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Le lien entre la théorie de l'esprit et le conflit sociocognitif

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par Sarah Begert
Université Paris 8 - M1 psychologie du développement 2007
  

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2.3. La théorie de l'esprit

2.3.1. L'émergence de la théorie de l'esprit

Les recherches sur la théorie de l'esprit se sont développées à partir des recherches de Premack et Woodruff sur les chimpanzés, en 1978. Depuis, les études sur ce sujet se sont multipliées, l'analysant sous de nombreuses facettes (universalité, âge d'apparition, lien avec l'autisme et la schizophrénie, caractère inné ou acquis d'après Gopnik et Meltzoff, 1997).

L'émergence de la théorie de l'esprit a intéressé de nombreux chercheurs car elle marque une sorte de tournant dans la vie sociale de l'enfant. Elle correspond à un net progrès en ce qui concerne la compréhension d'autrui, et sa vision du monde. Elle lui permet une meilleure gestion des conflits, une compréhension des métaphores, des plaisanteries ou encore la participation à des jeux de fiction à plusieurs. Sa vie sociale s'enrichit donc par cette nouvelle compétence. Le développement de la théorie de l'esprit marque un tournant dans la vie sociale de l'enfant car elle s'accompagne de progrès en ce qui concerne la compréhension des états mentaux et désirs d'autrui (ce qui permet de mieux gérer les relations sociales), et en ce qui concerne la différenciation entre le réel et la fiction (qui favorisent la compréhension des plaisanteries, des jeux de fiction,...). Flavell (cité par Bradmetz, 1999) a réalisé une expérience sur la distinction entre la réalité et l'apparence à l'aide d'une éponge qui ressemblait à une pierre. Les enfants étaient interrogés sur l'aspect (à quoi est-ce que ça ressemble ?) et sur la nature réelle de l'objet (qu'est-ce que c'est réellement ?) Avant 4 ans, les enfants font souvent correspondre l'apparence à la réalité et ne parviennent pas à donner des réponses correctes.

Mais la théorie de l'esprit ne fait pas son apparition soudainement. Elle se développe progressivement. Avant son apparition, l'enfant a du mal à différencier ses représentations mentales sur un objet de l'objet physique lui-même. Il traite l'imaginaire, la fiction, de la même manière que les connaissances avérées réelles. Cela l'amène à attribuer une grande vérité aux états mentaux, comme les rêves. Avant l'émergence de la théorie de l'esprit, l'enfant considère qu'il n'y a pas de différence entre les états mentaux et la réalité. Selon Flavell cité par Thommen (2001), «Avant cinq ans, les enfants ne maîtrisent pas le fait que l'apparence et la réalité puissent ne pas correspondre.» Progressivement, il va distinguer ses propres représentations, ses états mentaux, de la réalité concrète. Cette distinction est la fondation sur laquelle se construit la théorie de l'esprit (Astington, 1993). Par exemple, le mensonge, qui apparaît vers deux ans, correspond à une première distanciation entre le discours et la réalité.

Dès deux ans et demi, l'attribution de désir à autrui s'effectue correctement. L'attribution d'émotion, qui constitue un état mental selon Gouin Decarie (2005), serait possible avant l'attribution d'intentions. En effet, dans la troisième année, la plupart des enfants attribuent la bonne émotion à un personnage. Par exemple, suite à la lecture d'une histoire, l'expérimentateur demande à l'enfant de choisir la vignette représentant l'émotion du protagoniste. Malgré quelques divergences selon les différentes émotions, il choisit la bonne vignette et établit des liens corrects entre une action et sa conséquence émotive (Gouin Décarie et al, 2005). En revanche, l'attribution de croyances nécessitera plus de temps. Cette compétence apparaîtra seulement entre trois et cinq ans.

Alors que Piaget affirme la persistance d'une pensée égocentrique jusqu'à l'âge de sept ans, Wimmer et Perner ont constaté, lors d'une expérimentation réalisée en 1983, que les enfants attribuent des états mentaux à autrui dès l'âge de trois ans. La théorie de l'esprit émergerait à cet âge-là. Elle désigne la capacité de l'être humain à attribuer des états mentaux à autrui et à soi-même (désirs, croyance, pensée ou sentiments) et à concevoir qu'autrui possède des états mentaux différents des siens. Il commence à comprendre que les actions de chacun sont gouvernées par des intentions. Cette faculté de se faire une opinion sur les états mentaux d'autrui facilite les relations sociales, affectives et communicatives. Les comportements deviennent prévisibles, explicables et cohérents. Comprendre ce que l'autre ressent lui permet désormais de planifier son action en fonction de son interlocuteur.

Cette compréhension est sollicitée lors de conversations. Ainsi, dans une perspective pragmatique, l'énonciation doit être replacée dans son contexte au travers duquel elle prendra sens. Les dialogues se produisent dans une certaine interactivité où chaque interlocuteur reçoit des informations sur son interlocuteur. Il peut alors les utiliser pour modifier son élocution. Chacun peut donc prendre en compte des indices contextuels transmettant des informations sur la compréhension ou la pensée de son interlocuteur.

2.3.2. Les fausses croyances et le langage

D'un point de vue pragmatique, le lien entre le langage et la théorie de l'esprit paraît évident. Pour comprendre la communication linguistique, l'énoncé doit être décodé à l'aide de processus inférentiels livrant l'interprétation complète de l'énoncé. Ces processus inférentiels pourraient s'appuyer sur la théorie de l'esprit. Cette utilisation des indices contextuels pour interpréter les énonciations, comme les indices verbaux et non-verbaux, est rendue possible par l'acquisition de la théorie de l'esprit. Elle se développe progressivement, par étapes, grâce aux nombreuses expériences sociales auxquelles l'enfant est confronté.

D'après Dunn, cité par Bradmetz (1999), l'acquisition des verbes mentaux se réaliserait avec une dissymétrie dans le développement du vocabulaire relatif aux désirs et celui relatif aux croyances. Le vocabulaire se rapportant aux désirs serait acquis en premier, suivi par celui qui se rapporte aux croyances à partir de trois ans. Le vocabulaire concernant les croyances se développerait sur une longue période.

Ainsi, même si l'enfant de cinq ans admet l'existence de différentes croyances correspondant à une même réalité, il ne réussit pas encore à les composer. Il distingue la réalité des représentations, et sa propre croyance de celles d'autrui en se centrant alternativement sur ses croyances puis sur celles d'autrui, Gauthier, Bradmetz (2005).

La théorie de l'esprit va évoluer et permettre de comprendre les fausses croyances, par exemple. Ainsi, la théorie de l'esprit permet à l'enfant de mieux comprendre les erreurs de jugement d'une autre personne, en les assimilant à un manque d'informations pour juger la situation de manière correcte. C'est dans ce cadre que Wimmer et Perner ont réalisé une expérience sur les fausses croyances où l'enfant doit dire dans quelle boîte un personnage, Maxi, va chercher des smarties alors qu'ils avaient été changés de place en son absence. Les enfants connaissent l'endroit où se trouvent les smarties et doivent établir une distinction entre leurs états mentaux et ceux du personnage pour répondre correctement à la question.

La réussite à une tâche de fausses croyances serait facilitée par une bonne maîtrise du langage. Ce dernier sert de moyen d'expression des états mentaux: maîtriser le langage, sa compréhension, permet alors de mieux comprendre les états mentaux des autres, pour agir et parler en conséquent. En effet, Astington (1993) a démontré une forte corrélation entre une bonne maîtrise du langage et la réussite aux épreuves de fausse croyance, sans pour autant démontrer de lien direct de cause à effet entre le langage et la théorie de l'esprit. Le type de lien, co-évolution, pré-requis, etc, qui les unit ne fait pas l'unanimité.

Tout comme l'enfant utilise les actes langagiers pour interpréter les états mentaux d'un camarade, il va prendre en compte les comportements d'autrui pour saisir ses états mentaux. Selon Dunn, cité par Bradmetz (pp. 176-177, 1999), « les conversations à propos de la causalité et l'intentionnalité entre parents et enfants augmentent sensiblement entre trois et quatre ans. La gestion des conflits se modifie dans le sens d'un début d'utilisation par les enfants d'arguments rationnels et de prise en compte des désirs et des buts d'autrui. » Ce développement des interactions montre à quel point l'enfant a conscience qu'un comportement est le produit d'une croyance et d'une intention (Astington, 1993).

Genèse de l'action intentionnelle selon Bradmetz et Amiotte-Suchet (p.325, 1999)

Désirs

Intention de résultats

Intention d'action

Action

Croyances

Analyse de la situation problème

(but, moyens)

Intention préalable intention en action

Selon ces auteurs, la prise de conscience, la conceptualisation et le souvenir de cette intention d'action posent les mêmes problèmes que ceux que pose la fausse croyance. Chez les petits, l'intention d'action semble s'effacer lorque le résultat escompté n'est pas réalisé.

Par la suite, et grâce à la théorie de l'esprit, l'enfant sera donc capable de coordonner les points de vue. La coordination des points de vue, du réel et des croyances provoque une modification de la relation entre le réel et les possibles. Dorénavant, le possible n'est plus considéré comme un prolongement du réel mais fait partie de l'ensemble des possibles. Le réel est dès lors considéré comme une possibilité parmi d'autres. Ainsi, la présence d'autrui, les interactions avec l'entourage, modifie la façon d'appréhender le réel et favorise le développement des compétences sociales.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand