WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le détroit de Malacca, enjeu asiatique et mondial majeur

( Télécharger le fichier original )
par Arnaud Menindes
Ecole des Hautes Etudes Internationales (EHEI) - Licence de Relations Internationales 2010
  

précédent sommaire suivant

B) Des initiatives régionales encore trop rares

Devant l'acceptation assez difficile de l'aide américaine par les pays riverains du détroit, on peut supposer que les Etats de la région, riverains ou non, aient réagi dans la gestion des risques du détroit. Cette partie de l'Asie comporte en effet deux super puissances en devenir, l'Inde et le Chine. En outre, une structure régionale, l'ASEAN s'est formé depuis les années 1960 et peut sembler la plus à même pour répondre aux différents défis de la navigation maritime.

Avant d'explorer plus profondément les actions de la Chine et de l'ASEAN, il convient de se pencher sur l'Inde. De prime abord le pays peut sembler être un acteur vital dans la zone. Culturellement d'abord, l'Asie du Sud Est est de peuplement indien et historiquement les royaumes indiens ont eu une forte influence sur le détroit de Malacca. La colonisation par le Royaume Uni, puis la stratégie de non alignement impliquant une non interférence dans les affaires internes des Etats étrangers, ont cependant par la suite partiellement coupé New Delhi de l'Asie du Sud Est. Si aujourd'hui l'Inde est revenue dans le jeu international et si son aura est croissante, elle est aussi devenue un grand allié des Etats Unis. On a pu ainsi remarquer qu'au niveau du détroit de Malacca, elle s'est la plupart du temps greffée aux opérations américaines. Elle se livre par exemple à des patrouilles communes avec la marine américaine (200 patrouilles communes en 2002) (63(*)). L'Inde est donc surtout à envisager comme un soutien, certes majeur, des Etats Unis dans l'action de sécurisation du détroit mais non comme un acteur pleinement autonome.

1) La crainte d'une domination chinoise

Il en va différemment de la Chine bien entendu. Le détroit de Malacca est comme nous l'avons vu un espace qui, dans sa stratégie de  « collier de perles », est devenu d'une importance stratégique significative. Grace à sa flotte présente à l'est et à l'ouest du détroit, le pays est désormais à même de bloquer le passage par le détroit.

Dans une optique plus positive ce renforcement militaire pourrait être un outil efficace pour assurer la sécurité du passage dans le détroit. Mais la République Populaire ne semble pas très impliquée dans ce problème régional. Elle voit surtout l'Asie du Sud Est comme une zone militairement stratégique où elle souhaite défendre ses intérêts.

Et ces intérêts sont souvent en contradiction avec ceux des pays d'Asie du Sud Est, aboutissant à un climat de méfiance vis-à-vis de l'implication du géant septentrional.

Le contentieux le plus important et handicapant pour des relations apaisées entre Pékin et ses voisins du sud est celui concernant les iles Spratleys, un groupement d'îlots et de rochers situés en mer de Chine méridionale. Elles ont une grande importance essentiellement pour la richesse des sous-sols maritimes adjacents en pétrole et gaz. Elles sont à l'heure actuelle réclamées par plusieurs Etats. La République Populaire de Chine tout d'abord affirme sa possession historique de l'archipel depuis plusieurs millénaires et de surplus leur annexion (mais non leur occupation) en 1909. Taiwan par conséquent les réclame aussi. Le Vietnam s'appuie sur leur possession par le colonisateur français pour affirmer qu'elles font partie intégrante de son territoire. A partir des années 1950, ce sont les Philippines qui affirment leur pleine juridiction sur celles-ci sous prétexte de leur occupation par ses ressortissants. Enfin dans, s'appuyant sur le concept de plateau continental mis à jour par la convention de Montego Bay, la Malaisie et Brunei vont à leur tour revendiquer la souveraineté sur celles-ci. Malgré les efforts d'instances internationales et régionales (ASEAN en premier lieu), un règlement pacifique de la question est encore impossible à l'heure actuelle. La Chine a plusieurs fois tenté d'imposer par la force sa souveraineté sur les îles en déployant des forces armées, en modernisant sa flotte ou encore en effectuant des patrouilles aériennes. De ce fait l'implication de Pékin dans le détroit de Malacca est peu souhaitée par la Malaisie. Faire du détroit un espace où la sécurité est confiée de fait à la Chine permettrait un meilleur encerclement des îles et donc une défaite de Kuala Lumpur dans le contrôle des ressources en hydrocarbures. En outre la manière assez « musclée » dont le gouvernement chinois a usé pour tenter de régler la question ne laisse rien présager de bon en cas de différent à propos du détroit de Malacca. Pour ces raisons, la Chine est vu comme un acteur menaçant en Asie du Sud Est et son implication dans le détroit est peu souhaitée par la majorité des acteurs en présence.

Mais, les Etats d'Asie du Sud Est ont-ils réellement le choix ? Les forces militaires de la Chine sont d'ores et déjà postées autour du détroit et ont donc virtuellement la possibilité d'agir sur la sécurité de la zone. La tactique de Pékin sur les problèmes de piraterie et de terrorisme n'est cependant que peu volontariste. L'Empire du Milieu est lui-même confronté au phénomène du crime en mer dans les eaux qui bordent ses côtes méridionales. Et à l'heure actuelle, les actes de piraterie en mer de Chine méridionale sont plus importants en nombre que celles survenant dans le détroit de Malacca. Pékin n'est donc que peu intéressé par les risques dans le détroit, ayant comme priorité ses propres eaux. En outre, l'abaissement de la sécurité dans les eaux bordant le port de Singapour pourrait être bénéfique pour les ports de Hong Kong et Shanghai qui sont des concurrents directs. Les ports chinois pourraient ainsi se démarquer de leur rival du sud en arguant de leur plus grande fiabilité.

Enfin un investissement de grande ampleur de la Chine dans les problématiques sécuritaires du détroit est peu probable pour des raisons purement financières. La Chine, malgré sa position de deuxième puissance économique mondiale, est toujours un pays dont le développement humain et le revenu par habitant sont assez faibles64(*). Or une lutte efficace contre le phénomène de la piraterie et du terrorisme implique comme il a été vu une aide au développement et un financement des infrastructures locales. L'aide publique au développement chinois reste donc assez faible, étant elle-même un Etat récipiendaire majeur de l'aide internationale. Sur ce volet, la Chine est donc bien peu capable de rivaliser avec l'action des Etats Unis ou du Japon qui ont de plus grands moyens et une plus grande expérience dans l'aide vers l'Asie du Sud Est. Il semblerait d'ailleurs que Pékin soit plus intéressé par une aide et donc un renforcement de son influence vers l'Afrique.

En définitif, la Chine semble encore destinée à ne voir dans l'aire du détroit de Malacca qu'un verrou ou plutôt un passage pour ses forces militaires. Son implication dans la sécurisation de la zone ne se fait qu'incidemment et souvent par le biais d'organisations multilatérales tel le ReCAAP qui sera étudié plus profondément dans les parties suivantes. A l'avenir cependant, si la Chine devient vraiment cette nouvelle super puissance que certains prédisent, elle devra être plus impliquée dans les problématiques de sécurité maritime du détroit, et pour améliorer son image et ainsi paraitre moins menaçante mais aussi pour ne pas perdre le contrôle de sa voie d'approvisionnement en pétrole.

2)  L'inadaptation de l'ASEAN

Face aux volontés chinoises et américaines, les pays d'Asie du Sud Est ont tout intérêt à développer des structures régionales et des accords de coopération afin de rester maitres de leur aire géographique. On peu d'abord penser à l'ASEAN, l'Association des Nations du Sud Est Asiatique qui est une organisation régionale plutôt ancienne et qui donc pourrait être un moyen de mutualiser les efforts de contrôle total du détroit. Elle semble cependant aujourd'hui mal adaptée à la situation. En parallèle, la pression internationale a poussé les trois Etats riverains du détroit à des actions concertés qui bien qu'intéressantes, sont largement insuffisantes.

L'ASEAN (ou ANASE si l'on utilise le sigle français) est l'organisation régionale la plus importante en Asie du Sud Est. Elle est crée en 1967 par la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie, Singapour et les Philippines qui sont rejoints en 1984 par Brunei puis dans les années 1990 par les Etats communistes d'Asie du Sud Est (Vietnam en 1995, Laos et Myanmar en 1997 puis Cambodge en 1999). Son objectif premier est de permettre la coopération et le dialogue sur les questions économiques ou culturelles. Elle a également pour ambition de rapprocher les Etats fondateurs dans leur volonté de non-alignement dans le contexte de la guerre froide.

Si durant la guerre froide, les initiatives de l'ASEAN permettent une coexistence pacifique avec les voisins communistes ainsi qu'une position claire vis-à-vis du conflit cambodgien, les années 1990 voient un affaiblissement de la structure dans sa gestion des questions politiques et sécuritaires. Celui-ci est dû à des facteurs de plusieurs ordres.

La chute du bloc communiste diminue dans un premier temps l'importance des questions de sécurité en Asie du Sud Est. L'ASEAN décide donc de se concentrer sur les questions économiques. Ceci est matérialisé par la mise en place de l'AFTA (ASEAN Free Trade Area) qui à compter de 1991 puis surtout de 2001 permettent un abaissement significatif des droits de douane. L'ASEAN devient donc une organisation à vocation fortement économique et donc moins tournée vers la gestion des questions sécuritaires

La crédibilité de l'association devient en parallèle chancelante. En effet l'ASEAN s'avère incapable d'apporter une réponse coordonnée à la crise économique de 1997 qui va fortement affaiblir ses Etats membres. La communauté internationale va donc devant cette incapacité, se détourner de l'organisation régionale qui va se trouver marginalisée. La crise économique a aussi pour effet de réduire les moyens des Etats membres les plus importants (comme la Thaïlande et la Malaisie) qui contribuent donc moins au fonctionnement de l'organisation qui voit ses moyens d'action se réduire. En outre l'élargissement au Vietnam, au Laos, au Myanmar et au Cambodge dans les années 1990 génère un important coût et beaucoup d'initiatives vont alors viser à faire rattraper le retard économique de ces nouveaux membres.

Lorsque dans les années 2000, les problèmes sécuritaires (piraterie et terrorisme) refont surface, l'ASEAN apparait ainsi comme une organisation obsolète à laquelle il ne peut être fait confiance. Il va donc s'agir de promouvoir et de mettre en lumières les défis sécuritaires trop longtemps abandonnés. Ce n'est qu'en 2003 que l'ASEAN met en place une communauté de sécurité qui bien qu'étant décrite comme l'un des trois piliers de l'organisation, n'est encore que balbutiante. La première réunion des chefs des agences de sécurité des différents pays membre n'a eu lieu qu'en septembre 2010 et la réalisation totale de la coopération politique et sécuritaire au sein de l'ASEAN n'est prévue qu'en 2015. Il faut en outre ajouter qu'au niveau mondial, l'engouement pour l'intégration régionale s'est quelque peu essoufflé, notamment depuis la panne dans la construction européenne depuis 2005. Cet ensemble de facteur forme ainsi un contexte peu favorable à la prise en charge de la sécurité maritime par l'ASEAN. Si dans les discours et notamment en 2003 lors du sommet qui a vu la création de la communauté de sécurité, la piraterie et surtout le terrorisme ont été désignés comme des points prioritaires de l'ASEAN, les échanges se sont limités à des déclarations de bonnes intentions et à des constatations de l'amélioration de la sécurité maritime qui ne peuvent être mis au crédit de l'organisation elle-même.

L'ASEAN ne trouve une réelle efficacité que lorsqu'elle est épaulée par d'autres puissances. Son financement repose tout d'abord beaucoup sur les aides américaines et japonaises. En outre les décisions les plus importantes en matière de sécurité maritime, notamment celles touchant au capacity building des agences de garde côte ou de contre terrorisme, ont été prises lors des sommets entre l'ASEAN et le Japon, la Chine et la Corée du Sud. A l'heure actuelle l'ASEAN est donc une organisation qui n'est pas initiatrice mais seulement réceptive des politiques de sécurité.

* 63Fau, Nathalie, Le détroit de Malacca : porte océane, axe maritime, enjeux stratégiques http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/transv/mobil/MobilScient4.htm

* 64 6600 dollars par an par habitant en 2009 soit le 128e rang mondial, CIA World Factbook

précédent sommaire suivant











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



Visitez Arcy sur Cure

Camping du Saucil a(Villeneuve sur Yonne)