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Envoyé Spécial : une approche de l'environnement à la télévision française (1990-2000).

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par Yannick Sellier
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 2 Histoire et Audiovisuel 2007
  

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Envoyé spécial :

une approche de l'environnement

à la télévision française.

(1989-2000)

Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Master 2 Histoire et Audiovisuel

Yannick Sellier

Sous la direction de Marie-Françoise Lévy

Juin 2007

Aux générations futures

Fred, extrait de Le Petit Cirque, Paris, Dargaud Editeur, 2000, [1ère éd. 1973] p. 57

Sommaire

6 Introduction

16 Première partie - Le retour de l'écologie (1989-1992).

17 Chapitre 1 - La mise en place d'Envoyé spécial

41 Chapitre 2 - L'affirmation de l'écologie

comme thème d'Envoyé spécial.

65 Deuxième partie - Une redéfinition des priorités de l'écologie

au sein d'Envoyé spécial (1992-1997).

66 Chapitre 3 - Vers une conception plus tempérée

de l'écologie ? (1993-1996).

84 Chapitre 4 - L'environnement devient un enjeu

de santé publique (1995-1997).

102 Troisième partie - Le temps des bilans (1997-2000).

103 Chapitre 5 - Envoyé spécial, moteur ou accompagnateur

des politiques publiques ?

127 Chapitre 6 - L'évaluation des moyens employés

et des mécanismes de décision (1998-2000).

142 Conclusion

148 Table des matières.

152 Annexes.

Introduction 

En 2007, tout le monde est d'accord, même si les modalités diffèrent en fonction des partis, l'environnement est une priorité politique. Les trois principaux candidats des élections présidentielles, lui consacrent un paragraphe entier dans leur programme. François Bayrou l'intitule « Ecologie : déclarer l'urgence » ; Ségolène Royal veut être la « Présidente de l'excellence environnementale » ; Nicolas Sarkozy souhaite « Répondre à l'urgence du développement durable ». Nicolas Sarkozy et François Bayrou veulent mettre en place un grand ministère, dans leur gouvernement, qui permette de prendre en compte l'environnement dans toute décision, nationale et internationale. Tous les trois souhaitent créer une fiscalité qui contraigne les pollueurs. Enfin, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy voient dans la gestion de l'environnement un gage d'avenir pour la France, c'est à dire la possibilité de créer un secteur économique innovant et surtout, de créer des emplois.1(*) Que s'est-il donc passé pour que l'écologie, l'environnement et le développement durable soient considérés comme des thèmes de campagne importants ? Est-ce parce que Nicolas Hulot, fervent défenseur de ces concepts et de leur traduction pratique, leur a fait signer à tous, au début de l'année, un « pacte écologique » ? Cette explication est réductrice. Elle occulte les transformations profondes que connaît la société française, depuis la fin des années 1980, en la matière.

Dans le livre « L'écologisme à l'Aube du XXIe siècle, de la rupture à la banalisation ? », paru en l'an 2000, sont présentés les résultats d'une enquête sur l'engagement écologique au sens large. Les enquêteurs demandent aux participants de citer les émissions de télévision à l'origine ou corrélatif d'une sympathie ou d'un engagement écologiste. Sur 635 réponses, seize personnes citent spontanément les émissions du Commandant Cousteau ; vingt-neuf personnes, Thalassa ; trente, Droit de réponse ; trente et un, La Marche du siècle ; trente quatre, Envoyé spécial, ce dernier magazine étant le plus cité. Par ailleurs, lorsqu'ils mentionnent un événement ayant suscité une prise de conscience. Si certains remontent jusqu'à la guerre du Viêtnam, Tchernobyl est considéré comme un puissant déclencheur. Dans les années 1990, l'enfouissement des déchets nucléaires et les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont encore précipité une prise de conscience. Ces derniers faits correspondent plus à des campagnes de presse qu'à des événements proprement dits, ce qui, selon les enquêteurs, souligne l'importance des médias2(*). Dans son rapport statistique sur La sensibilité écologique des Français, l'Institut Français de l'Environnement et de la Nature (Ifen) s'accorde avec les enquêteurs précédemment cités. Selon ce rapport, « Il importe d'étudier la façon dont sont présentés les enjeux environnementaux dans les médias ». Pour exemple, la télévision est considérée, dans les années 1990, par la majorité des jeunes comme un moyen d'information privilégié sur l'environnement. Et dans le cas des problèmes de l'eau, la télévision est la source d'information privilégiée par un Français sur deux en 1999. 3(*)

> Ecologie, environnement, développement durable :

Avec la volonté d'apporter un éclairage sur les récentes transformations de la société française, nous avons décidé d'étudier l'évolution des différentes représentations de l'environnement, dont le magazine Envoyé spécial a été à la fois le révélateur et le moteur. Ce magazine n'est certes pas le seul à avoir compté. Mais, du fait de la constance et de la cohérence de sa programmation, il est évident qu'il a joué un rôle pour une partie non négligeable des téléspectateurs, et surtout des téléspectateurs français, à partir de 1990. Avant de poursuivre cette réflexion, définissons les termes d'écologie, d'environnement et de développement durable, autant de termes utiles à l'enrichissement des problématiques qu'offre un tel sujet. L'écologie, avant d'être un parti politique, est une science. Les principes de l'écologie scientifique ont été définis, en 1866, par Ernst Haeckel, naturaliste allemand, pour désigner l'étude des relations et interactions entre les êtres vivants et leur milieu. Avec l'école de sociologie de Chicago, l'écologie devient urbaine. Elle vise alors à déterminer des modèles et à expliciter les logiques de distribution de la population et les phénomènes de ségrégation4(*).

En 1921, le géographe Vidal de la Blache réintroduit le terme « environnement » (ayant quasiment disparu de la langue française depuis le XVe siècle) dans ses Principes de géographie humaine. L'usage du mot « environnement » se répand peu à peu hors des cercles de spécialistes. L' « environnement » devient un terme populaire à la fin des années 1960 : l'environnement est alors défini par et pour les sociétés humaines. Il renvoie à l'ensemble des systèmes naturels et/ou artificialisés dans lesquels l'homme, en tant qu'individu et/ou que groupes, intervient ou est intervenu, soit en les utilisant soit en les aménageant5(*). L'environnement est encore un espace, le territoire dans lequel se déploient les activités humaines (habitation, travail, circulation). Il n'a pas de caractère totalisant, puisqu'au contraire, il introduit une pluralité des univers et des acteurs. La diversité des approches de l'environnement proposées par Envoyé spécial en rend compte.

Au cours des années 1980, l'environnement acquiert un sens plus étroit : celui donné à un secteur de la vie sociale ayant trait à tout un ensemble de problèmes concernant d'abord la nature, en ce que celle-ci est exposée, soumise à l'action destructrice de l'homme et demande à être protégée ou restaurée. Les hommes, eux-mêmes, sont toujours concernés, aussi bien que leur univers collectif, puisqu'on les considère la fois comme cause de et menacé par ces processus. Enfin, l'environnement fait référence à l'ensemble des actions humaines liées à ce souci et à ces restaurations. Par conséquent, il rassemble des dimensions esthétiques, étiques, techniques, scientifiques, sociales et politiques6(*). Autant de dimensions qu'Envoyé spécial traite dans ses reportages et que nous aurons à coeur d'articuler et de désarticuler, pour en comprendre les évolutions. C'est aussi pourquoi, nous avons préféré le terme « environnement » à celui d' « écologie » pour le titre de ce mémoire.

Néanmoins, ce panel de définitions resterait incomplet si l'on occultait l'apparition depuis le début des années 1970, d'une nouvelle mouvance, et d'un véritable parti politique à la fin des années 1980, en cours de définition durant les années 1990 : l'écologie politique. Celle-ci part du principe que le mode de vie, de produire, de consommer, de se distraire de plusieurs individus assemblés, remodèle l'environnement. Ce principe est conforme à la définition de l'environnement que nous avons déjà donnée. « L'écologie politique est une science sociale, la politique écologiste est d'abord une politique sociale » écrit Alain Lipietz dans l'incipit de Qu'est-ce que l'écologie politique ?. C'est à la fois un mode de pensée et une discipline de vie que chacun peut appliquer, avec plus ou moins de conviction, basée sur une forme de respect vis à vis de soi, des autres et de l'espace dans lequel les hommes et les femmes se meuvent. Alain Lipietz évoque aussi les conséquences sur la santé de nos actes, du sort des générations futures. Mais cet incipit, étant rédigé en 1999, témoigne d'un long processus de maturation des concepts d'écologie et d'environnement dont Envoyé spécial s'est fait autant le vecteur que l'acteur.

Nous reviendrons au cours de ce mémoire sur les tensions et les discordances qui animent la mouvance écologiste en France et qui privilégient tantôt une approche naturaliste, tantôt une approche sociale de l'environnement. Plus subtil et plus philosophe, dirons nous, Bruno Latour, lui aussi en 1999, tente de dépasser le cadre de la définition pour imposer l'évidence de ce qui reste malgré tout une relecture récente des événements du passé:

Nous ne pouvons faire autrement [que de l'écologie politique] puisqu'il n'y a pas d'un côté la politique et de l'autre la nature. Depuis l'invention du mot, toute politique s'est défini par rapport à la nature dont chaque trait, chaque propriété, chaque fonction dépend de la volonté polémique de limiter, de réformer, de fonder, de court-circuiter, d'éclairer la vie politique. Par conséquent, nous n'avons pas le choix de faire ou de ne pas faire de l'écologie politique, mais de le faire subrepticement, en distinguant les questions de nature et les questions de politique, ou explicitement en les traitant comme une seule question qui se pose à tous les collectifs7(*).

Et c'est cette dernière option que le magazine Envoyé spécial a choisie et servie, plus ou moins consciemment, au cours des années 1990. L'affirmer si vite, dès l'introduction de notre travail, est une manière de rendre le lecteur attentif aux définitions qui viennent d'être données, car chaque mot recouvre un pan de l'histoire humaine et de l'histoire plus contemporaine des représentations télévisuelles de l'environnement.

> Pour l'étude d'une « sensibilité environnementale » et d'une « culture environnementale » :

Arrivé à ce point du développement de notre réflexion, on peut dire que l'environnement, tout comme l'écologie, renvoient à tout et à rien. C'est parce que l'application des vocables « écologique » ou « environnemental » à une mesure ou à un reportage définirait plutôt un certain type d'attentes et de relations au monde des choses et au monde vivant. Ces attentes et ces relations bornent remettent premièrement en cause une vision positiviste8(*), fortement ancrée dans la société française. Attention, loin de nous l'idée de reprocher à quiconque d'être positiviste. Cette remarque nous oblige à une digression. Elle met en exergue la difficulté de traiter d'un tel sujet dans le contexte actuel, sans provoquer les passions ou sans être accusé de partialité. Et ce, depuis le sommet de Johannesburg d'août 2002, au cours duquel l'Europe s'est engagée à continuer résolument ses efforts de législations environnementale, soutenue par quelques associations très performantes sur le plan de la communication. Refermons cette parenthèse. Nous disions donc que la conception positiviste de l'histoire humaine, héritée d'Auguste Comte et promue par la bourgeoisie du XIXe siècle, est celle qu'appliquent encore les planificateurs et les urbanistes fonctionnalistes de l'après-guerre en France. Un point saillant de cette conception est qu'il n'est de limite à leur action que celle de la capacité humaine à modeler et remodeler infiniment les espaces qu'il occupe.

Le prisme de l'écologie permet de percevoir le monde et l'environnement différemment. La dynamique des interactions entre l'homme et son milieu de vie, serait plutôt soumise à un principe d'incertitude (très proche de la théorie physique du chaos) et limitée par d'autres paramètres sur lesquels les hommes peuvent parfois influer, sans pour autant les contrôler. Cette perception nouvelle amène les écologistes à avancer l'idée d'un « développement soutenable » à la fin des années 1970. Cette idée, reprise par des personnalités politiques (Gro Harlem Bruntland en Norvège, Mansour Kalid au Soudan, respectivement président et vice-président de la Commission Mondiale de l'Environnement et du Développement) et intellectuelles (Hans Jonas et Dieter Binrbacher en Allemagne, Edgar Morin et Michel Serres en France), obtient une reconnaissance internationale dans le rapport Notre avenir à tous commandé par l'Organisation des Nations Unies (ONU) et rendu public en 1987. Nous l'appelons aujourd'huis, en France, le « développement durable ». Nous aurons l'occasion de revenir, au cours de ce travail, sur les nuances qui distinguent l'idée d'origine anglo-saxonne de sa récente traduction française.

Le « développement durable » imbrique des menaces écologiques et économiques auxquelles tous les gouvernements et toutes les populations doivent se confronter depuis les années 1960. A partir de cette date, les scientifiques et les économistes s'intéressent aux conséquences sur l'environnement et sur les hommes, à court, moyen et long terme, de l'industrialisation des pratiques de consommation et de production. Pour exemple, prenons un ouvrage qui fit date : Le printemps silencieux, publié par la biologiste Rachel Carson en 1962. Ce livre critique l'usage répandu d'insecticides très performants, dont le DDT, mais menaçant à terme divers écosystèmes. De même que les spécialistes, les journalistes participent à cette réflexion. Et ce, dès la première année de son existence, pour Envoyé spécial, sachant que la première émission du magazine est diffusée le 18 janvier 1990. Nous avons ainsi recensé quatre-vingt-huit reportages en tout de 1990 à 2000.

Nous les avons choisis d'abord parce que l'on y faisait expressément mention de l'écologie ou de l'environnement, ensuite parceque les sujets étaient relatifs aux problématiques évoquées plus haut. Nous n'avons pas voulu appliquer une définition a priori trop stricte car nous envisageons de comprendre et d'expliquer la définition actuelle que l'on peut donner de l'environnement à partir de 1999-2000. Le rapport Notre avenir à tous l'indique et nous le reformulons pour l'intégrer à notre propos : les limites, autrement dit la définition que l'on peut donner du développement durable, de l'écologie ou de l'environnement, en théorie et surtout en pratique, ne sont pas absolues ; ce sont celles qu'imposent l'histoire de l'état des techniques, de l'organisation sociale et des connaissances que l'on possède à propos de la capacité de la biosphère et des hommes à supporter les activités humaines.

Certes, ce qui est valable à partir de 1989, le reste pour l'essentiel jusqu'en 2000. On observe néanmoins, durant cette décennie, des variantes significatives du traitement et des points de vue des journalistes sur l'environnement. Nous avons donc croisé les critères retenus par les concepteurs d'Envoyé spécial avec ceux des statisticiens pour retenir quelques catégories de sujets : le traitement des déchets, l'énergie nucléaire, toutes les formes de pollution (qui se sont diversifiées au cours de la décennie étudiée) et les reportage traitant d'actions spécifiques en faveur ou à l'encontre de la faune et de la flore. S'ajoutent aussi les reportages mêlant ces différentes dimensions et les traitant à l'échelle d'une ville, d'une région ou de la Terre entière (cf. effet de serre). Cette question de l'évolution de l'échelle et de la taille des groupes concernés par les thématiques de l'environnement, sera l'une de celles que nous traiterons transversalement au cours de ce travail.

En 1989, le parti français des Verts entrent au Parlement Européen créant la stupéfaction. Au même moment, la télévision publique cherche à donner de la consistance au « service publique de l'audiovisuel ». C'est dans ce contexte que se décide et se concrétise l'avènement d'un magazine d'information et de reportages, Envoyé spécial, encore diffusé en 2007. Durant les années 1990, Antenne 2, qui programme le magazine chaque jeudi soir, intègre le groupe public France Télévisions, pour devenir France 2. Pendant ce temps, les acteurs de l'environnement se diversifient. Ils délimitent petit à petit leur domaine respectif de prérogative. Et tandis qu'on le concevait comme un défi ou un pari au début des années 1990, l'environnement devient un espace à gérer et à gouverner9(*). Il s'institutionnalise, perturbant encore un peu plus les anciens repères sur lesquels les écologistes fondaient la légitimité de leur militantisme. Envoyé spécial rend compte de toutes ces transformations et parfois les précède. L'évolution du traitement, par ce magazine, de thématiques liées à l'environnement rend compte, sur dix ans, de l'évolution de ce que nous appelons « sensibilité environnementale ». Cette sensibilité correspond aux manières d'appréhender, par la vue, par l'ouïe, et finalement par l'intellect, le monde qui entoure à la fois les journalistes et les téléspectateurs.

En l'an 2000 qu'une page se tourne : les aspirations du début ont cédé le pas à l'action. Le 19 janvier 2001, Paul Nahon et Bernard Benyamin, coordinateurs et présentateurs du magazine, sont remplacés par Guilaine Chenu et Françoise Joly, qui ne partagent pas la même conception du monde ni les même objectifs que leurs prédécesseurs. Preuve s'il en est : le nombre de reportages sur l'environnement devient insignifiant après 2001. En janvier 2000, Envoyé spécial, pour commémorer ses dix années d'existence, compose un montage des reportages diffusés depuis 1990, ayant trait à l'environnement. Ce montage constitue un condensé de ce que nous appelons « culture environnementale ». Elle s'appuie sur des événements qu'Envoyé spécial relate ou crée, et sur un système de représentations de l'environnement auquel Envoyé spécial apporte sa contribution. La formation de cette culture10(*) aboutit à une manière commune de penser l'environnement, propre à orienter l'action des hommes politiques vers des normes, contraignantes notamment, applicables à l'a société dans son ensemble.

> Envoyé spécial et l'Histoire de l'Environnement.

Ce travail s'inscrit dans le cadre d'une Histoire de l'environnement, telle qu'elle fut théorisée par Edgar Morin et Emmanuel Leroy-Ladurie, lors des Rendez-vous de l'Histoire organisés à Blois en 200111(*). Cette histoire se base sur trois piliers : une histoire des représentations de l'environnement, une histoire des sensibilités par rapport à l'environnement et une histoire dite des « faits naturels » (séismes, pollutions, ...). Jean-Louis Robert, ayant aussi intervenu dans le cadre de ces Rendez-vous, explique à ce propos qu' « il n'y a pas une histoire isolée de l'Homme à l'environnement qui ne soit pensable sans une histoire des relations des hommes entre eux. »12(*) C'est pourquoi l'on peut appliquer cette Histoire à l'étude d'une société en particulier, autrement dit à l'étude des évolutions de sa culture, de ses modes de vie et de pensée. L'Histoire de l'environnement présuppose, comme le faisait Bruno Latour dans l'extrait cité précédemment, que l'Homme s'est de tout temps soucié du milieu dans lequel il vivait. A noter cependant que c'est le président George Pompidou qui, après un voyage à Chicago, crée pour la première fois au monde, un ministère de l'environnement en 197113(*). S'intéresser au magazine Envoyé Spécial, c'est donc tenter de comprendre pourquoi et en quoi les Français se sont souciés, dans les années 1990, différemment du milieu dans lequel ils vivaient. L'étude du traitement par Envoyé Spécial des rapports de l'Homme à son environnement, correspond dès lors à l'étude d'un moment particulier de cette Histoire en France.

Afin de mener à bien cette étude, nous avons donc constitué un corpus de quatre-vingt-huit documents audiovisuels, dont quatre-vingt-un sont des reportages en première diffusion. Pour gagner en concision et proposer l'approfondissement de certaines tendances, nous n'avons pas souhaité les citer de manière exhaustive. Nous les avons évidemment tous visionnés et analysés. Puis, nous en avons sélectionnés quelques uns, plus particulièrement parcequ'ils regroupent les caractéristiques que l'on retrouve dans divers reportages de la même période ou traitant de la même problématique. Nous aurions pu choisir de n'étudier que les reportages sur les déchets ou sur la production d'énergie nucléaire. Telle n'était pas notre aspiration. Par ailleurs, ce travail restitue d'abord le discours, les interprétations et les représentations que propose et élabore Envoyé spécial. Autrement dit le contexte et les conditions de productions sont détaillés ; les reportages sont décrits afin d'en saisir l'essence et l'intention ; mais la réception, compte tenu de l'impossibilité de consulter le courrier et les messages minitels des téléspectateurs (ils n'ont pas été conservés), reste, dans la majeure partie des cas, liées à ce que nous pouvons potentiellement déduire au travers des réactions de la presse, des statistiques et de l'évolution générale de l'histoire culturelle et politique de la France des années 199014(*).

Nous commencerons par établir l'histoire du magazine afin de comprendre avec quel état d'esprit, Paul Nahon, Bernard Benyamin, et les journalistes travaillant pour Envoyé spécial, abordent les thématiques de l'environnement. Nous exposerons ainsi les attentes supposées du public en matière d'information et la conception du journalisme, en pratique et théorie, du magazine. Nous verrons ensuite comment l'écologie s'affirme au fur et à mesure des reportages, de 1990 à 1992, comme un thème, voire comme un véritable souci d'Envoyé spécial. Nous chercherons notamment à savoir si l'on peut, au cours de cette période, parler d'un engagement écologiste, et ce en dépit de ce qu'en disent Paul Nahon et Bernard Benyamin au cours de notre entretien (cf. annexes).

Nous étudierons ensuite la période de transition qui s'étend de la fin 1992, après la Conférence de Rio, à l'été 1997, date à laquelle Dominique Voynet, membre du parti français des Verts, entre au gouvernement. Cette période se scinde en deux sous parties: l'une va de 1993 à 1995, se prolongeant jusqu'en 1996, et l'autre de 1995 à 1997. Au cours de la première, nous analyserons la remise en cause de l'idéal écologiste et ses conséquences dans le traitement de l'environnement par Envoyé spécial. Au cours de la suivante, nous nous intéresserons à une évolution qui allie environnement de proximité et santé publique.

Enfin, nous avons intitulé la troisième partie : le temps des bilans. Nous aurions aussi bien pu l'intituler : le temps du retour à l'action. Puisque par les événements qu'il initie, dont la « journée sans voiture », et par le ton qu'il adopte, le magazine renoue avec un engagement, relativement similaire à mais distinct de celui du début des années 1990. Nous en analyserons les caractéristiques pour déterminer en quoi elles annoncent le passage à une nouvelle étape, dans la prise en compte de l'environnement, et ce en dépit de l'impression d'un retour au point de départ.

Première partie :

Le retour de l'écologie.

(1989-1992)

Chapitre 1 :

La mise en place

d'Envoyé spécial.

Ce chapitre, « la mise en place d'Envoyé spécial » porte sur les quelques mois qui se sont écoulés entre l'apparition d'une idée et sa concrétisation. Nous analyserons en quoi cette période a été fondatrice et quels sont ses prolongements vis à vis de l'organisation et de l'évolution formelle du magazine au cours des années 1990.

A- De la nécessité d'un magazine de reportage à la télévision.

La fin des années 1980 et le début des années 1990 constituent un moment particulier de l'histoire de la télévision. La quasi totalité des ménages est alors équipée d'un poste de télévision et la télévision est en passe de devenir pour nombre de Français le principal moyen d'accès au savoir, si ce n'est à l'information. 1986 a vu l'apparition des chaînes privées dans le but avoué de libérer le contenu télévisuel d'une certaine tutelle de l'Etat. Et l'on s'inquiète encore régulièrement de l'impact de la télévision sur l'opinion publique, au point d'inquiéter cette même opinion sur l'impact que pourrait réellement avoir cette télévision.

a- Une demande accrue d'informations.

Dans les années 1980, avec l'amélioration des méthodes d'enregistrement et des moyens de communication, se multiplient les sources potentielles d'information. Conséquemment s'accroît le volume d'informations transmises. Des intellectuels, au sens large, et des professionnels demandent alors au service public de télévision d'accroître le niveau d'exigence dans la présentation et la sélection des informations15(*). Cette demande est relayée par un public dont le niveau moyen d'étude n'a cessé de s'élever depuis les années 1950. La capacité de recul de ce public, par rapport à l'information transmise, a cependant évolué en général vers une méfiance critique à défaut de pouvoir se muer en examen constructif du discours télévisuel - faute d'instance le lui permettant ou d'éducation. Ceci s'est traduit par une défiance à l'égard des experts et décideurs. Et c'est cette même défiance qui a poussé le public, ou du moins ses représentants autoproclamés, à demander un accroissement non pas seulement de la quantité mais surtout de la qualité de l'information, en terme de diversité et de hiérarchisation.16(*)

Jacques Campet, dans son rapport sur L'avenir de la télévision publique, remis en septembre 1993 au ministre de la Communication, rappelle à ce titre que « l'information est un bien public constitutif de la démocratie »17(*). L'information, tout en permettant une meilleure connaissance du monde, contribuerait à la circulation des idées et à la défense des droits individuels. En effet, elle doit fournir au téléspectateur des éléments nécessaires à la formation de son jugement. De la qualité de l'information dépend, en quelque sorte, la qualité de l'éventuelle participation aux débats publics, du téléspectateur considéré alors en tant que citoyen. Pour la commission que préside Jacques Campet, si les responsables du service public de télévision reconnaissent la corrélation entre téléspectateur et citoyen, ils n'assument encore que trop partiellement les conséquences de ce constat. Autrement dit, ils ne font que peu d'efforts pour proposer aux téléspectateurs des émissions qui répondent à leurs aspirations en tant que citoyens. Cela veut dire aussi qu'ils ne sont pas non plus totalement défaillants.

A la croisée des préoccupations du téléspectateur en terme de décryptage de l'information et de participation aux grandes questions qui structurent la société française dans les années 1990, le traitement de l'environnement par les médias est jugé décevant. D'une manière générale et tout au long des années 1990, lorsque les instituts de sondage les interrogent, les Français s'estiment mal ou en tout cas insuffisamment informés (que cela concerne l'environnement en général, ou des sujets comme l'eau, les déchets, et surtout le nucléaire). Cela se traduit dans l'opinion publique par un sentiment général et latent d'inquiétude. Les Français estiment ensuite que la fiabilité des médias en matière d'information est peu élevée. En 1997, 68% des Français pensaient qu'on « les prenaient pour des abrutis » à la télévision et pour 58 % des Français, les journalistes ne méritent pas leur confiance.18(*) Donc, même si les téléspectateurs regardent les émissions d'Envoyé spécial traitant de l'écologie, rien n'indique qu'ils adhèrent aux propos ou bien même qu'ils soient satisfaits de l'information qu'on leur communique. Malgré tout et en dépit du peu de crédit que le public dit leur prêter, les médias, et en l'occurrence Envoyé spécial, restent malgré tout une source d'informations privilégiée, parce que plus accessible que d'autres supports de l'information (livres, prospectus)19(*).

b- Les exigences d'un service public rénové.

Toujours dans son rapport sur L'avenir de la télévision publique, remis en septembre 1993 au ministre de la Communication, Jacques Campet écrit que le programme d'une chaîne doit savoir offrir les repères essentiels d'une histoire, d'une culture, d'un savoir vivre. Il précise encore que l'indépendance relative du « service public » à l'égard de l'audience doit favoriser l'innovation, le risque, la recherche. Cet ensemble de recommandation doit à terme apporter au téléspectateur, à la fois citoyen et consommateur20(*), des moyens d'information, d'orientation et d'intelligence21(*). Si Jacques Campet peut émettre, en 1993, de tels avis, c'est que la commission de réflexion qu'il préside, peut aussi s'appuyer sur des programmes de référence passés et contemporains. Parmi lesquels figure Envoyé spécial ; en témoignent les commentaires qui furent faits par la suite à son égard :

« Si peu de concession avec autant d'audience fait l'honneur du service public ... et de téléspectateurs tenus pour intelligents. »22(*) « un public lui-même informé et qui attend d'une télévision d'Etat qu'elle fasse ce qu'on attend d'elle et qu'on n'attend pas toujours de la concurrence privée. »23(*)

Pour le comprendre, revenons en 1989. Au mois d'octobre de cette même année, Philippe Guilhaume, le nouveau président des deux chaînes publiques (Antenne 2 et FR 3), réunit les cadres de la rédaction à Dijon avec pour objectif de différencier leur programmation de celle des chaînes privées.24(*) Sa politique se démarque d'emblée de celle du précédant directeur d'Antenne 2, Claude Contamine, qui préconisait au contraire de s'inspirer directement de la programmation des chaînes privées. Ce dernier n'était pourtant pas parvenu à résoudre les difficultés que le secteur public accumulait depuis 1986, tant en terme d'image qu'en terme financier. Et c'est avec la même volonté d'impulser une dynamique salvatrice à la chaîne publique généraliste, que les cadres de la rédaction proposent, lors de cette réunion, de mettre en place « un magazine d'information à 20h30 ».

En décembre, Jean-Michel Gaillard, directeur général d'Antenne 2, confie à Paul Nahon et Bernard Benyamin la gestion et la responsabilité du magazine qui sera intitulé Envoyé spécial. Cet intitulé se rapporte aux journalistes de la rédaction en poste à l'étranger que l'on désigne alors comme des « envoyés spéciaux ». En complément du journal télévisé plutôt axé sur l'actualité nationale, le magazine a pour vocation de traiter plus spécifiquement de l'actualité internationale et de s'appuyer en terme d'effectif sur ces « envoyés spéciaux ». Cependant, dès la préparation de la première émission, l'effectif est élargi à des reporters et des cinéastes, de même que l'ambition du magazine en charge d' « expliquer au téléspectateur le monde dans lequel il vit »25(*).

La pertinence de la programmation d'un tel magazine sur une chaîne publique généraliste va donc s'affirmer assez vite. Et ce d'autant plus que la France s'engage dans un processus accru d'internationalisation des échanges et des prises de décisions politiques (Traité de Maastricht et Conférence de Rio en 1992, création de l'Organisation Mondiale du Commerce en 1994...) pour lesquels l'ensemble de population française n'est pas encore nécessairement préparé.

c- Envoyé spécial, le pari impossible ?

Pourtant lorsque l'idée de lancer un tel programme est annoncée publiquement, l'enthousiasme de Paul Nahon et Bernard Benyamin se heurte vite aux réticences des acteurs de l'audiovisuel dans leur ensemble, en particulier celles des chaînes privées. Et à ce titre, les rédacteurs des articles de Télérama (10 janvier 1990) ou du journal Le Monde (15 juin 1990) certes très favorables à la mise en place d'un tel magazine, se font surtout l'échos des réserves émises par les détracteurs quant aux chances de succès d'une telle initiative.

Ce magazine fait en effet suite à une tentative avortée en 1987, de diffusion irrégulière, le jeudi à 22h30, d'émissions d'un magazine similaire, Edition spéciale. Envoyé spécial se distingue cependant, par la régularité (diffusion hebdomadaire de septembre à juin) et l'horaire de sa diffusion (en première partie de soirée). La proposition d'un tel magazine est encore perçue comme a priori aux antipodes d'une « télévision du divertissement ». Cette conception, prônée par les principaux responsables des chaînes de télévision (dont Claude Contamine), est admise à la fin des années 1980 par la une large part de l'opinion publique : l'audience d'une chaîne en première partie de soirée ne saurait être assurée par d'autres programmes que les jeux télévisés, les variétés ou les fictions. Dans le même temps s'accumulent les critiques toujours plus virulentes de la part de certains intellectuels (dont Michel Serres, un des futurs responsables de La Cinquième) et des acteurs de l'audiovisuel26(*) ; ils exhortent les chaînes à diversifier leur offre et à ne pas tenir le téléspectateur en otage du choix des programmateurs, dicté par l'importance acquise (surtout depuis l'apparition des chaînes privées entre 1984 et 1986) des recettes publicitaires dans l'équilibre financier des chaînes de télévision.

Programmer un magazine d'information et le maintenir constituent donc le commencement du renversement des tendances d'un paysage audiovisuel qui verra le service public affirmer sa spécificité et sa cohérence au début des années 1990. Les animateurs se prévaudront par ailleurs, comme pour s'en féliciter, de l'austérité de leur magazine qui aurait été à l'origine de la réussite et du maintien de leur magazine à une heure de grande écoute. Bernard Benyamin l'explique ainsi :

« Nous ne ressemblions ni à Drucker, ni à Foucault, ni à Guillaume Durand. Les téléspectateurs pensaient sans doute que nous n'étions pas très souriants, plutôt coincés et que nous avions une tête d'enterrement. Paradoxalement, ça a joué en notre faveur. [...] nous aurions [pu faire] un grand show [...]. Ce n'est pas ce que nous voulions. »27(*).

On peut tempérer cet avis car la logique du divertissement n'est pas totalement absente de l'esprit de ses concepteurs. La télévision, c'est aussi du spectacle. Ils en sont conscients. Leur logique de programmation alternant les sujets difficiles et les sujets un peu plus légers, l'atteste. D'autres éléments tenant à la conception des reportages permettent encore de comprendre les raisons du succès de leurs émissions. Mais avant, voyons le détail des programmes qui concurrencent et renforcent paradoxalement la position d'Envoyé spécial tout au long de la décennie étudiée.

On peut en effet comprendre les réserves des commentateurs lorsque l'on observe la programmation des chaînes concurrentes tout au long des années 1990. En 1990-1992, TF1, FR3, La 5 et M6 diffusent le jeudi soir des films et téléfilms. Si la programmation de M6 et FR3, devenu France 3 en septembre 1992, ne change pas au cours de la décennie, celle de TF1 évolue pour se stabiliser à partir de 1994 avec la diffusion de séries telles Julie Lescaut, Navarro ou encore à partir de 1998, Les Cordiers, juge et flic. Une telle programmation participe d'une stratégie de fidélisation d'un public à la manière d'Envoyé Spécial, mais dans le registre de la fiction. D'autre part, Envoyé Spécial est plus ou moins concurrencé sur son propre terrain, tout du moins celui du traitement des faits de société, à partir de 1992, par la programmation de soirées Thema, sur la chaîne ARTE, occupant des plages nocturne du réseau hertzien laissé vacant après l'échec de La 5. L'émission Envoyé Spécial semble donc concurrencée sur tous les fronts : par TF1 concernant la fidélisation d'un public, par ARTE concernant le traitement de sujets de société, enfin par M6 et France 3 s'agissant du contenu, fiction contre reportage. En réalité, Envoyé spécial reste, au moins jusqu'à la fin des années 1990, le seul magazine d'information identifié comme tel par le public dans le paysage audiovisuel. Ceci lui confèrera en partie les bases de son maintien.

Sources : résultats accessibles dans le logiciel Médiacorpus à l'Inathèque à partir de 1995.

Dès 1990, l'émission passe ainsi la barre des 20 % de part de marché. Ensuite et jusqu'en janvier 2000, Envoyé Spécial draine un public régulier. Même s'il oscille entre trois millions et sept millions de spectateurs selon les sujets, ceci équivaut malgré tout à une part de marché moyenne de 22,1 %, soit environ 4,5 millions de spectateurs chaque jeudi soir28(*). On remarque aussi dans le graphique des audiences (1995-2000) que la part des femmes qui regardent Envoyé spécial est constamment un peu plus importante que celle des hommes. Paul Nahon et Bernard Benyamin précisent dans un entretien paru en juin 1997 : « Chaque numéro de notre magazine coûte 1 million de Francs - un Navarro, 5 à 6 millions, un film de cinéma, 2 à 3 millions [pour sa diffusion seulement] - et rapporte en publicité avant et après l'émission de 1,3 à 1,5 millions de Francs. C'est rentable mais pas assez pour une chaîne privée ... »29(*) Le budget de l'émission a ainsi augmenté de même que sa durée. L'émission passe, entre 1990 et 1992, de 650 000 F pour 52 minutes30(*), à un budget d'un million de Francs pour 1h30 d'émission. Tandis que sur le même temps, le nombre de sujet diminue (pour se stabiliser à une moyenne de trois par émission) alors que la durée des reportages augmente (de dix à vingt, voire trente minutes en moyenne).

B- La recherche d'une pratique journalistique différente.

Tous les indicateurs montrent une rapide stabilisation de la formule proposée par Envoyé spécial (formule établie au début des années 1990 et toujours valable en 2007) et surtout un constant équilibre financier du magazine. Pourquoi ? Nous allons à présent étudier dans le détail certaines caractéristiques qui président à l'élaboration, ainsi qu'à l'originalité, de ces émissions.

a- Envoyé Spécial : prolongement et rupture avec le journal télévisé.

Envoyé spécial, 22-10-1992, 20h50,

Première image du générique.

Dans la logique de la programmation d'Antenne 2, Envoyé spécial, que les commentateurs rangent dans la catégorie du « magazine d'information », a d'abord été perçu comme un prolongement du journal télévisé. Au cours du journal de 20h, le présentateur fait régulièrement l'annonce des reportages qui seront diffusés dans le magazine, avec un résumé des sujets et un condensé d'images extraites du reportage. C'est notamment le cas pour les deux reportages sur les sous-marins nucléaires russes laissés à l'abandon, en décembre 1992 et en juin 1993, qui apparaissent dans la rubrique des informations ayant trait à l'international. Ainsi des reportages qui n'étaient pas nécessairement et directement liés à l'actualité du moment (et à l'agenda des hommes politiques) le deviennent. D'autre part, ce sont les mêmes journalistes (90% de l'effectif d'Envoyé spécial) qui travaillent à la fois pour le Journal Télévisé et le magazine31(*), ce que rappelle le début du générique, avant que n'apparaisse le titre du magazine, « la rédaction d'Antenne 2 (puis de France 2) présente ». Paul Nahon et Bernard Benyamin pensent, par ailleurs, que le passage des journalistes par leur magazine est un acte formateur pour ces derniers. Dans l'article du Monde datant du 15 janvier 1990, Bernard Benyamin explique que, si les reporters sont enchantés de pouvoir participer à un tel magazine, « nombre d'entre eux n'ont jamais réalisé des sujets de plus de deux minutes. » Or des compétences différentes sont requises en fonction de la durée d'un reportage, selon qu'il faille concevoir un reportage de 2 minutes pour le journal télévisé ou faire un reportage d'abord de 10, puis, dès 1991, de 20, 30 voire 40 minutes pour Envoyé spécial.

Paul Nahon, en charge de la production, insiste cependant pour que le magazine dispose de moyens matériels et surtout de fonds qui lui soient propres. Ceci afin que la préparation des reportages ne pâtisse pas d'un éventuel arbitrage entre les moyens alloués au journal télévisé et ceux alloués au magazine Envoyé spécial. D'autre part, Paul Nahon et Bernard Benyamin tiennent à se distinguer résolument du journal télévisé, jugé trop lapidaire et assimilable à un flot indifférencié d'images. Leur magazine doit a contrario pouvoir proposer au téléspectateur un raisonnement construit et de qualité à partir d'un sujet bien délimité et identifié32(*). Pour les commanditaires du magazine, il s'agissait d'abord de proposer des éclairages particuliers sur l'actualité ; le reportage devait être l'occasion d'un approfondissement d'un sujet lié à l'actualité. L'objectif était de rassembler des éléments et d'apporter des précisions concernant le déroulement d'un événement récent afin que le téléspectateur puisse mieux le comprendre.

Envoyé spécial s'affirme en fait très vite, au delà des limites du « magazine d'actualité », comme un « magazine de société ». Paul Nahon et Bernard Benyamin prennent dans un premier temps, l'habitude de choisir les sujets qu'ils veulent traiter au cours de leurs futures émissions, en général longtemps à l'avance (« avec six mois d'antécédent »33(*) avait précisé Bernard Benyamin). Même s'ils peuvent modifier la programmation de leurs sujets en fonction de l'urgence de l'actualité (le début d'une guerre, la découverte d'un scandale...), le choix des sujets est en général relativement indépendant et éloigné de l'actualité quotidienne. Relativement seulement, car Paul Nahon et Bernard Benyamin ne manquent jamais, au cours du commentaire d'introduction et lorsque l'actualité s'y prête, de mettre en perspective le sujet traité avec des événements récents ayant précédé la diffusion du reportage. Quoiqu'il en soit, Paul Nahon et Bernard Benyamin souhaitent se faire les médiateurs des acteurs du monde contemporains. Profitant de la possibilité de recul, de synthèse, et d'indépendance qui leur est offerte, ils conçoivent les reportages autrement que comme pure et simple présentation des faits, comme un cadre de réflexion, comme un espace de discussion des choix que la société, en France ou à l'étranger, peut faire. On peut donc définir Envoyé spécial comme un « magazine de société ».

La visée d'un tel magazine le distingue donc fondamentalement de celle du journal télévisé. Le rôle du journal télévisé est d'abord de relater au jour le jour l'évolution des décisions que peuvent prendre les acteurs. Envoyé spécial peut s'octroyer plus facilement la liberté de poser ouvertement des questions aux téléspectateurs quant à la pertinence de ces décisions, laissant le plus souvent le soin ou la charge aux téléspectateurs de répondre à ces questions.

b- Paul Nahon et Bernard Benyamin, journalistes, présentateurs et coordinateurs.

Envoyé spécial, 22-10-1992, 20h50,

Deuxième image du générique.

Lorsque l'idée de mettre en place un « magazine d'information » est lancée, Paul Nahon est directeur adjoint de l'information chargé des magazines. Paul Nahon a une formation universitaire en sciences économiques et sociales et suit un parcours parallèle à celui de Bernard Benyamin, quant à lui formé à l'école de journalistes de Lille. Tous deux font leurs premières expériences du journalisme à France Inter au début des années 1970, puis comme reporter à la télévision, après l'éclatement de l'ORTF en 1974 et jusque dans les années 1980. Surpris de se voir confier si rapidement la responsabilité d'un magazine d'information, ils s'engagent avec un réel enthousiasme dans la préparation de la première émission (prévue pour le 18 janvier 1990). Comme Paul Nahon et Bernard Benyamin le répètent à plusieurs reprises, ils ne souhaitent pas devenir des vedettes. Lorsqu'au milieu des années 1990, on leur décernera un « Sept d'or » pour leur rôle en tant qu'animateur d'Envoyé spécial, ils le dédiront à leurs confrères et au peuple algériens.

Par la force des choses, leur personnalité est en fait très vite associée à l'image de l'émission. Ils ne sont peut être pas devenu des vedettes, mais leur style a fortement marqué les téléspectateurs. En effet, ils incarnent le sérieux des propos tenus, par leur apparence (code vestimentaire strict, costume et cravate sobres) et par le ton de leur voix (à la fois grave et concerné) ou leur manière de présenter (en peu de mots, de façon claire et concise). On peut lire en 1997 dans l'introduction d'un entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin, au titre déjà évocateur - « Envoyé spécial, entre rigueur et austérité » - « [...] Envoyé Spécial se distingue par la rigueur de sa ligne éditoriale, reconnaissable au ton que le magazine a choisi pour identifier l'événement et lui donner un sens » 34(*).

1991 - Paul Nahon et Bernard Benyamin posant dans le décor d'Envoyé spécial.

L'enregistrement de l'émission s'effectue en général en fin d'après-midi, le jeudi, quelques heures avant la diffusion. Paul Nahon et Bernard Benyamin se partagent l'animation du magazine et n'apparaissent que rarement en même temps à l'écran. Lorsque l'un apparaît pour introduire les reportages, l'autre commente en voix-off le sommaire en images des sujets traités au cours de l'émission. Leur présence (de même que le dispositif dans lequel ils évoluent) engage le téléspectateur à se laisser convaincre.

Derrière l'écran et en tant que coordinateurs de l'émission, Paul Nahon et Bernard Benyamin consacrent beaucoup de temps à la préparation de leur magazine. Leur première tâche est de vérifier le contenu des reportages qu'ils diffusent. D'abord, selon eux, parce que toute hypothèse avancée par un journaliste doit être prouvée par l'image, si l'on souhaite susciter l'intérêt du téléspectateur et ne pas s'attirer les foudres de ceux qui, mis en cause, pourraient leur intenter des procès. C'est pourquoi, lorsque cela s'avère nécessaire, les reportages peuvent prendre la forme d'enquêtes et de démonstrations. D'autre part, en tant que responsables et prestataires d'un service destiné à un large public, ils se doivent de fournir un propos compréhensible par chacun. Ainsi Paul Nahon rappelle une anecdote : un reporter ayant mis en avant le discours d'un tunisien immigré en France disant « Si mon fils part combattre au côté des irakiens, je le tue ! », on a préféré nuancer le propos en insérant plus loin le discours dans le reportage afin que le téléspectateur ne s'imagine pas « Comment, ils tuent leurs enfants, ces gens là ! »35(*). Il ne faut pas se méprendre, leur rôle n'est pas de contrôler le contenu informatif, mais bien d'accompagner le journaliste en charge du reportage.

Ainsi, ils organisent aussi à l'attention des journalistes, des réunions avec des spécialistes, afin de leur permettre de mieux préparer leur investigation et leur prise de contacts sur le terrain. Cette pratique qui pourrait paraître normale ou évidente, ne l'était que parce que le service public en avait les moyens et donc leur laissait le temps de préparer consciencieusement les reportages. Enfin, ils programment et choisissent les sujets diffusés. La ligne éditoriale de leur magazine correspond d'abord à celle du service public, ensuite aux aspirations de Paul Nahon et Bernard Benyamin, que ces quelques mots résument : « tolérance, ouverture, découverte de l'autre, solidarité »36(*). Autant de références apparemment abstraites qui trouveront leur traduction pratique dans la manière de traiter l'écologie et renvoient finalement à une conception humaniste de l'information.

c- Une démarche journalistique : entre documentaire et reportage.

N'apparaît souvent sur le plateau qu'une seule personne lorsqu'il s'agit de présenter le journaliste que Paul Nahon et Bernard Benyamin désignent comme l' « auteur » du reportage. Par ailleurs, Bernard Benyamin et Paul Nahon invitent des réalisateurs de cinéma à concevoir des reportages. Concernant l'écologie, deux réalisateurs ont apporté leur contribution : Robert Enrico37(*) sur les incendies de forêt en mai 1991, Yves Boisset sur les ours et les infrastructures routières dans les Pyrénées en octobre 1992. Présenter le journaliste comme l'auteur d'un reportage, pour Paul Nahon et Bernard Benyamin, c'est une manière de préserver le journaliste du « rapt » du reportage auquel il a généralement consacré plusieurs semaines et dont eux-mêmes avaient été victimes en tant que journalistes. Le journaliste acquiert un droit moral sur son reportage comparable au « droit d'auteur » pour le cinéma. Entre autres exemples, Bernard Monsigny réalise en tant que journaliste des reportages pour Envoyé Spécial et en tant que cinéaste, des documentaires. Existe donc un constant parallèle entre une certaine démarche cinématographique (en terme de choix des images, de montage) et une pratique du journalisme (dont le but est d'abord de porter à la connaissance de toutes les informations essentielles). Paul Nahon explique ce parallèle:

« Vous savez très bien qu'à la télévision les journalistes sont aussi des auteurs38(*). Pas des réalisateurs, sauf s'ils réalisent leur sujet. Mais quand un journaliste part en reportage, il a envie de faire oeuvre de cinéaste. En revanche quand les cinéastes viennent travailler chez nous, ils n'ont qu'une envie c'est faire oeuvre de journaliste. Ainsi les uns et les autres essaient de se retrouver à la croisée des chemins. »39(*)

A cela s'ajoutent des titres de reportages évoquant explicitement des titres de films à succès, produisant une lecture particulière des éléments du discours agencés dans le reportage. Entre autres, Massacre à la tronçonneuse évoque le déboisement comme devant susciter horreur et frayeur, ou La bataille du rail, reprenant le titre d'une film de René Clément (1946) sur les sabotages du chemin de fer par la Résistance française durant la seconde guerre mondiale, et évoquant les résistances de la population touchée par le tracé du train à grande vitesse reliant Paris à Lyon. Paul Nahon et Bernard Benyamin expliquent que :

« Une information est lettre morte sans les visages, les hésitations, les rires et les larmes. Voilà pourquoi le bonheur et la tragédie sont souvent présents dans les reportages, signes tangibles que le monde bouge, change, explose ou s'apaise. » (...) «  Le reportage, c'est le goût et la saveur, la texture et le relief d'un événement qui ne serait sans lui que bruit et fureur. Le reportage, c'est la vie, loin des encadrés stériles et des dossiers austères aux vertus informatives évidentes mais ennuyeuses. » 40(*).

Paul Nahon précise encore que pour un reportage, « Comme dans un film, un personnage donne la clef pour entrer dans un problème. »41(*) et enfin, que le téléspectateur s'attache «  plutôt à un personnage ou à un groupe de personnes qui vont servir à éclairer l'histoire de leur pays, et, partant faciliter l'identification du spectateur. »42(*) Le reportage est donc souvent monté comme une histoire, ou plutôt comme un ensemble d'histoires singulières desquelles le téléspectateur peut tirer des enseignements, parfois une morale ou une loi générale.

Cependant, cette démarche n'est pas pour plaire à tout le monde. En effet, les théoriciens du journalisme, ou pour mieux dire certains universitaires et essayistes s'intéressant au journalisme, revendiquent pour la télévision, au début des années 1990, l'impartialité du discours informatif. Oubliant que le simple fait de choisir de traiter telle ou telle information est déjà le signe tangible d'une subjectivité. Cette revendication d'impartialité43(*) découle d'une évolution des techniques de transmission et d'enregistrement de l'information qui distinguerait la télévision de la presse écrite. La télévision aurait un impact renforcé, car plus direct et s'adressant à un public beaucoup plus large, que la presse écrite. Or le nombre de chaînes accessibles au plus grand nombre (les chaîne hertziennes) est restreint au début des années 1990 (le câble et le satellite ne sont encore réservés qu'à une part restreinte de la population). En conséquence de quoi, la télévision devrait être plus vigilante et surtout neutre vis à vis de l'information qu'elle transmet. Ceci afin que le téléspectateur puisse, en toute liberté, se faire une opinion sur celle-ci sans être trop influencé. Les moyens dont dispose la rédaction d'une chaîne de télévision semblent alors aussi plus performants que ceux de la presse écrite. Cette dernière est cantonnée à l'écrit et à quelques photos lorsque le journal télévisé diffuse images animées et commentaires pris sur le vif. La télévision se distinguerait donc encore de la presse par ses dons d'ubiquité et sa capacité à rendre le réel. Tandis que la presse serait plus à même de proposer un regard critique, un recul, par l'intermédiaire d'une réécriture nécessairement plus engagée de l'actualité.

Dans cette répartition plutôt schématique des tâches, et qui néglige par ailleurs le rôle des émissions radiodiffusées, Envoyé spécial apparaît un peu comme un électron libre. Certes, ce magazine s'inscrit dans la tradition du grand reportage des années 1950 aux années 1970 mais pour un public des années 1990, avec des moyens techniques et des aspirations différentes. Paul Nahon et Bernard Benyamin se départent donc d'un caractère prétendument strict et objectif au profit d'une subjectivité assumée, corroborée tant du point de vue formel que de celui du fond par les liens qui rapprochent le journaliste du documentariste.

C- Des moyens au service d'une volonté.

Dans un contexte finalement propice à l'innovation en matière télévisuelle, Envoyé spécial a développé une approche particulière du discours informatif et de la pratique journalistique. Cet effort de renouvellement est lié en grande partie à l'expérience et au professionnalisme de Paul Nahon et Bernard Benyamin en matière de journalisme. Mais cela ne suffit pas. Pour ce faire, ils ont rassemblé des personnes partageant cette même volonté et leur dynamisme. L'évolution du décor et du générique, le choix des sujets traités ont aussi donné consistance et cohérence à leur démarche. Le tout a d'abord été fait pour que le téléspectateur se sente en phase avec les propos tenus au cours des émissions, et ensuite, soit prêt à se laisser surprendre par des sujets parfois difficiles à aborder.

a- Qui sont les journalistes travaillant

pour Envoyé spécial ?

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h48, Paul Nahon va s'entretenir avec Georges Golberine à propos du reportage « Amiante, 50 ans de mensonges ».

Les journalistes sont systématiquement présents dans Envoyé spécial. Leur présence est attestée sur le plateau, au début par deux sièges, puis très rapidement par une table autour de laquelle Bernard Benyamin ou Paul Nahon s'entretiennent avec le journaliste après que le reportage ait été diffusé. Le journaliste est alors invité à s'exprimer sur les conditions de tournage, ses intentions et souvent, sur les événements qui ont suivi la fin du tournage. Le journaliste, en apparaissant à l'écran, incarne le propos et les images du reportage. Il est rendu responsable, surtout du point de vue des téléspectateurs, de l'information qu'il communique. Il participe ainsi personnellement à un processus de légitimation du discours qu'il a produit et qu'Envoyé spécial contribue à diffuser.

Il faut ici préciser ce que l'on entend par journaliste. La désignation précise de ceux qui réalisent ce type de reportages est, selon la définition de la convention collective nationale du travail des journalistes et avenants des entreprises de l'audiovisuel, rédigée dans les années 1980 et encore en vigueur aujourd'huis44(*), « Journaliste reporter d'images » (JRI). Selon cette convention, « Il est responsable de la qualité technique de la prise de vue et co-responsable avec le Rédacteur Reporter du contenu informatif des images à diffuser. » Il est précisé par ailleurs qu'il se sert de sa caméra « comme d'un stylo ». Il se distingue du cameraman par sa formation journalistique et non purement technique.

Etant donné l'apparition d'un matériel plus maniable et performant (caméscope, Betacam), on attend du JRI qu'il soit capable à lui seul de rendre compte de l'information depuis sa recherche sur le terrain jusqu'à son lancement sur le plateau du studio. L'équipe de tournage est plus autonome, souvent réduite à une ou deux personnes, les journalistes. Auxquels il faut ajouter le monteur et parfois la personne qui dit le commentaire en voix-off (le commentaire étant rédigé par le journaliste en charge du reportage). L'efficacité des journalistes et le soin apporté aux reportages qui sont diffusés sont à noter. Ainsi en 1991, Envoyé spécial reçoit le prix Albert Londres (prix récompensant le travail d'un grand reporter de moins de quarante ans) pour « L'Affaire Farewell », première d'une longue série de récompenses.

L'effectif des journalistes travaillant pour Envoyé spécial est principalement composé de personnes issues de la rédaction d'Antenne 2, puis de France 2. Mais Envoyé spécial fait aussi appel à des journalistes venant de maisons de production indépendantes. Concernant notre corpus, on observe deux tendances45(*). De 1990 à 1994, ce sont surtout des partenariats de la rédaction avec des organismes reconnus pour leurs compétences en matière de journalisme scientifique comme NHK pour le Japon, LMK Images pour la France. Ce à quoi il faut ajouter Spot Images pour les prises de vue satellitaires. Pour les reportages tournés dans les pays de l'Union Soviétique, puis de l'ex Union Soviétique après 1991, Paul Nahon et Bernard Benyamin ont fait aussi appel à la chaîne Master TV de Moscou ou encore à Est Ouest Production en France.

De 1995 à 1999, c'est la boîte de production Capa Presse qui se distingue en fournissant sept reportages à Envoyé Spécial, parmi lesquels cinq sont des sujets internationaux (au sens où le reportage est tourné dans plusieurs pays) et deux français sur des sujets sensibles (les nitrates en Bretagne et les irradiés de Forbach). Dans ses principes, cette agence s'avère correspondre à l'esprit d'Envoyé Spécial « être plus prêt des gens, montrer l'envers du décor, comprendre et enquêter. »46(*) En constante recherche de la preuve par l'image et poursuivant leurs efforts pour proposer au téléspectateur un reportage de qualité, Paul Nahon et Bernard Benyamin ont donc fait d'abord appel à des maisons de production indépendantes parce que des contraintes logistiques le leur imposaient. Ils ont aussi fait cet appel pour la liberté de ton ou le renouvellement de l'approche de l'information que les journalistes de ces maisons de production apportent au magazine.

Paul Nahon et Bernard Benyamin, parlent dans un livre consacré à leur émission en 199247(*), d'une « génération Envoyé spécial » pour qualifier rétrospectivement l'équipe des journalistes ayant travaillé pour le magazine48(*). Précisons qu'au cours des années 1990, l'âge médian des journalistes baisse légèrement pour se stabiliser entre 25 et 30 ans. En effet, au début, Paul Nahon et Bernard Benyamin recrutent de préférence des journalistes ayant une expérience et surtout d'anciennes connaissances, parmi lesquels Patrick Hesters (quatre reportages du corpus, de 1991 à 1992) ou Isabelle Staes (cinq reportages de 1990 à 1992). Puis très vite, Paul Nahon et Bernard Benyamin demandent à de jeunes reporters ou inversement de jeunes reporters proposent leurs services. Les journalistes réalisent alors un nombre plus limité de reportages pour Envoyé spécial.

En général, ce ne sont pas des journalistes spécialisés. Paul Nahon et Bernard Benyamin les choisissaient justement parcequ'ils peuvent apporter un regard neuf sur l'actualité49(*). Cela ne veut pas pour autant dire que ces journalistes n'étaient pas préoccupés à titre personnel par les sujets sur lesquels ils travaillaient. S'agissant de l'écologie, quelques cas particuliers permettent de s'en rendre compte. François Cornet, qui fait un reportage sur Tchernobyl et un autre sur une ville roumaine très polluée, est connu pour avoir couvert en 1978 le naufrage de l'Amoco Cadiz. Lorsque Georges Golbérine décide de tourner deux reportages, en 1995 et 1996, relatant les effets de l'amiante sur la santé, il avait déjà publié, en 1992, une enquête qualitative sur l'hôpital qui avait fait grand bruit et dirigeait alors la rédaction de Sciences et Avenir. Enfin Marie-Odile Monchicourt, dont le reportage traite des conditions de travail des scientifiques et du personnel dans une centrale nucléaire en Lituanie, est aussi productrice à France Inter et France Culture d'émissions scientifiques.

b- Le dispositif : reflet d'une conception du monde.

Envoyé spécial, 28-06-1999, 21h, Bernard Benyamin introduit le reportage « Massacre à la tronçonneuse. »

Dès 1990 et jusqu'en 2000, les émissions d'Envoyé spécial se déclinent en quelques étapes : d'abord apparaît le générique de l'émission, puis le téléspectateur découvre le sommaire de l'émission en images ; ensuite, chaque reportage est introduit par Bernard Benyamin ou Paul Nahon. Comme il n'y a généralement qu'une ou deux personnes au plus sur le plateau (sauf émission particulière), le décor des émissions est mis en valeur. Il l'est d'autant plus qu'on en filme les détails au début de chaque émission. Son évolution, de même que celle du générique du début, nous renseigne sur la maturation des conceptions du monde et de l'information du magazine.

Paul Nahon et Bernard Benyamin le reconnaissent : « Les premiers temps nous étions très manichéens. [...]  Notre décor était noir et blanc. Nous avions tendance à ne voir que les misères du monde.»50(*) Au début des années 1990, le plateau apparaît très exigu avec de forts clair-obscur liés autant au choix des couleurs que des éclairages par faisceaux lumineux. La caméra circule entre des panneaux verticaux et opaques, donnant l'impression que le plateau se situe au centre d'un labyrinthe. Les présentateurs apparaissent littéralement, en début d'émission, au détour d'un panneau ou à proximité d'un globe après un panoramique de la caméra dans un décor vide. Ce mouvement de caméra qui croise le trajet du présentateur sur le plateau correspond à la mise en scène d'une rencontre (presque fortuite) entre un téléspectateur désireux d'en savoir plus et un présentateur prêt à lui donner les renseignements souhaités (par le biais des reportages proposés).

Envoyé spécial, 22-10-1992, 20h54,

première image après le générique.

Le globe terrestre en mouvement, avec le quadrillage apparent des longitudes et des latitudes, est un élément récurrent du dispositif : on le voit constamment, durant l'émission, en élément seul ou en fond de plateau, en maquette ou en projection vidéo. Il figure le globe terrestre mais sans le tracé des frontières entre pays, ni entre continents et océans. Cette abstraction du décor renvoie sans doute à la méconnaissance présupposée des téléspectateurs du monde qui les entoure. En tout cas, cette représentation invite à dépasser les découpages géographiques. Le téléspectateur est amené à percevoir le monde au delà des limites et des frontières pour se plonger dans le « monde des hommes » plus que dans celui des Etats.

Envoyé spécial, 22-10-1992, 20h50, images extraites du générique.

C'est encore à cela que renvoie le fondu enchaîné des écritures, des foules, des explosions, des visages (connus et inconnus), avec une nuance en plus : celle de l'apparente confusion du monde. Apparente parcequ'on y voit des événements reconnaissables (ici le musicien Rostropovitch jouant sur les ruines du Mur de Berlin) de la mémoire télévisuelle et du reportage. La mémoire particulière des téléspectateurs et la mémoire globale, celle de l'Histoire, semblent ici se mêler. Ce magazine aurait donc bien, entre autres missions, pour vocation de proposer des repères au téléspectateur et pourquoi pas de participer à la construction d'une certaine mémoire commune, une mémoire (télé)visuelle de l'humanité.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 20h57, générique.

Ce désir de fournir des repères s'affirme au courant des années 1990 avec plus de vigueur pour se transformer en décryptage de l'information. L'espace du décor s'ouvre peu à peu. Mais c'est surtout le générique qui change radicalement. Aux accords agressifs de guitare électrique des premiers temps se substitue le tempo sec et rapide de percussions acoustiques et électroniques. Le noir, le blanc et le bleu restent des couleurs dominantes. Mais la confusion du monde est réduite à l'état de petits encadrés animés tandis que le nom de l'émission apparaît de façon claire et nette, dans tous les sens, sur fond de codes barre et de flèches. Il ne s'agit plus de donner un sens trop restreint à des images provenant du monde entier. L'objectif d'Envoyé spécial n'est plus seulement de mettre à jour des problèmes, mais de les identifier, c'est à dire de chercher à en déterminer la nature. La précision des commentaires et le choix des images doivent servir à mieux organiser ce que l'on porte à la connaissance du téléspectateur. A la confusion du monde, on préfère mettre différemment en valeur la mission essentielle du magazine : celle de rendre compréhensible à tout à chacun (citoyen du monde ET consommateur) ce que l'on appelle désormais la « mondialisation » (que cela

concerne les échanges et certaines décisions politiques).

Envoyé spécial, 28-10-1999, 20h58, Paul Nahon introduit le reportage « Tableau de chasse».

Dernière évolution du dispositif, le décor se modernise et s'éclaircit à partir de 1998. Au bleu nuit se substitue le bleu ciel. Les panneaux verticaux s'espacent et deviennent translucides. Le générique change lui aussi, pour renouer en partie avec le fondu enchaîné des débuts, mais avec des images nouvelles de l'histoire des années 1990. L'ensemble défile dans des encadrés qui se déplacent horizontalement sur l'écran. La mélodie désormais prime sur le rythme, et la voix humaine accompagnée des choeurs renvoie aux images de foules et portraits visibles sur l'écran. Le magazine propose enfin une vision plus apaisée du monde. L'information n'est plus associée aux bruits et à la fureur du monde. On pourrait y voir la reconnaissance implicite d'éventuels résultats de l'action du magazine, le téléspectateur étant à présent rassuré. Quoiqu'il en soit, un espoir (on y voit notamment des représentations des nouvelles technologies) s'est substituée à une vision tragique de l'Histoire. L'objectif ne semble plus être celui de dénoncer en braquant un faisceaux lumineux ou une caméra à la recherche de responsables, mais bien d'éclairer, d'expliciter (plus encore que d'expliquer) les tenants et aboutissants des problèmes qui se posent. Nous verrons par l'analyse des contenus que l'on peut cependant nuancer ce propos. Car, si les sujets semblent être abordés de manière moins partisane à la fin des années 1990, la vigueur du ton et la dramatisation de l'information (au sens de « mise en histoires ») restent une caractéristique constante de l'émission.

c- L'environnement comme thématique d'Envoyé spécial :

un « choix de société » à l'échelle de la planète.

Entre sujets sérieux et sujets plus légers, traités avec une égale exigence, l'équilibre souhaité du contenu des émissions d'Envoyé spécial s'inscrit en droite ligne de Cinq colonnes à la une, premier magazine français de grands reportages. Antenne 2 veut renouer, en 1990, avec cette tradition du journalisme de terrain pour la revitaliser. Après 1992, France 2 perpétue et pérennise cette politique. De même que son illustre prédécesseur, Envoyé spécial est plutôt éclectique quant au choix des sujets et des approches (économique, politique, sociologique...) de ces sujets. Nous avons fait valoir à plusieurs reprises qu'Envoyé spécial était un « magazine de société » ouvert sur le monde. Ouvert sur le monde, certes. Le magazine ne néglige pas les sujets nationaux pour autant. Dans de tel cas, les journalistes s'évertuent à comparer la France à d'autre pays européens, ou même de comparer différentes régions entre elles. Ainsi, que l'on ait affaire à des sujets régionaux, nationaux ou internationaux, que cela concerne la construction d'un reportage, la construction d'une émission ou la mise en relation d'une d'émissions avec d'autres, une logique comparatiste préside. Nous y reviendrons au cours de ce travail.

Une autre recherche intéressante aurait été l'étude du traitement des pratiques religieuses contemporaines et surtout des sectes, auxquelles Envoyé spécial a consacré de nombreux reportages à partir du milieu des années 1990. Ces reportages ont eu un écho important dans l'opinion publique à la fois en terme politique et en terme critique (au moins un de ces reportages a reçu une récompense). Envoyé spécial a aussi consacré beaucoup d'énergie pour couvrir de manière perspicace (autant que cela soit possible) différents conflits : en Irak, en Yougoslavie,... Les journalistes se sont investis pour défendre les grandes causes humanitaires et tenter de poser un regard différent, moins misérabiliste que de coutume (cf. un reportage sur l'économie de la débrouille à Dakar entre autres exemples) sur les populations de pays autres que les pays industrialisés. Envoyé spécial a finalement abordé les grands thèmes faisant débat au sein de la société française dans les années 1990. Ceux que l'on met ici en exergue sont loin de constituer une liste exhaustive. Rappelons au passage quelques reportages remarquables sur les nouvelles pratiques urbaines comme les tags, le rap, ou encore sur l'extrémisme politique, avec des reportages sur le Front National et la xénophobie. Avec un positionnement éthique particulier lié un humanisme revendiqué, Paul Nahon, Bernard Benyamin et leur équipe ont régulièrement animé la vie publique française par la mise à jour de problèmes irrésolus ou de thématiques sensibles.

Tableau montrant la progression, de 1990 à 2000,

du nombre de sujets par catégorie dans Envoyé spécial.

Dans ce cadre de réflexion et avec un état d'esprit similaire, les journalistes ont traité de l'écologie politique et de la gestion de l'environnement. Ces thèmes se sont imposés comme des thèmes majeurs du magazine. Nous avons recensé 88 reportages (dont une dizaine sont des rediffusions). Mais, à n'en pas douter, on peut ajouter au moins une dizaine de reportages qui ont pu nous échapper ou pour lesquels l'écologie ou l'environnement ne sont pas la thématique centrale. Le graphique ci-dessus rend compte par année, du nombre de reportages consacrés à des sujets regroupés par catégorie. On remarque d'emblée deux années fastes : 12 reportages en 1992 et 17 reportages en 1997 (une grande partie de ceux-ci ayant été diffusés au cours d'une émission particulière « Alerte à la pollution). Elles correspondent à deux temps forts le Sommet de Rio pour 1992, et l'entrée des Verts au Parlement et au gouvernement après les législatives anticipées de 1997. L'année 1995, correspondant à un temps fort de la vie politique française, l'élection présidentielle, est aussi remarquable.

Si l'on analyse d'une manière globale ce graphique, on note la constance de sujets emblématiques de l'écologie liés à la faune et la flore (les feux de forêt, les ours, les loups et les éléphants), à la perturbation du milieu de vie (les hommes étant touchés autant que les animaux ou les plantes, après une marée noire ou du fait de la proximité d'usines), et enfin au nucléaire (surtout l'arsenal nucléaire civil et militaire anciennement soviétique). Les déchets et la pollution de l'eau, thèmes traditionnels depuis les années 1970, sont aussi régulièrement traités, de même que les technologies nouvelles permettant l'observation des phénomènes naturels ou la limitation des effets nocifs de certaines activités humaines. Dans la catégorie « autres », on a classé les reportages ayant trait aux acteurs de l'environnement, de Greenpeace aux chasseurs, ainsi que les sujets globaux comme les rétrospectives ou des reportages sur le réchauffement climatique. Enfin, il est à noter le traitement nouveau à partir de 1995, d'une pollution assez mal connue jusque là, la pollution de l'air causée par les activités de transport urbain et par l'utilisation de matériaux dans l'espace domestique, aux propriétés inquiétantes.

Dans l'ensemble, au début des années 1990, les reportages correspondent à des piqûres de rappel. Ils sont généralement l'occasion d'une synthèse à l'échelon locale de problèmes liés à la non prise en compte d'un environnement global. Cette tendance perdurera tout au long des années 1990. Mais à partir du milieu des années 1990, et surtout entre 1995 et 1997, Envoyé spécial traite de problèmes nouveaux, anticipant parfois de peu ou s'inscrivant dans des campagnes de presse à propos de sujets comme l'amiante, les OGM. Enfin, après 1997, Envoyé spécial fait un retour sur les enjeux déjà ou trop vite oubliés de l'écologie en intégrant les données nouvelles dont les journalistes disposent désormais. Plus encore qu'à la cohérence, les coordinateurs d'Envoyé spécial sont surtout attaché à la complémentarité, comme outil de lutte contre l'oubli, des informations sur le court et le moyen terme. Après avoir étudié le contenu des reportages plus en détails, nous reviendrons sur ces affirmations qui peuvent apparaître péremptoires pour l'instant.

Voyons donc comment s'articulent les différentes dimensions d'Envoyé spécial en tant que magazine d'information, de société, et enfin de référence du service public ayant pour vocation de traiter l'actualité internationale, lorsque les journalistes décident petit à petit de rendre compte de l'écologie comme sujet digne d'un peu plus de considération de la part des téléspectateurs français.

Chapitre 2 :

L'affirmation de l'écologie

comme thème d'Envoyé spécial.

(1989-1992)

A- Le retour en force de l'écologie dans l'espace public.

En 1990, le public est en attente d'informations à propos de l'écologie. Paul Nahon en donne une explication :

« [...] quand on prend les commandes en 1989, on a 20 ans de terrain derrière nous. On a vu plein de choses dans le monde, les déforestations, on a vu les pluies acides ... Moi j'ai été au Viêtnam pendant très longtemps où j'ai fait des reportages depuis 1973, j'ai vu l'agent orange, lui au Brésil, la déforestation. Donc on avait ça inconsciemment, moi j'ai vu en Afrique, la déforestation avec les énormes troncs des forêts qui se baladaient sur toutes les routes ... »51(*)

Si le public n'a pas fait le même périple que les reporters, il a vu malgré tout les images que ceux-ci ont apportées pour lui pendant une vingtaine d'année. Le public est donc disposé en 1990, à regarder les reportages cités dans le chapitre précédent d'un oeil a priori favorable. Pour le comprendre, un petit retour au début de 1989 s'impose.

a- Un tournant de l'histoire de l'écologie politique en France (1989-1990).

L'année 1989 marque le passage à une étape nouvelle dans l'histoire de la prise en compte de l'écologie comme projet et enjeu politique d'importance nationale. Le 18 juin 1989, neuf membres du parti des Verts français entrent au Parlement européen. Ils représentent, pour la France, le parti qui compte le plus de députés. Cet avènement a surpris les commentateurs de l'époque habitués, jusque là, à ce que les mandats brigués par les écologistes (de tous les partis et toutes les mouvances) aient été strictement locaux (au niveau des communes). Pour certains observateurs, dont Brendan Prendville52(*) et Philippe Roqueplo52(*), le résultat de ces élections n'est pourtant pas tellement surprenant. Notamment si l'on considère l'actualité liée à l'environnement, particulièrement chargée au cours du premier semestre de 1989.

Selon eux, l'élément déclencheur aurait été la sécheresse de 1988, vécue comme une catastrophe naturelle majeure par les habitants des Etats-Unis. Cette catastrophe a amené la revue Time à publier en janvier 1989,  un numéro intitulé Planet of the Year, the endangered planet53(*). Cette publication rencontre un écho amplifié par la presse française, nationale et régionale, qui consacre un nombre croissant articles à ce sujet. A la télévision, La Marche du Siècle, magazine présenté par Jean-Marie Cavada, propose une émission diffusée le 20 février, spécialement consacrée aux questions d'écologie et s'inspirant pour l'essentiel des thématiques développées par le Time : Planète Terre : on est prié de laisser cet endroit aussi propre ...54(*) En rassemblant des « invités prestigieux » dont Emmanuel Leroy-Ladurie, Simone Veil, Brice Lalonde ou encore Hubert Reeves, cette émission fait date et entraîne de nouveaux des commentaires dans la presse.

Sur le plan politique, l'Assemblée Nationale tient le 4 mars 1989 un colloque ayant pour titre « Atmosphère et Climat ». Le 11 mars, un sommet est organisé à la Haye sur la « Protection de l'atmosphère du globe », succédant à celui consacré à la « défense de l'Ozone », s'étant déroulé à Londres, du 5 au 7 mars. Enfin les 12 et 13 juin, le Ministère de la Recherche et de la Technologie organise, en présence du Président de la République, un colloque : « Planète Terre ».55(*) Membre du parti des Verts et devenu en 1988 secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre Michel Rocard, chargé de l'environnement et de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs, Brice Lalonde participe activement à l'organisation de ces diverses réunions. Bien que n'ayant pas les moyens de ses ambitions (le budget consacré à l'environnement est alors dérisoire, 0,06% du budget du gouvernement, inférieur à celui du début des années 1980), il réussit, par un travail institutionnel et grâce à son pragmatisme politique, à contribuer à une prise en compte de l'environnement dans les choix technocratiques. Il créera aussi l'association Génération Ecologie, à laquelle participent des personnalités telles qu'Haroun Tazieff (invité de la « rétrospective écologie » d'Envoyé spécial le 30 décembre 1991).

Les élections européennes confirment donc un regain d'intérêt de la part de l'ensemble des Français pour l'écologie. On peut même penser qu'il reflète les inquiétudes d'une partie croissante de la population. En effet, selon les sondages, au début des années 1990, les Français sont plutôt dubitatifs quant à la capacité des pouvoirs publics à gouverner sur la base de principes écologiques. Des fractions significatives de la population se déclarent même pessimistes à l'égard de l'avenir, tout particulièrement les jeunes de moins de 30 ans56(*). Or on l'a dit précédemment, l'âge médian des reporters travaillant pour Envoyé spécial tourne rapidement autour de 30 ans. Voyons donc en quoi Envoyé spécial devient, au début des années 1990, le reflet d'inquiétudes et le révélateur d'une envie d'agir pour l'environnement.

b- L'écologie, entre humanitaire et cadre de vie (janvier 1990-juin 1990).

Envoyé spécial, 18-01-1990, 20h38, « Soumgaït », commentaire : « un bidonville où vivent les ouvriers, leurs femmes et leurs enfants »

Envoyé spécial, 18-01-1990, 20h40, « Soumgaït », le chimiste énumère les produits toxiques rejetés par les usines qui obstruent dans l'image l'horizon.

Dans son article paru le 15 janvier 1990 dans Le Monde, Laurence Follea attire l'attention de ses lecteurs sur le premier reportage de la première émission d'Envoyé spécial. Gilles Rabbin, auteur de ce reportage, était d'abord parti pour faire un reportage sur le nationalisme en Azerbaïdjan. En effet, en février 1988, la ville de Soumgaït avait défrayé la chronique suite à de graves troubles que l'on avait qualifié alors de « pogrom anti-arménien » organisé par des azerbaïdjanais. Parti pour faire le bilan de la quasi guerre civile qui s'en était suivie, Gilles Rabbin est mis au courant de l'existence d'un « bidonville » à Soumgaït. Il tourne donc un reportage sur des personnes résidant dans des habitations vétustes et asphyxiés par les fumées et rejets d'usines chimiques. Cette impression d'asphyxie est renforcée par l'inventaire, énoncé par le chimiste et relayé par le commentateur du reportage en voix-off, des composés toxiques rejetés par les usines. Le journaliste montre surtout un « cadre de vie » sordide et insalubre (multiplication des prises de vue de cheminées, de tuyaux, de grillages, impression d'emprisonnement et gouttes de pluies visibles sur l'objectif de la caméra). Ce premier reportage traite d'abord de la misère d'un peuple puisque l'accent est mis sur les ouvriers des usines et leurs enfants décrits comme « victimes impuissantes » d'un « développement industriel à tout prix ». La pollution atmosphérique y est finalement abordée comme les écrivains naturalistes du XIXe siècle pouvaient l'aborder lorsqu'ils décrivaient les travailleurs manuels ou les pauvres : ce sont des miasmes qui participent à la détérioration des conditions de vie de quelques uns dont l'impact reste limité. L'accent est finalement mis sur l'ignorance supposée des personnes vivant là et victimes à leur insu (le journaliste ayant donc pour tâche de mobiliser l'énergie de ces opprimés et surtout de mobiliser celle éventuelle de téléspectateurs compatissants).

Envoyé spécial, 22-02-1990, 20h40, « Le nucléaire : danger ? », première image du reportage, l'usine de la Hague apparaît à l'horizon durant tout le reportage.

La deuxième occurrence de notre corpus n'est, elle aussi, pas directement rattachée à l'écologie. Elle s'inscrit même à rebours de la radicalité des grandes manifestations antinucléaires de la fin des années 1970 par le simple fait de poser une question dans le titre du reportage : « Le nucléaire : danger ?». Le reportage traite des conséquences sociales, économiques et accessoirement environnementales liées à l'implantation du site de retraitement de la Hague. Il est en quatrième position d'une émission ayant pour thème général, « le pouvoir en question ». Bernard Benyamin précise, avant la diffusion du reportage, que suite à des manifestations ayant duré plusieurs mois en Bresse, le premier ministre a décidé de geler les études en cours pour l'implantation d'une nouvelle usine de retraitement des déchets nucléaire. Il ajoute que le reportage peut être considéré, pour les interviewés du reportage comme pour le téléspectateur, comme une « thérapie » : « la parole, dit Bernard Benyamin, exorcise encore les démons ». Le reportage s'ouvre sur une longue séquence aux abords puis au sein d'une église, le temps d'une messe. Le journaliste fait le portrait de personnes vivant à proximité de l'usine, employées par elle et s'en accommodant tant bien que mal. Soit qu'il n'ait pas eu l'autorisation, soit qu'il n'ait pas eu la volonté, le journaliste n'entre jamais dans l'usine. On ne la voit donc jamais que comme un élément de horizon, élément étrange dans un décor pittoresque. Le journaliste nous présente des villageois et des paroissiens conscients des risques potentiels, mais aussi de la nécessité (contre l'exode rural) d'une telle installation. Une petite polémique autour d'éventuelles conséquences sur la santé est rapidement résolue par un ethnologue, fin analyste des rumeurs, et par un prêtre dont les dernières paroles constituent la conclusion du reportage : « quand on ne connaît pas un problème, je pense qu'on se tait. » L'évocation de la durée de vie des déchets nucléaires (« pour des siècles et des siècles ») constitue le seul bémol d'un reportage qui fait la part belle au paysage et au caractère typique (ou typé) des intervenants pour qui le site ne suscite pas une forte angoisse.

Le 8 mars 1990, un reportage « Décharges : alerte » est diffusé afin de prévenir les téléspectateurs des problèmes que pose en France la gestion des déchets, ou pour mieux dire sa non gestion ou sa mauvaise gestion. Le titre évoque un sentiment d'urgence. On y voit surtout les riverains des décharges se plaindre et les responsables locaux se décharger de toute responsabilité. Le sujet reste encore très localisé (autour de La Baule) et les revendications s'apparentent plus à des revendications restreintes de type NIMBY (Not in my backyard, pas dans mon jardin) donc pas nécessairement partageables par l'ensemble des Français, mais le ton est déjà plus engagé. Enfin, on annonce le 19 avril, la « journée de la Terre » organisée le 22 avril 1990, lors de la diffusion de deux reportages, l'un sur l'assèchement de la mer d'Aral et l'autre annoncé comme le premier reportage occidental sur les coulisses de Tchernobyl (cette centrale nucléaire ayant pris feu le 26 avril 1986). Dans leur livre paru en 1992, Paul Nahon et Bernard Benyamin font explicitement référence à ces émissions :

« Les nouveaux messages minitel et le courrier reçu après chaque émission montraient que les Français étaient beaucoup plus préoccupés par les problèmes d'environnement. Dès le début, nous avons donc traité des sujets écologiques au sens large du terme. Tchernobyl, la Mer d'Aral, les déchets nucléaires ... et chaque problème recevait une très bonne audience.»57(*)

On observe ici une relecture de l'histoire de leur magazine qui fait l'impasse sur les premiers tâtonnements. Néanmoins cet extrait rend compte de la réceptivité du public et de leur engagement rapide en faveur d'une véritable (ou plus efficace selon les domaines) prise en compte de l'environnement. A force de se mettre du côté des plus faibles et de décrire leurs souffrances, la complaisance attendue laisse rapidement place à une réelle indignation qui ne va pas cesser d'augmenter jusqu'en 1992. Le courrier des téléspectateurs, tel qu'évoqué ici, montre que ce sentiment est partagé par une part de la population française. Envoyé spécial, de vitrine de la misère du monde, fait rapidement du journalisme un instrument de combat contre cette misère. Comment ? Par l'adoption sincère d'une rhétorique militante qui fait de l'écologie à la fois une cause humanitaire et de l'environnement un cadre de vie et un écosystème à protéger.

c- Une réappropriation de la rhétorique militante (avril 1990-décembre 1991).

Paul Nahon le souligne à nouveau dans un entretien réalisé pour la revue Cinémaction en 199758(*) :

Envoyé spécial, 28-06-1990, 21h07, « Massacre à la tronçonneuse » - plan resserré sur un arbre arraché à la pelleteuse.

« Le troisième pilier [après celui d'un regard différent sur l'actualité et la question des droits de l'homme], c'était l'écologie, au sens large, avec pour maxime le respect de la planète (à l'époque ce thème était relativement peu traité à la télévision) et la question qui en découle : quel monde allons nous laisser à nos enfants ? ».

Suite à une enquête parue dans 50 millions de consommateurs, Paul Nahon et Bernard Benyamin envoient Isabelle Staes faire un reportage sur la pollution des nappes phréatiques en Bretagne, région la moins bien classée, selon cette revue, en terme de qualité de l'eau. C'est suite à ce reportage (sur lequel nous reviendrons) et à celui sur les décharges, que Paul Nahon et Bernard Benyamin font un appel aux téléspectateurs pour que ceux-ci leur envoient des propositions de sujets relatifs à l'environnement. En fonction de l'intérêt de la proposition, ils promettent de faire un reportage. C'est ainsi qu'a pu être tourné et monté en quelques semaines (le temps de la diffusion des matchs de la coupe du monde de football 1990) un reportage sur la déforestation liée à l'exploitation d'une carrière à ciel ouvert en région parisienne. Ce reportage remporte un franc succès en terme d'audimat d'après Paul Nahon et Bernard Benyamin. Même s'ils ne renouvellent pas d'appel à témoins similaire concernant l'environnement, cela ne les empêchera pas par la suite, d'être avertis

par les populations et d'étudier les possibilités de

faire un reportage sur tel ou tel

problème.

Envoyé spécial, 28-06-1990, 21h07, « Massacre à la tronçonneuse », mouvement de caméra de la cime des arbres au fond du gouffre.

Le reportage est donc présenté ainsi : « Envoyé spécial pour arrêter ce « Massacre à la tronçonneuse » ». A l'engagement se substitue donc l'action des journalistes sur le réel. Ce à quoi, s'ajoutent quelques positions de bases que Paul Nahon et Bernard Benyamin défendront au moins jusqu'en 1992 : au cours de l'introduction, Bernard Benyamin parle de la « lutte du pot de terre conte le pot de fer ». Cette expression est reprise mot pour mot dans l'introduction du reportage diffusé le 3 janvier 1991, « La bataille du rail », et elle restera en filigrane de nombreux reportages dénonçant le cynisme des autorités, de ceux qui détiennent le pouvoir économique ou politique quel que soit le pays où se situe l'action. A cela, Envoyé spécial oppose la mobilisation spontanée (bien que simulée pour les besoins du reportage) d'une population pour une cause présentée comme légitime (bien qu'elle soit en désaccord avec la légalité puisque le bois en question est la propriété de la société d'exploitation de la carrière). Remarquons l'utilisation de prises de vue d'un particulier, commentées par celui-ci en voix-off, choqué par la violence avec laquelle les arbres ont été arrachés par des tracteurs. La violence de la technique (dynamitages, grosses machines en plans rapprochés, panoramique et vue aérienne sur le trou béant de la carrière que les intervenants associent à un paysage lunaire) est opposée à la beauté de la nature (un naturaliste parle de la diversité de la forêt et l'on a plusieurs gros plans sur des salamandre et des fleurs qui témoignent de la fragilité de cet écosystème). Le caractère froid et

industrieux de ceux qui l'utilisent (le directeur de l'exploitation de la carrière nie Envoyé spécial, 28-06-1990, 21h10, « Massacre à la tronçonneuse », le naturaliste montre au téléspectateur une salamandre et des orchidées, grâce au zoom de la caméra, commentaire : « Ce serait regrettable ».

l'importance de la forêt) contraste avec les scènes de convivialité (on explique ainsi que les réunions à la mairie se

poursuivent chez les particuliers, que des amitiés sont nées et enfin que partis et syndicats de tous bords se sont ralliés à la cause des habitants). Cette dichotomie est encore renforcée par l'utilisation de la musique de fanfare joyeuse et légère extraite de la bande originale d'Amarcord de Fellini associée à l'ambiance festive des mobilisations ; et d'une musique faite de grands accords avec cordes frottées (violoncelles et contrebasses) et percussions (timbales et cymbales) à chaque fois qu'apparaît la carrière. Le reportage se conclue sur les propos tenus par un homme (aux allures de Jean Gabin). Il décrit le changement radical du paysage qu'a entraîné l'implantation de la carrière à ciel ouvert, le changement du microclimat que la déforestation pourrait entraîner. Enfin, il évoque le sort des générations qui le suivront : certes, un reboisement est envisagé mais il faut de 50 à 100 ans pour que les arbres repoussent. Puis un silence de quelques secondes intervient à la fin du reportage avant le retour sur le plateau d'Envoyé spécial. Ce silence est un autre des procédés récurrents d'Envoyé spécial, le temps de permettre au téléspectateur de réfléchir et de « digérer » les propos tenus dans le reportage : nous n'avons pas affaire à un arrêt brutal mais à des points de suspension, avec cette question implicite, mais que va-t-il donc advenir de toutes ces personnes ?

Envoyé spécial, 28-06-1990, 21h05, « Massacre à la tronçonneuse », humour et spontanéité de la mobilisation mis en valeur.

Concernant l'évolution générale du magazine Envoyé spécial, nous pouvons dire que dans un premier temps, le prisme de l'écologie politique permet aux journalistes de mettre à jour des problèmes sociaux ignorés ou presque, parceque négligés par les autorités publiques au cours des années 1980. Ces problèmes résultent de choix de société entérinés par les gouvernements dans les années 1970 au nom d'une idée du progrès technique et d'une conception de la planification des activités économiques qui a pendant longtemps marginalisé la concertation des populations locales, et qui suscitent de nouveau la controverse à partir de 1989. Ces questions sont restées en suspend. Paul Nahon et Bernard Benyamin, nous l'avons vu, s'en rendent rapidement compte et c'est pourquoi, ils décrètent l'état d'urgence. Les titres des reportages suivants en témoignent: «Méditerranée en danger » (11-11-1990), « Défense de tuer » (7-03-1991), « Tchernobyl, le mensonge » (25-04-1991), « SOS Terre » (23-05-1991) ou encore « Cote d'alerte » (5-03-1992).

Envoyé spécial fait encore appel à l'équipe de La France défigurée (magazine télévisé militant diffusé dans les années 1970) pour effectuer un reportage intitulé lui aussi La France défigurée (le reportage annoncé le 28 février ayant été diffusé le 21 mars 1991). Le ton très sarcastique, contrastant avec la pondération plus commune des commentaires de reportages du début des années 1990, a marque un autre tournant dans l'émission, celui de la subjectivité assumée des propos tenus par les journalistes. Jusque là, il s'agissait de présenter les différents acteurs d'une confrontation, victimes, responsables ou observateurs. Certes, on la faisait d'une manière avantageuse, à l'image et dans le commentaire, pour les victimes et les observateurs, mais sans une prise de parti avouée ou préalable. Durant l'année 1991, Paul Nahon et Bernard Benyamin se démarquent donc de leur pudeur ou de ces apparences d'impartialité que l'on prête alors à tord au journaliste de télévision.

Les critiques qui ont été adressées à l'émission, à l'occasion de la diffusion de certains reportages, et l'analyse de la rétrospective de décembre 1991 consacrée à l'écologie permettent de saisir la logique et les conséquences éventuelles d'un tel engagement en faveur de l'écologie politique, et principalement en matière de défense de la nature et des victimes d'un environnement hostile, sur l'opinion publique française.

B- Vers une écologie radicale ?

Nous avons vu que pour servir son propos, Envoyé spécial employait des moyens assez simples. L'émission oppose, de 1990 jusqu'en 1992, de manière presque systématique les partisans d'un respect de l'environnement contre les personnes accusées de l'instrumentaliser au profit d'un groupe d'intérêts restreint.

D'un côté, il y aurait ceux qui habitent à un endroit ou/et qui l'apprécient, ceux qui en sont les bénéficiaire légitimes. De l'autre, il y auraient ceux qui l'utilisent, qui transforment l'environnement, sans que l'on ne sache jamais trop pourquoi (sauf quand il s'agit de dénoncer en sus des bétonneurs et des goudronneurs), et qui feraient de la nécessité économique le paravent (explicite ou implicite) de profits irraisonnés et d'une irresponsabilité (impossible à estimer mais que l'on juge grave de toute façon).

L'usage de tels procédés a amené certains intellectuels et scientifiques à s'élever contre la radicalité du discours médiatique en faveur de l'écologie, dont Envoyé spécial serait à première vue un digne représentant. Mais cette radicalité tient-elle des propos tenus ou de la démarche adoptée pour construire les reportages ? Une analyse du reportage comme espace de confrontation possible entre des points de vue différents, permettra en fin de compte d'expliquer ce qui a porté les reporters à accentuer les antagonismes dans un premier temps et à les rechercher par la suite.

a- Un manifeste radical pour une prise en compte de l'environnement.

La rétrospective consacrée à l'écologie le 30 décembre 1991 est l'une des rares émissions tournées en public et la seule de notre corpus ; ceci nous renseigne sur l'importance conférée à cette émission, bilan de deux années de travail. Paul Nahon et Bernard Benyamin ont demandé à Haroun Tazieff de choisir trois reportages. Nous l'avons déjà signalé mais rappelons-le : Haroun Tazieff, vulcanologue connu du grand public, fait partie de l'association Génération écologie (fondée en 1990). Avant de nous intéresser aux propos qu'il tient sur les reportages, intéressons-nous à la séquence/clip qui intervient au début de l'émission après le sommaire en images de l'émission.

Brusquement, d'un pas rapide, Paul Nahon entre dans le champ par la droite du cadre sur deux coups de percussions électroniques, et se campe devant

un grand écran pour annoncer au téléspectateur : « Voilà pour le sommaire. Nous avons décidé de commencer par la Terre. En effet en 1991, de nouvelles catastrophes écologiques sont venues un peu plus assombrir l'avenir de la Terre. » La caméra le filme désormais en forte contre-plongée renforçant

l'impression que le présentateur sermonne le téléspectateur. Paul Nahon détaille ensuite une quantité de dégradations : espèces de la faune et de la flore en voie de disparition (« la mort d'ici l'an 2000, déjà, de 140 000 espèces végétales et animales »), l'étendue de la déforestation (« chaque minute disparaissent l'équivalent de 5 terrains de football »), etc. Envoyé spécial, 30-12-1991, 21h, « Rétro 1991 : l'Ecologie », une des surimpressions de la séquence/clip au début de l'émission.

Tandis qu'il accumule ce que le téléspectateur peut comprendre comme des accusations, défilent sur l'écran en montage rapide, des plans aériens de forêt et rapprochés d'animaux alternant avec des plans sur les feux de forêt et les nappes de pétrole (tirées des reportages « Exxon Valdez » et « Koweit, l'enfer »), des prises de vue de la mer et du désert (notons ici que le désert n'évoque pas un horizon lointain mais bien la désertification qui peut menacer tout à chacun). A la fin de la séquence, des visages apparaissent dans les panaches de fumées d'usine, visages d'enfants aux regards durs, inspirant la pitié (ceux du reportage « la ville noire ») ainsi que celui d'une mère et de son enfant (peut-être extrait d'un reportage sur Tchernobyl). Paul Nahon conclue la séquence par cette sentence : « C'était un cri d'alarme, car la Terre est en danger ».

Le message de cette séquence semble clair : il est temps pour les hommes (les Français ici étant considérés comme faisant partie d'un tout, l'humanité sur la terre) de se soucier un peu plus de leur environnement afin qu'il ne ressemble pas à l'univers de la grisaille, de la saleté et de la rouille des usines (gardons à l'esprit que les images d'usines vétustes et anciennes sont toutes extraites de reportages sur la pollution causée par les complexes industriels de l'union soviétique). On peut mettre en regard cette séquence avec les propos tenus par Michel Serres dans son livre Le contrat naturel. Ce livre, publié en 1990 et ayant connu un succès polémique, était favorable à une adéquation forte des choix de société avec les contraintes d'une « nature » jusque là méprisée. C'est surtout un livre à charge contre les habitants des pays industrialisés accusés de « détester les enfants »59(*) (puisque les occidentaux en font peu), de « parasites »60(*)(qui condamne à mort celui qu'il pille, au l'occurrence le globe terrestre). Pour lui, les Hommes, « agglutinés » dans les mégalopoles, associés à un « magma humain »61(*), ont perdu tout contact avec la « nature » à force de ne plus l'observer que de loin (les savants, administrateurs et journalistes, seuls encore à s'en soucier, travaillent dans des bureaux et utilisent un langage qui les éloigne de l'objet de leurs soucis). Afin que l'Homme redevienne hôte de la Terre, respectueux de celle-ci, il faut mettre en place un « contrat naturel » basé sur la réciprocité « où notre rapport aux choses laisserait maîtrise et possession pour l'écoute admirative, la contemplation et le respect »62(*).

Toutes choses que la séquence/clip, décrite plus haut, aurait pour but d'instaurer. Paul Nahon et Bernard Benyamin partagent donc avec Michel Serres une même volonté de voir la planète Terre reconsidérée comme un écrin de verdure. Ecrin que l'action des hommes aurait déjà commencé à détériorer et qu'ils pourraient finir par détruire totalement. D'où l'alternance d'images de nature intacte et d'images de nature polluée aboutissant au paroxysme : l'image d'une humanité asphyxiée par la fumée des usines, de ses propres usines. Le regard qu'ils posent sur l'action humaine est certes aussi alarmé que celui de Michel Serres. Cependant les hommes apparaissent plutôt comme des victimes malheureuses (à la responsabilité limitée, pour une majorité d'entre eux) de leur propre aveuglement. Cette séquence, mise en exergue en début de l'émission sans qu'aucune annonce n'ait été faite, revêt une particulière importance pour comprendre le positionnement d'Envoyé spécial. La tâche de ce magazine est bien celle d'« ouvrir les yeux » des téléspectateurs sur les menaces (plus que de les expliquer pour l'instant) qu'ils font apparemment encourir à leur environnement ainsi qu'à leurs enfants.

Après une première rétrospective consacrée aux actions humanitaires et avant celle consacrée à la chute de l'Union Soviétique, la rétrospective sur l'écologie annoncée dans le sommaire est diffusée. Haroun Tazieff a retenu trois reportages : la pollution en mer Méditerranée, les incendies des puits de pétrole au Koweït et l'éruption du Pinatubo, trois reportages desquels on a extrait les images les plus impressionnantes. Ces images sont commentées sur le plateau par Haroun Tazieff. A propos du Koweït, il précise que ce n'est pas une catastrophe d'ampleur mondiale mais bien seulement d'ampleur régionale. A propos du Pinatubo, il note que c'est une catastrophe naturelle et non pas une catastrophe écologique. Il n'y a que la pollution en Méditerranée qui soit vraiment considérée comme ayant trait à l'écologie et surtout « au manque de sens civique de trop de nos Envoyé spécial, 30-12-1991, 21h54, « Rétro 1991 : l'Ecologie », Haroun Tazieff s'entretient avec Paul Nahon et Bernard Benyamin.

concitoyens ». Bernard Benyamin qualifie la rétrospective de « catalogue de l'horreur », Paul Nahon se demande s'il y a encore un espoir pour les générations futures. Haroun Tazieff tempère leur désappointement par un certain relativisme : l'Homme a surmonté bien des malheurs depuis la nuit des temps. Enfin, Haroun Tazieff fait un appel pour la mise en place d'un « super ministère de l'environnement » et en tout cas d'un ministère qui aurait les moyens d'influer résolument sur la politique des autres ministères.

Pour Paul Nahon et Bernard Benyamin, la conception de l'écologie est donc encore assez vague à la fin de 1991. L'écologie correspond d'abord à un ensemble de problèmes qu'il faut résoudre à l'échelle du globe (cf. séquence/clip). Ces problèmes sont liés à des dysfonctionnements de la gestion de l'environnement et à l'action de personnes mal intentionnées ou négligentes (cf. les reportages de la rétrospective). Enfin, cet environnement est envisagé principalement sous l'angle « naturel » (la biosphère), leur conception de l'environnement se rapprochant finalement de celle défendue par les différentes mouvances écologistes de la fin des années 1980.

b- Le traitement des thématiques de l'écologie : sujet de controverses.

Cette manière de prendre position en faveur de l'écologie politique n'est pas pour plaire à tout le monde. Dans leur rapport sur Les représentations de l'environnement à la télévision63(*), Régine Chaniac et Jacqueline Chervin font l'analyse du reportage « Le problème de l'eau : Eau secours » déjà mentionné et diffusé le 10 mai 1990.

Envoyé spécial, 10-05-1990, 20h42, « Eau secours », début du reportage, coloration en rose de l'image avec bruit électronique évoquant l'ébullition, cette coloration permet de montrer à l'écran les nitrates qui sont invisibles dans l'eau.

Elles reprochent au reportage d'être alarmiste : les lieux ne sont pas situés (on pourrait croire que toute la Bretagne est touchée), il y a une accumulation de toutes les catastrophes liées à la pollution de l'eau. Les familles interviewées sont « coincées » dans le rôle de victimes et le registre de la plainte. Les solutions ne sont pas envisagées ou alors avec soupçons (les solutions existent suivies d'un MAIS « mais cela coûte cher », « mais il faut attendre longtemps »). L'essentiel est de montrer la pollution et ses ravages. Les personnes âgées interrogées rappellent les dangers du progrès et un pêcheur nostalgique parle de l'eau comme d'un symbole oublié de la pureté. Cette série de plainte est confortée par un médecin qui énonce les maladies liées à la consommation d'une eau polluée. Régine Chaniac et Jacqueline Chervin ironisent encore sur le sort et le rôle des agriculteurs « car être pollueur, c'est pas drôle. En plus la pollution les gêne aussi » Puis l'on revient sur les catastrophes : un stock d'eau de source contaminé, les égouts se déversant dans la rivière et le nombre de poissons qui diminue dans les rivières. Régine Chaniac et Jacqueline Chervin épinglent ici une certaine naïveté des propos ainsi que la répartition des rôles jugée caricaturale (d'un côté des agriculteurs confus, de l'autre des consommateurs dépités et entre les deux des personnes âgées indifférentes ou ignorantes). L'approche d'Envoyé spécial apparaît comme simpliste et généraliste, avec en sus une tendance à l'accumulation qui dessert l'intelligence du propos. L'apparente empathie du reporter pour son sujet révèlerait un manque de recul propre à affoler les personnes les plus crédules ou les moins méfiantes.

Envoyé spécial, 10-05-1990, 20h50, « Eau secours », après avoir vu la mère enceinte cuisiner avec de l'eau en bouteille, le père interrogé dans le jardin indique qu'il ne paiera pas la totalité de la facture puisque la famille ne peut se servir librement de l'eau courante.

L'accumulation n'est cependant pas seulement un moyen de garder l'attention en faisant peur au téléspectateur, elle permet aussi un inventaire plutôt exhaustif de tous les maux que la pollution de l'eau peut entraîner dans une région. Si aucune situation géographique n'est mentionnée, les journalistes ne plongent pas totalement le téléspectateur dans la confusion : plusieurs fois au cours du reportage, sont mentionnés les taux de nitrate acceptables ou dangereux afin que le téléspectateur puisse les mémoriser et vérifier à son tour si son eau est potable ou non. Bernard Benyamin parle d'ailleurs en introduction du reportage, d'une « prise de conscience nationale ». Rappelons enfin que ce commentaire, ou plutôt cette critique, a été rédigé en 1995 après que des mesures aient été prises en la matière. Or en 1990, si des rapports d'expert existent, le problème n'est pas encore ou assez mal connu. On peut penser qu'Isabelle Staes découvre sur place, de même que le téléspectateur devant son écran, l'ampleur des implications d'une telle pollution. Régine Chaniac et Jacqueline Chervin l'expliquent, par ailleurs, dans leur rapport63(*) : on est passé durant les années 1980, d'une représentation dans les médias d'une pollution de l'eau qui affecte la faune et la flore des rivière à une pollution qui affecte les nappes phréatiques. Ainsi ce reportage correspond d'abord à un état des lieux (forcément négatif) et à un exercice de prévention (généralement inquiétant) sur les risques et les conséquences de la pollution de l'eau.

En 1992, Envoyé spécial est encore vivement critiqué pour le simplisme des propos tenus ainsi que, à la différence de la critique précédente, pour son esprit partisan et foncièrement proche des écologistes. Le reportage en cause est celui d'Yves Boisset, « Danse avec les ours », réalisé durant les mois d'août et septembre, et diffusé le 22 octobre 1992. Marianne Bernard, auteur de Génération démagogie64(*), ayant suivi de près, en tant que journaliste, les négociations concernant l'aménagement d'espaces pour les ours dans les Pyrénées, nous renseigne sur l'indignation d'une partie des pyrénéens qui se sont sentis caricaturés dans le reportage. Suite à la diffusion du reportage, André Labarrère (PS), François Bayrou (UDF) et Michel Inchanspé (RPR) écrivent, au CSA et à l'attention d'Hervé Bouygues, une lettre d'indignation invoquant un droit de réponse.

Envoyé spécial, 22-10-1992, 21h22, « Danse avec les ours », un des intervenants les plus présents et les plus mouvementés : «Les écolo, ce sont ceux qui taillent leur haie, peignent leur maison, et font de cette région, une région accueillante, c'est ça les écolo, pas ceux qui viennent semer des seringues dans leurs réunions ! »

 

Le titre du reportage rappelle déjà celui d'un autre film à succès, Danse avec les loups, traitant des rapports conflictuels entre une armée et des indiens en Amérique du Nord. Yves Boisset parle, quant à lui, d'une  « ambiance de western » pour qualifier les relations qu'entretiennent les différents intervenants. L'alternance des plans renforce en effet l'opposition entre écologistes et naturalistes d'un côté, élus et responsables de l'aménagement du territoire de l'autre. Les habitants (âgés pour la plupart et aux accents locaux) sont départagés entre les deux camps. Pour Marianne Bernard, le reportage d'Yves Boisset s'apparente à un pamphlet contre les élus et contre les journalistes locaux. Pour réaliser son reportage, Yves Boisset s'est fait accompagné par Marc-André Rendu, tenant de la rubrique « environnement » au journal Le Monde. Or, le 11 août et le 27 août 1992, ce journaliste écrit deux articles : l'un (« Guérilla dans les Pyrénées ») écourtant et interprétant les propos d'un élu désappointé, Jean Lasalle (Président du Parc National et membre du Comité intervalléen de négociation concernant la présence de l'ours dans les Pyrénées) ; et l'autre relançant une polémique à propos de l'amélioration, nécessaire ou non, des infrastructures routières en vallée d'Aspe. Marianne Bernard aurait préféré qu'Yves Boisset choisisse un journaliste de la région (d'un quotidien ou de la rédaction de France 3) et accuse Envoyé spécial de parisianisme (« Peut-on faire confiance aux journalistes de province ? Voilà une question bien parisienne. ») Au final, Yves Boisset se serait laissé berner ou emporter par l'envie de faire un reportage avec des personnages aux positions bien tranchées.

Envoyé spécial, 22-10-1992, 21h31, « Danse avec les ours », Le maire explique qu'ils n'auraient pas du laisser l'ours « vaquer autour de leur village » et qu'il aurait du « aller le descendre ». Suit une image d'ours, puis l'image d'une ancienne batture.

Marianne Bernard considère que c'est aussi un manifeste « poétique » à la gloire des ours dans la droite ligne du film à succès de Jean-Jacques Annaud, L'ours (1988). Elle reconnaît qu'Yves Boisset réussit à faire des Pyrénées « un décor de rêve » (ainsi que le dit Bernard Benyamin en introduction du reportage). Elle lui reproche cependant, d'avoir utilisé les images d'ours d'Europe centrale, extraites, sans que cela soit précisé, de la « La montagne des ours », un film produit par la Maison de Valérie. Il aurait été préférable, précise-t-elle, qu'il utilise les images des archives de la rédaction locale de France 3. De plus, la Maison de Valérie est une entreprise privée commercialisant des produits de jardinage et de bien être, défendant la cause des ours, par l'intermédiaire d'une association qu'elle contrôle, pour des raisons de marketing. Marianne Bernard accuse donc Yves Boisset de servir, plus ou moins directement, les intérêts de la Maison de Valérie alors en conflit ouvert avec les municipalités de plus en plus méfiantes quant à la finalité des actions de cette entreprise et de son association.

Le reportage d'Yves Boisset brille aussi par la quasi absence de commentaires. Il laisse les personnes parler et donne l'impression, par le montage, qu'elles se répondent. Les interventions ont systématiquement pour contrepoint une image qui renforce ou dément leurs propos. Marianne Bernard parle d'un « découpage et d'un montage d'une subtilité machiavélique » qu'elle décrit ainsi :

« La fracture de la société est incarnée par des individus pro tunnel aux accents primaires, parfois fachos, inconscients du massacre qui se prépare ... s'opposant à l'intelligence bien pensante, raisonnée, au langage mesuré et châtié. [...] Avec en alternance, l'image d'une maman ours attendrissante avec ses deux oursons ... contre l'image insupportable de violence de la montagne explosée à coups de dynamite. [...] Le réalisateur a glissé des photos de battues de l'ours avec fac-similé d'articles de presse annonçant la mise à mort du plantigrade. Rien n'indique que ces faits datent des années 1950 ou que ces documents sont aussi tirés du film de la Maison de Valérie. Chacun peut croire que l'on tue encore les ours de nos jours...  »65(*)

Envoyé spécial, 22-10-1992, 21h43, « Danse avec les ours », Commentaire sur la 1ère image  : « Pourquoi l'Europe de Maastricht voudrait-elle construire une autoroute dans une si belle vallée ?» Suit l'image du chantier d'élargissement de la route départementale (trop étroite et dangereuse). Puis un écologiste, explique qu'il y aurait des rumeurs de transport de produits toxiques.

L'émotion est portée à son comble lors de l'annonce, en guise de conclusion du reportage, d'un projet d'autoroute et de déchetterie industrielle. Ce projet est pourtant formellement démenti dans le Journal Officiel des Communautés Européennes, le 24 septembre 1992. Diffusé après le référendum du 20 septembre sur le Traité de Maastricht, ce reportage donne une image peu reluisante de l'Europe et de ses intentions. Ensuite, les négociations en cours, avec Brice Lalonde, ministre de l'Environnement, se trouvent contrariées par la diffusion d'un tel reportage. En effet, l'opinion publique est relativement favorable au maintien de l'ours dans les pyrénées. Le reportage renforce donc la pression médiatique sur les négociations ainsi que les tensions entre les participants de celles-ci.

Les écologistes, enfin, sont représentés comme des personnes sympathiques (on les voit chanter, marcher pieds nus, l'un d'eux tient un petit hôtel pour les randonneurs) et rêveuses (interrogée devant une cascade, une écologiste parle du côté mystique de l'ours sur fond de musique de flûte de pan). Ce sont aussi des héros et le reportage conte leurs exploits (l'un s'est couché devant une pelleteuse, d'autres ont investi le chantier pour empêcher les artificiers de dynamiter la montagne, enfin une partie de l'hôtel tenu par un écologiste a été le théâtre d'un incendie criminel). Ce reportage correspond, pour ce qui concerne les sujets tournés en France entre 1990 et 1992, le point d'orgue d'un positionnement d'Envoyé spécial en faveur des mouvements écologistes.

c- Le reportage : espace et outil de confrontation.

Jean-Louis Peytevin écrit, en 1992, que parler d'écologie est la chose la mieux partagée au monde. Tout à chacun dès lors qu'il est électeur ou consommateur peut prétendre être spécialiste et parler infiniment des problèmes de l'environnement. Selon lui, l'écologie s'adresse à tous et peut prendre en considération l'avis de chacun. Ce serait dès lors une formidable machine à consensus66(*). En présentant les problèmes qui affectent l'environnement comme un fléau de type mondial comparable à la guerre ou la maladie, la rétrospective « écologie » d'Envoyé spécial, de décembre 1991, irait en ce sens. La perception écologiste de problèmes particuliers affectant l'environnement de quelques un, est déjà plus sujette à controverses. Les reportages de cette période auraient même tendance à rendre compte, surtout à partir de 1991, de conflits ouverts, parfois violents, à propos de la préservation d'une forêt ou d'une espèce animale, de la gestion des ressources en eaux ou des déchets dans une région ou une ville.

Aussi sommes-nous amenés à penser que c'est justement, parce que le consensus est difficile à trouver, que les reportages sont tournés et diffusés. Jean-Louis Peytevin le confirme d'ailleurs en remarquant que « longtemps confiné dans un petit monde de militants sympathiques, un immense discours est en train de se structurer »67(*). Envoyé spécial contribue, d'une part, à la structuration de ce discours en confrontant le téléspectateur avec les propos de personnes impliquées dans ou des situations relatives à la prise en compte et à la gestion de l'environnement. D'autre part, du fait de choix dans le montage des reportages, Envoyé spécial réfute souvent les arguments des uns (responsables politiques ou économiques) et valide l'argumentation des autres (en l'occurrence, les écologistes et les « victimes » des dommages causés à l'environnement). Envoyé spécial se pose donc à la fois en observateur et arbitre d'un espace public en construction concernant les questions environnementales.

En 1974, dans un rapport pour le Conseil de l'Europe sur « Le rôle de la télévision dans la participation des citoyens à la planification et à l'aménagement de leur environnement », Manfred Eisenbeis note que les citoyens sont confrontés, dans leur quotidien, à des évolutions technologiques et économiques de portée mondiale, ainsi qu'aux décisions erronées des autorités et institutions compétentes68(*). Selon lui, l'idéal serait qu'il puissent participer à l'élaboration des lois et mesures les concernant, cependant il y a des limites et des obstacles à cette participation. Les situations et les objectifs de départ sont différents selon les citoyens (un maire, un agriculteur, une femme jeune ou un retraité n'ont pas la même façon de considérer l'environnement). D'où la difficulté pour un journaliste d'adopter un point de vue ou une manière de concevoir le reportage qui respecte la disparité du positionnement des acteurs sur le terrain. Les citoyens sont ensuite insuffisamment informés. On a pu s'en rendre compte par les interventions d'individus lambda, limitées souvent à l'emportement ou l'impuissance, dans les reportages. Mais il faut ici se méfier. Le journaliste peut choisir de ne sélectionner que des individus ignorants afin que le propos de son reportage puisse être justifié (pour le téléspectateur autant que pour les coordinateurs du magazine). Quoiqu'il en soit, Manfred Eisenbeis prévoit déjà en 1974 que « l'effort porterait principalement sur les émissions à caractère informatif. » et insiste sur la nécessité de « montrer la participation des citoyens à la planification, à la création et à la conservation de leur environnement. » 69(*)

Pour la période 1990-1992, le principal reportage traitant de cette problématique est diffusé le 14 février 1994 et a pour titre la « bataille du rail ». Il est tourné à la veille de la fixation du tracé définitif de la ligne de train à grande vitesse reliant Paris à Lyon. Dans l'introduction du reportage, il est question de l'arbitrage entre intérêt particuliers et intérêt général. Une séquence du reportage est consacrée aux séances de répétition d'un spectacle monté par les futurs riverains de la ligne de chemin de fer. Leur but est de parodier la prise de décision, l'un d'eux dit : « on ne peut pas être en permanence des machines à voter et dire : tiens, gérez pour nous ». Un autre ajoute : « nous n'avons jamais accepté que les autres décident pour nous même ». A la fin du reportage, le ministre des transports, Louis Besson  intervient sur le plateau : il indique avoir essayé de choisir « le trajet le plus court » afin qu'il y ait « le moins de gênés ». Il comprend le désarroi de certaines personnes mais rappelle que « 23 millions de passagers, c'est 18% de moins pour les avions et 15% de moins sur les autoroutes ». Enfin de compte, il précise que « des améliorations sont encore possibles » mais qu'il est « contre une opposition stérile ». Envoyé spécial va donc s'affirmer durant les années 1990, comme le révélateur en même temps que le moteur de formes nouvelles de communication et de médiation. Jusqu'à ce qu'en 1997, une commission nationale du débat public soit mise en place afin de mener, avec plus d'aisance, la concertation des populations concernées par l'aménagement du territoire ou la mise en valeur de composantes de leur environnement.

Nous devons à présent nuancer l'idée qu'Envoyé spécial se soit engagé pour la défense d'une vision radicale de l'écologie ou même que le magazine se soit engagé, pour défendre l'écologie politique. En fait, Envoyé spécial s'est réapproprié la rhétorique militante des écologistes, non pour des raisons nécessairement idéologiques, mais plus simplement pour réussir à traiter de thèmes ou de problèmes liés à l'environnement. En effet, les écologistes sont les seuls, jusqu'au début des années 1990, à proposer une approche cohérente de l'environnement et véritablement différente de l'approche, désapprouvée, de la gestion du territoire par les industriels et les membres de la haute administration. Ceux-ci sont plusieurs fois stigmatisés comme irresponsables ou corrompus dans les reportages de cette période (cf. « Massacre à la tronçonneuse », « La France défigurée », « Montchanin, la décharge du diable »). Autrement dit, au tout début des années 1990, le panel des modèles en matière de communication environnementale paraît encore assez restreint. D'un côté, on justifierait un progrès technique, une industrialisation et l'essor d'une logique économique sans bornes. De l'autre, on devrait récuser tout cela au profit d'une harmonie de l'homme avec la nature, son environnement, la Terre.

En choisissant le deuxième camp, Envoyé spécial se fait donc bien l'instrument d'une promotion, plus ou moins volontaire, de l'écologie politique. Mais dans les faits, le magazine ne fait que traiter de thèmes liés à l'environnement à la manière des écologistes sans nécessairement partager toutes leurs convictions. Il est ainsi plusieurs fois question de la querelle entre les anciens et les modernes (littéralement en introduction des reportages « Le nucléaire : danger ? » et « La bataille du rail », et en filigrane d'autres reportages) sans que la question soit tranchée. Et pour cause, l'enjeu de la période suivante 1992-1995 sera justement de réussir à se départir d'une rhétorique pro écologiste (élaborée à la fin des années 1970) sans pour autant négliger les thèmes de l'environnement. Cet enjeu est déjà en germe au cours de la période 1990-1992, car cette période correspond à l'arrivée de nouveau acteurs dans l'espace public concernant l'environnement. Ces acteurs ont des objectifs différents de ceux défendus par les écologistes  et/ou véhiculés par les médias dont Envoyé spécial: ce sont les hommes et femmes politiques en tant que décideurs et les scientifiques en tant qu'experts au service de ces derniers.

Deuxième partie :

Une redéfinition des priorités

de l'écologie au sein

d'Envoyé spécial.

(1992-1997)

Chapitre 3 :

Vers une conception plus

tempérée de l'écologie ?

(1993-1996)

Lorsque le magazine scientifique E=M6 devient, pour quelques numéros, une émission d'une heure et demie diffusée le dimanche soir en « prime time », la première émission, diffusée en juillet 1992, a pour titre « Mauvais temps sur la planète »70(*). E=M6, redevenue une émission hebdomadaire programmée le dimanche soir, traitera de manière récurrente, de même qu'Envoyé spécial, de sujets liés à l'environnement. Le magazine C'est pas sorcier consacrera aussi plusieurs de ses émissions à cette thématique. Suivront ensuite, des émissions spécifiques comme Gaïa sur la Cinquième et Ecolo 6, Elément Terre sur M6 (7minutes par semaine). Au cours de la période 1993-1996, l'environnement n'est plus considéré comme l'objet d'un engouement passager. Du fait d'une multiplicité de programmes le traitant d'une manière plus ou moins spécifique, l'environnement, tel qu'Envoyé spécial le conçoit, évolue. Cette conception évolue aussi du fait d'autres facteurs que nous allons détailler dans les deux prochains chapitres.

A- La remise en question des convictions

écologistes véhiculées par Envoyé spécial.

Durant les années 1993 et 1994, le ton des reportages se fait moins virulent. Le nombre de reportages consacrés à des thèmes environnementaux diminue sensiblement (cf. graphique p. 25). Et suite à la Conférence de Rio (juin 1992), les thèmes liés à l'écologie sont plutôt abordés dans le cadre international. Pourquoi ? La réponse n'est pas aussi évidente que l'on pourrait le croire.

a- L'environnement, désormais sujet de préoccupation sociale et politique.

De 1989 à 1994, un effort de législation est produit dans le domaine de l'environnement. Une loi sur les déchets est adoptée en 1992, avec pour objectif, la fermeture des décharges sauvages, la mise aux normes des décharges publiques et l'introduction du tri sélectif d'ici l'an 2000. Une loi sur le bruit est adoptée le 31 décembre 1992. Enfin, une loi très discutée sur la mise en valeur et la protection des paysages est rédigée en 1992 et adoptée le 8 janvier 1993. Cette dernière loi est particulièrement importante car elle normalise plusieurs problématiques liées à la gestion de l'environnement : l'impact visuel de toute infrastructure, la consultation des populations, les liens entre Etat et collectivités locales. Un immeuble, une chaumière, une usine, un jardin sont désormais autant de composantes du paysage. A la logique de préservation et de sanctuarisation de quelques sites remarquable, se substitue une logique de l'urbanisation applicable à l'environnement quotidien de l'ensemble des Français71(*). Qu'elles concernent le bruit, les déchets ou le paysage, ces lois ne correspondent donc plus à une prise en compte plus ou moins vague de l'environnement. Elles sont une réponse précise à des attentes qu'Envoyé spécial a relayées durant la période 1990-1992.

L'évolution de la représentation du traitement des déchets en est un bel exemple. Au cours du premier reportage sur les décharges, diffusé le 8 mars 1990 dans Envoyé spécial, le Maire de Campbon (près de La Baule) déplore l' « impuissance des communes et la négligence de chacun». Suit une séquence décrivant la décharge aménagée de la ville de Nantes. La gestion des déchets semble dépendre du bon vouloir de chacun. Le reportage du 28 mai 1992, « Que faire de nos poubelles ?», rend compte d'autres solutions dont le tri sélectif en Allemagne alors que la loi sur les déchets est discutée au Parlement. Anne Pousinet, auteur du reportage, ne déplore plus le manque de moyens mais la faible prise de conscience des Français. Le 20 octobre 1994, enfin, est diffusé un reportage intitulé « On achève bien les autos », sur les efforts des constructeurs pour améliorer la traçabilité des matériaux employés en vue du recyclage des épaves automobiles et de la récupération des éléments d'occasion. La mise en place de nouvelles lois, la définition de nouveaux domaines de compétences et l'introduction de moyens nouveaux pour endiguer les problèmes liés à l'environnement, incite donc les journalistes d'Envoyé spécial à faire évoluer leur propos et à se focaliser moins sur la mise en exergue des problèmes. La France n'est plus par conséquent, l'objet de tous les tourments : ce qui explique la rareté des sujets la concernant jusqu'en 1995.

Sur le plan international, les représentants de 168 pays se rassemblent à Rio pour le très médiatisé « Sommet de la Terre ». La biodiversité, les changements climatiques et la protection des forêts sont les principaux points abordés. A cette occasion est introduite la notion de « développement durable », essai de traduction juridique du souci constant dont Envoyé spécial se fait l'écho depuis 1990 : à savoir le sort réservé aux générations futures. Un article paru dans Le Monde du 24 mai 1994, rend compte, enfin, du paradoxe principal dont vont être affectées les mouvances écologistes :

« Le sommet de la Terre a pu apparaître comme une victoire des mouvements écologistes En réalité, ce fut tout le contraire. Certes, les associations y ont tenu forum sur la plage. Mais les choses sérieuses se passaient ailleurs, comme si l'on assistait à une confiscation de l'écologie par les diplomates, les industriels, et les scientifiques. En publiant, leur appel de Heidelberg à la veille du sommet, les scientifiques avaient clairement indiqué que l'écologie était une chose trop sérieuse pour être laissée aux écologistes déchirés entre doux rêveurs et dangereux gêneurs. En finançant l'organisation du sommet ainsi que ses multiples expositions et manifestations, les industriels avaient à leur manière rappelé qu'il n'y a pas de politique environnementale possible sans leur collaboration. Quant aux diplomates et aux politiques, ils ont finalement parvenus à tirer toute la couverture à eux en se présentant comme les premiers défenseurs de la planète. »

b- Les déboires du mouvement écologiste en France :

L'écologie, au sens où on l'entendait, comme politique de défense de la Nature, n'est donc plus seulement l'affaire des écologistes. Ces derniers tentent, par ailleurs, en France, de se défaire de cette image qu'ils trouvent trop réductrice. En effet, au sein même du parti des Verts, ceux qui, à sa tête, défendaient un strict point de vue naturaliste comme Antoine Waechter (qui fondera en 1994, Le Mouvement écologiste indépendant), sont remplacés par d'autres désireux d'intégrer résolument la dimension sociale de l'écologie, dimension présente dès l'origine mais jusque là assez négligée. Dominique Voynet, successivement porte-parole des Verts en 1992, puis secrétaire général des Verts européens au Parlement européen avant d'être la candidate du parti des Verts, en 1995, pour l'élection présidentielle, s'attache à évacuer les concepts de « nature » et autres du même acabit afin de rapprocher le parti des écologistes des mouvement alternatifs de gauche72(*). Le projet écologiste évolue résolument vers une corrélation entre justice sociale, pacifisme et gestion de l'environnement. Cherchant non plus seulement à faire pression mais à proposer un véritable projet politique, le discours des écologiste, de libérateur qu'il avait pu être à l'origine, devient peu à peu normatif, voire d'après certains observateurs, autoritaire.73(*)

Cela s'explique aussi par le fait que la France se dote d'un arsenal juridique en matière d'environnement. Ce qui ne manque pas d'éveiller l'intérêt des intellectuels et en particulier de ceux travaillant dans le domaine de la philosophie politique à partir de 1992. Luc Ferry et Dominique Bourg sont de ceux-là. Ils ne nient pas l'importance d'une prise en compte de l'environnement en rapport avec les nouvelles attentes de la population. Ils demandent juste aux gouvernants et aux médias de rester vigilants. Pour les premiers, il importe de ne pas céder à l'affolement, pour les seconds, il s'agit de ne pas le susciter, afin que la discussion et l'application des lois sur l'environnement se fassent selon des règles démocratiques. Tous deux craignent que ne s'impose une tendance à l' « écologie profonde », « deep ecology » encore appelée « écologie radicale » qui concevrait la Nature comme supérieure ou égale à l'Homme. Selon, Dominique Bourg, la Nature ne peut ni ne doit être une instance normative. Il s'oppose à l'idée de toute instauration d'un « contrat naturel ». Pour lui, c'est de la tension entre responsabilité vis à vis d'un bien commun et liberté individuelles que naît la défense des intérêts propres à la Nature. Ces intérêts de s'imposent donc pas a priori mais bien a posteriori d'un débat démocratique74(*).

Analysant les évolutions récentes de la mouvance écologiste française, Luc Ferry estime en 1992, que :

«Sur le plan intellectuel, philosophique même, seule la `deep ecology' peut prétendre à une vision politique globale - mais il lui faut pour cela revêtir les oripeaux du romantisme néo-conservateur ou néo-gauchiste. Si l'écologie veut échapper à ces archaïsmes dérisoires et dangereux, si elle accepte de se dire réformiste, elle devra reconnaître qu'elle est un groupe de pression exprimant une sensibilité qui pour être partagée par l'immense majorité n'a pas à elle seule vocation au pouvoir ? (...) Politique, l'écologie ne sera pas démocratique ; démocratique, il lui faudra renoncer au mirage de la grande politique. »75(*)  

Cette citation nous renseigne, d'abord, sur la défiance à l'égard des écologistes qui gagne une partie des Français après l'engouement qu'ils avaient pu susciter jusqu'en 1992. Cette citation permet de comprendre aussi l'importance pour une chaîne de télévision du service publique, et a fortiori pour un magazine du type d'Envoyé spécial d'essayer de relayer auprès des téléspectateurs, également citoyens, la confrontation des points de vue concernant des points précis de l'environnement. L'enjeu est ici le suivant : comment participer à la démocratisation des prises de décision en matière environnementale ? Et en particulier, comment informer les citoyens des problématique, soulevées par l'adoption de mesures visant à protéger ou mettre en valeur leur environnement, autres que celles rattachées directement à l'harmonie entre les hommes et leur environnement naturel ?

c- « Les commandos de l'écologie », une autocritique déguisée.

Le 24 mai 1994, l'article du journal Le Monde cité précédemment relate ce paradoxe : en France, si les thèses écologistes sont populaires, ceux qui les défendent le sont moins. Les témoignages des éco-conseillers au niveau local, recueillis par Florence Rudolf, l'attestent. Ceux que l'on qualifie péjorativement d'« écolos » sont perçus comme « peu crédibles », « ridicules », voire « extrêmes. »76(*). Il n'est donc pas étonnant que les écologistes n'arrivent à convaincre et à ne rassembler qu'un peu plus d'un million d'électeurs (3,32 % des suffrages exprimés77(*)), ce qui constitue le deuxième plus mauvais résultat au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. Ce score déçoit beaucoup les écologistes qui avaient soutenus Dominique Voynet78(*) et conforte ceux pour qui l'écologie politique ne peut constituer un projet fiable. Envoyé spécial diffuse, le 7 septembre de la même année, le seul reportage du corpus consacré entièrement à un mouvement écologiste, et en l'occurrence à l'association Greenpeace. Intitulé « Les commandos de l'écologie », ce reportage a été réalisé par Jean-Marie Hosatte pour le compte de la maison de production CAPA. Il a nécessité 8 mois de tournage pour une durée de 50 minutes alors que, d'une manière générale, les reportages diffusés par Envoyé spécial durent de 25 à 35 minutes. C'est donc un document remarquable tant par sa forme que par son contenu.

Envoyé spécial, 07-09-1995, 22h07, « Les commandos de l'écologie ». 1- Ancien directeur de Greenpeace France : « Ils ne peuvent pas faire dans la dentelle, ils en sont réduits à un discours de propagande ». 2- Ancien directeur de Greenpeace Hollande pense avoir plus agi pour faire de la publicité à Greenpeace que pour l'environnent. 3- Commentaire : « Greenpeace a des donateurs, elle n'a pas d'adhérents »

Le reportage relaie, en fait, à l'écran les travaux de sociologues ayant étudié le milieu de l'écologie. Leurs études ont permis de se rendre compte que derrière la proclamation de l'état d'urgence écologique (cf. les déclarations du « Sommet de la Terre » à Rio), existent les intérêts sociaux d'associations se professionnalisant, en quête de légitimité et de reconnaissance.79(*) Parmi elles, l'une des plus influentes sur les scènes nationales et sur la scène internationale : Greenpeace. Cette association est connue alors pour ses opérations musclées qu'elle a menées contre les tankers, les baleiniers, les chasseurs de phoques, etc. Elle est aussi connue en France depuis que les services secrets français ont, en 1985, coulé deux de ses bateaux à Auckland (Nouvelle Zélande) en tuant un membre de l'équipage du Rainbow Warrior. Greenpeace s'était opposée aux essais nucléaires français dans les îles de l'océan Pacifique. Cet « accident » n'avait pas suscité de compassion car les Français estimaient que l'action de l'association s'opposait aux intérêts de leur pays en matière de défense nationale. Le nombre d'adhérents avait chuté en 1986, obligeant l'association à fermer ses locaux de 1987 à 1990.80(*)

Ce reportage s'inscrit donc dans la veine de la défiance à l'égard des mouvements écologistes que l'on juge excessifs. Ce ne sont pourtant pas tant les actions, que le journaliste qualifie de courageuses, qui sont reprochées aux militants. C'est plutôt la conception du monde que les dirigeants de l'association véhiculent : à savoir un monde effrayant peuplé de mensonges. Cette idée est reformulée de différentes manières au cours du reportage. Même si le commentaire en voix-off disqualifie les images et tente d'en montrer le côté racoleur, cela n'empêche pas le journaliste de commencer son reportage avec un montage des séquences les plus spectaculaires, tournées par les militants au cours de leurs actions. Cela permet à la foi de tenir en éveil le téléspectateur et de rappeler l'historique des combats de

Greenpeace contre les tankers, pour les bébés phoques, contre les baleiniers ou encore contre les rejets polluants d'usines chimiques. Les images défilent à l'écran sur une musique de rock du début des années 1980, scandant le mot « fire » (feu) à plusieurs reprises.

Envoyé spécial, 07-09-1995, 22h08, « Les commandos de l'écologie ». 1 - Prise de vue de la réunion / commentaire : « Impossible de filmer la réunion. Là s'arrête la transparence. Il ne faut que les adhérents voient les luttes de pouvoir entre défenseurs de la planète » 2 - Commentaire : «  le tout puissant directeur de la communication ».

On insiste par la suite et à plusieurs reprises que le but de l'association est constamment d'effrayer les donateurs potentiels afin qu'ils soient plus généreux. Un intervenant évoque l'idée qu'il faut que les donateurs en aient pour leur argent, en voyant jusqu'où peut aller Greenpeace. Il est dit, au milieu du reportage, qu'en vertu d'un « principe de précaution », récemment introduit et défini en France, « le moindre doute vaut condamnation » pour Greenpeace. Interrogé à propos de ce reportage, Bernard Benyamin explique que :

« [...] il y avait une dérive à l'époque [...], ce qu'on a appelé les « écolo fachos ». Sous prétexte qu'il y avait un certain nombre de problèmes de l'environnement, on appliquait les méthodes les pires, parfois assez fascistes, d'où les « écolo fachos », qu'il fallait dénoncer. Et on a été les premiers à dénoncer ce qui n'allait pas mais sans pour autant mettre en péril la vie d'autres personnes ou à utiliser des méthodes extrêmement violentes. »81(*)

Envoyé spécial, 07-09-1995, 22h22,

« Les commandos de l'écologie ».

Une mise en images du travail de journalistes. Champ sur l'action des militants de Greenpeace devant le siège de l'Organisation des Nations Unies à New York. Contre-champ sur les journalistes reconnaissables à leurs appareils photographiques et à leurs caméras.

Le reportage compare ensuite l'organisation de Greenpeace à une organisation sectaire. Ses dirigeants sont décrits comme des lobbyistes confirmés et adeptes d'une discrétion coupable (jugée contraire à la transparence démocratique). Leur discours se résumerait à une propagande, à des slogans réducteurs. D'après le reportage, un bon militant de Greenpeace doit savoir se fondre dans la masse de l'association, afin qu'aucune personnalité trop forte ne perturbe son fonctionnement et son message. De nombreux détracteurs de Greenpeace sont interrogés : entre autres, au début, un ancien directeur de Greenpeace France démis de ses fonctions récemment, suite à son désaccord avec les stratégies de Greenpeace ; vers la fin, un membre fondateur de Greenpeace qui qualifie l'association de « monstre qui a échappé à son créateur ». On apprend, de la bouche de l'ancien ministre de l'environnement, Brice Lalonde, que l'argumentaire officiel de la France contre les baleiniers a été rédigé par Greenpeace.

Au final, le journaliste reconnaît à demi-mot les résultats positifs de l'action de Greenpeace pour l'environnement. Il dénonce cependant l'interventionnisme, l'ingérence et les modes d'intervention de l'association. Et ce d'autant plus, qu'elle semble échapper à tout contrôle démocratique ainsi que bien (trop) souvent à la légalité. Cette association s'appuierait sur la seule légitimité que lui confère un impact médiatique fort et entretenu. Bernard Benyamin conclue son entretien avec Jean-Marie Hosatte, ainsi que l'émission, par cette phrase : « Derrière Greenpeace, il y a moi, il y a la fascination des téléspectateurs pour les images chocs ; Greenpeace a compris depuis vingt cinq ans que l'on est entré dans l'aire de la communication et l'association s'appuie sur ce quatrième pouvoir. »

Outre la reconnaissance de la responsabilité des journalistes, ce reportage constitue un renversement de perspectives pour Envoyé spécial qui, jusqu'en 1992, traite les thématiques écologistes pareillement que ceux et celles qui les défendent, avec le souci de les valoriser et de valoriser, par la même occasion, l'action du magazine. Ce reportage est l'occasion pour Envoyé spécial d'entamer résolument un travail de décontextualisation, c'est-à-dire de séparation des thématiques écologistes de la sphère militante. Conséquence directe, en 1995 et 1996, les écologistes disparaissent quasiment des reportages traitant de thématiques liées à l'environnement.

B- Les applications de la science en questions :

Jacqueline Chervin dans son étude sur le Traitement des thèmes scientifiques dans le journal télévisé82(*), observe qu'à la fin des années 1970, on parle des sciences à la télévision surtout pour éviter les mouvements contestataires et notamment les manifestations antinucléaires. La période suivante, 1975-1985, correspond à une période d'évaluation des risques. Après 1985, les perspectives se confondent et les thèmes sur l'environnement deviennent prédominants. L'aspect revendicatif décroît tandis que les journaux font un inventaire constant et désordonné des problèmes liés à l'environnement, des catastrophes naturelles aux catastrophes industrielles type Tchernobyl. La critique d'un monde dominé par l'industrie et le commerce, auxquelles les techniques et les sciences sont indéfectiblement rattachées, devient persistante.

Les scientifiques, qu'ils soient indistinctement français ou étrangers, sont amenés à jouer un rôle actif dans les reportages d'Envoyé spécial. Pour la France, leur contribution s'affirme surtout à partir de 1992. A titre d'experts, de même que certains universitaires et naturalistes proches des écologistes, ils participent à l'élaboration des normes d'application des lois que l'on a détaillé précédemment83(*). Présents en tant que responsables, observateurs et potentiels réparateurs des troubles qu'une application de leurs recherches à l'industrie a pu causer. Le statut et le rôle qu'on leur assigne vis à vis de l'environnement sont complexes. On peut malgré tout, si l'on détaille l'évolution de leur rôle et statut dans les reportages jusqu'en 1996, en donner un meilleur aperçu.

A- Les scientifiques, défenseurs ou détracteurs de l'écologie politique ?

En 1990, lors d'une conférence tenue à Genève, le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), composé en partie de scientifiques, annonce publiquement un réchauffement assez rapide au cours du prochain demi-siècle, de l'atmosphère terrestre84(*). Ils apparaissent dès lors comme les moteurs de la contestation écologistes. Concernant Envoyé spécial et l'environnement, c'est le journaliste Patrick Hesters, qui le premier, donne véritablement la parole aux scientifiques. Ceux-ci n'interviennent pas seulement en tant qu'intervenants ponctuels comme dans d'autres reportages, mais occupent la majorité du temps de parole et d'image. Son premier reportage sur Tchernobyl, faisant suite à celui de François Cornet, a été fait en partenariat avec la chaîne NHK de Tokyo, chaîne reconnue internationalement pour la qualité de ses émissions scientifiques85(*), et propose au téléspectateur de suivre l'enquête d'un médecin japonais parti faire des mesures de la radioactivité dans différents secteurs plus ou moins proches de Tchernobyl. Ses reportages suivants, diffusés en mai 1991 et en mars 1992, sont consacrés l'un à l'effet de Serre et l'autre au trou dans la couche d'Ozone. Ils rendent compte des différents entre scientifiques quant aux mesures et aux conséquences éventuelles de ces phénomènes. Son dernier reportage (pour ce qui concerne notre corpus) « Sous haute surveillance » diffusé en mai 1992, est consacré à l'observation par satellite des phénomènes météorologiques, géologiques, et forestiers depuis l'espace.

En parallèle, et suite à la rédaction par Jean Audouze et Jean-Claude Carrière du rapport intitulé Science et Télévision, remis en 1988 aux ministres de la Recherche et de la Communication, s'est ouverte une période de débats sur la place que doivent et peuvent occuper les sciences dans la programmation télévisuelle. Profitant de la redéfinition pour la télévision du partage des réseaux hertziens en 1992, Hubert Curien, ministre de la Recherche, encourage la mise en place d'un magazine scientifique mensuel à la télévision. Une proposition de la société de production LMK est retenue. Cependant le 12 octobre 1992, la diffusion du magazine est annulée, à quelques jours du festival international de l'Audiovisuel Scientifique de Paris. Hubert Curien, voyant ses efforts anéantis, manifeste son mécontentement et Hervé Bouygues lui propose, en solution de rechange, de consacrer une partie de l'émission d'Envoyé Spécial, une fois par mois à un sujet scientifique. La tentative tourne court car Paul Nahon ne parvient pas à s'entendre avec les scientifiques, qui auraient mal accueillis les journalistes et exigé de pouvoir contrôler le montage des reportages86(*). En 1993, dans la conclusion de son rapport sur L'avenir de la télévision publique, déjà cité, Jacques Campet rappelle que parler des sciences à la télévision doit rester une des priorités du service public. C'est pourquoi, même si les tentatives officielles restent sans suite, les journalistes d'Envoyé spécial ne négligeront pas pour autant de faire appel aux scientifiques.

Cependant, leur tâche se complique à partir de 1992. Car cette année marque la rupture entre une partie importante des scientifiques et les partisans de l'écologie politique. Le 3 juin 1992, à la veille du « Sommet de la Terre », est publié, dans Le Monde et dans d'autres grands quotidiens à l'étranger, un appel qui sera aussi largement diffusé et discuté dans la communauté scientifique : l'Appel de Heidelberg. L'extrait suivant donne les raisons de la rupture précédemment évoquée :

« Nous adhérons totalement aux objectifs d'une écologie scientifique axée sur la prise en compte, le contrôle et la préservation des ressources naturelle. Toutefois, nous demandons formellement par le présent appel que cette prise en compte, ce contrôle, cette préservation soient fondée sur des critères scientifiques et non sur des préjugés irrationnels »

Cet appel s'insurge contre une confusion qui amène l'opinion publique à accuser le progrès technique d'être la cause de nuisances, alors que les responsabilités s'établissent d'abord au niveau des structures politiques et économiques :

« Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l'ignorance et l'oppression et non pas la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettent à l'humanité de venir à bout, par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les pandémies. »

Les sciences seraient donc la panacée de déséquilibres écologiques à l'échelle globale. Ensuite, la remise en question du rôle des scientifiques par l'écologie politiques est ici associée à une remise en cause de l'utilité des sciences et à terme, des scientifiques. Enfin, les scientifiques seraient les seuls capables de proposer aux hommes politiques et aux responsables économiques les outils adéquats pour répondre de manière satisfaisante à l'interrogation des populations et aux défis futurs qu'impose la gestion de l'environnement. Les scientifiques demandent donc un peu plus que le simple respect pour leurs recherches, la reconnaissance de facto de la pertinence de leurs conclusions. Comment, dès lors pour Envoyé spécial, parvenir à distinguer l'importance du bénéfice, des implications dangereuses de l'application des recherches scientifiques vis à vis de l'environnement et de la vie sur Terre ?

b- Les conséquences du mauvais usage de technologies jugées obsolètes.

De fin 1992 à 1996, Envoyé spécial consacre une série de reportages aux applications militaires et civiles de l'énergie nucléaire dans les pays de l'ex-Union Soviétique. Deux reportages sont diffusés, à six mois d'intervalle, sur les sous-marins nucléaires russes en rade dans des bases navales désaffectées. Le premier, diffusé le 3 décembre 1992 et intitulé « La Grande Menace », est présenté par Paul Nahon comme révélateur d'« un drame humain » et d'« un drame écologique ». Il est réalisé par deux journalistes russes. L'un d'eux, Serge Kostine, a écrit, en collaboration avec un amiral, Lev Giltson, un livre, paru aux éditions Robert Laffont en 1992, sur le sujet. De même que le livre, le reportage fait état des fuites radioactives qui affectent les hommes travaillant à bord, et qui risquent, à terme, d'affecter l'ensemble des mers du globe. Sur les images d'un arsenal rouillant et abandonné, le commentaire en voix-off se fait imprécateur : « Regardez, c'est ce qui reste de l'incurie et de l'ignorance. » Serge Kostine indique qu'il a tourné son reportage sans autorisation mais que le bilan qu'il a établi était nécessaire, qu'il fallait le porter à la connaissance du plus grand nombre.

Le 10 juin 1993 est diffusé un reportage sur les plus gros sous-marins nucléaires que possède la Russie, alors en fin de vie. Le propos du reportage, d'une durée de 50 minutes, est comparable au précédent. Il est seulement plus détaillé et les prises de vue sont d'une meilleure qualité. Paul Nahon se rappelle du reportage :

« On voyait les gens prendre les objets radioactifs à pleine main, [...] on voit tout de suite les conséquences qui durent pendant des centaines d'années sur l'environnement. Ça montre l'état des forces militaires, l'état des forces politiques, l'état d'une société... »87(*)

Ce reportage sera rediffusé le 29 janvier 1998 dans la rubrique Post Scriptum88(*) d'Envoyer spécial et le 7 septembre 2000. L'icône du « cimetière de sous-marins nucléaires », menaçants avant comme après la fin de l'Union soviétique (décembre 1991), s'impose ainsi dans l'imaginaire des téléspectateurs, et à terme dans l'imaginaire collectif. Et ce d'autant plus qu'un reportage tourné en 1992 ou 1993 dans une situation particulière reste apparemment valable une dizaine d'années plus tard.

Une autre série de reportage est consacrée en propre aux scientifiques qui ont contribué en leur temps à la puissance nucléaire russe et qui dans les années 1990, tentent, avec des moyens dérisoires, d'en endiguer les effets les plus nocifs. Deux reportages, diffusés le 17 novembre 1994 et le 9 mars 1995, là encore à quelque mois d'intervalle, intitulés respectivement « Ignalina, mon amour » (en référence au titre d'un autre film « Hiroshima, mon amour ») et « Les portes de l'enfer ». Ces deux reportages, l'un tourné en Lituanie, l'autre en Sibérie, montrent l'épuisement d'un personnel scientifique compétent et dévoué, mais dépité. Les scientifiques sont décrits comme des héros malgré eux, obligés de travailler au maintien, tant bien que mal, d'installations vétustes au péril de leur propre vie. On fait mention, dans les deux reportages, de la quantité importante de radioactivité à laquelle ils sont confrontés dans leur environnement de travail. Ce sont aussi des personnes que l'on présente comme prises à leur propre piège, puisqu'elles ont souvent contribué activement, étant jeunes, à l'application de normes techniques propre à la Russie, en désaccord avec les normes internationales de sécurité. On y voit encore des ingénieurs physiciens, assis sur des sièges cassés et inconfortables, manipulant dans des éprouvettes, sans protection particulière, des produits qualifiés de dangereux. Un commissaire à l'énergie atomique intervient, directement dans le cours du premier reportage et suite à la diffusion du second, pour saluer le courage des scientifiques, insister sur la l'instabilité accrue des installations liées à l'énergie nucléaire dans les territoires de l'ex-Union Soviétique et rappeler la nécessité d'une aide internationale et européenne.

Selon Anna Bystrova, de l'académie des Sciences de Russie, bien que la situation écologique de l'ex-Union Soviétique soit catastrophique, l'écologie n'est pas l'une des priorités énoncées par les nouveaux dirigeants. Ceux-ci doivent en effet faire face à la mise en place de nouvelles institutions, aux troubles sociaux et économiques engendrés par le passage d'une économie étatiste à une économie plus libérale, sans parler du réveil de revendications nationalistes. Dans le même temps, l'état de l'environnement, et en particulier le niveau des pollutions (eau, air et sol) dans les territoires de l'ex-union soviétique restent un constant sujet de préoccupation pour les pays européens. D'où l'importance pour Envoyé spécial de traiter ou de diffuser des sujets négligés par les uns, et ignorés par la population des pays européens. Anna Bystrova propose en outre l'utilisation et la reconversion du potentiel scientifique dans la remise en état et la protection de l'environnement89(*). Ses propositions et ses constats datent de 1991. Cependant, les reportages diffusés par Envoyé spécial semblent rendre compte d'une aggravation de la situation écologique au milieu des années 1990 et d'un enlisement des scientifiques dans leur propre misère, surtout pour ce qui concerne la Russie.

Envoyé spécial, 25-04-1996, 22h40, « L'accusé de Tchernobyl », dernières images du reportage : 1- l'ingénieur et directeur face au sarcophage de « sa » centrale incendiée ; 2- le même s'éloignant, dans la rue principale, d'une ville désertée, Pripiat.

Le traitement médiatique de la catastrophe de Tchernobyl est un autre sujet de recherche qui se suffirait à lui-même. Envoyé spécial a diffusé six reportages au sujet de l'événement et de ses conséquences, de 1990 à 1996. C'est un événement qui a d'abord marqué la mémoire de Paul Nahon et Bernard Benyamin90(*). Au fur et à mesure des reportages, le téléspectateur découvre l'étendue géographique des retombées du nuage radioactif formé lors de l'incendie de la centrale nucléaire, le 26 avril 1986. De même que les journalistes, il découvre aussi l'ampleur des problèmes sanitaires (leucémies, cancers, malformations à la naissance) et des troubles psychologiques (abandon précipité d'une maison familiale, des personnes âgées dans une zone sinistrée ou rupture obligée avec des traditions) auxquelles les populations les plus touchées sont confrontées, et surtout, évidemment, les habitants évacués dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Le spectaculaire de l'événement laisse vite place, dans la série des reportages, au désarroi des populations abandonnées à leur propre sort et se mobilisant petit à petit. En 1995, le gouvernement de Kiev annonce la fermeture des deux réacteurs, du même type que celui de la centrale incendiée, encore en activité sur le site de Tchernobyl. Le 25 avril 1996, l'émission d'Envoyé spécial fait un bilan qui clôt définitivement la série des reportages consacrés aux pays que l'on dit alors d'Europe Centrale et Orientale. Dans cette émission, le montage des reportages diffusés depuis 1990, intitulé « Tchernobyl, 10 ans après », précède une interview du directeur de la centrale tout juste sorti de prison, après avoir été condamné, en 1986, à dix années de détention. Son dernier mot est celui d'une longue série de reportages : « Personne n'était préparé, aujourd'huis, non plus, personne n'est préparé. »

A partir de 1995, le processus d'élargissement de l'Union européenne aux pays de l'Europe centrale et orientale est engagé. Depuis 1989, la Communauté européenne, par l'intermédiaire notamment des Etats membres qui la composent, dont la France, est en étroite relation avec ces pays. Ceux-ci ont ainsi pu bénéficier de divers programmes de coopération, renforcés un peu plus chaque année. A partir de 1995, il n'y a plus lieu pour Envoyé spécial de s'inquiéter de l'abandon de ces pays. La rediffusion de reportages au sujet de ces pays permet néanmoins pour les téléspectateurs réguliers de se remémorer, et pour Paul Nahon et Bernard Benyamin, de montrer une nouvelle fois la fragilité de ces pays aux nouvelles générations de téléspectateurs ou à ceux qui n'auraient pas vu les reportages lors de leur première diffusion. Dans les faits, le tournage de reportages est aussi rendu plus difficile à cause du ressaisissement de ces pays. Ces derniers reprennent rapidement le contrôle de leur image à l'étranger. Pour exemple, une loi instaurée au milieu des années 1990 en Russie interdit de communiquer sur le délabrement des bases navales. Lors d'une rediffusion en 1998, Gilles Rabine indique que certains intervenants de son reportage « Octobre Rouge » ont été traduits en justice pour cause de trahison, et qu'un réalisateur qui s'aventurerait là-bas pourrait très vite être accusé d'espionnage.

Les scientifiques, employés dans la recherche ou l'ingénierie, apparaissent, au final, vulnérables et dépendants des choix d'une administration aux méthodes (absence de plan d'urgence) ou aux objectifs contestables (l'enrichissement de l'uranium en vue de la fabrication de bombes atomiques pour « Les portes de l'enfer »). On insiste beaucoup au cours de ces reportages sur la vanité des efforts des scientifiques : ils se seraient investis pendant cinquante ans pour le régime communiste avec en contrepartie le sentiment d'avoir contribué à leur propre anéantissement. La politique nucléaire de l'Union Soviétique semble être, dans Envoyé spécial, la parabole de la perte de sens du progrès technique mal maîtrisé.

Cet ensemble de reportages n'est donc pas pour rassurer la population française. Jean Gimpel publiait déjà en 1992, un livre aux éditions du Seuil intitulé La fin de l'avenir. Il voyait dans l'écologie politique un gage de scepticisme propre à une nation vieillie et conservatrice, parcequ'inquiète vis à vis de l'avenir. Quatre ans plus tard, le 20 août 1996, le journal Le Monde publie une somme d'articles dans sa rubrique « Horizons » autour du thème : « Le progrès, une idée morte ? ». On y parle de l'incertitude et d'une angoisse latente dont seuls les écologistes auraient été véritablement conscients. « La confiance dans l'avenir s'est muée en perplexité, voire en désenchantement », écrit Thomas Ferenczi.91(*) Remarquons enfin que les journalistes utilisent le prisme de l'écologie pour analyser la chute de l'Union Soviétique. Ils associent la décadence d'un idéal communiste au délabrement de l'environnement. L'impossibilité ou les possibilités de son amélioration sont donc révélatrices de l'état d'une société, d'un système politique ou économique.

Fort de cet enseignement, les journalistes réinvestissent à partir de 1995, l'hexagone au sein duquel de nouvelles controverses se préparent. Les scientifiques interviennent, cette fois encore, dans les reportages de Envoyé spécial, non plus en tant qu'acteurs, mais à présent en tant qu'experts au service d'un Etat, d'une administration ou des citoyens. Les problèmes liés à environnement, de globaux et lointains qu'ils paraissaient, acquièrent soudain une réalité plus palpable et quotidienne, préalable d'un retour à l'écologie politique, mais à une écologie politique différente de celle du début des années 1990.

Chapitre 4 :

L'environnement devient

un enjeu de santé publique.

(1995-1997)

A- Problèmes d'environnement : retour en France

Au début des années 1990, l'environnement était appréhendé d'une manière assez floue entre « cadre de vie », « nature » et « humanitaire », tous ces termes étant liés à l'écologie politique. Du fait de l'instauration de lois envisageant une gestion de l'environnement et de la remise en cause d'un discours écologiste extrême, les vocables écologistes perdent leur pertinence au profits de vocables tenus pas les experts, plus proches d'une écologie scientifique. Tous deux parlent d'une même réalité, mais de manière différente. Les uns accusent, leurs preuves correspondent à une dénonciation. Les autres observent et fondent leurs conclusions sur des critères vérifiables. Tous deux apportent donc des preuves de nature différentes. Voyons ce que le regard des experts, a priori plus convaincant, change dans le traitement de l'environnement par Envoyé spécial ?

a- L'appréhension nouvelle de la pollution atmosphérique.

Le 16 janvier 1992, suite à deux reportages l'un tourné à Soumgaït (Azerbaïdjan), l'autre à Komchamica (Roumanie), Envoyé spécial achève un cycle de reportages sur les sites industriels les plus pollués de l'ex-Union Soviétique avec la diffusion d'un reportage tourné à Katowice (Pologne). Envoyé spécial fête alors son deuxième anniversaire et sa 80e émission. La diffusion d'un reportage, par son propos, comparable à celui diffusé deux ans auparavant, n'est pas anodine. C'est une preuve pour le téléspectateur de la continuité et du maintien de convictions partagées par Paul Nahon et Bernard Benyamin. Le reportage commence par l'alternance de plans établissant un lien de cause à effet entre d'un côté un accouchement difficile et de l'autre un nuage de fumée envahissant l'écran par intermittence. Plus tard dans le reportage, un médecin démontre que les rejets du complexe sidérurgique, encore en fonction, affectent le corps humain. Il a amassé depuis deux ans les photos d'enfants mal formés, dont il assure que le nombre augmente chaque année. Une autre séquence, dans un hôpital, montre plusieurs dizaines d'enfants dont le système nerveux a été atteint suite à une ingérence de plomb et de césium. Ils sont couchés dans des lits et paralysés. Enfin, alors que des plans subjectifs montrent les usines qui défilent à travers les vitres d'un tramway, un homme de passage dit : « Toute la gamme de ce qui peut polluer, on fera de nous des dégénérés ! ». L'asphyxie des populations locales est donc visible ; elle est fortement liée à la présence d'usines.

Le 19 mars 1992, Envoyé spécial diffuse un reportage sur la circulation automobile autour de Paris, appelé « Paris phérique ». Si la présentation du reportage (« Comment vivent tous ces gens ? Comment vit-on dans cet enfer ?») laisse présager un propos virulent, il est finalement plutôt question de faire le portrait du conducteur type (le journaliste parle d'un « homopériphéricus ») qui ne se soucie pas, s'habitue à l'encombrement des voies d'accès à la capitale et éprouve un certain sentiment de liberté (à l'inverse des transports en commun, il peut écouter sa musique, il a de l'espace et peut fumer). Les riverains du périphérique sont partagés quant à eux. D'un côté, il y a ceux qui ne supportent pas le bruit. On voit un professeur d'école se lever le matin et enlever les couvertures qu'il accroche tous les soirs à ses fenêtres et qui lui servent d'isolants acoustiques. D'un autre côté, il y a ceux qui s'en accommodent et profitent du spectacle des voitures. Ainsi une vieille dame trouve que la nuit, le périphérique ressemble à un sapin de Noël. En bruit de fond, on entend des extraits de radios très écoutées, Fip et Europe 1. Il n'y a pas une volonté, de la part du journaliste, de dramatiser : le trafic automobile semble donc surtout distrayant et les mécontents sont apparentés à des « râleurs ».

Envoyé spécial, 19-01-1995, 21h04, « A bout de souffle », avant l'affichage du titre, 1- ville de Paris (bruit sourd) ; 2- le périphérique apparaît au loin (timbales et ronronnement des moteurs ; 3- vue sur le périphérique, les voitures roulant au pas croisent un RER circulant sans encombre.

En 1995, tout change. Le 19 janvier 1995, Paul Nahon introduit le reportage « A bout de souffle » en déclarant qu'un lien existe désormais entre pollution de l'air et problèmes respiratoires (lien formellement établi par des scientifiques à Paris lors des pics de chaleur de l'été 1994). Or, selon les statistiques, de 1992 à 1998, on a d'autant plus tendance à trouver mauvais l'état de l'environnement que l'on parle de territoires vastes et éloignés (depuis sa région jusqu'au monde entier)92(*). Le reportage va donc, en 1995, à l'encontre d'un avis plutôt favorable de la population vis à vis de son propre environnement. Nous avons pu en rendre compte par l'analyse de la séquence/clip diffusée le 30 décembre 1991, de même que par celle de la série des reportages dans l'ex-Union Soviétique. Rappelons encore que 75% de la population française est urbaine dans les années 1990. Autrement dit, l'ensemble de la population française est concerné, même si cela ne veut pas dire que tous les français se sentent concernés (cf. statistique précédente).

Envoyé spécial, 19-01-1995, 21h06, « A bout de souffle », alternance de plan sur pot d'échappement avec bruit de moteur et enfants à l'arrière d'une voiture (image d'un enfant prisonnier ou victime du mode de transport de ses parents ?) ou derrière un vélo (image d'un adulte conscient ou inconscient des risques encourus par lui et son enfant ? / concurrence vélo- voiture sur l'axe de circulation).

Le reportage « A bout de souffle » commence par un plan général et aérien sur les toits de Paris au petit matin. Une musique sourde se fait entendre, des timbales retentissent, tandis que soudainement apparaît à l'écran un flot incessant de voitures, cadrées en plans serrés. Le commentaire indique que « chaque matin, 1,6 millions de véhicules entrent dans Paris », en renforçant ainsi l'impression d'un envahissement. Les plans rapprochés et les gros plans se multiplient donnant à voir une mer de véhicules au milieu desquelles surnagent les corps de coureurs, de cyclistes ou de passants attendant devant un passage piéton et observant le flot incessant des voitures. Enfin, les gros plans sur la fumée noire des pots d'échappements s'intercalent avec les prises de vue d'un marathon ou de bébés dans leur poussette. Tandis que le commentaire indique qu'il est désormais fort déconseillé de promener son enfant en poussette, et que « certains jours, courir peut avoir des conséquences mortelles».

Soudain, Paris devient une ville asphyxiée comparable à Katowice. Une séquence longue se passe dans un hôpital dans lequel on voit des enfants souffrir de problèmes respiratoires. Puis le reportage se focalise sur le cas d'un enfant obligé de vivre dans un refuge aéré à la montagne, à 900 km de sa famille. L'enfant dit que, lors des pics de pollution, en période de forte chaleur, il sent qu'il étouffe. Le reportage se conclue sur ces quelques mots : « Dans toutes les villes de France, il y a trop de voitures.  [...] Les docteurs ont déjà lancé un cri d'alarme, la santé de nos enfants est menacée. »

Josée Blanc Lapierre, lors de son entretien avec Paul Nahon, désigne l'accusé principal de cette pollution : le véhicule particulier (la « voiture ») et non pas les industriels (« qui ont fait des efforts »). Elle rappelle qu'un trajet sur deux fait moins de 3 km. Selon elle, les personnes n'utilisent pas assez les autres moyens de transports mis à leur disposition tels que les transports en commun (Tramway à Grenoble) et les modes de transport propres (vélos à la Rochelle). Elle estime aussi qu'il faut enfin améliorer la qualité de l'essence. Ce reportage sera rediffusé le 6 avril 2000, confirmant qu'un changement des comportements de chacun s'impose.

Ceci étant dit, ce reportage marque un tournant dans la perception par les Français de leur environnement et de leur responsabilité individuelle vis à vis de celui-ci. L'image type de la pollution industrielle cède la place à l'amélioration nécessaire du comportement et des pratiques citadines. Avec la question des déchets, ce changement de perception était déjà amorcé. Avec les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique, la gestion de l'environnement participe désormais pleinement de l'amélioration des conditions de vie, au même titre que la sécurité en ville.

b- Mobilisation et prévention.

En conclusion de son livre, Climat sous surveillance, Philippe Roqueplo nous renseigne sur la difficulté pour toute personne de se rendre compte, en ouvrant les volets le matin, d'un éventuel changement du climat. Il en est de même pour la pollution atmosphérique. Dans le reportage « A bout de souffle », différents moyens sont utilisés pour essayer de mettre en image une pollution a priori invisible. A priori, car dès les premières images, les plans rapprochés montrent des pots d'échappement laissant échapper des fumées noires, signes tangibles d'une émanation toxique. Ces gaz d'échappement sont mis en parallèle avec le résultat d'une expérience (cf. images p. 74) : un professeur montre au téléspectateur des filtres qui recueillent l'équivalent, en poussières et gaz, de ce qui se dépose dans les alvéoles pulmonaires d'un parisien pour un temps donné. Le brouillard matinal et la grisaille du ciel parisien sont aussi donnés comme des indicateurs (comparable au smog londonien). Les données des organismes contrôlant la qualité de l'air sont aussi utilisées, on montre au téléspectateur des cartes et graphiques avec des zones en rouge (couleur du danger). Ces derniers indicateurs n'apparaissaient pas (ou très rarement) au début des années 1990 : les intervenants se contentaient d'énumérer des produits chimiques, ils les comparaient à des poisons sans véritables preuves. La nouveauté, ce sont les expériences et les études menées pour s'assurer des effets de l'environnement sur la santé, que l'on essaie de montrer (alors qu'auparavant ces études étaient assez vaguement évoquées). Enfin, la séquence dans l'hôpital avec les enfants atteints de problèmes respiratoires permet de montrer les effets sur la santé de la pollution atmosphérique. D'après les médecins interrogés dans le reportage, ils ne sont que potentiels (on parle d'aggravation des difficultés respiratoires pour les personnes prédisposées). Mais lorsqu'ils sont repris dans le commentaire, en voix-off, on insiste sur le nombre de décès et on élude le concept de prédisposition.

Envoyé spécial, 19-01-1995, 21h17, « A bout de souffle », un scientifique montre l'installation sur un toit de Paris permettant de savoir ce qu'un homme respire. 1- présentation de l'installation, 2- le filtre blanc avant l'expérience, 3- le filtre noir après l'expérience(couleur liée à la concen- tration des poussières dans l'atmo-sphère en milieu urbain).

Dans les faits, de nombreuses études, menées notamment aux Etats-Unis, confirment que les facteurs environnementaux sont à l'origine d'une croissance de certains problèmes de santé, des petits troubles respiratoires jusqu'aux cancers, d'avantage que les facteurs génétiques. Ainsi et entre autres, le Center of Disease Control (Etats-Unis) indique une augmentation, entre 1982 et 1992, de 52% du nombre de personnes asthmatiques et de la mortalité associée qui apparaît liée à l'environnement. En Europe, le lien entre la pollution chimique liée au transport et la santé est effectué en 199493(*). Mais les scientifiques Français, soucieux de ne pas affoler les populations et de ne pas jouer les oiseaux de mauvais augure, sont souvent très tempérés dans les reportages. Ils expliquent que les données sont encore à vérifier, qu'on ne peut tirer de conclusions trop hâtives.

Le magazine est donc amené à optimiser le statut de « connaissances molles » sur l'environnement afin de pouvoir fonder la prise de « décisions dures »94(*). C'est ce que l'on peut conclure des propos tenus pat José Blanc Lapierre après la diffusion de son reportage. Son reportage mobilise déjà toutes les ressources dont on peut disposer, à savoir un stock de connaissances et d'événements. Le passage de la mobilisation à optimisation des ressources disponibles s'effectue par la recherche d'exemples, et surtout, par le choix de moyens esthétiques et rhétoriques qui puissent rendre les exemples significatifs. Conformément aux intentions de Paul Nahon et Bernard Benyamin, les téléspectateurs, qui ne seraient pas encore informés, le sont. Mais ce n'est pas tout. Les recommandations explicites de José Blanc Lapierre et celles implicites contenues dans les images, incitent les téléspectateurs à adopter un autre comportement.

Cette tendance se renforce au fur et à mesure des années 1995 et 1996. D'autant plus que se discute, à l'initiative de Corinne Lepage, Ministre de l'environnement du gouvernement Juppé, une « loi sur l'air ». Cette loi instaure notamment l'obligation de se doter d'un pot catalytique et l'obligation de trouver des substituts au diesel (car c'est le carburant qui produit le plus de particules en suspension dans l'air). La loi est adoptée en dépit de très fortes pressions de la part des industriels95(*). Dans un tel contexte, les reportages suivants sur la pollution atmosphériques, ainsi que d'autres présentant l'environnement comme facteur de risque, s'apparentent (de nouveau mais différemment) à une mobilisation citoyenne, ainsi qu'à une campagne de prévention sanitaire.

B- Le « principe de précaution » à l'écran.

Au cours de l'entretien suivant la diffusion du reportage « Octobre rouge » le 10 juin 1993, le commandant français du sous-marin L'inflexible fait mention d'une « culture de sûreté » qui serait propre aux Français. Le « manque de culture de sûreté » est encore formulé comme un reproche dans le reportage « Ignalina, mon amour » diffusé le 27 novembre 1994. Enfin, Hervé Bernard, commissaire à l'énergie atomique, parle d'une « culture de sûreté » différente après la diffusion du reportage « Les portes de l'enfer » le 9 mars 1995. Cette « culture de sûreté » est à chaque fois rattachée à un domaine précis, à savoir la maîtrise des effets sur l'environnement de l'utilisation de l'énergie nucléaire. Plus largement, cette expression rend compte d'une relative assurance, d'une confiance dans les installations françaises, de divers responsables et administrateurs, civils ou militaires. En 1999, l'Institut français de l'environnement (IFEN) conclue encore son état des lieux par ce propos rassurant : « Notre pays semble moins vulnérable que ses voisins aux catastrophes naturelles et technologiques »96(*).

L'Etat, qui s'est doté, au cours des années 1980 et 1990, d'un arsenal juridique pour mieux contrôler les effets de l'activité humaine sur son environnement, croit donc, jusqu'en 1999, maîtriser ces effets. L'instauration du « principe de précaution », inscrit dans la loi du 2 février 1995 relative à la protection de l'environnement, correspond, dans l'esprit du gouvernement et de la haute administration, à l'amélioration nécessaire mais marginale d'un système de protection qui fonctionnerait déjà plutôt bien. Cette loi précise : « En l'absence de certitude, compte tenu de l'état des connaissances scientifiques et techniques du moment, la menace d'atteintes graves et irréversibles doit conduire à l'adoption de mesures proportionnées à un coût économiquement supportable. »97(*) Reste à identifier les « atteintes graves et irréversibles », et à les considérer comme des « menaces ». Ceci n'est pas une tâche facile étant donné la faible propension des pouvoirs publics (cf. la « culture de sûreté ») et des scientifiques dans leur ensemble (cf. la tempérance de leurs propos) à reconnaître la gravité d'une situation. Pour s'en rendre compte et rendre compte de l'action du magazine Envoyé spécial, voyons le cas de l'amiante.

a- Pollution domestique et enjeux politiques.

Le premier reportage consacré aux substances toxiques dans l'espace domestique est diffusé le 12 janvier 1995. En 1985, le transformateur d'un immeuble de Reims brûle, les pompiers interviennent sans protection particulière et les habitants de l'immeuble réintègrent peu après leur appartement. Or le transformateur contient du pyralène, substance utilisée dans les années 1960 et 1970. Trois mois après l'incident, les habitants doivent quitter leur appartement tandis que leurs meubles sont évacués par des hommes en combinaison blanche. L'étonnement et l'inquiétude des premiers temps se sont transformés en colère face à une administration incapable de les informer sur les risques qu'ils ont pu encourir. En 1986, une directive européenne a interdit la production de pyralène. La France s'est engagé en 1992 à détruire d'ici l'an 2000 les quelques 50 000 transformateurs de ce type encore en circulation.

Or de nombreuses entreprises possèdent des transformateurs de la sorte sans toujours le savoir. Outre les risques encourus en cas d'accident, les condensateurs, radiateurs et l'électroménager contenants du pyralène sont souvent envoyés chez le ferrailleur ou jetés dans une décharge (contribuant lors de leur désagrégation à la pollution de la terre et des eaux de ruissellement). Ce reportage met en évidence plusieurs carences de l'Etat : un défaut flagrant d'information des populations, le caractère dissuasif de la démarche à entreprendre pour se débarrasser d'un appareil contenant du pyralène (il en coûte 1000 Francs au particulier qui doit contacter la DRIR ou la préfecture), l'absence de questionnement vis à vis de l'usage toujours plus répandu et de la toxicité de nouvelles substances chimiques.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h02, « Amiante, 50 ans de mensonge », au début du reportage : montage-cut de diverses épitaphes servant à montrer le cynisme de l'usine Eternit (fabricant d'amiante) qui a « sacrifié » (le mot est de George Golberine) ses ouvriers.

Le 28 septembre 1995, un autre reportage est diffusé à propos d'un produit dont on va entendre parler beaucoup plus longuement et qui va marquer l'esprit des Français : l'amiante. L'amiante est matériau de construction des années 1960 et 1970 employé un peu partout des écoles aux immeubles, des entrepôts aux maisons individuelles. Au cours de l'introduction du reportage, Bernard Benyamin avance des estimations propres à faire paniquer : d'après lui et le pneumologue

interrogé au cours du reportage, si aujourd'huis de 2000 à 3000 personnes meurent chaque années des suite d'un cancer provoqué par l'ingestion d'amiante, on pourrait passer, après l'an 2000, à 10 000 personnes par an (plus que les accidents de la route, précise-t-on dans le reportage). Le reportage a nécessité huit mois d'enquête, ajoute Bernard Benyamin.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h07, « Amiante, 50 ans de mensonge », image extraite d'un débat télévisé. Jean-François Girard, Directeur Général de la Santé, affirme qu'il n'existe que des mésothéliomes professionnels et que le mésothéliome environnemental n'existe pas. On entend, des hommes placés hors champ autour de lui, hurler : « c'est faux , c'est faux ! »

Le problème n'est pas récent, il date des années 1970. Georges Golberine, rédacteur en chef de la revue Sciences et Avenir et auteur du reportage, a recensé 4222 études scientifiques, depuis les années 1970, confirmant que l'amiante est un produit toxique et cancérigène. Le défi pour le journaliste est de faire reconnaître aux autorités publiques qu'il existe un mésothéliome (cancer dû à l'amiante) environnemental à côté du mésothéliome professionnel (reconnu quant à lui par le Ministère de la santé). L'ouverture du reportage débute ainsi sur les images d'un enseignant alité, décédé peu après les pises de vue, qui dit avoir ressenti les symptômes bien après avoir été mis en contact avec l'amiante.

De nouveau se pose le problème de l'information des intéressés, à commencer par un ancien ouvrier qui dit n'avoir jamais été mis au courant des risques qu'il encourait. On voit en effet les images d'ouvriers manipulant l'amiante sans protection (images d'archives et images récentes). Au dilemme emploi/santé, Georges Golberine oppose les cas de l'Italie et de l'Allemagne qui ont interdit l'utilisation de l'amiante et l'ont remplacé par d'autres matériaux. L'ensemble du reportage est enfin articulée autour de l'histoire d'un homme ayant un peu plus de 30 ans et boucher de profession. Le téléspectateur apprend que lorsque cet homme était plus jeune, il jouait dans le jardin de ses voisins. La mère de ce voisin secouait souvent les habits du père qui travaillait alors à l'usine fabricant l'amiante. C'est là qu'il aurait ingéré l'amiante, cause de sa maladie quelque vingt années plus tard. Le téléspectateur voit décliner la santé de cet homme tout au long du reportage. A la fin du reportage, écrit en blanc sur fond noir, on apprend que l'homme est mort avant que le reportage ne soit diffusé.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h05, « Amiante, 50 ans de mensonge », image extraite de la séquence sur le plateau d'Envoyé spécial, après la diffusion du premier reportage, « Mortel Amiante ». La Ministre de la Santé invite les personnes atteintes du mésothéliome environnementale à saisir la justice afin que leur mal soit reconnu et indemnisé.

A la suite du reportage, interviennent tour à tour, le ministre de la santé Elisabeth Hubert et l'auteur du reportage, Georges Golberine. Elisabeth Hubert rappelle qu'il existe une législation et une réglementation auxquelles doit se conformer le milieu professionnel. Elle promet des inspections renforcées dans les usines. Concernant les établissements publics, un dossier est en cours depuis mai 1995 et devrait aboutir à une sanction pénale d'ici fin 1999. Enfin concernant l'usage domestique, un rapport a été commandé à l'Inserm avec des résultats attendus pour 1996. Georges Golberine, insatisfait des réponses apportées au problème qu'il pose, s'insurge contre la lenteur de toutes ces démarches administratives alors que l'urgence lui semble absolue. Emu par le fait que les personnes qu'il a interrogées, soient mortes avant la diffusion du reportage, Georges Golberine demande une interdiction immédiate de la production et de l'usage de l'amiante.

Il semble que ce reportage ait eu un impact significatif ; d'autant plus que la presse s'empare de cette affaire alors que Georges Golberine fait paraître, dans la revue Sciences et Avenir du mois d'octobre 1995, un dossier sur la présence d'amiante dans les lycées. Pour se convaincre de l'impact de ce reportage, voyons ce que le sénateur Henri Révol écrit en 1996, de l'évolution du rapport intitulé « L'amiante dans l'environnement de l'homme : ses conséquences et son avenir ». Dans l'introduction de ce rapport, il explique que l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a été saisi d'une demande d'étude par le Bureau de l'Assemblée Nationale à partir du 21 juin 1995. L'Office parlementaire rencontre des problèmes d'organisation interne qui empêchent la mise en place rapide d'une commission. Autrement dit, au mois de septembre, le groupe chargé de traiter ces problèmes commence à peine à travailler. Le sénateur Henri Révol précise que le travail de cette commission « s'est inscrit dans un contexte un peu particulier et controversé, celui de savoir s'il fallait ou non interdire l'amiante » et alors que la commission « n'en était qu'au préliminaires de son étude, la décision d'interdire l'amiante a été prise le 3 juillet 1996 ». Cette décision a été prise par Jacques Barrot, nouveau Ministre des Affaires Sociales, échaudé par l' « affaire du sang contaminé », annonçant l'interdiction de la fabrication, de l'importation et de la mise en vente de produits contenant de l'amiante à compter du 1er janvier 1997. Il n'est pas anodin de remarquer que le nom de Georges Golberine est inscrit dans la liste de ceux qui se sont exprimés devant le groupe de parlementaires en charge du dossier.

Cela n'empêche pas George Golberine de préparer durant ce temps un autre reportage intitulé « Amiante, 50 ans de mensonges ». Et tandis que le sénateur Henri Révol salue dans son rapport la prise de conscience salvatrice du gouvernement Juppé, éconduit lors des législatives anticipées de 1997, George Golberine met à jour un scandale dans lequel de nombreux ministères ont été impliqués. En effet, des membres de ces ministères s'étaient associés officiellement à des industriels de l'amiante et à des scientifiques pour créer un bureau, dans les années 1980, qui permette de défendre les intérêts de l'amiante. Bernard Kouchner (en tant qu'ancien ministre de la Santé) et Brice Lalonde (en tant que ministre de l'environnement) déclarent ignorer tout de cette affaire. L'incapacité et les limites de la gestion par l'Etat d'un problème, pourtant connu depuis les années 1970 et mis au jour dès 1975, sont donc prouvées.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h25, « Amiante, 50 ans de mensonge », la locataire d'une maison, appartenant à Domofrance, dit qu'il n'y a pas de danger. La preuve, elle s'en est débarrassée avec son mari (parcequ'elle trouvait le matériau inesthétique) il y a longtemps et elle n'est pas tombée malade. Ce que la presse raconte, c'est du vent.

George Golberine retrace aussi les étapes des débats qui ont suivi la diffusion du reportage. Elisabeth Hubert avait appelé sur le plateau d'Envoyé spécial les victimes de l'amiante à se constituer en associations, ce qu'ils font en 1996. Le reportage est donc l'occasion de rassembler une galerie des portraits de victimes. Georges Golberine décline encore la liste de toutes les précautions à prendre afin de se débarrasser de l'amiante. A cet effet, il va notamment voir le responsable de Domofrance ayant proposé à ceux qui le voulaient des travaux de désamiantage (à leur frais). Pour lui, l'amiante n'est qu'une menace psychologique : il estime donc avoir fait une opération de communication plutôt qu'une opération de santé publique. George Golberine, lors de son entretien avec Paul Nahon, revient sur le dossier de l'Inserm remis à Jacques Barrot en juillet 1996. Il lui reproche son manque de clarté à propos de l'estimation des doses mortelles d'amiante. Et au final, en dépit de la campagne de presse que cette affaire a suscité, George Golberine s'inquiète du fait que les personnes ne fassent pas plus le lien entre l'amiante et la maladie.

Remarquons, pour terminer, que ce lien n'est évident pour personne. Un article paru dans le journal Le Monde du 17 juin 1997, rend compte de l'émergence d'une nouvelle discipline, la « santé environnementale » introduite par le rapport, rendu public la veille, de l'Institut National de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Pour cet institut, si les problèmes de toxicité aiguë sont en passe d'être maîtrisés, ce qui les inquiète, ce sont plutôt les effets sur la santé d'une toxicité chronique, provoquée par de faibles doses d'exposition répétée dans le temps. Etant donné la difficulté de mettre en évidence cette toxicité au long cours, vue la complexité des substances incriminées, l'Ineris admet, le 16 juin 1997, que « L'affirmation d'une relation de cause à effet, prête a discussion voire à spéculation. ». Pendant ce temps, les journalistes et Envoyé spécial essaient, dans la limite de leurs moyens d'appliquer l'adage « Mieux vaux prévenir que guérir ».

b- Une pédagogie du risque ?

Pour les hommes politique, selon André Ashiéri, un problème est dit de « santé publique » quand son importance et sa visibilité dépassent l'évidence de la sphère de l'événement individuel. Le pyralène, l'amiante, la « vache folle », ou encore le « sang contaminé, incitent les administrateurs et les universitaires à créer, en 1999, le concept de « sécurité sanitaire environnementale ». Ceci afin de répondre, selon une logique pluridisciplinaire, à la multiplication des sources d'exposition et de contamination de l'homme par son environnement98(*). La mise en évidence des risques sanitaires liés à l'environnement n'est cependant pas une nouveauté. La fin du XIXe siècle a vu se développer, avec le mouvement hygiéniste, de nombreuses règles portant sur l'alimentation en eau, l'habitat insalubre et les établissements dangereux et incommodes. La nouveauté, c'est la mise en évidence et surtout la reconnaissance officielle de l'impact retardé sur la santé humaine de l'imprégnation des milieux par des substances toxiques issues de l'activité industrielle et des matériaux employés au quotidien dans les années 1970 et 198099(*).

C'est pourquoi, nous avons pu dire que les reportages associent mobilisation citoyenne et prévention sanitaire. Car sans mobilisation de la population et des médias, les risques sanitaires sont difficilement reconnus par les autorités. Pour le comprendre, faisons un détour par la mise en place des administrations locales chargées de l'environnement. Au début des années 1990, de nombreuses municipalités sont tentées de rebaptiser « environnement » le bureau municipal de l'hygiène. En effet, ce dernier a souvent été chargé de recueillir et traiter les plaintes du voisinage. Autrefois basé sur la salubrité publique, ce service voit élargir ses compétences mais sur une base pas toujours compatible avec l'approche environnementale. Par conséquence se pose rapidement le problème de la (re)qualification des personnels. L'efficacité des bureaux municipaux chargés de s'occuper de l'environnement, s'en ressent dans un premier temps.

Or, d'un autre côté, les nouvelles lois amènent à considérer l'environnement comme un problème de santé publique. Et un tel problème relève de l'Etat, au niveau local, du préfet. Il y a donc une interférence, voire une incohérence entre les différents échelons de compétence : ainsi le préfet de Loire Atlantique a pu casser un arrêté de lutte contre le bruit pris par le maire de Nantes pour abus de pouvoir100(*). La structure municipale, ne pouvant jouer un rôle moteur, en est souvent réduite à jouer le rôle de « bureau des plaintes ». Le premier reportage sur le pyralène en rend compte, en mettant en cause l'incapacité de la municipalité de Reims à prendre des mesures efficaces. Cette situation dure au moins jusqu'au milieu des années 1990, le temps que la loi du 6 février 1992 sur la décentralisation (des compétences et responsabilités) fasse ses effets. Nous allons voir qu'à partir de 1997, les municipalités réussissent à prendre de plus en plus d'initiatives, en matière d'environnement, au niveau local.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h13, « Amiante, 50 ans de mensonge » Le journaliste a ramassé un bout d'amiante qu'il effrite. On voit les bouts d'amiante s'envoler dans le vent. Il montre ici les défaillance d'une décharge sensée être aux normes (l'amiante devrait être enfouie sous la terre) et les risques encourus par les personnes résidant ou se promenant autour de la décharge.

En attendant, le journaliste assume en 1995 et 1996, un rôle d'évaluation publique de l'état de l'environnement, rôle que ne peut assumer la commune à l'échelon local et que les experts assument au niveau de l'Etat. Il permet véritablement de faire le lien, de jouer le médiateur entre la population et les pouvoirs publics. Le cas de l'amiante est particulièrement exemplaire à ce titre. Le journaliste par l'intermédiaire du reportage qu'il réalise, donne à la population une capacité de se mobiliser. Le journaliste peut aussi l'accompagner si elle est capable de se mobiliser, en mettant à sa disposition des instruments d'évaluation. La pollution atmosphérique associée aux fumées noires du pot d'échappement ou les symptômes décrits en sont des exemples. Par ailleurs, le journaliste exhorte souvent, plus ou moins directement, les téléspectateurs à être plus vigilants vis à vis des prises de décision concernant leur environnement proche ou lointain. C'est pourquoi, nous pouvons parler d'une pédagogie du risque. En utilisant les moyens dont il dispose, c'est à dire le ton et la brièveté des commentaires, ou encore la force des images, le journaliste crée une brèche dans la vision du monde, le modèle de référence, le rapport à la connaissance du téléspectateur. L'angoisse suscitée par le reportage est sensée être salvatrice puisqu'elle implique une discontinuité, préalable de l'éventuelle prise de conscience d'un danger représenté comme immédiat101(*).

Le reportage prépare enfin le téléspectateur à un questionnement nécessaire, même si celui-ci est rapidement perçu par les personnes mises en cause comme de la provocation. Or c'est ce questionnement qui permet de passer du discours technique à la prise de postions politiques. Du fait de l'augmentation des reportages du type de celui sur l'amiante, l'homme politique se voit obligé de dépasser l'assurance de maîtrise des éléments dont il pouvait se vanter, pour intégrer la dimensions telles que la non prédictibilité, l'instabilité, l'irrégularité, le non sens et le désordre102(*). Tout ce que les journalistes mettent cependant en valeur comme des erreurs et des défauts de la part des responsables, du simple fait que ceux-ci se présentent encore dans leurs discours, comme des personnes infaillibles.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h08, « Amiante, 50 ans de mensonge », Formation de l'association des victimes de l'amiante. 1- Gros titre sur le journal que lit une personne du public : « La révolte des victimes ». 2- Descriptions des statuts de l'association.

c- L'émergence d'une éthique de l'environnement.

Sous le haut patronage de Jacques Chirac, un colloque est organisé, le 13 décembre 1996, à la Sorbonne : « Ethique et environnement». Dans son discours d'introduction, Corinne Lepage, Ministre de l'environnement, en appelle à une approche pluridisciplinaire de l'environnement ainsi qu'à une confrontation des expériences, prenant acte du fait que « l'environnement devient en soi une confluence de questions économiques, scientifiques, sociales, politiques et morales. »103(*) Selon l'édition 2000 du dictionnaire Petit Larousse, l'éthique est d'abord la partie de la philosophie qui étudie les fondements de la morale. C'est aussi, ce qui nous intéresse tout autant sinon plus, un ensemble de règles de conduite. L'environnement impose donc de réfléchir de nouveau aux valeurs morales qui fondent notamment le système politique le prenant en compte. Cette dimension occultée en France jusqu'en 1992 (jusqu'à ce que les philosophes tels que Luc Ferry s'en inquiètent), est cependant et dès l'origine ressentie très fortement par les journalistes.

Ceux-ci, durant les séquences plateau, apparaissent ou se disent souvent en empathie avec la misère, les blessures, les souffrances, voire les deuils de ceux qu'ils ont rencontré au cours du tournage de leur émission. Au cours du visionnage des reportages du corpus, nous nous sommes ainsi aperçu que les pleurs des personnes sont souvent pris en gros plan (même si la personne se détourne de la caméra ou demande que l'on arrête de filmer) : ce qui rend le moment difficilement supportable pour un téléspectateur éprouvé, de manière récurrente et sur des plans différents, tout au long du reportage. Avec l'introduction du « principe de précaution », l'exigence éthique, proche de la déontologie en médecine, devient la composante d'un environnement repensé, non plus en terme de « nature », de « paysage », mais en terme d'interaction, de relation directe entre l'activité humaine et les conséquences sur la vie des hommes impliqués ou non dans cette activité.

Le rapport Bruntland, commandé par les Nations Unies, intitulé « Notre avenir à tous » (traduit de l'anglais « Our common future ») et publié en 1987, rendait compte des problèmes environnementaux d'une manière globale. Il y était question du « sort des générations futures ». Ainsi peut-on lire dans ce rapport des propos du type : « L'incapacité de l'homme à intégrer ses activités dans cette structure (la Terre) est actuellement en train de modifier de fond en comble les systèmes planétaires. »104(*). Or dans son livre sur La responsabilité envers les générations futures, publié en français en 1994, Dieter Birnbacher, explique que d'une manière générale, la population marque une certaine indifférence envers l'avenir. Cette indifférence est seulement tempérée par l'intérêt des individus pour le destin futur de ceux qui leur sont proches. Tous les membres des « générations futures » n'ont donc pas la même signification : l'individu ne s'intéresserait qu'au bien futur des membres d'un groupe étroitement limité, auquel il appartient, et ce d'une manière approximative dans où le bien futur le préoccupe105(*).

Or avec l'amiante, le pyralène et bientôt les organismes génétiquement modifiés, l'individu se sent plus que jamais concerné. Certes, ces produits, peuvent encore affecter l'environnement naturel (la Seine pour le pyralène, la perturbation des équilibres écologiques pour les organismes génétiquement modifiés). Mais ils affectent d'abord et surtout (d'après les journalistes) ou du moins, ils risquent d'affecter (selon les experts et les scientifiques) la santé des personnes et des Français en l'occurrence. Nous l'avons dit l'environnement n'est plus seulement quelquechose à protéger, à préserver, il s'agit à présent de l'assainir pour le bien immédiat de tous. En termes éthiques, c'est un droit et une responsabilité qui incombe à chacun en fonction de son domaine de compétence.

Si la moralisation de la nature aurait pu avoir pour conséquence un certain immobilisme et un défaut d'autonomie de la personne humaine, l'éthique, appliquée à l'environnement, permet au contraire d'envisager l'environnement comme une dynamique. Corinne Lepage, dans sa dernière allocution le 13 décembre 1996, se sent encore obligée de rappeler que l'approche politique de l'environnement « n'est plus une affaire d'utopistes, de rêveurs baba cool mais une affaire de responsables politiques, économiques, confrontés à la réalité. Autrement dit, l'éthique est une partie de cette réalité que le travail des journalistes conditionne et façonne en partie. L'éthique, associée à l'environnement, dans le discours de Corinne Lepage renvoie expressément à trois dimensions106(*).

Elle est « humaniste » car les Français sont parfaitement capables de s'extirper par leurs propres moyens des difficultés rencontrées en la matière sans verser dans les extrêmes que sont la seule logique de la rentabilité économique et l'abrogation des droits de l'Homme. Elle comporte un enjeu de solidarité au présent, contre l'oubli du passé (cf. pour Envoyé spécial, les rétrospectives et les rediffusions) pour une prise en compte du futur (cf. pour Envoyé spécial, les recommandations, les estimations, l'omniprésence de la figure de la mère et de l'enfant). L'éthique, en ce qui concerne l'environnement, est enfin un enjeu politique, une manière de chercher et de trouver un sens dans la vie.

En 1996, le Pape Jean-Paul II fait un appel en faveur d'une éducation universelle à la responsabilité écologique. Il va de soit à présent qu'Envoyé spécial participe de cette éducation. Du fait de leurs expériences au cours de la période 1992-1996, pour ce qui est de l'éthique, les journalistes tirent des enseignements similaires à ceux de Corinne Lepage. Le montage, le commentaire et la diffusion du reportage sont autant de manière de rendre compte de cette expérience. La sensibilité d'Envoyé spécial est souvent en phase ou précède de peu l'évolution générale de la sensibilité de la société en matière d'écologie. Quand elle ne l'influence pas directement. Le cas de l'amiante en fut un exemple, la « journée sans voiture » initiée, en France, par le magazine en est la concrétisation.

Troisième partie :

Le temps des bilans.

(1997-2000)

Chapitre 5 :

Envoyé spécial,

moteur ou accompagnateur

des politiques publiques ?

(1997-1999)

Lors d'élections législatives anticipées et suite à un accord électoral avec le parti socialiste, huit écologistes entrent pour la première fois dans l'Assemblée Nationale en mai 1997. En juin 1997, Lionel Jospin, Premier Ministre du nouveau gouvernement mis en place, confie à Dominique Voynet un grand ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement107(*). L'intitulé du ministère se distingue de l'intitulé du secrétariat d'état que l'on avait déjà confié à autre écologiste, Brice Lalonde (Cf. chapitre 2). Un renversement des perspectives s'est donc opéré durant les années 1990.

Le chargé de l'environnement avait auparavant surtout pour tâche d'avertir la population des dangers qui la menaçait, et d'y pallier en cas de danger effectif. Si en 1997, le rôle de prévention reste un rôle essentiel de la ministre chargée de l'environnement, ses compétences s'élargissent pour s'inscrire concrètement dans la logique de l'aménagement du territoire. Le contexte est de nouveau favorable aux écologistes et à leurs projets, tandis que l'environnement devient, à la fin des années 1990, une affaire de gestion et un élément nécessaire de la communication des hommes politiques et des entrepreneurs.

Envoyé spécial essaie par conséquent, durant cette période, de construire un discours à la fois incitatif et réfléchi sur l'environnement, qui permette de distinguer le propos du magazine de tous ceux qui font désormais de l'écologie leur raison d'exister et de persévérer. Parmi les thèmes majeurs développés par Envoyé spécial sur la période, on note le réinvestissement des espaces naturels (que l'on doit notamment au développement récent d'un « tourisme vert ») ; les solutions politiques, économiques et les pratiques citoyennes envisagées pour limiter des pollutions engendrées par la mécanisation, l'industrialisation, constante au cours des années 1990, des pratiques de production et par un mode de vie citadin.

A- « Alerte à la pollution », plus qu'un cri d'alarme,

une sensibilisation de l'opinion.

Depuis le début des années 1990, et avec de nouveau plus de force à partir de 1995, une idée est en germe au sein de l'administration en charge de l'environnement : donner un rôle actif à la société civile afin qu'en cas de situation délicate, tout ne soit pas immédiatement confié à une structure d'Etat sous commandement unique. Cette idée était déjà à l'origine des première manifestations antinucléaires à la fin des années 1970, mais elle n'a de traduction concrète qu'avec la mise en place de nouvelles lois (notamment celles sur le paysage) et la décentralisation progressive, depuis les années 1980, des responsabilités, et bientôt des budgets, en matière d'environnement.

Parallèlement, dans le magazine, nous notons une évolution du statut du téléspectateur. Du récepteur passif d'un discours parfois trop simplifié (au risque d'être qualifié de simpliste pour ce qui concerne la période 1990-1992) et de témoin impuissant d'événements globaux ou de situations présentées comme inextricables, le téléspectateur va être désormais considéré comme un acteur autonome et surtout responsable d'un environnement plus restreint et plus proche de lui. Cela se traduit, en pratique, par une initiative de Paul Nahon et Bernard Benyamin. En mai 1997, ceux-ci téléphonent à différents maires pour voir si l'un d'eux serait prêt à organiser, dans sa ville, une « journée sans voiture ». C'est le maire de La Rochelle, Michel Crépeau, à la fois proche des écologistes, des socialistes et ancien chargé de l'environnement au niveau du gouvernement, qui répond positivement à leur appel108(*).

a- Le renouveau de l'engagement d'Envoyé spécial.

Envoyé spécial, 25-09-1997, 20h59, « La Rochelle, l'utopie ? », installation du panneau annonçant les dispositifs mis en place pour la « journée sans voiture ».

La première manifestation officielle appelée « journée sans voiture », s'est déroulée à Reykjavik, une ville de 100 000 habitants et capitale de l'Islande, en juin 1996. L'expérience de La Rochelle, chef lieu du département de la Charente-Maritime et ville comparable, en taille à Reykjavick (100 000 habitant si l'on compte l'agglomération), s'est déroulée le 9 septembre 1997. C'est la première de ce type pour ce qui concerne la France. Elle acquiert rapidement un niveau international pour devenir en 1998, l'European Mobility Week, organisée depuis, chaque année, entre le 16 et le 22 septembre, avec obligation pour les participants d'organiser, le samedi ou le dimanche précédant le 22 septembre, une « journée

sans voiture »109(*). Lorsque nous avons demandé à Paul Nahon et Bernard Benyamin comment leur était venu l'idée, ils ont répondu que c'était une affaire de « bon sens ». Se rendant compte que la voiture est un facteur aggravant de la pollution atmosphérique dans les villes, ils en seraient tout naturellement venus à l'idée d'organiser une

« journée sans voiture ».110(*) Nous ne pouvons donc rien conclure quant à l'origine de cette idée. Toujours est-il qu'elle va rencontrer un succès grandissant, au fur et à mesure des années, pour ne plus seulement être cantonnée dans les limites d'une manifestation ou d'une expérience ponctuelle.

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h, « La Rochelle, l'utopie ? », 1- Maxime Bonno, adjoint au Maire de La Rochelle, lors d'une réunion publique : « C'est fini, on pourra plus continuer comme ça, il faut inventer les transport du XXIe siècle ! » 2- vue sur la circulation routière de La Rochelle.

Les notions de « bon sens » ou d' « ouverture vers les autres », évoquées plus haut et énoncées plusieurs fois par Paul Nahon et Bernard Benyamin au cours de notre entretien, renvoient au « scepticisme » tel qu'Isabelle Stengers, auteur d'un article sur le développement durable, le définit, c'est à dire comme une exigence de lucidité :

La proposition de durabilité semble l'expression de la sagesse la plus élémentaire. Faire intervenir activement le long terme dans la décision, tenter d'en imaginer les conséquences, se donner les moyens de les rendre discutables et repérables pour pouvoir prendre en compte leur éventuelle non conformité par rapport aux anticipations qui ont justifiés la décision, tout cela porte un nom : penser. 111(*)

C'est bien ce que font Paul Nahon et Bernard Benyamin, ainsi que le Maire de la Rochelle et ses administrés, en 1997. Aux journalistes, d'après Paul Nahon et Bernard Benyamin, il incombe de proposer un espace de discussion et de réflexion sur les choix que fait la société, en l'occurrence en matière de transport. Et c'est ce qui transparaît dans le reportage, « La Rochelle, l'utopie ? » : une effervescence de confrontations et de propositions. Ce reportage, de Jean-Pierre Métivet, rend compte de l'organisation et du déroulement de la « journée sans voiture » organisée le 9 septembre 1997 à La Rochelle. Il est diffusé au cours d'une émission tournée en direct de cette ville et intitulée « Alerte à la pollution ».

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h04, « La Rochelle, l'utopie ? », 1- Monsieur venu rendre un vélo emprunté, se dit conquis et avoir repris le goût du vélo, il veut s'en acheter un. 2- Des dames d'un certain âge empruntent des vélos. 3- Le ballet des voitures électriques.

Un article, paru le 25 septembre 1997 dans Le Figaro à son sujet, fait mention d'une statistique selon laquelle 82% des Français estiment que l'invasion d'oxydes d'azote et de souffre dans l'atmosphère constituent une menace grave pour leur santé. L'auteur de cet article ajoute que cela ne les empêche pas, pour la majorité d'entre eux, de préférer leur véhicule aux transports en commun. C'est pourquoi Envoyé spécial décide de monter une émission dans laquelle la pollution atmosphérique occupe la première et majeure partie de l'émission. Par ailleurs, cette émission donne une part importante du temps de parole à la population, c'est à dire à des individus qui ne sont ni responsables, ni scientifiques ou experts, à La Rochelle mais aussi dans d'autres grandes villes à travers le monde.

« La Rochelle, utopie ? » commence par divers plans, alternant des prises de vue de la ville de type carte postale (La Rochelle est une destination touristique, on voit donc le port, des bâtiments historiques) et des prises de vues plus conformes à ce que l'on se représente de la pollution atmosphérique en ville (des plans aériens et des plans rapproché de voitures circulant les unes derrière les autres, un cycliste coincé entre deux files de voitures, pareillement au reportage du 19 janvier 1995). En fond sonore, on entend une musique d'un film de Tati, Les vacances de M. Hulot, (qui rappelle fortement la musique du reportage « Massacre à la tronçonneuse » de juin 1990) et les réceptionnistes répondant aux interrogations de particuliers à la veille de la journée « 24 heures sans voitures ». Le journaliste explique que chaque jour 30 000 voitures gagnent le centre ville et que la moitié n'a rien à y faire. A la thématique de l'envahissement de l'espace urbain par les véhicules particuliers, s'en ajoute une autre, celle dont le journalise parle avec familiarité : « l'attachement des Français pour leur bagnole » dont il faut se défaire.

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h15, « La Rochelle, l'utopie ? », L'épicier : « Zéro voiture, zéro client ! Je ne veux pas que des voitures mais je veux aussi des voitures »

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h04, « La Rochelle, l'utopie ? », Le Maire de La Rochelle : « j'signale que cette voiture est électrique et qu'on aille pas dire que le Maire circule dans un autre véhicule » / Le journaliste (voix-off): « Y'a quand même des râleurs ? » / Le Maire : « Oui, ben ça, on le ferait pas, y'aurait quand même des râleurs ! »

Le téléspectateur voit aussi plusieurs réunions rassemblant des responsables associatifs, des responsables municipaux du transport et de la sécurité, ou encore des citoyens. Tout se fait dans la « concertation » (le mot est répété plusieurs fois au cours du reportage) et de manière spontanée. Les divers intervenants, à commencer par le Maire de la ville, apparaissent toujours enthousiastes. Leurs discours sont souvent improvisés, mêlant humour et provocation. Pour exemple, Michel Crépeau, indique au cours d'une réunion, que la gêne causée par l'expérience vaut bien celle causée par une braderie, et que l'avenir du transport en ville vaut bien l'engouement annuel pour « les vieilles chaussettes et les chemises démodées ». Il faut ici noter que la prise en compte de la qualité de l'environnement est présentée comme un gage d'avenir.

Le reportage montre des personnes sceptiques mais rarement de mauvaise volonté. Un conducteur aimerait voire le taxi électrique qu'il conduit gratuitement durant cette journée, se répandre et s'améliorer en terme d'autonomie. Le journaliste en conclue que « les professionnels ne voient pas ces véhicules d'un mauvais oeil, ils y sont même plutôt attentifs ». Après la diffusion du reportage, sur le plateau, le journaliste avoue qu'il pensait rencontrer des habitants goguenards. Au lieu de cela, il a pu s'apercevoir que des personnes pouvaient discuter entre elles de la pertinence de l'expérience. Le journaliste commente : « Dans les rues, c'est un forum permanent où rien n'est ou tout blanc, ou tout noir, où les personnes peuvent être à la fois intéressées et gênées par l'expérience. » Le reportage fait aussi état de quelques petits désagréments comme un ouvrier obligé de transporter ses outils avec une brouette ou un motard ne voulant pas garer sa moto sur les parkings mis à sa disposition de peur qu'on lui la vole. Le cas des petits commerçant est un peu plus critique car leurs clients, habitués à mettre leurs achats dans le coffre de leur voiture, ne se sont pas déplacés.

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h15, « La Rochelle, l'utopie ? », Les rues de La Rochelle sont un « forum permanent. » 1- « On fait de La Rochelle une ville de vieux. Marcher à pied, c'est retourner au Moyen-Âge ! » 2- Des personnes contestent. 3- La dame a été mise en congé sans solde pour la journée, mais elle est contente car elle peut se reposer et flâner.

Mais dans l'ensemble, le reportage met l'accent sur l'ambiance festive : des personnes à cheval, des mamans se promenant avec leur poussette, un grand bi, des skates, des rollers, des voitures électriques. Tout le monde se croise et l'organisation des transports s'en trouve d'ailleurs perturbée. Michel Crépeau, revenant sur l'expérience après la diffusion du reportage, dit avoir été un peu déçu par le tournant qu'a pris l'expérience qu'il souhaitait mener. Il aurait préféré que la journée se soit passée comme à l'ordinaire ; son objectif était avant tout de tester des solutions et modes de transports alternatifs au véhicule particulier à essence. Au cours du reportage, l'adjoint au maire détaille ainsi de nombreux projets ayant pour vocation de donner une suite à ce qu'il considère, lui aussi, comme une expérience grandeur nature. Il propose, entre autres, une mise à disposition de voitures individuelles électriques municipales, d'un terminal hors de la ville pour éviter que les camions n'encombrent le centre ville.

Le journaliste signale et montre que la ville s'est récemment dotée de capteurs. Il ajoute que la pollution atmosphérique et sonore, causée par la circulation automobile, touche les agglomérations de toutes tailles, et pas seulement les plus grandes. Le journaliste tire, en fin de reportage, un bilan de l'expérience devenue manifestation : si les émissions de sons et de gaz d'échappement ont chuté, la qualité de l'air ne s'est évidemment pas améliorée d'un seul coup. Pour donner encore un exemple du statut conféré au journaliste, en tant que juge et observateur, nous avons remarqué deux séquences permettant de comparer le bruit d'une ville avec et sans voitures. La première est signalée par le journaliste : au cours du reportage, il fait une pause dans son commentaire, intentionnellement, pour que le téléspectateur écoute le bruit des rues. La seconde est laissée à l'attention du téléspectateur, en conclusion du reportage, après que les voitures aient réinvesti le centre de La Rochelle. Dans la première séquence, on entend les personnes parler, rire, le bruit des vélos et le doux bruit des voitures électriques, bref une diversité sonore que couvre le bruit monotone des moteurs, dans la seconde. Il n'est donc pas fait seulement appel à l'intellect mais aussi à la sensibilité du téléspectateur. En cela et sur d'autres points énoncés précédemment, cette opération permet, d'abord sur place, une sensibilisation des personnes aux nuisances causées par l'automobile. Elle permet ensuite la sensibilisation des téléspectateurs, ceux-ci pouvant poursuivre chez eux la conversation engagée par les personnes interrogées dans les rues de La Rochelle et pourquoi pas demander à leur municipalité de tenter l'expérience dans leur ville respective.

b- Approche comparatiste et éducation à l'environnement.

En 1978, l'Unesco adopte dans un rapport final, lors de la conférence intergouvernementale de Tbilissi112(*), les préceptes d'une éducation à l'environnement. Selon ce rapport, l'éducation à l'environnement s'appuie, premièrement, sur la prise de conscience de ce qu'est l'environnement, des relations qui le relient l'individu et à la société, et enfin, des solutions devant aider à résoudre les problèmes liés écologie. Pour ce faire, il faut acquérir certaines connaissances (par exemple, qu'est-ce qu'un écosystème ? quel est l'impact de telle ou telle activité humaine ?). Cela passe aussi par l'acquisition de valeurs parmi lesquelles signalons « développer un esprit critique à l'égard des valeurs sociales » et « accroître la motivation à agir pour l'environnement. » Il s'agit enfin d'acquérir certaines compétences parmi lesquelles « élaborer, mettre en oeuvre et évaluer un plan d'action » ou encore « communiquer (informer, discuter, négocier, convaincre) ». Tout ceci devant à terme susciter chez l'intéressé une capacité d'analyse et une volonté d'agir pour l'environnement (aménager sa maison pour économiser l'énergie, réduire le nombre de petits parcours en voiture, organiser dans sa ville une journée sans voiture). En comparant les critères d'une éducation à l'environnement avec tout ce que nous avons pu détaillé de la construction et de la contextualisation des reportages sur l'environnement, diffusés dans Envoyé spécial, nous pouvons affirmer que l'émission a participé, d'une manière ou d'une autre, à l'éducation à l'environnement d'une partie au moins du public, régulier ou non, du magazine

Cependant on peut rétorquer que l'information n'est a priori nullement synonyme de savoir ou connaissance (et confondre par la même occasion, éducation et instruction). Savoir et connaissance exigent recul, discussion, aide : un savoir, c'est une information que l'on s'est appropriée113(*). Pour acquérir un savoir, l'individu a besoin d'une aide, d'un être humaine qui lui explique l'information pour en exhiber les constituants et surtout pour les faire comprendre par le destinataire. N'était-ce pas la mission que s'étaient assignés Paul Nahon et Bernard Benyamin lors de la fondation de leur magazine ? Mais Louis Porcher, s'intéressant au lien entre éducation et communication de l'information, émet une réserve : considérant que les médias concourent à la massification et non pas à l'individualité, ils ne peuvent délivrer, selon lui, qu'une information et non pas construire un savoir114(*). Nous ne sommes cependant pas d'accord avec ce point de vue globalisant car chaque téléspectateur est capable de discuter en famille ou avec des amis de ce qu'il a vu, de porter un jugement critique et de considérer, à titre individuel, les informations, participant de l'acquisition d'une connaissance, qui lui sont transmises. Et même, si nous prenions en compte ce point de vue, l'éducation nationale, du fait de la conception républicaine sur laquelle repose son système d'apprentissage, ne concourt-elle pas autant à la massification que les médias ?

Laissant cette question ouverte, reprenons le fil de notre réflexion. Lucie Sauvé, dans son livre Education et environnement à l'école secondaire, apporte encore quelques précisions concernant l'éducation à l'environnement. En les accommodant à notre propos, nous observons qu'Envoyé spécial contribue en effet à cette éducation, en essayant de faciliter pour chaque téléspectateur la découverte de sa place dans la société. L'éducation, par ailleurs, ne se résume pas à l'acquisition de connaissances, elle est plutôt un processus qui permet l'acquisition d'une attitude face aux événements de la vie. La dimension affective, qui fait que l'on peut apprécier ceci ou cela, est partie intégrante de cette éducation. Or que ce soit par l'image ou par les sons (la musique qui instaure une ambiance), Envoyé spécial intègre résolument cette dimension affective. L'éducation à l'environnement doit surtout permettre de faire de l'environnement une préoccupation à la fois quotidienne et transversale115(*). Envoyé spécial s'est depuis le début donné pour objectif de transmettre l'information au téléspectateur et de lui proposer une organisation de ces informations. Par les rétrospectives, les rediffusions et le traitement sur le moyen terme de sujets similaires (cf. la pollution atmosphérique), le magazine permet au téléspectateur attentif ou à un public régulier d'établir des liens entre les nouvelles informations et les connaissances antérieures116(*).

Dans des termes plus concrets et entres autres exemples, dans le reportage suivant la diffusion de « La Rochelle, l'utopie ? », à savoir au début du reportage « Paris brûle-t-il ? », on voit une dame se faire contrôler et se rendre compte, à son grand étonnement, que sa voiture émet des gaz d'échappements dont la qualité n'est pas en conformité avec les normes en vigueurs. On la voit ensuite qui reçoit une contravention. Cela incite assez logiquement les téléspectateurs à un peu plus de vigilance et pourquoi pas, à se doter rapidement d'un pot catalytique, en accord avec la nouvelle « loi sur l'air ». Autre exemple, dans le chapitre précédent, nous avons abordé les limites d'une certaine conception de la responsabilité envers les générations futures. L'avenir est difficilement représentable et sa représentation est généralement peu convaincante. Or, si cela est valable pour ce qui est éloigné dans le temps, cela est beaucoup moins valable pour ce qui est géographiquement et socialement éloigné, dans la mesure où par principe, ce qui est éloigné spatialement peut être intégré à tout moment dans la perception du contemporain117(*). Et Envoyé spécial a très tôt développé une approche comparatiste qui permette, en matière d'environnement comme sur d'autres sujets, d'aller voir ce qui se fait au-delà des frontières de l'hexagone.

Voyons à présent l'apport éventuel et les limites d'une telle approche. Remarquons auparavant que l'école n'a abordé, jusqu'ici, qu'imparfaitement cet aspect de l'éducation ; ceci explique, en partie, les craintes qu'a suscitées et que suscite encore la récente internationalisation des échanges de biens et de services (depuis la création de l'organisation mondiale du commerce en 1994 et l'ouverture d'un espace de libre échange européen redéfini en 1995). Envoyé spécial essaie donc de pallier ces craintes. En montrant qu'en matière de gestion de l'environnement, d'autres pays sont plus en avance ou ont adopté des solutions différentes, le magazine ne pointe pas seulement les faiblesses de la France mais encourage aussi les Français à s'intéresser aux habitants des pays alentours autrement que comme de potentiels concurrents. On a déjà mentionné, à propos du traitement des déchets, un reportage diffusé le 28 mai 1992, dont le contenu est comparable aux vidéos institutionnelles diffusées dans les écoles sur le même sujet. On y voit une dame allemande préparer sa salade et montrer dans quelle poubelle elle jette chaque détritus. Le reporter montre ensuite comment une boîte ayant contenu du lait, après avoir été recyclée (on voit les étapes de ce recyclage), devient un meuble. Le 23 mai 1996, est diffusé un reportage du même genre, « Histoire d'eaux », sur le traitement des eaux usées et l'approvisionnement en eau potable de trois grandes villes : Paris, Moscou et New York.

Cependant cette approche comparatiste n'empêche pas les clichés, elle les retravaille plutôt à l'aune de l'environnement. Que les Allemands soient en avance sur les Français au niveau de la gestion de l'environnement, c'est sans doute un fait, c'est aussi devenu, en France, un stéréotype. Le journal, Le Figaro, attentif à la programmation d'Envoyé spécial fait état des faiblesses d'un reportage diffusé le 12 juin 1997. Ce reportage a pour vocation d'encourager les Français à retrouver le goût du vélo (moyen de locomotion présenté comme propre et pratique). L'objectif est aussi de demander à la municipalité parisienne de poursuivre ses efforts par l'aménagement de nouvelles pistes cyclables, en montrant ce qui se fait ailleurs  :

« Le sujet étant rarement évoqué, on ne pourra que s'en féliciter. Raison de plus pour être exigeant et regretter qu'Anne Ponsinet et Christian Hirou aient abordé ce thème de façon si banale. [...] l'inévitable reportage sur Amsterdam [...]

Pourquoi la capitale est-elle quasiment la dernière pièce d'un jeu de dominos à avoir basculé, très longtemps après Bordeaux, Grenoble, Strasbourg, Brest, Nantes ou Chambéry ? L'occasion était pourtant belle de montrer comment le vélo est entré à Paris, puis est devenu une priorité politique, et non l'inverse. 

Plutôt que d'aller à Amsterdam, pourquoi ne pas être allé enquêter Strasbourg, où 15% des déplacements mécanisés se font à vélo, soit le double de la moyenne nationale ? Là encore, la petite reine surprend, elle est girondine, plutôt que jacobine. »118(*)

Envoyé spécial multiplie malgré toutes les tentatives pour faire découvrir ou redécouvrir aux téléspectateurs, les usages en matière d'environnement, des autres habitants de la planète. Avec l'expérience et à partir de 1995, le magazine intègre de plus en plus, au sein d'un même reportage ou d'une même émission, plusieurs approches d'un même problème dans différents pays, sur divers continents. En septembre 1997, à l'occasion de la diffusion de l'émission spéciale « Alerte à la pollution », la presse se fait d'ailleurs l'écho de ces efforts. En témoigne, cet extrait du journal La Croix, condensé des reportages diffusés au cours de l'émission  :

« A chaque ville son remède. Los Angeles se lance avec efficacité dans « la bataille du smog » grâce à de sévères inspecteurs de terrain, le développement du covoiturage ou du travail à la maison. Athènes pratique la circulation alternée et interdit aux particuliers de rouler en diesel. Au Brésil, il est défendu de circuler en centre-ville et à Singapour, seuls les riches peuvent rouler. Quel effort sommes-nous prêts à faire et combien d'argent prêts à investir ? Bonne question posée par Los Angeles. [...] »119(*)

La dernière question renvoie bien à l'éducation à l'environnement que nous avons évoqué plus haut. Cette réflexion se poursuivra, avec constance, jusqu'en 2000. Voyons à présent comment, Envoyé spécial a abordé cette question cruciale, celle du financement et de l'économie engendrée par un nouveau rapport des hommes à leur environnement.

B- La gestion de l'environnement et les entrepreneurs.

Dans la bataille qui tantôt oppose, tantôt rallie les industriels et les entreprises à la prise en compte de la qualité d'un environnement sain et respecté, se joue à court terme, une question d'argent et d'intérêts, et à moyen terme une question de légitimité du discours et de pouvoir. Le propos d'Isabelle Stengers, auteur d'un article sur le « développement durable », nous apporte un éclairage intéressant à ce sujet. Selon, elle :

Les représentants de ce que l'on appelle les nécessités économiques sont nombreux et dotés d'un discours admis comme compétents : inventif articulé et puissant, capable même de se représenter en garant de la satisfaction des besoins et du bien être des populations.

Les questions liées à l'environnement se présentent, elles, en ordre dispersé et ceux qui les expriment peuvent toujours être contestés, définis comme peu objectifs, comme solidaires de valeurs subjectives car l'environnement donne rarement à ses représentants le pouvoir de la démonstration. Sauf lorsque celle-ci est devenue redondante : tel développement, en effet, n'est pas durable.120(*)

Le temps qui opposait les partisans d'une croissance zéro (comme pouvait la préconiser le Club de Rome en 1968) aux partisans d'un développement à tout prix, est passé. Dans les années 1990, les lois concernant l'environnement se font plus contraignantes. Le « bien être collectif » devient, du fait de l'application de ces lois, un enjeu commun à l'économie et à l'écologie politique. Dans Envoyé spécial, les industriels et entrepreneurs qui étaient, avant 1992, mis presque tous sur le banc des accusés, se trouvent à partir de 1997 départagés entre non pas les bons et les méchants, mais plutôt entre les adjuvants et les opposants à une gestion de l'environnement concertée avec les citoyens et leurs représentants. Voyons en quels termes Envoyé spécial se fait à la fois porte-parole et critique des industriels, en particulier dans les domaines de l'agroalimentaire et du transport routier

a- Envoyé spécial à l'épreuve de la communication environnementale.

En 1991, la Chambre du Commerce International publie une « Charte pour le développement durable » applicable aux entreprises. En 1992, la Déclaration de Rio considère que « l'environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considéré isolément »121(*). Certains entrepreneurs et industriels essaient alors de conformer leurs activités à ces nouvelles attentes. Lorsqu'en France, certaines de ces attentes deviennent des obligations (ex. : loi de 1985 obligeant les industriels de la vallée du Rhône à réduire leurs rejets polluants), les industriels et entrepreneurs valorisent leurs efforts, consentis bon gré mal gré, par une communication, interne et externe à l'entreprise, de leurs actions en faveur de l'environnement. Pour Michel Ogrizek, théoricien de la communication environnementale au début des années 1990 : « Le discours environnemental est le seul susceptible d'allier éthique et technique »122(*). Il permet entre autres de résoudre partiellement un problème posé au début des années 1990, à savoir le progrès technique, prôné d'abord par les industriels et entrepreneurs avant les scientifiques, est-il compatible avec une réelle amélioration des conditions mais aussi de la qualité de vie ?

Avec les industriels, les agriculteurs ont, pendant longtemps, été dénoncés comme partisans d'un mode de croissance « prédateur » de l'environnement. A la fin des années 1980, la découverte de concentrations importantes de nitrates dans les nappes phréatiques provenant des produits employés par les agriculteurs pour améliorer le rendement de leurs terres, provoque une remise en cause globale de la profession. Si bien qu'au début des années 1990, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitations Agricoles et la Confédération Paysanne proposent un contrat social entre les agriculteurs et la nation à propos de la Nature123(*). Des mesures sont prises pour réduire les externalités négatives de l'activité agricole. Et avec la loi sur le paysage, les agriculteurs acquièrent un nouveau statut : ils se posent en gardiens d'une certaine image de la France, celle des campagnes entretenues par les « paysans ». Image en adéquation avec les nouvelles attentes d'une population française, essentiellement citadine, qui considère les territoires hors des villes principalement comme des lieux de promenade.

Parallèlement le pouvoir des municipalités et celui des consommateurs se renforce. En 1995, la Commission européenne propose une « Charte des dix commandements de la consommation durable ». Cette charte impose à la fois des droits et des devoirs à un consommateur considéré comme plus responsable et autonome. Suivent, la même année, la « crise de la vache folle » et la mise en place du « principe de précaution ». Le citoyen et consommateur, de suspicieux qu'il était, est amené à devenir vigilant. Envoyé spécial se fait donc l'instrument de cette vigilance en tentant de décoder, pour le téléspectateur, les tenants et les aboutissants de la récente évolution des techniques agricoles et de leur impact sur l'environnement. En effet, Après la mécanisation et l'utilisation de substances chimiques, les avancées de la biologie, et notamment de la génétique, permettent d'envisager à partir de 1997, une amélioration décisive des conditions et du gain de production. L'autorisation en France, fin 1997-début 1998, de la culture à caractère expérimental du maïs transgénique braque contre Dominique Voynet les scientifiques et associations, relayés par la presse et l'audiovisuel. Pourquoi ?

Envoyé spécial, 25-09-1997, 21h40, fin du reportage « Les lobbies ». Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement, explique la difficulté qu'elle a rencontrées pour mettre en place la « loi sur l'air » / Dominique Voynet, nouvelle ministre de l'environnement, se dit forte de son expérience de militante pour savoir distinguer les intérêts réels des manipulations. / Une mise en abîme du rôle de la télévision et du magazine d'information. Tous deux permettent un dialogue entre intervenants éloignés en même temps qu'une confrontation : les engagements seront-ils tenus ? L'avenir et Envoyé spécial le diront aux téléspectateurs.

Le magazine Envoyé spécial, traitant de ce sujet au cours de deux reportages, diffusés un peu avant et un peu après la controverse, témoigne d'u- ne radicalisation, quelque peu contradictoire, du discours à l'encontre des organismes génétique-

ment modifiés (OGM).

Paul Nahon et Bernard Benyamin reviennent, en 2007, sur leur prise de position :

« Sur les OGM, on a tapé bien fort contre MONSANTO. Très bien. Je m'interroge aujourd'huis, est-ce que ce sont vraiment des choses nuisibles ? Je ne suis pas sûr. [...] Quand on voit aujourd'huis, José Bové et sa bande d'agriculteurs qui saccagent les cultures, moi ça me fait hurler. Et je me dis : est-ce qu'on est pas en train de passer à côté d'un vrai progrès ? [...] Aujourd'huis, peut-être par réaction, je ferai quelquechose pour réhabiliter les OGM. »

Petit retour, dix années en arrière. Le 17 avril 1997, Envoyé spécial diffuse « Les graines du futur », l'un des premiers reportages sur le sujet en France. Les précautions de langage du commentaire en voix-off en témoignent. Le début du reportage présente un Parlement européen peu intéressé par le sujet (images d'un hémicycle quasiment vide) et peu compétent dans le domaine (troubles d'une députée qui avoue n'être pas chimiste mais juriste). Une loi, adoptée le 16 janvier 1997, sur l'étiquetage des produits contenant des organismes génétiquement modifiés, est jugée peu cohérente, puisque l'on doit indiquer, par exemple, la présence d'OGM dans un concentré de tomates mais pas obligatoirement dans les ingrédients employés pour la fabrication d'une pizza. Plus que l'expression d'une inquiétude, cette mise en situation légitime d'abord l'enquête que mènent les journalistes Florence Mavic et Hervé Pozzo pour essayer de comprendre et de faire comprendre ce que sont les OGM et quels sont leurs apports. Le reportage se poursuit donc, assez logiquement, à l'intérieur de laboratoires où des scientifiques expliquent au téléspectateur, grâce à des schémas et des images de synthèses, en quoi consiste une « manipulation génétique ». D'autres personnes interviennent pour énumérer les avantages divers et variés des nouvelles semences obtenues : combattre les insectes nuisibles, produire plus proprement en dépensant moins d'énergie, et argument ultime, éliminer la faim dans le monde. Après la diffusion du reportage, les journalistes soulignent le fait que les OGM n'apportent rien aux consommateurs, c'est à dire qu'ils ne sont ni bénéfiques ni menaçants. Mais ils permettent aux utilisateurs et aux fabricants - et plus aux seconds qu'aux premiers étant donné le coût - de ces semences, d'augmenter leurs ressources financières.

Interrogés au cours du même reportage, certains scientifiques expriment néanmoins leurs doutes : les effets sur la faune (perturbation éventuelle de la chaîne alimentaire) et sur la flore (risque de contamination des autres plantes du fait de la pollinisation) sont inconnus. D'autre part, les journalistes évoquent une méfiance, toute relative, des consommateurs. A ce propos, l'insuffisance d'information des consommateurs constitue le principal reproche du reportage à l'encontre des industriels du secteur agroalimentaire. Mais un responsable de Nestlé, interrogé dans son bureau après quelques plans montrant la modernité de l'architecture du siège social, assure que des critères de qualité très stricts sont respectés. D'autre part, après qu'un des journalistes l'ait interrogé sur un éventuel « amalgame des OGM avec la « vache folle » », un membre de Greenpeace France répond qu'il s'inquiète avant tout de l'insuffisance des réactions des pouvoirs publics face à une crise ou à un danger éventuel. Un représentant de MONSANTO (un des plus gros fournisseurs mondiaux de semences et de produits servant à amélioration des cultures) ajoute, en substance qu'« Il faut expliquer aux Français que la même chose est produite dans les même conditions ». Ce que font les journalistes, comme nous l'avons vu plus haut, mais avec des intentions différentes de MONSANTO.

En effet, en dépit de leur côté rassurant, tous les discours sur le sujet restent assez flous. Les journalistes le soulignent d'ailleurs dans le commentaire et les problèmes sur lesquels on se focalise, sont d'une part, un manque d'information -du côté des scientifiques-, de l'autre, un défaut d'information - du côté du secteur agroalimentaire. Des détails confirment une prise de position défavorable aux OGM. Le premier, c'est l'utilisation, en fond sonore, du poème symphonique « L'apprenti sorcier», composé par Paul Dukas. Le second, c'est la conclusion du reportage, sur fond de musique chorale (une métaphore musicale de l'Humanité ?): « Manger n'est pas sans danger [observer la consonance des mots danger/manger] La vie sera-t-elle réellement meilleure ? » «  La Nature fait très bien les choses toute seule. ». L'introduction des OGM se fera donc « pour le meilleur et pour le pire » (« pire » étant le dernier mot du reportage !). Si comme le dit MONSANTO, l'utilisation des OGM ne change vraiment rien, alors pourquoi les utiliser ? Et si ça change quelquechose, est-il alors bien raisonnable de les utiliser ? Les journalistes se prononcent donc implicitement pour une application du « principe de précaution » et pour une interdiction, pour la France et pour le moment, de la consommation et de la plantation d'OGM.

Le 16 septembre 1999, le ton et le titre du reportage « L'or vert » se font plus vindicatifs. Le premier conseil de prudence des journalistes ayant été mal perçu, le discours se fait plus radical afin d'être entendu. Aux OGM s'ajoute, dans le reportage, une autre problématique : celle de la « brevetabilité du vivant ». Le reportage commence en Amazonie par une malédiction, lancée à l'encontre de ceux qui, non initiés par les indiens, tenteraient de s'approprier les plantes médicinales de leurs ancêtres ; ces plantes provoqueraient alors folie et toxicomanie. Or ceux qui, justement, essaient de faire un inventaire mondial et complet des plantes médicinales et de leurs propriétés, travaillent, pour l'essentiel et d'après le reportage, dans l'entreprise MONSANTO. La malédiction leur est donc indirectement adressée. Et pour cause.

Pascal Stellata, auteur du reportage, fait la description d'une entreprise qui cache mal son jeu. Derrière des apparences écologistes, derrière la volonté de nourrir et de guérir le monde, MONSANTO possèderait dans ses serres « des milliers de plantes prêtes à envahir le marché mondial ». Par ailleurs, le lourd passé de l'entreprise doit faire craindre les conséquences néfastes de la propagation d'OGM dont MONSANTO est le premier promoteur. Ainsi voit-on quelques images tirées des archives de l'Institut National de l'Audiovisuel : épandage de PCB, dioxine et agent orange utilisé durant la guerre au Viêtnam. Autant de maux qui ont affecté la terre et les humains, et dont MONSANTO serait responsable par un biais ou par un autre. « MONSANTO dirige tout, contrôle tout. », explique-t-on encore en voix-off. Des agriculteurs français, mécontents, disent que MONSANTO verrouille le marché de la semence en introduisant un gène stérilisateur qui empêcherait de réutiliser la semence d'une année à l'autre. Vérité ou simple rumeur ? MONSANTO est implicitement accusé à la fois de piller les ressources des pays en développement et d'être un acteur de la dégradation passée, et donc à venir de l'environnement.

Concernant les OGM proprement dit, un des scientifiques, ayant déjà exprimé ses réserves quant à l'impact sur la faune et la flore dans le reportage de 1997, intervient de nouveau dans ce reportage. Le Premier Ministre lui a confié un travail d'expertise en 1998. En 1997, le scientifique travaillait encore sur logiciel informatique ; on le voit ici travailler sur le terrain. Ses travaux l'ont amené à tempérer son jugement. L'impact sur la faune et la flore est apparemment moins significatif qu'il ne le pensait quatre ans auparavant. Les OGM ne seraient donc pas nécessairement un mal. On s'aperçoit que le reportage, en étant complémentaire, semble soudainement contradictoire. En revenant sur le cas des agriculteurs français, on se rend compte qu'ils ne se prononcent pas tous et unanimement contre la production d'OGM. Ils reprochent simplement à une entreprise de profiter d'une situation (temporaire ?) de monopole. Dans les faits, un sondage réalisé par l'Ifen, montre que 80% des agriculteurs sont prêts à planter des OGM, en 1998124(*). Ce qui est en jeu, plus qu'une question de santé ou d'environnement, c'est une question éthique et une question politique. Comment faire en sorte de mettre réellement au service de l'humanité les bénéfices de la recherche scientifique couplée aux savoirs ancestraux ? Dans le reportage, un membre du ministère de la Recherche intervient pour expliquer que les Français, associés à d'autres pays européens, se sont lancés dans un programme de recherche similaire afin de rendre public, c'est à dire accessible au plus grand nombre, le résultat de leurs investigation et de casser la situation de monopole dont MONSANTO profite avec quelques autres entreprises.

Que ce soit l'agriculture biologique, les OGM ou la brevetabilité du vivant (qui concerne surtout les entreprises pharmaceutiques), ce ne sont jamais vraiment les conséquences sur l'environnement qui sont mises en avant. Ces conséquences seraient plutôt la toile de fond d'une scène publique sur laquelle s'affrontent, dans un jeu de dupes, nous disent les journalistes, le secteur privé et le secteur public. Chacun veut tirer la couverture vers soi et montrer en quoi il agit pour l'environnement, pour le bien des générations futures ou pour une écologie repensée à l'aune du progrès scientifique. Acteurs privés et publics utilisent toutes les stratégies de la communication environnementale. Face à tant de bonnes intentions affichées, la confusion du journaliste le porte à accuser tantôt les uns, tantôt les autres de désinformation. Et les téléspectateurs ne sont pas plus avancés que les journalistes.

Puisque les recherches menées par le scientifique ne sont pas présentées comme suspectes et que le ministère de la Recherche apparaît comme le garant d'une publicité et d'une transparence des recherches, on peut estimer que le dernier reportage corrobore l'action de l'Etat et l'autorisation de Dominique Voynet. Et ce en dépit de tout ce que nous avons pu dire au début de l'analyse. Cependant, fait remarquable, le consommateur s'exprime peu dans le premier et ne s'exprime pas dans le deuxième reportage sur les OGM. Il semble exclu des discussions concernant les OGM. Et ce n'est pas q'une impression puisque Le livre blanc sur la sécurité alimentaire, rédigé dans le même temps par la Commission Européenne, exprime le souhait que s'impose une communication sur le risque. Autrement dit, faisant référence à un modèle vertical venu d'en haut, les pouvoirs publics se borneraient à expliquer la solution retenue sans pour autant y associer la société civile125(*). Les reportages d'Envoyé spécial rendent compte de cette communication à sens unique. Parallèlement, ils s'en font aussi l'instrument. Mais le ton employé, critique voire acerbe, constitue une tentative pour avertir malgré tout le téléspectateur et lui permettre de réintégrer le processus des prises de décision.

b- L'environnement, un secteur économique en devenir.

En 2001, au concours d'entrée d'HEC, est proposé le sujet suivant : « Protection de l'environnement et développement économique ». Catherine Fabre, professeur agrégée d'économie et de gestion, intitule une partie de son corrigé : « Effets sur le progrès technique : la protection de l'environnement comme locomotive d'un futur décollage économique. ». Son propos s'appuie sur la théorie des cycles d'innovation de Schumpeter, théorie articulée autour de la notion de « destruction créatrice » et illustrée par des exemples ayant trait à l'économie des services et aux énergies renouvelables. Considérant les limites du modèle de croissance défini dans les années 1960 et poursuivi jusque dans les années 1990, Catherine Fabre ne déplore pas cet état de fait. Au contraire, elle propose d'en faire les conditions d'un nouveau départ pour l'industrie. Ce corrigé nous renseigne sur l'état d'esprit optimiste de futurs entrepreneurs sensés être innovants et réalistes.

La promotion de l'environnement comme un secteur économique d'avenir date, en fait, du début des années 1990. Mais c'est à la fin des années 1990 qu'Envoyé spécial rend compte des tentatives réussies de concrétisation de cette idée. La première traduction pratique de cette idée a entraîné le développement d'une communication environnementale associée, après 1995, à une communication sur le risque. Nous avons vu à quel point les repères d'Envoyé spécial pouvaient être brouillés par cette communication, et par conséquent ceux de la population. La seconde traduction pratique a été - et est encore - le développement d'un secteur nouveau, alliant technologie et esprit d'entreprise. Envoyé spécial s'érige, à partir de 1997, d'abord en analyste puis en promoteur de ce nouveau secteur.

Le 6 février 1997, Envoyé spécial diffuse un reportage sur « Les produits biologiques ». Ce reportage oppose deux visions de l'agriculture, chacune défendue par un agriculteur. L'un est jeune. L'autre, plus âgé, décrit les méfaits - appauvrissement des sols et endettement des agriculteurs - découlant de la mécanisation et de l'utilisation, accrue dans les années 1960, de pesticides et d'engrais. En dépit de ces avertissements, le plus jeune pratique ces méthodes car elles sont, d'après lui, un gage nécessaire de productivité. Aveuglement, inconscience ou manque d'expérience ? La journaliste, Françoise Vallet, répond indirectement à cette question en présentant, par la suite, une ferme école fondée en 1983, en Bourgogne. La journaliste précise qu'elle rassemble une trentaine d'intervenants dont des chercheurs de l'Institut National de Recherche Agronomique. La directrice de l'établissement, intervenant dans le reportage, revendique, pour son école et ses élèves, un état d'esprit mêlant curiosité, courage et innovation. Elle souhaite faire de ses élèves de futurs agriculteurs aussi attentifs et responsables que performants. L'agriculture biologique est donc présentée comme un mode de production possible et différent du mode industriel et dominant de production agricole.

La journaliste essaie de rester critique. L'appellation « produits biologique » est considérée comme un effet de mode, propre à Paris. Un boulanger explique ainsi que « le pain bio, c'est pour la Parisiens, nous on le vend sous l'appellation « pain de campagne » ». Cette appellation répondrait d'abord au besoin de consommateurs souhaitant rétablir un lien de confiance et de proximité avec l'exploitant agricole. Un vendeur sur le marché parle de « la coupure entre le monde de la production et le monde de la consommation », thème déjà développé en 1990, dans le livre de Michèle Serres, Le contrat naturel. La journaliste remet, par ailleurs, en question une idée reçue selon laquelle les « produits bio » seraient meilleurs pour la santé. Elle leur accorde simplement une qualité nutritionnelle supérieure et l'absence de produits chimiques.

Ces quelques réserves n'altèrent pas un propos plutôt favorable, voire très favorable à l'agriculture biologique puisque la journaliste déplore une « France en retard » par rapport à ses voisins européens, l'Autriche, l'Allemagne et la Suède. La journaliste montre ainsi une cantine dans laquelle on ne mange que des produits issus de l'agriculture biologique ; la compagnie Lufthansa se vante de réussir à proposer, en première classe et en classe affaire, un menu bio de qualité et économique à la fois. Enfin, le vieil agriculteur conclue le reportage en disant : « J'ai compris que la Terre m'a été cédée, je n'en suis que le gérant. La Terre est un patrimoine vivant. J'ai compris que nous avions pour rôle avec la technique qu'on a aujourd'huis, de l'enrichir. » Et le reportage se termine sur une image de champ de blé, baignant dans la lumière d'un soleil couchant, sur fond de musique chorale : une évocation de la terre nourricière.

La journaliste précise au cours du reportage, qu'en France, l'agriculture biologique est associée à une vision traditionnelle de l'agriculture prônée par les écologistes et les « baba cool ». La tâche première, pour Envoyé spécial, est donc de la réhabiliter en présentant l'agriculture biologique comme innovatrice et pouvant susciter des vocations. Ce reportage témoigne de la force acquise par le développement d'une pensée écologiste, et pour mieux dire environnementale modernisée. Dans ce reportage, nous l'avons vu, les « baba cool » sont évoqués comme un mauvais souvenir qu'il faut dépasser pour ne pas nuire à la crédibilité de personnes qui se présentent comme les nouveaux défenseurs et gestionnaires d'un environnement de qualité.

Un autre reportage « Main basse sur les ordures », diffusé le 11 septembre 1997, met encore en valeur les réticences et la lenteur des évolutions dans une période de transition. La loi de juillet 1992 avait annoncé la fin des décharges pour 1992. Le premier constat, c'est que cette disparition ne sera peut être pas aussi rapide qu'on l'avait annoncée. Ainsi, tandis qu'à Marseille, le nouvel Adjoint au Maire parcourt une zone d'assainissement de la décharge, en cours d'expérimentation, le journaliste montre, images d'archives CAPA à l'appui, que la situation n'a en fait pas beaucoup évolué depuis le début des années 1990. Par ailleurs, certaines villes, comme Bordeaux, contournent la loi, en envoyant leurs déchets dans des départements voisins, en l'occurrence la Vienne. Des personnes interviennent pour faire part de leur déception à ce sujet (« Notre beau cadre vert est pollué ») et du « grand mépris de ceux qui nous dirigent ». Ce transfert de déchets semble en effet profiter aux syndicats de communes qui les recueillent, moyennant une compensation financière. Au terme de cette première partie, les pouvoirs publics locaux semblent incapables de se saisir efficacement du problème.

Le journaliste, Pierre-Marie Bernoux, présent ensuite le marché « lucratif » qui s'organise autour du traitement des déchets. EDF, la Lyonnaise des Eaux et Bouygues sont autant d'entreprises citées et intéressées par ce marché encore en développement en 1997. Lors de son entretien avec Paul Nahon, le journaliste indique ainsi qu' « en France, nous en sommes encore au stade des choix » et qu'un « rapport récemment publié prévoit une augmentation à venir de la facture des déchets ». Parmi les modes anciens et remis aux normes du jour, l'incinération est présentée comme un mode de traitement des déchets propre mais peu satisfaisant.

Un panache, sortant de la cheminée d'une usine et filmé en plan rapproché, rompt avec l'idée de pollution que connote ce cadrage, puisque, constitué de vapeur d'eau, on le dit aussi « propre qu'un bébé ». Pourtant, d'une tonne d'ordures résultent trois cents kilos de déchets ultimes dont

on ne sait que faire. Le problème des déchets n'est donc pas résolu. Un autre mode de traitement des déchets, la collecte sélective suivie du recyclage, paraît plus recevable. Cependant, en 1997, les usines de recyclage sont encore rares en France. Le journaliste l'indique et montre une de ces usines, située à Rambouillet.

Envoyé spécial, 04-11-1999, 22h22, « Les roues de la colère ». 1- fond sonore : musique burlesque, solo de flûte. Voix-off : En France, nous en sommes encore à étudier la montagne. 2- Le ministre des transports rappelle la priorité donnée aux voitures dans les années 1960 et les efforts récemment déployés. Voix-off : cela ne suffira pas, la montagne est menacée d'asphyxie d'ici 2010.

Envoyé spécial, 04-11-1999, 22h13, « Les roues de la colère ». Gare de ferroutage en Italie.

L'environnement devient donc peu à peu, non plus seulement un objet d'attention, mais surtout un espace propice aux actions. Actions que relatent Envoyé spécial avec plus ou moins de méfiance. Les entrepreneurs sont-ils réellement capables d'agir à la fois dans leur intérêt et dans l'intérêt de la communauté ? A la toute fin des années 1990, Envoyé spécial montre toute une série d'ingénieurs et d'entrepreneurs fiers de leurs actions et leur donne des raisons d'être fiers. Des plans généraux et en plongée permettent ainsi de faire découvrir aux téléspectateurs le gigantisme de nouvelles installations. Ils voient les ateliers modernes dans lesquelles se fabriquent les éoliennes produisant de l'électricité au Danemark (« Pour quelques degrés de plus », 4 novembre 1999), et en Italie ou en Suisse, les immenses gares et tunnels de ferroutage qui permettent d'acheminer, par train, les camions transportant de la marchandise (« Les roues de la colère », 2 décembre 1999).

Ces raisons d'espérer en un avenir meilleur contrastent pourtant avec l'incapacité des pouvoirs publics français à réformer leur pratique politique et à encourager ces initiatives. Ce à quoi s'ajoute la faiblesse des pouvoirs européens et la pression d'autres industriels, dont les intérêts sont contrariés, autant d'obstacles qui renforcent les doutes et l'engagement d'Envoyé spécial. Le détail de ces éléments contrariants fait l'objet du dernier chapitre de ce mémoire.

Chapitre 6 :

L'évaluation des moyens employés et des mécanismes de décision.

(1998-2000)

A- Le revers des lois de protection de la faune et de la flore.

Hans Jonas explicite la responsabilité de l'Homme envers son environnement en ces termes. Certes, le pouvoir des tigres et des éléphants est grand, celui des fourmis et des termites plus grand, celui des bactéries et des virus encore plus grand. Mais c'est un pouvoir aveugle et non libre. Il trouve sa limite naturelle dans l'antagonisme de toutes les forces qui vaquent à leur fin naturelle, aveuglément et sans le choisir. L'Homme, doué d'un libre arbitre et détenteur du savoir, possède un pouvoir émancipé de l'ensemble. Par conséquent, il est le gérant de toutes les autres fins en soi, qui tombent d'une manière ou d'une autre sous la loi de son pouvoir126(*). Cet état de fait a rapidement été perçu par de nombreux militants écologistes de manière assez dramatique.

L'Homme ayant aussi le pouvoir de se détruire et donc de détruire tout ce qui l'entoure, il fallait tout faire pour limiter ce pouvoir, par la force des lois ou par celle d'autres moyens moins avouables. En 1992, dans son livre Le nouvel ordre écologique, Luc Ferry reproche aux écologistes de considérer la biosphère comme un modèle à imiter. Cela revient à affirmer que l'ordre du monde est intrinsèquement bon et que toute corruption ne peut émaner que de l'espèce humaine, polluante et vaniteuse. Les écologistes ne retiendraient de la Nature que l'harmonie, la paix et la beauté occultant ce qui, en elle, est haïssable. Car la Nature est, autant que l'Homme, génératrice de violence et de mort127(*). Après avoir été les introducteurs, plus ou moins conscients, d'une version popularisée de l'« écologie profonde » de 1990 à 1992, Paul Nahon et Bernard Benyamin remettent en question à la fin des années 1990, le point de vue qu'ils avaient pu défendre au début des années 1990.

a- Une analyse du « développement durable ».

Le 7 mars 1991, était diffusé un reportage « Défense de tuer » tourné dans le parc naturel de Tanzanie et décriant le commerce de l'ivoire et l'extermination des éléphants. Le 5 mars 1998, au début d'une émission tournée en direct du Cameroun, est diffusé un reportage intitulé « Le prix de la défense ». Ce reportage d'une durée inhabituelle, 43 minutes, a été préparé par le journaliste Alexandre Valenti qui reproche aux « Occidentaux » de protéger les éléphants au détriment des hommes qui vivent sur le même territoire. En effet, depuis le moratoire de 1989, le commerce de l'ivoire est interdit, de même que l'abatage des éléphants. Cela a eu pour conséquence une augmentation de leur nombre dans un espace disponible restreint.

Le reportage débute par un gros plan sur l'oeil « expressif » d'un éléphant. Ce stéréotype renvoie à l'image que l'on se fait de l'animal, à la fois affectueux et intelligent. La tâche que se donne le journaliste, est d'ébranler ce stéréotype et de dépasser la compassion, jugée distante et facile, des téléspectateurs à l'égard de l'animal. Pour ce faire, le reportage retrace les étapes de l'histoire au cours de laquelle ce stéréotype s'est forgé. Durant les années 1980, explique le journaliste, l'augmentation des braconnages et l'absence de politique de conservation (images de cadavres et d'objets en ivoire manufacturés) avait fait craindre une extinction rapide de ces animaux. La presse et les médias s'étaient alors émus en Europe et aux Etats-Unis (images de coupures de presse) et un traité international avait été rapidement rédigé. Problème : le traité ignore les relations écologiques spécifiques à chaque pays, l'Afrique étant considérée comme un territoire indifférencié. D'autre part, ce traité implique des investissements que les pays concernés, en Afrique, ne peuvent pas tous supporter.

Le journaliste prend le cas du Botswana, un pays grand comme la France et dont les deux tiers de la surface sont recouvert par le désert. Le Botswana a aménagé un parc avec 30 000 éléphants. Les ressources du pays étant assurées par l'exploitation de mines de diamants et la volonté des responsables politiques aidant, le Botswana peut financer une armée contre les braconnages. « Mais rares sont les pays qui dans une Afrique appauvrie peuvent y mettre autant de moyens. », rappelle le journaliste. En dépit de ces conditions idéales de préservation, la saturation du parc menace son équilibre, la flore et à terme la survie des éléphants et des 139 autres espèces animales vivant dans le parc. D'autre part, les éléphants, ne pouvant tous être contenus dans un parc, se déplacent dans d'autres territoires, notamment dans les exploitations agricoles. Ainsi, le téléspectateur rencontre, par l'intermédiaire de son écran de télévision, un exploitant qui dit avoir perdu cinq à dix hectares. Celui-ci est alors à côté du cadavre d'un éléphant qu'il a abattu au milieu d'un de ses champs.

Le journaliste pose alors la question cruciale : que faire de l'excédent d'éléphants ? Il prend le cas du Zimbabwe, autre pays à la politique de conservation exemplaire et confronté au même problème. Un intervenant explique, qu'en 1986, le pays gérait la population d'éléphants comme un cheptel. On tuait les éléphants par famille entière en temps de sécheresse et sous tutelle du gouvernement (images d'un abattage, durant lequel on entend seulement le bruit des fusils, de quoi éprouver la sensibilité des téléspectateurs). Cela permettait de conditionner cent tonnes de viande qui alimentait, pour un an, les villages de la région. Les peaux étaient transformées en cuir velouté et rapportaient 2 millions (de quoi ? on ne sait pas) de recette. Les images d'un entrepôt, dans lequel sont encore entassées des peaux d'éléphants, permettent de se rendre compte qu'un pan de l'économie du pays s'est effondré, comme le dit le journaliste. Les responsables du parc voudraient pouvoir vendre le stock accumulé pour réinvestir l'argent dans la protection de la faune mais le moratoire le leur interdit. Afin de ménager la sensibilité des plus fervents partisans de la défense de la Nature, le Parc Kruger, en Afrique du Sud, expérimente la contraception pour éviter l'abatage des éléphants. Mais il est dit, dans le reportage, que cela coûte très cher et qu'il serait difficile de concevoir un tel programme de contraception pour un vaste troupeau d'éléphants.

Après le reportage, un membre de WWF France est interrogé. Il estime le reportage très complet. Selon lui, il faut en effet prendre en compte l'évolution récente des pays africains et considérer la question au cas par cas. Le journaliste insiste, quant à lui, pour qu'on en finisse avec l'hypocrisie et les valeurs esthétisantes de la faune sauvage. Il rappelle au passage que l'éléphant est devenu le fonds de commerce de nombreuses associations écologistes et des agences touristiques. D'une manière plus générale, ce reportage pose la question du partage de l'espace entre hommes et animaux. Partage, encore moins évident, lorsqu'il s'agit de la France, nous le verrons bientôt. Mais avant de poursuivre cette réflexion, remarquons que ce reportage et d'autres sur des sujets similaires, ont alimenté une polémique s'agissant des conséquences pratiques de la notion de « développement durable » et de « préservation de l'environnement » à l'échelle de la planète.

De même que les intervenants dans Envoyé Spécial, certains ont craint - et craignent encore - que l'écologie soit passée au premier plan des préoccupations et des financements de la coopération internationale lésant les besoins des populations les plus démunies à l'intérieur des pays « émergés » ou « en développement »128(*). Ce fut un point crucial de discussion lors du sommet de Johannesburg en août 2002. Durant cette période, c'est à dire de la fin des années 1990 au début des années 2000, des économistes et des sociologues, dont Alain Lipietz, ont proposé que l'on parle (à nouveau) de « développement soutenable » (plus proche du concept anglais de « sustainable development »). D'autres ont proposés que, sur le modèle de l'Indicateur de Développement Humain, soit construit un panel d'indicateurs mesurant et évaluant le bien-être en corrélation avec les ressources, la durabilité, les normes sociales, économiques et environnementales129(*). Envoyé spécial se fait donc ici précurseur d'interrogations qui ne sont pas évidentes à faire partager, parcequ'elle vont à l'encontre d'idées reçues ou convenues par une large part des téléspectateurs, voire des responsables politiques à la fin des années 1990. Voyons un peu plus en détails quels sont les tenants et les aboutissants de cette remise en cause globale de ce qu'était l'écologie du début des années 1990.

b- Ecologistes, éleveurs et chasseurs : entre confrontation et conciliation.

En 1998, Jean-Claude Genot, proche des écologistes, publie un livre Ecologiquement correct ou protection contre nature ?. Dans la première partie de son livre, il établit un inventaire de tous les vocables récemment apparus pour en critiquer la pertinence et l'esprit contraire à une conception naturaliste de l'écologie. Il conçoit avec difficulté et ironie que l'on soit passé de la « nature » à l' « environnement », de la « protection » à la « gestion », et de « prédateur » à « espèce à problème »130(*). Ses propos révèlent la persistance de désaccords non résorbés suite à l'évolution de la mouvance écologiste française durant la période 1992-1995 (cf. chapitre 3). Ils traduisent aussi une certaine perte de sens et de repères. Que signifie l'environnement à la fin des années 1990 ? Certains irréductibles, comme Jean-Claude Genot, répondent à cette question par un retour aux valeurs et aux thèmes de base, défendus par l'écologie telle qu'elle fut définie au cours des années 1970 et 1980.

Jean-Claude Genot pense ainsi que les bergers ont une « haine ancestrale » de l'ours et du loup, que les élus locaux éprouvent une forme de « rejet » et que les chasseurs ressentent une « haine plus actuelle »131(*). Les Français ne sont pas aussi radicaux que lui, même si, en 1997, 70% d'ente eux ne sont pas d'accord pour affirmer qu'il faut tuer les loups qui viennent dans les forêts de France. Ils apparaissent, par ailleurs, divisés sur la légitimité de la chasse. En 1992, la moitié des Français considère que les chasseurs favorisent l'équilibre de la forêt (de même que pour les agriculteurs, celui de la campagne). En 1998, ils sont 83% à condamner l'autorisation de la chasse pendant la période de reproduction des animaux. Et globalement, si les aspects les plus légitimes de la chasse ne sont pas ignorés, les inconvénients écologiques et moraux prévalent pour une majorité. Ainsi les trois-quarts des Français voient en la chasse une activité dangereuse pour les espèces sauvages protégées132(*).

Or le loup et l'ours sont des espèces protégées en Europe. Envoyé spécial leur consacre en 1999, deux sujets : « Le retour des loups » de Claude Andrieux (4 mars 1999) et « Tableau de chasse » (28 octobre 1999). De même que Jean-Claude Genot, Paul Nahon et Bernard Benyamin cherchent alors à comprendre « Pourquoi une dizaine d'ours, une vingtaine de loups et peut être une quarantaine de lynx suscitent autant d'opposition, de haines et d'énergies dépensées à combattre ? »133(*) En effet, les lois réduisant la période de chasse, décidées et soutenues par Dominique Voynet, causent, durant l'année 1998, de grandes manifestation de chasseurs et la création d'un nouveau parti « Chasse, pêche, nature et tradition » (CPNT), avec l'entrée au Parlement Européen de six députés issus de cette formation. Tandis que, dans le même temps, la réapparition du loup suscite la colère des éleveurs, toujours dirigée contre Dominique Voynet (admonestée par un manifestant au cours du reportage « Le retour des loups »). Première remarque : les reportages que nous allons analyser, sont moins orientés qu'un reportage du type « Danse avec les ours ». Ainsi, les revendications des éleveurs et des chasseurs sont exposées comme aussi légitimes que celles des écologistes ou des naturalistes.

Envoyé spécial, 04-03-1999, 21h32, « Le retour des loups ». 1- Morsure d'un loup. 2- Le berger reconnaît que les chiens errants causent des dégâts, mais en trente ans de métier, ils n'ont jamais attaqué son troupeau dans les alpages.

Le reportage « Le retour des loups » commence par une séquence au cours de laquelle le téléspectateur voit plusieurs cadavres amputés de chèvres. La mise en image donne l'impression de découvrir, en même temps que le berger, l'ampleur des dégâts. Les deux bergers ont par ailleurs du mal à s'exprimer. L'un d'eux, assez jeune et sensible, pleure et dit: « Avant je l'aimais bien le loup, mais maintenant, si je le vois, je le tue. ». L'autre essaie de parler mais s'éloigne plusieurs fois de l'objectif de la caméra, l'air atterré, pour finir par dire « Je suis bloqué,... ». Les bergers apparaissent sincèrement déroutés et le téléspectateur ne peut que compatir. Le journaliste attire néanmoins l'attention du téléspectateur sur le fait que les loups sont loin d'avoir fait autant de

dégâts que les chiens errants n'en font généralement. Le véritable problème qui se pose pour les autorités publique et que pose le reportage, ce n'est pas tant l'étendue des dégâts mais la reconnaissance officielle de ceux-ci et leur indemnisation. Ainsi voit-on les images d'une expertise dans un laboratoire confirmant que dans Envoyé spécial, 28-10-1999, 21h17, « Tableau de chasse ». Voix-in : choeur entonné par les chasseurs attablés. Voix-off : « La convivialité brute un monde d'homme des cuisines à la table et la peur de perdre tout ça devant des idées nouvelles, devant des idées convenables. »

le cas évoqué plus haut, ce sont bien des attaques de loups, venus des Abruzzes. Un responsable de l'Isère donne, par ailleurs, le montant des indemnisations perçues par les bergers. Dans le reportage « Tableau de chasse », c'est un cuisinier, spécialiste de la préparation des gibiers, qui explique que la chasse est d'abord un art de vivre, mêlant convivialité et traditions. Alors que le journaliste lui pose la question : « Est ce que vous croyez que la chasse, ça va encore avec la société d'aujourd'huis ? ». Le cuisinier répond : « Bien sûr, la chasse, c'est un loisir, et plus qu'un loisir c'est un art de vivre. C'est encore accessible à tout le monde. Si on continue comme ça, seuls les riches pourront se payer la chasse. ... Et puis moi, j'ai grandi avec la bécasse qui cuisait sur le poêle. Je ne sais faire que ça. Si on me l'enlève qu'est-ce que je deviens ? » D'autres séquences viennent étayer ce propos.

Envoyé spécial, 04-03-1999, 21h32, « Le retour des loups ». Echanges animés entre berger (à gauche) et écologiste (à droite).

D'autre part, même en colère, chasseurs et éleveurs paraissent plutôt raisonnables. En tout que plus tempérés dans leur jugement que ce que la presse et le journal télévisé avaient pu relater des manifestations auxquels ils ont participé (dans les deux reportage, cet aspect est évoqué par les intervenants. Un berger, le plus touché par la vague d'attaques de troupeau de l'année passée, accepte de discuter, devant la caméra, avec un écologiste. Le berger s'énerve : "Il n'y pas un écolo, pas un journaliste, pas élu qui est venu me voir ... ! On aurait pu au moins, me prévenir." Ce à quoi l'écologiste répond « Je comprends » et « Le loup, c'est un peu un bouc émissaire ». Le berger réplique : « Garder ses moutons avec un fusil, en l'an 2000, c'est beau, tiens ! ». Il s'éloigne, suivi de près par l'écologiste qui lui dit « Vous savez, on peut discuter, on peut trouver des solutions ! ». Cet échange n'est peut être pas le témoignage d'une entente cordiale mais, en tout cas, celui d'une entente possible. A la fin du reportage « Tableau de chasse », à la question du journaliste « Qu'est-ce qui a changé en soixante ans de chasse ? », le plus vieux chasseur de la commune d'Azur, en Aquitaine, répond : « Y'avait de tout avant, des lièvres, des ci, des là, ça a changé. Si vous saviez ce que j'ai tué comme alouettes et comme palombes. Aujourd'huis, faut plus en tuer et c'est normal, car il n'y en a plus autant. »

Un biologiste, Jean François Dobrémez, présenté comme médiateur entre bergers, naturalistes et collectivités explique : « Il faut bien comprendre le désarroi des éleveurs, que ça leur fait du mal de voir leur bêtes mortes ou blessées. Cependant il faut aussi que les éleveurs prennent conscience que les autres membres de la société ont des attentes. » Il ajoute, après un panoramique latéral sur le versant boisé d'une montagne, « Imaginez une France sans château, sans cathédrale. Ce serait un peu comme une nature sans loup, sans ours, sans Lynx. » Notons ici que le 23 octobre 1997, après la diffusion d'un reportage sur un sujet proche, « L'ambassadeur des ours », le journaliste comparait déjà l'ours des Pyrénées aux cathédrales romanes. Ce phénomène qui consiste à assimiler les composantes vivantes de environnement à un patrimoine (et non plus seulement le paysage), le « patrimoine biologique » diront certains, est un phénomène nouveau. Ce phénomène nous renseigne sur le consensus, rassemblant l'ensemble des membres de la communauté, à propos de la défense d'une certaine biodiversité. D'où l'absence de réactions trop vives vis à vis des écologistes, voire même une certaine entente avec eux.

Envoyé spécial, 28-10-1999, 21h29, « Tableau de chasse ». Réunion de chasseurs membres de l'ANCER .

Dans le reportage, « Tableau de chasse » est présentée l'Association Nationale des Chasseurs Ecologiquement Responsables. D'après le commentaire en voix-off du reportage : « La gestion des espèces est devenue une priorité et l'on ne perd pas la face, si l'on rentre bredouille. » De nombreux inserts sur la table

montrent des chasseurs et des écologistes réunis autour d'une table sur laquelle sont disposées des bouteilles de jus de fruit et des sodas, avec des cacahuètes. Il n'y a pas de boisson alcoolisée et de charcuterie, du type saucisson. Au contraire des chasseurs proches du mouvement « Chasse, Pêche, Nature et Tradition », qui se disent défenseurs d'une vision traditionnelle de la chasse Envoyé spécial, 28-10-1999, 21h09, « Tableau de chasse ». Jean-Saint Josse, chef du parti CPNT et député européen : « Vous êtes polis, polis mais cons ! » (Les autres ont bu le vin qu'il a apporté mais qui n'est pas bon.)

au début du reportage. Le journaliste en déduit que « Un peu partout en France, des chasseurs apprennent à maîtriser leur passion. », et qu' « Aussi étonnant que cela puisse paraître, chacun comprend et tolère l'autre. » Le journaliste interroge un chasseur : « Comment vous réagissez quand on dit, « Les chasseurs, c'est des gros cons » ? - Mais il y en a, et malheureusement, c'est eux qu'on retiendra. »

Envoyé spécial, 04-03-1999, 21h53, « Le retour des loups ». 1- Cris divers : « A bas le loup ! », « Vive le loup !» 2- Le berger sensible du début : « Je ne dors plus, si c'est pour arrêter qu'elles [il parle de ses brebis et ses chèvres] se fassent tuer, alors je serai content d'être là. »

Pour autant, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. L'échange, précédemment évoqué, entre journaliste et chasseur le stipule. Dans « Le retour du loup », l'échauffourée entre bergers manifestants et un homme est un autre exemple. Cet homme, en chemise et veston, encore dépenaillé, se dit parfaitement d'accord avec le principe de la manifestation mais il s'oppose à une image trop négative du loup ; il propose en guise de morale au téléspectateur, par l'intermédiaire du journaliste qu'il interroge : « alors qui est le loup là dedans, hein, qui est le loup ? ». Dans « Tableau de chasse », une autre séquence révèle le scepticisme du journaliste. Le journaliste suit alors une femme, sorte d'amazone des temps modernes, chassant à l'arc. Après qu'elle lui ait chuchoté « c'est un instant privilégié », le journaliste lui pose la question « Parce que vous être en train de tuer ? ». La femme se ressaisit alors et à voix haute : « Tuer, tuer, ce n'est pas un mot que j'aime bien. Ce n'est pas tuer froidement, mécaniquement. C'est traquer l'animal toute la journée et tomber sur lui au moment où l'on est fatigué. On a mérité l'animal ... bon, il se peut qu'on ne tire pas ». Enfin, Le membre d'une association écologiste du sud ouest, la SEPANSO, indique qu'il n'a « pas de haine à l'encontre des chasseurs, mais de la haine à l'encontre de tous ceux qui font du mal à la société. Rendez-vous compte, ces pauvres gens qui, quinze jours après l'ouverture de la chasse, voient leur chat se faire fusiller. » D'autres exemples émaillent les deux reportages.

Pourtant, même lorsque le journaliste les pousse dans leur retranchement, les intervenants restent toujours courtois. A côté des diatribes et des mouvements de colère, que nous avons pu relever dans des reportages comme « Massacre à la tronçonneuse » ou « Danse avec les ours », que ce soit à l'encontre des machines, des ours ou des écologistes, on peut dire, qu'à la fin des années 1990, les intervenants restent tous dans les limites du politiquement correct. Les mouvements d'humeur ne sont jamais que des dérapages et présentés comme tels par le journaliste ou les intervenants. Les journalistes élaborent donc une véritable réflexion sur les diverses pratiques de la chasse et de même que sur les différentes manières de garder un troupeaux. Cette réflexion reste néanmoins orientée en faveur des écologistes, car ils ont toujours le dernier mot et les propos leur étant favorables occupent la majeure partie de la fin des deux reportages.

Envoyé spécial, 04-03-1999, 21h57, « Le retour des loups ». Paysages enchanteurs et regard attendrissant du loup.

B- 1999, le retour d'un discours radical ?

Envoyé spécial est accusé dans un article du journal Libération paru le jeudi 18 février 1999, de céder à la logique de l' « info-tainment », c'est à dire de l'information divertissement ou de l'information spectacle. La rédactrice de cet article, Marie-Dominique Arrighi rapporte des propos de Bernard Benyamin analysant qu' « Il y a une cannibalisation des reportages d'une chaîne à l'autre. La seule manière de se différencier, c'est de faire toujours plus. En prenant des risques avec la réalité. » En effet, Envoyé spécial est directement concurrencé, sur son propre terrain, à la fin des années 1990, par l'apparition de nouveaux magazines de reportages, axés sur la société ou sur l'économie : Combien ça coûte et Sans aucun doute sur TF1, Ça se discute sur France 2, Zone interdite sur M6.

Envoyé spécial, 04-11-1999, 21h37, « Pour quelques degrés de plus ». 1- Schéma expliquant l'effet de serre. 2- L'effet de serre nécessaire au maintien de la vie sur terre. 3- Accroissement de l'effet de serre par rejet de gaz dans l'atmosphère. (image Greenpeace)

Marie-Dominique Arrighi reproche par ailleurs à Paul Nahon et Bernard Benyamin, de parler de « personnage » pour désigner les intervenants des reportages diffusés. Elle assimile cette désignation au problème rencontré par M6, cherchant d'abord les personnages et leurs histoires, construisant l'information ensuite. L'émotion suscitée ne parviendrait, selon elle, qu'à procurer au téléspectateur un « vernis de compréhension ». Or si l'on considère que la télévision est la première source d'information en matière d'environnement pour une majorité de Français, il est remarquable d'observer, en parallèle, une hausse du niveau de connaissances sur le sujet, au cours des années 1990, même si des lacunes persistent. Par exemple, la confusion entre couche d'ozone et effet de serre a tendance à s'estomper134(*).

Envoyé spécial, 04-11-1999, 21h34, « Pour quelques degrés de plus ». Procédé par accumulation ; l'apocalypse, promise par la Bible, serait-elle proche ?

A ce propos, Envoyé spécial diffuse un reportage « Pour quelques degrés de plus », le 4 novembre 1999. Par la forme et par le ton employé, ce reportage renoue avec la rétrospective de décembre 1991. Les soupçons du journal Libération ne sont pas totalement infondés. Juste après que le titre se soit affiché, le commentaire en voix-off annonce : « Le pire n'est jamais sûr, mais il ne faut pas y compter. ». Le journaliste ajoute que l'année 1998 a été l'année des catastrophes avec pour bilan, près de 30 000 morts. S'affichent ensuite, en montage rapide, toute une série de plans sur des destructions : tornades, fonte des glaciers, incendies, inondations. De nouveau des enfants apparaissent, mais plus seulement en insert. Ils sont désormais au coeur même des événements et les enfants souffrant de malnutrition d'Afrique ont remplacé les portraits d'enfants sales tirés de reportage tournés en Europe Centrale et Orientale. Les images sont beaucoup plus violentes, même dans leur enchaînement. Il n'y a plus de place pour les plans aériens sur les forêt du Canada, seules comptent les catastrophes passées, mauvais présage des catastrophes à venir. A noter, ici, l'utilisation d'images de Greenpeace. Envoyé spécial semble se rallier à leur cause puisque les images servent le propos de l'émission et ne desservent plus l'image de l'association.

Nous l'avons dit, nous nous en sommes aperçu au fil des analyses, l'environnement est devenu progressivement un donné pour la population, au point que l'on a pu parler de « verdissement de l'opinion publique » (cf. Jean-Paul Bozonnet). L'environnement est aussi devenu une préoccupation constante et grandissante des pouvoirs publics, tant et si bien que l'on a craint, au début des années 1990, une déresponsabilisation et une déconscientisation des acteurs et groupes sociaux concernés135(*). Pourtant, Bernard Benyamin fait le constat inverse

d'un environnement qui serait devenu au cours des années 1990, non plus seulement une affaire d'Etat, mais l'affaire de l'homme de la rue136(*). Certes les reportages et actions d'Envoyé spécial ont permis à tout à chacun de saisir quel était sa propre responsabilité par rapport à l'environnement. Pourtant, ce sont biens les responsables politiques et les responsables économiques, non démocratiquement élus, qui restent aux commandes. Et c'est précisément ce que dénonce le reportage « Pour quelque degré de plus ».

Envoyé spécial, 04-11-1999, 21h49, « Pour quelques degrés de plus ». Voix-off : « Le Parlement, la Commission, c'est d'abord des kilomètres de couloir. Derrière ces portes se décide 80% de la législation environnementale. »

Ainsi, la Commission européenne est présentée comme un dédale de couloirs aux portes closes, derrière lesquelles se discutent l'essentiel de la législation en matière d'environnement sans aucun contrôle apparent mais sous la pression très visible de différents lobbies industriels. A commencer par les constructeurs Français de voiture. Il est dit au cours du reportage, par exemple, que Renault refuse de parler et que l'on tient des propos convenus sur l'effet de Serre, chez Peugeot. Un député européen explique les coulisses de la manipulation : le reporter montre un registre dans lequel sont consignés tous les « cadeaux d'entreprise » reçus par les députés. Enfin, il va à la rencontre d'ingénieurs travaillant sur des solutions innovantes comme la voiture à air comprimé, « au grand mépris », précise-t-on en voix-off, « des industriels ». En guise de conclusion, une image de la mer avec en fond des éoliennes installées offshore : « Des solutions existent. L'effet de Serre n'est pas un problème. Nous devons juste accepter d'en payer le prix pour ne pas le faire supporter demain à nos enfants. » Cette recommandation s'adresse d'abord aux fonctionnaires européens et aux grands groupes industriels, elle s'adresse aussi aux téléspectateurs, citoyens, consommateurs et contribuables.

Envoyé spécial, 04-11-1999, 21h49, « Pour quelques degrés de plus ». Un député européen explique comment les industriels font pression sur les membres des différentes commissions en charge de dossiers comme la « taxe sur les énergies » ou l'« écotaxe ». Certains se voient ainsi régulièrement proposer 10 000 euros pour une conférence, avec trajet payé et discours préparé. Il dit pour plaisanter : « Le public dirait que c'est de la corruption ! »

Dans la rétrospective « Envoyé Spécial, 10 ans : Environnement ». Bernard Benyamin se fait de nouveau l'écho de cette inquiétude. Les gouvernements font-ils vraiment tout leur possible ? Le sort des Hommes est-il condamné ? En introduction de la rétrospective et en direct depuis la baie de Rio, il indique « toutes les résolutions adoptées ici semblent aujourd'huis lettre morte. » Le reportage d'une heure qui suit est un montage de reportages sur divers sujets. Par ordre d'apparition : Tchernobyl, La Hague, les complexes industriels de l'ancienne Union Soviétique, la marée noire d'Exxon Valdez, la pollution en Méditerranée, la question des déchets, la pollution de l'eau, la pollution de l'air, l'expérience de la Rochelle, la conclusion du reportage « SOS Terre ». Mis à part les sujets concernant la pollution de l'air, on remarque une proportion écrasante d'extraits de sujets tournés avant 1995, et surtout entre 1990 et 1992. Bernard Benyamin, lors d'un entretien avec responsable brésilien de l'environnement, note la lenteur, à comprendre comme l'inefficacité avérée des traités internationaux. Son vis à vis est beaucoup plus optimiste. Selon lui, les gouvernements ont fait un pas essentiel et il reste encore bien des efforts à fournir, mais il pense que l'on y arrivera.

Est-ce parcequ'ils sont constamment confrontés à l'urgence de l'actualité ? Est-ce par compassion avec les populations en détresse que les journalistes rencontrent, que Paul Nahon et Bernard Benyamin se montrent sans cesse impatients? Est-ce encore parcequ'ils souhaitent donner des raisons aux téléspectateurs de se mobiliser, que les animateurs d'Envoyé spécial renouent avec le ton plus franchement favorable à une la prise en compte d'un environnement renouvelé? Autant de réponses contenues dans autant de questions. Autant de réponses qui ne sont pourtant pas suffisantes. La médiatisation de l'environnement a eu en fait deux conséquences : d'un côté une institutionnalisation, de l'autre une instrumentalisation du discours environnemental par la communication, la politique et l'économie137(*). L'écologie est devenue une idée tellement ordinaire à la veille de l'an 2000, que Paul Nahon et Bernard Benyamin se doivent, afin de dépasser l'évidence consensuelle, de replonger le téléspectateur dans la réalité des problèmes du passé proche. Certains sont en cours de résolution, certains ne sont que les précurseurs d'autres à venir. Dans les deux cas, il s'agit de maintenir éveillé la conscience vive du téléspectateur : ce qui explique le retour d'un ton plus engagé.

CONCLUSION

> Envoyé spécial et la fabrication d'une histoire de l'environnement.

De 1990 à 2000, Envoyé spécial a fabriqué, par l'intermédiaire des reportages diffusés sur le sujet, une histoire de l'environnement. Il convient à présent de l'écrire, en la condensant, pour en faire ressortir les idées directrices.

Au début de cette histoire, il y a la Terre, et l'idéal que l'on s'en fait, la Nature. Les hommes paraissent unis par un destin commun qui conditionne le sort des générations futures. Localement, des hommes et des femmes essaient de se battre contre la fatalité de l'histoire. Les anciennes « démocraties populaires » doivent faire face au désarroi des populations asphyxiées par des usines en état d'obsolescence et surtout à l'héritage écologique laissé par l'Union Soviétique : zonage des activités économiques, manque de moyens pour maîtriser la production d'énergie nucléaire. D'autres hommes, d'autres femmes luttent aussi dans des combats, présentés par les journalistes comme perdus d'avance. Les uns veulent préserver quelques hectares de forêts, propriété d'une entreprise. Les autres s'opposent au tracé d'un TGV ou au maintien d'une décharge de déchets industriels.

Les journalistes apportent alors leur soutien ainsi que potentiellement celui, moral ou financier, des téléspectateurs. Par delà les exagérations et la maladresse des journalistes, la réalité des difficultés auxquelles se confronte la population, est exposée et l'on ne peut l'ignorer. Or la population dispose alors rarement d'autres moyens, logistiques ou juridiques, pour enrayer rapidement les problèmes de leur environnement. Les reportages constituent donc une sorte de palliatif temporaire et surtout, un moyen, pour la population concernée par des problèmes d'environnement, de s'exprimer. C'est pourquoi les journalistes déplorent souvent jusqu'en 1995, le manque de compétences des pouvoirs locaux en France. Ils rappellent aussi, dans le cas des pays de l'ex-Union Soviétique, l'aveuglement et les déficiences d'un pouvoir bureaucratique et centralisé. En France, c'est la haute administration, et son corollaire, la technocratie, qui sont visés.

Au début des années 1990, les écologistes se voient dépossédés des thématiques qu'ils défendaient, par des journalistes soucieux de ne pas leur laisser le monopole de la communication environnementale. Le rôle des journalistes s'affirme avec d'autant plus de vigueur que les écologistes sont soupçonnés d'agir d'abord pour eux et ensuite contre la démocratie et les droits de l'homme. Les écologistes que l'on dit radicaux, privilégieraient trop l'environnement au détriment des activités humaines, et donc de la survie de l'espèce humaine. Autrement dit, les journalistes prennent peu à peu conscience de la responsabilité qui leur incombe vis à vis de l'environnement. Avec l'adoption d'une législation plus contraignante, c'est à dire après 1992, les journalistes deviennent les garants d'une certaine transparence des décisions. Pour se distinguer du militantisme écologique, ils tentent d'adopter - et y parviennent parfois - un minimum d'esprit critique. Le ton se fait plus apaisé et des solutions sont enfin aussi envisagées.

En parallèle, les journalistes décèlent un ensemble de poisons, de substances toxiques ou dangereuses, qui menacent la vie sur Terre, et d'abord celle des hommes. Dès le début des années 1990, les campagnes françaises sont concernées par la découverte de substances toxiques dans les nappes phréatiques. Les villes de France semblent, dans un premier temps, épargnées, à l'inverse des centres urbains des pays « en développement » ou « émergeants », là où les problèmes liés à l'environnement sont visibles. Puis, à partir de 1995, alors que les problèmes liés à l'environnement étaient contenus, jusque là, à la périphérie des villes, ils investissent l'espace urbain, voire l'espace domestique. Ils deviennent enfin perceptibles grâce au perfectionnement des instruments de mesure. L'environnement alors n'est plus simplement considéré comme un espace à préserver et à défendre, mais comme un répertoire de menaces potentielles pour la santé, voire pour la survie des populations.

Enfin, la gestion de l'environnement révèle, après 1997, les discordances de la société française. Une première ligne de partage, la plus évidente, s'établit entre les tenants de la modernité et ceux de la tradition138(*). En l'occurrence, les écologistes, et surtout les naturalistes sont alors le plus souvent considérés par les journalistes, comme des progressistes. Ainsi, un certain consensus rassemble les deux parties en présence, à propos de la possible conservation d'une faune sauvage et corrélative au développement d'un « tourisme vert ». En dépit de ce consensus, de vives oppositions persistent car les éleveurs, les chasseurs et certaines collectivités réduites sentent leur ancien domaine de prérogative contrarié, voire contesté par ce que l'on pose et qui s'imposent comme des progressiste. Les journalistes jouent alors les conciliateurs : ils essaient de rassembler dans un même reportage, des points de vue divergents, auxquels les téléspectateurs peuvent se confronter d'une manière ou d'une autre.

La deuxième ligne de partage pourrait amener certains historiens engagés à considérer l'appellation « trente glorieuses » comme au moins aussi cynique que l'appellation « belle époque ». Elle oppose les tenants du conservatisme à ceux de l'innovation. D'un côté, du mauvais côté selon les journalistes d'Envoyé spécial, se trouvent les industriels, ayant établie leur fortune et leur pérennité, sur la consommation, en masse, de voitures, d'électroménager, de toutes sortes d'objets et de nourriture. A ceux là, il faut ajouter tous ceux qui ont pu fournir l'énergie nécessaire à ce développement, à savoir les gérants de l'industrie pétrochimique et de la production d'énergie nucléaire - même si ces derniers sont moins directement visés par Envoyé spécial. De l'autre côté, du côté des ingénieurs, se retrouvent tous ceux qui s'occupent du recyclage, du développement et de la propagation des énergies nouvelles et renouvelables, ou encore des modes de transport propres et de production agricole respectueux des écosystèmes. Les journalistes se montrent, ici, beaucoup plus partisans et beaucoup moins conciliants. Ce qui apparaît dans tous les cas, c'est qu'après l'amélioration des conditions de vie en terme de confort, les Français aspirent désormais à l'amélioration de la qualité de leur vie, c'est à dire à un perfectionnement de l'amélioration première des conditions de vie.

> La construction à l'écran d'un espace de discussion sur l'environnement.

Envoyé spécial oscille, au sein même des reportages que le magazine diffuse, entre plusieurs approches de l'environnement : une approche naturaliste, une approche événementielle et une approche plus technique mêlant économie, science et politique. A ce propos, nous pourrions même ajouter qu'Envoyé spécial, par la diversité de ses approches, a pu constituer un « brouillon » de l'environnement en France, d'abord pour les écologistes et leur sympathisants, ensuite pour les responsables politiques et économiques. Au cours des années 1990 et pour le dire familièrement, Envoyé spécial est là pour mettre le doigt où ça fait mal. Autrement dit, le magazine renseigne surtout les téléspectateurs sur les symptômes d'un environnement défaillant, afin de les prévenir et à défaut de pouvoir le guérir.

En cela, Paul Nahon et Bernard Benyamin rejoignent les aspirations du rapport Notre avenir à tous qui déplorait, en 1987, que les pratiques en matière d'environnement n'interviennent le plus souvent qu'a posteriori : le reboisement, la restauration d'un centre urbain, la réhabilitation d'un espace industriel... L'ensemble des reportages d'Envoyé spécial peuvent être considérés sous l'angle de la prévention, de l'alerte et donc de l'anticipation d'une éventuelle dégradation de l'environnement. Il serait pourtant injuste de considérer les reportages d'Envoyé spécial seulement comme des gardes fous de l'environnement. Au delà des faits, importent les discours, témoignages, explications, observations de personnes que l'on aurait peut être pas pu entendre si les journalistes ne leur avaient donné la parole. Au delà de l'information brute, importe donc la création d'un espace public audiovisuel dans lequel on découvre toutes les opinions sur l'environnement, françaises, européennes ou étrangères.

Dressons à présent une typologie des rapports que les journalistes entretiennent avec les téléspectateurs vis à vis de l'environnement. Ce sont pour la plupart, des rapports indirects. Les journalistes conseillent, préviennent et parfois sermonnent. Ils souhaitent implicitement rendre le téléspectateur responsable de ses actes et que ce dernier se départisse de ses réticences à agir au quotidien pour l'environnement. Agir pour l'environnement, cela peut aller de l'économie d'énergie à l'utilisation de produits moins polluants, en passant par l'intérêt que suscitent les propositions en matière d'environnement de tel ou tel candidat à une élection.

Les journalistes entretiennent ensuite des rapports plus directs avec les téléspectateurs. Bien que nous n'en n'ayons pas trouvé de traces, Paul Nahon et Bernard Benyamin se font l'écho du courrier et des messages minitels qu'on leur envoie. Ils ont fait des émissions en fonction de sujets que les téléspectateurs pouvaient leur suggérer ou de sujets que les téléspectateurs avaient envie de revoir. Enfin, comme à la Rochelle, les journalistes peuvent agir sur le réel en initiant des expériences originales, puis en observant et rendant compte à tous des résultats de l'expérience.

Les journalistes font alors presque office de sociologues, en tant qu'analystes des mutations contemporaines des sociétés humaines. Presque avons-nous dit, car les journalistes confondent souvent la hiérarchisation des idées propre à une explication avec celle des valeurs. Est-ce à dire que les journalistes sont des intellectuels139(*) ? S'ils le sont, ils ne l'assument ou ne l'avouent pas toujours. Quoiqu'il en soit la méthode des journalistes d'Envoyé spécial est souvent très proche de celle d'Emile Zola qui intitulait, un siècle auparavant, un article dénonçant la défaillance du jugement ayant condamné le capitaine Dreyfus : « J'accuse... ». Les journalistes sont en effet prompts à vouloir déceler le mensonge et proclamer haut et fort la vérité, en oubliant souvent que c'est avant tout leur vérité. La prise en compte de l'environnement recèle par ailleurs à une certaine éthique que les journalistes n'ont eu de cesse de valoriser en la présentant, nous l'avons vu, par eux comme progressiste. A ce propos, Yves Michaud écrit :

Nous jugeons en fait très peu de situations concrètes et vécues [...] mais sur image et sur récit constitués en séquence et tout prêts pour la médiatisation. [...] Les principe général de condamnation de la violence [à laquelle on peut rattacher les problèmes touchant l' environnement] perd son caractère de généralité abstraite destinée à commander l'appréciation des cas concrets : il devient un cas particulier dans la série des cas particuliers, celui de l'engagement moral en soi ou, selon l'expression de Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit, celui de la vision morale du monde, qui trouve sa concrétisation dans la personne de l'intellectuel médiatique.140(*)

Les journalistes se sont, plus ou moins directement, affrontés aux réticences d'autres intellectuels plus conventionnels tels Luc Ferry, et d'autres membres de la société française. Inversement, ils ont pu soutenir les thèses défendues par des membres de cette société, en premier lieu les sympathisants des écologistes, et des intellectuels tels Michel Serre ou Serge Moscovici. Certes, leur mode d'interpellation ne passe pas par l'écrit. Néanmoins, le montage des reportage prend souvent l'allure, non pas tant d'une enquête comme on a pu le dire, mais plutôt d'une argumentation. Ainsi, certains reportages ressemblent à des pamphlets, d'autres sont didactiques, d'autres encore travaillent à la promotion de telle ou telle idée. L'environnement a finalement permis aux journalistes d'Envoyé spécial d'assurer la crédibilité et la légitimité de leur propos et de leur pratique du journalisme. Inversement, les journalistes ont pu assurer la légitimité et la crédibilité qui manquaient à l'environnement pour qu'il soit enfin pris en considération, par une majeure partie de la population française et donc, par l'ensemble des responsables économiques et politiques du pays.

Table des matières

4 Sommaire

6 Introduction

8 Ecologie, environnement, développement durable. 

10 Pour l'étude d'une « sensibilité environnementale »

et d'une « culture environnementale ». 

14 Envoyé spécial et l'Histoire de l'Environnement.

16 Première partie - Le retour de l'écologie (1989-1992).

17 Chapitre 1 - La mise en place d'Envoyé spécial

18 De la nécessité d'un magazine de reportage à la télévision.

18 Une demande accrue d'informations.

20 Les exigences d'un service public rénové.

21 Envoyé spécial, le pari impossible ?

25 La recherche d'une pratique journalistique différente.

25 Envoyé Spécial : prolongement et rupture avec le journal télévisé.

27 Paul Nahon et Bernard Benyamin, journalistes,

présentateurs et coordinateurs.

29 Une démarche journalistique : entre documentaire et reportage.

32 Des moyens au service d'une volonté

32 Qui sont les journalistes travaillant pour Envoyé spécial ?

35 Le dispositif, reflet d'une conception du monde.

38 L'environnement comme thématique d'Envoyé spécial :

un « choix de société » à l'échelle de la planète.

41 Chapitre 2 - L'affirmation de l'écologie

comme thème d'Envoyé spécial.

42 Le retour en force de l'écologie dans l'espace public.

42 Un tournant de l'histoire de l'écologie politique en France (1989-1990).

44 L'écologie, entre humanitaire et cadre de vie

(janvier 1990-juin 1990).

47 Une réappropriation de la rhétorique militante

(avril 1990-décembre 1991).

52 Vers une écologie radicale ?

52 Un manifeste radical pour une prise en compte de l'environnement.

56 Le traitement des thématiques de l'écologie : sujet de controverses.

61 Le reportage : espace et outil de confrontation.

65 Deuxième partie - Une redéfinition des priorités de l'écologie

au sein d'Envoyé spécial (1992-1997)

66 Chapitre 3 - Vers une conception plus tempérée

de l'écologie ? (1993-1996).

67 La remise en question des convictions écologistes

véhiculées par Envoyé spécial.

67 L'environnement, désormais sujet de préoccupation

sociale et politique.

69 Les déboires du mouvement écologiste en France.

71 « Les commandos de l'écologie », une autocritique déguisée.

76 Les applications de la science en question.

76 Les scientifiques, défenseurs ou détracteurs de l'écologie politique ?

79 Les conséquences du mauvais usage de technologies jugées obsolètes.

84 Chapitre 4 - L'environnement devient un enjeu

de santé publique (1995-1997).

85 Problèmes d'environnement : retour en France.

85 L'appréhension nouvelle de la pollution atmosphérique.

88 Mobilisation et prévention.

91 Le « principe de précaution » à l'écran.

92 Pollution domestique et enjeux politiques.

96 Une pédagogie du risque ?

99 L'émergence d'une éthique de l'environnement.

102 Troisième partie - Le temps des bilans (1997-2000).

103 Chapitre 5 - Envoyé spécial, moteur ou accompagnateur

des politiques publiques ?

105 « Alerte à la pollution », plus qu'un cri d'alarme,

une sensibilisation de l'opinion.

105 Le renouveau de l'engagement d'Envoyé spécial.

110 Approche comparatiste et éducation à l'environnement.

115 La gestion de l'environnement et les entrepreneurs

116 Envoyé spécial à l'épreuve de la communication environnementale.

122 L'environnement, un secteur économique en devenir.

127 Chapitre 6 - L'évaluation des moyens employés

et des mécanismes de décision (1998-2000).

128 Le revers des lois de protection de la faune et de la flore.

128 Une analyse du « développement durable ».

131 Ecologistes, éleveurs, chasseurs, entre confrontation et conciliation.

137 1999, le retour d'un discours radical ?

142 Conclusion

143 Envoyé spécial et la fabrication d'une histoire de l'environnement.

145 La construction à l'écran d'un espace de discussion

sur l'environnement.

148 Table des matières.

152 Annexes

153 Sources audiovisuelles.

163 Sources complémentaires.

(entretiens, sources écrites, presse, rapports officiels et statisitiques)

166 Bibliographie.

170 Entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin.

188 Liste des journalistes.

193 Liste des intervenants extérieurs.

194 Conditions particulières de production.

196 Chronologie : l'environnement (1986-2000).

Annexes

Sources audio-visuelles

(classées par ordre chronologique)

Envoyé Spécial est un magazine d'information politique, économique et sociale, diffusé depuis le 18 janvier 1990, sur la même chaîne, Antenne 2 (A2) devenue en septembre 1992, France 2. Cette émission a été présentée par Paul Nahon et Bernard Benyamin jusqu'en janvier 2001. La grande majorité des documents présentés ici avait été indexée dans le moteur de recherche de l'Inathèque, soit dans la catégorie « écologie », soit dans la catégorie « environnement ». Après quelques vérifications concernant l'ensemble des émissions d'Envoyé Spécial, voici les documents qui ont été retenus, conformément aux paramètres choisis pour constituer mon corpus. 

Les documents (reportage et/ou plateau) sont classés selon un ordre chronologique, par « saison », c'est-à-dire de septembre à juin. Durant les mois de juillet et d'août, certains reportages sont rediffusés le dimanche entre midi, cela ne concerne cependant que très peu des documents retenus. Pour établir l'identité de chaque document, les critères sont les suivants : la date de diffusion / l'auteur (ou les participants, si c'est un plateau) / le titre du reportage / le lieu et la société de production / l'heure de diffusion / la durée du reportage / entre crochets, quelques mots du sujet du reportage (ou éventuellement du plateau). Remarque : généralement, chaque reportage est suivi d'un entretien avec l'auteur du reportage. N'apparaissent ici que les plateaux qui sortent de l'ordinaire, autrement dit lorsque des intervenants extérieurs sont invités à s'exprimer sur le contenu des reportages diffusés.

18 janvier 1990, Rabine Gilles, « Soumgait URSS », Paris, Production propre, 20h35, 11 min 30. [une ville en Russie, 19 usines chimiques, pollution atmosphérique]

22 février 1990, Guimier Pascal, « Le nucléaire : danger ? , La Hague », Paris, Production propre, 20h40, 12 min 50. [en France, une usine de retraitement des déchets nucléaires]

8 mars 1990, Staes Isabelle, «  France : décharges publiques », Paris, Production propre, 20h40, 10 min 15. [décharges à ciel ouvert et nuisances de ces décharges pour l'entourage]

19 avril 1990, Cornet François, « Tchernobyl Traumatisme », Paris, Production propre, 20h40, 22 min. [état des lieux 4 ans après la « catastrophe de Tchernobyl] / Botta Ettore, «  Aral le désert », France, East Ouest Productions, 20h40, 9 min 14. [sur l'assèchement de la mer d'Aral]

10 mai 1990, Staes Isabelle, « Le problème de l'eau, Eau secours ! », Paris, Production propre, 20h40, 15 min 30. [en France, la sécheresse, et en Bretagne, la pollution due au lisier et aux nitrates]

28 juin 1990, Seban Jean-Marc, Levasseur Michel, « Massacre à la tronçonneuse », Paris, Production propre, 20h30, 12 min 41. [en région parisienne, contre l'établissement d'une mine à ciel ouvert devant entraîner la disparition d'espèces protégées et d'une partie de la forêt]

27 septembre 1990, Gintzburger Anne, « Exxon Valdez », Paris, Production propre, 20h45, 22 min 24. [à propos du naufrage d'un pétrolier en Alaska]

11 octobre 1990, Hay Thierry, « Méditerranée en danger, les éboueurs de la mer », Paris, Production propre, 20h30, 15 min 33. [la mer transformée en dépotoir]

3 janvier 1991, Cornet François, « La ville noire », Paris, Production propre, 20h54, 20 min. [industrie métallurgique roumaine, pollution atmosphérique, saturnisme, risque industriel]

14 février 1991, Perrin Eric, « La bataille du rail », Paris, Production propre, 21h, 22min47 + plateau Louis Besson (Ministre des transports)/Benyamin Bernard, 21h22, 4min10. [à propos du tracé du TGV Méditerranée]

7 mars 1991, Staes Isabelle, « Défense de tuer », Paris, Production propre, 21h20, 16 min 54. [Tanzanie, Parc Naturel, le commerce de l'ivoire entraîne l'extermination des éléphants]

21 mars 1991 [annoncé pour le 28 février], Beriot Louis, Breux Yves « La France défigurée », Paris, Production propre, 21h26, 24 min + plateau Brice Lalonde/ Benyamin Bernard, 21h46, 2 min 54. [béton > besoin de gravier > gravière = menace pour les cours d'eau]

25 avril 1991, Hesters Patrick, « Tchernobyl, le mensonge », Tokyo, Nippon Hoso Kyokai (NHK), 20h50, 26 min. [ Un médecin japonais mène son enquête sur les conséquences de l'explosion du réacteur nucléaire sur la santé ]

9 mai 1991, Enrico Robert (cinéaste), « Terre Brûlée », Paris, Production Propre, 20h40, 32 min.[les incendies dans le Var]

23 mai 1991, Hesters Patrick, « SOS Terre », Paris, Production Propre, 20h50, 29 min 58. [ déforestation, effet de serre, désertification]

12 septembre 1991, Staes Isabelle, « Koweit, l'enfer », Paris, Production Propre, 1991, 20h53, 26 min 37.[ incendie des puits de pétrole au Koweït] [impossible de consulter]

30 décembre 1991, Tazieff Haroun (commentaire), « Rétro 1991 : l'écologie », Paris, Production propre/ Royaume Uni, Visnews/ Londres, Worldwige Television News, 20h55, 20 min. [les incendies de puits de pétrole au Koweït, la pollution en Méditerranée, l'éruption du Pinatubo aux Philippines, évocation d'un super-ministère de l'environnement doté d'un vrai budget et d'un réel pouvoir]

16 janvier 1992, Binet Richard, « Né à Katowice », Paris, Production Propre, 20h56, 10 min. [Pologne, pollution atmosphérique liée à l'industrie > handicaps et malformations]

5 mars 1992, Paringaux Rolland Pierre, « Cote d'alerte », Paris, Production Propre/ LMK Images, 20h53, 20 min 40. [défiguration du littoral breton par les installations touristiques] / Hesters Patrick (en partenariat avec le Centre National d'Etudes Spatiales), « Ozone, la menace », Paris, Production Propre, 20h45, 23 min 18. [cri d'alerte des scientifiques quant au trou de la couche d'ozone dans l'hémisphère nord] [impossible de consulter]

19 mars 1992, Chignac Frédéric, Gauchard Jean Yves, « Paris phérique », [production non spécifiée], 20h45, 23 min 18. [comment l'Homme vit avec son environnement urbain, le périphérique entre prison et évasion]

28 mai 1992, Hesters Patrick, « Sous haute surveillance », Paris, Production Propre/ Toulouse, Spot Image, 20h54, 26 min. [les évolutions de l'environnement observées par le satellite Spot] / Staes Isabelle, « Montchanin, la décharge du diable », Paris, Production Propre, 21h22, 23 min. [Saône et Loire, déchets enfouis, risque d'explosion et pour la santé] / Pousinet Anne, « Que faire de nos poubelles ? », Paris, Production Propre, 21h48, 23 min. [le volume des déchets augmente en France et en Europe, que faire ?] / Millet Sylvie, Zscheh Heinz, « C'est la mer blanche qu'on assassine », [production non spécifiée], 22h14, 11 min. [en Russie, rejet de déchets toxiques et radioactifs dans la mer par des complexes militaro-industriel]

11 juin 1992, Hesters Patrick, « SOS Terre », Paris, Production Propre, 20h50, 29 min 58. [rediffusion]

25 juin 1992, Binet Richard, « Alerte en Méditerranée », Paris, Production Propre, 20h55, 17 min. [ algue tueuse, étouffe la flore sous-marine]

22 octobre 1992, Boisset Yves (réalisateur), « Danse avec les ours », Paris, Production Propre, 21h16, 30 min 38. [dans les Pyrénées, partisans et opposants à l'élargissement d'une route dans un endroit où vivent encore des ours]

3 décembre 1992, Costelle Anne, Kostine Serguei, « La grande menace », Pathé France, 20h49, 23 min 26.[en Russie, cimetière de sous-marins nucléaires]

4 mars 1993, Fottorino Eric, « La mort en eau douce », Paris, LMK Images, 21h27, 23 min 21. [en France, la faune et la flore de la plus grande étendue d'eau salée sont menacés par l'introduction d'eau douce, déversée par une centrale électrique d'EDF]

6 mai 1993, Pierrot Eric, Eudes Yves, « Satellite, le 3e oeil », Paris, Production Propre/LMK Images, 21h27, 23 min 21. [observation par satellites des phénomènes humains et naturels ] / Monsigny Bernard, « Musiciens du bruit », Paris, Production Propre/LMK Images, 21h27, 20 min 17. [environnement et pollution sonore, la ville et le bruit]

10 juin 1993, Grigoriev Basile, Mitkova Tatiana, « Octobre rouge », Moscou, Master TV Moscow/ Paris, SHK, 20h53, 50 min 38. [ sur les sous-marins russes Typhoon, trop gros et laissés à l'abandon ] + Plateau Grigoriev Basile/ Commandant Dupuy Montbrun/ Nahon Paul/ Benyamin Bernard, 21h50, 8 min 33.

16 septembre 1993, Sempère Claude, « La guerre du feu », Paris, Production Propre, 21h, 29 min 34. [dans la région PACA, faire face aux incendies en été]

9 décembre 1993, Fourniou Valérie, « Après le déluge », Paris, Production Propre, 21h55, 25 min 55. [en Camargue, conséquences écologiques, quelques mois après que le Rhône ait repris en quelques heures son cours naturel suite à des inondations] [impossible de consulter]

17 mars 1994, Abramovici Pierre, « Dangers mortels », Paris, LMK Images, 22h11, 26 min 48. [en Europe, la question du stockage des déchets radioactifs]

20 octobre 1994, Monsigny Bernard, « On achève bien les autos », Paris, Point du Jour, 21h48, 22 min 13. [recyclage des épaves d'automobiles, en expansion et en mutation]

17 novembre 1994, Monchicourt Marie-Odile, Monsigny Bernard, « Ignalina, mon amour », Paris, Production Propre, 21h30, 25 min 25. [en Lituanie, les occidentaux redoutent une catastrophe de type Tchernobyl]

22 décembre 1994, Binet Richard, « Alerte en Méditerranée », Paris, Production Propre, 20h55, 17 min. [rediffusion, algue tueuse, étouffe la flore sous-marine] + Plateau Professeur Meinez  [constat d'échec concernant les algues tueuses], 21h22, 4 min.

12 janvier 1995, Jauve Sophie, « Alerte au Pyralène », Paris, Production Propre, 20h55, 20 min 15. [en France, après qu'un transformateur ait pris feu dans un immeuble, les habitants de l'immeuble sont atteints de cancer, crainte des pompiers]

19 janvier 1995, Blanc Lapierre José, « A bout de souffle », Paris, Production Propre, 21h, 24 min 23.+ Plateau Docteur Etienne Jean-Louis/ Nahon Paul, 21h25, 5 min 17. [Pollution de l'air en France, parle des moyens de réduire cette pollution due notamment à l'usage des véhicules des particuliers]

2 février 1995, Segiwa Shuntaro, « Bombes à retardement », Tokyo, Nippon Hoso Kyokai (NHK), 22h, 39 min 26. [Kazakhstan, après des essais nucléaires, conséquences sur la population]

16 février 1995, Himbert Marie-Noelle, « Brûlés sans flamme », Paris, CAPA Production, 21h45, 31 min 24. [N'importe qui peut ramasser des objets radioactifs perdus dans la nature, on appelle cela le « petit nucléaire »]

9 mars 1995, Grigoriev Basile, « Les portes de l'enfer », Paris, SHK Production, 21h40, 38 min 55. [reportage en Russie sur les « Cités interdites de l'atome » qui sortent aujourd'huis de l'ombre]

16 mars1995, Le Masson Eric, « la Bête », Paris, Production Propre, 21h05, 24 min 17. [dans les Vosges, retour sur un loup s'y promenant par l'intermédiaire de nombreuses personnes proches de la nature]

25 mai 1995, De Boch Leo, « Tchernobyl neuf ans après », Royaume Uni, Peter Suetens Production, 20h55, 31 min 27.+ Plateau Michel Barnier/ Bernard Benyamin, 20h25, 5 min 30.

22 juin 1995, Sempère Claude, « Les chasseurs de primes », Paris, Production Propre, 20h50, 30 min 10. [en Corse, les paysans allument des feux pour obtenir des indemnités, loi du silence] [impossible de consulter]

7 septembre 1995, Hosatte Jean-Marie, « Les commandos de l'écologie », Paris, CAPA Production, 22h30, 49 min 42. [rétrospective sur Greenpeace, actions, histoire et siège dans le monde]

28 septembre 1995, Golberine Georges, « Mortel Amiante », Paris, en partenariat avec Science et Avenir/Sertis, 21h, 26 min 58. + Plateau Hubert Elisabeth (ministre de la Santé)/ Benyamin Bernard, 21h26, 11 min 54. [à propos des conséquences sur la santé d'un matériau de construction couramment utilisé, l'amiante]

14 décembre 1995, Crotta Frédéric, « La voiture du 3e type », Paris, Production Propre, 22h, 20 min 5. [ sur les voitures électriques, qui polluent moins]

11 janvier 1996, Hay Thierry, « Méditerranée en danger, les éboueurs de la mer », Paris, Production propre, 22h00, 15 min 33. [rediffusion + « Le XXe siècle aura été celui de la sensibilisation, le XXIe siècle sera peut être celui de l'action]

7 mars 1996, Hesters Patrick, « SOS Terre », Paris, Production Propre, 22h05, 29 min 58. [ rediffusion]

14 mars 1996, Cornet François, « La ville noire », Paris, Production propre, 22h10, 20 min. [rediffusion, François Cornet fait le point sur les usines métallurgiques de Roumanie, depuis 1991]

25 avril 1996, Montage d'archives d'Envoyé Spécial, « Tchernobyl, 10 ans après », Paris, Production Propre/ Tokyo, Nippon Hoso Kyokai (NHK), 20h55, [durée non spécifiée]. / [auteur non spécifié], « L'accusé de Tchernobyl », 20h55, [durée non spécifiée]. [ Interview de l'ancien directeur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, Victor Boukhanov ]

23 mai 1996, Blanc Lapierre José, « Histoire d'eau », Paris, Production Propre/ Paris, Canal Plus, 21h, 35 min 35. [Paris, New York, Moscou, reportage sur l'eau potable]

12 juin 1996, Binet Richard, « Alerte en Méditerranée », Paris, Production Propre, 20h55, 17 min. [rediffusion]

19 septembre 1996, Golberine Georges, « L'amiante, 50 ans de mensonges », Paris, en partenariat avec Science et Avenir/Sertis, 21h, 35 min.

9 janvier 1997, Trillat Marcel, « La guerre des pierres », Paris, Production Propre, 20h50, 37 min 25. [dans les Pyrénées Atlantiques, débat autour de l'établissement d'une carrière à ciel ouvert]

6 février 1997, Vallet Françoise, « Produits biologiques », Paris, Production Propre, 21h, 32 min. / Casa Jérôme, Poiret Philippe, « La guerre du courrier », Paris, Capa Production, 21h40, 27 min. [en France et aux Etats-Unis, nuisances nocturnes dues à la proximité d'un aéroport quant au courrier postal acheminé par avion]

3 avril 1997, Costelle Anne, Kostine Serguei, « La grande menace », Pathe France, 22h, 23 min 26. [rediffusion, retour sur les épaves nucléaires russes, « rien n'est fait, c'est épouvantable ! »]

17 avril 1997, Mavic Florence, Pozzo Hervé, « Les graines du futur », Paris, Production Propre, 21h, 34 min. [enquêtes sur des graines appelées OGM]

12 juin 1997, Pousinet Anne, « La ville à vélo », Paris, Production propre/ Bry-sur-Marne, Institut Nationale de l'Audiovisuel, 20h56, 29 min 46. [ Paris, Amsterdam, une ville à vélo, c'est possible ]

11 septembre 1997, Bernoux Pierre-Marie, « Main basse sur les ordures », Paris, Canal Plus, 22h30, 25 min 43. [en France, faire disparaître toutes les décharges d'ici 2002, le problème des ordures ménagères]

25 septembre 1997, « Alerte à la pollution !», en direct de La Rochelle.

- Metivet Jean-Pierre, « La Rochelle, l'utopie », Paris, Production propre, 21h, 21 min 40. [« 24h sans voiture », les bons résultats d'une expérience lancée par le maire de La Rochelle]+ Plateau, Métivet Jean-Pierre/Crepeau Michel (ancien ministre de l'environnement et maire de La Rochelle)/ Nahon Paul, 21h20, 5 min 44.

- Molinier Agnès, Levy Daniel, « Paris, brûle-t-il ? », Paris, Production propre, 21h26, 9 min 9. [les instruments de la mesure de la pollution atmosphérique à Paris ]

- De Banville Marc, « Les lobbies », Paris, CAPA Production, 21h35, 5 min 26. [lobbies pétroliers et automobiles pour la sauvegarde du diesel, regret d'un ancien ministre et enthousiasme du nouveau ministre] + Plateau Molinier Agnès/ Pommereau Jean-Pierre (directeur de recherche au CNRS)/ Nahon Paul, 21h42, 4 min 37.

- Molinier Agnès, « La bataille du Smog », Paris, Production propre, 21h47, 10 min 38. [Los Angelès, les solutions apportées : covoiturage, travail à domicile, bonus/malus pour les entreprises]

- Molinier Agnès, « L'acropole asphyxiée », Paris, Production propre, 21h57, 9 min 48 [Athènes, la ville la plus polluée d'Europe]

- Caza Jérôme, « Méga Pollution » Paris, CAPA Production, 22h, 6 min 40. [les mégalopoles les plus polluées et les solutions apportées] + Plateau, Pochon (représentant du Centre d'étude pour un développement agricole plus autonome (CEDAPA))/ Nahon Paul, 22h22, 6 min.

- De Banville Marc, « La vallée de la chimie », Paris, CAPA Production, 22h10, 5 min 13. [dans la vallée du Rhône, réhabilitation d'un ancien site de la pétro-chimie, amorcée il y a 20]

- De Banville Marc, « Alertes aux nitrates », Paris, CAPA Production, 22h16, 5 min 42. [les conséquences de l'agriculture intensive en Bretagne]

- Caza Jérôme, « Hommes Bulles », Paris, CAPA Production, 22h39, 8 min 29. [village étrange construit à l'usage des chimico-sensibles, allergiques à la pollution de la vie citadine quotidienne]

23 octobre 1997, Rochot Philippe, « L'ambassadeur des ours », Paris, Production propre, 21h55, 26 min 17. [ dans les Pyrénées, reportage sur ceux qui s'occupent des ours ]

29 janvier 1998, Grigoriev Basile, Mitkova Tatiana, « Octobre rouge », Moscou, Master TV Moscow/ Paris, SHK, 22h00, 50 min 38. [rediffusion]+ Duplex, Rabine Giles, Paris, Production Propre, 22h50, 3 min 34. [refus des autorités russes ; bases navales russes, un danger pour l'Europe]

5 mars 1998, Valenti Alexandre, « Le prix de la défense », Paris, Production propre/[production non spécifiée], 21h11, 43 min. [depuis le moratoire de 1989, l'augmentation du nombre d'éléphants pose problème car ils détruisent tout sur leur passage] + Plateau (en direct du parc naturel de Ouaza au Cameroun), Greth (WWF)/ Valenti, 21h55, 14 min 30. / Thomas Johnson, « Les dents du ciel », Paris, CAPA Production, 22h02, 27 min 35.[en Madagascar, invasion de criquets, dilemme entre les problèmes liés à l'usage des pesticides et la destruction des récoltes]

9 avril 1998, Hamon Hervé, « Chasseurs de tempête », [production non spécifiée], 20h50, 41 min 22. [ en France, les mesures prises contre l'échouage des bateaux, l'Abeille Flandres remorque les bateaux en cas de tempête ]

14 janvier 1999, Johnson Thomas, « La leçon des grands singes », Paris, Production propre/ CAPA Production, 21h, 49 min 48.[90% du génome humain menacé par la déforestation]

18 février 1999, Bonnet Frédéric, « Animaux, le marché sauvage », Paris, Morgane Production, 20h50, 35 min 44. [à propos du trafic d'animaux sauvages]

4 mars 1999, Andrieux Claude, « Le retour des loups », Paris, Théo Presse, 20h50, 26 min 36. [les loups réintroduits qui attaquent les troupeaux de moutons]

16 septembre 1999, Stelleta Pascal, « L'or vert », Paris, Production Propre, 20h57, 55 min [Monsanto, entreprise tournée vers la production d'OGM + brevetabilité du vivant]

28 octobre 1999, Carpentier Jean-Michel, « Tableau de chasse », Paris, Production propre, 20h55, 34 min 10. [la crainte des chasseurs face aux nouvelles régulations]

4 novembre 1999, Cancella Kieffer Michaela, « Pour quelques degrés de plus », Paris, Galaxie Presse, 20h50, 27 min 55. [les conséquences du dérèglement climatique, si les gaz à effet de serre augmentent, difficulté de sensibiliser les grands patrons de l'industrie, les autorités doivent absolument agir pour réduire la production de gaz]

2 décembre 1999, Guyot Didier, « Les roues de la colère », Paris, Production propre, 20h50, 22 min 09. [engorgement du Tunnel du Fréjus, pollution de l'air, pollution sonore et destruction du paysage, à propos des conséquences néfastes du transport routier]

13 janvier 2000, 10 ans, Environnement, en direct de la Baie de Rio de Janeiro.

Montage de 14 reportages réalisés par l'équipe de journalistes d'Envoyé Spécial, Paris, Production propre, 1h45, 1h57.

Sources complémentaires

(par ordre chronologique selon les types de documents)

>> Entretiens

Azoulay Minou (coordination), Benyamin Bernard, Nahon Paul, Envoyé Spécial, le livre, Edition n°1/Michel Laffont, Paris 1992, 207 p.

Doussot Michel, « Entretien avec Paul Nahon », Télé Scope, n°131, Paris, 18-24 mai 1996, p. 13

Rey Jean-Noël (propos recueillis par), Benyamin Bernard, Nahon Paul, « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Les magazines de reportage à la télévision , CinémAction, n°84, 3e trimestre 1997, pp.. 70-79

Fleury Claire, « L'avènement du jeudi », Télé Obs, Paris, 30 mai-3 juin 1998, p. 10

Sellier Yannick (entretien réalisé par), Entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin, Paris, Siège de France Télévisions, février 2007, 45 min.

>> Sources écrites

[auteur inconnu], Notice de la collection « Envoyé Spécial », Paris, extraite de la base de donnée Archives TV de l'Inathèque en janvier 2006, 4 p.

> Presse

*Presse quotidienne / Envoyé spécial

[auteur inconnu], « URSS Nouveaux témoignages sur les violences en Azerbaïdjan », Le Monde, Paris, 14 mars 1988, p. 4

Follea Florence, « Jeudi 18 janvier Envoyé spécial : A2, 20h35, la rédaction d'A2 mobilisée », Le Monde, Paris, 15 janvier 1990, p. 13

Dufour Jean-Paul, « Les victimes oubliées de « l'autre » nucléaire », Le Monde, Paris, 16 février 1995, p. 15

Montvalon Jean-Baptiste de, « Envoyé spécial, France 2, 20h50 », Le Monde (supplément Télévision Magazine), Paris, 22 novembre 1993, p. 17

Strazzulla Jérôme, « La ville sur deux roues », Le Figaro, Paris, 12 juin 1997, p. 33

Boillon Colette, « Menaces sur la Terre et sur l'Homme, « Envoyé spécial » », La Croix, 25 septembre 1997, p. 23

Latil Sophie, « Envoyé spécial, France 2, 20h50, Alerte à la pollution », Le Figaro, Paris, 25 septembre 1997, p. 35

Arrighi Marie-Dominique, « Enquête sur les magazines d'information à la télévision », Libération, Paris, 18 février 1999, p. 27-28

*Presse quotidienne / Ecologie

[collectif] « Appel de Heidelberg », Le Monde, Paris, 3 juin 1992, p. 11

Cans Roger, « Rigueur scientifique contre coquecigrues écologistes », Le Monde, Paris, 1 juillet 1992, p. 13

Dufour Jean-Paul, « Contre la peur. Critique de l'Appel de Heidelberg », Le Monde, Paris, 26 mai 1993, p. 21

Cans Roger, « L'écologie victime de son succès », Le Monde, Paris, 24 mai 1994, p. 1

Ferenczi Thomas, « Les incertitudes du progrès », Le Monde, Paris, 20 août 1996, p. 13

Follea Florence, « Rapport annuel de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques. », Le Monde, Paris, 16 juin 1997.

Briet Sylvie, « Sommet de la Terre, dix après, des scientifiques moins sceptiques », Libération, Paris, 5 septembre 2002, p. 21

*Presse spécialisée

Leclère Thierry, « Deux sur A2 », Télérama, n° 2087, Paris, 10 janvier 1990, pp.. 50-51

Radenac Michel, « La Roumanie pour le nouveau défi d'Antenne 2 », Télé 7 Jours, Paris, 15-19 janvier 1990, pp.. 108-109

Auteur inconnu, « Envoyés Spécial : la 200e », Télérama, n° 2351, Paris, 1er février 1995, p. 119

Doussot Michel, « Aux commandes d'Envoyé Spécial », Télé Scope, n°131, Paris, 18-24 mai 1996, p. 12

Auteur inconnu, « Envoyé Spécial : la 300e », Télérama, n° 2475, Paris, 18 juin 1997, p. 133

Cornu Francis, « Envoyé Spécial, l'info en vedette. », La construction de l'information télévisée, Dossiers de l'Audiovisuel, n°76, INA/Documentation Française, nov.-dec., 1997, pp.. 39-40

Fleury Claire, « Un Français sur quatre  », Télé Obs, Paris, 30 mai-3 juin 1998, p. 10

> Sources officielles

*Rapports

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Commission mondiale sur l'environnement et le développement (CMED), Notre avenir à tous, Montréal, Edition du Fleuve, 1998, [n.p.] [1ère éd. 1987, rapport Bruntland]

Campet Jacques (commission de réflexion présidée par), « L'avenir de la télévision publique », Paris, Rapport au ministre de la Communication, Septembre 1993, [n.p.] (source : Centre des archives contemporaines, Cote : 2002 0105 - Carton n°18)

Chaniac Régine/Chervin Jacqueline, La représentation de l'environnement à la télévision, la pollution de l'eau douce, Paris, INA, rapport d'étude, 1995, 74 p.

Révol Henry, L'amiante dans l'environnement de l'homme : ses conséquences et son avenir., Paris, Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Rapport d'information n°41, 1997-1998, [n. p.] (source : Internet)

Chaniac Régine, Apport des techniques de communication médiatique à la sensibilisation à l'environnement, rapport d'étape pour le ministre de l'environnement, 1999, 34 p.

*Statistiques sur l'environnement

Hébel Pascal, Maresca Bruno, L'environnement, ce qu'en disent les Français, Paris, Ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement / La documentation française, 1999, 218 p.

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Bibliographie

(par ordre alphabétique selon les thèmes)

>> Journalisme / Télévision / Communication

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Charaudeau Patrick, Le discours d'information médiatique : la construction du miroir social, Paris, Nathan/INA, Coll. « Médias Recherches », 1997, 288 p.

Coltice Jean-Jacques, Comprendre la presse d'hier et d'aujourd'huis, Lyon, Chronique Sociale, 1995, 123 p.

Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, Documentaires, magazines et grands reportages à la télévision, Paris, CSA, 1991, 123 p.

Esquenazi Jean-Pierre (dir.), La communication de l'information, Paris, L'Harmattan, Coll. « Champs Visuels », 1997, 302 p.

Lochard Guy, L'information télévisée, Mutations professionnelles et enjeux citoyens, Paris, Vuibert/Ina/Clemi, Coll. « Comprendre les médias, 2003, 220 p.

Lochard Guy, Boyer Henry, La communication médiatique, Paris, Editions du Seuil, Coll. « Mémo », 1998, 96 p.

Lochard Guy, Soulages Jean-Claude, La communication télévisuelle, Paris, Armand Collin, Coll. « U Cinéma », 1998, 240 p.

*Approches de l'esthétique/l'histoire télévisuelle:

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Aumont Jacques, Bergala Alain, Marie Michel, Vernet Marc, Esthétique du film, Paris, Nathan, Coll. « Cinéma », 2004 [3e édition], 240 p.

Jeanneney Jean-Noël, L'Echo du siècle, Dictionnaire Historique de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette Littératures, Arte Editions, Coll. « Pluriel », 1999, 2001 [édition mise à jour], 816 p

>> Education / Télévision

Cluzel Jean, « Education, Culture et Télévision », Regards sur l'Audiovisuel, 1974-1994, Tome 6, Paris, Librairie Générale de droit et de Jurisprudence, 1994, 208 p.

Cohen Michel, Meyer Manfred (coord.), Télévision éducative, ce que veut le public, Laffitte Pierre, Trégouët René. ; L'accès au savoir par la télévision, Propositions du Sénat pour la future chaîne d'accès au savoir, Paris, Ed. Economica, 1995, 120 p.

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Porcher Louis, Télévision, Culture, Education, Paris, Armand Colin, 1994, 256 p.

Porcher Louis, Les médias entre éducation et communication. Vuibert, 2005.

*Education

Charlot Bernard, Du rapport au Savoir. Eléments pour une théorie, Paris, Ed. Economica, Coll. « Anthropos/Poche Education », 2005, 112 p.

Ruano-Borbalan Jean-Claude (coordonné par), Eduquer et Former, Les connaissances et les débats en éducation et en formation, Auxerre, Sciences Humaines Editions/ PUF, 2001 [2e éd.], 432 p.

>> Environnement / Ecologie

[collectif], Sauver la Planète ?, « Les enjeux sociaux de l'environnement », Sciences Humaines Hors-Série, n°49, Juillet-Août 2005, 100 p.

Morin Edgar, Le Roy Ladurie Emmanuel (collectif), L'homme et l'environnement : quelle histoire ?, Blois, Les rendez-vous de l'Histoire, 2001, 153 p.

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*Environnement / Télévision / Communication

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Ogrizek Michel, Environnement et communication, Rennes, Editions Apogée, Coll. « Eco Planet », 1993, 164 p.

Vigneron Jacques, La communication environnementale, Paris, Economica, 1996, 112 p.

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>> Documentation complémentaire :

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Borne Dominique, Histoire de la société française depuis 1945, Paris, Armand Collin, coll. « Cursus » Paris, 2000, [3e éd.], 190 p.

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Steiner George, Dans le château de Barbe-Bleue, Notes pour une redéfinition de la culture, Paris, Gallimard, Coll. « Folio Essais », 2004, 160 p.

Entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin

(Bureau de Paul Nahon à France 3 ;

Mercredi 31 octobre ; 45 minutes)

réalisé par Yannick Sellier.

Yannick Sellier (YS) : Je voudrais d'abord connaître votre formation de départ, ce que vous avez fait avant Envoyé spécial. Je sais que vous avez été journalistes, reporters et j'aimerai d'emblée savoir si vous aviez un engagement quelconque dans l'écologie ?

Bernard Benyamin (BB) : Non pas du tout, ni l'un ni l'autre. Pour aller vite, on a eu des formations tout à fait parallèle puisqu'il a commencé à la radio, c'est ça ? ...

Paul Nahon (PN) : ... après une licence de science éco, où je travaillais parallèlement. Donc rien à voir avec l'écologie.

BB : Moi, j'ai travaillé à l'école de journalistes de Lille, ensuite, j'ai été travaillé à France Inter avant d'arriver à France 2, donc non ... formation parallèle et rien à voir avec l'écologie.

YS : ok, d'accord, alors pourquoi en êtes-vous venus à traiter les thèmes de l'écologie, et ce dès le premier numéro ?

BB : le premier numéro, c'était « Soumgait », un reportage de Gilles Rabine ...

PN : Non moi je ferais une réponse, votre question est trop fermée ... je vais vous dire pourquoi ... parce que je pense que le devoir d'un journaliste, encore une fois, c'est de s'intéresser à tout. Et que pardon, mais en toute humilité, nous avons été à partir de 1990, parcequ'on était journaliste, parcequ'on a eu une formation pendant 20 ans, quand on a commencé Envoyé Spécial, on a eu cette curiosité formidable, qui est le rôle fondamental d'un journaliste de défricher tout ce qu'il y a de plus important dans la société. On nous avait demandé de faire un magazine de société, sur la société française, sur l'international, sur les grandes mutations du monde, et il nous paraissait absolument évident de nous intéresser à l'écologie comme autre chose. Comme sur, on a été aussi précurseur au niveau des sectes ...

YS : c'est vrai, mais par rapport à ces questions d'environnement, d'écologie, vous avez quand même dit que c'était l'une de vos préoccupations premières.

BB : Elle est devenue, c'est devenu ...

YS : c'est ce que je voulais savoir, est-ce que c'était avant, ou est-ce que c'était pendant ?

BB : C'est pendant, c'est pendant et après ... Paul a tout a fait raison, on avait aucun a priori ni pour ni contre l'écologie. Nous, on était journalistes, on avait la charge d'essayer d'expliquer le monde dans lequel on vivait, le mieux possible, donc on était obligé de s'intéresser à tout et n'importe quoi. Et le premier numéro, on s'est dit qu'est-ce qu'on va faire ? On a commencé à faire le tour, d'abord des correspondants, des gens avec qui on avait envie de travailler, etc. Et ce sont ces gens là qui nous ont amené les sujets au début. Moi j'avais aucune, on avait aucune idée de ce qui se passait à Soumgaït. C'est Gilles Rabine qui est venu ...

PN : Sauf que, quand on prend la commande d'Envoyé Spécial en 1990, ...

BB : J'ai dit au début ...

PN : Si je puis me permettre de contredire mon ami Bernard, sauf que quand on prend les commandes en 1989, on a 20 ans de terrain derrière nous. On a vu plein de choses dans le monde, les déforestations, on a vu les pluies acides ... Moi j'ai été au Viêtnam pendant très longtemps où j'ai fait des reportages depuis 1973, j'ai vu l'agent orange, lui au Brésil, la déforestation. Donc on avait ça inconsciemment, moi j'ai vu en Afrique, la déforestation avec les énormes troncs des forêts qui se baladaient sur toutes les routes ...

BB : Mais pour être sincère Paul, pour être sincère, c'est au fur et à mesure que c'est venu, c'est à dire que même si au début, on avait envie de faire d'abord un bon reportage, qui explique encore une fois, le monde dans lequel on vivait, il se trouve que dans le premier numéro - mais je pense que c'est un hasard, hein, très sincèrement - il y avait Soumgaït. Sauf qu'au fur et à mesure qu'on a commencé à gratter et à commander des journalistes, à parler avec des journalistes qui revenaient et voyaient des choses dont on n'avait pas idée. C'est là, effectivement, qu'a commencé à naître, si on peut appeler ça entre guillemets, une « conscience écologique » chez nous.

YS : Maintenant, quelques détails techniques pour savoir comment vous préparez une émission. Les séquences plateaux, sont-elles préenregistrées ou enregistrées en direct ?

PN : Non, non, elles sont enregistrées le jour même à deux heures, trois heures de la diffusion. Dans l'après midi.

BB : Sauf pour les émissions tournées en direct.

YS : Evidemment. Les auteurs des reportages qui interviennent ensuite sur le plateau, est-ce qu'ils voient leur reportages ?

PN et BB : c'est eux qui l'on fait !

YS : Non, parcequ'on a toujours l'impression, qu'ils l'ont vu juste avant...

PN : Il n'y a pas de mise en scène, cependant quand on est arrivé à France 3 ou France 2, bon Antenne 2 à l'époque, nous on s'est dit que si un jour on avait un magazine, pour rendre à césar ce qui est à césar, il faut faire venir la personne qui a fait le reportage. Pour dire au téléspectateur, c'est pas nous qui avons fait le reportage, c'est lui. La voix que vous venez d'entendre, voilà le visage.

BB : Nous, on avait été victime en tant que reporters, on va dire du rapt de certains reportages, que nous avions fait, par la personne qui présentait. Pour le téléspectateur, en gros, celui qui présente, c'est celui qui fait tout, or notre rôle a tout de suite été de dire « attendez, ce n'est pas nous qui avons fait ce reportage, c'est cette personne là. Ça nous paraissait la moindre des choses, de reconnaître les mérites de chacun.

YS : Mais, ce qu'il y a, c'est que vous dites toujours que vous contrôlez, ma foi, c'est peut être un peu fort, mais disons que vous vérifiez le montage, vous vérifiez le contenu ... ?

BB : Mais c'est la base, du métier de journaliste. Le B A BA, c'est de vérifier les informations. A partir du moment, où les informations sont vérifiées, on peut y aller, et on a toujours tenu le même discours à tout les journalistes : « vous voulez - je dis n'importe quoi - mettre en accusation le président de la république, vous avez des preuves ? Si vous avez des preuves, on y va, mais il faut que le preuves soient béton »

YS : Bon là, vous me parlez de preuve, mais n'y avait-il pas aussi de considération, du style comment garder l'attention du téléspectateur sur des sujets qui sont pas toujours évident ?

BB : C'est notre rôle, je l'ai dit dès le début, il fallait qu'on essaie d'expliquer le monde, donc partant de là, il fallait, on allait devoir aborder des sujets assez complexes et essayer effectivement de les rendre le plus publique possible pour que les gens comprennent ce qui se passe. Et sur quelle Terre, ils vivent.

YS : Autres considérations techniques, les programmations des sujets, est-ce que vous décidez des sujets ... ?

BB : Très longtemps à l'avance ! Pour permettre au journaliste de faire son enquête et de mener à bien ... Cela dit, les temps de tournage ont toujours été respectés. Ce qu'il y avait peut être à l'époque en tout cas, c'est qu'on donnait un peu plus de temps aux journalistes pour préparer. Ils avaient vraiment le temps de préparer. Et à partir du moment, où ils avaient l'équipe, etc. ..., ça se tournait très rapidement. Pourquoi ? Parce que les gens étaient très, très, très préparés.

YS : D'accord, et en général, le temps, c'est un mois, trois mois ... ?

BB : Non, ça dépend des reportages, vous avez des reportages qu'on a pu lancer avec 6 mois d'antécédent, et il y en a d'autres qui ont été faits en trois jours. Ça dépend de l'actualité. On a souvent mis en avant - c'est un peu inconscient, c'est un peu difficile de dire ça - on a eu le nez pour un certain nombres de choses. Encore une fois, Paul vous a dit, on avait 20 ans de terrain derrière nous. Il y avait des choses qui se passaient dans la société, dans l'air du temps. Je pense que pratiquement à chaque fois, on a été parmi les premiers à le sentir. Et donc à lancer tout de suite un reportage. Et lorsque le reportage arrivait à maturation, c'est à dire à l'antenne, à ce moment là, il était en adéquation parfaite avec ce que la société ... Mais ça, c'est difficile à expliquer ...

PN : ça dépend du travail, du bol, du pif, c'est ça hein ... et de l'expérience.

YS : Par rapport aux rediffusions, vous rediffusez parfois des sujets à 5 ans, voire à 7, 8 ans d'écart avec la même présentation. Alors pourquoi des rediffusions et pas un nouveau reportage ?

BB et PN : Mais en général, il y avait toujours un retournage pour savoir ce que c'était devenu.

YS : Mais pourtant, dans mon souvenir, j'en ai un, Komchamica ...mais sinon, du reste ...

BB : Komchamica, peut-être, ça veut dire que rien ne s'était passé depuis.

PN : S'il n'y avait pas de retournage, c'est la situation n'avait pas changé. Le reporter nous disait : « voilà, j'ai enquêté ultérieurement, la situation est toujours la même. »

YS : ça veut dire que pour les sous-marins nucléaires russes, ...

PN : Oh la la ! je peux vous dire que la situation n'a pas changé ... Les sous-marins nucléaires, c'était un sujet colossal, ça c'est un journaliste russe. Ils étaient deux en fait. Le titre, « Octobre rouge », c'était un film. C'était un reportage fait pendant la chute du mur, un peu avant ou un peu après, on voyait les gens prendre les objets radioactifs à pleine main, les quartiers de viande qui sortaient par la soute, c'était formidable ! Bon, quand on voit un truc comme ça, on est journaliste, on voit les conséquences tout de suite, qui durent pendant des années lumières sur l'environnement. ça montre l'état d'un pays, ça montre l'état des forces militaires, des forces politiques, l'état d'une société ... Incroyable, ce reportage était formidable !

YS : Justement, vous parlez beaucoup du nucléaire, mais surtout du nucléaire dans les autres pays ...

BB : Pour une raison simple, le nucléaire en France est assez propre.

YS : D'accord ...

BB : On ne s'est jamais rien interdit. Si on nous avait amené un reportage, ou si nous avions pensé qu'un reportage devait être fait parce qu'une centrale nucléaire rencontrait des problèmes en France, on l'aurait fait immédiatement.

YS : Et, par exemple, lorsque vous faites un reportage sur les essais nucléaires au Kazakhstan, est-ce que ça a un rapport avec les essais nucléaires français ?

PN : Non, on le fait juste parce que le sujet est intéressant, parce que l'on peut montrer des choses.

BB : Ce qu'il faut bien voir, à mon avis, c'est que lorsque l'on est arrivé avec Envoyé Spécial, on avait un terrain énorme à défricher depuis 20 ans, il n'y avait pas eu de grand magazine d'information. Pendant plus de vingt ans, la seule source d'information, c'était le journal, et c'était 1 min. 30 dans le journal. C'est à dire que beaucoup, la majorité des sujets n'arrivaient pas jusqu'au public. Et lorsqu'on est arrivé, on a pris ça en pleine gueule.

PN : Avec une sorte de persévérance, puisque l'écologie a changé. Paf, qu'est-ce que l'on trouve après ? les OGM ! Grand reportage de 52 minutes, c'était au tout début. On ne parlait absolument pas d'OGM, à ce moment là.

BB : L'Amiante, c'est nous, on a fait sortir l'Amiante.

YS : Donc, vous êtes précurseurs sur ce sujet ?

PN : C'était nous, avec Science et Avenir, il faut vous dire que sur un reportage comme ça, la personne vient, on parle. Nous, on voit qu'il y a un truc colossal, il faut qu'on réfléchisse, qu'on se décide très très vite, c'est à dire dans les 24h, il ne faut pas qu'on se trompe. Parce que vous voyez les dégâts que ça fait, il faut pas qu'on se goure.

BB : Mais, ça, je crois que c'est tout à fait symptomatique de notre démarche. On vous disait tout à l'heure que l'on était ouvert, évidemment, c'est la moindre des choses que l'on puisse attendre d'un journaliste. Encore que, enfin bon. A l'époque, on a immédiatement voulu s'entourer de gens qui savaient, des gens, des spécialistes dans un certain nombre de domaines. Science et Avenir, on a pensé effectivement qu'au niveau scientifique, on était un peu léger, on avait des connaissances mais pas plus que ça. (intervention de Paul Nahon) On est nul, bon, on est nul. Ça veut dire que là dessus, et dans d'autres domaines c'est pareil, ces gens là nous amenaient de l'information, nous amenaient du concret et à partir de là, on faisait des reportages.

PN : La grande différence en télévision, à mon avis, il y a deux façon de travailler à la télévision ... beaucoup plus qu'ailleurs, parce que c'est plus sensible ... Soit vous vous nourrissez du discours des autres, de leur richesse, pour le rendre au téléspectateur, soit vous pensez que vous êtes au centre du système solaire.

YS : Donc pour les journalistes, lorsque vous parlez d'écologie, vous prenez des journalistes scientifiques plutôt ?

PN et BB : Oh, pas du tout ! Surtout pas !

BB : On avait même tendance à faire ...

PN : L'inverse.

BB : Oui, on avait tendance plutôt à prendre quelqu'un qui ne savait rien sur le sujet, pour lui permettre d'aller jusqu'au fond, pour lui permettre d'avoir un regard neuf, innocent, pas pollué par un certain nombre de gens ou d'idées. Vous avez remarqué, y compris dans l'écologie, qu'il y a une idéologie. Et qu'effectivement, il faut se garder d'un certain nombre de choses à droite comme à gauche qui ont tendance à dénaturer le discours initial. Donc précisément, lorsqu'on partait en Egypte pour faire les « frères musulmans », on allait pas prendre le spécialiste des affaires arabes au sein de la rédaction. En revanche, on organisait des rencontres au cours de la préparation entre les plus grands spécialistes sur le monde arabe pour que le journaliste soit nourri de tout ça et fasse sa propre enquête. Ça a été la même chose sur l'écologie.

YS : Pour les relations avec les téléspectateurs, vous avez demandé pour Massacre à la tronçonneuse aux téléspectateurs de vous apporter un sujet. Comment ça s'est passé, pourquoi vous avez choisi cette forme ? Vous n'avez pas renouvelé l'expérience ...

BB : C'est très simple, c'est la même démarche encore une fois, aller vers les autres. C'est de dire, vous qui savez, faites nous savoir. Dites-nous ce qui se passe autour de vous et s'il y a des choses à dire, à dénoncer, allez-y ! Très vite Massacre à la tronçonneuse est arrivé et on l'a immédiatement fait, et avec quel succès. Beaucoup de gens l'on regardé, ont été horrifiés, machin, tout ça ... Le problème, c'est qu'il y a très peu de choses exploitables qui nous arrivent. Il faut jamais croire que ... Mais on part du postulat suivant, vous lancez un appel, que ce soit aux téléspectateurs, que ce soit dans les milieux scientifiques, que ce soit avec des journalistes spécialisés. Vous leur dites : « Tout ce que vous avez de meilleur, vos pépites, faites nous le savoir, nous, on en fera des reportages. » Si vous avez un rendu de un pour cinquante, c'est formidable. Vous avez gagné. Il ne faut pas se faire trop d'illusions. Les gens vont dire - je dis n'importe quoi : « Mes poubelles, y viennent les ramasser une fois par semaine, au lieu de trois fois par semaine ». On va pas faire un reportage là dessus. Massacre à la tronçonneuse, c'est le type même de l'exemple à contrario où c'est un truc absolument formidable, et là on s'y précipite et on y va, évidemment.

YS : Et pour un autre, c'est La Rochelle, l'Utopie , vous avez demandé au maire, je crois, de ...

BB : Mais nous sommes à l'initiative, les gens le savent pas. Bien vu ! Nous étions en train de parler un jour au cours d'une réunion informelle entre Paul Nahon et moi - et nous n'avions que des réunions informelles, il n'y avait pas de réunion toutes les semaines pour réfléchir à telle heure, tel jour -, on se disait en fait, pour faire baisser la pollution dans tout le monde, ben, il faudrait qu'un jour par an, on décide, « hop, on va pas prendre de voiture. » Et là, on verrait le taux descendre d'un seul coup. Ah, mais oui, effectivement ! C'est que du bon sens, hein. Sauf que quand vous êtes à la télévision, que vous êtes journalistes, que vous avez une émission comme Envoyé spécial, vous avez peut être les moyens de convaincre les gens de mettre en pratique votre idée. Donc on a commencé à téléphoner partout en leur disant : « est-ce que vous êtes prêts à vous associer à une idée qu'on a eue, de faire une journée sans voiture ? » Et le maire de la Rochelle a dit tout de suite « Banco ! » C'est le seul qui a dit « oui ! » tout de suite. L'idée a fleuri, mais on a oublié que nous étions à l'origine de cette idée là.

PN (revenant et mis au courant) : La Rochelle ? Mais, c'est nous qui avons eu l'idée. On a appelé le maire, PS/vert je crois, il répond « ouai, euh... », et le lendemain « D'accord, on va faire une journée, 24 heures sans voitures. »

BB : Maintenant est-ce qu'on en a la conscience claire ? Non. Au départ, c'est une idée bête comme chou, y'a de la pollution, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour baisser la pollution ? Et de façon idiote, le bon sens populaire, ben si les voitures ne roulaient pas pendant un jour, ça ferait descendre, et comment !

PN : Nous, ce qu'on voit, on habite Paris, on habite les grandes villes, on est dans le monde entier. On voit des bagnoles, des bagnoles, des bagnoles .... Un moment donné, c'est plus possible, il va se passer quelquechose. Donc voyez, on ne réfléchit pas, on ne se parle pas ... c'est des trucs qu'on sent ça au pif

BB : De la même manière, la dette du Tiers Monde, où ils sont en train de crever en Afrique, pourquoi est-ce que chaque Français ne donnerait pas un euro ? Et c'est fini, on en parle plus. Ce sont des trucs totalement utopiques. Sauf qu'encore une fois, quand vous êtes journalistes, que vous êtes à la tête d'un grand magazine, qui passe à 20h50,...

PN : ... dans le service public ...

BB : Vous vous dites, et pourquoi on lancerait pas l'idée, c'est ce qu'on a fait avec les voitures.

YS : Je voudrais à présent savoir, si avec le ministère de l'environnement, ou les différents ministères ...

BB : Rien, aucun contact.

YS : C'est étonnant, parce que vous traitez de l'environnement de manière récurrente.

PN : Rien, pas un retour, pas un coup de fil, rien !

BB : D'ailleurs, je ne me rappelle pas qui était ministre de l'environnement à l'époque ... Et j'allais dire, pourquoi faire ? ... Et je vous rassure, aucune association particulière non plus, aucun parti, rien !

YS : Vous êtes tout seuls, vous y allez !

BB : Y'a des gens, on écoute, ils nous disent « Ah, y'a ça - Ah ok ? y'a ça, on y va ! »

PN : On a ouvert nos yeux et nos oreilles. Nous sommes citoyens du monde, on a une responsabilité journalistique dans le service publique, on a un magazine en `prime time' qui touche 4, 5, 6 millions de téléspectateurs et il faut faire des choses sérieuses.

YS : Je vois cependant qu'il y a des attaques récurrentes de la haute administration. Vous ne citez pas de ministres, c'est vrai, on ne les voit jamais qu'à de rares exceptions. Par exemple dans La France défigurée, vous citez des documents ...

PN : Merveilleux reportage !

BB : Encore une fois, on ne s'interdisait rien. Si quelqu'un nous avait amené la preuve que le Président de la République est coupable de je ne sais pas quoi, s'il avait les preuves, on y allait. Louis Bériot, par exemple, avait pendant très longtemps responsable d'un programme, hebdomadaire je crois, La France défigurée. On est allé le voir en lui disant : « Ce programme n'existe plus, mais pour autant la France n'est plus défigurée ? » Il nous a répondu « Oh la la ! Si vous saviez ? Par exemple les gravières. » Eh bien, allons-y alors. C'était aussi simple que ça.

PN : Et on vérifiait la qualité du reportage et les preuves apportées. Si on ne voyait pas les gravières, on ne montrait pas. Il faut des preuves évidemment.

YS : Par rapport aux écologistes, on a un moment un reportage sur les Commandos de l'écologie, en 1995, sur Greenpeace. Alors pourquoi ce reportage alors que les Verts et les écolos connaissent des déboires électoraux ?

BB : Je vais vous dire pourquoi. Parce qu'il y avait une dérive à l'époque, le dernier livre de Jean-Christophe Ruffin y fait référence, ce qu'on a appelé à l'époque les « écolo facho ». Sous prétexte qu'il y avait un certain nombre de problèmes de l'environnement, on appliquait des méthodes les pires, parfois assez fascistes, d'où les « écolo facho », qu'il fallait le dénoncer. Et on a été les premiers à dénoncer ce qui n'allait pas mais sans pour autant mettre en péril la vie d'autres personnes ou à utiliser des méthodes extrêmement violentes.

YS : Et est-ce que vous avez lu Luc Ferry, Le Nouvel Ordre Ecologique, ou d'autres livres ?

BB : Non.

PN : Non, on est incultes ... En filigrane de vos questions, si je puis me permettre, vous posez la question de savoir si on travaillait main dans la main avec quelqu'un. Eh bien, non !

YS : J'avoue que je cherche ... vous travaillez donc tout seuls, il n'y a personne qui...

PN : Je vous jure que non.

BB : Aux innocents, les mains pleines. En plus, quand on est arrivé, on avait aucune formation, aucune spécialisation sur l'environnement. Rien de rien.

PN : Et on envoyait sur le terrain des gens curieux qui n'avaient pas d'expérience, et qui posaient des questions ...

BB : A contre-emploi.

PN : Exemple, pas seulement sur l'écologie, on n'a pas fait seulement des reportages sur l'écologie, dans le conflit israélo-palestinien, on envoyait des gens un peu frais, un peu curieux, et qui n'avaient pas d'idéologie plaquée, les bons d'un côté, les noirs, les verts. Donc on envoyait des gens curieux, intelligents et curieux ... Quand on envoie un jeune journaliste à Gaza, il a 24 ans, il a jamais mis les pieds là bas, donc il arrive tout frais. Il commence « Gaza, territoire palestinien. » Je lui ai dit non « Gaza, territoire égyptien ... occupé ! » Le jeune me dit « Mais vous déraisonnez complètement » - « Pas du tout, va revoir tes manuels d'Histoire ».

BB : Première guerre du Golfe, on fait un reportage sur une famille d'immigrés de la deuxième ou troisième génération qui a des enfants en âge de partir faire la guerre. La France s'est engagée dans le premier conflit en Irak. « Si votre fils doit combattre contre les irakiens, qu'est-ce que vous faites ? » Et le type dit à un moment donné : « Si mon fils part lutter avec les irakiens, je le tue ! ».

PN : Il faut que tu précises que c'était un tunisien !

BB : C'est ce que j'ai dit, c'était un immigré de la troisième génération. Et immédiatement le journaliste, il met ça en avant. Je lui dis « Mais attends, non, c'est une question de culture, quand on dit je le tue, ça veut dire, je lui fous une raclée, je l'enferme à la maison, etc. Mais je ne vais pas le tuer. Il ne faut pas prendre ça au pied de la lettre. » Là, on intervenait systématiquement parce que le téléspectateur qui reçoit ça, il se dit « Mais qu'est-ce que c'est que ces gens là, ils tuent leurs enfants ? »

YS : Sinon, dans vos reportages, je vois beaucoup de séquences avec des chansons traditionnelles, un côté un peu ethnologique. Par exemple, dans le reportage sur la Mer d'Aral, on voit des enfants costumés, des groupes de femmes qui chantent. Et on voit ça dans beaucoup de reportages, pourquoi ?

BB : Mais parce que la télévision est un spectacle total. Il y a de l'image, il y a du son, il y a des gens.

PN : Et puis, ce sont les reporters, qui sont sur place, qui le font, s'ils le font, c'est qu'ils ont raison. C'était eux qui étaient sur le terrain, pas nous. Si c'était à contre sens, on enlève la séquence.

YS : Pour Tchernobyl, vous avez une série de reportages, 5 ans après, 10 après, le retour, pourquoi ?

PN : Deus raisons, trois raisons. C'est quand même un événement mondial.

BB : Et on s'en aperçoit tout de suite, à l'inverse de certains de nos confrères.

PN : Pour quelle raison, moi j'étais rédacteur en chef d'un week-end. Ou même pas, on était tous les deux. Tchernobyl, ça tombe un week-end, un samedi ou un dimanche. Un samedi, moi, j'assiste à la conférence d'Antenne 2. Y'a un spécialiste scientifique qui nous dit le nuage ne peut pas arriver en France.

BB : Le tout corroboré par un gouvernement. (rires entendus)

PN : Moi je ne suis pas spécialiste, je m'interroge. Le nuage peut pas arriver jusqu'en France ? A l'époque, hein, deux jours après. Ça m'a paru complètement fou, je n'avais pas de preuves pour prouver le contraire. Est-ce que les frontières arrêtent les vents ? Impossible, donc du bon sens. Troisièmement, y avait un personnage sur cette affaire, qui est maintenant sur France 3, c'était Patrick Hesters. Il nous a beaucoup aidé, il avait tous les contacts. Il allait là bas. Il s'est défoncé. Et lui, il avait la caution scientifique.

BB : Et on a eu les images, c'était hallucinant.

YS : Mais, vous l'avez quand même gardé sur le long terme ?

PN : Parce qu'il fallait le revoir à chaque fois ! Parce qu'encore une fois, on ne traite pas en un reportage quelquechose d'aussi grave. Il y a des fuites radioactives, on voit les conséquences sur la population, sur la faune, sur la flore, qui vont durer pendant des centaines d'années. Si on était encore à Envoyé Spécial, on retournerait là bas. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Combien ça coûte ? Les cancers, pas les cancers ? Je pense qu'on mettrait autre chose. Je pense qu'il y a une immense corruption là dedans. Où est passé l'argent du sarcophage ? Bon bref, etc., etc., évidemment.

YS : Ce que je veux dire, c'est que vous avez traité de ça en particulier, mais il y en a d'autres que vous n'avez pas traités, comme Bhopal, par exemple. Pourquoi ?

BB : Vous avez raison. Parce qu'en Inde, c'est toujours très compliqué de filmer. Il faut des autorisations. C'est pire que dans le pire des régimes soviétiques. En tout cas, c'est extrêmement complexe.

PN : Il faut demander des autorisations. Je pense qu'aujourd'huis, on l'aurait fait.

YS : Et Tchernobyl, alors ils vous disent oui ?

PN : Oui, tout de suite.

BB : Parce qu'ils avaient envie de montrer que tout allait bien.

PN : Ils avaient besoin d'argent, de l'aide internationale et européenne. Mais Bhopal, on n'a pas réussi à le faire. Je pense qu'on a eu tord. Si à l'époque, les petites caméras marchaient, on envoyait une seule personne faire du tourisme. Enfin, vous avez raison, on a raté Bhopal.

YS : Et d'autres ...

PN : Non mais on a raté plein de choses

YS : Et est-ce que vous avez des regrets, des choses que vous auriez voulu traiter ?

PN : Oui, on a des regrets évidemment. On aurait pu faire mille fois plus. Mais quand on a fait l'amiante et les OGM, on est pas trop mal, quoi.

YS : Une dernière chose, j'ai lu dans une interview que vous avez donné que vous aviez eu des problèmes avec des entreprises qui refusaient que vous diffusiez tel ou tel reportage, est-ce que ça a influencé vos choix ?

PN : Tout le temps, tout le temps, mais non ça n'a rien changé.

BB : Pas seulement sur l'écologie, sur le Front National, sur les sectes, etc. Tout le monde a toujours voulu nous interdire. Et on allait au tribunal, et on gagnait à chaque fois. On a gagné à chaque fois.

YS : En gros, vous ne vous êtes pas mis de barrière, pas d'autocensure, des choses que vous ne mettiez pas ?

PN : Non, sauf quand le sujet n'était pas très bon. Vous savez c'est un métier de relations humaines. On discute avec les journalistes, quand ils nous disent ça, ça et ça, c'est du béton. On leur fait confiance et on y va. Vous savez, la vérité, c'est la table de montage, on voit s'ils ont les preuves ou pas les preuves. Comme nous, on était sans arrêt sur les tables de montage, on voyait très bien. On ne peut pas mentir en télévision, il faut le son, il faut l'image, il faut la preuve. Et l'image, c'est la preuve.

BB : Il faut être très rigoureux. Ne rien laisser passer qui ne soit pas prouvé. Sinon on en prend plein la gueule.

YS : Et vous avez eu un exemple, dans le champ de l'écologie, où vous pensez que vous êtes allé trop loin ?

BB : Je vais vous donner un exemple qui va vous faire hurler. Sur les OGM, on a tapé bien fort contre Monsanto. Très bien. Je m'interroge aujourd'huis : est-ce que vraiment ce sont des choses nuisibles ? Je ne suis pas sûr. Une fois que vous avez rencontré Axel Kahn qui vous explique évidemment qu'il y a le cours de la science et du progrès. Quand on voit aujourd'huis José Bové et sa bande d'agriculteurs, qui saccagent les cultures, etc. Moi, ça me fait hurler. Et je me dis : « est-ce qu'on n'est pas en train de passer à côté d'un vrai progrès de l'agriculture? »

PN : Pour l'humanité.

BB : Je me pose la question, voyez-vous, alors que le sujet était vraiment à charge. Peut-être qu'aujourd'huis, peut être que par réaction, je ferai quelquechose pour réhabiliter les OGM.

PN : Mais il y a besoin d'un débat national, ça c'est sûr.

YS : C'est un peu comme les éléphants, vous les avez défendus au début de 1990 dans Défense de tuer et après...

BB : Exact, et après, on s'est aperçu qu'ils ravageaient les villages. Le problème, il est là. On parlait au début d' « écolo facho », etc. Et je parlais de l'idéologie sur l'environnement. Je pense qu'à partir du moment, où il y a idéologie, il y a plus moyen de discuter. On a pas hésité à se remettre en cause et à se dire : notre position, à un moment donné de l'Histoire de ce secteur, faisait que, il fallait effectivement interdire l'abattage des éléphants. 10 ans plus tard, ça n'est plus du tout le même problème. Eh bien, on n'hésite pas à revenir là dessus et à dire, à l'époque, l'interdiction était valable mais plus aujourd'huis. Alors qu'aujourd'huis on voit de plus en plus, et en particulier chez les politiques, des gens qui prennent une position et qui n'en démordent plus, malgré les démentis, malgré les preuves qu'on peut leur apporter, ils restent sur leur position.

YS : À propos, de l'Amiante, vous avez fait un reportage en 1995, ça a beaucoup bougé les choses, il y a eu une loi interdisant la production d'amiante en France, et pourtant vous êtes revenus sur le sujet en 1996, pourquoi ?

BB : Parce que le sujet n'était pas épuisé.

PN : Vous vous rendez compte, il y a 12 ans, un sujet à 20h50, « ... il y a un grave problème dans ce pays, partout il y a de l'amiante. » Il y a eu un vent de panique absolu en France. Vous vous rendez compte à 20h50, parce que, la tradition ... il y a aujourd'huis Capital, Zone Interdite, etc.... Bon, mais à l'époque, on était pratiquement les seuls à 20h50 pour 5, 6 millions de téléspectateurs. C'était incroyable.

BB : Et on leur amenait quand même des sujets lourds. C'était pas les riches à Saint Trop'.

YS : Pour reprendre la chronologie ; jusqu'en 1992, vous êtes plutôt proche, en tout cas moi ce que j'en voie, peut-être pas vous, mais le magazine est plus proche de l'écologie politique. Après 1992, on a une sorte de flottement. Jusqu'en 1995, où on a les fameux « Commandos de l'écologie ». Et à partir de 1998, on a de nouveau une remontée de l'écologie politique avec notamment la multiplication des reportages animaliers.

PN : ça n'est pas calculé.

YS : Oui, enfin, j'ai un regard extérieur.

BB : De toute façon, on a pas une conscience claire de traiter, de pas traiter, de mettre l'accent là dessus et pas là dessus. Ça fait partie de notre évolution personnelle.

YS : Oui, mais vous êtes quand même en phase avec une actualité ...

PN : Oui l'actualité est là aussi, sauf que ce qui est intéressant dans ce métier, c'est d'aller au contraire des idées reçues. En 1990, personne n'avait conscience de l'importance de l'écologie. Après on renverse la vapeur, peut-être que ces gens là se trompent et nous trompent sur certains points. D'où les « commandos écolo ». Aujourd'huis, si on était à la tête d'Envoyé Spécial, moi je poserai la question : pourquoi l'Iran est la seule nation à qui l'on interdit le nucléaire, pourquoi ? Le Pakistan l'a, l'Inde, l'Israël l'a, pourquoi ? Au lieu de dire, c'est un scandale. Montrons d'abord pourquoi et disons après voilà les problèmes qui se posent.

BB : Ce qui pose problème c'est que l'Iran a un président qui dit « Demain, on raye Israël de la carte ». Mais que l'Iran ait l'arme nucléaire, pourquoi pas ? Puisque l'Inde l'a.

PN : Bon, il y a quelques semaines, je mangeais avec des Iraniens, extrêmement riches et cultivés, parlant notre langue à perfection, qui vivent sur place, qui ont en horreur les Ayatollahs et qui sont pour le nucléaire. Parce qu'ils ont peur de l'Inde, du Pakistan ... Donc, on aurait fait ça.

YS : D'accord, donc je vais poser une dernière question. Peut-être pas si simple, puisqu'il y a quand même une soixantaine de reportages. Par rapport, à l'écologie est-ce que vous avez vu une évolution des positions des téléspectateurs au cours des années 1990 ?

BB : C'est très compliqué comme vous savez ... on a jamais choisi de faire un reportage en fonction d'une idéologie qu'on aurait voulu appliquer, etc., on l'a fait au fur et à mesure. En fait, pendant très longtemps l'écologie, c'était l'affaire des gouvernants, c'était des gens qui étaient au dessus de nous, et c'est eux qui devaient prendre les mesures pour machin, etc. Aujourd'huis, on voit des réactions où l'homme de la rue se dit : « qu'est-ce que je peux faire, moi, pour améliorer la qualité de l'air, la qualité de l'eau ? »

PN : Est-ce qu'on y a contribué ? Sans doute pour une goutte, 1 %, plutôt 0, 00000 1%.

BB : Vous savez ce qu'on dit toujours, lorsqu'on fait une émission à la télé, si lorsqu'on fait un magazine du type Envoyé Spécial, si à la fin du magazine, il y a une personne en France, une seule, qui a pris conscience d'un problème, c'est formidable, on a gagné notre pari.

PN : Et dire qu'on a eu un rôle, absolument pas. On n'a aucun retour sur rien. On a simplement les chiffres qui nous disent, il y a 5 millions. Maintenant, est-ce que le chien était devant la télé ? On ne sait pas.

BB : On accompagne, ou au mieux on devance une prise de conscience.

> Commentaires :

Paul Nahon s'est absenté pendant 10 minutes. Bernard Benyamin a beaucoup plus pris la parole, n'hésitant pas à couper Paul Nahon. Il semble que dans le duo, Bernard Benyamin soit celui qui communique tandis que Paul Nahon serait plutôt celui qui gère le magazine. Il lui faut aussi plus de temps pour réfléchir avant qu'il ne prenne la parole. D'où l'importance quantitative des propos de Bernard Benyamin.

Autocritique : j'ai trop parlé et ne leur ai pas laissé le temps de réfléchir ou de rassembler leur souvenirs. J'enchaînais trop vite les questions. On a certes abordé de nombreux points, mais j'aurais souhaité en approfondir quelques uns. Enfin, je regrette de n'avoir pu interroger (faute de temps) d'autres personnes, et en particulier des journalistes.

Les journalistes

[ Journalistes classés par ordre d'importance,

et reportages classés par ordre chronologique en fonction de cette importance

*

Pour chaque reportage, l'ordre des indications données est le suivant :

Date de diffusion, titre du reportage, heure de diffusion, durée. Si pas spécifié, lieu : Paris, production : Antenne 2, puis France 2 à partir de septembre 1992]

Période 1 - 1990 - juin 1992

Staes Isabelle

> 8 mars 1990, «  France : décharges publiques », 20h40, 10 min 15.

[ décharges à ciel ouvert et nuisances de ces décharges pour l'entourage]

> 10 mai 1990, « Le problème de l'eau, Eau secours ! », 20h40, 15 min 30.

[ en France, la sécheresse, et en Bretagne, la pollution due au lisier et aux nitrates ]

> 7 mars 1991, « Défense de tuer », Paris, 21h20, 16 min 54.

[ Tanzanie, Parc Naturel, le commerce de l'ivoire entraîne l'extermination des éléphants]

> 12 septembre 1991, « Koweit, l'enfer », 1991, 20h53, 26 min 37.

[ incendie des puits de pétrole au Koweït]

> 28 mai 1992, « Montchanin, la décharge du diable », 21h22, 23 min.

[ Saône et Loire, déchets enfouis, risque d'explosion et pour la santé ]

Hesters Patrick

> 25 avril 1991, « Tchernobyl, le mensonge », Tokyo, NHK, 20h50, [durée non spécifiée].

[ Un médecin japonais mène son enquête sur les conséquences de l'explosion du réacteur nucléaire sur la santé ]

> 23 mai 1991, « SOS Terre », 20h50, 29 min 58.

[ déforestation, effet de serre, désertification]

> 5 mars 1992, « Ozone, la menace », 20h45, 23 min 18.

[ cri d'alerte des scientifiques quant au trou de la couche d'ozone dans l'hémisphère nord ]

> 28 mai 1992, « Sous haute surveillance »,Toulouse, Spot Image, 20h54, 26 min.

[ les évolutions de l'environnement observées par le satellite Spot ]

Cornet François

> 19 avril 1990, « Tchernobyl Traumatisme », 20h40, 22 min.

[ état des lieux 4 ans après la « catastrophe de Tchernobyl]

> 3 janvier 1991, « La ville noire », 20h54, 20 min.

[ industrie métallurgique roumaine, pollution atmosphérique, saturnisme, risque industriel ]

Binet Richard

> 16 janvier 1992, « Né à Katowice », 20h56, 10 min.

[Pologne, pollution atmosphérique liée à l'industrie > handicaps et malformations]

> 25 juin 1992, « Alerte en Méditerranée », 20h55, 17 min.

[ algue tueuse, étouffe la flore sous-marine]

Perrin Eric

> 14 février 1991, « La bataille du rail », 21h, 22min47.

> 28 octobre 1993, « La loi du silence », 21h50, 21 min.

Période 2 - 1993 - 1996

Monsigny Bernard

> 6 mai 1993, « Musiciens du bruit », LMK Images, 21h27, 20 min 17.

[ environnement et pollution sonore, la ville et le bruit ]

> 20 octobre 1994, « On achève bien les autos », 21h48, 22 min 13.

[ recyclage des épaves d'automobiles, en expansion et en mutation ]

> 17 novembre 1994, « Ignalina, mon amour », 21h30, 25 min 25.

[en Lituanie, les occidentaux redoutent une catastrophe de type Tchernobyl]

Grigoriev Basile,

> 10 juin 1993, « Octobre rouge », Moscou, Master TV Moscow/ Paris, SHK, 20h53, 50 min 38.

[ sur les sous-marins russes Typhoon, trop gros et laissés à l'abandon ]

> 9 mars 1995, « Les portes de l'enfer », Paris, SHK, 21h40, 38 min 55.

[reportage en Russie sur les « Cités interdites de l'atome » qui sortent aujourd'huis de l'ombre]

Sempère Claude

> 16 septembre 1993, « La guerre du feu », 21h, 29 min 34.

[ dans la région PACA, faire face aux incendies en été ]

> 22 juin 1995, « Les chasseurs de primes », 20h50, 30 min 10.

[ en Corse, les paysans allument des feux pour obtenir des indemnités, loi du silence ]

Blanc Lapierre José

> 19 janvier 1995, « A bout de souffle », 21h, 24 min 23.

[ Pollution de l'air en France, moyens de réduire cette pollution due à l'usage des véhicules des particuliers ]

> 23 mai 1996, « Histoire d'eau », Paris, Canal Plus, 21h, 35 min 35.

[ Paris, New York, Moscou, reportage sur l'eau potable ]

Golberine Georges,

> 28 septembre 1995, « Mortel Amiante », Paris, en partenariat avec Science et Avenir/Sertis, 21h, 26 min 58.

[ à propos des conséquences sur la santé d'un matériau de construction couramment utilisé, l'amiante ]

> 19 septembre 1996, « L'amiante, 50 ans de mensonges », Paris, en partenariat avec Science et Avenir/Sertis, 20h55, [durée non spécifiée]

Période 3 : 1997-2000

Molinier Agnès

> 25 septembre 1997, avec Daniel Lévy, « Paris, brûle-t-il ? », 21h26, 9 min 9.

[ les instruments de la mesure de la pollution atmosphérique à Paris ]

> idem, « La bataille du Smog », 21h47, 10 min 38.

[ Los Angelès, les solutions apportées : covoiturage, travail à domicile, bonus/malus pour les entreprises ]

> idem, « L'acropole asphyxiée », Paris, Production propre, 21h57, 9 min 48

[ Athènes, la ville la plus polluée d'Europe ]

De Banville Marc,

> 25 septembre 1997, « Les lobbies », Paris, CAPA Production, 21h35, 5 min 26.

[ lobbies pétroliers et automobiles pour la sauvegarde du diesel, regrets et enthousiasme des ministres de l'écolo]

> « La vallée de la chimie », Paris, CAPA Production, 22h10, 5 min 13.

[dans la vallée du Rhône, réhabilitation d'un ancien site de la pétro-chimie, amorcée il y a 20 ]

> « Alertes aux nitrates », Paris, CAPA Production, 22h16, 5 min 42.

[ les conséquences de l'agriculture intensive en Bretagne ]

Caza Jérôme,

> 25 septembre 1997, « Méga Pollution » Paris, CAPA Production, 22h, 6 min 40.

[ les mégalopoles les plus polluées et les solutions apportées ]

> « Hommes Bulles », Paris, CAPA Production, 22h39, 8 min 29.

[ village étrange construit à l'usage des chimico-sensibles, allergiques à la pollution de la vie citadine quotidienne ]

Thomas Johnson,

> 5 mars 1998, « Les dents du ciel », Paris, CAPA Production, 22h02, 27 min 35.

[ en Madagascar, invasion de criquets, dilemme entre pesticide et destruction des récoltes]

> 14 janvier 1999, Johnson Thomas, « La leçon des grands singes », Paris, CAPA Production, 21h, 49 min 48.

[ les grands singes, composé de 90% du génome humain, menacés par la déforestation]

= Quelques cas particuliers :

Rabine Gilles,

> 18 janvier 1990, « Soumgait URSS « , 20h35, 11 min 30.

[ une ville en Russie, 19 usines chimiques, pollution atmosphérique]

> 29 janvier 1998, Duplex avec Rabine Gilles, 22h50, 3 min 34.

[ refus des autorités russes, bases navales russes, un danger pour l'Europe ]

Costelle Anne, Kostine Serguei

> 3 décembre 1992, « La grande menace », Pathé France, 20h49, 23 min 26.

[en Russie, cimetière de sous-marins nucléaires ]

> 3 avril 1997 « La grande menace », Pathe France, 21h (?), 23 min 26.

[rediffusion du reportage, retour sur les épaves nucléaires russes, « rien n'est fait, c'est épouvantable ! »]

Pousinet Anne

> 28 mai 1992, « Que faire de nos poubelles ? », 21h48, 23 min.

[ le volume des déchets augmente en France et en Europe, que faire ? ]

> 12 juin 1997, « La ville à vélo », France 2/ INA, 20h56, 29 min 46.

[ Paris, Amsterdam, une ville à vélo, c'est possible]

Journalistes apparaissant une seule fois dans le corpus

(classés par ordre chronologique, en fonction des même critères que précédemment)

Période 1 :

Guimier Pascal

22 février 1990, « Le nucléaire : danger ? , La Hague », 20h40, 12 min 50. [ en France, une usine de retraitement des déchets nucléaires]

Botta Ettore

19 avril 1990, «  Aral le désert », France, East Ouest Productions, 20h40, 9 min 14. [ sur l'assèchement de la mer d'Aral]

Seban Jean-Marc, Levasseur Michel

28 juin 1990, « Massacre à la tronçonneuse », , 20h30, 12 min 41. [ en région parisienne, contre l'établissement d'une mine à ciel ouvert]

Gintzburger Anne

27 septembre 1990, « Exxon Valdez », Paris, Production propre, 20h45, 22 min 24. [à propos du naufrage d'un pétrolier]

Hay Thierry

11 octobre 1990, « Méditerranée en danger, les éboueurs de la mer », 20h30, 15 min 33 [ développement d'« algues tueuses » ]

Beriot Louis, Breux Yves

21 mars 1991, « La France défigurée », 21h26, 24 min. [ béton > besoin de gravier > gravière = menace pour les cours d'eau]

Paringaux Rolland Pierre,

5 mars 1992, « Cote d'alerte », Paris, Production Propre/ LMK Images, 20h53, 20 min 40, [ défiguration du littoral breton]

Chignac Frédéric, Gauchard Jean Yves,

19 mars 1992, « Paris phérique », 20h45, 23 min 18. [le périphérique entre prison et évasion]

Millet Sylvie, Zscheh Heinz

28 mai 1992, « C'est la mer blanche qu'on assassine », 22h14, 11 min. [ en Russie, rejet de déchets toxiques et radioactifs dans la mer]

Période 2 :

Fottorino Eric

4 mars 1993, « La mort en eau douce », Paris, LMK Images, 21h27, 23 min 21. [faune et flore de l'étang de Berg menacés]

Pierrot Eric, Eudes Yves,

6 mai 1993, « Satellite, le 3e oeil », Paris, Production Propre/LMK Images, 21h27, 23 min 21. [ les phénomènes humains et naturels ]

Fourniou Valérie

9 décembre 1993, « Après le déluge », 21h55, 25 min 55. [Camargue, conséquences écologiques après inondation]

Abramovici Pierre

17 mars 1994, « Dangers mortels », Paris, LMK Images, 22h11, 26 min 48. [ en Europe, la question du stockage des déchets radioactifs ]

Monchicourt Marie-Odile,

17 novembre 1994, avec Bernard Monsigny, « Ignalina, mon amour », 21h30, 25 min 25. [en Lituanie, un nouveau Tchernobyl ? ]

Jauve Sophie

12 janvier 1995, « Alerte au Pyralène », 20h55, 20 min 15. [incendie d'un transformateur, cancers, craintes des pompiers]

Segiwa Shuntaro,

2 février 1995, « Bombes à retardement », Tokyo, Nippon Hoso Kyokai (NHK), 22h, 39 min. [ Kazakhstan, essais nucléaires]

Himbert Marie-Noelle,

16 février 1995, « Brûlés sans flamme », Paris, CAPA Production, 21h45, 31 min 24. [le petit nucléaire, trois hommes en Lorraine]

Le Masson Eric,

16 mars 1995, « la Bête », 21h05, 24 min 17. [ dans les Vosges, retour sur un loup apparu et disparu]

De Boch Leo

25 mai 1995, , « Tchernobyl neuf ans après », Royaume Uni, Peter Suetens Production, 20h55, 31 min 27.

Hosatte Jean-Marie

7 septembre 1995, « Les commandos de l'écologie », Paris, CAPA Production, 22h30, 49 min 42. [Greenpeace]

Crotta Frédéric,

14 décembre 1995, « La voiture du 3e type », 22h, 20 min 5. [ sur les voitures électriques, qui polluent moins ]

Période 3 :

Trillat Marcel,

9 janvier 1997, « La guerre des pierres », 20h50, 37 min 25. [Pyrénées, carrière à ciel ouvert, pour et contre ]

Casa Jérôme, Poiret Philippe

6 février 1997, « La guerre du courrier », Paris, Capa Production, 21h40, 27 min.[nuisances France/Etats-Unis, courrier postal par avion ]

Bernoux Pierre-Marie,

11 septembre 1997, « Main basse sur les ordures », Paris, Canal Plus, 22h30, 25 min 43. [la fin des décharges, les entreprises de recyclage]

Metivet Jean-Pierre

25 septembre 1997, « La Rochelle, l'utopie », 21h, 21 min 40. [ « 24h sans voiture »]

Rochot Philippe,

23 octobre 1997, « L'ambassadeur des ours », 21h55, 26 min 17. [ dans les Pyrénées, reportage sur ceux qui s'occupent des ours ]

Valenti Alexandre,

5 mars 1998, « Le prix de la défense », Paris, 21h11, 43 min. [augmentation du nombre d'éléphants devenu trop important]

Hamon Hervé,

9 avril 1998 « Chasseurs de tempête », 20h50, 41 min 22. [ en France, les mesures prises contre l'échouage des bateaux, l'Abeille Flandres]

Bonnet Frédéric,

18 février 1999, « Animaux, le marché sauvage », Paris, Morgane Production, 20h50, 35 min 44. [ à propos du trafic d'animaux sauvages ]

Andrieux Claude,

4 mars 1999, « Le retour des loups », Paris, Théo Presse, 20h50, 26 min 36. [ les loups réintroduits qui attaquent les troupeaux de moutons ]

Carpentier Jean-Michel

28 octobre 1999, « Tableau de chasse », Paris, Production propre, 20h55, 34 min 10. [ crainte des chasseurs face aux nouvelles régulations ]

Cancella Kieffer Michaela,

4 novembre 1999, « Pour quelques degrés de plus », Paris, Galaxie Presse, 20h50, 27 min 55.[ les conséquences du dérèglement climatique]

Guyot Didier,

2 décembre 1999, « Les roues de la colère », Paris, Production propre, 20h50, 22 min 09. [ engorgement du Tunnel du Fréjus]

Intervenants extérieurs 

( par ordre chronologique d'apparition)

Les cinéastes invités à faire un reportage :

Enrico Robert,

9 mai 1991 « Terre Brûlée », Paris, Production Propre, 20h40, 36 min.[ les incendies dans le Var]

Boisset Yves,

22 octobre 1992, « Danse avec les ours », Paris, Production Propre, 21h16, 30 min 38. [ dans les Pyrénées, partisans et opposants vis à vis du projet de creuser un tunnel là où vivent encore des ours ]

Les invités sur le plateau :

Louis Besson

(Ministre des transports)

14 février 1991, à propos du tracé du TGV Méditerranée.

Brice Lalonde

(Ministre de l'écologie)

21 mars 1991, à propos des gravières et de la destruction du paysage en France

Haroun Tazieff

(Vulcanologue, membre de Génération Ecologie fondée par Brice Lalonde)

30 décembre 1991, commente en direct les images tirés de trois reportages : l'éruption du Pinatubo, les incendies au Koweït, les déchets dans la mer Méditerranée

Commandant Dupuy Montbrun

(commandant d'un sous-marin nucléaire français)

10 juin 1993, à propos du reportage « Octobre Rouge », sur les sous-marins nucléaires russes abandonnés.

Professeur Meinez

(Biologiste, qui intervient dans le reportage rediffusé)

22 décembre 1994, retour sur un reportage tourné en octobre 1990, sur les « algues tueuses » en Méditerranée.

Jean-Louis Etienne

(Docteur, intervient en qualité de )

19 janvier 1995, à propos de la pollution de l'air en France.

Michel Barnier

(s'exprime au nom de l'Union Européenne)

25 mai 1995, « Tchernobyl neuf ans après », sur la nécessité de poursuivre les efforts faits dans les PECO

Elisabeth Hubert

(Ministre de la Santé)

28 septembre 1995, les mesures qu'elle envisage pour mettre un terme au « problème de l'Amiante »

Michel Crépeau

(ancien ministre de l'environnement et maire de La Rochelle)

25 septembre 1997, à propos de l'expérience menée dans sa ville, « 24h sans voiture »

+ Jean-Pierre Pommereau

(directeur de recherche au CNRS)

+ Michel Pochon

(représentant du Centre d'étude pour un développement agricole plus autonome (CEDAPA))

A propos de différentes formes de pollution.

M. Greth

(World Wild Foundation)

A propos du nombre trop important d'éléphants par rapport aux capacités du territoire.

Conditions particulières de production :

Emissions en public ou en direct - par ordre chronologique

« Rétro 1991 : l'écologie »,

30 décembre 1991, plateau ordinaire d'Envoyé Spécial, avec public.

« Alerte à la pollution »,

25 septembre 1997, en direct de la Rochelle.

Plateau (en direct du parc naturel de Ouaza au Cameroun),

5 mars 1998, à propos des éléphants d'Afrique et des Criquets de Madagascar (de la difficulté de réglementer)

Envoyé Spécial : 10 ans, Environnement,.

13 janvier 2000, tourné sur les bords de la baie de Rio de Janeiro (cf. la Conférence de Rio de juin 1992)

Productions (hors production propre) - par ordre chronologique

East Ouest Productions

19 avril 1990, Botta Ettore, «  Aral le désert » [ sur l'assèchement de la mer d'Aral]

Pathé France,

3 décembre 1992, Costelle Anne, Kostine Serguei, « La grande menace »,.[en Russie, sous-marins nucléaires ]

Tokyo, Nippon Hoso Kyokai (NHK)

> 25 avril 1991, Hesters Patrick, « Tchernobyl, le mensonge », [enquête menée par un médecin japonais]

> 2 février 1995, Segiwa Shuntaro, « Bombes à retardement », [ Kazakhstan, essais nucléaires]

> 25 avril 1996, « Tchernobyl, 10 ans après » [montage d'images diffusées par Envoyé Spécial sur Tchernobyl]

Master TV Moscow/ Paris, SHK

> 10 juin 1993, « Octobre rouge », Grigoriev Basile, Mitkova Tatiana,

[ sur les sous-marins russes Typhoon, trop gros et laissés à l'abandon ]

> 9 mars 1995, Grigoriev Basile, « Les portes de l'enfer » [en Russie, anciennes « Cités interdites de l'atome »]

Royaume Uni, Peter Suetens Production,

25 mai 1995, De Boch Leo, « Tchernobyl neuf ans après »

CAPA Production,

> 16 février 1995, Himbert Marie-Noelle, « Brûlés sans flamme » [France, le « petit nucléaire »]

> 7 septembre 1995, Hosatte Jean-Marie, « Les commandos de l'écologie », [Greenpeace]

> 6 février 1997, Casa Jérôme, Poiret Philippe, « La guerre du courrier », [trafic postal, nuisances]

> 25 septembre 1997, De Banville Marc, « Les lobbies » [lobbies pétroliers v.s. ministres de l'écologie] / « La vallée de la chimie » [Rhône, réhabilitation d'un ancien site de la pétro-chimie] / « Alertes aux nitrates » [les conséquences de l'agriculture intensive en Bretagne]

> 25 septembre 1997,Caza Jérôme, « Méga Pollution » [ les mégalopoles les plus polluées et les solutions apportées ]/ « Hommes Bulles », [chimico-sensibles, allergiques à la pollution de la vie citadine quotidienne ]

> 5 mars 1998, Johnson Thomas, « Les dents du ciel », Paris, , 22h02, 27 min 35.[ en Madagascar, criquets]

> 14 janvier 1999, Johnson Thomas, « La leçon des grands singes », [ déforestation, grands singes menacés]

LMK Images/ A2 puis France 2

> 5 mars 1992, Paringaux Rolland Pierre, « Cote d'alerte », [ défiguration du littoral breton ]

> 4 mars 1993, Fottorino Eric, « La mort en eau douce », [Etang de Berg v.s. Usine EDF ]

> 6 mai 1993, Pierrot Eric, Eudes Yves, « Satellite, le 3e oeil » [observation des phénomènes humains et naurels]

+ Monsigny Bernard, « Musiciens du bruit » [la ville et le bruit, pollution sonore ]

Spot Image / A2 puis France 2

28 mai 1992, Hesters Patrick, « Sous haute surveillance » [observation pas satellite]

Canal Plus/France 2

> 23 mai 1996, Blanc Lapierre José, « Histoire d'eau » [ Paris, New York, Moscou, reportage sur l'eau potable ]

> 11 septembre 1997, Bernoux Pierre-Marie, « Main basse sur les ordures » [traitement des déchets]

Morgane Production

18 février 1999, « Animaux, le marché sauvage » [ à propos du trafic d'animaux sauvages ]

Théo Presse

4 mars 1999, Andrieux Claude, « Le retour des loups » [réintroduction du loup v.s. bergers ]

Galaxie Presse

4 novembre 1999, Cancella Kieffer Michaela, « Pour quelques degrés de plus » [difficultés de se mobiliser]

Chronologie : l'environnement (1986-2000).

1986

_Incendie de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

_A Bâle, 30 tonnes de produits chimiques s'écoulent dans le Rhin.

 
 

1987

_Remise du rapport Bruntland, « Notre avenir à tous »

_24 pays signent le protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone.(objectif : réduire de 50 % d'ici à 1999, les émissions de CFC.)

 
 

1988

_Conférence de l'ONU sur l'environnement à Oslo.

_Hambourg, congrès international sur le climat et sur les conséquences des catastrophes climatiques dans les pays en développement.

 

Antoine Waechter, candidat des Verts aux élections présidentielles (son programme : Choisissons notre progrès)

1989

_L'Exxon Valdez déverse 40 000 tonnes de pétrole sur les côtes de l'Alaska.

_Conférence sur la pollution atmosphérique à Noordwijk (Pays-Bas). Objectif : stabilisation des émissions de CO2 d'ici l'an 2000.

_Déclaration de Vancouver sur la survie au XXIe siècle.

 

Les verts récoltent 100 000 voix aux élections européennes. 30 députés verts entrent au Parlement de Strasbourg.

1990

 

23 avril

Directive du Conseil relative à l'utilisation confinée de micro-organismes génétiquement modifiés.

_Brice Lalonde, ministre de l'environnement

_ 22 avril

« Jour de la Terre ».

_11 novembre

Création de Génération Ecologie par Brice Lalonde

1991

Protocole de Madrid. 26 pays décident que durant 50 ans, il n'y aura pas de développement en Antarctique.

Article 6 du Traité de Maastricht : les exigences de la protection de l'environnement doivent être intégrées dans toutes les politiques et actions de l'Union Européenne

 

1992

Sommet de la Terre à Rio. Signature de la convention sur la diversité biologique

21 mai

Directive du Conseil concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et la flore sauvage.

_Marie-Christine Blandin, élue présidente du Conseil Régional du Nord Pas de Calais, double première en France : c'est une femme et une écologiste.

_ Loi sur les déchets :

toutes les décharges publiques (non autorisées ?) doivent être fermées d'ici l'an 2000, pour ne plus recevoir aucun déchet.

_ 31 décembre

loi Royal (sur le bruit) - applique normes européennes- renforcement du contrôle, augmentation des voies piétonne, amélioration de la circulation, ...

1993

 
 

_Dominique Voynet à la tête du parti des Verts français.

_loi sur ma mise en valeur et la protection des paysages ( pour une meilleure intégration des infrastructures, pour une mesure de l'impact visuel sur le paysage de toute construction (montagne, littoral, espaces périurbains.) => prise en compte du cadre de vie, tout espace urbain ou rural devient paysage)

1994

_La convention sur les changements climatiques de Rio est ratifié par 50 pays.

Création de l'Agence Européenne pour l'environnement.

Convention de Paris sur la désertification.

1995

_Conférence du Conseil de la Terre pour analyser les décisions prises au sommet de Rio.

_Rio+ 5, séance spéciale à l'ONU sur l'environnement.

_Sommet de Kyoto sur les changements climatiques.

_Discussion du plan (très controversé en France) Natura 2000 ( mise ne réseau des réserves naturelles européenne - constructions de tunnels et de viaducs palliant à l'effet barrière des autoroutes et lignes de chemin de fer)

_ « Charte pour une consomma-

tion durable»

_ février

Instauration du « principe de précaution »

_Dominique Voynet, candidate des Verts. (programme : Oser l'écologie et la Solidarité)

1996

 
 

_30 décembre

on mesurera désormais la pollution dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants à partir de 1998, et dans toute la France à partir de 2000.

1997

 
 

_8 députés écologistes dont 6 Verts entrent à l'Assemblée Nationale.

_Dominique Voynet, ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du premier gouvernement Jospin.

_Extinction du réacteur de la centrale nucléaire Superphenix

1998

Conférence de Buenos Aires sur les changements climatiques.

 

_février

150 000 chasseurs manifestent à Paris

_juin

on rallonge la période de tir des oiseaux migrateurs (contre les directives européennes)

_juillet : mise en place d'un Institut de veille sanitaire, et de deux Agences de sécurité sanitaire pour les produits de santé et les aliments.

_Conférence de Paris sur l'eau et le développement durable.

1999

 

Première semaine verte, cycle annuel de conférences sur l'environnement organisé par l'Union Européenne.

_Naufrage de l'Erika

_Daniel Cohn-Bendit, après avoir rejoint les Verts devient député européen en France.

_ entrée des membres de CPNT au Parlement européen.

2000

2000

_février :

L'organisation mondiale du commerce donne tord aux européens qui continuent malgré tout de considérer le « principe de précaution » comme un principe juridique valable

_Plan Natura 2000

_Convention Européenne du paysage (Florence), le paysage est reconnu comme un élément de la qualité de vie, sa préservation nécessite une coopération entre Etats et une participation accrue du public.( on insiste sur le rôle local des populations)

_23 octobre

Directive du Parlement européen et du Conseil établissant une harmonisation de la gestion de l'eau en Europe.

 

Est-ce la fin du début ou le début de la fin ?...

* 1 Les mesures envisagées et citées sont extraites des programmes des trois candidats, disponibles sur leur site officiel de campagne électorale. Ils ont pour titre : La France de toutes nos forces, François Bayrou ; Le pacte présidentiel, Ségolène Royal ; Mon projet - Ensemble tout devient possible, Nicolas Sarkozy.

* 2 Bozonnet Jean-Paul, L'écologisme à l'aube du XXIe siècle, De la rupture à la banalisation ?, Genève, Georg Editeur, Coll. « Stratégies énergétique, Biosphère et Société. », 2000, p. 138-140

* 3 Ifen, La sensibilité écologique des Français, Paris, Editions Techniques et Documents, 2000, p. 36

* 4 [auteur inconnu], « Mots et maux de l'environnement », dans Sauver la planète ?, Sciences Humaines Hors Série, n° 49, juillet - août 2000, pp.. 14-15

* 5 Extrait d'une fiche de cours, rédigée par Martine Tabeaud (citant le livre The quality of envrionment paru en 1968 dans), « Pour une définition des enjeux environnementaux », UFR de Géographie, Master de gestion de l'environnement, Université Paris 1, Septembre 2006.

* 6 Charles Lionel, « Environnement, incertitudes et risque : du pragmatisme aux développement contemporains », dans Alliage, n°48-49, automne 2001, pp.. 57-59

* 7 Latour Bruno, Politiques de la nature, Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La découverte, Coll. « Sciences humaines et sociales », 1999, p. 9

* 8 Propos librement inspiré de la lecture de Steiner George, Dans le château de Barbe Bleue, Notes pour une redéfinition de la culture, Paris, Gallimard, Coll. « Folio Essais », 2004, 160 p.

* 9 Nous renvoyons le lecteur aux livres parus dans les années 1990, de Marc Abélès, de Bernard Kalaora, et de Jean-Guy Vaillancourt.

* 10 Cf. Maigret Eric, Macé Eric, Penser les médiacultures, Nouvelles pratiques et novelles approches de la représentation du monde, Paris, INA/Armand Colin, coll. « Médiacultures », 2005, 190 p.

* 11 Morin Edgar, Le Roy Ladurie Emmanuel (collectif), L'homme et l'environnement : quelle histoire ?, Blois, Les rendez-vous de l'Histoire, 2001, 153 p.

* 12 Morin Edgar, Le Roy Ladurie Emmanuel (collectif), Op. Cit., p. 83

* 13 Morin Edgar, Le Roy Ladurie Emmanuel (collectif), Op. Cit., p. 24

* 14 Charaudeau Patrick, Le discours d'information médiatique : la construction du miroir social, Paris, Nathan/INA, Coll. « Médias Recherches », 1997, 288 p.

* 15 Mouchon Jean, Visibilité médiatique et lisibilité sociale, dans Esquenazi Jean-Pierre (dir.), La communication de l'information, Paris, L'Harmattan, Coll. « Champs Visuels », 1997, pp.. 51-52

* 16 Mouchon Jean, « Visibilité médiatique et lisibilité sociale » dans Esquenazi Jean-Pierre, La communication de l'information, Paris, Harmattan, Coll. « Champs visuels », 1997, p. 51

* 17 Campet Jacques (commission de réflexion présidée par), « L'avenir de la télévision publique », Paris, Rapport au ministre de la Communication, Septembre 1993, p. 12

* 18 Institut Français de l'Environnement et de la Nature (IFEN), La sensibilité écologique des Français à travers l'opinion publique, Paris, Edition Technique et Documents, 2000, pp.. 34-35

* 19 Cf. les études d'Olivier Donnat à propos des pratiques culturelles des Français.

* 20 Ce deuxième élément, explicitement cité, est particulièrement intéressant à propos du traitement télévisuel de la gestion de l'environnement.

* 21 Campet Jacques (commission de réflexion présidée par), « L'avenir de la télévision publique », Paris, Rapport au ministre de la Communication, Septembre 1993, p. 16

* 22 Cornu Francis, « Envoyé Spécial, l'info en vedette », Le Monde Télévision-Radio-Multimédia, Paris, 22-23 juin 1997, cité dans Dossiers de l'Audiovisuel n°76, Paris, Ina/La documentation Française, 1997, pp.. 39-40

* 23 Auteur Inconnu, « Envoyé Spécial, La 200e »,Télérama, n° 2351, Paris, 1er février 1995, p. 119

* 24 Follea Laurence, « Jeudi 18 janvier Envoyé spécial : A2, 20h35 La rédaction d'A2 mobilisée », Le Monde, Paris, 15 juin 1990.

* 25 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 26 Serres Michel, Leglu Dominique, « Entre pédagogie et culture », dans Blum Sylvie, Dumas François (dossier coordonné par), Science et Télévision, Dossiers de l'Audiovisuel [n°31], Institut National de l'Audiovisuel/La documentation Française, mai/juin 1990, pp.. 32-33

* 27 Rey Jean-Noël (propos recueilli par), Benyamin Bernard « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Cinémaction, Paris, 1997, p. 76

* 28 Fleury Claire, « Un Français sur quatre », TéléObs, Paris, 30 mai -3 juin 1998, p 10.

* 29 Cornu Francis, « Envoyé Spécial, l'info en vedette », Le Monde Télévision-Radio-Multimédia, Paris, 22-23 juin 1997, cité dans Dossiers de l'Audiovisuel n°76, Paris, Ina/La documentation Française, 1997, pp.. 39-40

* 30 Leclère Thierry, « Deux sur A2 », Télérama, n°2087, Paris, 10 janvier 1990

* 31 Rey Jean-Noël (propos recueilli par), Nahon Paul, « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Cinémaction, Paris, 1997, p. 72.

* 32 Leclère Thierry, « Deux sur A2 », Télérama, n° 2087, Paris, 10 janvier 1990, pp.. 50-51

* 33 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 34 Introduction à l'entretien « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Cinémaction, Paris, 1997, p 70.

* 35 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 36 Doussot Michel, « Aux commandes d'Envoyé Spécial », Télé Scope, n°131, Paris, 18-24 mai 1996, p. 12

* 37 Robert Enrico a reçu en 1976 un César pour le Vieux Fusil.

* 38 Respectant ce point de vue, les journalistes sont désignés comme les auteurs des reportages répertoriés dans l'inventaire des sources.

* 39 Rey Jean-Noël (propos recueilli par), Nahon Paul « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Cinémaction, Paris, 1997, p. 79

* 40 Azoulai Minou (coord.), Benyamin Bernard, Nahon Paul, Envoyé Spécial, le livre, Paris, Michel Lafon/Edition n°1, 1992, p. 20

* 41 Doussot Michel, « Entretien avec Paul Nahon », Télé Scope, n°131, Paris, 18-24 mai 1996, p. 13

* 42 Rey Jean-Noël (propos recueilli par), Nahon Paul « Envoyé Spécial : rigueur et austérité », Cinémaction, Paris, 1997, p. 72.

* 43 Esquenazi Jean-Pierre, La communication de l'information, Paris, Harmattan, Coll. « Champs visuels », 1997, p. 5

* 44 Cf. le site http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr

* 45 Pour le détail, se reporter en annexe au répertoire complet des maisons de production auxquelles Envoyé spécial a fait appel.

* 46 Cf. site officiel de CAPA Production

* 47 Benyamin Bernard, Nahon Paul, Azoulay Minou (coordination), Envoyé Spécial, le livre, Edition n°1/Michel Laffont, Paris 1992, 207 p.

* 48 Pour le détail, se reporter en annexe à la liste des journalistes ayant travaillé pour Envoyé spécial.

* 49 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 50 Cornu Francis, « Envoyé Spécial, l'info en vedette », Le Monde Télévision-Radio-Multimédia, Paris, 22-23 juin 1997, cité dans Dossiers de l'Audiovisuel n°76, Paris, Ina/La documentation Française, 1997, pp.. 39-40

* 51 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 2 Prendville Brendan, L'écologie, la politique autrement ? « Culture, sociologie et histoire des écologistes. », Paris, L'Harmattan, 1993, 200 p.

* 52 Roqueplo Philippe, Climat sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, Paris, Economica, 1993, 406 p.

* 53 Alors que le premier numéro de l'année de cette revue était traditionnellement consacré à une personnalité ayant marqué l'actualité de l'année précédente.

* 54 Prendville Brendan, L'écologie, la politique autrement ? « Culture, sociologie et histoire des écologistes. », Paris, L'Harmattan, 1993, p. 68

* 55 Roqueplo Philippe, Climat sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, Paris, Economica, 1993, pp.. 50-51

* 56 Hébel Pascal, Maresca Bruno, L'environnement, ce qu'en disent les Français,Ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement / La Documentation française, 1999, p. 166

* 57 Azoulai Minou (coord.), Benyamin Bernard, Nahon Paul, Envoyé Spécial, le livre, Paris, Michel Lafon/Edition n°1, 1992, p. 15

* 58 Remarquons ici, que comme en 1992, c'est encore à une date charnière de l'histoire de l'écologie (pour la France, 1997) que Paul Nahon revendique pour Envoyé spécial le label écologiste.

* 59 Serres Michel, Le contrat naturel,Paris, Bourin/Julliard, 1990, p. 20

* 60 Serres Michel, op. cit., p.65

* 61 Serres Michel, op. cit., p.35

* 62 Serres Michel, op. cit., p.67

* 1 Chaniac Régine/Chervin Jacqueline, La représentation de l'environnement à la télévision, la pollution de l'eau douce, Paris, INA, rapport d'étude, 1995, p. 67-70

* 63 Chaniac Régine/Chervin Jacqueline, La représentation de l'environnement à la télévision, la pollution de l'eau douce, Paris, INA, rapport d'étude, 1995, p. 14-19

* 64 Bernard Marianne, Génération démagogie, Bizanos, Editions Bihet, 1992, pp.. 190-199

* 65 Bernard Marianne, Génération démagogie, Bizanos, Editions Bihet, 1992, pp.. 197-198

* 66 Peytevin Jean-Louis, « Avant propos », « Discours de l'écologie », Quaderni, n°17, Paris, Editions Laura Wind / Ministère de la Recherche et de la Technologie, Printemps 1992, p. 65

* 67 Peytevin Jean-Louis, Peytevin Jean-Louis, « Avant propos », « Discours de l'écologie », Quaderni, n°17, Paris, Editions Laura Wind / Ministère de la Recherche et de la Technologie, Printemps 1992, p. 65

* 68 Eisenbeis Manfred, Télévision et esthétique de l'environnement, « Le rôle de la télévision dans la participation des citoyens à la planification et à l'aménagement de leur environnement. », Strasbourg, Conseil de l'Europe/ Conseil de la coopération culturelle/ Comité de l'éducation extrascolaire et du développement culturel, septembre 1974, pp...4-5

* 69 Eisenbeis Manfred, Op. Cit., p. 7

* 70 Vincent Catherine, « Festival des 9es rencontres internationales de l'audiovisuel scientifique à Paris, Sciences et télé : le mariage impossible ? », Le Monde, 19 octobre 1992, p. 16

* 71 Courtiau Jean-Pierre, « Actualités Paysages, De la législation sur le paysage », dans « Paysages », Monuments Historiques, n°192, avril 1994, pp.. 112-113

* 72 Jacob Jean, Histoire de l'écologie politique, « comment la gauche a redécouvert la nature. », Paris, Editions Albin Michel, Paris, 1999, pp.. 293-297

* 73 Peytevin Jean-Louis, Peytevin Jean-Louis, « Avant propos », « Discours de l'écologie », Quaderni, n°17, Paris, Editions Laura Wind / Ministère de la Recherche et de la Technologie, Printemps 1992, p. 65

* 74 Bourg Dominique, « Droits de l'Homme et écologie », dans Esprit, Paris, octobre 1992, pp.. 80-94

* 75 Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, « L'arbre, l'animal et l'homme », Paris, Bernard Grasset, 1992, pp.. 267-268

* 76 Rudolf Florence, L'environnement, construction sociale, « Pratique et discours sur l'environnement en Allemagne et en France. », Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 1998, p. 48

* 77 Becker Jean-Jacques, Histoire politique de la France depuis 1945, Paris, Armand Colin, Coll. « Cursus », 2003, p.220

* 78 Jacob Jean, Histoire de l'écologie, Comment la gauche a redécouvert la nature, Paris, Albin Michel, 1999, p. 297

* 79 Micoud André, « Une nébuleuse associative au service de l'environnement », dans Sauver la planète ? Les enjeux sociaux de l'environnement. Sciences Humaines Hors Série, n°49, juillet/août 2005, pp.. 54-59

* 80 Rymarski Christophe, « Greenpeace en France et en Allemagne, deux destins différents », dans Sciences Humaines Hors Série, Op. Cit., p. 57

* 81 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 82 Chervin Jacqueline, De Cheveigné Suzanne (sous la direction de), Le traitement des thèmes scientifiques dans le journal télévisé (de 1949 à 1995), novembre 2000, 224 p.

* 83 Roqueplo Philippe, Climat sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, Paris, Economica, 1993, 406 p.

* 84 Lipietz Alain, Qu'est-ce que l'écologie politique ?, Paris, La Découverte, 2003, p.103

* 85 Cette chaîne a reçu plusieurs prix pour sa programmation au festival international de l'audiovisuel scientifique.

* 86 Caro Paul, Funck-Brentano Jean-Louis, L'appareil d'information sur la science et la technique, Rapport commun n°6 Académie des Sciences/CADAS, Paris, Lavoisier, Coll. : « Technique et documentation », 1996, p. 61

* 87 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 88 La rubrique Post Scriptum est mise en place à partir de 1995, elle permet au magazine de rediffuser, cinq après leur première diffusion, des reportages que Paul Nahon et Bernard Benyamin jugent nécessaire de montrer encore une fois. C'est aussi une occasion de discuter avec l'auteur du reportage des évolutions, sur le moyen terme, de la situation.

* 89 Bystrova Anna, « La politique écologique soviétique. Problèmes et perspectives. », dans La crise de l'environnement à l'Est, Pays en transition et expérience française d'une économie mixte, Paris, L'Harmattan, 1993, pp.. 97-105

* 90 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 91 Ferenczi Thomas, « Les incertitudes du progrès », Le Monde, Paris, 20 août 1996, p. 13

* 92 IFEN, La sensibilité Ecologique des Français, « à travers l'opinion publique », Orléans, Edition Tec et Doc, 2000, p.18

* 93 Ashiéri André, Santé-environnement, dans Alliage, n°48-49, automne 2001, p. 172

* 94 Roqueplo Philippe, Climat sous surveillance, Paris, Economica, 1992, p. 97

* 95 De Banville Marc, « Les lobbies », Envoyé spécial, Paris, France 2 (production et diffusion), 27 septembre 1997.

* 96 Allemand Sylvain, « Environnement où en est-on ? », Sciences Humaines, n°130, août-septembre 2002, p. 10

* 97 Ashiéri André, « Santé-environnement, défi pour le troisième millénaire », dans Alliage, n°48-49, automne 2001, p. 179

* 98 Ashiéri André, « Santé-environnement, défi pour le troisième millénaire », dans Alliage, n°48-49, automne 2001, p. 171

* 99 Ashiéri André, Art. Cit., p. 179

* 100 Barraque Bernard, « L'action municipale dans le domaine de l'environnement, limitations historiques et perspectives encourageantes. », dans Vinaver Krystina (dir.), La crise de l'environnement à l'est, Paris, l'Harmattan, 1993, pp.. 139-146

* 101 Lagadec Patrick, « Risques et crises : nouvelles frontières, nouvelles responsabilités », Pour une nouvelle culture du risque. Alliage, Automne 2001, p. 27

* 102 Lagadec Patrick, « Risques et crises : nouvelles frontières, nouvelles responsabilités », dans Alliage, n°48-49, automne 2001, pp.. 27-36

* 103 Lepage Corinne, « Allocution », dans Ethique et environnement, Actes du Colloque, Paris, La documentation française, 1997, p. 17

* 104 Bruntland Grottarlem (président de la commission), « Une Terre, un Monde », dans Notre avenir à tous, Commission Mondiale de l'Environnement et du Développement, 1987 [n.p.]

* 105 Birnbacher Dieter, La responsabilité envers les générations futures, Paris, PUF, Coll. « Philosophie Morale », 1994 [Stuttgart, 1988], p. 25

* 106 Lepage Corinne, « Discours de clôture », dans Ethique et environnement, Actes du Colloque, Paris, La documentation française, 1997, pp.. 171-182

* 107 Becker Jean-Jacques, Histoire politique de la France depuis 1945, 2003, Armand Collin, Coll. « Cursus », pp.. 229-230

* 108 Métivet Jean-Pierre, « La Rochelle, l'utopie ?», Envoyé spécial, Paris, France 2 (production et diffusion), 25 septembre 1997, 21h.

* 109 [auteur inconnu], « Journée sans voiture », Wikipedia, (encyclopédie accessible gratuitement sur Internet) ; informations recoupées avec divers sites officiels sur la « journée sans voiture »

* 110 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin.

* 111 Stengers Isabelle, « Le développement durable, une nouvelle approche ? », Alliage, n°40, automne 1999, p. 33

* 112 En annexe du livre de Sauvé Lucie, Education et environnement, Outremont (Québec), Editions Logiques, 2001, pp.. 305-310

* 113 Porcher Louis, Les médias entre éducation et communication, Paris, Vuibert, Coll. « Comprendre les médias. », 2001, p. 13

* 114 Porcher Louis, Op. Cit., p. 33

* 115 Sauvé Lucie, Education et environnement, Outremont (Québec), Editions Logiques, 2001, pp.. 52-54

* 116 Sauvé Lucie, Op. Cit., pp.. 132-133

* 117 Birnbacher Dieter, La responsabilité envers les générations futures, Paris, Puf, Coll. « Philosophie morale », 1995, p. 181

* 118 Strazzula Jérôme, « La ville sur deux roues », Le Figaro, Paris, 12 juin 1997, p. 33

* 119 Boillon Colette, « Menaces sur la terre et sur l'homme », La Croix, 25 septembre 1997, p. 23

* 120 Stengers Isabelle, « Le développement durable, une nouvelle approche ? », Alliage, n°40, automne 1999, p. 32

* 121 Vigneron Jacques, Francisco Laurence, La communication environnementale, Paris, Economica, 1996, p. 18

* 122 Cité dans Vigneron Jacques, Francisco Laurence, Op. Cit., p. 25

* 123 Thibaut Luc, « Agriculture et environnement, planification, marché ou contrat social », dans Vinaver Krystyna (dir.), La crise de l'environnement à l'Est, Pays en transition et expérience française d'une économie mixte, Paris, L'Harmattan, 1993, pp.. 147-154 

* 124 Institut National de l'Environnement et de la Nature, La sensibilité écologique des Français, Paris, Editions Techniques et Documents, 2000, p.12

* 125 Boy Laurence, « Le principe de précaution, de la gestion des crises à la représentation lisible des choix de vie », dans Pour une nouvelle culture du risque, Alliage, n°48-49, automne 2001, p. 91

* 126 Hans Jonas, Le principe de responsabilité, Paris, Editions du Cerf, 1990, [1ère éd. 1979], pp.. 237-250

* 127 Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, l'arbre, l'animal et l'homme, Paris, Bernard Grasset, 1992, pp..246-247

* 128 Brunel Sylvie, « Les ambiguïtés du développement durable », dans Sauver la planète ?, Sciences Humaines Hors Série, n°49, juillet - août 2005, p. 86

* 129 www.iddri.org - conférence donnée par Paul-Marie Boulanger le 27 avril 2004 à l'Iddri.

* 130 Genot Jean-Claude, Ecologiquement correct ou protection contre nature ?, Aix-en-Provence, Edisud, 1998, pp. 12-24

* 131 Genot Jean-Claude, Op. Cit., p. 133

* 132 Ifen, La sensibilité écologique des Français, Paris, Editions Techniques et Documents, 2000, pp.. 170-171

* 133 Genot Jean-Claude, Ecologiquement correct ou protection contre nature ?, Aix-en-Provence, Edisud, 1998, p. 134

* 134 Ifen, La sensibilité écologique des Français, Pairs, Editions Techniques et Documents, 2000, p. 33

* 135 Dumas Brigitte, Gaulin Benoît, « La presse et la question environnementale : le cas des pluies acides » dans Vaillancourt Jean-Guy (dir.), Gestion de l'environnement, éthique et société, Montréal, Fides, 1992, pp.. 93-126

* 136 Cf. notre entretien avec Paul Nahon et Bernard Benyamin en annexe.

* 137 Bozonnet Jean-Paul, L'écologisme à l'aube du XXIe siècle, De la rupture à la banalisation ?,Genève, Georg Editeur, Coll. « Stratégies énergétiques, Biosphère et Société », p. 14

* 138 Cf. conclusion de Borne Dominique, Histoire de la société française depuis 1945, Paris, Armand Colin, Coll. « Cursus », 2002, pp.. 175-178

* 139 Winock Michel, « L'avènement des intellectuels » dans La fièvre hexagonale, Les grandes crises politiques (1871-1968), Paris, Ed. du Seuil, Coll. « Points Histoire », 2001, pp. 158-175

* 140 Michaud Yves, Changements dans la violence, essai sur la bienveillance universelle et la peur, Paris, Ed. Odile Jacob, 2002, p. 143