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Les enfants d'immigrés italiens dans les écoles françaises (1935-1955)

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par Louise CANETTE
Université de Nantes - Master 2 2010
  

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C). Le contexte français de la guerre : un regain de xénophobie de la part des autochtones ?

En septembre 1939, la guerre est déclarée et la France connaît des départs d'étrangers difficiles à quantifier. La menace est militaire mais pas seulement : la pression est aussi présente dans la vie quotidienne en raison d'une xénophobie ambiante particulièrement violente. On estime à une soixantaine de milliers de personnes ces départs, un effectif qui représente 8 à 10 % des migrants d'alors69. Par ailleurs, cette phase de la Seconde Guerre mondiale est vécue comme une période ou l'intégration est extrêmement difficile pour la plupart des jeunes d'origine italienne : évacuations massives70 et stigmatisation du « faux frère latin » comme « le traître » se font particulièrement présents en cette période trouble. Les écoliers d'origine italienne n'échappent pas aux vives critiques de certains instituteurs et de quelques écoliers quant à leur position d'ennemis de la France. René Maestri, alors élève de l'école de Montreuil, et Maria Birlouez, racontent à Marie-Claude Blanc-Chaléard ces épisodes terribles :

« C'était pendant la guerre, en 1942 ou 1943. Nous étions en train de jouer dans la cour de l'école quand les instituteurs nous ont demandé de nous mettre en rang. Les fils d'étrangers ont été regroupés en haut à droite. Sur le coup, je n'ai pas compris jusqu'à ce que la distribution des masques à gaz commence. Tout le monde a eu son masque... Tout le monde sauf nous, les fils de Ritals, d'Espagnols, de Polonais ». Cependant, René Maestri garde sa confiance en l'Ecole française et explique que « les instituteurs n'y étaient pour rien. Ils avaient reçu des ordres ».

Maria Birlouez raconte, quant à elle, situant l'évènement en 1944 : « notre nom italien ne nous donnait pas droit au masque. Cet épisode nous a traumatisés. On a cru qu'on allait mourir, pas les autres »71.

Ajoutons aux difficultés liées à ces remarques désobligeantes les problèmes intrinsèques de la guerre, que, tout comme leurs camarades français, nos témoins ont subis72 :

69 M C. BLANC CHALÉARD, « les mouvements d'Italiens entre la France et l'étranger. Eléments pour une approche quantitative », Paris, 1991.

70 Les hommes de Heinrich Himmler évacuent de Marseille une vingtaine de milliers de personnes, dont beaucoup d'Italiens. En janvier 1943, le 14ème régiment de police dynamite le quartier du Vieux Port : le « chancre de l'Europe », comme l'appelait le général SS Karl Oberg est désormais un champ de ruines.

71 Entretiens de René MAESTRI et Maria BIRLOUEZ dans M-C BLANC-CHALÉARD, Les Italiens dans l'Est Parisien. Une histoire d'intégration (années 1880-1960), Rome, 2000, (p. 520, 521).

72 Soulignons qu'à Nantes, le lycée Vial est sinistré lors des bombardements de 1943, des baraquements provisoires sont alors édifiés pour que les cours puissent continuer. La reconstruction de l'établissement n'est effective qu'en 1953.

« La position de l'Italie ennemie n'a pas été sans commentaires vis-à-vis de nous. [...] J'avais quinze ans en 1940 à l'apprentissage. Les bombardements étaient nombreux avec beaucoup de victimes, en particulier en novembre 1942 au centre d'apprentissage où plus de cent apprentis et moniteurs furent tués. Moi-même, je suis en quelque sorte un rescapé. »73.

« Mon père a fait partie de la défense passive et des « cinquante otages », ils faisaient un roulement d'otage ! C'est passé à côté mais ça aurait pu ! »74.

Les insultes liées à la position italienne de 1940 laissent parfois encore leurs marques sur les décisions d'adultes des témoins, comme c'est le cas, par exemple, pour Mario Merlo :

« À l'école je n'étais pas français, je ressentais la différence. A l'école on est ensemble mais de mes cinq à mes dix ans, compte tenu de Mussolini qui avait retourné sa veste, les Français, c'est normal... on était mal vus ! C'était un complexe. Mais ça ne se voyait pas de l'extérieur : quand ils envoyaient des vannes, je leur disais rien mais ça marquait. C'est pour ça qu'à 21 ans, il y a eu l'Algérie, j'ai dit j'y vais mais pour faire mon devoir mais sans être convaincu »75.

La réaction à la stigmatisation de l'Italien en cette période conflictuelle est souvent de s'affirmer comme Français, posture sûrement plus aisée pour les enfants issus de couples mixtes comme c'est le cas de Pierre Milza dont seules les attaches paternelles le rattache aux montagnes émiliennes :

« On m'avait appris à l'école [...] que les « macaronis » [...] nous avaient donné un coup de poignard dans le dos en 1940 et je ne me sentais en rien un macaroni »76.

73 Questionnaire de Walter BUFFONI, 2010.

74 Entretien avec Mario MERLO, (1er décembre 2009 -- Basse Goulaine).

- Le terme de « défense passive » désigne la protection des populations en situation de guerre.

- Les « cinquante otages » font ici référence à cet épisode douloureux de la mémoire nantaise : le 16 octobre 1941, trois jeunes résistants arrivent à Nantes avec pour mission d'exécuter un officier allemand qui est assassiné quatre jours plus tard. En réaction, le général allemand Von Stülpnagel ordonne l'exécution de cinquante otages. Seize personnes sont fusillées au camp du Bêle, les autres sont exécutées à Châteaubriant et à Paris.

75 Entretien avec Mario MERLO, (1er décembre 2009 -- Basse Goulaine).

76 P. MILZA Voyage en Ritalie, Paris, 1993 (p. 9).

 

A gauche :

Mussolini, empereur de la méditerranée. A droite : Mussolini, l'affreux échec.

Sur les papiers :

- Guerre, signé Mussolini

- Ordres de Berlin - Roosevelt

 
 

Figure no 3 : « Le rêve et le cauchemar "
Caricature de David Low77.

Cet évènement est une des grandes étapes de notre étude puisqu'il est souvent évoqué par les anciens écoliers. « L'accusation " est reprise maintes fois dans les écoles comme injure envers les élèves d'origine italienne78. C'est Roosevelt qui, le premier, qualifia de « coup de poignard dans le dos " la déclaration de guerre italienne du 10 juin 1940, alors que les troupes allemandes avançaient sur tous les fronts 79 . Laura Teuillères explique l'influence de cet évènement politique et diplomatique : « La trahison de Mussolini fait que l'on glisse vers l'idée que le coupable, c'est l'Italien de la ferme d'en face, « ce salaud de macaroni ». [...] L'animosité de terrain a été renforcée à ce moment là "80. Le 24 juin 1940, le gouvernement Badoglio dénonce l'armistice franco-italien ce qui rétablit l'état de guerre entre les deux pays81. Cet évènement politique majeur va avoir une influence non négligeable sur l'attitude des écoliers et

77 Caricature de D. LOW, « Evening Standard ", 11 mai 1940.

78 P. MILZA, Op. Cit. (p. 9).

79 Ajoutons qu'à ce climat, déjà peu propice à l'apaisement entre Italiens et Français, s'ajoute l'italophobie renforcée par la rumeur, pourtant erronée, du mitraillage des colonnes de l'exode par des avions italiens.

80 L. TEULIERES

Dans « La vie rêvée des Italiens du Gers ", documentaire diffusé le 13 avril 2010 sur France 3.

81 Pour cet éclairage chronologique, les ouvrages utilisés sont :

L. GERVEREAU, P. MILZA et E. TEMIME, Toute la France. Histoire de l'immigration en France au XXème siècle, Paris, 1998 (p. 45 à 48).

Et P. MILZA Op. Cit. (p. 9 et 290).

33 des professeurs envers leurs élèves et camarades italiens. Le statut des ressortissants transalpins est défavorable, leur image dans l'opinion publique est négative82. Plusieurs milliers d'Italiens dont les papiers ne sont pas en règle seront arrêtés83. Cette situation douloureuse, en plus de ses conséquences directes et souvent dramatiques, sur toute la cellule familiale a, sans nul doute, contribué à la dégradation des rapports entre les élèves étrangers et Français. Même lorsque, comme pour César à Noisy-le-Grand, l'intégration est globalement bonne, elle pâtit tout de même de la guerre : « A huit, neuf ans, quand je suis arrivé, je suis allé à l'école du Centre. Il n'y avait pas de problèmes avec les autres, sauf peut-être pendant la guerre »84. Souvent, le conflit mondial n'est pas directement dénoncée par les témoins comme la cause de leur « rejet » mais elle est presque toujours évoquée lorsqu'ils évoquent les insultes dont ils ont parfois été victimes, citons, par exemple, Maggiorina Bozzuffi, née Cattirolo, qui fréquente l'école privée à Rennes de 1930 à 1943 :

« toutes mes institutrices m'aimaient bien, sauf les derniers professeurs pendant la guerre »85.

Jean-Louis Scaglia, à Nogent, fait sensiblement le même constat :

« Pendant la guerre, les difficultés avec les Français étaient plus grandes : « sale macaroni, viens pas nous emmerder ici. En plus, il y avait un instituteur, un type qui avait fait la guerre de 14, avec le béret et tout, il avait l'habitude de compter tous les étrangers une fois par mois. J'étais français mais il regardait que les noms »86.

Ce qui marque aussi cette période de guerre, c'est bien sur le gouvernement de Vichy et, pour ce qui concerne notre sujet, sa politique quant aux immigrés et à l'éducation. En effet le gouvernement du maréchal Pétain considérant que « si nous avons perdu, la faute en incombe au système éducatif »87, il porte sur l'Ecole un regard attentif accompagné de nombreuses réformes. Par ailleurs, plus d'un millier d'instituteurs seront alors révoqués (parmi eux, des pacifistes, des résistants, des juifs ou encore des francs-maçons), les Ecoles Normales supprimées (le gouvernement vichyste les considère comme des vases clos où le socialisme règne en maître). La réforme vichyste instaure l'intégration des classes primaires supérieures au secondaire, l'objectif

82 L. TEULIERES, « Mémoires et représentations du temps de guerre dans le midi toulousain » dans M-C BLANC-CHALEARD (dir), Les Italiens en France depuis 1945, Paris, 2003. (p. 206, 207).

83 P. MILZA, Op. Cit. (p. 83).

84 I. VENDRAMINI-WILLEMS, L'immigration italienne à Noisy-le-Grand (1886-1968). Une intégration réussie, Université Paris IV, 1992 (p. 121).

85 Questionnaire complété par Maggiorina CATTIROLO-BOZZUFFI (2010).

86 Jean-Louis SCAGLIA dans M-C BLANC-CHALÉARD, Les Italiens dans l'Est Parisien. Une histoire d'intégration (années 1880-1960), Rome, 2000, (p. 521).

87 M-O. MERGNAC, C. GAROSCIO-BRANCQ et D. VILRET, Les écoliers d'hier et leurs instituteurs, Paris, 2008 (p. 34).

est alors d'enlever les élèves les plus âgés à l'influence de leurs maîtres. Ces mesures sont supprimées à la chute du gouvernement en août 1944, en revanche, les nouveaux centres de formations techniques (plus de 600 sont créés à cette période), qui font à peu près consensus quant à leur grande efficacité, sont conservés.

Le printemps 1945 marque le retour de flux d'entrées importants, les migrants sont alors souvent des personnes ayant déjà travaillé en France avant le conflit. A ces cohortes d'immigrés déjà bien intégrés à la société française s'ajoutent les victimes du chômage transalpin et du surpeuplement de l'Italie, souvent des clandestins chargés de famille. Or, l'attitude libérale face aux flux est bien finie et le criblage est désormais sans concession88. Cependant la France en reconstruction a besoin de bras et le phénomène d'immigration massive qui avait suivi la première guerre mondiale se répète ici. Dès l'été 1945, le général De Gaulle négocie, avec le gouvernement de Rome, l'entrée, sous l'égide de l'ONI, de travailleurs. Les résultats des deux accords négociés se font rapidement sentir, dans des proportions néanmoins inférieures à celles prévues initialement par les experts. L'immigration italienne est ensuite stabilisée, tout comme la répartition géographique des migrants89.

D). L'après-guerre : une décennie de laborieuse amélioration de l'image de l'immigré italien.

A l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, l'Italie est le seul pays « développé » qui n'a pas encore achevé sa transition démographique. Elle bénéficie donc d'une main d'oeuvre nombreuse. A l'heure où tous les autres pays européens sont à l'heure de la reconstruction, ces travailleurs transalpins bénéficient de la plus grande attention de leurs voisins mais aussi de celle de pays plus lointains (l'Argentine en est l'exemple le plus parlant). L'Etat italien essaye de « vendre » ses émigrés aux pays les plus offrants90. La France n'est pas la destination la plus courue, elle est donc progressivement délaissée pour des destinations où les salaires des ouvriers

88 Les raisons invoquées sont professionnelles ou médicales, parfois politiques.

P. GUILLEN, « Le cas italien », dans DUMOULIN (Michel) (dir.), Mouvements et politiques migratoires en Europe depuis 1945, Bruxelles, 1989 (p. 40).

89 P. MILZA, Op. Cit. (p. 86, 87).

90 - Le 23 juin 1946, la Belgique signe à Rome le protocole d'un accord économique entre les deux pays. Il prévoit l'envoi de 500 000 travailleurs italiens en échange de l'approvisionnement de trois millions de tonnes de charbon annuel.

- En 1955, l'Allemagne, quant à elle, signe un engagement en matière de migration ce qui amène presque 3 millions d'Italiens à immigrer.

sont meilleurs. L'arrivée des Transalpins n'en est pas pour autant devenue négligeable dans l'Hexagone et le gouvernement français fait, en 1946, un choix historique en prenant la décision de faire appel à l'immigration. Ces entrées sont contrôlées par le biais de l'ONI qui est chargée des contrats de travail et de la sélection des migrants91. Désormais, trois types de cartes leur sont délivrés92. Dans la décennie qui suit la Seconde Guerre mondiale, on remarque une relative stabilisation de l'immigration italienne et de la répartition géographique des Transalpins de France. En 1946, ils sont encore 450 000, soit 25, 9 % des étrangers présents dans l'Hexagone93.

Pour ce qui est de la situation économique des parents de nos témoins, anciens ou nouveaux arrivés dans l'Hexagone, les « Italo-français » profiteront de l'élan économique d'après 1955, principalement ceux qui travaillent dans le bâtiment (les banlieues sont alors en plein essor).

Après la Seconde Guerre Mondiale, l'Italien, jusque là plutôt considéré comme indésirable, connaît un processus de légitimation et de revalorisation de son image94 même si on remarque toujours, dans la presse française comme au sein des établissements scolaires un antiitalianisme par défaut, conséquence douloureuse du souvenir de l'alliance transalpine avec les puissances de l'Axe. Le début des années cinquante montre que, désormais, ce sont les Méridionaux qui émigrent majoritairement vers le territoire français : à la vision négative des autochtones sur leurs voisins d'Outremont, s'ajouteront donc souvent les critiques des Italiens du Nord sur ceux venus du Sud. L'amélioration de l'image de l'Italien est très lente comme en témoignent les incidents fréquents rapportés par la presse et les institutions publiques. Une illustration récurrente de ces difficultés peut ici être citée en exemple. En effet le domaine du sport à toujours tendance à concentrer les oppositions dans les cours d'écoles. Ainsi, l'illustration de cette vision négative est donné cinq ans après la fin de la guerre sur une étape pyrénéenne du Tour de France : l'équipe italienne est huée, et le célèbre coureur cycliste Gino Bartali, après une

91 Les critères de recrutement sont essentiellement sanitaires et basés sur la force de travail des postulants. Le 2 novembre 1945, une ordonnance paraît, véritable charte de l'immigration vers la France.

92 « La hiérarchisation entre trois types de carte permet une sélection des étrangers, y compris de ceux déjà installés en France : la carte de résident temporaire, pour des séjours inférieurs à un an, celle de résident ordinaire, valable trois ans, celle enfin, de résident privilégié, valable dix ans. [...] La carte de résident privilégié permettant seule une installation durable. L'ordonnance distingue ces titres de séjour des titres de travail, autre moyen de filtrage des étrangers d'autant plus efficace que le refus d'un titre de travail entraîne, en principe, le refus d'un titre de séjour ».

« Les étrangers au temps des « Trente Glorieuses » » dans A. CROIX, Nantais venus d'ailleurs. Histoire des étrangers à Nantes des origines à nos jours, Rennes, 2007 (p. 337).

93 P. MILZA Op. Cit. (p. 86, 87).

94 A. BECHELLONI, « Il riferimento agli Italiani nell'elaborazione di una politica francese dell'immigrazione » (1944 - 1946), dans G. PERONA, Gli italiani di Francia 1938 À 1946, Milano, 1994 (p. 45 à 57).

impressionnante chute dans le col d'Aspin, doit défendre son vélo à coups de poings face à un public hostile. D'ailleurs un élève de l'école de Blanquefort dans le Gers confie cette anecdote de cour de récréation : « à l'école, il fallait être pour les coureurs cyclistes français »95.

Figure no 4 : « Les Italiens dans « le Tour »»
Dessin paru dans le Canard Enchaîné96.

En outre, les rapports des fonctionnaires d'état constituent, eux aussi, une preuve que les relations tendues entre Français et immigrés italiens sont toujours d'actualité durant la décennie qui suit la victoire des Alliés. L'ambassadeur transalpin en poste à Paris à partir de 1947, Pietro Quaroni, explique ainsi que : « L'opinion publique en France partageait un sentiment de vengeance envers l'Italie »97. On retrouve d'ailleurs les mêmes constats dans les rapports des

95 Témoignage d'un enfant d'origine italienne à Blanquefort,

Dans « La vie rêvée des Italiens du Gers », documentaire diffusé le 13 avril 2010 sur France 3.

Cette anecdote sur l'importance du soutien aux coureurs français est aussi illustrée par le témoignage de Pierre Milza qui raconte un de ses souvenirs alors qu'il était en vacances en Italie : « A San Remo, en ce début d'été 1948, je suis allé crier mon enthousiasme pour Bobet [...] et je trouvai parfaitement déplacé cette jeune femme, tifosa du grand Bartali et qui, tenant à bout de bras son bambin vaguement inquiet, l'invitait à contempler le héros du jour : « guardi ! guardi, Gino, com'è bello » (« regarde ! Regarde Gino, comme il est beau ! » TDLA).

Dans P. MILZA, Op. Cit. (p. 10).

96 Dessin « Les Italiens dans « le Tour » », « Le Canard Enchaîné », 1932, BDIC.

Dans GERVEREAU, P. MILZA et E. TEMIME, Toute la France. Histoire de l'immigration en France au XXème siècle, Paris, 1998 (p. 58).

97 P. QUARONI, Il mondo di un ambasciatore, Milan, 1965 (p. 253).

préfets : à la fin des années 1940, le fonctionnaire en charge du Tarn-et-Garonne observe que : « Les Italiens ne jouissent pas d'une grande sympathie parmi la population »98.

Rien d'étonnant donc à ce que l'on retrouve ces tensions dans les cours d'écoles : la période pourrait être définie comme « l'étroite frontière entre la maîtrise d'une politique publique et l'héritage d'une xénophobie qui aurait acquis un visage humain »99. Il est vrai que l'on remarque alors une difficile articulation entre la massive entrée d'étrangers sur le sol français et les politiques de terrain. Conseil est d'ailleurs donné aux immigrés de la part des préfets de franciser leur nom100. L'assimilation a encore de beaux jours devant elle. Les inspecteurs de la population, sous l'autorité du ministère de la Population, sont chargés de donner des cours de français aux nouveaux arrivés et de veiller à la scolarisation de leurs enfants. Par ailleurs, on tente d'éviter la « ghettoïsation » des immigrés toujours dans le but de favoriser leur intégration.

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"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo