configuration identitaire du Ministère des Affaires Etrangères du Cameroun.

En effet, la configuration de la structure ainsi créée présente des similitudes avec son homologue français, ainsi que l'attestent les propos de l'un des envoyés spéciaux du Cameroun en France dans les années soixante,

Rostand Mvie :

The structure we set up in 1960 had some remote resemblance of the french foreign Ministry but which was less elaborated than it's french counterpart because of the limited means at the disposal of the emerging state 42.

39 P., Cahier, Le Droit diplomatique contemporain, Genève, Librairie Droz, 1964, P.25

40 Depuis 1988, l'appellation a changée et est devenue le Ministère des Relations extérieures.

41 Lire la communication d'ouverture de J.R Booh Booh du colloque sur les ressources Humaines dans la diplomatie camerounaise tenu les 26-27 avril 2007 à l'IRIC.(Inédit)

42 Ces propos ont été cités par Lucas Nkwentamo, dans son étude `'The organisation and the functioning of the foreign ministry of the United Republic of Cameroon», Thesis of master's degree in international relations, IRIC, 1981, p.31.

Cette similitude ne voile aucunement l'intention et la volonté des nouvelles autorités camerounaises à lui donner une forme qui reflète les aspirations et les ambitions du jeune Etat.

2- De la structure et de l'évolution dudit ministère a)- De la structure

Dès sa création, le MINAE jouit d'un pouvoir considérable et de ce fait, est le centre d'impulsion de la politique étrangère du Cameroun. En dépit de sa structure réduite43, il mènera avec succès les missions qui lui sont confiées grâce à l'entregent et à la compétence des ministres successifs et leurs collaborateurs. Et, même s'il est dirigé au départ par le Président de la République, son action n'est pas particulièrement marquée du sceau présidentiel comme c'est le cas en ce moment.

Le visage du Chef de l'Etat est certes central en politique étrangère, mais le MINAE reste au coeur de cette dernière à un point tel que certains ministres par leur aura et à leur charisme donnent l'impression de faire ombrage au Président de la République44. Avec la création du MINAE en effet, la diplomatie camerounaise va définitivement s'inscrire comme une réalité administrative et professionnelle qu'il fallait mûrir progressivement. De fait, la structure va connaître des évolutions et mutations successives qui vont marquer sont développement et influencer son action.

L'action du Ministère des Affaires Etrangères sur le champ de la diplomatie est très dense. Cette densité tient du fait de son rôle d'administration chargée de la mise en oeuvre de la politique étrangère arrêtée par le Président de la République que lui confère le décret du 12 janvier 1970. Ainsi, en raison de la spécificité et de la nature de ses missions,

43 Cf décret n°60-9 du 19 janvier 1960, in JOEC.

44 G., Alougou, op.cit. p.61

le Ministère des Affaires Etrangères a en matière de politique étrangère un rôle cardinal.45 La convention de Vienne du 18 avril 1961 pose donc ce dernier comme la porte d'entrée et de sortie de tout Etat. Cette tradition a été reprise par la plupart des Etats, y compris le Cameroun.

A ce titre, il est chargé de la coordination de la coopération entre le Cameroun et les pays étrangers, et de la coopération multilatérale avec les organisations internationales ; du placement des nationaux dans la fonction publique internationale.

Ce ministère est également chargé de la représentation de l'Etat camerounais dans diverses conférences internationales et la co-présidence des commissions mixtes dans lesquelles le pays est impliqué.46 Traditionnellement, le Ministère des affaires Etrangères est chargé du suivi des relations ave le monde extérieur dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique étrangère d'un Etat. 47

Ainsi, toutes les missions diplomatiques et les postes consulaires relèvent de sa responsabilité et constituent ses représentations extérieures. En effet, tous les rapports d'activités réalisés par eux lui sont destinés en priorité et, elle centralise toutes les données relatives à la vie internationale au plan latéral comme multilatéral. C'est tout naturellement que le Cameroun va intégrer cette manière de faire.

Aussi, l'orthodoxie diplomatique voudrait qu'il en sont toujours ainsi, pour des besoins de cohésion de l'action gouvernementale en matière de politique étrangère et de diplomatie, et pour conforter le principe de l'indivisibilité de l'Etat sur la scène internationale. En effet, dans le domaine de la mise en oeuvre de la politique extérieure du Cameroun, s'il y a un

~~ N., Mouelle Kombi., La politique étrangère du Cameroun, Paris, L'Harmattan, 1996, p.28

46 Pour plus d'informations sur les attributions du MINAE, cf. N. Mouelle Kombi., La politique étrangère, p.29-30 ~~ G., Alougou, `'Les dynamiques ...», p.38

54 instrument qui a été uniquement crée à cette fin, c'est bien le Ministère de Relations Extérieures.48

Par le biais de son chef, de son administration centrale et de ses services extérieurs, le MINAE est `'le seul ministère capable de fournir une vue synthétique de la situation internationale, de réfléchir en terme globaux, de mesurer toutes les incidences externes des décisions prises».49

Cependant, il y'a lieu de relever que cette mission n'est pas complètement remplie, par le fait que l'Etat camerounais accorde la possibilité à certains Ministères techniques, de traiter directement avec des partenaires étrangers, au détriment de certains services du MINAE, compétent en la matière. En un mot c'est à un dépouillement systématique du

MINAE qu'on assiste et c'est à juste raison que J.F.Bayart écrit que :

La mission du département des Affaires étrangères a été absorbée par la présidence pour les questions politiques, par les ministères techniques pour les questions économiques. Loin de suivre étroitement les négociations avec l'étranger, poursuit-il, fussent-elles économiques, comme le fait le Quai d'Orsay en France, le MINAE camerounais ne participe plus qu'à leurs phases finales et d'une manière formelle. 50

b)- De l'évolution du MINAE

La structure du Ministère des Affaires Etrangères camerounais n'est pas restée statique. Elle s'inscrit dans une perspective dynamique et s'est faite progressivement au gré des situations, des conjonctures sur la scène internationale, de l'évolution de l'Etat et de sa consolidation.

Son histoire est jalonnée de réformes intervenant par vagues successives, chaque réforme étant l'occasion pour cette organisation d'opérer une mue lui permettant de cadrer avec la structure de la société

48 F.X., Ndoungou Ndjoum, `'Le ministère des relations extérieures ....''p.30

49 S., Cohen., la monarchie nucléaire. Les coulisses de la politique étrangère sous la Ve république, Paris hachette, 1986, p.46, cité par Zacharie Serge Nyanid, `'la diplomatie à l'épreuve de la démocratisation du régime politique camerounais», Mémoire de DESS, IRIC, 2001, p.71

50 J.F., Bayart., L'Etat au Cameroun, Paris, Presses de la Fondation Nationale des sciences politiques, 1979, p.176

internationale. Il faut se souvenir qu'à sa création, le département des Affaires Etrangères brille par la « simplicité » de son cadre organique.

Il est composé d'un cabinet du ministre, d'une administration centrale formée par trois divisions opérationnelles toutes à vocation régionale, coiffée par un Secrétaire Général51 poutre maîtresse de son fonctionnement. La structure du MINAE est calquée sur celle du Quai d'Orsay qui fait de ce personnage le maillon essentiel, le noyau central de son organisation administrative.

Cette structure du Ministère des Affaires Etrangères va s'étoffer sous la houlette de M. Charles Okala qui met sur pieds quelques services extérieurs de grande importance en cette année 1960 : Paris, Bonn, Lagos, Washington, New-York. En 1965, l'administration est reconfigurée autour de deux directions principales : la direction des Affaires politiques et la direction des Affaires économiques et techniques.52 L'objectif à en croire les témoignages historiques, est de rendre la structure efficace et rationnelle compte tenu du fait que, les relations internationales se spécialisent de plus en plus.

Cette période est aussi celle de l'ouverture aux pays de l'Est et à la Chine communiste sous la férule de M. Benoît Bala. Le MINAE connaîtra par la suite quelques mutations légères mais significatives entre 1970 et 1974.

Au niveau des services extérieurs du MINAE notamment les ambassades, ces politiques auront pour effet d'entraîner la création des missions économiques. La période 1960-1970 marque l'âge d'or du MINAE en matière de politique étrangère. Le département est en effet doté de réels pouvoirs dans ce domaine et de manière presque exclusive, en définit les

51 Il convient de signaler que c'est la première expérience du genre au Cameroun parce que, à cette période tous les départements ministériels son dotés de cabinets politiques sous la coordination d'un directeur et d'un chef de cabinet qui coiffèrent l'administration centrale et les services techniques du ministère. C'est donc au MINAE que fut crée pour la première fois au Cameroun un poste de Secrétaire Général. Le titulaire du poste est M. François Xavier Tchoungui ;

52 A la faveur du décret n°65/DF/349 du 05 août 1965 portant réorganisation du MINAE

orientations et les objectifs et assure leur mise en oeuvre53 . Ce pouvoir est d'autant plus important, dans la mesure où quelques ministres respectifs de la première heure sont d'illustres personnalités, jouissant d'une renommée sur la scène internationale. Cette renommée aura permis à la diplomatie camerounaise de se rendre visible et conséquemment, d'obtenir des résultats, Yaoundé étant devenue une place de la diplomatie africaine.

A l'analyse de l'évolution de ladite administration de 1960 à 1970, il est loisible d'affirmer que les réformateurs camerounais ont toujours été animés par la préoccupation prévue dans son texte organique.54 Dans l'article 2 du décret du 19 janvier 1960, le Ministère des Affaires Etrangères reçoit l'exclusivité en la matière.

En effet, le Ministère des Affaires Etrangères assure toutes les relations du Cameroun avec les Etats étrangers et les organisations internationales et veille à la protection des ressortissants et des intérêts des camerounais à l'étranger.55

Bien que relativement récente, l'histoire de la diplomatie au Cameroun ne manque pas de leçons, bien au contraire. Elle constitue un chapitre important de l'histoire politique du pays dont l'objet reste encore à explorer et à reconstruire. Sa trajectoire historique est consubstantielle à celle de l'Etat dont elle est un pan stratégique, parce que c'est l'Etat qui lui donne forme et signification. En réalité, le système diplomatique camerounais est calqué sur la structure de l'Etat et il serait difficile de les dissocier56.

53 G., Alougou, op.cit p..62

54 Il s'agit de renforcer la cohésion de l'action gouvernementale en matière de politique étrangère et de diplomatie et pour conforter le principe de l'indivisibilité de l'Etat sur la scène internationale.

55 Cf Décret n°60-9 du 19 janvier 1960, art 2, in JOEC.

56 G., Alougou `'Les dynamiques...», p.39

3- Les difficultés rencontrées dans la mise sur pied du MINAE.

Du point de vue de la théorie du droit international, un Etat n'existe que pour autant qu'il jouit d'une souveraineté internationalement. L'Etat camerounais n'existe que depuis 1960, et c'est depuis cette date qu'il est devenu un acteur international à part entière. Or, la diplomatie est fondamentalement un attribut de la souveraineté et son rôle est classiquement orienté vers la paix et la guerre, facteurs structurants de la souveraineté nationale et par lesquels un Etat défend et préserve cette souveraineté.57

La construction de la diplomatie est donc souvent corrélative à celle de la souveraineté, raison pour laquelle il est plus commode de ne parler de diplomatie camerounaise que dès lors que le pays a acquis le statut d'Etat souverain. L'histoire de la diplomatie camerounaise est donc récente. En effet, c'est au lendemain de l'accession à l'autonomie interne que les contours de l'appareil diplomatique camerounais commencent véritablement à se dessiner.

Ainsi, un an avant son accession à l'indépendance, le gouvernement Ahidjo pense à la prise en main de l'administration au détriment du colonisateur. Pour cela, il doit se contenter des ressources disponibles dans l'environnement camerounais.58

Il va se poser le problème du manque de personnel qualifié, et l'insuffisance de l'effectif. A l'occasion, le personnel encore peu qualifié est emprunté à d'autres départements ministériels, ou parmi les anciens élèves de l'école coloniale française ou anglaise, voire des quelques camerounais s'étant imprégnés des tâches administratives, en côtoyant l'administrateur colonial.

57 Ibid. p.60

58 A., Mouzong, `'Du Ministère des Affaires Etrangères...», p.37

Cette politique n'a pas toujours satisfait la très forte demande en ressources humaines de la nouvelle institution qu'est le Ministère des Affaires Etrangères.

En 1961, le gouvernement Ahidjo est contraint de restreindre à une poignée, les différents services qui oeuvrent à la marche de la diplomatie camerounaise.

Par ailleurs, l'autre difficulté que rencontre le MINAE dès sa création est due au fait que, contrairement à d'autres structures étatiques, c'est la seule institution au Cameroun en 1960, ne disposant pas de conseillers techniques étrangers. C'est grâce à la brillante élite issue des stages diplomatiques, ou des écoles spécialisées camerounaises, françaises ou anglaises, que le Ministère des Affaires Etrangères va écrire les premières pages de son fonctionnement.

Face à ce problème de ressources humaines, et compte tenu du contexte sociopolitique international, ayant évolué, des enjeux diplomatiques de plus en plus croissant, le besoin de recruter et de former des camerounais va se poser comme une politique urgente pour le gouvernement Ahidjo, dont le souci est de rendre dynamique la politique étrangère du Cameroun.

Les bases d'une organisation du corps des diplomates commencent ainsi à se concrétiser.

B- De l'organisation du corps des diplomates

1- Les formes de recrutement et les cadres de formation. a- Les formes de recrutement (1960-1982)

La constitution et l'organisation du personnel diplomatique camerounais n'a pas relevé du fait du hasard. Dans le système camerounais, le corps des diplomates reçoit ordre directement du Président de la République, à telle enseigne que son fonctionnement quotidien est tributaire de la décision présidentielle au même titre que sa gestion. La diplomatie est l'une des administrations59 reconnue comme telle.

Cette singularité a été reconnue par le décret n° 75 / 773 du 18 décembre 1975, portant statut particulier du corps des fonctionnaires de la diplomatie et son modificatif de 197760.

Conscient des multiples difficultés que rencontre le Ministère des Affaires étrangères après sa création en 1960, le gouvernement Ahidjo adopte une politique qui vise à préparer le personnel devant y exercer.

On va dès lors assister au recrutement de nombreux camerounais. Le mode de recrutement procède de quatre façons, le premier consistant à l'envoi en stage61, le deuxième, de façon directe c'est-à-dire, sans suivre de formation à la noble tâche de diplomate62, le troisième par l'emprunt des fonctionnaires à d'autres ministères, enfin, le dernier par l'intégration de certains diplômés de l'ECA63.

Dans le premier mode, il serait fastidieux de dire avec exactitude les mobiles qui ont souvent motivés le gouvernement Ahidjo dans le choix des personnes appelées à oeuvrer au fonctionnement du Ministère des Affaires

59 Au même titre que la l'armée et la police.

60 G., Alougou ., op.cit.,p.108

61 C'est M. Ahidjo, alors premier ministre, et aidé par le colon, qui choisit des camerounais qui vont effectuer des stages en France et dans les représentations diplomatiques françaises en Europe.

62 Ce mode dépendait du passé élogieux ou des bonnes relations que ces camerounais ont tissés avec des membres influents de l'élite politique française ; c'est cette élite qui parrainait ces derniers pour des nominations.

63 Ecole Camerounaise d'Administration créée par décret n°59_123 du 27 juillet 1959, in JOEC. pp.1111-1115.

Etrangères. Toutefois, nous nous essayons à dire que, l'administrateur colonial a été pour beaucoup dans ces choix.

En effet, venu pour exploiter à son profit et non pour contribuer au développement des pays africains, il était important pour le colonisateur de former des camerounais capables d'être utilisé tout juste là ou il faut et quand il faut, et non pour se faire remplacer par eux. Donc, la France va se refuser à en faire autre chose que des `'instruments» nécessaires à son développement.

C'est pourquoi l'administration coloniale Française, à travers son fidèle partenaire64 Ahidjo, va choisir, accueillir et former les 14 camerounais qui sont les premiers hauts cadres du MINAE. Il n'était pas demandé à ces futurs fonctionnaires en stage de comprendre ou de créer, encore moins d'administrer, mais d'aider à faire.

En dehors de ces intérêts qu'il fallait sauvegarder, on peut également relever que ces camerounais pour être choisis, devaient avoir été d'anciens collaborateurs de l'administrateur colonial, être intelligent, représentatif et influent dans sa région d'origine. Ce dernier point comptait beaucoup, probablement dans l'optique de pallier à toute menace éventuelle des intérêts du colonisateur. C'est pourquoi, sur les conseils avisés d'un de ses mentors Pierre Messmer65, le gouvernement Ahidjo puise dans le vivier de francophiles, les personnes devant jouer les premiers rôles dans la République à venir66.

Dans sa grande majorité, ledit personnel sera envoyé plus tard en France pour étudier les relations internationales, le droit international, l'administration des affaires étrangères et le fonctionnement des ambassades, en préparation de la souveraineté du Cameroun. C'est le point de départ de la

64 Par fidèle partenaire, nous entendons celui qui accepte servir les intérêts de l'administrateur colonial au détriment de la Nation quel qu'ils soient. C'est une relation du genre enfant- parrain, que l'on observe ici.

65 Pierre Messmer fut un des tout derniers Commissaires français au Cameroun avant l'accession de ce pays à l'indépendance en 1960.

66 S., Abona, `'Aimé Raymond Nthepe, diplomate....''p.41

structuration d'une profession qui ne tardera pas à prendre de l'envergure au fil des ans et au gré des changements que connaît le Cameroun.

Examinons dans les tableaux qui suivent les statuts et origines de ce personnel qui constitue la toute première élite de stagiaires diplomates Camerounais dès juin 1959, ces éléments nous édifient davantage.

TABLEAU N°1

PREMIERE VAGUE DU PERSONNEL STAGIAIRE EN DIPLOMATIE
(1959)

Noms et
Prénoms

Date et lieu de
naissance

Grade

Région
d'origine

NTHEPE AIME
RAYMOND

19 Mai 1914 à Bonapriso

Secrétaire d'adm
principal 1er échelon des
services civils et
financiers

LITTORAL

MVIE ROSTAND

1923 à Mekoé

Secrétaire d'adm
principal 1er échelon des
services civils et
financiers

CENTRE

KUOH TOBIE
CHRISTIAN

23 Avril 1921 à Akwa

Secrétaire d'adm
principal 2ème classe 3ème
échelon des services
civils et financiers

LITTORAL

NKO'O
ETOUNGOU

14 février 1932 à Messok

Secrétaire d'adm
principal 2ème classe 2ème

échelon des services
civils et financiers

SUD

OWONO
NKOUDOU JOSEPH

17 Décembre 1921 à Mengueme

Conducteur des travaux
agricoles de 2ème classe
4ème échelon

CENTRE

BINDZI AMOUGOU
BENOIT

1924 à Ekok

Contrôleur adjoint
douanes de 2ème Classe,
2ème échelon

CENTRE

MAHMOUDOU
HAMAN DICKO

26 Octobre 1927 Rey Bouba

Infirmier vétérinaire de
2ème classe

NORD

NGOKO PAUL

1927 à Bamenda

Adjoint administratif de
2ème classe

OUEST

AZOLA LUC

11 Nov 1923 à Madoula

Instituteur de 1ère classe

EST

BEB A DON
PHILEMON

15 Août 1925 à Kiki

Agent contractuel
d'administration au
Ministère de l'intérieur

CENTRE

HAPI TINA
GABRIEL

15 Sept 1926 à Bana

Agent contractuel
d'administration au
MINFI

OUEST

Tableau conçu par nous à partir des sources des ANY, Arrêté n° 1507 du 20 mai 1959, in JOEC,

P-642-643.

TABLEAU N°2

DEUXIEME VAGUE DU PERSONNEL STAGIAIRE EN DIPLOMATIE
(1959)

Noms et Prénoms

Date et lieu de naissance

Grade/Titre

Région d'origine

OYONO FERDINAND
LEOPOLD

14 septembre 1929 à
Ngoulemakong

Chercheur à l'ORSOM
de Paris

SUD

SENGAT- KUO FRANÇOIS

1931
à Douala

Secrétaire
d'administration
principal

LITTORAL

NGANDO BLACK

/

Secrétaire
d'administration
principal 1er échelon
des services civils et
financiers

LITTORAL

Tableau conçu par nous à partir des sources des ANY, Arrêté n° 3178 du 15 septembre 1959, in
JOEC, p.1331.

L'analyse que nous pouvons établir de ces tableaux est que, le gouvernement Ahidjo, pour choisir les camerounais qui allaient effectuer un stage de formation diplomatique en France, s'appuyait d'avantage sur, l'intelligence, le sens de gestion, le charisme et parfois le grade. C'est d'ailleurs ce que relève Jacques Roger Booh Booh en ces termes :

De manière générale, le Président Ahidjo s'est appuyé en priorité sur une élite pétrie de talents, formée dans de prestigieuses écoles et universités françaises, mais également sur des cadres compétents et intègres de l'administration camerounaise67.

Dans ces formes de recrutement, un constat déplorable se dégage néanmoins. En effet, de tout le personnel choisi par le gouvernement Ahidjo pour effectuer lesdits stages en diplomatie, l'on ne compte aucune femme dans ces deux vagues de Camerounais. Est-ce à dire que parmi ledit

67 J.R., Booh Booh., `'Les premiers diplomates camerounais»,inédit, intervention au colloque sur les ressources humaines dans la diplomatie camerounaise (1957-1971) tenue à l'IRIC du 27 au 28 avril 2007.

personnel choisis pour contribuer à renforcer, voire établir des liens nouveaux entre le nouvel Etat indépendant qu'est le Cameroun et d'autres nations, l'apport féminin était introuvable, rare ou du moins, ne se présentait pas comme une nécessité ? Une interrogation qui ne saurait manquer d'éléments de réponses. Nous nous essayons à dire que le contexte historique était marqué par une marginalisation politique de la femme. Ainsi, dans presque toutes les nations développées ou non, le constat est le même. C'est dire, que l'absence de la femme parmi le premier personnel diplomatique camerounais, ne relevait pas d'une marginalisation particulière au gouvernement Ahidjo.

Quant au second mode de recrutement, à savoir l'insertion directe, on note par exemple le cas de Kuoh Moukouri Jacques, qui est nommé le 04 janvier 1960, comme le premier Ambassadeur du Cameroun en France. Ce dernier au moment de sa nomination remplit la prestigieuse fonction de Préfet du département du Nyong et Sanaga68 .

Quelques éléments sont à mettre au crédit de l'ascension spectaculaire de Kuoh Moukouri. D'après notre informateur Jacques Roger Booh Booh69,

Le dynamisme et l'activisme antérieur de KUOH Moukouri ont beaucoup contribués à sa nomination ; ce dernier fut le 1er camerounais en 1946 à devenir souspréfet ; en dehors du fait qu'il a été un ancien vice-président de la Jeunesse Camerounaise Francophone (JEUCAFRA), ce fut un proche collaborateur et ami de Louis Paul Aujoulat. C'était quelqu'un d'une forte personnalité et d'un tempérament élevé.

Le facteur familial de parenté peut également être considéré dans cette ascension des premiers diplomates camerounais à de prestigieux postes. Ceci se vérifie en effet chez les Kuoh. En dehors de l'activisme et du

68 Cf Décret n°60-1 du 4 janvier 1960 portant nomination d'un ambassadeur du Cameroun en France, in Journal Officiel de l'Etat du Cameroun, du 03fevrier 1960, p.131.

69Ancien Ministre des Affaires étrangères, proche de Kuoh Moukouri, Entretien du 14 juin 2007 à l'IRIC.

dynamisme de Kuoh Moukouri Jacques, alors sous préfet, son cousin Kuoh Tobie Christian, candidat dans la première vague de stagiaires diplomates de 1959, et un des tout premiers membre du gouvernement sous Ahidjo, à avoir occupé conjointement les fonctions de Directeur du Cabinet civil et de Secrétaire général de la Présidence, aurait favorablement oeuvré pour la désignation de Kuoh Moukouri, comme Chef de mission diplomatique du Cameroun en France en 1960.

Toutefois, il serait fastidieux de s'interroger sur quelles bases s'est souvent appuyé le Président de la République pour choisir un personnel non initié aux affaires diplomatiques, pour en faire des Ambassadeurs.

Plusieurs raisons peuvent justifier ces actes. En effet il faut s'en remettre aux termes de la constitution du 2 juin 1972, qui dispose que `'le Président de la République accrédite les Ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères».

L'internationaliste Narcisse Mouelle Kombi, dans son analyse de la politique étrangère du Cameroun, va dans le même sens en précisant que cette compétence d'organe accréditant est essentiellement discrétionnaire et exclusive70.

Ceci sous entend que, premièrement, le Président nomme et mute librement ses Ambassadeurs auprès des puissances étrangères sans avoir à en référer ou à en rendre compte à quelques autre organe constitutionnel, ou même à son ministre chargé des Affaires étrangères. Deuxièmement, le chef de l'Etat est libre de choisir les personnalités auxquelles il confie la charge de représenter le pays à l'extérieur71.

7° N., Mouelle Kombi., La politique étrangère p.24

71 Ibid.

Quant au personnel emprunté à d'autres départements ministériels, il est constitué pour la plupart d'agents contractuels d'administration. Ce sont des camerounais issus de la catégorie B, et qui vont se distinguer dans les domaines économiques et financiers. En 1966, ceux-ci exercent au MINAE ; il s'agit entre autre de Kima Tabong, qui est nommé chef de service des relations économiques et bilatérales, Max Legrand Evehé, adjoint administratif des services civils et financiers, Vincent Owona, chef de service des conférences internationales, Guillaume Owona, adjoint administratif des services financiers, etc.

Dans le dernier mode de recrutement, seuls les meilleurs élèves issus du moule de l'Ecole camerounaise d'administration étaient orientés comme agent diplomatique au MINAE. Et, avant de prendre fonction au MINAE, un des tout premiers stagiaires, témoigne du mode de formation ;

Ces nouvelles recrues devaient effectuer un stage de perfectionnement dans un institut spécialisé hors du Cameroun. Dans la plupart des cas, ces stages de perfectionnement se déroulaient à l'ambassade du Cameroun à Paris72.

Ainsi, cette école créée pour former des administrateurs, sera un des principaux foyers d'approvisionnement du MINAE en fonctionnaires dès 1961. L'ECA disposait en effet, « d'une Division des Affaires Etrangères » au sein de laquelle étaient formés les futurs diplomates en collaboration avec la section diplomatique de l'IHEOM. 73

Parmi ces diplômés de l'ECA qui vont oeuvrer comme des agents diplomatiques du MINAE et occuper parfois les hautes fonctions de la diplomatie, on retrouve quelques noms comme : Salomon Bakoto, Jean Baptiste Beleoken, Paul Dontsop, Pièrre Mvondo Shé, Dénis Noah, Guy

72 C.T., Kuoh, Mon témoignage. Le Cameroun de l'indépendance (1958-1970), Paris, Karthala, 1990 p.67

73 Cf. Salomon Bakoto, op.cit., pp11-12 ; il fut lui aussi lauréat de cet établissement en 1963.

Lucien Saoh, Jean Jacques Efangon, Daniel Seck, Edouard Bikok Momha, etc.

Avant leur sortie de l'ECA en tant qu'administrateurs civils, ces élèves ont suivis trois années durant, des cours en administration générale et sociale, en administration économique et financière, et en droit.74

Compte tenu des exigences de l'heure et des pressions du colonisateur qui tenait à garder le contrôle de la politique extérieure du Cameroun, Il fallait de plus en plus recourir au recrutement des agents diplomatiques sans exigence de connaissance en diplomatie. Quelques uns étaient envoyés en stage pour la formation de diplomate.

TABLEAU N°3

ETAT NUMERIQUE QUALITATIF DU PERSONNEL DIPLOMATIQUE
(1960-1970)

Qualité

Administration
Centrale

Services
Extérieures

Total

Pourcentage

Diplomates

116

101

217

26,11%

Non
Diplomates

230

384

614

73,88%

Source : F.X.Ndoungou Ndjoum, `'Le ministère des relations extérieures ....''p.173

Le constat qui se dégage de ce tableau est que, de 1960 à 1970, le personnel dans la diplomatie camerounaise comprend beaucoup plus d'agents non diplomates soit 614 contre 217 Diplomates seulement.

Ce fort déséquilibre s'explique par les conditions dans lesquelles ont été réalisées les multiples intégrations successives du personnel en provenance d'autres ministères, le reclassement dans le cadre des affaires étrangères

74 Cf arrêté n°2547 du 4 août 1959, portant organisation des concours d'entrée et fixant les conditions de la scolarité à l'école camerounaise d'administration, in JOEC, chapitres 3 et 4, p.1113-1115

s'étant effectué à partir des besoins immédiats qui se faisaient sentir. Or, les intégrations réalisées sur la base de textes généraux dont la préoccupation d'ailleurs était d'assurer le bon fonctionnement du MINAE, ont été fréquentes dans ce ministère.

C'est ce phénomène qui sera la l'nue des principales causes du trop plein d'agents détachés d'autres corps, et dont les fonctions antérieures ne prédisposaient pas aux tâches diplomatiques.75

b- Les cadres de formation (1960-1970), (1971-1982)

La formation du personnel diplomatique camerounais de 1960 à 1982, s'est déroulée aussi bien au Cameroun qu'à l'extérieure.

Comme nous l'avons relevé plus haut, c'est à compter de 20 mai 1959, que des camerounais de divers statuts sont choisis pour suivre un stage de formation de diplomate en France. C'est au ministère des affaires étrangères du gouvernement de la République française (Le Quai d'Orsay) et dans les missions diplomatiques françaises à l'étranger76, que ce stage est suivi. La formation qui dure six mois, procède en deux phases, et s'appuie sur l'administration générale et le droit international public.

La première phase consiste à inculquer aux stagiaires quelques notions de droit international public, et à un renforcement des modes de gestion administratives taillées à l'avantage du colon. La dernière phase qui consiste à la pratique, se déroule hors de la France, après avis respectifs du ministre des affaires étrangères du gouvernement français, et du chef de gouvernement camerounais77. Les stagiaires observent et s'imprègnent des divers canons qui régissent la tâche diplomatique.

75 F.X., Ndoungou Ndjoum, `'Le ministère des relations extérieures ....''p.173

76 Cf Arrêté n° 1507 du 20 mai 1959, in JOEC, P-642-643, et Arrêté n° 3178 du 15 septembre 1959, in JOEC, p.1331, à propos desdits stages diplomatiques.

77 Cf article 4 de l'arrêté n°1507, in JOEC, p. 643.

Après cette rapide et brève formation, les fonctionnaires et agents camerounais désormais diplomates, rentrent en décembre 1959, se mettre au service de leur pays.

Il convient néanmoins de relever que c'est par simple calcul politique, et par le souci d'orienter les relations extérieures du Cameroun post-indépendant, que la France avait pris soin de ne former qu'un personnel diplomatique autochtone venu de diverses régions du pays. La formation de ce personnel autochtone aurait sûrement eu des retombées négatives sur les relations camerounaises avec les métropoles coloniales. C'est sans doute ce qui justifie le parrainage de ladite formation.

Aussi dans le contexte camerounais, la diplomatie s'organise essentiellement autour du pôle gouvernemental, et ses acteurs majeurs sont des acteurs étatiques qu'ils s'agissent des acteurs institutionnels ou individuels. En effet, le diplomate tient sa légitimité de l'Etat qui lui exprime sa confiance en lui confiant la charge de le représenter auprès des Etats étrangers, et ainsi, de parler en son nom. Ses choix, ses gestes sont ceux de l'Etat qu'il représente78. Dès 1973, la formation des diplomates est effective à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun.

Pour être formé à l'IRIC, deux conditions doivent être remplies par tout postulant à la fonction diplomatique : la condition juridique et la condition académique.

Les conditions juridiques concernent la nationalité et le sexe des candidats. Les premiers diplomates issus de l'IRIC avaient l'obligation d'être de nationalité camerounaise, et remplir de bonnes conditions morales, civiques et physiques79. Par ailleurs, il n'ya pas de distinction quant au sexe des postulants.

78 G., Alougou ., op.cit.,p.108

79 De nos jours cette école accueille également des étudiants de nationalités étrangères.

La condition académique quant à elle doit être réglée par la présentation du diplôme de licence.

Après avoir réuni ces critères, les candidats sont soumis à une formation académique et professionnelle qui dure deux ans.

La formation académique porte sur des enseignements généraux, et particulièrement les relations internationales80.

La formation professionnelle quant à elle, ne se limite pas au stage qu'effectuent les futures diplomates au MINAE, encore moins à l'étranger. Cette formation est continue, car le métier de diplomate exige avant tout une connaissance approfondie des hommes, des hommes de tous les continents et une sensibilité particulière aux relations humaines81.

Parmi les premiers diplomates camerounais sortis de l'Institut des Relations Internationales du Cameroun, on trouve des noms comme Christopher Nsahlai, Michel Tommo Monthe, Anatole Nkou, Jean Simplice Endezoumou Ndjemba, Martin Ayafor Chungong, André Marie Atangana Zang, Etienne Ateba, Ambroise Behalal, etc82.

Conscient du besoin important des ressources humaines qualifiées, pouvant permettre de pallier ledit manque en 1971, le Président Ahidjo, en dehors de l'Institut des Relations Internationales du Cameroun, qu'il créé, signe également un important texte83.

Ce dernier porte intégration dans le corps de la diplomatie, de nombreux camerounais formés dans certaines écoles occidentales. Parmi celles-ci, on a la `'Columbia School of United States of America», l'Institut International d'Administration Publique de Paris (I.I.A.P), et l'Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales (I.U.H.E.I) de Genève. Dans

80 Entretien avec le Pr Laurent Zang, chef de département de diplomatie à l'IRIC, le 7 /04/09 à l'IRIC.

81 A., Chambon, Mais que font ces diplomates entre deux cocktails ? Paris, A-Pedone, 1983, p.107, cité par F.X.Ndoungou Ndjoum, `'Le ministère ....''p.177

82 Entretien avec le Pr Laurent Zang, le 7 /04/09 à l'IRIC.

83 Il s'agit de l'Arrêté n°71/CAB/PR du 24 Mars 1977, portant agrément des écoles internationales diplomatiques, JORUC, ANY.

ces Ecoles occidentales, des enseignements de relations internationales, de droit et de sciences politiques, sont dispensées.

C'est avec ces mesures urgentes que prend corps progressivement le personnel diplomatique au Cameroun.

2- La hiérarchie des agents diplomatiques et le traitement en solde

La notion de personnel diplomatique révèle l'éclatement du corps diplomatique et celle de la profession elle-même. Définie comme `'le vaste groupe constitué par les agents diplomatiques d'un pays et du ministère des affaires étrangères, qui préside leurs activités,»84 elle connote une réalité plurielle, hétérogène et segmentée.

L'expression personnel diplomatique se structure autour de plusieurs catégories socioprofessionnelles opposées, mais dont le point commun est qu'elles participent toutes au pilotage et à la mise en oeuvre de la politique étrangère et de la diplomatie. Au Cameroun, le personnel diplomatique est constitué des diplomates et des attachés des affaires étrangères ; ces deux premières catégories sont compétentes pour traiter des questions diplomatiques.

Par ailleurs, il faut ajouter à ces deux, les catégories composées des contractuels d'administration régis par le code du travail, les secrétaires de direction et dactylographes, les agents décisionnaires. Les fonctionnaires des autres corps de l'administration publique affectés au MINAE font également partie du personnel diplomatique.

La classification de ce personnel peut s'effectuer en trois groupes. Parmi ceux-ci viennent en premier les diplomates, ensuite les attachés, enfin les agents.

Ces trois groupes comprennent des répartitions internes ; ainsi, dans le cadre des diplomates on a deux grades : le deuxième grade qui comprend les

84 M.A.F., Frangulus. (dir.) ; Dictionnaire diplomatique, Paris, Académie diplomatique internationale, 1974

Ministres plénipotentiaires et les conseillers des affaires étrangères. Le premier grade quant à lui, est celui de Secrétaire des affaires étrangères.85

La prise en solde du personnel diplomatique varie dès lors qu'on se trouve en poste à l'étranger ou dans les services centraux.

C'est compte tenu de cette classification du personnel diplomatique, que la prise en solde est opérée.

Ainsi, les fonctionnaires du corps de la diplomatie en service dans l'administration centrale, ont le statut de fonctionnaire de la fonction publique camerounaise. Ceux des fonctionnaires diplomates en service à l'étranger sont pris en solde en fonction du SMIG du pays d'accueil.

Pour ce qui est de la classification, les diplomates se répartissent en plusieurs catégories : on a le cadre des diplomates, classés dans la catégorie A, le cadre des attachés des affaires étrangères classés dans la catégorie B.

Placés tous sous la direction du Ministre des Affaires étrangères, les diplomates sont chargés de la mise en oeuvre des directives du Président de la République en matière de politique extérieure. Cette tâche est différente de celle de préparation et d'application réservées d'une manière générale aux attachés. 86

85 Cf décret n°75_775 du 18 décembre 1975 in JORUC, portant statut particulier du corps des fonctionnaires de la diplomatie, art 2, 3, 4, p.2484, ANY.

86 Ibid.

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