WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Histoire de la production du coton dans les cercles de la moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920à  1960.


par Insa BA
Cheikh Anta DIOP - Master 2 2014
  

précédent sommaire suivant

III.1 : Les facteurs de la production cotonnière 94

III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal 94

III.1.2 : L'aménagement de la vallée 94

Conclusion 105

Bibliographie 107

Supports 120

L'HISTOIRE DE LA PRODUCTION DU COTON DANS LA MOYENNE VALLEE DU FLEUVE SENEGAL DE 1920 A 1960

INTRODUCTION GENERALE

PREMIERE PARTIE : le choix de la vallée du fleuve : une région propice à la culture cotonnière

Chapitre I. La Physionomie Générale de la vallée du fleuve

I.1 : La création et l'administration des cercles de la vallée du Sénégal

I.2 : Le Sénégal et sa vallée : description et importance

I.3 : Les facteurs du milieu

 Chapitre II : Notion générale sur le coton

II.1 : Taxonomie et botanique du cotonnier

II.2 : Fleur et Fruit du Cotonnier

II.3 : Les variétés de coton

Chapitre III : La Colonisation indigène dans la vallée

III.1 : Le recrutement forcé

III.2 : Pauvreté et coercition

III.3 : Résistance des paysans

DEUXIEME PARTIE : Les nouvelles tentatives d'exploitation cotonnière dans la vallée

Chapitre I : Les variétés cultivées dans la vallée de 1920 à 1930

I.1 : Le N'Dar-N'Gau

I.2 : Le Mokho

I.3 : Le N'Guiné

Chapitre II : Les structures de la production

II.1 : Le service des textiles

II.2 : Les stations agricoles

II.3 : Les fermes familiales

TROISIEME PARTIE : l'évolution de la production cotonnière dans la moyenne vallée de 1930 à 1960

Chapitre I : Introduction de nouvelles variétés en culture sèche.

I.1: A Dagana

I.2: A Matam

I.3 : A Podor

Chapitre II : La Crise agricole de 1931à 1934

II.1 : La genèse de la crise

II.2 : La crise de 1930 et le congrès national de 1931

II.3 : La répercussion de la crise dans la vallée

Chapitre III : L'intensification de la production du coton dans la vallée de 1935 à1960

III.1 : Les facteurs à la production du coton

III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal

III.1.2 : L'aménagement de la vallée

Conclusion

INTRODUCTION GENERALE

1-Choix et intérêt du sujet

A la fin du XIXème Siècle, avec les débuts de la période coloniale, l'administration reçoit pour consigne de faire de l'Afrique Occidentale Française un « grenier » de produits agricoles exportables à l'exemple de l'arachide, dont les tonnages fournis par le Sénégal ne cessaient d'accroitre .Le coton produit « roi » en France, devient une fourniture nécessaire à une industrie, et dépend totalement de la production des Etas Unis. Albert SARRAUT avait écrit : « En Afrique Occidentale Française, spécialement, la culture du coton n'a pas su progresser depuis vingt ans parce que la métropole s'y montrait complètement indifférente (...) il y avait, en somme, que la bonne volonté des gouvernements et des administrateurs et les moyens étaient insuffisants »1(*)

L'autorité coloniale élabora un ambitieux projet d'exploitation de mise en valeur des colonies.

Ce programme mettait cependant en avant les intérêts économiques, politiques et sociaux du colonisateur. La France, organise l'exploitation pour son avantage, mais aussi pour l'intérêt général du monde. La métropole, dans sa mission civilisatrice, doit s'occuper des territoires arriérés et de leurs ressources. Ces contrées trop faibles ou techniquement en retard, ne pouvaient à elles seules ou ne savaient pas se mettre en valeur, et donc le profit était ainsi perdu pour elles, comme pour la collectivité.

Le ministre français des colonies, Albert SARRAUT, raisonnait ainsi : « Dès lors, dans l'expansion coloniale ainsi comprise, il n'y avait plus comme à l'origine droit du plus fort, mais bien droit du plus fort à aider le plus faible »2(*).

Pour assurer l'exploitation économique, l'envahisseur exerce une pression sur les cultivateurs indigènes à diversifier leurs productions. A côté des cultures vivrières, ils pratiquaient des cultures d'exportation comme le coton et l'arachide. La dépendance endigue les colonies dans le joug étroit du colonialisme qui les surexploite à son avantage, et sans tenir compte de leurs aspirations, leur impose les cultures les plus rentables à son économie : « Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a la charge à la liberté de s'administrer eux- mêmes (...) Donner des droits politiques à l'individu c'est bien ! Et c'est juste ! Mais faut également lui fournir, d'accord avec lui et avec l'aide de son travail les moyens de vivre mieux dans un milieu où il pourra trouver la facilité de s'alimenter plus largement de fournir d'avantage aux besoins des siens, de tirer plus de son labeur, d'accroitre ses disponibilités financières par la ressource plus ample que produira la mise en valeur plus méthodique des richesses naturelles de son terroir. L'accroissement de cette mise en valeur ne profitera qu'à lui seul et aux siens ; par elles, seront mieux approvisionnés les marchés de la métropole et ceux dehors, et la France pour des heures critiques y trouvera les réserves d'un abondant et précieux ravitaillement (...) S'il est une période où la mise en valeur de cet équipement est apparue impérieuse, vitale, indispensable, c'est celle qui a suivi la guerre. »3(*)

En dépit de cette subordination, le pouvoir colonial établit une politique de domination économique pour satisfaire ses besoins en matières premières. La culture du coton en est une culture obligatoire à laquelle les indigènes doivent impérativement s'adonner pour assurer le ravitaillement de la métropole en matières premières. Cette plante constituait pour l'administration coloniale, un précieux moyen d'exploitation et de mise en valeur de la colonie du Sénégal et de la vallée du fleuve.

L'étude de l'histoire de la culture du coton dans la vallée du fleuve, trouve son importance du fait que les cultures de rentes comme le coton, sont non seulement le levier de l'économie coloniale de la France, mais aussi elles contribuaient à assujettir les populations indigènes de la vallée. Face à ce constat, E. MBOKOLO appelait à des recherches qui « ne se contenteraient pas de faire l'histoire de la culture coton mais se préoccuperaient aussi de situer la place de cette plante dans l'histoire coloniale et dans leur apport avec les facteurs économiques, sociaux et politiques »4(*)

A cet effet, l'une des cultures de rente les plus prisées de l'époque coloniale en terme économique, est incontestablement le coton. Ce dernier est une fibre végétale qui entoure les graines des cotonniers5(*). Cette fibre est généralement transformée en fil qui est tissé pour fabriquer les vêtements. Avec une production qui a connu des hausses importantes au cours de la décennie 1980, le coton est aujourd'hui une culture de rente plutôt bien épousée par les paysans. Il n'en était pas ainsi. Sa vulgarisation a été laborieuse. Rendue obligatoire par l'autorité coloniale française de 1920 à 1959, ce trafic agricole est resté très longtemps contaminé d'une image franchement négative.

Le coton semble toujours donner satisfaction aux usagers et cela demeure jusqu'à la période coloniale. La France a cherché à diffuser la culture du coton dans ses territoires d'Afrique noire dès le début de la colonisation, afin de ravitailler son industrie textile, qui était alors en pleine expansion et très tributaire des Etats Unis pour son approvisionnement en fibres. Le coton n'y était pas inconnu, il alimentait un artisanat destiné principalement aux besoins locaux ou régionaux.

Les traditions orales de la quasi-totalité des sociétés qui constituent la vallée du fleuve, sont formelles : la culture du coton a tout le temps occupé une place importante.

Sous ce rapport, Schwartz , gouverneur du Sénégal d'alors disait :« A l'époque précoloniale, la finalité de cette culture est de trois ordres :la satisfaction de besoins domestiques, à travers la production d'habits ;la satisfaction des besoins rituels, à travers la production de pagnes utilisés comme linceuls funéraires ;la satisfaction de besoins économiques, à travers la production en bandes tissées utilisés comme monnaie dans les transactions liées aux courants d'échange de longue distance ;acquisition en particulier de sel gemme en provenance des salines du Sahara ou de kola en provenance de la foret tropicale ».6(*)

La colonisation marqua une étape importante pour cette filière lucrative. La France, à l'instar des autres métropoles européennes, chercha à développer cette culture dans ses possessions.

Les tentatives se succédèrent, au fur et à mesure de la prise de possession des territoires et de l'ouverture des voies de communication : d'abord en Afrique Occidentale, région la plus proche de la métropole et colonisée la première, ensuite en A.E.F (Oubangui-Chari et Tchad) pénalisée par son éloignement et son enclavement, où eut lieu, dans les années trente, la décisive introduction de la culture cotonnière pour l'avenir de la métropole avec l'intervention de sociétés privées.

Les acteurs furent différents selon les époques et les lieux. Les tout premiers furent les administrateurs, véritables pionniers, qui ouvrirent la voie à l'industrie et aux autorités politiques métropolitaines, lesquelles cherchèrent  dés lors à diffuser la culture du coton dans les périodes de pénurie ,en particulier en Afrique occidentale où les conditions étaient les plus favorables .Les autorités territoriales ,plus occupées par la mise en valeur de leurs colonies avec le souci de se procurer des revenus pour celles-ci et pour les paysans ,menèrent des actions moins tributaires du marché et concernant souvent les régions les plus démunies .

Ainsi, en choisissant comme sujet « L'histoire de la production du coton dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920 à 1960 », nous avons pour ambition d'apporter une modeste contribution à l'étude du passé de cette région. La culture du coton dans la vallée du fleuve est l'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Autrement dit, son étude a été traitée comme parent pauvre de l'historiographie de la vallée du fleuve.

L'histoire de la culture du coton a été longtemps perçue comme un secteur sous analysé, un terrain en friche au Sénégal car durant fort longtemps les aspects botaniques ont été mis en exergue par les spécialistes et les chercheurs. Cette affirmation est confirmée par bon nombre d'historiens comme Berthe, S. , qui constate le caractère tardif et épars des recherches proprement historiques sur le coton .Retard qu'il attribue d'une part au fait que s'engager dans une recherche historique sur le coton suppose des connaissances techniques préalables, notamment en botanique, en biologie et en écologie etc. ;pourtant, l'Afrique en général et le Sénégal en particulier, offre ,du point de vue de son statut de colonie française, toute une possibilité d'études dans ce domaine .En effet , de tous les maux auxquels la colonie du Sénégal colonial doit faire face, la question de la culture du coton, reste à la première place et ne cesse d'alimenter de nombreux débats.

* 1 Sarraut, (A.,) La mise en valeur des colonies française, Payot, 1923, p405

* 2 Sarraut, (A.,) op. Cit., p. 103.

* 3 Sarraut, (A.,) op. Cit.,

* 4 M'bokolo, (E.,) Afrique noire. Histoire et civilisation, tome II : XIX et XXéme siècle, Paris, Hatier, 1992, p.220

* 5 Les cotonniers sont un arbuste de la famille des malvacées. Les espèces qui ont fourni des variétés dans les centres de production d'Amérique, d'Espagne, des Indes et du Turkestan se classe en :

Cotonnier des Barbades, Gossypium barbadeuse, originaire des Antilles, qui a pour type le Sea Island, des iles côtières de la Géorgie, remarquable par la longueur et la finesse des fibres qu'il produit. Il a donné la plupart des variétés à longue soie, qu'elle soit américaines comme Sea Island, le Géorgie longues soies ou égyptiennes comme l'Abassi ou le Mit-Affifi.

Cotonnier hirsute, Gossypium hirsutum, originaire des pays chauds de l'Amérique Centrale et du Mexique, donnant à des fibres de longueur et de finesse moyenne. On compte aux Etats Unis plus de 600 variétés de cotonniers dont la plus part dérivent ders cotonniers hirsutes. Cette espèce a fourni quelques variétés à longue soie, soit par sélection directe, soit par croissement avec le Sea Island.

Cotonnier herbacé, Gossypuim herbaceum. Cette espèce indigène asiatique, assez voisin du cotonnier hirsute d'un moindre intérêt pour le planteur. Les vibres sont généralement courtes et grosses .Les cotonniers indigènes de l'AOF appartiennent pour la plupart à cette espèce, dont plusieurs variétés donnent des fibres de longueur et de finesse moyennes, semblables aux produits américains du cotonnier hirsute, mais le plus souvent semblable aux produits de l'Inde ou du Turkestan.

Cotonnier des religieux ou du Pérou, Gossypuim religiosum .Cette espèce à grand développement se rencontre dans toute l'Amérique du Sud les fibres sont nerveuses et quelquefois longues. Il fournit quelques types culturaux intéressants pour l'industrie, mais l'accolement des graines forme des rognons très gênants à l'égrenage.

Cotonnier arborescent, Gossypium arboreum .Il prend des proportions arbustives et atteint quelquefois une grande dimension .On le cultive à peine pour ses graines et jusqu'ici ne présente pas d'intérêt pour le planteur.

Chacune de ces espèces se subdivise en un très grand nombre de variétés suivant le climat, la nature du terrain, la sélection, les croissements, le mode de culture. La longueur des fibres varie de 30 à 55 millimètres pour les longues soies et de 20 à 28 millimètres pour les courtes soies.

Il y'a lieu de retenir que la variété à longue soie Mit-Afifi représente 90 pour cent de la production égyptienne et n'est cultivée que par irrigation. Les courtes soies fournissent la grande majorité de la production américaine .La plus courtes soies sont cultivées sans irrigation dans des sols siliceux ou silico-argileux très répandus dans les Etats cotonniers américains et en AOF.

* 6 Schwartz, (A), La politique coloniale de la mise en valeur agricole de la Haute Volta, (in la haute volta coloniale sous la direction de Gabriel Massa et George Madiéga, Karthala, Paris, 1995, p 268.

précédent sommaire suivant