WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'enfant apprenti au Bénin

( Télécharger le fichier original )
par Camille Raoul FASSINOU
Université d'Abomey Calavi (UAC Bénin) - DEA en droit de l'homme 2006
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

PARAGRAPHE 2 : UNE COMPLICITE SOURCE D'INSENSIBILITE

Nous ne reviendrons pas dans ce paragraphe sur l'établissement de la preuve de la complicité entre les parents et les patrons de leurs enfants apprentis. Mais, nous démontrerons plutôt que ces parents d'enfant apprentis n'éprouvent plus les sensations habituelles qu'on leur reconnaît face aux maltraitances et exploitations dont ces enfants font l'objet de la part des patrons, parce qu'ils sont simplement complices. Cette complicité source de leur insensibilité s'observe à travers le relâchement des liens affectifs (A) et à travers un transfert de responsabilité des parents aux patrons (B).

A- Le relâchement des liens affectifs

De nos jours, certains parents ont des attitudes démissionnaires vis-à-vis de leurs enfants. Les familles des enfants apprentis appartiennent pour la plupart aux catégories socioprofessionnelles des secteurs primaire et secondaire. Ces parents se trouvent le plus souvent confronter à des problèmes d'ordre économique et social, qui déjà les dépassent et ils sont peu enclins à faire face à un problème supplémentaire, celui de leur enfant apprenti en danger dans les ateliers.

En effet, déjà complice de l'entrée précoce de ces enfants en apprentissage, les parents sont obligés de laisser faire, en ayant foi en la finalité. Malgré les rapports affectifs très forts qui les lient à leurs enfants, ces parents demeurent insensibles à la situation alarmante de ces enfants apprentis estimant que les difficultés que rencontrent les enfants dans les ateliers participent à leur formation. Alors tout est mis sur le dos de la providence comme ainsi le dit le professeur Dorothée SOSSA.

Cependant, il est à noter que ce n'est pas toujours de gaîté de coeur que certains parents paraissent insensibles mais plutôt à cause du manque de moyens pour payer une autre formation pour l'enfant. De plus, ils tiennent aux relations familiales qui existent entre les patrons et eux. Par gratitude, ils tiennent beaucoup compte de la manière dont le patron avait accepté de prendre leurs enfants en apprentissage.

Mais il existe aussi certains parents, même s'ils sont rares, qui n'hésitent pas, lorsque la souffrance de leurs enfants apprentis dépasse les limites, à lui changer de patron ou de le faire revenir à la maison en attendant de trouver les moyens pour lui payer les frais d'apprentissage dans un autre atelier.

La société béninoise qui continue de subir la désagrégation des liens familiaux séculaires, reste muette face à la situation des enfants apprentis car l'enfant tend à ne plus être le fils de la société mais uniquement celui de ses parents géniteurs. Ainsi, chacun s'occupe de ses affaires, sans imaginer que ce qui se passe à côté de lui est un phénomène méprisable qu'il faille dénoncer. Ceci est sûrement dû à l'impact de la colonisation sur l'institution familiale. Cet état de chose a réduit la famille au sens large à la famille « conjugale » où chacun s'occupe de ses propres problèmes laissant l'autre s'occuper des siens. D'ailleurs, la société qui tire profit de la situation des enfants apprentis, place ses intérêts au premier plan et devient insensible aux violations des droits de l'enfant apprenti.

B - Un transfert de responsabilité des parents aux patrons

Les enfants apprentis des deux sexes proviennent essentiellement des milieux ruraux. Ils ont des pères paysans et pêcheurs et des mères exerçant des activités de micro - commerce. En un mot, ils proviennent de familles dites pauvres. Comme le dit un adage d'ici « Le lit du pauvre est fécond ». Ces enfants vivent au sein de familles polygames généralement très nombreuses (8 à 12 enfants en moyenne). Les pères sont à 69,6 % polygames (2 à 5 femmes) et cela crée une surcharge de responsabilité parentale lourde face à un nombre trop élevé d'enfants, état qui dérive progressivement vers le laxisme éducatif et la démission croissante des parents. Cette situation favorise le placement des enfants chez des patrons comme moyen d'allègement des charges familiales et en vue d'un `'mieux-être`' pour l'enfant. Ainsi, plusieurs enfants sont chez des patrons avec qui leurs parents ont des liens. Avec eux ils ont le statut de `'Vidomingon-apprenti 85(*)`'.

Dans ces conditions, les patrons sont chargés d'assurer aussi bien l'éducation sociale de l'enfant apprenti que son éducation au métier. Les parents pensent, de par leur acte, que les patrons se comporteraient à l'égard de leurs enfants apprentis comme s'ils étaient leurs propres enfants. Mais la réalité est tout autre. Ce transfert de responsabilité et d'autorité des parents aux patrons, met les enfants en situation de `'Vidomingon-apprenti''. En guise de compensation des dépenses effectuées sur l'enfant `'placé apprenti `', les patrons les utilisent des années durant avant de penser à les libérer. Ces patrons tirent le maximum de ce qu'ils ont investi en abusant du travail de ces enfants. Ces derniers, victimes de l'irresponsabilité et de la pauvreté de leurs parents, sont maltraités dans les ateliers et aussi à la maison par les patrons. Les patrons ne se comportent pratiquement pas en bon père de famille avec ces enfants apprentis, et leur rendent la vie difficile.

Le transfert de responsabilité et d'autorité des parents aux patrons s'effectuant par une certaine complicité en marge de la loi, rend finalement les parents insensibles par rapport aux situations difficiles et dangereuses dans les quelles se trouvent leurs enfants dans les ateliers. Ils se soucient peu du sort de ces enfants le temps de l'apprentissage compte tenu de leur situation précaire. Ils gardent le sentiment que l'homme gagne sa vie à la sueur de son front et qu'à la suite des ces situations difficiles, les enfants deviendront des patrons conscients. Ils vivent donc dans l'espoir d'un lendemain meilleur.

Mais il existe cependant des patrons qui traitent mieux ces enfants car comme un patron nous l'avait confié au moment de notre enquête, «tout enfant est enfant, et l'on ne récolte pas partout où l'on a semé. Je traite mes apprentis comme mes enfants et je parie que c'est pour cela qu'ils me considèrent tous comme leur père géniteur. Je crois que c'est ce que certains patrons ne comprennent pas dans notre métier sans retraite ». Car c'est aujourd'hui que demain se prépare`'.

En définitive, cette réaction insensible des parents aux difficultés que rencontrent leurs enfants apprentis frise de la complicité.

* 85 Enfant placé - apprenti.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984