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Envoyé Spécial : une approche de l'environnement à la télévision française (1990-2000).

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par Yannick Sellier
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 2 Histoire et Audiovisuel 2007
  

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a- Pollution domestique et enjeux politiques.

Le premier reportage consacré aux substances toxiques dans l'espace domestique est diffusé le 12 janvier 1995. En 1985, le transformateur d'un immeuble de Reims brûle, les pompiers interviennent sans protection particulière et les habitants de l'immeuble réintègrent peu après leur appartement. Or le transformateur contient du pyralène, substance utilisée dans les années 1960 et 1970. Trois mois après l'incident, les habitants doivent quitter leur appartement tandis que leurs meubles sont évacués par des hommes en combinaison blanche. L'étonnement et l'inquiétude des premiers temps se sont transformés en colère face à une administration incapable de les informer sur les risques qu'ils ont pu encourir. En 1986, une directive européenne a interdit la production de pyralène. La France s'est engagé en 1992 à détruire d'ici l'an 2000 les quelques 50 000 transformateurs de ce type encore en circulation.

Or de nombreuses entreprises possèdent des transformateurs de la sorte sans toujours le savoir. Outre les risques encourus en cas d'accident, les condensateurs, radiateurs et l'électroménager contenants du pyralène sont souvent envoyés chez le ferrailleur ou jetés dans une décharge (contribuant lors de leur désagrégation à la pollution de la terre et des eaux de ruissellement). Ce reportage met en évidence plusieurs carences de l'Etat : un défaut flagrant d'information des populations, le caractère dissuasif de la démarche à entreprendre pour se débarrasser d'un appareil contenant du pyralène (il en coûte 1000 Francs au particulier qui doit contacter la DRIR ou la préfecture), l'absence de questionnement vis à vis de l'usage toujours plus répandu et de la toxicité de nouvelles substances chimiques.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h02, « Amiante, 50 ans de mensonge », au début du reportage : montage-cut de diverses épitaphes servant à montrer le cynisme de l'usine Eternit (fabricant d'amiante) qui a « sacrifié » (le mot est de George Golberine) ses ouvriers.

Le 28 septembre 1995, un autre reportage est diffusé à propos d'un produit dont on va entendre parler beaucoup plus longuement et qui va marquer l'esprit des Français : l'amiante. L'amiante est matériau de construction des années 1960 et 1970 employé un peu partout des écoles aux immeubles, des entrepôts aux maisons individuelles. Au cours de l'introduction du reportage, Bernard Benyamin avance des estimations propres à faire paniquer : d'après lui et le pneumologue

interrogé au cours du reportage, si aujourd'huis de 2000 à 3000 personnes meurent chaque années des suite d'un cancer provoqué par l'ingestion d'amiante, on pourrait passer, après l'an 2000, à 10 000 personnes par an (plus que les accidents de la route, précise-t-on dans le reportage). Le reportage a nécessité huit mois d'enquête, ajoute Bernard Benyamin.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h07, « Amiante, 50 ans de mensonge », image extraite d'un débat télévisé. Jean-François Girard, Directeur Général de la Santé, affirme qu'il n'existe que des mésothéliomes professionnels et que le mésothéliome environnemental n'existe pas. On entend, des hommes placés hors champ autour de lui, hurler : « c'est faux , c'est faux ! »

Le problème n'est pas récent, il date des années 1970. Georges Golberine, rédacteur en chef de la revue Sciences et Avenir et auteur du reportage, a recensé 4222 études scientifiques, depuis les années 1970, confirmant que l'amiante est un produit toxique et cancérigène. Le défi pour le journaliste est de faire reconnaître aux autorités publiques qu'il existe un mésothéliome (cancer dû à l'amiante) environnemental à côté du mésothéliome professionnel (reconnu quant à lui par le Ministère de la santé). L'ouverture du reportage débute ainsi sur les images d'un enseignant alité, décédé peu après les pises de vue, qui dit avoir ressenti les symptômes bien après avoir été mis en contact avec l'amiante.

De nouveau se pose le problème de l'information des intéressés, à commencer par un ancien ouvrier qui dit n'avoir jamais été mis au courant des risques qu'il encourait. On voit en effet les images d'ouvriers manipulant l'amiante sans protection (images d'archives et images récentes). Au dilemme emploi/santé, Georges Golberine oppose les cas de l'Italie et de l'Allemagne qui ont interdit l'utilisation de l'amiante et l'ont remplacé par d'autres matériaux. L'ensemble du reportage est enfin articulée autour de l'histoire d'un homme ayant un peu plus de 30 ans et boucher de profession. Le téléspectateur apprend que lorsque cet homme était plus jeune, il jouait dans le jardin de ses voisins. La mère de ce voisin secouait souvent les habits du père qui travaillait alors à l'usine fabricant l'amiante. C'est là qu'il aurait ingéré l'amiante, cause de sa maladie quelque vingt années plus tard. Le téléspectateur voit décliner la santé de cet homme tout au long du reportage. A la fin du reportage, écrit en blanc sur fond noir, on apprend que l'homme est mort avant que le reportage ne soit diffusé.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h05, « Amiante, 50 ans de mensonge », image extraite de la séquence sur le plateau d'Envoyé spécial, après la diffusion du premier reportage, « Mortel Amiante ». La Ministre de la Santé invite les personnes atteintes du mésothéliome environnementale à saisir la justice afin que leur mal soit reconnu et indemnisé.

A la suite du reportage, interviennent tour à tour, le ministre de la santé Elisabeth Hubert et l'auteur du reportage, Georges Golberine. Elisabeth Hubert rappelle qu'il existe une législation et une réglementation auxquelles doit se conformer le milieu professionnel. Elle promet des inspections renforcées dans les usines. Concernant les établissements publics, un dossier est en cours depuis mai 1995 et devrait aboutir à une sanction pénale d'ici fin 1999. Enfin concernant l'usage domestique, un rapport a été commandé à l'Inserm avec des résultats attendus pour 1996. Georges Golberine, insatisfait des réponses apportées au problème qu'il pose, s'insurge contre la lenteur de toutes ces démarches administratives alors que l'urgence lui semble absolue. Emu par le fait que les personnes qu'il a interrogées, soient mortes avant la diffusion du reportage, Georges Golberine demande une interdiction immédiate de la production et de l'usage de l'amiante.

Il semble que ce reportage ait eu un impact significatif ; d'autant plus que la presse s'empare de cette affaire alors que Georges Golberine fait paraître, dans la revue Sciences et Avenir du mois d'octobre 1995, un dossier sur la présence d'amiante dans les lycées. Pour se convaincre de l'impact de ce reportage, voyons ce que le sénateur Henri Révol écrit en 1996, de l'évolution du rapport intitulé « L'amiante dans l'environnement de l'homme : ses conséquences et son avenir ». Dans l'introduction de ce rapport, il explique que l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a été saisi d'une demande d'étude par le Bureau de l'Assemblée Nationale à partir du 21 juin 1995. L'Office parlementaire rencontre des problèmes d'organisation interne qui empêchent la mise en place rapide d'une commission. Autrement dit, au mois de septembre, le groupe chargé de traiter ces problèmes commence à peine à travailler. Le sénateur Henri Révol précise que le travail de cette commission « s'est inscrit dans un contexte un peu particulier et controversé, celui de savoir s'il fallait ou non interdire l'amiante » et alors que la commission « n'en était qu'au préliminaires de son étude, la décision d'interdire l'amiante a été prise le 3 juillet 1996 ». Cette décision a été prise par Jacques Barrot, nouveau Ministre des Affaires Sociales, échaudé par l' « affaire du sang contaminé », annonçant l'interdiction de la fabrication, de l'importation et de la mise en vente de produits contenant de l'amiante à compter du 1er janvier 1997. Il n'est pas anodin de remarquer que le nom de Georges Golberine est inscrit dans la liste de ceux qui se sont exprimés devant le groupe de parlementaires en charge du dossier.

Cela n'empêche pas George Golberine de préparer durant ce temps un autre reportage intitulé « Amiante, 50 ans de mensonges ». Et tandis que le sénateur Henri Révol salue dans son rapport la prise de conscience salvatrice du gouvernement Juppé, éconduit lors des législatives anticipées de 1997, George Golberine met à jour un scandale dans lequel de nombreux ministères ont été impliqués. En effet, des membres de ces ministères s'étaient associés officiellement à des industriels de l'amiante et à des scientifiques pour créer un bureau, dans les années 1980, qui permette de défendre les intérêts de l'amiante. Bernard Kouchner (en tant qu'ancien ministre de la Santé) et Brice Lalonde (en tant que ministre de l'environnement) déclarent ignorer tout de cette affaire. L'incapacité et les limites de la gestion par l'Etat d'un problème, pourtant connu depuis les années 1970 et mis au jour dès 1975, sont donc prouvées.

Envoyé spécial, 19-09-1996, 21h25, « Amiante, 50 ans de mensonge », la locataire d'une maison, appartenant à Domofrance, dit qu'il n'y a pas de danger. La preuve, elle s'en est débarrassée avec son mari (parcequ'elle trouvait le matériau inesthétique) il y a longtemps et elle n'est pas tombée malade. Ce que la presse raconte, c'est du vent.

George Golberine retrace aussi les étapes des débats qui ont suivi la diffusion du reportage. Elisabeth Hubert avait appelé sur le plateau d'Envoyé spécial les victimes de l'amiante à se constituer en associations, ce qu'ils font en 1996. Le reportage est donc l'occasion de rassembler une galerie des portraits de victimes. Georges Golberine décline encore la liste de toutes les précautions à prendre afin de se débarrasser de l'amiante. A cet effet, il va notamment voir le responsable de Domofrance ayant proposé à ceux qui le voulaient des travaux de désamiantage (à leur frais). Pour lui, l'amiante n'est qu'une menace psychologique : il estime donc avoir fait une opération de communication plutôt qu'une opération de santé publique. George Golberine, lors de son entretien avec Paul Nahon, revient sur le dossier de l'Inserm remis à Jacques Barrot en juillet 1996. Il lui reproche son manque de clarté à propos de l'estimation des doses mortelles d'amiante. Et au final, en dépit de la campagne de presse que cette affaire a suscité, George Golberine s'inquiète du fait que les personnes ne fassent pas plus le lien entre l'amiante et la maladie.

Remarquons, pour terminer, que ce lien n'est évident pour personne. Un article paru dans le journal Le Monde du 17 juin 1997, rend compte de l'émergence d'une nouvelle discipline, la « santé environnementale » introduite par le rapport, rendu public la veille, de l'Institut National de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Pour cet institut, si les problèmes de toxicité aiguë sont en passe d'être maîtrisés, ce qui les inquiète, ce sont plutôt les effets sur la santé d'une toxicité chronique, provoquée par de faibles doses d'exposition répétée dans le temps. Etant donné la difficulté de mettre en évidence cette toxicité au long cours, vue la complexité des substances incriminées, l'Ineris admet, le 16 juin 1997, que « L'affirmation d'une relation de cause à effet, prête a discussion voire à spéculation. ». Pendant ce temps, les journalistes et Envoyé spécial essaient, dans la limite de leurs moyens d'appliquer l'adage « Mieux vaux prévenir que guérir ».

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