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La presse écrite algérienne en Île de France: lectures et identité

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par Ahmed HANIFI
UNiversité Paris VIII - DEA de Sociologie 1996
  

Disponible en mode multipage

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S O M M A I R E

1- INTRODUCTION................................................................................... 01

2- PROBLEMATIQUE................................................................................ 02

INTRODUCTION.....................................................................................02

2-1- LA COMMUNICATION......................................................................02

2-2- LES TRAVAUX SUR L'IMMIGRATION ET LA PRESSE.......................05

2-3- L'IDENTITE.......................................................................................09

3- METHODOLOGIE...................................................................................10

INTRODUCTION......................................................................................10

3-1- DE L'IMMIGRATION EN GENERAL A L'IMMIGRATION ALGERIENNE..11

3-1-1- L'MMIGRATION EN FRANCE......................................................11

3-1-2- L'IMMIGRATION ALGERIENNE...................................................12

3-2- LES LECTEURS DE LA PRESSE ALGERIENNE EN FRANCE..................20

3-3- LA TECHNIQUE D'ENQUETE ...............................................................24

3-3-1- L'ENTRETIEN..............................................................................24

3-3-2- LE CHOIX DES INTERVIEWES.......................................................25

3-3-3- LE RECUEIL DES INFORMATIONS.................................................29

3-3-4- TRANSCRIPTION ET ANALYSE.....................................................31

4- HISTOIRE DE LA PRESSE ECRITE ALGERIENNE............................ 36

INTRODUCTION...........................................................................................36

4-1- UNE PRESSE UNIQUE............................................................................36

4-2- OCTOBRE 88 ET L'EMERGENCE D'UNE PRESSE PLURIELLE..................41

4-3- LA PRESSE D'OPPOSITION.....................................................................49

4-4- LA PRESSE ECRITE ALGERIENNE EN FRANCE.......................................52

4-5- LES LIGNES EDITORIALES......................................................................57

5- LECTURES...................................................................................................61

INTRODUCTION........................................................................................61

5-1- LE LECTEUR PASSIONNE...................................................................63

LE PERE LE GOSSE ET LA LANGUE ARABE...........................................70

MES SOIREES AU TELEPHONE !............................................................71

5-2- L'ENTRE DEUX...................................................................................72

UN BOUT DE VIE A BIR HAKIIM.............................................................75

MOI JE VAIS FAIRE UNE COMPARAISON................................................76

5-3- LE LECTEUR OCCASIONNEL..............................................................77

CITOYENNE DE SECONDE ZONE............................................................78

J'AI PAS IMMIGRE MOI. JE SUIS PAS UN IMMIGRE...................................80

5-4- LECTURE ET IDENTITE.......................................................................82

6- CONCLUSION................................................................................................86

* BIBLIOGRAPHIE............................................................................................89

1- OUVRAGES..............................................................................................89

1-1- OUVRAGES THEORIQUES.................................................................89

1-2- OUVRAGES SE RAPPORTANT A L'OBJET D'ETUDE..............................92

2- ARTICLES..................................................................................................94

2-1- ARTICLES THEORIQUES.....................................................................94

2-2- ARTICLES SE RAPPORTANT A L'OBJET D'ETUDE..................................94

3- THESES.......................................................................................................95

4- DOCUMENTS DIVERS.................................................................................95

LISTE DES TABLEAUX ET GRAPHES (FIGURES).......................................96

ANNEXES ...............................................................................................................97

1-INTRODUCTION

Les travaux portant sur les émigrations ou les immigrations sont nombreux notamment sur l'immigration algérienne en France. Ces recherches étudient ces populations dans une problématique historique ou économique en termes de causes des départs des pays d'origine mais aussi en termes de vécu dans les pays d'accueil (difficultés de vie, marginalisation...)

Les études portant sur les liens qu'entretient ou que n'entretient pas (ou plus) une population immigrée avec son pays d'origine sont tout aussi nombreuses.

Généralement ces travaux ne traduisent pas les rapports que peut tisser une population immigrée avec la presse de son pays d'origine comme des rapports révélateurs ou non de liens entre cette communauté et son pays d'origine. Comme des rapports révélateurs ou non de liens identitaires. Ces recherches ne les abordent pas. Ne traitent pas de ces rapports. Il est communément admis que la lecture n'est pas une pratique sociale de l'immigration.

Tel sera quant à nous l'objet que nous proposons..

Quelle place occupent les médias algériens au sein de la population algérienne vivant en France ?

Le paysage médiatique algérien, particulièrement celui de la presse écrite a changé. A la presse d'Etat d'hier, vient s'ajouter une presse privée nombreuse et différente.

La presse algérienne est présente chez les buralistes en France depuis plus de vingt années. Comment s'inscrit- elle - dans le champ médiatique utilisé par les algériens ?.

Nous abordons notre étude par la notion de communication puis par la présentation de l'immigration algérienne en France.

Nous présentons ensuite l'évolution de la presse algérienne : de la presse "unique" à la presse "plurielle".

Pourquoi des algériens vivant en France lisent la presse algérienne ?

Au delà du simple parcours informatif du journal quelles raisons poussent ces algériens à lire cette presse ?

Telle est notre démarche.

2-PROBLEMATIQUE

1 INTRODUCTION

Nous abordons cette partie par la notion centrale de communication. Comment devons nous entendre cette notion pour la compréhension de notre objet ?

Nous y traitons également de la population visée par notre étude. Nous achevons le chapitre par le concept d'identité et la place qu'il tient dans notre démarche.

2 2.1 LA COMMUNICATION

Dès lors que nous utilisons la notion de communication nous sommes dans la nécessité de la clarifier.

Ce terme est en effet polysémique. Il porte en lui plusieurs définitions selon que l'on s'interroge sur le processus de communication ou sur un ou plusieurs éléments de ce processus à savoir : sur les partenaires, sur le message ou bien sur les supports de celui-ci. Ou bien encore si nous l'entendons comme "un système à multiples canaux auquel l'acteur social participe à tout instant qu'il le veuille ou non"1 En fait chaque individu est membre actif d'un "orchestre".

Dans la première perspective c'est à dire lorsque nous l'entendons comme processus, par définition nous faisons appel à l'ensemble des caractéristiques de la communication, c'est à dire non seulement l'émetteur mais aussi le récepteur qui, par son "feed-back" inverse les rôles de l'un et l'autre mais aussi le message. Le tout pris dans un ensemble cohérent. On utilise d'ailleurs fréquemment pour désigner ce processus l'expression "boucle de communication". Le processus est

entier, achevé, lorsque la boucle est bouclée c'est à dire lorsque l'émetteur reçoit (en réponse à son propre message) à son tour le "retour d'écoute" ou "feed-back" (ou réaction). On parle de rupture de la communication lorsque le processus est inachevé, interrompu.

1-G.BATESON et alii. La nouvelle communication (Y. WINKIN en avant propos à).

Paris : Seuil, 1981.

"La communication est un terme irritant ajoute-t-il c'est un invraisemblable fourre-tout, où l'on trouve des trains et des autobus, des télégraphes et des chaînes de télévision, des petits groupes de rencontre, des vases et des écluses".

La seconde perspective s'intéresse à l'un (ou à plusieurs) des éléments du processus de communication. Lorsque nous entendons la communication comme le message transporté nous faisons référence à un système de signes émis et à leur signification, mais aussi aux émetteurs (source), aux récepteurs (destinataires) et à leurs stratégies mutuelles.

Les supports de communication s'entendent comme les moyens par lesquels les messages sont transmis. L'étude de ces moyens montre qu'ils ont considérablement évolué et gagné de façon exponentielle des sphères entières de populations dans le monde.

A l'image de l'économie son pendant, la communication est inégalement répartie et maîtrisée. (Quels groupes pilotent INTERNET et qui sont ces dizaines de millions de consommateurs qui y surfent ?)1

De même, son statut est diversement apprécié selon les systèmes sociopolitiques.

C'est ce dont traite CHEVALDONNE dans son ouvrage2 avec moult détails. Non seulement il y a, dit-il, déséquilibre international dans l'information, par ailleurs largement admis mais aussi des inégalités à l'intérieur même de pays en "voie de développement". Inégalités dans la réception dans la distribution, vite expédiées par "les mass-médiologues" et utilisées par eux comme un élément (une preuve) supplémentaire de l'écart existant entre leur pays et les pays développés. Celles ci ne peuvent donc leur être imputées.Eléments ou preuves ces disparités se suffisent par elles mêmes.

Une des principales fonctions des "mass-médiologies" écrit il est "d'empêcher que puissent être constituées en objet d'étude les déterminations concrètes de l'accès à la diffusion (quel problème peut-il rester quand même les bergers ont le transistor.)".

En préface à l'étude de F.CHEVALDONNE, J.C PASSERON appuie cette perception. Il écrit :

1-On comptait en janvier 1996, neuf millions et demi d'ordinateurs reliés à INTERNET. Soit un total d'environ 55 millions d'utilisateurs surfeurs -on considère qu'il y a en moyenne six utilisateurs pour un ordinateur- (Sources : NETWORK WIZARDS citées par Arnaud DUFOUR "Que sais-je ?" N° 3073." INTERNET". Paris : PUF, 1996.)

2-F.CHEVALDONNE : La communication inégale : l'accès aux média dans les campagnes algériennes. Paris CNRS, 1981. Cet ouvrage est issu de sa thèse de 3° cycle "la communication inégale, facteurs de différenciation quantitative dans la

réception des moyens modernes de diffusion. Université Paris VIII, mai 1979.

"Dans la conversation des classes moyennes algériennes, le lieu commun "même le berger a son transistor" dont l'évidence triviale se renforce des échos idéologiques qu'elle éveille, à l'infini, suffit le plus souvent à se rendre quitte de questions embarrassantes sur les inégalités scolaires, les monopoles d'information ou les hétérogénéités culturelles".

Dans notre recherche nous nous intéresserons sur le rapport qui lie une population particulière à une presse particulière et traiterons de la communication ainsi que l'écrit Erik NEVEU1 "comme une grille de lecture des pratiques sociales".

Nous entendons traiter donc de la population algérienne vivant en France et du type de relation qu'elle établit avec la presse écrite algérienne disponible en France.

Quelle est la force de ce lien ? Comment les lecteurs algériens l'expriment ils ? Comment et pourquoi cette population algérienne "s'inscrit" dans un processus de communication dont la source est essentiellement en Algérie.

"Il y a mille manières de lire, de voir, d'écouter. (...) On peut sans doute mesurer au nombre et à la taille des caractères, ou à la disposition des titres, l'importance accordée à tel ou tel événement, mais a-t-on le droit d'en inférer que le lecteur ait accordé à cette information une importance proportionnelle aux millimètres carrés qu'elle occupait dans le journal ?»2.

L'algérien en France achète-t-il (lit-il) la presse algérienne pour la lire c'est-à-dire pour s'informer ? Ou bien juste pour la "regarder", la feuille, la posséder comme on possède un objet, un bien auquel on tient pour ce qu'il représente ?

Ou bien tout à la fois ? Lire, s'informer et montrer (exhiber) qu'il lit un journal qui n'est pas d'ici, mais d'un ailleurs qui lui est propre ? Qui lui appartient ?

1-E.NEVEU. Une société de communication?.Paris : Monchrestien, 1994.p12.

2-P.BOURDIEU,J.C PASSERON. Sociologues des mythologies et mythologies de sociologues in LES TEMPS MODERNES 12/1963, p998 à 1021.

3 2.2 LES TRAVAUX SUR L'IMMIGRATION ET LA PRESSE.

L'immigration a fait l'objet de nombreuses études ainsi que nous l'indiquions en introduction.

Notre recherche ne peut se mener sans au préalable porter un regard sur des travaux ayant porté sur le rapport qu'entretient une communauté vivant hors de son pays (de sa région) avec la presse de son pays (de sa région) et/ou plus généralement sur des travaux traitant du rapport qu'entretient le lecteur de la presse écrite avec celle-ci. Du rôle et de la place de la circulation de l'information écrite sur une communauté constituée ailleurs qu'en son pays (ou région) d'origine.

L'essentiel des écrits consultés porte sur les fonctions de la presse. La presse est traitée d'un point de vue historique. Ainsi dès les premières pages de son ouvrage M. VARIN-D'AINVILLE1 précise l'objet de sa recherche en ces termes : " Il ne faut donc pas chercher dans notre travail un historique de la presse, mais uniquement une analyse des fonctions psychosociales qu'elle a successivement remplies (...) ".

De même C.A TUFFAL écrit2 dans le même sens "on devrait voir se préciser les fonctions de la presse (...) cette étude des fonctions menée avec précaution selon des normes fonctionnalistes est nécessaire "

D'autres travaux traitent du rapport qu'entretient la presse avec ses lecteurs en termes de régularités dans la lecture.3

Il nous paraît intéressant de noter trois ouvrages qui ont développé de manière tout à fait différente cet objet. Ces travaux traitent de la place que tient la presse au sein de l'immigration. Il s'agit pour le premier de N. ANDERSEN4 qui réserve plusieurs pages au hobo, cet ouvrier migrant non sédentaire et à sa place dans la presse, " dans la presse réfractaire " :

1-M.VARIN-D'AINVELLE. La presse en France : génèse et évolution de ses fonctions psycho-sociales. Paris : PUF, 1965, p7

2-TUFFAL (C.A). Etude de la presse quotidienne parisienne : le rapport entre informateurs et informés. Th. Sciences Politiques : Toulouse : 1966, p159.

3-AKKA (A).Etude de la lecture de la presse quotidienne dans une ville moyenne d'Algérie.Th.Sciences de l'Information : Paris 2.

4-N.ANDERSEN. Le Hobo : Sociologie des sans-abri. Paris : Nathan, 1993, chapitre XIII, « la vie intellectuelle du hobo », p197.

 "Sans eux des feuilles radicales telles que les publications I.W.W et le Hobo-News n'attireraient pas les sans-abri (...). Le `Industrial-Solidarity' est un journal typique de l'organisation I.W.W. Mieux que toutes ses autres publications, il parvient à refléter les opinions et l'esprit du hobo moyen (...)."

Le second livre est de A SAYAD qui traite de la circulation de l'information au sein de la communauté algérienne en France5. Il écrit :

" Tout groupe dispose à chaque moment, pour pouvoir communiquer avec ses membres absents (ou ses émigrés), d'un ensemble d'instruments qui forment système : messages oraux (et parfois écrits) ".

A.SAYAD développe son argumentaire autour des lettres adressées (ou reçues) par les immigrés mais aussi du message oral. " La forme la plus simple, la plus directe, la plus spontanée parce que la plus facilement accessible ".

Il n'intègre pas la presse dans ses observations. Celle-ci ne véhiculant que très partiellement des messages directs. (annonces diverses nominatives). Il écrit par contre dans un autre ouvrage2 :

" La communauté algérienne n'a pas de presse propre à diffusion nationale en dehors de la semaine de l'immigration diffusée par l'Amicale des Algériens en Europe (A.A.E). Mais elle est largement présente par diverses " agences de presses " et publications, dont le mensuel Sans Frontières, Nous autres (plus Jeunes français-musulmans), Cosmopolis. Ces publications ont aujourd'hui disparu.

La troisième publication est celle de M. TRIBALAT3 dont un chapitre est consacré aux "pratiques linguistiques et (à la) consommation médiatique". Comment dans leur manière de vivre en France les immigrés trouvent des substituts à leurs rapports directs avec le pays d'origine. L'auteur écrit : "Les journaux du pays d'origine occupent une fonction importante pour les immigrés en maintenant le lien avec la société qu'on a quittée".

1-A.SAYAD. L'immigration ou les paradoxes de l'altérité. Chapitre 6 " du message oral au message sur cassette. La communication avec l'absent ". Bruxelles : De Boeck Université / Editions Universitaires, 1991, p147

2-A.GILLETTE, A.SAYAD. L'immigration algérienne en France. Paris : Entente, 1984, p22.

3-M. TRIBALAT (avec la participation de P. SIMON et B. RIANDEY). De l'immigration à l'assimilation : enquête sur les populations d'origines étrangères en France. Paris : La Découverte / INED, 1996, p188 - 213.

Pourquoi les algériens en France lisent la presse algérienne ? Quelles raisons les y poussent ? Quels besoins éprouvent-ils à sa lecture ?

Questions centrales autours desquelles se greffent d'autres :

-Quelle place tient la presse écrite algérienne dans le maintien des liens entre les algériens en France et l'Algérie et/ou les algériens demeurés au pays ?

-Comment est exprimé, comment apparaît par l'acte même de lire et à travers la lecture de la presse le sentiment d'appartenance au pays d'origine ?

Ou comment il n'apparaît pas ? C'est à dire comment un type particulier de lecture, une lecture artificielle tout à fait aléatoire, dévoile une "certaine distance" prise par rapport au pays d'origine.

La problématique élaborée initialement n'a pas été retenue (secteurs et lieux de pénétration...). Elle a été recentrée particulièrement lorsque nous avons pris connaissance des chiffres concernant la diffusion même de cette presse en France ; en réalité bien en deçà de ce que nous prévoyions.

La population visée par mon étude s'entend comme :

-Les algériens installés en France qui y vivent et possèdent un titre de séjour. Y compris leurs enfants. Cette précision est nécessaire car la notion -non retenue- de "immigré" est liée à un déplacement géographique : " venir se fixer dans un pays étranger au sien" ou

"arrivée dans un pays, d'étrangers venus s'y installer et travailler" même si écrit A.SAYAD : " on ne sait plus s'il s'agit d'un état provisoire mais qu'on se plaît à prolonger indéfiniment ou au contraire, s'il s'agit d'un état plus durable mais qu'on se plaît à vivre avec un intense sentiment du provisoire."1. Or les enfants d'immigrés n'ont pas forcément « fait ce voyage ». Ces enfants font partie de la population-cible de cette étude2.

- De même, ceux qui possèdent la double nationalité : française et algérienne.

1- A.SAYAD.Ibid.p51

2- Lire la note 2 en page 11

- Une partie de cette population d'algériens vivant en France, peu nombreuse et qui réfute le qualificatif " immigré". Les algériens entrant dans cette catégorie ne se considèrent pas comme immigrés, notion qui sous-tend l'idée de "s'installer" comme précisé plus haut. Ce sont des algériens qui, pour des raisons objectives (crise politique et climat de guerre civile depuis les premiers mois de l'année 1992) sont venus "pour quelques temps" se replier en France. Ils ne sont pas binationaux (franco-algériens) Ils n'entrent pas non plus dans la catégorie "touriste". Tous ne sont pas comptabilisés dans les chiffres de l'INSEE que nous avons donné plus haut.

La presse algérienne s'entend comme la presse écrite, traitant prioritairement d'informations relatives à l'Algérie et diffusée en Ile-de-France, qu'elle soit éditée en Algérie ou non ; d'expression française ou non, quel que soit sont statut : presse du secteur public ou privé (partisane ou non).

Les uns et les autres utilisent la presse écrite comme un référent identitaire. Un référent traduisant leurs liens au pays. Ou, pour les "nouvelles générations" un référent traduisant leur volonté de ne pas rompre avec le pays de leurs parents. Nous entendons par référent identitaire un élément parmi d'autres par lequel l'individu s'identifie.

Notre postulat est que les motifs qui incitent les algériens en France à lire la presse algérienne réfèrent pur certains essentiellement à une réaction. Réaction par rapport à un environnement qui de leur point de vue les perçoit négativement. Cet environnement s'entend comme l'administration locale, l'information, le voisinage, les lieux de vie. C'est une lecture-réaction, lecture-refuge.

Pour d'autres la lecture de la presse s'inscrit plus dans une perspective de maintient sinon d'affirmation de leur appartenance.

L'identification est une nécessité pour tout individu.

Dans la section suivante nous développons ce concept d'identité.

4 2.3 L'IDENTITE

L'identité est un concept complexe qui est à manipuler avec précaution car historiquement il fut-il est- utilisé à des fins douteuses (la fascination de l'homogénéité) où les particularités de l'individu sont niées au nom de traits de caractères communs immuables à un ensemble d'individus d'une société donnée.

Or les individus ont des histoires personnelles. Des histoires propres telles qu'ils ne sont jamais (tout à fait) identiques les uns aux autres.

La situation dans laquelle se trouvent des individus est définie aussi bien par des caractères objectifs que subjectifs. C'est à dire que toute situation objective dans laquelle se trouve un individu doit être intégrée et complétée par sa biographie. Le comportement d'un individu (situation objective) s'explique par la prise en compte des caractères subjectifs (sa trajectoire propre).

La trajectoire qui est propre à l'individu intervient dans l'explication de telle situation de cet individu à tel moment en tel lieu.1 "Cet état profond" écrit DURKHEIM.

Ou autrement cet "habitus (...) produit de l'histoire, c'est un système de dispositions ouvert qui est sans cesse affronté à des expériences nouvelles et donc sans cesse affecté par elles". 2

Dès sa naissance l'homme est confronté à la construction de son identité. Dès les premières années l'individu exprime ce besoin d'identification par l'adhésion à des valeurs, à des codes, à des groupes non pas comme de simples agrégats mais comme des unités sociales cohérentes produisant ces normes et valeurs et fonctionnant comme modèles.

Tout au long de son existence l'individu construit, consolide son identité. Il est en quête d'identité. L'identité écrit ERICKSON3 "n'est jamais installée, jamais achevée comme le serait une manière d'armature de la personnalité ou quoi que ce soit de statique et d'inaltérable".

Nous tenterons dans notre étude de mettre en relief les liens que dévoile la pratique de la lecture de la presse algérienne entre cette pratique même et la formation / consolidation de l'identité.

1-Dans "formes identitaires et socialisation professionnelle". Revue Française de Sociologie N° 32 / 1992, p506, C. DUBAR écrit que l'identité " peut toujours être analysée : à la fois comme le produit intériorisé de ses conditions sociales(de l'individu) antérieures les plus objectives et comme l'expression de ses espérances individuelles les plus objectives". Il se refuse de distinguer l'identité individuelle de l'identité sociale.

2- P. BOURDIEU (avec L.J.D. WACQUANT). Réponses. Paris : Seuil, 1992, p108.

3-E.H.Erikson. Adolescence et crise : la quête de l'identité. Paris : Flammarion, 1972.

3-METHODOLOGIE

5 INTRODUCTION

Nécessairement la construction de notre objet de recherche fait appel à une démarche théorique. Il ne nous appartient pas au stade qui est le notre d'intégrer le débat sur le bien-fondé ou non des "modes de pensée binaires pour la compréhension des phénomènes sociaux1.

Ce débat sur l'appréhension de la réalité sociale est ancien et "s'alimente à des oppositions d'ordre philosophique, politique et culturel"2.

Il demeure néanmoins possible de tenter (risquer) quelque démarche. L'activité sociale est le fruit d'actions humaines. Appréhender une réalité sociale c'est tenter des réponses causales mais aussi comprendre le sens donné à cette réalité fruit de ces actions humaines. Quelle intelligibilité donner à la conduite humaine ?

Comprendre ou expliquer ? Ou comprendre et expliquer ?

Ne s'agit-il pas plutôt de se situer au coeur de la tension entre explication et compréhension ?3 .Comprendre le point de vue des agents. Saisir le sens de leur conduite. 4

Nous brosserons dans ce chapitre un bref historique de l'immigration en France dans sa globalité puis nous nous intéresserons à l'immigration algérienne : son évolution et sa réalité actuelle particulièrement en Ile -de- France.

Nous traiterons dans la section suivante des lecteurs de la presse algérienne. Qui objectivement est lecteur en Ile -de- France ?

Nous entamerons enfin l'enquête elle-même. Du choix de l'entretien à celui des interviewés, du recueil et du type d'analyse des informations.

1-PH.CORCUFF écrit dans les nouvelles sociologies. Paris : Nathan, Université, 1995, p8: « Depuis leurs débuts, les sciences sociales se débattent avec toute une série de couples de concepts comme matériel / idéel, objectif / subjectif ou collectif / individuel (...). La répétition et la solidification de ces modes de pensée binaires apparaissent assez ruineuses pour la compréhension et l'explication de phénomènes sociaux complexes. »

2-J.M BERTHELOT. L'intelligence du social. Paris : PUF, 1990, p9.

3-F.DOSSE. L'empire du sens. Paris : La découverte, 1995, p171.

4-"Mais comment saisir ce sens? Weber introduit ici une nouvelle distinction, ce qu'il appelle la compréhension actuelle ou immédiate et la compréhension explicative. Nous comprenons de la première manière le sens d'une multiplication que nous effectuons ou d'une page que nous lisons (...) la seconde forme est indirecte parce qu'elle fait intervenir les motifs des actes dans la saisie du sens. Je comprends de cette manière, le sens qu'une personne donne à une opération de calcul quand je la vois plongée dans un problème de comptabilité (...).Comprendre peut-on dire, c'est saisir l'évidence du sens d'une activité ».J.FREUND. Sociologie de Max WEBER. Paris : PUF, 1983,p84.

6 3.1 DE L'IMMIGRATION EN GENERAL A L'IMMIGRATION ALGÉRIENNE

3.1.1 L'IMMIGRATION EN FRANCE

Les mouvements migratoires vers la France sont anciens. De 100.000 au début du siècle, le nombre des étrangers en France serait passé en 1851 à 380.0001 accompagnant ainsi le développement industriel, particulièrement durant la seconde moitié du siècle. Cette population étrangère est essentiellement européenne. Elle représente en 1881,

2,7 % de la population totale en France.

Confrontée à des problèmes de main d'oeuvre l'industrie française sollicite et encourage la venue de populations étrangères notamment après la seconde guerre mondiale. Bien qu'il y ait eu parfois des reflux, d'une manière générale le nombre des immigrés va croître, passant de 1.743.619 en 1946 à 2.621.088 en 1968 puis à 3.596.602 lors du dernier recensement. 2

Essentiellement européenne au début du siècle l'origine géographique de ces étrangers va se modifier. En 1911, en effet 85 % venaient de pays européens voisins de la France3, en 1990 ils ne sont plus que

41 % des étrangers4.

Les pays d'origine se diversifient plus. Ils sont africains, asiatiques. En 1990 les étrangers résidents représentent 6,34 % de la population totale (en 1931 ils étaient 6,58 %) 5.

Les algériens en France sont au nombre de 614.2076. Leur présence remonte au début du siècle.

1-Estimation de P.DEPOID cité par G. TAPINOS : l'immigration étrangère en France, 1946-1973, Cahiers N° 71. INED- Paris : PUF, 1975.

2-Dont 2.840.000 nés hors de France et 750.000 nés en France.

Les "immigrés" s'entendent comme les étrangers nés hors de France (2.840.000) auxquels officiellement s'ajoutent les étrangers ayant acquis la nationalité française (1.290.000).

"Juridiquement un étranger est une personne qui, résidant en permanence en France n'a pas la nationalité française. (...) L'immigré (est) quelqu'un qui, né à l'étranger est entré en France et y vit en général définitivement. (...) Il y a des immigrés qui sont restés étrangers et des immigrés qui sont devenus français" (Gérard LE GALL rapporteur de la commission de la qualité de la vie du Comité Economique et Social d'Ile-de-France, in : C.E.S Janvier 1992 "Réflexion sur l'immigration en France".

3-G.TAPINOS.Ibid.

4-INSEE : La société française : Données sociales. 1993

5-B.STORA. Ibid.

6-INSEE : Résultats/ démographie-société. Recensement de la population de 1990. Nationalités N° 21.

3.1.2 L'IMMIGRATION ALGERIENNE EN FRANCE

"En 1912, une enquête officielle estime à 4 ou 5000 le nombre des algériens employés en France (...) De 1915 à 1918, 78.056 algériens (...) sont introduits en France par l'Etat recruteur, importateur, placeur et contrôleur de la main d'oeuvre coloniale"1.

On compte 100.000 algériens en France en 1939.

1954 :2 211.675 algériens résident en France. Ils représentent 12 % de l'ensemble de la population étrangère ; 0,50 % de la population totale (42.781.370).

En 1975,3 au lendemain de l'arrêt officiel de l'immigration (juillet 1974), ils représentent 20,64 % de la population étrangère soit 710.690 et 1,35 % de la population totale.

Figure (Tableau) 1

Populations en France

Années

a-Algériens.

en

France

b- Etrangers.

en

France

c- Population.

totale en

France

R a p

a / b

p o r t

b / c

1946

/

1.743.619

39.848.182

/

4.37

1954

211.675

1.765.298

42.781.370

12

4.12

1962

350.486

2.169.665

46.458.956

16.2

4.67

1968

473.812

2.621.088

49.654.556

18.1

5.27

1975

710.690

3.442.415

52.559.430

20.64

6.55

1982

805.116

3.714.200

54.295.612

21.67

6.84

1990

614.207

3.596.602

56.651.955

17.07

6.35

Source : INSEE. Résultats/ Démographie - société - " recensement de la population

de 1990. Nationalités N° 21".

1-B. STORA. Ils venaient d'Algérie. L'immigration algérienne en France, 1912-1992. Paris : Fayard, 1992

2-INSEE (brochure). Résultats / démographie, société : recensement de la population. 1990. Nationalité ; N° 21 ». Paris : INSEE, 1992.

3-En septembre 1973 le pouvoir algérien décide de stopper l'émigration algérienne vers la France.

En 1990 il y a 614.207 algériens (près de 100.000 de moins qu'en 1975) sur 3.596.602 étrangers soit 17,07 % pour une population globale de 56.651.955 soit 1,08 % de celle-ci1. Cette population algérienne contrairement à celle de la première moitié du siècle est de plus en plus familiale. 197.372 personnes (32,13 %) ont moins de 25 ans. La population comprise dans la tranche des 25-54 ans comprend 133.813 femmes soit 42,15 % de cette tranche.

Sur l'ensemble de la population algérienne (614.207), 41,35% sont de sexe féminin (253.946).

Ces proportions se retrouvent en Ile-de-France. L'Ile-de-France est la région de France où le taux de concentration des algériens est le plus fort : 39 % des algériens en France y vivent en 1990, soit : 238.955. Nos travaux porteront sur la population algérienne de cette région.

Les algériens représentent 17,35 % de la population étrangère en Ile-de-France. Celle-ci s'élève à 1.377.416 soit 2,24 % de la population totale (y compris les étrangers) d'Ile-de-France qui est de 10.660.075.

Figure (Tableau) 2

Populations en Ile-de-France

Années

a-Algériens.

en

I de France

b- Etrangers.

en

I de France

c-Population.

totale en

I de France

R a p

a / b

p o r t

b / c

1946

/

313.905

6.007.002

/

5.22

1954

/

379.560

7.304.920

/

5.19

1962

130.767

575.138

8.486.984

22.74

6.77

1968

176.204

817.828

9.234.856

21.54

8.85

1975

246.220

1.156.095

9.876.665

21.30

11.70

1982

295.948

1.339.944

10.071.068

22.08

13.30

1990

238.955

1.377.416

10.660.075

17.35

12.92

Source : INSEE. Résultats/ Démographie - société - " recensement de la population

de 1990. Nationalités N° 21. Et INSEE : tableaux de l'économie de l'Ile-de-France.

Ed : 1995.

1-INSEE (brochure).Ibid.

Commentaires concernant la répartition des algériens en Ile -de-France.

Age

La tranche d'âge la plus importante est celle des 40 - 59 ans (86.860 soit 36,35 %)

Les moins de 15 ans sont : 45.691 (19,12 %)

21.780 ont 60 ans et plus (9,11 %).

(T3 répartition par département et T8 en annexe)

Sexe

Sur les 238.955 algériens en Ile -de- France, 39,50 % sont de sexe féminin : 94.389

60,50 % sont de sexe masculin : 144.566.

Trois autres chiffres sont à retenir

1-la tranche d'âge des 25 - 39 ans est la seule où les femmes sont plus nombreuses que les hommes : 30.928 pour 27.040 hommes.

2- il y a une grande différence dans la tranche des 40 - 59 ans. Les hommes sont 63.356, les femmes 23.504.

3- les personnes de 60 ans et plus se comptent beaucoup plus chez les hommes (16.784) que chez les femmes (4.996).

(T4 et T5 répartition par département et T8 en annexe)

C.S.P

59.8 % des algériens actifs (114.068) sont ouvriers soit 68.216.

3.47 % sont des cadres (3.968) dont 1552 à Paris

On note quatre agriculteurs (installés en Seine saint Denis).

(T6 répartition par département et T8 en annexe)

Les algériens récemment (chiffres de 1990, 1991) arrivés en France se répartissent ainsi1.

Figure (Tableau) 7

 

Algériens

récemment

arrivés

en

France

Années

Bénéficiaires

d'une autoris. prov. de trav.

Stagiaires

Etudiants

Demand.Asile2

Total

1990

77

27

3225

144

3473

1991

86

23

3662

191

3962

1-André LEBON. Aspects de l'immigration et de la présence étrangère en France : 1991-1992. Ministère des affaires sociales et de l'intégration.1992

Tableaux 3 et 4 pages 89 et 90 " immigration à statut temporaire".

2- Sans indication sur les demandes accordées.-Sur les demandes de statut de réfugié politique, Alger-Info International indique (n° du 28 février 1996 page 4) : " Pour les algériens, sur 2.208 demandes examinées, seules 16 cartes ont été accordées ". Ces chiffres concernent les onze premiers mois de l'année1995.

7 3.2 LES LECTEURS DE LA PRESSE ALGERIENNE EN FRANCE

Afin de saisir la population objectivement lectrice de journaux algériens il nous paraît utile d'indiquer les proportions d'algériens ayant poursuivi une scolarité ou simplement la proportion de ceux qui savent lire le français (la vente de la presse algérienne en langue arabe est insignifiante).

Comme nous l'avons indiqué, l'immigration algérienne, particulièrement à partir des années soixante dix s'est fortement sédentarisée. Elle est devenue plus familiale.

Sur la scolarité de cette population algérienne en France l' INSEE1 indique que :

70,80 % des algériens de 15 ans ou plus déclarent ne pas posséder de diplôme.

6,60 % le Bac (ou BP) ou plus.

22,60 % le CEP, le BEPC, CAP ou le BEP.

Quant à la tranche d'âge des 25-29 ans nous relevons que 57 % possèdent un diplôme inférieur au Bac. 19,50 % ne possèdent aucun diplôme2 et 3.

Pour la même tranche d'âge 35,50 % seulement possèdent un niveau scolaire égal ou supérieur à la seconde. 31 % pour les garçons, 40 % pour les filles.

Nous relevons à partir de l'enquête réalisée par M.TRIBALAT2 et3 que 57 % des jeunes d'origine algérienne de 25 - 29 ans possèdent un diplôme inférieur au Bac. 19,5 % ne possèdent aucun diplôme.

1-INSEE. Les étrangers en France. Paris : INSEE / Contours et caractères, 1994, p55.

2-M. TRIBALAT. Faire France. Paris : La Découverte, 1995 p144 - 153.

3-Les tranches d'âges utilisées par l'INSEE et TRIBALAT se chevauchent.

Figure (Tableau) 8

Répartition par niveaux

scolaires

25 / 29 ans

NIVEAUX

H

F

Primaire

1 %

1

Mise à niveau

3

8

Collège

11

11

Technique court

54

50

Lycée gl ou profess.

14

19

Supérieur

17

21

Sources : M. TRIBALAT. Faire France. Paris : La Découverte, 1995 p144 - 153

De manière générale la population algérienne sachant lire et écrire le français, tous âges confondus s'élève à 53 %.1

Le taux est fort élevé pour ceux des algériens qui à l'arrivée en France avaient moins de 15 ans (92 %). Ceux qui sont arrivés en France après 15 ans sont 38 % à lire et écrire le français.

Dans la partie réservée à la pratique de la lecture de la presse M. TRIBALAT indique2 :

-62 % des algériens en France sachant lire et écrire ne lisent jamais la presse algérienne (ils ne sont que 5 % à ne lire jamais la presse française).

-30 % lisent occasionnellement la presse algérienne (32 % pour la presse française).

-8 % lisent régulièrement la presse algérienne (63 % lisent régulièrement la presse française).

1-M. TRIBALAT. De l'immigration.... Op.Cit.

2-M. TRIBALAT. Ibid.: l'enquête semble avoir été réalisée avant l'avènement de la presse privée en Algérie. Elle indique que Algérie-Actualité et El-Moudjahid sont les deux principaux "quotidiens". Note 19 en page 208.

Lus autrement ces taux rapportés aux algériens habitant en Ile-de-France et sachant lire et écrire1 nous donnent :

-148.000 algériens en Ile -de- France2 sachant lire et écrire. Ils se répartissent dans la lecture de la presse ainsi :

A : 238.955 algériens résident en Ile-de-France.

B : 21.000 algériens sont récemment arrivés d'Algérie.

C : 148.000 algériens en Ile-de-France savent lire et écrire.

D : 91.760 ne lisent jamais la presse algérienne

E : 7.400 ne lisent jamais la presse française.

F : 44.400 lisent occasionnellement la presse algérienne.

G : 47.360 lisent occasionnellement la presse française.

H : 11.840 lisent régulièrement la presse algérienne.

J : 93.240 lisent régulièrement la presse française.

1- En reprenant l'information donnée par M.TRIBALAT in "De l'immigration..." Op. Cit. A savoir que 53 % des algériens en France savent lire et écrire.

2- Nous avons en Ile-de-France 238.955 algériens recensés par l'INSEE en 1990 soit 126.650 (53 %) sachant lire et écrire.

Nous avons ajouté à ces 126.650, les algériens arrivés en France depuis 1990 (réfugiés, étudiants...) que nous estimons à 21.000 si nous nous référons aux chiffres communiqués par le Ministère des affaires sociales pour les années 1990/1991 : 3.500 à 3.900 / an (lire tableau en page 19). Nous considérons que le taux des lettrés dans cette population est de 100 %. La population algérienne sachant lire et écrire en Ile-de-France s'élève donc à environ 148.000 personnes.

Environ 12.000 algériens en Ile-de-France lisent régulièrement la presse algérienne. Ce chiffre (qui n'indique pas la part des acheteurs -section 4.4-) est proche de celui des ventes indiquées par ailleurs. (ventes affectées d'un taux de circulation).

Nous sommes (du point de vue du capital scolaire) dans ce que CHEVALDONNE appelle la communication inégale. Bien que les causes (et raisons) de la non-lecture soient nombreuses nous pouvons y ajouter une variable discriminante qui est le niveau scolaire. La télévision par exemple, autre élément véhicule d'identification dont l'exigence en matière d'accès est moindre, est disponible dans 92 % des foyers algériens en France (lire section 5.4).

Dans la section suivante nous expliquons les choix du type d'enquête et celui des interviewés.

8 3.3 LA TECHNIQUE D'ENQUETE

3.3.1 L'ENTRETIEN

Le choix de l'observation tenant compte de l'objet, et de la perspective choisie, nous avons opté pour un choix indirect d'observation.

Nous avons choisi l'entretien comme instrument d'observation

"Nous définissons empiriquement l'entretien de recherche comme un entretien entre deux personnes, un interviewer et un interviewé conduit et enregistré par l'interviewer, ce dernier ayant pour objectif de favoriser la production d'un discours linéaire de l'interviewé sur un thème défini dans le cadre d'une recherche. L'entretien de recherche est donc utilisé pour étudier les faits dont la parole est le vecteur."1

Entretiens semi-directifs. Entretiens articulés autour d'un certain nombre de thèmes (ou fonctions) comportant chacun des indicateurs et le talon sociologique (lire en annexe). Des relances ont été nécessaires.

" L'entretien semi-directif : l'enquêteur connaît tous les thèmes sur lesquels il doit obtenir les réactions de l'enquêté, mais l'ordre et la manière dont il les introduira sont laissé à son jugement, la consigne de départ étant seule fixée."2

Le plan d'entretien " comprend à la fois l'ensemble organisé des thèmes que l'on souhaite explorer (le guide) et les stratégies d'intervention de l'interviewer."3

Dans notre guide d'entretien nous avons retenu les axes de thèmes suivants :

Le premier : la trajectoire

L'interviewé parle de son parcours, qu'il soit familial, professionnel ou scolaire...

1-A.BLANCHET et al. Les techniques d'enquêtes en sciences sociales. (W.LABOV et D.FANSCHEL cités par). Paris : Dunod, 1987, p85.

2-R.GHIGLIONE,B.MATALON. Les enquêtes sociologiques théories et pratique. 4° ed.Paris : Armand Colin, 1985, p58.

3--A.BLANCHET, A.GOTMAN. L'enquête et ses méthodes : l'entretien. Paris : Nathan, 1992, p61.

Le 2°, la vie quotidienne

Ici l'interviewé raconte la vie d'aujourd'hui, son logement, ses relations, ses consommations...

Le 3°, le poids du lien

Un axe important dans lequel le locuteur nous renseigne sur ses loisirs, ses relations, son mode de vie...

Le 4°, l'environnement

Il s'agit de prendre en considération l'ensemble des aléas engendrés par l'environnement de l'interviewé.

Le 5°, les médias

Comment le lecteur algérien perçoit les média, comment "il les vit", qu'ils soient algériens ou non. Que ce soit la télévision, la radio, la presse....

Le Talon Sociologique

Les demandes formulées au locuteur sur sa situation professionnelle, matrimoniale, sur son lieu de naissance et cetera interviennent directement lorsque ces variables n'apparaissent pas dans l'entretien.

3.3.2 LE CHOIX DES INTERVIEWES

Le champ de l'analyse concerne la population précédemment caractérisée. Il s'agit donc d'un échantillon significatif portant sur 21 individus lecteurs en Ile-de-France.

Ce chiffre aurait pu être supérieur, néanmoins les mêmes types d'arguments revenaient (répétition ou saturation) qui nous a, le manque de temps aidant incité à nous contenter des 21 entretiens réalisés pour l'essentiel au courant du mois de juillet. (7 avant le mois de juin).

Les critères de stratification sur la base desquels nous avons choisi les personnes à interviewer sont : d' abord les lieux d'achat, l'âge, le sexe, le niveau d'instruction, la catégorie socio professionnelle, le statut d'immigration.

Compte tenu de l'importance des lieux de vente des journaux algériens, nous avons axé nos entretiens sur Paris (17) et en banlieue (4).

Pour Paris : 13 entretiens à partir de kiosques donnés comme lieux de fortes ventes par les NMPP et I.P.S. (lire en p 25) et quatre autres dans divers autres lieux.

Pour la banlieue : Nous avons procédé à deux entretiens à Saint-Denis, deux à Nanterre.

Par ailleurs vu le fait que tout lecteur n'étant pas nécessairement " acheteur " (un journal " circule ") nous avons demandé la collaboration d'intermédiaires.

Soit : sur les 21 interviewés, huit entretiens ne se sont pas déroulés directement à la suite d'un achat. (huit sur 21 ou, après sélection : trois sur 14.)

Nous avons tenu à diversifier autant que faire se peut les profils de la population concernée. (voir tableau 9 : entretiens retenus)

Tous les entretiens n'ont pas été retenus pour l'analyse. En effet : six entretiens ont été rejetés pour les motifs suivants :

3 pour : guide d'entretien inopérant (entretiens ultérieurement codifiés. (A-B-C).

2 pour : défaillance de l'appareil enregistreur. (H-I).

1 pour : conditions du recueil. (E).

1 pour : conditions du recueil et entretien interrompu. (F).

Nous avons donc exploité 14 entretiens : D-G-J-K-L-M-N-P-Q-R-S-T-U-V. dans le respect des critères sus énoncés. Ces profils se présentent ainsi :

Age :

-Tranche des 15 - 24 ans (1entretien)

-Tranche des 25 - 39 ans (6)

-Tranche des 40 - 59 ans (6)

-Tranche des 60 ans et plus (1)

CSP :

-Cadre (2)

-Ouvrier, employé (6)

-Retraité, inactif (3)

-Universitaire (3)

Niveau d'instruction :

-Primaire (2)

-Secondaire (collège et lycée) (6)

-Supérieur (6)

Sexe :

-Homme (12)

-Femme (2)

Statut :

-Arrivée avant juillet 1974 date de l'arrêt officiel de l'immigration en

France, c'est la "première génération"(5 entretiens).

-Algériens nés en France ou amenés très jeunes par leurs parents, c'est

"la seconde génération" (3)

-Arrivée en France après 7/1974 et avant 10/1988 (2)

-Arrivée en France après les manifestations d'Octobre 1988 qui

modifieront le paysage politique en Algérie (4)

Il nous est arrivé d'attendre plus d'une heure devant le kiosque au bas du boulevard Saint Michel -lieu de fortes ventes- heure durant laquelle nous avons sollicité une dizaine d'acheteurs de journaux algériens qui ont tous systématiquement refusé un entretien. Au vu de ces difficultés nous avons dû solliciter des intermédiaires pour achever et respecter nos quotas.

a) Entretiens réalisés à la suite d'observation d'achat d'un

journal algérien : Onze

Neuf dans Paris : Cinq dans le 18° arrondissement ; un dans le 20° ;

un dans le 10° ; un dans le14° ; un dans le 2°.

Deux en banlieue : Le premier à Saint-Denis (N) ; le second à

Nanterre (T).

b) Trois autres entretiens (R-S-U) réalisés à la suite de sollicitations

de connaissances.

3.3.3 LE RECUEIL DES INFORMATIONS

Les lieux :

Les 14 entretiens ont donné lieu chacun à une transcription moyenne de 20 pages chacun (soit une durée moyenne d'entretien de 50 minutes). Un entretien en extérieur (parc), 13 entretiens en intérieur.

La relation d'entretien :

Nous avons clairement précisé les raisons de l'entretien, l'objectif ainsi que l'objet.

" Pour qu'il y ait une définition minimale du contrat initial l'interviewer est tenu de dire à l'interviewé les motifs et l'objet de sa demandent aux deux questions :

Pourquoi cette recherche ?

Pourquoi avoir choisi cet interviewé ? "1.

BOURDIEU lui met en garde sur la relation interviewer-interviewé :

" La relation d'enquête (...) reste quoi qu'on fasse une relation sociale qui exerce des effets (...) sur les résultats obtenus "2

Lorsque se met en place cette ''intrusion'' il s'opère pendant même l'entretien une double dissymétrie induite par cette relation sociale.

Elle se manifeste par les conditions mêmes de la mise en place de l'entretien. " C'est l'enquêteur qui engage le jeu et institue la règle du jeu " écrit BOURDIEU.2

Elle se manifeste aussi ajoute-t-il au niveau du marché des biens linguistiques et symboliques.

Et " Seule la réflexivité, qui est synonyme de méthode, mais une réflexivité réflexe fondée sur un métier, un oeil sociologique, permet de percevoir et de contrôler sur le champ, dans la conduite même de l'entretien, les effets de la structure sociale dans laquelle il s'accomplit ".2

1-A.BLANCHET Op.cit; p96.

2-P.BOURDIEU (sous la direction de). La misère du monde. Chapitre " comprendre". Paris : Seuil, 1993, p903 et plus.

" L'analyse d'un entretien doit comprendre une élucidation de ce que les questions du chercheur, la relation d'échange, et le cadre de l'entretien induisent dans les propos de son interlocuteur. Considérer ces derniers indépendamment d'un contexte aussi marquant serait faire preuve d'une grande naïveté épistémologique. "1

Nous avons choisi ces extraits, moins pour reconnaître nos lacunes (bien réelles) que pour objectivement mettre en relief l'importance de la pratique même du métier comme porteuse de cet oeil sociologique.

9 LES REACTIONS

Les réactions face à l'entretien sont assez significatives pour ne pas les noter. Elles n'émanent pas de l'ensemble des interviewés. Certains posent des préalables à la tenue de l'entretien, comme le locuteur Q qui, à 24 ans a "passé la moitié de (sa) vie" en hôpital, essentiellement dans Paris. Il tient à raconter cette partie de sa vie avant d'enregistrer ("Je vais d'abord vous dire quelque chose avant d'enregistrer"). Il le fait durant 15 minutes.

L'interviewé V quant à lui, avant de tenter une demande d'asile politique en France, a fait une première tentative en Allemagne, qui fut un échec. A un moment de l'entretien il s'arrête de parler, montre du doigt l'appareil afin d'en suspendre l'enregistrement. Nous lui faisons signe de continuer et comme pour vouloir marquer le caractère "hors objet" de son intervention il dit en arabe : «Nahki ? Nahki ?" I je peux raconter ? I. Raconter son passage furtif en Allemagne.

1- R.QUIVY, L.V.CAMPENHOUDT. Manuel de recherches en sciences sociales. Paris : DUNOD, 1995, p197

3.3.4 TRANSCRIPTION ET ANALYSE

La transcription des entretiens s'est faite sur des feuilles préalablement compartimentées (voir bordereau de transcription T 15).

- une partie réservée à la codification de l'entretien (et aux conditions du recueil).

- une partie réservée au talon sociologique (et pagination).

- le discours lui-même.

- les thèmes.

Nous avons dû faire face à un certain nombre de difficultés.

a-Des difficultés liées au discours sont relevées :

difficultés par endroit d'interpréter le sens donné par le

locuteur à son discours, à la polysémie des mots. Même si

le plus souvent la cla rification intervient par de recoupements.

Exemple, D : " Avoir des informations sur le pays c'est tout. Pour moi c'est ça. Surtout parce que les gens ont de la famille. Surtout que la plupart de ces gens là qui sont là sont des anciens et donc sont venus un peu de l'extérieur d'Alger. Pour la plupart je parle. C'est juste à la fin de l'immigration qu'il y avait ce cas des gens de la capitale. C'était beaucoup plus commercial hein. Ce qui a fait la floraison des fameux imports / exports mais avant, c'est ça la grosse population, c'est ça".

b-Difficultés liées à la construction du discours du locuteur.

Discours par endroit stéréotypé, construit.

Exemple, S : « Je suis pas heureux à Paris...j'ai émigré à Paris. Alors question...est-ce que je rationalise, optimise le parcours de mes parents ? (...) Peut-être en continuant vers le nord (...) bon moi ce que je raconte il faut quand même...Il y a beaucoup d'humour là dedans, même si c'est très sérieux...ya...ya quand même beaucoup d'humour. D'une certaine manière donc si j'ai un enfant...il devrait être logiquement...à un niveau socialement, logiquement il devrait être quelque chose comme...comme cadre sup., enfin quelque chose comme ça. Puisqu'il y a quand même une ascension sociale logiquement. (...)

Et donc ça ça rentre un peu dans ce que...peut-être dans ce que tu cherches...quels rapports et tout ça".

Après la transcription (fastidieuse) des discours : trois heures et 30 minutes environ pour chaque transcription, nous avons « débroussaillé c'est-à-dire procédé à une lecture flottante entretien par entretien pour souligner ce qui apparaît au premier abord.

Les extraits sont légèrement dépouillés (interjections..). Les points de suspension indiquent un silence. Les points de suspension entre parenthèses indiquent des interventions du locuteur non retenues. Les indications entre crochets sont nôtres.

BOURDIEU écrit: " Le procès verbal du discours recueilli que produit l'auteur de la transcription est soumis à deux ensembles de contraintes souvent difficiles à concilier : les contraintes de fidélité à tout ce qui s'est manifesté pendant l'entretien, et qui ne se réduit pas à ce qui est réellement enregistré sur la bande magnétique, porteraient à tenter de restituer au discours tout ce dont le passage à l'écrit et les outils ordinaires de la ponctuation, très faibles et très pauvres, tendent à le dépouiller, et qui font, bien souvent, tout son sens et son intérêt, mais les contraintes de lisibilité qui se définissent en relation avec des destinataires potentiels aux attentes et aux compétences très diverses interdisent la publication d'une transcription phonétique assortie des notes nécessaires pour restituer tout ce qui est perdu dans le passage de l'oral à l'écrit. "1

Nous avons ensuite procédé à un inventaire des rubriques thématiques apparues dans les discours.

Certains étant plus étoffés que d'autres nous avons du lire une seconde fois l'ensemble des entretiens pour nous assurer que des rubriques ne nous ont pas échappées dans certains entretiens (lecture contrôle).

Blocs-espaces :

Nous avons ensuite mis en place deux blocs de rubriques et thèmes.

Dans le premier l'espace des lectures possibles reprenant l'ensemble du discours véhiculé par le locuteur par rapport à la presse même.

Dans le second figure l'espace des lecteurs possibles qui reprend des propriétés du lecteur ainsi que sa trajectoire.

1-P.BOURDIEU. La misère...Op.cit.p921.

Nous avons obtenu du corpus les rubriques et thèmes suivants :

Le Talon Sociologique

1- l'espace des lectures possibles

1.1- Le rapport à la presse écrite algérienne

1.2 -le rapport aux autres médias

2- l'espace des lecteurs possibles

2.1- le rapport au pays

2.2- le rapport au quotidien en France.

Fiche thématique :

A chaque fiche correspond un thème. Cette fiche est elle même compartimentée ainsi : (voir fiche thématique/rubrique, Tableau T 16.)

première partie : nom et code du thème.

2° partie : code de l'entretien.

3° partie : numéro de la page du bordereau de transcription correspondant à l'unité de contexte.

4° partie : les unités de contexte.

5° partie : il s'agit de la spécification (ou unité d'enregistrement) apparue dans les unités de contexte.

Fiche spécifications :

Nous avons ensuite éclaté chaque thème en spécifications afférentes (ou unités d'enregistrement). Y sont notés de même les codes des entretiens ainsi que les codes des unités de contextes correspondantes (voir fiche spécifications, Tableau T 17).

Chaque locuteur ayant une position précise par rapport à la spécification, un signe indicatif lui est attribué :

+ le locuteur est en accord avec la formulation de la spécification.

- le locuteur est en désaccord

= le locuteur est neutre.

Il n'est rien inscrit lorsque le locuteur ne fait pas ou très peu référence

à la spécification concernée.

Nous avons aussi porté la date d'arrivée de l'interviewé en France (ce rajout est intervenu après avoir procédé à une première analyse des discours.

Nous avons retenu pour l'analyse de notre corpus deux phases : La première, analyse de contenu et la seconde élaboration d'une typologie. Phases précédées d'indications sur la transcription.

Parmi les différents types d'analyse de contenu nous avons opté pour une analyse thématique.

" Faire une analyse thématique consiste à repérer des noyaux de sens qui composent la communication et dont la présence ou la fréquence d'apparition pourront signifier quelque chose pour l'objectif analytique choisi."1

Nous avons procédé à la ventilation des dires dans des rubriques portant sur la presse elle-même et dans des rubriques sur la trajectoire du locuteur.

" La technique consiste à ventiler les différents éléments dans les divers casiers selon des critères susceptibles de faire surgir un sens en ordonnant le désordre initial. Tout dépend bien entendu au moment du choix des critères de répartition de ce que l'on cherche ou de ce que l'on espère trouver."2

Nous avons quant à nous aussi bien travaillé sur l'apparition des thèmes que sur leur absence. Donc analyse transversale mais aussi analyse verticale. Extraits d'entretiens pris isolément compte tenu du degré de pertinence des dires.

" La notion de thème, largement utilisée en analyse thématique, est propre à l'analyse de contenu. BERELSON définissait le thème comme Une affirmation sur un sujet c'est à dire une phrase ou une phrase composée, habituellement un résumé ou une phrase condensée, sous laquelle un vaste ensemble de formulations singulières peuvent être affectées.

1-L. BARDIN. L'analyse de contenu. Paris : PUF, 1993, p137.

2-A. BARDIN. Ibid.p41

" En fait, le thème est l'unité de signification qui se dégage naturellement d'un texte analysé selon certains critères relatifs à la théorie qui guide la lecture ».1

Nous avons rencontré lors de l'analyse, des difficultés liées à la mise en place de l'ossature de la grille d'analyse.

Nous avons du revenir à plusieurs reprises pour distinguer clairement les rubriques, les unes par rapport aux autres, celles-ci initialement se " télescopant ". (Problème de l'exclusivité). V.ISAMBERT-JAMATI écrit à ce propos :

" Nous avons bien entendu établi nos catégories d'interprétation de sorte qu'elles soient distinctes. Celles qui ne le seraient pas nous seraient de peu d'utilité (...). La question des frontières est particulièrement délicate dans une analyse de contenu, notamment dans une analyse de type thématique "2, et M.GRAWITZ : " Le choix des catégories représente la démarche essentielle de l'analyse de contenu. Celles-ci font lien entre l'objectif de la recherche et les résultats (...). Elles doivent être exhaustives, c'est à dire que l'ensemble du contenu que l'on a décidé de classer doit l'être en entier. Exclusives : les mêmes éléments ne doivent pas pouvoir appartenir à plusieurs catégories (...). Objectives : les caractéristiques de la catégorie doivent suffisamment être claires (...). Pertinentes : en rapport à la fois avec l'objectif poursuivi et le contenu que l'on traite." 3

R.MUCCHIELLI : " Une catégorie est à un niveau de généralité variable : elle peut être à ras du signifié qu'elle nomme, et dans ce cas, elle a perdu sa valeur de catégorie générale. Elle peut être au contraire tellement générale qu'elle n'a plus d'intérêt pour l'exploitation ultérieure du contenu.

L'opérateur doit décider du niveau de généralité de ses catégories de façon à ce qu'elles soient « intéressantes pour ses objectifs (BERELSON). Coder une unité d'enregistrement c'est l'affecter à une catégorie ".4

1-L. BARDIN. Ibid.p136.

2-V. ISAMBERT-JAMATI. Crises de la société, crises de l'enseignement. Paris : PUF, 1970, p27.

3-M.GRAWITZ. Méthodes des sciences sociales. Paris : DALLOZ, 1993, p544.

4-R.MUCCHIELLI. L'analyse de contenu. Paris : ESF, p34.

4-HISTOIRE DE LA PRESSE

ECRITE ALGERIENNE

10 11 INTRODUCTION

L'évolution de la presse en Algérie est fortement liée à l'évolution du pouvoir. Deux grandes périodes sont à distinguer. La première, de 1962 à 1988. La seconde s'ouvre par les manifestations d'Octobre 1988.

La première période se caractérise par une presse très fortement contrôlée. Certains titres critiques sont tolérés aux premières années de l'indépendance. Face à cette presse, des journaux clandestins circulent, certains jusqu' en 1988.

Au lendemain d'"Octobre", des dizaines de titres paraissent. Ils sont publics ou privés. Nous traiterons dans ce chapitre de l'évolution de cette presse mais également de sa diffusion actuelle en Ile -de- France. Nous réserverons une section aux lignes éditoriales défendues par cette presse algérienne.

12 4.1 UNE PRESSE UNIQUE

Nous distinguons dans la première période quatre phases.

-La première de ces phases voit l'interdiction de la presse coloniale dès juillet 1962. Neuf journaux sont interdits.

En effet le premier texte de l'Algérie indépendante concernant l'information date du 10 juillet 1962. C'est un arrêté (...) du président de l'exécutif provisoire interdisant l'impression, la mise en vente, la diffusion de certains journaux.

Cette première phase est aussi marquée par l'interdiction de l'organe central du Parti Communiste Algérien, l'hebdomadaire El-Hourriya (novembre 1962). En 1963, les journaux coloniaux La Dépêche d'Alger, La Dépêche d'Oran, La Dépêche de Constantine sont interdits.

-La deuxième phase est celle de la création de plusieurs journaux dont Révolution Africaine, (organe central du Front de Libération Nationale), Echaab / Le Peuple, El-Djoumhouria, En-Nasr, Révolution et Travail (1963) et Alger-Le Soir (1964). Mais dès juillet 1962 Alger-Républicain reparaît. (Il fut interdit avant l'indépendance à deux reprises, pour ses prises de positions.)

-La troisième phase se caractérise par plusieurs tentatives plus ou moins explicites d'intégration d'Alger-Républicain dans le F.L.N.

" C'est au cours des débats du Congrès du F.L.N en avril 1964, que fut soulevée officiellement la question du statut de ce quotidien qui restait

insolite, le seul à demeurer indépendant après la nationalisation des autres quotidiens (...). C'est Alger-Républicain qui annoncera lui-même et le premier, la nouvelle. 20 avril 1964 : un grand titre en rouge sur huit colonnes en page une : Alger-Republicain va devenir organe du F.L.N, et un long éditorial intitulé un honneur, une responsabilité" écrit F. CHEHAT1

Alger-Républicain explique par cet éditorial la démarche de l'intégration du journal au F.L.N.

Ce rapprochement entre Alger-Républicain et le F.L.N est précipité aux premières heures du coup d'état du 19 juin 1965. Alger-Republicain disparaît une nouvelle fois.

(Alger-Republicain reparaît en octobre 1989 pour disparaître une quatrième fois en avril 1994 -pour causes de difficultés financières-).

Le 21 juin 1965 la naissance d'El-Moudjahid se réalise par le sacrifice d'autres titres dont Alger-Républicain. Une nouvelle phase s'ouvre.

Lorsque surviennent les événements d'Octobre 1988, la presse en Algérie se caractérise par son lien organique au Pouvoir. En 1982, la première loi sur l'information stipule en effet en son article premier :2

Le secteur de l'information est un des secteurs de souveraineté nationale. Sous la direction du Parti du Front de Libération Nationale et dans le cadre des options socialistes définies par la Charte Nationale, l'information est la volonté de la révolution. L'information traduisant les aspirations des masses populaires ; oeuvre à la mobilisation et à l'organisation de toutes les forces pour la concrétisation des objectifs nationaux. 

Depuis 1962, épisodiquement les journalistes sont confrontés dans l'exercice de leur fonction à des difficultés plus ou moins graves émanant tantôt de leur direction tantôt de responsables extérieurs administratifs ou politiques : ils sont interdits d'écriture, censurés, emprisonnés3.

1- F. CHEHAT. Monographie de presse. Le quotidien Alger-Républicain de juillet 1962 au 19 juin 1965. Mémoire de D.E.A en sciences de l'information. Université Paris II. 1978.

2-loi n° 82-01 du 6 février 1982 portant code de l'information ; journal officiel n° 6 du 9 février 1982 page 157

3-Animateur d'un programme quotidien nous avons nous même fait l'objet de plusieurs interdits. Puis suspendu d'émission en mars 1971, par les responsables de la station régionale de la radio algérienne (Oran), au motif officiel que "la station doit-être arabisée".

En 1976 " Lorsque le quotidien de l'ouest  La République  commença à déranger et que son indépendance et sa liberté de ton finirent par déplaire, il fut arabisé -c'était le prétexte- afin d'étouffer une voix qui parlait fort et qui portait loin ". 1

 La fronde du collectif rédactionnel au départ de Z. BENAMADI en novembre 1981, exprimée faute de mieux, par une simple protestation verbale adressée au ministre de tutelle (...) n'a pu donner comme seul résultat que le choix par les journalistes, en leur sein, du nouveau rédacteur en chef, A.HALLI. Celui-ci fut limogé six mois plus tard, par le nouveau directeur de la publication, K.BELKACEM, pour avoir commis un article sur des manifestations de lycéens et un autre (jugé ouvriériste) sur la fête du premier mai ".2

Si Z. BENAMADI a été écarté, " c'est surtout parce qu'il a refusé de s'inféoder à l'une ou l'autre des personnalités du régime "3

" Le journaliste d'Algérie-Actualité, Abdelkader HAMOUCHE, est détenu pendant cinq jours en novembre 1987 par les services de sécurité, dans un endroit inconnu, où il a été emmené avec cagoule (...). Abdelkrim DJAAD, alors rédacteur en chef du même journal, a de son côté été détenu pendant une journée. On lui reprochait d'avoir fait publier un article écrit par un autre journaliste, dans lequel on croyait trouver une allusion au chef de l'Etat " écrit Abed CHAREF. 5

D'autres, qui mènent une lutte radicale contre le régime politique dans sa globalité sont assassinés. Ainsi le 7 avril 1987 Ali MECILI fondateur huit mois plus tôt du journal Libre-Algérie est assassiné devant son domicile à Paris.

" La goutte qui fera déborder le vase d'amertume5 émane en décembre 1987 d'un document explicatif des nouvelles modalités de promotion

1-Mustapha CHELFI : Algérie-Actualités ; 16 au 22 mars 1989

2-B.MOSTEFAOUI. Unanimisme et crédibilité de l'information en Algérie . In l'Annuaire de l'Afrique du Nord. Paris : CNRS, 1984, p 291.

3-B. BRAHIMI. Le droit à l'information principes et réalités. in « l'Algérie et la modernité » sous la direction de Ali El Kenz. Ed. Série des livres du CODESRIA ; Dakar. 1989. Page 261

4-A.CHAREF. Octobre. Alger : Laphomic, 1990, Page 17.

5-Larbi KHALFOUN : Algérie-Actualité. Ibid.

décidées par le ministre de l'information. Il provoque un mouvement de réprobation au sein de la profession des journalistes. De réunions en assemblées générales les groupes prennent forme.

" En l'absence d'une véritable organisation ; les problèmes professionnels et sociaux des journalistes se sont accumulés jusqu'à ce qu'en février 1988, un groupe de journalistes décide qu'il n'était plus possible de continuer ainsi ; qu'il fallait reconstruire l'organisation des journalistes. "1.

Dans une déclaration datée du 9 mai 1988 " au terme d'un débat large et franc organisé au siège de l'Union des Journalistes, Ecrivains et Interprètes ( UJEI ) , le collectif inter-organe des journalistes relève (...) un recul évident du professionnalisme (...) cette dévalorisation de notre métier constitue une grave atteinte à la crédibilité de l'information (...) une pratique généralisée de la censure et de l'autocensure (...) les journalistes souhaitent vivement que leurs Unions professionnelles et sections syndicales soient à la hauteur des exigences."2

Cette mobilisation allait aboutir quelques mois plus tard à des " revalorisations générales des postes de travail ; (attribution) de primes d'indemnités avec effet rétroactif (...) augmentation de près de 40 % du salaire moyen des rédacteurs et de près de 20 % pour celui des assimilés. Le problème du logement sera également pris en compte. "3

Dans la déclaration du 28 septembre 1988 des journalistes algériens s'interrogent : " Il s'agit de mettre fin à l'arbitraire (...) à la censure, à la complaisance (...) aux interdits les plus divers à tous ces phénomènes qui ont favorisé l'émergence d'une presse maussade et

1-Un journaliste. Algérie-Actualité. Ibid.

2-B.BRAHIMI. Le pouvoir, la presse et les intellectuels en Algérie. Paris : L'Harmattan, 1990, p 293.

1-A.MAHMOUDI. la face cachée du mensonge. Alger : E.S.C, 1991, p 82.

Ces acquis qui sont obtenus ajoute-t-il "grâce à cette collaboration effective (contre "MJA" et "UJEI" dépassent en ampleur tout ce qu'aurait pu imaginer un journaliste algérien une année auparavant seulement". Il se félicite de cette collaboration entre le "M.J.A" et la bourgeoisie bureaucratique (par U.J.E.I interposé) "face au danger mortel d'une prise en charge (du "M.J.A") par la bourgeoisie libérale qui a déjà annoncé la couleur en neutralisant tous les services de sécurité".

A.MAHMOUDI, est lui même journaliste de très longue date, à El-Moudjahid, puis à El-Djeich (revue de l'armée), à Algérie-Actualité. Il crée L'Hebdo-Libéré qui disparaît en 1995.

bureaucratisée à l'extrême (...). Qui a intérêt à cette presse, si ce n'est les milieux néocolonialistes, antinationaux, à la recherche d'un effet de contraste pour imposer l'implantation de médias élaborés à l'étranger (comme Dunes), porteurs de valeurs étrangères à notre peuple et de projets de société contraires à des choix politiques fondamentaux consignés dans la Charte Nationale et la Constitution et qui menacent la souveraineté chèrement acquise "1 faisant écho au discours du président de la République qui dix jours plus tôt déclarait : " La presse nationale doit s'écarter du style démagogique, car nous sommes pour le réalisme. La situation en Algérie exigeant de la rigueur et de l'austérité, que cesse alors toute hypocrisie qui fait que certains ne pensent qu'à soigner leur popularité aux dépens de l'ordre. Nous avons besoin d'hommes ayant une pleine conscience de leurs responsabilités, loin de toute démagogie, et non pas d'applaudisseurs. (...) Je tiens à ce que soit entreprise dorénavant la mobilisation contre les phénomènes négatifs non pas d'une manière circonstancielle, mais continuellement afin que soient éradiquées ces insuffisances."2

1-B.BRAHIMI. Ibid. p 295.

2-Actualité de l'émigration n° 145 du 21 septembre 1988.

13 4.2 OCTOBRE 88 ET L'EMERGENCE D'UNE PRESSE PLURIELLE

Un vaste mouvement de protestation en ce début du mois d'Octobre 1988 essentiellement animé par des adolescents embrase les principales villes du pays. Les causes sont essentiellement sociales et économiques. (De nombreux observateurs y ajouteront plus tard les résultats des luttes de pouvoir au sein des groupes dirigeants). En réaction, l'armée tire. On comptera plusieurs centaines de morts (chiffres communiqués par les hôpitaux. L'évaluation officielle fait état de moins de deux cents morts.)

C'est dans ce climat survolté que le 10 Octobre " un collectif de 70 journalistes "1, condamne " l'utilisation violente et meurtrière de la force armée ". Le mouvement se prononce pour « une information régie par un secteur public puissant et démocratique qui conserve et développe la totalité des médias et titres existants à la date d'adoption de la nouvelle Constitution aux côtés d'une presse d'opinion pluraliste"2.

Des conflits naissent entre journalistes sur l'orientation à donner au mouvement.

" Ce que nous voulions au départ comme une organisation de type syndical a commencé sous la houlette de certains journalistes à se transformer en une sorte de mouvement politique. " 3

Le quotidien El-Moudjahid est secoué par une grève d'écriture qui durera 27 jours en mars 1989. Cette « première grève d'envergure de la presse algérienne » 4 n'affectera pas sa parution.

Le 23 février 1989, 7.290.760 algériens (73,43 % des suffrages exprimés) approuvent par référendum la troisième constitution algérienne qui garantit au citoyen " les libertés d'expression, d'association et de réunion " (article 39) et reconnaît le droit de " créer des associations à caractère politique " (article 40.)

1- Un "collectif de journalistes" et non un officiel ou formel "MJA" comme il sera ultérieurement écrit. Le "Mouvement des Journalistes Algériens" structure organisée n'apparaît en tant que telle que l'année suivante.

2- Algérie-Actualité du 30 mars au 5 avril 1989

3-un journaliste à Algérie-Actualité du 14 au 20 décembre1989.

4-Sandrine TOLOTTI in Jeune-Afrique du 03 mai 1989.

14 Des journalistes en conflit avec d'autres membres de ce qui est devenu le Mouvement des Journalistes Algériens s'organisent en mai 1989 en Comités de Coordination Interentreprises. La rupture est consommée au lendemain de la conférence nationale du MJA qui se tient les 13 et 14 octobre 1989 par un communiqué du CCIE. " Le Comité relève que cette conférence n'a pas répondu à l'attente des journalistes. "

" La défaite patente du MJA (...) dans cette bataille du démantèlement de la presse écrite du secteur d'état, préfigure de toute évidence sa défaite dans la bataille de la privatisation pure et simple qui se prépare"1.

" On était loin de poser la question d'une presse privée (...) car nous avions alors la conviction qu'elle ne servirait que des intérêts particuliers."2

Dans son édition du mercredi 14 février 1990, El-Moudjahid titre en Une :

" Au conseil des ministres : droit syndical, défense du dinar et aide de l'Etat aux associations politiques."

En page trois, quinze lignes d'un texte de deux cents lignes signé APS (agence officielle Algérie Presse Service) sont réservées à la libéralisation de la presse. (lire en annexe.)

" Afin de permettre l'émergence d'une presse d'opinion de qualité, le conseil des ministres a décidé d'autoriser les journalistes en fonction actuellement dans les entreprises de presse appartenant au secteur public d'exercer dans les organes qui leur paraissent les plus conformes à leurs opinions et à leur vocation. Leurs rémunérations et l'évolution de leur carrière demeureront garanties par le budget de l'Etat."

2-G.MOUFFOK (Omar BELHOUCHET - plus tard directeur de El-Watan- cité par). Etre journaliste en Algérie. Paris : Reporters sans frontières, 1996, p 39.

Le texte de loi (loi 90-07 du 3 avril 1990 relative à l'information. Journal officiel n° 14 du 14 avril 1990) énonce en son article 4 :

" L'exercice du droit à l'information est assuré notamment par:

* les titres et organes d'information du secteur

public,

* les titres et organes appartenant ou créés par les

associations à caractère politique,

* les titres et organes créés par les personnes

physiques ou morales de droit algérien.

Il s'exerce par tout support médiatique écrit, radiophonique, sonore ou télévisuel."

En fait plusieurs publications, périodiques et brochures non- gouvernementaux sont en circulation publique avant cette dépêche de l'agence de presse algérienne (voir annexe 9.)

Trois périodiques d'association :

- El-Irchad (El-Irchad-Wel-Islah - décembre 1989)

- At-Tabyin' (El-Djahidhiya - février 1990)

- Le Couffin d'Alger (association de consommateurs - janvier1990)1.

- La lettre du RCD (RCD - juillet 1989)

- El-Mounqid (FIS - octobre 1989)

- La chronique des deux rives (RCD - octobre 1989)1

- L'Avenir (RCD - novembre 1989. Remplace La lettre du RCD)

- FFS-Info (FFS - novembre 1989)

- Assalu (RCD - décembre 1989)

- Tadjamou (RCD - décembre 1989)

- Etaqadum (PSD - décembre 1989)

- Saout-Echaab (PAGS - février 1990 / clandestin2 depuis 1966). Un

en français, un autre en arabe.

- Libre-Algérie (FFS - mars 1990 / clandestin2 depuis août1986)

- Alger-Républicain (proche du PAGS - octobre 1989 / plusieurs fois

interdit depuis sa création en 1938. Un en français, le second en arabe.

- Erriwaya (revue littéraire-février 1990)

- Carrefour-31 (périodique culturel, Oran - avril 1990) 1

- El-Hakim2 (mars 1990).

Le reste de l'année (avril à décembre 1990) 43 journaux de droit privé paraîtront dont neuf appartiennent à des partis politiques et quatre à des associations.

Les journaux créés entre janvier 1989 et décembre 1990 (y compris ceux du secteur public) s'élèvent à 84. (figure 11)

Leur statut :

Journaux de partis : 20 ; journaux d'associations : sept ; autres journaux de droit privé : 35 ; journaux du secteur public : 20 (deux sans indication de statut). (figure 12).

Périodicité : quatre quotidiens, 35 hebdomadaires, 13 mensuels, 12 bimensuels, huit bimestriels, 10 irréguliers, deux dont la périodicité n'est pas indiquée. (figure 13).

Langue : 50 en français, 31 en arabe, deux en tamaziT, un seul est bilingues (français, arabe).

Les 35 journaux créés en 1989 et 1990 de droit privé (P.R) mais non affiliés à des partis ou à des associations se répartissent ainsi : Informations générales (IG) 12, Informations locales (IL) sept, Informations culturelles (CL) deux, informations spécialisées sept, divertissement quatre, divers : trois.

1- Nous avons tenté cette brochure à destination d'un public de jeunes. Elle disparu aux termes de quelques mois du fait de l'article 28 de la nouvelle loi.

(lire en annexe 12B.)

2- Ce titre est indiqué par AGGOUN (Y). El-Moudjahid...Op.cit.

Le nombre de titres (toutes périodicités et titres confondus) s'élèvera à 160 en 1991 contre 49 en 1988, avec un tirage global de 1.850.000 en 1991 pour 500.000 en 1988.1

De nombreux autres périodiques ont paru, d'autres ont disparu.

En 1996 très peu de ces journaux nés avant 1991 existent encore. Ils ont disparu soit pour des motifs objectifs commerciaux ou de gestion, (difficultés matérielles, financières ou carences) soit pour causes de tracasseries administratives et/ou mauvaises distributions.2

Plusieurs de ces journaux en vente aujourd'hui en Algérie sont disponibles en France.

15 4.3 LA PRESSE D'OPPOSITION.

Moins de trois mois après l'indépendance, nonobstant quelques journaux plus ou moins critiques mais tolérés (lire la section 4.1), une presse radicale d'opposition au régime3 voit le jour avec le révolutionnaire, organe du Parti de la Révolution Socialiste naissant. Plus tard la voix de la révolution (Front des Forces Socialistes), El-Jarida (P.R.S), EL-Badil (Mouvement pour la Démocratie en Algérie) et autres Saout-Echaab (Parti de l'Avant-Garde Socialiste.), Libre-Algérie...renforceront cette presse.

La réalité algérienne jusqu'en 1989 veut que cette presse ne peut circuler que dans la clandestinité en Algérie. Elle est imprimée soit en Algérie soit en France où certains de ces titres sont vendus.

1-B.BRAHIMI. In El-Watan du 03 mai 1993.

2-Notamment les périodiques partisans. Nous avons ainsi pu constater que des kiosques à Oran dissimulaient des journaux que nous leur avions nous même distribués la veille.

3- Nous sommes conscients de la non- exhaustivité de ce rappel. D'autres journaux ont paru que nous ne pouvons traiter pour des raisons objectives (peu d'archives ou d'informations crédibles.)

Nos informations proviennent de nos propres documents ; du livre de R. REDJALA ("l'opposition en Algérie depuis 1962. le PRS/CNDR, le FFS". Alger : RAHMA, 1991), du témoignage de militants de l'opposition notamment Simon. J, Hadjeres.S, Mahmoud. B, El-Mouhoub. M, Ouali.B, Ouferhat. M...

Elle est plus ou moins élaborée, plus ou moins régulière. Cette presse d'opposition est essentiellement marquée par les titres suivants.

-El-Jarida : Après quelques numéros de Le Révolutionnaire, le P.R.S réalise une vingtaine de numéros d'El - Jarida durant une dizaine d'années à compter du premier mai 1968 date de parution du premier exemplaire.

Les périodiques du P.R.S cessent dès les premières années quatre-vingts. Des journaux appartenant à d'autres organisations politiques prennent plus tard le relais.

-El-Badil : Le M.D.A après avoir réalisé une trentaine de numéros de El-Badil, lance en juillet 1987 Le Changement, en avril 1988 La Fronde, puis après les événements d'octobre 1988 La Tribune d'Octobre.

-Libre-Algérie : Initialement prévue pour juin 1986 la sortie du premier numéro (numéro zéro) s'effectue en août 1986, fruit d'une collaboration entre deux mouvements d'opposition politique radicale : le FFS et le MDA.

Le journal paru sous le titre de : Libre-Algérie ; clin d'oeil à l'Algérie-Libre organe du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques en Algérie 1946 / 1954. (Le titre initialement retenu était La Tribune.

Les équipes réalisent 21 numéros (dont deux numéros zéro) entre août 1986 et décembre 1988 date de cessation de parution. (Il reparaît en mars 1990 en Algérie à la suite de l'ouverture politique.)

La première équipe était donc composée de militants ou sympathisants des deux partis jusqu' au numéro spécial 4 - 5 de l'été 1987. Quelques mois après l'assassinat du responsable de la publication Ali MECILI, confrontée à de graves divergences politiques l'équipe se divise. Les militants du M.D.A se retirent. Les membres restants sont confortés par d'autres militants et sympathisants du F.F.S.

Les deux organisations politiques éditent d'autres périodiques de liaison internes.

La Tribune Algérienne : C'est un organe du Comité de Liaison des Trotskystes Algériens. Il y eu 24 numéros étalés sur un peu plus de deux années. Tribune Ouvrière succède à La Tribune Algérienne.

Le C. L. T. A éditait un autre périodique "théorique" ; L'Etincelle (cinq numéros) ainsi que d'autres Cahiers ou bulletins internes.

Saout - Echaab (autre clin d'oeil à un journal du Mouvement National) est un organe mensuel du Parti de l'Avant-Garde Socialiste. Il est imprimé en Algérie en français et en arabe. La distribution se réalisait non seulement en Algérie mais aussi en France de manière systématique.

Le premier numéro (une seule feuille) est "tiré" dans la Casbah d'Alger en 1966. Plus de 120 numéros furent édités jusqu' au Congrès du P.A.G.S. (décembre 1990) qui donne naissance à un autre mouvement-en janvier1993- : TAHADDI-TAFAT. Le titre est réalisé sous la responsabilité d'une "Commission centrale" puis par un Comité de rédaction. Le P.A.G.S a édité d'autres périodiques. Ainsi La Révolution Socialiste Triomphera En Algérie qui paraît dès le coup d'état de juin 1965, puis Révolution Socialiste organe "théorique" trimestriel et un bulletin de liaison sur deux ans : Ittissal -El- Oummal (Le Lien des Travailleurs.)

16 4.4 LA PRESSE ECRITE ALGERIENNE EN ILE-DE FRANCE

Avant l'éclosion de la presse "privée" les journaux algériens " gouvernementaux " étaient vendus en France, ainsi en 1987 l'Algérie exportait quotidiennement 11.000 exemplaires vers la France dont: 5.000 d'El-Moudjahid, 2.000 d'Algérie-Actualité, 2.000 de Horizons1 .Il n'est pas donné d'information sur le nombre d'invendus.

En 1994 les NMPP " ont distribué environ 2.500 titres sur le marché national I français I : 40 quotidiens, 1.800 publications et 640 titres importés de 25 pays... ".

La presse écrite algérienne se vend à 8.530 exemplaires/jour en Ile-de-France3. (chiffres de mai 1996.) En tenant compte d'un bon taux de circulation de cette presse (2 lecteurs pour un exemplaire vendu), et à considérer les lecteurs irréguliers comme important cela donnerait une population lectrice très probablement inférieure à 20.0004 sur une population objectivement lectrice de 193.264 (population totale de laquelle sont déduits les enfants de moins de 15 ans au nombre de 45.691. Cet âge correspond généralement à l'entrée en second cycle du secondaire).5 Soit donc 10 % de lecteurs.

Les lecteurs de la presse algérienne représentent donc 10 % de cette population âgée de 15 ans et plus. Nous pouvons écrire que la majorité des algériens en France ne lit pas la presse algérienne.

Les raisons de la non lecture existent et sont certainement nombreuses.

L'intérêt dans le cadre de cette étude réside dans la compréhension des raisons qui poussent cette partie peu importante de la population algérienne à lire la presse algérienne, alors que la grande majorité lit la presse française4.

1-Algérie-Actualité n° 1153 du 19-25 novembre 1987. La vente de la presse algérienne d'opposition éditée en France n'est pas (ne peut être) évoqué.

2-Les NMPP en bref. Brochure « faits et chiffres 94 ».

3-A titre indicatif il est intéressant de signaler ces chiffres quant à l'achat de journaux dans certains pays européens. « Les français achètent 156 quotidiens pour 1.000 habitants, contre 1354 magazines. Les britanniques achètent 321 quotidiens, les allemands 317, les italiens 116, les belges 168, les espagnols 78 » Jean-Marie CHARON. La presse quotidienne en France .Paris : La Découverte, 1996.

4-Voir section 3.2 les chiffres donnés par M. TRIBALAT

5-Cet âge nous est en quelque sorte « imposé » par les statistiques officielles. Nous aurions volontiers intégré dans notre « potentiel lecteurs » les enfants de 13 et 14 ans. En effet, il est fréquemment demandé aux élèves de 4° et 3° des collèges de réaliser des dossiers de presse thématisés. Le potentiel aurait été plus fort et inversement le taux des lecteurs, réduit.

La presse algérienne n'est pas le seul média à véhiculer des informations quotidiennes sur le pays.

Depuis deux années, les algériens en France disposent de la possibilité de recevoir en direct et quotidiennement par le biais d'antennes " paraboliques " des images diffusées à partir de l'Algérie par l'unique chaîne de télévision algérienne1.

De même des radios dites " communautaires " diffusent un certain nombre d'émissions destinées (aussi) aux algériens en France : Radio France Maghreb, Radio Soleil, Radio Beur FM, Radio Méditerranée...

La presse écrite s'inscrit donc dans ce champ médiatique assez large incluant le visuel et l'audition. Communautaire ou non.

Les journaux vendus en Ile-de-France sont distribués par les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (N.M.P.P) ainsi que par International Presse Services (I.P.S)

1-"La chaîne vise dans un premier temps 500.000 foyers d'origine algérienne".

Le Monde 11 et 12 Septembre 1994.

.

Les ventes des journaux publics sont inexistantes. Certains ne sont pas ou ne sont plus vendus en Ile- de France (El-Moudjahid, Algérie-Actualité, Es-Salam, Parcours-Maghrébins). Nous ne pouvons avancer les causes de ces absences ni celles de nombreux autres titres du secteur privé.

Les titres vendus sont en cette période ceux d'une partie de la presse écrite dite indépendante ou privée. Les quotidiens sont vendus 5 F.

10 F pour l'hebdomadaire. Le quotidien Alger-Info s'est vendu 5.80 F puis 6 F (en février 1996). Le périodique Djazaïr-Magazine à 25 F (N° 1) puis à 18 F (N°3), et Alternatives-Algériennes : 10F.

Parmi ces titres trois sont édités en France1 (Alger-Info international Djazaïr-Magazine et Alternatives-Algériennes.) Tous trois créés en 1995. Le premier est un quotidien, le deuxième un " mensuel " (trois numéros entre novembre 1995 et Mars 1996). Enfin Alternatives-Algériennes, un " bimensuel " dont le premier numéro est daté 7 novembre, le second est daté 22 novembre 1995.

Tous ces titres sont en français. La distribution de ces journaux est confrontée à divers problèmes dont la suppression des liaisons aériennes entre l'Algérie et Paris, ainsi que des perturbations liées à des grèves épisodiques en France et en Algérie.

- En France : grèves de décembre 1995.

- En Algérie : grèves liées aux professionnels de la presse (journalistes, imprimeurs...) ; suspensions administratives de journaux et autres tracasseries.

LES LIEUX DE VENTES :

Les meilleures ventes en Ile-de-France sont réalisées essentiellement dans Paris selon les informations communiquées par les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (N.M.P.P) et International Presse Service (I.P.S) 2

1-Les trois journaux édités en France ont cessé de paraître quelques mois plus tard.

2-Il nous a été extrêmement difficile de recueillir des informations auprès des NMPP. (" ces informations ne se donnent pas ".) Nous nous sommes déplacés à deux reprises et donné plusieurs communications téléphoniques- espacées. Nous avons finalement pu avoir ces quelques informations qui nous ont été communiquées en février 1996 par téléphone. Nous avons par contre reçu de I.P.S toutes les informations souhaitées.

Pour les N.M.P.P (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) :

Les NMPP fournissent environs quatre cents kiosques en Ile-de-France en journaux algériens. Les ventes s'effectuent :

Essentiellement dans Paris à partir des points suivants:

Kiosque au niveau du métro Barbès Rochechouart (18° arrondissement). Kiosque de la place Cambronne (14°). Plusieurs kiosques sur le boulevard Saint-Michel (6°). Certains kiosques dans les différentes gares SNCF de Paris (8°, 10°, 10°, 13°, 15°,).

En banlieue :

Département 93 : Pantin : avenue Edouard Vaillant

Aubervilliers : avenue Victor Hugo

Département 94 : Kremlin-Bicêtre : rue de Fontainebleau.

Pour I.P.S ( International Presse Service) :

I.P.S nous écrit :

Paris :

(...) 17, 18 et 20° arrondissements : excellentes ventes : Barbès, place Clichy, La chapelle.

La majorité des lecteurs, s'ils ne trouvent pas les journaux en banlieue, vont les acheter à Barbès.

Proche banlieue :

La proche banlieue a été difficile à développer pour les raisons citées ci-dessus. Les clients achètent généralement leur presse à Paris.(...) "

Afin de mieux saisir les positions des lecteurs il est utile à titre de simple comparaison de présenter sommairement quelques uns de ces journaux auxquels les algériens ont accès en Ile-de-France.

17 4.5 LES LIGNES EDITORIALES

La presse privée en Algérie est née d'un acte administratif comme nous l'avons décrit dans la section 4.2.

La lutte au sein de la profession a porté certes sur l'arbitraire, sur la censure mais surtout sur les conditions de travail. Pas contre le monopole de l'information1- sinon de façon marginale-

Dès 1990, de nombreux journalistes auxquels est proposé le choix de "partir ou rester" optent pour ce qui deviendra "l'aventure intellectuelle."2

Ainsi la quasi totalité des journaux sont -à ce jour- tenus par les plus anciens des journalistes. Cette libéralisation de l'écrit est contredite par la persistance du monopole de l'état sur la publicité ainsi que sur l'importation du papier journal. Trois des quatre rotatives appartiennent à l'état. La diffusion étant en partie non négligeable "entre les mains" de l'état (ENAMEP). Ces situations -à elles seules- ne nous autorisent pas à utiliser le terme de indépendant, pour qualifier cette presse. Afin de saisir les positions éditoriales des journaux algériens il est nécessaire de clarifier quelques événements antérieurs.

Au lendemain de l'arrêt du processus électoral en Algérie en janvier 1992 (l'annulation du second tour des premières élections législatives pluralistes fut décidée au vu des résultats du vote du 26 décembre 1991), plusieurs journaux sont saisis, des journalistes arrêtés. Qu'ils soient proches ou non des islamistes : El-Balagh et l'Eveil sont saisis. Huit journalistes du quotidien El-Khabar sont arrêtés. La presse de "service public" fut aussi touchée : saisie de Ech-Chaab en avril 1992.

Désormais, la presse - harcelée par les graves événements et par les hommes - va se diviser. Elle va fortement idéologiser ses tribunes.

Les écrits s'inscriront dans l'une ou l'autre des deux lignes défendues par des organisations politiques. "Pour" ou "contre". La presse commerciale subsistera. Par contre une presse clandestine reparaît. Une presse islamiste (des brochures) ainsi Minbar-El-Djoumoua...

1-Lire "Les nouvelles règles du jeu" in Etre journaliste algérien Op.cit.

2-Dans un bref article daté 16 septembre 1991 El-Watan publie la répartition des subventions allouées pour ce faire. Ainsi la presse du secteur public reçoit 80,8 millions de Dinars Algériens, la presse "indépendante» : 52,2 ; la presse partisane ou associative : 40,5. El-Watan précise :"Il est à signaler que la subvention allouée aux organes de la presse indépendante et partisane correspond aux deux années de salaires".

La première tendance focalisera ses commentaires sur " la lutte anti intégriste" dans un soutien (critique et ambiguë) aux démarches entreprises par les gouvernants pour sortir le pays de la crise. Cette presse est la plus importante en nombre.1

(Le Matin2, Alger-Républicain, Le pays, l'Hebdo-Libéré ainsi que toute la presse "publique" et plus tard El-Watan à un moindre degré)3

A ceux là il est reproché leur silence sur les atteintes aux libertés fondamentales, de "jeter de l'huile sur le feu" favorisant ainsi tous les extrémismes. (A plusieurs reprises un groupe se dénommant "Front de l'Algérie Moderne" préconisera la partition de l'Algérie et l'interdiction des partis car ils sont devenus "un obstacle à l'expression politique conséquente de l'autre projet de société, celui de l'Algérie Moderne".)4

1- Le 10 novembre 1995 lors d'une rencontre-hommage à Monique GADANT (décédée le 29 septembre), Mohamed HARBI intervient : "Monique était tout à fait outrée que la presse I algérienne I soit considérée comme une presse indépendante et une presse libre. Elle écrit dans un texte qu'elle a envoyé au Nouvel-Observateur pour son numéro spécial consacré à l'Algérie I 19 janvier 1995 ? -texte qui ne sera pas publié I

: " Le malentendu consiste dans la présentation de cette presse dont les responsables s'appliquent à donner une image idyllique, qui me paraît bien éloignée de la réalité. Cette image est toujours susceptible de convaincre ceux qui ne la lisent pas (...). Cette image est construite par les efforts conjugués de la presse française et des journaux algériens. Du côté français il me semble que cela fait partie de l'aide accordée à une profession qui paie en Algérie un lourd tribut d'assassinats. Mais à qui paie-t-elle ce prix ? A la liberté de la presse ? A la liberté d'opinion ? J'avoue que j'en doute.(...)"

2- "Des journaux comme Le Matin réputé être éradicateur et qui en réalité sur le plan de l'information a fait le lit des islamistes : "Les troupes d'El-Afghani déferlent sur Hussein-Dey ! ". C'est le recours au sensationnel, c'est le n'importe quoi pour vendre. Les règles morales, d'éthique ont été bafouées..."

(.H. Responsable d'une agence de presse algérienne à Paris. Entretien 12/1995)

3- A.MAHMOUDI écrit dans l'Hebdo-Libéré du 08/06/1994 : "Faut-il le dire aujourd'hui ? Faut-il dire cet énorme soulagement lorsqu'un peu après l'attentat raté contre BELHOUCHET, nous avons constaté le changement de ligne intervenu dans El-Watan sur la question de l'intégrisme ? En quelques jours, ce quotidien est ainsi passé d'une ligne réconciliatrice, dialoguiste et capitularde totale à un anti intégrisme virulent qui laissa pantois la majorité de notre rédaction et de nos lecteurs"

4-L'Hebdo-Libéré du 11/02/1992.

La deuxième tendance met l'accent sur "le respect du choix du peuple". Les articles traitant des "Droits de la personne humaine" sont permanents ainsi que des mises en gardes contre toutes les dérives. Moins nombreux sont par contre les contenus traitant de la violence islamiste. C'est une presse fortement contestataire.

Il s'agit essentiellement des journaux : La Nation, El-Haq, Le quotidien d'Algérie et quelques journaux de l'opposition.

A ceux-ci par contre il est reproché leur silence sur les dérives des groupes armés islamistes et de "reproduire des thèses anti-algériennes élaborées à l'étranger".

La troisième tendance est essentiellement commerciale. Elle consacre plusieurs pages aux faits divers, aux annonces matrimoniales, ou même au "politique". Cette presse est composée de Liberté, Détective, Le Soir d'Algérie, Ech-Chourouk....

L'ensemble des média algériens sont soumis depuis le 7 juin 1994 à une circulaire du ministère de l'intérieur dans laquelle il y est expressément énoncé :

" Au moment où tous les efforts des forces vives de la Nation sont tendus vers l'éradication du terrorisme et de la subversion, je sais pouvoir compter sur votre contribution positive dans la lutte antiterroriste et antisubversive (...)."

Cette circulaire est suivie d'un arrêté interministériel relatif au traitement de l'information à caractère sécuritaire, et de recommandations adressées aux médias nationaux (lire annexe 20).

L'information ayant trait à la situation sécuritaire est désormais soumise à l'imprimatur.

Quelles que soient leurs obédiences les journalistes algériens sont depuis ces dernières années des cibles permanentes de tueurs islamistes ou non.1

1-Un mois après l'assassinat de l'écrivain et journaliste Tahar DJAOUT, un comité pour la vérité sur son assassinat lance un appel (le 14/06/93) :

"Maintenant que la justice vient d'innocenter les lampistes présumés, réussira-t-elle à démasquer les véritables commanditaires de l'ombre ?"

(Le professeur Boucebci, membre de ce comité est assassiné le lendemain de l'appel)

Il nous parut intéressant dans un premier temps de nous interroger sur les différences et les analogies entre la presse écrite algérienne existant avant 1990 et celle née à la faveur de la loi d'avril 1990 dans leur traitement de l'opposition politique algérienne ; par une analyse comparative.

Dans un second temps au gré de l'avancement des travaux, le thème de la recherche est reformulé.1 Notre interrogation porte sur la lecture de la presse algérienne en France.

Pourquoi des algériens vivant en France lisent la presse algérienne ?

Quelles sont les motifs qui les y incitent ?

Quant à nous bien au delà des messages véhiculés par les uns et les autres de ces journaux, au delà de leurs prises de position respectives, notre propos est de saisir les référenciassions des lecteurs algériens à leur appartenance communautaire ou pas.

1-Notamment par le fait des entretiens que nous avons eus avec des lecteurs et des journalistes : ainsi les responsables du quotidien Alger-Info, des journalistes de l'agence Algérie-Presse-Service, Radio Chaîne 4 et chaîne 2, Le-Matin...et des séminaires

5-LECTURES

INTRODUCTION

Nous allons tenter à présent une typologie des lecteurs de la presse écrite algérienne. Des types idéaux à partir de notre enquête.

" On obtient un idéal-type en accentuant unilatéralement un ou plusieurs points de vue et en enchaînant une multitude de phénomènes donnés isolément, diffus et discrets, que l'on trouve tantôt en grand nombre, tantôt en petit nombre et par endroits pas du tout, qu'on ordonne selon les précédents points de vue choisis unilatéralement pour former un tableau de pensée homogène. On ne trouvera nulle part empiriquement un pareil tableau dans sa pureté conceptuelle. "1

" (...) l'idéal-type est un tableau de pensée il n'est pas la réalité historique ni surtout la réalité authentique "2.

" Le souci dominant du typologiste n'est donc pas le réalisme mais la cohérence logique et la valeur explicative. Le rôle du chercheur est ici prédominant car il s'agit d'une construction à base intuitive pour une grande part "3.

Nous avons quant à nous retenu les critères suivants pour élaborer notre typologie des lecteurs.

Le lien avec la presse écrite. Nous entendons par lien, l'importance de la distanciation prise par le lecteur vis-à-vis de celle-ci. Ce rapport s'exprimant par la fréquence et les modes de lecture.

L'analyse transversale fait apparaître des comportements plus ou moins homogènes en fonction des thèmes et des locuteurs.

Certains interviewés disent une chose et plus loin son contraire. Ainsi

le locuteur D après avoir explicitement rejeté l'existence de manière générale de la censure, y revient :

En gros je ne sais pas si on peut parler de censure (...). Texte dirigé j'appelle moi, texte dirigé. c'est à dire quelqu'un, quand il écrit on le corrige, on pèse les mots.

1-M.WEBER.Essai sur la théorie de la science. Paris : Plan, 1992. p172.

2-M.WEBER. Ibid.p176.

3-J.L.LOUBET-DEL-BAYLE.Introduction aux méthodes des sciences sociales. Paris : Privat, 1989.p148.

Certaines spécifications ou thèmes apparaissent chez tous les locuteurs comme la comparaison entre journaux ; contenu de la presse écrite algérienne, difficultés, rapport qualitatif.

D'autres spécifications n'apparaissent que chez quelques uns : la référence à la presse écrite algérienne éditée en France (entendre destinée aux algériens) n'intervient que chez deux locuteurs. La rubrique immigration n'apparaît qu'une seule fois chez un locuteur qui est récemment arrivé en France. Journaliste sportif, il est dit-il un des rares a avoir consacré des pages entières à des équipes sportives issues de l'immigration, dans un journal algérien.

Paradoxalement certaines spécifications internes à ces thèmes n'apparaissent nulle part, par exemple la déontologie.

L'évolution de la presse algérienne, le monopole de l'Etat sur la publicité, sur l'impression...ne sont que superficiellement relevés. Les interviewés n'ont pas traité de la violence dont sont victimes les journalistes algériens. La violence est évoquée de manière générale qui touche l'ensemble du pays, de la population.

Nous avons abouti à trois types de lecteurs de la presse écrite algérienne en Ile-de-France. Trois silhouettes. Le lecteur Passionné, le lecteur entre deux, le lecteur occasionnel.1

1-" Malgré l'usage brillant et convaincant qu'a fait Max WEBER de la méthode des types idéaux, il est resté très peu explicite sur la manière de les construire, et les applications ultérieures relèvent plus de l'habilité du chercheur, de son savoir-faire, que d'une méthodologie communicable ".

R.GHIGLIONE, B.MATALON. Les enquêtes...Op.Cit..p199.

18 5 .1 LE LECTEUR PASSIONNE

Il est extrêmement assidu, il lit quotidiennement " même si la presse arrive avec 24 heures de retard ", ou plus. Il lit deux trois, jusqu'à même quatre journaux quotidiennement. Il est méthodique. Commence par tel journal par habitude. Lit entièrement le journal. " C'est le lien direct avec l'Algérie" .Découpe des articles, souligne, photocopie, élabore des dossiers, " fomente " des débats. Il lit aussi pour " quelque part" avoir la preuve que les média ici ne sont pas complets lorsqu'ils " traitent du pays ". Presse française qu'il lit tout autant d'ailleurs mais sans grande conviction

  Quand ils sont disponibles j'achète Liberté, El-Watan, Le Matin...bon...moi je les achète c'est pas que je les reçois...Je veux les acheter, les acheter.... Tout ce que je trouve hein parce que moi je suis un dévoreur et j'essaie, bon (...) Moi je discute avec les gens, là, je discute avec les gens. Des fois, bon on prend des débats des journaux on dit   qu'est-ce-que c'est ces conneries là...  et cetera. J'essaie de susciter...la critique. Moi je parle de la critique constructive. Pas la critique pour critiquer de jalousie...on discute... .

* 52 ans, travaille à temps partiel dans une association d'aide aux chômeurs à Nanterre. Il se déplace fréquemment en Algérie. Il a toujours un journal entre les mains.

La lecture du journal s'effectue souvent conjointement. Elle exprime le besoin d'échanger "entre soi" des nouvelles de tous ordres. Elle permet la confection d'un journal local à distribuer ou à vendre pour modestement renflouer les caisses de l'association.

 Nous déjà on a un membre du bureau qui achète Liberté. Nous n'avons pas de subventions. Chacun achète son journal. Nous avons un autre syndicaliste bon...Y en a qui achètent El-Watan, y en a qui achètent La Tribune, c'est à dire chacun de nous, on peut regarder le bureau, il y a toujours deux, trois journaux qui trainent, qui font le tour, vous avez vu mon bureau. Et c'est comme ça que ça se passe, c'est comme ça qu'on est informé. On lit plusieurs quotidiens en n'achetant qu'un. On achète un et on lit plusieurs...Et en général chacun de nous informe l'autre. Ce qu'il a trouvé et cetera...Et c'est comme ça à peu près qu'on sait ce qui se passe en Algérie. C'est à dire c'est le lien direct avec notre pays. Tout ce qui se passe...C'est un lien direct. Nous sommes très content d'avoir...Bon nous n'avons qu'El-Moudjahid dans le temps...Bon parfois on l'achète, de temps en temps. C'est pas qu'on l'achète pas mais maintenant on lit plusieurs journaux...Même en France on achète Libération comme on achète Le Parisien, des fois on achète Le Monde pour avoir une idée...Nous allons faire un point d'information, c'est à dire pour notre communauté, voir à peu près comment on va éditer un bulletin mensuel avec trois ou quatre côtés...essayer

d'avoir un bulletin d'information à partir des journaux algériens....Ca on est en train de préparer comment faire cela. 

* 60 ans. Retraité. En France depuis 40 ans. Ancien syndicaliste et militant de la cause nationale algérienne.

De peur de "rater" une information concernant le pays, cette catégorie de lecteurs lit tout. Les journaux algériens comme les journaux français.

Qu'ils soient les uns ou les autres proches de ses opinions politiques ou non. C'est un lecteur à l'affut. Il regarde les informations à la télévision mais :

On sait très bien que...que l'info plus complète elle nous sera donnée quand on lira les journaux. 

Q : Et justement les journaux....

 Ah les journaux, les journaux, on les achète quotidiennement. Les journaux on les achète quotidiennement mais ils arrivent avec 24 heures de retard. Parfois plus et...donc eux...eux...nous apportent l'info... (...). Il y a donc...c'est El-Watan, Liberté, La Tribune, La Nation...On achète au moins deux journaux par jour plus La Nation hebdomadaire. Voilà. Par ailleurs....ben, moi je, comme je travaille en bibliothèque, je consulte systématiquement le reste de la...les dépêches AFP....enfin je fais un travail de ...ou bien les articles de fond qui paraissent dans certains hebdomadaires....dans Le Monde diplomatique parfois...donc des mensuels, des revues spécialisées, notamment Maghreb...Je regarde, je fais le tour des...des choses exposées, puis dès que je vois qu'il y a un dossier sur l'Algérie ou un article hé ben je prends la revue, je photocopie et...et je lis...Donc les journaux que nous achetons, à part les pages sportives...Je commence par El-Watan. Toujours. Parce que...El-Watan, c'est mon préféré...La Tribune est d'excellente facture mais comme j'ai pris l'habitude de...de lire plutôt El-Watan, je commence toujours par El-Watan. Je lis les titres. Je le lis en diagonale. C'est à dire je lis les titres et ensuite je m'arrête à la page politique... C'est tout ce qui concerne...donc...les déclarations du pouvoir, de l'opposition. C'est...pour me faire une idée et ensuite je lis au gré de...des articles sur la société des choses qui me sont familières...sur les journalistes sur les associations, je ne rate rien bien sûr de ce qui concerne le domaine des femmes parce que ça me sert aussi à confectionner le bulletin de notre association...voilà. C'est comme ça. (...). 

* Chercheuse. 45 ans. Est en France depuis 1984. Très attachée à la lutte pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

Il se dégage néanmoins vis-à-vis du plus grand nombre de journaux une position très critique, hormis deux ou trois titres pour lesquels les avis convergent (El-Watan, La Nation, La Tribune. El-Watan pour ses compétences, La Nation pour ses analyses, La Tribune à un moindre degré pour son regard différent.)

La spécification crédibilité est la mieux partagée. Les locuteurs regrettent en quelque sorte que face aux médias locaux, (incomplets ou partiaux -TV-) les journaux algériens n'apportent pas les réponses appropriées. Par ailleurs pour certains des locuteurs, la presse écrite actuelle n'a pas réellement changé par rapport à ce qu'elle était. Elle est certes nombreuse mais elle n'est ni plurielle ni indépendante.

 On a marre...parce qu'on trouve toujours la même chose pratiquement...C'est à dire moi personnellement quand je lis les journaux, j'ai l'impression de lire la même chose (...). Les gens recherchent des journaux qui leur disent la vérité, qui leur donnent l'espoir. Je peux vous jurer que s'il y a un journal qui sortira demain et en donnant l'espoir ce sera le journal le plus vendu d'Algérie. 

* Journaliste sportif. Vit en France - c'est provisoire- depuis 1994, seul. A longtemps travaillé pour l'agence officielle A.P.S.

 Les Algériens ils veulent la vérité. C'est normal. Il faut dire la vérité. Quand on dit la vérité on s'en sort toujours. Mais quand on ment à ses compatriotes on perd toujours avec eux. 

* Ancien membre du FLN -avant 62 !- Il tient à préciser la période. Aujourd'hui pré retraité.

D'autres trouvent exagéré de confondre les titres. Ils nuancent. A la décharge des journalistes nos locuteurs mettent en avant les difficultés d'exercer le métier. L'espace que prend la publicité dans certains titres n'est pas compris. De même l a "manipulation" (ils sont orientés) dont ils sont l'objet

 Et c'est vrai que, bon...les journaux algériens...quand je les achète je m'aperçois que finalement...ce qu'on peut faire, c'est une critique sur le journalistique algérien, c'est que, on prend...quelque soit le journal, c'est presque la même composition, c'est à dire on dirait que c'est le même texte ; c'est le même journaliste qui travaille pour les mêmes journaux. Je sais pas c'est une opinion que je me fais c'est à dire c'est comme si le journaliste il a...Il tape le texte, il a quatre journaux en même temps c'est peut-être que le journaliste n'a pas cet esprit d'investigation qu'il y a en France. Pour donner un exemple : y a un sportif, bob, il se prétend champion du monde Kda-kda I et cetera...I médaillé olympique...Moi je prends le journal, je regarde....

Je dis qu'est-ce-que-c'est-que-ces-conneries ? Je dis, ce journaliste comment tu veux qu'il soit crédible ? Aussi bien le rédacteur en chef...Je sais pas moi...il téléphone C'est la Fédération de Tartempion ? Monsieur X est-ce qu'il pratique chez vous ? Il vérifie pas donc. Parce qu'il y a le `bisness'. (...) Mais je sais pas moi, quand on est responsable de journal, il faut quand même vérifier ses sources et être un peu plus crédible vis-à-vis du lecteur qu'il est censé informer. Quand je lis un, j'ai l'impression d'avoir lu tous les autres. Et c'est un peu presque les mêmes photos Makkach ! I il n'y a rien à faire ! I...Et bon donc le trois quart c'est de la publicité. Société Tartempion recrute Menna-Mennek I par ci, par là I comme s'il y avait le plein emploi !...vous avez compris ?...Il manque...il manque un journal d'investigation qui va au fond des problèmes. Parce qu'à lire ces journaux on dirait qu'ils oublient le peuple. On dirait que le peuple n'existe pas. Le quotidien. Moi je vois un journal qui s'appellerait Le quotidien. Qui travaillerait que sur le quotidien. Le quotidien du pauvre pèlerin, du pauvre malheureux qui a du mal, qui a dix gosses, qui a du mal à vivre avec 18 dinars le lait. Sa préoccupation..., qu'est-ce qu'il pense,... 

* Son frère -sportif de haut niveau- a eu maille à partir avec la presse algérienne. Lui vit en France depuis 1966. Il y est venu pour découvrir le monde.

 A part El-Watan qui me séduit parce que je juge qu'il est à la hauteur de...que ça soit sur le plan...linguistique, ou sur le plan analyse, il y a quelque chose. Analyse politico-sociale il est au niveau de la presse française donc en fin de compte compétences et tout ça. Le reste...si je l'ai à portée de la main, je le lis comme ça en fin de compte. A part s'il y a vraiment un dossier culturel. 

* 35 ans en France depuis 1989.

 Quand même, faut pas exagérer ! Indépendants...Tous les journalistes, les directeurs...la plupart des responsables des journaux indépendants, enfin entre guillemets indépendants sont issus d'El-Moudjahid. La plupart hein... (...) Je m'aperçois petit à petit, au fur et à mesure, que le contenu...Y a rien. C'est vide. Malgré le nombre, c'est vide. J'ai acheté Liberté...Enfin, je veux pas être...C'est un exemple hein. Liberté, ya rien enfin. A part radar ou je ne sais pas quoi. La première page et la deuxième page...Après, le reste c'est de la publicité (...). A un moment donné j'achetai deux, trois hein, vraiment (...). Mais là de plus en plus c'est vide. Vraiment. 

C'est vide...De plus en plus. Avec les problèmes qui se passent en Algérie, ils ne peuvent pas faire d'enquêtes, ils ne peuvent pas...peut -être la censure aussi. (...) Ca fait longtemps que j'ai pas acheté La Nation. Je crois qu'ils ont des problèmes avec le pouvoir. Ils sont très très...censurés...Sa responsable c'est une femme c'est ça ?  (...) Je pense qu'ils n'ont pas les moyens. Je dis pas que c'est leur faute hein...je...mais enfin...quand même. 

* Expert comptable. Etabli en France depuis 1973.

Je lis La Tribune. C'est mon deuxième journal...J'avoue qu'il est assez...de mon point de vue assez bon et qu'il apporte un autre éclairage par rapport à El-Watan, et Liberté je l'achète pas systématiquement. Je l'achète quand les titres...Comme le buraliste me connaît, je feuillette, puis s'il y a des choses qui m'intéressent je le prends, ou je le prends pas. La Nation je le prends systématiquement puisque pour l'instant là où j'achète les journaux c'est le seul hebdomadaire disponible. Il a parfois un ton agaçant, mais bon...intéressant...pour...pour la variété du paysage médiatique algérien.

(...) Dans Liberté je trouve qu'il y a moins d'info. Il y a trop de pub. Ces trois pages ou quatre pages agaçantes du milieu. Voilà. Y a moins d'info, ça c'est indéniable. Je veux dire, si on le mesure en surface et en contenu, je trouve qu'il y a moins d'info alors bon....

* Universitaire

 Chez lez journaux algériens, c'est de l'info orientée, tous hein (...) . Malgré tous les efforts qu'ils font bien sûr.

* Gestionnaire de stock en grande surface. Né en France. 32 ans. Adolescent il a vécu cinq années en Algérie.  

  Ils sont manipulés (...) La plupart ils sont pro-gouvernementaux. Mais j'ai pas le choix. Ce que je trouve je le lis.

* Vendeur. Près de 30 ans. Réside en Banlieue. Je suis ici depuis pas longtemps.

 Et puis certains, je dis bien certains journalistes...nourrissaient des...des sortes de complots si vous voulez...contre d'autres journalistes pour la simple raison que leur directeur ne sont pas d'accord (...) Il nous est arrivé même des fois de nous insulter par journal interposé, il faut le dire...Mais ça ce sont des considérations politiques et purement personnelles. 

* Journaliste.

Les locuteurs distinguent la presse écrite éditée en Algérie de celle éditée en France. Cette dernière n'a pas répondu aux attentes. Les informations très attendues sur le pays ne sont que partielles. Ces journaux traitent très insuffisamment les réalités des algériens vivant en France. Les interviewés ont du mal à s'y accrocher

Je veux bien...acheter, soutenir ainsi la presse algérienne mais bon...on peut pas tout acheter...Même si elle n'est pas chère. 

Q : Vous ne la trouvez pas chère...

Cinq francs non. Franchement non...Par exemple Alger-Info-International, qui a existé un temps, hé ben valait six francs et moi je ne l'achetais pas. J'avoue que je ne l'achetais pas...parce que...c'est clair, Alger-Info-International était entre deux...deux terrains à la fois qu'il n'exploitait pas du tout...On ne peut pas prétendre traiter de l'actualité française quand il y a des journaux à un franc plus chers qui sont superbes comme Le Monde ou Libé et traiter de l'actualité algérienne dans la manière dont il le faisait alors que...C'est vrai qu'il suffisait d'attendre le lendemain, mais...Et de manière bien plus exhaustive et plus intéressante avec les journaux algériens. Moi je...je prends le cas du mémorandum...Ils l'ont diffusé par extraits et cetera. Alors que le lendemain tous les journaux algériens le diffusaient intégralement et c'était ça qui nous intéressait. Moi je l'achetais quasiment pas. De temps en temps. Je l'achetais bien sûr au début pour voir, mais après je trouvais que...ça valait pas...et puis il y a aussi le fait que...tant qu'à mettre de l'argent il faut mettre de l'argent dans la presse algérienne parce que...Faut la soutenir. Absolument ! Soutenir ceux qui sont là-bas...et donc...c'était...Et puis je veux dire c'était même pas un acte de charité mais...c'est vraiment plus intéressant. 

Q : Il y eu d'autres tentatives ici...

Oui, El-Djazaïr, il était pas mal. Mais c'est la même chose. Je sais pas. J'ai lu...Je les ai pas tous lus...J'en ai lus quelques uns...Y avait des articles intéressants mais...Non...J'avoue que j'ai du mal à m'accrocher à...à la presse algérienne d'ici. Celle qui se fait ici. D'ailleurs je vois que les algériens non plus puisque ça n'a rien donné. Ca n'a pas abouti. 

* Femme, 45 ans

Par curiosité, j'achète Alger-Info...Mais y a rien vous êtes d'accord avec moi, y a rien. C'est vide. Mais c'est un créneau ! Ils auraient pu ! Je vous assure qu'il y a une communauté algérienne qui est prête à l'acheter, à payer mais à conditions qu'il y ait quelque chose...qu'ils essaient de faire des enquêtes sur l'immigration. Sur ce qui se passe là-bas (...). Si c'est pour lire les dépêches, moi je les ai. Il m'arrive d'acheter Libération. Je les ai dans Libération. Alger-Info il doit donner des infos. Et sur l'Algérie, sur ce qui se passe là-bas et sur l'immigration. Il y a un article ou deux bon, soi-disant...c'est très pauvre au niveau contenu, au niveau forme. Alger-Info ils se disent les algériens ils sont assoiffés d'informations. Je vous dis moi j'achète trois, quatre. J'y vais, j'achète. Bon je paie...J'achète parce que j'ai besoin d'avoir des informations, d'avoir des opinions un peu partout. Les algériens pour la plupart ils sont comme moi. Mais ils se sont aperçu que...bon...au niveau contenu, ce n'est pas ça. Donc Alger-Info a sauté là dessus...l'immigration est assoiffée d'informations sur l'Algérie, bon hein ...on va leur...hein...Mais ils font pas un journal professionnel, bien écrit. 

* Homme 45 ans. "apolitique".

Si les radios communautaires ne font pas l'unanimité ; ces radios

 un, c'est de la voyance, je veux dire c'est à l'opposé de moi, deux c'est du commercial en plus quoi, par contre la télévision algérienne est très présente. Les interviewés font état de regrets de ne pas l'avoir. Lien direct avec le pays. Ils la souhaitent non pour son contenu son discours, ni pour ce qui y est dit

Je vois souvent l'Algérie. Mais des fois j'aime pas regarder parce que... Ca me fait rappeler les événements en 90. Le chômage, les gens ne sont pas...sont stressés. Les critiques, parce que y a rien du tout. Y a pas d'occupation. Y a rien du tout. Que ça soit au niveau du recrutement, au niveau du boulot ; y a rien...y a rien qui marche là-bas...Faut le dire... (...).Il faut dire ce qui en est. Il faut pas cacher...Alors la télévision ils disent pas la vérité...Ils disent...Ils montrent que les bonnes choses...Mais au fond l'Algérie profonde elle souffre. Elle souffre. Tout le monde souffre là-bas. Et...sur la télé à chaque fois des fêtes comme ça, des chanteurs, c'est comme si tout va bien...J'aime pas regarder.

* 27 ans. En France depuis peu.

  Ils souhaitent recevoir la chaîne algérienne non pour son discours, pour son message - Je ne veux pas de cette télévision. Moi je la regarde pas. Même en Algérie je la regardai pas. On n'apprend rien. Sauf quand il y avait des débats. Mais pour ce qui y est : les images -telles quelles- brutes directes de la réalité du pays, du quartier.  (...)Pour un peu, avoir un peu d'air frais du pays.

Ils souhaitent recevoir la télé algérienne mais ils appréhendent les difficultés techniques inhérentes à l'installation de l'antenne parabolique, mais aussi aux difficultés liées à l'administration locale.

 Malheureusement je n'ai pas la parabole. Parce que j'habite dans le 6°, le propriétaire de l'immeuble, il m'a interdit de parabole voila...Je m'informe par la télévision française. 

* Immigré "de la première génération".

 Je suis prêt d'avoir une antenne parabolique. C'est tout simplement une histoire technique. C'est un immeuble collectif, donc ça pose des problèmes. Mais je souhaite l'avoir incessamment, d'ailleurs je pensais déménager ne serait-ce que pour ça tu vois, parce que c'est important. Les médias français...y a pas d'information hein... sur ce qui se passe en Algérie.

* 32 ans. Employé de grande surface.

 J'ai la fibre algérienne, je suis algérien. Ok, je suis ici depuis 20 ans et voilà...j'ai soif de savoir ce qui se passe réellement dans mon pays, malgré que j'y vais une fois par an, deux fois par an. Moi je ne me suis pas coupé des réalités algériennes. Je cherche à savoir...D'ailleurs ma femme n'arrête pas de me dire d'acheter la parabole...On va changer d'appartement...D'autant qu'il y a une nièce qui habite juste à côté. Elle, elle a la parabole, elle dit « ah ! la télé algérienne ! voilà et cetera... ». Non, mais j'ai décidé de la faire. C'est sûr hein... 

* Expert comptable à Paris. Est arrivé en France en 1973 pour suivre des études. Part fréquemment en Algérie.

(...)

Q : Vous parlez de la télé française ?

« Je suis pas parabolée donc je ne vois pas la télé algérienne...Il faut demander l'autorisation au syndic. J'habite un immeuble en région parisienne à Malakoff. Donc il faut demander l'autorisation au syndic. Il faut acheter la parabole...Bon, vous me direz c'est simple ! ...mais...c'est des tas de considérations techniques et...On s'en est pas occupé et quand...je vois des mamans d'enfants...qui ont, elles, la télé algérienne, d'enfants qui vont aux cours avec ma fille et quand elles me racontent ce qu'elles ont vu à la télé c'est vrai que je me dis il faut...Il faut qu'on s'organise pour...Comme on est les seuls algériens de l'immeuble...bon il faut faire la démarche et...on l'a pas faite c'est tout. Mais c'est vrai que tôt ou tard on y viendra, enfin je l'espère. 

* 45 ans. Chercheuse.

Ce rapport qu'ont ces locuteurs avec la presse écrite algérienne est fort. Ce sont des personnes bien engagées dans les luttes qu'elles soient associatives ou autres. D'ailleurs, ce rapport avec la presse ils l'inscrivent dans un ensemble de rapports avec l'Algérie : Ensemble de rapports tout aussi significatifs. Ils sont pourrions-nous écrire en relation permanente avec le pays. Relation réelle, physique, par des voyages mais aussi par des rencontres avec d'autres algériens vivant en France : dans des cafés, des associations. Par d'autres pratiques culturelles et sociales aussi ; en allant systématiquement faire (ses) courses à Barbès. (ou Argenteuil.)

Nous allons pour l'exemple écouter deux intervenants.

Le premier :

* L'interviewé est un associatif de métier. Il est arrivé en France à 18 ans en 1966. Il a continué quelque peu dans le secteur auberges de jeunesse qu'il connaissait depuis l'Algérie. Dès le jeune âge j'étais dans le milieu associatif en Algérie .Il y revient après une parenthèse de 17 années passées dans une usine à Nanterre I où il réside à ce jour I où il fut délégué syndical CFDT durant plusieurs années jusqu'à son licenciement en 1986.  C'était vraiment délibéré quoi. 

Invariablement ce lecteur interviendra en français ou en arabe populaire pour s'exprimer.

Le lien passionnel qu'il entretien avec les journaux du pays est conforté par la passion qu'il a dans la participation (On a fait venir l'équipe de Sidi-Bel-Abbes, les Karkabou là (...) justement de lutter contre les a priori) à la gestion de l'association des chômeurs de Nanterre. Il fait venir des groupes sportifs, culturels d'Algérie dans le cadre d'échanges culturels. Les repères identitaires sont ainsi balisés. Grande est sa peine d'entendre son fils balbutier (baragouiner) quelques mots d'arabe que celui-ci croit avoir emprunté à son père.

LE PERE LE GOSSE ET LA LANGUE ARABE.

 C'est là où notre ami T... qui est justement l'ingénieur qui a fondé l'ENEP m'a proposé justement la création de cette maison des chômeurs (...). L'idée m'a plu donc moi j'ai rempilé avec Maurice. On a crée l'équipe, justement avec Monique et cetera...On a crée cette maison des chômeurs. (...)

 On a fait venir l'équipe de Sidi-Bel-Abbes, les Karkabou là (...) justement de lutter contre les a priori de chaque côté de la méditerranée. C'est à dire pour faire passer le message. C'est vrai que les gens, j'aime pas le terme immigré, j'aime bien dire les algériens résidant en France...ou en Amérique...parce que le terme immigré ça m'horripile...c'est que...en disant que les gens qui sont nés ici qu'ils prennent pas pour des cons ceux, là-bas en Algérie et ceux d'Algérie ne prennent pas les gens pour des cons, d'ici. (...)

Le gosse (...) mes neveux lui parlent en arabe, lui il parle en français. Mon gosse Ryad, six ans, hé ben quand je l'emmène en Algérie il parle français. Il comprend très bien...Bon on lui parle  qu'est-ce que c'est ça ? Il répond. Mais il parle pas. Qu'est-ce que c'est un oeuf ? Il répond en arabe. Qu'est-ce que c'est la porte ? Il répond. Questions-réponses, il répond. Il traduit. Mais il parle pas. Pourtant on parle avec lui en arabe. Il veut pas en plus. Il parle Bella, bella...Je lui dis qu'est-ce que tu parles ? Il me dit je parle arabe...Enaal - Babek c'est ça l'arabe ?... »

Le deuxième :

* 45 ans. Elle est doctorante à Paris. Arrivée d'Algérie il y a plus de dix ans elle milite pour les droits des femmes en Algérie. Avec sa famille (enfants et époux) elle réside en banlieue parisienne. Son téléphone personnel est au bord de la saturation. Elle passe des soirées entières à répondre, (à débattre) aux interrogations des uns et des

autres sur la situation en général en Algérie, particulièrement celles en rapport aux droits des femmes.

Cette activité associative "en rapport au pays" est soutenue par une lecture assidue de la presse algérienne et française.

MES SOIREES AU TELEPHONE !

« En fait I la France I devait me servir de tremplin pour partir aux Etats-Unis ». Ses déplacements pour le pays ne sont plus aussi nombreux qu'au début de la décennie. Son activité militante est "débordante". Les repères identitaires se conjuguent à l'universel. Le droit des femmes est transfrontalier. Il se dégage chez ces lecteurs passionnés souvent une filiation idéologique.

 Au départ les raisons de mes départs fréquents en Algérie étaient aussi liées à mon activité militante et j'avoue qu'au départ j'ai pas du tout pensé pouvoir faire des choses ici comme je le faisais en Algérie. Et puis...au fur et à mesure des sollicitations en France et de l'augmentation il faut bien le dire du nombre d'algériens et surtout d'algériennes qui venaient en France, on s'est mis à songer à la perspective de faire des choses plus organisées d'où la naissance de notre association ici en France et qui a pour objectif donc....le.....qui continue sur le même programme que l'association en l'Algérie, c'est à dire l'abrogation du code de la famille et la promulgation de lois égalitaires et...On s'est rendu compte que en France ça avait tout à fait son objet d'une part parce que...il y a beaucoup d'algériens, d'algériennes en l'occurrence qui souhaitent continuer leur activité en lien avec l'Algérie et... d'autre part que, même pour les résidentes, celles qui n'ont pas l'intention de retourner en Algérie, celles qui sont de nationalité algérienne, sont tout à fait concernées par ces textes. Donc ça, ça rendait l'entreprise tout à fait viable. En fait c'est une association tout à fait indépendante de l'association algérienne, hein...Souvent je reçois énormément d'appels liés à l'association. Comme nous n'avons pas de local, et donc il arrive que je passe des soirées au téléphone.

(...) Par exemple MACHAHO il faut à tout prix que j'aille le voir mais bon, je suis pas allée, j'ai pas encore eu le temps. Je suis arabophone mais il est sous-titré français. C'est comme ça que je le comprendrais. Mais c'est bien de le voir en version originale aussi même si on comprend pas le berbère hein. J'ai des amis kabyles, je suis familiarisée, mais je ne comprends rien, hein. Mais c'est un rythme de langue qui m'est très familier à l'oreille...Moi ça m'intéresserai plus de le voir en berbère d'abord parce que ça sera la première fois pour moi en tant qu'algérienne, c'est important de voir en berbère, sous-titré français plutôt que de voir la version arabe dont je sais qu'elle va bientôt sortir aussi. Et c'est très bien qu'il y a ces versions, pour montrer justement la double culture algérienne.

Mais moi personnellement ces phénomènes de faire un film...C'est quand même la première fois hein.

C'est quand même important pour l'Algérie. Donc j'étais plus intéressée de le voir en version berbère sous titré français donc version originale plutôt qu'en version arabe. Et celui-là fait partie de mes projets... voilà.

 

19 20 5.2 L'ENTRE DEUX

Ceux là ne lisent que comme ça ou n'achètent un journal que lorsqu'on ne comprend pas une information I au journal télévisé. I

Leur lecture est circonstancielle. Ils lisent au gré des événements ou des lieux, des rencontres. Certains éprouvent un malaise à évoquer le pays qu'ils ont récemment quitté. Ils se trouvent dans une situation intermédiaire. La presse les déçoit.

 A part El-Watan qui me séduit, parce que je juge qu'il est à la hauteur de...que ça soit sur le plan...linguistique ou sur le plan analyse, il y a quelque chose.(...) Sinon le reste...déjà la forme, la disposition des rubriques, non c'est vrai qu'ils ont plus de publicité parce que c'est de cela qu'ils vivent mais, qu'ils mettent un peu de contenu quoi. 

* En France depuis 7 ans.

Le locuteur suivant est âgé de 24 ans. Il est étudiant. Il a passé plusieurs années en hôpital. Ses parents sont en Algérie. Il vit en banlieue parisienne dans une famille d'accueil.

Il ne porte aucun jugement ni sur les contenus ni sur les journaux dont il ne cite d'ailleurs aucun nom. Seules l'intéressent les bonnes nouvelles en provenance du pays qu'il y lit.

Les lieux de lecture sont tout aussi importants que la lecture elle-même. Ils permettent l'accès à d'autres secteurs (Télévision, vidéo, conférences...), à des échanges de points de vue avec d'autres utilisateurs. Mais aussi se sentir chez soi. Etre entre soi.

Je viens ici I au centre culturel algérien I aussi. Pour m'informer sur mon pays. Je m'informe par les journaux par des articles, des fois je prends des articles de tourisme, des photocopies des articles de tourisme, même d'hôtellerie...Quand je vois de bonnes nouvelles, je sors très content.

Q : C'est à dire, une bonne nouvelle ?

Une bonne nouvelle pour moi c'est quand mon pays, quand il y a une bonne nouvelle par exemple là je viens, je viens de lire comme quoi il y a eu une miss-monde qui a été...il y a deux miss-monde...qui a ...bien sûr, unique au monde...deux miss-monde !...j'ai pas l'habitude de lire ça...mais...bon...j'ai un peu été étonné par ce journal I fou-rire étouffé I ...c'est magnifique...c'était vraiment super...(...) Uniques au monde, nous sommes uniques au monde ! C'est super !vraiment ! Haja kharja-el-ada I extra - ordinaire I... c'est quelque chose de vraiment magnifique (...). Je regarde dans le sommaire ce qui se passe exactement. S'il y a des trucs intéressants, je feuillette, n'importe quel journal, quand il y a un truc intéressant hop, je fais une photocopie. Mais je prends pas le titre du journal. 

Q : Ah ?

C'est une habitude, comme ça et ensuite je fais une petite analyse et ça me donne des petites idées. De tout je prends. De tout. Je n'ai pas de préférence. (...) Des articles de tout. Ca peut toucher à l'hôtellerie, ça peut toucher à la technologie,

ça peut toucher au médical, ça peut toucher...je sais pas...à la recherche, ça peut toucher à la science ; ça peut toucher à tout, tout, ça peut toucher à tout. Vous voyez quel que soit le journal il faut regarder à l'intérieur. Vous lisez puis tiens c'est intéressant...je vais faire une photocopie. Je voudrais savoir, savoir encore plus. 

Je viens (...) aussi voir la télé algérienne. Je la regarde ici...des fois, s'il y a un bon prix, je leur dis " écoutez si... ". Je fais soit ça pour m'enregistrer et j'achète l'émission ou bien je...je regarde carrément avec les autres, comme tout le monde...dans d'autres lieux, chez des amis...Dans ma chambre je n'ai pas le câble...Chez des amis qui captent l'Algérie...Des amis. Soit français soit américains ou soit même des turcs. 

Q : Des amis américains ?

 Oui des amis américains que je rencontre à l'institut à l'école et tout ça et...Puis voilà. (...). Ils me permettent de regarder...Mais tout ça donc je regarde les informations d'Algérie ce qui est vraiment...Je veux pas me couper de mon pays, franchement non. 

Auprès de ces lecteurs les média français n'ont pas bonne presse.

Les avis sont unanimes et partagés. Unanimes par rapport à la télévision qu'ils trouvent incorrecte, orientée... Tant par rapport au pays que par rapport à leur quotidien en France. Partagés par rapport à la presse écrite française. Le Monde, Libération sont fréquemment cités, d'autres le sont aussi : Le Parisien, La Croix, Le Figaro avec plus de nuances. La radio n'est que très peu évoquée.

 Je lis par contre Libé, je lis Le Monde, je lis le Figaro. Aussi bien de droite que de gauche. Maintenant on ne sait même pas s'ils sont de droite s'ils sont de gauche. Parce qu'ils manquent d'observateurs qu'on sait même plus où ils vont. C'est que...l'algérien du moins je parle de l'Algérie puisque je connais, qui est mon pays, qui est mon sang...c'est que...Quand ça va mal on en parle. On met des tartines nanananana. C'est à dire que c'est vrai que, moi personnellement quand j'ai lu...je lisais là les journaux l'Algérie !...J'ai dit qu'est-ce qui se passe dans mon pays ?... J'ai été. Là, je viens de rentrer là. Et c'est pas ce qui a été décrit dans les journaux ! C'est vrai que, faut pas le nier, y a la tuerie, y a ci y a là...Mais c'est pas le Liban !...Parce que non mais !...Le Liban c'était des immeubles qui tombaient !...c'était la Bazooka...alors la télé française elle en parle plus maintenant. D'un seul coup. Peut-être ils ont eu des ordres, ou une pression quelque part.

* Un "ancien". 52 ans.

Par son approche des événements relatifs aux pays d'émigration ou à ceux relatifs aux populations issues de ces pays, la télévision suscite chez les téléspectateurs des comportements d'hostilité sinon de xénophobie.

Un premier constat1 écrivent A. BATTEGAY et A. BOUBEKER suite au visionnage par une équipe d'observateurs durant 15 jours en novembre 1991, de tous les programmes de télévision soit 750 émissions télévisées. "Les immigrés n'ont qu'un accès très limité à la télévision. Les professionnels issus de l'immigration sont rares. (trois noms de journalistes d'origine maghrébine sont apparus en 555 heures de programmation) et les immigrés ne participent que très peu aux différents types d'émission. Malgré la polémique politique, l'immigration n'apparaît pas comme un enjeu majeur d'information. Les situations relatives à cette question ne sont guère médiatisées que dans le sens d'une dramatisation des hantises de la classe politique et de l'opinion publique. "

Il faut dire qu'en France aussi, il y eu tellement de...tellement de choses qui ont été dites à travers les médias, la télévision, les journaux et cetera que bon ben...quelques fois les français lorsqu'ils ont une réaction bon ben, même si elle est mauvaise pour moi...enfin...je la comprends...hein (...). On peut tout faire avec la télévision (...). En ce moment ici les algériens on en entend pas beaucoup parler, c'est surtout avec les maliens, avec les hommes de couleur, avec les gens de couleur, mais les algériens c'est vrai qu'on en entend pas beaucoup parler. En tout cas pas en ce moment. Mais c'est sous-jacent, ben c'est à dire...de toute façon...on s'habitue. Ben, bon moi en ce qui me concerne j'y suis tellement habitué que j'y fais plus tellement attention, mais c'est vrai que lorsque j'étais plus jeune, j'étais beaucoup plus sensible à ça. 

* 48 ans, niveau secondaire.

 Je lis Le Monde. Le Monde. En général j'achète pas d'autres. Enfin, bon sauf quand y a des sujets qui m'intéressent mais ils sont tellement orientés, tellement.

Q : Ah bon...

Ils sont en général orientés. En général. J'avais l'impression qu'on recherche plus le sensationnalisme que la diffusion de l'information et...Une lecture critique quoi. C'est pas ce qu'on attend du lecteur. On cherche à...on cherche à lui faire éprouver les grandes sensations. C'est souvent ça. 

* 28 ans "Franco-algéro-marocaine".

1-A.BATTEGAY, A. BOUBEKER. Les images publiques de l'immigration. Paris : CIEMI / l' Harmattan, 1993, p140.

Ce locuteur a 24 ans. Il réside dans une famille d'accueil à Malakoff. Depuis très jeune il est hospitalisé.   J'ai passé la moitié de ma vie dans les hôpitaux. (...) Je suis ici pour ma santé et mes études.

Il prépare un diplôme dans le management hôtelier. Toute sa famille est en Algérie. Lit tout ce qui peut le soulager. Il dit pratiquer du basket-ball et du football près de la tour EIFFEL à " BIR HAKIIM "...

Le nom est algérianisé.

La lecture de la presse (épisodique) tout comme les activités sportives ou culturelles (il s'étonne que nous ne l'interrogions pas sur les livres) procède de la même démarche : ne pas rompre.

UN BOUT DE VIE A BIR HAKIIM, IH BIR HAKIIM

 Vous voyez quel que soit le journal il faut regarder à l'intérieur. Vous lisez puis " tiens, c'est intéressant "...je vais faire une photocopie. Moi ça me touche. Je voudrai savoir. Savoir encore plus. Bon quand on dit « en Algérie il y a une avancée sur le plan technologique », c'est vraiment merveilleux. C'est super. C'est mon pays. C'est le mien et je suis content comme je vous l'ai dit tout à l'heure et puis voilà. Voyez, moi je trouve ça vraiment magnifique. Vous m'avez pas parlé des livres. KATEB Yacine, bon je vais pas vous parler de lui franchement...c'est un...c'est...c'est la première fois que je vois un écrivain. Il a été diffusé à la télé. Le jour même...le lendemain, je suis parti acheter son livre... et puis voilà...J'ai acheté le livre...NEDJMA...NEDJMA...voilà...magnifique. Moi je trouve ça magnifique...Sa vie et tout ça...C'est un personnage assez spécial...Il y a eu une émission récemment sur France 3...je me rappelle de sa mort...et ça m'a...moi j'étais...bon...ça m'a...il est mort de maladie...Allah-yarh'mou.

(...)

Q : Tu prépares un diplôme ?

 Ca s'appelle un master bachelor of science dans le domaine de...bachelor of science. Management international...management hôtelier international. Le management c'est vague. Moi je préfère dire technique commerciale...vous voyez, technique commerciale. Parce que, quand on dit management c'est un peu le frime des américains. C'est Ezzoukh, zoukha-taâ ; zoukha taâ el marikaniyyin' comme on dit I la « frime » des américains I. Donc moi je dis technique commerciale...Et mon savoir-faire je le donnerai à mon pays plus tard avec de profondes études que je ferai moi-même. Personnellement. Tranquille chez moi en Algérie comme je vais chaque vacance. Pour les vacances auprès de mes parents. Auprès de ma famille, que j'aime beaucoup. Que ça soit du côté de ma mère ou du côté de mon père. Voilà donc...que j'aime beaucoup. 

Q : Tu y es allé cette année ?

 Cette année je vais aller pour les vacances. Je vais aller pour les vacances. Parce que c'est le seul endroit. Ca fait trois ans que je n'ai pas été, étant donné que j'étais malade. Et on m'a pas donné...Les médecins ne m'ont pas donné la permission d'aller...et tout ça donc...Je suis quand même allé une année, je me suis fait engueuler par le professeur ici. Il m'a dit : " écoute, tu prends des risques, regarde les résultats ". Je lui ai dit : " je m'en fous, parce que les vacances moi, c'est mon pays et je veux revoir ma famille. (...) Moi mon savoir-faire comme je vous l'ai dit au début, je le transmettrai à mon pays. Voilà. Tout simplement. Je le transmettrai à mon pays. "

"V" quant à lui a récemment quitté l'Algérie. Il lit "tout ce que je trouve". Il n'a pas de préférence mais un grand regret: que son pays ne soit pas sur certains points précis (Lois, presse, droits de l'homme...) à l'image d' autres pays. La comparaison avec l'Allemagne n'est pas fortuite.

 J'ai demandé l'asile politique en 94.  Il attend une réponse définitive. Il a tenté une expérience (infructueuse) en Allemagne. Aujourd'hui à Paris il travaille trois jours par semaine sur les marchés. Il a 28 ans. Il n'a pu s'inscrire à l'Université malgré ses quatre années de faculté à Alger.

MOI JE VAIS FAIRE UNE COMPARAISON

 Je suis venu en France le 15 mai. C'était un vendredi comme aujourd'hui. Le 15 mai 92. (...) En gros...ben c'était un climat de terreur...même le goût de travailler, de faire des études...c'était l'impasse...Au niveau de tout.(...)

Q : Comment ça se passe pour toi ?

Moi je vais faire une comparaison là...Parce que j'ai été en Allemagne...je...je connais les deux. Je dirais qu'en Allemagne c'est vraiment...c'est n'importe quoi, c'est du n'importe quoi. Je peux pas vivre là-bas. L'administration là-bas elle est très très sévère...Direct comme ça ils emmènent les gens. A l'aéroport. Sans les prévenir hein...C'est pas normal ça. Mais vraiment c'est de l'anarchie... (...). Là quand même il y a les droits de l'homme, quand même. Malgré, malgré tout ce qui se passe...Je peux dire que c'est le meill... Bon j'ai pas vu l'Amérique et tout...mais je crois que la France c'est le meilleur pays du monde. Au niveau des lois. Je parle au niveau des lois. Au niveau des droits de l'homme y a pas mieux que la France. Même si, même si maintenant j'ai, je...je les ai pas les papiers. Mais il faut dire ce qui en est. Faut pas...Faut pas cacher la vérité. Même tout ce qui se passe au niveau des Algériens, ils essaient de les expulser. Ils leurs leurs donnent pas les papiers...bon...dans un sens c'est normal. C'est la crise mondiale...bon...la France elle peut pas accueillir tout le monde...C'est logique !

21 5.3 LE LECTEUR OCCASIONNEL

Il lit par curiosité pour voir ce qui se fait en Algérie. La lecture n'est chez lui que support. Support d'un mal être. Il lit des journaux algériens et se surprend à ne pas réagir à la réalité du pays de ses parents. Même si logiquement (il) devrait lire.

Les lecteurs de cette catégorie ne sont pas convaincus par la presse algérienne quelle que soit sa tendance, son style...Ils lui préfèrent la presse française même si celle-ci ne les satisfait pas.

I La plupart I des journaux sont complètement acquis au pouvoir quoi. Je ne les lis pas. Ca sert à rien parce que je pense que je donne de l'argent...enfin pour moi ce serait interprété comme donner de l'argent à des gens qui ne le méritent pas quoi... (...) Ils ont une vision manichéenne. Un type de discours qui conforte l'opinion française. C'est une façon de renforcer les clichés. Je les perçois comme ça. 

* Etudiante en Sciences Politiques. 27 ans. Née à Lyon.

 Y a quelque chose dont je me suis rendu compte il n'y a pas tellement longtemps, c'est que finalement je ne lisais plus les articles...bon moi je lis Le Monde normalement tous les jours. C'est à dire je l'achète tous les jours quoi. Mais alors je sais pas si je vais continuer mais c'est pour une histoire de fric. Donc je lis Le Monde tous les jours depuis...Je pense qu'à Paris j'ai du le rater 10 fois ou 20 fois mais pas plus. Et...je me suis aperçu à un certain moment que je ne lisais pas ou je ne lisais plus les articles concernant l'Algérie. Alors j'y vois plusieurs raisons (...) Des, des blocages en fait, hein, ça, je pense qu'il y a des choses aussi là dessus hein, comme ça. Lesquelles...Je sais pas en fait hein...Je ne sais pas mais je pense qu'il y a quelque chose...sinon...sinon...ouais...Non quand même je lis un petit peu. Je me tiens...Enfin bon, le minimum hein. Surtout que, ça dépend des gens, des gens comme Saïd qui est très très branché sur l'Algérie...Saïd BOUAMAMA. là, le mec de Lille. Donc qui est très très branché sur l'Algérie donc, bon. Sinon y a...bon...alors les journaux algériens Je les achète pas. M. de temps en temps me fait...me passe des journaux algériens quoi...Nation, je sais pas quoi tout ça donc bon je peux les lire...et le...Enfin il y a comme un para...pas un paradoxe mais, le seul article que j'ai découpé, le seul, c'est un article qui parlait du village où je suis né. C'est quand même...Mais...Il serait logique à tout point de vue que je lise...ça devrait être un centre d'intérêt. Bon. (...) Logiquement je devrais lire. Et puis moi y a un pote un jour qui m'a dit, il m'a dit « c'est bizarre, tu réagis pas..."(...). Donc la presse, y a M. donc qui me les passe très régulièrement d'ailleurs. Il me les passe. Bon je les feuillette mais...d'ailleurs comme ça en fait pour me...me, entre guillemets pour me baigner dedans. Voir un peu de quoi on parle dans...dans les journaux algériens bons. C'était peut-être un peu pour savoir qu'est-ce-que c'était...Qu'est-ce-que c'était enfin une certaine réalité de l'Algérie... (...) Je sais qu'il existe hein tout ça. Je sais même ce que ça veut dire, hein mais...El-Watan c'est la nation ?...Donc...j'ai dû le lire...sans plus quoi. Je peux pas dire quoi...par exemple je connais pas les différentes tendances, alors que je devrais, je veux dire, je devrais logiquement.

* 33 ans. Je ne suis pas un immigré. Je suis d'ici. Ancien animateur d'une association "d'arabes de France" à Salon de Provence.

Lorsqu'il y a un événement important qui s'est passé en Algérie (...) j'essaie de prendre un peu tous les journaux.

* Né en France. Employé de grande surface.

 Je lis El-Watan, il est assez crédible quoi. Sinon à part El-Watan non franchement. Non. Si, La Nation. Il a un message différent. Moi je ne suis pas un mordu non. 

* 49 ans dont 44 en France. 4 enfants. Expert en automobile (brevet de technicien automobile.)

Ce sont des paroles d'algériens ayant grandi en France ou qui y sont nés. Ce discours des locuteurs nés en France ou venus très jeunes est fortement marqué par leur environnement. Environnement hostile à leur égard. Environnement qui tente de les marginaliser.

Contrairement à leurs parents ils réagissent à cet environnement non " par la résignation " mais par des revendications de citoyenneté à part entière (U), par des manifestations diverses. Ainsi (S) fait-il allusion aux J.A.L.B. (Jeunes Arabes de Lyon et Banlieues) des années 1983, 84. C'était la période des 100 fleurs !

Leur discours relatif à la presse algérienne ou à l'environnement social qui est le leur, est fortement teinté, idéologisé, particulièrement pour ceux dont le capital culturel est élevé.

CITOYENNE DE SECONDE ZONE

U est étudiante. Elle est née à Lyon. Y a grandi. Elle est née « dedans », il y a 27 ans. Réside à Saint-Denis depuis peu. Est inscrite à l'université en année de licence.

« Depuis mon plus jeune âge je me suis toujours...intéressée à...à la...aux événements qui se situent de l'autre côté de la Méditerranée. Donc ça les a pas étonné I les parents I, c'est un cursus tout à fait logique. (...) Quant au fait de vivre maintenant à Saint-Denis ils le...ils le vivent très bien au contraire, ils m'encouragent beaucoup dans ce sens là. Ils sont même contents que j'ai quitté Vaulx-en-Velin. (...)

J'ai l'impression qu'il existe une multitude d'Algéries. (...) Et l'Algérie fermée, rurale, traditionnelle, rude...c'est elle qui s'est installée en France dans les années 60. (...) Nos parents s'acharnent à nous enseigner les coutumes, la tradition, à nous renfermer dedans. Et je pense qu'ils font une profonde confusion (...) à mon avis pour eux, toutes ces coutumes, toutes ces traditions...tout ce qu'on vit, nous en tant que...enfin qu'on considère comme des handicaps, pour eux ils le vénèrent parce que... (...) Ils ne savent même pas distinguer la langue arabe de l'Islam (...). La coutume de...d'une...de...je...enfin je sais pas avec quoi la mettre en opposition le mot coutume mais...la coutume qui pourrait être dépassée, ils n'arrivent pas à la balayer au profit d'un comportement qui est nécessaire dans l'espace dans lequel on vit. (...) Cela fait huit ans que je ne suis pas allée en Algérie. Ca me manque beaucoup (...). Dès que j'ai un peu d'argent j'y vais. 

Elle vit pleinement le pays de ses parents qu'elle tente - et s'efforce - de faire sien. Elle ne le connaît que par les récits qu'en font ses parents. Récits qui alimentent sa conception de l' "Être" bien que parfois ce qui lui paraît relever de handicaps soit perçu par ses parents comme des éléments de "vénération". Socialisée en France sa préoccupation essentielle est la question de l'intégration. Question dont dit-elle on parle beaucoup mais en réalité on se préoccupe peu des mille et une composantes culturelles, confessionnelles qui peuplent la France.

(...)  I ses parents I ne connaissaient pas la France. Ils la connaissaient uniquement en tant que pouvoir répressif parce qu'ils ont été colonisés et ils ont soufferts de la colonisation. Et...en s'installant en France ils avaient peut-être besoin de la connaître autrement. D'un point de vue culturel plutôt, d'un point de vue historique. De voir que la France aussi c'était un pays qui avait de bons côtés qui n'avait pas que la barbarie coloniale et cetera...Et moi je suis née en France ; Je suis née dedans. Je suis née dedans. Nous les jeunes issus de l'immigration on est nés dedans. Donc on est français en fait. (...) Donc en fait moi ce...enfin ce qui me préoccupe c'est la question citoyenne, la question de la citoyenneté. Parce qu'on n'a pas une citoyenneté active. On a une citoyenneté complètement passive. Et...on existe que...hors des campagnes électorales...Et en dehors de ça on n'existe pas. On n'existe pas. On est une population hors zone. Moi personnellement je me considère comme une citoyenne de seconde zone. Etre citoyen ce n'est pas uniquement apporter une voix. Etre citoyen c'est avoir droit au logement. Le citoyen ce n'est pas simplement un rapport de devoirs envers l'autre. C'est aussi...la contrepartie. Des droits c'est le logement, c'est le travail, c'est la scolarité, c'est...la possibilité d'être respecté dans l'espace public. Quel que soit notre faciès. Bon moi je le vis pas ce problème là du faciès. Du contrôle du faciès parce que bien souvent les femmes...elles ne sont pas perçues de la même manière que les hommes. Et les hommes en souffrent beaucoup. C'est eux qu'on va contrôler en premier...qu'on va malmener...Enfin bon. Quand on voit l'application du plan vigi-pirates ...A qui on demande les papiers ? Aux maghrébins...ou au faciès maghrébin car bien souvent y a des gens qui ont une tête, une tête arabe, qui sont contrôlés et qui sont pas arabes mais antillais par exemple. Ca c'est le plan vigi-pirates. Au vu et au su de tous. Mais en dehors de ça bon...y a le problème du logement...moi même je l'ai vécu.... »

Q : Tu l'as vécu comment ?

« Je l'ai vécu au travers ma soeur qui avait demandé un appartement et on lui a dit : on vous le donne pas parce que vous êtes arabe... Ils l'ont dit. Ils l'écrivent pas. Ils l'ont dit. Vous êtes arabe. C'était une régie privée...bien souvent...donc être citoyen...c'est aussi avoir la possibilité de ...parce que (...) qu'est-ce qu'un Etat, qu'est-ce qu'une citoyenneté, qu'est-ce qu'une nationalité...Parce que la France ...parce que en France on fait la confusion. C'est dans son essence. C'est...on ne peut pas être sans être national. Ben justement peut-être qu'il faudrait remettre ça en question. Ca peut être une série de mesures qui permettraient à la population...dans sa globalité de mieux vivre dans son espace. Et peut-être de mieux vivre avec l'autre. Ceci dit il faudrait peut-être aussi compléter ce travail par la connaissance culturelle. Il y a mille et une composantes...culturelles, confessionnelles en France...donc...On parle beaucoup de leur intégration mais...on ne sait même pas comment...comment elles sont...On ne connaît même pas l'histoire de ces gens là. Peut-être qu'il faudrait les faire connaître davantage. »

S a 33 ans. " J'avais un an quand mes parents m'ont amené (...) j'avais la taille d'une boite de chaussures ". Il a vécu jusqu'en 1995 dans le sud de la France. Il ne connait pratiquement pas le pays de ses parents auquel il est néanmoins attaché.

Ce locuteur a cité pas moins de quinze noms d'intellectuels (ou célébrités) maghrébins ou arabes, durant l'entretien. Malek HADDAD, KATEB Yacine, IBN-KHALDUN, Omar KHAYYAM, FELLAG, RIMITTI...que lui fait connaître sa soeur. Leur connaissance révèle un attachement -bien que symbolique- à la sphère culturelle de ses parents, de ses origines. Un attachement à cette sphère culturelle qu'il ne reproduit pas ou peu dans ses pratiques au quotidien. C'est un attachement symbolique. Sa réalité comme celle de l'interviewée U, se nourrit de son quotidien en France, hinc et nunc avec les références

qu' (ils) peuvent. Avec des valeurs véhiculées en France. Valeurs qu'ils intériorisent plus facilement en dépit des réactions de leurs parents.

S crée une association de jeunes maghrébins de la ZUP (dans maghrébins c'était aussi nos parents hein...), lit des ouvrages sur le Maghreb, s'inscrit à l'Université pour suivre des études sur le monde arabe. Il ne travaille pas.

 Mes parents c'est mes parents dit-il. Mais aussi : Je suis pas un immigré.Toutes mes attaches sont à Salon.

J'AI PAS IMMIGRE MOI. JE SUIS PAS UN IMMIGRE

 On était dans un groupe de jeunes, une bande de jeunes et dans cette bande de jeunes, il y a des franç...il y avait, pardon ; il y avait des arabes et des non arabes...Cette bande de jeunes elle était...on était que des potes...je veux dire...y a pas de problèmes. Moi j'allais chez eux, ils venaient chez moi, enfin bon. C'était vraiment...Y avait pas de problème. Mais il n'empêche il y avait des clivages... (...). Je veux dire, quand t'es jeune, quand je dis jeune hein, c'est on avait vingt ans. Vingt ans, l'un des trucs c'est faire la fête, c'est sortir en boite. Donc on sort en boite. On est cinq disons. Pour une voiture quoi. Une voiture, on est trois et deux, je veux dire...et les deux arabes ou les trois arabes selon, hé ben, ils se font refouler de la boite. C'est clair, c'est précis, c'est net. Je veux dire, au bout de cinq fois ; ça se passe comme ça, bon les mecs ils nous disent bon c'est bon on va plus en boite. Mais je veux dire tout le monde à envie d'aller en boite, bon on leur dit non, allez-y en boite nous on...

Donc de fait, des clivages comme ça se sont retrouvés qui ont fait que un jour à trois on était sur un mur qu'on appelle le mur de la misère et on était trois et on s'est dit tiens si on faisait une association et on a créé une association qui s'appelle NEDJMA. (...)

Je veux dire, par ailleurs c'était aussi pendant la...C'était 84 donc la marche de 83 c'est aussi dans cette, dans cette mouvance là (...) et donc nous c'est tout ça. MOA j'appelle cette période I sourire et clin d'oeil I la période des 100 fleurs

voilà donc.1 (...) Nous on est plein de références, je veux dire, NEDJMA, par exemple. Je veux dire NEDJMA...ce qui a de, de...donc pourquoi NEDJMA ? Un, parce que c'est un nom arabe et nous on voulait d'une certaine manière pouvoir dire on est des arabes, mais sans avoir à le dire. Donc NEDJMA, c'est clair. On n'a pas besoin de...de faire des discours là dessus et tout, donc c'est NEDJMA (...). Deux, NEDJMA ça veut dire l'étoile. Alors l'étoile...l'étoile rouge, les pays de l'est et tout ça ! (...).Mais tous ça c'est pour jouer hein...on s'est jamais pris la tête. Sinon, le nom il vient de Carte de séjour. Une chanson de Carte de séjour. (...).

Très souvent quand on dit NEDJMA les gens ils répondent Ah ! KATEB Yacine. Et nous on dit : malheureusement non, ou on dit : non c'est pas KATEB Yacine c'est Carte de séjour en rajoutant...parce que...on a les références qu'on peut.

Et donc nous c'est pas KATEB Yacine (...) et nous notre référence c'était Carte de séjour. Une chanson qui s'appelle Echems -W-Nedjma et où il dit Où est l'étoile, où est l'étoile, je la cherche et tout ça... (...) Nous notre définition c'était jeunes. Jeunes maghrébins de la Z.U.P. Et les trois dimensions étaient importantes (...). Je veux dire dans maghrébins c'était aussi nos parents hein...parce que nous il est hors de question...alors nous, on refuse l'appellation Beur. Beur par exemple. C'est, bon c'est une appellation parisienne (...) c'était une manière, de pas dire arabe. Je veux dire bon, moi ça me dérange pas. Je suis un bougnoule, ça me...Enfin je veux dire c'est ça...je le suis, je le suis. Donc j'ai pas envie qu'on euphémise. J'ai pas envie d'être euphémisé. Moi j'ai pas envie d'être blanchi. Un. Deux, il y avait aussi ça, c'est que c'était une manière de faire la coupure avec les parents. Y a les bons Beurs. Et y a les mauvais ar... les mauvais travailleurs immigrés, donc nous c'était quelque chose qu'on refuse, mes parents c'est mes parents...C'est mes parents ! C'est une des choses qui s'impose...C'est comme ça... (...).Moi je suis pas un immigré. J'ai pas immigré moi.

Q : Fils d'immigré

Issu de, mais je suis pas un immigré moi. Moi je suis un mec d'ici. Alors oui, depuis que je suis à Paris ici je suis immigré à Paris. Ca pour moi c'est clair. (...) Mais...mais enfin bon...mais si on était là maintenant à Salon, que vous faisiez cet interview...je veux dire...je, je, ça dépend qui, mais...si on me dit bon tu es un immigré et tout je dis...enfin je laisse pas passer ça !...Parce que...toutes mes raci... toutes mes attaches et cetera...mais alors TOUTES ! (...) sont du sud. Je veux dire mais tout. Le climat, mes repères visuels, mes repères lumineux (...) mes repères climatiques...bon, sans parler des gens ! »

Toutes ses attaches sont du sud, de Salon dit-il mais aussi mes parents c'est mes parents. C'est comme ça. Il précise comme pour combiner ses propres attaches à celles de ses parents :

Nous notre définition c'était jeunes maghrébins de la ZUP. Il pose en fait en des termes clairs la question de l'identité des jeunes issus de l'immigration. Ces jeunes qui veulent aussi bien écouter Carte de séjour, que lire et Mao (MOA) et Kateb Yacine ou parcourir la presse ; Indifféremment française ou algérienne. Ou les deux.

1- La marche pour l'égalité et contre le racisme commencée le 15 novembre 1983 à Marseille arrive le 3 décembre à Paris.

22 5.4 LECTURES ET IDENTITE

Les résultats des entretiens font apparaître chez les lecteurs de la presse écrite algérienne une sensibilité à celle-ci mais aussi à la télévision qu'ils ne possèdent pas mais qu'ils souhaitent très fortement recevoir. Le contenu de celle-ci importe peu. Seules comptent les images directes, en l'état.

Moins apparentes sont leurs relations aux médias « communautaires ».

Leur rapport à la presse écrite est très nuancé. Malgré par endroit des positions virulentes ils continuent de la lire.

Cette lecture de la presse écrite algérienne pour ceux des algériens d'Ile-de-France qui la lisent est un acte social volontaire significatif.

Un comportement rationnel. Un comportement rationnel en valeur tel que le définit Max WEBER.

" L'activité sociale peut-être déterminée : (...) de façon rationnelle en valeur, par la croyance en la valeur intrinsèque inconditionnelle (...) d'un comportement déterminé qui vaut pour lui-même et indépendamment de son résultat ".1

Cette lecture de la presse traduit donc une volonté manifeste de montrer et d'affirmer son appartenance à un groupe social déterminé pour les uns.

Pour les autres, une volonté de ne pas rompre avec le groupe social de ses origines, et d'autre part en réaction au groupe de référence.

Cela étant cette volonté des uns et des autres s'exprime selon des degrés divers conséquemment aux itinéraires de chacun.

Tout individu vit au milieu de groupes. Son itinéraire propre (son évolution) peut l'amener à ne plus se référer à son propre groupe d'origine. Il s'identifie à un groupe appelé groupe de référence. Il se peut que le groupe d'origine soit aussi son groupe de référence.

L'adhésion d'un individu à tel ou tel autre groupe dépend des valeurs et normes auxquels cet individu adhère.

Une partie est composée de lecteurs en transit comme ils le disent. Certains sont arrivés après 1988, d'autres sont en France depuis 1954.

Pour ceux-là il n'est pas question de " renoncer à faire référence à leurs origines."

1-WEBER (Max).Economie et société / 1: les catégories de la sociologie.Paris :

Plon,1995,p55.

Il n'y a pas conflit avec leur groupe d'origine. Il est leur groupe d'appartenance et de référence. Cela est très perceptible chez les "anciens".

La lecture de la presse du pays d'origine procède du maintien (du renforcement) des liens avec sa communauté dans laquelle on est entièrement impliqué. On lit pour affirmer son appartenance.

L'idée de s'arracher à l'enracinement des origines ne les effleure pas.

(Un des interviewés achète tous les jours Liberté pour ses pages nécrologiques, on ne sait jamais, des gens du village qu'on connaît).

Nous avons utilisé l'expression lecture-refuge1 pour souligner le refus qu'opère l'autre partie de ces lecteurs de la situation qui lui est allouée ici en France.

Mais aussi situation qui est celle des parents ou de la « communauté » de ces lecteurs occasionnels. Il s'agit particulièrement de lecteurs nés ici, nés dedans ou venus très jeunes, socialisés en France. Je ne suis pas un immigré insistent-ils tous.

On ne peut faire l'impasse sur les phénomènes d'identification qui traversent les groupes sociaux. D'ailleurs c'est en référence à des groupes et en leur sein que l'identité se forge.

L'identité est construite sur un agrégat de comportements, de règles tacites, de codes intériorisés plus ou moins consciemment par chacun au fil du temps et des rencontres.

Or cette partie des lecteurs, contrairement à la première s'inscrit plutôt dans une lecture-refuge moins par adhésion à la presse (ou ce qu'elle représente) que par rejet. Par réaction et par rejet d'une situation, d'un vécu. Ces lecteurs sont d'ici. Nés dedans. Mais néanmoins lisent, quoique de manière superficielle une presse qui leur parle d'un pays proche. Qui ne leur est pas tout à fait étranger mais qui n'est pas tout à fait le leur non plus. Il est bien celui de leurs parents.

Les uns (les "anciens" et ceux venus depuis peu) lisent pour affirmer une identité, les autres par réaction au groupe de référence mais aussi pour ne pas rompre les liens avec le groupe d'appartenance.

1-Dans "stigmate " (Paris : ed.minuit, 1975, p168) GOFFMAN, à propos des déviants sociaux, qualifie leur communauté ainsi : Celle-ci à la façon des ghettos, constitue un havre d'autodéfense. 

Il y a bien une ligne de partage ou comme écrit A. ZEHRAOUI, un point de démarcation entre les uns et les autres : " Le véritable point de démarcation se situe entre ceux pour lesquels les modes d'être et d'appartenance nationale et culturelle symboliques au sens des origines, continuent de servir de références au plan des représentations

et des pratiques sociales et ceux qui ont plus ou moins renoncé à faire (de) cette référence à leur origine un élément structurant de leur identité sociale et nationale ".1

NEWCOMB utilise le vocable de no man's land. " L'individu marginal est un individu qui se situe à la frontière entre deux groupes A et B. Il n'appartient ni à l'un ni à l'autre ou du moins il n'est pas assuré de cette appartenance. Fréquemment, cela se produit pour les membres d'un groupe minoritaire sous-privilégié (...). Le fait de se trouver dans un no man's land social se produit dans le cas de types très différents de groupes minoritaires, par exemple des groupes raciaux (...) "2

Certains de nos lecteurs en question enjambent cette ligne de démarcation par réaction. Ils lisent les journaux comme ça. Pour s'y réfugier.

 Bon je les feuillette mais...d'ailleurs comme ça en fait pour me...me...entre guillemets pour me baigner dedans (...) sans plus quoi. 

S'y baigner ! Comme pour répondre à l'injustice qui les frappent mais sans plus quoi. Il y a la lecture de la presse écrite mais il y a aussi lecture d'oeuvres littéraires, musicales ou autres.

 Très souvent quand on dit NEDJMA I notre association I les gens ils répondent ah ! KATEB Yacine. Et nous on dit malheureusement non (...) c'est pas KATEB Yacine c'est Carte de séjour I un groupe musical aux origines mixtes I (..) parce que ...on a les références qu'on peut.

" Les immigrés de la première génération qui sont venus en France avant la crise acceptent souvent une relative résignation (...). Il n'en est pas de même de leurs enfants qui n'ont connu que la France et revendiquent d'être traités comme n'importe quel français. C'est parce qu'ils se sentent intégrés qu'ils vivent mal leur non-intégration objective. "3

1-A.ZEHRAOUI.L'immigration : de l'homme seul à la famille. Paris : CIEMI/l'Harmattan, 1994,p120.

2-T.M.NEWCOMB et alii. Manuel de psychologie sociale. Paris : PUF,1970, p504.

3-P.CHAMPAGNE. La vision médiatique. In « La misère du monde ».Paris : Seuil,1993 p77.

Ceux-là ne s'identifient ni aux groupes de leurs origines totalement ni aux groupes de référence totalement. Les premiers parce que leurs normes ne sont pas ou plus tellement les leurs ; les seconds parce qu'essentiellement ils les renvoient à leur sphère privée, à leur famille, à leurs origines.

Ils sont réceptifs à la société dans laquelle ils vivent. En même temps ils se réapproprient symboliquement et plus fortement les référents identitaires lorsqu'ils sont renvoyés à leurs origines par les groupes de référence dont ils partagent beaucoup les normes et les valeurs. Ils vivent cette apparente antinomie non comme telle mais comme une congruence.

Dans la névrose de classe, V. De GAULEJAC écrit : « l'appartenance originaire à telle ou telle classe sociale est un élément fondamental, qui détermine les probabilités d'accès à telle ou telle position sociale. Cette permanence est en particulier manifeste chez les individus déplacés, lorsque ce déplacement les conduit à appartenir simultanément à des groupes sociaux différents, dont les rapports sont historiquement marqués par la domination de l'un sur l'autre. Ces rapports de pouvoirs s'expriment par des processus d'opposition, d'invalidation, de soumission, de rejet, qui influencent la personnalité des individus qui composent ces différents groupes.1

Autrement : écartelé entre une modernité complexe et une tradition lointaine et inaccessible, tout jeune immigré se trouve confronté à un problème...Il est en quelque sorte l'héritier de la rupture qu'ont profondément vécue ses parents .2

1-V. De GAULEJAC. La névrose de classe. Paris : Hommes et groupes, 1987, p27.

2-M.HANIFI.Mémoire de maîtrise UFR, sciences humaines cliniques. Paris 7.

1982 in V. De GAULEJAC. Ibid., p17.

6-CONCLUSION

Nous avons émis un certain nombre de postulats préalablement à nos travaux. Ces postulats ne sont pas démentis mais confortés par nos observations.

Pour les "anciens" la question de l'intégration en France ne se pose pas. Ils vivent leur présence en France comme une fatalité. Comme une contrainte passagère. Comme un moment plus ou moins long à passer. Une situation quelque peu paradoxale et confuse en butte à une lutte permanente entre un rêve, un idéal nourris de mémoire et une réalité concrète faite d'amis, de famille, de travail, de vie au jour le jour.

Une situation conflictuelle dont nous rappelons la définition que lui attribue A. SAYAD.1

" On ne sait plus s'il s'agit d'un état provisoire mais qu'on se plaît à prolonger indéfiniment ou au contraire, s'il s'agit d'un état plus durable mais qu'on se plaît à vivre avec un intense sentiment du provisoire."

La question de l'identité "les anciens" la réfèrent pleinement au groupe d'origine. Dans leur agenda mental la question de l'utopique retour est en permanence inscrite "à l'ordre du jour". Elle est aussitôt -et en permanence- évacuée par mille et un prétextes.

Ecoutons M, 60 ans, retraité. Il vit en France depuis plus de 40 années. C'est un ancien membre de la fédération de France du F.L.N et ancien syndicaliste (UGTA, AGTA, CGT...)

Chacun de nous pense...Tout algérien pense retourner en Algérie. Mais ce qu'il y a c'est que ...Tenant compte de la situation de notre pays, c'est à dire que moi je me dis où est-ce que je suis utile ? J'ai mes enfants qui sont là. J'ai quatre enfants. J'ai deux enfants qui sont mariés. Je suis grand-père. J'ai deux enfants qui suivent leurs études ici. Bon...ma famille est ici... J'ai mes parents et mes frères en Algérie. Mais ce qu'il y a, ça veut dire que malgré que moi je suis installé ici depuis presque 50 ans, pour moi l'Algérie c'est : demain je rentre. Moi je fais comme si je rentre demain. J'ai une maison en Algérie, une maison qu'a laissée mon père...

Tel n'est pas le cas pour ceux des algériens nés en France, ou y ayant grandi.

A. SAYAD. L'immigration ou les paradoxes...Op. Cit.

Le degré d'identification aux groupes de référence par ces lecteurs nés dedans dépend du degré de coercition exercé à l'endroit de ces lecteurs par la société dans laquelle ils vivent. Ces lecteurs qui se revendiquent citoyens à part entière de celle-ci.

Plus le groupe de référence renvoie à leurs origines les jeunes issus de l'immigration et plus, en réaction, ceux-ci se réapproprient de manière plus forte et plus visible les référents identitaires d'origine, plus ils enjambent en fait, la ligne de démarcation plus haut indiquée.

I on apprend à l'enfant I " que ces gens là ne sont pas concernés par les normes de bons traitement qui s'appliquent aux gens des groupes auxquels il appartient (insiders). (...) Les outsiders deviennent ainsi les cibles relativement sûres d'une conduite à préjugés. Là où les outsiders sont perçus comme une menace réelle ou potentielle pour son propre groupe, on justifie souvent un tel comportement en le présentant comme un moyen d'autodéfense ".1 

L'aspiration des algériens citoyens d'ici, à appartenir à part entière au groupe de référence n'est pas forcément contrariée par leur revendication parallèle à certaines des valeurs du groupe de leurs origines.

En fait ils veulent sans contrainte construire une double identité. Une identité nouvelle qui se nourrit des racines et de la réalité présente non point pour redéfinir ou bien bousculer le modèle intégrateur français mais bien au contraire le crédibiliser, le renforcer.

Ce que ne semble pas vouloir leur accorder le groupe de référence : «La réception des télévisions étrangères est une source de repli et constitue un facteur de désintégration"1.

1-T.M.NEWCOMB et alii. Manuel...Op.cit. p536.

2-Christiane HERRERO déléguée à l'action culturelle, l'information et la communication au Fonds d'Action Sociale in : Le Monde 11 et 12 Septembre 1994.

Notre souhait est de pouvoir mener à terme cette ébauche. Notre souhait est de pouvoir continuer ce travail sur l'identité / média en intégrant l'ensemble des instruments de communication, y compris les réseaux informatiques et leurs impacts.

Alors que la lecture de la presse algérienne en France est marginale,

92 % des foyers algériens en France possèdent un téléviseur, 57 % un magnétoscope qu'ils utilisent pour regarder des cassettes vidéos (47 %) en langue d'origine1.

Les ventes d'antennes paraboliques en France dépassent le million (moins de 200.000 en 1993) dont une part importante aux populations étrangères ou d'origine étrangère vivant en France.

1-M. TRIBALAT. De l'immigration...Op. Cit.

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BIBLIOGRAPHIE

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1- OUVRAGES

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REMY (Jean), RUGUOY (Danielle).-(sous la direction de).-Analyse qualitative : Méthodes d'analyse de contenu et sociologie.-Bruxelles : Publication des facultés universitaires Saint-Louis, 1990.

SCHUTZ (Alfred).-Le chercheur et le quotidien.-Paris : Méridiens Klincksriek, 1987.-286p.- (Sociétés.)

SELLTIZ (C), WRIGHTSMAN (I.S), COOK (S.W).-Les méthodes de recherches en sciences sociales.-Montréal : HRW, 1977.-606p.

WEBER (Max).-L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.-Paris : Plon, 1994.-287p.- (Agora.)

WEBER (Max).-Economie et société/1 : les catégories de la sociologie.-Paris : Plon, 1995.-411p.- (Agora les classiques.)

WEBER (Max).- Economie et société/2 : l'organisation et les puissances de la société dans leur rapport avec l'économie.-Paris : Plon, 1995.-425p.- (Agora.)

WEBER (Max).-Essais sur la théorie de la science.-Paris : Plon, 1992.-479p.- (Agora.)

1-2 OUVRAGES SUR L'OBJET D'ETUDE

ABED (Charef).-Octobre.-Alger : Laphomic, 1990.-270p.

ANDERSEN (Nels).-Le Hobo : sociologie du sans abri.-Paris : Nathan, 1993.-319p.- (Essai et recherches.)

BALLE (Francis).-Médias et sociétés : Presse audiovisuelle Télécommunications Multimédias Télématiques.-7°ed.-Paris : Montchrestien, 1994.-785p.

BATTEGAY (Alain), BOUBEKER (Ahmed).-Les images publiques de l'immigration.-Paris : CIEMI/l'Harmattan, 1993.-191p.

BONNAFOUS (Simone).-Immigrés dans la presse politique. Volume 1 et 2

BOURDIEU (P), CHARTIER (R).-La lecture : une pratique culturelle.- p218-239 in : CHARTIER (Roger) (sous la direction de).-Pratiques de la lecture.-Paris : Rivages, 1985.-239p.

BRAHIMI (Brahim).-Le pouvoir la presse et les intellectuels en Algérie.-Paris : L'harmattan, 1989.-308p.

CHAMPAGNE (Patrick).-Faire l'opinion : Le nouveau jeu politique.-Paris : Editions de Minuit, 19.- (Le sens commun.)

CHEVALDONNE (François).-La communication inégale: L'accès aux média dans les campagnes algériennes.-Paris : Editions du CNRS,1981.-222p.

DOUEL (Jacques).-Le journal tel qu'il est lu.-Paris : CFPJ, 1981.

DUBAR (Claude).-La socialisation : construction des identités sociales et professionnelles.-Paris : Armand Colin, 1991.-264p.

ERIKSON (Erik.H).-Adolescence et crise : la quête de l'identité.-Paris : Flammarion, 1972.-328p.- (Nouvelle bibliothèque scientifique.)

DE GAULEJAC (Vincent).-La névrose de classe.-Paris : Hommes et groupes, 1987.-306p.

GILLETTE (A), SAYAD (A).-L'immigration algérienne en France. Paris : Entente, 1984.-285p.- (Minorités.)

GOFFMAN (Erving).-Stigmate.-Paris : Editions de Minuit, 1975.-174p.- (Le sens commun.)

HOGGART (Richard).-La culture du pauvre.-Paris : Les éditions de minuit, 1970.-420p.- (Le sens commun.)

MAHMOUDI (Abderrahmane).-La face cachée du mensonge.-Alger : SEC, 1991.-184p.

MALEWSKA-PEYRE (Hanna) et al.-Crise d'identité et déviance chez les jeunes immigrés.-Ministère de la Justice, service de la coordination de la recherche. C.F.R.E.S Vaucresson.-Paris : La Documentation Française, 1981.-399p.

MARSHALL (Mac Luhan).-Pour comprendre les médias.-Paris : Mame/Seuil, 1968.-390p.

MECHERI (Hervé-Frédéric).-Les jeunes immigrés maghrébins de la 2° génération et/ou la quête de l'identité.-Paris : CIEMI/l'Harmattan, 1984.-117p.- (Migrations et changement.)

MOUFFOK (Ghania).-Etre journaliste en Algérie.-Paris : Reporters sans frontières, 1996.-144p.

MOSTEFAOUI (Belkacem).-L'usage des médias en questions : La presse algérienne face au débat de mai 76 sur l'avant projet de la Charte nationale.-Alger : OPU, 1982.

NEVEU (Erik).-Une société de communication ?.-Paris : Montchrestien, 1994.-158p.- (clefs / politique.)

NEWCOMB (T.M), TURNER (R.H), CONVERSE 5P.E).-Manuel de psychologie sociale.-Paris : PUF, 1970.-639p.

PASSERON (JC) et : GRUMBACH (M), BENARD (M), KADRI (A), MARTINON (JP) et alii.- L'oeil à la page.-Enquête réalisée pour la Direction du Livre par le groupe interuniversitaire de Documentation et d'Enquêtes Sociologiques (GIDES).-Paris : 1981.

SAYAD (Abdelmalek).-L'immigration ou les paradoxes de l'altérité.-Bruxelles : DE BOECK université / Editions universitaires, 1991.-331p.- (L'homme, l'étranger.)

TRIBALAT (Michèle) (avec la participation de Patrick SIMON et Benoît RYANDEY).-De l'immigration à l'assimilation : enquête sur les populations d'origine étrangère en France.-Paris : La Découverte / INED, 1996,302p.

TRIBALAT (Michèle).-Faire France.-Paris : La Découverte, 1995,232p.

VARIN-D'AINVELLE (Madeleine).-La presse en France : génèse et évolution de ses fonctions psycho-sociales.-Paris : PUF, 1965.

VOYENNE (Bernard).-L'information en France.-Londres : Mc Graw Hill Company (UK) limited, 1972.-190p.

VOYENNE (Bernard).-La presse dans la société contemporaine.-Paris : Colin, 1963.- (U.)

YAHIAOUI (Abdessalem).-Sous la direction de.-Identité, culture et situation de crise.-Paris : La pensée sauvage, 1989.-169p. (travail clinique et social en milieu maghrébin.)

YDROUDJ (Lakhdar).-Pouvoir et idéologie de l'information.-Alger : Author, 1992.

ZEHRAOUI (Ahsène).-L'immigration : de l'homme seul à la famille.- Paris : CIEMI/l'Harmattan, 1994.-180p.

2- ARTICLES

2-1 ARTICLES THEORIQUES

BOURDIEU (Pierre).-Champ intellectuel et projet créateur.-N° 246 de 09/1966.-p865 - 906. In LES TEMPS MODERNES.

PASSERON (Jean-Claude).-La constitution des sciences sociales.-N° 90. Mai à août 1996.-p93 - 112. In DEBAT.

ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS 1993.

2-2 ARTICLES SUR L'OBJET D'ETUDE

ANONYME.-Le journal et ses lecteurs.-N° 400 de 2/1971.-p193-207. In ESPRIT.

BOURDIEU (P), PASSERON (JC).-Sociologues des mythologies et mythologies des sociologues.-N° 211,12/1963.-p998-1021.In LES TEMPS MODERNES.

BRESILLION (T).-Presse écrite algérienne intermède libéral ? -N° 26/1992.-P54-59. In MEDIASPOUVOIRS.

DE GAULEJAC (V).-L'héritage.-N° 41 / 1983.-p125-157. In CONNEXIONS.

DUBAR (Claude).-Formes identitaires et socialisation professionnelle.-N° 32/1992.-p505-529. In REVUE FRANCAISE DE SOCIOLOGIE

LAOUKILI (A).-Conflits de cultures et devenir de l'identité culturelle : l'exemple des sociétés du Maghreb et de leurs ressortissants en France.-N° 58 / 1991.-p83-94.

In CONNEXIONS.

MOSTEFAOUI (Belkacem).-Naissance du mouvement des journalistes algériens.-

N° 16/1989.-p51-57. In  MEDIASPOUVOIRS.

MOSTEFAOUI (Belkacem).-Unanimisme et crédibilité. Quelques problèmes actuels de l'information en Algérie .-AAN : 1984.-Paris : CNRS,1985. In ANNUAIRE DE L'AFRIQUE DU NORD.

ROUCHY (J.C).-Identification et groupes d'appartenance.-N° 55 / 1990.-p51-56.

In CONNEXIONS.

ROUSSEL (C.).-Leur rapport aux médias.- N° 25/1992.-p101-110.

In MEDIASPOUVOIRS.

3- THESES

AGGOUN (Youcef).-El Moudjahid, monographie du quotidien national de langue française de sa création à nos jours (1965 - 1990).-Th. Science Politique : Paris 2 : 1991.

AKKA (Zakaria).-La lecture de la presse algérienne dans une ville algérienne.-Th. Science Politique : Paris 2 : 1981.

CHEHAT (Fayçal).-Monographie de presse. Le quotidien "Alger-Républicain" de juillet 1962 au 19 juin 1965.-Mémoire de D.E.A. Sciences Politiques : Paris 2 : 1978.

NAFFRECHOUX (M).-Lire : enquête sur la pluralité des mondes de la lecture.-Th. Sociologie : Paris 8 : 1987.

TUFFAL (C.A).-Etude de la presse quotidienne parisienne : le rapport entre informateurs et informés.-Th. Sciences Politiques : Toulouse : 1966.

4- DOCUMENTS DIVERS

DUFOUR (M.L).-Le Tapuscrit.-10° tirage.-Paris : Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1986.-101p.-

ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS 1993.

GASPARD (Françoise).-L'information et l'expression culturelle des communautés immigrées en France.-1981.

INSEE.-Les étrangers en France.-Paris : INSEE, 1994.-152p.- (Contours et caractères.)

INSEE (brochure).-Résultats / Démographie, société : recensement de la population, 1990. Nationalités N° 21.-Paris : INSEE, 1992.

LEBON (André).-Aspects de l'immigration et de la présence étrangère en France : 1991 - 1992.-Paris : Ministère des affaires sociales et de l'intégration. Direction de la population et des migrations, 1992.-135p.

MINISTERE (algérien) de l'Information et de la Culture.-Documentations législatives : 1962 - 1970 : textes officiels.-Alger : Imprimeries officielles, 1971.

ROUVEYRAN (Jean-Claude).-Mémoires et thèses : l'art et les méthodes.-Paris : Maisonneuve et Larose, 1994.-197p.

et :

Brochure N.M.P.P

Documents I.P.S

Les journaux algériens.

Entretiens divers.

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LES ANNEXES

DE CE MEMOIRE

FIGURENT DANS UN AUTRE FICHIER

PORTANT LE MEME INTITULE :

« LA PRESSE ECRITE ALGERIENNE

EN ÎLE DE FRANCE : LECTURES ET IDENTITE »

Ce Mémoire de DEA :

« LA PRESSE ECRITE ALGERIENNE EN ÎLE DE France :

LECTURES ET IDENTITE »

a été soutenu le Jeudi 28 novembre 1996 à l'Université de Paris VIII. Salle des professeurs de sociologie. Bâtiment H, Troisième étage à 16 h 50

Jury composé de : Mme M. Bénard, M A. Kadri

Commentaires :

1-Conception stéréotypée du concept de l'idéal type

2-Impression de juxtaposition de chapitres.

3-Concept d'identité méritait plusieurs pages.

4-Idem pour l'analyse générale.

5-Un travail comparatif aurait été plus pertinent : lecteurs algériens, lecteurs français.

6-travail très dense. Enormément d'informations. Important investissement. Félicitations.

7-Délibération : Mention Bien.

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Inscription en Doctorat

Ahmed HANIFI

2, allée des chênes

95230 Soisy sous Montmorency

T : 01.34.16.34.47

02 novembre 1998

LES MEDIA ET L'INTEGRATION DES POPULATIONS MAGHREBINES EN FRANCE : LE CAS DE LA TELEVISION

Nous avons tenté dans notre mémoire de DEA de montrer que la lecture de la presse algérienne par les algériens de France, même si elle est marginale, relève d'une démarche identitaire. Affirmation forte de l'identité pour les uns, réaction à un environnement hostile qui les marginalise pour d'autres.

Les foyers maghrébins en France sont dans leur écrasante majorité équipés de postes de télévision. Depuis quelques années ils peuvent recevoir les images transmises à partir du Maghreb.

Notre entreprise est de tenter de montrer que contrairement à ce qui est avancé par ce type d'affirmation : « La réception des télévisions étrangères est une source de repli et constitue un facteur de désintégration » (Christine Herrero déléguée du FAS), ce n'est pas cette revendication identitaire qui se nourrit des origines, qui pose problème, mais bien le refus par la société d'accueil (perçue comme le groupe de référence) de cette construction d'une identité nouvelle, à ces populations. Une identité qui se constitue et par la socialisation présente (en France) et par les origines (l'ailleurs) comme ce fut le cas pour d'autres populations.

Les référents identitaires des pays d'origine sont d'autant plus revendiqués par ces populations, qu'elles y sont renvoyées par des pratiques sociales du groupe de référence qui les marginalisent ou les ignorent.

Notre objet porte sur la télévision et l'intégration. Nous essaierons donc de montrer comment ces différents types de liens entre celle-ci et les populations d'origine maghrébine renvoient à la question de la construction identitaire.

Nous traiterons par conséquent du modèle intégrateur français et le comparerons à d'autres modèles (USA).

Nous reprendrons des concepts développés lors du DEA (Communication, identité...)

Thèse de doctorat inaboutie (abandon).






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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984