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De la representation du français et du créole dans le cinéma haïtien: le cas du film "Barikad"

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par Schwarz Coulange Méroné
Université d'Etat D'Haiti - Licence 2008
  

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La problématique de la langue en Haïti

L'Année 1492 n'a pas seulement marqué la pénétration des Européens dans l'île d'Haïti. Elle marque aussi un tournant dans la pratique linguistique dans l'île. En effet, aujourd'hui, près de six siècles après la pénétration européenne, les langues parlées dans l'île sont ou bien fortement marquées par les langues européennes ou bien viennent de l'Europe tout court. En Haïti, deux langues sont pratiquées : une fortement marquée par des langues européennes (notamment par le français et l'espagnol à savoir le créole haïtien) et une européenne, le français. De houleux débats se sont engagés par des intellectuels de diverses époques autour du statut de ces langues, de leur importance, de leur `haïtianité'. Aujourd'hui, ces débats semblent être abordés avec moins d'acuité mais restent tout de même toujours ouverts.

Cette partie du travail présente la trajectoire du créole et du français en Haïti et la montée en puissance de deux autres langues que sont l'anglais et l'espagnol. Mais avant tout, une clarification conceptuelle s'impose. Qu'est ce que c'est qu'une langue ?

1.1- Définitions du concept de langue

Selon le Dictionnaire des sciences humaines, « une langue serait [...] un dialecte qui a pris le pouvoir dans un pays.»2(*) Cette définition s'inscrit dans la droite ligne de la vision de Pierre BOURDIEU de la langue. En effet, pour BOURDIEU, « Nul n'est censé ignorer la loi linguistique qui a son corps de juristes, les grammairiens, et ses agents d'imposition et de contrôle, les maîtres de l'enseignement.... »3(*)

Il Ajoute : Produite par des auteurs ayant autorité pour écrire, fixée et codifiée par les grammairiens et les professeurs, charger aussi d'en inculquer la maîtrise, la langue est un code, au sens de chiffre permettant d'établir des équivalences entre des sons et des sens, mais aussi au sens de système de normes réglant les pratiques linguistiques.4(*)

Ces définitions mettent en relief le fait qu'il n'existe pas de différence intrinsèque entre un dialecte et une langue. La différence est souvent politiquement décidée et maintenue grâce à l'institutionnalisation. Elevé au rang de langue politiquement, un dialecte bénéficie de toute forme de privilèges et devient imposable à une population.

Franck NEVEU pour sa part, présente une définition plus élaborée et plus objective de la langue.

Pour Franck NEUVEU en effet, la langue est définie comme un système complexe de communication propre aux communautés humaines [...]. Un système de signes vocaux, articulés selon deux plans distincts et complémentaires correspondant à deux ordres d'unités, celui des unités significatives (première articulation) et celui des unités non significatives (deuxième articulation).5(*)

Considéré comme le fondateur de la linguistique moderne, Ferdinand DE SAUSSURE définit la langue comme étant à la fois « un produit social de la faculté de langage et un ensemble de conventions nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l'exercice de cette faculté chez les individus.»

Pour DE SAUSSURE, la langue est un trésor déposé par la pratique de la parole dans les sujets appartenant à une même communauté, un système grammatical existant virtuellement dans chaque cerveau, ou plus exactement dans les cerveaux d'un ensemble d'individus ; car la langue n'est complète dans aucun, elle n'existe parfaitement que dans la masse.6(*)

La définition du linguiste André MARTINET, très connue et largement acceptée dans les milieux linguistiques, est celle retenue dans ce travail.

Pour MARTINET en effet, une langue est un instrument de communication selon lequel l'expérience humaine s'analyse, différemment dans chaque communauté, en unités douées d'un contenu sémantique et d'une expression phonique, les monèmes ; cette expression phonique s'articule à son tour en unités distinctives et successives, les phonèmes, dont la nature et les rapports diffèrent, eux aussi, d'une langue à une autre.7(*)

Puisque le créole répond parfaitement à cette définition de la langue et puisque les chercheurs du domaine, à savoir les linguistes, le reconnaissent comme telle, ce travail ne revient pas sur les critiques selon lesquelles le créole ne serait pas une langue. Il considère le créole, au même titre que le français, comme étant une langue à part entière. Il considère aussi que rien dans l'une ou dans l'autre langue n'est en soi facteur de supériorité ou d'infériorité.

* 2 Jean-François DORTIER, Dictionnaire des Sciences Humaines, Paris, Ed. Sciences humaines, 2004, p. 398

* 3 Pierre BOURDIEU, Ce que parler veut dire. Economie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1998, p. 27

* 4 P. BOURDIEU, idem

* 5 Franck NEVEU, Dictionnaire des sciences du langage, Paris, Armand Colin, 2004, p. 174

* 6 Ferdinand DE SAUSSURE, cité par Claude HAGEGE, Halte à la mort des langues, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 36

* 7 André MARTINET, Eléments de linguistique générale, Paris, Armand Colin, col. Cursus, 4e édition, 2005, p. 20

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