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La maternité dans la création contemporaine, de la révolution sexuelle à nos jours


par Jennifer FEVRIER
UFR des Sciences Historiques, Université de Strasbourg - Master 2 Histoire de l'Art 2012
  

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A. XVIIIe siècle : l'Emile ou l'appel à la maternité

C'est à partir du XVIIIe siècle que vont être développées des conceptions nouvelles de la maternité et que celle-ci va être théorisée. Auparavant, le rôle des femmes ne se cantonnait pas à faire des enfants, la plupart travaillaient auprès de leurs maris, d'autres paradaient en société. La place de l'enfant au sein du couple est alors minime, et cela s'explique par différentes raisons. Tout d'abord, le très fort taux de mortalité infantile ne permettait pas l'attachement à l'enfant. Ensuite, il était d'usage, très souvent, de placer le nourrisson chez une nourrice mercenaire dès ses premières heures, et cela jusqu'à l'âge de quatre ans en général1. Lorsque l'enfant survivait jusqu'à cet âge, il revenait alors chez ses parents, pour une durée assez courte car les garçons étaient envoyés au collège, le plus souvent en pension, et les filles, elles, rejoignaient le couvent. Pour les classes les plus défavorisées, l'enfant représentait un poids pour la famille, une bouche de plus à nourrir. Il fallait également penser à une dot lorsqu'il s'agissait d'une fille. Le plus souvent donc l'enfant est ressenti comme une gêne nécessaire, dans l'idée de filiation et de perpétuation du nom par exemple. La question de la maternité était naturelle, il s'agissait d'une suite logique qui venait après le mariage. Comme le souligne Elisabeth Badinter, le choix d'avoir des enfants ne se posait pas. La reproduction était à la fois un instinct2, un devoir religieux mais également une nécessité à la survie de l'espèce. C'était alors pour les familles, officiellement, une bénédiction de Dieu, mais aussi une plaie officieuse pour les plus modestes. Cela n'exclut en rien l'amour, mais c'était une valeur réservée souvent aux plus aisés ou un sentiment d'ordre plus religieux.

1 Selon Badinter, Elisabeth, L'amour en plus : histoire de l'amour maternel, XVII-XXe siècle, Flammarion, Paris, 1980

2 Le même instinct maternel qui fera polémique dans les années 1970

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La représentation de la maternité dans la création contemporaine:
de la libération sexuelle à nos jours

Au XVIIIe siècle se produisit par ailleurs un changement : la philosophie des Lumières se pencha sur la question de la maternité, en termes d'amour maternel et d'éducation. Une date qui marque le changement de regard sur la maternité est retenue dans l'ouvrage de Philippe Ariès, l'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime3, il s'agit de 1760. C'est à partir de ce moment qu'apparaissent des ouvrages développant les sentiments parentaux et appuyant l'idée de l'amour maternel plus particulièrement. L'ouvrage qui fera date et qui marque l'émergence d'une nouvelle considération de l'enfant est l'Emile de Jean-Jacques Rousseau en 1762. Il y expose ses principes d'éducation visant à considérer l'enfant en dehors des préoccupations d'adultes et en y apposant ses idées de nature. Il préconise par exemple l'allaitement maternel, ce qui va à l'encontre de l'usage très rependue des nourrices puisqu'il faut garder l'enfant auprès de soi. Les médecins appuyèrent ce point de vue, dans l'optique de réduire le taux de mortalité infantile. La préoccupation et le développement d'un amour ou instinct maternel émergent donc à cette période, forçant dans un certain sens l'affection maternelle et théorisant de manière moderne le rôle de la mère vis-à-vis de ses enfants, offrant un point d'ancrage à l'aliénation maternelle.

B. Fin XIXe - début XXe : l'émergence d'une conscience politique féminine - première vague de féminisme

Entre autre chose, c'est l'apparition d'un nouveau statut de l'enfant, acquis avec le triomphe de la pensée rousseauiste, qui va amener les femmes à reconsidérer la maternité. En effet, la mère va acquérir le rôle de nourrice et d'éducatrice, rôles auparavant délégués aux nourrices mercenaires et aux précepteurs. Les premières revendications féministes découleront de ce nouveau statut de la femme, qui n'est plus vue comme la génitrice, mais comme l'élément incontournable de l'éducation des hommes.

Au bout d'un siècle de valorisation du sentiment maternel et d'un développement de la place de l'enfant au sein du couple et de la société, celui-ci allant à l'encontre de la liberté de la mère,

3 Philippe Ariès, L'Enfant et la vie familiale sous l'ancien régime, Paris, Editions Du Seuil, 1975 cité par Elisabeth Badinter dans L'Amour en plus.

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les femmes vont émettre des volontés liées à leur nouveau statut d'éducatrice. Ces demandes auront pour but de protéger leur maternité, mais on peut y voir explicitement une volonté d'émancipation, grâce à leur fonction biologique si importante aux yeux des théoriciens. Les femmes ont alors compris l'importance de leur maternité et les féministes qui apparaissent à cette période vont revendiquer la maternité comme une haute fonction sociale. Ces dernières vont mettre en avant l'activité maternelle non comme découlant de leur fonction biologique, mais s'apparentant à un véritable travail.

Ce travail était tout d'abord d'ordre moral : les femmes faisaient naître et éduquaient les citoyens de demain, elles revendiquaient donc un travail « dont dépendait l'avenir de la Nation4. » Elles réclamaient notamment le droit à l'instruction, afin de mieux assumer leur rôle d'éducatrice auprès de leurs enfants. Elles demandaient également l'accession à des professions mieux payées et mieux considérées sous le postulat de la maternité « spirituelle » ou « sociale » comme l'enseignement, qui mettait en avant les valeurs d'éducatrices. Il y avait aussi les professions médicales qui relevaient des vertus de soins prodigués aux enfants. « Il n'y a pas de travail plus productif que celui de la mère- puisque c'est la mère qui élabore seule cette valeur par excellence, cette valeur pensante et agissante qui s'appelle être humain5 », voila comment les féministes percevaient leur rôle vis-à-vis des enfants, en montrant l'importance de leur mission et de leurs bienfaits pour l'Etat. Il allait en découler par la suite la revendication des propres droits de citoyenneté « en se fondant sur leur propre nature, qu'elles concevaient comme une contribution unique à la société6. » La politisation du mouvement prend corps en 1885 avec Hubertine Auclert qui se présenta illégalement aux élections législatives avec comme programme l'instauration d'un « Etat-mère », qui viendrait en aide aux enfants et aux femmes. Elle plaida pour des allocations maternités et un peu plus tard pour que les mères soient rémunérées pour « services indispensables rendus à l'Etat ». Le début du féminisme avec les premières revendications politiques s'étendra dans toute l'Europe. Mais c'est en France que les idées et les propositions furent les plus avancées et les plus diverses.

4 Knibiehler, Yvonne, Histoire des mères : du Moyen âge à nos jours, Hachette, Paris, 1982, p.88

5 Kâthe Schirmacher lors d'une réunion publique, Duby, Georges, Histoire des femmes en Occident, tome 5 : le XXe siècle, Plon, Paris, 1992, p.395

6 Op. Cit. p.392

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Nelly Roussel qui appelait à une « grève des ventres » soulignait que « de toutes les fonctions sociales, la première, la plus magnifique, la plus pénible et la plus nécessaire est la seule à n'avoir jamais reçu de salaire7.» La question d'un salaire maternel était posée, mais aussi vivement contestée, les détracteurs affirmant que la maternité était une responsabilité individuelle ou familiale, et non pas sociale. La valorisation économique de la maternité aboutira entre le début de la première guerre mondiale et la fin de la seconde guerre mondiale selon les pays. En France, l'allocation maternelle entra en vigueur en 1932.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les féministes défendaient leurs idées contre les pronatalistes. En effet, pour obtenir gain de cause, les plus radicales appelèrent à la « grève des ventres ». Les féministes savaient cette menace redoutable surtout depuis que les taux de fécondité étaient en déclin depuis la défaite des troupes françaises devant une Allemagne très peuplée en 1871. La politique nataliste ne désirait pas voir leur main d'oeuvre mais surtout leur effectif de « chair à canon » diminuer aux vues d'une prochaine guerre. En effet, la taille de la population participait à la fierté ainsi qu'à la puissance de la nation. C'est à partir de cette prise de conscience, qui s'effectua dans toute l'Europe, que sera mis en place les politiques de protection de l'enfant, que l'on étudiera de plus près le taux de mortalité infantile et maternel. Les avancées ne sont donc pas liées à une certaine empathie des pouvoirs étatiques envers la population féminine, mais partent d'une notion de grandeur nationale et d'hégémonie européenne. Ce sont donc des politiques divergentes qui amenèrent à la protection de la maternité : les féministes pour protéger les femmes et aller vers l'indépendance ainsi que les états pour inciter les couples à faire des enfants par une politique pronataliste. Cette dualité, sorte de donnant-donnant, est révélée par la phrase de Maria Martin, rédactrice du Journal des femmes, « si vous voulez des enfants, apprenez à honorer les mères » en 1896, apostrophant la politique pronataliste d'après-guerre. Après la première guerre mondiale, la politique nataliste va s'accroitre, car après un fleurissement des naissances juste après la guerre, le déclin des naissances s'accéléra. A partir de ce moment, les objectifs féministes et pronatalistes vont se rejoindre dans les solutions à apporter pour régler le problème de la croissance démographique, même si les intentions divergent encore. Les féministes travaillent à la protection des mères, les natalistes se servent de la protection des mères pour assurer la grandeur de la nation.

7 Op. Cit. p.386

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L'industrialisation va également engendrer la question fondamentale de la régulation des naissances et la protection des mères. Le besoin de main d'oeuvre fait que beaucoup de femmes travaillaient et ne pouvaient pas s'arrêter pour leur grossesse sous peine de perdre leur travail et le salaire qui allait de pair. Les féministes formulèrent alors leur voeu d'un congé maternité, afin que ces femmes puissent prendre le temps d'accoucher et de récupérer de l'accouchement, avant de reprendre le travail. Il était question également de l'allocation maternité pour ces femmes qui effectuaient des doubles journées : en effectuant leur travail à l'usine, par exemple, puis leur travail domestique.

Ce qui pouvait apparaitre comme une formidable avancée était cependant sujet à contestation : les femmes réclamaient que cette loi s'applique à tous les domaines professionnels. Mais ce qui rebuta certaines féministes, c'est qu'une assurance maternité assimilait grossesse et maladie. On constate un écart flagrant entre le discours nataliste des politiques, qui font de l'enfantement un devoir, et leur déni pour reconnaitre et donner des droits aux femmes, afin d'assurer leur sécurité et leur santé ainsi que celle de l'enfant, qui ne faisait pas le poids face aux problématiques capitalistes. On remarque cela dans le discours des femmes contre ces projets de rémunérations ou d'aides aux mères. Certaines, comme Maria Lischnewska, soutenaient que le travail ménager était improductif et parlaient de la ménagère qui ne travaillait pas comme d'une consommatrice uniquement, entretenue et surtout « sans valeur pour l'économie nationale. » Une aide, sous quelques noms qu'elle prenne, était perçue négativement, car elle rendait, supposément, les femmes moins compétitives, et renforçait certains préjugés qui assimilaient maternité avec faiblesse des femmes.

En France, il faut attendre la loi Engerand de 1909 pour garantir leur emploi aux femmes qui s'absentaient pour maternité, pour une durée de huit semaines après l'accouchement. Mais c'est en 1913, avec la loi Strauss que le congé maternité fut réellement instauré, en prévoyant une allocation pour certaines catégories professionnelles de femmes. Là où les féministes concentraient leur colère, c'est que ces allocations étaient versées au père, ce qui faisait des épouses de « simples appendices de leurs maris8. » On voit donc l'apparition d'une demande égalitaire.

8 Duby, Georges, Histoire des femmes en Occident, tome 5 : le XXe siècle, Plon, Paris, 1992, p.403

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Car même si l'égalité entre les hommes et les femmes n'était pas encore perçue comme la revendication ultime, la critique des valeurs sociétales masculines se mettait en place. Käthe Schirmacher l'énonça en ces termes « nous vivons dans un monde hoministe, créé par l'homme, pour l'homme, au point de vue de l'homme et pour ses fins. Dans cette création qu'il a faite à son image, l'homme s'est aussi considéré comme la mesure de tout. Il fallait être son pareil pour être son égal, faire ce qu'il faisait pour avoir droit à son respect. Pour lui, l'identité seule du travail en établissait aussi l'équivalence. Dans le travail de la femme, il a vu non un service mais une infériorité9. » C'est alors le prémice du féminisme de l'égalité, qui sera à son apogée à la fin des années 1970.

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