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Analyse des effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-etre au benin

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par Belmondo KINKPE et Fawaz AMINOU
Université d'Abomey-Calavi - Maitrise 2009
  

Disponible en mode multipage

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INTRODUCTION

Le Bénin, à l'instar des autres pays de l'Afrique subsaharienne a subi de plein fouet les crises économiques et sociales des années 80. L'économie nationale était en effet confrontée à des déséquilibres importants. Cette crise se caractérisait essentiellement par un ralentissement sensible de la croissance économique, une baisse importante du revenu par habitant et l'aggravation des déséquilibres internes et externes (détérioration de la balance des paiements, déficits publics croissants).

Pour remédier à cette situation, le pays s'est engagé à partir de l'année 1989 dans un processus de libéralisation de son économie sous l'égide des institutions de Bretton Woods. Depuis cette date, d'énormes réformes couvrant tous les domaines de la vie économique ont été mises en oeuvre et celles relatives à la politique commerciale sont en bonne place. Dans ce cadre, les mesures de suppression des restrictions quantitatives et autres mesures non tarifaires ont été initiées.

Par ailleurs les exportations du Bénin sont essentiellement basées sur le coton et il est fort de constater une chute progressive des coûts du coton sur le marché international, ce qui jouera considérablement sur les recettes issues des exportations et sur la performance économique du pays. Le souci d'accroître les exportations et de réduire progressivement la vulnérabilité de l'économie aux chocs externes a conduit le Bénin à faire un choix en faveur de la diversification de l'économie par la promotion d'autres filières porteuses.

C'est pour analyser les effets qu'aura cette diversification agricole sur la croissance et le bien-être des populations que cette étude a été initiée.

Ce sujet est traité en quatre parties :

-Le premier chapitre définit le problème, présente la revue de littérature et les objectifs et hypothèses qui servent de base à l'étude ainsi que la méthodologie adoptée.

- Le deuxième chapitre analyse l'évolution du taux de croissance, de la consommation des ménages par tête, des exportations totales et des exportations agricoles du Bénin.

- Quand au troisième chapitre, il évalue les effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être à travers la consommation des ménages par tête du Bénin.

- Enfin le dernier chapitre présente les conclusions et recommandations

CHAPITRE I : PROBLEMATIQUE ET METHODOLOGIE

Ce chapitre comprend cinq (5) parties à savoir le problème de recherche ; la revue de littérature, les objectifs et hypothèses et enfin la méthodologie

1-1 LE PROBLEME

Le bénin, à l'instar de certains pays de l'Afrique, a eu son indépendance en 1960. Depuis cet évènement jusqu'à nos jours il a connu trois stratégies de développement économique :

-la première est dite économie de marché basée sur le libéralisme économique couvrant la période de 1960 à 1971,

-la deuxième (1972 -1989) appelée stratégie de développement marxiste-léniniste est caractérisée par le plan centralisé et impératif où toutes les décisions sont imposées à tous biens qu'étant prises par les gouvernements,

-Enfin la troisième est le retour à une économie de marché depuis 1990.

Ainsi au cours de la période caractérisée par le plan centralisé et impératif, la période 1981-1989 a été celle d'une morosité économique ayant comme source de nombreuses distorsions économiques (déséquilibres macroéconomiques aigus, effondrement du système bancaire, incapacité de l'Etat à assurer le service de la dette et à payer régulièrement les salaires aux fonctionnaires).

Pour remédier à cette situation, le Bénin s'est engagé à partir de l'année 1989 dans un processus de libéralisation de son économie. Des mesures énergiques seront mises en oeuvre pour faire disparaître les entraves aux échanges qui ont eu cours sur la période 1972-1989. On retiendra entre autres :

-La levée des mesures de prohibition et de contingentement frappant certains produits à l'importation ou à l'exportation ;

-La suppression des licences à l'importation sur tous les produits ;

-La suppression de la plupart des droits et taxes dont étaient frappées les exportations.

Ces distorsions ont aussi conduit le Bénin, appuyé par le FMI et la Banque Mondiale, à souscrire aux programmes d'ajustement structurel (PAS: 1989-1991, PAS2 : 1992-1993, PAS3 : 1995-1997) dont les objectifs principaux étaient la réduction des charges de l'Etat et le rétablissement des grands équilibres. La mise en application de ces programmes qui a permis d'amorcer le redressement économique, a par ailleurs engendré de vives tensions sociales. Ce qui a obligé le gouvernement à convoquer la conférence nationale des forces vives de Février 1990. Cette conférence a permis au Bénin d'enclencher un processus démocratique avec une orientation vers le libéralisme économique avec un accent particulier est mis sur le développement du secteur privé. De plus, l'appartenance du Bénin à certains regroupements régionaux comme l'UEMOA, la CEDEAO, le groupe ACP ainsi que son adhésion à l'OMC l'ont amené à avoir une politique commerciale plus ouverte sur l'extérieur.

Depuis 1999, le Bénin s'est engagé dans la mise en oeuvre d'une stratégie nationale de réduction de la pauvreté pour un développement humain durable. Après l'ébauche d'une Stratégie nationale de Réduction de la Pauvreté (SRP 2000), une stratégie triennale (2003-2005) a été définie et a servi depuis lors comme cadre stratégique de référence, de programmation et de budgétisation des actions du gouvernement, ainsi que pour le dialogue avec les partenaires techniques et financiers. Dans cette première stratégie, le gouvernement du Bénin a judicieusement mis l'accent sur le développement du secteur social et l'amélioration de la gouvernance pour renforcer respectivement les ressources humaines et l'efficacité des actions afin de bâtir les fondations pour le développement humain durable.

Le rythme de la croissance des dernières années a été bien en dessous des objectifs du SRP 2003-2005 et nettement insuffisant pour donner au Bénin les ressources propres pour soutenir la lutte contre la pauvreté et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Ces moindres performances résultent en grande partie de la faible diversification et du manque de compétitivité de l'économie.

Pour corriger cet état de chose, une stratégie de deuxième génération pour le triennal 2007-2009, vise à consolider les acquis du précédent tout en mettant l'accent sur la diversification de l'économie et l'intensification de la croissance afin d'accélérer la lutte contre la pauvreté et la marche du Bénin vers l'atteinte des OMD. Ainsi pour intensifier la croissance, quatre domaines prioritaires d'intervention ont été ciblés à savoir :

-la stabilisation du cadre macroéconomique ;

-la dynamisation du secteur privé ;

-la promotion de nouvelles filières porteuses pour les exportations et enfin

-la promotion de l'intégration régionale.

Depuis 1997, la contribution du secteur primaire au PIB a enregistré une baisse ; actuellement il représente plus de 33% du PIB et plus de 95% des recettes d'exportation. La filière coton demeure l'activité dominante, représentant à elle seule 13% du PIB et 35% des rentrées fiscales (CAPOD 2000), 85% des recettes d'exportation et 77% (1999) des exportations totales.

Le souci d'accroître les exportations et de réduire progressivement la vulnérabilité de l'économie aux chocs externes a conduit le Bénin à faire un choix en faveur de la diversification de l'économie par la promotion d'autres filières porteuses telles que le manioc, le maïs, l'ananas, le riz, le palmier à huile, la noix de cajou et l'élevage porcin. Bien que les principaux produits agricoles d'exportation restent le coton, suivi par les cultures vivrières, le tabac et les huiles, une légère tendance à la diversification des exportations agricoles semble en cours puisque la part des produits autres que le coton est passée progressivement de 11% en 1996 à 18% en 1999. Selon les autorités, cette tendance serait plus due à l'évolution des coûts mondiaux du coton vers la baisse. Ce qui jouera considérablement sur la performance économique du pays. (Plan Stratégique Opérationnel, Juillet 2001)

De même, les objectifs sectoriels évoqués dans la Lettre de Déclaration de Politique de Développement Rural (LDPDR) de 1999 et le plan d'orientation « 1998-02 » consistent à : i.) contribuer à la croissance économique, à l'équilibre de la balance commerciale et à la création d'emplois ; ii.) contribuer à l'amélioration du niveau de vie des populations par l'augmentation du pouvoir d'achat des producteurs, la lutte contre la pauvreté, le contrôle de la qualité et l'innocuité des aliments ; iii.) maintenir la sécurité alimentaire et nutritionnelle d'une population en expansion rapide ; iv.) diversifier et intensifier la production agricole d'une manière durable, sans hypothéquer la base productive nationale et le patrimoine écologique et v.) contribuer, au sein des communautés rurales, à l'amélioration des rapports hommes/femmes.

En clair, le Bénin, à l'instar de nombreux pays et surtout suite aux crises alimentaires et financières qui ont sévis au cours de l'année 2008, accorde une grande place à la diversification agricole qu'il considère, non seulement, comme un facteur de diversification des recettes issues des exportations agricoles, mais surtout, de sécurité alimentaire et de son propre développement économique et social.

Tout ceci met en évidence l'intérêt de savoir comment les exportations agricoles du pays ont évolué, ainsi que la croissance, si la croissance est ou non tirée par les exportations agricoles et la nature du lien entre les exportations agricoles et bien-être au Bénin. Ceci est de nature à éclairer les responsables de la politique économique quant aux orientations à donner aux stratégies de développement fondées sur les exportations agricoles afin que celles-ci aient des effets positifs escomptés.

1-2 REVUE DE LITTERATURE

L'objectif ici, c'est de passer en revue les études théoriques et empiriques qui entrent dans le cadre de notre travail à travers l'approche théorique et empiriques des déterminants de la croissance et la relation entre exportation et croissance économique.

1-2-1 Approches théoriques et empiriques des déterminants de la croissance

Dans l'analyse économique, la croissance économique désigne, selon François Perroux (1961), l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d'un indicateur de dimension, pour une nation le produit global net en terme réel. On limite généralement la notion de croissance à des critères uniquement quantitatifs. Toutefois on peut noter avec Perroux, cité par Nezeys (1990) que la croissance s'accompagne de changement dans les structures économiques et sociales. Elle peut donc ainsi contribuer à une amélioration du niveau de vie.

L'analyse de la croissance occupe une place importante déjà dans les questions que se posent les économistes classiques : Adam Smith, Thomas Malthus, David Ricardo, Karl Marx.

En effet, ces auteurs assistent à la révolution industrielle et s'intéressent de très près à ses conséquences. Ils cherchent à donner une interprétation scientifique des forces qui gouvernent le fonctionnement et le développement des activités économiques.

Adam Smith a mis l'accent sur le rôle des économies d'échelle, de la spécialisation et du commerce international. Il est aussi l'inventeur de l'approche historique dans l'analyse comparative de la croissance. Il a négligé le rôle du progrès technique dans la croissance en mettant l'accent surtout sur les économies d'échelle et sur la division du travail. (C. IGUE, Cours de macroéconomie approfondie, FASEG, UAC, 2009.)

Thomas Malthus avait un schéma de croissance basé sur deux facteurs : les ressources naturelles et le travail. Il est à noter que le rôle potentiel du progrès technique est totalement négligé. Le mécanisme principal qui conditionne la croissance correspondrait, selon Malthus, à la pression imposée par la croissance démographique et par les besoins de subsistance de cette population croissante. L'équilibre est alors atteint uniquement grâce aux différents catastrophes : la famine, la peste. Malthus préconisait alors d'adopter les politiques actives en vue d'éviter ces catastrophes en favorisant l'abstinence sexuelle, les mariages tardifs. (C. IGUE, Cours de macroéconomie approfondie, FASEG, UAC, 2009)

David Ricardo a une analyse relativement moderne et riche du capitalisme. Il reconnaît clairement la puissance productive supplémentaire qui peut provenir des machines et les perspectives de croissance forte que ces dernières peuvent fournir aux secteurs non agricoles. Etant en partie influencé par Malthus, il considère que les gains de productivité ne peuvent apparaître que dans l'industrie, mais l'utilisation progressive des terres de moins en moins fertiles ne peut que tirer vers le haut les prix agricoles et donc les salaires de subsistance. Cela doit conduire à l'épuisement des profits et donc à l'arrêt de l'expansion économique. (C. IGUE, Cours de macroéconomie approfondie, FASEG, UAC, 2009)

Karl Marx est sans conteste, l'économiste classique qui a l'analyse la plus riche du capitalisme. Il a notamment rejeté le pessimisme de Malthus et de Ricardo en reconnaissant la puissance productive qui réside dans la production en usine, et le rôle de l'accumulation accélérée du capital fixe dans le progrès économique. Il a anticipé une expansion continue du commerce et la concentration de la production dans des unités de plus en plus grandes, source d'économie d'échelle. Il a néanmoins souligné la possibilité d'un ralentissement de la croissance par la difficulté de soutenir un problème technique continu. Il a quand même considéré que cette baisse tangentielle du taux de profit pourrait être contrebalancée par d'autres facteurs. Le progrès technique et l'accumulation du capital sont donc les deux sources de croissance chez Marx. (C. IGUE, Cours de macroéconomie approfondie, FASEG, UAC, 2009)

Contrairement à Marx, Schumpeter met l'accent sur le progrès technique plutôt que sur l'accumulation du capital. Il rejette totalement l'analyse de Malthus et de Ricardo concernant la contrainte imposée par la pression de la population. L'auteur distingue deux modes d'opération d'une économie capitaliste : le flux circulaire qui correspond à une situation où la technologie est statique et le développement économique par la technologie et l'organisation de la production change avec une dynamique soutenue par les innovations. On a alors une suite d'équilibres potentiels qui ne sont jamais atteints car les innovations successives déplacent continûment l'économie. Le rôle de l'entrepreneur apparaît alors pleinement dans la recherche et la mise en oeuvre des innovations comme sources de profit. Ces innovations correspondent à l'invention et à la réalisation de nouvelles combinaisons qui peuvent correspondre à :

v l'introduction de nouveaux biens ;

v l'introduction de nouvelles méthodes de production ;

v l'ouverture de nouveaux marchés ;

v la découverte et la conquête de nouvelles sources de matières premières ;

v une nouvelle organisation pour l'industrie.

Toutefois les vraies analyses n'ont commencé qu'avec les auteurs keynésiens qui utilisent des variables agrégées pour la formulation des théories. Le modèle Harrod-Domard est une référence aujourd'hui pour l'analyse économique. En élaborant leurs modèles à partir de variables telles que l'investissement, l'épargne et la population, ces deux auteurs à quelques variantes près arrivent à la conclusion que l'investissement est un déterminant principal de la croissance. En introduisant le phénomène du « fil du rasoir » (dû notamment à la rigidité des prix et salaire et aux problèmes de coordination des décisions d'épargne et d'investissement) dans leur analyse, ils estiment que le chemin de la croissance équilibrée est très étroit et y rester procède du hasard car aucun mécanisme économique ne permet de s'en approcher ou de s'y maintenir. Dans la tradition keynésienne donc, l'action d'une force extérieure au marché est ainsi légitimée, en l'occurrence l'Etat.

Ainsi les politiques économiques et sociales peuvent aider à la croissance. Le modèle néoclassique de la croissance équilibrée apportera une solution au problème du fil du rasoir.

Solow (1956) souligne que les post-keynésiens ont utilisé des hypothèses d'analyse de courte période pour l'étude de la longue période. Le modèle de croissance de Solow présente donc une croissance équilibrée qui assure le plein emploi puisque l'intensité capitalistique et la quantité du travail s'ajustent du fait de leur flexibilité en longue période. La croissance dépend donc de deux éléments principaux qui sont d'une part la quantité de travail (qui dépend du taux de croissance de la population) et d'autre part du progrès technique. La croissance est équilibrée mais ses déterminants sont indépendants de la sphère économique.

Les nouvelles théories de la croissance au contraire considèrent que la croissance est un phénomène cumulatif et endogène. Elle ne serait donc pas un phénomène naturel.

Une première approche propose d'endogénéiser le progrès technique et de modéliser explicitement les nouvelles technologies (Khan et Villanueva, 1991). Robert Lucas quant à lui privilégie l'accumulation du capital humain dans une deuxième approche. Barro et Romer (1990) de leur côté suggèrent plutôt que les dépenses d'infrastructures publiques et l'accumulation du capital due à l'innovation et à la recherche-développement soient explicitement prises en compte pour expliquer la croissance.

Pour les théoriciens de la croissance endogène, ces différents éléments ci-dessus doivent être considérés comme des facteurs de la fonction de production du fait de leur contribution substantielle à la croissance économique. De plus l'hypothèse de productivité marginale décroissante sera abandonnée au profit de celle de productivité marginale constante car la première hypothèse aurait tendance à neutraliser la croissance de longue période. Les théoriciens de la croissance endogène en dépassant les perspectives de l'investissement en capital et du progrès technique exogène éclairent mieux sur les enjeux de la politique économique dans le processus de croissance. Ainsi de plus en plus de travaux tendent à mettre l'accent sur la nécessité de la politique économique dans la réalisation de la croissance.

Fisher (1993) s'est intéressé aux effets de l'instabilité macroéconomique sur la croissance. En utilisant des données de panel, il a relié le taux de croissance du PIB à certaines variables macroéconomiques clés. Ainsi le taux d'inflation, le déficit budgétaire et les termes de l'échange sont reconnus comme ayant un impact significatif sur la croissance. Pour lui, l'instabilité macroéconomique favorise les mauvaises performances économiques.

Gura et Hadjicamel (1996), en étudiant les déterminants de la croissance dans 29 pays africains y compris ceux de la zone franc, sont arrivés à la conclusion que l'investissement privé explique fortement la croissance économique. Une bonne politique devrait permettre d'accroître leur volume et leur efficacité. Ils mettent l'accent sur le déficit budgétaire soutenable, le maintien de la compétitivité extérieure et la mise en place des réformes favorisant le développement du capital humain.

Dans le même ordre d'idée, Odjo et Oshikoya (1998), ont montré que l'investissement, le taux de croissance de la population, les exportations, le taux d'inflation, le taux de change, la dette extérieure constituent les principaux déterminants de la croissance. Leur travail a consisté à estimer économétriquement toute les variables susceptibles d'influer le PIB par tête de 17 pays africains repartis dans les trois groupes de pays que sont: les pays exportateurs de pétrole, les pays à revenu intermédiaire et les pays à faible revenu. A travers une série de régressions, ils ont montés l'impact de chaque facteur sur le taux de croissance du PIB par tête. Pour eux, les pays exportateurs de pétrole sont relativement plus sensibles aux investissements que les autres groupes. La faible sensibilité des pays à faible revenu à l'investissement semble s'expliquer par le manque de facteurs complémentaires (capital humain) pour assurer son efficacité. En revanche, la croissance de la population ne semble pas constituer un obstacle pour les pays à revenu faible, même s'il ne leur est pas recommandé de négliger les politiques de population.

De façon analogue, Dollar et Kraay (2001) se sont intéressés aux taux de croissance de 180 pays sur les vingt dernières années. Il ressort de l'étude que la taille du marché intérieur mesurée par le logarithme de la population, l'accès aux marchés étrangers, le droit de propriété et les règles juridiques affectent la volonté d'investir et d'innover et donc la croissance. La mise en place d'un cadre institutionnel adéquat stimulant l'initiative individuelle et la proximité avec un grand voisin par exemple (aidant à accroître les échanges extérieurs du pays) sont très bénéfiques à l'activité économique.

Toujours dans l'intérêt de souligner l'importance de l'enjeu des politiques économiques dans le processus de la croissance, Claude Sinzogan (2001) a fait une étude pour évaluer les déterminants de la croissance économique au Bénin. Il s'est intéressé non seulement aux effets des variables économiques (degré d'ouverture, l'espérance de vie à la naissance ...) sur les facteurs de production mais aussi à leur contribution aux performances de la croissance économique et ceci à partir de l'estimation d'un modèle de la croissance ayant pour base la fonction de production de Cobb-Douglas. Ce modèle a permis de mettre en relation le PIB (variable endogène) et les variables exogènes comme le degré d'ouverture, l'espérance de vie à la naissance. Les résultats de l'estimation montrent que l'élasticité de croissance des facteurs travail et capital est positive. En effet, lorsque le volume du facteur travail utilisé s'accroît de 1%, le PIB s'accroît de 0,25%. Ce taux d'accroissement est de 0,10% pour le capital. L'ouverture et l'espérance de vie à la naissance ont eu des effets escomptés sur la productivité et la croissance. Ces deux variables influencent positivement la productivité des facteurs avec, toutefois, une intensité plus élevée pour le degré d'ouverture.

De tout ce qui précède, nous retenons que dans la plupart des cas, l'ouverture commerciale est toujours représentée par une variable dans les modèles de croissance. Elle constituerait un déterminant majeur de la croissance économique. Son importance mérite d'être soulignée dans la mesure où l'ouverture commerciale joue un rôle important dans le contexte actuel de la croissance engendrée par l'intégration régionale et la mondialisation de l'économie. Mais il n'est pas exclusif. Il existe en effet une multitude de variables explicatives de la croissance économique liées aux politiques économiques et dont le choix dépend des objectifs poursuivis.

1-2-2 Exportation et croissance économique

Il est couramment admis que le commerce constitue un déterminant important de la croissance économique à long terme. Les politiques économiques privilégiant la croissance des exportations et la libéralisation commerciale ont été au coeur des stratégies recommandées aux pays en développement. Les origines des fondements théoriques du lien positif entre ouverture commerciale et la croissance sont doubles. D'une part, l'approche classique explique les gains tirés de la libéralisation commerciale par les avantages comparatifs, que ceux-ci soient sous la forme de dotations en ressources naturelles (modèle Hecksher-Ohlin) ou de différences technologiques (modèle ricardien). D'autre part, la littérature sur la croissance endogène suppose que l'ouverture commerciale affecte positivement le revenu par tête et la croissance au travers d'économie d'échelle et de la diffusion technologique entre les pays. Des travaux théoriques et empiriques ont tenté d'analyser les retombées de l'ouverture sur l'extérieur et de l'intégration à l'économie mondiale pour les pays.

Smith et Ricardo sont les premiers à définir les avantages que peuvent tirer les pays à libéraliser leurs échanges. S'opposant aux mercantilistes, Smith affirme que tous les pays peuvent gagner au commerce car, pour lui, l'objectif du commerce ne réside pas dans le solde commercial mais dans le fait de pouvoir se procurer des produits à bon marché que si l'on les produisait soi-même. C'est tout le fondement de la théorie de l'avantage absolu qui mène à la spécialisation internationale et à la mise en place d'une division internationale du travail. Pour Adam Smith, le commerce n'est pas nécessaire au développement car la production est déterminée par le capital. Toutefois, le libre échange, reconnaît-il, peut favoriser à un certain niveau de développement du pays par l'accumulation du capital.

Dans le même registre, Ricardo soutient que le commerce extérieur quelles que soit son extension ne saurait augmenter tout à coup les valeurs nationales. Il est avantageux pour les pays qui le pratiquent parce qu'il augmente le nombre et la variété des objets auxquels on peut employer son revenu, c'est-à-dire le niveau de bien-être ou de revenu réel. Krugman (1995) utilise la notion « d'effet de diversification » pour décrire cette situation. Cet effet de diversification bénéficie non seulement aux consommateurs mais aussi aux producteurs qui auront un choix supplémentaire en biens de production.

Pour Johnson (1972), le développement des exportations est nécessaire dans la mesure où la croissance entraînée par le développement des investissements se heurte à plus ou moins long terme au déficit de la balance commerciale provoqué par l'accroissement des importations de biens intermédiaires et de biens de consommation. Les exportations peuvent ainsi contribuer au maintien de l'équilibre de la balance commerciale à long terme et à un taux de croissance élevé tout en rétablissant une demande solvable (Diaz, 1989)

Michaely (1977) a étudié la corrélation entre une variable de croissance des exportations et une variable de croissance des revenus. L'objectif de ce type d'étude était de montrer la supériorité en termes de croissance d'une politique de promotion des exportations par rapport à une politique de substitution des importations. Ainsi, à partir d'un échantillon de 41 pays en développement pour la période (1950-1973), Michaely (1977) trouve un coefficient de corrélation de Spearman de 0,38 significatif à 1% entre le taux de croissance de la part des exportations dans le produit national brut (PNB) et le taux de croissance du PNB par tête.

Enfin à partir de l'analyse de Michaely, Heller et Porter (1978) montrent que la corrélation correcte à tester concerne le taux de croissance des exportations et le taux de croissance de la composante non exportée de la production. Le coefficient de corrélation de Spearman obtenu est 0,57 pour les pays les plus riches et 0,09 pour les autres. Ce qui confirme les résultats de Michaely. Si les tests de corrélation permettent d'établir un lien entre deux variables, il ne donne aucune information quant à la nature de ce lien. Une façon d'appréhender plus précisément ce lien réside dans l'estimation d'une équation intégrant d'autres variables.

L'étude de Feder (1982) constitue un exemple de ce type d'analyse avec des régressions linéaires multiples. Son objectif est d'estimer l'équation théorique reliant le taux de croissance du PIB au taux d'investissement, le taux de croissance de la population, le taux réel des exportations et le taux de croissance réel des exportations multiplié par la part des exportations dans le PIB.

Cette dernière variable a un intérêt particulier puisqu'elle permet de détecter la présence de gains apportés par le transfert de facteur de production d'un secteur à faible productivité à un secteur à forte productivité réelle (Feder 1982). L'étude porte sur un groupe de 50 pays en développement pour la période (1964-1973) et teste l'hypothèse que d'une part, les productivités marginales dans le secteur exportateur sont plus fortes et que d'autre part ce secteur exportateur génère des externalités positives. La régression donne effectivement des coefficients significatifs valant respectivement 0,75 et 0,13, ce qui confirme l'hypothèse d'un effet bénéfique de l'ouverture via la concurrence et la diffusion technologique sur la croissance.

D'autres tests ont également mis en évidence un impact des exportations sur la croissance. Cependant, lorsque l'on s'intéresse à la détermination du sens de causalité entre la croissance des exportations et la croissance du revenu, ce consensus en faveur d'une politique de promotion des exportations tend à disparaître. Jung et Marshall (1985) ont testé le sens de causalité entre ces deux variables à l'aide d'un test de Granger sur la base de séries temporelles pour un échantillon de 37 pays en développement. Ils montrent que la prédiction habituelle d'un effet significativement positif des exportations sur la croissance n'est empiriquement validée que dans quatre cas seulement. A l'inverse, à partir d'un test de Sims, Chow (1987) met en évidence une forte relation causale bidirectionnelle entre la croissance des exportations et le développement industriel de huit (08) nouveaux pays industrialisés « ouverts » (parmi lesquels se trouvent la Corée du Sud, le Singapour, le Hong-Kong et la Taiwan) et conclut que les deux variables bénéficient mutuellement l'une de l'autre.

Plus récemment Love (1994) a utilisé un test de Granger amélioré sur 20 pays en développement à revenu faible et moyen et il ne parvient à corroborer que faiblement l'hypothèse d'une croissance tirée par les exportations.

Dans cet ordre d'idée, Nurke (1961) dans son étude avança la thèse selon laquelle les exportations furent au XIXième siècle le moteur de la croissance des pays en développement de l'époque, thèse qu'il illustra par l'analyse de la croissance de sept (07) pays : l'Argentine, Uruguay, l'Afrique du sud, la Nouvelle Zélande, l'Australie, les Etats-Unis et le Canada.

Kindleberger (1961) a, lui aussi, souligné le rôle essentiel qu'ont joué les exportations dans le développement de l'économie britannique au XIXième siècle, dans celui de la Suède et du Danemark à la fin du même siècle et du Canada et les Pays-Bas au début du XXième siècle.

Dans une étude au Chili, French-Davis (1990) note que ce pays a entièrement bénéficié des avantages du libre échange décrits par les théories du commerce international après que celui-ci a fait l'option de l'ouverture sur l'extérieur à travers notamment une réforme de son secteur exportateur dans les années soixante dix. La croissance y est maintenue depuis 1984, les niveaux de consommation se sont fortement accrus, les entreprises libérées de la contrainte protectionniste et étatique ont rationnalisé et modernisé leurs équipements, accru la productivité en réduisant les stocks, en informatisant la gestion. Des entrepreneurs plus dynamiques sont apparus et ont su profiter des opportunités du marché international tant à l'exportation qu'à l'importation.

En étudiant les facteurs internes de l'industrialisation de huit (08) pays asiatiques (dont les nouveaux pays industrialisés) et de sept (07) pays d'Amérique Latine, Chenery (1988) identifia la demande intérieure, les exportations, la substitution d'importation et le changement technologique comme les moteurs de l'industrialisation selon les pays. Dans des pays comme la Corée, la Taïwan, Israël et la Yougoslavie, les exportations ont été à la base du processus d'industrialisation.

C'est dans ce même registre que Malek (2000), dans sa thèse de doctorat intitulé «libéralisation des échanges extérieurs, croissance, salaire et emploi en Tunisie«, a analysé le rapport qui peut exister entre la libéralisation des échanges extérieur et la croissance économique dans les pays en développement.

Dans cette thèse, il a repris le débat théorique se rapportant aux bienfaits des politiques de libéralisation mise en oeuvre dans les pays en développement, débat qui a dépassé celui des classiques entre les tenants du livre échange et les défenseurs du protectionnisme. L'étude et la critique des différents modèles de croissance ayant traité la question de corrélation des exportations, comme indicateur d'ouverture à l'échange et la croissance économique lui ont permis de spécifier les éléments à prendre en compte dans l'étude de cas tunisien. Ainsi, les résultats de ces tests économétriques ont montré que l'orientation commerciale vers l'extérieur a eu des effets positifs sur les performances macroéconomiques et que ces effets positifs ont été plus présents au cours de la période de postérieur à l'application du Programme d'ajustement structurel.

Félix Fofana N'Zué (2005), dans une étude qui a pour objectif d'analyser la relation de causalité au sens de Granger entre l'expansion des exportations et la croissance économique de la Côte d'Ivoire et de déterminer ses implications en matière de création d'emplois et qui s'est faite sur la base des tests de stationnarité, de cointégration et de causalité à la Granger, conclut que malgré l'absence de cointégration entre les exportations et la croissance économique, il existe une relation circulaire entre elles. En outre, il n'y a pas de cointégration entre le facteur travail, les exportations, les dépenses publiques et la croissance économique.

Toujours dans l'intérêt de souligner l'importance des exportations dans le processus de la croissance, Honoré Lezona (2005) a fait une étude pour analyser l'impact des exportations sur la croissance économique sur la période 1972-2002 au Congo. Cette étude prend en compte les principales réformes économiques et sectorielles entreprises au Congo Brazzaville. Il a ainsi été amené à mettre en relief les facteurs favorables de la croissance économique, par le biais des exportations, et notamment, à déceler les obstacles qui freinent cette croissance. En ce qui concerne la méthode d'analyse utilisée, elle consiste à estimer un modèle de croissance qui fait recours à la fois, à la théorie du commerce international et à une fonction de production. Six variables (PIB par tête, formation brute du capital fixe, termes de l'échange, exportations pétrolières, exportations non pétrolières et instabilité politique) ont été utilisées dans ce modèle économétrique (modèle à correction d'erreur) qui prend en compte, aussi bien, les effets de court terme et de long terme.

Les résultats obtenus de l'estimation révèlent que les exportations pétrolières et les exportations non pétrolières ont une influence positive mais non significative sur la croissance économique. Par contre, l'instabilité politique pèse négativement sur les performances économiques. Seynabou Diallo (2001) avait observé des résultats similaires en faisant une étude intitulée «Exportation et croissance économique au Sénégal: Une analyse empirique«.

De l'ensemble de ce qui précède nous pouvons retenir que les exportations constituent une source importante de la croissance économique. La question que nous nous posons est de savoir comment ces différents modèles peuvent s'appliquer au Bénin ; pays faiblement industrialisé à dominance agricole où le secteur informel tient encore une place importance.

1-3 Objectifs et hypothèses

1-3-1 Objectifs

L'objectif général de cette étude est d'apprécier les effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être au Bénin de 1975 à 2008. Ceci de nature à éclairer les responsables de la politique économique quant aux orientations données aux stratégies de développement fondées sur la croissance.

Plus précisément les objectifs spécifiques visés sont :

(1)-Evaluer la contribution des exportations agricoles à la croissance économique du Bénin.

(2)-Appréhender l'effet des exportations agricoles sur le bien-être à travers la consommation des ménages par tête au Bénin.

Pour y parvenir nous avons formulé un certain nombre d'hypothèses.

1-3-2 Hypothèses

Au cours de cette étude, deux (02) hypothèses seront vérifiées.

(1)-Les exportations agricoles ont des effets positifs significatifs sur la croissance au Bénin.

(2)-Les exportations agricoles ont un impact positif sur la consommation des ménages par tête.

1-4 Méthodologie

Dans un travail de recherche, la méthodologie suivie s'avère importante pour la fiabilité et la crédibilité des résultats. Elle se définit comme l'ensemble des démarches entreprises pour la collecte des données, des informations et leurs traitements en vue de produire des résultats qui permettent d'atteindre les objectifs fixés et de vérifier les hypothèses.

1-4-1 La collecte des données

Plusieurs centres de documentation et sites internet ont été visités ou consulté pour la collecte des données. Nous avons utilisé à cet effet les annuaires, les bulletins statistiques et les rapports annuels disponibles dans les dits centres. Il s'agit notamment :

-des publications de l'INSAE

-des publications du Ministère du Développement, de l'Economie et des Finances.

-des données publiées par la BCEAO

-du site Word Perspectives.

Ces différentes sources nous ont permis d'obtenir sur la période de 1975 - 2008 les données suivantes :

-les valeurs du produit intérieur brut

-les valeurs de la consommation des ménages

-les valeurs des exportations non agricoles

-les valeurs des dépenses publiques

-les valeurs des exportations agricoles

-les valeurs des importations

-les valeurs de l'investissement

-les valeurs de la population totale

-les valeurs du niveau général des prix représenté par le taux d'inflation

1-4-2 La collecte d'information

Pour la collecte des informations, la plupart des centres de documentations ont été sollicités. Les ouvrages disponibles nous ont permis de recueillir des informations concernant des précisions théoriques et des développements sur les techniques d'analyse.

1-4-3 Traitement des données

L'étude prend en compte toutes les données de 1975 à 2008. La méthode de l'analyse longitudinale a été retenue pour le traitement des données car cette méthode permet de dégager le comportement des exportations agricoles sur la période. Ce qui peut constituer les piliers autour desquels les maximisations de la croissance économique et le bien-être à travers la consommation des ménages par tête peuvent s'organiser à long terme.

1-4-4 Technique d'analyse

Nous avons utilisé essentiellement les modèles économétriques pour étudier les effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être à travers la consommation des ménages par tête.

Le logiciel Excel est utilisé pour réaliser les tableaux et les graphiques et le logiciel Eviews 5.0 est, quant à lui, utilisé pour faire l'estimation des modèles économétriques.

1-4-5 Difficultés rencontrées

Les principales difficultés rencontrées au cours de cette étude sont liées à la collecte des données. L'éparpillement de celle-ci a rendu difficile leur collecte.

Toutefois avec détermination nous sommes parvenus à les collecter.

CHAPITRE II ANALYSE DE L'EVOLUTION DES EXPORTATIONS

AGRICOLES, DES EXPORTATIONS TOTALES, DE LA

CROISSANCE ECONOMIQUE ET DU BIEN-ETRE AU

BENIN

L'objectif de ce chapitre est d'examiner les performances des exportations agricoles, des exportations totales, de la croissance économique et du bien-être à travers la consommation des ménages du Bénin au cours de la période 1975 - 2008. Cette analyse permettra d'apprécier l'évolution des exportations agricoles, des exportations totales et des consommations des ménages par tête d'une part puis les fluctuations de la croissance économique d'autre part.

2-1 Techniques d'analyse

Pour mieux appréhender les évolutions de chaque indicateur macroéconomique, nous avons procédé aux calculs des variations annuelles de la croissance, des taux de consommation des ménages par rapport au PIB.

Nous avons également eu recours aux graphiques pour une nette observation des variables.

2-2 Méthodes de calcul

v CONSt = (Ct / POPTt) x 100

CONSt = Consommation des ménages par tête

Ct = Consommation des ménages à l'année t

POPTt = Population totale à t

v TCRt = (CRt+1 - CRt) x 100 / CRt

TCRt = Taux de croissance réelle de l'année t

CRt+1 = Croissance réelle de l'année t+1

CRt = Croissance réelle de l'année t

v TXt = (Xt - Xt-1) x 100 / Xt-1

TXt = Taux de croissance des exportations à l'année t exprimé en pourcentage

Xt = Exportations à l'année t

Xt-1 = Exportations à l'année t-1

v PXagrt = Xagrt x 100 / Xt

PXagrt = Part des exportations agricoles dans les exportations totales à l'instant t

Xagrt = Exportations agricoles à l'instant t

Xt = Exportations totales à l'instant t

v TCINVt = (INVt+1 - INVt) x 100 / INVt

TCINVt = Taux de croissance de l'investissement de l'année t

INVt+1 = l'investissement de l'année t+1

INVt = investissement de l'année t

2-3 Analyse de l'évolution de la croissance, de la consommation des ménages par tête, des exportations totales et des exportations agricoles

2-3-1 Evolution de la croissance au Bénin

Cette partie est consacrée à l'étude des fluctuations des performances économiques au Bénin. La croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) en pourcentage (%) représente la variation relative d'une période à une autre du volume du PIB d'une année de référence. Elle reflète l'augmentation (ou la baisse dans le cas d'une croissance négative) du niveau d'activité économique dans un pays. Il s'agit d'un indicateur souvent retenu lorsque l'on veut faire des prévisions à court et à moyen terme sur la situation économique d'un pays. Cependant, cet indicateur pourrait s'avérer trompeur dans la mesure où la croissance du PIB serait redevable d'une croissance démographique et non d'une amélioration de l'économie Il importe alors de considérer la croissance du PIB par habitant.

Le graphique N°2-1  montre l'évolution de la croissance.

Graphique N°2-1 : Evolution du taux de croissance réel du PIB de 1975 à 2008

Source : Compilation des auteurs, 2009

Le taux de croissance du Bénin, comme la plupart des pays d'Afrique connaît une évolution non régulière. Ainsi, au cours de la période d'avant la crise économique (1975-1982), le pays a connu de forts taux de croissance dont le niveau le plus élevé est de 9,95% en 1981 et le niveau le plus bas est de -4,9% en 1975. Ils connaissent ensuite une chute vertigineuse les ramenant à -4,35% en 1983, année de crise économique. La reprise marquée par un fort taux de croissance de 7,93% (1984) va se poursuivre jusqu'en 1986. Après la crise de 1987 soldée par un taux de croissance de -1,5%, l'économie béninoise s'est remise timidement et le taux de croissance a été de 3,41% en 1988.

L'année 1989 a été tumultueuse pour l'économie béninoise. C'était en effet une année de grave crise économique et sociale, de renonciation à l'idéologie marxiste-léniniste et du retour à l'économie de marché optée lors de la conférence des forces vives de la nation de février 1990. Cela explique ce taux de croissance négatif de -2,85% en 1989. La croissance a repris progressivement pour atteindre 3,21% en 1990 ; toutefois, la tendance est à la baisse entre 1991 et 1993. On note, en effet, une baisse respective de 0,71% et de 0,49% en 1992 et 1993 par rapport à 1991 et 1992.

L'option pour l'économie de marché en 1990 a permis à l'économie béninoise de renouer de façon régulière avec des taux de croissance positifs. Ce taux a progressé de 4,37% en 1994 à 6,15% en 1997, faisant de ce fait un taux moyen de croissance de 5,17% entre 1994 et 1997.

On note une hausse de croissance de 0,85% en 1994. La croissance va se poursuivre jusqu'en 1997 avec un taux de croissance de 6,15% soit une hausse de 2,63% par rapport au taux réalisé en 1993. Ces performances encourageantes auraient été consolidées avec la dévaluation du FCFA intervenue en janvier 1994. Toutefois, l'effet bonus de la dévaluation se traduira par une décélération de la croissance à 4,54% en 1998. De 1999 à 2000, on note une augmentation respective de la croissance de 0,16% et de 1,1% par rapport 1998 et 1999. La décélération de la croissance amorcée à partir de 2001 va se poursuivre jusqu'en 2005 où on enregistre le taux de croissance le plus faible de la période soit 2,9%. Ce repli d'activité est tributaire, d'une part, de la régression de la part de la valeur ajouté du secteur tertiaire dans la formation du PIB à la suite des restrictions commerciales imposées par le Nigeria sur les réexportations et d'autre part de la crise de la filière coton, principal produit d'exportation, de l'appréciation de l'euro par rapport au dollar des Etats-Unis ainsi que le renchérissement continu du cours du pétrole (OSD, 2006-2011). La reprise de la croissance en 2006, due au changement de politique économique et surtout par le lancement des grands travaux, a progressé jusqu'en 2008 où il a atteint 6,8%.

Somme toute, la situation économique du Bénin a dans l'ensemble connu une évolution appréciable ces dernières années, surtout à partir des années 90. Malgré cette évolution positive du taux de croissance, il faut signaler que cette croissance reste insuffisante pour asseoir les bases d'une économie émergente et faire reculer réellement la pauvreté.

2-3-2 Evolution de la consommation des ménages par tête

Il s'agit ici d'étudier le comportement de la consommation des ménages par tête. La consommation des ménages se définit comme étant la valeur marchande de tous les biens et services, y compris les biens durables (tels que les automobiles, lave-linge, les achats de logement, mais inclus les loyers théoriques de logements occupés par les propriétaires (PNUD 1997). Elle est rapportée ici à la population totale pour tenir compte de l'évolution de cette dernière.

Le graphique N°2-2  présente l'évolution de la consommation des ménages par tête.

Graphique N°2-2 : Evolution de la consommation des ménages par tête de 1975 à 2008.

Source: Compilation des auteurs, 2009

La consommation des ménages par tête s'est stabilisée autour de la moyenne de 83189,29 FCFA entre 1975 et 1988. En effet, on note une accélération progressive de la consommation par tête entre 1975 et 1980, année à laquelle elle a atteint le niveau le plus élevé de cette sous période avec 96550 FCFA, suivie d'une décélération de celle-ci en 1981 pour atteindre un niveau de 87690 FCFA en 1984. Le recrutement massif d'agents dans la fonction publique a relevé le niveau de consommation par tête entre 1985 et 1988 soit en moyenne 94037,5 FCFA. Les salaires distribués ont contribué à augmenter le revenu des ménages, donc leur consommation par tête. L'arrêt du recrutement à la fonction publique et l'application des mesures du programme d'ajustement structurel (suppression ou diminution des subventions aux produits de premières nécessité, les déréglementations...) sont à la base de la baisse de la consommation par tête constatée en 1989.

La consommation des ménages par tête en 1994 a diminué de 8,4% par rapport à 1993. La reprise amorcée en 1995 n'a pas permis de revenir au niveau de 1993. La consommation des ménages par tête en 1995 reste, en effet, inférieure de 7,17% par rapport à son niveau de 1993. L'inflation, en effet, érode le pouvoir d'achat des ménages, dégrade leur niveau de vie et leur consommation. La reprise amorcée à partir de 1995 va toutefois se poursuivre sur tout le reste de la période restante. La moyenne observée entre 1995 et 2008 est assez élevée soit 96676,4 FCFA. La reprise ainsi constatée est la traduction de la volonté manifeste des autorités à venir à bout de la pauvreté. Toutefois, on note une augmentation de la consommation des ménages par tête en 2008 de 1,61% par rapport à 2005. De plus, le niveau le plus élevé de la consommation des ménages par tête est observé en 2007 soit 102320 FCFA. Ce résultat est dû au recrutement massif d'agents dans la fonction publique constaté ces dernières années et aussi au lancement des grands travaux, qui constitue un canal de création d'emplois, donc une augmentation des revenus des ménages par ricochet une augmentation de leur consommation.

2-3-3 Evolution des exportations totales

Ici il s'agit d'analyser l'évolution des exportations totales du Bénin de 1975 à 2008. Les exportations totales correspondent, au sens large, à des achats des biens et services nationaux par l'étranger. Elles représentent donc une composante de la demande globale.

Le graphique N°2-3  montre l'évolution des exportations totales du Bénin.

Graphique N°2-3 : Evolution des exportations totales du Bénin de 1975 à 2008

Source: Compilation des auteurs, 2009

Les recettes d'exportations du Bénin ont, comme dans la plupart des pays de l'Afrique, connu une évolution non régulière. En effet, les recettes d'exportation ont connu une augmentation progressive de 1975 jusqu'en 1981 où on enregistre le niveau le plus élevé des recettes d'exportation de cette sous période d'étude, soit une valeur de 115890,94 millions de FCFA. En 1982 et en 1983 on note une baisse des recettes d'exportation de -10,39% et de -15,88% respectivement par rapport à 1981 et à 1982. Mais avec la crise économique et sociale qui secoue le pays dans les années 80, et qui selon Sinzogan (1999) est le résultat de l'application des politiques macroéconomiques incohérentes qui a engendré une baisse de la compétitivité sans précédent de l'économie nationale, les recettes d'exportation ont chuté de façon drastique à partir de 1985 jusqu'en 1988 avec des taux de croissance de -40,17% en1986, -18,62% en 1987 et -18,94% en 1988.

Les premières mesures mises en oeuvre dans le cadre du programme d'ajustement ont permis un relèvement des exportations jusqu'en 1992 où elles ont connu une hausse de 10,42% par rapport à 1991. L'évolution à la hausse des exportations s'est poursuivie jusqu'en 1994, où on note une hausse de 98,02% par rapport à 1992 suivie d'une baisse de -14,4% en 1995 par rapport à 1994. De 1997 à 2001, on note une moyenne des recettes d'exportation de 222138,954 millions de FCFA. En 2002 également, les recettes d'exportation chutent à cause notamment de la baisse des activités dans les secteurs primaire et tertiaire jusqu'en 2004.

A partir de l'année 2005, les recettes d'exportation ont renoué avec une croissance accélérée jusqu'en 2008, soit un taux de croissance de 19,77% et de 22,72% respectivement en 2007 et 2008 par rapport à 2004.

2-3-4 Evolution de la structure des exportations agricoles

Au niveau des exportations agricoles, l'évolution de leur structure ne traduit pas une politique de densification et de diversification des cultures d'exportation. Cette situation n'a pas permis d'acquérir un bon positionnement sur le marché international de produit de base agricole pour lesquels le pays possède des avantages comparatifs révélés. En effet, le Bénin n'a pas pu capitaliser les avantages acquis au niveau de certaines cultures de rente au point que la perte de compétitivité l'a réduit à la monoculture d'exportation. L'analyse par produits exportés révèle plusieurs tendances.

Les produits du palmier à huile ont occupé le premier rang des exportations agricoles (en quantité) sur les sous périodes 1975-1979 et 1980- 1984, le deuxième rang sur les sous périodes 1985-1989 et 1990-1994, le sixième rang sur la sous-période 1995-1999 puis le quatrième rang sur les deux sous-périodes restantes. On constate une régression des produits du palmier à huile au profit du coton à partir de 1979 et même une chute à la sixième position parmi les produits identifiés à l'exportation agricole (voir tableau N°1). En effet, la chute de la filière de palmier à huile serait due à la vieillesse des plantations, au déficit de la pluviométrie et à l'absence d'une réelle politique de développement de cette culture. (Bani Gaye N. et Zime Monra Bio, 2004)

En ce qui concerne les exportations en quantité des produits du coton, ils ont occupé le deuxième rang des exportations agricoles sur les sous-périodes 1975-1979 et 1980-1984. A partir de 1985, les produits du coton ont détrôné les produits du palmier à huile et sont les principaux produits agricoles exportés sur tout le reste des sous-périodes. Ils constituent aujourd'hui les seuls produits d'exportation dont l'importance économique n'est plus à démontrer. Bien que le Bénin ait un avantage comparatif dans la production de cette spéculation, il s'agit d'une activité dont l'équilibre financier est très vulnérable. Notons que les exportations des produits du coton ont régulièrement augmenté sur les différentes sous-périodes de la période 1975-2008 sauf les sous périodes 1990-1997 et 2005-2008 au cours desquelles elles ont connu une baisse. Ces résultats seraient dus à une réforme du commerce béninois et plus précisément du secteur cotonnier qui est le principal pourvoyeur de devises pour l'économie du Bénin depuis 1990 jusqu'à nos jours. La chute observée pendant la dernière période (2005-2008) est peut être la preuve que ce secteur se trouve aujourd'hui confronter à des difficultés consécutives à une libéralisation mal maîtrisée.

Pour ce qui concerne les noix de cajou, ils ont commencé par faire objet d'exportation à partir de la sous période 1985-1989. Ils ont occupé des rangs alternatifs depuis 1994. En effet, les noix de cajou ont occupé le quatrième, le troisième et le deuxième rang respectivement entre 1990-1994, entre 1995-1999 puis entre 2000-2008 dans les exportations agricoles béninoises. Cette bonne place qu'occupent les noix de cajou dans les exportations agricoles en quantité ces dernières années serait due à la politique de plantation d'anacardiers initiée depuis la fin des années 70.

S'agissant du karité, il a occupé le troisième rang au cours des sous périodes 1975-1984, 1990-1994 et 2000-2008. En effet, on constate que depuis 1999 où on a enregistré sa plus grande participation aux exportations agricoles, cette dernière a progressivement chuté jusqu'à nos jours. Cette situation peut être due à la faible production de ce produit ou à la mauvaise organisation de la filière.

Quant aux tubercules, on note une baisse progressive de leur part dans les exportations agricoles depuis 1989 où sa part a été de 10,98% des exportations agricoles. Cette situation pourrait s'expliquer par l'absence d'une politique claire et réelle pour leur production. Il s'agit de produits avant tout destinés à la consommation intérieure.

Les produits comme le tabac, l'arachide et l'ananas ont occupé alternativement presque la dernière position sur toute la période d'analyse des exportations agricoles du Bénin. On note une baisse progressive de la part d'exportation du tabac de 1975 à 1989. De 1990 à 1999, on note une légère augmentation de cette part mais elle sera suivie par une baisse progressive jusqu'à nos jours. Quant à l'ananas, on note une augmentation progressive de leur part d'exportation de 1975 à 1994 suivie d'une baisse au cours de la sous période 1995-1999. Mais on note une augmentation de cette dernière au cours des sous périodes 2000-2004 et 2005-2008

Somme toute, au vu du tableau ci-dessous, le produit qui domine les exportations agricoles béninoises de 1975 à 2008 est le coton et ses dérivés. Ainsi, l'analyse faite sur les performances commerciales et la compétitivité, montre que le Bénin possède des avantages comparatifs révélés à l'exportation pour très peu de produits. Elle indique par conséquent la nécessité de diversifier la base exportable et de développer d'autres atouts.

Tableau N°2-1 : Structure des exportations agricoles de 1975 à 2008 en pourcentage (%)

Produits

Périodes

Palmier à huile

Coton et ses dérivés

Noix de cajou

Karité

Tabac

Tubercule et ses dérivés

Arachides

Ananas

Autres

Total

1975 - 1979

73,33

15,98

0,00

3,56

0,96

0,00

1,93

0,00

4,24

100

1980- 1984

49,94

31,44

0,00

6,14

0,11

0,00

0,03

0,01

12,33

100

1985 - 1989

17,11

57,62

0,19

2,07

0,0002

10,98

3,8

0,02

8,21

100

1990 - 1994

27,70

51,22

1,76

2,36

0,008

1,09

0,002

0,81

15,05

100

1995 - 1999

0,60

63,85

4,87

25,34

1,06

2,10

0,00005

0,07

2,11

100

2000 - 2004

0,90

80,14

11,85

3,84

0,81

0,06

0,009

0,17

2,221

100

2005 - 2008

1,74

51,87

10,49

2,27

0,40

0,02

0,00007

0,33

32,88

100

Source : Compilation des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE, 2009

Graphique N°2-4 : Structure des exportations agricoles suivant les sous-périodes du tableau précédent.

Graphique N°2-4-1 : Structure des exportations agricoles sur la sous-période

1975 -1979

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-2 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

1980 -1984

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-3 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

1985 -1989

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-4 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

1990 -1994

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-5 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

1995 -1999

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-6 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

2000 -2004

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

Graphique N°2-4-7 : Structure des exportations agricoles sur la sous période

2005 -2008

Source : Compilations des auteurs à partir des statistiques de l'INSAE

2-3-5 Evolution de la part des produits agricoles dans les

exportations totales

Ici, il s'agit d'analyser l'évolution de la part des produits agricoles dans les exportations totales du Bénin de 1975 à 2008.

Le graphique N°2-5  montre l'évolution de la part des produits agricoles dans les exportations totales.

Graphique N°2-5 : Evolution de la part des produits agricoles dans les exportations

totales de 1975 à 2008

Source : Compilation des auteurs à partir des données de l'INSAE

Les exportations des produits agricoles du Bénin ont connu une évolution en dent de scie durant la période d'étude. En effet, de 1975 à 1986 on note une faible participation des produits agricoles aux exportations du Bénin. Au cours de cette sous-période la participation la plus élevée des produits agricoles aux exportations totales du Bénin a été enregistrée en 1984, soit 26,11% des exportations totales et celle la plus faible a été enregistrée en 1978, soit 1,53% des exportations totales (voir tableau N°1 Annexe). Mais à partir de 1987 à 1996, on note une participation de plus en plus importante des produits agricoles dans les exportations totales du Bénin mise à part les chutes observées en 1988 et en 1991 où les taux de participation ont été respectivement de 16,14% et 8,01%. C'est au cours de cette sous période qu'on constate le taux le plus élevé de la participation des produits agricoles aux exportations du pays, soit 80,88% des exportations totales du pays en 1996. Cette situation peut être due à une grande production du coton et du beurre de karité au cours de cette sous-période.

La baisse des cours mondiaux du coton entraînant une baisse de la production pourrait être à la base de la chute de la part des produits agricoles dans les exportations totales du Bénin en 1997 où la baisse enregistrée a été de -49,72% par rapport à 1996. De 1998 à 2008, la part des produits agricoles dans les exportations totales du Bénin tourne en moyenne autour de 53,34% des exportations totales du Bénin. Cela explique la dominance des exportations du Bénin par les produits agricoles.

CHAPITRE III LES EFFETS DES EXPORTATIONS AGRICOLES SUR

LA CROISSANCE ET LE BIEN-ETRE AU BENIN

Ce chapitre est consacré à l'élaboration et à l'estimation des modèles économétriques permettant d'évaluer les effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être. De façon particulière, il s'agit d'appréhender l'impact des exportations agricoles sur la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) et la consommation des ménages par tête à travers les modèles de croissance et de bien-être.

3-1 LA SPECIFICATION DES MODELES

Dans la modélisation, nous cherchons à indiquer les paramètres déterminant le niveau global de la croissance économique et du bien-être des populations à travers la croissance du PIB et la consommation des ménages par tête. Après la revue de littérature, nous avons retenu pour notre étude les modèles utilisés par Mahoutondji T. Ambroise (2006) dans le cadre de l'étude du thème « LES EFFETS DU COMMERCE EXTERIEUR SUR LA CROISSANCE ET LE BIEN-ETRE AU BENIN ». Ainsi, le modèle de croissance utilisé s'inspire des travaux de Cobb-Douglas et des théories classiques auquel nous apportons une légère modification.. Quant à celui de la consommation, il s'appuie sur les fondements des théories classiques de la microéconomie.

Dans ces modèles outre les taux, les variables ont été mises sous la forme logarithmique afin de permettre une analyse directe des sensibilités en termes d'élasticité à travers les coefficients.

Nous avons estimé les modèles linéaires du produit intérieur brut et de la consommation des ménages par tête par les Moindres Carrés Ordinaires (MCO) et les Modèles à Correction d'Erreur (MCE) sur le logiciel EVIEWS 5.0. Mais au préalable les tests sur les données temporelles ont été effectués. Il s'agit notamment des récents tests de stationnarité et de cointégration et, ce dans le brut d'éviter les risques d'une régression fallacieuse. La non stationnarité se manifeste à travers deux composantes : la présence de tendance déterministe et/ou de la tendance stochastique. A cet égard, le test proposé par Dickey-Fuller prend en compte le trend (tendance déterministe) et la racine unitaire (tendance stochastique).

En conséquence, la lecture des résultats du test se fait en deux étapes :

1- la significativité ou non du trend : elle est appréciée à partir de la statistique calculée ou la probabilité attachée à cette statistique (celle-ci est comparée à 5%)

2- la présence ou non de racine unitaire : à cet effet, on teste l'hypothèse nulle H0 contre l'hypothèse alternative H1. Les hypothèses sont :

H0 : Présence de racine unitaire.

H1 : Absence de racine unitaire.

-si on a ADF Test Statistic > Critical Value alors on accepte H0 : la série X a une racine unitaire.

-si on a ADF Test Statistic = Critical value alors on accepte H: la série X n'a pas de racine unitaire.

Mais généralement, les variables économiques ne réagissent pas le plus souvent instantanément mais avec un certain délai d'ajustement. Ainsi, lorsque les séries chronologiques sont non-stationnaires et cointégrées, il convient d'estimer leurs relations au travers d'un modèle à correction d'erreur. En effet Engle et Granger (1987) ont montré que toutes les séries cointégrées peuvent être représentées par un modèle à correction d'erreur.

Deux séries Yt et Xt sont dites coïntégrées si les deux conditions suivantes sont vérifiées :

-les deux séries sont affectées d'une tendance stochastique de même ordre d'intégration d : Yt I (d) et Xt I (d) ;

-une combinaison linéaire de ces séries permet de se ramener à une série d'ordre d'intégration inférieur : a1Yt + a2Xt I (d - b) avec d = b > 0.

[a1 a2] est appelé vecteur de cointégration.

Il existe deux méthodes d'analyse des relations de cointégration entre deux ou plusieurs variables :

-la méthode en deux étapes d'Engle et Granger (1987) qui consiste à estimer un modèle de long terme à partir des variables intégrées du même ordre dans le modèle et à étudier la stationnarité des résidus du modèle. Dans ce cas, la relation de cointégration, si elle existe est unique.

-la méthode de Johansen qui, comparativement à celui de Engle et Granger, donne le nombre de relations de cointégration existant entre les séries concernées, en cas de situation de cointégration entre les séries.

3-1-1 Les variables des modèles

Les variables utilisées pour la construction des modèles sont les suivantes :

-le Produit Intérieur Brut Réel (PIBR)

-l'investissement (INV)

-les importations (IMP)

-la population totale (POPT)

-les exportations agricoles (EXPA)

-les exportations non agricoles (EXPNA)

-la consommation des ménages par tête (CMT)

-les dépenses publiques (DEP)

-le niveau général des prix représenté par le taux d'inflation (INFL)

3-1-2 Les données des modèles

Les données utilisées sont celles de la période allant de 1975 à 2008. Elles proviennent des statistiques de l'Institut National de la Statistique et de l'Analyse Economique (INSAE) ; de la Direction Générale des Affaires Economiques (DGAE)  et de la Direction de la Prévision du Ministère de l'Economie et des Finances (MEF); de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et de l'Université de Sherbrooke (site Internet « Perspectives Mondiales ».)

3-1-3 Les modèles de la fonction de croissance et de consommation

3-1-3-1 Le modèle de la fonction de croissance

Ce modèle permet d'évaluer l'impact que les fluctuations des exportations agricoles peuvent avoir sur le produit intérieur brut au Bénin. Il permet par ailleurs de mesurer l'incidence des variables investissement, exportations non agricoles, importations et le taux d'inflation sur le PIB. Dans le but d'éviter une régression fallacieuse, les différents tests pour les séries temporelles ont été effectués.

· Test de stationnarité et de cointégration

Pour déterminer le degré de stationnarité (ordre d'intégration) des variables du modèle, nous avons utilisé le test de Dickey-Fuller augmenté et le test de cointégration de Engle et Granger.

Les résultats des tests de stationnarité effectués en niveau sur les variables montrent qu'elles sont non-stationnaires (voir annexe).

Les résultats des tests de stationnarité en niveau des variables du modèle sont résumés dans le tableau N°3-1.

Tableau N°3-1 : Résultats des tests de stationnarité en niveau

Variables

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

LPIB

1

Non

Non

4,959743

-1,951687

Oui

Non stationnaire

LINV

1

Oui

Oui

-2,176612

-3,557759

Oui

Non stationnaire

LEXPNA

1

Non

Oui

-2,946091

-2,957110

Oui

Non stationnaire

LEXPA

3

Non

Oui

-1,974312

-2,963972

Oui

Non stationnaire

LIMP

2

Non

Non

2,113397

-1,952066

Oui

Non stationnaire

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS5.0

Avec lx = log x

De l'examen du tableau N°3-1, il ressort que toutes les variables sont non-stationnaires. Toutefois, l'analyse des tests ADF pratiqués cette fois-ci sur la différence première des variables nous permet de conclure que les variables en différences premières sont toutes stationnaires et intégrées d'ordre 1 comme l'illustre le tableau N°3-2 .

Tableau N°3-2 : Résultats des tests de stationnarité en différence première.

Variables

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

Ordre d'intégration

LPIB

1

Non

Oui

-3,366309

-2,960411

Absence

Stationnaire

I(1)

LINV

1

Non

Oui

-4,677678

-2,960411

Absence

Stationnaire

I(1)

LEXPNA

1

Non

Non

-5,742991

-1,952066

Absence

stationnaire

I(1)

LEXPA

3

Non

Non

-2,936531

-1,952910

Absence

Stationnaire

I(1)

LIMP

2

Non

Non

-3,100119

-1,952473

Absence

Stationnaire

I(1)

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS5.0

En effet, de la lecture du tableau, nous retenons que les valeurs de la statistique de Dickey-Fuller pour chacune des variables sont toutes inférieures à la valeur critique de Mackinnon au seuil de 5% en différence première. Nous n'avons donc pas de raison de rejeter l'hypothèse alternative de stationnarité pour toutes les séries. Cependant, le fait qu'elles soient intégrées d'ordre 1 fait penser à un risque de coïntégration entre elles ; ce qui est confirmé par le test de coïntégration effectué à partir du résidu de l'équation du modèle de long terme. Le modèle est estimé par les MCO et avec le logiciel Eviews 5.0, puis est appliqué le test de racine unitaire sur son résidu.

En effet, l'hypothèse de coïntégration des variables est acceptée si le résidu est stationnaire. Le tableau N°3-3  rend compte du résultat du test de racine unitaire appliqué sur le résidu.

Tableau N°3-3 : Résultat du test de stationnarité du résidu

Résidu de l'équation

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

Modèle de long terme

1

Non

Non

-3,085866

-1,952473

Absence

Stationnaire

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS 5.0

De la lecture du tableau No3-3, il ressort que la valeur de la statistique de Dickey-Fuller Augmenté du résidu du modèle de long terme est inférieure à la valeur critique de Mackinnon au seuil de 5%.

Ainsi, le résidu est stationnaire, ce qui implique la coïntégration des variables du modèle.

Suite à tout ce qui précède, nous allons donc utiliser le Modèle à Correction d'Erreur (MCE) pour estimer notre modèle.

a) La relation de long terme

La fonction de croissance de long terme se présente comme suit :

PIBt = f (EXPAt, EXPNAt, IMPt, INVt)

L'équation ci-dessus indique que le niveau du PIB de long terme est fonction de l'effet conjugué des exportations agricoles, des exportations non agricoles, des importations et de l'investissement.

- Les hypothèses du modèle se présentent comme suit :

v Df/ DEXPA ? 0

Les exportations agricoles sont sources de croissance. L'accroissement de la part des exportations agricoles dans le PIB s'accompagne d'une entrée de devise pour le financement de la croissance et d'achat des biens équipement à l'étranger pour l'accroissement et l'amélioration des capacités de production. D'où l'effet positif attendu des exportations agricoles sur le PIB.

v Df/ DEXPNA ? 0

Les exportations non agricoles sont sources de croissance. L'accroissement de la part des exportations non agricoles dans le PIB s'accompagne d'une entrée de devise pour le financement de la croissance et d'achat des biens équipement à l'étranger pour l'accroissement et l'amélioration des capacités de production.

D'où l'effet positif attendu des exportations non agricoles sur le PIB.

v Df / DIMP ? 0

Les importations sont sources de croissance. L'accroissement de la part des importations dans le PIB s'accompagne d'une sortie de devise et d'achat des biens équipement à l'étranger pour l'accroissement et l'amélioration des capacités de production. D'où l'effet positif attendu des importations sur le PIB.

v Df / DINV ? 0

L'investissement contribue à une amélioration de la qualité et à un accroissement de la production en ce sens qu'il est l'acquisition du capital fixe. Il influence positivement la croissance d'un pays.

- Forme économétrique de la relation de long terme :

LPIBt = a0 + a1 LEXPA + a2 LEXPNA+ a3 LIMP + a4 LINV + Ut

Les signes des coefficients ai découlant des hypothèses sont donc :

a1? 0 ; a2 ? 0 ; a3 ? 0 ; a4 ? 0 avec Ut = erreur aléatoire.

b) La relation de court terme

La fonction de croissance de court terme se présente comme suit :

ÄPIBt = g(ÄEXPAt, ÄEXPNAt, ÄIMPt, ÄINVt, PIBt-1, EXPAt-1, EXPNAt-1, IMPt-1, INVt-1)

Cette équation indique que le niveau de variation du PIB dépend de l'effet conjugué des variations des exportations agricoles, des exportations non agricoles, de l'importation, de l'investissement et du résidu décalé d'un an de ces mêmes variables et du PIB de la relation de long terme.

La forme économétrique du modèle de court terme est la suivante :

ÄLPIBt = b0 + b1 ÄLEXPAt + b2 ÄLEXPNAt + b3 ÄLIMPt + b4 ÄLINVt + b5 INFLt + b6

LPIBt-1 + b7 LEXPAt-1 + b8 LEXPNAt-1 + b9 LIMPt-1 + b10 INVt-1 + Ut

PIBt-1 est la force de rappel de l'équilibre et indique la vitesse à laquelle tout déséquilibre entre les niveaux désirés et effectifs du PIB est résorbé dans l'année qui suit tout choc. Son coefficient doit être significativement négatif.

3-1-3-2 Le modèle de la fonction de la consommation des ménages par tête

Il permet de déterminer l'impact que les exportations agricoles peuvent avoir sur la consommation des ménages par tête. Il permet en outre, d'appréhender les effets des exportations non agricoles, des dépenses publiques et du niveau général des prix.

Pour éviter une régression fallacieuse, les tests de spécification ont été effectués.

· Test de stationnarité et de coïntégration

Pour déterminer le degré de stationnarité (ordre d'intégration) des variables du modèle, nous avons utilisé le test de Dickey-Fuller augmenté et le test de cointégration de Engle et Granger.

Les résultats des tests de stationnarité effectués en niveau sur les variables montrent qu'elles sont non stationnaires (voir annexe).

Les résultats des tests de stationnarité en niveau des variables du modèle sont résumés dans le tableau N°3-4.

Tableau N°3-4 : Résultats des tests de stationnarité en niveau

Variables

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

LCMT

2

Oui

Oui

-5,356415

-3,562882

Non

Non stationnaire

LDEP

1

Oui

Oui

-3,253874

-3,557759

Oui

Non stationnaire

INFL

1

Non

Non

-2,141921

-1,951687

Non

stationnaire

LEXPA

3

Non

Oui

-1,974312

-2,963972

Oui

Non stationnaire

LEXPNA

1

Non

Oui

-2,946091

-2,957110

Oui

Non stationnaire

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS5.0

Avec lx = log x

De la lecture du tableau ci-dessus, il ressort que toutes les variables, sauf le niveau général des prix mesuré ici par le taux d'inflation (INFL), sont non stationnaires. Toutefois, l'analyse des tests ADF pratiqués cette fois-ci sur la différence première des variables nous permet de conclure que les variables en différences premières sont toutes stationnaires et intégrées d'ordre 1 comme l'illustre le tableau N°3-5.

Tableau N°3-5 : Résultats des tests de stationnarité en différence première.

Variables

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

Ordre d'intégration

LCMT

2

Non

Oui

-4,190832

-2,963972

Absence

Stationnaire

I(1)

LDEP

1

Non

Oui

-4,064164

-2,960411

Absence

Stationnaire

I(1)

LEXPA

3

Non

Non

-2,936531

-1,952910

Absence

Stationnaire

I(1)

LEXPNA

1

Non

Non

-5,742991

-1,952066

Absence

stationnaire

I(1)

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS 5.0

En effet, de la lecture du tableau, nous retenons que les valeurs de la statistique de Dickey-Fuller pour chacune des variables sont toutes inférieures à la valeur critique de Mackinnon au seuil de 5% en différence première. Cependant, le fait que les séries soient intégrées d'ordre 1 fait présager à un risque de coïntégration entre elles ; ce qui est confirmé par le test de coïntégration effectué à partir du résidu de l'équation du modèle de long terme. Le modèle est estimé par les MCO et avec le logiciel Eviews 5.0, puis est appliqué le test de racine unitaire sur son résidu. Le tableau N°3-6  rend compte du résultat du test de racine unitaire appliqué sur le résidu.

Tableau N°3-6 : Résultat du test de stationnarité du résidu

Résidu de l'équation

P

Trend

Constante

ADF Test Statistic

CV au seuil de 5%

Présence de racine unitaire

Observations

Modèle de long terme

2

Non

Non

-3,977412

-1,952910

Absence

Stationnaire

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel EVIEWS 5.0

a) La relation de long terme

La fonction de la consommation des ménages par tête de long terme se présente comme suit :

CMTt = h ( EXPAt, EXPNAt, DEPt,)

- les hypothèses du modèle se présentent comme suit :

v Dh / DEXPA ? 0

Les exportations agricoles peuvent contribuer à l'amélioration des niveaux de vie des populations. Les exportations agricoles rapportent au pays des devises nécessaires au financement des infrastructures socio-économiques de base qui joue un rôle important dans l'amélioration des conditions de vie des populations.

v Dh / DEXPNA ? 0

Les exportations non agricoles peuvent contribuer à l'amélioration des niveaux de vie des populations. Les exportations non agricoles rapportent au pays des devises nécessaires au financement des infrastructures socio-économiques de base qui joue un rôle important dans l'amélioration des conditions de vie des populations.

v Dh / DDEP ? 0

Dans un pays comme le Bénin, caractérisé par la faiblesse des revenus, de l'épargne privée et le manque d'infrastructures, les dépenses publiques peuvent contribuer à améliorer les conditions de vie des populations.

- Forme économétrique du modèle

LCMTt = c0 + c1 LEXPAt + c2 LEXPNAt+ c3 LDEPt + Ut

Les signes des différents coefficients sont :

c1 ? 0, c2 ? 0 et c3 ? 0, Ut = erreur aléatoire.

b) La relation de court terme

La fonction de la consommation des ménages par tête de court terme se présente comme suit :

ÄLCMTt = d0 + d1 ÄLEXPAt + d2 ÄLEXPNAt + d3 ÄLDEPt + d4 INFL + d5 LCMTt-1

+ d6 LEXPAt-1 + d7 LEXPNAt-1 + d8 LDEPt-1 + Ut

v Dh / DINFL ? 0

Le niveau des prix agit sur le pouvoir d'achat à la baisse. Un niveau de prix plus élevé réduit donc le niveau de vie des populations.

3-2- Résultats, ANALYSES ET COMMENTAIRES

3-2-1- Résultats des régressions de la fonction de croissance

Dans le but d'analyser l'impact des exportations agricoles sur la croissance économique au Bénin, nous avons estimé ici, à la fois le modèle de référence de long terme ainsi que celui de court terme. Il sera présenté et interprété dans un premier temps le modèle de long terme retenu après les différents tests économétriques et dans un second temps le modèle de court terme.

3-2-1-1- Le modèle de long terme

a) Résultat de l'estimation

Les résultats de l'estimation sont regroupés dans le tableau N° 3-7. A partir de ce tableau nous pouvons présenter les résultats comme suit :

LPIBt = -216, 83 + 0,0195 LEXPAt + 0,0139 LEXPNAt + 0,0513 LIMPt + 0,0719 LINVt

(-0,0093) (2,9888)* (1,1484) (2,0679)* (3,2078)*

+ 1,0001 AR(1)

(63,069)*

* Significatif à 5%. Les t de student sont indiqués entre parenthèses

Tableau N° 3-7 : Résultats de l'estimation des coefficients du modèle de long terme de la croissance

Variables

Coefficients

t-Statistic

Prob

C

-216.8299

-0.009315

0.9926

LEXPA

0.019520

2.988829

0.0060

LEXPNA

0.013885

1.148399

0.2613

LIMP

0.051309

2.067975

0.0487

LINV

0.071914

3.207876

0.0035

AR(1)

1.000151

63.06922

0.0000

R Squared (R2)

0.986594

 

F statistic (F)

1521.650

Durbin- waston stat (DW)

2.123854

b) Evaluation de la qualité de l'estimation

Ø De l'analyse de ce tableau, il ressort que le modèle de long terme a un très bon pouvoir explicatif de la variation du PIB. En effet, 98% de la variabilité du PIB est expliqué par les variations des variables prises en compte dans le modèle (R2 = 0,98)

Ø La statistique t de Student qui est le test de signification des coefficients de régression partielle permet, à travers le calcul de la probabilité liée à chaque statistique t de Student, de donner le niveau de signification des coefficients correspondants. A la lumière des résultats inscrits dans le tableau N°3-7 toutes les variables sont significatives à 5%, à l'exception des exportations non agricoles et de la constance.

Ø Le test de significativité globale de la régression, possible grâce à la statistique F de Fisher permet de tester si les variables prises ensemble affectent linéairement la variable dépendante. La probabilité (F-statistique) égale à 0,00000 signifie que la régression est globalement significative au seuil de 1%

Ø Le test de Durbin-Watson permet d'analyser l'autocorrélation des erreurs. Le Durbin-Watson égal à 2,123 montre qu'il n'y a pas autocorrélation des erreurs.

3-2-1-2- Le modèle de court terme

a) Résultat de l'estimation

Les résultats de l'estimation sont regroupés dans le tableau N° 3-8. A partir de ce tableau nous pouvons présenter les résultats comme suit :

ÄLPIBt = 0.872 + 0.026ÄLEXPAt-1 + 0.006ÄLEXPNAt-1 + 0.048ÄLIMPt-1 +

(4.84)* (3.85)* (0.57) (2.50)*

0.143ÄLINVt - 0.003 INFLt - 0.085LPIBt-1 + 0.019LEXPAt-1 + 0.007LEXPNAt-1 + 0.049LIMPt-1 +

(6.32)* (-4.81)* (-3.14)* (3.32)* (0.66) (2.06)*

0.085LINVt-1 - 0.731AR(1)

(6.61)* (-4.60)*

* Significatif à 5%

LPIBt-1 est le résidu décalé d'un an de la relation de long terme du PIB.

Les t de Student sont indiqués entre parenthèses.

Tableau N° 3-8 : Résultats de l'estimation des coefficients du modèle de court terme de la croissance

Variables

Coefficients

t-Statistic

Prob

C

0.872334

4.836966

0.0001

DLEXPA (-1)

0.026062

3.854666

0.0011

DLEXPNA (-1)

0.006123

0.569406

0.5758

DLIMP (-1)

0.048214

2.496829

0.0219

DLINV

0.142809

6.322490

0.0000

INFL

-0.002769

-4.806984

0.0001

LPIB (-1)

-0.085259

-3.136000

0.0054

LEXPA (-1)

0.018755

3.322259

0.0036

LEXPNA (-1)

0.007226

0.662231

0.5158

LIMP (-1)

0.049485

2.059861

0.0534

LINV (-1)

0.085192

6.609676

0.0000

AR(1)

-0.731630

-4.596725

0.0002

R Squared (R2)

0.808560

 

F statistic (F)

7.295264

Durbin- waston stat (DW)

2.212169

b) Evaluation de la qualité de l'estimation

Ø R2 = 0,808 indique que 80,8% de la variation de la croissance est expliquée par les variables prises en compte dans le modèle. Ce qui signifie que le modèle a un bon pouvoir explicatif de la variation du modèle de croissance de court terme.

Ø On peut aussi noter que toutes les variables sont significatives au seuil de 5%, à l'exception des exportations non agricoles, grâce au test de Student car à partir du tableau on constate que toutes les probabilités sont inférieures à 0,05 (Prob ? 0,05)

Ø La régression est globalement significative car la probabilité (F-statistique) est égale à 7.295264 avec une probabilité de 0,000095 indique une bonne adéquation du modèle.

Ø Le Durbin-Watson égal à 2,212 montre qu'il n'y a pas autocorrélation des erreurs.

3-2-1-3- vérification des hypothèses et interprétation économique des coefficients

Dans l'équation explicative de la croissance du PIB à long terme, les variables sont toutes significatives à 5%, sauf les exportations non agricoles, et ont toutes les signes attendus. Il en est de même pour ce qui est de l'équation explicative de la croissance à court terme. En conséquence, le PIB est influencé de façon significative à court et à long terme par les exportations agricoles, les importations, les investissements et l'inflation.

Conformément à l'hypothèse formulée sur la variable exportations agricoles, le signe de son coefficient est positif et significatif à 5%. Les exportations agricoles de l'année en cours expliquent donc la croissance du PIB à long terme mais à court terme, elle est expliquée par les exportations agricoles de l'année antérieure. Il faut toutefois noter que la contribution des exportations agricoles à la croissance est assez faible. Ainsi, lorsque les exportations agricoles croissent de 1% le niveau de la croissance croît respectivement dans les modèles de long terme et de court terme de 0,0195% et de 0,026%.

Cette faiblesse de la contribution des exportations agricoles à la croissance peut être imputable à la monoculture d'exportation et de la non diversification des produits agricoles exportables. En effet, les exportations agricoles restent dominées par le coton et ses dérivés. La détérioration des termes de l'échange dont elles sont victimes ne sont pas de nature à permettre aux exportations agricoles de jouer son rôle maximal dans l'amélioration des performances économiques du Bénin.

S'agissant des exportations non agricoles, les coefficients ne sont pas significatifs, toutefois elles pourraient contribuer de façon positive à la constitution du PIB aussi bien dans le long et court terme.

Quant aux importations, elles sont significatives à court et long terme au seuil de 5%. Son élasticité est positive et moins élevée à court terme qu'à long terme. Ainsi, lorsque les importations croissent de 1%, le niveau de croissance du PIB augmente respectivement dans le court terme et dans le long terme de 0,048% et de 0,051%. Cette faible contribution des importations à la croissance peut être imputable à la dominance de ces dernières par des biens de consommation et des activités de réexportation vers les pays voisins. Ces catégories d'importation ne renforcent donc pas l'appareil de production en vue d'un accroissement ultérieur conséquent de la production.

En ce qui concerne l'investissement, il est significatif et contribue de façon positive à la croissance du PIB à court et à long terme. Ainsi, une variation de 1% de l'investissement entraîne une augmentation de 0,14% et de 0,072% respectivement à court et à long terme. Cette faiblesse de l'investissement que cela soit dans le court ou long terme nous amène à être prudent sur la capacité à s'ajuster aux déséquilibres de long terme. L'investissement apparaît ici comme une variable prédéterminée qui ne peut être responsable des variations dans la croissance du PIB au Bénin. Cet état de chose peut s'expliquer par l'absence de structures capables de répartir ses effets.

Du fait qu'il soit stationnaire en niveau, le taux d'inflation n'intervient dans l'explication de la croissance qu'à court terme. Il explique négativement et significativement la croissance du PIB. Ainsi, une augmentation de 1% du taux d'inflation entraîne une diminution de 0,0028 % du PIB. Ce résultat est conforme à la théorie économique.

Le PIB retardé qui représente la force de rappel à l'équilibre de la croissance du PIB en cas de choc a un coefficient significatif à 5%. Sa valeur est de -0,085. Ainsi, tout choc sur la croissance est résorbé à près de 8,5% au bout d'un an.

3-2-2- Résultats des régressions de la fonction de consommation

3-2-2-1- La relation de long terme

a) Résultat de l'estimation

Les résultats de l'estimation sont consignés dans le tableau N° 3-9. A partir de ce tableau nous pouvons présenter les résultats comme suit :

LCMTt = 3.959 + 0.011 LEXPAt-1 + 0.035 LEXPNAt-1 +0.339 LDEPt + 0.476 AR(1)

(9.275)* (0.502)* (0.977) (8.083)* (2.777)*

* Significatif à 5%. Les t de student sont indiqués entre parenthèses

Tableau N° 3-9 : Résultats de l'estimation des coefficients du modèle de long terme de la consommation des ménages par tête

Variables

Coefficients

t-Statistic

Prob

C

3.958685

9.275121

0.0000

LEXPA (-1)

0.010080

0.501860

0.0498

LEXPNA (-1)

0.034555

0.977003

0.3372

LDEP

0.338701

8.083338

0.0000

AR(1)

0.475969

2.777134

0.0098

R Squared (R2)

0.971369

 

F statistic (F)

229.0070

Durbin- waston stat (DW)

2.095324

b) Evaluation de la qualité de l'estimation

Ø R2 = 0,971 indique que 97% de la variation de la consommation des ménages par tête est expliquée par les variables prises en compte dans le modèle. Ce qui signifie que le modèle a un bon pouvoir explicatif de la variation du modèle de la consommation des ménages par tête de long terme.

Ø On peut aussi noter que toutes les variables sont significatives au seuil de 5%, à l'exception des exportations non agricoles, grâce au test de student car à partir du tableau on constate que toutes les probabilités sont inférieures à 0,05 (Prob ? 0,05)

Ø La régression est globalement significative car la probabilité (F-statistique) est égale à 229.0070 avec une probabilité de 0,000000 indique une bonne adéquation du modèle.

Ø Le Durbin-Watson égal à 2,095 montre qu'il n'y a pas autocorrélation des erreurs.

3-2-2-2- La relation de court terme

Le modèle de court terme de la consommation des ménages par tête se présente comme suit

a) Résultat de l'estimation

ÄLCMTt = 2.334 + 0.038 ÄLEXPAt-1 + 0.073 ÄLEXPNAt-1 + 0.114 ÄLDEPt - 0.057 INFLt

(3.655)* (3.477)* (2.903)* (1.782) (-2.517)*

- 0.480 LCMTt-1 + 0.013 LEXPAt-1 + 0.025 LEXPNAt-1 + 0.159 LDEPt-1

(-3.526)* (0.865) (0.829) (2.534)*

*significatif à 5%. Les t de Student sont indiqués entre parenthèses.

Ces résultats sont consignés dans le tableau N°3-10 :

Tableau N° 3-10: Résultats des estimations du modèle de court terme de la consommation des ménages par tête

Variables

Coefficients

t-Statistic

Prob

C

2.334586

3.655350

0.0014

DLEXPA (-1)

0.038443

3.477147

0.0021

DLEXPNA (-1)

0.072884

2.903221

0.0082

DLDEP

0.114296

1.782092

0.0885

INFL

-0.057300

-2.517020

0.0412

LCMT (-1)

-0.480031

-3.525964

0.0019

LEXPA (-1)

0.013056

0.865558

0.3961

LEXPNA (-1)

0.024752

0.829650

0.4156

LDEP (-1)

0.158819

2.534343

0.0189

R Squared (R2)

0.605839

 

F statistic (F)

4.226838

Durbin- waston stat (DW)

1.857943

b) Evaluation de la qualité de l'estimation

Ø R2 = 0,605 indique 60,5% de la variation du modèle de court terme est expliquée par les variables prises en compte dans le modèle. Ce qui signifie que le modèle a un bon pouvoir explicatif de la variation du modèle de consommation de court terme.

Ø On peut aussi noter que toutes les variables sont significatives au seuil de 5%, à l'exception des dépenses publiques, grâce au test de student car à partir du tableau on constate que toutes les probabilités sont inférieures à 0,05 (Prob ? 0,05)

Ø La régression est globalement significative car la probabilité (F-statistique) est égale à 4,23 avec une probabilité de 0.003407 indique une bonne adéquation du modèle.

Ø Le Durbin-Watson égal à 1.857943 montre qu'il n'y a pas autocorrélation des erreurs.

Ø CMT (-1) le résidu décalé de la consommation du modèle de long terme est négatif et significatif au seul de 5%. Ainsi tout choc sur la consommation est résorbé à 48% au bout d'un an.

3-2-2-3- Interprétation économique des modèles

Les signes attendus des coefficients sont vérifiés. En conséquence, la consommation des ménages par tête est influencée de façon significative à long terme par les exportations agricoles et les dépenses publiques. Par contre, à court terme, elle est influencée significativement par les exportations agricoles et non agricoles et l'inflation

Dans le modèle de court terme tout comme dans le modèle de long terme les exportations agricoles, retardées d'un an, sont positivement significatives. Ces signes positifs du coefficient des exportations agricoles signifient que celles-ci varient dans le même sens que la consommation des ménages. Ainsi une augmentation de 1% des exportations agricoles de l'année antérieure entraine une amélioration de la consommation des ménages de l'année en cours de 0,038% à court terme et de 0,01% à long terme. Ceci signifie que le revenu tiré des exportations agricoles qui revient directement aux producteurs explique nettement l'effet positif des exportations agricoles sur la consommation des ménages par tête.

Quant aux exportations non agricoles, elles ne sont que significatif qu'a court terme. Une augmentation de ces dernières de 1% améliore la consommation des ménages par tête de 0,073% et de 0, 034% respectivement à court et à long terme.

De même, une augmentation des dépenses publiques de 1%, qui ne sont que significatif à long terme, entraine une amélioration des consommations des ménages par tête de 0,114% et de 0,338% respectivement à court et long terme.

S'agissant du taux d'inflation, du fait de sa stationnarité en niveau, il n'intervient que dans l'équation de court terme. Il influence négativement la consommation des ménages par tête conformément à la théorie économique. En effet, une hausse du taux d'inflation de 1% baisse la consommation des ménages par tête de 0,057% à court terme. Donc une hausse du taux d'inflation se traduit par une baisse du pouvoir d'achat des ménages. Ceux-ci finissent donc par abandonner leurs habitudes de consommation en diminuant celle-ci. Ce qui justifie la nécessité de la maîtrise de l'inflation pour rehausser la consommation des ménages et leur niveau de vie.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Cette étude est consacrée à l'analyse des effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être au Bénin (1975-2008). A l'issue de l'étude, nous pouvons vérifier les hypothèses et faire des recommandations.

1- SYNTHESE DES RESULTATS

Cette étude a essayé de mesurer l'impact des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être (à travers la consommation des ménages par tête). Nous avons analysé, à cet effet, dans un premier temps le comportement de la croissance, du bien-être, des exportations totales, de la structure des exportations agricoles et de la part des produits agricoles dans les exportations totales du Bénin. Dans un second temps les modèles de croissance et de bien-être ont été élaborés et estimés.

Les niveaux de la croissance, de la consommation des ménages par tête, des exportations totales et de la part des produits agricoles dans les exportations totales ont varié respectivement dans les intervalles [-4,9% ; 9,95%], [59,65 ; 102,32], [49078,7 ; 263453,84] et [1,53% ; 80,88]. Quant à la structure des exportations agricoles, elle montre que c'est le palmier à huile qui domine les exportations agricoles sous-la période 1975 - 1984 mais à partir de 1985 jusqu'à nos jours, ce sont le coton et dérivés qui les dominent.

La période 1975-1989 a été marquée par une certaine instabilité dans l'évolution de la croissance. Car même si certaines années correspondent à des taux de croissance élevés comme en 1981 avec 10%, d'autres par contre sont allées de pair avec des récessions profondes et des taux de croissance négatifs comme en 1983 avec -4,3%. Les réformes entreprises à partir de 1989 ont permis d'obtenir une certaine constante dans la croissance et de rompre définitivement avec la croissance négative. Toutefois ces réformes n'ont pas permis d'atteindre des taux élevés pouvant améliorer les conditions de vie des populations et les aider à sortir de la pauvreté. Le taux de croissance moyen a, en effet, stagné autour de la moyenne de 4,5% sur la période 1990-2008.

Quant à la consommation des ménages par tête, après avoir connu des niveaux relativement élevés, elle a connu une chute notable en 1983 et 1989. Toutefois elle a repris à partir de 1995.

S'agissant des exportations totales, après avoir connu des niveaux relativement élevés, elles ont connu une chute notable en 1987 et en 1990. Toutefois elles ont repris à partir de 1995.

La part des produits agricoles dans les exportations totales a évolué en dent de scie sur la période d'étude et a été tirée essentiellement à partir de 1985 par le coton et ses dérivés. Ce qui confirme le fait que nos exportations agricoles soient dominées par le coton.

Les modèles économétriques élaborés et estimés par les MCO ont permis de dégager les effets des exportations agricoles sur la croissance et le bien-être (à travers la consommation des ménages par tête).

La croissance économique est nécessaire pour le développement car il n'y a pas de développement sans croissance économique. De même un accroissement de la consommation des ménages par tête s'avère fondamental pour une amélioration des conditions de vie des populations.

Les réformes entreprises au cours de la dernière décennie ont permis globalement de renouer avec la croissance.

2- VERIFICATION DES HYPOTHESES

Les résultats du modèle nous permettent de vérifier les hypothèses :

H1- Les exportations agricoles ont des effets positifs significatifs sur la croissance au Bénin : cette hypothèse est vérifiée. Les exportations agricoles sont donc une source de la croissance au Bénin. Les exportations agricoles sont globalement bénéfiques à l'activité économique du pays.

H2- Les exportations agricoles ont un impact positif sur la consommation des ménages par tête : cette hypothèse est vérifiée. Les exportations agricoles contribuent donc à une amélioration des conditions de vie des populations de par son impact positif sur leur consommation par tête.

3- RECOMMANDATIONS

Les exportations agricoles ont des effets bénéfiques sur l'économie dans son ensemble. On peut donc en tirer plusieurs enseignements suite à ces résultats de l'estimation et faire des propositions d'orientation des politiques économiques. Les politiques visant à encourager la production des produits agricoles exportables doivent être mises en oeuvre pour soutenir la croissance et l'amélioration du bien-être. Ces politiques visent essentiellement à améliorer la compétitivité de l'économie béninoise, et pour cela, les recommandations suivantes peuvent être formulées :

Les exportations agricoles du Bénin étant essentiellement dominées par le coton et ses dérivés, pour augmenter les recettes d'exportation et tirer d'avantage profit de ces dernières, il est absolument nécessaire de procéder aux investissements nécessaires au développement non seulement du secteur primaire mais aussi de tous les autres secteurs productifs.

Il importe que le gouvernement élabore et mette en oeuvre une politique d'investissement public (PIP) axée sur le développement de nouvelles filières, afin de promouvoir les exportations d'autres produits autres que le coton dont les cours mondiaux ne font que baisser de plus en plus. Mais les investissements publics resteront toujours insuffisants. C'est pourquoi, la création des conditions de l'environnement propice aux investissements étrangers directs est indispensable (mise en oeuvre des mesures incitatives). L'avènement du TEC doit être une raison supplémentaire pour chercher à tirer les investissements productifs sans lesquels nous n'aurons pas grand-chose à échanger avec les autres si ce n'est que de consommer leurs produits.

Un intérêt particulier doit être accordé à la recherche agricole (réformes, moyens et mise en oeuvre conséquente) pour qu'elle puisse fournir au secteur primaire des technologies compétitives. Ceci rendrait les investissements, dans le secteur, plus productifs.

Il est aussi indispensable de développer les infrastructures dans tous les domaines (transport, communications, éducation, santé etc...) pour inciter les partenaires au développement de notre pays en général et en particulier ceux du monde rural, autre que l'Etat à investir dans la promotion des structures d'exportation agricole pour une croissance plus soutenue du secteur. Plus on investit, plus l'effet sur les exportations agricoles sera remarquable qui à son tour aura un effet plus sensible sur la croissance économique et le bien-être de la population.

Promouvoir davantage les industries de transformation dans notre pays pour apporter une valeur ajoutée à nos produits agricoles, qui, pour la plupart, sont exportés bruts ou sous forme très partiellement transformés. Une création de la valeur ajoutée sur place aura d'autres répercussions intéressantes sur l'économie comme par exemple la création de nouveaux emplois, l'utilisation de matériaux locaux.

Veiller à ce que les prix fixés aux producteurs soient des prix encourageants et non des prix non incitatifs. Aussi, des crédits agricoles permettant d'avoir accès aux technologies, aux intrants sont- ils à encourager.

Toutes ces actions en faveur de l'agriculture doivent concourir à sa prospérité et donc à la croissance. L'accroissement du revenu des agriculteurs stimule la demande de biens et services de consommation.

La diversification de la production agricole s'avère aussi nécessaire car elle permettra de répartir les risques de détérioration des termes de l'échange sur plusieurs produits. Le pays présente un éventail de possibilités à travers notamment l'ananas, les noix de cajou, le manioc et les crevettes.

Il convient également de revoir la structure des importations et donner priorité à celles qui renforcent l'appareil productif national. Il faut toutefois faire attention à ce que les importations des produits de base ne soient pas fortement taxées. Bien au contraire une réduction des taxes sur les importations des produits de base diminue les prix sur le marché. Ce qui augmente le pouvoir d'achat des populations, en particulier des populations pauvres et par conséquent, accroît leur consommation. Des efforts doivent être faits pour développer la production non exportable afin de substituer à certaines importations. Ce qui permet d'assurer la sécurité alimentaire de la population et donc de réduire les effets des crises éventuelles sur la population.

La fiscalité peut également jouer un rôle dans la croissance des exportations agricoles. En effet, la réduction des taxes sur les exportations agricoles permet d'améliorer la compétitivité de la production nationale sur le marché international et de faciliter son écoulement. Elle permet également d'augmenter le prix pays aux producteurs, donc améliorer leur bien-être.

L'accès aux marchés des pays développés et l'accroissement des exportations agricoles passent également par une amélioration de la qualité de la production et le respect des normes sanitaires et phytosanitaires définies dans ces pays. Dans ce cadre, le Conseil National pour l'Exportation (CNEX) doit intensifier ses actions de formation et d'information en direction des opérateurs économiques impliqués dans la production des biens exportables. Il faut également une sensibilisation des acteurs de l'exportation à participer financièrement à la recherche au plan national.

Il est toutefois impérieux que tous ces efforts soient conduits dans un climat de bonne gouvernance politique et économique, gage de leur succès.

Si les politiques nationales sont l'élément essentiel de toute stratégie de développement économique et de lutte contre la pauvreté, certains facteurs internationaux y jouent également un rôle important. On peut ainsi noter que les politiques commerciales des pays riches ne sont pas favorables au développement des exportations des pays pauvres. Le Bénin et ses partenaires sous-régionaux doivent ainsi renforcer leur capacité de négociation afin de peser davantage lors des négociations commerciales multilatérales par des propositions pertinentes et bien élaborées. De plus des initiatives comme celle des chefs d'Etats béninois, malien, burkinabé et tchadien qui a consisté à exiger clairement l'arrêt des subventions des pays occidentaux à leurs producteurs de coton lors des dernières négociations multilatérales de l'Organisation Mondiale du Commerce sont à encourager. Cette initiative soutenue par d'autres pays comme le Brésil, l'Inde... aura été l'une des principales raisons de l'échec des dernières négociations commerciales de l'OMC en décembre 2005 à Hong Kong.

De telles coopérations Sud-Sud sont donc nécessaires pour contraindre les pays riches à démanteler leurs barrières commerciales qui renforcent et entretiennent la pauvreté dans les pays en voie de développement.

C'est donc au prix de tous ces efforts et actions que le Bénin pourra tirer des exportations agricoles tous les effets positifs escomptés et en faire réellement un moteur de son développement.

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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway