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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

Disponible en mode multipage

LÉAUTÉ Rozenn

Adolescents placés :

des familles d'accueil à l'épreuve du lien

Mémoire présenté pour le D.E.E.S. Session Juin 2015

- Remerciements -

Je remercie toute l'équipe du Placement familial social de Ty Yann pour son soutien et sa
disponibilité tout au long de mon stage, et particulièrement les assistants familiaux, Annie et
Yvonne pour leur confiance, et Jeannine pour son aide lors de mes recherches.

D'autre part, j'adresse un grand merci à Pascal LE CORRE pour son accompagnement tout au long
de l'année écoulée, et à mes relectrices, Yvonne, Christine et Claire pour leurs remarques

constructives.

Enfin, je n'oublie pas mes collègues de promotion qui m'ont apporté leur aide lorsque j'avais des
questionnements particuliers.

Voici l'aboutissement de mes 3 années de formation.

3

- Sommaire -

- Introduction - 1

I. PARTIE 1 : CONTEXTE DE PLACEMENT ET RÔLE DE L'ÉDUCATEUR 3

I.1 - Cadre d'intervention 4

I.1.a - La protection de l'enfance 4

I.1.b - Personnes accueillies en Placement familial social 5

I.1.c - Les missions 6

I.1.d - L'équipe de professionnels 7

I.2 - Le travail de l'éducateur 8

I.2.a - Auprès des enfants 8

I.2.b - Auprès des parents 9

I.2.c - Avec les assistants familiaux 10

I.2.d - La complexité du travail de l'éducateur 11

II. PARTIE 2 : ADOLESCENCE EN FAMILLE D'ACCUEIL 12

II.1 - Étude de population 13

II.1.a - Méthodes utilisées 13

II.1.b - Analyse des données recueillies 15

II.2 - Le placement vécu par l'enfant et ses parents 17

II.2.a - L'enfant face au placement 17

II.2.b - Les parents face au placement 19

II.3 - Le rôle des assistants familiaux 21

II.3.a - Les familles d'accueil relais 23

II.3.b - « Attaque » du lien créé avec la famille d'accueil 24

II.4 - L'adolescence, une période qui fragilise le placement 25

II.4.a - Qu'est-ce que l'adolescence ? 25

II.4.b - Le placement mis à mal à l'adolescence 27

II.5 - Construction de la problématique 29

4

III. PARTIE 3 : SOUTENIR UN ACCUEIL FRAGILISÉ 30

III.1 - Le groupe de parole 31

III.1.a - Construction du groupe de parole 31

III.1.b - Déroulement des temps de parole 32

III.1.c - Thèmes étudiés 33

III.1.d - Les difficultés du travail de l'assistant familial 36

III.2 - Accompagnements individuels 39

III.2.a - Les après-midis d'Amélie 40

III.2.b - Adrien 47

III.2.c - Jules 48

III.2.d - Damien 49

III.3 - Investir les parents dans le projet de leur enfant 50

III.4 - Évaluation du projet 53

- Conclusion - 55

- Glossaire - 57

- Bibliographie - 59

- Annexes - 61

1

- Introduction -

D'après le site de l'Observatoire national de l'enfance en danger, au 31 décembre 2010 et pour la France entière, « le nombre de mineurs pris en charge en protection de l'enfance est d'environ 273 000, soit un taux de prise en charge de 19 %o des moins de 18 ans. » 1

C'est dans le secteur de la protection de l'enfance que j'ai évolué durant mes deux dernières années de formation d'éducatrice spécialisée. Mon stage en tant qu'éducatrice de prévention en CDAS (Centre départemental d'action sociale) en 2013-2014 m'a permis de découvrir le fonctionnement du conseil départemental (ex-conseil général) dans sa mission de protection des mineurs et des jeunes majeurs. J'ai poursuivi cette année 2014-2015 par un stage de 30 semaines au PFS (Placement familial social) sur le site de Ty Yann à Brest. J'ai approfondi mes connaissances de la protection de l'enfance, dans ce service accueillant des enfants avec des troubles importants dus à leur histoire de vie difficile. Ces enfants, de 0 à 18 ans, ont été confiés à l'ASE (Aide sociale à l'enfance) par le juge des enfants, et placés dans ce contexte en familles d'accueil, pour qu'ils puissent grandir dans un environnement satisfaisant et y acquérir des règles de vie familiale.

En arrivant au PFS, je me suis interrogée sur leur passé pour comprendre ce qui explique leurs troubles aujourd'hui. Rapidement, je me suis intéressée aux adolescents accueillis. En effet, j'ai remarqué qu'ils cherchaient souvent à mettre à mal le placement. Je me suis alors demandée comment en tant qu'éducateur, tiers dans la relation entre l'enfant et sa famille d'accueil, je pouvais m'impliquer afin d'éviter une fin de placement.

Au fur et à mesure des semaines, j'ai réfléchi au-delà de cette première observation et je me suis aperçue que dans nos situations, les mises en échec n'étaient pas si fréquentes. En fait, il s'agissait plutôt de questions d'appartenance dues à l'adolescence et qui, du fait des troubles déjà existants chez les jeunes, pouvaient fragiliser le placement.

Alors, une interrogation s'impose à moi : « Comment la question de l'adolescence peut-elle être abordée par l'éducateur, dans le cadre d'un Placement familial social au sein de la triangulation « enfants, parents, familles d'accueil » » ?

1 ONED (page consultée le 08/04/2015). Les chiffres clés de la protection de l'enfance. http://www.oned.gouv.fr/chiffres-cles-en-protection-l'enfance

2

Pour la construction de ce mémoire, je procéderai de la façon suivante :

Dans un premier temps, je vous présenterai le cadre de la structure du PFS et le travail de l'éducateur.

Dans un second temps, l'alternance entre théorie et pratique étayera mes observations et mes constats, qui seront illustrés par une étude de population élaborée à partir du PFS. Ensuite, le rôle de l'assistant familial et l'adolescence conduiront à ma problématique :

Dans le cadre d'un Placement familial social, comment l'éducateur soutient les assistants familiaux face aux comportements difficiles des adolescents accueillis, aboutissants pour certains à un changement de prise en charge ?

Dans un troisième temps, c'est à travers un projet de groupe de paroles avec des assistants familiaux que j'apporterai des éléments de réponse à la question posée. Je m'appuierai sur les accompagnements éducatifs effectués avec les jeunes et des entretiens passés avec leurs parents pour y répondre.

Enfin, l'évaluation de mon projet conclura ce dossier avec les remarques des assistants familiaux ayant participé aux groupes de parole.

Les prénoms cités dans ce dossier ont été modifiés dans un souci de respect des personnes accueillies.

Un glossaire est disponible, afin de définir les sigles présents tout au long du mémoire.

3

I. PARTIE 1 : CONTEXTE DE PLACEMENT ET RÔLE DE L'ÉDUCATEUR

Dans cette partie, il s'agit de répondre aux questionnements essentiels pour la compréhension du projet élaboré. Voici mes questions de départ :

- Comment fonctionne un PFS ?

- Qui sont les personnes accueillies au PFS ?

- Pour quelle raisons les enfants sont-ils retirés de la garde de leurs parents ?

- Quel est le rôle de l'éducateur spécialisé dans ce contexte ? Comment travaille-t-il auprès des enfants ? Auprès des parents ? Avec les assistants familiaux ?

- Qu'est-ce qui caractérise la période adolescente ?

Pour débuter, voici le cadre d'intervention de la structure avec laquelle j'ai évolué durant mon stage de 3ème année de formation d'éducatrice spécialisée.

4

I.1 - Cadre d'intervention

I.1.a - La protection de l'enfance

En Finistère, quand un enfant semble en danger ou en risque de danger, il est possible pour toute personne de remplir un recueil d'information préoccupante. Une fois prise en compte par les services sociaux, l'information préoccupante (IP) peut être signalée par le Conseil départemental au Procureur de la République. Il peut s'en saisir et l'adresser au juge des enfants. Ou bien, il peut estimer que la situation ne nécessite pas d'intervention judiciaire et dans ce cas, cela revient au Conseil départemental qui peut mettre en place une mesure administrative (à l'amiable avec les parents).

S'il s'en saisit, le juge peut décider d'un placement. L'enfant est alors confié à l'ASE. - Depuis la loi sur la décentralisation de 1983, l'État transfert la compétence de l'action sociale aux Conseils départementaux, c'est pourquoi les enfants ne sont plus confiés à la DDASS mais aux Présidents des Conseils départementaux qui délèguent au service de l'ASE - .

Il peut dès lors être placé à domicile (PEAD), en Foyer éducatif, ou en Famille d'accueil. Le placement peut être dû à des problèmes familiaux de précarité, de violences, d'addiction, de fortes carences éducatives ou affectives chez l'enfant, et plus généralement à des difficultés pour les parents d'assumer la responsabilité d'élever leur enfant.

La durée du placement est ordonnée par le juge des enfants. Le placement peut être provisoire et révisé tous les ans ou tous les 2 ans, ou être ordonné jusqu'à la majorité de l'enfant.

La fondation dans laquelle j'ai effectué mon stage long se nomme ILDYS depuis janvier 2015. Elle comprend les secteurs du sanitaire, du social et du médico-social. Sur le site de Ty Yann où j'ai effectué mon stage, une entité de Placement familial se dessine actuellement entre le Placement familial social, le placement familial de guidance parentale et le placement familial médicalisé. Il y a actuellement 85 places entre les 3 services.

Le placement familial est un dispositif institutionnel qui permet d'accompagner sur du long terme, un enfant dans une autre famille que la sienne. Le service assure la continuité de l'accueil et le suivi des enfants, ainsi que les visites parents-enfants en lieu neutre.

5

I.1.b - Personnes accueillies en Placement familial social

Les enfants sont accueillis soit par ordonnance de garde judiciaire du juge des enfants en vertu de l'article 375 du code civil modifié par l'article 14 de la loi n°2007-293 du 5 mars 2007: « Si la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des pères et mères conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public (...) Elle peuvent être ordonnées en même temps pour plusieurs enfants relevant de la même autorité parentale », soit dans un contexte de placement de pupille de l'état lorsque celui-ci n'a pas de filiation connue ou qu'il n'a plus de lien avec sa famille.

Le PFS accueille 55 enfants de 0 à 18 ans dont la situation familiale est complexe et qui présentent, pour la plupart, des troubles du comportement et du développement de la personnalité1 ayant pour origine des carences affectives et éducatives ou des violences psychologiques et physiques. Cela entraîne :

« - des difficultés du comportement .
· instabilité psychomotrice, immaturité et pseudo-maturité, agressivité envers les pairs, refus des règles, manifestations de toute-puissance, dégradations diverses de l'environnement.

- des manifestations physiques ou psychosomatiques .
· somatisation, désinvestissement corporel, difficultés psychomotrices importantes, boulimie-anorexie.

- des difficultés affectives .
· avidité affective, angoisse d'abandon, dépendance importante à l'adulte, manque de distance à l'autre, mauvaise estimation des repères d'intimité, estime de soi dégradée.

- des difficultés d'adaptation sociale .
· difficultés à l'extérieur à tenir des comportements adaptés, difficultés d'insertion sociale et scolaire, déscolarisation.
»2

1 Trouble du développement de la personnalité : sécurité de base altérée, différenciation à l'autre, personnalité non unifiée, imprévisibilité

2 Projet d'établissement 2008-2013, actualisation 2014

6

Du latin carere, la carence signifie « manquer ». La carence affective est un « manque d'affection parentale, susceptible de provoquer chez un enfant certains troubles psychologiques »1.

Les enfants accueillis au PFS bénéficient quasiment tous des aides de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) qui considère leurs troubles comme étant un handicap. Cela peut se traduire par une assistance dans les transports assurés par les taxis, le droit à un auxiliaire de vie scolaire, une orientation en IME (Institut médico-éducatif) ou en ITEP (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) par exemple. Certains enfants évoluent dans un contexte scolaire ordinaire mais ils sont peu nombreux, trop perturbés par leur histoire.

I.1.c - Les missions

D'après le projet d'établissement, le PFS centre ses missions sur l'hébergement en Famille d'accueil agréée, d'enfants dont la situation personnelle et familiale appelle à des dispositifs de soutien et d'accompagnement importants, plus imposants que ceux possibles dans les services de l'ASE. En effet, le PFS permet des interventions plus régulières que celles des référents des enfants confiés à l'ASE qui ont une trentaine de situations chacun, au lieu d'une quinzaine pour les éducateurs en PFS. La prise en charge de l'enfant se situe au niveau de la suppléance parentale et d'un appui à la parentalité.

La suppléance parentale a pour but :

- d'assurer un hébergement 24h sur 24 garantissant la protection et la sécurité de l'enfant,

- d'assurer à l'enfant une éducation concernant les actes du quotidien, - d'assurer à l'enfant un suivi en matière de santé,

- d'inscrire et soutenir le jeune au plan scolaire ou de la formation professionnelle et de poser des indications éventuelles pour un suivi psychothérapeutique.

1 Dictionnaire HACHETTE encyclopédique. Paris : édition HACHETTE, 2001, p.291

7

I.1.d - L'équipe de professionnels

Le PFS est constitué de 2 équipes. Celle dans laquelle je suis intervenue est composée d'une directrice, d'un chef de service, d'une secrétaire, d'une psychologue, de 2 éducatrices dont une à temps partiel, et de 26 assistants familiaux permanents ou en relais. L'équipe suit le placement de 25 enfants ou adolescents.

Le terme d'assistant familial est utilisé pour les professionnels qui accueillent des enfants de l'ASE dans leur famille, plus communément appelée famille d'accueil.

Les professionnels du service assurent le suivi du placement sur 3 pôles d'intervention :

- l'enfant dans sa scolarité, sa santé, ses loisirs

- le soutien à l'Assistant familial - le travail avec les parents

Je vais, à présent, développer le rôle de l'éducateur spécialisé en PFS auprès des usagers et avec les assistants familiaux.

8

I.2 - Le travail de l'éducateur

L'éducateur intervient en tant que tiers dans les relations entre l'enfant, sa famille, et sa famille d'accueil. Il travaille avec l'objectif d'un retour éventuel au domicile des parents et veille, en attendant, à l'épanouissement de l'enfant dans sa famille d'accueil. Pour cela, il développe le maintien du lien entre l'enfant et sa famille, et soutient l'assistant familial dans son rôle d'accueil de l'enfant. Avec les familles, il rencontre régulièrement le juge des enfants et aide à la décision par un rapport annuel envoyé avant l'audience.

Il convient de ne pas oublier le cadre de la loi 2002-2 rénovant l'action sociale et médico-sociale et qui réaffirme le droit des usagers. Cette loi place l'usager au coeur de son projet. Au PFS, le projet mis en place pour l'enfant est travaillé avec lui et ses parents, en amont des réunions le concernant.

I.2.a - Auprès des enfants

En tant qu'éducateurs, nous avons une fonction de suivi de la prise en charge de l'enfant. Nous prenons du recul sur ce qu'il vit en rencontrant le maximum de personnes qui interviennent dans sa prise en charge (parents, établissements scolaires, professionnels de santé, assistants familiaux, ...). Cela nous permet d'avoir une vision plus élargie de l'enfant que l'assistant familial qui l'accompagne dans le quotidien. Nous faisons une « introspection » de ce que vit le jeune afin d'identifier son évolution dans sa famille d'accueil.

Nous les accompagnons parfois, à travers des activités qui sont des supports à la relation. Ces actes éducatifs nous permettent d'apporter, en plus des observations faites par la famille d'accueil ou l'école, des constats sur le comportement de l'enfant, ses capacités et ses difficultés. Nous faisons en sorte que l'enfant puisse s'exprimer par des mots et non par des actes. Nous lui donnons la possibilité de nous faire part de ses émotions.

Comme le précise Maurice BERGER, pédopsychiatre au CHU de Saint-Étienne, « l'amélioration des capacités intellectuelles et d'apprentissage d'un enfant n'est pas souvent liée à une pédagogie spécifique, essentielle par ailleurs, mais au temps d'écoute individuelle avec une éducatrice qui permet à l'enfant de se remettre à penser »1.

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance. Paris : Dunod, 2003, p.160

9

De plus, nous l'accompagnons vers le respect du cadre légal et sociétal dans lequel il

évolue.

Le Projet Personnalisé - issu de la loi du 5 mars 2007 qui réforme la Protection de l'Enfance dans l'intérêt supérieur de l'enfant - est établi à partir d'un recueil de besoins réalisé chaque année, et permet de mettre en place des objectifs d'accompagnement pour l'enfant. Les entretiens avec les assistants familiaux, les enfants, les parents, les partenaires scolaires et de santé, sont nombreux tout au long de l'année. Ils sont nécessaires à la compréhension globale du quotidien de l'enfant. Les synthèses annuelles sont également mises en place sur les temps de réunion pour faire le point sur la situation de l'enfant.

I.2.b - Auprès des parents

Il est parfois difficile de travailler avec les parents qui ne répondent pas toujours présents aux sollicitations du service pour des entretiens ou des visites à leur enfant. En effet, le placement est une mesure contrainte par le juge des enfants. De plus, ce sont, pour la plupart, des personnes ayant elles-mêmes des carences affectives et familiales lourdes et/ou des troubles mentaux diagnostiqués par la structure psychiatrique, pour lesquelles se rajoutent des problèmes de chômage, logement, marginalisation sociale. Elles ne sont pas en mesure de se rendre disponibles psychiquement pour leur enfant. Nous assurons dans ce cadre, un soutien à la parentalité. Nous écoutons leurs demandes et observons leurs capacités de parents.

Issu de la loi sur l'autorité parentale du 4 mars 2002 - donnant droit aux parents non mariés qui ne vivent pas ensemble d'avoir chacun l'autorité parentale sur leur enfant - , le contrat de séjour est un outil de travail qui nous permet de convenir des modalités d'accueil et d'accompagnement de l'enfant, avec le(s) détenteur(s) de l'autorité parentale.

En tant que professionnels éducatifs, nous assurons le soutien parental lors de visites médiatisées ou d'entretiens individuels.

10

I.2.c - Avec les assistants familiaux

Nous avons un rôle de soutien auprès des assistants familiaux. Nous réalisons avec eux un travail en équipe. Ils nous informent de l'évolution de l'enfant, et nous sollicitent pour tout ce qui concerne la situation de l'enfant. Lorsque la prise en charge est difficile, nous intervenons en tant que tiers dans la relation.

Travailler en tant qu'éducateur auprès des assistants familiaux nécessite de leur rappeler régulièrement la situation de l'enfant, car ils peuvent être idéalistes ou ne plus voir que les côtés difficiles de l'accompagnement. Tel qu'il est témoigné par des assistantes familiales dans le livre Assistante Familiale, les risques d'un beau métier, l'éducateur et l'assistant familial doivent « poser et porter ensemble les limites à ne pas franchir pour l'enfant, avec l'enfant, comme pour l'adulte, réaffirmer la légitimité des actes et de l'autorité, soutenir et déculpabiliser l'assistante familiale aussi parfois... »1

Nous devons faire en sorte que l'assistant familial ne reste pas sur des événements marquants, et lui rappeler régulièrement la place des parents. Il est de notre rôle de s'adapter aux assistants familiaux qui travaillent tous différemment, selon leurs expériences et leurs attentes de leur fonction. Certains demandent parfois que nous approuvions leurs actes éducatifs et trouvions des solutions à leur place, comme Mr et Mme R :

Mr et Mme R accueillent Damien et Yvan depuis 5 ans. Ces jumeaux, âgés de 15 ans, marquent des signes de l'adolescence, notamment Damien qui teste le cadre. Mr et Mme R sont déboussolés face à cet adolescent qui s'enfuit régulièrement du domicile. Il peut partir toute une journée et rentrer apaisé. Si une remarque lui est faite, Damien devient insolent et se braque. De ce fait, ils font régulièrement appel au service pour que nous les guidions sur les actes à poser. Madame nous exprime souvent qu'elle ne sait pas comment s'y prendre face aux comportements qu'adopte Damien.

D'autres estiment devoir se débrouiller seuls, et ne partagent pas toujours des éléments essentiels de la vie de l'enfant.

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, Assistante Familiale Les risques d'un beau métier. PERONNAS : La Tour GILE, 2009, p.65

11

Je reviendrai sur le travail des assistants familiaux en deuxième partie de ce dossier.

I.2.d - La complexité du travail de l'éducateur

L'éducateur doit s'adapter en permanence à la personne avec qui il travaille. Les enfants ont tous des problématiques différentes. Il est important d'apprendre à les connaître, et comprendre leurs troubles pour instaurer la relation. Cette relation est essentielle pour avancer avec l'enfant et l'aider à évoluer.

En outre, les pathologies psychiatriques de certains parents peuvent expliquer leurs changements d'humeur d'une visite à l'autre. Ce genre de situation nous invite à interroger la psychologue du service qui pourra nous indiquer l'attitude à adopter afin d'éviter que le parent ne se « braque » en présence de son enfant. Aussi, des stratégies d'évitement du conflit sont parfois nécessaires pour qu'une visite soit gratifiante pour l'enfant. Pour exemple, je vous fais part de cette situation vécue sur mon lieu de stage :

L'éducatrice qui encadrait la visite médiatisée d'une maman et son fils de 2 ans et demi a dû s'absenter quelques minutes. Elle m'a demandé de la remplacer. Je suis allée à la rencontre de la maman qui était en train d'habiller son fils après qu'il soit allé aux toilettes. Je lui ai expliqué la raison de ma présence. Elle m'a alors répondu :

« Je n'ai pas besoin de vous, je m'occupe très bien de mon fils toute seule »

Je me suis alors retirée dans une salle attenante pour écouter ce qu'il se passait, et suis revenue quelques minutes plus tard très poliment. Madame semblait calme et a accepté ma présence pour le reste de la visite.

Pour avoir entendu parlé de la situation en réunion, je savais que cette dame pouvait rapidement se mettre en colère, c'est pourquoi j'ai agi de la sorte. Cette prise de recul m'a permis de réfléchir sur ma façon de réagir et de ne pas perturber davantage la maman, pour que l'enfant ne soit pas victime d'une altercation qui aurait pu l'angoisser.

Pour faire suite à cette réflexion, voici quelques chiffres qui vont permettre de comprendre quelle population est suivie par le PFS, et quels sont les résultats proéminents.

Les données importantes pour la continuité du mémoire seront mises en avant.

12

II. PARTIE 2 : ADOLESCENCE EN FAMILLE D'ACCUEIL

Durant ces 30 semaines de stage, j'ai suivi notamment les situations d'Amélie, Damien, Adrien et Jules en famille d'accueil. Tous les 4 sont en pleine période d'adolescence, ils ont entre 13 et 15 ans et leur placement est actuellement fragilisé en raison de leurs comportements.

Cette deuxième partie répond à mes questionnements :

- Combien d'adolescents y a-t-il dans l'équipe avec laquelle je travaille ?

- Comment les enfants et leurs parents vivent-ils la séparation ?

- Quel est le travail des familles d'accueil ?

- Qu'est-ce qui caractérise la période de l'adolescence ?

- Comment est-elle vécue en famille d'accueil ?

Afin d'y répondre, je vais présenter une étude de population effectuée au PFS. Les constats dégagés permettront de s'interroger sur l'adolescence, et le rôle des assistants familiaux, et de définir la problématique de ce mémoire.

13

II.1 - Étude de population

II.1.a - Méthodes utilisées

Pour réaliser une étude de population des jeunes suivis par les membres de l'équipe, j'ai d'abord élaboré un questionnaire auprès des deux éducatrices (cf annexe 1, p.61). Il s'agit d'un tableau avec le nom de tous les enfants dont les éducatrices suivent le placement. Les questions fermées et leurs réponses (en gras) sont telles que :

- Age des enfants suivis par les éducatrices :

De 22 mois à 17 ans

- Cause du placement, problématiques des parents des enfants accueillis :

Déficience/maladie psychiatrique (8)

Abandon/négligence/violences (23)

Dépendance alcoolique (8)

- Nombre de placements de l'enfant depuis la naissance :

De 1 à 3 placements différents

- L'enfant a-t-il déjà mis à mal son placement actuel par le passé ?

question non pertinente

- L'enfant met-il à mal le placement actuellement ?

question non pertinente

- Efficacité du placement (de 1 très faible, à 5 très bonne) :

question trop imprécise

Puis, j'ai posé 3 questions ouvertes à la suite du tableau, et j'ai relevé les réponses des éducatrices, qui sont les suivantes :

14

- Pour les enfants qui ont déjà mis à mal leur placement dans le passé (colonne n°4), quels moyens ont été mis en place (par le PFS, la famille d'accueil, les parents ou l'enfant) afin d'améliorer la situation de l'enfant ?

« Le meilleur outil est de sensibiliser la famille d'accueil à vouloir dépasser ce qui ne peut
être qu'une crise passagère et à comprendre ce qui se joue si la crise est au-delà du passager.
On pourra mettre en place des relais, des entretiens plus fréquents éventuellement la mise en
place d'un séjour en institution pour que l'enfant puisse évaluer où il en est dans son
parcours. »

- J'ai pu constater que le placement pouvait se fragiliser au moment de l'adolescence. Qu'en pensez-vous ?

« Oui, à l'adolescence se jouent les phénomènes d'appartenance et de l'identité. »

- Pour vous, un placement en famille d'accueil doit-il perdurer, et si oui, quels sont vos outils pour qu'il fonctionne à long terme ?

« Les changements de famille d'accueil sont préjudiciables le plus souvent. »

« Pour moi, la finalité d'un placement est de durer, surtout si l'enfant y a passé de longues

années. »

Les deux éducatrices - sans se concerter - m'ont fait remarquer que certaines questions n'étaient pas assez explicites, et qu'il leur était impossible d'y répondre.

Cependant, j'ai établi des constats intéressants avec leurs réponses sur les causes des placements. En réalité, j'en déduis que les caractéristiques d'états de dépendances ou de maladies psychiatriques, entraînent des négligences, des violences ou un abandon de l'enfant. Et c'est ce qui donne lieu au placement.

J'ai également étudié toutes les dernières ordonnances de placement pour déterminer les dates de naissance exactes des enfants, les droits de visites et d'hébergement, et davantage de précisions sur les causes du placement et l'attitude des parents envers leurs enfants. En croisant les données recueillies par les professionnelles et mes recherches, voici ce que j'ai obtenu :

II.1.b - Analyse des données recueillies

Age des enfants accueillis

0-6 ans 7-11 ans 12-16 ans

Age des enfants accueillis

5

5 14

- Le PFS accueille 11 filles et 13 garçons dont 5 fratries de 2 frères et soeurs. - Les enfants accueillis au PFS ont entre 22 mois et 17 ans.

- L'âge moyen des enfants accueillis est de 12 ans.

- Ils ont en moyenne 6 ans d'ancienneté.

- Le nombre d'adolescents est de 14 . Et environ la moitié mettent à mal leur placement actuellement d'après ce que j'ai constaté sur le terrain de stage.

Le constat est que les adolescents sont présents en nombre au PFS. On peut en déduire que leur placement est plus compliqué à cette période de vie précisément.

Causes des placements

8

22 8

Abandon, négligences, violences maladies psychiatriques dépendances alcooliques

15

Causes des placements

16

- Seulement 1 enfant est placé uniquement à cause de la maladie psychiatrique de sa maman. Pour les 22 autres enfants, il s'agit souvent d'un cumul de problématiques :

Maladie / alcoolisme + négligences / violences = Placement.

Parfois s'ajoutent à cette équation des problèmes de précarité ne permettant pas à l'enfant de vivre en sécurité dans ce lieu de vie.

Droits de visite (cf annexe 2, p.62)

- Les parents sont séparés en majorité dans 22 situations sur 24.

- 16 enfants rencontrent leur maman (lors de visites au service ou d'hébergements de week-end).

- 8 enfants rencontrent leur papa. Ceux-ci sont très investis et accueillent leur enfant à domicile (lors des week-ends ou des vacances). Pour les autres, ils sont inconnus du service, incarcérés, ou décédés.

La remarque suivante est que les mamans sont deux fois plus présentes que les papas. On peut relier cela à la notion d'attachement qui est souvent plus forte chez la mère qui a porté l'enfant durant 9 mois et l'a mis au monde.

Le vécu des enfants

- Les enfants ont vécu entre 0 ou quelques mois, à parfois 7-8 ans dans leur famille naturelle avant d'être placés.

- 16 enfants n'ont connu qu'une famille d'accueil jusqu'à ce jour. Certains ont été accueillis par 2 ou 3 familles d'accueil différentes. J'en déduis que les placements sont durables, contrairement à ce que je pensais en arrivant au PFS.

- Avant d'être suivis par le PFS, ces enfants ont été accueillis dans une pouponnière médicalisée pour ceux qui étaient malades ou ayant un handicap, ou dans un foyer d'accueil provisoire en attendant un placement en famille d'accueil. Parfois, d'autres mesures ont été ordonnées avant le PFS, telles que PEAD (Placement éducatif à domicile), AEMO (Aide éducative en milieu ouvert), ou des mesures administratives comme une AED (Aide éducative à domicile).

Je vais étudier comment est vécue la séparation de l'enfant avec son milieu naturel.

17

II.2 - Le placement vécu par l'enfant et ses parents

La séparation des enfants de leur famille d'origine est parfois source de nombreuses incompréhensions de la part des enfants placés. Cette mesure est prise dans le but nécessaire de les protéger de tout danger et leur permettre de recevoir l'affection et l'éducation dont ils ont besoin. Les mauvais traitements qu'ils ont subis perturbent leur développement psychologique.

II.2.a - L'enfant face au placement

La particularité de l'enfant placé est la séparation (physique et psychique) précoce de sa famille naturelle. Il s'identifie à 2 familles, la sienne, et la famille d'accueil. Cela génère très souvent un conflit de loyauté. Il ne veut pas être déloyal envers ses parents, mais est aussi attaché à la famille qui l'accueille.

De plus, c'est souvent un grand écart du niveau de vie entre les parents qui vivent dans la précarité, la violence, l'addiction parfois, et la famille d'accueil qui vit dans un logement confortable et travaille dans l'intérêt du bien-être de l'enfant. Comme le spécifie Christian ALLARD, responsable d'un placement familial du Val-de-Marne, dans son livre Pour réussir le placement familial, l'enfant est confronté à des images parentales porteuses de loi, et bénéficie de réponses différentes de la part de la famille d'accueil. Il est « tiraillé » entre ses deux figures d'attachement.

Lorsqu'il tente de mettre à mal le placement, il fait en sorte de changer de famille d'accueil ou d'être admis en foyer éducatif. Son objectif est le retour chez ses parents, même s'il est conscient qu'ils ont été défaillants. Et il ne veut plus connaître cette difficulté à se positionner entre l'attachement qu'il a créé avec sa famille d'accueil et ce qu'il pense devoir à sa famille d'origine. Il se protège face à la complexité d'aimer ses parents et sa famille d'accueil en même temps. « Les enfants placés idéalisent le lien. [...] ont une mauvaise estime de soi. [...] la force du clivage, aimer l'un c'est faire disparaître l'autre ou le rendre mauvais. Le but ultime est le retour chez leur parents. [...] Ils sont dans un pèlerinage vers l'objet originel. [...] Le désir de retourner vers des parents insatisfaisants. »1

1 Maurice BERGER, L'enfant et la souffrance de la séparation (divorce, adoption, placement). Paris : édition Dunod, 1997, p.89-108

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« L'enfant adore (idolâtre) ses parents. Plus il est insatisfaisant, moins il est critiquable. Il est dans un déni très fort »1 explique Maurice BERGER.

L'enfant placé est souvent dans le déni des difficultés de ses parents. Pensant qu'il est responsable du placement, il peut être caractérisé d'enfant « abandonnique », c'est-à-dire « négligé, triste, distant, affectueux, instable, volage, en échec scolaire, ayant des troubles du comportement ou somatiques, caractériel, associal, timide, discret, énurésique, encoprésique, désordonné, brouillon, mal orienté dans l'espace et dans le temps, artificiel, décousu dans ses discours, énigmatique, sceptique, méfiant »2, tel que le définit Françoise GASPARI-CARRIERE, psychothérapeute d'enfants à Montpellier, dans son livre Les enfants de l'abandon, traumatismes et déchirures narcissiques.

Cette culpabilité qu'il porte sur lui se répercute sur sa vie sociale et scolaire. Dans la craint de l'abandon, l'enfant peut emprunter des comportements agressifs envers ses pairs pour tester le lien affectif. Et à l'école, trop préoccupé par ses difficultés personnelles, l'enfant peut développer des problèmes de concentration et de comportement.

En effet, selon Maurice BERGER, « les enfants ont souvent des difficultés scolaires massives, une perte de capacités intellectuelles [...] »3

Nous avons pu vérifier les capacités scolaires d'Amélie en cours d'intégration au collège en classe de 5ème SEGPA. Mais ses troubles du comportement ne lui permettent pas de suivre une scolarité ordinaire, c'est pourquoi elle est scolarisée en ITEP. Complètement débordée par son histoire de vie, malgré ses capacités, Amélie a des difficultés à s'insérer socialement. Elle ne sait comment se comporter avec les autres et notamment avec les garçons auprès desquels elle joue de sa séduction.

Le placement est donc vécu difficilement pour la majorité des enfants, du fait de la séparation avec leurs parents. Mais, comment ces derniers se comportent dans cette situation ?

À présent, je vais étudier la position des parents face au placement de leur enfant.

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.48

2 Françoise GASPARI-CARRIERE, « Les enfants de l'abandon » Traumatismes et déchirures narcissiques. Paris : éditions Privat, 1989

3 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.2

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II.2.b - Les parents face au placement

Concernant les mères, il s'agit « souvent de mères qui font à l'enfant des promesses jamais tenues, lui donnant des rendez-vous sans cesse manqués et lui manifestent, entre deux rejets, un intérêt parfois passionné ou l'enfermement dans une relation fusionnelle empêchant manifestement une symbolisation des déficiences. Il arrive également que ces femmes, dont le passé est marqué fréquemment par la blessure de l'abandon, traitent l'enfant comme s'il s'agissait de leur propre mère, attendant de lui qu'il les protège, les soutienne ou les console, dans l'incapacité où elles sont de le protéger, le soutenir, le consoler. Cette attente l'investit d'une responsabilité inopportune et non seulement l'empêche de verbaliser l'abandon dont il est victime, mais lui fait craindre de délaisser cette mère infantile lors de la séparation que l'incapacité de celle-ci à le prendre en charge a rendue inévitable.»1

C'est le cas d'Adrien qui présente des troubles psycho-affectifs. Souvent déçu par les absences de sa mère en visite (visites médiatisées d'1 heure en lieu neutre prévues tous les 15 jours), il a pu exprimé ceci :

« Avec maman, je ne sais pas ? Parfois, elle dit mais elle ne fait pas ! »

Son assistant familial a remarqué qu'il était souvent stressé les veilles de visites.

Par exemple, concernant la visite suivant la période de Noël, la maman d'Adrien ne s'est pas présentée. Adrien s'est enfermé dans un mutisme. J'ai pris contacte devant lui afin qu'il constate qu'elle ne répondrait pas au téléphone. Il semblait oscille entre la déception qu'elle ne soit pas là, et l'inquiétude qu'il lui soit arrivé quelque chose.

Les troubles psycho-affectifs dont souffrent ces enfants sont définis par le psychothérapeute comme étant « généralement dû à une démission du couple parental, à un contexte socio-culturel défavorisé, à l'absence ou l'indifférence du père et à l'insuffisance de la mère. [...] Les parents ont souvent eu une enfance ou une adolescence perturbée : instabilité, immaturité. [...] Les filiations sont parfois confuses, et les déménagements multiples.[...] Les enfants sont retirés souvent pour cause de mauvais traitements, d'abus, d'absence de soins. [...] Pendant le placement, les familles continuent à intervenir mais souvent irrégulièrement. »2

1 Françoise GASPARI-CARRIERE, op.cit., p.29

2 Françoise GASPARI-CARRIERE, ibid.

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Certains parents sont dans le déni de leurs difficultés à s'occuper de leur enfant. Ils ne peuvent accepter le placement et continuent de penser que les travailleurs sociaux sont responsables de cet aboutissement. Il arrive qu'ils convainquent leur enfant de cette idée.

Cela me rappelle le discours de la maman de Jules. C'est un discours ambivalent. Elle peut parfois réaliser que le placement est dû à sa difficulté de prendre en charge ses enfants, et parfois remettre la faute sur les services sociaux. Jules, perdu dans le discours de sa mère, croit maintenant que :

« si les familles d'accueil n'existaient pas, je ne serais pas placé ».

Par exemple, lors de la signature du contrat de séjour, elle a demandé à réduire les périodes d'accueil de ses deux enfants chez elle car ils étaient difficiles à gérer ensemble. Deux mois plus tard, elle s'est rendue compte qu'elle voyait moins ses enfants. Elle s'est mise en colère contre le service, précisant que cette situation était de notre fait.

Dans ce genre de cas, les parents et leur enfant créent une alliance contre les personnes qui les aident ; familles d'accueil, éducateurs, psychologues, psychiatres...

Un conflit de loyauté peut se mettre en place entre les parents et la famille d'accueil. L'enfant se retrouve alors au milieu de tout cela, sans repères.

C'est le cas de Damien et son frère. Lors de ses droits de visite, le père de Damien et Yvan dénigre la famille qui les accueille. Les garçons quant à eux, se plaignent du quotidien chez Mr et Mme R, afin d'alimenter le conflit. En réalité, ils se plaisent dans la famille d'accueil, et ne les critiquent pas lors de nos entretiens, mais il leur est absolument impossible de dire à leur père qu'ils y sont bien.

Je remarque que les parents ont une part importante dans le conflit de loyauté que subit l'enfant. Sa difficulté à faire un choix est souvent attisée par la jalousie dont souffrent la plupart des parents séparés de leur enfant.

Suite à ce constat, je vais vous présenter la fonction des assistants familiaux qui est essentielle dans la prise en charge de l'enfant, qui y vit au quotidien.

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II.3 - Le rôle des assistants familiaux

En 2009, « la famille d'accueil est le mode d'accueil privilégié en Europe. En France, 60 % des enfants placés sont accueillis dans des familles », indiquent Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN.1

Une famille d'accueil a une fonction d'accueil permanent d'un enfant, de jour comme de nuit. L'assistant familial, qui a la responsabilité de l'enfant et dont c'est le métier, est rémunéré par le service qui l'emploie (le Conseil départemental ou le PFS).

Ce mode de placement est en effet un moyen pour l'enfant de retrouver une vie familiale et de se construire dans un environnement affectif et sécurisant. Il y trouve un modèle familial adapté et qui lui permet de grandir sereinement.

La famille d'accueil s'adapte à l'histoire et aux troubles de l'enfant, en essayant de l'intégrer au maximum dans la famille. Parce que « accueillir et apporter les soins quotidiens à un enfant qui a déjà construit (en réalité et/ou dans l'imaginaire) des relations particulières avec ses parents implique des remises en cause et des adaptations continuelles par rapport à ses propres projets éducatifs. »2

La profession d'assistant familial est différenciée de celle d'assistante maternelle depuis la « loi n° 2005-706 du 27 juin 2005 relative aux assistants maternels et aux assistants familiaux. » 3

Les assistants familiaux sont tenus à la confidentialité, et à communiquer tout ce qui concerne l'enfant dans son quotidien. Ils assistent aux réunions pour le Projet personnalisé de l'enfant, et aux synthèses annuelles. Ils ont pour mission de suivre leur santé, leur parcours scolaire. Il est important qu'ils soient à l'écoute de l'enfant, tant sur sa communication verbale que non verbale. C'est-à-dire qu'ils doivent transmettre les signes de bien-être ou de mal-être de l'enfant au service.

On remarque dans cette profession, « [...] une image très idéalisée de l'assistant familial et un investissement personnel fort. Ce grand désir de réparation, cet espoir d'aider

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.11

2 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, ibid., p.62

3 http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000812591&categorieLien=id

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les enfants à s'épanouir malgré leurs difficultés, ce rêve de leur offrir l'harmonie d'un nouveau foyer, constituent les fondements du choix de ce métier. Mais trop enfermées parfois dans l'image d'une mère idéale, puis d'une assistante familiale efficace, les femmes qui exercent ce métier peinent à poser leurs propres limites. Dans un élan fort de donner, d'être disponibles à l'autre, voire toutes-puissantes devant les difficultés, elles peuvent être tentées de banaliser, ou de nier, les réalités de certaines situations parce qu'elles s'opposent à leur souhait de réussir. Cet investissement par ailleurs positif doit être médiatisé par le placement familial. »1

Dans la société, les familles d'accueil sont perçues comme étant des familles modèles. Une simple dispute dans le couple parental peut être jugée dangereuse pour l'enfant accueilli. Ou si l'un de leurs propres enfants est défaillant, on suppose qu'ils ne peuvent pas être de « bons » parents et donc une « bonne » famille d'accueil. Les suspicions de maltraitance sont très courantes car aujourd'hui, la moindre action envers l'enfant est contrôlée par les services sociaux. Il arrive en effet que des méthodes de contention soient utilisées dans certains cas de violence extrême de l'enfant. Cela doit être travaillé en équipe afin d'en évaluer justement la nécessité, pour que ces techniques soient mises en oeuvre à bon escient.

D'après le témoignage de ces assistantes familiales et ce que j'ai observé lors de mon stage, il est évident que certaines familles d'accueil banalisent des faits, estimant qu'elles se doivent de les gérer par elles-mêmes.

C'est le cas d'une assistante familiale qui accueille 2 frères depuis leur plus jeune âge. N'ayant pu avoir d'enfants, elle et son mari les élèvent comme leurs propres fils. Elle est ravie de nous rapporter la réponse du plus jeune lorsqu'elle lui demande qu'est-ce qu'une famille d'accueil, et qu'il répond :

« C'est une famille-parent d'amour »

Malgré son professionnalisme, elle a parfois du mal à voir les difficultés de comportement des garçons. Le service intervient régulièrement auprès des enfants et de l'assistante familiale pour ramener la réalité de leur situation et éviter que famille d'accueil ne s'approprie les enfants, et que les enfants en oublient leur famille d'origine.

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.75

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II.3.a - Les familles d'accueil relais

De manière à éviter la multiplicité des séparations pour l'enfant qui en a déjà subies, l'équipe met en place des familles d'accueil relais. Cela permet de soulager la famille d'accueil et faire en sorte que le placement perdure. Cette alternative existe depuis quelques années et se pratique de plus en plus.

Il s'agit de placer les enfants dans une autre famille d'accueil le temps d'un week-end ou des vacances. Aujourd'hui, les mêmes assistants familiaux relais sont souvent sollicités pour les mêmes jeunes, afin de garder une certaine stabilité. Généralement, ces week-ends ou vacances permettent à l'enfant et à la famille d'accueil permanente de se ressourcer pour éviter un épuisement psychique de chacun d'entre eux.

L'enfant placé qui arrive dans une nouvelle famille d'accueil, passe souvent par une période surnommée « lune de miel ». Dans le contexte des relais, comme cela reste exceptionnel, il ne profite que des bons côtés de la famille d'accueil relais. Le fait de se retirer du quotidien habituel permet à l'enfant de rentrer apaisé. Parfois, si c'est une période compliquée dans sa famille d'accueil permanente, l'enfant peut se projeter dans cette autre famille d'accueil :

Amélie a une nouvelle famille d'accueil relais depuis quelques mois. Elle y passe 2 week-ends par mois. Elle est dans cette période de « lune de miel », de séduction. Son assistante familiale permanente part en retraite à la fin de l'année. Elle recherche alors de l'affection auprès de la famille d'accueil relais, et se projette chez eux après la fin du placement. Pour exemple, elle s'intéresse d'abord indirectement, aux moyens de transports possibles :

« Comment il fait le voisin pour aller à l'école ? »

Puis demande directement à l'assistante familiale :

« Si on te demandait de me garder tout le temps, qu'est-ce que tu dirais ? »

C'est lors de cette période de « lune de miel » que le lien d'attachement se crée. Et après quelques temps passés dans la famille, l'enfant expérimente parfois ce lien.

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II.3.b - « Attaque » du lien créé avec la famille d'accueil

Souvent, ne pouvant s'en prendre à ses parents, l'enfant accueilli teste le lien avec la famille d'accueil pour vérifier jusqu'à quel point elle tient à lui. Il cherche à recréer le schéma de séparation vécu avec ses parents, en adoptant des comportements violents, tyranniques, agressifs, qui peuvent amener le professionnel dans ses retranchements. Lorsque la relation devient trop conflictuelle, une fin de placement peut alors être décidée, soit par l'assistant familial, soit par le service gardien, afin de préserver l'enfant et la famille d'accueil. Dans le cas où ce genre de décision se prend, cela peut conforter l'enfant dans l'idée de sa responsabilité quant à la séparation de son milieu naturel.

Puisque, comme le stipule Maurice BERGER dans L'échec de la protection de l'enfance, « certains enfants ont la conviction que c'est de leur faute si leurs parents ne sont pas adéquats avec eux. »1

Suite à mes observations, j'ai remarqué que cela se produisait plus souvent à l'adolescence. À cette période, l'enfant se pose la question de son identité et de son appartenance familiale et cherche à devenir indépendant psychiquement de ses parents. Cette période est souvent source de dépressions, de crises, de passages à l'acte. Elle est d'autant plus difficile à gérer lorsque l'enfant vit dans une famille qui n'est pas la sienne. C'est pourquoi, c'est souvent une période qui fragilise le placement.

« Pour l'adolescent placé, la pathologie du lien va se révéler. On assiste à une résurgence de la problématique de la séparation. Il y a le risque que le placement soit détruit par ses attaques; l'adolescent recolle alors à ses parents - défaillants - à un âge où il devrait s'autonomiser »2 explique Christian ALLARD.

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.14

2 Christian ALLARD, Pour réussir le placement familial. Issy-les-Moulineaux: ESF éditeur, 2007

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II.4 - L'adolescence, une période qui fragilise le placement

Au début de mon stage, je me suis interrogée sur les fins de placement. Et je me suis questionnée quant à la fréquence des fins de placement au moment de l'adolescence. Tout d'abord, je vais définir ce qu'est l'adolescence. Puis, à travers des exemples, j'évoquerai les répercussions sur la vie en famille d'accueil.

II.4.a - Qu'est-ce que l'adolescence ?

Selon David LE BRETON, anthropologue sur la notion d'adolescence, le mot « « Adolescence » est emprunté au latin adolescens, participe présent de adolescere qui signifie grandir. L'adolescent est donc celui qui étymologiquement « est en train de grandir », contrairement à l'adulte, du participe passé adultus, celui qui a cessé de grandir. »1

L'adolescence a une histoire. Jusqu'au milieu du XIXème siècle, l'humain de notre société passait directement du statut d'enfant à celui d'adulte par des rites de passages, ou initiatiques. Depuis, l'enfant reste de plus en plus longtemps dans sa famille alors que les aïeuls en sont exclus, c'est l'apparition de la famille moderne.

La période de latence entre la puberté et le départ du foyer est aujourd'hui appelée adolescence, et est considérée par les spécialistes comme étant « difficile », notamment pour Michèle EMMANUELLI, psychologue clinicienne, qui publie dans le livre L'adolescence des éditions Que sais-je : « On ne peut comprendre ce qui se joue à l'adolescence sans l'éclairage de la psychanalyse. Celle-ci, à la fin du XIXè siècle, a opéré une révolution dans le regard porté sur l'enfant et l'adolescent, en dévoilant l'existence de la sexualité infantile et du complexe d'oedipe. »2

Dans la mythologie grecque, OEdipe tue son père pour avoir une relation sexuelle avec sa propre mère. Le complexe d'oedipe est pour Freud, le petit garçon qui tombe amoureux de sa mère et désir tuer son père. Il définit l'adolescence comme étant le moment où l'enfant se dirige vers d'autres objets sexuels.

1 David LE BRETON et Daniel MARCELLI, Dictionnaire de l'adolescence et de la jeunesse. Paris : Quadrige/PUF, 2010, p.15-16

2 Michèle EMMANUELLI, L'adolescence. Paris : éditions Que sais-je, 2010

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Vers 12 ans, l'adolescent cherche alors à se séparer psychiquement de ses parents, par exemple en appartenant à un groupe et en réclamant plus de liberté d'action. C'est souvent cela qui active le conflit avec ses parents. Parfois, selon Sébastien LE LAY, formateur en psychologie, il peut passer par ce qu'on appelle en psychologie une « phase transitoire dépressive » lors de laquelle « la bande ne suffit pas, et même l'ami intime ne peut pas comprendre. L'adolescent est en proie à la mélancolie. La vie est un supplice, tout est injuste. La perte des parents est trop forte. La bande et les copains ne suffisent pas, cela crée un vide métaphysique. C'est là qu'il crée un journal intime dans lequel il transmet son abandon. »1

Pour certains, cette période charnière est source de crises dépressives, de violences vis-à-vis de ses pairs ou de soi-même, qui sont dues à une souffrance massive de l'acceptation de changement de son corps ou de réactivation de carences infantiles.

« En 1951, John Bowlby reprend ces travaux dans un rapport à l'OMS où il démontre les effets de la carence de soin précoce sur le devenir de l'enfant puis de l'adolescent, établissant ainsi un lien entre conditions affectives et éducatives de la petite enfance et conduites délinquantes ou violentes ultérieures. »2

C'est également l'apparition des signes de la puberté. Les filles développent leur poitrine, les poils apparaissent, et elles découvrent les menstruations et l'acné. Les garçons découvrent l'érection, la masturbation, et également les poils et l'acné.

En effet, selon la revue Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°3, « le corps constitue le lieu privilégié d'expression des modifications qui engagent le jeune sujet sur le chemin de la vie adulte. [...] Passage de la sexualité infantile à la génitalité. [...] La reprise de la flambée oedipienne contribue à rendre tout à la fois inévitable et difficile la prise de distance avec les premiers objets d'amour et de rivalité. [...] Travail identificatoire : le cheminement adolescent implique l'élaboration du travail de séparation avec les objets oedipiens et avec l'image de soi idéalisée. »3

C'est un moment où le jeune cherche à s'accepter comme une personne intéressante, méritant d'être aimée. Il va s'identifier à ses pairs, et tenter de s'intégrer socialement.

1 Sébastien LE LAY, Cours de psychologie sur l'adolescence, ITES Brest, 2012

2 David LE BRETON et Daniel MARCELLI, op.cit.

3 Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°3, 2001, p.232

A l'école, les jeunes sont soumis à des violences telles que harcèlement, racket, vol, moqueries. Chez les garçons, les meneurs de la bande vont choisir un souffre-douleur sur lequel ils déchargeront toute la violence qu'ils ont en eux. Les filles, elles, vont être très critiques sur l'apparence. (Elles vont regarder si l'autre est bien habillée, jolie, si elle a des boutons, pas assez de poitrine, si elle est trop grande, trop petite...). A cette période du collège, tout est prétexte à se moquer. On se moque pour se sur-estimer, se prouver qu'on est « meilleur que l'autre ».

L'adolescent qui ne se sent pas intégré peut se replier sur lui-même, développer des problèmes d'hygiène, d'alimentation, et perdre confiance et estime de lui. Les passages à l'acte se traduisent par des scarifications, des troubles alimentaires, des fugues, des alcoolisations à risque ou encore des tentatives de suicide.

II.4.b - Le placement mis à mal à l'adolescence

Plusieurs situations m'ont amené à cette première question : Comment éviter la mise en échec du placement en famille d'accueil ?

Au commencement de mon stage, je ressentais que certains jeunes mettaient en échec le placement, et je me demandais comment éviter cela en tant que professionnelle. Mais, à partir du questionnaire aux éducatrices, j'ai réalisé que ce n'était pas qu'une question de mise en échec, et bien des questions d'appartenance dues à l'adolescence, qui pouvaient fragiliser le placement. Les passages à l'acte qui se multiplient amènent parfois les familles d'accueil à renoncer au placement. Ainsi, je retrouve plusieurs situations de jeunes que j'ai accompagné tout au long de mon stage, celles d'Amélie, de Damien, de Jules et d'Adrien. Voici leur comportement actuel en famille d'accueil :

Amélie est dans une famille d'accueil depuis 5 ans. Elle a 13 ans. Son assistante familiale, Mme S, nous a fait part de sa lassitude, et souhaite mettre fin au placement d'Amélie avec laquelle elle a le sentiment d'arriver à ses limites. L'adolescente est arrogante et « envahie » par ses relations amoureuses. La famille d'accueil avait pourtant des projets pour cette enfant au début du placement, et espérait pouvoir l'aider à grandir convenablement malgré son passé douloureux. À ce stade, elle pense que son accueil n'est plus bénéfique pour Amélie.

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Jules, 14 ans, a des problématiques au niveau de sa sexualité, il lui est arrivé récemment de se masturber devant des enfants chez qui il dormait ou dans sa chambre la porte grande ouverte. L'assistante familiale, Mme T, alarmée nous en a fait part. Son inquiétude vis-à-vis des autres jeunes accueillis l'a amenée à s'interroger sur la continuité de la prise en charge de Jules chez elle.

Adrien, 15 ans, vole les sous-vêtements de la femme de son assistant familial, Mr C, et les met sous son oreiller ou les coupe. Il se montre agressif envers Mr C. C'est lors d'une synthèse annuelle que le psychiatre de l'IME, informé par ces événements, nous a fait part de ce qu'il interprétait comme des signes du complexe d'oedipe qui reviennent. La famille d'accueil ne se sent plus en sécurité avec le jeune et la femme de Mr C perçoit des attitudes troublantes à son égard. Aussi, Mr C nous a récemment prévenu de la décision familiale qui est d'arrêter la prise en charge de l'adolescent.

Damien a 15 ans. Il quitte régulièrement le domicile de la famille d'accueil pour errer, et se sentir « libre ». Voici ses mots lorsqu'on évoque le sujet :

« je m'en fous », « je fais ce que j'ai envie ».

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Ces exemples illustrent les difficultés que connaissent les assistants familiaux au moment de l'adolescence.

La problématique qui résulte sera détaillée ci-après.

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II.5 - Construction de la problématique

Au cours de mon stage et de mes recherches, la construction de ma problématique a évolué petit à petit.

Après m'être interrogée sur les fins de placement, je me suis demandée comment l'éducateur accompagnait un placement en famille d'accueil fragilisé par la problématique adolescente. Cette dernière est couplée aux dysfonctionnements familiaux, aux troubles, à l'immaturité des jeunes.

Les familles d'accueil que j'ai suivies et pour lesquelles le placement de l'adolescent est actuellement compliqué ont été mon inspiration principale dans la définition de ma problématique. Je me suis aperçue qu'il était important de soutenir les assistants familiaux pour que la relation s'améliore entre eux et les adolescents accueillis. C'est une des missions de l'éducateur en PFS.

J'ai donc centré mon projet sur le travail avec les familles d'accueil. En parallèle, j'ai axé mes recherches sur l'adolescence illustrées par des exemples concrets. Cette enquête a soulevé ma question principale :

Dans le cadre d'un Placement familial social, comment l'éducateur soutient les

assistants familiaux face aux comportements difficiles des adolescents accueillis,
aboutissants pour certains à un changement de prise en charge ?

Pour répondre à cette problématique, j'ai mis en place deux groupes de parole avec les assistants familiaux sur le thème de l'adolescence, et me suis appuyée sur des accompagnements avec les jeunes, et des entretiens avec les parents des jeunes.

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III. PARTIE 3 : SOUTENIR UN ACCUEIL FRAGILISÉ

Le projet dont il est question est un moyen répondant à des objectifs définis au préalable pour atteindre une finalité.

La finalité de ce projet est le maintien du placement pour éviter à l'enfant de vivre une séparation supplémentaire. Dans le cas où la séparation est inévitable, l'éducateur fait en sorte qu'elle soit préparée et expliquée, afin de permettre à l'enfant et à la famille d'accueil de ne pas subir cela comme un échec.

Les objectifs principaux de ce projet sont les suivants :

- recueillir la parole des assistants familiaux face aux difficultés rencontrées avec les adolescents qu'ils accueillent et les soutenir dans leurs difficultés de travail,

- permettre aux adolescents de mettre en mots leurs questions ou leurs insatisfactions, - investir les parents dans la quête identitaire de leurs adolescents.

J'ai élaboré mon projet sur la base du travail de l'éducateur situé en tant que tiers entre l'enfant, ses parents, et sa famille d'accueil.

D'une part, j'ai mis en place un groupe de parole afin que les assistants familiaux puissent échanger quant aux problèmes qu'ils rencontrent avec les adolescents qu'ils accueillent, et qu'ils puissent s'écouter afin de se saisir de certains outils. Pour moi, il s'agit de les soutenir en tant que professionnelle neutre dans la relation.

En parallèle, j'ai accompagné régulièrement une jeune fille, Amélie, durant 5 mois les mercredis après-midi, et 3 garçons Adrien, Jules et Damien plus ponctuellement. Ces temps éducatifs m'ont permis de comprendre ce qui fragilisait leur placement, et de les aider à surmonter leur crise passagère due à l'adolescence.

D'autre part, les entretiens et visites aux parents auxquels j'ai assisté ou que j'ai animé m'ont permis de les informer des comportements que leurs jeunes mettaient en place en famille d'accueil. Ainsi, j'ai pu étudier leur point de vue sur le sujet. Aussi, ils ont établi un échange avec leurs enfants lors des visites.

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III.1 - Le groupe de parole

Le groupe de parole est un temps collectif, durant lequel se réunissent plusieurs personnes ayant une caractéristique commune, qui échangent sur des sujets similaires, dans le but d'avoir des points de vue extérieurs à la situation. Il est un temps et un lieu d'expression.

Dans le contexte du PFS, le groupe de parole est un moyen de soutenir les familles d'accueil. Ce temps leur permet de s'exprimer librement et en toute confiance. Ainsi, il m'a semblé important de leur spécifier que je ne divulguerai pas leurs propos.

III.1.a - Construction du groupe de parole

Après un constat de conflits entre les assistants familiaux que j'accompagnais et les adolescents accueillis, j'ai ressenti un besoin de partager leurs difficultés d'éducation. J'ai alors provoqué 2 rencontres qui leur ont permis d'exprimer leurs questions et émotions. Pour la mise en place de ces temps d'expression, j'ai procédé de cette façon :

- Lors d'une réunion d'équipe, j'ai exposé mon idée d'animer un groupe de parole aux membres présents. Ils ont acquiescé quant à ce projet. Ils ont admis que ce serait bénéfique pour les familles d'accueil et aussi pour les jeunes.

- J'ai ensuite pris rendez-vous avec la psychologue du service pour connaître la méthode qu'elle employait lors de l'animation de ses groupes de parole. Elle m'a expliqué qu'elle invitait une dizaine d'assistants familiaux, et qu'elle animait en fonction de ce qu'ils exprimaient. Mon but étant de proposer quelque chose de différent, je n'ai invité que 4 assistants familiaux et j'avais défini le thème à l'avance : l'adolescence.

- Puis, j'ai proposé 2 dates par mail aux assistants familiaux en leur exposant le thème du groupe de parole. J'ai observé que les assistants familiaux se rendaient disponibles pour venir au PFS. Les 4 sollicités sont ceux avec lesquels j'ai le plus travaillé durant mon stage.

Enfin, j'ai élaboré un questionnaire aux assistants familiaux pour l'évaluation de mon

projet.

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III.1.b - Déroulement des temps de parole

(Cf annexes 3 et 4, p.63 à 66)

- Les temps de parole ont duré 1h30 chacun.

- 3 assistants familiaux sont venus au 1er temps, et 4 au 2ème.

- La personne qui ne s'était pas présentée la première fois avait oublié le rendez-vous.

- Le taux d'absence sur les deux temps de parole est ainsi négligeable.

Pour le 1er temps de parole, j'ai beaucoup écouté les assistants familiaux. Volontairement, j'avais préparé peu de questions. Ce 1er atelier a été plus désordonné que le second, mais il m'a permis de recueillir toutes les informations que me donnaient les assistants familiaux, afin d'avoir de la matière par la suite.

Lors du 2ème temps de parole, j'ai repris les grands thèmes évoqués la première fois, et j'ai apporté mes connaissances. Mes questions étaient préparées. Je les ai ciblées en lien avec ces thèmes et le travail des éducateurs du PFS. J'ai fait en sorte de créer du lien entre les questions abordées. Le 2ème temps de parole a ainsi été plus fluide et axé sur ma problématique.

Ces temps permettent d'avoir une vision du travail de l'assistant familial au quotidien. C'est un temps d'analyse de pratique lors duquel les assistants familiaux bénéficient de moyens pour parler de leurs expériences d'accueil. Ils peuvent comparer leurs façons de procéder, et s'inspirer de ce que les autres ont pu mettre en place.

Évidemment, chaque jeune évolue différemment. Mais j'ai senti que ces échanges rassuraient les familles en prenant conscience qu'ils n'étaient pas les seuls face à certaines problématiques.

Mon premier constat a été que les assistants familiaux étaient beaucoup dans l'anecdotique, et moins dans le conceptuel. Il m'a été difficile de faire des liens avec mes connaissances pour organiser leurs propos.

Je vais d'abord vous exposer les thèmes abordés, en y apportant quelques pistes de réflexion. Puis, j'évoquerai les difficultés exprimées par les assistants familiaux dans leur quotidien et la manière dont les éducateurs peuvent les soutenir.

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III.1.c - Thèmes étudiés L'hygiène corporelle

Ce sujet concernait tous les adolescents dont il était question en groupe de parole. Pour la plupart, la douche n'est pas toujours prise correctement et certains enfants ont des pertes urinaires ou fécales qui se manifestent jusqu'à leur majorité sexuelle. Cela peut être dû à une mauvaise acquisition de la propreté étant petits, à des troubles psychologiques ou physiologiques. C'est une problématique difficile à gérer par les familles d'accueil. Il leur faut s'armer de patience et effectuer beaucoup de tâches ménagères :

« on râle, on fait la morale, on répète tout le temps la même chose ».

L'assistante familiale de Jules se demande si ce n'est pas volontaire de sa part, et à l'impression de ne pas avancer avec lui quand elle le voit ne pas se contrôler de cette façon. Mr R a proposé une méthode qu'il a adopté avec l'un des jeunes qu'il accueille pour qu'il n'utilise plus de protections. Les autres professionnels ont écouté attentivement.

Je leur ai conseillé de retenir la méthode qui semble efficace, pour l'appliquer avec leurs jeunes si besoin.

La sexualité et Internet

Chaque assistant familial travaille différemment le sujet de la sexualité (à partir de lectures de bande dessinées sur le sujet, échanges lors de repas).

J'ai proposé que ce sujet soit développé plus régulièrement dans les familles, dans la mesure où il ne doit pas être un sujet tabou. Fréquemment, pour cette tranche d'âge, ce sujet est peu abordé.

J'ai alors expliqué que si le jeune ne comprend pas ce qui se passe dans son corps, cela peut générer de l'agressivité.

D'après Pierre GALLIMARD, psychiatre et psychothérapeute d'enfants, dans son ouvrage, 11 à 15 ans, Mutations, conflits et découvertes de l'adolescence, « dès le début de la croissance des organes sexuelles du garçon, se produisent des érections du pénis. Ce phénomène n'était pas inconnu de l'enfant mais dans la plupart des cas n'avait eu lieu jusqu'ici que très sporadiquement, souvent à la suite d'inflammation locale ou sous l'effet de

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masturbations ; maintenant il devient de plus en plus fréquent et apparaît spontanément à des occasions diverses, sous l'effet de contacts physiques extérieurs (monter à la corde par exemple) ou plus souvent d'incitations psychologiques (lectures, affiches, imagination...), sensation nouvelle d'excitation agréable dont le sujet est souvent d'abord étonné, parfois inquiet, puis qu'il aime voir se reproduire. »1

Comme nous le savons tous, certains sites Internet sont axés sur l'acte sexuel, ce qui nous a amené à en étudier les méfaits ; Mr R en témoigne :

« avec internet, on ne peut pas protéger, alors qu'on est dans le protection de l'enfance ».

En effet, depuis qu'Internet est accessible sur tous les écrans (ordinateur, téléphones, tablettes), les enfants sont exposés aux images et vidéos pornographiques très tôt. Ils en parlent sur les cours d'école par exemple. Le risque est qu'ils s'accaparent ces images comme étant la réalité.

Les assistants familiaux découvrent pour beaucoup les nouvelles technologies et ne sont pas toujours au fait de leur fonctionnement. Ils peuvent se sentir dépassés et excédés. Cela me rappelle ce que racontait Mme T :

Mme T concernant Jules :

« Il y a 2 ans, il avait téléchargé 60 films pornos sur la tablette d'une jeune !! »

L'intolérance à la frustration

Le « non » est insupportable à accepter pour ces enfants carencés. La frustration peut donner lieu à des crises de colère, des vols pour obtenir au plus vite ce qu'ils désirent.

Mon rôle à ce sujet a été de rappeler aux assistants familiaux la nécessité d'expliquer au jeune qu'il ne peut pas avoir ce qu'il désire. Si il n'accepte pas la décision, il faut lui permettre d'aller dans un espace sécurisant pour lui, et le laisser seul. Cela permet de ne pas attiser sa colère, et seulement après, il pourra revenir.

1 Pierre GALLIMARD, 11 à 15 ans, Mutations, conflits et découvertes de l'adolescence. Paris : DUNOD, 1998, p.24

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Le besoin de combler un manque

La plupart de ces jeunes mangent beaucoup. C'est parfois dû à leur traitement, mais ils ont aussi besoin de combler un manque par la nourriture. Dans le DVD de la réalisatrice Nadine CHIFFOT, qui expose le quotidien des familles d'accueil, je découvre Ahmed, qui ne trouve pas réponses à ses questions et compense ce manque par la nourriture :

« Ahmed, 15 ans se pose beaucoup de questions et mange pour oublier .
·

« pourquoi je ne suis pas sorti de ton ventre ? », demande-t-il à l'assistante familiale qui en répond .
·

« je suis contente qu'il me pose les questions à moi, plutôt qu'il aille les poser dehors et faire des bêtises » »1.

La revendication à l'adolescence

A l'adolescence, les enfants acquièrent une maturité qui leur permet d'argumenter et de contre-argumenter. La plupart d'entre eux sont dans le désir immédiat. Cette période est celle de la revendication de l'enfant qui agit comme il l'entend, selon ces termes :

« Je m'en fous », « je fais ce que je veux », « c'est ma vie ». Le mensonge

Le mensonge devient de plus en plus convaincant. Les assistants familiaux sont troublés et ne perçoivent plus la crédibilité du langage du jeune

À titre d'exemple, les jeunes accueillis peuvent employer le mensonge afin de préserver leur famille d'accueil de leur désir ultime de retourner chez leurs parents.

C'est ce que j'explique à Mr R, lorsqu'il me raconte cette anecdote :

Damien et son frère ont rendu visite à leur père, à la demande de celui-ci (qui n'a ses droits de visite que sur le lieu du PFS). Il leur avait donné rendez-vous sur un lieu extérieur et ses enfants n'en ont volontairement pas parlé à Mr et Mme R sitôt après.

À mon sens, ils ont voulu protéger leur père qui était hors-la-loi à cet instant. J'en déduis également qu'ils n'ont pas voulu faire de peine à la famille d'accueil.

1 Nadine CHIFFOT, Une autre famille pour grandir. CPPA, Conseil Général du Val de Marne, 2008

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L'ambivalence par rapport aux parents

D'après Maurice BERGER, « l'enfant adore (idolâtre) ses parents. Plus il est insatisfaisant, moins il est critiquable. [...] Déni très fort »1

Il est souvent difficile pour les assistants familiaux de comprendre cela. Par exemple, Mme S est surprise lorsque :

Amélie critique sa maman quand elle est absente aux visites : « Maman elle est nulle »

Mais elle ne supporte pas que Mme S en parle, elle imagine toujours qu'il s'agit alors d'une critique.

Le double-attachement

« La question du double-attachement entraîne culpabilité, déni et clivage chez l'enfant. Le risque de dépression, voire de mélancolie est grand pour lui, si l'on ne conserve pas une écoute et une attitude bienveillante à l'égard de ses parents, c'est-à-dire si l'on ne lui permet pas d'y penser avec affection ou colère »2, analyse Christian ALLARD.

J'ai constaté lors des temps de parole que la plupart des enfants n'évoquaient pas le souvenir de leurs parents en présence de leurs assistants familiaux. Ils ne veulent pas se sentir déloyal, c'est pourquoi, je précise qu'il est important que ce soient les familles d'accueil qui abordent le sujet, pour que l'enfant se sente autorisé à en parler. Cela peut permettre de créer une relation de confiance avec l'enfant, et donc un lien d'attachement.

En effet, il est avéré qu'« il faut s'attacher à la famille d'accueil pour bien grandir. »3

III.1.d - Les difficultés du travail de l'assistant familial

Lors des ateliers, les assistants familiaux évoquent les difficultés de leur métier de manière unanime :

« C'est un travail épuisant ! Il faut de l'endurance, une remise en question. On a parfois envie de baisser les bras. »

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.48

2 Christian ALLARD, op.cit.

3 Nadine CHIFFOT, op.cit.

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De plus, cette phrase d'une assistante familiale m'a particulièrement marquée : « Les problématiques des enfants confiés sont de plus en plus complexes. Ils sont beaucoup plus abîmés car ils restent trop longtemps dans leur famille ».

Il est vrai qu'aujourd'hui, le maintien des enfants dans leur famille naturelle et le maintien du lien sont privilégiés. Cela peut être bénéfique comme destructeur pour l'enfant selon ce qui se passe en visite. Le parent peut faire passer des messages qui nous échappent et que l'enfant interprète à sa façon. Les conséquences se répercutent alors au sein de la famille d'accueil.

L'arrêt de placement

D'après Christian ALLARD dans son ouvrage Pour réussir le placement familial, la famille d'accueil est à l'épreuve du lien ; il évoque d'abord le « temps de l'idylle », après lequel se met en place un « processus défensif ». La famille d'accueil est le support de la projection d'objet primaire que l'enfant a avec ses propres parents et l'enfant, ne pouvant s'en prendre à sa mère ou son père, « attaque » l'assistant familial. Les ruptures ont des « effets pathogènes » qui s'aggravent considérablement à mesure qu'elles se répètent. Leur évitement est thérapeutique, c'est pourquoi des « soins psycho-socio-éducatifs et relationnels » sont indispensables pour soutenir la permanence de l'accueil familial chez la même famille d'accueil. Les changements de famille d'accueil posent problèmes et nécessitent une bonne préparation. « Changer c'est risquer de s'effondrer ». En effet, un arrêt de prise en charge est difficile à vivre pour les enfants qui ont une impression de répétition de la séparation de leur famille.

L'annonce de cet arrêt à l'enfant est étudié. Cela se fait dans nos locaux. Le chef de service annonce la fin de placement à l'enfant, en présence de l'assistant familial qui a un temps pour s'exprimer et expliquer les raisons de cette décision. Les parents sont également mis au courant par le chef de service qui représente le service gardien. Chaque membre est donc informé des raisons du déplacement. Le fait que l'assistant familial ne soit pas celui qui annonce la nouvelle le protège de toute attaque qui pourrait lui être adressée.

Mais ce moment est aussi compliqué pour les accueillants. Ils vivent cela comme un échec, un sentiment de ne pas avoir accompli leur tâche jusqu'au bout. Ils sont conscients de rajouter une douleur supplémentaire à ces enfants.

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Dans ce genre de situations, l'important est de garder le lien après le déplacement, « parce que c'est aussi dans la permanence du lien que s'élabore la dimension affective nécessaire à l'épanouissement de l'enfant, cette dimension affective ne peut s'établir lors d'une relation trop brève.[...] C'est au travers des petits gestes quotidiens, des preuves de ce souci constant de l'autre, de ce décentrement de soi, de ce don que perçoit l'enfant, que peut advenir une relation affective constructive. »1

Les attentes des assistants familiaux vis-à-vis de l'éducateur

Les assistants familiaux présents m'ont spécifié ce qu'ils attendaient des éducateurs : un soutien, des réponses à leurs questionnements (et aussi des réponses des services médicaux) et une sécurité. Ils ressentent le besoin d'appeler dès qu'il se passe quelque chose pour montrer au jeune qu'ils ne sont pas seuls dans leurs décisions. Aussi, ils se sentent protégés après avoir informé le service d'un événement particulier.

Au PFS, ils trouvent qu'ils ont beaucoup de chance, car il y a un bon soutien, et ils apprécient la rapidité d'action. Parfois, le chef de service intervient, c'est une étape supplémentaire pour l'adolescent qui prend conscience de la gravité de ses actes. Ils sont satisfait de la disponibilité de l'équipe.

D'autre part, ils font ressortir le besoin d'être soutenu par leur conjoint qui apportent une vision extérieure. Ce sont souvent eux qui tempèrent la situation quand la relation se complique entre l'assistant familial et le jeune.

Mme S a reconnu que les accompagnements que j'ai effectué auprès d'Amélie durant 5 mois, ont été bénéfiques. En effet, je rencontrais Amélie tous les mercredi après-midis dans le but de soulager la famille d'accueil. Cela m'a permis, d'autant plus, de mieux faire sa connaissance, et en passant du temps avec elle, j'ai déterminé le quotidien que pouvait vivre Mme S.

Afin de développer le rôle de l'éducateur auprès des jeunes, je vous décris par la suite, les accompagnements avec Amélie, ainsi que ceux que j'ai effectué plus ponctuellement avec Adrien, Damien et Jules.

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.151

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III.2 - Accompagnements individuels

A l'adolescence, la relation avec les pairs se complexifie pour la plupart des enfants suivis au PFS. Le phénomène identitaire de l'adolescent par le double-attachement est d'autant plus complexifié. Il se perd entre le lien affectif qu'il a pu créer avec sa famille d'accueil, et le lien d'attachement qu'il a avec ses parents.

Cette période est souvent propice à des changements de famille d'accueil, à des placements en foyer éducatif, au moment où l'enfant clame son désir de retourner chez ses parents ou de faire ce qu'il veut.

Je constate un décalage entre leur âge réel et la vie qu'ils mènent. Nous, professionnels, leur demandons d'exposer leurs besoins, ce qui nécessite d'avoir une certaine maturité. Contrairement aux autres adolescents de leur âge, ils connaissent déjà les dispositifs de la protection de l'enfance et discutent régulièrement avec des adultes.

Les enfants que nous suivons ont déjà vécu beaucoup de complications, et ont développé des troubles importants de l'attachement, ou de comportement. De plus, l'adolescence est souvent la période où toutes les souffrances du passé ressurgissent :

- Qui suis-je ?

- Pourquoi je suis en famille d'accueil ?

- Pourquoi je n'habite pas avec mes parents ?

- Est-ce qu'ils m'aiment ?

- Que vais-je devenir à la majorité ?

Ils s'aperçoivent que leur vie est particulière et comprennent les défaillances de leurs parents. A contrario, ils veulent garder l'alliance avec leurs parents et pensent que le placement est une décision prise par les travailleurs sociaux.

Pour travailler avec des adolescents, il est essentiel d'apprendre à les connaître. Après quelques rencontres, j'ai compris qu'Amélie se livrait à travers des activités. Jules, quant à lui, préfère être en entretien dans un bureau. Avec Adrien, il est plus judicieux d'utiliser l'humour. Damien est plus à l'aise dans la relation avec Mme R, et plus accessible à son domicile.

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Les adolescents ont besoin de sentir que nous essayons de les comprendre. Nous devons, pour cela, faire preuve d'empathie.

Il est nécessaire pour l'éducateur de prendre en considération ce qu'exprime le jeune, parce que « l'adolescence est la dernière chance de comprendre les conflits de l'enfant et de les résoudre de manière spontanée. Si ces mêmes conflits survenaient par la suite, ce serait du domaine pathologique. La personne s'y engluerait gravement. D'ailleurs la plupart des pathologies adultes éclosent à l'adolescence. »1

III.2.a - Les après-midis d'Amélie Mise en place

Lors d'un entretien avec l'assistante familiale d'Amélie en septembre 2014, durant lequel nous évoquons les comportements inadaptés de la jeune fille, nous définissons 3 axes de travail que je développerai avec elle :

- rencontre avec d'autres jeunes,

- comment se présenter aux autres,

- comment se comporter dans les lieux publics.

Puis, j'ai organisé des accompagnements éducatifs les mercredi après-midi. En plus de ces axes, ces temps sont prévus pour que Mme S et Amélie prennent de la distance dans leur relation conflictuelle.

La jeune a un comportement difficile envers les adultes, et notamment envers Mme S. Elle s'en aperçoit, mais elle admet avoir du mal à se comporter différemment. Leur relation conflictuelle ne semble pas s'apaiser au fur et à mesure du temps. Elles en souffrent toutes les deux. L'assistante familiale ressent son travail comme inadapté, et Amélie a le sentiment de faire des efforts qui ne sont pas remarqués par cette femme qu'elle considère comme sa « mère de coeur ».

1 Sébastien LE LAY, op.cit.

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J'ai envoyé un calendrier de mes interventions tous les mois à son école afin de prévenir de mon passage, de même à son assistante familiale avec qui je faisais le point régulièrement. Et Amélie notait les dates de mes interventions dans son agenda.

J'ai mis en place ces accompagnements avec Amélie à partir de début novembre. J'allais la chercher le mercredi à 13h à l'ITEP. Ce temps me permettait de faire le point avec l'équipe éducative si besoin. Je restais ensuite avec elle jusqu'en milieu d'après-midi. Puis, je la ramenais soit à son domicile où je discutais avec l'assistante familiale, soit à des cours de chant qu'elle avait à 16h.

Je suis intervenue 15 fois auprès d'Amélie les mercredis, en plus des vendredis 1 fois sur 2 où j'allais la chercher pour la visite à sa maman.

Voici la description de mes actions, par ordre chronologique. Établir la relation

Le premier jour, en accord avec Mme S, je vais à son domicile pour observer dans quel environnement elle évolue. Cette première approche permet d'instaurer la relation entre ma position d'éducatrice et la jeune. Elle me montre son lieu de vie et m'emmène voir sa chambre, notamment ses habits préférés et ses albums photos. Elle semble ravie de me faire partager ses souvenirs personnels à tel point que je dois la freiner dans son « déballage ». Je constate que la chambre n'est pas très investie par Amélie, parce que les décorations personnelles sont absentes. Cette caractéristique est fréquente chez les enfants placés qui n'investissent pas totalement la famille d'accueil.

Je lui propose de la rencontrer dans un lieu extérieur, qu'elle a l'habitude de fréquenter : la médiathèque.

Partager ses activités

La seconde fois, je l'accompagne à la médiathèque où elle a l'habitude d'aller seule. Je découvre le comportement débordant d'Amélie et comprends pourquoi il est indispensable de lui mettre des limites. Elle va sur l'ordinateur et me montre un jeu qu'elle a l'habitude de faire. Je m'aperçois que c'est en fait un moyen de discuter avec des internautes inconnus. Des conversations me paraissent dangereuses. Suite à cela, nous parlons des risques d'Internet. Mon intervention est nécessaire à plusieurs reprise pour qu'elle accepte de quitter l'ordinateur.

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Elle me montre également ses copains sur les réseaux sociaux. Je me rends compte qu'elle n'a pas de copines. C'est à partir de ce constat que j'organise une sortie patinoire avec une autre jeune accueillie au PFS, qui est dans sa classe d'intégration de 5ème SEGPA.

Permettre le contact

L'amitié féminine permet de partager toutes les inconvenances de la puberté et d'accepter le changement de son corps. Pour illustrer cette remarque, voici le témoignage d'adolescents, dans le livre Parole pour adolescents, ou le complexe du homard, de Françoise DOLTO, psychanalyste pour enfants : « l'image que le groupe, la bande, se fait de nous nous paraît vitale par moments. On cherche à s'identifier, à être pareil aux autres. De peur d'être rejeté, on s'identifie à ses amis. »1

Il est vrai qu'Amélie étudie dans une école constituée uniquement de garçons. Elle n'a pas de relations amicales féminines. Elle est maladroite dans sa façon de se présenter aux autres, c'est pourquoi, il lui est difficile d'investir des relations sur le long terme.

Dans le cadre de mes objectifs de travail, ces accompagnements m'ont permis d'observer son comportement en dehors des accompagnements individuels.

Nous avons fait deux sorties : une à la patinoire puis une au bowling. Amélie qui fait preuve d'assurance au premier abord, cherche en réalité la présence constante de l'adulte. Et, je me suis aperçue que, contrairement à l'image que laisse apparaître Amélie, elle se positionne comme plutôt « suiveuse » que « meneuse » vis-à-vis de l'autre jeune.

Ce constat a surpris l'éducatrice référente d'Amélie et Mme S, et leur ont permis d'avoir une vision différente de la jeune. Faisant part de mes observations à Mme S, elle s'est rappelée qu'Amélie est une enfant fragile et très carencée. Je lui ai expliqué qu'elle pouvait avoir un comportement de mimétisme ou exagérer ses émotions pour plaire à sa nouvelle copine. Nous en avons déduis qu'elle pouvait être maladroite pour se faire apprécier de l'autre.

Cette opportunité a permis à Amélie de créer une relation avec cette jeune, et d'être plus à l'aise lors des cours d'intégration. Cette assurance lui permet de retrouver confiance en elle, et de vouloir devenir plus autonome, comme sa copine.

1 Françoise DOLTO, Catherine DOLTO et Colette PERCHEMINIER, Parole pour adolescents, ou le complexe du homard, Paris : Editions Gallimard Jeunesse, 2007, p.55

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Accéder à l'autonomie

Après quelques rencontres avec Mme S, je remarque qu'elle redoute qu'Amélie devienne autonome dans les transports, parce qu'elle appréhende que la jeune suive un inconnu et se retrouve dans une situation compliquée. Aussi, j'accompagne Amélie lors d'un transport en bus pour aller à l'école afin qu'elle le prenne seule 2 jours par semaine, en lui expliquant les dangers. Son comportement m'interpelle, Amélie observe l'attitude des jeunes de son âge. Elle semble avoir besoin de cette étape pour apprendre le savoir-être en communauté.

Les enseignants et Mme S ont confirmé le jour suivant, qu'elle arrivait bien à l'heure. Malgré les craintes toujours présentes chez Mme S, cette avancée lui a permis de constater qu'Amélie gagnait en maturité.

Maintenant que la relation entre Amélie et moi semble établie, il me semble important qu'elle puisse se comporter de façon adaptée dans les lieux publics.

Apprendre le savoir-être

Par ailleurs, Amélie aime beaucoup faire les magasins. Lors d'une sortie, nous sommes allées dans des magasins de chaussures, puis dans des magasins de vêtements lors de deux autres sorties.

La maman d'Amélie avait rempli un recueil de besoin concernant son enfant, en précisant qu'elle souhaiterait que ses tenues soient contrôlées sachant que sa fille est attirée par des habits assez provocants. Cette dernière, qui pouvait se montrer extravagante le premier jour - en marchant dans les rayons dans des tenues peu adaptées pour son âge et sa morphologie - a su, au fur et à mesure, s'adapter et respecter la demande de sa mère.

Cependant, les relations amoureuse d'Amélie prennent la place dans nos conversations. Contrôler ses affects

Lors de notre dernière rencontre, où nous devions aller à la piscine, Amélie avait dessiné 2 tagues en forme de coeur, sur les murs de l'ITEP. L'équipe éducative m'a fait part de ce comportement inacceptable, et notamment envers les garçons de l'école avec lesquels elle joue de sa séduction.

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La quête de l'autre sexe est une des préoccupations première à l'adolescence. En effet, « les affects liés aux relations amoureuses constituent une part essentielle de la vie émotionnelle des jeunes. Ces relations sont sources d'émotions, d'expériences intenses. [...] Lors de la puberté, les pulsions sexuelles conduisent l'adolescent à rechercher un partenaire, le plus souvent du sexe opposé, qui deviendra sa figure d'attachement centrale, remplaçant le parent désinvesti»1, cite Pierre G. COSLIN, spécialisé en psychologie de l'adolescent, dans son livre La socialisation de l'adolescent.

Amélie se lie d'amitié, puis d'amour avec les garçons de l'école, et cela crée beaucoup d'excitation et de tension chez ces jeunes ayant aussi des troubles divers.

Pierre GALLIMARD confirme qu'« il y a fréquemment un aspect de jeu, un désir plus ou moins conscient de faire comme les grands, coquetterie féminine aguichant le désir homologue de jouer au petit mâle, dans ces attaches qui ne se placent pas sur le même plan que l'amitié et qui semblent ne pas tellement gêner celle-ci qui reste l'expérience la plus enrichissante et la plus nécessaire. »2

L'adolescente a été sanctionnée ce jour-là en étant privée de piscine. Je lui ai annoncé à l'ITEP et sa réaction première a été de se rendre à son arrêt de bus au lieu de venir avec moi. L'ayant rejointe, je l'ai convaincue de faire demi-tour, mais elle est restée sans s'exprimer un moment. Finalement, elle a vite oublié ce qui s'était passé. Devoir remplacer la piscine par un après-midi au PFS ne semble pas l'avoir dérangée.

Voici mes interprétations face aux comportements d'Amélie lors de nos rencontres. Bilan des interventions

J'ai remarqué qu'Amélie retrouve parfois des comportements de petite fille, même si j'ai trouvé qu'elle avait mûri depuis le début de mes interventions. Tout comme les jeunes de son âge, elle réclame sa liberté mais ne se sent pas en sécurité quand elle est seule. Elle représente l'enfant dont parle Christian ALLARD, chez qui les troubles de l'attachement sont « fixés », cet enfant qui se représente l'image d'un monde : imprévisible, à l'instar de ses parents qui ont un double-discours et auprès desquels il ne se sent pas en sécurité.

1 Pierre G. COSLIN , La socialisation de l'adolescent. Paris : Armand Colin éditeur, 2007, p.57

2 Pierre GALLIMARD, op.cit., p.75

A plusieurs reprises, la maman d'Amélie a coupé tout lien avec le service et sa fille. La dernière fois, son absence a duré plus d'un an. Depuis, Amélie s'inquiète toujours de sa venue à chaque visite programmée. Elle éprouve de la déception lorsque sa maman ne se déplace pas, même si elle a signalé son indisponibilité.

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Lors d'une visite avec sa mère, Amélie a dit qu'elle avait reçu une claque de la part de Mme S. Cette révélation a valu des explications entre Mme S et Amélie. Il s'est avéré qu'Amélie avait exagéré les faits. A la visite suivante, la maman d'Amélie (qui respecte le travail effectué de Mme S auprès de sa fille), a évoqué le fait qu'il était peut-être temps que le placement chez cette assistante familiale prenne fin, étant donné le comportement changeant d'Amélie. Dans ce contexte, l'éducatrice a annoncé qu'en effet, Mme S mettrait fin à cette prise en charge, sachant quelle prévoit de rendre sa retraite.

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Dans ce cas, le parent représente la sécurité et le danger, ce qui entraîne des troubles du lien chez Amélie, notamment :

- l'intolérance à la frustration, le refus de la loi, - la maîtrise des relations à l'autre,

- l'instabilité psychomotrice,

- les difficultés d'apprentissage.

Selon moi, ces accompagnements ont été positifs, autant pour Amélie que pour Mme S. Cette dernière m'a exprimé avoir beaucoup apprécié ces temps de répit le mercredi après-midi, et qu'elle voudrait que cela continue.

Quant à Amélie, elle était toujours enjouée de venir au PFS. Cela signifiait pour elle s'éloigner du quotidien et prendre de bons moments de plaisir avec moi, même si des temps de punitions étaient établis par le chef de service quand cela se passait mal en famille d'accueil ou à l'ITEP. Alors, tristesse ou colère s'affichaient sur le coup, puis elle s'apaisait dans ce cadre extérieur à son environnement, entourée d'éducateurs. Cela me fait penser que dans son cas, comme le dit Maurice BERGER, « la simple présence d'un éducateur peut suffire parfois à ce que l'enfant aille mieux »1.

Je me suis positionnée en tant que personne de confiance auprès d'Amélie, tout en gardant une certaine autorité, car elle recherchait à mes côtés un lien de copinage. L'éducatrice qui la suit depuis des années a confirmé que le contact entre nous deux avait été bénéfique, contrairement à certains autres éducateurs à qui elle a manqué de respect.

Cependant, la situation d'Amélie a évolué durant mes dernières semaines de stage, durant lesquelles quelques événements ont eu lieu :

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.24

Communément, seul le chef de service est habilité à déclarer la fin d'un accueil, mais l'attitude d'Amélie a provoqué cette annonce que nous avons dû faire précocement. En effet, les enfants sentent lorsque l'assistant familial est épuisé. Ils ont la capacité de mettre en place des comportements inhabituels, au moment où ils comprennent qu'une séparation est imminente.

Lors des interventions suivantes, après lui avoir annoncé, j'ai demandé à Amélie comment elle réagissait. Afin qu'elle quitte l'assistante familiale sur une bonne image, j'ai défini avec elle les éléments positifs de l'accueil chez Mme S.

Or, la veille de ma fin de stage (que je lui avais formulé), Amélie nous a fait une révélation venant perturber sa fin de placement chez Mme S. Elle a dénoncé des abus sexuels de la part du fils de celle-ci. Il s'agirait d'un fait datant de plus d'un an.

Que ce soit réel ou non, en équipe, nous nous sommes interrogés sur le moment choisi pour faire cette révélation. Nous avons interprété cela comme étant une façon d'arrêter le placement plus vite que prévu, par vengeance ou par envie de créer la rupture au plus vite pour moins souffrir. Nous n'apportons pas aujourd'hui de réponses à ces questionnements.

La fin de prise en charge d'Amélie chez Mme S était inévitable, étant donné que celle-ci prenait sa retraite. Cependant, les derniers événements n'ont pas permis une séparation, mais une rupture entre Amélie et l'assistante familiale. Le soutien de l'équipe n'a pas suffit à ce que les deux protagonistes se quittent sereinement.

Par la suite, je vous présente mes interventions plus ponctuelles auprès d'Adrien, Jules et Damien.

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III.2.b - Adrien

J'ai rencontré plusieurs fois Adrien dans le cadre de mon stage, notamment lors des visites à sa mère au service, mais aussi au domicile de Mr C chez qui il fait un certain nombre d'activités qu'il m'a montré. Adrien semble s'épanouir chez Mr C avec qui un lien d'attachement certain s'est établi, mais depuis quelques mois, il adopte des comportements inquiétants.

Après Noël, Adrien a volé pour plus de 200€ de jeux dans une grande surface. Les gendarmes l'ont reconduit chez Mr C après l'avoir pris sur le fait.

Mr C ne s'attendait pas à ce genre de passages à l'acte de la part d'Adrien, même s'il lui était déjà arrivé de dérober quelques objets. La famille de Mr C a été bouleversée par l'attitude d'Adrien qui ne semblait pas prendre la mesure de ses actes.

J'ai reçu Adrien au service pour lui expliquer la gravité de ses actes. Avec l'équipe (l'éducatrice et Mr C), nous mis en place un mode de remboursement. Il ne recevra pas son argent de poche du mois jusqu'à ce qu'il ait remboursé son père qui fera l'avance.

Puis, j'ai rencontré le père, afin de lui expliquer les actes d'Adrien. Il est affecté par les faits qu'il évoque auprès de son fils comme étant inadmissibles. Lors d'une visite encadrée, j'en ai parlé à la maman qui, elle aussi, a exprimé vivement son mécontentement à son fils.

De plus, les comportements sexualisés d'Adrien sont alarmants :

Il dérobe les sous-vêtements de Mme C de plus en plus régulièrement, et essaye parfois de s'introduire dans la salle de bain quand elle est sous la douche.

Le chef de service, l'éducatrice et moi-même, avons ensuite reçu Adrien pour le prévenir de la fin de placement chez Mr C. Il était présent pour lui exprimer les aspects positifs de son accompagnement, mais aussi la raison de ce choix. Cette décision a été prise pour protéger sa famille, et notamment sa femme qui ne se sent plus en sécurité en présence d'Adrien. Ces 2 années d'accueil ont été bénéfiques pour Adrien, et cette décision est difficile à assumer pour Mr C, c'est pourquoi il est essentiel que nous le nous le soutenions dans cette épreuve.

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L'étayage des professionnels et l'appui de l'équipe à Mr C a permis à Adrien d'être préparé à la séparation.

III.2.c - Jules

Je rencontre Jules régulièrement après l'école pour des entretiens au service lors desquels il me fait part de ses impressions quant aux hébergements chez sa mère le week-end ou de ses vacances chez son père.

Depuis quelques temps, Mme T nous informe que le père de Jules l'appelle tous les jours, et que la relation entre Mme T et Jules est compliquée depuis.

En effet, la famille d'accueil a été menacée au téléphone par le père de Jules qui juge qu'elle éduque mal son fils. Il demanderait à des copains d'aller voir chez eux comment ils s'occupaient de Jules.

J'ai permis à Mme T de s'exprimer en l'appelant régulièrement, suite aux notes qu'elle écrivait à ce sujet. Il est important qu'elle ne soit pas seule face à ces agressions. Même si le père de Jules n'a jamais réalisé de menaces.

C'est après ces incidents que Jules a commencé à s'exhiber sexuellement, ce qui inquiète beaucoup son assistante familiale, Mme T.

Je m'entretenais avec elle quand elle venait chercher Jules. Ensemble, nous avons fait prendre conscience à Jules que ses comportements n'étaient pas correctes.

Mme T, a évoqué à plusieurs reprise son questionnement quant à la continuité de la prise en charge de Jules à son domicile. Notre soutien vis-à-vis d'elle, et le changement de comportement du jeune, ont permis un apaisement certain dans leurs rapports.

Contrairement à Adrien, la situation de Damien au domicile de Mr et Mme R est toujours difficile.

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III.2.d - Damien

Au début de mon stage, je proposais des activités à Damien telles que la cuisine ou le sport. La relation s'est instaurée progressivement, mais il parlait peu. Lors d'une exclusion d'une semaine de son école, je l'ai accompagné sur un lieu de stage, un garage social, et ai déjeuné avec lui. Au fur et à mesure du temps, Damien s'éloignait du service et ne se présentait plus. Quand quelque chose ne l'intéresse pas, il s'enfuit. Petit à petit, je n'ai plus accès à lui, Damien se réfugie dans un certain isolement.

A 15 ans, Damien fuit de plus en plus le domicile de sa famille d'accueil. Il part le matin et revient le soir. Mr et Mme R ont dû faire une déclaration de fugue suite à une nuit d'absence.

Sauf le soir de la déclaration de fugue, il respecte généralement les horaires posés avec la famille d'accueil. Cela correspond plutôt à des fuites, mais je retrouve les aspects de la fugue dans le comportement du jeune. La fugue est un passage à l'acte caractéristique de la période adolescente.

« La fugue est d'abord l'impuissance à assumer un présent trop lourd, une réalité trop accablante, trop rejetante ; c'est le sentiment d'un échec de la vie de relation, du manque d'amour et de confiance de la part des autres ; c'est l'impression déchirante de se trouver seul. Est-ce alors une réaction de mort ou de bien de vie que d'essayer de vivre ailleurs, autrement, avec d'autres gens, de se montrer sans passé, homme nouveau qui a le droit d'exister ? [...] La fugue est une fuite devant un présent sans espérance, une démission, presque un suicide, avec parfois l'illusion d'un « ailleurs » où on pourra être heureux. »1

Mon travail est ici de soutenir la famille d'accueil qui ne comprend pas l'attitude du jeune. Je les ai accompagnés à deux reprises à son école pour rencontrer l'enseignante référente de Damien. Elle nous a confirmé le comportement contestataire de l'adolescent, mais ne constate pas de fugues de l'école. Mr et Mme R s'interrogent quant à leurs capacités d'accueillants, mais je leur soumets mon interprétation dû à la difficulté de Damien à se positionner entre son père et sa famille d'accueil. La solution qu'il trouve dans ces moments-là est de fuir le domicile.

1 Pierre GALLIMARD, op.cit., p.45

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III.3 - Investir les parents dans le projet de leur enfant

Cette partie est indispensable dans pour que l'enfant accepte le placement.

Le père de Damien peut se montrer menaçant et agressif. Les visites au service ont été suspendues suite à une plainte d'une éducatrice. C'est pourquoi, j'ai peu eu l'occasion de le rencontrer, contrairement aux parents d'Amélie, Adrien et Jules que je cite ensuite.

La difficulté pour certains parents d'honorer les rendez-vous fixés est réelle. Venir jusqu'au PFS est déjà une épreuve pour eux. Par conséquent, je me suis servie des visites parents-enfant et des entretiens avec les parents avant un projet personnalisé ou une synthèse. Ces temps ont été pour moi un support privilégié qui ont permis d'aborder l'adolescence de leurs enfants, et leur prise en charge en famille d'accueil.

Les parents sont régulièrement sollicités concernant la prise en charge de leur enfant. Des rencontres sont prévues tout au long de l'année pour faire le point sur la santé et la scolarité de leur enfant, et sur les visites ou hébergements. Quelques-uns honorent les rendezvous posés, d'autres moins. Le but est d'impliquer les parents, et les aider à développer leurs compétences parentales.

Une maman déterminée

Par exemple, la maman de Jules a pu se mobiliser pour son fils :

Jules a été renvoyé de son collège à cause de son comportement insolent en classe et à l'internat. Sa maman a immédiatement réagi en faisant les démarches d'inscription dans un autre collège et elle a fait le trajet en bus avec lui. Elle nous a demandé conseil et nous l'avons accompagnée dans ses recherches. Quelques temps après, la directrice ayant préconisé un suivi psychologique pour Jules, Madame a réussi à le convaincre d'aller voir un spécialiste et elle l'accompagne tous les 15 jours à ses rendez-vous (depuis son placement au PFS, il n'avait jamais voulu s'y rendre).

Jules a pu constater les compétences de sa maman à se mobiliser pour lui. De plus, cela a donné confiance à Madame qui a pu refaire les mêmes démarches pour son deuxième fils.

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Un papa investi

Avant une réunion de synthèse annuelle concernant Adrien, l'éducatrice et moi-même avons reçu son papa pour faire le point sur l'année passée. Celui-ci le reçoit maintenant tous les week-ends et la moitié des vacances scolaires. Il mesure au quotidien le décalage d'Adrien entre son âge et ses intérêts (du haut de ses 15 ans, il joue aux tracteurs, construit de cabanes).

Malgré sa charge de travail, ce père se rend toujours disponible dès qu'il s'agit de son fils, que ce soit pour des rencontres avec l'IME ou au service. Il s'aperçoit que son intervention auprès d'Adrien est bénéfique, notamment lorsqu'il est en crise chez Mr C qui l'appelle, et passe le téléphone à Adrien. Il « craint » son père, et le respecte. Ainsi, la crise cesse après qu'il ait discuté avec son père. Ce dernier a fait part de son envie de demander le retour de son fils au domicile familiale à temps plein, mais il reste prudent.

A l'écoute de nos suggestions, le père d'Adrien est conscient qu'il faut agir progressivement dans l'intérêt de son fils qui a des troubles importants.

Une maman accessible

Souvent, les parents ayant eux-mêmes été placés, disent comprendre l'attitude de leur enfant. De l'ordre du désir ou de la réalité, ils disent se reconnaître en eux.

Lors de mes interventions pendant les rencontres entre Amélie et sa maman, cette dernière n'a pas eu de difficultés à parler de la puberté avec sa fille. Ensemble, nous avons pu évoquer des sujets tels que la pilosité, les menstruations, les relations amoureuses, l'hygiène, le changement du corps... Elle admire le travail qu'effectue Mme S pour Amélie, elle demande à sa fille d'être sage à la maison. Mais elle évoque son désir qu'Amélie revienne vivre avec elle, en lui parlant de sa future chambre.

Malgré les promesses incertaines de cette maman, elle semble réaliser les problématiques de sa fille. Elle se saisit des explications des éducateurs sur le comportement d'Amélie pour exercer sa fonction maternelle avec sa fille.

L'importance de la cohérence entre adultes

Il est évident que les adultes qui entourent les jeunes doivent être en accord dans leur règles pour créer des repères chez l'enfant. C'est un souci récurrent dans les services de placement car les parents et les familles d'accueil n'ont pas les même principes.

Pour contre-exemple, extrait du DVD de Nadine CHIFFOT : Une jeune, Célia, est suivie en placement familiale. Son éducatrice référente donne son avis sur les parents de Célia: « les parents sont en capacité de se détacher de leurs propres difficultés pour s'intéresser à leur fille. C'est assez rare en placement familial ». Les parents, qui vivent à l'hôtel, disent à leur fille « un jour tu reviendras vivre avec nous ». Le père, lucide, pense que « c'est à nous de donner les limites, en complément de l'éducation qu'elle a dans sa famille d'accueil ». Célia vérifie que les règles sont les mêmes pour tous les adultes, ce qui lui demande une concentration qui aboutit à un épuisement après les visites. Il existe une vraie relation de confiance entre les parents et la famille d'accueil. Entre l'assistante familiale, les services sociaux et les professionnels de la santé, c'est un travail d'équipe.1

L'accès à l'information

En parallèle, dans le but d'informer tous les professionnels et usagers, j'ai mis à disposition une bannette dans le hall d'accueil du PFS. J'y ai inséré des prospectus en lien avec l'adolescence à propos de divers sujets tels que l'alcool, la drogue, la sexualité...

L'emplacement de la bannette a été réfléchi avec l'aide de la secrétaire qui m'a conseillée de la positionner dans un endroit où parents, enfants, familles d'accueil sont susceptibles de patienter, mais pas trop en évidence pour qu'ils osent se servir.

Ci-après, je vous présente l'évaluation de mon projet.

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1 Nadine CHIFFOT, op.cit.

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III.4 - Évaluation du projet

L'évaluation du projet consiste à mesurer si les moyens mis en place répondent aux objectifs fixés dans le but d'atteindre la finalité du projet, à savoir ici : le maintien de l'adolescent dans sa famille d'accueil.

J'ai recueilli l'avis des professionnels et des enfants pour évaluer l'efficacité du projet (cf. questionnaire en annexe 5, p.67). Je n'ai pas récupéré les réponses de Mme S. En effet, Amélie a été brutalement retirée de la famille d'accueil suite aux accusations d'attouchements, et je n'ai pas revu Mme S. Au vue du contexte particulier, il m'a paru inconvenable de lui demander ce questionnaire. Concernant Mme T, je n'ai pas eu non plus ses réponses. Seuls les deux assistants familiaux Mr R et Mr C m'ont renvoyé leurs impressions.

Il s'agit à tous les deux de leur premier placement. Le groupe de parole leur a paru intéressant. Ils disent se sentir plus à l'aise avec les questions de l'adolescence. D'après Mr C :

« cela permet de discuter et d'échanger nos opinions et d'avoir des idées avec d'autres

familles d'accueil ».

Mr C trouve la prise en charge d'Adrien plus compliquée en ce moment :

« l'éveil sexuel est plus difficile à gérer et est en lien avec l'augmentation d'instabilité plus
fréquente, et peut amener à l'agressivité. Il faut être prudent et plus vigilant en ces périodes

plus difficiles. ».

À la question : « Serait-ce un projet à continuer ? », voici leurs réponses :

Mr R : « Oui, il faut continuer car les rencontres avec les autres assistants familiaux sont

enrichissantes ».

Mr C : « Oui, le groupe de parole est toujours important car pour la famille d'accueil, en
parler entre nous, cela permet de décompresser, de transmettre nos idées et savoir que l'on a
un soutien avec le service PFS c'est toujours rassurant
». Il en a retenu que : « selon l'enfant
placé, il faut être plus tolérant que d'autres selon la difficulté de l'enfant, avoir beaucoup de
patience, savoir aborder la discussion, être ferme selon la situation, apprendre à désamorcer
quand il y a trop de tension, savoir protéger sa famille en cas de difficultés
».

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Mon stage s'est terminé sur des péripéties, à la veille de mon départ, telles que les révélations d'Amélie qui ont arrêtées brutalement son accueil chez Mme S. Adrien quant à lui, a appris son changement de famille d'accueil ce même jour. Je n'ai pas pu évaluer les bienfaits de mes accompagnements auprès de lui et de Mr C. Enfin, Damien allait faire un essai de prise en charge en foyer éducatif, quand j'ai quitté le service.

Pour Jules, le soutien à Mme T a été positif puisqu'elle a continué de l'accueillir. Le fait d'avoir reçu Jules pour lui expliquer que ses comportements sexualisés étaient indécents, a permis qu'il cesse sa conduite.

Selon moi, l'outil du groupe de parole peut s'évaluer sur une longue période. Je n'ai fait que les prémices du projet. Il y a un manque évident de recul quant aux groupes de parole pour que les résultats soient vérifiés.

Après quelques séances, j'aurais pu interroger les jeunes pour savoir si ils évoquaient souvent les questions de l'adolescence avec leur assistant familial, et si cela leur était bénéfique. J'aurais posé la même question aux assistants familiaux, et aurais demandé l'évolution de leur relation. Enfin, les éducatrices m'auraient exposées leur avis neutre et extérieur quant aux effets positifs et négatifs des groupes de parole.

Il aurait été intéressant que je puisse continuer ce projet sur plusieurs mois, voire une année, afin d'évaluer ce que cela aurait apporté à la famille d'accueil et aux adolescents accueillis. Un mois est trop court pour qu'un changement soit observable dans les relations. D'après les réponses de Mr R et Mr C, il semble que ces séances pourraient être bénéfiques. Voici les questions que j'aurais posées après par exemple un an de séances :

« Y a t-il plus de discussions sur la question de l'adolescence entre la famille d'accueil et l'enfant, les parents et l'enfant ? L'éducateur et l'assistant familial ont-ils plus d'outils pour travailler sur la question de l'adolescence ? »

Ce projet est facilement réalisable, car il ne demande pas de moyens financiers au niveau matériel. Des groupes de paroles pourraient être mis en place en fonction des problématiques observées dans la relation enfant-famille d'accueil. Mais le manque de temps et de formation pour les éducateurs pallie à la mise en place de ce genre de projet.

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- Conclusion -

Aujourd'hui, le placement en famille d'accueil reste un moyen privilégié en France. La durée de la prise en charge peut varier de quelques mois à quelques années. Si l'enfant investit sa famille d'accueil, et s'en saisit comme étant une opportunité, il peut parfois prolonger son placement jusqu'à sa majorité, voire plus.

Ainsi, lorsque la situation nécessite un accompagnement plus adapté que les services de l'ASE, les services de placements familiaux sont sollicités, afin de soutenir, conseiller l'assistant familial et faire tiers dans sa relation avec l'enfant.

Le maintien en famille d'accueil est recherché de manière à ce que l'enfant ne subisse pas une nouvelle séparation, et acquiert une stabilité de vie sécurisante. Mais, arrivé à l'âge de l'adolescence, l'enfant, « tiraillé » entre ses questions d'appartenance, d'identité, de loyauté envers ses parents, manifeste parfois des comportements insupportables pour la famille d'accueil, ce qui conduit alors à un changement de prise en charge.

La majorité des adolescents que j'ai accompagné, en situation de placement compliquée de part leurs problématiques adolescentes couplées de leurs troubles déjà existants, m'a amené à la construction de mon mémoire sur ce thème. Certains enfants ont déjà rencontré ces difficultés, d'autres les vivent actuellement, ou les vivront probablement dans quelques temps. Aussi, il est essentiel de pouvoir apporter des éléments de réponse.

L'imprévisibilité des adolescents accueillis en PFS suppose une remise en question permanente des pratiques des éducateurs.

La réalisation de ce mémoire a suscité d'importantes recherches sur l'adolescence. Je me suis aperçue que ce sujet était vaste et très intéressant. J'ai découvert que toutes les difficultés rencontrées dans les familles d'accueil, pour les situations présentées, ne relèvent pas seulement d'une ou deux problématiques, mais de l'ensemble des problématiques que constitue l'adolescence. La sexualité est bien la base de bons nombres de questionnements.

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Les projets d'accompagnements individuels sont habituellement effectués par les professionnels. Ma disponibilité en tant que stagiaire a facilité les rencontres avec les jeunes plus régulièrement, et a permis d'intégrer ces temps dans leur planning. Le fait d'inscrire la relation dans le temps est, selon moi, indispensable pour la compréhension de la problématique des jeunes.

Le projet de groupe de parole mis en place, en plus des accompagnements individuels avec les jeunes, a permis de confirmer mes observations de départ, quant à la multiplication des mises à mal de placement à l'adolescence. Cette période est cruciale, l'adolescent compare sa vie avec celle des autres jeunes, et s'aperçoit que sa vie n'est pas « banale ». Il s'interroge sur sa part de responsabilité et celle de ses parents dans son placement.

Lors de la réalisation de ce projet, j'ai pris conscience qu'il ne suffit pas seulement de trouver une idée. Il est important de bien y réfléchir, penser à la finalité et aux objectifs, soumettre le projet à l'équipe, le mettre en place, puis le réaliser. Cette démarche m'a permise de m'investir dans mon rôle d'éducatrice en formation.

Une proposition de mise en place de groupes de parole pour les jeunes sur des thèmes particuliers peut s'envisager - il serait enrichissant d'étudier par exemple l'utilisation des nouvelles technologies et leurs effets sur les adolescents - . Entre eux, des échanges s'établiront sur leurs comportements en famille d'accueil. Ils en définiront les actes possibles ou acceptables et pourront prendre conscience des limites à ne pas dépasser, dans leur intérêt pour assurer un maintien en famille d'accueil.

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- Glossaire -

AED : Aide Éducative à Domicile. Mesure administrative, à l'amiable avec les parents. L'éducateur intervient auprès de l'enfant afin d'évaluer ses besoins et repère si il est en situation de danger, auquel cas il peut signaler la situation au procureur de la République, à travers un écrit validé lors d'une commission au CDAS.

AEMO : Accompagnement Éducatif en Milieu Ouvert. Cette mesure est judiciaire. L'éducateur accompagne la famille de façon à ce que la situation ne se dégrade pas, afin d'éviter le placement de l'enfant.

ASE : Aide Sociale à l'Enfance. Elle remplace la DDAS. Les enfants sont maintenant confiés au conseils départementaux, et sont suivis par des référentes des enfants confiés.

DDASS : Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales. Aujourd'hui remplacé par l'ASE pour ses missions de protection de l'enfance depuis la loi de décentralisation de 1983, la DDAS a disparu le 1er avril 2010.

CDAS : Centre Départemental d'Action Sociale. Lieu d'accueil, d'information, d'orientation, détaché du conseil départemental. Il y en a 16 en Finistère.

IME : Institut Médico-Éducatif. Milieu scolaire pour les enfants porteurs de handicap. Ils y pratiquent des activités manuelle et une scolarité adaptée à leurs troubles.

IP : Information Préoccupante. N'importe qui peut remplir un RIP (recueil d'information préoccupante) si il remarque des signes de danger pour un enfant quel qu'il soit.

ITEP : Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique. Institut scolaire adapté aux enfants ayant des troubles du comportement qui ne permettent pas de suivre une scolarité ordinaire.

MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées. Pour toute demande liée à un handicap, il faut remplir un dossier MDPH au sein de laquelle un comité se rassemble et étudie la demande.

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PEAD : Placement Éducatif À Domicile. Les enfants sont placés judiciairement au domicile parental. Des éducateurs passent régulièrement au domicile pour évaluer la situation.

PFGP : Placement Familial de Guidance Parentale. Service pour les 0-3 ans placés en famille d'accueil. Service qui évalue les compétences parentales dans le cadre de rencontres effectuées par des éducateurs et des auxiliaires de puériculture.

PFM : Placement Familial Médicalisé. Service pour les enfants porteurs de maladie ou de handicap placés en famille d'accueil.

PFS : Placement Familial Sociale. Service pour les enfants de 0 à 18 ans placés en famille d'accueil.

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- Bibliographie -

Ouvrages

· ALLARD Christian, Pour réussir le placement familial. Issy-les-Moulineaux:ESF éditeur, 2007

· BERGER Maurice, L'échec de la protection de l'enfance. Paris : Dunod, 2003

· BERGER Maurice, L'enfant et la souffrance de la séparation (divorce, adoption, placement). Paris : édition Dunod, 1997

· CHOIQUIER Jeanne et MOULIN Yvette, Assistante Familiale Les risques d'un beau métier. PERONNAS : La Tour GILE, 2009

· COSLIN Pierre G., La socialisation de l'adolescent. Paris : Armand Colin éditeur, 2007

· DAVID Myriam, Le placement familial, de la pratique à la théorie. Paris : éditions ESF, 1989

· DOLTO Françoise, DOLTO Catherine et PERCHEMINIER Colette, Parole pour adolescents, ou le complexe du homard. Paris : éditions Gallimard Jeunesse, 2007

· EMMANUELLI Michèle, L'adolescence. Paris : éditions Que sais-je, 2010

· GALLIMARD Pierre, 11 à 15 ans, Mutations, conflits et découvertes de l'adolescence. Paris : DUNOD, 1998

· GASPARI-CARRIERE Françoise, Les enfants de l'abandon, Traumatismes et déchirures narcissiques. Paris : éditions Privat, 1989

· LE BRETON David et MARCELLI Daniel, Dictionnaire de l'adolescence et de la jeunesse. Paris : Quadrige/PUF, 2010

DVD

· CHIFFOT Nadine, Une autre famille pour grandir. CPPA, Conseil Général du Val de Marne, 2008

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Sites internet

· FRANCE CULTURE (page consultée le 22/03/2015). Une brève histoire de l'adolescence. http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4588111

· LEGIFRANCE.gouv.fr (page consultée le 20/03/2015). LOI n° 2005-706 du 27 juin 2005 relative aux assistants maternels et aux assistants familiaux. http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do? cidTexte=JORFTEXT000000812591&categorieLien=id

· ONED (page consultée le 08/04/2015). Les chiffres clés de la protection de l'enfance. http://www.oned.gouv.fr/chiffres-cles-en-protection-l'enfance

Autres documents

· Dictionnaire HACHETTE encyclopédique. Paris : édition HACHETTE, édition 2001

· LE LAY Sébastien, Cours de psychologie sur l'adolescence, ITES Brest, 2012

· Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°3, 2001, p.232

· Projet d'établissement 2008-2013, actualisation 2014

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- Annexes -

Annexe 1 - Questionnaire aux éducatrices

QUESTIONS OUVERTES :

I. Pour les enfants qui ont déjà mis à mal leur placement dans le passé (colonne n°4), quels moyens ont été mis en place (par le PFS, la famille d'accueil, les parents ou l'enfant) afin d'améliorer la situation de l'enfant ?

II. J'ai pu constater que le placement pouvait se fragiliser au moment de l'adolescence. Cependant, ma vision est sans doute altérée par mon manque d'expérience. Qu'en pensez-vous ?

III. Pour vous, un placement en famille d'accueil doit-il perdurer, et si oui, quels sont vos outils pour qu'il fonctionne à long terme ?

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Annexe 2 - Tableau des droits de visite

 

Mère

Père

Maéva

Oui

NON (inconnu)

Luc

Oui (1 Week-end / 2)

Oui (1 Week-end / 2)

Mélissa

NON

NON

Pascale

Oui (1h / 15 jours)

Myriam Victor

Oui (2h / mois)

NON (décédé)

Adrien

Oui (1h / 15 jours)

Oui (Week-ends + vacances)

David Eric

NON

NON (décédé)

NON (pas reconnu Eric)

Julie

Oui (rares)

Oui (rares)

Enry Jules

Oui (Week-ends + vacances)

Oui (Vacances)

Tania

Oui

NON (décédé)

Samuel

Oui (1h / semaine)

NON

Yvan Damien

Oui (1h / mois)

Oui (1h / mois)

Ludovic

Oui (si contact)

Oui (1 week-end / mois)

Enriqué

Oui (1 week-end / 2)

NON (inconnu)

Célia Louane

NON

NON

Alexia

Oui (1h30 / 15 jours + domicile 2h / semaine)

Nadège

Oui (2h/2mois + appels skype)

NON (inconnu)

Amélie

Oui (2h / 15 jours)

NON (incarcéré)

Mathieu

Oui (1h30 / 15jours)

NON (inconnu)

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Annexe 3 - Prises de notes lors du 1er temps de parole avec 3 assistants familiaux, le 05/03/2015

- Jules : aura 14 ans en mai. 8ème année dans sa famille d'accueil. A mis à mal son placement dernièrement, la FA se demandait si elle allait pouvoir continuer, mais ça se passe mieux. Scolarisé en 5ème SEGPA. Difficultés à se concentrer.. ? il faut toujours qu'il ait une copine. Il se masturbe la porte ouverte. Recommence à faire caca dans sa culotte. « Il y a 2 ans, il avait téléchargé 60 films pornos sur la tablette d'une jeune !! ». Son assistante familiale trouve qu'il évolue plutôt bien par rapport à son âge, mais dit qu'il est rattrapé par son passé et qu'il redevient petit.

- Adrien : aura 15 ans en avril. Il est dans sa famille d'accueil depuis 2 ans. Arrêt du placement imminent. Scolarisé en IME. Troubles du comportement, troubles de la personnalité, immaturité psycho-affective. ? « Depuis 6-7 mois, éveil sexuel, recherche identitaire » le mythe d'oedipe qui revient. Son assistant familial trouve que plus il grandit, plus il régresse intellectuellement.

- Amélie : aura 14 ans en mai. Scolarisée en ITEP. Elle est depuis 5 ans chez sa FA. Arrêt du placement imminent. Troubles du comportement. ? La sexualité, ça a toujours été problématique. États dépressifs ? Non, Mme S n'a pas remarqué.

- Tous trois, mentent beaucoup. Ils semblent réellement croire à leurs mensonges

parfois.

- Internet, c'est problématique : Jules films pornos, accès à Internet sur son tel. Adrien images sur ordinateur. Amélie images sur ordinateur.

- Chez Mme T, la famille d'accueil de Jules, ils parlent librement de sexualité à table (expliquer que si une fille dit non, on ne doit pas insister sinon c'est du viol, parler de la pilule, le préservatif...). Adrien a un bouquin et une bande dessinée chez Mr C et chez son père, traitant de la question. Amélie, la question est traitée à l'ITEP.

- Autonomie : Ils aimeraient pouvoir faire ce qu'ils veulent. Mais une fois seuls, c'est l'angoisse pour Amélie, Jules se perd, et Adrien fait semblant de partir puis revient très vite.

- Agressivité verbale pour les 3 jeunes, depuis 2-3 ans environ. Ils répondent. Peuvent traiter la famille d'accueil de « nulle » quand ils sont énervés.

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- Arrêter le placement serait vécu comme un échec pour les 3 assistants familiaux.

- Intolérance à la frustration pour beaucoup. Ce qui peut donner lieu à des vols pour Adrien (magasins) par exemple et pour Amélie (soutiens-gorge de l'autre jeune accueillie). Pas de notion d'argent ?

- Hygiène : Jules pas propre. Amélie reste longtemps sous la douche sans vraiment se laver. Adrien difficile aussi.

- Attachement : Amélie, « on n'arrive pas à s'attacher à elle ». Jules, « il doit être attaché mais il ne dit pas ». Adrien le montre plus .

- Estime de soi : rapport au corps. Amélie plutôt à l'aise avec son corps, Adrien aime se parfumer, Jules fait aussi attention à ses habits.

- Nourriture : c'est récurent chez les enfants placés. Adrien et Amélie mangent beaucoup. Jules ça va.

- Relations affectives : Amélie, besoin qu'on la voit, qu'on la remarque, d'avoir des petits copains. Pour se remplir Amélie et Adrien.

- Ambivalence : Amélie identification à la mère par rapport aux vêtements. « Maman elle est nulle » et après elle la défend. Jules ne supporte pas qu'on dénigre son père surtout, alors qu'il a pu dire des choses. Dit qu'on va tout répéter. Ils idéalisent leurs parents. Adrien, lui, invente des choses pour attaquer son père. Jules protège beaucoup sa mère, sauf quand il est en colère.

C'est lourd de garder pour eux. Les assistants familiaux font le constat qu'ils finissent toujours par faire passer les messages de comment cela se passe chez les parents, « au bout d'un moment, il faut que ça sorte. »

- Dans les discussions qu'on a avec eux, ils retiennent souvent qu'un mot, en oubliant ce qui a été dit autour. Ils ont beaucoup de discussions par rapport à des enfants vivant en famille, tout est analysé.

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Annexe 4 - Prises de notes lors du 2ème temps de parole avec 4 assistants familiaux, le 26/03/2015

- Ce que l'assistant familial attend de l'éducateur : un soutien, des réponses (et aussi des services médicaux), une sécurité. Ressentent le besoin d'appeler dès qu'il se passe quelque chose. « Pour aussi montrer au jeune qu'on n'est pas tout seul ». « Au PFS, on a beaucoup de chance, il y a un bon soutien, ça va très vite. Et parfois, le chef de service intervient, étape supplémentaire pour l'enfant. Les chefs de services sont très présents ».

- L'éducateur fait le tiers avec les parents.

- L'assistant familial a la « tête dans le guidon ». Le fait d'être 2 avec leur conjoint/e, peut donner un point de vue extérieur.

- Comment pourrions-nous travailler mieux ensemble ? L'assistante familial d'Amélie trouvait bien les après-midi que je faisais avec elle, cela lui permettait de « souffler ».

- Venir chez vous ? « Non, au PFS c'est bien, lieu neutre, pas impliquer les autres membres de la famille, ou autres enfants placés ».

- Hygiène : « on râle, on fait la morale, on répète tout le temps la même chose ». Mr C fait laver les culotte d'Adrien lui-même quand il y a de l'encoprésie. Mr R, progressivement a fait payer les couches d'Yvan (frère de Damien), depuis, il a totalement arrêté d'uriner sur lui.

La parole des spécialistes peut fonctionner (un orthodontiste pour que Damien se lave les dents).

- Sexualité : génère de l'agressivité. Ils ont peur que leurs jeunes passent le pas d'une agression. Le mari de Mme T a beaucoup discuté avec Jules pour qu'il cesse ses comportements déviants, afin de protéger la jeune fille accueillie. Mr C arrête le placement d'Adrien pour protéger sa femme et ses enfants d'une éventuelle agression.

Chez Mr R, Yvan s'est déjà masturbé sur le pallier devant la porte de chambre de son frère. Il l'a repris immédiatement. Cela ne s'est pas reproduit, mais Mr R trouve qu'Yvan se rapproche de plus en plus de sa femme. A l'école, il lui est arrivé de mimer les actes sexuels avec ses copains.

Soupçon de l'ITEP vis-à-vis d'Amélie qui irait dans les toilettes avec des garçons (ça a été le

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cas auparavant). Question de la pilule ? Compliqué car elle n'a pas encore 14 ans, et Mme S a peur qu'elle se sente ensuite « tout permis » et qu'elle ait des rapports sexuels non protégés.

- Internet : Les enfants sont déjà fragiles. L'accès à internet et à des pages pornographiques, peuvent accentuer leurs problématiques sexuelles. Mr R : « avec internet, on ne peut pas protéger, alors qu'on est dans le protection de l'enfance ».

- Téléphone portable : pas de coupure avec les parents. « on sent notre vie privée mise en danger. Ils peuvent très bien nous filmer et mettre sur Internet. ». De plus, cela provoque des troubles du sommeil.

- Arrêt de placement, souvent à l'adolescence ??? « oui, oui c'est un cap ! C'est très compliqué ! ». Mme T trouve que ça peut être décourageant parfois quand « on n'avance pas ». Concernant Amélie, Mme S est plutôt contente d'avoir tenu : « tout le monde pensait qu'au bout d'un an.... ça fait quand même 5 ans. J'ai tenu ! On espère qu'elle en gardera quelque chose. Mais maintenant j'attends qu'une chose c'est que les relais arrivent ».

- Les relais : « c'est un confort ».

- « le métier était plus simple avant ». Il y a aujourd'hui plus de compte à rendre. Même si les professionnels sont conscients que c'est pour un meilleur suivi de l'enfant, ils trouvent que c'est plus compliqué de ce fait. Et puis, « les problématiques des enfants confiés sont de plus en plus complexes. Ils sont beaucoup plus abîmes car ils restent trop longtemps dans leur famille ».

- Revendication de retourner chez leurs parents. Veulent leur liberté. « faire ce que je veux », ils ont les exemples des parents (exemple la mère d'Amélie). Expliquer qu'on ne peut pas faire ce qu'on veut dans la vie. Ils sont hors-réalité : Jules dit à Mme : « Chez maman, j'aurais le droit de fumer. Chez maman, j'ai une télé. » etc. Le retour chez les parents se fait de plus en plus. Une jeune chez Mme S d'Amélie a été accueillie de ses 20 mois à ses 15 ans, puis retour chez sa mère. Ça a tenu 3 mois seulement. La différence de vie a dû lui faire un choc.

Ils ne montrent pas trop leur désir de retour sauf Adrien et Damien.

- Les assistants familiaux n'ont pas vécus beaucoup de fugues.

Annexe 5 - Questionnaire aux familles d'accueil (à Mme S, Mme T, Mr R et Mr C)

- Combien d'enfants placés avez-vous accueilli dans votre carrière ?

- Pensez-vous que votre prise en charge est plus compliquée au moment de l'adolescence ? Si oui, pourquoi ?

- Les groupes de paroles vous ont-ils semblé intéressants sur le thème de l'adolescence ?

- Serait-ce un projet à continuer ?

- Avez-vous appris des choses ? Si oui, quoi par exemple ?

- Vous sentez-vous plus à l'aise avec ces questions de l'adolescence ?

- Pour Mme S : Mes interventions auprès d'Amélie vous ont-elles servies ?

- Avez-vous d'autres choses à ajouter ?

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