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De la nécessité de la renaissance de la RDC face à  l'impératif de la recomposition stratégique africaine et globale post-blocs

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par Rossy MUKENDI TSHIMANGA
Université pédagogique nationale (RDC) - Licence en relations internationales 2008
  

Disponible en mode multipage

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Epigraphe

Proverbe espagnol

« Voyageur, il n'y a pas des routes. C'est en marchant qu'on les trace ».

Dédicace

A tous ceux qui, comme moi, croient encore au destin de grandeur, de stabilité, de paix, de prospérité et de puissance véritable de cette grande nation au coeur du continent africain.

MUKENDI TSHIMANGA Rossy.

Avant-propos

Les divers apports reçus dans la production de cette oeuvre scientifique ne peuvent nous laisser indifférent. Raison pour laquelle nous avons tenu à témoigner notre gratitude à tous ceux qui y ont concouru.

Nous remercions très sincèrement le Professeur Ordinaire BIYOYA MAKUTU KAHANDJA Baudouin Philippe pour avoir dirigé de main de maître le présent mémoire. Sa rigueur scientifique et ses diverses orientations nous ont permis de produire un travail de qualité que la communauté scientifique congolaise et d'ailleurs pourront apprécier à sa juste valeur.

Nous exprimons également notre gratitude à tout le personnel académique, scientifique et administratif de l'Université Pédagogique National en général et de la Faculté des Sciences sociales administratives et politiques en particulier qui a contribué efficacement à notre formation intégrale, durant toutes ces années passées sur le campus.

Nous pécherions si nous omettons de remercier très chaleureusement nos parents, Fernand Ignace TSHIMANGA MUKENDI et Madeleine NGALULA KAPAJIKA qui, contre vents et marées, ne se sont pas lassés d'accomplir le dur labeur de façonnement de l'homme que nous sommes aujourd'hui.

A nos oncles, tantes, frères et soeurs, fils, cousins et cousines, neveux et nièces, collègues et camarades d'auditoire, amis et amies disons grand merci pour l'estime, la confiance, le soutien et l'amour qu'ils nous ont témoignés et apportés durant ce parcours de combattant.

MUKENDI TSHIMANGA Rossy

SIGLES, SIGNES ET ABREVIATIONS

ANR : Agence Nationale de Renseignement

CEEAC : Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale

CIAT : Comité International d'Accompagnement à la Transition

CND : Centre National de Documentation

COMESA : Marché Commun des Etats d'Afrique Orientale et Australe

CONADER : Commission Nationale du Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration

CPR : Corps de Protection Rapproché

DGM : Direction Générale de Migration

DMIAP : Direction Militaire des Activités Anti-Patrie

EM : Ecosystème pour le Millénaire

Etc : et cetera/ et le reste

FAC : Forces Armées Congolaise

FAP : Forces d'Auto défense Populaire

FARDC : Forces Armées de la RDC

FAZ : Forces Armées Zaïroise

FMI : Fond Monétaire International

FNI : Front National d'Ituri

IDE : Investissement Direct Etranger

MLC : Mouvement pour la Libération du Congo

MONUC : Mission des Nations Unies au Congo

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

OUA : Organisation de l'Unité Africaine

PIB : Produit Intérieur Brut

PNB : Produit National Brut

PPA : Parité du Pouvoir d'Achat

PPTE : Pays Pauvres Très Endettés

RCD : Rassemblement Congolais pour la Démocratie

RCD-N : Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Nationale

RCD-ML : Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Mouvement de Libération

RDC ou RD Congo : République Démocratique du Congo

SADC : Communauté pour le Développement de l'Afrique Australe

SMI : Structure Militaire d'Intégration

SNIP : Service National d'Intelligence et de Protection

USA : Etats Unis d'Amérique

UPI : unité de Police intégrée

N° : Numéro

% : Pourcentage

= : égalité

INTRODUCTION GENERALE

1. Problématique

La République Démocratique du Congo est une immense géographie, un sous continent qui pour évoluer en tant que structure politique ou géopolitique aurait le devoir d'équilibres indispensables internes et externes. C'est en tant qu'administration efficace et système politique cohérent et stable que la RD Congo peut valablement compter comme membre à part entière de la communauté internationale utile à sa population et aux autres nations du monde. Et quand on prend en plus en compte l'immensité des ses ressources naturelles qui attirent des convoitises étrangères, la RD Congo ne saurait contribuer autrement à la paix du monde. Elle doit être un Etat au sens plein du terme.

Cependant, depuis quelque temps et à la suite à la fois des mutations du système mondial et des mutations régionales et internes, la RD Congo est devenue un simple espace vide de pouvoir de l'Etat parce que celle-ci aura été effondrée. Ce vide géopolitique comme il fallait s'y attendre a aspiré rebellions, armées étrangères et milices de tout genre et plongé le pays dans un cycle infernal de guerres d'agression, de pillages des ressources naturelles, des tueries et des déplacements des populations, à la base d'une plus grande instabilité régionale.

Ce déclin de l'Etat congolais a été ressenti par toute la communauté internationale comme un mal géopolitique, aussi est-elle venue au secours de ce dernier pour chercher les voies de paix et de sécurité par la cessation des hostilités et des arrangements politiques et institutionnels de restauration de l'ordre politique national.

Dans la mesure où cette quête mondiale de la paix coïncidait avec la tendance générale de recomposition des rapports de forces mondiaux, recomposition stratégique autour de l'organisation de la région des Grands Lacs et de l'ensemble de la région et aussi de la reforme ou transformation de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en Union Africaine (UA), et face à la montée des nouvelles puissances mondiales africaines ; asiatiques et latino-américaines ; comment devrait se poser la question de la renaissance de la république démocratique du Congo ? Pour avoir par le passé été une nation pivot de l'équilibre régional dans le cadre de la lutte idéologique stratégique Est-Ouest en Afrique, la RD Congo peut-elle sans risque pour sa propre stabilité et pour la stabilité régionale demeurer un simple espace des matières premières ouvert au commerce de tous et exposé aux convoitises étrangères ? Ou devrait-elle saisir cette opportunité pour renaître à la puissance et à l'influence régionale ?

2. Hypothèse de travail

Le fait que le monde se réorganise devrait obliger le Congo à se réorganiser à l'intérieur en fonction des dynamiques mondiales. La résolution de cette équation serait rendue difficile vu l'état d'effondrement actuel du pays mais pas impossible pour autant.

Pour ce faire, nous estimons que si le Congo désire renaître dans toute sa splendeur, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, il ne devrait pas se contenter d'une simple restauration de la légitimité institutionnelle, soit-elle démocratique, résultant d'une ingérence de la communauté internationale mais qu'il devrait plutôt travailler à l'inversion de l'informalisation de l'Etat soit à son empuissancement en vue de mieux exprimer son indépendance et sa souveraineté mais aussi de s'engager dans n'importe quel projet géopolitique et d'en tirer le maximum de profit ou gain possible. Ce qui procéderait d'une synergie nationale aux fins de consolider la démocratie, de restructurer et de revigorer l'administration et la justice, l'économie, l'armée, la police et les officines de sécurité ainsi que la diplomatie.

Les réformes que nous préconisons dans différents secteurs de la vie nationale, si elles sont menées à bon escient devraient produire cet empuissancement en permettant à l'Etat congolais de remplir pleinement et convenablement ses fonctions de régulation et de coordination (politique) ; de contrôle, suivi et exécution des décisions prises (administration) ; de protection des droits et libertés ainsi que d'harmonisation des rapports et activités au sein du groupe (justice) ; de sécurisation des personnes et de leur bien ainsi que de défense du territoire national (armée et police) ; et enfin celle de gestion et de stabilisation de son environnement extérieur (diplomatie).

C'est dire en d'autres termes que la problématique de la renaissance ou de la reconstruction de la RD Congo se poserait doublement, en termes existentiel et praxéologique. Le premier volet (existentiel) procéderait d'une géopolitique interne consistant au contrôle de la vie sociale soit au rétablissement complet de l'autorité de l'Etat afin de procurer à la nation la consistance propre dans la gestion de son indépendance et de sa souveraineté. Le second volet (praxéologique) renverrait au jeu de puissance soit à la participation active et effective de l'Etat congolais dans les interactions diplomatico stratégiques ainsi qu'au jeu d'interdépendance du monde post guerre froide. Car, comme toute nation responsable, l'Etat congolais devrait sans relâche travailler à se donner un rang et à jouer un rôle dans l'ordre mondial en construction au niveau de la sous région, de la région et du monde.

3. Choix et intérêt du sujet

Le choix de ce sujet est dicté par le sens du devoir qui caractérise les intellectuels en général et les internationalistes en particulier, celui de penser le devenir de leur nation dans un monde complexe et dynamique. Cette étude nous permet non seulement d'intérioriser la configuration et les dynamiques du système international post blocs mais également et surtout de pénétrer les dimensions internes et externes de l'effondrement et donc du déclin de l'Etat congolais présenté comme moteur d'intégration économique et de stabilité pour l'ensemble du continent africain. Cela en vue de rechercher des mécanismes efficaces d'empuissancement de l'Etat et de sa réinsertion dans la dynamique de la gouvernance mondiale.

L'intérêt de cette étude réside dans le fait que les analyses qui en découleront pourront vraisemblablement éclairer l'action du pouvoir public, orienter objectivement et rationnellement les stratégies ou politiques à mettre en oeuvre dans le cadre de la reconstruction du pays. Il s'agit pour nous, en tant que scientifique, de donner à la volonté politique de reconstruction du Congo démocratique telle qu'exprimée par ses dirigeants une grille de lecture, un référentiel parmi tant d'autres dans l'atteinte de cet objectif.

4. Approche méthodologique et théorique

La scientificité d'une étude repose essentiellement sur la démarche intellectuelle que le chercheur adopte dans l'explication du phénomène étudié (méthode), sur les mécanismes employés pour la collecte des données (technique) ainsi que sur le cadre théorique auquel il fait référence.

4.1. Méthodes et techniques de recherche

Dans le cadre de cette étude, nous avons opté pour la méthode géopolitique et pour la technique documentaire.

La géopolitique, écrit François Thual, construit sa démarche sur des conflictualités des pouvoirs autour des enjeux territoriaux, le territoire étant porteur des promesses d'identité, de prospérité et de puissance. Face à ces conflictualités congénitales, deux postures stratégiques semblent s'imposer aux Etats en vue d'assurer leur survie et de garantir leur destin respectif. Il s'agit de « contrôler » et « contrer ». Contrôler consiste à imposer directement où indirectement sa volonté ou son influence sur les autres pour satisfaire ses ambitions identitaire, économique et de puissance qui fondent ce désir de territoire. Contrer suppose en retour un refus de se faire imposer une volonté ou influence extérieure quelconque. C'est donc de cette dialectique entre le désir et son objet que se forme la méthode géopolitique1(*).

L'action de l'Etat étant d'abord « réflexive » ou ethnocentrique par essence, il importe au préalable pour chaque Etat de maîtriser parfaitement sa propre géographie ou espace, de contrôler effectivement et efficacement son propre territoire par des administrations civiles et militaires pour espérer s'engager sans risque ou avec un coût réduit, marginal dans l'autre volet stratégique, celui de la puissance. La renaissance de la RD Congo devrait impérativement s'articuler autour de ces deux variantes stratégiques c'est-à-dire travailler à doter l'Etat des ressources ou moyens propres pour exercer l'autorité publique sur l'ensemble du territoire national d'une part, et d'autre part de s'engager dans le jeu de puissance et d'interdépendance à l'échelle continentale et/ou globale. Car de l'avis de Robert Bosc, un Etat qui ne dispose pas de consistance propre ne peut jouer ni de la puissance, ni de la communication2(*).

Faudrait-il cependant insister sur le fait que ce projet de renaissance de la RDC étant porteur des ambitions ou intentions de puissance ne suscitera absolument pas l'enthousiasme de certains Etats du continent et d'ailleurs qui tirent visiblement profit du déclin de ce pays. Le Congo doit donc se préparer à faire face à l'adversité que va immanquablement lui imposer certains Etat qui voient dans ce réveil du géant une menace de transformation de l'équilibre stratégique dans cette partie du monde. C'est pour ainsi dire que l'aboutissement du processus de reconstruction du Congo entraînera la déchéance de certains Etats qui paradoxalement travailleront à le contrecarrer ou à en limiter l'impact.

La technique documentaire pour sa part nous permet de collecter des données dans divers supports scientifiques (documents écrits) en fonction desquelles nous allons élaborer nos faits.

4.2. Cadre théorique

A. Pertinence du cadre théorique

Toute recherche qui ambitionne de se hisser à un niveau scientifique doit être menée dans un cadre théorique explicite. Ce cadre théorique permet en effet de préciser le sens donné aux concepts manipulés. Il assure une lisibilité du texte tout en permettant une articulation entre les différentes parties, de manière à faire du travail un ensemble cohérent, permettant ainsi une interprétation pertinente des données recueillies. C'est, à notre avis, une des conditions à remplir pour partager les résultats avec la communauté scientifique.

Le pôle théorique est, selon Mashauri Kule, « le lieu de la formulation systématique des objets scientifiques. Il propose en outre des règles d'interprétation des faits, de spécification et de définition des solutions provisoirement données aux problématiques. Ainsi, le pôle théorique est le lieu d'élaboration des langages scientifiques et détermine le mouvement de la conceptualisation ».

La théorie, ajoute ce même professeur, n'est pas un luxe en sciences sociales, mais bien plutôt une nécessité : affirmer pouvoir s'en passer est un leurre qu'on doit refuser sous peine de se priver du fondement même de toute science. Le progrès de la recherche et celui de l'élaboration théorique sont non seulement parallèles, mais bien indissociables. Ce progrès ne consiste pas seulement en une accumulation de faits, mais en un changement qualitatif dans la structure des systèmes théoriques. En conclusion « Pas de théorie, pas de science »3(*).

Pour nous conformer à cette exigence scientifique, nous avons dans la panoplie de théories des relations internationales, opté pour la théorie néo réaliste.

B. Fondements de la théorie néoréaliste

Le néo réalisme ou réalisme structurale est l'une des nombreuses théories qui fondent la discipline scientifique des relations internationales. Représentée principalement par Kenneth Waltz à travers son oeuvre Théory of international politics 1979 (TIP), oeuvre écrite à contre-courant des thèses néolibérales en vogue - La théorie réaliste se construit autour de la dialectique agent/structure dans l'explication des relations internationales.

De la bouche même de Kenneth Waltz, « le nouveau réalisme, différemment à l'ancien, commence par proposer une solution au problème de la dissociation entre les facteurs internes et les facteurs externes du système politique international [on se rappelle que la théorie classique établit une démarcation entre le domestique et l'international, ce qui lui a été reproché par les libéraux]. En dépeignant le système international comme un tout, avec deux niveaux, celui de la structure et celui de l'acteur, à la fois distincts et interconnectés, le néoréalisme établit l'autonomie de la politique internationale et rend possible une théorie sur elle4(*).

En effet, Les deux niveaux sont distincts mais liés. La structure, qui détermine l'ensemble, obéit à un principe d'organisation, l'anarchie internationale, dont découle une logique dominante, la recherche de la sécurité. Ensuite, la distribution inégale des capacités des acteurs étant une caractéristique essentielle de la structure, l'interaction de ces derniers opère différents arrangements possibles. Trois principes règlent donc le système de Waltz et Un changement au niveau de l'un de ces trois principes d'ordre, de différenciation et de distribution constituerait un changement dans la structure du système, voire un changement de système.

1) Il est anarchique et décentralisé, c'est-à-dire dépourvu de toute autorité supérieure aux autres. Bien que très différentes par bien des aspects, les unités sont formellement égales entre elles.

Celle-ci est au centre de son analyse et au centre du système en raison de la primauté du politique. Celle-ci tient moins au fait que la menace de la violence et du recours à la force caractérise le milieu international qu'à la différence de structure qui sépare le domestique et l'externe. Tandis que l'intégration est la marque du premier, une interdépendance anarchique frappe le second. Dans ce principe d'ordre, qu'est paradoxalement l'anarchie internationale, réside la « structure profonde » du système, celle qui détermine le comportement des acteurs. Dans ce contexte où l'interdépendance est avant tout source de vulnérabilités, le self-help est nécessairement le principe d'action qui, compte tenu des risques encourus, accorde la priorité au politique. Si la politique nationale est le domaine de l'autorité, de l'administration et de la loi, la politique internationale est celui de la puissance, de la lutte, et des arrangements. En politique intérieure la force est le dernier recours. En politique extérieure elle est omniprésente parce qu'elle est dissuasive.

2) Les États souverains ont un caractère unique en ce sens qu'ils remplissent les mêmes objectifs, ont les mêmes missions. Les différences sont liées à leurs capacités, non à leur fonction qui est, fondamentalement, de garantir leur propre sécurité. Celle-ci constitue le paradigme de la politique internationale chez Waltz. Pour Waltz, l'équilibre de la puissance n'est qu'un mode instrumental pour atteindre la sécurité. En effet, l'État dispose de deux moyens pour atteindre celle-ci : ses propres ressources, et les alliances qu'il peut passer.

3) La distribution inégale des capacités engendre une hiérarchie des unités, et la configuration (plutôt que la structure) d'un système change quand cette distribution est modifiée. En effet, soutient Waltz, faibles ou forts les États ne se différencient pas par leurs fonctions, mais par leurs moyens. Ce qui fait réellement la différence entre un système et un autre, c'est le nombre des grandes puissances. La hiérarchie des puissances a l'avantage de résorber l'anarchie et d'éviter le déchaînement de la violence. Car ce sont les plus puissants qui définissent les règles et sont les plus sensibles à la balance avantages/inconvénients dans l'usage de la force5(*).

C. Corrélation entre la théorie choisie et l'objet de l'étude

La théorie néo réaliste convient parfaitement pour cette étude dans la mesure où la renaissance de la RD Congo en tant que projet d'empuissancement répond à une double nécessité : Il s'agit d'abord de redonner à l'Etat les capacités d'assurer le contrôle effectif de son espace national et de la vie sociale ; et ensuite de recréer les conditions de survie soit d'auto conservation de l'Etat congolais dans l'indépendance et la souveraineté lui permettant ainsi de contribuer véritablement aux objectifs de sécurité et de développement poursuivis par tous les dans l'international post blocs.

Nous pensons que dans son état de faillite ou de mal souveraineté le Congo ne peu être qu'une « présence-absence » dans les relations internationales où la puissance demeure encore le facteur structurant malgré les changements intervenus. Ce qui se confirme d'ailleurs avec les agressions répétées dont fait l'objet la Rdc depuis 1996. Ne pouvant absolument pas déléguer son pouvoir de sécurité à un autre Etat ou à une organisation internationale, fut-il l'ONU, la renaissance du Congo s'inscrirait finalement dans une approche ethnocentrique et interactive. Son destin l'oblige à recréer des conditions de son autonomie et à produire des excédents nécessaires à sa participation dans la dynamique de la gouvernance globale.

5. Délimitation du sujet : dans le temps et dans l'espace

L'exploitation optimale d'un thème de recherche nécessite une circonscription à la fois temporelle et spatiale. Celle-ci permet d'effectuer des analyses rigoureuses et poussées.

5.1. Dans le temps

Notre étude tient compte de deux terminus ; l'année 2001 (terminus ad quo) et l'année 2007 (terminus ad quem). Durant cette période, d'importants changements sont intervenus aussi bien dans la politique interne que dans l'environnement international.

Le pays est sorti d'une longue période de guerre et la transition démocratique a connu son épilogue avec l'installation des institutions issues des urnes suscitant du coup les espoirs de voir le Congo se reconstruire et de jouer véritablement son rôle d'ancre de stabilité pour l'Afrique et le monde.

Sur le plan international, des transformations notables ont émaillé le processus de redéfinition du système international imposée par la fin de la guerre froide, obligeant ainsi les sociétés - parties à revisiter leurs postures à l'intérieur même du système.

5.2. Dans l'espace

Nous nous limitons ici à l'examen de la situation congolaise au regard des intérêts géopolitiques et géostratégiques considérables que revêt ce pays pour l'ensemble du monde. Nous sommes convaincu qu'en résorbant son effondrement, la RDC contribuera efficacement à la paix et à la sécurité ainsi qu'à la prospérité de l'Afrique et du monde.

6. Plan résumé

En plus de l'introduction et de la conclusion, trois chapitres constituent la charpente de cette étude. Le premier chapitre est consacré à l'examen du système international, ses réalités et ses dynamiques, ce qui demeurent et ce qui a changé depuis la fin de la guerre froide.

Le deuxième chapitre répond à la question du pourquoi et du comment de la renaissance d'un Congo effondré du fait des crises et des années de mauvaises gestions de la chose publique. Et le troisième et dernier chapitre réservé aux perspectives, présente les stratégies possibles ou probables d'un aboutissement crédible du processus de reconstruction de l'Etat et pour un retour assuré de la RD Congo dans la géopolitique mondiale soit dans la gestion enjeux et défis de l'ordre ou désordre post-guerre froide.

PREMIER CHAPITRE :

REALITES ET DYNAIMQUES DU MONDE POST-BLOCS.

La renaissance de la RD Congo qui se décline en termes de réinvention du système d'organisation interne de l'Etat dépend d'un ensemble de variables déterminantes qui sont à la fois d'ordre interne et externe. Si le premier est fonction de la volonté politique des acteurs nationaux, la seconde est liée à l'état ou à la nature de l'environnement international en l'occurrence le contexte post guerre froide.

De même que l'organisation d'une entreprise tient à la taille et aux exigences du marché, nous pensons que la reconstruction de l'Etat congolais devrait forcement se référer aux réalités et dynamiques du système international en présence pour éviter un éventuel déphasage. Raison pour laquelle nous nous attelons au préalable dans ce chapitre à examiner le monde d'après guerre froide qui lie en partie le destin de la nation congolaise.

Section 1 : le système mondial post-blocs : continuité ou rupture ?

Le qualificatif post blocs ou post-bipolaire ou même post-guerre froide désigne le système ou la phase des relations internationales qui succède au duopole américano-soviétique. Succession qui relève des changements, des bouleversements ou des mutations intervenus dans l'organisation des rapports des forces entre les nations du monde.

En effet, si le monde bipolaire reposait sur des critères de lisibilité et de prévisibilité et aussi de résolution des conflits diplomatico-stratégiques qui l'imposait6(*) ; les qualités nécessaires pour maîtriser le monde à naître, par contre, ont partie lié avec l'abstraction : l'avenir est impossible à fixer de façon concrète et l'analyse des rapports entre l'espoir et la réalité envisageable relève, par essence, de la conjecture7(*).

Pendant la guerre froide puis la coexistence pacifique, écrit Bertrand Badie, chaque camp s'organisait, de gré ou de force, pour contenir ou défier celui qui lui faisait face. A l'intérieur des deux blocs, le leader assurait la protection du plus petit ou du plus faible, aménageait des alliances, construisait sa puissance de manière à se mesurer à l'autre champion. Aussi la bipolarité était-elle centripète et chaque pole exerçait-il un évident magnétisme qui se cristallisait dans des valeurs communément partagées et qui entraînait selon la formule consacrée, un univers de stabilité hégémonique. Mais depuis 1989, ajoute-t-il, nul ne sait vraiment dans quel système le monde évolue8(*).

La société internationale de l'après guerre froide ne ressemble en rien à celle de la guerre froide : qu'il s'agisse de sa structure, de son fonctionnement, de ses principes ou des valeurs dont elle s'inspire. Le monde a changé mais demeure instable, incertain et imprévisible. Sa caractéristique fondamentale est la complexité : privé de ses repères traditionnels, il est à la recherche d'un nouvel équilibre, d'un nouvel ordre international, sous peine d'être menacé par l'anarchie ou de basculer dans le chaos9(*).

Tous ces troubles que nous observons ne peuvent pas être regardés comme autant de suspensions momentanées d'un statu quo salutaire, prévient Henry Kissinger. Ils révèlent au contraire une transformation inéluctable de l'ordre mondial, résultant des modifications structurelles internes qui touchent un certain nombre de ses participants majeurs, en même temps que la démocratisation de la politique, de la globalisation de l'économie et de l'instantanéité des communications10(*).

Ces analyses attestent avec suffisance la rupture entre ces deux mondes, entre ces deux systèmes, entre ces deux périodes de l'histoire des relations internationales. Mais cette rupture n'est pas absolue pour autant, plusieurs données semblent perdurer et lier à ce titre le nouveau système en construction et l'ancien en vertu de ce que Thierry de Mont Brial appelle la loi de « conservation » ou des « invariants »11(*).

Les données permanentes de la scène et du jeu tant au niveau des acteurs internationaux que des méthodes diplomatiques peuvent se résumer ainsi : les rivalités entre grandes puissances et compétition entre Etats n'ont pas cessé ; le recours à la force ou à la violence demeure lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts nationaux importants ; la souveraineté en voie d'érosion n'est pas morte ; le sous développement, la misère et la pauvreté sont loin d'être éradiqués dans les sociétés de l'hémisphère Nord et de l'hémisphère sud, et les inégalités entre Etats se sont aggravées. Si le soft power de James Nye prend de plus en plus d'importance, le hard power n'a pas disparu12(*).

Soulignons également cette forte tendance au réarmement (projet du bouclier antimissile américain, la question du nucléaire coréen et iranien, ...) ainsi qu'un fort relent de l'endiguement développé par certaines puissances euro américaines vis-à-vis de la Chine, de la Russie, etc.

Cependant, le désordre institutionnel ne semble être une panacée pour aucun membre de la communauté internationale. Qu'il s'agisse des puissants, des faibles ou même des Etats en effondrement comme le Congo Kinshasa, l'heure est à la restructuration, à la recomposition du système international soit à la recherche d'un nouvel ordre mondial devant garantir paix, stabilité et prospérité aux sociétés parties. Ainsi pour Daniel Colard, «  le monde est appelé à faire sa perestroïka et à procéder à son aggiornamento : à problèmes et défis nouveaux, système international nouveau. Gérer les transitions est une tâche délicate pour éviter les dérapages et les déstabilisations. Et les adaptations passent par la durée, le facteur temps jouant un rôle essentiel »13(*).

En effet, face à cette absence de modélisation de l'ordre international en présence, trois questions fondamentales semblent s'imposer à priori pour comprendre l'environnement dans lequel la RDC est appelée à évoluer et duquel dépend également en partie la réussite de son processus de reconstruction. Il s'agit de dire : Dans quel monde sommes-nous entrés avec l'implosion du bloc socialiste ? Quels sont les grands enjeux de ce système ? Qu'elle est, finalement la santé de l'Afrique face aux crises de la mondialisation ?

Section 2 : Le monde post-blocs : Gouvernance et enjeux

Il est question de relever dans cette section les traits caractéristiques du monde de l'après guerre froide. Et à ce titre nous abordons la problématique de sa gouvernance, faisons le point sur sa configuration géopolitique ainsi que sur ses principaux enjeux, et enfin évoquons la situation particulière du continent africain où la plupart des Etats sont en faillite et ont du mal à s'assumer et à s'affirmer dans ce système international en transition.

2.1. Problématique de la gouvernance mondiale.

L'ambition de construire un ordre mondial ou mieux de créer des conditions de gouvernance mondiale est une constante dans les relations internationales. Depuis le XVIIème, les Etats souverains qui sont apparus à la suite des traités de westphalie cherchent résolument à construire un ordre international stable et sécurisant pour tous. Il faut trouver un équilibre acceptable entre différents acteurs pour éviter la guerre et favoriser la satisfaction des intérêts des uns et des autres.

Dans ses analyses sur le nouvel ordre mondial, Henry Kissinger souligne le caractère séculaire de ce désir de recomposition stratégique du monde. Il semblerait, écrit-il, qu'à chaque siècle surgisse, avec une régularité qui ferait croire à une loi de la nature, un pays ayant la puissance, la volonté et l'élan intellectuel et moral nécessaire pour modeler le système international conformément à ses valeurs propres.

Il note, en effet, que si le XVII ième siècle a été celui de la France de Richelieu qui fonda l'ordre mondial sur l'Etat nation et déterminé par la recherche de l'intérêt national comme but ultime ; le XVIII ième siècle britannique avec la notion d'équilibre des forces ; le XIX ieme siècle d'abord celui de Metternich qui reconstruisit le concert européen, et Allemand ensuite avec Bismarck qui le démantela et transforma l'ordre mondial en un jeu impitoyable de politique de puissance ; le XX ieme siècle aura été fortement influencé par les Etats-Unis14(*).

Mais cette constatation ne doit pas pour autant éclipser la particularité du monde bipolaire dans lequel soviétiques et américains proposaient des modèles de sociétés contradictoires. Socialistes et libéraux se sont affrontés idéologiquement pendant près d'un demi siècle tout en évitant à l'humanité les souffrances et les atrocités d'une troisième guerre mondiale à caractère nucléaire.

Jusqu'à l'implosion de l'union soviétique, écrit Jean Ziegler, un homme sur trois, sur terre, vivait sous un régime communiste. Or les régimes communistes récusaient la démocratie pluraliste, le suffrage universel et l'exercice des libertés publiques qui le fondent. Les régimes communistes accordaient la priorité absolue au progrès social de leurs populations15(*).

Devrions-nous alors considérer l'implosion de l'union soviétique comme un acte consécrateur de l'ère hégémonique américaine ? La pax americana serait-elle véritablement opérationnelle ?

A ces questions Bertrand Badie reste sceptique et considère que, l'incertitude est d'autant plus grande, depuis 1989, que les lois les plus simples de l'arithmétique on été défiées : la disparition d'un pole ne signifiait peut être pas la domination sans partage du monde par celui qui faisait face. Deux moins un ne valait pas toujours un16(*).

Cette position est également partagée par Henry Kissinger et André Kaspi. Le premier estime que ce qui est nouveau dans ce nouvel ordre planétaire ce que pour la première fois, les Etats-Unis ne peuvent ni prendre leurs distances avec le monde ni le dominer17(*). Le second affirme que les Etats-Unis ne veulent plus être le gendarme du monde comme ils l'on été, au moins pour une partie de la planète, de 1945 à 1975, tout au plus se contentent-ils de jouer les shérifs18(*).

Mais à la différence de Badie qui rattache cette situation à la transformation du « power politics » en « protest politics » car, l'apparence unipolaire a surtout conduit à une curieuse mutation : dès qu'il se révèle unique, le pole hégémonique est davantage sujet à contestation qu'objet de sollicitation19(*) ; André Kaspi table sur la volonté d'autolimitation de la puissance américaine. Il admet que l'hégémonie se heurte à des limites mais que ces limites sont celles que les américains se fixent eux-mêmes, dans la mesure où ils ne souhaitent pas utiliser n'importe comment tous les moyens que la nature et l'histoire leur ont accordés20(*).

Malgré ces vicissitudes, une réalité demeure évidente : les Etats-Unis sont de loin supérieurs à toutes les autres nations du monde. Il est la seule puissance globale du monde post blocs. A l'aube du nouveau millénaire, ils jouissent d'une prééminence avec laquelle les plus grandes empires du passé eux-mêmes ne sauraient rivaliser. Qu'il s'agisse d'armement ou de dynamisme économique, de science ou de technologie, d'enseignement supérieur ou de culture populaire, l'Amérique exerce un ascendant sans précédent su l'ensemble de la planète.

Le bilan de cette puissance tel qu'établit par Annie Zwang révèle que, les Etats-Unis possèdent la supériorité militaire (ils sont la puissance spatiale majeure) ; leur budget militaire pourtant en diminution équivaut encore à plus de 4% du PNB. Ils s'appuient sur un formidable arsenal, y compris nucléaire, accentué par la désorganisation de leur rival russe. Leur stratégie repose sur deux axes : le contrôle des mers et des océans grâce à des flottes présentes sur «  les points chauds » du globe, et grâce à la permanence de forces dans les zones à risque. Le pacifique est surveillé par la septième flotte (pacifique nord) et par la troisième (mère de chine). La sixième flotte est en méditerranée et la deuxième dans l'atlantique.

Leur action est renforcée par d'importants services de renseignement et par un système de communication très sophistiqué avec des satellites espions. Les Etats-Unis sont les premiers vendeurs d'armes de la planète et assurent près de la moitié du marché21(*).

Cette ascendance se manifeste également au niveau des institutions internationales dont l'ONU principalement. Le gouvernement de Washington finance 26% du budget ordinaire de fonctionnement de l'ONU, l'essentiel du budget spécial pour des opérations de maintien de la paix (les 72000 casques bleus actifs dans 18 pays) et une grande partie des budgets des vingt-deux organisations spécialisées. Quant au Programme Alimentaire Mondial qui a nourri 91 millions de personne en 2004, Washington y contribue à hauteur de 60% essentiellement en livrant des aliments prélevés sur le surplus américain22(*).

Sans la puissance américaine, fait remarquer Thierry de Mont Brial, l'effectivité des résolutions de cette organisation, tout au moins dans les cas les plus graves, serait encore plus faibles qu'elles ne les sont23(*).

En effet, si l'empire américaine ou la « pax americana » parait informelle et même illusoire, son leadership, sa prépondérance ou son hégémonie dans l'international post blocs par contre, reste évidente. Les Etats-Unis constituent le centre d'impulsion dans la conduite des affaires mondiales malgré les oppositions, les contestations et même les prétentions de certains acteurs de vouloir se constituer en pole politico stratégique autonome ou en contre hégémonie. Sa puissance lui permet de se représenter dans toutes les grandes aires géopolitiques du monde et d'y jouer un rôle déterminant voire décisif.

Section 3 : Les systèmes et grands enjeux du monde post blocs.

Comme nous l'avons dit précédemment, le système international post blocs ne correspond à aucun modèle ou construction intellectuelle existant ; il est illisible, imprévisible, instable, incertain. Privées des repères, les relations internationales sont entrées dans une séquence de désordre quasi continue et dont l'issu n'est pas connue. Ce caractère polygénique conduit à des approches disparates sur la nature et les enjeux du monde de l'après guerre froide rendant du coup impossible tout recours à une formule unique pour interpréter l'ordre international en présence.

Face à cette difficulté d'avoir une approche globale, les spécialistes des relations internationales semblent se contenter des analysent compartimentées ou régionalisées de ce nouveau contexte international. Ainsi la perception des enjeux diffère de ce fait, suivant que l'on se trouve dans une région ou dans une autre.

3.1. Les différents systèmes du monde post blocs.

Nous basant sur les analyses de Henry Kissinger, nous pouvons distinguer quatre systèmes internationaux au moins dans cette séquence des relations internationales et chacun d'eux correspondant à des motivations précises sauf peut être le système africain où le jeu ne semble pas encore être clairement défini parce que les acteurs sont pour la plupart en situation de mal souveraineté.

· Le système occidental ou euro-américain

Les idéaux historiques de l'Amérique peuvent fort bien régenter les relations entre les Etats-Unis et l'Europe occidentale ; ils peuvent même s'appliquer à tout le continent américain. Ici la version idéaliste de la paix fondée sur la démocratie et le progrès économique fait la preuve de sa pertinence. Les Etats sont démocratiques, les économies sont libérales, les guerres inconcevables sinon à la périphérie, où elles peuvent être déclenchées par des conflits ethniques. Les différends éventuels ne sont pas réglés par la guerre ni par la menace de guerre. Les préparatifs militaires sont une réaction aux menaces extérieures à cette sphère. Ils ne visent pas d'autres pays de la région Atlantique ou du continent américain24(*).

· Les grandes puissances d'Asie

Plus vaste géographiquement et beaucoup plus peuplé que les pays de l'Europe du XIXème siècle, se considèrent comme des rivales stratégiques. L'Inde, la Chine, le Japon, la Russie avec, légèrement à la traîne, la Corée et les Etats d'Asie du Sud-est, estiment que certains pays de la région peuvent effectivement menacer leur sécurité nationale. Le danger serait encore plus grand si plusieurs de ce pays s'associaient. Le risque de guerre entre ces puissances n'est pas imminent, mais il n'est pas nul pour autant.

L'accroissement des budgets militaires est censé mettre les pays concernés à l'abri de l'agressivité éventuelle des autres. Comme dans l'Europe du XIXème siècle, une longue période de paix est parfaitement envisageable en Asie - et même probable -, mais, en l'occurrence, l'équilibre des forces jouera un rôle décisif25(*).

· Le moyen orient

Les conflits au Moyen orient ressemblent beaucoup à ceux qui ont déchiré l'Europe au XVIIème siècle. Leurs racines ne sont pas économiques, comme en Asie, mais idéologiques et religieuses. Ici les principes issus du traité de Westphalie ne s'appliquent pas. Il est difficile d'accepter un compromis quand le conflit ne porte pas sur un grief précis, mais sur la légitimité voire sur l'existence même de l'autre camp. Toute tentative de compromis sur la question de ce que chaque partie considère comme son lieu saint ne peut que mettre en relief le caractère inconciliable de leurs positions.

· Le système africain

Celui-ci ne correspond aucunement au précédent de l'histoire diplomatique. Car c'est en vain que l'on chercherait pour éclairer sa situation par un précédent dans l'histoire européenne. Bien que les Etats qui le composent se qualifient de démocraties, leur action politique ne repose pas sur un principe idéologique unificateur. Et la politique africaine n'est pas dominée non plus par le concept d'équilibre des forces. Le continent est trop grand et l'influence de la plupart de ces pays trop faible pour cela.

La fin de la guerre froide a entraîné, dans une large mesure, celle de la rivalité des grandes puissances à propos de l'Afrique. Sur ce continent, la pauvreté est omni présente. Le chaos qui en résulte a transformé certains pays africains en havre pour des groupes terroristes, pour le blanchiment de l'argent et pour les syndicats du crime26(*).

Mais au-delà des questions respectives de chacune de ces zones ou sous-systèmes, se trouvent des enjeux et défis qui requièrent des réponses globales et nécessitent l'implication de l'ensemble de la communauté internationale.

3.2. Les grands enjeux du monde post blocs

Les changements survenus dans les relations internationales consécutifs au démantèlement du duopole américano soviétique n'ont pas résolu l'ensemble de questions qui se posaient jadis, ils en ont au contraire, créés quelques-unes en plus. Et tous ces problèmes anciens et nouveaux à résoudre constituent des enjeux et défis à relever dans l'ordre mondial en présence.

Il s'agit notamment des questions d'ordre juridique (le droit international), d'ordre économique, elles portent également sur la défense et la stratégie ainsi que sur plusieurs autres enjeux qualifiés de transversaux.

· Le droit international

Le droit international est le droit de la société internationale. Or cette société contrairement à une société d'individus ; est largement exempte de régulations, de normes, de valeurs acceptées par tous. Elle apparaît plus comme la jungle décrite par Hobbes, Machiavel et autres que comme une communauté apaisée et policée par un hypothétique pacte social ou contrat social.

Déjà à l'intérieur d'un Etat de droit, le système juridique et judiciaire n'est qu'un amortisseur, seulement en partie efficace, de la brutalité des rapports humains. L'imperfection fondamentale de toute construction juridique est encore plus flagrante s'agissant du droit international27(*).

Il n'existe toujours pas d'autorité pour assurer l'ordre et le respect de normes, et pas de police qui posséderait le monopole de la violence. Les seules entités capables de faire appliquer un « droit » sont les grandes puissances qui disposent de la contrainte. Mais personne ne peut venir limiter, réglementer l'usage de la force, sinon une coalition plus puissante d'Etats menacés28(*).

Le droit n'a finalement pas réussi à s'imposer comme facteur structurant des relations internationales, l'équilibre des forces demeurent le seul refuge pour le maintien ne fut-ce que minimal de la sécurité et de la paix mondiale. Mais cela n'exclut pas le fait pour les Etats de s'engager dans des traités et accords bilatéraux et multilatéraux pour tenter de réguler et de stabiliser les affaires mondiales dans nombre de ses aspects.

Le principal enjeu dans ce domaine reste toujours celui d'instaurer une autorité supranationale et bienveillante qui donnerait au droit international toute sa pertinence. Un droit accepté par tous les Etats et qui se poserait en substitue au mécanisme westphalien d'équilibre des puissances dans cette quête de stabilité et de sécurité collective.

· L'économie internationale

Les questions économiques revêtent de une plus grande d'importance dans les relations internationales de l'après guerre froide à tel enseigne que certains tentent de l'ériger en principe d'ordre, en facteur structurant dans cet international qui ne cesse de se mondialiser et de modifier les fonctions de la puissance. Car toute politique des Etats modernes vise à maximiser l'intérêt de la nation en termes de production des richesses. La politique étrangère inclut de plus en plus des considérations économiques importantes qui deviennent parfois l'unique ressort de la diplomatie, la guerre étant devenue une menace virtuelle pour beaucoup d'Etats. Cette économicisation des rapports internationaux explique le fait que ce soient les chefs d'entreprises qui accompagnent désormais les chefs d'Etat et des gouvernements dans leur déplacement à l'étranger, alors qu'à une certaine période, seuls les politiques étaient admis dans ce cercle fermé de la diplomatie.

A cette ère de la mondialisation, note le Professeur Mokili Jeannot, la compétition économique prend des allures vertigineuses. La bonne santé d'un pays se mesure désormais à l'importance de ses exportations et à la compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux. C'est à l'intensité des mouvements des biens et des capitaux qu'on mesure aujourd'hui la prospérité du globe29(*).

Cependant les pays pauvres d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine éprouvent des sérieuses difficultés à s'intégrer dans ce jeu de mondialisation des économies. Ils ne parviennent pas à assurer leurs économies et à participer aux échanges. La mondialisation fait plus l'affaire des nations industrialisées dont les produits ne cessent de générer des plus valus. Un petit nombre seulement d'Etats de ces régions ont réussi à percer économiquement. On parle de plus en plus des nouveaux pays industrialisés ou pays émergents qui tentent de s'organiser, de se regrouper pour peser considérablement dans la conduite des affaires mondiales. Ce qui pourrait à la limite et selon certaines prévision entraîner des changements considérable dans l'équilibre mondial.

Le rapport publié par le Goldman Sachs en octobre 2003 prédit pour sa part le déclin économique des USA au profit du dragon et de l'éléphant asiatiques. Selon ce rapport, le XXIième siècle sera celui de la Chine et de l'Inde. Le PIB de la chine dépasserait celui des USA en 2040. Quant à l'Inde, dont la population rattrapera celle de la chine vers 2030 pour atteindre 1,9 milliards à la fin du siècle, son PIB croisserait celui de quatre grandes économies européennes en 2035.

De fait, le PIB de ces deux géants calculé aux prix intérieurs, c'est-à-dire à parité de pouvoir d'achat (PPA) avoisinerait en 2004 6900 milliards de dollars pour la chine et 3100 milliards pour l'Inde. Ils se situeraient donc respectivement au deuxième rang et quatrième rang mondial, après les Etats-Unis et le Japon, et auraient contribué pour près de 40% à la croissance mondiale30(*).

· Défense et stratégie

Avec l'écroulement de l'URSS, des équilibres locaux ou régionaux de la guerre froide ont été rompus, le risque d'un affrontement direct entre puissances nucléaires s'est étiolé ; mais les conflits armés n'ont pas disparu pour autant ils se sont transformés. Ces transformations de la nature des conflits obligent également une évolution dans les réponses à y apporter. Il faut désormais se préoccuper des moyens de faire face aux conflits infra étatiques, aux risques de prolifération des armes de destruction massive et au développement du terrorisme international31(*).

Ces conflits armés font d'énormes ravages humanitaires et sont porteurs d'instabilités politiques dans plusieurs régions du monde. C'est le cas par exemple de l'Afrique centrale où l'on assisté à la plus grande guerre d'Afrique moderne qui a mis aux prises sept nations autour de la RDC, causant des millions des morts civils et militaires et obligeants des milliers des personnes à l'errance. Cette instabilité est loin d'être jugulée malgré les efforts déployés et les risques d'embrasement reste donc permanents.

· Les enjeux transversaux

Les enjeux transversaux concernent une variété de question qui au fil des ans ont acquis une nette importance et nécessite de ce fait des réponses appropriées de la part de l'ensemble des sociétés parties du système international en présence. Il s'agit entre autre  de : l'environnement, l'énergie, la migration, la santé et la criminalité internationale.

- l'environnement

Les pratiques humaines éprouvent considérablement l'écosystème. Les études menées à cet effet font état d'une dégradation à haute échelle de l'environnement qui menace la vie sur notre planète et les prévisions sont encore plus alarmistes. Le principal défi à relever est de réduire sensiblement les émissions des gaz à effet de serres qui détruisent la couche d'ozone entraînant des changements climatiques à la base des catastrophes naturelles dans plusieurs régions du monde et d'autres menaces plus sérieuses encore sont attendues.

Le groupe d'experts et des responsables environnementaux, membres du Programme appelé Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire (EM), a fait remarquer dans son premier rapport qu'au cours des 50 dernières années, la demande croissante en nourriture, en eau douce, en bois de construction, en fibres et en combustibles a provoqué des changements sans précédents dans les écosystèmes. Ces changements ont mis à rude épreuve la capacité de la terre à subvenir aux besoins des générations futures. On a sur exploité sa capacité à polliniser les cultures, à renouveler l'air par les plantes sauvages et à recycler les éléments nutritifs par les océans. De plus, une vague d'extinction massive d'espèces menace la planète32(*).

Le quotidien canadien Globe and Mail, rapporte de son coté que, les humains dégradent la planète à un rythme qui augmente le risque de bouleversements écologiques susceptibles de causer des maladies, la déforestation ou l'apparition de zones mortes dans les océans. Les zones humides, les forêts, les savanes, les zones de pêche côtière, les estuaires et d'autres habitats qui recyclent l'air, l'eau et les éléments nutritifs nécessaires à la vie sont entrain de subir une détérioration irréversible33(*).

Plusieurs initiatives ont été menées et d'autres sont attendues pour préserver la planète terre d'une éventuelle disparition. L'attention se tourne plus vers les pays industrialisés considérés comme étant des grands pollueurs dont notamment les USA, la chine, l'Allemagne, la grande Bretagne, la France, le japon, etc. ceux-ci doivent prendre des engagements pour réduire leur niveau de pollution mais aussi mettre des moyens financier pour préserver certaines réserves écologiques telles que la forêt amazonienne en Amérique latine et la forêt équatoriale en Afrique centrale dont plus de la moitié se trouve sur le territoire de la RD Congo.

- L'énergie

L'eau, le pétrole, l'électricité, le gaz, le charbon et autres minerais et hydrocarbures font l'objet d'une demande croissante aussi bien pour les industries que pour les ménages. Ces ressources énergétiques étant épuisables et inégalement reparties sont pourtant indispensables dans bien des cas et font l'objet d'une sur exploitation qui pourrait conduire à leur épuisement. Il y a aussi les aspects géopolitique et géostratégique liés à l'accès ou à la captation de ces ressources. Le pétrole est actuellement considéré comme le facteur fondamental des conflits à travers le monde. Plusieurs analystes soutiennent que l'eau douce se fait de plus en plus rare en surface et qu'elle pourrait très bientôt alimenter les guerres dans certaines régions du monde.

Les risques de rareté ont conduit les communautés scientifiques à travers les pays à se concentrer sur la recherche des nouvelles générations d'énergies ou des énergies renouvelables moins polluantes. C'est le cas des biocarburants que l'on produirait à partir des certains végétaux en remplacement aux fuels habituels. Mais cette entreprise ne sera pas sans danger. Cette nouvelle entreprise ne sera pas sans danger, les spécialistes estiment déjà qu'elle aura des effets négatifs qu'elle pourrait éventuellement accentuer la famine à travers le monde.

- La migration

Les mouvements des populations constituent l'un des plus grands défis des relations internationales en présence. Des milliers de personnes émigrent quotidiennement et pour diverses raisons vers des régions ou pays qu'ils jugent plus confortables pour leur survie et cela parfois au péril de leur vie. L'Europe, l'Amérique du Nord et certains pays émergents de l'hémisphère sud sont confrontés à l'afflue des immigrants qui arrivent par mer, air ou route.

La gestion de ces mouvements migratoires clandestins dans la plupart des cas, oblige les Etats de départ généralement pauvres et les Etats de destination (occidentaux) à plus de coopération. Les pays pauvres devant, certainement avec l'appui des pays riches, travailler à créer des conditions de vie acceptables sur leur territoire pour casser le mythe migratoire d'un eldorado européen et américain.

- La santé

La mondialisation a accéléré les risques de propagation et de contagion à travers le monde dans la mesure où elle accroît les contacts entre les hommes et l'intensification des échanges dans tous les sens. Les humains et certains produits sont devenus des vecteurs des maladies surtout en cas de migration clandestine et de contrebande.

Il faut désormais redouter des catastrophes sanitaires à l'échelle mondiale car, les épidémies et les maladies infectieuses transmissibles font régulièrement leur apparition. En dehors du Sida et de la malaria on peut citer des maladies comme : la méningite, la dingue, le choléra, le thyphus, le virus Ebola, la polyomyélite, le sras (syndrome respiratoire aigu sévère), la grippe aviaire, la vache folle ; le virus influenza (grippe) de type A et de sous type H1N1...

Il y a une nécessité de mettre sur pieds des politiques ou mécanismes solides au niveau des Etats et des institutions internationales spécialisées comme l'OMS pour éradiquer ces maladies qui menacent grandement les vies humaines dans différentes régions du monde. La malaria par exemple est la plus grande cause de mortalité en Afrique et le Sida ne cesse de gagner du terrain.

- La criminalité internationale

La criminalité transfrontalière prend des proportions extraordinaires au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans la mondialisation. La notion de la plus value semble ne pas profiter qu'aux Etats seuls, plusieurs entités criminelles sont décidées de jouir des bénéfices de la mondialisation pour renforcer leur capacité de nuisance ou faire prospérer leur trafic jugé pourtant illicite. En plus du phénomène de la mondialisation la montée en puissance du crime organisé pourrait bien aussi s'expliquer par la profusion des Etats en faillite ou effondrés.

Le terrorisme, le narco économie ou narco business, les trafics humains, les pirateries sur terre, sur mer et dans les avions, la cyber criminalité, le blanchiment d'argent, etc ; sont autant des trafics illégaux qui mobilisent les politiques des Etats et de la communauté internationale. La coopération internationale en matière de répression et de démantèlement des réseaux criminels s'intensifie de plus en plus dans certains domaines mais dans d'autres domaines comme la cyber criminalité par exemple certains Etats sembles retissant voyant dans les « hackers » ou pirates informatiques des opportunités pour faire face à la guerre informatique qui se profile (cas de la cyber-armée Iranienne).

Les Etats et la communauté internationale doivent en outre actualiser de façon permanente leurs méthodes de lutte car, ces groupuscules, tels des laboratoires, travaillent à mettre sur pieds des mécanismes plus subtils de contournement des systèmes de sécurité et de contrôle imaginés par les services officiels. Mais la tâche semble plus rude d'autant plus que, la pauvreté grandissante dans plusieurs coins de la planète et la persistance de la corruption même dans des pays développés offrent à ces cartels et groupuscules des opportunités pour perpétuer ces sales besognes.

En effet, l'état actuel du monde en ce début du XXIème siècle porte à croire que les relations internationales policées et régulées ne sont pas à venir. La refonte des alliances imposée par l'implosion du système bipolaire laisse l'impression d'un désordre généralisé. Les facteurs d'instabilité se sont accrus dans la plupart des domaines, et il en résulte une difficulté de plus en plus grande, pour n'importe quels pays, n'importe quelle force ou institution, à contrôler l'évolution des affaires mondiales.

Cette configuration du monde post blocs parait préoccupante d'autant plus que le nombre d'Etats africain, asiatique et latino américain pataugent dans un chaos social, économique, sécuritaire et politique dramatique qui risque de mener à l'éclatement la plupart d'entre eux, faute d'attention particulière d'une communauté internationale elle-même en mal des repères.

Mais il est tout aussi possible que le démantèlement de ces Etats effondrés soit une alternative à la stabilité et à la pacification des relations internationales car, il n'est pas certain, note François Thual, qu'une planète hyper balkanisé signifierait obligatoirement une situation de guerre totale. Ce n'est pas forcément le schéma qui correspondrait à la guerre de tous contre tous La prolifération sur la scène internationale des Etats de dimension géographique réduite et moins ambitieux ; et sur lesquels dominerait un nombre limité des puissances, faciliterait peut être le contrôle et la gestion des crises de la mondialisation34(*).

Ainsi, la République Démocratique du Congo qui a été diagnostiquée comme une des « Etats en faillite » le plus exemplaire de la planète a le devoir de renaître et d'échapper à la conjecture s'agissant de la conduite de son destin. Cela d'autant plus que plusieurs enquêtes attestent de l'existence des schémas ou plans de balkanisation du territoire de ce pays ; les guerres à répétition dans la partie est de la république serait en effet l'une des stratégies machiavéliques arrêtées par ces forces sans visages.

Les difficultés du Congo, comme nous l'avons soutenu depuis le début de cette étude, sont de deux ordres ; existentiel et praxéologique. Ce qui en principe devrait l'obliger à recréer son indépendance et sa souveraineté en vue d'abord de quitter son stade actuel qui le réduit à un simple réservoir des matières premières autorisant toutes les ambitions même cyniques de ses prédateurs ; mais surtout et par la suite de retrouver sa place dans le concert des nations et de jouer son rôle d'ancre de stabilité et de socle d'intégration économique africaine.

Dans son livre intitulé l'empire de la honte, jean Ziegler écrit : « pétri du sentiment pénible de son infériorité, de son indignité, découvrant que ni la faim ni la dette ne sont inévitables, l'homme honteux du tiers monde peut, lui aussi, prendre conscience et se lever. Souffrant de son déshonneur, l'affamé, le chômeur, l'homme humilié raval sa honte aussi longtemps qu'il croit sa situation immuable. Il se transforme en combattant, en insurgé, en révolté dès lors que la prétendue fatalité révèle ses failles. La victime devient alors acteur de son destin35(*).

Le déclin de la RDC n'est donc pas une fatalité, il est un phénomène largement réversible. Son effondrement s'origine dans l'informalisation de l'appareil de l'Etat et dans une absence de politique d'anticipation et d'aggiornamento de ses décideurs. Seul un processus d'inversion global, réfléchi, méthodique et suivi des tendances actuelles lui permettrait de renaître à la puissance et à la grandeur.

Cette ambition de renaissance qui relève essentiellement de la géopolitique devrait obliger la RDC à ne compter que sur ses propres facteurs, ses propres atouts, ses capacités mobilisatrices et créatrices internes. Cette approche endogène s'impose d'autant plus qu'aucun exemple contemporain n'atteste l'aptitude de la communauté internationale à reconstruire avec succès un Etat effondré et de même aucun Etat ne peut faire totalement pour l'autre ce qu'il n'est pas en mesure d'entreprendre par lui-même. L'appui des partenaires doit être minoré, revêtir un caractère supplétif.

DEUXIEME CHAPITRE :

LES AXES MAJEURS DU PROCESSUS DE RENAISSANCE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO.

La renaissance dont question dans ce chapitre se veut absolument aux antipodes de celle que les Etats-Unis ont fait miroiter au continent africain dans la dernière décennie du XXème siècle. Au sens américain, la renaissance ne traduisait au fond qu'une simple reconsidération par la super puissance mondiale de ses rapports avec l'Afrique. C'est dire que ce continent cessait d'être une chasse gardée pour devenir un terrain nivelé sur lequel les Etats-Unis allaient intervenir directement pour défendre ses intérêts.

La renaissance ici qui est synonyme de reconstruction ou de refondation nationale, s'entend d'une démarche visant à repenser l'Etat, à rationaliser son existence présente en le dotant des moyens suffisants et indispensables dans l'exercice de son indépendance et de sa souveraineté ainsi que dans l'exercice de sa responsabilité locale, régionale et globale. Car, comme l'écrit robert Bosc : « un Etat qui n'a pas des consistances propres ne peut jouer ni de la puissance, ni de la communication, il n'existe pas, s'effondre du dedans »36(*).

L'ambition de renaissance doit également être perçue comme étant une réponse de la nation congolaise à l'endroit de certains fondamentalistes occidentaux qui pensent que l'Etat en Afrique devrait disparaître car artificiel37(*). Cette approche négationniste ne débouche sur rien de concret et semble même subversive d'autant plus qu'elle tend à légitimer la refonte de la territorialité des Etats africains avec le risque de conduire à un désordre généralisé sur le continent alimentant de ce fait l'insécurité et l'instabilité mondiales qu'on a du mal à juguler depuis la fin de la guerre froide. L'Occident chercherait en outre de sortir l'Afrique des relations internationales contemporaines en ressuscitant les empires et royaumes précoloniaux ; ce qui visiblement consacrerait l'échec du devoir civilisateur dont il s'est toujours targué.

Cet anti africanisme est de tout point de vue désuet. La différence entre les Etats sur la scène internationale, faisons nous le devoir de rappeler, ne repose pas tant sur la nature mais plutôt sur le degré. Les Etats en Occident sont naturellement l'égal des Etats africains ; ils sont censés disposer des mêmes éléments constitutifs, remplir les mêmes missions et poursuivre des finalités identiques. Seul le degré ou la puissance permet d'établir une hiérarchisation entre les Etats puissants, moyens et faibles.

En effet, l'empuissancement de l'Etat qui constitue le produit final de ce projet de renaissance suppose la prise en compte d'un certain nombre des facteurs ou variables, c'est à dire des domaines prioritaires sur lesquels il faudrait centrer l'action publique pour garantir un achèvement complet et utilitaire du processus en cours.

Section 1 : Examen des facteurs déterminants

Nous examinons ici une série de variables qui doivent en principe sous-tendre le processus de renaissance ou de refondation du Congo. Bien aiguisées, celles-ci permettront de corriger les insuffisances structurelles de l'Etat, de garantir son autonomie et de renforcer ou d'affermir ses capacités d'action à l'intérieur comme à l'extérieur. Il s'agit entre autres du facteur politique, du facteur administratif et judiciaire, du facteur économique, de la diplomatie ainsi que du secteur de la sécurité.

1.1. Le facteur politique : nécessité de consolider la démocratie

La politique est au coeur de tout système d'organisation sociale. Elle est l'intelligence organisationnelle pour aboutir à la réalisation du destin national. « Tout est politique », disait Hegel dans ses analyses philosophiques de la société38(*). C'est la politique qui planifie le développement à l'intérieur et décide de la paix ou de la guerre dans les rapports entre les nations. C'est également par elle que sont redistribuées les richesses d'un pays. C'est en elle que l'Etat trouve finalement d'existence réelle. Bref tout changement social véritable relève irrévocablement de la volonté politique.

Partant de cette thèse, nous pouvons affirmer comme william Zartman que l'effondrement de l'Etat est à la fois une cause et un effet politique qui ont leurs implications économiques et sociales39(*). Son inversion complète ne devrait également que dépendre d'elle (la politique) mais à condition que la substance du pouvoir ne demeure la même car, en toute évidence, seule une bonne politique permettrait de corriger les effets néfastes des mauvaises politiques antérieures. Ce qui pose naturellement la question de la nature du système politique en RD Congo.

L'expérience de ce pays atteste suffisamment que l'informalisation de l'Etat résulte des pratiques nuisibles, anti républicaines des pouvoirs autoritaires qui se sont succédés depuis juin 1960, ceci du fait qu'au bout de compte, la tyrannie détruit elle-même l'Etat impitoyable qu'il a été créé40(*). D'où la nécessité pour le Congo renaissant de se muer en véritable société démocratique, synonyme de dépérissement de l'héroïsme traditionnel des dirigeants, de prise en compte des critères objectifs dans la gouvernance de l'Etat mais surtout de responsabilisation du peuple dans la conduite de son destin. C'est pour ainsi dire que la renaissance du Congo ne peut être ni plus ni moins que la rançon de la stabilité politique ancrée dans les valeurs de la démocratie moderne.

1.1.1. La démocratie dans le processus de renaissance de la RDC

La démocratie est une façon d'exister d'une communauté et de se gouverner par un renforcement de sa cohésion et de mobilisation des énergies dans la réalisation du bonheur collectif ainsi que dans l'action face aux contraintes et sollicitations de l'environnement extérieur.

La démocratie diffère du totalitarisme non pas par ses méthodes du pouvoir mais par son fonctionnement et sa finalité. Edouard Balladur considère à ce sujet que, si le principe de la politique, la conquête du pouvoir demeure identique à ce qu'il fut toujours, son but affiché est différent. A notre époque, ajoute-t-il, le pouvoir ne peut plus prétendre être à lui-même sa seule fin, au service d'un intérêt égoïste. Le peuple qui en est le maître ultime, entend qu'il soit exercé pour son bien être, la sauvegarde de son avenir, pas uniquement pour satisfaire les instincts de domination de qui le détient41(*).

Ainsi, les élections référendaires et politiques organisés en RD Congo et qui ont conduit à l'installation des institutions de la troisième république, constituent les prémices d'une démocratisation qui, de par sa fragilité, nécessiterait un renchérissement, une consolidation pour éviter de tomber dans des formes dévoyées ou approximatives de celle dont le pays a besoin pour assurer sa renaissance.

Cependant, outre sa version institutionnelle, la démocratie en tant que système d'organisation politique est porteuse d'un certain nombre des valeurs aux quelles il faudrait désormais se conformer.

1.1.2. Démocratie : un phénomène historique de la société congolaise

La survie et la continuation du processus de démocratisation au Congo dépendent fortement de l'entendement que le peuple a de celui-ci, de l'image qu'il s'en fait et de son minimum de conscience sur les règles de fonctionnement. Ce qui voudrait en surplomb que ce processus ne puisse pas être présenté comme étant une stratégie occidentale et dont le Congo ne serait qu'un simple gestionnaire, ce malgré les appuis considérables reçu de ce dernier dans la restauration de la légitimité des institutions du pays. Il ne devra également pas avoir l'apparence d'une simple formalité protocolaire pour s'assurer de l'accès à l'aide internationale. Car l'aide au développement est devenue depuis la fin de la guerre froide une prime à la bonne gouvernance, à la transparence et aux efforts de libéralisation économique.

La démocratie doit être considérée comme étant une propriété de la nation congolaise, le résultat de son inventivité ou géni propre et le produit de son évolution historique. Elle doit exprimer le désir ardent de l'ensemble de la nation congolaise de changer son destin en brisant véritablement le cercle vicieux de l'autoritarisme qui a longtemps durant conditionné la sphère politique de ce pays et empêcher son développement économique et social ainsi que son affirmation en tant que puissance du monde.

Ce changement de regard s'impose tant pour la classe politique que pour le reste de la population et sa connaissance est indispensable car, le doute, le pessimisme et l'ignorance de la population vis-à-vis de ce processus conduiraient inexorablement à la passivité laquelle hypothéquerait considérablement le projet de renaissance de l'Etat.

Il n y a donc pas d'incompatibilité entre la pauvreté et la démocratie comme le fait croire une certaine théorie42(*). Mais cette ouverture à la démocratie doit se faire avec plus de réflexion, moins de précipitation et le Congo devrait se donner au nom de celle-ci le droit de disposer d'elle-même, c'est-à-dire d'adapter la démocratie à ses réalités socio-économiques propres. Formaliser la démocratie de sorte à la rendre complètement opérationnelle et porteuse de croissance.

Toute fois, la politique, comme le note Georges Burdeau, ne préoccupe pas l'homme. Ce qui l'intéresse ce sont les valeurs auxquelles elle s'adosse pour en faire le fondement de la discipline à la quelle il est astreint. C'est pour ainsi dire que l'adoption de la démocratie comme principe politique pour le Congo renaissant implique un strict respect des vertus qui accompagnent ce système d'organisation.

1.1.3. Les vertus démocratiques au bénéfice de la renaissance de la RDC

La démocratie n'est pas qu'un style de gouvernement, elle est une culture, une philosophie, une attitude de vie et une manière d'exister que chaque nation doit adapter à ses réalités propres. Cette adéquation préserve le processus des déviations éventuelles qui à terme pourraient produire des simples sensations démocratiques.

Au-delà des formes, mécanismes, techniques et méthodes démocratiques, fait remarquer Honoré Ngbanda, il y a l'esprit démocratique, contenu irréductible de la démocratie et sans lequel ceux-là ne sont que parure, oripeaux, voire supercherie. Ce contenu, c'est d'une part, partant de la valeur humaine, l'idée que le peuple des citoyens est la réalité de la quelle s'exerce le pouvoir et, d'autre part, en découlant certains principes qui sont autant des valeurs « démocratiques » : dialogue et participation, respect de l'intérêt général (bien être matériel et spirituel des citoyens, et bien commun, au sens thomiste du terme).

L'esprit démocratique, ainsi compris dans sa substance, ajoute-t-il, est l'âme même de la démocratie, abstraction faite des spécificités des formes et des mécanismes de sa matérialisation. Sans lui, toute « démocratie » est vide de contenu et simple illusion car seul l'esprit démocratique donne un contenu vrai, une substance réelle à la démocratie.

En quoi donc le système des valeurs démocratiques serait utile à la renaissance de la République Démocratique du Congo ?

Outre son aspect organisationnel - le gouvernement de type démocratique obéit au principe de séparation des pouvoirs où l'on peut alors distinguer clairement les branches exécutive, législative et judiciaire opérant chacune en toute indépendance - la démocratie comme système des valeurs servirait de fondement à la renaissance du Congo pour plusieurs raisons à savoir : le rétablissement de la confiance entre les différentes composantes de la société, la définition commune du destin national, l'émulation des dirigeants face à la pression résultant de l'alternance ainsi que le renforcement de la stabilité politique et de la paix civile.

a. La confiance retrouvée entre les différentes composantes sociales

La bêtise de l'autocratie a toujours été celle de créer un fossé entre la classe dirigeante et la masse. Le dictateur se méfie du peuple, s'éloigne de lui et se montre de plus en plus indifférent à ces revendications, insoucieux de son bien être, et à tôt fait de paraître inhumain, inutile. Il suscite l'aversion, la haine. La société devient en effet l'arène de l'hypocrisie et de la méfiance collective43(*).

Cette attitude du dictateur s'explique en grande partie par le mécanisme de son arrivée au pouvoir ; la force, la violence. Car bien que la coopération entre les hommes implique une autorité, c'est le mode d'exercice de cette autorité et le choix des gouvernants qui sont l'essence de la politique44(*).

Le suffrage démocratique véritable (universel, égal et secret) vient alors rétablir cette confiance et cette franchise qui se sont effritées par la boulimie du dictateur. Il permet aux citoyens de se choisir librement des dirigeants en qui ils placent toute leur confiance et en font une source d'autorité et d'identité.

Par le suffrage, la société démocratique renonce à la violence comme mécanisme de transformation sociale pour s'attacher aux mécanismes républicains de gestion institutionnelle. Elle consacre également la méritocratie comme mode de promotion sociale et répugne la médiocrité et l'obscurantisme entretenu par le militantisme aveugle qui fonde le système autoritaire. Plus une société évolue dans la pratique des vertus démocratiques, plus les considérations irrationnelles du genre ethnique, tribal, clanique héritées de l'autocratie sont donc condamnées à s'étioler.

Cette restauration de la confiance et de la franchise par les urnes facilite le dialogue libre et responsable qui permet de dégager des principes d'action dans l'immédiat et de poser les jalons d'un avenir radieux.

b. la définition commune du destin national par la promotion des libertés individuelles et la participation citoyenne

La mutilation des libertés individuelles et publiques que le pouvoir autoritaire organise et encourage, empêche tout débat constructif et toute contestation en cas d'abus ou de dépravation. Le tyran ne compte que sur son héroïsme traditionnel et ignore le bien être général. C'est lui le « guide éclairé », l'« intelligence sociale absolue », la «vérité immuable ».

En démocratie par contre, la société se construit autour des libertés individuelles et collectives. Quand elle règne, le politique ne cherche plus à faire peur, mais à plaire45(*). Les libertés garantissent la concertation permanente entre différentes couches sociales, laquelle permet de susciter un véritable sentiment d'appartenance à la nation et de renforcer la cohésion au sein de la communauté. La concertation promeut l'égalité des chances et permet d'apprécier objectivement les opinions et les capacités de chaque citoyen. La valeur sociale de l'action concertée démontre que, elle seule est capable de produire la prospérité d'un pays.

La participation des citoyens dans le processus de prise des décisions dans une communauté politique comme nous l'avons dit réveille en eux le sentiment d'appartenance au groupe, suscite le réflexe de résistance et de défense face aux problèmes qui touchent à la cohésion et à l'unité nationale, et permet de dégager le consensus pour définir la marche présente et future de l'Etat.

c. Un leadership responsable face à la pression de l'alternance

Le développement d'un Etat dans ses divers aspects est dans une large mesure dépendant de la volonté politique. Ce sont les hommes d'Etat qui ont en charge le destin de la nation ; ce sont eux qui élaborent des programmes d'action et définissent des stratégies pour produire le développement et la puissance voulus.

Un grand président, disait Théodore Roosevelt, doit être un éducateur qui doit jeter un pont entre le futur de son peuple et l'expérience vécue de ce peuple46(*). Cette thèse n'est soutenable qu'en démocratie où le dirigeant est soumis en permanence à une course contre la montre est s'atèle à marquer l'histoire de son empreinte avant que le peuple ne le remercie par un vote négatif.

Le futur devient pour tout gouvernement démocratique son champ d'action. Le désir de construire un édifice pour lequel la postérité lui sera reconnaissante constituera sa principale motivation. Et ce continuum d'investissement réussi par les pouvoirs qui vont se succéder de manière pacifique pourra constituer à terme un riche legs dans la réalisation du destin manifeste congolais. Et en dépersonnalisant du même coup la gestion de la cité, la prospérité et la puissance nationale fruits de cette alternance devront jouir d'une certaine longévité. C'est à dire que la démocratie devrait permettre à la RD Congo de maintenir sa stabilité politique condition sine qua non de son émergence et de sa puissance sur la scène internationale.

d. Le renforcement de la stabilité politique et de la paix civile par la promotion et la distribution équitable de la richesse nationale

Dans une société démocratique, le citoyen constitue la source et la finalité du pouvoir politique ; il est au centre des préoccupations de tout gouvernement. La construction de la nation se fait avec les hommes pour les hommes et le développement rime et rythme avec l'homme pris dans sa liberté47(*).

Le pouvoir démocratique ne garantit les droits et libertés des citoyens qui en retour restent attacher aux valeurs républicaines dont celle liée à la confiance aux institutions établies. Le gouvernement doit également se préoccuper de la qualité de vie de la population, de son bonheur car, la liberté ne peut s'exercer que par des hommes à l'abri du besoin, prévient Saint-Just48(*). L'Etat veille ainsi sur le pouvoir d'achat de la population, sa sécurité alimentaire, son accès à l'éducation, à la santé, à un logement salubre, à l'eau et à l'électricité...Bref, l'Etat se souci de l'épanouissement individuel et collectif des citoyens en distribuant équitablement la richesse produite par la nation.

Nous sommes d'avis que la renaissance de la RD Congo ne sera pas un effet du hasard, elle doit être pensée, conçue, planifiée et décidée par l'ensemble de la communauté avec une vigilance soutenue des différents gouvernements qui vont s'alterner.

Cependant, même démocratique, le pouvoir n'agit pas directement sur la société. Il opère par des auxiliaires ou des intermédiaires administratifs et techniques pour plus de pertinence dans l'action publique et assurer la proximité des décisions qui seront prises sur les populations concernées. En l'absence de ces intermédiaires, l'action publique ne produira que des effets d'annonce et sera condamnée à l'inefficacité et à l'ineptie. La justice constitue aussi un intermédiaire de taille, elle permet de maintenir l'harmonie et l'équilibre au sein de la société et fixé un certain seuil de responsabilité et de moralité qui favorise l'épanouissement véritable d'un Etat car, la justice élève une nation.

1.2. Les facteurs administratif et judiciaire

1.2.1. Aspect administratif

L'administration constitue l'armature de base de tout Etat moderne. Elle est l'auxiliaire du pouvoir politique. Elle assure la cohérence de la démarche du gouvernement, rationalise son action, renforce et purifie son organisation et couronne ses devoirs du sens de responsabilité dans la réalisation du bien être général. L'administration joue le rôle d'intermédiaire dans les rapports entre le pouvoir politique et la population. C'est elle qui inspire les décisions des organes politiques et se charge en même temps de les exécuter, non pas de manière aveugle, mais en appréciant les conditions d'exécution des dites décisions et peut dans certains cas infléchir celles-ci dans le souci de servir la population49(*).

Dans les pays en voie de développement, le rôle de l'administration est davantage renforcé comme le souligne Crawford Young : « l'administration n'est pas seulement l'organisme qui a la responsabilité des services publics essentiels, elle est encore, devant le risque de désintégration qui menace ces pays, le principal élément de cohésion. Si les partis politiques se révèlent incapables de réaliser l'intégration nationale, c'est l'administration qui doit prendre sur elle ce fardeau »50(*). Il conclut que toute faiblesse du secteur politique met en évidence l'importance du secteur administratif.

En RD Congo, l'administration se trouve dans un état lamentable, elle est complètement inopérante ou presque. A l'exception peut être des villes, Kinshasa compris, où l'administration fonctionne de façon relative et dont les effets de son action sont plus ou moins visibles ; dans les zones rurales par contre, les services publics sont en faillite.

Cette défaillance est la résultante des années de mauvaises gouvernances, des crises politiques, des guerres et se trouve être à la base du sous développement de la population congolaise et de l'insécurité qui règne dans le pays. Car, la multiplicité et la technicité croissante des problèmes à résoudre en l'absence d'une solide administration plonge l'Etat dans un immobilisme structurel lui permettant ni d'assurer le contrôle de la population moins encore de garantir son bien être.

Mais comment cette administration efficace dans les premières heures de sa création, se retrouve-t-elle aujourd'hui désarticuler ?

· Les différentes phases d'évolution de l'administration congolaise

L'évolution de l'administration congolaise correspond à la courbe politique du pays ; elle s'étale sur deux grandes périodes à savoir : la période coloniale et la période du Congo indépendant et souverain.

a. La période coloniale (1885-1960)

Le coeur du système colonial avait été l'administration. Elle avait systématiquement pénétré la société congolaise et l'avait organisée. La densité de l'administration au Congo, fait remarquer Raymond Leslie Buell, était la plus forte de toute l'Afrique, à l'exception de la Mauritanie et du Dahomey. Il n'était pas possible à un congolais, qu'il résidât en ville ou dans la brousse, de ne pas s'apercevoir qu'il était administré : ce qui différenciait le système belge des autres, c'est l'extension de l'administration, sa présence et son organisation dans la brousse même.

Malgré son caractère colonial, l'administration mise en place par le Roi Léopold II et reformée par la Belgique bien après, était une structure viable à tel enseigne qu'on ne ressentait pas immédiatement les conséquences d'une nomination mal faite, alors que dans le cas d'un administrateur territorial, qui occupait un poste de commande dans l'immédiat, on ne tardait pas à payer l'erreur51(*).

Le régime colonial organisa l'administration, par le décret royal d'avril 1887, en deux structures essentielles : l'administration centrale et l'administration locale. L'administration centrale ou le gouvernement comprenait l'administration centrale métropolitaine, tenue par le roi qui concentrait le pouvoir entre ses mains ainsi que le gouvernement général, tenu par un administrateur général représentant officiel du roi dans la colonie qui prit le titre de Gouverneur général et assisté d'un vice Gouverneur dès 1889.

L'administration locale était quant à elle organisée à l'intérieur de la colonie et avait en charge des zones urbaines ainsi que les zones rurales. L'élément le plus efficace de cette administration était le service territorial. Celui-ci dirigé par des agents européens blancs secondés par des assistants noirs52(*).

La réforme opérée par la Belgique à travers notamment la charte coloniale n'apportât pas des changements structurels et fonctionnels notables. Elle consista spécifiquement en la suppression des abus les plus criants du système léopoldien très contesté par l'Occident. Dans le fond, la Belgique poursuivit intégralement l'oeuvre coloniale c'est-à-dire l'exploitation du territoire et du peuple congolais au profit du royaume. Le paternalisme, système institué à cet effet, consista à prendre en charge les congolais considérés comme des perpétuels enfants.

L'agronome (un par territoire), secondé par des assistants africains et tout un réseau de « moniteurs » formé de façon rudimentaire et chargés de mettre en contact pratiquement toute la population avec le système administratif, était une figure aussi familière qu'impopulaire. La législation autorisant 60 jours par an (45 après 1955) de travail obligatoire dans l'agriculture (ou autres travaux principalement) fut appliquée jusqu'en 1960, bien qu'à ce moment on l'eut en pratique largement abandonnée. On pratiquait surtout ce travail obligatoire dans les régions cotonnières, qui couvraient des larges surfaces surtout à l'Est, et dans les banlieues rurales de centres urbains ainsi que dans les camps miniers, afin de procurer à la population africaine des éléments de base de son régime alimentaire.

Dès 1937, on estimait que ce système touchait 700.000 chefs de famille. Qu'il s'agisse des agents européens de l'administration ou des agents des compagnies privées, on semblait avoir pris pour norme un agent pour 2 à 3000 ouvriers.

L'administration se faisait sentir de bien d'autres manières encore. C'étaient les villages qui étaient chargés d'entretenir le réseau, relativement dense, des routes secondaires. Jusqu'à l'introduction généralisée - assez récente - du transport par automobile et camions, les réquisitions de main d'oeuvre pour le portage furent une scène courante de la vie des villages. En beaucoup d'endroit, l'administration avait réquisitionné des villages, pour se loger à proximité des routes. Jadis on avait pratiqué sur une grande échelle le recrutement forcé pour les mines, les plantations et l'armée ; après la guerre le problème fut plutôt de mettre fin à l'exode rural. Les excellents services médicaux eux-mêmes se montraient partout : l'on fit de vastes campagnes d'immunisation pour déceler et éliminer les épidémies surtout la maladie de sommeil.

Les officiers de l'administration étaient obligés de passer 20 jours par mois dans la brousse ; les instructions qu'ils recevaient soulignaient que, le gouvernement attachait la plus grande importance à ce que les fonctionnaires territoriaux visitent fréquemment les diverses parties du territoire soumis à leur autorité et entrent chaque fois en relations avec les indigènes53(*).

Le constat est que l'administration coloniale a été opérationnelle peu importe sa barbarie, ses finalités et ses bénéficiaires. Mais l'immobilisme structurel de la Belgique ne permit pas de préparer la relève. Aucune disposition n'a été prise pour assurer une continuation responsable et efficace de cette administration après l'indépendance. Pas de perspective pour la formation et même la responsabilisation graduelle des autochtones congolais. Le peuple devrait par contre être maintenu dans l'ignorance pour éviter des contestations. « Pas d'intellectuels, pas des problèmes » pensait le colonisateur.

L'ère post coloniale présageait inexorablement un vide administratif, c'est-à-dire que le Congo devint indépendant en l'absence de toute tradition administrative. La gouvernabilité de l'Etat était complètement compromise.

b. l'administration à l'ère du Congo indépendant et souverain (1960 à ce jour).

La décolonisation du Congo, la plus rapide qu'un pays africain ait connu, s'est faite dans la douleur. L'indépendance a directement donné lieu à des crises et des guerres qui n'ont pas permis aux nouveaux dirigeants congolais, peu ou pas formés, de se concentrer sur l'avenir de ce jeune Etat. L'échec d'une communauté belgo congolaise conduisit à la rupture de l'Etat normal au sein de ce nouvel Etat avec pour toile de fond la question de l'africanisation.

De même que dans tous les autres secteurs de la vie de l'Etat, les congolais revendiquèrent la commande de l'administration occasionnant ainsi le départ des agents européens sans qu'ils n'aient véritablement divulgué le secret de l'organisation et du fonctionnement de cette administration qu'ils ont tenu d'un bout à l'autre pendant près d'un siècle.

Du jour au lendemain et par une stratégie de remplissage, des simples agents congolais se virent placés devant la responsabilité d'administrer le pays. Cette absence d'expertise dans ce secteur vital ne pouvait qu'avoir des conséquences funestes. Le pays aura été quasiment placé sous tutelle en recourant à l'assistance technique et administrative de l'ONU pour éviter des dommages irréparables.

Mais la conception même de cette assistance en faisait une armature parallèle et totalement étrangère à l'administration congolaise, et qui de plus ne fonctionnait qu'au niveau central et provincial. Le fonctionnaire, lui, restait derrière son bureau, contemplant sans pouvoir y apporter remède. Dans ces circonstances, il est remarquable que le travail de routine ait pu continuer dans l'administration centrale et que dans beaucoup de territoires, l'administrateur ait si souvent réussi à maintenir l'ordre public d'une façon satisfaisante54(*).

La dégradation de l'administration va davantage s'empirer et ce malgré les tentatives de reforme, du fait de la persistance des crises et des conflits armés sanglants. Elle perdit de son efficacité et ne constitua plus ce rempart contre les troubles politiques que connaissait désormais le pays. La partition de l'Etat en plusieurs zones où régnaient des wars lords ou seigneurs de guerre aura consacré le démembrement de cette administration déjà mal en point.

L'évolution de l'administration va malheureusement correspondre à la courbe tumultueuse du secteur politique. Aux différents changements politiques correspondaient autant de scissions ou de regroupements des secrétariats généraux ou d'adaptations terminologiques. Tout cela ne cessa de bouleverser la physionomie de l'administration congolaise.

Le désordre s'accentua surtout avec la politisation de tous les secteurs de la vie nationale sous la deuxième république ; l'administration fut complètement soumise au MPR parti - Etat. Ce qui ne fut d'ailleurs pas sans conséquences car, la suppression de certains organes du parti dès 1980 entraîna un déversement dans l'administration d'un personnel pléthorique et non qualifié. La révolution de mai 1997 ainsi que le coup d'Etat de janvier 2001 vont en rajouter. Les reformes décrétées à chaque changement politique n'auront été que des effets d'annonce. Le chaos administratif est encore évident à ce jour.

Ce rappel historique nous permet d'affirmer que si c'est par l'administration que l'entreprise coloniale a trouvé d'assise véritable, c'est par elle aussi que le Congo renaissant doit chercher à assurer le contrôle et la maîtrise de son espace géopolitique interne en changeant simplement des moyens et des finalités. L'administration doit constituer le premier palier sur le quel l'élite politique congolaise incontestablement légitimé par un processus électoral devra s'accouder pour la réalisation du bien être collectif.

La forme unitaire fortement décentralisée consacrée par la constitution de février 2006 ne pourra produire des résultats escomptés que dans l'hypothèse d'un aboutissement rationnel et réel d'un processus de reforme global de l'administration. Cette réforme devra consister non seulement dans l'adaptation de l'administration aux critères d'organisation moderne (aspect structurel) mais aussi dans l'amélioration des conditions de travail ainsi que de traitement des fonctionnaires congolais (aspect fonctionnel).

La réforme devra aussi être intégrale, c'est-à-dire prendre en compte tous les échelons de l'administration à la fois les services centraux, qui se limitent aux fonctions de direction, les services locaux qui assurent les fonctions d'exécution et de gestion quotidienne ainsi que les services spécialisés qui sont plus techniques et se chargent du contrôle, de la surveillance et de la réglementation de tous les domaines de la vie des populations en milieux urbain et rural.

Il s'agira en outre de résoudre à tout prix la question des interférences des cabinets politique dans les activités de l'administration, principale friction, de paralysie et de gabegie. L'amalgame qui a toujours régné entre les deux niveaux doit être entièrement solutionné pour permettre à l'administration de remplir véritablement ses missions au bénéfice de la souveraineté interne et du bien être des citoyens. Les cabinets qui ne sont que des institutions d'appoint, permettent aux responsables politiques de gérer la clientèle politique mais ne peuvent en aucun cas se substituer à l'administration qui normalement assume la gestion du pays au quotidien.

Cependant, quoi que servant d'auxiliaire au pouvoir public dans la réalisation du bien être général, et bien que jouissant du privilège du préalable dans l'accomplissement de ses missions, l'administration de même que les institutions politiques doivent subir le contre poids d'un pouvoir judiciaire véritablement indépendant et organisé.

1.2.1. Le domaine de la justice

De même que pour l'administration, la justice doit impérativement trouver sa place propre dans l'organisation de la société congolaise renaissante. Elle doit constituer comme dans toute société démocratique moderne le rempart contre l'absolutisme des pouvoirs exécutif et législatif. L'organe judiciaire est censé veiller sur la licéité ou la légalité des décisions et des actions des dirigeants à l'égard de la population, maintenir l'harmonie entre les différentes couches de la société et préserver la moralité au sein de la communauté.

L'histoire renseigne cependant que l'appareil judiciaire congolais a toujours été délibérément maintenu dans un état permanent de déliquescence. Tous les régimes ou gouvernements qui se sont succédés avant et après l'indépendance du pays ne l'ont pas véritablement placé au centre de leurs préoccupations. Mais avaient-ils intérêt à prendre un tel risque ?

Il est évident que l'organisation d'une vraie justice était absolument incompatible avec l'entreprise coloniale exclusivement ancrée dans l'exploitation aveugle du congolais. Et les gouvernements qui se sont succédés depuis l'indépendance du pays n'ont pas pu corriger cette situation. La phobie d'un pouvoir judiciaire indépendant et véritablement organisé aura été une constante dans l'histoire de ce pays. C'est ce qui aura fait de l'Etat l'arène de l'impunité, de la contre bande, de la corruption, de la gabegie, de mutilation des droits et libertés, etc.

Un Congo renaissant ne saurait s'accommoder à un tel obscurantisme. Il doit être une fonction absolument inverse des républiques antérieures dont les pratiques iniques ont conduit à l'effondrement actuel du pays. L'instauration d'un Etat de droit est une donne essentielle dans ce processus de reconstruction ou de refondation du pays.

· L'impératif d'instauration d'un Etat de droit

Il est un fait que l'adoption de la démocratie comme principe d'organisation politique n'induit pas automatiquement l'effacement du cynisme naturel des citoyens et des dirigeants. L'instauration de l'homme dans l'ordre institutionnel démocratique implique nécessairement aussi son insertion dans un nouvel ordre juridique harmonieux et réellement opérationnel.

La société congolaise, comme toute société humaine, n'est pas un paradis d'intérêts bienveillants et mutuellement harmonieux, mais une arène où s'affrontent les cupidités et passions, susceptibles de s'harmoniser pourvu que les factions soient tenues en lisière et qu'un pouvoir centrale sage puisse s'exercer dans l'intérêt général55(*). Mais l'idée du bien commun n'est envisageable que dans un Etat de droit, dans une société où les droits et libertés des citoyens s'imposent à ceux qui détiennent l'imperium. Dans ces pays où le droit au bonheur est garanti et où le peuple est préservé de la tyrannie de ceux qui le gouvernent et où les peuple souverain jouit de son droit naturel à l'insurrection.

Le Congo renaissant doit être un véritable Etat de droit, une grande nation où la primauté du droit sera garantie, la loi prenant le dessus sur toute autre considération. Ce qui implique un rajustement structurel et la consolidation de l'indépendance de l'appareil judiciaire de sorte que l'égale protection des lois devant les cours et tribunaux soit la base de toute coopération judiciaire. Que l'on soit riche ou pauvre, que l'on appartienne à une majorité ou à une minorité ethnique ou religieuse, que l'on s'oppose au gouvernement ou qu'on le soutienne, chaque citoyen devra avoir droit à une protection égale devant la loi.

Une bonne justice devrait permettre de consolider la cohésion nationale et la confiance du peuple aux institutions démocratiques, de stimuler les investissements en garantissant le respect de la propriété privée, la sécurisation juridique des affaires ainsi que des investisseurs, mais surtout d'éviter l'arbitraire qui risquerait de compromettre le changement tant souhaité.

Pour ce faire, il ne suffit pas seulement de repenser les structures mais aussi de songer à l'amélioration des conditions sociales et économiques des personnes censées dire le droit sur l'ensemble du territoire national. Car, la justice élève une nation.

1.3. Le facteur économique

L'effondrement de l'Etat congolais est intimement lié à l'effondrement du secteur formel de son économie, ceci d'autant plus que la dérive économique ne permet plus à l'Etat depuis un certain temps de générer suffisamment des ressources pour accomplir les missions essentielles inhérentes à sa raison d'être.

En effet, si en 1960, la RDC était un des pays les plus industrialisés d'Afrique centrale et que seuls la Rhodésie (Zimbabwe actuel) et le Kenya offraient un paysage comparable - une économie principalement extractive et exportatrice des minerais, diversification de celle-ci avec une branche manufacturière encore liée, dans ses performances, au secteur de l'exportation, le secteur agricole constituait une des bases de production et d'accumulation des ressources pour le financement du développement56(*) -, il compte aujourd'hui parmi les pays pauvres très endettés de la planète. Son économie a viré essentiellement vers l'informel, les unités industrielles et commerciales des grands centres sont en faillite et la production dans l'arrière pays est marginale sinon inexistante.

Le Congo actuel développe ni une économie de production des bien ni celle de production des services et ne développe pas comme d'autres Etats du sud une économie de substitution pour faire face à la détérioration ou au déclin des termes d'échange sur le marché mondial57(*). Il demeure entièrement ou presque tributaire des importations pour desservir son marché intérieur en produits finis, agro alimentaires et autres.

Tout ceci explique les difficultés éprouvées par la RD Congo d'assurer la stabilité et la fluidité de son économie donc le contrôle de son marché intérieur, de disposer de suffisamment des ressources pour investir à l'intérieur et au delà de ses frontières mais surtout de réaliser des excédents qui lui permettent de prendre part effectivement à la grande messe des souverainetés. L'Etat aura été contraint de s'endetter au près des Etats occidentaux et des institutions financières internationales avec toutes les conséquences néfastes que cela a comporté sur sa souveraineté.

En remontant l'histoire, nous pouvons expliquer ce déclin économique et son rapidement basculement dans l'informel à travers deus facteurs majeurs : La non compétitivité des acteurs économiques congolais ainsi que la persistance des réflexes politiques « économicides ». Fernand Tala-Ngai fait largement le point là dessus. Il constate d'une part, les insuffisances des opérateurs économiques de la première génération et de ceux qui les ont succédés jusque là de conserver et de rationaliser les acquis économiques de la colonisation, de les consolider et finalement de les adapter aux évolutions et exigences du marché mondial.

si le nouvel Etat n'avait ni la compétence ni les moyens de contrôler efficacement l'économie nationale et que les insuffisances de la classe moyenne autochtone après le départ massif des colons belges entraînèrent la régression accentuée du Congo qui pourtant était considéré comme l'un des pays subsahariens à posséder une infrastructure industrielle capable de le faire entrer dans sa phase d'industrialisation ; les républiques qui se sont succédées n'ont pas pu, à travers les reformes entreprises, mobiliser des ressources humaines dans le secteur économique, c'est-à-dire la formation des opérateurs économiques pourvus d'une véritable culture industrielle comprenant la nécessité d'un transfert de technologie et le besoin d'une production des biens de substitution.

D'autre part, le marasme économique du Congo résulte des actions destructrices de certains dirigeants du pays qui confondent poste politique et affaires. L'amalgame entre la politique et l'économie est devenu au fur et à mesure une réalité permanente de la société congolaise. Les détenteurs du pouvoir politique se sont progressivement emparés des unités de productions et commerciales à tel enseigne qu'il faille désormais passer par la politique ou les politiciens pour avoir accès à l'économie58(*).

Cette situation est restée inchangée malgré les changements des régimes. C'est bien à ce niveau que Robert Mac Namara, ancien président du FMI, parlant du sous-développement et du chômage en Afrique, insiste sur la responsabilité des dirigeants africains dans l'effondrement de leurs économies. Le problème, écrit-il, vient en grande partie des politiciens africains qui se servent de leur position pour se procurer, à eux seuls, ainsi qu'à leurs amis, des emplois, des marchés, des monopoles publics et des gains illicites. L'Etat devient du même coup de moins en moins capables de produire des biens et des services au profit de la masse, de la population59(*).

A cette gestion patrimonialiste s'ajoute inéluctablement les aides internationales reçues de certains Etats et organismes financiers qui a placé l'Etat congolais en situation de « perfusion » économique. Les efforts de redressement ont nettement étaient ralentis, toutes les politiques économiques ne consistaient désormais qu'à obtenir un satisfecit des partenaires lequel était indispensable à la continuation des programmes qui servaient d'orifice à une économie lézardée. Du supplétif l'aide s'est rapidement transformée en opium.

Cette informalisation du secteur économique aura été la cause principale de la dépendance du pays et du déclin de sa souveraineté. Le Congo aura été extrêmement vulnérable vis-à-vis des partenaires. Les agitations autour des accords sino-congolais dans le cadre des cinq chantiers illustrent parfaitement cette dépendance. Steffan Marysse aurait en effet raison de considérer qu'un pays est tributaire des décisions extérieures concernant sa politique économique s'il doit faire appel à l'extérieur parce qu'il ne génère pas suffisamment des ressources économiques en lui-même pour faire face à ses multiples besoins en importation et remboursement de dettes extérieures60(*).

Mais même dans l'hypothèse que ces programmes, stratégies et plans des partenaires sont conçus avec plus ou moins de bonne foi, l'échec sera toujours au rendez-vous car les facteurs politiques générateurs des précédents échecs persistent. Il est nécessaire pour les congolais de développer un nationalisme économique fondé sur une gestion consciente et orthodoxe des ressources publiques. Le miracle économique congolais sera fonction de la moralisation de la vie publique et de la promotion des intelligences dans ce secteur. La gestion de l'indépendance et de la souveraineté du Congo est tributaire de sa capacité à assurer de façon autonome ses charges publiques et de dégager des excédants pour mener une politique étrangère cohérente et efficace.

1.4. Le facteur diplomatique

La diplomatie est au coeur des relations internationales. C'est par elle généralement que les Etats procèdent aux ajustements des leurs intérêts respectifs. Etant aux antipodes de la violence ou de la force, la diplomatie demeure en tout temps et en tout lieu l'expression d'une vision géopolitique clairement définie. C'est ce qui fait dire à Jules Cambon cité par François Scheer que, tant que les gouvernements des divers pays auront des rapports entre eux, il leur faudra des agents pour les représenter et les renseigner, et qu'on leur donne le nom qu'on voudra, ces agents feront de la diplomatie61(*).

Cependant, si l'action extérieure est dans le monde d'aujourd'hui la condition dont dépend le succès de tout le reste comme l'affirme Marcelle Merle62(*), celle -ci devra en toute évidence être conduite de façon suivie, sérieuse et pas trop maladroite. Raison pour laquelle les Etats veillent en permanence sur la qualité de leurs appareils diplomatiques (centrale et antenne de représentation) ainsi que sur la situation matérielle et financière des diplomates.

En RD Congo, la diplomatie se trouve dans un état sinistre, lamentable au point d'infléchir la notion même de la noblesse inhérente à la fonction. N'étant extérieure que de part sa destination, cette défectuosité de la diplomatie congolaise ne peut trouver d'explication cohérente que dans l'informalisation qui affecte le pays depuis plusieurs années et qui se ressent encore dans ces premiers instants de la troisième république.

En effet, outre l'inexistence d'une politique étrangère ou d'une ligne de conduite extérieure claire, la diplomatie congolaise et rongée par plusieurs autres maux encore. Il s'agit entre autres : d'un personnel pléthorique et démotivé à la centrale et dans les missions diplomatiques, des salaires impayés, le non rapatriement des diplomates et leurs familles, des nominations fantaisistes, de l'arbitraire, du favoritisme, du tribalisme, etc63(*).

Les missions diplomatiques sont laissées à l'abandon et la fonction elle-même demeure toujours personnalisée malgré les changements politiques de la dernière décennie. L'attitude des politiciens congolais pendant la transition 1+4 aura été encore plus machinale, en soumettant la désignation des diplomates de la république aux combines incongrues des composantes et entités. Il a fallu recourir à des concertations afin de définir le quota de chaque groupe aux motifs d'éviter une nouvelle crise et de sauver le processus politique. A quoi devrait donc servir pareille diplomatie ? A qui le diplomate devrait-il rendre compte ? Et de qui devrait-il recevoir des instructions ?

A cette ère de la globalisation, la diplomatie permanente demeure encore un facteur insurmontable et c'est par elle que le Congo pourra parvenir à se créer des rapports de forces favorables et indispensables à sa stabilité, sa prospérité et sa puissance à l'échelle tant locale, régionale que globale. La redynamisation de l'appareil diplomatique congolaise est une nécessité à laquelle ne pourrait se soustraire le gouvernement de la république.

Pour y parvenir effectivement, nous convenons avec Tshibasu Mfuadi que, pour mener une bonne diplomatie, à la hauteur de sa grandeur et de ses ambitions, la RD Congo aurait l'obligation de mettre en place des moyens humains et financiers nécessaires64(*).

a. Moyens humains : Professionnalisation de la fonction du diplomate

La RD Congo ne doit pas continuer à mener une diplomatie sans diplomates, c'est-à-dire que la gestion quotidienne des affaires étrangères doit être confiée à un personnel qualifié. Le savoir faire, la capacité de mobiliser des soutiens politiques extérieurs et l'expertise technique sont plus que jamais nécessaires. Et le bannissement de l'improvisation et de l'amateurisme doit constituer le fer de lance de ce projet de restauration.

Il est d'autant plus vrai que l'élargissement des champs de la politique étrangère dans les relations internationales contemporaines nécessite davantage des technicités dans la conduite des négociations au point qu'il soit devenu impossible d'attendre des seuls agents du Ministère des affaires étrangères et de la Coopération internationale une universelle compétence. Mais cela ne fait pas du diplomate un acteur suranné, car lui seul maîtrise mieux que quiconque la mécanique des négociations. Il faudrait simplement associer au travail perpétuel de ce dernier l'expertise voulue pour plus de solidité et de rentabilité dans l'action extérieure du pays.

Il faudrait également que le gouvernement de la république s'interdise de faire de la diplomatie un dépotoir ou un fourre-tout à laquelle seraient destinés tous ceux qui ne trouveraient pas des postes à occuper à l'intérieur soit encore comme un mécanisme ou une stratégie de mise en quarantaine des potentiels adversaires politiques. Comme l'écrit Henry Mova Sakany, c'est le Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale qui doit assumer la responsabilité de la politique dans son élaboration, responsable politiquement devant le chef de l'Etat et le parlement. Il répondra de toutes les actions entreprises pour engager le Congo à l'extérieur. Il doit marquer de son empreinte la politique étrangère congolaise65(*).

Il s'agit pratiquement d'insister sur la gestion rationnelle et responsable de l'ensemble du personnel diplomatique congolais, de la centrale aux antennes de représentation, que nous estimons constituer le pilier du processus de renaissance du pays dans son volet international.

b. Moyens financiers

Toujours dans cette perspective managériale de professionnalisation et d'efficience, il serait raisonnable que le gouvernement alloue au secteur de la diplomatie un budget nécessaire et conséquent en vue d'assurer un traitement de qualité à son personnel, d'acquérir des infrastructures et des outils modernes de travail mais surtout de mener à bien des actions dans l'intérêt supérieur de la nation.

Il est inadmissible que le fonctionnaire congolais qui doit s'engager dans la bataille diplomatique contre des éventuelles unités opposées au processus de renaissance ou à tout projet de puissance du Congo avenir soit continuellement clochardisé. Le caractère contre productif de cette diplomatie congolaise trouve principalement son explication dans les conditions de traitement déplorable des fonctionnaires en mission à l'étranger. Ceux-ci consacrent tout leur temps à rechercher les moyens de survie et passent finalement à coté de l'essentiel. Ils sont dans ce contexte exposés à la compromission, à la corruption et à divers autres égarements qui les discréditent et ternissent du même coup l'image de la nation.

Dans ce cadre, un nombre limité mais équilibré des postes diplomatiques à l'étranger et un personnel qualifié, bien rémunéré et suffisamment équipé vaudra mieux qu'un pléthore budgétivore, démotivé et peu rentable. Le recours au mécanisme d'accréditation multiple ou de zone diplomatique devrait grandement servir dans l'allégement des charges mais surtout dans le renforcement des actions des actions de l'appareil diplomatique congolais. Convient-il d'ailleurs de souligner ici et à la suite du Professeur Mpasi Makenga que, l'absence de mission permanente dans un ou plusieurs pays n'est pas synonyme d'inimitié ou de déconsidération car le recours à la diplomatie active dans les rapports entre souveraineté relève davantage de l'opportunité, de la stratégie et surtout des moyens66(*).

Nous considérons qu'une meilleure politique étrangère de la république démocratique du Congo ne sera possible que dans l'hypothèse d'un réaménagement de l'appareil diplomatique congolaise entendu comme machine ou outil de conversion des aspirations républicaines en actions stratégiques au service de la puissance, de la croissance et de l'identité de l'Etat.

1.5. De la sécurité et défense en RD Congo

Ce secteur s'avère très capital en RD Congo vu la porosité de ses frontières et l'insécurité qui y règne, occasionné par la présence des bandes armées dans plusieurs coins du pays, et ce malgré la normalisation de la vie politique consécutive aux élections de 2006. Les variables sécurité et défense s'entendent respectivement de l'aptitude de l'Etat à garantir l'intégrité de son territoire face aux menaces extérieures et de sa capacité à mettre sa population à l'abri des désordres intérieurs etc.

Relevant de la souveraineté du gouvernement congolais, ces missions font-elles intervenir à la fois la police et l'armée ainsi que toutes les officines de sécurité d'appoint telles que l'ANR, la DMIAP, le SNIP, la DGM ; le CND ; etc.

Cependant, malgré sa sensibilité ce secteur n'a pas échappé au processus d'informalisation de l'Etat et aura peut être même constitué l'épicentre du dit processus dans la mesure où, écrit Anicet Mobe Fansiama : « politiquement, le Maréchal Mobutu n'avait aucun intérêt à organiser une armée redoutable, disciplinée, républicaine et commandée par des officiers compétents, patriotes et soucieux de servir les intérêts de la nation, cela risquait de compromettre les desseins du régime. Et le pouvoir révolutionnaire, a semblé reprendre à son compte la politique suivie sous le régime précédent : étoffer le corps des officiers à partir d'un noyau dur composé d'élément originaire de la région présidentielle67(*).

L'armée au Congo parait foncièrement protéiforme dans sa nature. Le militaire congolais change constamment des statuts, il est un temps dans l'armée régulière (loyaliste), un autre temps dans la rébellion (mutin) et par la magie de la politique redevient loyaliste. Ces variations sont motivées par des considérations tribalo politiques mais surtout par un affairisme à ciel ouvert.

En outre, le rôle de l'armée congolaise et sa place ont aussi variés de façon continue depuis sa création suivant le voeu de la puissance colonisatrice et les visions des tenants des régimes qui se sont succédés à la tête du pays. L'on peut ainsi remarquer que si la Force Publique a servi de bras armé à l'aventure coloniale belge (le roi et l'auteur) c'est-à-dire d'outil pour la conquête du Congo, de son appropriation et d'asservissement de sa population, les FAZ et les FAC ont constitué des outils à la dévotion politique des dirigeants politiques qui pouvaient les utiliser dans le champ politique pour terroriser leurs adversaires. L'image laissée par les FARDC durant la transition politique 1+4 aura été celle d'un conglomérat ou d'une armée de juxtaposition acquise aux causes ethnico idéologiques et servant d'instruments de défense et de chantage pour le compte des composantes et entités au pouvoir.

En effet, comme l'on pouvait s'y attendre, le vide sécuritaire créé par cette série des pratiques rétrogrades des décideurs a aspiré sur le territoire national rebellions, armés étrangères et milices de tout genre à la base de l'insécurité et de l'instabilité interne et régionale. Et a nécessité par la suite l'implication de la communauté internationale à travers notamment la MONUC, aux fins de dissuader toute tentative de recours à la force qui menacerait le processus politique, de la part de tout groupe armé congolais ou étranger et d'assurer la protection des civils sous la menace imminente des violences physiques68(*).

Pour réhabiliter ce secteur, un processus de réforme a été enclenché dès l'ouverture de la transition de 2003 avec l'appui considérable de la communauté internationale. En abrégé SSR, cette réforme du secteur de la sécurité en RDC consiste non seulement en la formation et l'intégration d'une armée et d'une police nationale, mais aussi à la mise en oeuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion pour les combattants congolais et tous les groupes étrangers opérant sur le territoire congolais69(*).

1.5.1. Processus de reforme du secteur de la sécurité en RD Congo

1.5.1.1. Cadre juridique et politique de la réforme

La réforme du secteur de la sécurité en RD Congo s'appui sur trois documents qui lui donnent toute sa légitimité. Le premier l'Accord Global et inclusif, signé à Pretoria le 17 décembre 2002 par la plupart des ex-belligérants congolais et qui consacre tout un chapitre à l'armée. Il prévoit ainsi la création d'un conseil supérieur de la défense, dirigé par le Président de la république et chargé entre autres, de donner un avis sur la formation d'une armée intégrée et sur la politique de défense. Le deuxième est la constitution de la transition ratifiée le 02 avril 2003. Le troisième est l'acte d'engagement de Dar-es-Salam signé par les autres chefs des groupes armés non signataires de l'Accord de Pretoria.

Il convient de rappeler que l'objectif de l'intégration est de constituer l'embryon des forces armées de la RD Congo sur la base des éléments éligibles issus des composantes et entités membres engagés dans ce processus politique. Le plan prévoyait trois étapes dans ce processus de brassage, à savoir la formation de brigades d'infanterie pour le maintien de la sécurité pendant les élections, la formation d'une unité de réaction rapide et enfin l'établissement d'une force de défense forte à l'horizon 201070(*).

1.5.1.2. Les forces et groupes armés cibles

L'intégration de l'armée et de la police concerne plus précisément les forces et groupes suivants :

1. Les forces et groupes signataires de l'Accord de Pretoria.

Il s'agit ici des ex forces armées congolaises (FAC), du mouvement pour la libération du Congo (MLC), du rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), du rassemblement congolais pour la démocratie nationale (RCD-N), du rassemblement congolais pour la démocratie - mouvement de libération (RCD-ML) ainsi que des Maï-Maï.

2. Les signataires de l'acte d'engagement de Dar-es-Salam : le FNI, le PUSIC, l'UPC/RP, le FAP et le FDPC.

3. Les groupes armés non signataires des accords de paix, implantés à l'Est du pays, qui acceptent le principe du désarmement volontaire.

4. Les combattants congolais se trouvant à l'extérieur du pays.

1.5.1.3. Restructuration et intégration de l'armée

Le processus d'intégration consiste en l'identification, la sélection, le brassage et le recyclage des éléments éligibles dans le cadre de la mise sur pied d'une nouvelle armée nationale. Conçu et supervisé par le conseil supérieur de la défense et le gouvernement, le processus est mis en oeuvre par la Structure Militaire d'Intégration (SMI), créée par le décret n°04/014 du 13 mai 2004 portant nomination des membres du bureau.

La SMI collabore avec le Ministère de la Défense et la Commission Nationale du Désarmement, de la Démobilisation et de la Réintégration (CONADER). Elle bénéficie par ailleurs d'un appui de la Monuc et du Comité International d'Accompagnement à la Transition (CIAT).

Deux grandes étapes sont à prendre en compte à cet effet, il s'agit des critères d'éligibilité (a) et de l'intégration dans l'armée (b).

a. Les critères d'éligibilité

Dans la pratique, les candidats au brassage doivent remplir sept critères à savoir :

- La nationalité

- Le choix volontaire

- L'aptitude physique, médicale et mentale

- La bonne moralité

- Un bon profil psychologique

- Un minimum de six ans d'études primaires

- Avoir l'âge requis, c'est-à-dire 18 ans et 40 ans au minimum pour la troupe et les sous-officiers, et 45 au minimum pour les officiers supérieurs.

Pour ce dernier point, les militaires de toutes catégories hautement qualifiés peuvent bénéficier d'une dérogation. Les enfants soldats sont exclus du processus et démobilisés71(*).

Figure 1 : plan d'intégration de l'armée

Mise en place de la Structure Militaire d'intégration (SMI)

Centre d'orientation :

(SMI/CONADER)

- Identification

- Sélection

- orientation

- choix volontaire

Sensibilisation et information

Centre de regroupement

- Récupération des armes des forces

- Désarmement des groupes ou individus

- Enregistrement des armes par Monuc

- Renvoi des non combattants

- Transfert des mineurs aux organisations spécialisées

Centre d'orientation :

(SMI/CONADER)

- Identification

- Sélection

- orientation

- choix volontaire

Programme Démobilisation et réintégration (DDR)

Centre de brassage:

- Sélection militaire

- Brassage et recyclage (les soldats)

- Renvoi au programme DDR (candidats non retenus)

Centre de brassage:

- Sélection militaire

- Brassage et recyclage (les soldats)

- Renvoi au programme DDR (candidats non retenus)

Redéploiement des brigades intégrées sur le terrain

Source : Sebahara Pamphile, op cit.

b. Les phases d'intégration de l'armée.

L'intégration de l'armée se fait en plusieurs séquences dont les plus importantes sont :

- Le regroupement des compagnies au point de cantonnement (pour contrôler des listes nominatives) et celui des groupes ou individus armés au point de désarmement par la Monuc ;

- Le transport des forces vers le quartier général de la brigade où s'opère le recensement des personnes et du matériel ainsi que la récupération des armes avec la certification de la Monuc. A ce stade, les enfants soldats sont directement confiés aux organisations spécialisées ;

- Le transport vers les centres d'orientation, gérés conjointement par la SMI et la CONADER. Des activités de « tronc commun » consistent en l'identification, l'orientation et le choix volontaire des combattants. Des non combattants sont renvoyés chez eux à ce stade.

- Enfin, le transport, d'une part, des éléments éligibles vers `les centres de brassage » de l'armée où s'opèrent la sélection militaire, le brassage et le recyclage pendant une période de 45 jours et d'autres part, le transfert des éléments non éligibles au programme DDR pour une réinsertion dans le société. Des personnes jugées inaptes militairement dans les centres de brassage sont également envoyées au programme DDR pour un retour à la vie civile.

1.5.1.4. Bilan du processus de brassage

Le bilan du processus d'intégration de l'armée congolaise est mitigé. D'une part, des progrès significatifs ont été accomplis sur le plan de la sécurité et de la stabilité grâce à l'appui important de la communauté internationale. D'autre part, les actions réalisées restent fragiles et le plan stratégique de la reforme de l'armée connait beaucoup de retard dans sa mise en oeuvre.

Jusqu'en 2005, six brigades ont été intégrées et déployées à Kinshasa et dans les zones où les tensions et les violences étaient les plus importantes, à savoir l'Ituri, le Nord Kivu et le Sud Kivu. Cependant, seules trois brigades sur les six sont suffisamment équipées et ont participé aux opérations menées contre les groupes armés qui attaquent les populations en Ituri et dans les deux Kivu.

Par ailleurs, le brassage de six nouvelles brigades a commencé en janvier 2006. Réalisée dans les centres de brassage suivants :

- Kisangani avec l'appui de la Belgique ;

- Kitona avec l'appui de l'Angola ;

- Kamina avec l'appui de la Belgique et de l'Afrique du Sud ;

- Luberizi avec l'appui de l'Union Européenne.

1.5.1.5. Formation d'une police intégrée

Le mémorandum sur l'armée et les forces de sécurité signé le 29 juin 2003 par les signataires de l'Accord global et inclusif prévoyait la création de deux unités de police. La première est un corps de protection rapproché (CPR) responsable de la sécurité des leaders politiques et des sites des institutions de la transition. La seconde est une unité de police intégrée (UPI) chargée d'assurer la sécurité dans le pays.

Aujourd'hui, la police congolaise est constituée à 95% d'anciens membres des forces de l'ordre (gendarmerie, garde civile et police de circulation) du régime Mobutu. Son effectif se situait entre 90.000 et 114.000 policiers en 200572(*).

Dans le cadre de sa reforme, l'accent est mis sur le renforcement des capacités des policiers à assurer la sécurité pendant la période électorale et même après. Le plan stratégique de formation de la police prévoyait la formation de 740.631 policiers :

- 50.000 à Kinshasa ;

- 11.491 à Goma ;

- 8.000 à Gbadolité ;

- 2.640 à Béni ;

- 1.500 à Isiro ;

- 1000 à Lulindo.

La Monuc, avec plus de 700 policiers, appui significativement le gouvernement dans la réforme de la police. Les deux partenaires ont élaboré en 2005, un plan national de formation de la police. Ce plan décrit les activités de formation qui seront menées avec l'appui de la Monuc mais aussi des partenaires bilatéraux, notamment l'Angola, l'Afrique du Sud, la France et l'Union Européenne, jusqu'en mars 2006.

Au niveau des réalisations, au 15 novembre 2005, 17.800 membres de la police territoriale avaient suivi une formation de base sur les mesures de sécurité statique à mettre en oeuvre dans les centres d'inscriptions et de votes. En outre, 5300 policiers ont suivi une formation en matière de lutte anti émeutes dispensée par la Monuc dans les grandes villes du pays. Des policiers de la Monuc sont également déployés sur le terrain auprès de l'inspecteur général de la police et de tous les inspecteurs provinciaux à qui ils donnent des conseils de planification et de gestion des opérations.

La France a formé et équipé deux bataillons de la police d'intervention rapide basés dans la capitale. L'Angola et l'Afrique du Sud participent également à la formation des unités chargées d'assurer l'ordre surtout pendant les élections73(*).

Malgré ces quelques réalisations de formation, les défis restent encore nombreux dans ce domaine, d'ordre humain mais surtout logistique. Et à l'instar de la reforme de l'armée, des efforts restent à fournir en matière de lutte contre la corruption, qui s'intensifie à cause notamment de la précarité des conditions de travail et des salaires très bas.

Ce processus de reforme présenterait, à notre avis, des défaillances considérables qui risquent non seulement de prolonger indéfiniment ledit processus mais aussi et surtout de biaiser les résultats final attendu : formation d'une véritable armée nationale, intégré, moderne et à la fois offensive, défensive et dissuasive et pouvant intégrer les mécanismes africains et international de sécurité et de stabilité, ainsi que d'une police nationale disciplinée, intégrée et citoyenne.

1.5.2. Critique du processus de réforme du secteur de la sécurité en RD Congo

Les faiblesses liées à ce processus de refondation de l'armée et de la police sont d'ordre divers et varié parmi lesquelles figurent : la question d'approche, les critères d'éligibilité (avec un accent très particulier sur l'identification de la nationalité des candidats), la pluralité ou diversité des intervenants, la forte dépendance du processus aux financements extérieurs, le manque de civisme et de moralité dans le chef des premiers produits déployés sur terrain.

a. Question d'approche

L'approche politico militaire qui fonde ce processus de réforme du secteur de la sécurité semble prémonitoire à une politisation à grande échelle de la future armée et police congolaise et semble en même temps aussi ignorer la mauvaise foi de plusieurs acteurs politiques dont la plupart ne dispose que des milices ou groupes armés comme moyen de survivance politique. Pour ceux-ci ce processus s'apparente à un suicide politique.

La formation de l'embryon de la nouvelle armée congolaise à partir des éléments issu des différentes factions armées, présuppose que tous les protagonistes désormais impliqués dans le processus de paix, devraient accepter de se priver de leur force de frappe, c'est-à-dire d'abandonner complètement leurs armes et leurs troupes. Mais loin de jouer le jeu de l' « armée intégrée », note Thierry Vircoulon, les partis au pouvoir se sont efforcés de maintenir des chaines de commandement parallèles. Pour ce dernier, le processus d'intégration s'est heurté à deux problèmes majeurs : la comptabilité militaire et la répartition du pouvoir.

- La comptabilité militaire ; elle a été un motif de dissensions dès le début de la reforme. Lors de l'accord de Sun city, les belligérants avaient déclaré environ 220.000 soldats, chiffre qui avait « évolué » jusqu'à 340.000 avant d'être révisé à 240.000 par le conseil supérieur de la défense en 2004. Deux recensements étrangers (réalisés par l'Afrique du Sud et l'Union Européenne) ont conclu que le « gouvernement » gonflait ses effectifs d'au moins 50% afin d'engranger une plus- value sur le financement des troupes réévaluées à 100.000 hommes.

- La répartition du pouvoir militaire ; celle-ci a donné lieu à un véritable exercice diplomatique. Les commandements des dix régions militaires du pays ont été nommés selon l'accord sur le partage du pouvoir et sont chargés de superviser le processus d'intégration sur le terrain. Cette duplication de la composition du gouvernement de transition au niveau militaire a permis de tasser la crise qui se profilait.

Ainsi dans sa composition, le pouvoir militaire compte : 3 commandants membres des ex forces armées congolaises (FAC), 2 de l'ex RCD Goma, 2 du MLC, 1 du RCD-ML, 1 du RCD-N et 1 de Maï Maï74(*).

b. Critères d'éligibilité : la question de nationalités

La question de la nationalité constitue une autre brèche dans ce processus de reforme du secteur de la sécurité en RDC. L'armée congolaise de demain si elle doit être véritablement nationale et patriotique ne devrait compter dans ses rangs que des autochtones ayant intériorisé le sens de la bravoure, du sacrifice et de l'honneur.

La difficulté ici réside dans la faillite de l'administration publique. La paralysie du service d'état civil sur l'ensemble du territoire national ayant pour conséquence l'absence des cartes d'identités et des documents administratifs nécessaires pour certifier et authentifier la nationalité de tous ces hommes en armes candidats volontaires au processus de brassage et d'intégration dans l'armée congolaise. Cette carence expose largement le processus de refondation de l'armée et de la police à des manoeuvres subversives qui à la longue devraient compromettre le secret-défense et partant, le succès des opérations qui seront menées sur terrain par les FARDC et la PNC.

Quoique la présence des étrangers soit admise au sein des grandes armées du monde, en RDC cette option serait plus compromettante que bénéfique par le simple fait que le pays ne dispose pas encore d'une base solide et des mécanismes adéquats de contrôle d'une quelconque « légion étrangère ».

c. La diversité des intervenants

Le risque de formation hétéroclite des troupes devant constituer la future armée et police nationale congolaise est trop grand du fait de la prolifération des intervenants d'origines diverses. L'on devra de ce fait s'attendre, si aucun palliatif n'est apporté, à la constitution d'une armée de « juxtaposition » plutôt qu'à un « corps d'armée ».

Cette inquiétude s'accentue d'autant plus que le pouvoir militaire censé assurer la supervision sur terrain de l'intégration desdites troupes n'a pas été constitué de façon autonome. Il est donc nécessaire et impératif de réduire le nombre d'intervenants et de rationaliser la gestion du personnel militaire à travers notamment la revisitation des critères de mise en place des commandements au sein de l'armée.

d. La dépendance financière

La reforme du secteur de la sécurité en RD Congo dépend fortement des interventions des partenaires bilatéraux et multilatéraux en termes de financement des différentes phases de son exécution ainsi que de rémunération et d'équipement des troupes. Cette dépendance explique le fait que le gouvernement ne contrôle pas totalement la programmation des opérations dans le cadre de ce processus de réforme. Et rien ne semble encore acquis pour autant car, la reforme de l'armée n'est pas éligible à l'aide publique au développement.

Il est dans ce contexte fort peu probable que le processus n'arrive à terme à l'horizon prévu soit l'an 2010. Le Congo devrait redoubler d'ardeur dans la relance de son économie pour générer des ressources financières locales indispensables au financement du processus de refondation de ce secteur, car l'armée constitue le coeur de la souveraineté de tout Etat moderne.

e. Question du civisme et de la moralité des troupes

Ce volet est très déterminant dans la reconstitution de l'armée et de la police nationale en cours. Elle rappelle le « pro domo » du général Mahele à la conférence nationale souveraine qui préconisait en son temps une nouvelle éthique militaire compatible avec les exigences de la démocratie pluraliste instituée depuis 1990. Cette thèse est aussi appuyée par Anicet Mobe Fansiama qui considère que, les exigences de la démocratie sont incompatibles avec la logique d'une armée prétorienne, de soudards et de mercenaires. Il nous faut donc, ajoute-t-il, bâtir une armée de citoyens qui soit un instrument de protection des populations civiles contre toute agression extérieure afin de garantir la souveraineté et l'indépendance de l'Etat dont les institutions garantissent et protègent à l'intérieur l'exercice des libertés individuelles.75(*)

Le comportement sur terrain des troupes brassées et intégrées attestent suffisamment que le processus n'insiste pas assez sur la moralisation de la fonction militaire. Ainsi mises à l'épreuve dans un premier temps en Ituri, rapporte Thierry Vircoulon, ces forces brassées envoyées au combat sans logistique, ont remplacé les milices dans l'exploitation illégale des mines aurifères à Mongwalu.

La corruption des militaires, de l'homme du rang à l'officier, est un phénomène d'une ampleur peu commune. La militarisation de l'activité minière est le meilleur symbole. Au Katanga, les autorités ont-elles décidé en octobre 2005 de démilitariser la cité de Tenké Fungurumé pour prévenir un affrontement généralisé entre policiers et militaires. La reforme du secteur de sécurité à la mode congolaise, conclut-il, ressemble plus à un replâtrage qu'à une refondation.76(*)

Nous pensons globalement qu'il faille dans l'immédiat recadrer ce processus de reforme du secteur de la sécurité qui à terme devra doter l'Etat congolais d'une police efficace, disciplinée et sécurisante ainsi que d'une armée professionnelle, citoyenne et au service des ambitions géopolitiques du pays tant à l'intérieur qu'au niveau régional et/ou global. A la formation physique, morale et civique des troupes devra être associée une solde conséquente pouvant permettre aux militaires et leurs familles de vivre décemment.

En effet, la renaissance du Congo, entendue comme étant cette volonté, cette détermination de l'ensemble de la nation congolaise à s'engager dans un processus d'inversion de son informalisation, demeure le projet idéal et susceptible de doter l'Etat des moyens nécessaires non seulement pour recouvrer sa souveraineté interne mais aussi pour jouer un rôle de premier plan dans la géopolitique africaine et mondiale.

Section 2 : Dimensions géopolitiques externes du Congo renaissant.

La participation de la RD Congo dans le processus de recomposition stratégique africaine et globale constitue le second volet de ce projet national de renaissance. Elle suppose pour le Congo la recherche d'un rang et l'exercice d'un rôle stratégique majeur tant sur le plan local, régional que global. Cette ouverture au monde ne le destine pas uniquement à des sollicitations mais aussi et davantage à des contraintes de tout genre. Cela relève de la réalité internationale car, dans le système international, avant même qu'une puissance montante se manifeste de façon agressive, elle suscite des réactions préventives destinées à réduire ses responsabilités d'action77(*).

De ce fait, la conduite extérieure de la RD Congo dans l'international post-blocs devrait reposer sur trois leviers à savoir : l'axe diplomatico-stratégique, l'axe économique ou la mondialisation ainsi que l'axe institutionnel. Cette vision tri articulée apparait également dans les analyses du Professeur Philippe Biyoya Makutu sur la géopolitique de l'Afrique centrale et la stabilité régionale. Il parle d'un triptyque géopolitique consistant à :

- La résorption de l'instabilité et de l'insécurité résultant des conflits armés intra et inter-étatiques ;

- La gestion de la délicate situation de marginalisation et d'exclusion du continent africain du marché et de l'économie mondiale en même temps que sa conversion d'enjeu de politique mondiale en nécessité géopolitique africaine ;

- La réadaptation des règles du jeu globalitaire par la promotion du principe de la mise en commun des solidarités humaines, commerciales et sécuritaires par la mobilisation des investissements étrangers, ou alors impliquer les géants industriels dans la construction du destin africain78(*).

2.1. La dimension diplomatico-stratégique

La RD Congo évolue dans un environnement essentiellement trouble. Elle en serait même l'épicentre dans la mesure où ses longues années de faillite ont stimulé les ambitions dévorantes des anciens et nouveaux prédateurs de la République désireux, pour certains, de jouir inlassablement de ses richesses naturelles et, pour d'autres, d'étancher leur avidité territoriale. C'est de ce choc des postures géopolitiques autour du Congo que résultent ces conflits et désordres quasi permanents en Afrique centrale et dans le Grands-lacs singulièrement.

Des analysées plus poussées établissent trois facteurs fondamentaux dans l'explication de cette instabilité dans la région des grands lacs qui sont de nature identitaire ou ethniciste, stratégique et économique. La vision ethniciste est celle de type endogène selon laquelle les conflits naissent de l'inadéquation des structures d'Etats légués par la colonisation et des structures socio-ethniques légués par l'histoire. Pour cette première famille de pensée, le problème fondamental consiste dans la révision des frontières de façon à homogénéiser ethniquement, si cela est possible, le maximum de pays afin de stabiliser l'Afrique.

Le deuxième type d'explication repose sur un affrontement géopolitique entre, d'un coté la France, de l'autre les Anglo-saxons, terme vague qui définirait l'alliance entre les Américains et les Anglais pour contrer la puissance française et si possible s'emparer de certaines parties de son domaine d'influence. Pour les tenants de cette école, la plupart des guerres d'Afrique seraient déclenchées par des luttes d'influences entre puissances « impérialistes » rivalisant pour s'évincer l'un l'autre des domaines qu'ils s'étaient constitués. La thèse centrale de cette école affirme que les Etats-Unis sont installés en Afrique depuis le Président Reagan dans le but de contrôler les richesses de ces pays et d'en évincer les vielles influences européennes et leur notion de « pré-carré » limitatif pour ces observateurs.

Le troisième groupe d'analyse considère que la plupart des conflits d'Afrique ont pour but le contrôle des richesses minières, pétrolières voire agricoles de l'Afrique. Dans cette école inspirée du marxisme, il y aurait une sorte d'instrumentalisation à plusieurs étages. Le premier étage consisterait dans l'instrumentalisation des ethnies par des groupes financiers lesquels seraient appuyés par les grands Etats. L'objectif de ces grands groupes économiques multinationaux serait de créer en fait des « Etats clients », des sortes d'émirats pétroliers, uranifères voire diamantifères. Cette troisième école voit dans l'instrumentalisation du phénomène ethnique et l'intervention des Etats africains, la main toujours invisible des puissances capitalistes grandes métropoles impérialistes qui, après la colonisation et la période de décolonisation, joueraient aujourd'hui les pays africains les une contre les autres, dans le but de contrôler les bases minières et énergétiques nécessaires à l'industrie mondiale79(*).

A ces motivations pourraient aussi être associés les micro-impérialismes africains comme celui du Nigeria, de l'Ouganda, de l'Afrique du Sud, de l'Angola, de la Libye et autres. Ce groupe restreint d'Etat développent, pour leur propre compte, un expansionnisme local qui contribue à raviver l'instabilité.

La renaissance de la RD Congo serait dans ce contexte liée à l'avenir de la paix et de la stabilité dans la région ; autant voudra-t-elle de la paix sur son territoire à la même proportion devra-t-elle s'engager à contribuer à la stabilité régionale. Il n'y aura pas de véritable paix en RD Congo sans le concours de l'Afrique et il ne serait pas également possible de penser l'intégration, le développement et la stabilité du continent en l'absence de la puissance Rdcongolaise. Le devoir d'empuissancement est inéluctable pour ce pays et suppose un engagement sur deux fronts essentiellement ; le front politique et diplomatique et le front militaire.

a. Le front politique et diplomatique

Si les différentes guerres qui ont conduit à la déstabilisation du Congo sont d'ordre économique, les réponses à y apporter devront-elles aussi être de même ordre. C'est-à-dire qu'il faudrait que la RDC mette à nouveau ses richesses naturelles à contribution pour stabiliser son environnement et renforcer sa marge de manoeuvre dans la région et dans le monde.

La RDC devrait alors consentir à faire des concessions plus larges à l'endroit des puissances occidentales et principalement de l'hégémon américain pour les résigner à la « sous-traitance » et les amener à revenir à une coopération directe car, c'est en vain que le Congo cherchera à imposer une quelconque souveraineté sur ses propres richesses en l'état actuel des choses. Plus considérables seront les concessions, davantage la situation du Congo suscitera l'attention des puissances occidentales qui dictent la géopolitique dans la région.

Le gouvernement congolais devrait forcément mener une diplomatie de charme avec le concours d'un collège des diplomates chevronnés, constitué pour la circonstance, afin de reconquérir la confiance et la considération de ces puissances occidentales qui, depuis 2001, ont prouvé qu'elles maîtrisaient parfaitement la géopolitique dans les grands lacs en décidant de la restauration de la légitimité institutionnelle dans ce pays. C'est en s'alliant à ces puissances du monde que la Rd Congo peut réellement espérer guérir de son mal géopolitique actuel.

Il faudrait en même temps aussi trouver des voies et moyens de renforcer la coopération avec les autres Etats de la région. L'élan panafricain nous obligerait à resserrer les liens autour des mécanismes bilatéraux et multilatéraux de paix et de stabilité dans la sous région et sur l'ensemble du continent. Le Congo devrait s'ériger en porteur d'un projet de consolidation de l'intégration régionale en envisageant, de même que la France et l'Allemagne, un rapprochement et une cohabitation cimentée avec ses agresseurs d'aujourd'hui.

b. Le front militaire

Etant donné que le succès diplomatique ne conduira pas automatiquement au retour de la sécurité et de la stabilité dans le pays, il est logique d'envisager des actions militaires non seulement contre les différents groupes armés étrangers et locaux actifs dans la partie Est du pays - étant entendu qu'ils auront perdu leur appuis extérieurs -, mais aussi contre toute autre tentative d'agression des Etats qui l'entourent peu importe leurs motivations.

Ce qui implique comme nous l'avons souligné ci haut, un recadrage et une accélération du processus de refondation de l'armée mais aussi la reconsidération du rôle de cette même armée dans le système d'organisation politique global. Tant il est vrai que, les déconfitures de l'armée congolaise durant toutes ces années sont moins des défaites militaires que la faillite du politique et d'une certaine conception militaire pervertie par des considérations politiciennes80(*).

Cependant, bien que les questions géopolitiques et géostratégiques occupent une place prépondérante dans la conduite extérieure de l'Etat congolais, il n'en demeure pas moins qu'il faille à tout prix également résoudre celle de sa géo économie ou de sa participation dans la dynamique de la mondialisation.

2.2. La question de la mondialisation

Cette autre dimension praxéologique obligerait l'Etat congolais à s'engager dans un jeu économique qui conditionne de plus en plus les rapports internationaux et dans lequel le monopole de l'Etat fait l'objet des controverses. Tout devenant donc économique et gestionnel, écrit le Professeur Kambayi Bwatshia, ceux des Etats, des nations qui sauront s'inscrire dans la mondialisation, ceux là survivront81(*).

Si en effet, le phénomène de la mondialisation ne laisse aucun Etat indifférent, il ne profite pas à tous par ailleurs. L'on peut constater que si les firmes multinationales, le bloc Nord-Américain, les Etats membres de l'Union Européenne et quelques individualités telles que le Japon, la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil et autres bénéficient des effets de la mondialisation, l'Afrique en générale et la partie subsaharienne particulièrement semble être marginalisée. Cela d'autant plus que les Etats concernés développent une attitude beaucoup plus contemplative que participative, ils subissent tout simplement les effets de la mondialisation.

La situation semble paradoxale dans la mesure où cette région du monde est volontiers vantée pour ses considérables richesses naturelles quand bien même elles seraient inégalement reparties. François Bost note que, la lecture des indicateurs économiques témoigne d'une très large exclusion de cette région de la dynamique contemporaine de mondialisation de l'économie dans les domaines tels que les échanges internationaux, l'intégration financière ou encore le progrès technologiques. Pire l'écart avec les autres régions (notamment les pays émergents dynamiques d'Asie orientale) ne cesse de s'accroître, comme si ces pays étaient condamnés à stagner, prisonniers du cercle infernal du sous-développement.

En 2004, précise l'auteur, l'Afrique subsaharienne n'entrait plus qu'à hauteur de 1% seulement dans le PIB mondial, de 1,5% dans le commerce mondial (contre 6% dans les années 1960 et 3,9% en 1982), tandis que les investissements directs étrangers (IDE) l'ont totalement oubliée (1% à peine), en raison de la très faible attractivité de la région au regard des exigences contemporaines des firmes transnationales et de son cumul de handicaps structurels : pauvreté persistante, faiblesse de la croissance économique, industrialisation embryonnaire, déficience des infrastructures élémentaires, endettement massif, très faible niveau d'alphabétisation, instabilité politique, absence de démocratie, guerres civiles multiples, corruption, etc82(*).

Malgré ces faibles statistiques e la région, le Congo peut tout comme les individualités asiatiques et autres, échapper à la névrose tiers-mondiste et participer activement à cette compétition économique mondiale. Il devrait à tout prix et dans une vision mercantile se doter des moyens suffisants pour conquérir des marchés plutôt que de se complaire comme ses pairs africains, d'une simple possession des richesses naturelles. Il devrait s'atteler à :

- créer des conditions d'accroissement, de diversification et d'amélioration de la qualité de sa production ;

- remettre en état et moderniser les infrastructures de base utiles aux transactions économiques nationales et internationales telles que les ports et les aéroports, les routes de dessertes agricoles, les moyens de transports, etc ;

- créer non seulement des conditions d'accueil des investissements étrangers mais aussi former et promouvoir une classe des investisseurs locaux dynamique et capable de rivaliser d'ardeur dans la conquête des marchés en Afrique et partout ailleurs.

Plus les transactions seront considérables et diversifiées, plus l'Etat va engager une plus value devant lui permettre d'assurer totalement ses charges et aussi de dégager des excédants nécessaires à sa politique extérieure.

Un Congo transformé en nécessité économique mondiale du fait des sommes investies par des grands groupes économiques et financiers transnationaux pourrait bénéficier d'une attention soutenue de la communauté internationale, question de sécuriser les affaires. Ce qui impacterait automatiquement sur la paix et la stabilité dans ce pays.

Mais Quoi qu'il ne soit pas condamné à évoluer suivant le rythme économique du continent, le Congo aurait cependant l'obligation de consolider les rapports avec ses pairs africains en s'engageant de façon responsable dans la dynamique de l'intégration régionale. Les élans de solidarité devraient constituer pour ce pays un multiplicateur de forces dans sa participation aux flux internationaux ainsi que dans sa quête de stabilité et de paix.

2.3. L'axe d'intégration institutionnelle

La balkanisation de l'Afrique a toujours constitué un facteur de vulnérabilité extérieure, un élément limitatif aux possibilités de croissance interne et une variable réductrice du poids de la région dans les négociations internationales. Pour annihiler cette dissociation, les pères fondateurs de l'organisation de l'Unité Africaine (OUA), aujourd'hui Union Africaine (UA), se sont résolus de coordonner et d'intégrer leur coopération pour offrir des meilleurs conditions d'existence aux peuples d'Afrique. Et parmi les stratégies arrêtées figurent celle visant à constituer des ensembles d'intégration dans toutes les sous régions et dans divers domaines, cela sous la coordination de l'OUA83(*).

L'intégration régionale apparait toute fois une idée-force. Elle se traduit par une multiplicité de projets. Elle vise, face à la montée des blocs régionaux, à accroitre les capacités de négociation de l'Afrique. Elle peut augmenter la crédibilité et restaurer la confiance des opérateurs. Elle permet une intégration et une coordination de politiques économiques et peut rendre les ajustements plus efficients. Elle est un moyen d'ouvrir les économies vers l'extérieur à un rythme acceptable. Elle peut réduire les conflits84(*).

Malgré les avantages que recèlent théoriquement le projet d'intégration ainsi que les intentions des gouvernements, le regroupement des Etats africains semblent en veilleuse. Le processus d'intégration dans cette région végète encore et les quelques ensembles de solidarité existants sont quasi improductifs. Le caractère plutôt facial de ces regroupements n'arrange guerre les affaires du continent qu'il s'agisse de la politique, de l'économie, du commerce, de la sécurité, des finances, de la technique et de la technologie.

La RD Congo qui participe depuis plusieurs années dans nombre de ces ensembles sous régionaux et régional (UA, COMESA, SADEC, CEEAC...) aurait l'obligation de faire un bilan et au besoin de recadrer sa position suivant les exigences de rationalité. Ce qui n'exclut pas la possibilité de retrait de certaines organisations et/ou institutions pour des raisons d'ordre financier soit encore d'incompatibilité avec sa nouvelle vision du monde. Le pays pourrait éventuellement aussi prendre certaines initiatives dans ce sens suivant des gains probables qui devraient en découler. Une ouverture et une intégration plus forte avec la Tanzanie par exemple devrait permettre la création d'un corridor transocéanique indien-atlantique profitable aux économies des deux pays et des autres Etats qui voudront les rejoindre.

C'est seulement à travers une démarche d'ensemble que le continent africain, menée par des nations comme la RD Congo, pourra prendre de l'envol et relever les défis immenses que lui lance le reste de l'humanité. Les Etats de la région devraient solidariser pour faire du continent un havre de paix et de stabilité politique sur fond de respect des principes démocratiques et des droits humains, un pôle de croissance et de développement utile au jeu de la mondialisation.

Il appert que l'effondrement actuel du Congo l'oblige à opérer des profondes restructurations pour espérer compter de nouveau et valablement comme membre à part entière de la communauté internationale utile à sa population et aux autres nations du monde. Et étant entendu qu'aucun exemple contemporain n'atteste l'aptitude de la communauté internationale à reconstruire véritablement un Etat effondré, nous pensons que le destin du Congo dépend essentiellement si non exclusivement du travail de fond que devrait abattre ses citoyens dans la réinvention du système d'organisation interne et dan la conduite d'une politique extérieure cohérente et suivie.

Cette ambition salutaire de renaissance de l'Etat congolais revêt en effet un caractère binaire et cumulatif tel que présenté dans le graphique ci-dessous.

Figure 2 : Portrait robot du processus de renaissance de la RD Congo.

Renaissance = praxéologie binaire

Aspect extérieur :

Repositionnement du pays sur la scène mondiale

Aspect interne : réinvention du système d'organisation globale

Axe diplomatico-

Stratégique

Politique = démocratie

Axe économique/

Mondialisation

Administration

Axe

Institutionnel

Justice

Economie

Diplomatie

Armée et police

Source : Auteur.

TROISIEME CHAPITRE :

LES PERSPECTIVES D'UN ABOUTISSEMENT EFFECTIF DU PROJET DE RENAISSANCE EN RD CONGO

Il est question dans ce chapitre de procéder à la prescription d'un certain nombre des stratégies d'accompagnement ou simplement d'attitudes pouvant garantir un aboutissement certain du projet de renaissance de la Rdc. Ce projet, comme nous l'avons soutenu précédemment, repose sur un désir d'empuissancement de l'Etat congolais au bénéfice de sa survie dans l'indépendance et la souveraineté ainsi que du renforcement de son rang et de son rôle dans la dynamique de la recomposition stratégique en Afrique et dans le monde.

Cette prospection est opérée sur deux flancs, le premier est d'ordre interne ou national et le second se rapporte à la gestion des rapports avec les entités extérieures.

Section 1 : Les mécanismes nationaux d'accompagnement

Les dirigeants et peuples de la Rdc doivent s'accorder autour d'un certain nombre des mesures et d'attitudes susceptibles d'annihiler le galvaudage éventuel du projet de renaissance en cours. Les précautions à prendre portent entre autres sur : La continuation de la campagne de réconciliation nationale, l'établissement d'une synergie entre les composantes de la société congolaise (gouvernants et gouvernés) au delà du simple exercice électoral, le bannissement de l'irrationnel et de la démesure, l'autonomisation stratégique de l'Etat par la résolution définitive de la problématique liée à la présence des forces onusiennes sur le territoire de la Rdc.

A. La réconciliation nationale

Les années de guerre ont généré haine, désolation, infamie, méfiance, anxiété et bien d'autres maux encore dans la vie des millions des congolais qu'il faudrait à tout prix panser. Le désir du vivre ensemble dans la paix et dans l'espérance d'un avenir commun aura été fortement dilué. Les oppositions fratricides ont offert aux ennemis de la république l'opportunité de mettre en exécution leurs projets et plans à la fois funestes et cyniques. Le contexte actuel devrait obliger l'ensemble de la nation congolaise à s'engager dans une vaste campagne de pardon et de réconciliation à travers la création d'une structure nationale de paix et de réconciliation.

Cette entité chargée de réconciliation devra être une fonction absolument inverse de celle que le pays a connue durant la période de transition 1+4. Le conseil permanent pour la paix et la réconciliation ne devra absolument pas assouvir les appétits de positionnement de certains politiques en mal de repère mais constitué une cellule stratégique de production de l'intelligence pour le renforcement de la cohésion et de la solidarité nationale. Il s'agira en d'autres termes pour cette structure, de mener des actions à impact visible pouvant permettre aux frères ennemis d'hier de se regarder de nouveau comme membres d'une même communauté et désormais engagés sur la voie de la paix véritable et de refondation de l'Etat. Conformément aux voeux des pères fondateurs, l'unité devra servir de soupape dans la construction d'un pays plus beau qu'avant ou la paix et l'amour seront des valeurs indissolubles.

C'est cela même le sens intrinsèque, ontologique de l'exorcisme collectif chanté par tous dans la mesure où cette campagne de réconciliation nationale sera l'occasion offert à tous d'obtenir le pardon libérateur au nom des millions des victimes de ces périodes de violences paroxystiques. Pour marquer de manière indélébile cette cohésion et cette solidarité retrouvées, des édifices et monuments devront être construits dans tous les coins du pays et baptisés du nom des dates, des villes, des événements et des hommes qui ont marqué la mémoire collective. Ces oeuvres architecturales devraient en permanence nous rappeler sur les proscriptions mais aussi sur les valeurs que tout congolais devrait observer et cultiver.

B. L'indispensable synergie entre composantes nationales

La renaissance du Congo ne devra pas ressembler à une action providentielle du sommet au profit d'une base naïve, contemplateur et irresponsable mais plutôt constituer une affaire nationale qui préoccupe tout citoyen, tous les fils et filles de ce pays pris individuellement et collectivement. Les congolais doivent renoncer à ce mythe des politiciens héroïques et magiciens qui peuvent réussir un mandat sans le peuple. La gestion verticale aura montré ses limites durant toutes ces années d'indépendance, un indispensable apport horizontal devrait inaugurer une nouvelle ère de gestion perpendiculaire de la république. C'est pour ainsi dire que toutes les couches sociales devraient prendre une part active dans ce travail de reconstruction de l'Etat. Car l'Etat constitue le premier bien public, l'héritage que tout congolais devrait revendiquer, préserver et en assurer la prospérité.

Pour ce faire, les programmes politiques, les plans et stratégies imaginés dans le cadre de ce projet de renaissance devraient catégoriquement cesser d'être une affaire exclusive du gouvernement en consacrant un champ d'intervention beaucoup plus large pour les citoyens de manière à les responsabiliser dans la construction de l'avenir de la nation. L'histoire renseigne que toutes ces nations qui ont prospéré et gouverné le monde ont d'abord cherché à construire un pacte républicain, un contrat d'engagement et de responsabilité mutuel. La Rdc si elle désir parvenir à un certain seuil de croissance et de puissance devrait suivre cette même trajectoire en tenant compte de ses réalités sociologiques particulières.

Il n y aurait par exemple pas de programme du gouvernement ou de « cinq chantiers » du chef de l'Etat mais plutôt un programme national de reconstruction devant être suffisamment divulguer et enseigner de manière à déterminer la part de tout citoyen résidant au pays ou expatrié. Il ne s'agit pas simplement de promouvoir le civisme fiscal mais principalement de créer des dynamiques de participation directe des citoyens aux efforts de reconstruction. Car, sans le concours ou la complicité explicite de l'opinion publique, aucun gouvernement ne peut faire face aux défis de sa survie et de son environnement externe.

C. Bannissement de l'irrationnel et de la démesure.

Pour atteindre son point d'achèvement le projet de renaissance de l'Etat congolais requiert des nouvelles attitudes, des nouveaux reflexes dans la gestion de la chose publique. Les différentes actions à mener dans le cadre de ce processus doit s'inscrire dans une logique de programmation efficace et suivie. Une évaluation régulière doit être envisagée pour s'enquérir sérieusement de l'état d'avancement du projet.

Il faudrait à cet effet renoncer à des décisions fantaisistes et partisanes, au népotisme, au tribalisme au clanisme sous toutes ses formes. Ces attitudes rétrogrades du passé ont conduit à un nivellement vers le bas de la société congolaise et aura été la cause première de l'effondrement de l'Etat. Le principe de rationalité publique devrait nous dissuader par exemple de procéder au découpage territorial tel que disposé dans la constitution en l'absence d'une véritable administration, de nous engager dans un cycle électoral trop couteux au nom de la démocratie, de concevoir des projets et programmes publics dépendants entièrement du financement extérieur...

La lutte contre la corruption doit constituer la priorité des priorités dans cette phase de reconstruction nationale. Touts les moyens doivent être mis en oeuvre pour assurer une gestion orthodoxe et rigoureuse des recettes publiques. La dilapidation des ressources de l'Etat doit être sévèrement sanctionnée non seulement par un emprisonnement prolongé de l'incriminé mais faudrait-il encore instituer des mécanismes de restitutions volontaire ou forcé des fonds détournés ou volés dans le trésor public.

Le processus de reconstruction nationale ne saurait aboutir effectivement en l'absence d'une véritable entreprise de moralisation de la vie publique et d'un sursaut patriotique. Une prise de conscience collective est nécessaire quant à l'aboutissement réel de ce projet de renaissance.

D. Le retrait des forces onusiennes et l'autonomisation stratégique de l'Etat

La présence des forces étrangères sur le territoire congolais dans le cadre onusien aura été nécessaire durant toutes ces années de guerre mais cela n'enlève en rien son caractère d'ingérence. Plusieurs analystes ont estimé que, dans un pays où l'autorité de l'Etat a cessé d'exister depuis des années, il était logique et même criminel, de continuer à brandir le droit de « non ingérence » dans les affaires intérieures d'un Etat. André Kabanda Kana a estimé, pour sa part, qu'en l'absence d'une armée propre capable de défendre les frontières du pays des agressions extérieures et sa population, il devenait urgent de mettre à la disposition de la Rdc une force internationale dans le cadre de l'ONU (comme la Monuc) suffisamment équipé en hommes et en matériels, cela permettra l'instauration de la paix, en ordonnant le retrait effectif et définitif de toutes les troupes étrangères, et en procédant au désarmement de toutes les forces négatives et autres milices qui opèrent sur le territoire congolais et dans son voisinage85(*).

Cette analyse surestime les capacités de la mission onusienne. L'auteur semble complètement ignorer le caractère impartial et volontariste de toute mission de paix. L'ONU dans son rôle de maintien de paix qui autorise l'ingérence militaro humanitaire n'a pas pour mission de résoudre la crise mais plutôt d'obtenir une cessation des hostilités et de faciliter les conditions de négociation ou de dialogue entre les belligérants. Toute action militaire sans perspective politique même dans le cadre onusien est condamnée à l'échec. Ce sont donc les parties en belligérance qui doivent faire preuve de disponibilité, de souplesse et de volonté pour un retour définitif de la paix dans le pays. La paix est donc une solution localement inventée avec l'accompagnement de la communauté internationale.

L'armée onusienne qui n'a pas vocation à faire la guerre, n'offre aucune garantie pour la défense du territoire congolais ainsi que pour la sécurisation de sa population. Sa présence n'est pas en plus dissuasive car même dans les zones où les casques bleus sont massivement déployés, les forces négatives continuent à opérer et à commettre des exactions, des viols et plusieurs autres crimes sur les populations civiles. Le rempart de la Monuc n'est pas fiable dans tous les cas.

Nous ne récusons pas ici les multiples actions salvatrices menées par la mission onusienne dans divers secteurs de la vie nationale (politique, économique, sécuritaire, humanitaire...), mais nous craignons simplement que le flou qui règne autour de son rôle dans la crise se révèle fatal et que sa présence prolongée ne serve de prétexte aux dirigeants congolais pour ne pas parfaire la reforme du secteur de sécurité en cours. Car, plus l'horizon du retrait des troupes onusiennes se prolongera, plus le processus de reforme du secteur de sécurité va patauger. La Monuc se présente désormais comme un opium interdisant la constitution d'une armée congolaise moderne et crédible.

Le départ de la Monuc serait en effet plus bénéfique que son maintien intemporel. Mais il ne faudrait pas y aller dans la précipitation et la brutalité ; l'échéance de ce retrait définitif devrait, à notre avis, correspondre avec celle retenus pour l'atteinte des Objectifs du Millénaires pour le développement, soit en 2015. Temps que les dirigeants congolais devraient capitaliser en accélérant et consolidant la réforme du secteur de sécurité lancée depuis 2004.

L'autonomisation stratégique de la Rdc n'est possible que par un recours exclusif à une armée des citoyens bien formée, bien traitée et bien équipée au service de la politique de défense et de sécurité décidée par les dirigeants politiques ainsi que des ambitions géopolitiques sous régionales et régionales. Toute présence militaire étrangère sur le territoire congolais même agissant pour le compte du gouvernement congolais est synonyme de dépendance, de dépréciation de la souveraineté nationale.

Les congolais ne doivent pas avoir peur du lendemain mais plutôt se munir d'espérance pour mieux négocier les virages qui mènent à sa rencontre. Et les crises qui sévissent dans le pays ne devraient pas essentiellement être regardées comme vicieuses, elles pourraient grandement aussi contribuer à rendre les congolais beaucoup plus responsable de leur destin. Car, c'est en faisant l'expérience de l'échec qu'un peuple trouve des orientations nouvelles dans la définition d'un avenir meilleur et plus sûr.

Section 2 : les mécanismes internationaux d'accompagnement

Les stratégies à ce niveau sont d'ordre exclusivement politique et diplomatique. Il s'agit comme nous l'avons soutenu supra, de batailler fermement pour la reconversion des prédateurs actuels en partenaires ou alliés pour la paix et le développement de la Rdc. Le rang et le rôle géopolitiques du nouveau Congo sera fonction des efforts consentis dans la stabilisation de son environnement.

Outre ce devoir de positionnement stratégique, le Congo devrait à tout prix rechercher des voies et moyens de résoudre définitivement la question des populations réfugiées sur son territoire. Ces réfugiés, pour la plupart originaire du Rwanda et de l'Ouganda qui ont afflué depuis les années 1990 à l'Est du territoire congolais jouent un rôle perturbateur, se constituent en spolliers dans les relations entre la Rdc et ces Etats précités. La présence de ces refugiés a servi de prétexte aux agressions répétées du territoire congolais, lesquelles ont occasionné des massacres des paisibles citoyens congolais et des dégâts énormes sur le plan économique, social, environnemental, etc.

La lâcheté des grandes puissances dans la tragédie rwandaise de 1994 - qui ne trouve d'explication que dans la boulimie du pouvoir des belligérants rwandais de l'époque : le gouvernement d'Habyarimana et les FPR - ne devra pas indéfiniment être payée par les congolais. Il convient dès lors que les dirigeants congolais fassent davantage pression sur l'ensemble de la communauté internationale qui a décidé de l'ouverture des frontières congolaises pour accueillir ces populations en détresse, afin d'organiser méthodiquement et rapidement le retour de ces réfugiés dans leurs pays d'origine. En attendant, la Rdc devrait envisager des mesures unilatérales d'encadrement strict et peut être même de délocalisation de ces derniers vers l'hinterland jusqu'à ce que les mesures de leur rapatriement volontaire soit garanties.

Il ne sera désormais plus question pour le Congo d'admettre de servir de terre de refuge à des milliers de vies humaines victimes des politiques barbares dans leurs Etats et qu'en retour il assiste au massacre programmé et systématique de sa propre population par des armées étrangères revanchardes et cela sous la barbe d'une communauté internationale complaisante.

CONCLUSION GENERALE

La renaissance de l'Etat est un besoin bien réel en cette phase historique de la République Démocratique du Congo. L'idée fait depuis un certain temps l'unanimité au sein de sa classe politique ainsi que de l'ensemble de sa population. La vision centrale dans ce qui apparaît comme une nouvelle philosophie sociale est celle de redonner à l'Etat les moyens nécessaires et suffisants dans l'exercice de sa souveraineté sur son territoire et dans ses rapports avec d'autres entités souveraines. La reconstruction n'est en réalité que cette quête d'empuissancement de l'Etat congolais. Comment y parvenir dans un monde en recomposition ? comment faire passer l'Etat de son stade actuel de simple espace des matières première ouvert au commerce de tous et exposé aux convoitises étrangères à celui d'une véritable communauté de destin ? Quelles sont les opportunités qui lui sont offertes pour renaître à la grandeur, à la puissance et à l'influence ? C'est à ces différentes préoccupations que nous avons tenté de répondre dans ce mémoire.

Nous sommes partis de l'hypothèse selon laquelle, la redéfinition des rapports des forces mondiaux devrait impérativement amener le Congo à se réorganiser à l'intérieur en fonction des dynamiques mondiales. Cette réorganisation ne devrait pourtant pas se borner en une simple normalisation de la vie politique mais qu'à celle-ci devrait correspondre un sérieux travail de réinvention de l'ensemble du système publique. L'empuissancement serait l'axiome majeur dans la conduite du destin national.

Des résultats de nos investigations est analyses, il ressort que le monde n'est plus même dans sa configuration post blocs, il a changé tant dans ses caractéristiques que dans son fonctionnement. L'avortement du désire d'instauration d'un nouvel ordre mondial plus paisible et plus sécurisant, bâti sur des nouvelles valeurs politique et économique (la démocratie et le libéralisme) a accentué l'instabilité et les menaces qui pesaient déjà sur les sociétés parties, rendant ainsi difficile le contrôle des affaires mondiales par une entité quelconque. Mais le comble c'est que face à ces convulsions post-blocs, le Congo se retrouve dans un Etat d'effondrement poussé qui hypothèque l'exercice effectif de la souveraineté de l'Etat à l'intérieur et réduit considérablement sa marge de manoeuvre dans ses rapports avec d'autres souverainetés.

Tous les secteurs vitaux de l'Etat sont en faillite et nécessitent une profonde restructuration. Cette déliquescence ne s'explique fondamentalement que par la nature du système d'organisation politique que le pays a connu depuis son accession à l'indépendance et à la souveraineté. L'effondrement de l'Etat, comme nous l'avons souligné, était à la fois une cause et un effet politique qui ont leurs implications économiques, sociales et autres et qu'en définitive, la tyrannie détruisait elle-même l'Etat impitoyable qu'elle a créé.

Pour guérir de ce mal géopolitique, nous avons estimé, conformément à notre hypothèse ou position de départ que, l'Etat congolais devrait s'inscrire dans un processus de reconfiguration reposant sur une praxéologie binaire mais concomitante impliquant à la fois le redressement de son système public global interne et un effort de repositionnement sur la scène mondiale.

Le redressement du système public interne devrait se traduire par la continuation et la consolidation du processus démocratique, la restauration de l'administration et de la justice véritable, le renforcement des capacités de production et de mobilisation des richesses, la reforme en profondeur du secteur de sécurité ainsi que la redynamisation et rationalisation de l'appareil diplomatique du pays.

Certaines démarches ont déjà été amorcées dans ce sens, mais avec pourtant moins d'emphase et qu'il faudrait procéder d'urgence à des rajustements ou recadrages pour parvenir aux résultats escomptés c'est-à-dire doter l'Etat des moyens ou des capacités d'accomplir effectivement les missions inhérentes à sa raison d'être. Il s'agit en d'autres termes pour la Rdc de passer du stade de la souveraineté aspirationnelle consacrée par le droit internationale à la souveraineté praxéologique ou opérationnelle qui dépend de la maîtrise de certains déterminants de la puissance.

Le volet repositionnement prend en compte la conduite de l'Etat dans ses rapports avec le monde extérieur. Il présuppose le recouvrement par le Congo de son rang d'acteur stratégique régional au bénéfice du rayonnement national, de la stabilité et de la paix en Afrique centrale et sur l'ensemble du continent. Ce qui procéderait d'un engagement responsable du pays dans le jeu diplomatico-stratégique, dans le flux commercial et financier mondial ainsi que dans l'organisation des espaces d'intégration ou de solidarité africains. Un rapprochement avec les puissances occidentales est souhaitable dans sa quête de paix et de stabilité étant donné que celles-ci jouent un rôle majeur dans la distribution des cartes dans cette région. Sa participation au jeu de la mondialisation lui permettra de consolider son économie et de réaliser des excédents nécessaires à sa politique étrangère. Le jeu d'intégration devrait finalement servir de multiplicateur dans la résolution des deux précédentes équations.

Nous avons finalement insisté sur une série de mesures d'accompagnement qu'il faudrait adopter pour que le processus atteigne effectivement son point d'achèvement. Le destin du Congo ne pourra être que celui que les congolais eux-mêmes auront décidé. La réversibilité de l'informalisation de l'Etat dépendrait exclusivement de la volonté, de l'inventivité ou créativité et de la sérénité de toutes les composantes de la société. Une prise de conscience collective sous l'impulsion des dirigeants légitimes, patriotes et visionnaires reste le meilleur encrage pour la renaissance du Congo dans ce monde en recomposition.

BIBLIOGRAPHIE

I. OUVRAGES

ARON. R, Démocratie et Totalitarisme, Gallimard, Paris, 1965

BADIE. B, Les pièges de l'unipolarité, « in l'Etat du monde 2005 », la découverte, Paris, 2004

BALLADUR. E, Machiavel en démocratie, mécanique du pouvoir, Fayard, Paris, 2006

BENOIT F-P, Les idéologies politiques modernes, PUF, Paris, 1975, p184

BOSC. R, Le Tiers monde dans la politique internationale, Aubier Montaigne, Paris, 1968

BOST F et all, Images économiques du monde, panorama annuel 2006, Armand Colin, Paris, 20085

CALLES. D P, Le système politique des Etats-Unis, vent d'Ouest, Paris, 1972

CRAWFORD Y, Introduction à la politique congolaise, IRES, Kinshasa, 1965

DUSSOUY G, Les théories de l'interétatique Traité de Relations internationales (II). Paris, L'Harmattan, 2007

FAURE. J et PROST. Y, Relations internationales, Ellipses, Paris, 2004

HUGO PHILIPPES, Economie de l'Afrique, La découverte, Paris, 2003

KABANDA. K.A, L'interminable crise du Congo-Kinshasa, L'Harmattan, Paris, 2005

KISSINGER, La diplomatie, Fayard, Paris, 1994.

KISSINGER. H, La nouvelle puissance américaine, Fayard, Paris, 2002

MERLE M, Politique étrangère, traité de sciences politiques 4, PUF, Paris, 1985

MOVA SAKANY.H, Congo : survie et grandeur, pari d'une géopolitique nouvelle dans la mondialisation, Safari, Kinshasa, 2001

TALA NGAI, RDC de l'an 2001 : déclin ou déclic, analyses sociales, Kinshasa, 2001

THIERRRY De MONT BRIAL, L'action et le système du monde, PUF, Paris, 2002

THUAL. F, Contrôler et contrer, stratégies géopolitiques, Ellipses, Paris, 2000

TSHIBASU. M, La calvaire d'un diplomate du Congo-Zaïre, l'Harmattan, Paris, 2006

ZARTMAN .W, L'effondrement de l'Etat, Nouveaux Horizons, Paris, 1997

ZIEGLER. J, L'empire de la honte, fayard, Paris, 2005

ZWANG. A, Les Etats-Unis et le monde : rapport de puissance 1898-1998, Ellipse, Paris, 2000

II. NOTES DE COURS

BIYOYA MAKUTU. P, Initiation à la géostratégie théorique, cours inédits, L1 RI, SSAP, UPN, 2006-2007.

BOLA, Introduction à la science administrative, cours inédit, G1 Ri, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004.

BONGONGO IKOLI, Philosophie et logique, cours inédit, G1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004.

BULAIMU WITEKANTE, Relations internationales africaines, L1 RI, FSSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007

KAMBAYI BWATSHIA, Grands problèmes politiques et internationaux contemporains, cours inédit L2 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2007-2008.

MASHAURI KULE, Séminaire de méthodologie de recherche en sciences sociales, cours inédit, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007

MOKILI. J, Pratique du commerce international, cours inédit, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007

MPASI MAKENGA B, Droits et pratiques diplomatiques et consulaires, cours inédit, G3 RI, FSSAP, UPN, Kinshasa, 2005-2006.

SARY NGOY. B, Politique étrangère des grandes puissances, cours inédits, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007

TSHISUNGU, Histoire administrative du Congo, cours inédit, G1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004

III. ARTICLES ET TRAVAIL SCIENTIFIQUE

BIYOYA MAKUTU P, Géopolitique de l'Afrique centrale et stabilité régionale, in  RD Congo, les élections et après ? , l'Harmattan, Paris, 2006

KABUYA F et TSHIUNZA O,  Les enjeux du financement extérieur dans la reconstruction de l'Etat et de l'économie formelle au Congo, in Congo-Afrique, N°384, Avril 2004, Kinshasa

MOBE FANSIAMA, La question de l'armée au Congo, in Le Congo dans la tourmente, Karthala, Paris, 2000

MUKENDI TSHIMANGA R ; Démocratie : stratégie politique des puissances occidentales pour le contrôle du tiers-monde. Cas de la RDC, TFC, UPN, Kinshasa, 2005-2006

SCHEER.F, Au temps du monde fini, in les diplomates, négocier dans un monde chaotique, Autrement, Paris, 2008

SOUDAN. F, « Kadhafi et l'Afrique : le retour du parrain, in jeune Afrique n°2478, du 08 mai au 11 juin 2008

TEMOINS DE JEHOVAH, « La terre subviendra-t-elle aux besoins des générations futures ? », in réveillez-vous, juillet 2008

VIRCULON T,  La démocratie sans démocrates, in politique étrangère, Armand Colin, Paris, 2006

IV. WEBOGRAPHIE

SEBAHARA P, La reforme du secteur de la sécurité en RD Congo, in www.grip.org

DAKWA C, Qui sauvera la diplomatie congolaise ? , sur www.congoindependant.Com

TABLE DES MATIERES

Epigraphe................................................................................................i

Dédicace................................................................................................ii

Avant-propos..........................................................................................iii

Sigles, signes et abréviations..............................................................................iv

1. problématique 1

2. Hypothèse de travail 2

3. Choix et intérêt du sujet 3

4. Approche méthodologique et théorique 4

4.1. Méthodes et techniques de recherche 4

4.2. Cadre théorique 5

5. Délimitation du sujet : dans le temps et dans l'espace 9

5.1. Dans le temps 9

5.2. Dans l'espace 9

6. Plan résumé 10

PREMIER CHAPITRE : REALITES ET DYNAIMQUES DU MONDE POST-BLOCS. 11

Section 1 : le système mondial post-blocs : continuité ou rupture ? 11

Section 2 : le monde post-blocs : gouvernance et enjeux 14

Section 3 : Les systèmes et grands enjeux du monde post blocs. 17

3.1. Les différents systèmes du monde post blocs. 18

3.2. Les grands enjeux du monde post blocs 20

DEUXIEME CHAPITRE : LES AXES MAJEURS DU PROCESSUS DE RENAISSANCE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO. 30

Section 1 : Examen des facteurs déterminants 31

1.1. Le facteur politique : nécessité de consolider la démocratie 31

1.2. Les facteurs administratif et judiciaire 39

1.3. Le facteur économique 47

1.4. Le facteur diplomatique 50

1.5. De la sécurité et défense en RD Congo 54

Section 2 : Dimensions géopolitiques externes du Congo renaissant. 67

2.1. La dimension diplomatico-stratégique 68

2.2. La question de la mondialisation 71

2.3. L'axe d'intégration institutionnelle 73

TROISIEME CHAPITRE : LES PERSPECTIVES D'UN ABOUTISSEMENT EFFECTIF DU PROJET DE RENAISSANCE EN RD CONGO......................... 76

Section 1 : Les mécanismes nationaux d'accompagnement 76

La réconciliation nationale 77

L'indispensable synergie entre composantes nationales 78

Bannissement de l'irrationnel et de la démesure. 79

Section 2 : les mécanismes internationaux d'accompagnement 81

CONCLUSION GENERALE 83

BIBLIOGRAPHIE 86

TABLE DES MATIERES 90

* 1 Thual. F, Contrôler et contrer, stratégies géopolitiques, Ellipses, Paris, 200 pp6-7.

* 2 Bosc. R, Le Tiers monde dans la politique internationale, Aubier Montaigne, Paris, 1968, p114.

* 3 MASHAURI KULE, Séminaire de méthodologie de recherche en sciences sociales, cours inédit, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007, p13

* 4 Dussouy G, Les théories de l'interétatique Traité de Relations internationales (II). Paris, L'Harmattan, 2007, p119

* 5 Dussouy G, Op Cit, pp20-21

* 6 Biyoya Makutu. P, Initiation à la géostratégie théorique, cours inédits, L1 RI, SSAP, UPN, 2006-2007, p15.

* 7 Kissinger, La diplomatie, Fayard, Paris, 1994.

* 8 Badie. B, les pièges de l'unipolarité, « in l'Etat du monde 2005 », la découverte, Paris, 2004, p30.

* 9 Sary Ngoy. B, Politique étrangère des grandes puissances, cours inédits, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007, p38

* 10 Kissinger. H, La nouvelle puissance américaine, Fayard, Paris, 2002, p438.

* 11 Thierrry de Mont Brial, L'action et le système du monde, PUF, Paris, 2002, p238.

* 12 Sary Ngoy, Op Cit, p38.

* 13 Mova Sakany.H, Congo : survie et grandeur, pari d'une géopolitique nouvelle dans la mondialisation, Safari, Kinshasa, 2001, p414.

* 14 Kissinger.H, Op Cit, p9

* 15 Ziegler. J, L'empire de la honte, fayard, Paris, 2005, p25.

* 16 Badie. B, Op cit, p30.

* 17 Kissinger.H, Op Cit, p11

* 18 Kapsi. A, Op Cit, p199

* 19 Badie. B, Op Cit, p31.

* 20 Kaspi. A, Op Cit, p202.

* 21 Zwang. A, Les Etats-Unis et le monde : rapport de puissance 1898-1998, Ellipse, Paris, 2000, p 130.

* 22 Ziegler. J, Op Cit, p68

* 23 Mont Brial. T, Op Cit, p408.

* 24 Kissinger. H, La nouvelle puissance américaine, Op Cit, p22

* 25 Kissinger. H, Op Cit, pp22-23

* 26 Idem, p223.

* 27 Faure. J et Prost. Y, Relations internationales, Ellipses, Paris, 2004, p393.

* 28 Faure. J et Prost, Op Cit, p393.

* 29 Mokili. J, Pratique du commerce international, cours inédit, L1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2006-2007, p57.

* 30 Baillot Jean. J, 2004, année du dragon et de l'éléphant, in « l'Etat du monde 2005 », op. Cit. p30

* 31 Faure. J et Prost Y, Op. Cit, p427

* 32 Témoins de Jéhovah, « La terre subviendra-t-elle aux besoins des générations futures ? », in réveillez-vous, juillet 2008, p12

* 33 ibidem

* 34 Thual. F, Op Cit, p31

* 35 Ziegler. J, Op Cit, p19.

* 36 Bosc.R, Le tiers monde dans la politique internationale, Aubier Montaigne, Paris, 1968, pp114

* 37 François Soudan, « Kadhafi et l'Afrique : le retour du parrain, in jeune Afrique n°2478, du 08 mai au 11 juin 2008

* 38 Bénoit F-P, Les idéologies politiques modernes, PUF, Paris, 1975, p184

* 39 Zartman .W, L'effondrement de l'Etat, Nouveaux Horizons, Paris, 1997, p8

* 40 Idem, p8

* 41 Balladur. E, Machiavel en démocratie, mécanique du pouvoir, Fayard, Paris, 2006, p11.

* 42 Kambayi Bwatshia, Grands problèmes politiques et internationaux contemporains, cours inédit L2 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2007-2008.

* 43 Bongongo Ikoli, Philosophie et logique, cours inédit, G1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004.

* 44 Aron. R, Démocratie et Totalitarisme, Gallimard, Paris, 1965, p24.

* 45 Balladur. E, Op Cit, p8

* 46 Kissinger.H, La diplomatie, Op Cit, p31

* 47 Kambayi Bwatshia, Op Cit,

* 48 Ziegler. J, Op Cit, p27

* 49 Professeur Bola, Introduction à la science administrative, cours inédit, G1 Ri, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004.

* 50 Crawford Y, Introduction à la politique congolaise, IRES, Kinshasa, 1965, p226

* 51 Crawford Y, Op Cit, p12

* 52 Prof Tshisungu, Histoire administrative du Congo, cours inédit, G1 RI, SSAP, UPN, Kinshasa, 2003-2004

* 53 Crawford. Y, Op Cit, pp12-13

* 54 Crawford Y, Op Cit, pp238.

* 55 Calles. D P, Le système politique des Etats-Unis, vent d'Ouest, Paris, 1972, p144

* 56 Tala Ngai, RDC de l'an 2001 : déclin ou déclic, analyses sociales, Kinshasa, 2001, p138

* 57 Mokili, Op Cit, p 25

* 58 Tala-Ngai, Op Cit, pp138-147

* 59 Afrique espoir n°43, juillet - septembre 2008, p4

* 60 Kabuya F et Tshiunza O,  Les enjeux du financement extérieur dans la reconstruction de l'Etat et de l'économie formelle au Congo, in congo-Afrique, N°384, Avril 2004, Kinshasa, p199

* 61 Scheer.F, Au temps du monde fini, in les diplomates, négocier dans un monde chaotique, Autrement, Paris, 2008, p23

* 62 Merle M, Politique étrangère, traité de sciences politiques 4, PUF, Paris, 1985, p531

* 63 Dakwa C, Qui sauvera la diplomatie congolaise ? , sur www.congoindependant. Com, consulté le 24 juin 2008

* 64 Tshibasu M , La calvaire d'un diplomate du Congo-Zaïre, l'Harmattan, Paris, 2006, p175

* 65 Mova Sakany H, Op Cit, pp366-367

* 66 Mpasi Makenga B, Droits et pratiques diplomatiques et consulaires, cours inédit, G3 RI, FSSAP, UPN, Kinshasa, 2005-2006.

* 67 Mobe Fansiama, La question de l'armée au Congo, in Le Congo dans la tourmente, Karthala, Paris, 2000, pp44-49.

* 68 Mukendi Tshimanga R ; Démocratie : stratégie politique des puissances occidentales pour le contrôle du tiers monde. Cas de la RDC, TFC, UPN, Kinshasa, 2005-2006, p32

* 69 Sebahara P, La reforme du secteur de la sécurité en RD Congo, in www.grip.org, consulté le 20 juillet 2008

* 70 Sebahara P, Op Cit.

* 71 Sebahara P, op cit.

* 72 Sebahara P, Op Cit.

* 73 Sebahara P, op cit.

* 74 Virculon T,  La démocratie sans démocrates, in politique étrangère, Armand Colin, Paris, 2006, p573

* 75 Mobe Fansiama, Op Cit, pp56-57

* 76 Vircoulon T, Op Cit, p574

* 77 De Mont Brial T, Op Cit, p33

* 78 Biyoya Makutu P, Géopolitique de l'Afrique centrale et stabilité régionale, in  RD Congo, les élections et après ? , l'Harmattan, Paris, 2006, pp167-168

* 79 Thual F, Op Cit, pp129-132

* 80 Mobe Fansiama, Op Cit, p47

* 81 Kambayi Bwatshia, Op Cit.

* 82 Bost F, et all, Images économiques du monde, panorama annuel 2006, Armand Colin, Paris, 20085, pp238-239.

* 83 Bulaimu witekante, Relations internationales africaines, L1 RI, FSSAP, UPN ? Kinshasa, 2006-2007

* 84 Hugo Philippes, Economie de l'Afrique, La découverte, Paris, 2003, pp 94-95

* 85 Kabanda Kana A, L'interminable crise du Congo-Kinshasa, L'Harmattan, Paris, 2005, p228






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