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L'autobiographie dans l'univers littéraire tchadien, histoire de migration et d'espoir

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par Emmanuel KALPET
Ngaoundéré (Cameroun) - Master es-lettres 2014
  

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2. Motifs secondaires

Est secondaire tout ce qui vient en second lieu, ce qui peut être accessoire. Ainsi, à côté des raisons principales qui donnent cours à la migration, viennent se greffer d'autres. Ces projets seconds naissent très souvent d'une prise de conscience tardive ou soudaine due au premier contact avec la terre d'accueil. Très souvent, l'écart entre la réalité rêvée et celle du terrain, place le sujet immigré en face de ses illusions et le contraint à effectuer la mutation de son projet initial, s'il ne l'associe pas au second.Modifier l'ambition d'origine suppose dans certains cas le changement du trajet. Dès lors, les situations initiales se multiplient et les nouveaux motifs deviennent aléatoires. Dans Loin de moi-même, Un Tchadien àl'aventure et Tribulations d'un jeune Tchadien, cet état de fait place Zakaria Fadoul, Mahamat Hassan et N'Gangbet Kosnaye dans une situation d'errants. Dans cette errance, la quête de l'objet s'accompagne d'une envie de découvrir qui, généralement, naît des possibilités qu'offrent les pays d'accueil grâce aux contacts des nouvelles gens que l'immigré-errant rencontre sur son chemin.

1-3- L'envie de découvrir

Si la migration dans notre corpus trouve ses raisons principales dans le projet de la transformation de la cité d'origine, le voyage vers ce but s'accompagne aussi d'une envie naturelle de découvrir.Ces autobiographes dont la vocation touristique est plus ou moins latente, font de temps en temps des excursions pour vérifier les commentaires entendus ou lus par le passé au sujet de tel ou tel pays. Ainsi, Mahamat Hassan se trouvant en Égypte se dit motivé par le fait de pouvoir visiter les pyramides qu'il n'avait connues qu'à travers les médias et les livres. C'est ainsi qu'il écrit : « Avant même de venir au Caire, je rêvais de visiter les pyramides et le musée du Caire. Ah, les pyramides ! Combien de fois avais-je admiré leur image dans des livres ou des revues ! Combien de fois en avais-je entendu parler ! [...] Je tiens à les visiter le lendemain de mon arrivée, comme si j'étais un vrai touriste. » (UTAA, p. 52). Mahamat Hassan fait remarquer lui-même qu'il n'est pas un touriste sinon pas un vrai parce que cette envie de découvrir naît d'une simple curiosité stimulée par ses lectures antérieures, ses goûts pour la culture.Le voyage devient de ce fait un acte par lequel le dit et/ou l'écrit se soumettent à une confrontation avec le réel, objet de ces discours. Dans leur ouvrage : Le récit de voyage, Cintra Iva et al n'ont pas manqué de faire remarquer que « les touristes ne partent plus pour découvrir mais pour rencontrer un ailleurs conforme aux représentations livresques et médiatiques. » (Cintra et al, 1997, p. 72).

Dans Tribulations d'un jeune Tchadien de même, Michel N'Gangbet Kosnaye n'a pas manqué d'évoquer cette concupiscence qui le tient à son arrivée en France. En effet, le jeune lycéen qui a connu la France à travers les journaux, les commentaires de ceux qui y étaient et sont revenus, saisit l'occasion de son séjour pour les études et entreprendde vérifier les divers dires qui font d'elle un eldorado aux yeux de ceux qui ne s'y sont jamais rendus. C'est ainsi que dès leur arrivée, Gago et ses amis décident de découvrir l'art culinaire français tant mystifié chez eux. On lit l'expression de ce motif lorsqu'il écrit: « Depuis le pays natal, on nous a vanté l'art culinaire français. On nous a ainsi dit que la gastronomie française était la première du monde. Il faut donc aujourd'hui manger français » (TDJT, p. 141). Dans ce cas d'espèce, les stéréotypes sont à la base de cette envie de découvrir. En effet, nous remarquons que ce n'est pas la gastronomie française entant que telle qui attire ces jeunes mais plutôt les divers discours rapportés au sujet de celle-ci qui les a entrainés. C'est aussi à la fois dans le souci de revenir raconter à ceux qui sont restés au pays.

Si la dimension touristique du voyage est liée à un hasard chez Mahamat Hassan et N'Gangbet Kosnaye, tel n'est pas le cas chez Zakaria Fadoul qui est issu d'une culture nomade.Chez lui, tout voyage n'est pas déterminé par une quête, car il peut aussi bien résulter d'une simple curiosité. Il ne manque pas d'affirmer : « J'aime voyager, cela fait partie de ma curiosité » (LDMM, p. 74). Son premier voyage en Europe n'avait pour but que la découverte. En effet, c'est dans l'optique de visiter ses amis et en même temps le pays de De Gaule que le personnage de Loin de moi-mêmesaute sur la première occasion en destination de Paris. Ce goût pour le tourisme l'amène à accepter les invitations de ses camarades de l'université de Dakar, ce qui lui a permis de découvrir le Sénégal dans ses subdivisions géographiques.

Il est à retenir que l'envie de découvrir a aussi galvanisé ces autobiographes quoiqu'elle n'en demeure pas le motif premier. Exercice issu d'une culture nomade chez Zakaria Fadoul ; effet des stéréotypes chez N'Gangbet Kosnaye, elle est le lieu d'accomplissement des connaissances théoriques chez Mahamat Hassan.

1-4- Nouvelles situations initiales ou itinéraires d'errance

Dans Loin de moi-même, Un Tchadien à l'aventure et Tribulations d'un jeune Tchadien, plusieurs états initiaux sont observables. Ceux-ci correspondent à de nouveaux motifs qu'improvisent les personnages par rapport aux nouvelles situations initiales auxquelles ils sont confrontés. Ainsi, l'itinéraire de Zakaria Fadoul commence au village natal, traverse Biltine et Abéché, se poursuit à Fort-Lamy ; puis le personnage s'envole pour le Congo, ensuite le Sénégal, puis le Cameroun jusqu'aux frontières gabonaises avant d'amorcer le retour au pays natal. Celui de Mahamat Hassan se situe à N'Djaména s'en suit le premier pas au Cameroun, suivront les étapes du Nigéria, du Niger, du Mali, du Burkina-Faso, de la Côte-d'Ivoire, de l'Égypte avant de traverser les frontières africaines, après un long séjour, pour se retrouver en Syrie ; le périple s'achève en France avant d'entreprendre la migration retour. Quant à N'Gangbet Kosnaye, tout part du village Holo, commence un premier déplacement qui l'amène à Doba, où se noue le nomadisme scolaire qui le promène successivement de Laï à Bongor en passant par Moundou pour arriver à Fort-Lamy avant de quitter pour le Congo puis la France, dernière étape qui donne lieu au retour à la terre natale.

En dehors de la situation d'origine principale décrite dans la première partie du chapitre, chaque ville et/ou pays traversés, avec un bref ou long séjour, donne lieu à de nouvelles situations initiales qui s'avèrent déterminantes dans la quête pour ces personnages. Il ne sera pas question pour nous ici de faire la description de ces nouvelles situations initiales comme ce fut le cas avec l'état initial premier, mais en les observant, chercher le mot juste pour nommer ces pérégrinations, et le terme convenable qui résume ces multiples quêtes.

En effet, en regardant de près ces trois itinéraires, il ne fait aucun doute qu'il y a confluence entre migration et errance. Ces trois autobiographes émigrent et passent d'une situation d'immigrés à celle d'errants. Cependant, l'interrogation qui guide notre analyse nous amène à nous demander si cette errance, née de la migration, recèle une particularité. Dans une conception générale, elle est perçue comme une déambulation sans but précis. Le terme errance est aussi utilisé pour désigner une existence sans point d'attache possible. C'est aussi ce qui pousse le `'déplacement'' à son paroxysme et l'appréhende différemment en déniant les présupposés de base de la migration qui postule l'existence de deux lieux antagonistes entre: un `'ici'' et un `'là-bas''.Dans Loin de moi-même, Un Tchadien à l'aventure et Tribulations d'un jeune Tchadien, ces deux ne sont évidemment pas quasi antagonistes dans la mesure où, les « terres promises » n'étaient pas aussi différentes de la terre d'origine décrite par les personnages comme une prison de laquelle il faille échapper. L'errance physique28(*), puisque c'est de cela que nous parlons, a, selon Edouard Glissant29(*), des vertus et de la totalité. C'est, selon lui, la volonté de connaître le " Tout-monde ", mais aussi des vertus de préservation dans le sens où, on n'entend pas connaître le " Tout-monde " pour le dominer, pour lui donner un sens unique. En dépit de ces multiples perceptions de la notion d'errance, Georges Perec et Robert Bobert sont ceux qui avaient joint les deux maîtres mots pouvant expliquer cette errance qui naît de la migration chez Zakaria Fadoul, Mahamat Hassan et N'Gangbet Kosnaye. Nous retenons d'eux cette citation reprise par Véronique Bonet dans sa thèse de doctorat :

A l'heure où les Boat People continuent d'aller d'île en île à la recherche de refuges de plus en plus improbables, il aurait pu sembler dérisoire, futile, ou sentimentalement complaisant de vouloir encore une fois évoquer ces histoires déjà anciennes mais nous avons eu, en le faisant, la certitude d'avoir fait résonner les deux mots qui furentau coeur même de cette longue aventure [...] et qui s'appellent l'errance et l'espoir.30(*)

Il est bien évident que tout au long de la lecture de Loin de moi-même, Un Tchadien à l'aventure et Tribulations d'un jeune Tchadien,résonnent ces deux mots, pourquoi pas les trois mots que sont : migration, errance et espoir. En effet, la diversité de ces nouvelles situations initiales se justifie par ce trajet d'errance fondé sur l'espoir d'un futur proche certain, qui pousse ces personnages à doubler d'effort, aller de l'avant,vers « leur but ». Dans leurs textes, ils mettent l'accent sur ce déterminisme avec lequel ils ont poursuivi leur itinéraire.

Ils n'ont pas manqué de souligner, tout d'abord, les difficultés de la séparation à ceux avec qui ils s'étaient habituer. Mais lorsque l'abandon de la nouvelle terre est une nécessité, partir devient une obligation. C'est ainsi que Mahamat Hassan par exemple, s'est vu obligé de quitterSoubré pour Abidjan, malgré le climat de familiarité qu'il a su créer. En effet, tout son séjour dans cette ville ivoirienne avait pour but de chercher l'argent lui permettant de poursuivre son chemin. Dès lors qu'il constate qu'il ne peut l'obtenir, changer d'espace est une solution de premier plan. C'est ainsi qu'il est amené à abandonner ses élèves pour lesquels il éprouve de la pitié. Il note : « le maigre salaire que je touche ne me permet guère de faire des économies, alors je décide de quitter Soubré pour Abidjan. J'ai certes un grand remords envers mes élèves, les abandonner ainsi me fait de la peine, mais est-ce que j'ai le choix ? Je me suis assigné un but et il faut que je parvienne. » (UTAA, p. 31). Par cette interrogation, Mahamat Hassan prend le lecteur à témoin quant à l'importance de son projet qu'il ne laisse compromettre sous aucun prétexte. Il se montre de ce fait non pas comme un aventurier à la recherche d'un travail pour sa survie, mais bien plus, un aventurier à la recherche d'un idéal. C'est donc pour atteindre cet idéal qu'il cherche de temps en temps du travail pour avoir de quoi poursuivre son chemin. Car comme il le souligne : « Je suis comme un voyageur en manque d'essence, je cherche plutôt un travail pour garnir rapidement mes poches, afin de poursuivre mon chemin » (UTAA, p. 34).

N'Gangbet Kosnaye de même, retrace les difficultés avec lesquelles il était obligé de quitter Doba pour Laï laissant derrière lui tous les copains qu'il vient à peine de se faire. C'est dans un accent triste qu'il l'exprime : « En fait, il faut tout recommencer dans cette nouvelle ville : apprendre la langue, se faire de nouveaux copains et amis. Et l'école, comment se présente-t-elle ?»(TDJT, p. 41).Par ce point interrogateur, se lit l'incertitude qui plane sur la tête de ces autobiographes qui foncent sans cesse vers l'inconnu dans l'espoir de dénicher le « trésor caché ». Même lorsqu'ils ignorent où ils partent, ils y vont quand même. Sur le point de quitter encore Laï qu'il vient seulement d'intégrer, le personnage de Tribulations d'un jeune Tchadien retrace de nouveau ses angoisses : « Une nouvelle aventure commence. Moundou est loin de Laï et de mon villageHolo. Les risques et les dangers sont par conséquent certains. Je n'ai aucun parent là-bas. Où dormir ? Ou manger ? Le père est formel : je dois partir et me débrouiller : c'est cela la vie d'un garçon. » (TDJT, p. 61)

Pareillement, même lassé, Zakaria Fadoul ne se décourage pas. Au contraire, il se fortifie en se rappelant l'histoire d'un homme qui a fini par réussir après s'être engouffré dans un désespoir total.Cette histoire de l'homme qui, selon lui, a repris courage en voyant les termites qui gravissaient la pente d'un arbre avec un grain de mil qui tombe sans cesse en les obligeant à répéter un mouvement continuel, l'a inspiré.C'est ainsi qu'il n'hésite pas de continuer à rouler sa pierre comme Sisyphe31(*). Il va donc entreprendre un nouveau changement d'établissement après son deuxième échec à l'université de Dakar. Ces échecs l'ont amené à rentrer deux fois au bercail. Cependant, convaincu qu'il lui faut quelque chose et estimant que la chose appropriée se trouve dans un ailleurs indéterminé, il reprend le chemin de l'errance (comme l'indique le titre de la sous-partie : « Errances » (LDMM, p. 94).Ces errances de Zakaria Fadoul qui commencent le 27 juillet 1973 et s'achèvent par un retour le 26 octobre 1973 soit quatre mois d'endurance, sont motivées parl'espoir de réussir. Réussir tient lieu d'impératif, car comme le témoigne son poème liminaire :

Je ressemble

à un berger qui, ayant perdu ses animaux au pâturage, a peur d'être grondé par ses parents en retournant à la maison

à un jeune marchant qui, ayant fait d'énormes pertes, ne veut plus vendre

à un jeune officier qui, ayant perdu la bataille, rentre au pays la tête basse

à un petit enfant qui, se trouvant mal à l'aise à la maison des autres,

veut retourner chez ses parents (LDMM, p. 6)

Cet impératif de réussir pèse aussi sur Mahamat Hassan qui tente le tout pour le tout dans l'espoir de pouvoir abréger son aventure. Il brave de ce fait les interdits de sa religion en jouant à la loterie pour tenter le coup. Mais à chaque résultat, c'est l'échec et les mêmes monologues : « Je ne gagne malheureusement rien, sinon mon aventure aurait peut-être été abrégée » (UTAA, p. 35).Cette fermeté pour la réussite fait de lui un véritable picaro. En effet, comme Zakaria Fadoul dans ses errances, il s'est montré ouvert à toutes les sollicitations. C'est ainsi que lorsqu'il cherchait du travail au Mali et qu'il n'en trouvait pas, il suità la lettre les conseils d'un imam et se retrouve en Côte-d'Ivoire : « Il me conseille d'aller en Côte-d'Ivoire parce que là-bas, selon lui, les enseignants arabes sont mieux rémunérés [...] Je suis convaincu par ses suggestions et je les mets aussitôt à exécution » (UTAA, p. 21).De même, lorsqu'il était confronté à un problème d'accès à l'université du Caire en Égypte, Mahamat Hassan ne baisse pas les bras. Il met en pratique, comme d'habitude, les conseils d'un ami et décide de partir pour la Syrie. De là, il se compare à un naufragé : « Je suis comme un naufragé qui se raccroche à n'importe quoi. Les paroles de ce confrère sont pour moi une véritable bouée de sauvetage » (UTAA, p. 58).

Plus le temps passe, plus l'espoir de ces autobiographes va grandissant. C'est ainsi que N'Gangbet Kosnaye se rend compte qu'il n'est plus qu'à un pas de devenir fonctionnaire après tant d'année d'errance et/ou de nomadisme scolaire. C'est dans une joie mêlée d'étonnement qu'il exprime cette réussite à venir : « Par toute une série insoupçonnée de chances, j'arrive maintenant au sommet de l'école régionale. Je peux raisonnablement rêver à mon futur métier : infirmier, moniteur d'enseignement, moniteur d'agriculture, secrétaire-écrivain du commandant ?...Quel embarras de choix ! Belle perspective en même temps. » (TDJT, p. 73). Contrairement, pour Mahamat Hassan, l'heure n'est pas au bilan, car rien n'est gagné d'avance. Même après avoir obtenu sa licence en droit à l'université de Damas, il estime que ce n'est qu'une partie remise. ? la question de son ami Hachim de savoir quelles sont ses impressions en quittant Damas pour Paris, il répond : « J'ai l'impression d'avoir gagné une partie d'échecs et d'en engager aussitôt une autre, dont l'issue reste incertaine. Hachim mesourit et me souhaite bonne chance.» (UTAA, p. 98).

La « bonne chance », c'est bien évidemment ce qui compte pour des aventuriers dont le sentier est bâti surla conviction, l'attente, l'espérance, la prévision, en un mot, l'espoir. En préfaçant Tribulations d'un jeune Tchadien, Antoine Bangui n'a pas manqué de mettre en exergue la particularité de cette errance. Ce qu'il écrit à propos de l'itinéraire de Gago, résume aussi bien ceux de Zakaria Fadoul et de Mahamat Hassan et, pourrons nous oser dire, de tous ceux qui, comme eux, avaient eu un semblant de parcours. C'est ainsi qu'il écrit :

Les pérégrinations d'un jeune africain en mal d'école, de savoir, d'ambitions légitimes, sont hérissées d'obstacles, de pièges, d'inconnu. Elles ne se justifient que par la volonté d'aboutir, d'atteindre l'objectif fixé et n'ont rien d'errances stériles, aventureuses ou poétiques. C'est ainsi que la vie de Gago, écolier, puis lycéen, étudiant, adulte responsable confronté aux problèmes politiques et économiques de son pays, offre à d'autres générations de jeunes Tchadiens une leçon de courage et de volonté. Rien n'est acquis d'avance, donné, facile. Ceux qui sont chers demeurent toujours derrières. Il faut nécessairement, successivement, abandonner les amarres familiales, les amis, son pays, les pays d'accueil...(TDJT, p. 6)

Il est donc à retenir que Zakaria Fadoul, Mahamat Hassan et N'Gangbet Kosnaye sont certes des migrants errants, mais leur errance n'est pas vide de sens. Elle repose sur l'espoir d'atteindre un idéal  qui les pousse à transcender sans cesse des frontières.

Parvenu au terme de ce chapitre où il était question d'analyser les situations d'origine et déceler les motivations ayant amené les personnages à émigrer, force est de constater que dans Loin de moi-même, Un Tchadien à l'aventure et Tribulations d'un jeuneTchadien, les motifs du départ sont liés à l'instabilité du pays d'appartenance de ces autobiographes. En effet, nous avons vu que Zakaria Fadoul Khidir, Mahamat Hassan Abakar et Michel N'Gangbet Kosnaye ont non seulement présenté leur pays d'origine comme étant pauvre mais aussi anéanti par des conflits politiques de tout genre. Ces déséquilibres socio-économique et politique ont caractérisé leurs modes de vie au sein de leurs milieux clos que sont les cadres familial et scolaire. C'est pourquoi l'obligation académique et les désirs de changement social apparaissent comme des raisons principales qui définissent la quête chez ces trois autobiographes. Nous avons aussi vu que l'obsession pour ce « manque à conquérir » les a mis dans une situation d'errance née de l'espoir de réussir. Eu égard à cette présentation de l'espace d'origine, nous nous posons la question de savoir quel regard ceux-ci portent sur les pays d'accueil. La réponse à cette interrogation réside dans l'analyse des espaces migratoires et des conditions d'accueil.

* 28 Ne pas confondre l'errance spirituelle qui dénote l'égarement dans la pensée à l'errance physique qui se traduit par un déplacement, un voyage. Dans le cas des textes de notre corpus, c'est de la première acception qu'il est question.

* 29 Édouard Glissant, Introduction à une Poétique du Divers, Paris, Gallimard, 1996, p.130

* 30 Cité par Véronique Bonet dans sa thèse de doctorat intitulée `'De l'exil à l'errance : écriture et quête d'appartenance dans la littérature des petites Antilles anglophones et francophones'', université de Paris XIII, 1997, p.4

* 31 Personnage dans la mythologie grecque condamné à rouler une pierre sur une montagne qui, à peine atteint le sommet, retourne sans cesse.

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